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Adolf Hitler

Adolf Hitler ([ˈadɔlf ˈhÉȘtlɐ][n 1] ) est un idĂ©ologue et homme d'État allemand, nĂ© le Ă  Braunau am Inn en Autriche-Hongrie (aujourd'hui en Autriche et toujours ville-frontiĂšre avec l’Allemagne) et mort par suicide le Ă  Berlin. Fondateur et figure centrale du nazisme, il prend le pouvoir en Allemagne en 1933 et instaure une dictature totalitaire, impĂ©rialiste, antisĂ©mite, raciste et xĂ©nophobe dĂ©signĂ©e sous le nom de TroisiĂšme Reich.

Adolf Hitler
Illustration.
Portrait photographique d’Adolf Hitler en 1938.
Fonctions
FĂŒhrer du Reich allemand
–
(10 ans, 8 mois et 28 jours)
Élection Transfert des fonctions de chef de l'État à la suite de la mort de Paul von Hindenburg[1]
Ratifié par plébiscite le
Chancelier Lui-mĂȘme
Prédécesseur Paul von Hindenburg (président du Reich)
Successeur Karl Dönitz (président du Reich)
Chancelier du Reich
–
(12 ans et 3 mois)
Président Paul von Hindenburg
Lui-mĂȘme
Gouvernement Hitler
Prédécesseur Kurt von Schleicher
Successeur Joseph Goebbels
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Braunau am Inn, Archiduché de Haute-Autriche (Autriche-Hongrie)
Date de dĂ©cĂšs (Ă  56 ans)
Lieu de décÚs Berlin (Allemagne)
Nature du décÚs Suicide
Nationalité Autrichienne (1889-1925)
Apatride (1925-1932)
Allemande (1932-1945)[2]
Parti politique NSDAP
PĂšre Alois Hitler
MÚre Klara Pölzl
Fratrie
Conjoint Eva Braun
Religion Cf. Conceptions religieuses

Signature de Adolf Hitler

Adolf Hitler
Chanceliers d'Allemagne
Chefs de l'État allemand

Établi Ă  Vienne puis Ă  Munich, il tente en vain de devenir artiste, en autodidacte puisqu'il Ă©choue aux Beaux-Arts. Bien qu'ayant tentĂ© de se soustraire Ă  ses obligations militaires, il participe Ă  la PremiĂšre Guerre mondiale au sein des troupes bavaroises. AprĂšs-guerre, il rentre Ă  Munich oĂč il mĂšne une vie assez attentiste dans cette Ă©poque troublĂ©e, avant d'adhĂ©rer au Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP, le parti nazi), crĂ©Ă© en 1920. Il s'impose par ses talents d'orateur Ă  la tĂȘte du mouvement en 1921 et tente en 1923 un coup d'État qui Ă©choue. Il met Ă  profit sa courte peine de prison pour rĂ©diger le livre Mein Kampf dans lequel il expose ses conceptions racistes et ultranationalistes.

Dans les annĂ©es 1920, dans un climat de violence politique, il occupe avec le parti nazi une place croissante dans la vie publique allemande, se prĂ©sentant Ă  la prĂ©sidentielle contre Hindenburg et jusqu'Ă  devenir chancelier le , pendant la Grande DĂ©pression. Son rĂ©gime met trĂšs rapidement en place les premiers camps de concentration destinĂ©s Ă  la rĂ©pression des opposants politiques (notamment socialistes, communistes et syndicalistes). En , aprĂšs une violente opĂ©ration d’élimination physique d’opposants et rivaux — connue sous le nom de nuit des Longs Couteaux — et la mort du vieux marĂ©chal Hindenburg, prĂ©sident du Reich, il se fait plĂ©bisciter chef de l'État. Il porte dĂšs lors le double titre de « FĂŒhrer » (guide) et de « chancelier du Reich », sabordant ainsi la rĂ©publique de Weimar et mettant fin Ă  la premiĂšre dĂ©mocratie parlementaire en Allemagne. La politique qu'il conduit est pangermaniste, antisĂ©mite, revanchiste et belliqueuse. Son rĂ©gime adopte en 1935 une lĂ©gislation anti-juive et les nazis prennent le contrĂŽle de la sociĂ©tĂ© allemande (travailleurs, jeunesse, mĂ©dias et cinĂ©ma, industrie militaire, sciences, etc.).

L'expansionnisme du régime conduit l'Allemagne dans l'invasion de la Pologne en 1939, fait générateur du volet européen de la Seconde Guerre mondiale. L'Allemagne connaßt d'abord une période de victoires militaires et occupe la majeure partie de l'Europe, mais elle est ensuite repoussée sur tous les fronts, puis envahie par les Alliés : à l'Est par les Soviétiques, à l'Ouest par les Anglo-Américains et leurs alliés, dont des forces issues des pays occupés par l'Allemagne. Au terme d'une guerre totale ayant atteint des sommets de destruction et de barbarie, Hitler, terré à Berlin dans son bunker, se suicide alors que la capitale du Reich en ruines est investie par les troupes soviétiques.

Le TroisiĂšme Reich, qui, selon Hitler, devait durer « mille ans », n'en a durĂ© que douze mais a provoquĂ© la mort de dizaines de millions de personnes et la destruction d'une grande partie des villes et des infrastructures en Europe. L'ampleur sans prĂ©cĂ©dent de massacres — commis par les Einsatzgruppen puis dans les centres d'extermination de masse — comme le gĂ©nocide des Juifs europĂ©ens et des Tziganes, la mort par la faim de millions de civils soviĂ©tiques ou l'assassinat des personnes handicapĂ©es, auxquels s'ajoutent les innombrables exactions contre les populations civiles, le traitement inhumain des prisonniers de guerre soviĂ©tiques ou encore les destructions et les pillages dont il est responsable, ainsi que le racisme radical singularisant sa doctrine et la barbarie des sĂ©vices infligĂ©s Ă  ses victimes, valent Ă  Hitler d'ĂȘtre jugĂ© de maniĂšre particuliĂšrement nĂ©gative par l'historiographie et la mĂ©moire collective. Sa personne et son nom sont considĂ©rĂ©s comme des symboles du mal absolu.

Origine du nom

Selon Le Petit Robert des noms propres[3], « Hitler » est une variante de « HĂŒttler », de l'allemand HĂŒttle signifiant « petite cabane » (peut avoir dĂ©signĂ© un homme vivant prĂšs d'une cabane ; en BaviĂšre, dĂ©signait un charpentier).

Hitler porte le nom du beau-pÚre de son pÚre Alois, Johann Georg Hiedler (sous une orthographe différente, mais la prononciation est trÚs proche). Ce dernier a épousé la grand-mÚre de Hitler, Maria Anna Schicklgruber, aprÚs la naissance d'Alois, sans que l'on sache s'il en était le pÚre. Alois a été déclaré à l'état civil sous le nom de sa mÚre, avec la mention fils illégitime, et a adopté plus tard le nom de son beau-pÚre, sous la forme Hitler[4] - [5].

Hitler fut baptisé Adolphus Hitler[6]. Au XIXe siÚcle, Adolf est un prénom fréquent dans les pays germanophones et scandinaves.

Selon la fiche signalétique établie par les renseignements français en 1924, le second prénom de Hitler serait Jakob (Jacques, en allemand), mais cette fiche contient diverses erreurs grossiÚres, dont la date et le lieu de naissance de Hitler, et rien ne corrobore la thÚse d'un second prénom[7].

Jeunes années

Origines et enfance

Photo en noir et blanc d’Adolf Hitler prise peu aprĂšs sa naissance. Sur un fond blanc, dans un mĂ©daillon au fond sombre, au centre de la photo, un bĂ©bĂ©, en layette blanche, est assis sur un siĂšge en velours foncĂ©. Les yeux grands ouverts, il fixe l’appareil photo avec curiositĂ©.
Adolf Hitler bébé.
Les parents d'Adolf Hitler : Alois Hitler (1837-1903) et Klara Pölzl (1860-1907).

Les sources traitant des premiĂšres annĂ©es d'Adolf Hitler sont « extrĂȘmement lacunaires et subjectives ». Les fonds d'archives, les tĂ©moins et Hitler lui-mĂȘme donnent des interprĂ©tations trĂšs diffĂ©rentes de cette pĂ©riode qui s'Ă©tale de 1889 Ă  1919[8]. De nombreux historiens se sont mĂȘme penchĂ©s sur la possibilitĂ© d'une origine juive de Hitler, en concluant nĂ©anmoins la plupart du temps Ă  de simples rumeurs infondĂ©es.

Adolf Hitler naĂźt le Ă  18 h 30 Ă  Braunau am Inn, une petite ville de Haute-Autriche prĂšs de la frontiĂšre austro-allemande ; il est baptisĂ© deux jours plus tard Ă  l'Ă©glise de Braunau[n 2]. Il est le quatriĂšme enfant d'Alois Hitler (1837-1903) et de Klara Pölzl (1860-1907). Ses parents, unis par le mariage depuis le , sont originaires de la rĂ©gion rurale du Waldviertel, pauvre et frontaliĂšre de la BohĂȘme.

En 1894, la famille Hitler déménage pour Passau du cÎté allemand de la frontiÚre. Un an plus tard, Alois prend sa retraite et achÚte une petite ferme à Fischlham prÚs de Lambach pour se consacrer à l'apiculture[8].

Adolf fait son entrée à l'école du village le . Son maßtre d'école, Karl Mittermaier, témoigne : « Je me souviens combien ses affaires de classe étaient toujours rangées dans un ordre exemplaire[10] ».

Au cours de l'Ă©tĂ© 1897, le patriarche dĂ©cide de revendre sa ferme et installe sa famille Ă  Lambach. Adolf devient Ă©lĂšve au monastĂšre du village oĂč ses rĂ©sultats restent bons. Il y devient enfant de chƓur[n 3]. En , Alois acquiert, dans le village de Leonding, une maison Ă  proximitĂ© de l'Ă©glise et du cimetiĂšre. Selon des tĂ©moins de l'Ă©poque, Adolf est un enfant qui aime le grand air et jouer aux cow-boys et aux Indiens comme de nombreux enfants de son Ăąge[n 4]. Sa sƓur Paula dĂ©clarera Ă  ce sujet : « Quand on jouait aux Indiens, Adolf faisait toujours le chef. Tous ses camarades devaient obĂ©ir Ă  ses ordres. Ils devaient sentir que sa volontĂ© Ă©tait la plus forte[12] ».

Les relations pĂšre-fils

Photo de classe noir et blanc d'une cinquantaine de garçons réunis autour de leur maßtre d'école ; le jeune Hitler se tient debout, au centre de la rangée supérieure.
Photo de classe à l'école de Leonding en 1899 ; au centre de la rangée supérieure, Adolf Hitler.

À l'Ăąge de 11 ans, en , Adolf Hitler est inscrit par son pĂšre Alois Ă  la Realschule de Linz Ă  quatre kilomĂštres au nord-est de Leonding. Ses rĂ©sultats scolaires s'effondrent alors. Il finit par redoubler, le conflit entre Adolf et son pĂšre devient inĂ©vitable[13]. En effet, le pĂšre veut que son fils devienne fonctionnaire comme lui, alors que le jeune garçon souhaite devenir artiste-peintre[n 5].

« Pour la premiĂšre fois de ma vie, je pris place dans l'opposition. Aussi obstinĂ© que put l'ĂȘtre mon pĂšre pour rĂ©aliser les plans qu'il avait conçus, son fils ne fut pas moins rĂ©solu Ă  refuser une idĂ©e dont il n'attendait rien. Je ne voulais pas ĂȘtre fonctionnaire. Ni discours, ni sĂ©vĂšres reprĂ©sentations ne purent rĂ©duire cette rĂ©sistance. Je ne serai pas fonctionnaire, non, et encore non ! »

— Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925[16].

Le , Alois Hitler succombe à une crise cardiaque, un verre de vin à la main, dans la brasserie Wiesinger à Leonding[n 6]. C'est un véritable tournant dans la vie du jeune Hitler. Mais les spécialistes sont divisés sur le sentiment de Hitler vis-à-vis de la mort de son pÚre[n 7].

La fin de l'Ă©cole

Portrait dessiné d'Adolf Hitler à l'ùge de seize ans, de profil.
Adolf Hitler à l'ùge de 16 ans, portrait dessiné par son camarade Sturmlechner de l'établissement de Steyr, vers 1904-1905.

Klara, devenue veuve, devient de fait la tutrice d'Adolf et de Paula Hitler ĂągĂ©s respectivement de quatorze et sept ans. Elle reçoit une aide de l'État de 600 couronnes et mensuellement la moitiĂ© de la pension de son dĂ©funt mari (soit 100 couronnes) puis 20 couronnes par enfant scolarisĂ©. Son fils porte toujours la photographie de sa mĂšre sur lui[19]. Au printemps 1903, Klara place Adolf en pension Ă  Linz afin qu'il rĂ©ussisse dans ses Ă©tudes. LĂ©opold Pötsch, son professeur d'histoire, est un partisan du pangermanisme mais aucun document ne peut attester un militantisme nationaliste de la part d'Adolf Hitler Ă  cette Ă©poque. En revanche, il baigne dans une sociĂ©tĂ© autrichienne d'esprit pangermaniste[n 8]. Voici le portrait du collĂ©gien Hitler qu'en brosse son professeur principal lors du procĂšs du putsch en 1923 :

« Il Ă©tait incontestablement douĂ©, quoique d'un caractĂšre butĂ©. Il avait du mal Ă  se maĂźtriser, ou passait du moins pour un rĂ©calcitrant, autoritaire, voulant toujours avoir le dernier mot, irascible, et il lui Ă©tait visiblement difficile de se plier au cadre d'une Ă©cole. Il n'Ă©tait pas non plus travailleur, car sinon [
] il aurait dĂ» parvenir Ă  des rĂ©sultats bien meilleurs. Hitler n'Ă©tait pas simplement un dessinateur qui avait un beau brin de crayon, mais il Ă©tait capable aussi, Ă  l'occasion, de se distinguer dans les matiĂšres scientifiques [
]. »

— Eduard Huemer, 1923[21].

À la rentrĂ©e scolaire de l'annĂ©e 1904, pour une raison obscure, Hitler quitte l'Ă©cole de Linz pour l'Ă©tablissement de Steyr Ă  quarante-cinq kilomĂštres de lĂ . Ses rĂ©sultats scolaires ne s'amĂ©liorent pas et il ne termine pas sa troisiĂšme. Il prĂ©texte une mauvaise santĂ©, simulĂ©e ou exagĂ©rĂ©e, et finit par abandonner dĂ©finitivement l'Ă©cole[22]. De ces annĂ©es 1904-1905, le seul document authentique connu est un portrait de Hitler fait par son camarade Sturmlechner. On y distingue « un visage maigre d'adolescent avec un duvet de moustache et l'air rĂȘveur »[23].

Parcours Ă  Vienne

Peinture de Wilhelm Gause (1904), montrant des hommes et des femmes en tenue de soirée, dans un hall de l'hÎtel de ville de Vienne.
Bal à l'HÎtel de ville de Vienne (Wilhelm Gause, 1904). La politique antisémite de Karl Lueger, alors maire de Vienne, influença le jeune Adolf Hitler.
Pour le jeune Adolf Hitler, l'empereur François-Joseph incarnait le vieillissement de l'empire d’Autriche.

Au cours de l'Ă©tĂ© 1905, Klara Hitler vend la maison de Leonding pour s'installer en famille dans un appartement louĂ© dans le centre de Linz au 31 de la Humboldtstrasse. Adolf reçoit de sa tante Johanna un peu d'argent de poche, qu'il utilise pour aller au cinĂ©ma et au thĂ©Ăątre. Il y rencontre, en , un apprenti tapissier : August Kubizek, passionnĂ© de musique[24]. À en croire son ami, bien que sans emploi, Hitler se comporte en vĂ©ritable « dandy » : fine moustache, manteau et chapeau noirs et canne au pommeau d'ivoire[n 9]. Il boit de l'alcool, fume beaucoup et adhĂšre Ă  l'Association des amis du musĂ©e de Linz. En , sa mĂšre lui offre un sĂ©jour Ă  Vienne oĂč il assiste Ă  deux opĂ©ras de Richard Wagner : Tristan et Le Hollandais volant. Il contemple la capitale impĂ©riale qui Ă  la fois le fascine et le met mal Ă  l'aise : l'empereur François-Joseph reprĂ©sente Ă  ses yeux le symbole du vieillissement de l'Empire. Il finit par revenir Ă  Linz dĂ©but juin[n 10]. Ses discussions avec Kubizek lui donnent envie de devenir compositeur ; il convainc sa mĂšre d'entamer des Ă©tudes de musique avant d'abandonner rapidement.

En , le mĂ©decin de famille, le docteur Eduard Bloch, examine Klara et diagnostique une tumeur qui est opĂ©rĂ©e. DiminuĂ©e physiquement, Klara dĂ©mĂ©nage de son appartement pour un logement Ă  l'extĂ©rieur de Linz Ă  Urfahr. Adolf possĂšde sa propre chambre tandis que Klara, Paula et Johanna, la tante de Hitler, se partagent les deux autres piĂšces[30]. Durant l'automne, il dĂ©cide enfin de se prĂ©senter Ă  l'examen d'entrĂ©e de l'AcadĂ©mie des beaux-arts de Vienne ; sa mĂšre cĂšde Ă  contrecƓur. Hitler est refusĂ© ; son travail est jugĂ© « insuffisant ». Il mentionne ultĂ©rieurement cet Ă©vĂ©nement dans Mein Kampf de la sorte : « J'Ă©tais si persuadĂ© du succĂšs que l'annonce de mon Ă©chec me frappa comme un coup de foudre dans un ciel clair[31]. »

En octobre, le docteur Bloch dĂ©clare solennellement Ă  la famille Hitler que l'Ă©tat de Klara est irrĂ©versible : sa derniĂšre volontĂ© est de reposer aux cĂŽtĂ©s de son mari, AloĂŻs, Ă  Leonding. Elle meurt le , Ă  l'Ăąge de 47 ans[n 11]. August propose Ă  Hitler de passer les fĂȘtes de NoĂ«l avec sa famille, mais celui-ci dĂ©cline l'invitation. Selon le tĂ©moignage du docteur Bloch, « Klara Hitler Ă©tait une femme simple, modeste et pleine de bontĂ©. Grande, elle avait des cheveux bruns soigneusement tressĂ©s et un long visage ovale avec de beaux yeux gris bleu expressifs [
]. Jamais je n'ai vu quiconque aussi terrassĂ© par le chagrin qu'Adolf Hitler[n 12]. »

L'OpĂ©ra d'État de Vienne, une des peintures d'Adolf Hitler, rĂ©alisĂ©e en 1912.

Lorsqu'il Ă©tait revenu Ă  Linz au chevet de sa mĂšre mourante, il n'avait pas osĂ© lui avouer son Ă©chec Ă  l'École des Beaux-Arts. ÂgĂ© de dix-neuf ans, Adolf Hitler est dĂ©sormais un jeune homme mesurant 1,72 m et pesant 68 kilos. EntĂȘtĂ©, il dĂ©cide qu'il sera artiste peintre ou architecte et retente l'examen d'entrĂ©e Ă  Vienne. Apparemment, Ă  cette Ă©poque, Hitler n'est pas vraiment un nationaliste fanatique comme il le prĂ©tend dans Mein Kampf. En effet, pourquoi rejoindre une ville cosmopolite comme Vienne, aux nombreuses nationalitĂ©s, plutĂŽt que de rejoindre directement l'Allemagne[n 13] ? Vienne reprĂ©sente Ă  ses yeux un dĂ©fi, une porte vers une ascension sociale. Hitler est subjuguĂ© par les reprĂ©sentations de Felix Weingartner puis de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra[35]. Depuis 1897, Vienne est dirigĂ©e par Karl Lueger (1844-1910), le fondateur du parti chrĂ©tien-social. Le maire est violemment antisĂ©mite et rassemble une bonne partie de l'Ă©lectorat catholique[36].

Le second Ă©chec aux Beaux-Arts

Au cours du printemps 1908, August Kubizek rejoint Hitler Ă  Vienne, oĂč celui-ci loue un piano Ă  queue pour parfaire ses gammes. Selon son tĂ©moignage, Hitler se prive rĂ©guliĂšrement de nourriture afin de se rendre plusieurs fois au thĂ©Ăątre ou Ă  l'OpĂ©ra. Il prĂ©tend Ă©galement que Hitler ne s'intĂ©resse guĂšre aux filles exceptĂ© une jeune bourgeoise prĂ©nommĂ©e Stefanie[n 14]. AppelĂ© par le service militaire, le musicien rentre Ă  Linz en juillet. Durant l'Ă©tĂ©, Hitler rompt les liens Ă  la fois avec Kubizek et avec le reste de sa famille rĂ©sidant Ă  Spital[n 15].

En , l'École des Beaux-Arts recale 96 Ă©lĂšves dont Adolf Hitler, qui « n'a pas Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  passer l'Ă©preuve ». Non pas qu'il soit mauvais dessinateur mais parce qu'il ne travaille pas assez, il est incapable de se soumettre Ă  une discipline[39]. Il dĂ©mĂ©nage en rue Felbert, puis rue Sechshauser et enfin rue Simon-Denk. Faute d'argent, il est mis Ă  la rue[40].

Le marginal

Foyer viennois pour hommes, sis au 27, rue Meldermann (carte postale, 1906).

Les registres de police de Vienne indiquent qu'à partir du , Hitler est domicilié dans un foyer pour hommes, au 27 de la rue Meldermann. Grùce à Reinhold Hanisch, un jeune homme de cinq ans son aßné, qu'il a rencontré quelques mois plus tÎt dans un foyer d'accueil pour sans-abris, Hitler gagne un peu d'argent en déblayant la neige ou en portant les valises des voyageurs encombrés de la gare de l'Ouest (Westbahnhof)[41]. Il se nourrit alors d'une soupe le matin et d'un croûton de pain le soir.

Selon Mein Kampf, il aurait Ă©tĂ© manƓuvre et aide-maçon mais aucun document ne le prouve. Certains tĂ©moins — dont Hanisch — insistent sur l'oisivetĂ© de Hitler qui refuse de travailler. GrĂące aux cinquante couronnes envoyĂ©es par sa tante Johanna, il fait l'acquisition du matĂ©riel d'artiste-peintre : Hanisch se charge de vendre les peintures de Hitler en format carte postale[n 16] - [n 17]. Le , Angela Raubal rĂ©clame au tribunal de Linz la pension de Hitler afin d'Ă©lever dignement Paula, ce qu'il doit accepter malgrĂ© lui[44].

Antisémitisme et aryosophie

AprĂšs avoir touchĂ© le fond au cours de l'hiver 1909[n 18], le marginal Hitler vit toujours en 1912 de ses peintures vendues dans la rue. Selon Jacob Altenberg, l'un de ses marchands d'art juifs, « il avait pris l'habitude de se raser [
], il se faisait rĂ©guliĂšrement les cheveux et portait des vĂȘtements qui, pour ĂȘtre vieux et usĂ©s, n'en Ă©taient pas moins propres[46]. » Hitler participe aux dĂ©bats politiques qui Ă©clatent dans le foyer. Deux sujets le mettent hors de lui : le parti social-dĂ©mocrate et la Maison de Habsbourg-Lorraine[47]. Aucun tĂ©moin ne fait Ă©tat de propos antisĂ©mites de sa part. Selon Mein Kampf, il serait devenu antisĂ©mite Ă  son arrivĂ©e Ă  Vienne :

« Un jour que je traversais la vieille ville, je rencontrai tout Ă  coup un personnage en long caftan avec des boucles de cheveux noirs. Est-ce lĂ  aussi un Juif ? Telle fut ma premiĂšre pensĂ©e. À Linz, ils n'avaient pas cet aspect-lĂ . »

— Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925[48].

Cet antisĂ©mitisme soudain est contredit par diverses sources. Kubizek affirme que son ami Ă©tait dĂ©jĂ  « farouchement antisĂ©mite » en arrivant Ă  Vienne mais de nombreuses anecdotes qu'il rapporte sont clairement douteuses. Selon Reinhold Hanisch, travailleur autrichien qui l'a cĂŽtoyĂ© Ă  l'Ă©poque, Hitler ne serait devenu antisĂ©mite que « plus tard » ; ce tĂ©moin insiste ainsi sur l'amitiĂ© entre le futur FĂŒhrer et Joseph Neumann, un jeune Juif rencontrĂ© au foyer viennois pour hommes de la rue Meldermann. Toutefois, Ian Kershaw doute de la vĂ©racitĂ© des dires de Hanisch : selon l'historien, Hitler est bel et bien antisĂ©mite lors de son sĂ©jour viennois, mais il s'agit d'une « haine personnalisĂ©e » et intĂ©riorisĂ©e tant qu'il a besoin des Juifs pour vivre. Il semblerait donc, mais sans rĂ©elle preuve, que son antisĂ©mitisme exacerbĂ© ne soit apparu qu'Ă  la fin de la guerre en 1918-1919, lorsqu'il « rationalis[e] sa haine viscĂ©rale en une vision du monde »[n 19].

Outre des brochures antisĂ©mites, Hitler lit alors trĂšs probablement la revue Ostara de Jörg Lanz von Liebenfels : selon Nicholas Goodrick-Clarke, « l'hypothĂšse d'une influence idĂ©ologique de Lanz sur Hitler peut ĂȘtre acceptĂ©e » ; ce dernier aurait « assimilĂ© l'essentiel de l'aryosophie de Lanz : le dĂ©sir d'une thĂ©ocratie aryenne prenant la forme d'une dictature de droit divin des Germains aux cheveux blonds et aux yeux bleus sur les races infĂ©rieures ; la croyance dans une conspiration, continue Ă  travers l'histoire, de ces derniĂšres contre les hĂ©roĂŻques Germains, et l'attente d'une apocalypse dont serait issu un millĂ©nium consacrant la suprĂ©matie mondiale des Aryens[50] ». Ian Kershaw, pour sa part, pense Ă©galement que la revue figurait parmi les lectures courantes de Hitler Ă  cette Ă©poque, mais conclut plus prudemment sur la nature prĂ©cise de l'influence de Lanz sur ses convictions[51]. Il est en revanche improbable que Hitler ait connu alors l'aryosophe Guido von List et, s'il a pu ĂȘtre attirĂ© par les aspects politiques de la pensĂ©e de List les plus similaires Ă  celle de Lanz, il n'a jamais manifestĂ© d'intĂ©rĂȘt pour ses thĂ©ories occultistes[52].

La vie Ă  Munich

Cour d'une résidence à Munich, aquarelle peinte par Adolf Hitler en 1914.

Au printemps 1913, Adolf Hitler caresse l'espoir d'aller Ă©tudier Ă  l'AcadĂ©mie des beaux-arts de Munich. Pour ses vingt-quatre ans, il attend la perception de son hĂ©ritage paternel, de 819 couronnes[n 20]. De plus, ayant omis de s'inscrire en 1909 pour effectuer son service militaire, il pense Ă  prĂ©sent que l'administration autrichienne l'a oubliĂ© et qu'il peut passer la frontiĂšre tranquillement. Le , habillĂ© correctement, portant une valise et accompagnĂ© d'un homme, le commis Rudolf HĂ€usler, il quitte le foyer pour la gare. En plus d'ĂȘtre une ville d'art, Munich lui paraĂźt familiĂšre car elle est proche de sa rĂ©gion natale[54]. ArrivĂ©s sur place, HĂ€usler et Hitler louent une chambre au 34 Schleissheim. HĂ€usler montre ses papiers autrichiens, Hitler se dĂ©clare apatride[55].

En , Hitler reçoit l'ordre de se rendre au consulat d'Autriche dans les plus brefs dĂ©lais pour rendre compte de sa dĂ©sertion. Il explique qu'il se serait prĂ©sentĂ© Ă  l'hĂŽtel de ville de Vienne oĂč il s'est fait enregistrer, mais que la convocation ne serait jamais arrivĂ©e. Qui plus est, il a peu de ressources et est affaibli par une infection. Le consul croit en sa bonne foi et le , Hitler est dĂ©finitivement ajournĂ© devant la commission militaire de Salzbourg. Pendant longtemps, la prĂ©sence de HĂ€usler aux cĂŽtĂ©s de Hitler Ă  Munich sera gommĂ©e, car il est l'un des rares tĂ©moins Ă  connaĂźtre le rappel Ă  l'ordre de l'armĂ©e autrichienne Ă  Adolf Hitler qui n'a toujours pas fait son service militaire. Hitler ne souhaitait pas dĂ©voiler cet Ă©pisode embarrassant. En rĂ©alitĂ©, il avait fui l'Autriche en refusant de porter les armes pour les Habsbourg[56].

Comme Ă  Vienne, Hitler vit de ses peintures. Il aime reproduire l'hĂŽtel de ville, des rues, des brasseries, des magasins. Il vend chaque tableau entre cinq et vingt marks, soit une centaine de marks par mois. Dans Mein Kampf, Hitler dĂ©clare avoir beaucoup lu et appris en politique Ă  cette Ă©poque, mais aucun document ne le prouve. Peut-ĂȘtre frĂ©quente-t-il les bars et les brasseries oĂč il discute de politique[57].

Soldat pendant la PremiĂšre Guerre mondiale

Une photo noir et blanc d'un groupe de sept hommes en tenue militaire de l'armée allemande de 1915. Deux hommes se tiennent debout, devant un mur de briques qui forme l'arriÚre-plan de la photo, et derriÚre quatre autres hommes assis dont Adolf Hitler, à droite, reconnaissable à son épaisse moustache. Au premier plan, un septiÚme homme tout sourire se tient allongé sur le cÎté, dans l'herbe, aux pieds des quatre hommes assis.
Adolf Hitler (assis Ă  droite), soldat en 1915.

Le , l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trÎne Austro-Hongrois, est assassiné à Sarajevo par un étudiant serbe. Le , la mobilisation générale est proclamée à Berlin. Le roi de BaviÚre, Louis III, envoie un télégramme à Guillaume II pour l'assurer de son soutien militaire.

Août 1914

Le , au lendemain de la dĂ©claration de guerre du Kaiser, des milliers de Munichois se pressent sur l'Odeonsplatz pour applaudir le roi de BaviĂšre. Une photographie immortalise l'Ă©vĂ©nement et Hitler y figure[n 21]. Dans Mein Kampf, il se dĂ©clare heureux de partir en guerre. C'est pourtant oublier qu'il a tentĂ© de se dĂ©rober Ă  l'armĂ©e autrichienne quelques annĂ©es plus tĂŽt. D'aprĂšs son livret militaire, il ne se serait prĂ©sentĂ© que le au bureau de recrutement. Il est dĂ©finitivement incorporĂ© le comme « volontaire » dans le 1er bataillon du 2e rĂ©giment d'infanterie de l'armĂ©e bavaroise. Le dĂ©part du 16e rĂ©giment d'infanterie de rĂ©serve bavarois (rĂ©giment List, du nom de son colonel, Julius von List[59]), dans lequel il vient d'ĂȘtre incorporĂ© pour le front est fixĂ© au . Le train atteint la frontiĂšre belge le puis arrive Ă  Lille le 23[n 22].

Combats

Le soldat Hitler connaĂźt son baptĂȘme du feu le Ă  Kruiseyck, lors de l'assaut de Geluveld, prĂšs d'Ypres[61]. Au , son bataillon est dĂ©cimĂ© : sur 3 600 hommes, 611 seulement restent opĂ©rationnels. AprĂšs seulement quelques jours en premiĂšre ligne, il est affectĂ© comme estafette le . Le prĂ©cĂ©dent, il Ă©tait nommĂ© gefreiter, ce qui ne correspond pas, comme le proposent divers historiens, au grade de caporal[n 23] mais Ă  celui de PremiĂšre classe, sans prĂ©rogative de commandement sur d'autres soldats[63]. Pour rĂ©compenser son courage (pour avoir ramenĂ© Ă  l'abri, en compagnie de son coĂ©quipier Anton Bachmann, le commandant du rĂ©giment, Philipp Engelhardt), Hitler est proposĂ© par l'adjudant Gutmann Ă  la dĂ©coration de la croix de fer de deuxiĂšme classe[n 24] (et il recevra la premiĂšre classe en 1918). Il a la position d'estafette auprĂšs de l'Ă©tat-major de son rĂ©giment : il va chercher les ordres des officiers pour les transmettre aux bataillons. En pĂ©riode de calme relatif, l'estafette Hitler sillonne la campagne des environs de Fournes pour peindre des aquarelles[n 25] RĂ©putĂ© pour son caractĂšre difficile, il est nĂ©anmoins apprĂ©ciĂ© de ses camarades. Lui proposer de « coucher avec des Françaises » le met hors de lui, puisque cela serait « contraire Ă  l'honneur allemand »[66]. Il ne fume pas, il ne boit pas, il ne frĂ©quente pas les prostituĂ©es. Le soldat Hitler s'isole pour rĂ©flĂ©chir ou lire[67]. Les quelques photographies connues de cette pĂ©riode prĂ©sentent un homme pĂąle, moustachu, maigre et souvent Ă  l'Ă©cart du groupe. Son vĂ©ritable compagnon est son chien Foxl et un jour il s'angoisse Ă  l'idĂ©e de ne pas le retrouver : « Le salaud qui me l'a enlevĂ© ne sait pas ce qu'il m'a fait[68]. » Hitler est un vĂ©ritable guerrier fanatique, aucune fraternitĂ©, aucun dĂ©faitisme ne doivent ĂȘtre tolĂ©rĂ©s. Il Ă©crit :

« Chacun d'entre nous n'a qu'un seul désir, celui d'en découdre définitivement avec la bande, d'en arriver à l'épreuve de force, quoi qu'il en coûte, et que ceux d'entre nous qui auront la chance de revoir leur patrie la retrouvent plus propre et purifiée de toute influence étrangÚre, qu'à travers les sacrifices et les souffrances consentis chaque jour par des centaines de milliers d'entre nous, qu'à travers le fleuve de sang qui coule chaque jour dans notre lutte contre un monde international d'ennemis, non seulement les ennemis extérieurs de l'Allemagne soient écrasés, mais les ennemis intérieurs soient aussi brisés. Cela aurait plus de prix à mes yeux que tous les gains territoriaux. »

— Adolf Hitler, lettre Ă  Ernst Hepp, 5 fĂ©vrier 1915[48].

Blessures

Portrait d'Adolf Hitler en 1921.

Le , un obus explose dans l'abri des estafettes : Hitler est blessé à la cuisse gauche. Il est soigné à l'hÎpital de Beelitz prÚs de Berlin. AprÚs quelque temps au bataillon de dépÎt, il demande à rejoindre son régiment ; le , il arrive à Vimy[n 26]. A la fin du mois de , son régiment obtient deux semaines de permission, Hitler part pour Berlin. Dans la nuit du au 14, au lieu-dit La Montagne à Wervicq-sud[70], il est gravement gazé. Il est envoyé à l'hÎpital de Pasewalk en Poméranie. Lors du procÚs à Munich en 1923, il explique :

« C'était une intoxication par l'ypérite, et pendant toute une période j'ai été presque aveugle. AprÚs, mon état s'est amélioré, mais en ce qui concerne ma profession d'architecte je n'étais plus qu'un estropié complet, et je n'aurais jamais cru que je pourrais un jour lire de nouveau un journal. »

— Adolf Hitler, procùs de Munich (1923)[n 27]

Alors que l’Allemagne est sur le point de capituler, la rĂ©volution gagne Berlin et la Kaiserliche Marine se mutine. Le Kaiser Guillaume II abdique et se rĂ©fugie aux Pays-Bas. Le socialiste Philipp Scheidemann proclame la RĂ©publique. Deux jours plus tard, le nouveau pouvoir signe l’armistice de 1918.

Le sĂ©jour de Hitler Ă  Pasewalk est un tournant dans sa vie. Il raconte dans Mein Kampf qu'Ă©tant incapable de lire les journaux, c'est par un pasteur venu l'annoncer aux convalescents qu'il apprend le la nouvelle de l'instauration d'une rĂ©publique en Allemagne. En larmes, il s'enfuit, dit-il, vers le dortoir : il se dit alors comme « frappĂ© par la foudre » puis saisi d'une « rĂ©vĂ©lation »[n 28]. De son lit d’hĂŽpital, alors qu'il a retrouvĂ© l'usage de ses yeux, Hitler est anĂ©anti par cette annonce et redevient aveugle. Il affirme dans Mein Kampf y avoir eu une vision patriotique et avoir sur le coup « dĂ©cidĂ© de faire de la politique ». Un mythe s'est construit sur cette « cĂ©citĂ© hystĂ©rique » soignĂ©e par le mĂ©decin psychiatre Edmund Forster, spĂ©cialiste des nĂ©vroses de guerre, qui aurait entrepris une hypnothĂ©rapie sur Hitler Ă  la suite de laquelle se seraient structurĂ©es la paranoĂŻa, la psychose et la vision patriotique du futur FĂŒhrer[73], Ă©lĂ©ments invĂ©rifiables car le rapport mĂ©dical de Hitler a disparu et le docteur Forster, surveillĂ© par la Gestapo, s'est suicidĂ© en 1933[74].

Attentisme

Hitler arrive Ă  Munich le . Sans famille, sans travail et sans domicile, sa prĂ©occupation est de rester dans l'armĂ©e. Le , il part pour le camp de prisonniers de Traunstein dans le sud de la BaviĂšre comme gardien militaire. Puis, le camp est supprimĂ©, le soldat Hitler est renvoyĂ© dans sa caserne le et arrive Ă  Munich autour du [75]. À Munich, les combats de rue s'intensifient, les ouvriers en armes dĂ©filent dans la ville et Kurt Eisner, le premier Ministre de BaviĂšre, est assassinĂ© en pleine rue par un Ă©tudiant nationaliste. « Homme de confiance » de son Ă©tat-major, Hitler est nommĂ© en avril Ă  la tĂȘte de la commission d'enquĂȘte de son rĂ©giment sur les Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires. Mais, comme le fait remarquer L. Richard, contrairement Ă  ce qu'il dĂ©clare dans Mein Kampf, l'armistice n'a pas Ă©tĂ© pour lui la « rĂ©vĂ©lation » politique de sa vie. Il ne s'est pas prĂ©cipitĂ© au-devant des Ă©vĂ©nements mais a profitĂ© de sa proximitĂ© avec les officiers. Il n'a pris aucun engagement politique particulier (ni Freikorps ni garde civique bavaroise). Le soldat Hitler d'alors n'est pas un militant dynamique, ni un fanatique antisĂ©mite ; c'est un adepte de l'attentisme[76].

Toute sa vie, Hitler adhÚre au mythe du « coup de poignard dans le dos », diffusé par la caste militaire, selon lequel l'Allemagne n'aurait pas été vaincue militairement, mais trahie de l'intérieur par les Juifs, les forces de gauche, les républicains. Jusqu'à ses derniers jours, le futur maßtre du TroisiÚme Reich reste obsédé par la destruction totale de l'ennemi intérieur. Il veut à la fois chùtier les « criminels de novembre », effacer et ne jamais voir se reproduire cet évÚnement traumatique, à l'origine de son engagement en politique.

Un héros de propagande

L’image du combattant hĂ©roĂŻque de la Grande Guerre façonnĂ©e par Hitler dans Mein Kampf puis par la propagande nazie de la fin des annĂ©es 1920 fait l’objet en 2011 d’une Ă©tude approfondie par l'historien Thomas Weber, appuyĂ©e sur les archives du rĂ©giment List dont l'histoire officielle a Ă©tĂ© publiĂ©e en 1932. Dans son ouvrage La PremiĂšre Guerre d'Hitler[77], il conclut Ă  une large part de mystification, notamment due aux rĂ©cits hagiographiques de Hans Mend et de Balthasar Brandmayer. Son rĂ©giment avait une trĂšs mĂ©diocre valeur militaire (unitĂ© peu entraĂźnĂ©e, mal Ă©quipĂ©e, composĂ©e pour l'essentiel de paysans dĂ©motivĂ©s[78] - [79]) et n’a pas Ă©tĂ© engagĂ© dans des combats dĂ©cisifs. Hitler lui-mĂȘme et la propagande auraient brodĂ© par la suite sur l’image de l’estafette hĂ©roĂŻque en premiĂšre ligne, or Hitler a une mission d'estafette de rĂ©giment transportant les dĂ©pĂȘches quelques kilomĂštres derriĂšre la ligne de front et non d'estafette de bataillon ou de compagnie[79]. Hitler aurait surtout Ă©tĂ© attachĂ© Ă  conserver son affectation auprĂšs du commandement de son rĂ©giment, qui lui permettait de se tenir aussi protĂ©gĂ© que possible des dangers de la ligne de front.

Une expérience fondatrice contestée

Thomas Weber insiste Ă©galement sur les incohĂ©rences entre ce que rĂ©vĂšle son Ă©tude Ă  partir des sources disponibles sur le « rĂ©giment List » (notamment les lettres et cartes expĂ©diĂ©es par le soldat Hitler[80]) et l’image propagĂ©e par Hitler lui-mĂȘme selon laquelle la PremiĂšre Guerre mondiale aurait Ă©tĂ© pour lui un Ă©vĂ©nement idĂ©ologiquement et politiquement dĂ©cisif. S'opposant fortement aux conclusions antĂ©rieures de l'historien australien John Williams[81], il relĂšve que « si cette approche Ă©tait fondĂ©e, Hitler devrait ĂȘtre le personnage principal de cette histoire rĂ©gimentaire de 1932 et non une figure fugace d'arriĂšre-plan, cantonnĂ©e Ă  un rĂŽle presque insultant de second couteau[82] » et conclut qu’à l’issue de la guerre, « son atterrissage dans les rangs ultranationalistes et contre-rĂ©volutionnaires semble avoir Ă©tĂ© dictĂ© par des considĂ©rations de pur opportunisme autant que par de solides convictions »[83].

Ascension politique

À sa sortie d’hĂŽpital en , Hitler retourne dans son rĂ©giment de Munich. Plus tard, il Ă©crira que la guerre avait Ă©tĂ© « le temps le plus inoubliable et le plus sublime »[84].

Année 1919

Des soldats des corps francs avec un prisonnier « rouge » lors de l'écrasement de la République des conseils de BaviÚre en .
Adolf Hitler au début des années 1920.

Bien que Hitler ait Ă©crit dans Mein Kampf avoir dĂ©cidĂ© de s'engager en politique dĂšs l'annonce de l'armistice du , il s'agit lĂ  surtout d'une reconstruction rĂ©trospective. Comme le note Ian Kershaw, Hitler s'abstient encore de s'engager dans les premiers mois de 1919, ne songeant nullement par exemple Ă  rejoindre les nombreux corps francs — des unitĂ©s paramilitaires formĂ©es par les anciens combattants d'extrĂȘme droite pour Ă©craser les insurrections communistes en Allemagne puis la jeune rĂ©publique de Weimar elle-mĂȘme. Sous l'Ă©phĂ©mĂšre rĂ©publique des conseils de Munich, il est restĂ© discret et passif, et a probablement fait extĂ©rieurement allĂ©geance au rĂ©gime[85].

Depuis le , la BaviĂšre est en effet entre les mains de la RĂ€terepublik ou « rĂ©publique des conseils », un gouvernement rĂ©volutionnaire proclamĂ© par le socialiste Kurt Eisner et virant de plus en plus Ă  gauche aprĂšs l'assassinat de ce dernier dĂ©but 1919. La propre caserne de Hitler est dirigĂ©e par un conseil. DĂ©goĂ»tĂ©, Hitler quitte Munich pour Traunstein. Cependant, en 1919, alors que le pouvoir est hĂ©sitant entre communistes du KPD et sociaux-dĂ©mocrates du SPD, il se fait Ă©lire dĂ©lĂ©guĂ© de sa caserne, une premiĂšre fois lorsque le pouvoir en BaviĂšre est aux mains du SPD, puis une seconde fois en tant que dĂ©lĂ©guĂ© adjoint sous l’éphĂ©mĂšre rĂ©gime communiste (avril-), juste avant la prise de Munich par les troupes fĂ©dĂ©rales et les corps francs. Il n'a pas cherchĂ© Ă  combattre ces rĂ©gimes, sans pour autant avoir adhĂ©rĂ© Ă  aucun de ces partis, et il est probable que les soldats connaissaient ses opinions politiques nationalistes[86] - [n 29].

Hitler reste thĂ©oriquement dans l’armĂ©e jusqu’au . En , alors que la rĂ©pression de la rĂ©volution fait rage en BaviĂšre, son supĂ©rieur, le capitaine Karl Mayr[n 30], le charge de faire de la propagande anticommuniste auprĂšs de ses camarades. C'est au cours de ses confĂ©rences parmi les soldats que Hitler dĂ©couvre ses talents d'orateur et de propagandiste et que pour la premiĂšre fois un public se montre spontanĂ©ment sĂ©duit par son charisme.

C'est aussi de cette Ă©poque que date le premier Ă©crit antisĂ©mite de Hitler, une lettre qu'il adresse, le , Ă  un certain Adolf Gemlich, sur l'initiative de son supĂ©rieur, le capitaine Karl Mayr[87]. AprĂšs une virulente attaque antisĂ©mite, dans laquelle il qualifie l'action des Juifs de « tuberculose raciale des peuples », il y oppose « antisĂ©mitisme instinctif » et « antisĂ©mitisme raisonnĂ© » : « L'antisĂ©mitisme instinctif s'exprimera en dernier ressort par des pogroms. L'antisĂ©mitisme raisonnĂ©, en revanche, doit conduire Ă  une lutte mĂ©thodique sur le plan lĂ©gal et Ă  l'Ă©limination des privilĂšges du Juif. Son objectif final doit ĂȘtre cependant, en tout Ă©tat de cause, leur bannissement »[88]. Pour Ernst Nolte, cette lettre est aussi un tĂ©moignage de l'antibolchĂ©visme naissant de Hitler et de l'association qu'il fait entre Juifs et rĂ©volution : Hitler termine en effet sa lettre avec une remarque selon laquelle les Juifs « sont en effet les forces motrices de la rĂ©volution »[89].

Orateur charismatique du parti nazi (1919-1922)

Image noir et blanc de la carte du Parti national-socialiste des travailleurs allemands d'Adolf Hitler. La date d'adhésion du 1er janvier 1920 est lisible.
Carte de membre du DAP (futur NSDAP) d'Adolf Hitler, 1920.

DĂ©but , le capitaine Karl Mayr charge le caporal Hitler et l'adjudant Alois Grillmeier d'une mission de propagande[90]au sein d'un groupuscule politique ultra-nationaliste, le DAP (Deutsche Arbeiterpartei, Parti ouvrier allemand), fondĂ© au dĂ©but de l'annĂ©e 1919 par Anton Drexler et Karl Harrer. Le , Hitler se rend Ă  une rĂ©union du parti en compagnie de l'adjudant Alois Grillmeier ainsi que six autres anciens agents de propagande[91] - [92] placĂ©s sous les ordres de Karl Mayr. Ce dernier Ă©tait Ă©galement attendu Ă  cette rĂ©union, comme l'atteste une note sur la liste de prĂ©sence[91]. À la fin de cette rĂ©union, Hitler prend la parole Ă  l'improviste pour fustiger la proposition d'un intervenant, favorable Ă  une sĂ©cession de la BaviĂšre[93]. RemarquĂ© par Drexler, il adhĂšre au DAP, probablement aussi sur ordre de ses supĂ©rieurs. Une demande d'adhĂ©sion de Hitler au Parti socialiste-allemand (Deutschsozialistische Partei), un autre parti d'extrĂȘme droite, avait Ă©tĂ© rejetĂ©e cette mĂȘme annĂ©e[94]. Son numĂ©ro d'adhĂ©rent, le 555, est le reflet de la tradition, dans les partis politiques marginaux, de faire dĂ©buter les listes d'adhĂ©sions au numĂ©ro 501[93]. Cependant, les premiers numĂ©ros ne furent pas attribuĂ©s dans l'ordre d'arrivĂ©e des membres mais, aux alentours de fin 1919 dĂ©but 1920, en suivant l'ordre alphabĂ©tique des membres du moment. Ce n'est qu'Ă  partir de la carte de membre 714 () que les numĂ©ros suivirent l'ordre chronologique[95]. La seule chose dont nous soyons certains est que Hitler faisait partie des quelque deux cent premiers membres qui rejoignirent le parti avant la fin de l'annĂ©e 1919[96]. En , orateur principal du DAP, il transforme le parti en Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), pour aligner le parti sur des partis semblables en Autriche ou dans les SudĂštes[97].

Photographie en noir et blanc d'Adolf Hitler en tournée de propagande en 1923. Il est assis à bord d'une voiture, au premier plan à gauche de l'image
Hitler en tournée de propagande en 1923.

Son charisme et ses capacitĂ©s d'orateur en font un personnage prisĂ© des rĂ©unions publiques des extrĂ©mistes de brasserie. Ses thĂšmes favoris — antisĂ©mitisme, antibolchevisme, nationalisme — trouvent un auditoire rĂ©ceptif. En effet, il emploie un langage simple, utilise des formules percutantes et utilise abondamment les possibilitĂ©s de sa voix[98]. Mobilisant de plus en plus de partisans sĂ©duits par ses discours, tant par ses idĂ©es que par sa gestuelle, il se rend indispensable au mouvement au point d'en exiger la prĂ©sidence, que le groupe dirigeant initial lui abandonne dĂšs avril 1921 aprĂšs un ultimatum de sa part. Du fait de ses talents d’agitateur politique, le parti gagne rapidement en popularitĂ©, tout en restant trĂšs minoritaire.

Le Völkischer Beobachter ().

Hitler dote son mouvement d'un journal, le Völkischer Beobachter, lui choisit le drapeau à croix gammée pour emblÚme, fait adopter un programme en 25 points (en 1920) et le dote d'une milice agressive, les Sturmabteilung (SA). Il change également de style vestimentaire, s'habille constamment de noir ou en tenue militaire, et c'est à cette époque également qu'il taille sa moustache en brosse à dents qui devient, avec sa mÚche sur le front, la plus célÚbre de ses caractéristiques physiques.

Au dĂ©part, Hitler se prĂ©sente comme un simple « tambour » chargĂ© d'ouvrir la voie Ă  un futur sauveur de l'Allemagne, encore inconnu. Mais le culte spontanĂ©ment apparu autour de sa personnalitĂ© charismatique dans les rangs des SA et des militants le convainc bientĂŽt qu'il est lui-mĂȘme ce sauveur providentiel. À partir de 1921-1922, la conviction intime qu'il est dĂ©signĂ© par le destin pour rĂ©gĂ©nĂ©rer et purifier l'Allemagne vaincue ne le quitte plus[99] - [100]. Son narcissisme et sa mĂ©galomanie ne font en consĂ©quence que s'accentuer, comme sa prĂ©dominance absolue au sein du mouvement nazi. C’est ce qui le diffĂ©rencie de Mussolini, au dĂ©part simple primus inter pares d'une direction collective fasciste, ou de Staline, qui ne croit pas lui-mĂȘme Ă  son propre culte, fabriquĂ© tardivement. Au contraire, le culte du FĂŒhrer s'organise rapidement, avec en ligne la structuration du parti autour du FĂŒhrerprinzip : tout tourne autour du FĂŒhrer, qui crĂ©e un lien de dĂ©pendance, au sens fĂ©odal du terme, entre ses fidĂšles et lui ; la rĂ©ponse de Hitler Ă  ceux qui le saluent est en rĂ©alitĂ© une acceptation de l'hommage de ces derniers[101].

Inspiré par la lecture du psychologue Gustave Le Bon, Hitler met au point une propagande violente mais efficace.

« L'idée centrale de Hitler est simple : lorsqu'on s'adresse aux masses, point n'est besoin d'argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnés, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thÚmes assénés à satiété constituent l'essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théùtraux, aux affiches criardes, à un expressionnisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l'emploi de la force. Ainsi, quand les SA brutalisent leurs adversaires politiques, ce n'est pas sous l'effet de passions déchaßnées, mais en application des directives permanentes qui leur sont données[102] ».

De sa vie, Hitler n'accepta jamais un débat rationnel ni contradictoire et ne parla que devant des auditoires acquis[n 31].

En , Hitler est condamnĂ© Ă  trois mois de prison (dont deux avec sursis) pour « troubles Ă  l'ordre public ». Il purge cette peine Ă  la prison de Stadelheim de Munich entre juin et . Il est mĂȘme menacĂ© d’ĂȘtre expulsĂ© de BaviĂšre.

Putsch manqué de Munich (9 novembre 1923)

Photo noir et blanc de neuf hommes debout, dans une rue, devant la porte d'entrée fermée d'un bùtiment. Sept hommes sont en tenue militaire. Il s'agit d'Adolf Hitler et des autres personnalités inculpées lors du son procÚs en 1924.
Les personnalités inculpées lors du procÚs d'Adolf Hitler en 1924, photo d'Heinrich Hoffmann.

Admirateur fervent de Mussolini (dont un buste ornera durablement son bureau), Hitler rĂȘve d'avoir Ă  son tour sa « marche sur Rome » qui le fasse accĂ©der au pouvoir par la force[103]. En , alors que l'Ă©conomie s'est effondrĂ©e avec l'occupation de la Ruhr, que le Papiermark rongĂ© par l'hyperinflation ne vaut plus rien et que des entreprises sĂ©paratistes ou communistes secouent certaines parties de l'Allemagne, Hitler croit le moment venu pour prendre le contrĂŽle de la BaviĂšre avant de marcher sur Berlin et d'en chasser le gouvernement Ă©lu. Les 8 et , il conduit avec le gĂ©nĂ©ral Erich Ludendorff le coup d'État avortĂ© de Munich connu comme le putsch de la Brasserie. Le complot, bĂąclĂ©, est facilement mis en dĂ©route et, lors d'un heurt de ses troupes avec la police devant la Feldherrnhalle, Hitler est lui-mĂȘme blessĂ© tandis que sont tuĂ©s seize de ses partisans, promus ultĂ©rieurement « martyrs » du nazisme.

Le NSDAP est aussitĂŽt interdit. En fuite, Hitler est arrĂȘtĂ© le , inculpĂ© de conspiration contre l’État et incarcĂ©rĂ© Ă  la prison de Landsberg am Lech. À partir de cet instant, il se rĂ©soudra Ă  se tourner tactiquement vers la seule voie lĂ©gale pour arriver Ă  ses fins. Mais dans l'immĂ©diat, il sait exploiter son procĂšs en se servant de la barre comme d'une tribune. Le procĂšs pour haute trahison (Hitler-Prozess ou Hitler-Ludendorff Prozess) se tient du au Ă  l'École d'infanterie de la Reichswehr Ă  Munich : la mĂ©diatisation de ce procĂšs permet Ă  Hitler de se mettre en vedette et de se faire connaĂźtre Ă  travers le reste de l'Allemagne. Les magistrats, reflĂ©tant l'attitude des Ă©lites traditionnelles peu attachĂ©es Ă  la rĂ©publique de Weimar, se montrent assez indulgents Ă  son Ă©gard. Le , il est condamnĂ© Ă  cinq ans de dĂ©tention Ă  la forteresse de Landsberg am Lech pour « haute trahison », ce qui fait scandale, mĂȘme au sein des conservateurs[104]. DĂ©tenu en forteresse, Ă  l'image des criminels ayant agi pour des motifs nobles[104], il purge sa peine dans une vaste cellule au sein de laquelle il peut recevoir des visites, et surtout oĂč il a amĂ©nagĂ© un vĂ©ritable cabinet de travail, dans lequel il lit Ă©normĂ©ment et dicte Ă  ses proches les premiĂšres Ă©bauches de Mein Kampf[105]. CondamnĂ© Ă  cinq ans de forteresse, il est libĂ©rĂ© au terme de neuf mois[106].

Constitution définitive d'une idéologie (1923-1924)

PremiĂšre Ă©dition de Mein Kampf, .

Sa dĂ©tention Ă  la prison de Landsberg est considĂ©rĂ©e par Hitler comme « son universitĂ© aux frais de l'État », qui lui permet de lire des ouvrages de Friedrich Nietzsche, Houston Stewart Chamberlain, Ranke, Treitschke, Karl Marx et les mĂ©moires d'Otto von Bismarck et de gĂ©nĂ©raux et hommes d'État alliĂ©s ou allemands[107]. Elle lui donne l'occasion de dicter Ă  son secrĂ©taire Rudolf Hess son ouvrage Mein Kampf, rĂ©cit autobiographique et manifeste politique, appelĂ© Ă  devenir le manifeste du mouvement nazi[108]. Hitler y dĂ©voile sans fard l’idĂ©ologie redoutable qu’il a achevĂ© de se constituer depuis 1919 (Weltanschauung), dont il ne variera plus et qu’il cherchera Ă  mettre en pratique[n 32].

Outre sa haine de la dĂ©mocratie, de la France « ennemie mortelle du peuple allemand », du socialisme et du « judĂ©o-bolchevisme », sa doctrine repose sur sa conviction intime Ă  base pseudo-scientifique d’une lutte darwinienne entre diffĂ©rentes « races » fonciĂšrement inĂ©gales. Au sommet d’une stricte pyramide, se trouverait la race allemande ou « race des Seigneurs », qualifiĂ©e tantĂŽt de « race nordique » et tantĂŽt de « race aryenne » et dont les plus Ă©minents reprĂ©sentants seraient les grands blonds aux yeux bleus. Cette race supĂ©rieure doit ĂȘtre « purifiĂ©e » de tous les Ă©lĂ©ments Ă©trangers, « non allemands », Juifs, homosexuels, ou malades, et doit dominer le monde par la force brute. Au traditionnel pangermanisme visant Ă  regrouper tous les Allemands ethniques dans un mĂȘme État, Hitler ajoute la conquĂȘte d’un Lebensraum indĂ©fini, Ă  arracher notamment Ă  l’Est aux « sous-hommes » slaves. Enfin, Hitler parle constamment d’« Ă©radiquer » ou d’« anĂ©antir » les Juifs, comparĂ©s Ă  de la vermine, Ă  des asticots[110], ou Ă  des poux, qui ne sont pas seulement pour lui une race radicalement infĂ©rieure, mais aussi radicalement dangereuse.

Hitler a principalement emprunté sa vision ultra-raciste à H. S. Chamberlain, son culte du surhomme à Nietzsche, son obsession de la décadence à Oswald Spengler et, enfin, les concepts de race nordique et d'espace vital à Alfred Rosenberg, idéologue du parti. Il puise aussi dans la « révolution conservatrice » animée par Arthur Moeller van den Bruck, dont il a lu l'ouvrage Le TroisiÚme Reich.

Selon la fiche signalétique établie par les renseignements français en 1924, Hitler est inscrit comme journaliste et est qualifié de « Mussolini allemand » avec ces notes : « Ne serait que l'instrument de puissances supérieures : n'est pas un imbécile mais trÚs adroit démagogue. Aurait Ludendorf derriÚre lui. Organise des Sturmtruppen genre fasciste. Condamné à cinq ans de forteresse avec possibilité de sursis aprÚs six mois de détention[111]. »[112].

AprĂšs treize mois de dĂ©tention (dont neuf depuis sa condamnation) et malgrĂ© l’opposition dĂ©terminĂ©e du procureur Ludwig Stenglein Ă  Munich, il bĂ©nĂ©ficie d’une libĂ©ration anticipĂ©e le [113].

RĂ©organisation du parti (1925-1928)

À sa sortie de prison le , Hitler retrouve un parti dĂ©chirĂ© entre diffĂ©rentes tendances centrifuges.

Sous la menace d'une expulsion vers l’Autriche, menace vite rĂ©duite Ă  nĂ©ant par le refus du gouvernement autrichien de l'accueillir[114], il est interdit de sĂ©jour dans le Land de Prusse et de parole dans de nombreux autres LĂ€nder[114]. Devenu apatride le et interdit de parole en public jusqu’au , il reconstruit le NSDAP sur de nouvelles bases et retrouve une certaine popularitĂ©.

En effet, il exploite son aura de putschiste pour faire du NSDAP un instrument Ă  sa main. Durant cette pĂ©riode, il discipline les Sturmabteilung (SA), leur interdisant tout lien avec d'autres formations paramilitaires d'extrĂȘme-droite, et encourageant la crĂ©ation de la Schutzstaffel (SS), petite troupe d'Ă©lite, confiĂ©e dĂšs 1925 Ă  Heinrich Himmler, « le fidĂšle Heinrich » en qui il place toute sa confiance et qui voue au FĂŒhrer une admiration fanatique. Cette mise Ă  l'Ă©cart de la SA, troupe indisciplinĂ©e, suscite l'opposition de Röhm, qui se retire un temps du NSDAP[115] ; ensuite, il sape l'influence de Ludendorff, son grand rival, en le poussant Ă  se prĂ©senter Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 1925[115]. Enfin, Hitler lance la transformation en profondeur du NSDAP, Ă©cartant Gregor Strasser, menaçant en raison de ses qualitĂ©s d'organisateur et de son influence dans le Nord du Reich, oĂč Hitler l'a envoyĂ© pour implanter le parti en profondeur ; Strasser, appuyĂ© entre autres sur Goebbels, tente de mettre en place un NSDAP non directement liĂ© Ă  Hitler, qualifiĂ© lui-mĂȘme de « petit-bourgeois » ; ce parti refondĂ© par le groupe de Strasser serait plus centrĂ© sur un programme de tendance socialisante et la lutte contre la ploutocratie occidentale, y compris au moyen d'une alliance avec l'URSS, que sur un lien direct entre un chef de parti et des militants[116]. Pour reprendre la main sur Strasser et ses partisans, Hitler organise le une rĂ©union des cadres Ă  Bamberg, en Franconie, fief de Julius Streicher[117]. Ce rassemblement se solde par la victoire de Hitler sur Strasser, malgrĂ© le maintien de ce dernier grĂące Ă  de nombreux appuis. Cette dĂ©faite entraĂźne le ralliement de Goebbels Ă  Hitler au cours de cette annĂ©e, malgrĂ© la proximitĂ© du futur ministre de la propagande avec les idĂ©es de Strasser[117]. En dĂ©finitive, Strasser est balayĂ© par l'absence de rĂ©sultats tangibles dans sa stratĂ©gie de conquĂȘte rĂ©elle d'un Ă©lectorat ouvrier, et par une rĂ©orientation stratĂ©gique de la propagande du parti, dorĂ©navant dirigĂ©e vers le milieu rural[118]. Mais la tactique de toucher l'ensemble de la sociĂ©tĂ©, par la crĂ©ation d'organisations spĂ©cifiques, que Strasser a amorcĂ©e, est reprise systĂ©matiquement aprĂšs sa dĂ©faite ; en effet, des Ă©lĂ©ments d'une nouvelle sociĂ©tĂ© et d'un nouvel État nationaux-socialistes, susceptibles de se substituer de plain-pied au pouvoir d’État[119], se mettent progressivement en place, axĂ©s sur la loyautĂ© envers le FĂŒhrer ; les premiers membres de chacune de ces structures comptent parmi les proches de Hitler et le restent pratiquement jusqu'Ă  la fin du rĂ©gime[120].

Le rassemblement de Weimar de constitue l'occasion de la mise en scĂšne de ce succĂšs : selon les statuts du parti, Hitler est confirmĂ© Ă  sa place de dirigeant du NSDAP ; mais surtout, par un cĂ©rĂ©monial centrĂ© sur la personne du FĂŒhrer, le rassemblement fournit l'occasion de prestations de serments de soumission et d'allĂ©geance Ă  la personne de Hitler, FĂŒhrer du NSDAP[121].

Les premiers succĂšs du parti en milieu rural, en Saxe, dans le Mecklembourg, dans le Land de Bade valident son approche politique et renforcent la popularitĂ© de Hitler au sein du parti. Commencent alors Ă  se dĂ©velopper les prĂ©mices du culte de la personnalitĂ© : le salut Heil Hitler devient obligatoire, mĂȘme en l'absence du FĂŒhrer ; les rassemblements de Nuremberg, en 1927, puis en 1929 prennent une nouvelle orientation, dorĂ©navant axĂ©e sur l'enthousiasme gĂ©nĂ©rĂ© par le discours de Hitler[122]. De mĂȘme, la Ligue de jeunesse du parti, existante depuis 1922, devient en 1926 les Jeunesses hitlĂ©riennes, rapidement encadrĂ©es, Ă  partir de 1928, par un thurifĂ©raire, Baldur von Schirach[123].

Les principes mis en avant pour rĂ©organiser le parti sont tous axĂ©s sur la capacitĂ© des cadres Ă  conquĂ©rir puis Ă  conserver leur place, dĂ©finissant ainsi une nĂ©buleuse, le NSDAP, constamment en Ă©quilibre instable, avec des changements frĂ©quents aux diffĂ©rents Ă©chelons locaux du parti, Hitler se bornant alors Ă  arbitrer entre les diffĂ©rents chefs locaux qui se dĂ©gagent de ces luttes ; de plus, lors de ces affrontements, chaque cadre peut se rĂ©clamer de la volontĂ© du FĂŒhrer, demeurant volontairement floue[118].

En 1929, pour mieux mener campagne contre le plan Young sur les rĂ©parations de guerre dues Ă  la France, soumis Ă  rĂ©fĂ©rendum, le patron de presse et chef nationaliste Alfred Hugenberg s'est alliĂ© Ă  Hitler, dont il a besoin des talents oratoires, et a financĂ© la campagne de propagande qui a permis au FĂŒhrer des nazis de se faire connaĂźtre dans toute l'Allemagne.

Ayant écarté, rallié à lui, ou circonvenu les principaux partisans d'un socialisme national, Hitler, dont le train de vie personnel ne cesse par ailleurs de s'embourgeoiser, s'attache aussi à se rendre respectable et rassurant aux yeux des élites traditionnelles. Pour rallier celles-ci et faire oublier son image d'agitateur plébéien et révolutionnaire, il se prononce par exemple, lors du référendum de , en faveur de l'indemnisation des princes régnants renversés en 1918[124]. Le magnat de la Ruhr, Fritz Thyssen, lui apporte ainsi son soutien public.

La SA, la brutale milice du parti qui s’illustre dans des agressions et des combats de rues, pose plus de problĂšmes Ă  Hitler par son recrutement plĂ©bĂ©ien assez large et par sa discipline souvent incertaine. La base des SA est partisane d'une « seconde rĂ©volution » et est exaspĂ©rĂ©e par les compromis que doit faire le parti nazi dans sa conquĂȘte du pouvoir. Leurs sections berlinoises, commandĂ©es par Walter Stennes, iront mĂȘme jusqu'Ă  saccager Ă  plusieurs reprises les locaux du parti nazi entre 1930 et 1931[125]. DĂšs 1930, confrontĂ© Ă  cette grave mutinerie de leur part, Hitler rappelle de Bolivie son ancien complice du putsch de 1923, Ernst Röhm, qu’il avait mis lui-mĂȘme sur la touche en 1925 : ce dernier reprend leur tĂȘte et rĂ©tablit en partie l’ordre dans leurs rangs.

« Résistible ascension » (1929-1932)

Affiche électorale du Zentrum (1930). Ce parti démocrate-chrétien est dépeint ici par l'illustrateur Theo Matejko comme un pont surplombant fermement la terreur et le chaos incarnés par les nazis et les communistes.

Comme le suggÚre Bertolt Brecht par le titre de sa piÚce La Résistible Ascension d'Arturo Ui, ùpre satire antinazie, la marche au pouvoir d'Adolf Hitler ne fut ni linéaire ni irrésistible. Toutefois, elle fut favorisée aprÚs 1929 par un contexte de crise exceptionnel, et par les faiblesses, les erreurs ou le discrédit de ses adversaires et concurrents politiques.

L'Allemagne n'avait derriĂšre elle en 1918 qu'une faible tradition dĂ©mocratique. NĂ©e d'une dĂ©faite et d'une rĂ©volution, la rĂ©publique de Weimar s'Ă©tait mal enracinĂ©e, d'autant que serviteurs et nostalgiques du Kaiser restaient trĂšs nombreux dans l'armĂ©e, l'administration, l'Ă©conomie et la population. Le Zentrum catholique, parti membre de la coalition fondatrice de la RĂ©publique, s'engage dans une dĂ©rive autoritaire Ă  partir de la fin des annĂ©es 1920, tandis que communistes, nationalistes du DNVP et nazis continuent de refuser le rĂ©gime et de le combattre. Enfin, le culte traditionnel des grands chefs et l'attente diffuse d'un sauveur providentiel prĂ©disposaient une bonne part de sa population Ă  s'en remettre Ă  Hitler. État-nation trĂšs rĂ©cent et fragile, traversĂ© de multiples clivages gĂ©ographiques, religieux, politiques et sociaux, l'Allemagne entre en plus dans une nouvelle phase d'instabilitĂ© politique Ă  partir de 1929. AprĂšs le dĂ©cĂšs de Gustav Stresemann, artisan avec Aristide Briand du rapprochement franco-allemand, la chute du chancelier Hermann MĂŒller en 1930 est celle du dernier gouvernement parlementaire. Il est remplacĂ© par le gouvernement conservateur et autoritaire de Heinrich BrĂŒning, du Zentrum.

Graphique présentant la courbe du chÎmage en Allemagne de 1928 à 1940. La courbe est ascendante de 1928 (5 %) à 1932 (30 %) puis descendante jusqu'à 0 % de 1932 à 1940 ; en 1935, le chÎmage est réduit à 10 %.
Évolution en pourcentage du chîmage en Allemagne de 1928 à 1940.

Monarchiste convaincu, le trĂšs populaire marĂ©chal Paul von Hindenburg, portĂ© Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique en 1925, cesse de jouer le jeu de la dĂ©mocratie Ă  partir de 1930. Il se met Ă  gouverner par dĂ©crets, nommant des cabinets Ă  ses ordres de plus en plus dĂ©pourvus de la moindre majoritĂ© au Parlement, usant et abusant de son droit de dissolution du Reichstag — utilisĂ© pas moins de quatre fois de 1930 Ă  1933. Les institutions de Weimar sont donc vidĂ©es de leur substance bien avant que Hitler ne leur porte le coup de grĂące[126].

Les consĂ©quences catastrophiques de la crise de 1929 sur l’économie allemande, trĂšs dĂ©pendante des capitaux rapatriĂ©s aux États-Unis immĂ©diatement aprĂšs le krach de Wall Street, apportent bientĂŽt au NSDAP un succĂšs foudroyant et imprĂ©vu. Aux Ă©lections du , avec 6,5 millions d'Ă©lecteurs, 18,3 % des voix et 107 siĂšges, le parti nazi devient le deuxiĂšme parti au Reichstag. La dĂ©flation sĂ©vĂšre et anachronique menĂ©e par BrĂŒning ne fait qu'aggraver la crise Ă©conomique et prĂ©cipite de nombreux Allemands inquiets dans les bras de Hitler. En constituant avec ce dernier le « Front de Harzburg » en , dirigĂ© contre le gouvernement et la RĂ©publique, Hugenberg et les autres forces des droites nationalistes jouent involontairement le jeu de Hitler, dont la puissance (Ă©lectorale et parlementaire) en fait dĂ©sormais un personnage de premier plan sur la scĂšne politique[127].

Le septennat du prĂ©sident Hindenburg se terminant le , la droite et le Zentrum, afin d’éviter de nouvelles Ă©lections, proposent de renouveler tacitement le mandat prĂ©sidentiel. L’accord des nazis Ă©tant nĂ©cessaire, Hitler exige la dĂ©mission du chancelier BrĂŒning et de nouvelles Ă©lections parlementaires. Hindenburg refuse, et le , Joseph Goebbels[128] annonce la candidature d’Adolf Hitler Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Le , Hitler est opportunĂ©ment nommĂ© Regierungsrat, fonctionnaire d’État, ce qui lui confĂšre automatiquement la nationalitĂ© allemande.

Membres du NSDAP collant une affiche Ă©lectorale Ă  l'effigie d'Hitler en 1932.

Sa campagne Ă©lectorale est sans prĂ©cĂ©dent sur le plan de la propagande. En particulier, l’usage alors inĂ©dit et spectaculaire de l’avion dans ses dĂ©placements Ă©lectoraux permet Ă  Goebbels de placarder des affiches : « Le FĂŒhrer vole au-dessus de l’Allemagne ».

Graphique (diagramme en bĂątons vertical) qui montre la progression en nombre de siĂšges du NSDAP au Reichstag de 1924 (31 siĂšges, 6,6 %) Ă  1933 (288 siĂšges, 43,9 %).
La montée du NSDAP au Reichstag.

Hitler obtient 30,1 % des voix au premier tour le et 36,8 % au second tour en avril, soit 13,4 millions de suffrages qui se portent sur sa personne, doublant le score des Ă©lections lĂ©gislatives de 1930. Soutenu en dĂ©sespoir de cause par les socialistes, Hindenburg est rĂ©Ă©lu Ă  82 ans. Mais lors des scrutins rĂ©gionaux qui suivent l’élection prĂ©sidentielle le NSDAP renforce ses positions et arrive partout en tĂȘte, sauf dans sa BaviĂšre d'origine. Aux Ă©lections lĂ©gislatives du , il confirme sa position de premier parti d'Allemagne, avec 37,3 % des voix et devient le premier groupe parlementaire. Hermann Göring, bras droit de Hitler depuis 1923, devient prĂ©sident du Reichstag. NĂ© d'un groupuscule, le culte de Hitler est devenu en moins de deux ans un phĂ©nomĂšne de masse capable de toucher plus du tiers des Allemands.

Hitler rĂ©ussit Ă  faire l'unitĂ© d'un Ă©lectorat trĂšs diversifiĂ©. Contrairement Ă  une idĂ©e reçue, ce ne sont pas les chĂŽmeurs qui ont mis leur espoir en lui (c'est parmi eux que Hitler fait ses moins bons scores), mais les classes moyennes, qui redoutent d'ĂȘtre les prochaines victimes de la crise[129]. Si l'Ă©lectorat fĂ©minin votait fort peu Ă  l'extrĂȘme-droite dans les annĂ©es 1920, la popularitĂ© bien connue du FĂŒhrer auprĂšs des femmes s'est jointe au rapprochement structurel entre vote fĂ©minin et vote masculin pour lui assurer des renforts de voix supplĂ©mentaires aprĂšs 1930. Les protestants ont davantage votĂ© pour lui que les catholiques, mais une bonne part du vote de ces derniers Ă©tait fixĂ©e par le Zentrum. Les campagnes, Ă©prouvĂ©es par la crise et soumises en Prusse Ă  la rude exploitation quasi fĂ©odale des Junkers, se sont servies du vote envers Hitler Ă  des fins protestataires. Les ouvriers ont moins votĂ© nazi que la moyenne, mĂȘme si une part non nĂ©gligeable a Ă©tĂ© tentĂ©e. Quant aux fonctionnaires, aux Ă©tudiants ou aux mĂ©decins, leur haut niveau d'instruction ne les a pas empĂȘchĂ©s d'ĂȘtre sur-reprĂ©sentĂ©s dans le soutien au doctrinaire de Mein Kampf[129].

AlliĂ© Ă  la droite nationaliste, bĂ©nĂ©ficiant du discrĂ©dit du Zentrum et de l'obligation pour le SPD de soutenir l'impopulaire Franz von Papen « pour Ă©viter le pire », Hitler multiplie aussi les dĂ©clarations hypocrites oĂč il se pose en dĂ©mocrate et en modĂ©rĂ©, tout en flattant les Ă©lites traditionnelles et jusqu'aux Églises par un discours plus traditionaliste qu'avant.

Les communistes du KPD, qui rĂ©duisent Hitler Ă  un simple pantin du grand capital, lui rendent service en combattant avant tout les socialistes, au nom de la ligne « classe contre classe » dictĂ©e par le Komintern stalinien, et en refusant toute action commune avec eux contre le NSDAP. Le KPD va jusqu'Ă  coopĂ©rer avec les nazis lors de la grĂšve des transports Ă  Berlin en 1932[130]. Fin 1932, la situation se dĂ©grade encore sur les plans Ă©conomique et social (plus de 6 millions de chĂŽmeurs Ă  la fin de l’annĂ©e). L’agitation et l’insĂ©curitĂ© politique sont Ă  leur comble, les rixes avec implication de SA hitlĂ©riens sont permanentes. Le gouvernement trĂšs rĂ©actionnaire de Von Papen est incapable de rĂ©unir plus de 10 % des dĂ©putĂ©s et des Ă©lecteurs.

EngagĂ© dans un bras de fer personnel avec Hitler, le prĂ©sident Hindenburg refuse toujours de le nommer chancelier : le vieux marĂ©chal prussien, ancien chef de l’armĂ©e allemande pendant la Grande Guerre, affiche son mĂ©pris personnel pour celui qu’il qualifie de « petit caporal bohĂ©mien » et dont il affirme qu’il a « tout juste l’envergure pour faire un ministre des Postes ». Toutes les tentatives de conciliation Ă©chouent. Fin 1932, le mouvement nazi traverse une phase difficile. Sa crise financiĂšre devient aiguĂ«. Les militants et les Ă©lecteurs se lassent de l’absence de perspectives, des discours Ă  gĂ©omĂ©trie variable de Hitler et des contradictions internes du programme nazi[n 33]. Bien des SA parlent de dĂ©clencher tout de suite un soulĂšvement suicidaire dont Hitler ne veut Ă  aucun prix, et Gregor Strasser menace de faire scission avec l’appui du chancelier Kurt von Schleicher. Enfin, les Ă©lections lĂ©gislatives de novembre 1932 ont consacrĂ© une baisse de popularitĂ© du NSDAP qui perd 2 millions de voix et 34 siĂšges. C’est le moment oĂč LĂ©on Blum, en France, Ă©crit dans Le Populaire que la route du pouvoir est dĂ©finitivement fermĂ©e pour Hitler et que toute espĂ©rance d’y accĂ©der est pour lui rĂ©volue. Pourtant, ces revers n’entament en rien sa dĂ©termination.

  • Caricatures d'Adolf Hitler publiĂ©es dans le journal satirique allemand Der wahre Jacob
  • Selon que son auditoire soit composĂ© d'ouvriers ou de financiers, Hitler accentue alternativement tel ou tel vocable du nom de son parti. Illustration de Jacobus Belsen, 1930.
    Selon que son auditoire soit composé d'ouvriers ou de financiers, Hitler accentue alternativement tel ou tel vocable du nom de son parti. Illustration de Jacobus Belsen, 1930.
  • « Mais pourquoi donc avez-vous peur de moi ? » Illustration de Kurt Lange-Christopher, 1931.
    « Mais pourquoi donc avez-vous peur de moi ? »
    Illustration de Kurt Lange-Christopher, 1931.
  • Comment Hitler a le mot « lĂ©gal » Ă  la bouche. Illustration de Jacobus Belsen, 1932.
    Comment Hitler a le mot « légal » à la bouche.
    Illustration de Jacobus Belsen, 1932.

Accession au pouvoir absolu

Le vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommĂ© chancelier de la rĂ©publique de Weimar aprĂšs un mois d’intrigues au sommet organisĂ©es par l’ancien chancelier Franz von Papen, et grĂące au soutien de la droite et Ă  l’implication du Parti populaire national allemand (DNVP). Le soir mĂȘme, des milliers de SA effectuent un dĂ©filĂ© nocturne triomphal sur l’avenue Unter den Linden, sous le regard du nouveau chancelier, marquant ainsi la prise de contrĂŽle de Berlin et le lancement de la chasse aux opposants. Le quotidien Deutsche Allgemeine Zeitung (DAZ), proche de la droite conservatrice, Ă©crivit le : « En tout cas, c'est une dĂ©cision hardie et audacieuse, et aucun homme politique conscient de ses responsabilitĂ©s ne sera enclin Ă  applaudir ». Le quotidien catholique Regensburger Anzeiger mit en garde contre « un saut dans l'obscuritĂ© »[132].

Destruction de la démocratie (1933-1934)

Photographie noir et blanc de Göring, Hitler, Franz von Papen, Franz Seldte, GĂŒnther Gereke, Lutz Schwerin von Krosigk, Wilhelm Frick, Werner von Blomberg Alfred Hugenberg en 1933.
Le cabinet Hitler en .

Contrairement Ă  une idĂ©e reçue frĂ©quente, Hitler n'a jamais Ă©tĂ© « Ă©lu » chancelier par les Allemands, du moins pas directement. Il a nĂ©anmoins Ă©tĂ© nommĂ© chancelier par le prĂ©sident conformĂ©ment Ă  la constitution de Weimar, et choisi en qualitĂ© de chef du parti remportant les Ă©lections lĂ©gislatives de novembre 1932, mĂȘme si Ian Kershaw rappelle que « la nomination de Hitler Ă  la chancellerie aurait sans doute pu ĂȘtre Ă©vitĂ©e »[133] - [n 34] et ce jusqu'au dernier moment[n 35]. Les tractations avec le prĂ©sident qui se sont en fait rĂ©vĂ©lĂ©es indispensables Ă  sa nomination amĂšnent certains Ă  considĂ©rer qu'il a Ă©tĂ© « hissĂ© au pouvoir » par une poignĂ©e d'industriels et d'hommes de droite[100] - [134]. Et en dĂ©pit de son Ă©norme poids Ă©lectoral, jamais une majoritĂ© absolue des Ă©lecteurs ne s'est portĂ©e sur lui, puisque mĂȘme en , aprĂšs deux mois de terreur et de propagande, son parti n'obtient que 43,9 % des suffrages. Toutefois, il a atteint son objectif poursuivi depuis fin 1923 : arriver au pouvoir lĂ©galement. Et il est hors de doute que le ralliement de la masse des Allemands au nouveau chancelier s'est fait trĂšs vite, et moins par la force que par adhĂ©sion Ă  sa personne[135].

Lors de la formation du premier gouvernement de Hitler, le DNVP d'Alfred Hugenberg espĂšre ĂȘtre, avec le Zentrum de von Papen, en mesure de contrĂŽler le nouveau chancelier — bien que le DNVP ne reprĂ©sente que 8 % des voix alors que les nazis en ont 33,1 %. De fait, le premier gouvernement de Hitler ne compte, outre le chancelier lui-mĂȘme, que deux nazis : Göring, responsable en particulier de la Prusse, et Wilhelm Frick, au ministĂšre de l’IntĂ©rieur.

Mais Hitler dĂ©borde rapidement ses partenaires et met immĂ©diatement en route la mise au pas de l’Allemagne. DĂšs le , il obtient de Hindenburg la dissolution du Reichstag. Le , il s’assure le soutien de l’armĂ©e. Pendant la campagne Ă©lectorale, Von Papen, Thyssen et Schacht obtiennent des milieux industriels et financiers, jusque-lĂ  plutĂŽt rĂ©servĂ©s envers Hitler, qu’ils renflouent les caisses du NSDAP et financent sa campagne[136]. La SA et la SS, milices du parti nazi, se voient confĂ©rer des pouvoirs d’auxiliaires de police. De nombreux morts marquent les rencontres des partis d’opposition, notamment du Parti social-dĂ©mocrate (SPD) et du parti communiste (KPD). Des opposants sont dĂ©jĂ  brutalisĂ©s, arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s, voire assassinĂ©s.

Photo noir et blanc sur laquelle le Reichstag, partiellement caché par une rangée d'arbres, est visible en arriÚre-plan, le 28 février 1933, lendemain de son incendie. Quelques badauds, en habits sombres, se tiennent debout au premier plan.
Incendie du palais du Reichstag le .
Photo noir et blanc sur laquelle le chancelier Hitler en civil s'incline devant le président Paul von Hindenburg, en uniforme de maréchal, pour la journée de Potsdam, le début de la session parlementaire au Reichstag nouvellement élu.
Pour la journée de Potsdam, le , inauguration de la session du nouveau Parlement au Reichstag, Adolf Hitler s'incline devant le président du Reich Hindenburg qui l'a nommé quelques semaines plus tÎt au poste de chancelier ; deux jours plus tard, le , est votée la loi des pleins pouvoirs, deuxiÚme étape de l'instauration de la dictature, aprÚs le décret sur l'incendie du Reichstag.

L’énigmatique incendie du Reichstag, le , sert de prĂ©texte Ă  Hitler pour suspendre toutes les libertĂ©s civiles garanties par la Constitution de Weimar et radicaliser l’élimination de ses opposants politiques, notamment des dĂ©putĂ©s communistes du KPD, illĂ©galement arrĂȘtĂ©s. Le NSDAP remporte les Ă©lections du avec 17 millions de voix, soit 43,9 % des suffrages. Dans les jours qui suivent, dans tous les LĂ€nder d’Allemagne, les nazis s’emparent par la force des leviers locaux du pouvoir. Le , au cours d’une grandiose cĂ©rĂ©monie de propagande sur le tombeau de FrĂ©dĂ©ric II de Prusse Ă  Potsdam, oĂč il s’affiche en grand costume aux cĂŽtĂ©s de Hindenburg, Hitler proclame l’avĂšnement du TroisiĂšme Reich, auquel il promettra ultĂ©rieurement une durĂ©e de « mille ans ». Le , grĂące aux voix du Zentrum, auquel le chancelier a promis en Ă©change la signature d'un concordat avec le Vatican, et malgrĂ© l'opposition du seul SPD (les dĂ©putĂ©s du KPD Ă©tant arrĂȘtĂ©s), le Reichstag vote la loi des pleins pouvoirs qui accorde Ă  Hitler les pouvoirs spĂ©ciaux pour quatre ans. Il peut dĂ©sormais rĂ©diger seul les lois, et celles-ci peuvent s'Ă©carter de la Constitution de Weimar que Hitler ne se donna mĂȘme pas la peine d'abolir formellement.

C’est une Ă©tape dĂ©cisive du durcissement du rĂ©gime. Sans mĂȘme attendre le vote de la loi, les nazis ont ouvert le premier camp de concentration permanent le Ă  Dachau, sous la houlette de Himmler. Ce dernier jette en Allemagne du Sud, tout comme Göring en Prusse, les bases de la redoutable police politique nazie, la Gestapo. Le , vingt-quatre heures aprĂšs avoir acceptĂ© de dĂ©filer devant le chancelier, les syndicats sont dissous et leurs biens saisis. Le , le ministre de la Propagande Joseph Goebbels prĂ©side Ă  Berlin une nuit d’autodafĂ© oĂč des Ă©tudiants nazis brĂ»lent pĂȘle-mĂȘle en public des milliers de « mauvais livres » d’auteurs juifs, pacifistes, marxistes ou psychanalystes comme Marx, Freud ou Kant. Des milliers d’opposants, de savants et d’intellectuels fuient l’Allemagne comme Albert Einstein. Le , le NSDAP devient le parti unique. Hitler met fin aussi rapidement aux libertĂ©s locales. L’autonomie des LĂ€nder est dĂ©finitivement supprimĂ©e le : un an aprĂšs son accession Ă  la chancellerie, Hitler devient le chef du premier État centralisĂ© qu’ait connu l’Allemagne.

En tout, entre 1933 et 1939, de 150 000 Ă  200 000 personnes sont internĂ©es, et entre 7 000 et 9 000 sont tuĂ©es par la violence d’État. Des centaines de milliers d’autres doivent fuir l’Allemagne[137].

Photo noir et blanc prise de nuit, le 10 mai 1933, d'un autodafĂ© public. Au centre et au premier plan, un homme en uniforme, de dos, lance des livres dans un feu, Ă  sa gauche. À droite, en arriĂšre-plan, un autre milicen surveille quelques badauds.
En , des membres de la Sturmabteilung (la SA) brûlent les livres proscrits en public.

Les nazis condamnent l’« art dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© » et les « sciences juives », et dĂ©truisent ou dispersent de nombreuses Ɠuvres des avant-gardes artistiques. Le programme pour « purifier » la race allemande est Ă©galement trĂšs tĂŽt mis en Ɠuvre. Une loi du permet Ă  Hitler de destituer aussitĂŽt des centaines de fonctionnaires et d'universitaires juifs, tandis que les SA dĂ©clenchent au mĂȘme moment une campagne brutale de boycott des magasins juifs. Hitler impose aussi personnellement Ă  l'Ă©tĂ© 1933 une loi prĂ©voyant la stĂ©rilisation forcĂ©e des malades et des handicapĂ©s : elle est appliquĂ©e Ă  plus de 350 000 personnes[138]. DĂ©testant particuliĂšrement le mĂ©lange des populations (qualifiĂ© de « honte raciale »), le chef allemand ordonne de stĂ©riliser en particulier, en 1937, les 400 enfants nĂ©s dans les annĂ©es 1920 d’Allemandes et de soldats noirs des troupes françaises d’occupation. Les persĂ©cutions envers les homosexuels commencent aussi, les bars et les lieux de rassemblement des homosexuels sont fermĂ©s. Les homosexuels subissent brutalitĂ©s et tortures, et certains sont envoyĂ©s Ă  Dachau. Certains se voient proposer l'« Ă©masculation volontaire »[139].

Photo noir et blanc, prise Ă  Berlin en novembre 1933, d'une affiche Ă©lectorale du NSDAP dĂ©ployĂ©e sur les trois premiers Ă©tages de la façade d'un bĂątiment de cinq Ă©tages (bureau du parti nazi). On peut lire, en grosses lettres, le slogan en allemand : « Ein Volk, ein FĂŒhrer, ein Ja ».
Le plébiscite de entérine la fin de la démocratie en Allemagne.

En , le nouveau dictateur fait plébisciter sa politique quand 95 % des votants approuvent le retrait de la Société des Nations et que la liste unique du NSDAP au Reichstag fait 92 % des voix.

Les SA de Röhm exigent que la « rĂ©volution » nationale-socialiste prenne un tour plus anticapitaliste, et rĂȘvent notamment de prendre le contrĂŽle de l’armĂ©e, ce qui compromettrait dangereusement l’alliance nouĂ©e entre le chancelier et les Ă©lites conservatrices traditionnelles (prĂ©sidence, militaires, milieux d'affaires). Des faux documents forgĂ©s par Heydrich achĂšvent aussi de persuader Hitler que Röhm complote contre lui. Le soir du et les trois jours qui suivent, durant la nuit des Longs Couteaux, fort du soutien bienveillant de l’armĂ©e et du prĂ©sident Hindenburg, Hitler fait assassiner environ deux cents de ses partisans et de ses anciens ennemis politiques. Parmi eux, Gregor Strasser et Ernst Röhm, chef de la SA, mais aussi le docteur Erich Klausener, chef de l’Action catholique, ou encore son prĂ©dĂ©cesseur Ă  la chancellerie, Schleicher, ainsi que Kahr, qui lui avait barrĂ© la route lors du putsch de 1923. Ne pouvant croire Ă  son Ă©limination par Hitler, Röhm refuse de se suicider et crie Heil Hitler ! avant d'ĂȘtre abattu dans sa cellule par Theodor Eicke et Michel Lippert[140].

Le , le vieil Hindenburg fĂ©licite Hitler, qu'il apprĂ©cie de plus en plus, pour sa fermetĂ© en cette affaire. Sa mort le tranche le dernier lien vivant avec la rĂ©publique de Weimar. En vertu de la Constitution de Weimar, le chancelier exerce temporairement les pouvoirs du prĂ©sident dĂ©funt. Le mĂȘme jour, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule : Hitler devient « FĂŒhrer und Reichskanzler ». Le plĂ©biscite du (89,93 % de oui) achĂšve de donner au FĂŒhrer le pouvoir absolu.

Absence de concurrence

AprĂšs la reprise en main du mouvement, et jusqu'aux derniers jours du conflit, Hitler, appuyĂ© sur ses proches, a joui, tout d'abord au sein du parti, puis rapidement au sein de l’État, d'un monopole de fait du pouvoir politique.

Tout d'abord, aucun des responsables nationaux-socialistes, Ă  l'exception de Röhm, rapidement Ă©liminĂ©, n'a menĂ© de politique de prise du pouvoir et ce n'est que dans la derniĂšre semaine de la bataille de Berlin que les appĂ©tits de ces derniers se sont aiguisĂ©s, lorsqu'il a Ă©tĂ© clair pour ses successeurs potentiels que Hitler se suiciderait dans son bunker[141]. AppuyĂ© sur le FĂŒhrerprinzip au sein du parti, et sur la concentration des pouvoirs au sein de l’État, Hitler et ses proches vident progressivement les instances collĂ©giales de dĂ©cision de leur capacitĂ© Ă  exercer une quelconque autoritĂ© sur le fonctionnement politique du parti et de l'État : ainsi, lorsque sont proposĂ©es, la premiĂšre fois en 1927 par Arthur Dinter, la mise en place d'une instance collĂ©giale — le sĂ©nat du parti — puis une seconde fois aprĂšs 1933 — la crĂ©ation d'une instance collĂ©giale Ă©lue — Hitler et ses proches s'empressent de repousser Ă  plus tard le projet[142].

Culte du FĂŒhrer

Ein Volk, ein Reich, ein FĂŒhrer ! (« Un peuple, un empire, un chef »).
Affiche de propagande nazie peinte par Heinrich Knirr.
Assemblage de quatre photos noir et blanc de 1930, montrant des poses, de face et de profil, d'Adolf Hitler, typiques de sa gestuelle d'orateur survolté.
Quelques poses d'Adolf Hitler en train de discourir, photos de Heinrich Hoffmann, en 1930.

EntourĂ© d’un culte de la personnalitĂ© intense, qui le cĂ©lĂšbre comme le sauveur messianique de l’Allemagne, Hitler exige un serment de fidĂ©litĂ© Ă  sa propre personne. Celui-ci est prĂȘtĂ© notamment par les militaires, ce qui rendra trĂšs difficiles les futures conspirations au sein de l’armĂ©e, beaucoup d’officiers rechignant profondĂ©ment, en conscience, Ă  violer leur serment.

Ce culte se met en place progressivement dĂšs avant le putsch de la Brasserie[143], lorsque Hitler, Ă  la fois orateur et thĂ©oricien du national-socialisme, par opposition avec le cercle des premiers nazis, composĂ© de reĂźtres (Röhm), de thĂ©oriciens (Rosenberg), d'organisateurs (Strasser) et de dĂ©magogues (Streicher)[144], commence Ă  disposer d'auditoires de plus en plus importants : son sens des formules, sa mĂ©moire des dĂ©tails impressionnent tant ses proches, que ses auditoires. Ainsi se met en place ce que Kershaw appelle une communautĂ© charismatique centrĂ©e sur un homme, Hitler, dont la prĂ©sence neutralise les rivalitĂ©s entre disciples[145]. Ses fidĂšles se disputent la place d'intime auprĂšs du grand homme : Göring, « paladin du FĂŒhrer » ; Frank, « littĂ©ralement fascinĂ© » ; Goebbels le voit comme « un gĂ©nie » ; Schirach est « enchantĂ© par ses premiers contacts »[146]


L’ambition totalitaire du rĂ©gime et la primautĂ© du FĂŒhrer sont symbolisĂ©es par la nouvelle devise du rĂ©gime : « Ein Volk, ein Reich, ein FĂŒhrer » (« Un peuple, un empire, un chef »), dans laquelle le titre de Hitler prend de façon idolĂątre la place de Dieu dans l’ancienne devise du DeuxiĂšme Reich : « Ein Volk, ein Reich, ein Gott » (« Un peuple, un empire, un dieu »).

Le FĂŒhrerprinzip devient le nouveau principe de l’autoritĂ© non seulement au sommet de l’État, mais aussi, par dĂ©lĂ©gation, Ă  chaque Ă©chelon. La loi proclame par exemple officiellement le patron comme FĂŒhrer de son entreprise, comme le mari est FĂŒhrer de sa famille, ou le gauleiter FĂŒhrer du parti dans sa rĂ©gion.

Photo noir et blanc montrant des milliers de paramilitaires allemands, en uniforme et casquĂ©s, en train d’assister Ă  un congrĂšs du parti nazi, le 11 septembre 1935 Ă  Nuremberg.
Le à Nuremberg : grand rassemblement (« grand appel ») de troupes paramilitaires allemandes faisant partie de la SA, de la SS ou de la NSKK.

Hitler entretient son propre culte par ses interventions Ă  la radio : Ă  chaque fois, le pays tout entier doit suspendre son activitĂ© et les habitants Ă©couter religieusement dans les rues ou au travail son discours retransmis par les ondes et par les haut-parleurs. À chaque congrĂšs tenu Ă  Nuremberg lors des « grand’messes » du NSDAP, il bĂ©nĂ©ficie d’une savante mise en scĂšne orchestrĂ©e par son confident, l’architecte et technocrate Albert Speer : son talent oratoire Ă©lectrise l’assistance, avant que les masses rassemblĂ©es n’éclatent en applaudissements et en cris frĂ©nĂ©tiques pour acclamer le gĂ©nie de leur chef.

Inversement, la moindre critique, la moindre rĂ©serve sur le FĂŒhrer mettent leur auteur en pĂ©ril. Lors de la traversĂ©e du dĂ©sert, les annĂ©es 1924-1930, les FrĂšres Strasser sont marginalisĂ©s puis Ă©liminĂ©s en raison de leur insensibilitĂ© Ă  la personne de Hitler[145]. Sur les milliers de condamnations Ă  mort prononcĂ©es par le Tribunal du peuple du juge Roland Freisler, un bon nombre des personnes envoyĂ©es Ă  la guillotine aprĂšs des parodies de justice l’ont Ă©tĂ© pour des paroles mĂ©prisantes ou sceptiques Ă  l’égard du dictateur.

Le salut nazi devient obligatoire pour tous les Allemands. Quiconque essaie, par résistance passive, de ne pas faire le Heil Hitler ! de rigueur est immédiatement singularisé et repéré.

Au printemps 1938, le FĂŒhrer accentue encore sa prĂ©dominance et celle de ses proches dans le rĂ©gime. Il Ă©limine les gĂ©nĂ©raux Von Fritsch et Von Blomberg, et soumet la Wehrmacht en plaçant Ă  sa tĂȘte les serviles Alfred Jodl et Wilhelm Keitel, connus pour lui ĂȘtre aveuglĂ©ment dĂ©vouĂ©s. Aux Affaires Ă©trangĂšres, il remplace le conservateur Konstantin von Neurath par le nazi Joachim von Ribbentrop, tandis que Göring, qui s’affirme plus que jamais comme le no 2 officieux du rĂ©gime, prend en charge l’économie autarcique en Ă©vinçant le Dr Hjalmar Schacht.

La population allemande est encadrĂ©e de la naissance Ă  la mort, soumise Ă  l’intense propagande orchestrĂ©e par son fidĂšle Joseph Goebbels, pour lequel il crĂ©e le premier ministĂšre de la Propagande de l'histoire. Les loisirs des travailleurs sont organisĂ©s — et surveillĂ©s — par la Kraft durch Freude du Dr Robert Ley, Ă©galement chef du syndicat unique, le DAF. La jeunesse subit obligatoirement un endoctrinement intense au sein de la Hitlerjugend qui porte le nom du FĂŒhrer, et qui devient le la seule organisation de jeunesse autorisĂ©e.

SystÚme nazi : interprétations et débats

L’école historique allemande dite des « intentionnalistes » insiste sur la primautĂ© de Hitler dans le fonctionnement du rĂ©gime. La forme extrĂȘme de pouvoir personnel et de culte de la personnalitĂ© autour du FĂŒhrer ne serait pas comprĂ©hensible sans son « pouvoir charismatique ». Cette notion importante est empruntĂ©e au sociologue Max Weber : Hitler se considĂšre depuis 1920 comme investi d’une mission providentielle, et surtout, il est considĂ©rĂ© sincĂšrement comme l’homme providentiel par ses partisans, puis par la masse des Allemands sous le TroisiĂšme Reich.

Alors que le culte de Staline a Ă©tĂ© imposĂ© tardivement et artificiellement au parti bolchevik par un apparatchik victorieux, mais dĂ©pourvu de talent de tribun comme de rĂŽle de premier plan dans la rĂ©volution d'Octobre, le culte de Hitler a existĂ© dĂšs les origines du nazisme, et y a une importance primordiale. L’appartenance au parti nazi signifie avant tout une allĂ©geance absolue Ă  son FĂŒhrer, et nul n’occupe de place dans le Parti et l’État que dans la mesure oĂč il est plus proche de la personne mĂȘme de Hitler. Hitler veille d’ailleurs personnellement Ă  renforcer son image de chef inaccessible, solitaire et supĂ©rieur, en s’abstenant de toute amitiĂ© personnelle, et en interdisant Ă  quiconque de le tutoyer ou de l’appeler par son prĂ©nom — mĂȘme sa maĂźtresse Eva Braun doit s’adresser Ă  lui en lui disant Mein FĂŒhrer.

D’autre part, pour les intentionnalistes, sans le caractĂšre redoutablement cohĂ©rent de l’idĂ©ologie (la Weltanschauung) qui anime Hitler, le rĂ©gime nazi ne se serait pas engagĂ© dans la voie de la guerre et des exterminations de masse, ni dans le reniement de toutes les rĂšgles juridiques et administratives Ă©lĂ©mentaires qui rĂ©gissent les États modernes et civilisĂ©s.

Par exemple, sans son pouvoir charismatique d’un genre inĂ©dit, Hitler n’aurait pas pu autoriser l’euthanasie massive de plus de 150 000 handicapĂ©s mentaux allemands par quelques simples mots griffonnĂ©s sur papier Ă  en-tĂȘte de la chancellerie (opĂ©ration T4, ). De mĂȘme, Hitler n'aurait pu dĂ©clencher la « Solution finale » sans jamais laisser un seul ordre Ă©crit. Aucun exĂ©cutant du gĂ©nocide des Juifs ne demanda jamais, justement, Ă  voir un ordre Ă©crit : un simple ordre du FĂŒhrer (FĂŒhrerbefehl) Ă©tait suffisant pour faire taire toute question et entraĂźnait l’obĂ©issance quasi religieuse et aveugle des bourreaux.

L’école rivale des « fonctionnalistes », conduite par l'historien allemand Martin Broszat (1926-1989), a cependant nuancĂ© l’idĂ©e de la toute-puissance du FĂŒhrer. Comme elle l’a dĂ©montrĂ©, le TroisiĂšme Reich n’a jamais tranchĂ© entre le primat du parti unique et celui de l’État, d’oĂč des rivalitĂ©s de pouvoir et de compĂ©tence interminables entre les hiĂ©rarchies doubles du NSDAP et du gouvernement du Reich. Surtout, l’État nazi apparaĂźt comme un singulier enchevĂȘtrement de pouvoirs concurrents aux lĂ©gitimitĂ©s comparables. C’est le principe de la « polycratie ».

Or, entre ces groupes rivaux, Hitler tranche rarement, et dĂ©cide peu. Fort peu bureaucratique, ayant hĂ©ritĂ© de sa jeunesse bohĂšme Ă  Vienne un manque total de goĂ»t pour le labeur suivi, travaillant de façon trĂšs irrĂ©guliĂšre (sauf dans la conduite des opĂ©rations militaires), le FĂŒhrer apparaĂźt comme un « dictateur faible » ou encore un « dictateur paresseux » selon Martin Broszat. Il laisse en fait chacun des rivaux libre de se rĂ©clamer de lui, et il attend seulement que tous marchent dans le sens de sa volontĂ©.

DĂšs lors, a dĂ©montrĂ© le biographe britannique Ian Kershaw, dont les travaux font la synthĂšse des acquis des Ă©coles intentionnalistes et fonctionnalistes, chaque individu, chaque clan, chaque bureaucratie, chaque groupe fait de la surenchĂšre, et essaye d’ĂȘtre le premier Ă  rĂ©aliser les projets fixĂ©s dans leurs grandes lignes par Adolf Hitler. C’est ainsi que la persĂ©cution antisĂ©mite va s’emballer et passer graduellement de la simple persĂ©cution au massacre puis au gĂ©nocide industriel. Le TroisiĂšme Reich obĂ©it structurellement Ă  la loi de la « radicalisation cumulative », et le systĂšme hitlĂ©rien ne peut ainsi en aucun cas se stabiliser.

Ce « pouvoir charismatique » de Hitler explique aussi que beaucoup d’Allemands soient spontanĂ©ment allĂ©s au-devant du FĂŒhrer. Ainsi, en 1933, les organisations d’étudiants procĂšdent d’elles-mĂȘmes aux autodafĂ©s, tandis que des partis et des syndicats se rallient au chancelier et se sabordent d’eux-mĂȘmes aprĂšs avoir exclu les Juifs et les opposants au nazisme. L’Allemagne se donne largement au FĂŒhrer dans lequel elle reconnaĂźt ses rĂȘves et ses ambitions, plus que ce dernier ne s’empare d’elle.

Selon Kershaw, le FĂŒhrer est donc l’homme qui rend possibles les plans caressĂ©s de longue date Ă  la « base » : sans qu’il ait nul besoin de donner d’ordres prĂ©cis, sa simple prĂ©sence au pouvoir autorise par exemple les nombreux antisĂ©mites d’Allemagne Ă  dĂ©clencher boycotts et pogroms, ou les mĂ©decins nazis, tel Josef Mengele, Ă  pratiquer les atroces expĂ©riences pseudo-mĂ©dicales et les opĂ©rations d’euthanasie massives dont l’idĂ©e prĂ©existait avant 1933.

Ce qui explique aussi, toujours selon Ian Kershaw et la plupart des fonctionnalistes, la tendance du rĂ©gime hitlĂ©rien Ă  l’« autodestruction ». Le TroisiĂšme Reich, retour Ă  l’« anarchie fĂ©odale », se dĂ©compose en effet en une multitude chaotique de fiefs rivaux. Hitler ne peut ni ne veut y mettre aucun ordre, car stabiliser le rĂ©gime selon des rĂšgles formelles et fixes rendrait la rĂ©fĂ©rence perpĂ©tuelle au FĂŒhrer moins importante. C’est ainsi qu’en 1943, alors que l’existence du Reich est en danger aprĂšs la bataille de Stalingrad, tous les appareils dirigeants du TroisiĂšme Reich se disputent pendant des mois pour savoir s’il faut interdire les courses de chevaux — sans trancher.

Le rĂ©gime substitue donc aux institutions rationnelles modernes le lien fĂ©odal d’allĂ©geance personnelle, d’homme Ă  homme, avec le FĂŒhrer. Or, aucun dirigeant nazi ne dispose du charisme de Hitler. Le culte de ce dernier existe dĂšs les origines du nazisme et est consubstantiel au mouvement puis au rĂ©gime. Chacun ne tire sa lĂ©gitimitĂ© que de son degrĂ© de proximitĂ© avec le FĂŒhrer. De ce fait, en l’absence de tout successeur (« En toute modestie, je suis irremplaçable », propos de Hitler Ă  ses gĂ©nĂ©raux rapportĂ© par Hannah Arendt), la dictature de Hitler n’a aucun avenir et ne peut lui survivre (selon Kershaw). La fin du TroisiĂšme Reich et celle de son dictateur se sont d’ailleurs pratiquement confondues.

Opinion publique allemande

L’adhĂ©sion des Allemands Ă  sa politique (et plus encore Ă  sa personne) fut importante, surtout au dĂ©but.

L'« autre Allemagne », « une Allemagne contre Hitler »[147], a certes existĂ©, mais ces expressions mĂȘmes soulignent aprĂšs coup son caractĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©ment minoritaire et isolĂ©. Toute opposition a Ă©tĂ© vite rĂ©duite par l'exil, la prison ou l'internement en camp. DĂ©mocrates, socialistes et communistes ont payĂ© par milliers le plus lourd tribut, ainsi que tous ceux qui refusaient la guerre, le salut nazi ou tout signe d'allĂ©geance Ă  l'idolĂątrie entourant le FĂŒhrer. La dĂ©lation de masse a sĂ©vi et plongĂ© le pays dans une atmosphĂšre de crainte, oĂč nul ne peut plus s'ouvrir sans risques Ă  son voisin, des enfants endoctrinĂ©s allant jusqu'Ă  dĂ©noncer leurs parents.

Rares sont ceux qui au nom de leurs principes humanistes, marxistes, libĂ©raux, chrĂ©tiens ou patriotiques, ou tout simplement par humanitĂ© et au nom de leur conscience, oseront douter du FĂŒhrer, le braver en s'abstenant du salut nazi, en transgressant les multiples interdits de la sociĂ©tĂ© nazie, ou en venant en aide Ă  des persĂ©cutĂ©s — a fortiori en entrant en rĂ©sistance active. Par mĂ©pris, le trĂšs nationaliste Ă©crivain Ernst JĂŒnger appelait Hitler Kniebolo dans son journal de guerre. Le communiste Bertolt Brecht le mettra en scĂšne sous les traits du gangster Arturo Ui. Le dĂ©mocrate Thomas Mann le dĂ©noncera Ă  la radio amĂ©ricaine, tout en reconnaissant que « cet homme est une calamitĂ©, d'accord, mais ce n'est pas une raison pour ne pas trouver son cas intĂ©ressant ». Pour les Ă©tudiants chrĂ©tiens de la Rose blanche, revenus de leurs illusions initiales, il reprĂ©sentait l'AntĂ©christ[148]. Mgr Lichtenberg, mort dĂ©portĂ© pour avoir priĂ© Ă  Berlin pour les Juifs, dira Ă  la Gestapo : « Je n'ai qu'un seul FĂŒhrer : JĂ©sus-Christ ».

MalgrĂ© son interdiction et la violente rĂ©pression qui s'abat sur ses membres, le KPD parvient Ă  conserver une organisation clandestine structurĂ©e autour de l'« Orchestre rouge », qui diffuse tracts et brochures et infiltre les sommets de l'appareil d'État allemand[149] - [150]. Les autres courants marxistes sont Ă©galement actifs dans la rĂ©sistance anti-nazie clandestine (c'est le cas du futur chancelier Willy Brandt), en lien avec leurs directions en exil pour les partis les plus importants (SPD, SAP, KPD-O).

La terreur et la rĂ©pression menĂ©es par la Gestapo limitĂšrent l'impact de la rĂ©sistance allemande au nazisme. L’antisĂ©mitisme et le racisme du nazisme faisaient Ă©cho Ă  des prĂ©jugĂ©s trĂšs rĂ©pandus, mais sauf pour une faible minoritĂ©, ils ne furent pas l’unique motivation du vote en faveur de Hitler ni du soutien Ă  sa dictature — ils n’eurent guĂšre non plus d’effet dissuasif[151]. La large popularitĂ© du FĂŒhrer avant-guerre provient surtout du rĂ©tablissement brutal de l'ordre public, de son anticommunisme, de son opposition au « Diktat » de Versailles, des succĂšs diplomatiques et Ă©conomiques obtenus (notamment l'importante rĂ©duction du chĂŽmage) et de sa politique de rĂ©armement.

Ces succĂšs ne doivent cependant masquer ni les conditions sociales et politiques dans lesquelles les amĂ©liorations Ă©conomiques ont Ă©tĂ© obtenues, ni les pĂ©nibles situations de pĂ©nurie alimentaire, l'imposition d'ersatz de pauvre qualitĂ© en remplacement des importations condamnĂ©es par l'autarcie, et le manque de devises dĂšs 1935. En particulier, le pouvoir d’achat des ouvriers a baissĂ© entre 1933 et 1939. Les femmes ont Ă©tĂ© renvoyĂ©es de force au foyer[152]. L’exode rural s’est accĂ©lĂ©rĂ©. Les lois nazies encourageant la concentration des entreprises et du commerce ont conduit Ă  400 000 fermetures de petites entreprises dĂšs avant-guerre[153]. Les catĂ©gories sociales qui avaient mis leurs espoirs en Hitler sont donc loin d’avoir toujours Ă©tĂ© satisfaites.

Photo noir et blanc prise en septembre 1935. Dans une rue de Nuremberg, Adolf Hitler, debout Ă  l’arriĂšre d’une voiture au premier plan, salue des troupes de miliciens de la SA dĂ©filant sur sa gauche. On distingue aussi, Ă  l’arriĂšre de la voiture, juste derriĂšre Hitler, le drapeau Ă  croix gammĂ©e de cĂ©rĂ©monie, Blutfahne, et, en uniforme SS, debout Ă  droite, devant la portiĂšre de la voiture, Jakob Grimminger, porteur officiel du Blutfahne.
Hitler en parade Ă  Nuremberg, . Aux congrĂšs annuels du Parti, culmine autour de lui la ferveur populaire Ă  la fois obligatoire et authentique.

Par ailleurs, beaucoup d’Allemands reprennent au profit de Hitler la distinction ancestrale entre le bon monarque et ses mauvais serviteurs. Alors que les « bonzes », les privilĂ©giĂ©s du Parti-État, sont gĂ©nĂ©ralement mĂ©prisĂ©s et haĂŻs pour leurs abus et leur corruption frĂ©quente, on considĂšre spontanĂ©ment Hitler comme exempt de ces tares et comme un recours contre eux. Beaucoup d’Allemands croient spontanĂ©ment que le FĂŒhrer est laissĂ© dans l’ignorance des « excĂšs » de ses hommes ou de son rĂ©gime[154]. En quelques annĂ©es, Hitler s'est de fait identifiĂ© Ă  la nation, canalisant au profit de sa personne le sentiment patriotique mĂȘme de citoyens rĂ©servĂ©s envers le nazisme. L'aspect de « religion civile » revĂȘtu par le nazisme a sĂ©duit aussi nombre d'Allemands, et le culte messianique organisĂ© autour de Hitler a soudĂ© la population autour de lui. Bien des esprits se sont laissĂ©s fasciner aussi par l'irrationalisme nazi, avec son culte nĂ©o-romantique de la nuit, du sang, de la nature, son goĂ»t des uniformes et des dĂ©filĂ©s, ses rituels et ses cĂ©rĂ©monies spectaculaires ressuscitant un univers mĂ©diĂ©val ou paĂŻen, et par l'appel efficace aux hĂ©ros mythiques du passĂ© national (Arminius, Barberousse, FrĂ©dĂ©ric II du Saint-Empire, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, Andreas Hofer, Otto von Bismarck
), mobilisĂ©s rĂ©trospectivement comme prĂ©curseurs du FĂŒhrer providentiel[155].

Pourtant victimes de maintes tracasseries, les Églises en tant qu'institutions ont peu cherchĂ© Ă  s'opposer Ă  Hitler. Celui-ci s'est toujours bien gardĂ© de mettre en application les projets d'Ă©radication du christianisme nourris par son bras droit Martin Bormann ou l'idĂ©ologue du parti Alfred Rosenberg. Il a jouĂ© sur l'anticommunisme, l'antifĂ©minisme et les aspects rĂ©actionnaires de son programme pour sĂ©duire les Ă©lectorats religieux. La signature du concordat avec le Vatican, en , a Ă©tĂ© un triomphe personnel, qui a liĂ© les mains Ă  l'Ă©piscopat et renforcĂ© sa stature internationale. Se dĂ©fendant de « faire de la politique », Ă©vĂȘques, curĂ©s et pasteurs ne s'opposaient que sur des points matĂ©riels ou confessionnels et terminaient leurs sermons en priant « pour la patrie et pour le FĂŒhrer ». L'encyclique du pape Pie XI, Mit brennender Sorge (1937), distribuĂ©e dans le plus grand secret aux paroisses catholiques allemandes pour y ĂȘtre lue le , proteste contre les manquements de l'État allemand au concordat de 1933, et dĂ©nonce avec une rare virulence les excĂšs idĂ©ologiques du rĂ©gime nazi comme la divinisation de la race et le culte de la personnalitĂ© du chef de l'État. Elle exhorte les prĂȘtres et les laĂŻcs Ă  rĂ©sister Ă  la dissolution des structures catholiques et Ă  la mainmise de l'Ă©ducation officielle sur la morale des enfants, sans toutefois condamner le rĂ©gime politique en place. En somme, l'Ă©glise catholique, minoritaire parmi les Ă©glises chrĂ©tiennes allemandes, choisit une attitude de composition avec le rĂ©gime nazi. Un petit nombre de catholiques choisissent cependant de rĂ©sister au rĂ©gime, par exemple en sauvant des Juifs mĂȘme non mariĂ©s Ă  des catholiques.

Contrairement Ă  une lĂ©gende, Hitler n'Ă©tait avant 1933 ni le candidat ni l'instrument des milieux d'affaires. Mais le grand patronat s'est vite ralliĂ© Ă  lui, et a amplement bĂ©nĂ©ficiĂ© de la restauration de l'Ă©conomie puis du pillage de l'Europe, allant souvent jusqu'Ă  se compromettre dans l'exploitation de la main-d'Ɠuvre concentrationnaire (IG Farben Ă  Auschwitz, Siemens Ă  RavensbrĂŒck)[156]. Alors que tous les Ă©lĂ©ments conservateurs (militaires, aristocrates, hommes d'Église) ont fourni leur tribut Ă  la (faible) rĂ©sistance allemande, le patronat y est restĂ© remarquablement peu prĂ©sent. Une des rares exceptions est paradoxalement celle de son trĂšs ancien partisan Fritz Thyssen, qui rompt avec Hitler et fuit le Reich en 1939, avant de lui ĂȘtre livrĂ© l'an suivant par l'État français et internĂ©.

L'historien Götz Aly insiste quant Ă  lui sur le fait que les bĂ©nĂ©fices matĂ©riels de l'aryanisation et du pillage de l'Europe, plus que l'idĂ©ologie, ont rendu maints Allemands redevables et complices de leur FĂŒhrer. Les centaines de trains de biens volĂ©s aux Juifs assassinĂ©s n'ont pas Ă©tĂ© perdus pour tout le monde, ni les milliers de logements vacants qu'ils Ă©taient contraints d'abandonner[157].

Politique Ă©conomique et sociale

Photomontage de propagande nazie : Hitler participant au lancement de la construction de l'autoroute de Francfort-sur-le-Main, .

Hitler rejette dans un mĂȘme mĂ©pris capitalisme et marxisme. Son nationalisme raciste est l'Ă©lĂ©ment essentiel. Il est fortement marquĂ© Ă  droite, y compris dans les alliances nouĂ©es. Un objectif fondamental pour lui est la reconstitution d’une « communautĂ© nationale » (Volksgemeinschaft), unie par une race et une culture communes, dĂ©barrassĂ©e des divisions dĂ©mocratiques et de la lutte des classes, tout comme des Juifs et des Ă©lĂ©ments racialement impurs, et oĂč l'individu enfin n'a aucune valeur et n'existe qu'en fonction de son appartenance Ă  la communautĂ©. AprĂšs les divisions civiles des annĂ©es 1920, certains Allemands ne demandent qu'Ă  partager cette vision.

Hjalmar Schacht (au centre), ministre de l'Économie du Reich, en prĂ©sence d'Adolf Hitler, 1936.

Ayant dĂ©jĂ  pris ses distances avec la partie socialisante du programme nazi Ă  la fin des annĂ©es 1920, Hitler achĂšve de refuser l'idĂ©e d'une rĂ©volution sociale aprĂšs la purge de Röhm et la liquidation des SA. Peu douĂ© lui-mĂȘme en Ă©conomie, le FĂŒhrer fait trĂšs vite contre la crise le choix d'un pragmatisme brutal, Ă©cartant du gouvernement le vieux thĂ©oricien Ă©conomique nazi Gottfried Feder au profit du sympathisant et brillant spĂ©cialiste plus classique Hjalmar Schacht, ancien directeur de la Reichsbank. En quelques annĂ©es, l’économie est remise sur pied entre autres grĂące Ă  des emplois publics crĂ©Ă©s par l’État (autoroutes dĂ©jĂ  planifiĂ©es sous la rĂ©publique de Weimar, ligne Siegfried, grands travaux spectaculaires de l'ingĂ©nieur nazi Fritz Todt, logements Ă©galement dans la continuitĂ© de l'Ɠuvre de Weimar, etc.). Le rĂ©armement n’intervient que plus tard (accĂ©lĂ©rĂ© par le Plan de quatre ans Ă  partir de 1936), aprĂšs relance de l’économie, aidĂ©e par une conjoncture de reprise mondiale.

DĂšs , les syndicats dissous laissent la place au Front allemand du travail (DAF), organisation corporatiste nazie, dirigĂ©e par Robert Ley. Le DAF interdit la grĂšve et permet aux patrons d’exiger davantage des salariĂ©s, tout en garantissant Ă  ceux-ci une sĂ©curitĂ© de l’emploi et la sĂ©curitĂ© sociale. Officiellement volontaire, l’adhĂ©sion au DAF est de fait obligatoire pour tout Allemand dĂ©sirant travailler dans l’industrie et le commerce. Plusieurs sous-organisations dĂ©pendaient du DAF, dont la Kraft durch Freude chargĂ©e d'encadrer les loisirs des travailleurs ou d'embellir leurs cantines et leurs lieux de travail.

Entre 1934 et 1937, Schacht a pour mission de soutenir l’intense effort de rĂ©armement. Pour atteindre cet objectif, il met en place des montages financiers tantĂŽt ingĂ©nieux (comme les bons MEFO), tantĂŽt hasardeux, creusant le dĂ©ficit de l’État. Par ailleurs, la politique de grands travaux dĂ©veloppe une politique keynĂ©sienne d’investissements publics. D’aprĂšs William L. Shirer, Hitler diminue Ă©galement tous les salaires de 5 %, ce qui permet de dĂ©gager des ressources pour relancer l’économie, ce qui semble confirmer selon lui la nature interventionniste de ses directives.

Le chĂŽmage baisse nettement, passant de six millions de chĂŽmeurs en 1932 Ă  200 000 en 1938] En 1939, la production industrielle dĂ©passe de peu son niveau de 1929. Cependant, Schacht considĂšre que les investissements dans l’industrie militaire menacent Ă  terme l’économie allemande et souhaite inflĂ©chir cette politique. Devant le refus de Hitler, qui considĂšre le rĂ©armement comme une prioritĂ© absolue, Schacht quitte son poste dĂ©but 1939 au profit de Göring. Seuls la fuite en avant dans l'expansion, la guerre et le pillage ont sans doute permis Ă  Hitler d'Ă©viter une grave crise financiĂšre et Ă©conomique finale[158].

Diplomatie hitlérienne

La diplomatie du TroisiĂšme Reich est essentiellement conçue et dirigĂ©e par Hitler en personne. Ses ministres des Affaires Ă©trangĂšres successifs, (Konstantin von Neurath puis Joachim von Ribbentrop), relayent ses directives sans faire preuve d’initiatives personnelles. La diplomatie hitlĂ©rienne, par son jeu d’alliances, d’audaces, de menaces et de duperies, est un rouage essentiel des buts stratĂ©giques que poursuit le FĂŒhrer. Ses discours tonitruants au Reichstag ou aux congrĂšs nazis de Nuremberg scandent les crises diplomatiques qu’il provoque successivement ; ils alternent avec ses entretiens hypocritement rassurants accordĂ©s aux journaux ou aux reprĂ©sentants Ă©trangers.

Assimilant complĂštement son destin personnel Ă  celui de l’Allemagne, et identifiant le cours biologique de sa vie avec la destinĂ©e du Reich, Hitler est obsĂ©dĂ© par la possibilitĂ© de son vieillissement prĂ©maturĂ©, et il veut donc pouvoir dĂ©clencher sa guerre avant de fĂȘter ses 50 ans. Le regard portĂ© par le dictateur sur lui-mĂȘme a donc un rĂŽle direct dans l’accĂ©lĂ©ration des Ă©vĂ©nements par lesquels il conduit l’Europe Ă  la Seconde Guerre mondiale.

Opposition au traité de Versailles

Photo portrait noir et blanc d'Adolf Hitler en costume deux piÚces clair, assis de face, les bras croisés sur son ventre.
Adolf Hitler en 1936 au Berghof, sa résidence des Alpes bavaroises à Obersalzberg (quartier de Berchtesgaden).

Le , Hitler retire l’Allemagne de la SociĂ©tĂ© des Nations et de la confĂ©rence de GenĂšve sur le dĂ©sarmement, tout en prononçant des discours pacifistes. Le , la Sarre plĂ©biscite massivement (90,8 % de « Oui ») son rattachement Ă  l’Allemagne.

Le , Hitler annonce le rĂ©tablissement du service militaire obligatoire et dĂ©cide de porter les effectifs de la Wehrmacht (le nouveau nom des forces armĂ©es allemandes) de 100 000 Ă  500 000 hommes, par la crĂ©ation de 36 divisions supplĂ©mentaires. Il s’agit de la premiĂšre violation flagrante du traitĂ© de Versailles. En juin de la mĂȘme annĂ©e, Londres et Berlin signent un accord naval, qui autorise le Reich Ă  devenir une puissance maritime. Hitler lance alors un programme de rĂ©armement massif, recrĂ©ant notamment des forces navales (Kriegsmarine) et aĂ©riennes (Luftwaffe).

Les Jeux olympiques d'hiver de 1936 Ă  Garmisch-Partenkirchen ont constituĂ© une formidable vitrine pour la propagande, surtout pour faire oublier sa politique du fait accompli et mettre au pied du mur le Royaume-Uni et la France dans ce que Hitler projette de faire. En , Bertrand de Jouvenel, jeune journaliste se trouvant aux Jeux d’hiver, prend l’initiative de contacter Otto Abetz, reprĂ©sentant itinĂ©rant du Reich, pour lui demander une interview de Hitler. Abetz y voit une bonne occasion de communication pour contrecarrer la ratification du Pacte franco-soviĂ©tique par un vote de la Chambre des dĂ©putĂ©s devant avoir lieu le . La veille de la publication, le propriĂ©taire de Paris-Soir, Jean Prouvost, interdit la diffusion de l’article, qui est demandĂ©e par le prĂ©sident du conseil Albert Sarraut. Finalement, l’article est publiĂ©, le lendemain du vote dans le journal Paris-Midi du [159].

Le but des Allemands était de faire retarder la publication pour ensuite pouvoir dire que les bonnes intentions de Hitler avaient été cachées aux Français et ainsi adopter des contre-mesures.

Ce que dit Hitler dans son interview dans Paris-Midi est calibré pour le public français et représentatif de ses talents de manipulateur. Il dit ainsi sa « sympathie » pour la France et expose ses volontés pacifiques : « La chance vous est donnée à vous. Si vous ne la saisissez point, songez à votre responsabilité vis-à-vis de vos enfants ! Vous avez devant vous une Allemagne dont les neuf dixiÚmes font pleine confiance à leur chef, et ce chef vous dit : « Soyons amis[n 36] ! »

Les rĂ©actions Ă  cette interview sont toutes convergentes Ă  travers l’Europe, de Londres Ă  Rome en passant par Berlin. Tous les commentateurs saluent les paroles de paix de Hitler et chacun y voit le dĂ©but d’un rapprochement Ă  quatre[n 37].

DĂšs le , Hitler revient sur ses paroles de paix en remilitarisant la RhĂ©nanie, violant une nouvelle fois le traitĂ© de Versailles ainsi que les accords de Locarno. C’est un coup de bluff typique de sa mĂ©thode personnelle. Hitler a donnĂ© comme consigne Ă  ses troupes de se retirer en cas de riposte de l’armĂ©e française. Cependant, bien que l’armĂ©e allemande, Ă  ce moment-lĂ  soit bien plus faible que ses adversaires, ni les Français, ni les Britanniques ne jugent utile de s’opposer Ă  la remilitarisation. Le succĂšs est Ă©clatant pour Hitler.

Complaisances Ă  l’étranger

La fascination exercĂ©e par Hitler dĂ©passe largement Ă  l’époque les frontiĂšres de l’Allemagne. Pour de nombreux sympathisants du fascisme, il incarne l’« ordre nouveau » qui remplacera les sociĂ©tĂ©s bourgeoises et dĂ©mocratiques « dĂ©cadentes ». Certains intellectuels font ainsi le pĂšlerinage du congrĂšs de Nuremberg, comme le futur collaborationniste Robert Brasillach. Le journaliste Fernand de Brinon, premier Français Ă  interviewer le nouveau chancelier en 1933, sera un militant proche du nazisme, et le reprĂ©sentant du rĂ©gime de Vichy en zone nord dans Paris occupĂ©. Le , le premier ministre fascisant de Hongrie, Gyula Gömbös, est le premier chef de gouvernement Ă©tranger Ă  rendre une visite officielle au nouveau chancelier allemand.

Chez les conservateurs de toute l’Europe, beaucoup s’obstinent pendant des annĂ©es Ă  ne voir en Hitler que le rempart contre le bolchevisme ou le restaurateur de l’ordre et de l’économie en Allemagne. La spĂ©cificitĂ© et la nouveautĂ© radicales de sa pensĂ©e et de son rĂ©gime ne sont pas perçues ; on ne voit en lui qu’un nationaliste allemand classique, guĂšre plus qu’un nouveau Bismarck. On veut souvent croire aussi que l’auteur de Mein Kampf s’est assagi avec l’exercice des responsabilitĂ©s. Au printemps 1936, Hitler reçoit spectaculairement Ă  sa rĂ©sidence secondaire de Berchtesgaden le vieil homme d’État britannique David Lloyd George, un des vainqueurs de 1918, qui ne tarit pas d’éloges sur le FĂŒhrer et les succĂšs de son rĂ©gime. En 1937, il reçoit de mĂȘme la visite du duc de Windsor (l’ex-roi d’Angleterre Édouard VIII).

À l’étĂ© 1936, Hitler inaugure les Jeux olympiques de Berlin. C’est l’occasion d’un Ă©talage Ă  peine voilĂ© de propagande nazie, ainsi que de rĂ©ceptions grandioses destinĂ©es Ă  sĂ©duire les reprĂ©sentants des establishments Ă©trangers prĂ©sents sur place, notamment les Britanniques. Le Grec SpyrĂ­don LoĂșis, vainqueur du marathon aux premiers Jeux de 1896, lui remet un rameau d’olivier venu du bois d’Olympie. La France a renoncĂ© Ă  boycotter les Jeux et sa dĂ©lĂ©gation olympique dĂ©file devant Hitler le bras tendu (le salut olympique ressemblant au salut nazi). En revanche, la dĂ©lĂ©gation amĂ©ricaine s’est refusĂ©e Ă  tout geste ambigu lors de son passage devant le dictateur. Plus tard, pendant les Ă©preuves, Hitler quitte la tribune officielle, mais ce geste n'aurait pas eu pour but, contrairement Ă  une idĂ©e rĂ©pandue, d'Ă©viter d’avoir Ă  serrer la main du champion noir amĂ©ricain Jesse Owens[161] - [162] - [163] - [164], mais d'Ă©viter de devoir fĂ©liciter tous les vainqueurs, dĂ©cision qui englobe Owens sans le viser spĂ©cifiquement.

Le , Hitler est Ă©lu « Homme de l’annĂ©e 1938 » par Time Magazine.

Alliances

Photo noir et blanc montrant Benito Mussolini et Adolf Hitler, cÎte à cÎte, debout en uniforme, le regard fixé vers la gauche.
Adolf Hitler et Benito Mussolini assistant à un défilé lors de la visite officielle de Mussolini à Munich en 1937.

En , Hitler apporte son soutien aux insurgĂ©s nationalistes du gĂ©nĂ©ral Franco lors de la guerre d'Espagne. Il fait parvenir des avions de transport pour permettre aux troupes coloniales du Maroc espagnol de franchir le dĂ©troit de Gibraltar lors des premiers jours cruciaux de l’insurrection. Tout comme Mussolini, il envoie ensuite du matĂ©riel militaire ainsi qu’un corps expĂ©ditionnaire, la LĂ©gion Condor, qui permettra de tester les nouvelles techniques guerriĂšres, notamment les bombardements aĂ©riens sur les populations civiles, lors de la destruction de Guernica en 1937.

L’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, qui ont combattu dans deux camps diffĂ©rents lors de la Grande Guerre, Ă©taient initialement hostiles Ă  la suite de leur dĂ©saccord sur l’Anschluss. En juin 1934 Ă  Venise, lors de leur premiĂšre rencontre, Mussolini a toisĂ© de haut Hitler, vĂȘtu en civil et mal Ă  l'aise face Ă  celui qui lui a longtemps servi d'inspirateur. Le dictateur italien empĂȘche en juillet l'annexion de l'Autriche en envoyant des troupes au col du Brenner aprĂšs l'assassinat du chancelier autoritaire Engelbert Dollfuss par les nazis autrichiens. Mais aprĂšs le dĂ©part de l’Italie de la SociĂ©tĂ© des Nations, Ă  la suite de son agression contre l’Éthiopie, et avec leur intervention commune en Espagne, les deux dictateurs se rapprochent et concluent une alliance, une relation dĂ©crite par Benito Mussolini comme l’Axe Rome-Berlin, fondĂ© en .

En , l’Allemagne et le Japon signent le pacte anti-Komintern, traitĂ© d’assistance mutuelle contre l’URSS, auquel se joint l’Italie en 1937. Cette mĂȘme annĂ©e Hitler rencontre Ă  Nuremberg le prince Yasuhito Chichibu, frĂšre cadet de l’empereur Hirohito, afin de raffermir les liens entre les deux États. En , la signature du Pacte tripartite entre le TroisiĂšme Reich, l’Italie et l’empire du Japon, formalise la coopĂ©ration entre les puissances de l’Axe pour Ă©tablir un « nouvel ordre ». AprĂšs l’attaque de Pearl Harbor, le , Hitler dĂ©clare la guerre aux États-Unis, sans bĂ©nĂ©fice aucun pour l’Allemagne, puisque sous-estimant un pays qu’il ne connaĂźt pas, il fait entrer en lice contre le Reich l’immense potentiel Ă©conomique de l’AmĂ©rique, hors d’atteinte.

En , l’Allemagne et l’Italie signent un traitĂ© d’alliance militaire inconditionnel, le Pacte d'acier : l’Italie s’engage Ă  aider l’Allemagne mĂȘme si celle-ci n’est pas l’agressĂ©e.

Anschluss

Photographie en noir et blanc d'Adolf Hitler, vu de dos, s'adressant à la foule rassemblée sur la Heldenplatz à Vienne le 14 mars 1938
Hitler, vu de dos, s'adressant à la foule rassemblée sur la Heldenplatz à Vienne le .

Afin de rĂ©aliser l’Anschluss, rattachement (en traduction littĂ©rale) de l’Autriche au TroisiĂšme Reich, interdit par le traitĂ© de Versailles, Hitler s’appuie sur l’organisation nazie locale. Celle-ci tente de dĂ©stabiliser le pouvoir autrichien, notamment par des actes terroristes. Un coup d’État Ă©choue en , malgrĂ© l’assassinat du chancelier Engelbert Dollfuss. L’Italie a avancĂ© ses troupes dans les Alpes pour contrer les vellĂ©itĂ©s expansionnistes allemandes, et les nazis autrichiens sont sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ©s par un rĂ©gime autrichien de type fasciste. DĂ©but 1938, l’Allemagne est davantage en position de force et s'est alliĂ©e avec l’Italie. Hitler exerce alors des pressions sur le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg, le sommant, lors d’une entrevue Ă  Berchtesgaden en fĂ©vrier, de faire entrer des nazis dans son gouvernement, dont Arthur Seyss-Inquart au ministĂšre de l’IntĂ©rieur. Devant la menace croissante des nazis, Schuschnigg annonce en mars l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum pour confirmer l’indĂ©pendance de l’Autriche.

Hitler lance alors un ultimatum exigeant la remise complĂšte du pouvoir aux nazis autrichiens. Le , Seyss-Inquart est nommĂ© chancelier, et la Wehrmacht entre en Autriche. Hitler pĂ©nĂštre lui-mĂȘme dans le pays en passant par la ville-frontiĂšre de Braunau am Inn, qui est aussi sa ville natale, puis arrive Ă  Vienne oĂč il est triomphalement acclamĂ© par une foule en dĂ©lire. Le lendemain, il proclame le rattachement officiel de l’Autriche au Reich, ce qui est approuvĂ© par rĂ©fĂ©rendum (99 % de oui) le mois suivant. La Grande Allemagne (en allemand : « Grossdeutschland ») est ainsi constituĂ©e, avec la rĂ©union des deux États Ă  population germanophone. Rares sont alors les Autrichiens Ă  s’opposer Ă  la fin de l’indĂ©pendance, Ă  l’image de l’archiduc Otto de Habsbourg, exilĂ©.

En Autriche annexĂ©e, la terreur s’abat aussitĂŽt sur les Juifs et sur les ennemis du rĂ©gime. Un camp de concentration est ouvert Ă  Mauthausen prĂšs de Linz, qui acquiert vite la rĂ©putation mĂ©ritĂ©e d’ĂȘtre l’un des plus terribles du systĂšme nazi. Le pays natal de Hitler, qui se targua aprĂšs la guerre d’avoir Ă©tĂ© la « premiĂšre victime du nazisme » et refusa longtemps toute indemnisation des victimes du rĂ©gime, s’est en fait surtout distinguĂ© par sa forte contribution aux crimes du TroisiĂšme Reich. L’historien britannique Paul Johnson[165] souligne que les Autrichiens sont surreprĂ©sentĂ©s dans les instances supĂ©rieures du rĂ©gime (outre Hitler lui-mĂȘme, on peut citer Adolf Eichmann, Ernst Kaltenbrunner, Arthur Seyss-Inquart) et qu’ils ont en proportion beaucoup plus participĂ© Ă  la Shoah que les Allemands. Un tiers des tueurs des Einsatzgruppen Ă©taient ainsi autrichiens, tout comme quatre des six commandants des principaux centres d'extermination nazis et prĂšs de 40 % des gardes des camps. Sur 5 090 criminels de guerre recensĂ©s par la Yougoslavie en 1945, on compte 2 499 Autrichiens.

Crise des SudĂštes et accords de Munich

Poursuivant ses objectifs pangermanistes, Hitler menace ensuite la TchĂ©coslovaquie. Les rĂ©gions de la BohĂȘme et de la Moravie situĂ©es le long des frontiĂšres du Grossdeutschland, appelĂ© SudĂštes, sont majoritairement peuplĂ©es par la minoritĂ© allemande. Comme pour l’Autriche, Hitler affirme ses revendications en s’appuyant sur les agitations de l’organisation nazie locale, menĂ©e par Konrad Henlein. Le FĂŒhrer Ă©voque le « droit des peuples » pour exiger de Prague l’annexion au Reich des SudĂštes.

Bien qu’alliĂ©e Ă  la France (et Ă  l’Union soviĂ©tique), la TchĂ©coslovaquie ne peut compter sur son soutien. Paris veut absolument Ă©viter le conflit militaire, incitĂ©e en cela par le refus britannique de participer Ă  une Ă©ventuelle intervention. Le souvenir de la Grande Guerre influence Ă©galement cette attitude : si les Allemands ont dĂ©veloppĂ© le dĂ©sir de revanche, les Français entretiennent quant Ă  eux une ambiance gĂ©nĂ©rale rĂ©solument pacifiste.

Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano Ă  Munich, le .

Le , conformĂ©ment Ă  une proposition de Mussolini faite la veille, Adolf Hitler, le prĂ©sident du Conseil français Édouard Daladier, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain et le Duce italien Benito Mussolini, rĂ©unis dans la capitale bavaroise, signent les accords de Munich. La France et le Royaume-Uni acceptent que l’Allemagne annexe les SudĂštes, pour Ă©viter la guerre. En Ă©change, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du TroisiĂšme Reich s'arrĂȘteront lĂ . Le lendemain, la TchĂ©coslovaquie, qui avait commencĂ© Ă  mobiliser, est obligĂ©e de s’incliner. ParallĂšlement, le TroisiĂšme Reich autorise la Pologne et la Hongrie Ă  s’emparer respectivement de la ville de Teschen et du sud de la TchĂ©coslovaquie.

MaĂźtre-d’Ɠuvre de la politique d’« apaisement » avec le Reich, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain a alors ce mot fameux : « Hitler est un gentleman ». Mais alors que les opinions publiques française et britannique sont enthousiastes, Winston Churchill commente : « Entre le dĂ©shonneur et la guerre, vous avez choisi le dĂ©shonneur. Et vous allez avoir la guerre ». De fait, Hitler rompt sa promesse Ă  peine quelques mois plus tard.

En mars 1939, la RĂ©publique slovaque, encouragĂ©e par Berlin, proclame son indĂ©pendance ; son chef, Jozef Tiso place son pays sous l’orbite allemande. Hitler, lors d’une entrevue dramatique Ă  Berlin avec le prĂ©sident tchĂ©coslovaque Emil HĂĄcha (remplaçant le prĂ©sident dĂ©missionnaire Edvard BeneĆĄ), menace de bombarder Prague si la BohĂȘme et la Moravie ne sont pas incorporĂ©es au Reich. Le , HĂĄcha cĂšde et l’armĂ©e allemande entre Ă  Prague sans combat le lendemain. La BohĂȘme et la Moravie deviennent le protectorat de BohĂȘme-Moravie, dirigĂ© par Konstantin von Neurath Ă  partir de , puis de 1941 Ă  son exĂ©cution par la rĂ©sistance tchĂšque en , par le haut chef SS Reinhard Heydrich, surnommĂ© « le boucher de Prague ».

En mettant la main sur la BohĂȘme-Moravie, le Reich s’empare par la mĂȘme occasion d’une importante industrie sidĂ©rurgique et notamment des usines Ć koda, qui permettent de construire des chars d’assaut. En annexant des populations slaves et non plus allemandes, Hitler a jetĂ© le masque : ce qu'il poursuit n'est plus le pangermanisme classique mais, ainsi qu'il l'avoue sans fard Ă  ses gĂ©nĂ©raux le , la conquĂȘte d'un espace vital illimitĂ©.

Pacte germano-soviétique et agression de la Pologne

AprĂšs l’Autriche et la TchĂ©coslovaquie, vient le tour de la Pologne. CoincĂ©e entre deux nations hostiles, la Pologne de JĂłzef PiƂsudski a signĂ© avec le Reich un traitĂ© de non-agression en janvier 1934, pensant ainsi se prĂ©munir contre l’Union soviĂ©tique. L’influence de la France, alliĂ©e traditionnelle de la Pologne, en Europe centrale a ainsi considĂ©rablement diminuĂ©, tendance qui s’est confirmĂ©e ensuite avec le dĂ©membrement de la TchĂ©coslovaquie et la dĂ©sagrĂ©gation de la Petite Entente (Prague, Bucarest, Belgrade), alliance placĂ©e sous le patronage de Paris.

Au printemps 1939, Hitler revendique l’annexion de la Ville libre de Dantzig.

En mars, l’Allemagne a dĂ©jĂ  annexĂ© la ville de Memel, possession de la Lituanie. Ensuite, Hitler revendique directement le corridor de Dantzig, territoire polonais perdu par l’Allemagne avec le traitĂ© de Versailles en 1919. Cette rĂ©gion donne Ă  la Pologne un accĂšs Ă  la mer Baltique et sĂ©pare la Prusse-Orientale du reste du Reich.

Le , le lendemain du discours d'Hitler Ă  Obersalzberg, Ribbentrop et Viatcheslav Molotov, ministres des Affaires Ă©trangĂšres de l’Allemagne et de l’Union soviĂ©tique signent un pacte de non-agression. Ce pacte est un nouveau revers pour la diplomatie française. En mai 1935, le gouvernement de Pierre Laval avait signĂ© avec l’URSS un traitĂ© d’assistance mutuelle, ce qui eut pour consĂ©quence de refroidir les relations de la France avec la Pologne, mais aussi avec les Tories au pouvoir Ă  Londres. Avec le pacte de non-agression germano-soviĂ©tique, la France ne peut plus compter sur l’URSS pour menacer une Allemagne expansionniste. En outre, la Pologne est prise en tenaille. L’Allemagne et l’URSS sont convenus d’un partage des pays situĂ©s entre elles : Pologne occidentale pour la premiĂšre, Pologne orientale (PolĂ©sie, Volhynie, Galicie orientale) et Pays baltes pour la seconde.

Le , Hitler lance un ultimatum pour la restitution du corridor de Dantzig. La Pologne refuse. Cette fois-ci, la France et le Royaume-Uni sont dĂ©cidĂ©s Ă  soutenir le pays agressĂ©. C’est le dĂ©but de la Seconde Guerre mondiale.

Durant la guerre

Photo noir et blanc prise le 4 juin 1942. Au premier plan, debout dans l'herbe, Adolf Hitler en uniforme (à gauche) et le maréchal finlandais, Carl Gustaf Emil Mannerheim (à droite), discutent. Au centre, au second plan, un officier allemand, entouré de quelques autres militaires, les suit. Le ciel, en arriÚre-plan, est clair.
Adolf Hitler et le maréchal finlandais Mannerheim le .

Une fois la France vaincue en 1940, Hitler satellise les pays d’Europe centrale : Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. Hitler obtient l’adhĂ©sion de la Hongrie et de la Bulgarie, anciens vaincus de la PremiĂšre Guerre mondiale, en leur offrant respectivement la moitiĂ© de la Transylvanie et la Dobroudja, cĂ©dĂ©es par la Roumanie, oĂč le gĂ©nĂ©ral pro-hitlĂ©rien Ion Antonescu prend le pouvoir en . À partir de , Hitler entraĂźne la Slovaquie, la Hongrie, et la Roumanie dans la guerre contre l’URSS, ainsi que la Finlande, qui y voit une occasion de rĂ©parer les torts de la guerre russo-finlandaise.

Cependant, Hitler Ă©choue Ă  faire entrer en guerre l’Espagne franquiste. Comptant sur la reconnaissance du Caudillo qui a gagnĂ© la guerre civile espagnole, il le rencontre Ă  Hendaye le . Hitler espĂšre l’autorisation de Franco pour conquĂ©rir Gibraltar et couper les voies de communications anglaises en MĂ©diterranĂ©e. Prudent, le dictateur espagnol sait que l'Angleterre ne peut plus dĂ©jĂ  ĂȘtre envahie ni vaincue avant 1941, et que le jeu reste ouvert. Les contreparties exigĂ©es par Franco (notamment des compensations territoriales en Afrique du Nord française), dont le pays est par ailleurs ruinĂ© et dĂ©pendant des livraisons amĂ©ricaines, sont irrĂ©alisables pour Hitler, qui souhaite mĂ©nager quelque peu le rĂ©gime de Vichy pour l’amener sur la voie de la collaboration. Sorti furieux de l'entrevue au point de qualifier Franco de « porc jĂ©suite »[100], Hitler a cependant bĂ©nĂ©ficiĂ© plus tard de l'envoi en URSS des « volontaires » espagnols de la division Azul, qui participe jusqu'en 1943 Ă  tous les combats (et Ă  toutes les exactions) de la Wehrmacht, et le Caudillo l'a toujours ravitaillĂ© en minerais stratĂ©giques de premiĂšre importance.

Photo noir et blanc prise le 24 octobre 1940. Au premier plan, Philippe PĂ©tain, chef de l’État français, et Adolf Hitler (tous les deux debout et de profil) Ă©changent une poignĂ©e de main. Entre les deux hommes, au second plan, se tient l’interprĂšte officiel de Hitler : Paul-Otto Schmidt. On distingue aussi, au second plan, Ă  droite, le ministre allemand des Affaires Ă©trangĂšres : Joachim von Ribbentrop.
Philippe PĂ©tain et Adolf Hitler le , Montoire-sur-le-Loir.

Au lendemain de l'entrevue de Hendaye, le , Hitler s'arrĂȘte Ă  Montoire oĂč la collaboration d'État française est officialisĂ©e au cours d'une entrevue avec PĂ©tain. La poignĂ©e de main symbolique entre le vieux marĂ©chal et le chancelier du Reich frappe de stupeur l'opinion française.

En , le Grand mufti de JĂ©rusalem, Amin al-Husseini, rencontre Adolf Hitler et Heinrich Himmler, souhaitant les amener Ă  soutenir la cause nationaliste arabe. Il obtient de Hitler la promesse « qu’une fois que la guerre contre la Russie et l’Angleterre sera gagnĂ©e, l’Allemagne pourra se concentrer sur l’objectif de dĂ©truire l’élĂ©ment juif demeurant dans la sphĂšre arabe sous la protection britannique[166] ». Amin al-Husseini relaie la propagande nazie en Palestine et dans le monde arabe et participe au recrutement de combattants musulmans, concrĂ©tisĂ© par la crĂ©ation des divisions de Waffen-SS Handschar, Kama et Skanderberg, majoritairement formĂ©es de musulmans des Balkans.

Ce soutien des nazis au Grand mufti de JĂ©rusalem est contradictoire avec la politique antisĂ©mite dans les annĂ©es 1930, qui a pour consĂ©quence l’émigration d’une grande partie des Juifs allemands vers la Palestine. Quant au Grand Mufti, sa stratĂ©gie est guidĂ©e par le principe selon lequel l’ennemi de ses ennemis (en l’occurrence les Anglais et les Juifs) doit ĂȘtre son alliĂ©[167]. Du point de vue hitlĂ©rien, il s’agit essentiellement d’ébranler les positions de l’Empire britannique au Moyen-Orient devant l’avancĂ©e de l’Afrikakorps et de permettre le recrutement d’auxiliaires, notamment pour lutter contre les partisans, alors que l’hĂ©morragie de l’armĂ©e allemande devient problĂ©matique.

Visite Ă  Paris

Selon une lĂ©gende entretenue par les carnets du prĂ©fet de police de Paris, Roger Langeron[168], le , Hitler visite Paris pour la premiĂšre fois. Il passe en revue les troupes des dĂ©tachements de la Wehrmacht qui dĂ©filent devant les gĂ©nĂ©raux Brauchitsch et Bock. Le soir, il rentre Ă  Munich pour rencontrer Benito Mussolini et examiner la demande de cessation d’hostilitĂ©s adressĂ©e par Philippe PĂ©tain. Cette visite n'existe que dans les carnets publiĂ©s par Langeron, et n'est pas reprise par les historiens. Maurice Schumann la qualifie de lĂ©gende[169].

Adolf Hitler au Trocadéro le , tournant le dos à la tour Eiffel. Il est accompagné d'Albert Speer (à gauche) et d'Arno Breker (à droite).

Le , il visite la capitale française (une deuxiĂšme fois selon le prĂ©fet Langeron, une premiĂšre sinon), toujours de façon brĂšve et discrĂšte (trois vĂ©hicules) en compagnie d’Arno Breker et Albert Speer, essentiellement pour s’inspirer de son urbanisme (il avait donnĂ© l’ordre d’épargner la ville lors des opĂ©rations militaires). DĂšs six heures du matin, en provenance de l’aĂ©rodrome du Bourget, il descend la rue La Fayette, entre Ă  l’opĂ©ra Garnier, qu’il visite minutieusement. Il prend le boulevard de la Madeleine et la rue Royale, arrive Ă  la Concorde, puis Ă  l’Arc de Triomphe. Le cortĂšge descend l’avenue Foch, puis rejoint le palais de Chaillot. Hitler pose pour les photographes sur l’esplanade du TrocadĂ©ro, dos tournĂ© Ă  la tour Eiffel. Ils se dirigent ensuite vers l’École militaire, puis vers les Invalides et il mĂ©dite longuement devant le tombeau de NapolĂ©on Ier (c'est Ă©galement aux Invalides qu'il fera transfĂ©rer les cendres du fils de NapolĂ©on Ier, l’Aiglon). Ensuite, il remonte vers le jardin du Luxembourg qu’il visite, mais ne souhaite pas visiter le PanthĂ©on[170]. Pour finir, il descend le boulevard Saint-Michel Ă  pied, ses deux gardes du corps Ă  distance. Place Saint-Michel, il remonte en voiture. Ils arrivent alors sur l’üle de la CitĂ©, oĂč il admire la Sainte-Chapelle et Notre-Dame, puis la rive droite (le ChĂątelet, l’hĂŽtel de ville, la place des Vosges, les Halles, le Louvre, la place VendĂŽme). Ils remontent ensuite vers l’OpĂ©ra, Pigalle, le SacrĂ©-CƓur, avant de repartir Ă  8 h 15. Un survol de la ville complĂšte sa visite. Il ne reviendra plus jamais Ă  Paris[171] - [172].

Triomphe Ă  Berlin

Le , Hitler revient Ă  Berlin pour cĂ©lĂ©brer la victoire Ă©crasante de l'Allemagne sur la France : il est reçu en triomphe entre la gare centrale et la chancellerie oĂč il passe en revue quelques divisions revenues du front. C'est son dernier dĂ©filĂ© militaire et la derniĂšre fois qu'il est ovationnĂ©[173].

Seconde Guerre mondiale

Photo noir et blanc prise le 5 octobre 1939, Ă  Varsovie, en Pologne. Elle montre un dĂ©filĂ© militaire de troupes de l’ArmĂ©e allemande (Ă  gauche) devant Adolf Hitler, debout et bras droit tendu devant lui, avec, dans son dos, une rangĂ©e d’officiers (Ă  droite). Des arbres et un ciel clair forment l’arriĂšre-plan de la photo.
Parade triomphale devant Adolf Hitler, Ă  Varsovie, le .

Hitler a eu de « brillantes » intuitions, lors de la premiĂšre phase de la Seconde Guerre mondiale. La Wehrmacht dira plus tard avoir appliquĂ© le Blitzkrieg (guerre Ă©clair, impliquant un emploi massif et concentrĂ© des bombardiers et des blindĂ©s), qui lui permet d’occuper successivement la Pologne (), le Danemark (), la NorvĂšge (avril-), les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique (), la France (mai-), la Yougoslavie () et la GrĂšce (avril-). Dans le cas de la France, la dĂ©sobĂ©issance des gĂ©nĂ©raux allemands est la premiĂšre cause de la victoire-Ă©clair qui fait plus ou moins l'objet d'une reconstruction a posteriori aprĂšs-guerre et amĂšne la consĂ©cration de la notion de guerre-Ă©clair, pas aussi prĂ©cisĂ©ment envisagĂ©e en 1940.

La défaite rapide de la France, en , est un véritable triomphe pour Hitler, qui est acclamé par une foule massive à son retour à Berlin en juillet. Cependant, cet éternel joueur de dés remet tout en jeu en agressant l'URSS le , décision à terme fatale.

La guerre radicalise son rĂ©gime et lui fait prendre ses traits les plus meurtriers. De mĂȘme que l'attaque de la Pologne donne le signal du massacre des handicapĂ©s mentaux ou de la rĂ©pression de masse contre les peuples slaves, c'est dans la guerre d'extermination (Vernichtungskrieg) planifiĂ©e contre les populations soviĂ©tiques que s'Ă©labore notamment la « Solution finale ». Toute l'Europe occupĂ©e est livrĂ©e Ă  la terreur et au pillage, Ă  des degrĂ©s divers selon le sort que Hitler rĂ©serve Ă  chaque « race » et Ă  chaque pays.

SuccĂšs et conquĂȘte d’une grande partie de l’Europe (1939-1940)

Son mĂ©pris total du droit international a facilitĂ© la tĂąche Ă  Hitler, tout comme son absence complĂšte de scrupules et la passivitĂ© frileuse ou la naĂŻvetĂ© de nombre de ses victimes. Ainsi, six de ces pays (Danemark, NorvĂšge, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, Yougoslavie) sont des États neutres, attaquĂ©s par surprise, sans mĂȘme la formalitĂ© d’une dĂ©claration de guerre. Hitler a souvent exprimĂ© Ă  ses proches son sentiment selon lequel les traitĂ©s diplomatiques ou de non-agression qu’il signait au nom de l’Allemagne n’étaient, pour lui, que des papiers sans rĂ©elle valeur, uniquement destinĂ©s Ă  endormir la mĂ©fiance adverse. Au procĂšs de Nuremberg, le TroisiĂšme Reich se verra reprocher la violation de 34 traitĂ©s internationaux.

De mĂȘme, Hitler n’hĂ©site pas Ă  recourir Ă  des mĂ©thodes de terreur pour faire plier l’ennemi. Il ordonne ainsi la destruction par les airs du centre de Rotterdam le , ou le bombardement de Belgrade (6-), en reprĂ©sailles Ă  un putsch antihitlĂ©rien d’officiers serbes hostiles Ă  l’adhĂ©sion Ă  l’Axe. La Wehrmacht s’illustre aussi lors de sa progression par un certain nombre de crimes de guerre, ainsi le massacre de 1500 Ă  3 000 soldats noirs des troupes coloniales en France[174], premiĂšres victimes dans ce pays du racisme hitlĂ©rien.

Autodidacte en matiĂšre militaire, Hitler juge que les gĂ©nĂ©raux de la vieille Ă©cole dominant la Wehrmacht, souvent issus de l’aristocratie prussienne (gĂ©nĂ©ralement mĂ©prisĂ©e par les nazis qui se considĂšrent rĂ©volutionnaires), sont trop prudents et dĂ©passĂ©s par les conceptions de la guerre moderne (le Blitzkrieg et la guerre psychologique). Les succĂšs sont avant tous ceux de jeunes gĂ©nĂ©raux talentueux tels Heinz Guderian ou Erwin Rommel, qui savent faire preuve d’audace, d’initiative, et ont une conception de la guerre plus novatrice que leurs adversaires.

Photo noir et blanc qui est, en fait, une capture d’écran du film de propagande de l’armĂ©e amĂ©ricaine de 1943, Divide and Conquer (Why We Fight #3), rĂ©alisĂ© par Frank Capra et basĂ© en partie sur des archives des actualitĂ©s de l’époque. L’image est divisĂ©e en deux. L’arriĂšre-plan, sombre, est une lisiĂšre de forĂȘt devant laquelle, Ă  peu prĂšs au centre, on distingue une statue du marĂ©chal Foch debout en uniforme sur un haut piĂ©destal. Le reste de la photo est une Ă©tendue claire de gravier. On y distingue, au centre, de dos, Adolf Hitler entourĂ© de quelques hauts dignitaires nazis ; tous ont le regard fixĂ© sur la statue du marĂ©chal Foch.
Le Ă  Rethondes, juste avant le dĂ©but des nĂ©gociations de l'armistice avec la France, Adolf Hitler (de dos, main sur la hanche), accompagnĂ© de ses principaux gĂ©nĂ©raux et de hauts dignitaires nazis, contemple la statue du marĂ©chal Foch. L’armistice est signĂ© le lendemain en l’absence de Hitler.

Toutefois, Hitler fait preuve d'une certaine habiletĂ© et d'une audace stratĂ©gique. Il est ainsi persuadĂ© que ni la France ni la Grande-Bretagne n'interviendront pendant que la Pologne sera envahie, Ă©vitant Ă  l’Allemagne de combattre sur deux fronts, ce qui est effectivement le scĂ©nario de la drĂŽle de guerre. Il est Ă©galement en grande partie Ă  l’origine du plan dit « von Manstein », qui permet, en envahissant la Belgique et les Pays-Bas, de piĂ©ger les forces franco-britanniques projetĂ©es trop en avant et de les prendre Ă  revers par une percĂ©e dans les Ardennes dĂ©garnies, pour isoler le meilleur des troupes adverses acculĂ©es Ă  Dunkerque en mai-juin 1940. Cependant, le , Hitler, redoutant qu'une avance trop rapide ne fournisse Ă  l'ennemi l'occasion d'une improbable deuxiĂšme victoire de la Marne, commet l'erreur d'ordonner Ă  ses troupes de marquer un arrĂȘt devant le port, d’oĂč rembarquent alors 300 000 soldats britanniques, ordre qualifiĂ© plus tard de « miracle de Dunkerque ». Le , aprĂšs la demande de l'armistice Wilhelm Keitel appelle Hitler « le plus grand gĂ©nĂ©ral de tous les temps » (GrĂ¶ĂŸter Feldherr aller Zeiten). Plus tard, Ă  l'issue de la bataille de Stalingrad, ses collĂšgues utilisent l'acronyme Gröfaz en tournant Hitler en ridicule[175]. Le , dans la clairiĂšre de Rethondes, lors de l'Armistice franco-allemand dont il a symboliquement exigĂ© la signature dans la mĂȘme clairiĂšre et le mĂȘme wagon qu'en 1918, Hitler exulte devant les camĂ©ras des actualitĂ©s allemandes.

Avant l’invasion de la Russie un an plus tard, l’Allemagne hitlĂ©rienne domine donc l’Europe, ajoutant au printemps 1941 la Yougoslavie et la GrĂšce Ă  son empire, envahies pour venir en aide Ă  Mussolini, jaloux des succĂšs de Hitler mais lui-mĂȘme vite empĂȘtrĂ© dans les Balkans. Avec ses succĂšs militaires et la disparition de l’influence française en Europe centrale, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie (dont les champs de pĂ©trole sont une obsession continuelle pour Hitler durant la guerre) et la Bulgarie, en adhĂ©rant au Pacte tripartite, tombent dans l’orbite de l’Allemagne, mettant Ă  sa disposition des bases pour de futures actions.

Entre et , le seul adversaire de l’Allemagne nazie reste le Royaume-Uni, appuyĂ© par le Commonwealth. Hitler est plutĂŽt enclin Ă  des relations cordiales avec les Britanniques, considĂ©rĂ©s comme racialement proches des Allemands. Il espĂšre que le gouvernement britannique finira par nĂ©gocier la paix et qu’il acceptera de se contenter de son empire colonial et maritime sans plus intervenir en Europe. Hitler compte sur l’action de la Luftwaffe, puis les attaques des sous-marins contre les convois de marchandises (bataille de l’Atlantique), pour faire plier le Royaume-Uni.

Photo en couleurs d’une affiche publiĂ©e par le ministĂšre de la SĂ©curitĂ© civile anglais pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur un fond vert foncĂ©, un rectangle de couleur blanc cassĂ© et aux bords dentelĂ©s comme un timbre, prĂ©sente, en son centre, en gros caractĂšres rouges le message : « Hitler will send no warning ». Le message est suivi par la phrase en caractĂšres noires : « so always carry your mask ». L’avertissement est illustrĂ©, en haut de l’affiche, par le dessin d'un masque Ă  gaz tenu par deux mains.
« Hitler ne préviendra pas : aie toujours ton masque à gaz ». Affiche britannique pendant le Blitz.

Mais sur ce point, la dĂ©termination de Winston Churchill, arrivĂ© au pouvoir le , contraste avec les atermoiements de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Refusant toute paix de compromis, galvanisant la population britannique, il contrarie les plans du FĂŒhrer. DĂšs le , la bataille d'Angleterre ( au ) est virtuellement perdue pour l'Allemagne, l’hĂ©roĂŻsme des pilotes de la Royal Air Force ayant fait Ă©chec aux rodomontades de Göring, maĂźtre de la Luftwaffe, dont la semi-disgrĂące auprĂšs du FĂŒhrer commence. La bataille aĂ©rienne a pris fin comme un pat militaire, mais elle est une dĂ©faite politique et stratĂ©gique pour Hitler, qui n'a pas rĂ©ussi, pour la premiĂšre fois, Ă  imposer sa volontĂ© Ă  un pays[176].

Furieux, Hitler ajourne dĂšs le l’opĂ©ration Seelöwe — son plan de dĂ©barquement en Angleterre, au demeurant improvisĂ© trop tardivement Ă  l’étĂ© 1940, et irrĂ©alisable tant que le Royaume-Uni a encore sa flotte navale et aĂ©rienne. Il dĂ©chaĂźne alors les bombardements destinĂ©s Ă  terroriser les populations civiles britanniques : le Blitz s’abat chaque jour outre-Manche, en particulier sur Coventry, rasĂ©e par l’aviation allemande le , ou sur la vieille City de Londres, incendiĂ©e notamment dans les nuits de et celle du 10 au . Mais la dĂ©termination populaire britannique reste intacte.

En 1942, en reprĂ©sailles aux premiers grands raids britanniques sur les citĂ©s allemandes, Hitler ordonne encore de dĂ©truire une Ă  une les villes d’art britanniques par les airs (les « raids Baedeker », du nom d’un guide touristique cĂ©lĂšbre), de mĂȘme qu’il dĂ©chaĂźnera en 1944 les missiles V1 et V2 sur l’Angleterre, sans plus de succĂšs.

Par ailleurs, la guerre sous-marine Ă  outrance rapproche le Royaume-Uni des États-Unis, soucieux de la libertĂ© de commerce et de navigation. Hitler commence Ă  considĂ©rer que la guerre avec l’AmĂ©rique, « foyer du capitalisme juif » Ă  ses yeux, devient inĂ©luctable. Au printemps 1940, l'Allemagne se trouve dans une situation de guerre critique et a un choix Ă  faire : attaquer la Grande-Bretagne ou trouver un accord avec celle-ci. Cependant, Halifax ne semble pas prĂȘt Ă  nĂ©gocier et l'annonce publiquement dans un discours radiodiffusĂ©. À la suite de la dĂ©cision de l'Angleterre de continuer la guerre, Hitler se retrouve face Ă  deux possibilitĂ©s : « infliger une dĂ©faite militaire Ă  la Grande Bretagne ou la forcer Ă  reconnaĂźtre la suprĂ©matie allemande sur le continent en Ă©crasant l'Union soviĂ©tique dans une dĂ©faite rapide. »[177] Hitler envisage alors d'attaquer l'Union soviĂ©tique afin de garder sa position de force en Ă©liminant le principal grand alliĂ© possible de la Grande-Bretagne. De plus, la destruction de la Russie permettrait Ă  l'Allemagne d'Ă©tendre son territoire et ainsi de renforcer sa puissance[178]. La volontĂ© de Hitler n'est pas uniquement territoriale, mais Ă©galement idĂ©ologique, la Russie Ă©tant signe de la domination juive. « Autrement dit, l'espace vital en Russie serait synonyme de destruction de la puissance juive[179]. » Cependant, la dĂ©cision d'attaquer l'Union soviĂ©tique au printemps suivant n'est pas aussi Ă©vidente que prĂ©vu en raison des dĂ©saccords au sein de la direction des forces armĂ©es. Effectivement, les avis divergent, le commandant en chef de l'ArmĂ©e de terre, le feld-marĂ©chal Werner Brauchitsch et le chef de l'Ă©tat-major gĂ©nĂ©ral de l'ArmĂ©e de terre, le colonel-gĂ©nĂ©ral Halder, dĂ©clarent qu'il est prĂ©fĂ©rable d'entretenir de bonnes relations avec la Russie. Ils focalisent ainsi leurs efforts militaires sur la possibilitĂ© d'attaquer les positions britanniques en MĂ©diterranĂ©e. En rĂ©action, Raeder, commandant en chef de la Marine allemande, dĂ©cide de mettre en place une stratĂ©gie mĂ©diterranĂ©enne dans le but d'y remplacer la puissance britannique. Cette stratĂ©gie Ă©choue principalement Ă  cause de la taille trop restreinte de la flotte allemande, en particulier si la guerre devenait mondiale avec l'entrĂ©e en guerre des États-Unis. MalgrĂ© le manque de soutien, Hitler reste sur sa position d'attaquer l'Union soviĂ©tique mais dĂ©cide avant cela de mettre en place « la stratĂ©gie pĂ©riphĂ©rique »[180] qui consiste Ă  cibler les possessions britanniques Ă  Gibraltar et au Moyen-Orient, notamment par crainte de l'entrĂ©e en guerre de l'AmĂ©rique aux cĂŽtĂ©s de l'Angleterre. Cette stratĂ©gie vise Ă  faire sortir la Grande-Bretagne de la guerre afin de pouvoir se concentrer, par la suite, uniquement sur l'Union soviĂ©tique. La prise de Gibraltar est Ă©galement sĂ©rieusement envisagĂ©e par Hitler, celle-ci lui permettant d'obliger la Grande-Bretagne Ă  quitter la MĂ©diterranĂ©e afin que l'Axe soit entiĂšrement en sa possession. La domination de la MĂ©diterranĂ©e Ă©tait effectivement d'une grande importance dans la continuation de la guerre mais cette stratĂ©gie ne marchera pas, en partie en raison du refus de l'Espagne d'entrer en guerre. La prise de Gibraltar reste malgrĂ© tout rĂ©alisable mais engendrerait un coĂ»t militaire et politique trop Ă©levĂ©. En , Hitler se heurte Ă  des conditions politiques dĂ©favorables[181]. Effectivement, ne pouvant satisfaire Ă  la fois l'Espagne, la France et l'Italie, il se retrouve sans alliĂ©s et dĂ©cide de ne plus s'en prendre frontalement Ă  la Grande-Bretagne. Aucun des plans prĂ©sentĂ©s Ă  la fin de l'Ă©tĂ© et Ă  l'automne ne sera mis en Ɠuvre, Ă©tant considĂ©rĂ©s comme trop risquĂ©s au vu de la situation de l'Allemagne. Hitler prend donc la dĂ©cision de renoncer Ă  cette attaque pour se tourner vers l'assaut contre l'URSS, dont il pense sortir victorieux.

Le dĂ©clenchement du second conflit mondial inaugure un processus de dĂ©capitalisation de Berlin, la capitale du Reich : la volontĂ© de Hitler d'ĂȘtre au plus prĂšs des opĂ©rations militaires, accompagnĂ© de son Ă©tat-major, en est la cause. Mais cet Ă©tat de fait est nuancĂ© par le dĂ©cret du , qui met en place un conseil ministĂ©riel de dĂ©fense du Reich, organisĂ© autour de Göring et conçu comme un organe de dĂ©cision collĂ©giale, ce qui n'a pas Ă©tĂ© le cas par la suite, laissant dans les faits l'autoritĂ© de dĂ©cision aux responsables administratifs du Reich[182]. AprĂšs la disparition de Rudolf Hess, la place qu'il occupait est progressivement occupĂ©e par Martin Bormann, qui s'appuie sur une hypothĂ©tique volontĂ© du FĂŒhrer[183]. Au cours du conflit, il est de plus en plus difficile pour les ministres d'avoir accĂšs direct au chancelier[183]. En effet, au fil du conflit, avec un FĂŒhrer de plus en plus Ă©loignĂ© de la gestion quotidienne de l’État, se rarĂ©fient les canaux d'accĂšs au chancelier : les nombreuses chancelleries crĂ©Ă©es en temps de paix en 1933-1934 doivent compter avec l'Ă©quipe des aides de camp du FĂŒhrer, qui contrĂŽle l'emploi du temps de Hitler[184]. In fine, ces chancelleries, par ailleurs en lutte fĂ©roce les unes contre les autres, forment un Ă©cran efficace entre le chancelier du Reich et certains de ses ministres, Ă©cran dont Bormann fait un instrument de pouvoir personnel trĂšs efficace[185].

Surpris Ă  la fois par la dĂ©claration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France, ainsi que par la rapiditĂ© de la dĂ©faite polonaise[186], Hitler dĂ©fend cependant l'idĂ©e, contre son Ă©tat-major, qu'il n'y aura pas d'offensive alliĂ©e majeure sur le front de l'Ouest[186] ; les faits lui ayant donnĂ© raison, il propose un rapide transfert des unitĂ©s engagĂ©es contre la Pologne vers l'ouest en vue d'une offensive rapide, Ă  la fois contre la France, mais aussi contre les Pays-Bas et la Belgique, pour s'emparer des ports belges et hollandais, malgrĂ© les rĂ©serves de ses officiers, rĂ©serves rĂ©activant les rĂ©seaux conservateurs acteurs de la conjuration de 1938[187]. De plus, rendu furieux par les Ă©vĂ©nements de l'automne et de l'hiver (explosion d'une bombe lors d'une apparition publique de Hitler le , capture par les AlliĂ©s d'officiers ayant sur eux les plans de l'offensive prĂ©vue, report en raison de conditions mĂ©tĂ©orologiques peu propices[188]), Hitler prĂȘte l'oreille, sur les conseils d'un de ses aides de camp et malgrĂ© les rĂ©serves de Franz Halder et de son Ă©tat-major, au plan Ă©laborĂ© en commun par Erich von Manstein et Heinz Guderian, car il rencontre chez ces officiers la traduction opĂ©rationnelle de son idĂ©e de franchissement de la Meuse par surprise[189]. De mĂȘme, il se montre sensible, aprĂšs avoir reçu des renseignements d'un ancien ministre norvĂ©gien, chef d'un parti nationaliste alors de mĂ©diocre importance, Quisling, aux conceptions dĂ©veloppĂ©es par le Grand Amiral Raeder, qui prĂ©conise, inspirĂ© par un kriegsspiel jouĂ© dans les annĂ©es 1920, l'invasion de la Scandinavie[190] ; celle-ci, menĂ©e partiellement (la SuĂšde n'est pas attaquĂ©e, contrairement au Danemark et Ă  la NorvĂšge) et Ă  l'encontre des principes de la guerre navale, ce qui plait Ă  Hitler, se rĂ©vĂšle un franc succĂšs, malgrĂ© des pertes navales importantes[191].

Non content de participer Ă  l'Ă©laboration des plans de l'offensive prĂ©vue au printemps 1940, Hitler s'implique Ă©galement dans la guerre psychologique menĂ©e contre les AlliĂ©s : il coordonne les actions de harcĂšlement des postes dĂ©fensifs français, il Ă©labore, avec les services du ministĂšre de la propagande, les tracts larguĂ©s sur les positions alliĂ©es et ordonne la diffusion rĂ©guliĂšre d'Ă©missions, prĂ©parĂ©es par la radio allemande, Ă  destination des positions françaises : Hitler est ainsi Ă  l'origine de l'idĂ©e, diffusĂ©e auprĂšs des soldats français, que l'attaque allemande n'a pas lieu uniquement dans le but de chercher une solution politique au conflit, ce qui participe au flĂ©chissement du moral des troupes françaises et renforce les rancƓurs de ces derniĂšres Ă  l'Ă©gard du corps expĂ©ditionnaire britannique[192].

Erreurs et premiers Ă©checs (1941)

Photo noir et blanc prise le 4 mai 1941, Ă  l’intĂ©rieur du Reichstag. Au centre de la photo, Adolf Hitler, debout, mains appuyĂ©es de part et d’autre d’un pupitre noir supportant 4 micros, prononce un discours. Il porte une cravate noire, une chemise blanche et une veste croisĂ©e sombre. Deux officiers sont assis Ă  ses cĂŽtĂ©s. L’arriĂšre-plan est constituĂ© de trois panneaux de couleur claire.
Discours d'Adolf Hitler au Reichstag, en .

Hitler s’avĂšre aussi et surtout ĂȘtre un commandant en chef brouillon et imprĂ©visible, dĂ©daigneux de l’opinion de son Ă©tat-major. Il peut compter sur la trĂšs grande servilitĂ© de celui-ci, et en premier lieu du chef de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW, haut commandement des forces armĂ©es), Wilhelm Keitel. Chez Hitler, un manque frĂ©quent de rĂ©alisme se double souvent d’impairs stratĂ©giques. En outre, le FĂŒhrer est inconscient de bien des problĂšmes du front. Comme Adolf Hitler accueille trĂšs mal les mauvaises nouvelles et tout ce qui ne correspond pas Ă  ses plans, ses subordonnĂ©s hĂ©sitent Ă  lui transmettre certaines informations.

DĂšs les premiers mois de l'offensive Ă  l'Est, passĂ© l'euphorie des premiers succĂšs, Hitler se montre rĂ©servĂ©, en privĂ©, sur les chances de succĂšs rapide dans la guerre contre l'Union soviĂ©tique : ainsi, en , devant Guderian et d'autres gĂ©nĂ©raux, il Ă©voque l'Ă©chec de la premiĂšre phase de la campagne, puis, lors d'une visite de Mussolini Ă  Rastenburg, Ă  la fin du mois, il assume la responsabilitĂ© de la situation[193]. Au cours des confĂ©rences qui suivent, il se montre partisan de la conquĂȘte de l'Ukraine et de ses ressources[193]contre l'avis de Guderian, Halder et Brauchitsch, qui mettent aussi en avant le caractĂšre stratĂ©gique que constituerait la prise de Moscou, un nƓud ferroviaire entre les deux parties du front. Si la conquĂȘte de l'Ukraine constitue un grand succĂšs militaire, ce n'en reste pas moins une dĂ©faite contre le temps, qui est appelĂ© Ă  faire dĂ©faut lorsque la prise de Moscou devient la prioritĂ©[194].

Sa premiĂšre grave erreur a Ă©tĂ© d’ouvrir un deuxiĂšme front, en envahissant l’immense Union soviĂ©tique sans avoir terminĂ© la guerre contre le Royaume-Uni. Toujours persuadĂ© d’avoir une tĂąche monumentale qu’il aura du mal Ă  rĂ©aliser en une seule vie, il souhaite attaquer l’URSS, principal rĂ©servoir d'« espace vital » et ennemi principal doctrinal, dans des dĂ©lais rapides. À partir de , il planifie une guerre d'extermination terroriste Ă  l'Est : il ne s'agit pas seulement de dĂ©truire le bolchevisme, mais au-delĂ , comme dĂ©jĂ  en Pologne asservie, de dĂ©truire l'État, de rĂ©duire les populations civiles Ă  l'Ă©tat d'esclaves et de sous-hommes, de vider par les massacres et les dĂ©portations les territoires conquis de leurs Juifs et de leurs Tsiganes, afin de laisser la place Ă  des colons allemands. Selon Peter Padfield, le , Hitler a envoyĂ© Rudolf Hess, le « successeur dĂ©signĂ© » du FĂŒhrer, en Grande-Bretagne avec un traitĂ© de paix dĂ©taillĂ©, en vertu duquel les Allemands se retireraient de l'Europe de l'Ouest, en Ă©change de la neutralitĂ© britannique sur l'attaque imminente sur l'URSS[195] - [196].

Au lancement de l’opĂ©ration Barbarossa contre l’Union soviĂ©tique en , Hitler, considĂ©rant que l’ArmĂ©e rouge s’écroulera rapidement, envisage d’atteindre avant la fin de l’annĂ©e une ligne Arkhangelsk-Astrakhan. Il interdit Ă  ses troupes d'emporter du matĂ©riel d'hiver.

Il divise son armĂ©e en trois groupes : le groupe d'armĂ©es Nord (GAN) ayant pour objectif Leningrad, le groupe d’armĂ©es Centre (GAC) ayant pour objectif Moscou, et le Groupe d'armĂ©es Sud (GAS) ayant pour objectif l’Ukraine. À ce dispositif s’ajoutent les alliĂ©s finlandais au Nord, hongrois, roumains et italiens au Sud, ces derniers Ă©tant considĂ©rĂ©s comme peu fiables par Hitler et son Ă©tat-major. En , Hitler donne la prioritĂ© Ă  la conquĂȘte de l’Ukraine, objectif Ă©conomique primordial avec ses terres cĂ©rĂ©aliĂšres et ses mines, par le GAS, mais aussi objectif stratĂ©gique, car une trĂšs grosse part de l'ArmĂ©e rouge est concentrĂ©e autour de Kiev : marcher directement sur Moscou avant d'avoir dĂ©truit ces rĂ©serves, comme le voudraient de nombreux gĂ©nĂ©raux allemands, exposerait dangereusement le flanc de la Wehrmacht aux yeux de Hitler. Ce faisant, le FĂŒhrer oblige le GAC Ă  stopper, alors qu’il Ă©tait parvenu Ă  300 kilomĂštres de Moscou. L’offensive sur ce secteur reprend en octobre, mais ce contretemps fait intervenir un adversaire redoutable : l’hiver russe.

Photo noir et blanc prise Ă  Deblin (Pologne), dans un camp allemand de prisonniers soviĂ©tiques. Le long du mur du camp, s’étendant de gauche Ă  droite en haut de la photo, une tranchĂ©e expose des ossements humains.
Fosse commune de quelques-uns des 3,5 millions de prisonniers de guerre soviĂ©tiques exterminĂ©s par les nazis.

Hitler a nĂ©gligĂ© ce facteur autant qu’il a sous-estimĂ©, par haine des Slaves et du communisme, la qualitĂ© et la combativitĂ© des « sous-hommes » soviĂ©tiques. Son racisme lui fait aussi interdire formellement Ă  l'armĂ©e d'invasion de se chercher des alliĂ©s parmi les nationalistes locaux et les ennemis du rĂ©gime stalinien.

Au contraire, les dĂ©chaĂźnements de cruautĂ©s contre les civils et la mise en Ɠuvre des crimes de masse prĂ©mĂ©ditĂ©s aliĂšnent trĂšs vite Ă  Hitler les populations soviĂ©tiques, rejetĂ©es dans les bras d'un Staline qui sait proclamer l'union sacrĂ©e. L’arrivĂ©e de troupes fraĂźches de SibĂ©rie permet de dĂ©gager Moscou et de faire reculer des Allemands mal prĂ©parĂ©s aux dures conditions climatiques. La Wehrmacht a alors perdu 700 000 hommes (tuĂ©s, blessĂ©s, prisonniers), soit un quart de son effectif sur ce front.

Le , alors que la retraite menace de se transformer en dĂ©bĂącle incontrĂŽlable comme celle qui avait fait disparaĂźtre la Grande ArmĂ©e napolĂ©onienne en 1812, Hitler prend directement le commandement de la Wehrmacht sur le front russe, Ă©vinçant le gĂ©nĂ©ral von Brauchitsch ainsi que Guderian, von Bock et von Rundstedt. Il interdit catĂ©goriquement toute retraite, tout repli mĂȘme stratĂ©gique, allant jusqu'Ă  faire condamner Ă  mort des officiers et des gĂ©nĂ©raux qui en effectuent en lui dĂ©sobĂ©issant. Les ordres draconiens du FĂŒhrer parviennent de fait Ă  stabiliser le front Ă  quelque 150 km de Moscou, au prix de terribles souffrances des soldats.

DĂ©sormais, la guerre-Ă©clair a fait son temps et Hitler a perdu tout espoir d'une guerre courte. De surcroĂźt, c'est au mĂȘme moment qu'il dĂ©clare la guerre aux États-Unis, le , peu aprĂšs l'attaque de Pearl Harbor le 7, dont ses alliĂ©s japonais ne l'avaient mĂȘme pas prĂ©venu, et sans bĂ©nĂ©fice aucun pour le Reich, puisque l'empire du Japon ne dĂ©clare nullement la guerre Ă  l'URSS. Le FĂŒhrer a fait donc inconsidĂ©rĂ©ment entrer en lice le plus grand potentiel Ă©conomique du monde, hors d'atteinte de ses Panzer et de ses bombardiers.

Hitler est dĂ©sormais le maĂźtre absolu de l'armĂ©e et des opĂ©rations (mĂȘme Staline laisse aprĂšs 1942 la bride sur le cou Ă  ses gĂ©nĂ©raux, tandis que Churchill, Roosevelt et de Gaulle ne prennent guĂšre que des dĂ©cisions politiques). Si l'Ă©chec frustrant devant Moscou radicalise encore ses projets meurtriers (sa dĂ©cision d'exterminer tous les Juifs d'Europe est prise au moment du ralentissement de l'avancĂ©e en Russie[197]), Hitler dispose encore de forces armĂ©es redoutables et reste pour l'heure le maĂźtre tout-puissant de l'Europe conquise, des portes de Moscou Ă  l'Atlantique.

Exploitation et terreur sur l'Europe

Ordre d'Adolf Hitler de piller les archives et les bibliothÚques des Juifs (traduction française conservée aux Archives nationales françaises).

L'« Ordre Nouveau » promis par la propagande nazie n'a jamais signifié pour Hitler que la domination absolue et l'exploitation systématique de son « espace vital » par la « race des Seigneurs ».

Partout les Ă©conomies locales sont donc placĂ©es sous tutelle, au profit exclusif du TroisiĂšme Reich et de son effort de guerre. Des tributs financiers exorbitants sont exigĂ©s des vaincus, les matiĂšres premiĂšres drainĂ©es en Allemagne ainsi que les produits agricoles et industriels (sans oublier les Ɠuvres d'art, dont des trains entiers sont raflĂ©es par Göring et Rosenberg). Le pillage de l'Europe occupĂ©e est d'autant plus radical que Hitler tient absolument Ă  maintenir un haut niveau de vie Ă  la population allemande mĂȘme en pleine guerre, pour Ă©viter que ne se reproduise la rĂ©volte de novembre 1918.

Le , pour pallier la pĂ©nurie de main-d'Ɠuvre causĂ©e par la mobilisation massive des Allemands sur le front de l'Est, Hitler nomme le gauleiter Fritz Sauckel plĂ©nipotentiaire au recrutement des travailleurs. PlacĂ© sous l'autoritĂ© directe du seul FĂŒhrer, Sauckel parvient, Ă  force de chasses Ă  l'homme et de rafles massives Ă  l'Est, et en usant Ă  l'Ouest davantage d'intimidations et de mesures coercitives (conscription du travail et STO), Ă  amener en deux ans plus de 8 millions de travailleurs forcĂ©s sur le territoire du Grand Reich. Parmi eux, les travailleurs polonais et soviĂ©tiques (Ostarbeiter) ont Ă©tĂ© soumis Ă  un traitement brutal et extrĂȘmement discriminatoire, leur laissant Ă  peine le minimum vital pour subsister[198].

ParallĂšlement, le , Hitler a chargĂ© son confident et architecte prĂ©fĂ©rĂ©, le jeune technocrate Albert Speer, de rĂ©organiser l'Ă©conomie de guerre du Reich. En ce dĂ©but d'annĂ©e 1942, l'Ă©conomie allemande n'est pas entiĂšrement consacrĂ©e Ă  la production de guerre. En centralisant la gestion de la production de guerre dans son ministĂšre, le tout nouveau ministre de l'armement obtient rapidement des rĂ©sultats[n 38] permettant Ă  l'Ă©conomie allemande de soutenir l'effort de guerre. Mais il met longtemps Ă  vaincre les rĂ©ticences de Hitler Ă  proclamer la guerre totale voulue par Goebbels, le FĂŒhrer ne voulant pas imposer aux Allemands des sacrifices susceptibles de nuire Ă  son image et de les pousser Ă  la rĂ©volte.

Himmler de son cĂŽtĂ© exploite jusqu'Ă  la mort la main-d'Ɠuvre forcĂ©e des camps de concentration, dont le taux de mortalitĂ© explose littĂ©ralement Ă  partir de dĂ©but 1942. Le , Hitler a pris personnellement le dĂ©cret Nacht und Nebel, cosignĂ© par Keitel, qui prĂ©voit de faire littĂ©ralement disparaĂźtre les rĂ©sistants dĂ©portĂ©s « dans la nuit et le brouillard » (expression empruntĂ©e par le FĂŒhrer Ă  un opĂ©ra de Wagner). Au sein du systĂšme concentrationnaire nazi, ce sont donc les dĂ©tenus de toute l'Europe classĂ©s « NN » qui connaĂźtront les pires traitements et le taux de mortalitĂ© le plus important[200].

La domination nazie réintroduit largement en Europe des pratiques disparues depuis le XVIIIe siÚcle : torture, prise d'otages, réduction des populations en esclavage, destruction de villages entiers deviennent des pratiques banales qui signent la brÚve hégémonie de Hitler.

On peut y ajouter l'enrĂŽlement forcĂ© dans les troupes allemandes des MalgrĂ©-Nous alsacien-mosellans ou polonais, dont les territoires annexĂ©s sont soumis Ă  une intense germanisation forcĂ©e, ou l'enlĂšvement aux mĂȘmes fins de germanisation de centaines de milliers d'enfants europĂ©ens aux traits « aryens », confiĂ©s aux Lebensborn que supervise Martin Bormann, secrĂ©taire du FĂŒhrer. Hitler a ainsi personnellement fixĂ© le taux de 100 otages Ă  fusiller par soldat allemand tuĂ©[201]. Strictement appliquĂ©es Ă  l'Est, faisant des victimes par dizaines de milliers, ces reprĂ©sailles massives sur les civils sont plus modĂ©rĂ©es Ă  l'Ouest, oĂč le racisme hitlĂ©rien ne mĂ©prise pas autant les populations, et oĂč il faut tenir compte du plus haut niveau de dĂ©veloppement et d'organisation des sociĂ©tĂ©s. Elles n'en sont pas moins appliquĂ©es.

Aussi, aprĂšs une sĂ©rie d'attentats inaugurĂ©e par le coup de feu du colonel Fabien contre un officier allemand en plein Paris, Hitler ordonne personnellement l'exĂ©cution d'un certain nombre d'otages, qui seront fusillĂ©s notamment au camp de ChĂąteaubriant. En , lorsque la RĂ©sistance italienne tue 35 soldats allemands dans Rome occupĂ©e, Hitler exige que cent otages soient fusillĂ©s pour chaque tuĂ© : le marĂ©chal Kesselring rĂ©duit le taux au demeurant irrĂ©aliste Ă  dix pour un, et ce sont tout de mĂȘme 355 Italiens qui pĂ©rissent aux Fosses ArdĂ©atines. Le , Ă  la suite de l'exĂ©cution de son fidĂšle Heydrich par la rĂ©sistance tchĂšque, Hitler ordonne la destruction totale du village de Lidice.

Des revers à la débùcle (1942-1944)

Au fil de l'Ă©volution du conflit, la place grandissante dans la gestion au quotidien de la guerre affecte Hitler de diverses maniĂšres, physiquement et psychologiquement. De plus, il intervient aussi bien dans le domaine militaire que technique et industriel, marquant de sa patte des choix dont certains se rĂ©vĂšlent dĂ©sastreux. Dans le mĂȘme temps, le processus de dĂ©capitalisation de Berlin, initiĂ© dĂšs le dĂ©clenchement du conflit, s'accentue au fil des dĂ©mĂ©nagements des QG de campagne du FĂŒhrer et chancelier[182].

Ainsi, l'Ă©tat physique du commandant en chef, atteint d'une maladie mal diagnostiquĂ©e, dĂ©cline rapidement. Guderian, en [202], et Hossbach, convoquĂ© le Ă  Rastenburg pour se voir confier le commandement de la 4e armĂ©e[203], dĂ©couvrent un homme prĂ©maturĂ©ment vieilli, fatiguĂ© par ses insomnies Ă  rĂ©pĂ©tition, atteint d'un tremblement au bras gauche, au teint blĂȘme et au regard vague. Outre son Ă©tat de fatigue gĂ©nĂ©rale, il est mal soignĂ© par son mĂ©decin, le Dr Theodor Morell[202]. Du fait de ses insomnies, il adopte au fil du conflit un rythme de vie totalement dĂ©calĂ© : le petit dĂ©jeuner est pris en fin de matinĂ©e, et le dĂ©jeuner en dĂ©but de soirĂ©e, et le thĂ© est servi Ă  ses invitĂ©s et Ă  ses proches collaborateurs tard dans la soirĂ©e[204].

La rĂ©sistance soviĂ©tique transformant le conflit en guerre d'usure, Hitler assigne dĂ©sormais Ă  chacune des opĂ©rations sur le front de l'Est une dimension stratĂ©gique de conquĂȘte de lieux de production stratĂ©giques : le bassin industriel du Donetz, les pĂ©troles du Caucase[205].

À partir du lancement de l'opĂ©ration Fall Blau, Hitler se querelle sans cesse avec son chef d'Ă©tat-major, Halder, soutenu par Alfred Jodl. À la base de ces querelles, Halder et Hitler ont deux approches de la campagne de 1942 : Halder, en militaire, dĂ©veloppe une approche qui trahit la prĂ©fĂ©rence obsessionnelle des officiers allemands pour les questions tactiques[206] ; Hitler se place dans un projet stratĂ©gique gĂ©nĂ©ral : il souhaite donner au Reich les moyens d'une guerre longue face aux Anglo-Saxons[207]. Cependant, Hitler, obnubilĂ© par la conquĂȘte de l'espace vital, ne tire pas forcĂ©ment de ses conceptions stratĂ©giques les conclusions qui dĂ©coulent de ses analyses stratĂ©giques[205].

Rapidement, il prend conscience de l'impasse militaire gĂ©nĂ©rĂ©e par ses choix et commence Ă  se dĂ©sintĂ©resser de la situation militaire sur le terrain. Hitler devient ainsi de plus en plus mĂ©fiant Ă  l'Ă©gard de ses gĂ©nĂ©raux, limoge List et Halder durant le mois de septembre, remplace Halder par Zeitzler, peu expĂ©rimentĂ©[208], tout en donnant dans les directives Ă©dictĂ©es, non seulement des consignes impossibles Ă  tenir, mais aussi un luxe de dĂ©tails[208]. Il balaie ainsi les objections de Zeitzler sur les difficultĂ©s d'approvisionnement d'armĂ©es engagĂ©es Ă  plus de 2 000 km de leurs bases[209], insiste sur le caractĂšre symbolique de la prise de Stalingrad qu'il conçoit comme la base de dĂ©part de l'offensive de l'Ă©tĂ© suivant[209] (il ne peut alors y renoncer, sous peine de perdre son prestige et d'Ă©corcher durablement le mythe d'invincibilitĂ© du FĂŒhrer[209]).

Mais la dĂ©faite l'oblige Ă  mettre en place une stratĂ©gie dĂ©fensive, fortement inspirĂ©e de son expĂ©rience du front durant la Grande Guerre, causant des pertes probablement supĂ©rieures Ă  ce qu'elles auraient dĂ» ĂȘtre si un autre systĂšme de dĂ©fense avait Ă©tĂ© adoptĂ©[205].

De plus, Hitler perd frĂ©quemment le contrĂŽle de ses nerfs en prĂ©sence de ses principaux officiers, mĂȘme s'il ne s'est jamais roulĂ© par terre, comme l'affirme la lĂ©gende[210] : Halder, Zeitzler, Guderian, par exemple : ce dernier, aprĂšs son retour en grĂące, s'oppose rĂ©guliĂšrement Ă  Hitler lors de scĂšnes trĂšs violentes[211] ; de plus, il s'isole au sein mĂȘme des Ă©quipes qui l'entourent Ă  l'Ă©tat-major, ne prend plus ses repas avec ses principaux collaborateurs et n'assiste plus rĂ©guliĂšrement aux briefings[212].

MalgrĂ© ses dĂ©convenues, Hitler continue d'exercer une forte influence sur ses gĂ©nĂ©raux, entre autres par sa capacitĂ© Ă  analyser en termes politiques un certain nombre d’évĂ©nements ayant des implications militaires, analyses que les militaires ne sont pas en mesure de formuler. C'est cette analyse politique qui constitue le socle de l'admiration de nombreux militaires, mĂȘme dans les moments les plus critiques[213], et malgrĂ© le fait, que, jusqu’à une date avancĂ©e d'avril 1945, Hitler continue d'ordonner perpĂ©tuellement Ă  ses troupes, sur quelque front que ce soit, de ne pas reculer, en dĂ©pit des rapports de force largement en faveur de ses adversaires, ou des conditions de combat sur le terrain[214]. En 1944, il est devenu impossible aux officiers allemands de remettre en cause les analyses de Hitler, y compris en avançant des arguments raisonnĂ©s[203]; cette impossibilitĂ© crĂ©e les conditions d'un divorce entre Hitler, arcboutĂ© sur ses ordres de ne pas cĂ©der un pouce de terrain, et les Ă©tats-majors, dont les recommandations sont en gĂ©nĂ©ral ignorĂ©es par ce dernier[215] : se dĂ©veloppe ainsi dans les organes de commandement militaire du Reich le sentiment de l'incapacitĂ© de Hitler non seulement Ă  mener le Reich, sinon vers la victoire, du moins vers la sortie du conflit[216], mais aussi Ă  dĂ©finir des objectifs stratĂ©giques dans la conduite de la guerre[217]. Cette dĂ©fiance d'une partie du commandement Ă  l'Ă©gard de Hitler, secret de polichinelle selon un conjurĂ© du complot du , GĂŒnther Smend, lors de ses aveux, crĂ©e les conditions de la prĂ©paration et de l'exĂ©cution d'un putsch militaire contre Hitler et la direction nazie[216].

En outre, plus le conflit avance vers sa fin, plus les ordres donnĂ©s sont irrĂ©alisables sur le terrain, ce qu’il ne constate jamais sur place : les derniĂšres consignes militaires de dĂ©gagement de Berlin par quatre armĂ©es squelettiques ou dotĂ©es de moyens sans commune mesure avec l'objectif affichĂ© constituent le dernier exemple chronologique de cette tendance[214].

Les premiĂšres dĂ©faites l'obsĂšdent, Stalingrad en premier[212]. Dans Stalingrad investie par les troupes de l'Axe, les opĂ©rations deviennent pendant des mois un enjeu symbolique, thĂ©Ăątre d'un duel direct entre lui et Joseph Staline. Depuis Vinnytsia, d'oĂč il supervise personnellement les opĂ©rations[218], il s'oppose durant tout l'automne Ă  tout retrait de la ville, dĂ©jĂ  partiellement investie, contre l'avis de ses gĂ©nĂ©raux[218]. Il interdit formellement de faire autre chose que de rĂ©sister sur place. AprĂšs une bataille urbaine acharnĂ©e, la VIe ArmĂ©e, encerclĂ©e dans la ville, se rend. La veille, Friedrich Paulus, son gĂ©nĂ©ral, Ă©tait Ă©levĂ© au grade ultime de Generalfeldmarschall : aucun marĂ©chal allemand n'ayant jamais capitulĂ©, cette promotion est en rĂ©alitĂ© une invitation Ă  un suicide hĂ©roĂŻque pour servir la propagande. L'Ă©chec de Stalingrad, au-delĂ  des erreurs tactiques et stratĂ©giques est une consĂ©quence de la centralisation des pouvoirs militaires, autour de Halder d'abord, autour de Hitler ensuite, Hitler que ses gĂ©nĂ©raux ne contredisent plus, malgrĂ© ses mauvaises estimations des rapports de force, ses ordres inadaptĂ©s et son dĂ©sarroi face Ă  une situation qui lui Ă©chappe de plus en plus[219]. De mĂȘme, le refus obstinĂ© d'Ă©vacuer la Tunisie entraĂźne la captivitĂ© de 250 000 soldats de l'Axe en mai 1943.

TrĂšs rĂ©servĂ© sur l'offensive de Koursk — sa derniĂšre sur le front de l'Est, et la plus grande bataille de blindĂ©s de l'Histoire — Hitler ne fait aucune difficultĂ© pour l'arrĂȘter, le , quand, Ă  son Ă©chec flagrant, vient s'ajouter le dĂ©barquement alliĂ© en Italie : il se voit contraint de retirer du front de l'Est des unitĂ©s envoyĂ©es aussitĂŽt sur d'autres thĂ©Ăątres d'opĂ©rations europĂ©ens[220] ; ainsi, le dĂ©barquement de Sicile l'oblige Ă  dĂ©garnir le front russe et prĂ©cipite le renversement de Benito Mussolini. L’Italie est Ă  partir de cette pĂ©riode, le parent pauvre des fronts europĂ©ens, sur la foi d'une analyse de la guerre en termes de capital-espace[221] ; dans cette perspective, la fin de l'annĂ©e 1943 voit un renforcement de l'Europe occidentale, au dĂ©triment du front de l'Est[222], ce qui entraĂźne des tensions avec les gĂ©nĂ©raux commandant sur ce thĂ©Ăątre d'opĂ©rations : il dĂ©cide de la stratĂ©gie et se prĂ©occupe de la moindre des rĂ©percussions tactiques de ces dĂ©cisions sur le terrain, malgrĂ© les demandes de Kluge et Manstein[223]. Il passe ainsi la majeure partie du deuxiĂšme semestre 1943 Ă  Rastenburg, de plus en plus isolĂ©[224].

Photo noir et blanc. Dans une piÚce aux murs clairs, sept officiers généraux en uniforme suivent les indications données par Adolf Hitler pointant de sa main droite un lieu sur une carte étalée devant eux sur une table. Les huit hommes sont debout autour de la table ; Adolf Hitler et le général Friedrich Paulus sont au centre de la photo.
Analyse de la situation au quartier général du groupe d'armées Sud, Pottava, .

Pendant l’offensive d’étĂ© en Russie du Sud en 1942, Hitler rĂ©pĂšte l’erreur de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente en divisant un groupe d’armĂ©e en deux, le rendant ainsi plus vulnĂ©rable. Le groupe A se dirige vers le Caucase et ses champs de pĂ©trole, le groupe B se dirige vers Stalingrad.

Sceptique sur les Ă©changes alliĂ©s dĂ©cryptĂ©s par les services allemands[225] (opĂ©ration Fortitude) dans la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le dĂ©barquement de Normandie, Hitler retarde cependant l’envoi de Panzerdivisionen pour rejeter les forces dĂ©barquĂ©es, pensant que l’opĂ©ration Overlord est une diversion et que le vrai dĂ©barquement doit avoir lieu au Nord de la Seine[226] (la rumeur qui attribue la perte de la bataille au refus de Jodl de rĂ©veiller Hitler doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une lĂ©gende). Il ne change pas d'avis avant la fin de la bataille de Normandie. En aoĂ»t 1944, il ordonne au marĂ©chal von Kluge d’effectuer une contre-attaque Ă  Mortain pour sectionner la percĂ©e des troupes amĂ©ricaines Ă  Avranches, dans des conditions telles que l'offensive est vouĂ©e Ă  l'Ă©chec dĂšs sa prĂ©paration. De plus, le lancement de l'offensive soviĂ©tique, le , provoque une nouvelle crise entre Hitler et ses gĂ©nĂ©raux : en effet, partisan de la dĂ©fense statique, il ordonne la crĂ©ation de 29 places fortes et la crĂ©ation d'un pĂŽle de rĂ©sistance en Courlande, points d'appui pour la reconquĂȘte[227] ; dans ce contexte, il procĂšde Ă  de nombreux changements au sein des Ă©tats-majors, changements dĂ©multipliĂ©s par la rĂ©pression de l'attentat du 20 juillet[227].

De mĂȘme, dans le domaine industriel, si Hitler assiste Ă  de nombreuses prĂ©sentations de matĂ©riel militaire[228], il n'en est pas moins responsable de choix dĂ©sastreux pour la conduite de la guerre. S'il donne carte blanche (ou presque) Ă  Albert Speer[229], celui-ci doit compter avec Sauckel, compĂ©tent pour tout ce qui touche Ă  la main-d’Ɠuvre, et avec l'administration dont il a la responsabilitĂ©, mais qui est dirigĂ©e au quotidien par Karl Otto Saur[230]. En outre, la compĂ©tence certaine de Hitler en matiĂšre d'armements est limitĂ©e par son manque de vision d'ensemble[230]. Ainsi, il multiplie les erreurs de choix, par exemple en privilĂ©giant les chars lourds peu maniables, comme le Tigre, Ă  la diffĂ©rence des SoviĂ©tiques qui font le choix du T-34, plus maniable ; de mĂȘme, ses hĂ©sitations sur la production d'avions Ă  rĂ©action se rĂ©vĂšlent dommageables : le Me 262, d'abord armĂ© comme avion de chasse, est Ă©quipĂ© pour le bombardement Ă  l'Ă©tĂ© 1944, Ă  la demande de Hitler, puis, toujours Ă  sa demande, est transformĂ© en avion de chasse en [231].

S'il est devenu Ă©vident pour tous, jusqu'au sein mĂȘme de ses serviteurs, que la dĂ©faite est inĂ©luctable et que Hitler mĂšne l'Allemagne Ă  la catastrophe, aucune cessation des combats n'est possible tant qu'il reste en vie. Or, en Allemagne mĂȘme, Hitler exerce une lourde rĂ©pression aprĂšs avoir survĂ©cu Ă  l'attentat du .

Complots du 20 juillet 1944

Göring (en uniforme clair) et Bormann (à gauche, de profil en manteau de cuir) visitent la salle de conférence de la Wolfsschanze aprÚs l'attentat du .

Le pouvoir absolu de Hitler ne cesse de se renforcer au cours de la guerre. Ainsi en , lors d’une cĂ©rĂ©monie au Reichstag, il se fait donner officiellement droit de vie et de mort sur chaque citoyen allemand. Tandis que l'Ă©toile de Göring pĂąlit et que son successeur dĂ©signĂ©, Rudolf Hess, s'est mystĂ©rieusement enfui en Écosse en , son secrĂ©taire particulier Martin Bormann s'affirme de plus en plus comme une Ă©minence grise, filtrant les accĂšs Ă  Hitler, gĂ©rant ses biens et jouant un rĂŽle actif dans la mise en Ɠuvre des projets nazis en Europe.

Ses victoires de 1939-1941 ont renforcĂ© la croyance de la population dans son infaillibilitĂ©, et rendu impossible la tĂąche de ceux qui auraient voulu le renverser. MĂȘme certains futurs rĂ©sistants comme le pasteur Martin Niemöller, les Ă©tudiants martyrs de la Rose blanche Ă  Munich ou le comte de Stauffenberg, hĂ©ros de l’attentat du , ont Ă©tĂ© initialement sĂ©duits par la personne charismatique du FĂŒhrer et par ses succĂšs[232].

Cependant, si le soutien au moins passif des masses reste pratiquement acquis jusqu’à la fin, depuis la crise des SudĂštes en 1938, des individus ou des groupes isolĂ©s ont compris que seule la mort de Hitler peut encore permettre d’éviter un dĂ©sastre total Ă  l’Allemagne.

La « chance du diable[n 39] » assez peu ordinaire dont bĂ©nĂ©ficie Adolf Hitler lui a permis d'Ă©chapper de peu Ă  plusieurs tentatives d’assassinat. Mais il faut aussi compter avec la difficultĂ© d'accĂ©der jusqu'Ă  lui, puisqu'il se terre dans son QG prussien aprĂšs 1941, son incapacitĂ© Ă  se tenir Ă  des horaires rĂ©guliers et prĂ©visibles, la foule ou la garde SS qui l'entourent, et ses prĂ©cautions prises — ses dĂ©placements de guerre sont secrets, le fond de sa casquette est blindĂ©, il porte un gilet pare-balles et ses aliments sont goĂ»tĂ©s prĂ©alablement par son mĂ©decin —[233]. En Ă  Munich, le catholique suisse Maurice Bavaud a tentĂ© de tirer sur lui, il sera guillotinĂ©. Le , lors de la commĂ©moration annuelle de son putsch manquĂ© Ă  la brasserie BĂŒrgerbrĂ€ukeller, Hitler Ă©chappe Ă  un attentat orchestrĂ© par Johann Georg Elser. La bombe explose vingt minutes aprĂšs le dĂ©part de Hitler qui avait dĂ» Ă©courter son discours Ă  cause des mauvaises conditions climatiques l’obligeant Ă  prendre le train plutĂŽt que l’avion.

Au fur et Ă  mesure que l’issue de la guerre se prĂ©cisait dans le sens d’une dĂ©faite, plusieurs gradĂ©s ont complotĂ© avec des civils pour Ă©liminer Hitler. Bien que les AlliĂ©s aient exprimĂ© le choix d’une reddition sans conditions lors de la confĂ©rence d'Anfa, en janvier 1943, les conjurĂ©s espĂšrent renverser le rĂ©gime afin de nĂ©gocier un rĂšglement politique du conflit. Parmi eux, l’amiral Wilhelm Canaris, chef de l’Abwehr (services secrets), Carl Friedrich Goerdeler, l’ancien maire de Leipzig, ou encore le gĂ©nĂ©ral Ludwig Beck. Ce dernier, aprĂšs la dĂ©faite de Stalingrad, met en marche le complot sous le nom d’opĂ©ration Flash, mais la bombe placĂ©e le 13 mars 1943 dans l’avion de Hitler, de retour d'une visite sur le front de l’Est, n’explose pas. Une autre tentative quelques jours plus tard, le , oĂč le colonel von Gersdorff doit se faire sauter en prĂ©sence de Hitler lors d'une visite d'une exposition au Zeughaus Ă  Berlin Ă©choue aussi.

Le Ă  12 h 42, Ă  la Wolfsschanze, son quartier gĂ©nĂ©ral en Prusse-Orientale, Hitler est blessĂ© dans un attentat exĂ©cutĂ© par le colonel von Stauffenberg lors d’une tentative de coup d'État d’officiers, anciens officiers et civils rĂ©sistants, qui est durement rĂ©primĂ©e. Compromis, les marĂ©chaux von Kluge et Rommel, et d’autres officiers gĂ©nĂ©raux, sont conduits au suicide, tandis que l’amiral Canaris est envoyĂ© dans un camp de concentration oĂč il est pendu, aux cĂŽtĂ©s du pasteur Dietrich Bonhoeffer, en , lorsque les AlliĂ©s s'approchent de leur lieu de dĂ©tention.

En tout, plus de 5 000 personnes sont arrĂȘtĂ©es et assassinĂ©es dans la rĂ©pression qui suit. En vertu d'une conception totalitaire de la responsabilitĂ© collective, et se rĂ©fĂ©rant aux antiques coutumes de vengeance des peuplades germaniques (Sippenhaft), Hitler fait envoyer les familles des conjurĂ©s dans des camps de concentration. Les conjurĂ©s, maltraitĂ©s et ridiculisĂ©s, sont traĂźnĂ©s devant le Volksgerichtshof (Tribunal du peuple) de Roland Freisler, qui les abreuve d’injures et d’humiliations au cours de parodies de justice ne sauvant mĂȘme pas les apparences Ă©lĂ©mentaires du droit, avant de les envoyer Ă  la mort. Beaucoup pĂ©rissent pendus Ă  des crocs de boucher, le jour mĂȘme de leur condamnation, Ă  la prison berlinoise de Plotzensee. Hitler fait filmer les exĂ©cutions pour pouvoir les visionner dans sa salle privĂ©e, bien qu’il semble que les films n'aient finalement jamais Ă©tĂ© projetĂ©s.

Le jour mĂȘme de l'attentat, Hitler reçoit Mussolini en accomplissant tous les devoirs imposĂ©s par le protocole et dans un calme olympien, assurant lui-mĂȘme le service du thĂ© et lui servant de guide pour la visite des lieux de l'explosion[234]. La rĂ©action de la population Ă  l'annonce de l'attentat est protĂ©iforme : le parti organise des meetings de soutien, dont le succĂšs est inĂ©gal Ă  travers l'Allemagne[235], mais la population, globalement prudente, attend la suite des Ă©vĂšnements[236].

Aux abois

Les ordres de Hitler Ă  ses troupes deviennent de moins en moins possibles Ă  exĂ©cuter, compte tenu de l’écrasante supĂ©rioritĂ© de l’ArmĂ©e rouge et des AlliĂ©s. Les rĂ©unions entre Hitler et son chef d’état-major Heinz Guderian, nommĂ© en , sont de plus en plus houleuses et celui-ci finit par ĂȘtre renvoyĂ© le 28 mars 1945.

Photo noir et blanc de l’entrĂ©e d’une baraque en bois dans le camp de concentration de Buchenwald. Au centre de la photo, prĂšs du mur de la baraque, se dresse une potence Ă  laquelle pend un pantin Ă  l’effigie d’Adolf Hitler. Sur le mur de la baraque est peinte l’inscription en allemand : « Hitler muss sterben damit Deutschland lebt ». À droite, un homme, en tenue sombre, se tient debout dans l’encadrement de la porte, au sommet de l’escalier en bois qui mĂšne Ă  l’entrĂ©e. Un soldat amĂ©ricain pose debout Ă  cĂŽtĂ© de l’escalier.
« Hitler doit mourir pour que l'Allemagne vive » : graffiti sur une baraque du camp de Buchenwald, libéré par l'armée américaine, avec Hitler pendu en effigie ().

Hitler motive ses proches en invoquant les « armes miracles », comme les V1 et V2, les premiers missiles ou les premiers chasseurs Ă  rĂ©action Messerschmitt Me 262, censĂ©es renverser la situation, ou encore un retournement d’alliance in extremis.

En fait, depuis la confĂ©rence de Casablanca en , les AlliĂ©s exigent sans ambiguĂŻtĂ© une capitulation sans condition, la dĂ©nazification de l’Allemagne et le chĂątiment des criminels de guerre. Quant aux « armes nouvelles », elles auraient Ă©tĂ© tout Ă  fait insuffisantes, et Hitler a lui-mĂȘme gĂąchĂ© ses derniĂšres chances en affichant longtemps son mĂ©pris pour les « sciences juives » dont la physique nuclĂ©aire (une des causes du retard pris par les recherches sur la bombe atomique), ou encore en exigeant, contre l’avis de tous les experts, de construire les avions Ă  rĂ©action comme bombardiers — pour pouvoir reprendre la destruction des villes anglaises — et non pas comme chasseurs, ce qui aurait pu faire basculer la guerre aĂ©rienne.

Dans les derniers mois du conflit, Hitler, dont la santĂ© dĂ©cline rapidement (en raison de la maladie de Parkinson), n’apparaĂźt plus en public, ne parle plus guĂšre Ă  la radio, et reste la plupart du temps Ă  Berlin. MĂȘme les Gauleiter, pour la plupart membres du parti depuis les annĂ©es 1920, sont frappĂ©s par la dĂ©crĂ©pitude physique de Hitler : le 24 fĂ©vrier 1945, Hitler s'adresse Ă  eux pour la derniĂšre fois, Ă  l'occasion du 25e anniversaire de la publication du programme du parti, et Karl Wahl, gauleiter de Souabe, est marquĂ© par la dĂ©chĂ©ance de Hitler ; aprĂšs un discours jugĂ© dĂ©cevant par les participants Ă  cette rencontre, Hitler se lance dans un monologue qui lui fait reprendre sa verve et son entrain[237]. C’est Joseph Goebbels, le chef de la propagande, par ailleurs commissaire Ă  la dĂ©fense de Berlin et responsable de la Volkssturm, qui pallie cette lacune et se charge d’exhorter les troupes et les foules. Le lien entre les Allemands et le FĂŒhrer se distend. Hitler n’a jamais visitĂ© une ville bombardĂ©e ni un hĂŽpital civil, il n’a jamais vu aucun des rĂ©fugiĂ©s qui fuient l’avancĂ©e de l’ArmĂ©e rouge par millions Ă  partir de , il ne se rend plus de longue date au chevet de soldats blessĂ©s, et a cessĂ© depuis fin 1941 de prendre ses repas avec ses officiers ou ses soldats. Sa glissade hors du rĂ©el s’accentue.

Photo noir et blanc prise le 19 avril 1945, Ă  l’intĂ©rieur d’un bureau de l’hĂŽtel de ville de Leipzig. Sur le sol, un homme mort, en uniforme, est allongĂ© de tout son long, sa tĂȘte vers la droite au premier plan. Un mur blanc forme l’arriĂšre-plan de la photo. Au second plan, entre une chaise renversĂ©e le long du mur et le flanc droit du cadavre, tient en Ă©quilibre un portrait d’Adolf Hitler dont le visage a Ă©tĂ© lacĂ©rĂ©.
Officier nazi du Volkssturm, suicidĂ© auprĂšs d'un portrait lacĂ©rĂ© du FĂŒhrer, printemps 1945.

À la suite de l'offensive d'hiver soviĂ©tique, en , Hitler se dĂ©sintĂ©resse du sort des Allemands habitant dans les rĂ©gions menacĂ©es par la poussĂ©e soviĂ©tique et ordonne Ă  la fois l'Ă©vacuation de la population civile, de tout ce qui peut ĂȘtre Ă©vacuĂ©, ainsi que la destruction systĂ©matique de ce qui ne peut ĂȘtre envoyĂ© vers l'ouest[238]. Il connaĂźt des crises de fureur Ă  chaque annonce d'effondrement des lignes de dĂ©fense Ă  l'Est : ainsi, l'abandon de Varsovie par Harpe, malgrĂ© des ordres stricts, entraĂźne son remplacement par Ferdinand Schörner dans un accĂšs de fureur, Ă  l'image du remplacement de Rheinardt par Rendulic, compĂ©tent, mais impuissant face aux moyens dĂ©ployĂ©s par les SoviĂ©tiques. D'autres gĂ©nĂ©raux, comme Friedrich Hossbach, sont simplement limogĂ©s pour n'avoir pas Ă©tĂ© en mesure de parvenir aux objectifs qui leur avaient Ă©tĂ© assignĂ©s (dans son cas, la reconquĂȘte de Varsovie)[239]. Avec Joseph Goebbels, il prĂ©sente Ă  travers la presse l'affrontement comme une version moderne des guerres puniques, une guerre de la civilisation europĂ©enne contre une invasion barbare, qui sera gagnĂ©e grĂące Ă  un effort suprĂȘme par la nation et ses chefs. Dans la mĂȘme ligne, le Völkischer Beobachter explique Ă  ses lecteurs la nature du conflit en cours en insistant sur le poids des unitĂ©s mongoles au sein de l'ArmĂ©e rouge[240].

De plus, devant le refus systĂ©matique essuyĂ© Ă  chaque demande de retraite de leurs unitĂ©s, des officiers de plus en plus nombreux dissimulent certains mouvements de troupes Ă  Hitler : ainsi, le , dans le contexte dramatique de l'offensive d'hiver soviĂ©tique, le gĂ©nĂ©ral Burgdorf, aide de camp de Hitler pour la Wehrmacht, est soupçonnĂ© par certains gĂ©nĂ©raux commandant sur le Front de l'Est, de cacher Ă  Hitler la gravitĂ© de la situation militaire allemande en Pologne[241]. De mĂȘme, Ă  partir du , l'ordre de retraite ayant enfin Ă©tĂ© donnĂ©, le gĂ©nĂ©ral Rheinhardt chargĂ© de la dĂ©fense de la Prusse Orientale, n'informe pas Koch, Gauleiter de Prusse Orientale, de la retraite allemande et de l'abandon de positions directement menacĂ©es par l'ArmĂ©e rouge dans la rĂ©gion de Lötzen, malgrĂ© les ordres stricts de Hitler et de son Ă©tat-major le plus proche[242]. Ces autorisations de retraite trop tardives contribuent Ă  amplifier le dĂ©sastre en cours et rendent chaque repli plus problĂ©matique encore[243]. De mĂȘme, Keitel et Jodl n'informent Hitler ni de la vanitĂ© des efforts destinĂ©s Ă  constituer la 12e armĂ©e, ni de l'ensemble des manƓuvres ordonnĂ©es aux unitĂ©s qui composent cette armĂ©e en vue de dĂ©gager la ville de Berlin, ni de l'Ă©chec de la tentative de Felix Steiner de dĂ©gager Berlin par le nord[244].

Au dĂ©but du mois d', il continue de s'opposer, entourĂ© de ses proches conseillers, Ă  toute manƓuvre de raccourcissement du front de l'Oder, et balaie toutes les objections que lui prĂ©sente Gotthard Heinrici, commandant de l'armĂ©e chargĂ©e de dĂ©fendre Berlin, en insistant sur le rĂŽle que doit jouer le commandant : insuffler foi et confiance aux unitĂ©s placĂ©es sous ses ordres, tout en lui constituant des rĂ©serves de soldats inexpĂ©rimentĂ©s, puisĂ©s dans la SS, la Luftwaffe et la marine[245].

De plus, convaincu que le peuple allemand ne mĂ©rite pas de lui survivre puisqu’il ne s’est pas montrĂ© le plus fort, Hitler ordonne le une politique de terre brĂ»lĂ©e d’une ampleur inĂ©galĂ©e, incluant la destruction des industries, des installations militaires, des magasins et des moyens de transport et de communication, mais aussi des stations thermiques et Ă©lectriques, des stations d’épuration, et de tout ce qui est indispensable Ă  la survie Ă©lĂ©mentaire de ses concitoyens. Cet ordre ne sera pas respectĂ©. Albert Speer, ministre de l’armement et architecte du Reich, a prĂ©tendu devant le tribunal de Nuremberg qu’il avait pris les mesures nĂ©cessaires pour que les directives de Hitler ne soient pas accomplies par les gauleiters. Cet ordre est en rĂ©alitĂ© l'aboutissement de consignes donnĂ©es depuis 1943 : dĂšs le , il ordonne la destruction de tout ce qui peut ĂȘtre utile Ă  l'ennemi, ainsi que l'Ă©vacuation forcĂ©e de la population, dans les territoires abandonnĂ©s par les troupes allemandes en repli, ordre repris en lors de l'Ă©vacuation de la tĂȘte de pont du Kouban. Le , alors que le territoire du Reich est directement menacĂ©, Hitler ordonne de transformer chaque maison de chaque village en forteresse, destinĂ©e Ă  ĂȘtre dĂ©fendue jusqu'Ă  son effondrement[246].

Au mois de mars, rendu furieux par l'Ă©chec de l'offensive en Hongrie, il ordonne Ă  la Leibstandarte de retirer le brassard Ă  son nom, que portent les hommes de cette division[247].

En , le Reich est aux abois : le Rhin a Ă©tĂ© franchi par les Occidentaux le , les villes sont Ă©crasĂ©es par des bombardements quotidiens, les rĂ©fugiĂ©s fuient en masse de l’Est, les SoviĂ©tiques s'approchent de Vienne et de Berlin. Dans les rues des villes, les SS pendent encore en public ceux qui parlent de cesser un combat sans espoir. Sur des cadavres de civils pendus Ă  des lampadaires, des pancartes prĂ©cisent par exemple : « Je pends ici parce que j’ai doutĂ© de mon FĂŒhrer », ou « Je pends ici parce que je suis un traĂźtre ». Les derniĂšres images de Hitler filmĂ©es, en pleine bataille de Berlin, le montrent dĂ©corant ses derniers dĂ©fenseurs : des enfants et des prĂ©adolescents.

Dix derniers jours

Alors que le Reich s'effondre, Adolf Hitler reçoit le grand-amiral Dönitz au FĂŒhrerbunker.

Le , les hauts dirigeants nazis viennent une derniĂšre fois saluer hĂątivement leur maĂźtre pour son anniversaire, avant de tous s'enfuir prĂ©cipitamment loin de Berlin, attaquĂ©e par l'ArmĂ©e rouge. Le mĂȘme jour, Hitler visite l'exposition prĂ©sentant les derniers modĂšles d'armes, organisĂ©e dans la cour de la chancellerie du Reich[248] et ordonne que du matĂ©riel, stockĂ© dans des wagons de chemins de fer, soit dĂ©chargĂ© et donnĂ© aux unitĂ©s combattantes[248].

TerrĂ© au fond de son FĂŒhrerbunker, Hitler refuse de partir pour la BaviĂšre et choisit de rester Ă  Berlin pour mieux mettre en scĂšne sa mort. Au cours de sĂ©ances quotidiennes de plus en plus orageuses, tandis qu'au-dehors la plus grande bataille de la guerre fait rage, il continue Ă  ordonner d'impossibles manƓuvres pour dĂ©livrer la capitale vite encerclĂ©e, notamment Ă  Felix Steiner, commandant d'un corps de Panzer et Ă  Walther Wenck, commandant de la 12e armĂ©e[244]. Le , comprenant la vanitĂ© de ces tentatives, il entre dans l'une de ses plus terribles colĂšres, avant de s'effondrer en reconnaissant enfin pour la premiĂšre fois que « la guerre est perdue » (Der Krieg ist verloren). La dĂ©cision de rester dĂ©finitivement Ă  Berlin et de se suicider est prise dans les jours suivants[249].

Le 23, Albert Speer revient en avion dans Berlin assaillie pour refaire ses adieux Ă  Hitler. Il lui avoue avoir sabotĂ© la politique de la terre brĂ»lĂ©e, sans que le dictateur rĂ©agisse, et s’en va en n’ayant obtenu qu'une molle poignĂ©e de main de son idole.

Les derniĂšres crises internes du rĂ©gime ont lieu quand au soir du 25, Hermann Göring, toujours nominalement hĂ©ritier de Hitler, lui envoie, sur la foi de ce qui lui avait Ă©tĂ© rapportĂ© de la crise de dĂ©sespoir du [250], un tĂ©lĂ©gramme de BaviĂšre (oĂč il se trouve) lui demandant s'il peut prendre la direction du Reich conformĂ©ment aux dispositions de 1941. PersuadĂ© par Bormann d'y voir Ă  tort un ultimatum et un coup de force du Reichsmarschall, Hitler, furieux, destitue Göring et le fait placer sous la surveillance des SS au Berghof[250].

Sa fureur redouble le 27 quand la radio alliĂ©e lui apprend que son fidĂšle Himmler a tentĂ© Ă  son insu de nĂ©gocier avec les Occidentaux. Cependant, certaines recherches rĂ©centes Ă©mettent l’hypothĂšse que Himmler aurait nĂ©gociĂ© avec les AlliĂ©s sur ordre de Hitler lui-mĂȘme[251]. Il fait fusiller dans les jardins de la chancellerie le beau-frĂšre d’Eva Braun, le gĂ©nĂ©ral SS Hermann Fegelein, agent de liaison de Himmler. Selon Kershaw, la mort de Fegelein serait en rĂ©alitĂ© un substitut au sort destinĂ© Ă  Himmler si ce dernier Ă©tait tombĂ© en son pouvoir[252]. En rĂ©alitĂ©, comme Göring, Himmler a Ă©tĂ© informĂ© de l'accĂšs de dĂ©sespoir du , et comme ce dernier, il en a dĂ©duit qu'il disposait des mains libres pour ses nĂ©gociations avec les alliĂ©s occidentaux[252]. Ce calcul entraĂźne son exclusion immĂ©diate du NSDAP et son arrestation, son rapatriement Ă  Berlin, prĂ©lude Ă  sa condamnation Ă  mort[252].

Le , dans un accÚs de rage, il limoge le général Heinrici, qui venait de refuser d'exécuter une consigne impossible à accomplir, donnée par Keitel et Jodl[253].

Dans la nuit du , aprĂšs avoir Ă©tĂ© mariĂ© Ă  Eva Braun par Walter Wagner, Hitler dicte Ă  sa secrĂ©taire Traudl Junge un testament privĂ© puis un testament politique, exercice d'autojustification oĂč il nie sa responsabilitĂ© dans le dĂ©clenchement de la guerre. Curieusement, le texte ne dit mot du bolchĂ©visme, au moment mĂȘme oĂč les SoviĂ©tiques s'emparent de Berlin. En revanche, l'obsession antisĂ©mite de Hitler y apparaĂźt toujours intacte. Il rappelle l'exclusion de Himmler et de Göring du NSDAP, Ă©carte Speer, Ribbentrop et Keitel, rĂ©compense les partisans de la lutte acharnĂ©e que sont Goebbels, Bormann, Giesler, Hanke, Saur et Schörner, nommant le premier Ă  la Chancellerie, les autres Ă  des postes ministĂ©riels et Schörner commandant en chef de la Wehrmacht, puis confie la prĂ©sidence du Reich au grand-amiral Karl Dönitz[252].

Photo noir et blanc de la une du journal de l’armĂ©e amĂ©ricaine : Stars and Stripes. Le gros titre de une annonce la mort d'Adolf Hitler : « Hitler Dead ».
Le Stars and Stripes, journal de l'armée américaine, annonçant la mort de Hitler.

Le , vers 15 h 30, alors que l’ArmĂ©e rouge est Ă  moins de 300 mĂštres du bunker et s'apprĂȘte Ă  investir le Reichstag, Adolf Hitler se suicide en compagnie d’Eva Braun : il se donne la mort d’une balle dans la tempe ou dans le cou ; on retrouve ensuite son pistolet Ă  ses pieds. Les chercheurs n'ont retrouvĂ© aucune trace de poudre sur sa dentition, ce qui implique qu'il ne s'est pas donnĂ© la mort en se tirant une balle dans la bouche.

Une affirmation frĂ©quente prĂ©cise qu’il aurait mordu une capsule de cyanure juste avant ou presque en mĂȘme temps qu’il se serait tirĂ© une balle dans la tempe[254] : Ian Kershaw affirme qu’il est impossible de tirer juste aprĂšs avoir mordu un tel poison et que le corps de Hitler n’a pas dĂ©gagĂ© l’odeur d’amande amĂšre caractĂ©ristique de l’acide prussique et constatĂ©e sur celui d’Eva Braun. NĂ©anmoins, des dĂ©pĂŽts bleuĂątres prĂ©sents sur la prothĂšse dentaire de Hitler, vraisemblablement liĂ©s Ă  une rĂ©action chimique entre le cyanure et prothĂšse, peuvent faire penser que le dictateur a effectivement mordu dans une capsule[255]. De nombreuses autres thĂšses circulent, impliquant parfois un tiers qui aurait tirĂ© la balle, mais elles sont considĂ©rĂ©es comme fantaisistes.

Pour ne pas voir son cadavre emportĂ© en trophĂ©e par l’ennemi (Mussolini a Ă©tĂ© fusillĂ© le par les partisans italiens et son corps pendu par les pieds devant la foule Ă  Milan), Hitler a donnĂ© l’ordre de l’incinĂ©rer. C’est aussitĂŽt chose faite par son chauffeur Erich Kempka et son aide de camp Otto GĂŒnsche, qui brĂ»lent le corps de Hitler et celui d'Eva Braun dans un cratĂšre de bombe prĂšs du bunker. La pluie d’obus soviĂ©tiques labourant Berlin a presque certainement dĂ©truit l’essentiel des deux corps.

Photo noir et blanc prise dans le camp de Dachau, le 30 avril 1945. D’un fatras de couvertures de diffĂ©rentes nuances de gris, Ă©mergent, au centre de la photo, quatre corps dĂ©charnĂ©s de prisonniers morts de faim. Trois des tĂȘtes visibles se rejoignent au centre de la photo.
DĂ©couverte du camp de Dachau, .

Refusant de survivre Ă  son maĂźtre malgrĂ© ses ordres et considĂ©rant qu’il n’y a plus de vie imaginable dans un monde sans national-socialisme, Goebbels se suicide le lendemain avec sa femme Magda, aprĂšs que cette derniĂšre a empoisonnĂ© leurs six enfants.

Ce mĂȘme 1er mai Ă  22 h 26, la radio, sur ordre de Karl Dönitz, diffuse le communiquĂ© suivant : « Le QG du FĂŒhrer annonce que cet aprĂšs-midi, notre FĂŒhrer Adolf Hitler est tombĂ© Ă  son poste de commandement dans la chancellerie du Reich en combattant jusqu'Ă  son dernier souffle contre le bolchevisme »[256]. Le , aprĂšs avoir signĂ© la capitulation de Berlin, le gĂ©nĂ©ral Weidling rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© au micro et accuse Adolf Hitler d’avoir abandonnĂ© « en plan » (im Stich) soldats et civils. Dans les villes ruinĂ©es ou sur les routes, la masse des Allemands d’abord soucieuse de survie restera plutĂŽt indiffĂ©rente Ă  la fin de Hitler[257].

Le , la 2e DB du gĂ©nĂ©ral Leclerc s’empare symboliquement du Berghof, la rĂ©sidence du FĂŒhrer Ă  Berchtesgaden. Le 8 mai 1945, le TroisiĂšme Reich capitule sans condition. Au mĂȘme moment, l’ouverture des camps de concentration rĂ©vĂšle dĂ©finitivement l’ampleur de l’Ɠuvre de mort hitlĂ©rienne. « La guerre de Hitler Ă©tait finie. Le traumatisme moral, qui Ă©tait l’Ɠuvre de Hitler, ne faisait que commencer » — Ian Kershaw.

DĂ©couverte du corps et rumeurs de fuite

Nombre de rumeurs ont circulĂ© sur la possibilitĂ© que Hitler ait survĂ©cu Ă  la fin de la guerre. Le FBI a menĂ© des enquĂȘtes en ce sens jusqu’en 1956 sur des pistes plus ou moins sĂ©rieuses. Mais dĂšs la chute de Berlin, l’unitĂ© des services secrets soviĂ©tiques chargĂ©e de trouver Hitler, le SMERSH, estimait avoir rĂ©cupĂ©rĂ© une grande partie du corps.

Le , averti du suicide de Hitler, le SMERSH boucle le jardin de la chancellerie et le FĂŒhrerbunker. Le personnel encore prĂ©sent est arrĂȘtĂ© puis interrogĂ©, Staline Ă©tant tenu au courant par un gĂ©nĂ©ral du NKVD au moyen d’une ligne codĂ©e directe[258].

Le 5 mai, Ivan Churakov, du 79e corps d’infanterie, auquel le SMERSH est rattachĂ©, dĂ©couvre le corps de Hitler prĂšs de celui d’Eva Braun, dans un cratĂšre d’obus situĂ© dans le jardin de la chancellerie. ConformĂ©ment aux volontĂ©s du FĂŒhrer, leurs dĂ©pouilles ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©es et sont mĂ©connaissables[258]. Le , les tĂ©moignages concordants de l’assistante du dentiste de Hitler, Hugo Blaschke, et de son technicien, confirment l’identitĂ© du corps. La dentition supĂ©rieure de Hitler comporte un bridge rĂ©cent. Dans un premier temps, Staline impose le silence sur la dĂ©couverte, allant mĂȘme jusqu’à rĂ©primander Joukov pour avoir Ă©chouĂ© Ă  retrouver Hitler, tandis que la Pravda qualifie les rumeurs de dĂ©couverte de « provocation fasciste ». Les SoviĂ©tiques lancent d’autres rumeurs, affirmant notamment que Hitler se cacherait en BaviĂšre, zone sous contrĂŽle de l’armĂ©e amĂ©ricaine, accusant implicitement cette derniĂšre de complicitĂ© avec les nazis[258]. En , les derniers tĂ©moins du FĂŒhrerbunker, dĂ©tenus par le NKVD, sont amenĂ©s sur les lieux du suicide. Dans le jardin de la chancellerie, ils indiquent l’endroit oĂč ils ont brĂ»lĂ© puis enterrĂ© les corps des Ă©poux Hitler. L’emplacement correspond Ă  l’exhumation rĂ©alisĂ©e par le SMERSH un an plus tĂŽt. De nouvelles fouilles sont entreprises et quatre fragments de crĂąne sont mis au jour. Le plus grand est transpercĂ© d’une balle. L’autopsie rĂ©alisĂ©e fin 1945 sur le corps masculin dĂ©couvert au mĂȘme endroit se trouve en partie confirmĂ©e : les mĂ©decins y notent l’absence d’une piĂšce du crĂąne, celle qui devait permettre de conclure que Hitler s’est suicidĂ© par arme Ă  feu.

Les restes d’Adolf Hitler sont alors enterrĂ©s dans le plus grand secret, avec ceux d’Eva Braun, de Joseph et Magda Goebbels et de leurs six enfants, du gĂ©nĂ©ral Hans Krebs et des deux chiens de Hitler, dans une tombe prĂšs de Rathenow Ă  Brandenburg[259].

En 1970, le KGB doit restituer au gouvernement d’Allemagne de l’Est les lieux qu’il occupe Ă  Brandenburg. Craignant que l’existence de la tombe de Hitler ne soit rĂ©vĂ©lĂ©e et que le site ne devienne alors un lieu de pĂšlerinage nĂ©o-nazi, Youri Andropov, chef du KGB, donne son autorisation pour que soient dĂ©truits les restes du dictateur et les neuf autres dĂ©pouilles[260] - [261]. Le , une Ă©quipe du KGB se charge de la crĂ©mation des dix corps et disperse secrĂštement les cendres dans l’Elbe, Ă  proximitĂ© immĂ©diate de Rathenow[262]. Mais le crĂąne et les dents de Hitler, conservĂ©s dans les archives moscovites, Ă©chappent Ă  la crĂ©mation. On n’en apprend l’existence qu’aprĂšs la dissolution de l’URSS (1991). Le , la partie supĂ©rieure du crĂąne attribuĂ© au dictateur devient l’une des curiositĂ©s de l’exposition organisĂ©e par le Service fĂ©dĂ©ral des archives russes, marquant le cinquante-cinquiĂšme anniversaire de la fin de la guerre.

En 2009, Ă  la demande de la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision History qui rĂ©alise un documentaire intitulĂ© Hitler’s Escape traitant de l’hypothĂšse de la fuite du dictateur, l’amĂ©ricain Nick Bellantoni dĂ©couvre que le crĂąne que l’on attribuait Ă  Hitler est en rĂ©alitĂ© celui d’une jeune femme. Des tests ADN rĂ©alisĂ©s aux États-Unis sur les Ă©chantillons ramenĂ©s par l’archĂ©ologue confirment ses dires[263]. Selon Nick Bellantoni, le crĂąne ne serait pas non plus celui d’Eva Braun. Les tĂ©moignages affirment qu’elle se serait suicidĂ©e au cyanure et non par arme Ă  feu. Ce coup de thĂ©Ăątre relance les thĂ©ories affirmant que Hitler a pu survivre Ă  la chute du Reich. L’historien Antony Beevor regrette ces polĂ©miques, qu’il juge sensationnalistes, rappelant que la dentition, avec son bridge caractĂ©ristique, a Ă©tĂ© formellement reconnue en par KĂ€the Heusermann, assistante du dentiste de Hitler[258], et son technicien Fritz Echtmann, arrĂȘtĂ©s par les Russes. Mais les archives dentaires de Hitler ayant Ă©tĂ© dĂ©truites sur ordre de Martin Bormann en 1944, donc antĂ©rieurement aux investigations russes, le tĂ©moignage de Heusermann ne repose que sur sa mĂ©moire, comme le souligne le journaliste britannique Gerrard Williams, qui rappelle qu’il n’existe alors aucune expertise mĂ©dico-lĂ©gale attestant qu’il s’agisse bien des dents de Hitler[264]. Ces thĂšses de la fuite du FĂŒhrer restent peu crĂ©dibles, se heurtant aux tĂ©moignages (parfois contradictoires) des derniĂšres heures, qui concluent Ă  la mort du dictateur nazi. En 2009, Rochus Misch, ancien garde du corps de Hitler, qui Ă©tait avec GĂŒnther SchwĂ€germann, l'un des deux derniers survivants du bunker, rĂ©affirme avoir vu les corps sans vie de Hitler et d’Eva Braun[265].

En 2018, une étude réalisée par des chercheurs français (dont Philippe Charlier) sur un des fragments du crùne détenu à Moscou confirme, elle, que ces fragments appartiennent bien à Hitler, et qu'il est donc bien mort en 1945[266].

RĂ©actions des Allemands Ă  l'annonce de son suicide

DĂšs l'automne 1944, Hitler avait perdu la confiance d'une majoritĂ© des Allemands. Les proclamations de fidĂ©litĂ© Ă  sa personne rencontrent peu d'Ă©chos ou sont vivement critiquĂ©es, comme l'attestent les rĂ©actions de la population de Stuttgart, rapportĂ©es par le SD, Ă  un article de Goebbels publiĂ© dans le journal Das Reich fin : le gĂ©nie de Hitler est alors remis en cause par la population et il est jugĂ© responsable du conflit[267]. Cependant, le discrĂ©dit qui entoure Hitler n'est pas unanime : les rĂ©fugiĂ©s, nombreux en Allemagne et Ă  Berlin, affirment que Hitler souhaite ardemment les ramener chez eux, et les jeunes plaignent sincĂšrement Hitler, perçu comme ayant souhaitĂ© le meilleur pour le Reich[268]. Mais mĂȘme dans le district de Berchtesgaden, Ă  proximitĂ© du Berghof, Hitler est considĂ©rĂ© comme un malheur pour le Reich Ă  partir du mois de [269].

Dans ce contexte, l'annonce du suicide du FĂŒhrer, le , ne cause pas de grandes rĂ©actions dans le Reich, dont les villes sont rasĂ©es par les bombardements, et qui est en proie Ă  des combats meurtriers qui ne ralentissent pas les envahisseurs[270]. Pour la majoritĂ© de la population, occupĂ©e Ă  tenter de survivre, comme pour les soldats engagĂ©s dans un ultime combat qu'ils savent perdu d'avance, le suicide de Hitler n'entraĂźne qu'indiffĂ©rence et apathie[271] ; nĂ©anmoins, le sort des Allemands au mois de pousse certains Ă  exprimer leur rejet du personnage[272]. Parmi les soldats, certains, minoritaires, lui rendent un hommage rapide, tandis que les autres restent indiffĂ©rents Ă  la nouvelle[273].

Parmi les responsables du Reich, civils ou militaires, les sentiments sont partagĂ©s : dans son ordre du jour du , Schörner, commandant du groupe d'armĂ©es Centre, dĂ©ployĂ© en BohĂȘme et nazi fanatique, dĂ©crit Hitler comme un martyr du combat contre le bolchevisme, tandis que Georg-Hans Reinhardt, ancien commandant de ce mĂȘme groupe d'armĂ©es, semblait s'attendre Ă  ce dĂ©nouement depuis quelques semaines[273]. Son successeur Ă  la prĂ©sidence, Karl Dönitz, attend soigneusement d'obtenir confirmation de la mort du dictateur pour amorcer les nĂ©gociations de reddition[274]. Mais Dönitz n'est pas le seul responsable nazi auquel la mort de Hitler ouvre des perspectives : Himmler, dĂ©pouillĂ© de ses pouvoirs par Hitler dans une crise de rage Ă  la fin du mois d'avril, s'imagine rentrĂ© en grĂące du nouveau pouvoir, mais est rapidement Ă©conduit par Dönitz[275].

Le suicide de Hitler, prĂ©sentĂ© Ă  la population comme une fin hĂ©roĂŻque, prĂ©fĂ©rable Ă  une reddition[276], entraĂźne dans le Reich une vague de suicides aussi bien parmi les dirigeants du rĂ©gime que parmi les citoyens ordinaires : en particulier, huit gauleiters, sept chefs suprĂȘmes de la police et des SS, soixante-dix-huit gĂ©nĂ©raux et amiraux se suicident au dĂ©but du mois de mai[277]. Le suicide le plus spectaculaire est celui de Magda et Joseph Goebbels, pour qui la vie n'a dĂ©sormais plus aucun sens, et qui n'hĂ©sitent pas Ă  entraĂźner leurs six enfants dans la mort[277].

Culte de la personnalité

Une mise en scÚne savamment organisée

DĂšs 1921, la mise en scĂšne du NSDAP laisse une place certaine au FĂŒhrer, guide du parti et du peuple. OrganisĂ© autour de l'idĂ©e que le FĂŒhrer est le grand dirigeant appelĂ© Ă  mener Ă  bien la rĂ©alisation du destin allemand, le NSDAP devient rapidement le parti de Hitler. En effet, lors des meetings, tout tourne autour de Hitler, que l'on attend, puis qui suscite non seulement l'enthousiasme, mais aussi l'hystĂ©rie des foules chauffĂ©es Ă  blanc par de longues attentes du sauveur[278]. AussitĂŽt clos le scrutin du , le ministĂšre de la propagande est confiĂ© Ă  Joseph Goebbels, chargĂ© de la propagande au sein du parti nazi depuis 1929[279].

DĂšs les premiers jours, le ministĂšre de la propagande structure son action autour de la construction du mythe du FĂŒhrer, faisant de Hitler l'homme fort devant relever l'Allemagne[280]. Ainsi, laissant accroire que toutes les actions de Hitler Ă©taient guidĂ©es par la volontĂ© de faire tout ce qui Ă©tait bon pour son peuple, Goebbels dĂ©veloppe l'idĂ©e que la contrepartie de cette action est l'obĂ©issance absolue au FĂŒhrer et Ă  ses mandataires[281]. DĂšs , la personne du FĂŒhrer devient omniprĂ©sente dans l'appareil d'État, dans les Ă©coles, dans la vie quotidienne : obligatoire dans le parti depuis 1926, le salut hitlĂ©rien est imposĂ© aux fonctionnaires et aux enseignants en [282].

À partir de 1933, cependant, la tĂąche des organisations se rĂ©clamant de Hitler devient moins Ă©vidente : au dĂ©part organisĂ© dans une perspective de conquĂȘte du pouvoir, le parti doit dĂ©sormais « servir le FĂŒhrer » et lui ĂȘtre totalement soumis[283].

L'une des prĂ©occupations de Hitler, arrivĂ© Ă  la chancellerie Ă  la tĂȘte d'un mouvement politique se rĂ©clamant d'une forme de socialisme[284], est de se prĂ©senter, et de se faire reprĂ©senter comme issu de la classe des travailleurs : comme il le martĂšle lui-mĂȘme en 1933 lors d'un discours Ă  l'usine Siemens, comme le rappelle un opuscule de propagande publiĂ© en 1935[285], Hitler, le chancelier du peuple, l'ouvrier au service du Reich[286] a Ă©tĂ© « ouvrier du bĂątiment, artiste et Ă©tudiant »[286]. Formellement, il se rapproche du peuple allemand : il s'adresse Ă  une foule venue l'Ă©couter en employant la forme familiĂšre plurielle du Ihr, il affecte la pauvretĂ© personnelle et la modestie : il ne dispose ni de compte bancaire, ni d'actions, il s'assoit Ă  la droite de son chauffeur, ses fonctions de chancelier l'obligent Ă  Ă©voluer dans des cadres grandioses, comme la nouvelle chancellerie du Reich, s'excuse-t-il en recevant les ouvriers des Ă©quipes de construction du bĂątiment, tout en prĂ©cisant qu'il vit modestement en privĂ©[286].

Propagande de guerre

DÚs le déclenchement du conflit mondial en 1939, Hitler constitue un sujet de choix pour la propagande. Présenté comme le conquérant successeur de Bismarck ou des chevaliers teutoniques par la propagande de Goebbels, il fait l'objet de multiples attaques de la propagande alliée, dÚs la DrÎle de guerre de la part des Français et des Britanniques, puis de l'ensemble de ses adversaires pendant toute la durée du conflit.

Propagande allemande

La propagande, animée par Goebbels, doit tenir compte de la volonté de rareté des apparitions de Hitler au fil du conflit. En effet, si l'Anschluss, les SudÚtes ont été l'occasion d'apparitions de Hitler en Allemagne, cette propagande doit, à partir de 1941, composer avec la répugnance de Hitler à se montrer en public et son retranchement au sein de son état-major et de son cercle d'intimes. Le dictateur utilise divers vecteurs pour s'exprimer à destination de tout ou partie de la population : journaux, proclamations, ordres du jour, radio. Au cours du conflit, il écrit peu dans la presse, plutÎt utilisée par Goebbels, s'adresse aux Allemands par le biais de la radio et à ses soldats par le biais des ordres du jour.

Durant tout le conflit, cependant, Hitler continue de s'adresser Ă  la population allemande Ă  l'occasion des dates anniversaires marquantes du national-socialisme : le , date anniversaire de sa nomination au poste de chancelier, le , anniversaire du putsch de 1923, et Ă  certaines occasions, soit habituelles, comme le , ou Ă  l'occasion d’évĂ©nements importants, comme aprĂšs le dĂ©barquement alliĂ© prĂšs de Naples le [287], ou le [288].

Cependant, la propagande exploite progressivement la figure du FĂŒhrer hors d'Allemagne. Ainsi, en France, la premiĂšre mention du nom de Hitler date de 1941[289].

De plus, Ă  partir de 1942, pĂ©riode des premiĂšres difficultĂ©s de recrutement au sein de la Wehrmacht, la figure de Hitler, dĂ©fenseur de l'Europe menacĂ©e par les Bolcheviks et les Juifs, commence Ă  ĂȘtre mise en avant.

À partir de 1944, la propagande de Goebbels doit affronter la dĂ©fiance de la population allemande Ă  l'Ă©gard de Hitler. En effet, les Ă©ditoriaux du ministre de la Propagande dans le journal Das Reich, ainsi que le discours du nouvel an du FĂŒhrer soulĂšvent de plus en plus de scepticisme au sein de la population : les rĂ©actions de la population de Stuttgart Ă  l'article de Goebbels du 31 dĂ©cembre 1944, connues par un rapport du service de renseignements de la SS sont plus que mauvaises, le rapport mettant en avant le sentiment que Hitler est, aux yeux de la population, l'un des principaux responsables du conflit[267].

Propagande alliée

Un dessin datant de la Seconde Guerre mondiale. Sur fond jaune, une caricature d’Adolf Hitler se tient debout, de dos, tĂȘte de profil, regard tournĂ© vers la droite et l’air ahuri. L’homme porte un uniforme nazi vert sans pantalon ; on voit son caleçon blanc parsemĂ© de croix gammĂ©es rouges. À ses pieds, s’étale sur toute la largeur du dessin un tas de chars en mauvais Ă©tat. À sa droite, sur le fond jaune, est inscrit en rouge : « Let’s catch him with his "Panzers" down! ». Au bas de l’affiche, sur une bande bleu foncĂ© (sous les pieds de Hitler), on peut lire l’inscription en caractĂšres blancs : « we will – if we keep’em firing! ».
Affiche amĂ©ricaine ridiculisant Hitler ; la phrase Let’s catch him with his "Panzers" down ! est un jeu de mots entre "Panzers" et "Pants" (pantalon) et signifie : "Coinçons-le culotte baissĂ©e !" mais aussi : "Coinçons-le avec ses chars dĂ©truits !" ; la phrase du bandeau infĂ©rieur, "we will – if we keep’em firing !", signifie : "nous y arriverons - si nous continuons Ă  leur tirer dessus".
Une photo en couleurs (fond brun clair) d’une statuette en plĂątre d’Adolf Hitler, posĂ©e sur un support beige. L’homme, de profil, tĂȘte nue, porte un uniforme marron clair et des bottes noires. Il est penchĂ© vers l’avant (de droite Ă  gauche), les deux mains rĂ©unies entre ses genoux. Son derriĂšre est recouvert d’une capote en laine orange dans laquelle sont plantĂ©es quatre Ă©pingles.
Pelote Ă  Ă©pingles reprĂ©sentant Adolf Hitler, États-Unis, vers 1941.

À partir de la dĂ©claration de guerre, les AlliĂ©s dĂ©veloppent contre le FĂŒhrer, principal dirigeant du IIIe Reich, diffĂ©rentes approches en matiĂšre de propagande. La propagande alliĂ©e a beaucoup tournĂ© Hitler en ridicule, caricaturant ses poses habituelles, le prĂ©sentant comme un personnage manipulateur. À partir de 1944, il est Ă©galement prĂ©sentĂ© comme un monstre.

Ainsi Pierre Dac ridiculise abondamment Hitler, dans un premier temps dans l'Os Ă  Moelle, brocardant notamment les cĂ©lĂ©brations de l'anniversaire du FĂŒhrer dans un Ă©change de tĂ©lĂ©grammes avec Mussolini[290], puis Ă  Londres Ă  partir d', pour la France libre, en mettant par exemple en avant les choix militaires dĂ©sastreux de Hitler dans une petite recette culinaire pratique, Le SoufflĂ© Intuitif, Ă  la ManiĂšre du PĂšre Adolf, extraite du Manuel de Cuisine StratĂ©gique de Berchtesgaden[291], dans des chansons reprenant des ritournelles trĂšs connues en France avant la guerre[292]. Les volte-face de la Hongrie et l'attentat de Rastenburg fournissent aussi au chansonnier l'occasion de ridiculiser les soutiens de Hitler : des dirigeants d'États satellites de plus en plus dubitatifs, tancĂ©s par Hitler qui croit toujours en la victoire finale[293].

AprÚs la fin de la guerre (aprÚs le suicide de Hitler), lorsque, reporter de guerre, Pierre Dac se rend en mai et en Allemagne et en Autriche occupée par les Alliés, il ridiculise la propension de certains Allemands, des membres de la famille d'Eva Braun par exemple, à ne pas s'étendre sur les liens qu'ils ont entretenus avec Hitler[294].

Conceptions historiques et artistiques

Hitler se montre intĂ©ressĂ© par les civilisations antiques qui ont laissĂ© des ruines en abondance : Ă  ses yeux les formes d'art monumental antique garantissent Ă  leurs concepteurs une sorte d'Ă©ternitĂ©[295]. Ainsi, l’architecture Ă©tait probablement la plus grande passion de Hitler. S’il se voulait un artiste, il n'avait pas de sensibilitĂ© aux courants artistiques qui lui Ă©taient contemporains. À Vienne comme Ă  Munich, foyers actifs de l’art moderne, il ne s'intĂ©ressait pas aux avant-gardes, rĂ©servant son admiration aux monuments nĂ©o-classiques du XIXe siĂšcle.

Des rapports complexes avec l'Histoire

Hitler s'est rapidement intĂ©ressĂ© Ă  l'Histoire. Ayant frĂ©quentĂ© l'Ă©cole dans les annĂ©es 1890-1900, il en a retirĂ© une vision hĂ©roĂŻque, inspirĂ©e de l'apprentissage de la vie et de la geste des « grands hommes » et un fort intĂ©rĂȘt pour l'AntiquitĂ©[296]. Durant ses annĂ©es viennoises, aux dires de ceux qui l'ont cĂŽtoyĂ©, il se passionne pour l'AntiquitĂ©, lisant des livres par dizaines sur le sujet, ainsi que des traductions des auteurs grecs et romains[296]. Chancelier, il dĂ©finit le dans un discours au Reichstag (qui ne fait que dĂ©velopper des conceptions exposĂ©es dans Mein Kampf) les grandes orientations de ce que doivent ĂȘtre les programmes d'histoire dans les Ă©coles du Reich, rapidement traduites par Frick en circulaires d'application : l'Histoire doit proposer aux Ă©lĂšves un PanthĂ©on des Grands hommes et de leurs actions[297].

Conception de l'Histoire

Aux yeux de Hitler, l'histoire de l'Humanité, par-delà les évÚnements, est avant tout l'histoire de la lutte des races[298]. Plusieurs présupposés président au raisonnement qui aboutit à cette conclusion : tout d'abord, il existe des races humaines, croyance largement admise au début du XXe siÚcle, ensuite ces races ont sans cesse combattu pour le contrÎle d'un territoire et pour leur survie, enfin, dans cette lutte, l'arme la plus sournoise que peut employer une race contre une autre est le mélange des sangs[299]. Ainsi, la pureté raciale constitue aux yeux de Hitler le meilleur rempart contre l'influence de l'Asie, c'est-à-dire des peuples asiatiques, influence qu'il juge néfaste, et dont le Judéo-bolchevisme constitue le dernier avatar et, à ses yeux le plus dangereux[300].

Pour Hitler, une gigantomachie oppose la race aryenne indo-germanique au Juif, au Méditerranéen en général, à l'Est éternel[301].

L'Histoire universelle selon Hitler

Selon Hitler, toute civilisation vient du Nord, berceau d'origine des Aryens[302]. Ainsi, Ă  de nombreuses reprises, il dĂ©veloppe l'idĂ©e que les Grecs et les Égyptiens sont issus du Nord : en effet, il conteste la thĂšse de l'arriĂ©ration des Germains et justifie leur retard de dĂ©veloppement, par rapport Ă  AthĂšnes et Rome, par la duretĂ© du climat nordique[303] ; il situe ainsi le Lebensraum des Germains des Grandes Invasions, non vers l'est, mais vers le sud[304]. AppuyĂ© sur Tacite, il dĂ©crit en termes pĂ©joratifs la Germanie des origines[305].

Ainsi, Hitler a tendance Ă  trouver ridicule la germanomanie de Himmler et de la SS et ne se prive pas de le faire savoir Ă  ses convives[306] : il reprend ainsi les prĂ©jugĂ©s les plus humiliants contre les Germains, magnifiĂ©s par Himmler[307]. En effet, Hitler apprĂ©cie plus que tout l'AntiquitĂ© grecque et romaine : Ă  ses yeux, ce sont les Romains qui ont fait de la Germanie ce qu'elle est devenue : Arminius est certes cĂ©lĂ©brĂ©, mais Hitler rappelle son passage dans les lĂ©gions romaines, qui fait de lui un intermĂ©diaire culturel entre Rome et la Germanie[308]. Cette fascination pour l'Empire romain est autant fascination pour la puissance que fascination pour les signes matĂ©riels de cette puissance[309] : Rome a ainsi non seulement conquis un empire, mais aussi laissĂ© de nombreux indices et traces de son rayonnement impĂ©rial, traces permises avant tout par le dĂ©veloppement de l'État, autorisĂ© seulement par la prĂ©sence d'Aryens au sein de ceux qui mettent en place et organisent cet État[310]. Mais Rome a aussi fourni un modĂšle Ă  Hitler, celui de l'expansion militaire, tout d'abord par l'organisation d'une intendance, comme il le rappelle le 25 avril 1942 devant ses invitĂ©s[311], ensuite par le souci constant des gĂ©nĂ©raux romains aussi bien du choix des armements que de connaĂźtre l'Ă©tat d'esprit de leurs troupes, pour ĂȘtre Ă  mĂȘme, comme CĂ©sar, de l'utiliser au profit de leurs entreprises ; de l'histoire militaire romaine, Hitler a surtout retenu une philosophie de l'usage de la force : lorsque celle-ci s'avĂšre nĂ©cessaire, son usage doit ĂȘtre total, pour frapper de maniĂšre la plus efficace possible les capacitĂ©s de rĂ©sistance de l'adversaire[312].

Non content d'y trouver un modĂšle[313] dans l'expansion militaire, Hitler y voit aussi un modĂšle de gestion des territoires conquis par une Ă©lite combattante germanique : Ă  ses yeux, c'est parce que le noyau racial romain Ă©tait homogĂšne que les Romains ont pu conquĂ©rir, d'abord le Latium, puis, alliĂ©s, dans le cadre d'une union maintenue par la force, avec des peuples racialement voisins, l'Italie, et enfin, le pourtour mĂ©diterranĂ©en[314]. Hitler lie aussi la pĂ©rennitĂ© de l'Empire romain, et de sa culture, Ă  ses routes, le premier construisant les secondes, les secondes structurant le premier[315]. DĂšs les annĂ©es 1930, une analogie est faite par les constructeurs des autoroutes nazies entre les voies romaines et les autoroutes du Reich[316], prĂ©lude Ă  l'essor territorial du Reich millĂ©naire[317]. Hitler dĂ©finit le rĂŽle de ces routes, dans le cadre de la conquĂȘte et de la prĂ©servation du Reich, dans le cadre de leur utilisation militaire[317]. Mais Rome est aussi modĂšle car l'Empire romain disposait selon lui d'une vocation universelle, irrĂ©alisable, que n'avait pas, mĂȘme au pic de puissance le plus haut, atteint le IIIe Reich : modĂšle, l'Empire romain, Ă  vocation unificatrice doit avoir son pendant, le Reich conquĂ©rant, unifiĂ© racialement[318]. Ce projet impĂ©rial romain, dĂ©fini comme impossible Ă  rĂ©aliser, constitue aux yeux de Hitler une maniĂšre d'ancrer dans la rĂ©alitĂ© son propre projet, lui donne de la crĂ©dibilitĂ©[318].

Mais l'attraction romaine opÚre aussi dans les rapports entretenus par Hitler avec l'Italie contemporaine, fasciste. Ainsi, par rapport à Mussolini, qui professe au début du IIIe Reich un souverain mépris pour le racisme hitlérien[319], Hitler développe un complexe d'infériorité, lorsqu'il compare le passé de l'Italie romaine et celui de la Germanie antique : il tente donc de favoriser l'annexion des Romains et des Grecs à sa conception de la race indo-germanique, pour glorifier une supposée parenté commune entre Rome et la Germanie[320].

L'art selon Hitler

De ces conceptions historiques découlent des considérations artistiques trÚs précisément définies.

Des goûts trÚs marqués

DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, il disperse les avant-gardes artistiques et culturelles, fait brĂ»ler de nombreuses Ɠuvres des avant-gardes et contraint des milliers d’artistes Ă  s'exiler. Ceux qui demeurent se voient souvent interdire de peindre ou d’écrire, et sont placĂ©s sous surveillance policiĂšre. En 1937, Hitler fait circuler Ă  travers toute l’Allemagne une exposition d’« art dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© » visant Ă  tourner en dĂ©rision ce qu’il qualifie de « gribouillages juifs et cosmopolites ». Il encourage un « art nazi » conforme aux canons esthĂ©tiques et idĂ©ologiques du pouvoir au travers des Ɠuvres de son sculpteur prĂ©fĂ©rĂ© Arno Breker, de Leni Riefenstahl au cinĂ©ma, ou de Albert Speer, son seul confident personnel, en architecture. Relevant souvent de la propagande monumentale, comme le stade destinĂ© aux Jeux olympiques de Berlin (1936), ces Ɠuvres au style trĂšs nĂ©o-classique dĂ©veloppent aussi souvent l’exaltation de corps « sains », virils et « aryens ».

RĂȘves d’architecte

Photo noir et blanc. Adolf Hitler (Ă  droite) et Albert Speer (Ă  gauche), tous deux de profil, en costume sombre, discutent, la tĂȘte penchĂ©e au-dessus d’une carte Ă©talĂ©e sur une plan. En arriĂšre-plan, on voit, Ă  travers une baie vitrĂ©e, un paysage de montagne.
Albert Speer et Adolf Hitler au Berghof en 1938.
Photo en couleurs (fond gris clair) d’une tĂȘte en bronze d’Adolf Hitler, rĂ©alisĂ©e par le sculpteur Arno Beker, en 1398.
Buste d'Adolf Hitler réalisé par Arno Breker en 1938.

L’une des obsessions de Hitler Ă©tait la transformation complĂšte de Berlin. DĂšs son accession au pouvoir, il travaille sur des plans d’urbanisme avec son architecte Albert Speer. Il Ă©tait ainsi prĂ©vu une sĂ©rie de grands travaux monumentaux Ă  l’ambition dĂ©mesurĂ©e, d’inspiration nĂ©o-classique, en vue de rĂ©aliser le « nouveau Berlin » ou Welthauptstadt Germania. La guerre contrariera ces projets, et seule la nouvelle chancellerie, inaugurĂ©e en 1939, fut achevĂ©e. La coupole du nouveau Palais du Reichstag aurait Ă©tĂ© 13 fois plus grande que celle de la basilique Saint-Pierre de Rome, l’avenue triomphale deux fois plus large que les Champs-ÉlysĂ©es et l’arche triomphale aurait pu contenir dans son ouverture l’arc de triomphe parisien (40 m de haut). Le biographe de Speer, Joachim Fest, discerne Ă  travers ces projets mĂ©galomanes une « architecture de mort[321] ».

Hitler exige, pour les constructions dont il ordonne la rĂ©alisation, l'utilisation des matĂ©riaux les plus nobles, suggĂ©rant Ă  ses architectes de passer outre les rĂ©serves du ministre des finances, Lutz Schwerin von Krosigk[322]. Voulant lĂ©guer des constructions (et leurs ruines, sur le modĂšle des ruines romaines) plus que les penser pour un usage contemporain, Hitler, malgrĂ© les rĂ©serves de son entourage[323], est enthousiasmĂ© par la thĂ©orie de Speer sur la valeur des ruines, thĂ©orie inspirĂ©e par la vue des ruines d'un dĂ©pĂŽt de tramways dynamitĂ© pour rĂ©aliser le Zeppelinfeld de Nuremberg[324]. Cette thĂ©orie est reprise Ă  de nombreuses occasions par Hitler dans ses discours lors de sessions du congrĂšs du parti, ou dans les consignes architecturales qu'il donne pour la conception des plans des Ă©difices dont il commandite la rĂ©alisation[323] : ainsi, dĂšs 1924, dans Mein Kampf, sans pour autant que la conception architecturale de Speer soit prĂ©cisĂ©ment thĂ©orisĂ©e, il Ă©voque avec aigreur les ruines possibles du Berlin des annĂ©es 1920[295]. L'architecture promue par Hitler est conçue, non en fonction de son usage quotidien, mais de sa destruction[295], comme il le dit lui-mĂȘme lors de la pose de la premiĂšre pierre de la Krongresshalle de Nuremberg[325] :

« Si jamais notre mouvement venait Ă  devoir se taire, alors ce tĂ©moignage parlerait encore aprĂšs des millĂ©naires. Au milieu d'un bois sacrĂ© de chĂȘnes antiques, les hommes admireront avec une terreur sacrĂ©e ce premier gĂ©ant des Ă©difices du IIIe Reich[326] ».

Ainsi, sur le modÚle des ruines de Rome, il souhaite que le Reich qu'il édifie laisse derriÚre lui des indices matériels de sa grandeur passée[327].

En pleine guerre, Hitler se rĂ©jouit que les ravages des bombardements alliĂ©s facilitent pour l’aprĂšs-guerre ses projets grandioses de reconstruction radicale de Berlin, Hambourg, Munich ou Linz[328].

Dans son bunker, il se fait livrer le par l'architecte Hermann Giesler une maquette de Linz, montrant les projets de reconstruction de la ville. Cette maquette fait alors l'objet d'un passage obligé de tous les visiteurs du Bunker, jusqu'à sa destruction, en avril[328].

Hitler et la musique

ArrivĂ© au pouvoir, il fait surtout valoriser dans les cĂ©rĂ©monies nazies les musiques de Richard Wagner et d'Anton Bruckner, ses favorites. En 1943, en visite Ă  Linz, il se plaĂźt Ă  Ă©voquer devant ses interlocuteurs, des gauleiters et certains ministres, dont Speer, ses souvenirs lors de sa dĂ©couverte des Ɠuvres de Wagner Ă  l'opĂ©ra de la ville[322].

Legs historique

Anti-Christ, caricature d'Adolf Hitler par Arthur Szyk, New York, 1942.

Personnage impitoyable et déshumanisé, dictateur totalitaire, raciste et eugéniste, Adolf Hitler a été surtout le principal responsable du conflit de loin le plus vaste, le plus destructeur et le plus traumatisant que l'humanité ait jamais connu, à l'origine de prÚs de quarante millions de morts en Europe, dont vingt-six millions de Soviétiques. Environ onze millions de personnes ont directement été assassinées sur ses ordres, en raison des pratiques criminelles systématiques de son régime et de ses forces armées, ou en application de ses projets exterminateurs prémédités. Parmi elles figurent les trois quarts des Juifs de l'Europe occupée. « Jamais dans l'Histoire, pareille ruine matérielle et morale n'avait été associée au nom d'un seul homme », observe l'historien Ian Kershaw[329].

L'image de Hitler a été définitivement associée à ces crimes, en particulier, lors de la découverte des camps de la mort en avril-, avec leurs monceaux de cadavres décharnés, leurs survivants squelettiques et hagards, leurs expériences pseudo-médicales et leurs chambres à gaz doublées des tristement célÚbres fours crématoires. Cette révélation macabre a achevé de trancher les débats antérieurs entre adversaires et partisans du personnage et de son régime[330]. La redécouverte de la Shoah, depuis les années 1970, a recentré l'attention sur la spécificité du judéocide qu'il a inspiré, tout en confirmant la nature intrinsÚquement criminelle de son action et de son systÚme.

Bilan

Photo noir et blanc prise en septembre 1939, à Varsovie. Au centre de la photo, un enfant se tient accroupi dans les gravats d’un bñtiment en ruine.
Enfant dans les ruines de Varsovie ().

Le bilan humain est sans prĂ©cĂ©dent. En trois annĂ©es d'occupation, la terreur nazie a fait pĂ©rir prĂšs du quart des habitants de la BiĂ©lorussie. La Pologne sous Hitler a perdu prĂšs de 20 % de sa population totale (dont 97 % de sa communautĂ© juive, jusqu'alors la premiĂšre du monde). L'URSS, la GrĂšce et la Yougoslavie ont perdu entre 10 et 15 % de leurs citoyens[331]. À l'Ouest, la terreur et l'exploitation hitlĂ©riennes ont Ă©tĂ© moindres mais Ă©prouvantes. Entre 1940 et 1944, la France gouvernĂ©e par le RĂ©gime de Vichy a Ă©tĂ© le pays proportionnellement le plus pillĂ© d'Europe, 30 000 habitants ont Ă©tĂ© fusillĂ©s sur place, des dizaines de milliers dĂ©portĂ©s en camps de concentration, un quart de la population juive exterminĂ©e, sans oublier les 400 000 soldats tombĂ©s au combat, ni les deux millions de soldats maintenus indĂ©finiment en captivitĂ© dans le Reich ou plus de 600 000 Français du STO contraints d'aller travailler dans les usines allemandes.

Photo noir et blanc prise le 23 dĂ©cembre 1943 Ă  Ortona, en Italie. Dans la partie gauche de la photo, le cadavre d’un soldat allemand gĂźt (tĂȘte vers le bas de la photo) sur un sol de terre pierreuse. Trois photos de soldats sont visibles prĂšs de son Ă©paule droite.
Soldat allemand tué en Italie, fin 1943.

Les Allemands ne sont pas les derniers Ă  avoir payĂ© chĂšrement les ambitions dĂ©mesurĂ©es de leur FĂŒhrer, auquel ils ont toutefois globalement continuĂ© d'obĂ©ir jusqu'Ă  la fin. Plus de quatre millions de soldats sont morts au front, laissant encore davantage de veuves et d'orphelins, et condamnant une gĂ©nĂ©ration Ă  subir le dĂ©sĂ©quilibre durable du sex-ratio et de la vie de familles monoparentales. Ainsi, deux tiers des mĂąles allemands nĂ©s en 1918 n'ont-ils pas vu l'issue de la guerre[332]. Toutes les grandes et moyennes villes allemandes ou presque sont en ruines, et 500 000 civils ont Ă©tĂ© tuĂ©s par les bombes. Des centaines de milliers de femmes allemandes de tous Ăąges ont Ă©tĂ© exposĂ©es aux viols de l'ArmĂ©e rouge en 1945.

L'Allemagne mĂȘme, dont Hitler avait prĂ©tendu faire la raison de son combat politique et de son existence, disparaĂźt en tant qu'État au terme de l'aventure nazie. Elle ne retrouve son indĂ©pendance qu'en 1949 (sans la pleine souverainetĂ© au dĂ©but) et son unitĂ© qu'en 1990. Berlin, l'une des villes qui avait le moins votĂ© pour Hitler et que le FĂŒhrer n'avait jamais aimĂ©e, n'en subira pas moins une division de 40 ans, matĂ©rialisĂ©e aprĂšs 1961 par le cĂ©lĂšbre mur de Berlin. En reprĂ©sailles aux exactions massives du TroisiĂšme Reich, plus de 8 millions d'Allemands prĂ©sents depuis des siĂšcles ont Ă©tĂ© chassĂ©s en 1945 des SudĂštes, des Balkans et de toute l'Europe centrale et orientale. Sans oublier la dĂ©portation en SibĂ©rie, en 1941, des Allemands de la Volga vus par Staline comme une cinquiĂšme colonne potentielle de Hitler. Le territoire actuel de l'Allemagne est infĂ©rieur d'un quart Ă  celui du Reich de 1914.

Le traumatisme hitlérien a aussi valu à l'Allemagne son élimination définitive comme puissance militaire, ses effectifs armés restant strictement limités, et interdits d'opérations hors de ses frontiÚres au moins jusque dans les années 1990. Sur le plan diplomatique, la division d'aprÚs-guerre a fermé jusqu'en 1973 les portes de l'ONU à la RDA et à la RFA (« géant économique et nain politique »). En revanche, sur le plan économique, son fidÚle Albert Speer a su renouveler les machines et enterrer les usines : le potentiel industriel de l'Allemagne est largement intact aprÚs-guerre, ce qui a permis de se demander si Hitler n'était pas le pÚre inavouable du miracle économique allemand d'aprÚs-guerre[333].

Photo noir et blanc, prise le 3 juillet 1945 Ă  Berlin, montrant l’intĂ©rieur d’un hall du Reichstag en ruines. Au premier plan, un soldat, debout et de dos, regarde les innombrables graffitis Ă©crits sur les colonnes de couleur claire du lieu.
Le , deux mois aprÚs la mort d'Adolf Hitler, un soldat britannique regarde les graffiti laissés par l'Armée rouge dans le Reichstag en ruines.

Les pillages, les bombardements, les représailles et la terre brûlée ordonnés par Hitler ont dans l'immédiat largement aggravé le bilan matériel inégalé de la guerre. Des milliers de villes, de bourgs et de villages ont été détruits par la Wehrmacht et les Waffen-SS dans toute l'Europe. Minsk a été ainsi détruite par Hitler à 80 %, Varsovie à 90 %. L'URSS compte au moins 25 millions de sans-abris et l'Allemagne 20 millions[334]. 30 millions de réfugiés et « personnes déplacées » errent sur les routes d'Europe en , en majorité en Allemagne.

Le combat contre le « bolchevisme », dont Hitler avait fait un fondement de sa mission et un de ses thÚmes de propagande les plus porteurs, s'achÚve sur un fiasco total. C'est en repoussant l'agression hitlérienne que l'Armée rouge pousse jusqu'à Berlin et que l'URSS peut imposer sa domination à la moitié de l'Europe pour plus de 40 ans. Devenu le principal vainqueur de son ancien allié Hitler, Staline retire aussi de sa victoire sur ce dernier un immense prestige dans sa population et dans le monde entier.

Photo noir et blanc, prise le 9 juin 1941 Ă  Berchtesgaden, en Allemagne. Au centre de la photo, Adolf Hitler, portant un long manteau noir et une casquette militaire, serre la main d’Ante Pavelić (Ă  droite), dirigeant de l’État indĂ©pendant de Croatie. Les deux hommes sont de profil, debout, sur les marches de l’escalier menant Ă  l’entrĂ©e de la rĂ©sidence secondaire de Hitler. Un soldat en arme se tient debout, en haut de l’escalier (en haut Ă  gauche de la photo). Au second plan, deux officiers allemands (en bas Ă  droite de la photo) assistent Ă  la scĂšne. L’arriĂšre-plan de la photo est constituĂ© d’un mur blanc percĂ© d’une fenĂȘtre grillagĂ©e (au-dessus de la tĂȘte du dirigeant croate).
Adolf Hitler reçoit Ante Pavelić, dirigeant de l'État indĂ©pendant de Croatie, .

Dans les pays occupĂ©s, en engageant la collaboration avec Hitler, gĂ©nĂ©ralement sans obtenir aucune contrepartie du FĂŒhrer[n 40], bien des responsables europĂ©ens ont causĂ© Ă  leur pays de graves divisions civiles et des compromissions qui reviendront hanter durablement les mĂ©moires nationales. De durs combats traumatisants ont opposĂ© ennemis et alliĂ©s de Hitler en France occupĂ©e, dans l'Italie en guerre ou, Ă  une Ă©chelle bien pire, dans l'État indĂ©pendant de Croatie, dirigĂ© par les Oustachis. En Pologne, en GrĂšce et en Yougoslavie, les rĂ©sistants au maĂźtre du TroisiĂšme Reich n'ont mĂȘme pas pu s'entendre entre eux et se sont violemment combattus : la guerre civile grecque de 1946-1949, par exemple, est aussi un hĂ©ritage de Hitler.

SpoliĂ©s et exterminĂ©s, les Juifs d'Europe ont vu disparaĂźtre Ă  jamais les foyers les plus brillants et prospĂšres de leur culture, avec l'Ă©radication sans retour des fortes communautĂ©s de Berlin, Vienne, Amsterdam, Vilnius ou Varsovie. Les trois quarts des locuteurs du yiddish ont pĂ©ri. En Europe de l’Est, les rares survivants des camps sont souvent insultĂ©s voire assassinĂ©s Ă  leur retour, en particulier par ceux qui ont pris leurs biens en leur absence. Il n'est pas rare alors d'entendre des Polonais ou des TchĂ©coslovaques se plaindre Ă  haute voix que « Hitler n'a[it] pas fini le travail »[336].

MĂ©moire et traumatisme moral

Photo noir et blanc prise en 1946, au procĂšs de Nuremberg. Dans le box des accusĂ©s sont assis huit hommes, sur deux rangĂ©es de quatre. Au premier rang (de haut en bas) : Hermann Göring, Rudolf Heß, Joachim von Ribbentrop et Wilhelm Keitel en uniforme. Au deuxiĂšme rang (de haut en bas) : Karl Dönitz, Erich Raeder, Baldur von Schirach et Fritz Sauckel. DerriĂšre eux (en haut, Ă  droite), se tiennent quatre membres de la police militaire, debout, les mains derriĂšre leur dos.
ProcÚs des principaux responsables politiques et militaires du Reich à Nuremberg, 1946. Au premier rang, de gauche à droite : Göring, Hess, Ribbentrop, le maréchal Keitel ; au second rang : les deux amiraux Dönitz et Raeder, Schirach, Sauckel.
D’autres procùs ont suivi.

Principal absent du procĂšs de Nuremberg, et malgrĂ© le mot d'ordre de Göring « Pas un mot contre Hitler », le FĂŒhrer a vu la plupart de ses subordonnĂ©s rejeter sur lui, Ă  titre posthume, la responsabilitĂ© de leurs actes criminels. La plupart prĂ©tendirent n'avoir fait qu'obĂ©ir Ă  ses ordres, et avoir ignorĂ© l'essentiel de la rĂ©alitĂ© de son rĂ©gime de terreur et de gĂ©nocides[337].

La dĂ©nazification d'aprĂšs-guerre n'empĂȘcha pas maints complices de Hitler de ne jamais ĂȘtre inquiĂ©tĂ©s, ou de faire des carriĂšres politiques, Ă©conomiques ou administratives prospĂšres, en RFA comme en RDA. D'autres se sont rĂ©fugiĂ©s, via des filiĂšres d'exfiltration, en AmĂ©rique latine ou dans le monde arabe, continuant d'y entretenir le culte nostalgique du FĂŒhrer, et continuant souvent d'y diffuser l'antisĂ©mitisme et le nĂ©gationnisme, tout en rĂ©utilisant les mĂ©thodes policiĂšres du TroisiĂšme Reich au profit de dictatures locales. D'autres furent employĂ©s par les services secrets amĂ©ricains, comme Klaus Barbie. Pratiquement aucun ancien responsable nazi n'a jamais fait acte de repentance, ni manifestĂ© le moindre regret d'avoir suivi et servi Hitler.

La seule exception partielle notable est celle d'Albert Speer, ancien confident et ministre du dictateur, mais son complexe de culpabilitĂ©, exposĂ© dans ses mĂ©moires sur le TroisiĂšme Reich, se mĂȘle Ă  une fascination persistante pour Hitler, qui tĂ©moigne que le charisme du personnage faisait encore effet bien au-delĂ  de sa mort et de la dĂ©couverte de ses forfaits[338].

Hitler a brisĂ© la continuitĂ© de l'histoire allemande. Il a mis en question jusqu'Ă  la permanence et le sens mĂȘme de la civilisation. Un des peuples les plus cultivĂ©s et les plus dĂ©veloppĂ©s du monde s'est rĂ©vĂ©lĂ© en effet capable d'engendrer un Hitler, et de le suivre jusqu'au bout sans grande rĂ©sistance, y compris dans des entreprises d'une barbarie Ă  cette heure unique dans l'Histoire[n 41]. DĂšs lors, la conscience allemande et europĂ©enne n'a cessĂ© d'interroger les responsabilitĂ©s du passĂ© allemand dans l'avĂšnement de Hitler, celle de la culpabilitĂ© des Allemands ayant vĂ©cu sous le FĂŒhrer (Schuldfrage), mais aussi la responsabilitĂ© morale qui Ă©choit en hĂ©ritage aux gĂ©nĂ©rations ne l'ayant pas connu. Selon le mot de Tony Judt, « demander Ă  chaque nouvelle gĂ©nĂ©ration d'Allemands de vivre Ă  jamais dans l'ombre de Hitler, exiger qu'ils endossent la responsabilitĂ© de la mĂ©moire de la culpabilitĂ© unique de l'Allemagne et en faire l'aune mĂȘme de leur identitĂ© nationale Ă©tait le moins qu'on pĂ»t exiger
 mais c'Ă©tait attendre beaucoup trop[340] ».

Un photomontage noir et blanc de l’armĂ©e amĂ©ricaine, publiĂ©, le 3 juin 1945, dans le journal amĂ©ricain « The Tacoma Sunday News Tribune ». Sur un fond blanc, au centre de la photo, cinq vignettes exposent des cadavres ; une sixiĂšme vignette montre un groupe de prisonniers, tĂȘte rasĂ©e et corps dĂ©charnĂ©, d’un camp de concentration. En haut de la photo, on peut lire l’inscription en gros caractĂšres noirs : « Remember this ! », et, en bas, le message : « Don’t fraternize ! ».
« Souviens-toi de cela ! Ne fraternise pas ! » — affiche de l'armĂ©e amĂ©ricaine, .

En 1952, 25 % des Allemands sondĂ©s avouaient avoir une bonne opinion de Hitler et 37 % trouvaient bon de n'avoir plus aucun Juif sur leur territoire. En 1955, 48 % considĂ©raient encore que Hitler, sans la guerre, resterait l'un des plus grands hommes d'État que leur pays ait jamais connu. Ils Ă©taient encore 32 % Ă  soutenir cette opinion en 1967, surtout parmi les plus ĂągĂ©s[341]. Encore Ă  partir des annĂ©es 1980, la rĂ©surgence de phĂ©nomĂšnes nĂ©onazis ultraminoritaires mais trĂšs violents a pu aussi inquiĂ©ter. Ces groupes sont reconnaissables entre autres Ă  leur pratique du salut nazi ou lorsqu'ils cĂ©lĂšbrent bruyamment l'anniversaire de la naissance et de la mort du FĂŒhrer.

Le renouvellement des gĂ©nĂ©rations, l'affaiblissement Ă  partir des annĂ©es 1960 des tabous publics et privĂ©s empĂȘchant de parler d'une Hitlerzeit (ou Hitlerdiktatur) traumatisante et compromettante, la redĂ©couverte de la singularitĂ© du gĂ©nocide des Juifs Ă  partir des annĂ©es 1970, la lutte contre le nĂ©gationnisme, ont permis par la suite d'Ă©radiquer en bonne partie les sympathies ou nostalgies latentes pour Hitler et son rĂ©gime en Allemagne et en Autriche. Hitler est aussi revenu hanter pĂ©riodiquement les mĂ©moires collectives des autres pays. Surtout Ă  partir des annĂ©es 1960-1970, on redĂ©couvre un peu partout qu'un des plus grands criminels de l'histoire a bĂ©nĂ©ficiĂ© jusque chez soi de soutiens indispensables, de relais, de dĂ©lateurs — ou tout simplement d'indiffĂ©rences, de passivitĂ©s et de complaisances plus ou moins lourdes de consĂ©quences humaines et morales. La France ne reconnaĂźtra qu'en 1995 la responsabilitĂ© de l'État pĂ©tainiste dans les dĂ©portations de Juifs. MĂȘme des États neutres tels que la Suisse ou le Vatican ont vu mettre Ăąprement en question les ambiguĂŻtĂ©s de leur attitude face Ă  l'Allemagne nazie.

MĂȘme Ă  l'Ouest, la guerre contre Hitler n'avait jamais Ă©tĂ© conçue comme une guerre pour sauver les Juifs. La spĂ©cificitĂ© raciste et exterminatrice de son action avait rarement Ă©tĂ© perçue des contemporains. Les pouvoirs publics et l'opinion s'Ă©taient plus attachĂ©s, dans l'aprĂšs-guerre, Ă  cĂ©lĂ©brer les rĂ©sistants et les soldats qui avaient combattu le dictateur (perçu d'abord comme l'agresseur Ă©tranger et l'oppresseur de la nation) que ses victimes, souvent rĂ©duites au silence. Ce n'est qu'aprĂšs le procĂšs Eichmann en 1961 et avec la redĂ©couverte de l'unicitĂ© de la Shoah, dans les annĂ©es 1970, que le monde occidental comprend le gĂ©nocide des Juifs comme le principal crime du FĂŒhrer[342].

Paradoxalement, l'auteur de Mein Kampf a sans doute été le fossoyeur involontaire du vieil antisémitisme européen : largement répandu avant-guerre comme une opinion parmi d'autres, l'antisémitisme est, aprÚs lui, devenu définitivement un tabou dépourvu de tout droit de cité en Occident, ainsi qu'un délit passible des lois.

À travers tout l'Occident, un vaste effort de pĂ©dagogie Ă  travers l'Ă©cole, les mĂ©dias, les productions littĂ©raires et culturelles, les tĂ©moignages de survivants, a permis de familiariser le grand public avec l'ampleur des mĂ©faits du TroisiĂšme Reich. Aussi le nom de Hitler Ă©voque-t-il spontanĂ©ment et durablement, dans les masses, l'idĂ©e mĂȘme du criminel absolu. En 1989, pour marquer le centenaire de sa naissance, un Monument contre la guerre et le fascisme a Ă©tĂ© Ă©rigĂ© devant sa maison natale.

Antisémitisme

Selon Hitler, les Juifs sont une race de « parasites » ou de « vermine » dont il faut dĂ©barrasser l’Allemagne et le monde. Face Ă  cet ennemi fantastique et protĂ©iforme, l'« empoisonneur universel de tous les peuples »[343], l'incarnation du mal absolu et menace mortelle pour le peuple allemand, Hitler, FĂŒhrer Ă  la volontĂ© inĂ©branlable, se voit, et est vu par ses compatriotes comme le plus efficace des remparts, pratiquement jusqu'Ă  la fin de la guerre[344].

Fondements

Cette conviction se dĂ©veloppe durant ses annĂ©es de jeunesse, passĂ©es dans la Vienne trĂšs fortement antisĂ©mite de la premiĂšre dĂ©cennie du XXe siĂšcle, marquĂ©e par l'essor du mouvement chrĂ©tien social autour de Karl Lueger et du mouvement pangermaniste, groupĂ© en Autriche autour de Georg Schönerer[345]. Il rend les Juifs responsables des Ă©vĂšnements du [346] et donc de la dĂ©faite et de la rĂ©volution allemande, ainsi que de ce qu’il considĂšre comme la dĂ©cadence culturelle, physique et sociale de la prĂ©tendue civilisation aryenne.

Durant cette pĂ©riode, la multiplication des brochures et autres textes nationalistes fournit une caisse de rĂ©sonance apprĂ©ciable Ă  l'idĂ©e que les Juifs sont responsables des Ă©vĂšnements de 1917 en Russie et de 1918-1919 en Allemagne, dans un contexte de guerre civile et de troubles rĂ©volutionnaires rĂ©primĂ©s brutalement par l'alliance de circonstance de certains sociaux-dĂ©mocrates et de l'extrĂȘme-droite : l'ensemble de cette propagande insiste sur la forte prĂ©sence de Juifs parmi les cadres rĂ©volutionnaires ; ces feuilles, insistant Ă©galement sur la pratique systĂ©matique des exĂ©cutions, instillent l'idĂ©e que les RĂ©volutionnaires sont soit manipulĂ©s par les Juifs, soit aspirent Ă  assoir la domination juive, basĂ©e sur la terreur, en Europe[347]. Cette domination se matĂ©rialiserait par une exploitation sans limite de l'humanitĂ© au profit des Juifs, pour qui le travail serait un chĂątiment : incapable de travail, le Juif ne pourrait qu'exploiter le travail des autres[347].

À la base de l'antisĂ©mitisme se trouve l'idĂ©e que la race est tout, qu'il est inutile de vouloir lutter contre la nature profonde du peuple, de la race Ă  laquelle on appartient : pour Hitler, les Juifs sont donc pris dans leur totalitĂ©, le sang dĂ©finissant la race et l'ensemble des caractĂšres qui en dĂ©coulent[347].

Formation et Ă©volution

Au cours de sa pĂ©riode autrichienne, Hitler dĂ©veloppe, fortement influencĂ© par les Ă©crits publiĂ©s qu'il semble dĂ©vorer[348], plus particuliĂšrement dans la capitale autrichienne, un antisĂ©mitisme virulent qui se renforce lors de l'annonce de la dĂ©faite de 1918[349]. En effet, cette dĂ©faite renforce non seulement les tendances antisĂ©mites de l'extrĂȘme-droite allemande, mais aussi l'antisĂ©mitisme de Hitler, dans le contexte bavarois de la rĂ©publique des conseils : une partie non nĂ©gligeable des membres du Conseil central Ă©tant d'origine juive, cette expĂ©rience rĂ©volutionnaire confirme Hitler dans ses choix politiques et son antisĂ©mitisme virulent, Ă  peine encouragĂ© par la lecture frĂ©quente des tracts d'extrĂȘme-droite qui circulent parmi les troupes encasernĂ©es Ă  Munich[349].

Édition allemande des Protocoles des Sages de Sion, 1920.

À l'automne 1919, encore membre de la section de propagande de l'armĂ©e, il adhĂšre Ă  un groupuscule, le DAP, que rien ne distingue des autres partis politiques d'extrĂȘme-droite qui pullulent en BaviĂšre : antisĂ©mite et pangermaniste, ce parti dĂ©veloppe un programme axĂ© sur l'annulation des clauses du traitĂ© de Versailles[350] ; sous l'influence de Gottfried Feder qui l'initie Ă  l'Ă©conomie, son antisĂ©mitisme est alors trĂšs fortement teintĂ© d'anticapitalisme[349] ; mais la frĂ©quentation d'Allemands de la Baltique, Alfred Rosenberg notamment et du Bavarois Dietrich Eckart oriente cet antisĂ©mitisme sur d'autres voies : des premiers, il garde l'idĂ©e du caractĂšre juif du bolchevisme russe, de la conspiration juive internationale, et la croyance en l'authenticitĂ© des Protocoles des Sages de Sion, du second, le concept du Juif sans Ăąme, opposĂ© Ă  la rĂ©alisation du vrai socialisme en Allemagne, lequel serait rendu possible par une authentique rĂ©volution allemande, qui aboutirait au dĂ©part des Juifs d'Allemagne[351].

Sous l'influence de Rosenberg, il accentue sa rĂ©flexion autour des Protocoles des Sages de Sion : pour Hitler, qui ne perçoit pas que le document n'est qu'une mystification, les Protocoles montrent que capitalisme et bolchevisme seraient les deux facettes de la volontĂ© des Juifs d'imposer au monde une idĂ©ologie Ă  laquelle seule l'Allemagne peut s'opposer en prenant la tĂȘte d'un combat racial sans pitiĂ©[352]. Ce combat est en rĂ©alitĂ©, selon Hitler, le combat entre l'idĂ©alisme, dĂ©fendu par l'Allemagne, et le matĂ©rialisme, moyen qu'ont trouvĂ© les Juifs pour imposer leur domination[353]. IncarnĂ©e par la Russie bolchevique, cette conception matĂ©rialiste de l'existence, qui doit ĂȘtre combattue avec la plus grande fermetĂ©, se trouve Ă  la base de la rĂ©orientation des objectifs de la politique Ă©trangĂšre de l'Allemagne rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e par le national-socialisme : jusqu'en 1922, les principales revendications visent Ă  annuler l'intĂ©gralitĂ© des clauses du traitĂ© de Versailles ; Ă  partir de 1922, Hitler, aiguillonnĂ© par son antisĂ©mitisme alors en pleine Ă©volution, souhaite une rĂ©orientation de la politique Ă©trangĂšre allemande, dorĂ©navant dirigĂ©e vers la constitution d'un empire continental constituĂ© aux dĂ©pens de la Russie bolchevique. Ainsi, la conquĂȘte de vastes terres aux dĂ©pens des Slaves constitue le but issu de la synthĂšse entre l'antisĂ©mitisme et l'antimarxisme de Hitler[354]. À la base de cette rĂ©orientation des objectifs expansionnistes se trouve une double influence : tout d'abord l'influence d'Allemands de la Baltique, autour de Rosenberg, qui commence Ă  jouer un rĂŽle non nĂ©gligeable dans la formation du corpus idĂ©ologique du nazisme, et ensuite, une rĂ©flexion sur l'Empire colonial allemand et les consĂ©quences de sa crĂ©ation sur les relations germano-britanniques[355]. Cette rĂ©orientation entraĂźne Ă  sa suite des reformulations de l'antisĂ©mitisme hitlĂ©rien : le Juif, archĂ©type de la nĂ©gation de la germanitĂ©, devient le JudĂ©o-Bolchevik, incarnation du Juif, archĂ©type racial du parasite corrupteur et dissolvant des races pures, « vampire » prospĂ©rant sur les dĂ©combres et la misĂšre, comme dans la Russie bolchevique[356]. Pour faire face Ă  cette menace, une guerre des races sans merci doit ĂȘtre livrĂ©e au Juif (et Ă  ses alliĂ©s) par les Allemands, prĂ©alablement renforcĂ©s et rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s par une recherche systĂ©matique de la puretĂ© de la race[356].

Dietrich Eckart, mort à Noël 1923 dans les Alpes bavaroises, joue lui aussi un rÎle essentiel dans le développement des idées antisémites de Hitler. Dans son ouvrage, Le Bolchevisme de Moïse à Lénine : dialogue entre Hitler et moi (en réalité, un texte écrit par Eckart seul, mais qui développe des idées proches de celles de Hitler à l'époque[357]), il développe l'idée d'une association entre la révolution en Russie, d'une part, et un fantasmagorique projet juif de domination du monde qui plonge ses racines dans l'histoire la plus ancienne : le Juif est ainsi perçu comme une incarnation du Mal, à la recherche d'une domination totale du monde, prélude à sa destruction. Face à ce projet mortifÚre, il convient non seulement d'en dévoiler les arcanes, mais aussi de s'y opposer avec la derniÚre énergie. La victoire totale pour le peuple allemand est alors la seule voie de rédemption pour les peuples qui désirent briser leurs chaßnes, cette victoire totale supposant la disparition du Juif d'Europe[358]. Cette issue eschatologique de la lutte suppose un adversaire hors du commun, une négation absolue de l'humanité, que la race aryenne se doit d'affronter non seulement pour la domination du monde, mais aussi pour la sauvegarde de la civilisation : sans quoi, « il n'y aura plus d'hommes à la surface de la terre », écrit Eckart[358]. La formulation de cet objectif est à mettre en parallÚle avec les descriptions que Hitler fait des Juifs dans Mein Kampf : sous-humanité grouillante et menace, qui, tels des bacilles et des microbes, s'insinue partout, causant, chez les peuples qu'elle infecte, l'inconscience de sa présence, ce qui la rend davantage encore menaçante. Dans tous ces cas, Hitler développe de multiples adaptations, dans le contexte de l'essor de la recherche microbienne, du Juif errant, fantomatique, cadavérique, corrupteur et surtout éternel[359].

Manifestations

Tout au long de sa carriĂšre politique, Hitler multiplie les prises de positions antisĂ©mites, que ce soit devant ses proches, dans ses discours publics, devant ses hĂŽtes Ă©trangers, ou devant des membres de l'appareil d’État allemand.

Tendances antisémites

Carte postale autrichienne antisĂ©mite illustrant la Dolchstoßlegende, 1919.

La dĂ©faite de 1918 renforce les tendances antisĂ©mites de nombreux officiers de l'armĂ©e, et Ă  leur suite, de nombreux sous-officiers et soldats. Officier chargĂ© de la propagande, il est, Ă  l'Ă©tĂ© 1919, chargĂ© de la rĂ©Ă©ducation des prisonniers allemands rapatriĂ©s en BaviĂšre. À cette occasion, il envoie Ă  l'un de ses supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques, Ă  la demande de celui-ci, un courrier sur le « problĂšme juif » : dans cette rĂ©ponse, le plus ancien tĂ©moignage de l'antisĂ©mitisme de Hitler, celui-ci assimile le Juif Ă  une race, qu'il est nĂ©cessaire de combattre. Ce combat passe par le retrait des droits civiques et le bannissement du Reich. De plus, dans une rhĂ©torique anticapitaliste, il rend les Juifs Ăąpres au gain, attirĂ©s par l'« Or qui brille »[360].

Ainsi, en 1919, pour Hitler, les Juifs sont responsables Ă  la fois de la dĂ©faite (il dĂ©veloppe d'ailleurs l'idĂ©e qu'il eut Ă©tĂ© nĂ©cessaire d'exterminer 15000 Juifs judicieusement choisis pour gagner la guerre[360]), de la rĂ©volution (mĂȘme si ce rapport est Ă©tonnamment muet sur le « complot judĂ©o-bolchevique » : c'est en effet Ă  cette Ă©poque qu'il commence Ă  rapprocher marxisme et projet juif de domination du monde[360]) et des conditions dans lesquelles le Reich a traversĂ© le conflit (il requiert d'ailleurs la peine de mort par pendaison pour les profiteurs de guerre juifs[360]).

Peu de temps aprÚs, ces thÚmes sont repris par Hitler, orateur principal du DAP, lors de réunions, tenues dans les brasseries de Munich, et dont la presse commence à rendre compte, au vu de l'hystérie qu'elles déchainent[361]. Durant cette période, sous l'influence de Gottfried Feder il développe aussi l'idée d'un socialisme spécifiquement allemand, dans lequel le Juif joue le rÎle de repoussoir absolu : en effet, spéculateur par essence, le Juif se sert du capital financier pour accéder à la domination du monde, par opposition aux Allemands, qui s'appuient sur le capital industriel, créateur de richesses[352].

Antisémitisme et antimarxisme

Caricature de LĂ©on Trotski portant une Ă©toile rouge similaire Ă  l'Ă©toile de David.
Affiche de propagande des armées blanches, 1919.

Si la pensĂ©e de Hitler est de longue date Ă  la fois antimarxiste et antisĂ©mite — bien que ce dernier trait soit plus marquĂ© que le premier —, au dĂ©but de l'annĂ©e 1920 les deux courants de pensĂ©es vont progressivement se confondre chez lui sous l'influence de Max Erwin von Scheubner-Richter et d'Alfred Rosenberg, « dans l'image catalytique de la Russie Bolchevique »[362]. À partir de la mi-1922, un antimarxisme plus radical apparaĂźt dans ses discours, affirmant que le but de la NSDAP est l'« extirpation » et l’« annihilation » de la vision marxiste du monde, faisant mĂȘme, dans ses prises de positions de 1923, du marxisme « l'unique et mortel ennemi » du parti nazi. Il apparait que cet inflĂ©chissement est probablement opportuniste, l'antimarxisme Ă©tant plus porteur Ă©lectoralement que l'antijudaĂŻsme, notamment pour sĂ©duire la BaviĂšre[363].

Ainsi, Mein Kampf est, au-delĂ  de son antisĂ©mitisme virulent, un ouvrage Ă©galement antimarxiste[364] dans lequel Hitler qualifie le marxisme de « doctrine juive[365] » et de « flĂ©au mondial »[366] Ă  l’éradication de laquelle il appelle, malgrĂ© le fait que, comme Ian Kershaw le souligne, si Hitler affirme avoir lu Marx Ă  Vienne en 1913[367] et dans sa prison Ă  Landsberg[368], « rien n'indique qu'il se soit jamais attaquĂ© aux Ă©crits thĂ©oriques du marxisme » ; « sa lecture n'avait qu'une fin purement instrumentale [...] Il y trouvait ce qu'il cherchait ». NĂ©anmoins, quand des journalistes lui font remarquer l'inflĂ©chissement de son discours vers un anti-marxisme plus appuyĂ©, Hitler explique qu'il avait Ă©tĂ© jusque-lĂ  trop clĂ©ment Ă  ce sujet. Mais il ajoute que la rĂ©daction de Mein Kampf lui a fait rĂ©aliser combien la « question juive » Ă©tait, au-delĂ  du peuple allemand, un « flĂ©au mondial »[363].

Vie politique du Reich

À partir de son adhĂ©sion au DAP, Hitler formule les thĂšmes qu'il exploite jusqu'Ă  la fin de sa vie. Ainsi, dans un discours prononcĂ© en , il reprend les thĂšmes chers Ă  la biologie, pour dĂ©velopper une approche biologique de la rĂ©solution de la question juive : le Juif, microbe vecteur et responsable de tuberculose raciale, doit ĂȘtre combattu au sein du peuple ; l'immunisation contre ces germes se fera par l'exil ou la relĂ©gation de ces porteurs de germes dans des camps de concentration[369]. AprĂšs sa libĂ©ration, Hitler multiplie les attaques antisĂ©mites, malgrĂ© sa prudence qui caractĂ©rise dans cette pĂ©riode ses prises de position sur les thĂšmes ayant trait Ă  la politique internationale[370] ; en effet, durant la pĂ©riode 1925-1932, il dĂ©signe Ă  la vindicte de son auditoire les Juifs comme les responsables de l'ensemble des maux qui frappent l'Allemagne, cette dĂ©signation se faisant toujours selon des procĂ©dĂ©s oratoires extrĂȘmement travaillĂ©s, voire inĂ©dits[371].

ParallĂšlement Ă  la mise en avant de cette obsession, Hitler sait cependant ne pas mettre ce sujet en avant en cas de nĂ©cessitĂ© : durant toute la pĂ©riode 1925-1933, il alterne calcul froid et fureur mal contenue, mĂątinĂ©e de fanatisme idĂ©ologique dĂšs qu'il est question d'antisĂ©mitisme[372]. Le , devant les membres d'un cercle nationaliste et conservateur de Hambourg, ou encore, lors de son discours de 1932 devant des industriels rĂ©unis Ă  DĂŒsseldorf, la question juive est Ă  peine Ă©voquĂ©e, Ă  de rares exceptions prĂšs, lors d'un discours du , notamment dans la pĂ©riode comprise entre les Ă©lections de septembre 1930 et le , surtout en prĂ©sence de reprĂ©sentants de la presse Ă©trangĂšre, qui le croit alors assagi[373]. Mais cette absence (ou quasi-absence) alterne avec des moments d'une rare violence : durant l'Ă©tĂ© 1932, par exemple, alors que les pourparlers en vue de la constitution d'un gouvernement Schleicher-Hitler vont bon train, l'assassinat par des SA d'un militant communiste de Haute-SilĂ©sie remet non seulement en cause ces pourparlers, mais le verdict condamnant Ă  mort les coupables dĂ©clenche chez Hitler une rage antisĂ©mite sans mesure, rapportĂ©e par ses proches[374].

Arrivée au pouvoir de Hitler

Membres de la SA forçant l'avocat juif Michael Siegel à marcher dans la rue en brandissant une pancarte qui proclame : « Je ne porterai plus jamais plainte auprÚs de la police » ().

À partir de 1933, le NSDAP est en mesure d'appliquer, sur ce point du moins, une partie de son programme ; l'utopie[375] explicitĂ©e durant la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente peut alors ĂȘtre progressivement mise en place. Cependant, Ă  toutes les phases de l'application de ce programme, entre 1933 et 1945, Hitler reste publiquement en retrait, n'intervient pratiquement pas lors de leur rĂ©alisation pratique, se contentant d'Ă©grainer des menaces Ă  des fins de propagande durant toute la pĂ©riode d'exercice du pouvoir[376].

Lorsque, au pouvoir, il dispose des moyens de mener Ă  bien les « prophĂ©ties » qu'il a multipliĂ©es au fil des annĂ©es 1920, Hitler se retrouve en quelque sorte l'otage de ces derniĂšres, car le parti se trouve dans l'attente de la rĂ©alisation de celles-ci[377] ; certains thurifĂ©raires, groupĂ©s notamment autour de Himmler, se proposent alors de rĂ©aliser l'utopie du vivant mĂȘme de son prophĂšte, alors que mĂȘme ce dernier envisageait la rĂ©alisation de son projet sur plusieurs gĂ©nĂ©rations[377].

Membres de la SA en , apposant sur la vitrine d'un commerce juif des pancartes qui proclament :

Cependant, dans la pĂ©riode 1933-1936, Hitler reste relativement mesurĂ© sur la question juive[378] : il est en effet sensible aux arguments dĂ©veloppĂ©s par certains de ses ministres. Schacht, par exemple, dans un memorandum du , insiste sur les consĂ©quences sur les exportations de la campagne antisĂ©mite de 1935, orchestrĂ©e par Streicher et Goebbels[379]. Mais cette mesure est compensĂ©e Ă  la fois par sa tendance Ă  ne pas remettre en cause certaines expressions publiques de l'antisĂ©mitisme et par l'emploi, par les cadres du parti, de la fameuse volontĂ© du FĂŒhrer ; dĂšs , le Reichstag promulgue, Ă  la demande de Hitler, un nouveau cadre juridique pour les Juifs du Reich, les transformant en sujets du Reich, lois qu'il assume devant l'opinion internationale en invoquant le pĂ©ril bolchevique[380]. Ainsi, ne souhaitant pas revenir sur l'antisĂ©mitisme d'État, Hitler, appuyĂ© sur Hess, en attĂ©nue la portĂ©e, par la lĂ©galisation d'un statut des Juifs, limitant l'impact des dĂ©chaĂźnements dĂ©sordonnĂ©s des militants du NSDAP, par exemple, lors des nombreux Ă©changes au sujet des placards antisĂ©mites dans les rues lors des Jeux olympiques de 1936 : aprĂšs de nombreux Ă©changes, Hitler tranche en faveur d'une ligne modĂ©rĂ©e : la disparition des panneaux les plus extrĂ©mistes et leur remplacement par des formules du type : « les Juifs sont indĂ©sirables ici[378] ». Mais ces mesures de modĂ©ration sont contrebalancĂ©es par l'emploi, par un certain nombre de fonctionnaires nazis, de la fameuse volontĂ© du FĂŒhrer, qui s'appuie en rĂ©alitĂ© sur les grandes lignes politiques Ă©dictĂ©es par Hitler au cours d'entretiens plus ou moins formels avec ses proches et des membres du NSDAP : ceux-ci, dans le cadre de la polycratie national-socialiste sont en rĂ©alitĂ© en compĂ©tition constante et sont obligĂ©s, s'ils veulent conserver leur poste, d'anticiper constamment les souhaits de Hitler, d'oĂč une constante surenchĂšre, y compris dans les manifestations antisĂ©mites, que Hitler, sans les cautionner dans un premier temps, valide a posteriori, par une loi ou un dĂ©cret[381].

Conscient de la nĂ©cessitĂ© d'un accord avec les conservateurs avec lesquels les nazis partagent le pouvoir, Hitler est obligĂ© de donner alternativement dans tous les domaines des gages aux conservateurs d'une part, aux membres du parti de l'autre. La dĂ©capitation de la SA ayant donnĂ© des gages Ă  l'armĂ©e, les lois de 1935 sont en rĂ©alitĂ© aussi des gages donnĂ©s Ă  la base du parti : promulguĂ©es par le Reichstag durant sa session de 1935 Ă  Nuremberg (en mĂȘme temps que le congrĂšs du parti), ces lois fixent les rapports qui pourront dorĂ©navant exister entre les Juifs du Reich, ravalĂ©s au rang de sujets, et les citoyens allemands[382]. Ainsi un cadre lĂ©gal est dĂ©fini pour les Juifs du Reich (ce qui a pour consĂ©quence de diriger vers un objectif prĂ©cis l'enthousiasme antisĂ©mite nazi), par le choix par Hitler de l'une des versions du projet de loi rĂ©digĂ©es par des fonctionnaires nazis du ministĂšre de l'intĂ©rieur, modifiant au crayon la qualitĂ© des personnes tombant sous le coup de cette loi : alors que les rĂ©dacteurs avaient laissĂ© de cĂŽtĂ© les Juifs issus de couples mixtes, Hitler, alors que les extrĂ©mistes poussent Ă  une extension de la loi, intĂšgre les Mischlinge, issus de mariage mixte, parmi ceux qui tombent sous le coup du dispositif ; par ce choix, il met tout le monde devant le fait accompli, coupant court Ă  toute critique et objection technique de la part des rĂ©dacteurs du texte[383].

Durcissement de la politique antisémite

L'annĂ©e 1936 marque un tournant dans l'Ă©volution intĂ©rieure du rĂ©gime nazi, avec la montĂ©e en puissance de Göring et Himmler Ă  des postes clĂ©s de l'appareil d'État allemand. C'est Ă©galement Ă  partir de ce moment que la politique antisĂ©mite menĂ©e dans le Reich s'inflĂ©chit vers davantage de duretĂ© et de violence. Hitler, Ă  partir de 1936, radicalise ses positions publiques sur la question des Juifs.

LiĂ©s au Bolchevisme, les Juifs constituent la menace suprĂȘme qui guette le peuple allemand, comme Hitler le prĂ©cise lors des congrĂšs du parti en 1936 et en 1937 : le Juif est non seulement l'ennemi du peuple allemand mais aussi de l'humanitĂ© tout entiĂšre, qu'il est nĂ©cessaire d'anĂ©antir sous peine d'ĂȘtre anĂ©anti Ă  sa place[384]. Reprenant les thĂšmes des dĂ©buts du nazisme, Hitler participe ainsi Ă  la diffusion dans le Reich d'un nouveau climat antisĂ©mite, plus brutal que durant la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. MalgrĂ© la trĂȘve des Jeux Olympiques[385], Hitler, le , lors des funĂ©railles de Wilhelm Gustloff, reprĂ©sentant du NSDAP en Suisse, assassinĂ© par un Ă©tudiant juif, donne la tendance des attaques suivantes, appelant Ă  supprimer totalement la « peste juive[386] », puis, lors de la prĂ©paration du congrĂšs de 1936, laisse la bride sur le coup Ă  Goebbels et Rosenberg afin de leur permettre de multiplier les attaques antisĂ©mites dans le Reich[387].

Les interventions de Hitler en 1937, et pas seulement lors du congrĂšs du parti, renforcent cette tendance. Lors du congrĂšs du NSDAP, son discours reprend les thĂšmes du dialogue de 1923 avec Eckart : le Juif fauteur de rĂ©volution, doit ĂȘtre combattu dans le cadre d'un conflit pour la dĂ©fense de la civilisation. Ainsi, il indique la vraie portĂ©e du combat qui se prĂ©pare, Ă  savoir la dĂ©fense de la civilisation, tout en rappelant que le parti bolchevique est composĂ© Ă  80 % de Juifs, ce qui lui permet d'illustrer le thĂšme du JudĂ©o-bolchevisme[388]. Mais il doit Ă©galement composer avec la base du parti, plus vindicative que lui, et poussant Ă  des mesures extrĂ©mistes, notamment en ce qui concerne le marquage des magasins dĂ©tenus par des Juifs : de crainte d'ĂȘtre dĂ©bordĂ©, non seulement il permet le marquage par les commerçants allemands de leurs magasins, mais aussi, il calme ses troupes en rĂ©affirmant sa volontĂ© d'anĂ©antir les Juifs d'Europe[389].

Au printemps 1938, Hitler lui-mĂȘme donne une impulsion supplĂ©mentaire Ă  la lĂ©gislation antijuive en ordonnant Ă  ses services de la chancellerie du Reich une enquĂȘte sur les couples mixtes et les ascendants des fonctionnaires de l'État, car la loi sur la fonction publique est durant cette pĂ©riode de plus en plus sĂ©vĂšrement appliquĂ©e[390].

La synagogue d'Eisenach en flammes durant la nuit de Cristal, .

La nuit de Cristal ne fournit pas Ă  Hitler l'occasion de revenir sur le sort des Juifs, ayant laissĂ© l'initiative des opĂ©rations Ă  Goebbels, qui, pour la circonstance, a supplantĂ© Himmler dans cette affaire, avec la bĂ©nĂ©diction du FĂŒhrer[391]. Hitler s'est contentĂ© de diriger l'affaire dans la coulisse, sans l'Ă©voquer Ă  aucun moment, mĂȘme devant des membres du parti dans lesquels il avait confiance[392]. Mais les critiques formulĂ©es par Himmler et Göring au sujet de l'organisation du pogrom par Goebbels poussent Hitler Ă  avoir une approche plus rationnelle de la question juive dans le Reich[393] : au bout de quelques mois de tergiversations, entre interdits, ghettos et insignes, Hitler finit par trancher en faveur d'interdits supplĂ©mentaires Ă  l'Ă©tĂ© 1939, et sous l'influence de Göring, en faveur non seulement de la confiscation des biens, mais aussi de l'indemnisation des Mischlinge, en raison de possibles rĂ©actions au sein de la population[394].

Photographie en noir et blanc dune colonne d'hommes juifs arrĂȘtĂ©s Ă  Baden-Baden Ă  l'issue du pogrom
Arrestation de Juifs Ă  Baden-Baden Ă  l'issue du pogrom de la nuit de Cristal, 1938.

AprĂšs la nuit de Cristal, Hitler Ă©voque Ă  de nombreuses reprises devant des reprĂ©sentants Ă©trangers, polonais, sud-africains, tchĂšques le sort qu'il souhaiterait voir rĂ©servĂ© aux Juifs : l'exil dans une colonie extra-europĂ©enne (Madagascar a Ă©tĂ© un temps envisagĂ©e[395]) et l'Ă©limination, qu'il Ă©voque en termes ambigus[396] ; mais Hitler, informĂ© par un mĂ©morandum du ministĂšre de la guerre du , appuyĂ© sur la croyance que les États-Unis sont un État « manipulĂ© par le judaĂŻsme mondial », semble rĂ©orienter ses diatribes contre le capitalisme, autre vecteur de domination du monde[397]. Cette rĂ©orientation est aussi sensible dans l'ensemble de la presse national-socialiste, comme le Schwarze Korps, le journal de la SS[398].

Lors de son discours annuel au Reichstag, le , Hitler expose aux dĂ©putĂ©s sa vision des dangers qui pĂšsent sur le peuple allemand ; pour lui, l'« ennemi juif mondial », vaincu dans le Reich, constituerait une menace depuis l'Ă©tranger : c'est en effet depuis les pays voisins du Reich que la « Juiverie Internationale » prĂ©parait sa vengeance contre le peuple allemand, sous la forme d'une guerre d'extermination[399]. Cette menace prendrait la forme d'un complot, le complot juif, que seuls le Reich et l'Italie fasciste auraient Ă©tĂ© en mesure de mettre Ă  jour et de dĂ©noncer[400]. Lors de ce discours, il insiste, « se faisant prophĂšte », sur les mesures de rĂ©torsion que le Reich serait amenĂ© Ă  prendre contre la « Juiverie » en cas de conflit, forcĂ©ment suscitĂ© par la politique menĂ©e par les grandes puissances, qu’il considĂšre comme laquais des Juifs lorsqu'elles s'opposent au Reich et Ă  ses prĂ©tentions. À deux autres reprises, lors de deux discours lus le et le aux cadres du NSDAP, Hitler reprend les thĂšmes qu'il avait dĂ©veloppĂ©s dans son discours du [400].

MalgrĂ© certaines rĂ©serves, basĂ©es notamment sur l'idĂ©e que l'existence des Juifs constitue un problĂšme d'ampleur mondiale, Hitler se montre intĂ©ressĂ© par les projets d'Ă©migration des Juifs hors d'Europe ; il s'informe donc rĂ©guliĂšrement des tractations au sein de la commission d'Évian, rĂ©unie en vue de la prĂ©paration de cette Ă©migration : seuls 200 000 Juifs, les plus ĂągĂ©s, seraient autorisĂ©s Ă  rester dans le Reich, tandis que le reste de la population juive du Reich serait rĂ©implantĂ© dans une colonie d'un État europĂ©en[401].

Antisémitisme durant le conflit

Durant le conflit mondial, Hitler confie sa haine des Juifs Ă  l'ensemble de ses visiteurs, chefs d'État, premiers ministres ou ministres, plĂ©nipotentiaires, collaborateurs, militaires ou civils proches ou non, fonctionnaires de l’État ou du parti, Ă©trangers comme allemands : toutes ces confidences ne traitent pas des Juifs, mais du Juif, ennemi tentaculaire et puissant, « corps Ă©tranger » en Europe, contre lequel un « combat Ă  mort » est engagĂ©[402].

Durant toute la pĂ©riode de la drĂŽle de guerre, entre et , et au-delĂ , jusqu'Ă  la fin de l'annĂ©e 1940, Hitler est peu disert en public sur son antisĂ©mitisme, espĂ©rant un arrangement avec les AlliĂ©s, mĂȘme si les Ă©vĂšnements de septembre 1939 fournissent Ă  Hitler l'occasion de revenir sur la question des Juifs dans ses quatre proclamations du , au peuple allemand, aux forces armĂ©es et au parti national-socialiste[403]. L'invasion de la Pologne et la dĂ©claration de guerre britannique en septembre 1939 fournissent Ă  Hitler une occasion de dĂ©noncer l'ennemi « judĂ©o-dĂ©mocratique » qui a si bien manipulĂ© les Anglais engagĂ©s ainsi dans une guerre conte-nature contre le Reich[404]. Dans le mĂȘme ordre d'idĂ©es, son discours de nouvel an Ă  la nation, le , rappelle sa vision du conflit qui vient de se dĂ©clencher : un lien existe entre le conflit et un plan juif pour exterminer les Allemands, ce qui explique, Ă  ses yeux, le rejet systĂ©matique de la part des AlliĂ©s de ses offres de nĂ©gociations[405].

La défaite de la France réactive chez Hitler, comme chez ses proches, l'hypothétique évacuation des Juifs d'Europe vers Madagascar, qu'il partage avec de nombreux dirigeants de pays alliés du Reich. Mais au cours de l'été 1940, devant la résistance britannique, ce projet est abandonné[406].

La prĂ©paration de la guerre Ă  l'Est occupe Ă  partir de l'automne 1940 les pensĂ©es de Hitler : il souhaite reprendre la lutte contre le judĂ©o-bolchevisme, mise un temps de cĂŽtĂ©[407], lutte devant mettre un terme au « rĂŽle de la juiverie en Europe »[408]. À la suite du dĂ©clenchement de l'invasion, devant ses proches, officiers gĂ©nĂ©raux, Hitler mentionne l'action de Robert Koch, dans ses recherches contre la tuberculose, pour se comparer Ă  lui : en effet, il dĂ©clare devant cet auditoire avoir dĂ©couvert le bacille de la tuberculose raciale, puis, se mettant de cĂŽtĂ©, donne pour consigne Ă  Goebbels, venu Ă  Rastenburg le , de mener une campagne exacerbĂ©e contre le judĂ©o-bolchevisme, responsable du sort de la Russie, selon lui rĂ©duit Ă  ses derniers retranchements (cette ligne idĂ©ologique ne variera plus jusqu'Ă  la fin du conflit)[409].

À la suite de la dĂ©faite de Stalingrad, Hitler donne pour consigne au ministĂšre de la propagande de mettre plus que jamais en avant une propagande antisĂ©mite renforcĂ©e, appuyĂ©e sur un substrat trĂšs fortement prĂ©sent, qu'il s'agit, selon Goebbels, de chauffer Ă  blanc dans l'ensemble de l'Europe occupĂ©e[410]. Dans ses entretiens avec Goebbels du printemps 1943, il dĂ©veloppe Ă©galement l'idĂ©e que le peuple juif dispose, non d'un plan, mais d'un but, la domination du monde, qu'il se contente de rĂ©aliser d'instinct ; Hitler serait donc le fossoyeur de ce plan, et, d'aprĂšs son auditeur, rĂ©aliserait donc, au profit du peuple germanique, l'objectif poursuivi par les Juifs[411].

À partir de 1944, jusqu'aux derniers bombardements de la guerre, les Juifs sont, aux yeux de Hitler, dans une confidence Ă  Walter Hewel le , les instigateurs des bombardements qui frappent l'Allemagne, ses alliĂ©s et les rĂ©gions qu'elle occupe ; cette responsabilitĂ© des Juifs constitue dans la derniĂšre annĂ©e du conflit, un argument souvent utilisĂ© devant ses visiteurs[412].

Lors de ses rares interventions publiques, en 1945, Hitler a fait preuve de constance, et tout en voyant les fronts et les alliances s'écrouler les uns aprÚs les autres, a continué à exposer dans une rhétorique agressive et menaçante un antisémitisme depuis longtemps libéré de toute contrainte : ainsi, l'allocution radiodiffusée du nouvel an, les discours du et du , commémorant respectivement la prise du pouvoir de 1933 et la proclamation du programme du parti fournissent l'occasion de traiter encore du rÎle des Juifs dans le sort qui s'acharne sur le Reich[413]. Réfugié au mois de février 1945 dans le bunker souterrain de la chancellerie à Berlin, il continue à émettre des courriers et des avis sur la question juive : le , alors qu'il apprend la mort de Roosevelt, épouvantail des Juifs en Amérique, selon un mot de 1941[414], il voit cet évÚnement comme un tournant dans le conflit, analyse qu'il partage avec les soldats du front de l'Est, dans son ordre du jour (le dernier) du [415].

De mĂȘme, le , dans un tĂ©lĂ©gramme de remerciements aux vƓux d'anniversaire que lui a fait parvenir Mussolini, il dĂ©nonce les Juifs comme le vĂ©ritable cƓur de la coalition qui est sur le point de l'emporter sur une Wehrmacht exsangue[416]. Dans ses testaments (privĂ© et politique) dictĂ©s Ă  ses secrĂ©taires le , la veille de sa mort, alors qu'il prend conscience que tout, alliances, armĂ©e, fidĂ©litĂ©s, s'Ă©croule autour de lui[417], il continue Ă  rendre les Juifs responsables de l'ensemble des malheurs qui ont frappĂ© le peuple allemand depuis 1914 : la capitulation de 1918, la guerre et la dĂ©bĂącle, Ă  laquelle il assiste dans son bunker, directement menacĂ© par l'ArmĂ©e rouge ; il y instille Ă©galement l'idĂ©e qu'il aurait proposĂ© en 1939 un accord avec les AlliĂ©s, refusĂ© par les Juifs de l'entourage des responsables français et britanniques[418].

Doctrines raciales et crimes contre l’humanitĂ©

Parmi les auteurs qui ont le plus influencĂ© Hitler en particulier et le rĂ©gime nazi en gĂ©nĂ©ral en matiĂšre de doctrines raciales, on trouve l'AmĂ©ricain Madison Grant, dont les idĂ©es eurent une grande influence sur sa politique raciale, ensuite l'Allemand Hans GĂŒnther. Leurs ouvrages furent inclus par Hitler dans la liste des ouvrages recommandĂ©s aux nazis[419].

Hitler avait prĂ©sentĂ© ses thĂšses raciales et antisĂ©mites dans son livre Mein Kampf (Mon combat), rĂ©digĂ© en 1924, lors de son incarcĂ©ration dans la forteresse de Landsberg, aprĂšs son putsch ratĂ© de Munich. Si son succĂšs fut modeste dans un premier temps, il fut tirĂ© Ă  plus de dix millions d’exemplaires et traduit en seize langues jusqu’en 1945 ; il constitue la rĂ©fĂ©rence de l’orthodoxie nazie du TroisiĂšme Reich.

Rien dans sa biographie connue ne permet d'affirmer que l'individu Hitler ait jamais tuĂ© ou torturĂ© quelqu'un de ses mains. Il n'a jamais visitĂ© un seul de ses camps de concentration, ni assistĂ© Ă  aucun des bombardements ou des fusillades de masse dont lui ou ses subordonnĂ©s donnaient l'ordre. Mais chaque exĂ©cutant, au premier chef desquels son fidĂšle Himmler, savait qu'en mettant en pratique les consĂ©quences logiques de la doctrine nazie, il accomplissait loyalement les directives du FĂŒhrer.

Théories racistes

Affiche montrant en gris sur fond orange un fin profil de femme et un profil d'homme gras avec un gros nez et un sourire mielleux
Affiche antisémite allemande contre les mariages mixtes, années 1920.

Dans ce livre, Hitler expose ses thĂ©ories racistes, impliquant une inĂ©galitĂ© et une hiĂ©rarchie des races[420], et son aversion particuliĂšre pour les Slaves, les Tsiganes, et surtout les Juifs. PrĂ©sentĂ©s comme de races infĂ©rieures, ils sont qualifiĂ©s d’Untermenschen (« sous-hommes »).

Selon Hitler, les Juifs sont une race de « parasites » ou de « vermine » dont il faut dĂ©barrasser l’Allemagne. Il les rend responsables des Ă©vĂšnements du [346] et donc de la dĂ©faite et de la rĂ©volution allemandes, ainsi que de ce qu’il considĂšre comme la dĂ©cadence culturelle, physique et sociale de la prĂ©tendue civilisation aryenne. Mein Kampf recycle la thĂ©orie du complot juif dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ©e dans Les Protocoles des Sages de Sion. Hitler nourrit son antisĂ©mitisme et ses thĂ©ories raciales en se rĂ©fĂ©rant Ă  des idĂ©ologies en vogue en son temps. À Vienne, durant sa jeunesse, les Juifs, bien intĂ©grĂ©s dans l’élite, sont souvent accusĂ©s de la dĂ©composition de l’empire d’Autriche-Hongrie. La haine des Juifs est exacerbĂ©e par la dĂ©faite de la PremiĂšre Guerre mondiale. Quant Ă  ses idĂ©es sur les races humaines, Hitler les tient essentiellement de Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts (« GenĂšse du XIXe siĂšcle », 1899) du Britannique d’expression allemande Houston Stewart Chamberlain, dont les thĂšses reprenaient elles-mĂȘmes celles de l’Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines (1853) du racialiste français Gobineau. Hitler s’inspire Ă©galement du darwinisme social de Herbert Spencer tel que le prĂŽnait la « Ligue moniste allemande (de) » fondĂ©e par Ernst Haeckel.

Hitler reprend aussi dans Mein Kampf les vieilles doctrines pangermanistes visant Ă  regrouper dans un seul État les populations allemandes dispersĂ©es, mais il y ajoute, notamment sous l'influence du thĂ©oricien nazi Alfred Rosenberg, la revendication d’un « espace vital » (Lebensraum) en Europe de l’Est. Selon ces doctrines, les territoires allemands doivent ĂȘtre indĂ©finiment Ă©largis, surtout en Europe centrale et en Ukraine, territoires dĂ©jĂ  convoitĂ©s par les couches dirigeantes allemandes au temps du Kaiser Guillaume II. Les territoires allemands de l'Ă©poque sont, toujours selon cette doctrine jugĂ©s trop Ă©troits au regard des besoins matĂ©riels de leurs populations et dans une position stratĂ©gique inconfortable entre des puissances hostiles Ă  l’ouest et Ă  l’est. Hitler cible enfin deux adversaires fondamentaux : les communistes et la France, considĂ©rĂ©e comme dĂ©gĂ©nĂ©rescente car dirigĂ©e par les Juifs et crĂ©ant un empire colonial multiethnique, et contre qui l’Allemagne doit se venger de l’humiliant traitĂ© de Versailles.

Adolf Hitler est obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e de puretĂ© d’une prĂ©tendue race aryenne, la « race supĂ©rieure » dont les Allemands sont censĂ©s ĂȘtre les dignes reprĂ©sentants, au mĂȘme titre que les autres peuples nordiques (NorvĂ©giens, Danois, SuĂ©dois). Dans le but d’asseoir scientifiquement cette notion de race aryenne, des recherches pseudo-anthropologiques sont entreprises et des cours d’universitĂ© dispensĂ©s. Himmler crĂ©e Ă  cette fin un institut scientifique, l’Ahnenerbe. En rĂ©alitĂ©, les Aryens formaient un groupe de peuplades nomades vivant en Asie centrale au IIIe millĂ©naire av. J.-C. et sans liens aucun avec les Allemands. Toujours est-il que la notion d’« aryen » devient avec Hitler un ensemble de valeurs fantasmagoriques que les scientifiques nazis ont tentĂ© de justifier par de prĂ©tendues donnĂ©es objectives.

La « race aryenne » est assimilĂ©e aux canons esthĂ©tiques de l’homme germanique : grand, blond et athlĂ©tique, tel que le reprĂ©sente Arno Breker, le sculpteur favori de Hitler.

Euthanasie

Photo noir et blanc (format photo d’identitĂ©, en buste, de face) de Karl Brandt, mĂ©decin SS de Hitler. L’homme porte une veste claire au col foncĂ© fermĂ©.
MĂ©decin de la mort : Karl Brandt, mĂ©decin SS d'Adolf Hitler et principal maĂźtre-d'Ɠuvre de l'Aktion T4.
Photo en couleurs (18 aoĂ»t 2005) du chĂąteau de Hartheim, en BaviĂšre, centre d’euthanasie ouvert pendant la pĂ©riode nazie. La couleur beige trĂšs clair des deux façades visibles du chĂąteau, Ă  l’architecture de type Renaissance, contraste contre le ciel bleu, en arriĂšre-plan, et la verdure au premier plan.
Le chĂąteau de Hartheim en BaviĂšre, oĂč furent gazĂ©s 18 269 malades incurables et 5 000 dĂ©tenus politiques.

Les doctrines raciales nazies impliquaient Ă©galement d’« amĂ©liorer le sang allemand ». Des stĂ©rilisations massives, appliquĂ©es avec le concours des mĂ©decins, furent ainsi entreprises dĂšs 1934, portant sur prĂšs de 400 000 Â« asociaux » et malades hĂ©rĂ©ditaires. Par ailleurs, 5 000 enfants trisomiques, hydrocĂ©phales ou handicapĂ©s moteurs disparaissent.

Avec la guerre, un vaste programme d’euthanasie des malades mentaux est lancĂ© sous le nom de code « Aktion T4 », sous la responsabilitĂ© directe de la chancellerie du Reich et de Karl Brandt, mĂ©decin personnel de Hitler. Par quelques lignes manuscrites, Hitler assure en l’impunitĂ© totale aux mĂ©decins sĂ©lectionnant les personnes envoyĂ©es Ă  la mort, libĂ©rant ainsi des places dans les hĂŽpitaux pour les blessĂ©s de guerre. Comme pour les Juifs, les victimes sont gazĂ©es dans de fausses salles de douche. MalgrĂ© le secret entourant ces opĂ©rations, l’euthanasie est condamnĂ©e publiquement par l’évĂȘque de MĂŒnster en . Elle cesse officiellement, mais continue en fait dans les camps de concentration. Environ 200 000 schizophrĂšnes, Ă©pileptiques, sĂ©niles, paralytiques ont ainsi Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s. Par ailleurs, les forces nazies ont systĂ©matiquement fusillĂ© les handicapĂ©s mentaux trouvĂ©s dans les hĂŽpitaux de Pologne et d'Union soviĂ©tique envahies. De nombreux spĂ©cialistes de l’euthanasie sont ensuite rĂ©affectĂ©s au gazage massif des Juifs : l’Aktion T4 aura donc Ă  la fois prĂ©parĂ© et prĂ©cĂ©dĂ© chronologiquement la Solution finale.

Persécution des Juifs

Photographie en noir et blanc du 1er avril 1993. Sur une vitrine, encastrée dans un mur et exposant des outils de bricolage, est accrochée une pancarte sur laquelle on peut lire, en noir sur fond blanc : « Deutsche! Whert euch! Kauft nich bei juden! » (« Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! »). Un milicien, en uniforme de la SA, se tient debout à cÎté de la vitrine (à droite sur la photo), mains dans son ceinturon et jambes écartées. Une étoile de David blanche est peinte au centre de la vitre de la vitrine.
Un SA à cÎté d'une affiche proclamant : « Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! » (Berlin, 1933).

Dans l’Allemagne nazie, les Juifs Ă©taient exclus de la communautĂ© du peuple allemand (Volksgemeinschaft). Le , les docteurs, avocats et commerçants juifs sont l’objet d’une vaste campagne de boycott, mise en Ɠuvre notamment par les SA. Ces milices crĂ©Ă©es par Hitler avaient dĂ©jĂ  perpĂ©trĂ©, dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1920, des actes de violences contre les Juifs. Le 7 avril, deux mois aprĂšs l’arrivĂ©e de Hitler au pouvoir, la loi « pour le rĂ©tablissement d’une fonction publique professionnelle » exclut les Juifs de tout emploi dans les gouvernements (sauf les anciens combattants et ceux qui Ă©taient en service depuis plus de dix ans).

Le , Hitler, officialisant et radicalisant l'antisĂ©mitisme d’État, proclame les lois de Nuremberg, comprenant les lois « pour la protection du sang et de l’honneur allemand » et « sur la citoyennetĂ© du Reich ». Celles-ci interdisent aux Juifs l’accĂšs aux emplois de la fonction publique et aux postes dans les universitĂ©s, l’enrĂŽlement dans l’armĂ©e ou la pratique de professions libĂ©rales. Ils ne peuvent plus avoir de permis de conduire. Les Juifs sont dĂ©chus de leur nationalitĂ© allemande. Les mariages mixtes ou les relations sexuelles entre Juifs et Allemands sont Ă©galement proscrits. L’objectif est la sĂ©grĂ©gation complĂšte entre le peuple allemand et les Juifs, ce qui est valable Ă©galement pour les Ă©coles, le logement ou les transports en commun. En 1937, une « loi d’aryanisation » vise Ă  dĂ©possĂ©der les Juifs des entreprises qu’ils possĂšdent.

Lourdement frappĂ©s par ces mesures discriminatoires, les Juifs allemands Ă©migrent massivement : environ 400 000 dĂ©parts en 1933-1939 en comptant les Autrichiens (sur environ 660 000), vers les AmĂ©riques, la Palestine ou l’Europe de l’Ouest. En gĂ©nĂ©ral, ces Ă©migrants sont mal accueillis, et parfois internĂ©s en tant que ressortissants d'un pays ennemi, ou refoulĂ©s par divers pays d'Europe et d'AmĂ©rique.

Dans la nuit du 9 au , Joseph Goebbels organise avec l'approbation du chancelier un vaste pogrom : la nuit de Cristal, prenant comme prĂ©texte l’assassinat d’un diplomate du Reich Ă  Paris par un Juif allemand. Goebbels semble utiliser cet Ă©vĂšnement pour regagner la faveur d'Adolf Hitler, qu'il a partiellement perdue lorsque sa liaison avec une actrice a failli conduire son couple au divorce public. Au cours de cette nuit, des centaines de magasins juifs sont saccagĂ©s et la plupart des synagogues d'Allemagne incendiĂ©es. Le bilan est de 91 morts et prĂšs de 30 000 Juifs sont internĂ©s dans des camps de concentration (Dachau, Buchenwald, Sachsenhausen). À la suite de ces Ă©vĂšnements, la communautĂ© juive, tenue pour responsable des violences, est sommĂ©e de payer une amende de un milliard de marks : les biens des Juifs sont massivement spoliĂ©s.

La population allemande, embrigadĂ©e par la propagande de Hitler, Goebbels ou Streicher, Ă©tait convaincue de l’existence d’une « question juive ». Ce conditionnement favorise la participation de nombre d’entre eux Ă  l’extermination des Juifs.

Shoah

Le , dans son bunker, Hitler dicte dans son testament politique : « [...] on sera Ă©ternellement reconnaissant au national-socialisme de ce que j’ai Ă©liminĂ© les Juifs d’Allemagne et d’Europe centrale »[421]. L’allusion Ă  l’extermination physique des Juifs dans Mein Kampf fait encore l’objet d’un dĂ©bat d’historiens. Pour une partie d’entre eux, ce projet n’a pas Ă©tĂ© explicitement dĂ©crit dans ce livre, tandis que l’autre partie estime que l’antisĂ©mitisme qui s’y exprime est non seulement alarmant, mais s’appuie sur une terminologie Ausrottung (en) significative. Le projet d’extermination totale des Juifs a pu germer dans l’esprit de Hitler et de ses sĂ©ides assez tĂŽt, mais il ne semble pas qu’il ait Ă©tabli de plan prĂ©cis ou de mĂ©thodologie pour passer Ă  l’acte avant la guerre. Rien ne semble indiquer, qu’initialement, les dirigeants nazis aient prĂ©vu que les premiĂšres mesures antisĂ©mites devaient conduire Ă  une conclusion homicide et a fortiori gĂ©nocidaire.

Cependant, d’aprĂšs les mots du procureur gĂ©nĂ©ral amĂ©ricain Robert Jackson lors du procĂšs de Nuremberg, « la dĂ©termination Ă  dĂ©truire les Juifs a Ă©tĂ© une force qui, Ă  chaque moment, a cimentĂ© les Ă©lĂ©ments de la conspiration (nazie) ». De fait, les dĂ©clarations d’Adolf Hitler sur les Juifs montrent que, dĂšs le dĂ©but, il nourrissait le projet de destruction physique des Juifs et que la guerre fut pour lui l’occasion d’annoncer cette destruction, puis d’en commenter la mise en Ɠuvre[422].

Le , aprĂšs la nuit de Cristal, Göring convoqua une grande confĂ©rence au ministĂšre de l’Air avec le but d’uniformiser les mesures antijuives. Un reprĂ©sentant du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres nota le rĂ©sumĂ© de Göring : « Si, dans un proche avenir, le Reich allemand se trouve engagĂ© dans un conflit avec des puissances Ă©trangĂšres, il va sans dire que nous, en Allemagne, nous penserons en tout premier lieu Ă  rĂ©gler nos comptes avec les Juifs[423] ».

Hitler radicalisa pareillement sa rhĂ©torique antisĂ©mite. Le , dans un discours retentissant au Reichstag, Hitler a « prophĂ©tisĂ© » qu’en cas de guerre, le rĂ©sultat serait « l’anĂ©antissement de la race juive en Europe ». À cette « prophĂ©tie » dĂ©cisive, lui-mĂȘme ou Goebbels feront de nombreuses allusions en privĂ© au cours de la guerre : son accomplissement une fois la guerre commencĂ©e sera l’une des prĂ©occupations prioritaires.

Hitler n’a toutefois nul besoin de s’investir personnellement beaucoup dans la destruction des Juifs, dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  Himmler, qui se contente de lui faire des rapports rĂ©guliers. Si divers documents secrets nazis planifiant l’extermination font souvent allusion Ă  « l’ordre du FĂŒhrer », aucune note manuscrite de lui sur la « Solution finale » n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©e ni n’a sans doute jamais existĂ©. C'est signe que son pouvoir absolu lui a permis de dĂ©clencher l’un des plus grands crimes de l’Histoire sans mĂȘme besoin d’un ordre Ă©crit.

Les dirigeants nazis ont longtemps envisagĂ©, parmi d’autres « solutions » comme la crĂ©ation de zones de relĂ©gation, d’expulser l’ensemble de la communautĂ© juive allemande sans l’exterminer, mais aucune phase de rĂ©alisation concrĂšte n’a Ă©tĂ© enclenchĂ©e. Des projets d’installation des Juifs en Afrique (Plan Madagascar) ont notamment Ă©tĂ© envisagĂ©s. Le dĂ©clenchement de la guerre radicalise les persĂ©cutions antisĂ©mites au sein du TroisiĂšme Reich. La prolongation de la guerre contre le Royaume-Uni ne permet plus d’envisager ces dĂ©portations, de mĂȘme qu'est abandonnĂ©e l’idĂ©e d’un dĂ©placement des Juifs d’Europe en SibĂ©rie — qui aurait dĂ©jĂ  suffi en lui-mĂȘme Ă  provoquer une hĂ©catombe en leur sein.

Photo noir et blanc prise Ă  Ivangorod, en Ukraine. Dans un champ herbeux, sous un ciel clair, un soldat allemand (Ă  gauche, au second plan), de profil, jambes Ă©cartĂ©es, tient en joue une femme qui lui tourne le dos, un enfant dans les bras. Devant le soldat, on distingue un corps de femme Ă©tendu sur le sol. Sur le bord gauche de la photo, deux canons de fusils, l’un au-dessus de l’autre, sont aussi visibles. Et, sur la droite, quatre hommes semblent creuser un trou.
Une femme juive et son enfant fusillés par les Einsatzgruppen à Ivanhorod, Ukraine, 1942.

L’occupation de la Pologne en septembre 1939 a placĂ© sous contrĂŽle allemand plus de 3 000 000 de Juifs. Ceux-ci sont rapidement parquĂ©s dans des ghettos, dans les principales villes polonaises, oĂč ils sont spoliĂ©s et affamĂ©s, et rĂ©duits Ă  une misĂšre inimaginable. L’attaque contre l’Union soviĂ©tique, Ă  partir du , place sur un mĂȘme plan la conquĂȘte du Lebensraum et l’éradication du « judĂ©o-bolchĂ©visme ». Des unitĂ©s de la SS, les Einsatzgruppen, souvent secondĂ©es par des unitĂ©s de la Wehrmacht et de la police, aidĂ©es parfois d'habitants et de collaborateurs locaux, fusilleront sommairement de un et demi Ă  prĂšs de deux millions de Juifs, femmes, bĂ©bĂ©s, enfants et vieillards compris, sur le front de l’Est.

Le , une circulaire secrĂšte de Himmler annonce que le FĂŒhrer a dĂ©cidĂ© de dĂ©porter tous les Juifs d'Europe occupĂ©e Ă  l'Est, et que l'Ă©migration forcĂ©e n'est plus Ă  l'ordre du jour. C'est le premier pas vers un gĂ©nocide Ă  l'Ă©chelle cette fois du continent entier. Fin 1941, les premiers « camions Ă  gaz » sont utilisĂ©s Ă  l'est, tandis que les centres d'extermination de Chelmno et de Belzec sont dĂ©jĂ  construits et commencent leur Ɠuvre d'assassinat de masse.

La date exacte de la dĂ©cision prise par Hitler n’a jamais Ă©tĂ© cernĂ©e de façon prĂ©cise puisqu’il n’a jamais formellement Ă©crit un ordre, mais il l'a Ă©laborĂ©e au cours de l'automne 1941. En des conversations personnelles cruciales se tenaient entre Hitler et Himmler, Himmler et Ribbentrop, Ribbentrop et Hitler. Ils discutaient de l'avenir des Juifs en Europe tout en considĂ©rant l'entrĂ©e en guerre des États-Unis[424]. La radicalisation immĂ©diate et prĂ©mĂ©ditĂ©e de la violence nazie avec l'invasion de l'Union soviĂ©tique, le ralentissement puis l'Ă©chec des opĂ©rations en URSS, la perspective bientĂŽt concrĂ©tisĂ©e de l'entrĂ©e en guerre contre les États-Unis, ont sans doute prĂ©cipitĂ© la dĂ©cision de Hitler de rĂ©aliser sa « prophĂ©tie » de 1939[425].

Le , lors de la confĂ©rence de Wannsee, 15 responsables du TroisiĂšme Reich, sous la prĂ©sidence du chef du RSHA Reinhard Heydrich, entĂ©rinent la « solution finale au problĂšme juif » (Endlösung der Judenfrage). L’extermination totale des Juifs en Europe va revĂȘtir un caractĂšre bureaucratique, industriel et systĂ©matique qui la rendra sans Ă©quivalent Ă  cette heure dans l'histoire humaine. Hitler n'est pas lĂ  en personne, mais les mesures prises respectent ses objectifs gĂ©nĂ©raux. En Ă©tĂ© 1942, Himmler a dĂ©clarĂ© : « Les secteurs occupĂ©s deviennent judenfrei. Le chef a mis cet ordre trĂšs lourd sur mes Ă©paules »[426].

Au sommet de l'État, immĂ©diatement aprĂšs Hitler, ce sont Himmler, Heydrich et Göring qui ont pris la part la plus importante dans la mise en place administrative de la Solution finale. Sur le terrain, l’extermination des Juifs a Ă©tĂ© souvent le fait d’initiatives locales, allant parfois au-devant des attentes et des dĂ©cisions du FĂŒhrer. Elles ont Ă©tĂ© notamment l'Ɠuvre d’officiers de la SS et de gauleiters fanatiques pressĂ©s de plaire Ă  tout prix au FĂŒhrer en liquidant au plus tĂŽt les Ă©lĂ©ments indĂ©sirables dans leurs fiefs. Les gauleiters Albert Forster Ă  Dantzig, Arthur Greiser dans le Warthegau ou Erich Koch en Ukraine ont ainsi particuliĂšrement rivalisĂ© de cruautĂ© et de brutalitĂ©, les deux premiers concourant entre eux pour ĂȘtre chacun le premier Ă  tenir leur promesse verbale faite Ă  Hitler de germaniser intĂ©gralement leur territoire sous dix ans[154]. Deux proches collaborateurs de Hitler, Hans Frank, gouverneur gĂ©nĂ©ral de la Pologne, et Alfred Rosenberg, ministre des Territoires de l’Est, ont Ă©galement pris une part active Ă  la « destruction des Juifs d'Europe ».

Beaucoup d'« Allemands ordinaires » ont Ă©tĂ© Ă  peine moins compromis que les SS dans les massacres sur le front de l'Est. Plus d'un policier de rĂ©serve, plus d'un jeune soldat ou d'un officier avaient intĂ©grĂ© le discours nazi, sans parler des gĂ©nĂ©raux de Hitler. Des milliers donnĂšrent libre cours Ă  leur violence et Ă  leur sadisme dĂšs qu'ils furent autorisĂ©s et encouragĂ©s Ă  humilier et Ă  tuer au nom du FĂŒhrer[427]. À travers toute l'Europe, d'innombrables « criminels de bureaux », Ă  l'image du bureaucrate Adolf Eichmann, exĂ©cutĂšrent sans Ă©tat d'Ăąme particulier les desseins de leur FĂŒhrer ou de gouvernements collaborateurs. Dans les centres d'extermination, ainsi que le rappellent les mĂ©moires du commandant d'Auschwitz Rudolf Höss, responsable de la mort de prĂšs d'un million de Juifs, il Ă©tait impensable Ă  quiconque, du simple garde SS au chef du camp, de dĂ©sobĂ©ir Ă  l'ordre du FĂŒhrer (FĂŒhrersbefehl), ou de s'interroger un seul instant sur la justesse de ses ordres. A fortiori, il Ă©tait hors de question d'Ă©prouver le moindre scrupule moral[428]. Aucun des « bourreaux volontaires de Hitler » (Daniel Goldhagen) n'a jamais Ă©tĂ© contraint de participer Ă  la Solution Finale : un soldat ou un SS dont les nerfs craquaient se laissait persuader de continuer, ou il obtenait facilement sa mutation.

Personne au sein de son systĂšme ne dĂ©couragea donc Adolf Hitler de procĂ©der Ă  la « Solution finale ». En 1943, l'Ă©pouse de son ancien ministre Konstantin von Neurath, choquĂ©e de ce qu'elle avait vu du camp juif de Westerbork en Hollande occupĂ©e, osa exceptionnellement s'en ouvrir au FĂŒhrer : ce dernier la rabroua que l'Allemagne avait assez perdu de soldats pour qu'il soit obligĂ© de se soucier de la vie des Juifs, et la bannit Ă  l'avenir du cercle de ses invitĂ©s.

Dans l'ensemble, les chefs et opinions alliĂ©s, ou une partie de la RĂ©sistance europĂ©enne ne prirent pas conscience de la gravitĂ© spĂ©cifique du sort des Juifs, et gardĂšrent plutĂŽt le silence sur leur sort, tout comme le pape Pie XII, ce qui aida sans doute indirectement Hitler. De mĂȘme que la non-rĂ©sistance d'une partie importante des Juifs affamĂ©s, dĂ©sorientĂ©s et ignorants du destin qu'il leur rĂ©servait, facilita la rĂ©alisation de son projet criminel. En avril-, en revanche, la rĂ©volte du ghetto de Varsovie plongea Hitler dans une colĂšre prolongĂ©e, mais ses ordres furieux et rĂ©pĂ©tĂ©s n'empĂȘchĂšrent pas une poignĂ©e de combattants juifs de faire Ă©chec plusieurs semaines Ă  la reconquĂȘte SS.

AprĂšs l’étĂ© 1941, Himmler retint le procĂ©dĂ© d’exĂ©cution massive par les chambres Ă  gaz testĂ© Ă  Auschwitz. Au total, prĂšs de 1 700 000 Juifs, surtout d’Europe centrale et orientale, ont Ă©tĂ© gazĂ©s Ă  SobibĂłr, Treblinka, BeĆ‚ĆŒec, CheƂmno et Majdanek. Dans le seul camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, 1 000 000 de Juifs ont pĂ©ri.

Les trois quarts des Juifs de l'Europe occupĂ©e — 5 Ă  6 millions d'ĂȘtres humains dont 1,5 million d'enfants, tous n'ayant commis que le crime d'ĂȘtre nĂ© Juif et ne reprĂ©sentant aucune menace sinon imaginaire — ont donc pĂ©ri dans une entreprise de nature sans prĂ©cĂ©dent. Sur les 189 000 Juifs qui vivaient Ă  Vienne avant Hitler, un millier survivent en 1945, tout comme seulement une poignĂ©e des Juifs restĂ©s en Allemagne en 1940. Les Pays-Bas ont perdu 80 % de leurs Juifs, la Pologne et les pays baltes plus de 95 %. En deux ou trois ans Ă  peine, l'extermination a fait disparaĂźtre des familles entiĂšres. Dans une large part de l'Europe, c'est en fait toute une culture, tout un univers qu'Adolf Hitler a fait assassiner sans retour.

  • Une des entrĂ©es du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz.
    Une des entrées du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz.
  • Photographie clandestine montrant les membres d'un Sonderkommando d'Auschwitz en train de brĂ»ler les corps de victimes dans des fossĂ©s Ă  ciel ouvert.
    Photographie clandestine montrant les membres d'un Sonderkommando d'Auschwitz en train de brûler les corps de victimes dans des fossés à ciel ouvert.
  • Cadavres Ă  Buchenwald.
    Cadavres Ă  Buchenwald.

Extermination des Tsiganes

Hitler n'a pas dit un mot des Tsiganes dans Mein Kampf et en tout Ă©tat de cause, il ne nourrit pas Ă  leur Ă©gard l'obsession haineuse qu'il manifeste pour les Juifs[429]. NĂ©anmoins, son rĂ©gime persĂ©cute et interne les 34 000 Tsiganes du Reich dĂšs les annĂ©es 1930, et les prive de leur citoyennetĂ© allemande, mais moins au nom de raisons raciales (les Tsiganes sont originaires des mĂȘmes rĂ©gions que le berceau supposĂ© de la race « aryenne ») qu'en tant qu'« asociaux ». Ceci n'empĂȘcha d'ailleurs pas les nazis de s'en prendre aussi Ă  ceux qui Ă©taient parfaitement intĂ©grĂ©s Ă  la sociĂ©tĂ© allemande, dans laquelle beaucoup Ă©taient des travailleurs sĂ©dentaires, ou des anciens combattants de 14-18, titulaires de dĂ©corations. L’« Office central pour la lutte contre le pĂ©ril tsigane » fut l'instrument de cette rĂ©pression. La tribu des Sinti, pourtant censĂ©e ne pas s'ĂȘtre « abĂątardie », ne fut pourtant pas Ă©pargnĂ©e[430], tout comme les sang-mĂȘlĂ©s en partie nĂ©s de non-Tsiganes « aryens ».

L'extermination d'environ un tiers des Tsiganes européens, que ceux-ci appellent Porajmos a été moins systématique et générale que le génocide des Juifs. Elle a néanmoins provoqué la disparition presque complÚte de certaines communautés.

Aucun Tsigane n'a Ă©tĂ© dĂ©portĂ© de France, oĂč ils Ă©taient pourtant des milliers disponibles dans les camps d'internement du rĂ©gime de Vichy. En Belgique et aux Pays-Bas, les nazis attendirent 1944 pour dĂ©porter plusieurs centaines de Gitans Ă  Auschwitz — ce qui fut suffisant toutefois pour dĂ©cimer sans retour leur communautĂ©. La terreur et les dĂ©portations furent plus fortes Ă  l'Est, oĂč beaucoup furent fusillĂ©s sur place par les Einsatzgruppen, la Wehrmacht ou par leurs collaborateurs locaux (les Oustachis croates se chargĂšrent de liquider 99 % des 28 700 Tsiganes du pays[431]). Mais s'il a donnĂ© le l'ordre gĂ©nĂ©ral de dĂ©portation des Tsiganes europĂ©ens Ă  Auschwitz, Himmler s'en est dĂ©sintĂ©ressĂ© presque aussitĂŽt, et Hitler ne semble pas avoir accordĂ© une attention particuliĂšre Ă  la question. Dans la section spĂ©ciale qui leur Ă©tait rĂ©servĂ©e Ă  Auschwitz-Birkenau, les familles tsiganes n'Ă©taient pas sĂ©parĂ©es, ni exposĂ©es aux sĂ©lections rĂ©guliĂšres pour la chambre Ă  gaz ni soumises au travail forcĂ©, quelques-unes purent mĂȘme ĂȘtre libĂ©rĂ©es en Ă©change de leur stĂ©rilisation forcĂ©e. Mais le mĂ©decin SS de leur camp, Josef Mengele, surnommĂ© l'« Ange de la Mort », pratiqua des expĂ©riences pseudo-mĂ©dicales sur un certain nombre d'enfants tsiganes, notamment des jumeaux.

AprÚs avoir longtemps hésité, puis fait mettre à part plusieurs milliers d'hommes valides pour le travail forcé concentrationnaire, Himmler donna finalement l'ordre au commandant du camp, Rudolf Höss, d'exterminer ce qui restait du « camp des familles ». Du 1er au , des milliers de Tsiganes, hommes, femmes, enfants et vieillards, furent ainsi conduits à la chambre à gaz dans des scÚnes dramatiques[432].

L'estimation du nombre de Tsiganes victimes des nazis reste l'objet de controverses. Pour les Tsiganes allemands et autrichiens, le chiffre des personnes envoyĂ©es dans les camps de concentration, dĂ©portĂ©es Ă  l'Est et gazĂ©es, oscille entre 15 000 et 20 000 sur une population de 29 000 Tsiganes en 1942 ; quant au nombre des Tsiganes europĂ©ens assassinĂ©s par les nazis, il a Ă©tĂ© successivement estimĂ© Ă  219 000 victimes par rapport Ă  une population totale de 1 000 000[433], Ă  196 000 morts sur 831 000 personnes[434], voire Ă  un demi million de victimes[430], cette derniĂšre estimation n'Ă©tant pas Ă©tayĂ©e par une source ou une ventilation par pays[435]. La reconnaissance de leur tragĂ©die fut tardive, et dans l'immĂ©diat, elle ne modifia guĂšre les prĂ©jugĂ©s et les pratiques publiques courantes Ă  leur encontre.

« Sous-hommes » slaves

L’extension du Lebensraum allemand devait fatalement se rĂ©aliser aux dĂ©pens des populations slaves repoussĂ©es vers l’Est. Pour Hitler, la Pologne, les Pays baltes, la BiĂ©lorussie et l’Ukraine devaient ĂȘtre traitĂ©s comme des colonies. À ce sujet, Hitler aurait dit, selon Hermann Rauschning, en 1934 : « ainsi s’impose Ă  nous le devoir de dĂ©peupler, comme nous avons celui de cultiver mĂ©thodiquement l’accroissement de la population allemande. Vous allez me demander ce que signifie « dĂ©peuplement », et si j’ai l’intention de supprimer des nations entiĂšres ? Eh bien, oui, c’est Ă  peu prĂšs cela. La nature est cruelle, nous avons donc le droit de l’ĂȘtre aussi ».

Les populations non germaniques sont expulsĂ©es des territoires annexĂ©s par le IIIe Reich aprĂšs 1939, et dirigĂ©es vers le Gouvernement gĂ©nĂ©ral de Pologne, entitĂ© totalement vassalisĂ©e et placĂ©e par Hitler sous le joug de Hans Frank, le juriste du parti nazi. DĂšs , le RSHA programme la « liquidation physique de tous les Ă©lĂ©ments polonais qui ont occupĂ© une quelconque responsabilitĂ© en Pologne (ou) qui pourront prendre la tĂȘte d’une rĂ©sistance polonaise ». Sont visĂ©s les prĂȘtres, les enseignants, les mĂ©decins, les officiers, les fonctionnaires et les commerçants importants, les grands propriĂ©taires fonciers, les Ă©crivains, les journalistes, et de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, toute personne ayant effectuĂ© des Ă©tudes supĂ©rieures. Des commandos SS sont chargĂ©s de cette besogne. Ce traitement extrĂȘmement dur aura causĂ© la mort de prĂšs de 2 200 000 Polonais, dont 50 000 membres des Ă©lites. C'est ainsi que 30 % des professeurs de l'enseignement supĂ©rieur polonais ont pĂ©ri, et des milliers d'hommes d'Église, d'aristocrates et d'officiers. En comptant les 3 000 000 de Juifs polonais, exterminĂ©s Ă  plus de 90 %, c’est 15 Ă  20 % de la population civile polonaise qui a disparu.

Les nazis firent aussi fermer les thĂ©Ăątres, les journaux, les sĂ©minaires, l’enseignement secondaire, technique et supĂ©rieur. Du 1er aoĂ»t au , avec l’accord de Hitler, Himmler orchestra la rĂ©pression de l’insurrection de Varsovie, avec pour but la destruction totale de la capitale, foyer le plus actif de la rĂ©sistance polonaise. Avec la complicitĂ© passive de l’ArmĂ©e rouge qui, stoppĂ©e par les Allemands aux portes de la ville, ne parachuta aucune aide aux insurgĂ©s, les nazis dĂ©truisirent la ville Ă  90 %, et la vidĂšrent de ses derniers civils aprĂšs avoir causĂ© la mort d’environ 200 000 personnes.

Avec l’agression de l’URSS, Hitler a prĂ©mĂ©ditĂ© une guerre d’anĂ©antissement contre les populations soviĂ©tiques, des experts rĂ©unis par Göring ayant notamment prĂ©vu que « nos projets devraient entraĂźner la mort d’environ 10 millions de personnes ». Le but est de piller toutes les ressources du pays, de dĂ©manteler toute l’économie, de raser les villes, et de rĂ©duire les populations Ă  l’état d’esclavage et de famine (Hungerplan). La rĂ©pression contre les Slaves prend donc une tournure encore plus massive, bien que certaines populations, notamment les nationalistes baltes et ukrainiens aient Ă©tĂ© initialement disposĂ©es Ă  collaborer contre le rĂ©gime stalinien.

Le traitement des prisonniers soviĂ©tiques capturĂ©s par les Allemands a Ă©tĂ© particuliĂšrement inhumain : 3 700 000 d’entre eux sur 5 500 000 meurent de faim, d’épuisement ou de maladie, parfois aprĂšs avoir Ă©tĂ© torturĂ©s ou suppliciĂ©s ; des milliers d’autres sont conduits dans les camps de concentration du Reich pour y ĂȘtre abattus au cours de fusillades massives. Les commissaires politiques sont systĂ©matiquement abattus au nom du « dĂ©cret des commissaires » (Kommissarbefehl) signĂ© par Keitel dĂšs avant l’invasion. Des millions de femmes et d’hommes, parfois des enfants et des adolescents, sont raflĂ©s au cours de chasses Ă  l’homme dramatiques pour ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dans le Reich comme main-d’Ɠuvre servile.

Les actions des partisans sont l’occasion de reprĂ©sailles impitoyables sur les populations civiles, aussi bien en URSS qu’en Pologne, en GrĂšce et en Yougoslavie. Environ 11 500 000 civils soviĂ©tiques meurent ainsi pendant la Seconde Guerre mondiale.

À l'automne 1944, aprĂšs l'Ă©chec de la premiĂšre offensive soviĂ©tique en Prusse Orientale, visionnant les images des petites villes prussiennes reprises aux soviĂ©tiques rapportĂ©es par des unitĂ©s de la police militaire, il entre dans une fureur noire et assimile les soldats de l'ArmĂ©e rouge, les Slaves et les populations soviĂ©tiques, non Ă  des hommes mais Ă  des animaux, dĂ©finissant ainsi la guerre comme un conflit pour la dĂ©fense de l'humanitĂ© europĂ©enne, menacĂ©e par les steppes asiatiques ; dans cette perspective, il ordonne que ces images soient largement diffusĂ©es pour susciter la haine contre les Slaves[436].

L’obsession personnelle de Hitler Ă  rĂ©duire ces peuples Ă  l’état de sous-hommes a privĂ© la Wehrmacht de nombreuses aides potentielles parmi les populations soumises au joug soviĂ©tique. Elle a Ă©galement eu un rĂŽle mortifĂšre direct, comme lorsque Hitler interdit de prendre d’assaut la ville de Leningrad, qu’il soumet dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă  un blocus meurtrier responsable, en mille jours de siĂšge, de plus de 700 000 morts de civils. À ses yeux, la ville qui avait vu naĂźtre la rĂ©volution de 1917 devait ĂȘtre affamĂ©e puis rasĂ©e au sol. Mais il est difficile de supputer sur les consĂ©quences d'une « attitude plus modĂ©rĂ©e, acceptable pour la majoritĂ© de la population, russe ou allogĂšne. Le fait est qu'une telle politique Ă©tait exclue car les nazis n'auraient plus Ă©tĂ© des nazis, et la Seconde Guerre mondiale n'aurait pas eu lieu »[437]. De mĂȘme, Hitler a cautionnĂ© les expĂ©riences pseudo-mĂ©dicales visant Ă  mettre au point un programme de stĂ©rilisation massive des femmes slaves, perpĂ©trĂ© sur des milliers de cobayes humains de RavensbrĂŒck et d’Auschwitz. Et les premiĂšres victimes de gazages au Zyklon B Ă  Auschwitz furent des prisonniers soviĂ©tiques[438].

Persécution des homosexuels

Photo en couleurs (teinte bleutĂ©e dominante), prise Ă  Amsterdam en novembre 2003, et montrant le « Homomonument » : un monument dĂ©diĂ© aux victimes homosexuelles du nazisme. La photo en montre seulement une partie : un assemblage de cinq dalles en granit rose qui forment un escalier triangulaire permettant d’accĂ©der, du trottoir, au bord d’un canal (de gauche Ă  droite sur la photo). La derniĂšre marche, une plate-forme triangulaire, qui semble flotter sur l’eau du canal, est en partie recouverte de gerbes de fleurs. L’arriĂšre-plan de la photo est constituĂ© par l’étendue d’eau du canal.
Monument dédié aux victimes homosexuelles du nazisme, à Amsterdam.

Hitler semble avoir été essentiellement pragmatique dans ce domaine : il toléra un temps l'homosexualité au sein du parti nazi, mais sut user de l'homophobie populaire lorsqu'il pouvait en tirer profit, en particulier lors de la nuit des Longs Couteaux et de l'élimination d'Ernst Röhm, ainsi que lors de l'affaire Blomberg-Fritsch. Il ne développa pas de doctrine spécifique à cet égard[439] - [440], au contraire de Himmler[441].

Entre 5 000 et 15 000 homosexuels ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s en camp de concentration entre 1933 et 1945, sur environ 50 000 poursuivis au titre du paragraphe 175 criminalisant les actes sexuels entre deux hommes (l'homosexualitĂ© fĂ©minine n'ayant pas Ă©tĂ© criminalisĂ©e)[439]. ReprĂ©sentant moins de 1 % des effectifs des camps, ils sont en revanche le plus souvent affectĂ©s aux commandos de travail les plus durs et, comparĂ©s Ă  d'autres groupes, connaissent une mortalitĂ© particuliĂšrement Ă©levĂ©e[442].

Conceptions religieuses

Photo en couleurs prise dans le hall d’un des bĂątiments de l’ancien ghetto de Varsovie en 2013. Sous un porche de pierre peu Ă©clairĂ©, on distingue la silhouette d’un homme agenouillĂ©, de dos, devant une large et haute porte grillagĂ©e donnant sur une ruelle au sol trĂšs clair. Il s’agit d’une statue en cire, de l’artiste italien Maurizio Cattelan, reprĂ©sentant Adolf Hitler en costume gris, priant agenouillĂ©.
« HIM » : sculpture par Maurizio Cattelan présentant Adolf Hitler à genoux et priant, exposée dans le hall d'un des bùtiments de l'ancien ghetto de Varsovie en 2013.

Hitler a Ă©tĂ© Ă©levĂ© par une mĂšre catholique trĂšs croyante et fut fascinĂ© dans son enfance par les cĂ©rĂ©monies religieuses et le faste de l'Église catholique[443]. Bien que, enfant, il fut baptisĂ© puis confirmĂ© Ă  l'Ăąge de quinze ans, il cessa d'aller Ă  la messe aprĂšs avoir dĂ©finitivement quittĂ© le foyer familial[444].

En 1914, lors de son engagement dans un rĂ©giment bavarois il se dĂ©clara officiellement GottglĂ€ubig, qui peut ĂȘtre traduit par « dĂ©iste sans affiliation Ă  une Ă©glise reconnue »[445]. Plus tard, dĂ©veloppant sa propre vision du monde, il s'Ă©loigne encore plus du christianisme et y devient trĂšs hostile, le tenant pour une religion hĂ©braĂŻque dont les prĂ©ceptes de charitĂ© et d'amour du prochain lui semblaient contraires Ă  la volontĂ© de puissance et aux vertus guerriĂšres qu'il souhaitait insuffler au peuple allemand[446]. Hitler percevait le christianisme comme une religion antinaturelle et mortifĂšre[447] : « Le christianisme est une rĂ©bellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. PoussĂ© Ă  sa logique extrĂȘme, le christianisme signifierait la culture systĂ©matique de l’échec humain ». Il dĂ©testait son origine juive[446] : « Le coup le plus dur qui ait jamais frappĂ© l'humanitĂ© fut l'avĂšnement du christianisme. Le bolchevisme est un enfant illĂ©gitime du christianisme. Tous deux sont des inventions du Juif. C'est par le christianisme que le mensonge dĂ©libĂ©rĂ© en matiĂšre de religion a Ă©tĂ© introduit dans le monde. Le bolchevisme pratique un mensonge de mĂȘme nature quand il prĂ©tend apporter la libertĂ© aux hommes, alors qu'en rĂ©alitĂ© il ne veut faire d'eux que des esclaves. Dans le monde antique, les relations entre les hommes et les dieux Ă©taient fondĂ©es sur un respect instinctif. C'Ă©tait un monde Ă©clairĂ© par l'idĂ©e de tolĂ©rance ».

Par ailleurs, Hitler ne partage pas les conceptions d'Himmler vis-Ă -vis du paganisme. Le chef de la SS cĂ©lĂšbre ainsi le culte des Germains et vilipende Charlemagne en raison des persĂ©cutions commises contre les Saxons, peuple dont la christianisation reprĂ©sente un vĂ©ritable « pĂ©chĂ© originel » Ă  ses yeux. À l'inverse, le FĂŒhrer considĂšre l'empereur carolingien comme « l'unificateur historique » de l'Empire romain d'Occident restaurĂ© et cimentĂ© par le christianisme mĂ©diĂ©val[448]. Loin d'ĂȘtre favorable Ă  la recrĂ©ation d'un culte wotanique, Hitler se fĂ©licite de vivre Ă  une Ă©poque « libĂ©rĂ©e de toute mystique[449] ». Selon ses propres dires : « Il me semble que rien ne serait plus insensĂ© que de rĂ©tablir le culte de Wotan. Notre vieille mythologie avait cessĂ© d'ĂȘtre viable lorsque le christianisme s'est implantĂ©. Ne meurt que ce qui est prĂȘt Ă  mourir. À cette Ă©poque le monde antique Ă©tait partagĂ© entre les systĂšmes philosophiques et le culte des idoles. Or il n'est pas souhaitable que l'humanitĂ© entiĂšre s'abĂȘtisse — et le seul moyen de se dĂ©barrasser du christianisme est de le laisser mourir petit Ă  petit ». Toutefois, Hitler laisse Himmler et les SS remplacer les rĂ©fĂ©rences chrĂ©tiennes de la sociĂ©tĂ© allemande par des rĂ©fĂ©rences Ă  un « monde teutonique » prĂ©-chrĂ©tien, soi-disant noyau exemplaire d'une mythique identitĂ© germanique raciale[450].

Ses attaques contre le christianisme, notamment celles que rapporte Martin Bormann dans ses propos de table, Ă©taient plus inspirĂ©es par un matĂ©rialisme Ă  prĂ©tention scientifique que par des rĂ©fĂ©rences Ă  une mystique paĂŻenne[447]. Hitler affirma Ă©galement dans les Propos de table : « Mais il n'est pas question que le national-socialisme se mette un jour Ă  singer la religion en Ă©tablissant une forme de culte. Sa seule ambition doit ĂȘtre de construire scientifiquement une doctrine qui ne soit rien de plus qu'un hommage Ă  la raison ».

Hitler admirait l'islam et il regrettait que les Germains ne fussent pas devenus musulmans ; il percevait avec sympathie l'islam, religion qu'il percevait comme fanatique et guerriĂšre[451]. Hitler affirma[452] : « Si Ă  Poitiers, Charles Martel avait Ă©tĂ© battu, la face du monde eĂ»t changĂ©. Puisque le monde Ă©tait dĂ©jĂ  vouĂ© Ă  l’influence judaĂŻque (et son produit, le christianisme, est une chose si fade !) il eĂ»t beaucoup mieux valu que le mahomĂ©tisme triomphĂąt. Cette religion rĂ©compense l’hĂ©roĂŻsme, elle promet aux guerriers les joies du septiĂšme ciel
 AnimĂ©s par un tel esprit, les Germains eussent conquis le monde. C’est le christianisme qui les en a empĂȘchĂ©s ». Il affirma aussi[453] : « Je conçois que l'on puisse s'enthousiasmer pour le paradis de Mahomet, mais le fade paradis des chrĂ©tiens ! ».

Hitler admirait Ă©galement la religion japonaise dĂ©vouĂ©e Ă  l'État[454] : « Nous avons la malchance de ne pas possĂ©der la bonne religion. Pourquoi n'avons-nous pas la religion des Japonais, pour qui se sacrifier Ă  sa patrie est le bien suprĂȘme ? La religion musulmane aussi serait bien plus appropriĂ©e que ce christianisme, avec sa tolĂ©rance amollissante ». Il voyait dans cette tradition spirituelle l'une des causes de la force du Japon[455] : « Cette philosophie [japonaise], qui est une des raisons principales de leur succĂšs, n'a pu se maintenir comme principe d'existence du peuple que parce que celui-ci est restĂ© protĂ©gĂ© contre le poison du christianisme ».

Cependant, pour mĂ©nager l'opinion allemande, il n'a jamais fait acte d'apostasie et continuait Ă  payer ses impĂŽts d'Église[456], et il affirma vouloir attendre la fin de la guerre pour rĂ©gler leur compte aux Églises chrĂ©tiennes[457], ce qui le conduisit Ă  rĂ©frĂ©ner certaines ardeurs antichrĂ©tiennes et mystiques du chef des SS. Dans ses discours, Hitler se contentait de rĂ©fĂ©rences vagues Ă  un dieu abstrait sans attache avec le christianisme, prĂŽnant de fait une position dĂ©iste.

MalgrĂ© des tracasseries et des surveillances, il a toujours eu l'habiletĂ© de mĂ©nager globalement les Églises allemandes, Ă©vitant un conflit ouvert dangereux pour l'adhĂ©sion des populations Ă  sa personne. Ni lui ni ses partisans n'ont jamais Ă©tĂ© excommuniĂ©s, et l'encyclique antinazie du pape Pie XI, Mit brennender Sorge (1937), Ă©vite prudemment de mentionner le nom de Hitler.

Vie privée et personnalité

Photo noir et blanc montrant Adolf Hitler, assis Ă  une table, dans une piĂšce de sa rĂ©sidence secondaire du Berghof (Ă  Berchstesgaden). L’homme, en costume clair, de face, est en train de lire des documents. L’arriĂšre-plan est divisĂ© par un rideau aux motifs fleuris : Ă  droite, une fenĂȘtre fermĂ©e au bord chargĂ© de pots de plantes et, Ă  gauche, un mur blanc supportant un tableau et un meuble en bois d’une couleur foncĂ©e sur lequel sont posĂ©es, sur la tranche, trois assiettes.
Adolf Hitler au Berghof, 1936.

Mode de vie

Hitler vivait, surtout pendant la guerre, en reclus et en décalage temporel, menant dans ses divers QG une vie morne, monotone et essentiellement nocturne, dont il imposait l'ennui à tout son entourage.

Avant de se terrer aprĂšs 1941, notamment au Wolfsschanze (Ă  la « TaniĂšre du Loup ») Ă  cĂŽtĂ© de Rastenburg en Prusse-Orientale aprĂšs le lancement de l'invasion de l'Union soviĂ©tique, il est toujours officiellement domiciliĂ© Ă  Munich (il boudera Berlin toute sa vie) et plus encore, il aime Ă  satisfaire son goĂ»t romantique pour les montagnes au Berghof, sa rĂ©sidence des Alpes bavaroises, Ă  Obersalzberg, un quartier de Berchtesgaden (rĂ©sidence surplombĂ©e Ă  quelques kilomĂštres par le Nid d'Aigle oĂč il se rend peu). PrĂšs du Berghof, viennent aussi habiter quelques-uns de ses principaux courtisans et intimes.

Selon certaines sources, Hitler ne buvait ni ne fumait (le tabac Ă©tait rigoureusement proscrit en sa prĂ©sence), mangeait vĂ©gĂ©tarien[458] - [459] - [460], au moins depuis 1932[461] ou la fin des annĂ©es 1930[462]. Cependant, comme il Ă©tait d'usage chez les soldats de la Wehrmacht pour augmenter leurs capacitĂ©s combatives — notamment chez les pilotes —, Hitler Ă©tait probablement consommateur de mĂ©thamphĂ©tamine (commercialisĂ©e alors en Allemagne sous le nom de la marque Pervitin). Le livre de l'Ă©crivain allemand Norman Ohler (de) Der totale Rausch: Drogen im Dritten Reich, paru en et traitant de l'usage des « drogues dans le TroisiĂšme Reich »[463], apporte ainsi des informations sur, entre autres, cette addiction de Hitler et ses rĂ©percussions sur son Ă©tat de santĂ© et sa psychopathologie.

Sexualité

La vie sentimentale et surtout sexuelle de Hitler, bien que peu discernable et surtout sans portĂ©e connue sur son rĂŽle historique[n 42], a Ă©tĂ© l'objet de nombreuses spĂ©culations de toutes sortes depuis au moins 1945, dans une littĂ©rature de qualitĂ© variable[n 43] aux sources pour le moins controversĂ©es. Ces spĂ©culations revĂȘtent des formes multiples et parfois contradictoires : une homosexualitĂ© hypothĂ©tique remontant aux annĂ©es de jeunesse Ă  Vienne ou Ă  celles de la PremiĂšre Guerre mondiale[n 44], un goĂ»t trouble et intĂ©ressĂ© pour les riches femmes mĂ»res dans les annĂ©es 1920[472], des relations incestueuses avec sa jeune niĂšce Geli Raubal[473], d'Ă©ventuelles pratiques ondinistes[474] - [n 45] ou coprophiles[476], une supposĂ©e impuissance[477] - [n 46], voire le nombre de ses testicules[n 47]. Le seul fait sĂ»r est que, se prĂ©sentant Ă  son peuple comme mystiquement mariĂ© Ă  l'Allemagne, pour justifier et instrumentaliser son cĂ©libat, Hitler a cachĂ© aux Allemands l'existence d'Eva Braun jusqu'Ă  leur mort commune, la nĂ©gligeant souvent et lui interdisant de paraĂźtre en public voire de venir Ă  Berlin, et la confinant le plus possible en BaviĂšre. Pour Ian Kershaw, en choisissant des femmes nettement moins ĂągĂ©es que lui (vingt-trois ans de moins dans le cas d'Eva Braun) et en conservant la distance (sa future Ă©pouse d'un jour ne devait l'appeler que « mein FĂŒhrer »), Hitler s'assurait de pouvoir garder intacte sa domination narcissique et Ă©goĂŻste sur elles.

Un Ă©goĂŻste charismatique

Solitaire et sans amis, Hitler a Ă©tĂ© incapable dĂšs sa jeunesse du moindre sentiment de compassion ou d'affection rĂ©elle pour quiconque, rĂ©servant ses quelques accĂšs de tendresse Ă  sa chienne Blondi, un berger allemand. Son Ă©goĂŻsme sans complexe, sa conviction d'ĂȘtre infaillible et sa soif de domination se traduisaient au quotidien par le refus de toute critique et par ses interminables monologues, ressassant Ă©ternellement les mĂȘmes thĂšmes des heures durant, et Ă©puisant son entourage jusque trĂšs tard dans la nuit[481].

Cela ne l'empĂȘchait pas de rĂ©gner sur son entourage et sur les masses par son charisme et son indĂ©niable pouvoir de sĂ©duction, et d'inspirer des dĂ©vouements aveugles allant jusqu'au fanatisme. Les cĂ©lĂšbres colĂšres effroyables qu'il pouvait piquer, contre ses gĂ©nĂ©raux notamment, n'Ă©taient en rĂ©alitĂ© pas trĂšs frĂ©quentes, et survenaient surtout quand la situation Ă©chappait Ă  son contrĂŽle[482].

Les images célÚbres de l'orateur Hitler en train de vociférer avec force gestes frénétiques ne doivent pas non plus donner une idée réductrice de ses talents propagandistes. En réalité, avant d'en arriver à ces points d'orgue fameux qui électrisaient l'assistance, Hitler savait varier les tons, construire sa progression et doser son débit, lequel ne s'accélérait que graduellement.

Un « dictateur paresseux »

Étant essentiellement autodidacte, son instruction hĂątive a toujours laissĂ© Ă  dĂ©sirer. Ses bibliothĂšques Ă  Munich, Berlin et Berchtesgaden contenaient plus de seize mille volumes, dont peu d'ouvrages authentiquement scientifiques ou philosophiques[483]. Il a persĂ©cutĂ© Freud (dĂ©cimant aussi sa famille) et a dĂ©formĂ© grossiĂšrement la pensĂ©e de Friedrich Nietzsche afin de mieux faire cadrer ses lectures avec son idĂ©ologie personnelle. Il ne connaissait aucune langue Ă©trangĂšre, son interprĂšte attitrĂ© Paul-Otto Schmidt se chargeant de lui traduire la presse extĂ©rieure ou l'accompagnant dans toutes les rencontres internationales.

Des employés devaient lui proposer des lunettes partout dans la chancellerie du Reich, afin que Hitler en ait rapidement une paire disponible[484].

Prompt Ă  exalter et Ă  embrigader le sport, il ne faisait jamais le moindre exercice de culture physique. Incapable de se contraindre Ă  un travail rĂ©gulier et suivi depuis sa jeunesse bohĂšme de Vienne, le « dictateur paresseux » (selon Martin Broszat) n'avait pas d'horaires de travail fixes, nĂ©gligeait souvent de rĂ©unir ou de prĂ©sider le conseil des ministres, Ă©tait parfois longuement introuvable mĂȘme par ses secrĂ©taires, et ne faisait le plus souvent que survoler les dossiers et les rapports. Au contraire du trĂšs bureaucratique Staline, Hitler dĂ©testait la paperasserie, et n'a de sa vie rĂ©digĂ© qu'un seul mĂ©moire, celui sur le Plan de Quatre Ans (1936), qu'il n'a d'ailleurs fait lire qu'Ă  deux ou trois personnes dont Göring et le chef de l'armĂ©e, le marĂ©chal von Blomberg. Ses directives Ă©taient souvent purement verbales ou rĂ©digĂ©es en des termes assez gĂ©nĂ©raux pour laisser Ă  ses subordonnĂ©s une assez grande marge de manƓuvre[485].

Santé

Sa santĂ© n'a cessĂ© de se dĂ©grader dans les derniĂšres annĂ©es de la guerre. DĂ©primĂ© et insomniaque, vieillissant, voĂ»tĂ© et tremblant (probablement atteint de la maladie de Parkinson, dont les symptĂŽmes, les jambes et surtout le bras gauche agitĂ©s de tremblements rapides, apparaissent en selon le docteur Ellen Gibbels (de)[486]), bourrĂ© de mĂ©dicaments par son mĂ©decin le Dr Theodor Morell, Hitler Ă©tait surtout absorbĂ© par les opĂ©rations militaires et hantĂ© en son sommeil, de son propre aveu, par la position de chacune des unitĂ©s dĂ©truites sur le front de l'Est[487]. C'est bien avant de passer Ă  l'acte qu'il Ă©voquait devant ses proches le suicide comme la solution de facilitĂ© qui permettrait d'en finir en un instant avec ses ennuis. Il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂȘt Ă  passer Ă  l'acte aprĂšs deux Ă©checs politiques en 1923 et 1932. Le , lorsque les Russes encerclent Berlin, il fait savoir Ă  son entourage qu'il a dĂ©cidĂ© de se donner la mort[488].

Selon plusieurs chercheurs, il souffrait de maladies diverses : du syndrome de l'intestin irritable, de lĂ©sions cutanĂ©es, d'un trouble du rythme cardiaque, de sclĂ©rose coronaire[489], de syphilis, de la maladie de Parkinson[490] et d'acouphĂšne[491], entre autres. Dans un rapport Ă©tabli en 1943 par Walter Charles Langer de l’universitĂ© Harvard pour l'Office of Strategic Services (OSS), il est qualifiĂ© de psychopathe[492]. Dans son ouvrage sur Hitler, l'historien Robert G. L. Waite (en) soutient qu'il souffrait d'un trouble de la personnalitĂ© limite[493].

Cinéphilie

PassionnĂ© de cinĂ©ma, il regardait rĂ©guliĂšrement des films (parfois trois dans la mĂȘme soirĂ©e), imposait Ă  ses invitĂ©s aprĂšs un dĂźner officiel le visionnage d'un film et pouvait mĂȘme annuler des rĂ©unions pour cela. Il a vu au moins une vingtaine de fois le Siegfried de Fritz Lang, qu'il avait mĂȘme envisagĂ© de nommer Ă  la direction de l'industrie cinĂ©matographique allemande, malgrĂ© ses origines juives. Alors que ces films Ă©taient boycottĂ©s officiellement par l'Allemagne nazie Ă  partir de 1935, il se plaisait Ă  regarder des dessins animĂ©s amĂ©ricains comme Blanche-Neige et les Sept Nains ou des Mickey Mouse[494].

Cultures et médias

Analyse psychologique

Fondateur d’un État totalitaire, doctrinaire raciste et antisĂ©mite, responsable de la partie europĂ©enne de la Seconde Guerre mondiale ayant fait entre quarante et soixante millions de morts[495], et inspirateur du gĂ©nocide des Juifs et de crimes contre l’humanitĂ© sans prĂ©cĂ©dent ni Ă©quivalent Ă  ce jour dans l’histoire humaine, le personnage de Hitler a cristallisĂ© une telle animositĂ© qu’il est devenu aux yeux des Occidentaux la figure archĂ©typale du criminel, sinon la figure mĂȘme du « mal absolu ». Aussi les interprĂ©tations de son comportement revĂȘtent-elles nĂ©cessairement un enjeu considĂ©rable, et aussi est-il nĂ©cessaire de les considĂ©rer avec beaucoup de recul.

Le psychanalyste Walter Charles Langer a Ă©tĂ© nommĂ© par l'OSS en 1943 pour analyser le cas Hitler, son rapport a donnĂ© lieu a une publication[496]. Le psychiatre Douglas Kelley connu pour ses analyses des personnalitĂ©s jugĂ©es au procĂšs de Nuremberg a lui aussi Ă©tudiĂ© la personnalitĂ© de Hitler en mettant les troubles gastriques de ce dernier, probablement d'origine psychologique, comme une des clĂ©s d'explication de sa « nĂ©vrose d'angoisse » et de son hypocondrie dĂ©lirante (1943)[497]. La psychologue Alice Miller[498] analyse les liens entre son Ă©ducation « rĂ©pressive » et la suite de sa biographie et avance l’explication que les comportements violents de Hitler trouveraient leur origine dans ses traumatismes infantiles. Sa mĂšre avait Ă©pousĂ© un homme plus ĂągĂ© qu’elle de 23 ans, et qu’elle appelait « oncle AloĂŻs » ; ses trois enfants moururent en quelques annĂ©es autour de la naissance d’Adolf, amenant ce dernier Ă  ĂȘtre surprotĂ©gĂ©. Il aurait Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement battu et ridiculisĂ© par son pĂšre ; aprĂšs une tentative de fugue, il aurait Ă©tĂ© presque battu Ă  mort. Adolf haĂŻt son pĂšre durant toute sa vie et on a rapportĂ© qu’il faisait des cauchemars Ă  son sujet Ă  la fin de son existence. Toutes ces explications sont controversĂ©es car elles ne parviennent pas plus que celles des philosophes (Hannah Arendt notamment) Ă  rendre compte de ce qui a pu constituer une telle personnalitĂ©.

Lorsque l’Allemagne nazie annexa l’Autriche, Hitler fit transformer le village paternel, Döllersheim, et plusieurs villages alentour, en terrain d'entrainement pour la Wehrmacht, entrainant l'Ă©vacuation de la population[499]. Dans le cadre des exercices de l'armĂ©e, les maisons du village seront plus tard dĂ©truites. Le village abritait la tombe de sa grand-mĂšre paternelle. Les raisons ayant poussĂ© Hitler Ă  ce choix ne sont pas historiquement Ă©tablies.

Au cinéma

La figure d’Adolf Hitler a Ă©tĂ© portĂ©e Ă  l'Ă©cran Ă  la fois par lui-mĂȘme dans des longs mĂ©trages allemands crĂ©Ă©s sous le nazisme, puis par de nombreux acteurs d’abord dans des films de propagande anti-nazi et ensuite aprĂšs la guerre, dans des films historiques et mĂ©moriels, voire des comĂ©dies ou des Ɠuvres de science-fiction.

Littérature

Deux romanciers en ont fait un personnage de fiction mais ce, dans le cadre supposé de sa survie en Amérique du Sud.

  • Pierre Boulle, "Son dernier combat", nouvelle insĂ©rĂ©e dans le recueil Quia Absurdum Paris, 1970
    • Adolf Hitler vit au PĂ©rou avec Eva Braun Ă  la tĂȘte d'une hacienda. La chienne Blondi a Ă©galement survĂ©cu. Ils reçoivent Martin Bormann.
    • En Amazonie des IsraĂ«liens chasseurs de nazis, dĂ©couvrent par hasard un vieillard de 90 ans en qui ils reconnaissent Adolf Hitler (A.H.).

DĂ©corations


Notes et références

Notes

  1. Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API.
  2. Selon les dires d'Adolf Hitler lui-mĂȘme plus tard dans son livre Mein Kampf, Braunau Ă©tait une ville symbolique, c'est en ce lieu prĂ©cis, entre l'Allemagne et l'Autriche que le ciel l'aurait Ă©lu pour le destin[9].
  3. Selon Adolf Hitler, c'est sur le portail du monastÚre de Lambach qu'il aurait vu pour la premiÚre fois une croix gammée. Ce motif représentait les armoiries du fondateur de l'abbaye Theoderich Hagen[11].
  4. La maison de Leonding sera promue monument national de la Grande Allemagne en 1938 peu de temps aprĂšs l'Anschluss[11].
  5. Il semble cependant que de nombreux historiens aient exagéré la violence des relations entre Adolf Hitler et son pÚre. Bien qu'il lui reproche sa détermination à faire de son fils un fonctionnaire, Hitler dresse un portrait respectueux d'Alois dans son livre Mein Kampf[14] - [15].
  6. Dans une biographie officielle sur Hitler, en 1935, Annemarie Stiehler a soigneusement cachĂ© le fait que le pĂšre du FĂŒhrer pouvait passer du temps Ă  boire Ă  l'auberge de son village[17].
  7. Selon l'historien John Toland, le jeune Hitler a sangloté, ce dont doute Ian Kershaw qui voit en ce décÚs la disparition de l'autorité. Brigitte Hamann, quant à elle, soutient que le décÚs de son pÚre fut un « soulagement »[14] - [18].
  8. Cette vision va Ă  contre-courant de Mein Kampf, oĂč aprĂšs coup il affirme avoir Ă©tĂ© dĂšs sa scolaritĂ© Ă  Linz un meneur raciste et antisĂ©mite. Cela est confirmĂ© par le tĂ©moignage de Josef Keplinger, camarade de classe de Hitler Ă  Linz[20].
  9. Le tĂ©moignage de Kubizek, rĂ©digĂ© aprĂšs la guerre, doit ĂȘtre traitĂ© avec prudence. Il a en effet tendance Ă  embellir et Ă  modifier les faits apportĂ©s dans Mein Kampf. Certains passages sont inventĂ©s de toutes piĂšces. Il reste cependant un tĂ©moin direct et indispensable[25] - [26].
  10. Hitler vouait un vĂ©ritable culte Ă  la musique de Richard Wagner. Son opĂ©ra favori Ă©tait Lohengrin. Selon lui, le compositeur Ă©tait un « gĂ©nie suprĂȘme »[27] - [28] - [29].
  11. Les spécialistes ont longtemps réfléchi sur les conséquences du décÚs de Klara Hitler sur l'avenir de son fils. Certains y ont déjà vu la naissance du monstre, d'autres un jeune homme débrouillard s'occupant de la maison en l'absence de sa mÚre ou encore un fils en présence continue auprÚs de sa mÚre[32].
  12. TĂ©moignage recueilli par la Gestapo en 1938[33].
  13. La plupart des spécialistes s'accordent pour affirmer qu'au printemps 1908, Hitler avait certes des préjugés à l'égard des Juifs, comme nombre de ses contemporains, mais ne leur était pas fanatiquement hostile. La communauté hébraïque était importante à Vienne : le quartier Leopoldstadt concentre 40 % des Juifs de la capitale impériale[34].
  14. Ian Kershaw rapproche cela du code moral prÎné par Schönerer : rester célibataire jusqu'à vingt-cinq ans, éviter de manger de la viande et de boire de l'alcool, se tenir à l'écart des marginaux comme des prostituées. De nombreuses sources (Kubizek, Mein Kampf notamment) tendent à démontrer chez le jeune Hitler une sexualité troublée et refoulée[37].
  15. Lorsqu'il revient Ă  Vienne, en , Hitler a dĂ©mĂ©nagĂ© sans laisser d'adresse. À Spital, sa demi-sƓur Angela lui conseille de trouver une « profession normale[38]. »
  16. Hitler produisait en moyenne une peinture par jour, qu'Hanish vendait cinq couronnes. Selon le témoignage d'Hanish, Hitler ne suivait pas la cadence et les hommes se disputaient réguliÚrement[42].
  17. Hanisch a tenté de gagner de l'argent en vendant des peintures de Hitler à un marchand d'art sans partager la somme. Or, il finit au poste de police pour usurpation d'identité. Il réapparaßt dans les années 1920 et fournit aux journalistes des documents sur la vie de Hitler en échange d'argent. Ses informations sont souvent fausses[43].
  18. « Nous autres Autrichiens Ă©tions les seuls Ă  savoir avec quelle aviditĂ© aiguillonnĂ©e par le ressentiment Hitler convoitait Vienne, cette ville qui l'avait vu dans la pire misĂšre et oĂč il voulait entrer en triomphateur[45]. »
  19. Aucun de ses camarades de tranchée n'apporte de témoignage en faveur d'une haine exacerbée d'Adolf Hitler contre les Juifs durant la Grande Guerre[49].
  20. Somme qu'il perçoit effectivement le sur décision de la cour du district de Linz[53].
  21. Selon Lionel Richard, ce cliché publié en 1931 est douteux. L'homme est élégant, a de petites moustaches, c'est-à-dire l'inverse d'un vulgaire artiste-peintre de rue. S'agit-il d'un trucage ? Hitler ne parle à aucun moment de sa présence à l'Odeonsplatz dans Mein Kampf[58].
  22. Dans Mein Kampf, Hitler affirme qu'il s'est adressé directement au roi Louis III pour lui demander la faveur de l'accepter dans l'armée bavaroise. Une réponse positive lui serait parvenue dÚs le lendemain[60].
  23. Pendant longtemps l'on a avancĂ© l'idĂ©e qu'il n'avait pas les qualitĂ©s nĂ©cessaires pour ĂȘtre sous-officier. S'il n'a pas tentĂ© de monter en grade, c'est probablement parce qu'il n'a pas voulu : changer de poste, c'Ă©tait se rapprocher du danger. De plus, il restait Ă  proximitĂ© du cercle des officiers[62].
  24. Il sera décoré de la croix de fer 2e classe le et de la croix de fer 1re classe le [64]
  25. Le danger était réel pour l'estafette Hitler, bien que moins exposée que ses camarades sur le front : le , le poste de commandement avancé de son régiment est rasé par un obus français quelques minutes aprÚs son départ[65].
  26. À l'hĂŽpital, il se dit consternĂ© d'entendre certains soldats se vanter d'avoir simulĂ© des blessures[69].
  27. Selon Hitler, il Ă©tait donc devenu invalide de guerre[71].
  28. Cette révélation est décrite comme religieuse à la maniÚre de Jeanne d'Arc qui aurait entendu des voix. Il devenait le nouveau Messie de l'Allemagne contre le Mal juif et bolchévique[72].
  29. Dans Mein Kampf, Hitler donne de cet épisode un récit plutÎt elliptique, mais assez clair quant à sa vision du monde :
    « En , nous Ă©tions de retour Ă  Munich. La situation Ă©tait intenable et poussait Ă  la continuation de la rĂ©volution. La mort d’Eisner ne fit qu’accĂ©lĂ©rer l’évolution et conduisit finalement Ă  la dictature des soviets, pour mieux dire, Ă  une souverainetĂ© passagĂšre des Juifs, ce qui avait Ă©tĂ© originairement le but des promoteurs de la rĂ©volution et l’idĂ©al dont ils se berçaient. [
] Au cours de cette nouvelle rĂ©volution de soviets, je me dĂ©masquai pour la premiĂšre fois de telle façon que je m’attirai le mauvais Ɠil du soviet central. Le 27 avril 1919, je devais ĂȘtre arrĂȘtĂ©, mais les trois gaillards n’eurent point le courage nĂ©cessaire en prĂ©sence du fusil braquĂ© sur eux et s’en retournĂšrent comme ils Ă©taient venus. Quelques jours aprĂšs la dĂ©livrance de Munich, je fus dĂ©signĂ© pour faire partie de la Commission chargĂ©e de l’enquĂȘte sur les Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires dans le 2e rĂ©giment d’infanterie. Ce fut ma premiĂšre fonction active Ă  caractĂšre politique. »
  30. L'homme « qui inventa Hitler » mourra rĂ©sistant socialiste Ă  Buchenwald en , deux mois avant le suicide du FĂŒhrer.
  31. En 1932, de passage à Munich, l'ancien ministre britannique Winston Churchill accepta par curiosité un rendez-vous avec le dirigeant nazi, mais ce dernier annula l'entrevue avec son futur vainqueur quand ce dernier demanda à son intermédiaire pourquoi Hitler en voulait tant à des gens qui n'avaient fait que naßtre Juifs.
  32. François BĂ©darida souligne la spĂ©cificitĂ© de l’idĂ©ologie de Hitler : parfaitement cohĂ©rente, sincĂšrement ressentie, cette Weltanschauung est unique au monde car aucune autre n’a entraĂźnĂ© par son application de crimes aussi vastes et singuliers[109].
  33. « La conquĂȘte du pouvoir par Hitler rĂ©sulte largement de l'usage cynique qu'il sut faire d'une propagande fondĂ©e sur le mĂ©pris : mĂ©pris de ses camarades politiques dont il abandonnait le programme Ă  sa guise et dont il trahit les prĂ©occupations ouvriĂ©ristes ; mĂ©pris de ses concitoyens auxquels il promet toute chose et son contraire, changeant de style selon les lieux, les moments et les publics. Les seules constantes des discours hitlĂ©riens sont l'antisĂ©mitisme et la xĂ©nophobie[131]. »
  34. « L'accession de Hitler au pouvoir n'Ă©tait aucunement inĂ©luctable. Hindenburg eĂ»t-il concĂ©dĂ© Ă  Schleicher la dissolution qu'il avait si volontiers accordĂ©e Ă  Papen et dĂ©cidĂ© d'une prorogation au-delĂ  des soixante jours prĂ©vus par la constitution, la nomination de Hitler Ă  la chancellerie aurait sans doute pu ĂȘtre Ă©vitĂ©e. [...] En vĂ©ritĂ©, les erreurs de calculs politiques des habituĂ©s des allĂ©es du pouvoir contribuĂšrent beaucoup plus que [les] propres actions [de Hitler] Ă  le hisser sur le siĂšge de chancelier[133]. »
  35. « Le , à 11 heures, alors que les membres du cabinet faisaient attendre le président en discutant à la porte de son bureau, la nomination de Hitler pouvait encore tourner court[133]. »
  36. Extrait plus large de l'interview : « 
Vous vous dites : « Hitler nous fait des dĂ©clarations pacifiques, mais est-il de bonne foi ? Est-il sincĂšre ? » N’est-ce pas un point de vue puĂ©ril que le vĂŽtre ? Est-ce qu’au lieu de vous livrer Ă  des devinettes psychologiques, vous ne feriez pas mieux de raisonner en usant de cette fameuse logique Ă  laquelle les Français se dĂ©clarent si attachĂ©s ? N’est-il pas Ă©videmment Ă  l’avantage de nos deux pays d’entretenir de bons rapports ? Ne serait-il pas ruineux pour eux de s’entre-choquer sur de nouveaux champs de bataille ? N’est-il pas logique que je veuille ce qui est le plus avantageux Ă  mon pays, et, ce qui est le plus avantageux, n’est-ce pas Ă©videmment la paix ?
    
 C’est bien Ă©trange que vous jugiez encore possible une agression allemande ! Est-ce que vous ne lisez pas notre presse ? Est-ce que vous ne voyez pas qu’elle s’abstient systĂ©matiquement de toute attaque contre la France, qu’elle ne parle de la France qu’avec sympathie ?
    
 Jamais un dirigeant allemand ne vous a fait de telles ouvertures si rĂ©pĂ©tĂ©es. Et ces offres Ă©manent de qui donc ? D’un charlatan pacifiste qui s’est fait une spĂ©cialitĂ© des relations internationales ? Non pas, mais du plus grand nationaliste que l’Allemagne ait jamais eu Ă  sa tĂȘte ! Moi, je vous apporte ce que nul autre n’aurait jamais pu vous apporter : une entente qui sera approuvĂ©e par 90 % de la nation allemande, les 90 % qui me suivent ! Je vous prie de prendre garde Ă  ceci :
    Il y a dans la vie des peuples des occasions dĂ©cisives. Aujourd’hui la France peut, si elle le veut, mettre fin Ă  tout jamais Ă  ce « pĂ©ril allemand » que vos enfants de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, apprennent Ă  redouter. Vous pouvez lever l’hypothĂšque redoutable qui pĂšse sur l’histoire de France. La chance vous est donnĂ©e Ă  vous. Si vous ne la saisissez point, songez Ă  votre responsabilitĂ© vis-Ă -vis de vos enfants ! Vous avez devant vous une Allemagne dont les neuf dixiĂšmes font pleine confiance Ă  leur chef, et ce chef vous dit : « Soyons amis[160] ! » »
  37. Bertrand de Jouvenel, journal Paris-Midi du , p. 3/ Ref. BNF MICR D-uc80.
    Toutefois, du fait que cette interview intervienne aprĂšs la ratification du pacte franco-soviĂ©tique, certains commentateurs allemands auront des paroles dures Ă  l’égard d’Édouard Herriot, d’Albert Sarraut et de Flandin leur reprochant d’avoir signĂ© avec les SoviĂ©tiques.
  38. Speer Ă©tait tellement efficace au poste de ministre de l'Armement qu’à la fin de l'annĂ©e 1943, il Ă©tait largement considĂ©rĂ© dans l'Ă©lite nazie comme un possible successeur Ă  Hitler[199].
  39. Expression de l'historien Ian Kershaw.
  40. La France du marĂ©chal PĂ©tain, ainsi, a nourri l'illusion coĂ»teuse que le FĂŒhrer Ă©tait prĂȘt Ă  faire de la France un pays partenaire dans sa « nouvelle Europe », d'oĂč une collaboration Ă  sens unique qui a permis Ă  Hitler d'atteindre Ă  moindres frais ses objectifs de pillage, rĂ©pression ou dĂ©portation[335].
  41. L'ancien chef de la Hitlerjugend et gauleiter de Vienne Baldur von Schirach, condamnĂ© Ă  vingt ans de prison Ă  Nuremberg, Ă©crit en 1967 : « La catastrophe allemande ne provient pas seulement de ce que Hitler a fait de nous, mais de ce que nous avons fait de Hitler. Hitler n'est pas venu de l'extĂ©rieur, il n'Ă©tait pas, comme beaucoup l'imaginent, une bĂȘte dĂ©moniaque qui a saisi le pouvoir tout seul. C'Ă©tait l'homme que le peuple allemand demandait et l'homme que nous avons rendu maĂźtre de notre destin en le glorifiant sans limites. Car un Hitler n'apparaĂźt que dans un peuple qui a le dĂ©sir et la volontĂ© d'avoir un Hitler[339]. »
  42. Ian Kershaw, par exemple, s'interroge sur la portĂ©e des spĂ©culations sur l'hypothĂ©tique homosexualitĂ© de Hitler : admettre cette hypothĂšse changerait-il quoi que ce soit Ă  notre comprĂ©hension de l'histoire du nazisme et de Hitler lui-mĂȘme[464]?
  43. À la suite d'un constat sur l'« idĂ©e commune » issue du Nazi Porn selon laquelle « le nazisme serait un rĂ©gime dans lequel les relations sexuelles Ă©taient dĂ©bridĂ©es, gĂ©nĂ©rales, obsessionnelles, avec une dimension sado-masochiste », Fabrice d'Almeida relĂšve l'existence de nombreux « essais de psychologie mal comprise », et d'« enquĂȘtes historiques de qualitĂ© variable [plaçant] la question sexuelle au cƓur de leur rĂ©flexion dĂšs l'immĂ©diate aprĂšs-guerre[465]. » Pour un panorama de celles-ci, voir Rosenbaum 2011, p. 135-153, chapitre « The Dark Matter: The Sexual Fantasy of the Hitler Explainers » ; Rosenbaum y distingue deux groupes principaux : celui des psycho-historiens des annĂ©es 1960 et 1970, issus de la psychanalyse, et celui des ex-nazis, transfuges de l'entourage de Hitler, Otto Strasser, Ernst Hanfstaengl et Hermann Rauschning.
  44. Cette thÚse est illustrée en particulier par les ouvrages de Robert Waite et, surtout, de Lothar Machtan[466] - [467].
    Ces spĂ©culations s'appuient sur les « tĂ©moignages » discrĂ©ditĂ©s de Hans Mend et d'Eugen Dollmann (en).
    Hans Mommsen y voit « beaucoup de bruit pour rien[468]. »
    Ian Kershaw a détaillé les arguments montrant le peu de crédibilité de ces spéculations[469].
    Pour Florence Tamagne, historienne de l'homosexualitĂ© en Europe au XXe siĂšcle, « certains auteurs ont voulu voir en Hitler un homosexuel refoulĂ©, mais cette hypothĂšse, construite essentiellement Ă  partir d’interprĂ©tations psychanalytiques, peine Ă  convaincre[470]. »
    François Kersaudy, auteur d'une publication trÚs ouverte aux sujets scabreux sur le IIIe Reich, juge que « quoi qu'aient pu écrire des générations de psychiatres amateurs, Hitler n'était pas homosexuel[471]. »
  45. Sur l'ondinisme supposé de Hitler, Paul Simelon parle d'une rumeur née aprÚs le suicide de Geli Raubal, qui le lierait aux « extravagances sexuelles de Hitler », en l'occurrence « l'ondinisme », mais juge qu'elle manque de fondement[475].
  46. Les affirmations sur l'impuissance de Hitler ont été démenties par Heinz Linge, valet de chambre de Hitler[478].
  47. Simelon 2004, p. 35, qui s'appuie sur Norman Finkelstein. Le médecin de famille de Hitler, le docteur Eduard Bloch, a affirmé sans équivoque qu'il avait examiné Hitler pendant son enfance et l'avait trouvé « génitalement normal[479]. »
    Cette lĂ©gende n'a aucun rapport avec la chanson anti-allemande et populaire pendant la guerre : Hitler has only got one ball (« Hitler n’a qu’une couille », sur l’air de la Marche du Colonel Bogey)[480].

Références

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  124. En 1918, les biens des familles rĂ©gnantes allemandes ont Ă©tĂ© mis sous sĂ©questre. Le KPD dĂ©pose en dĂ©cembre 1925 un projet de loi en faveur de leur expropriation sans indemnisation. Le projet est repoussĂ© malgrĂ© le soutien du SPD. La gauche obtient alors l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum qui a lieu le 20 juin 1926. Une forte abstention invalide finalement le scrutin — Voir (en) Franklin C. West, A Crisis of the Weimar Republic: A Study of the German Referendum of 20 June 1926, American Philosophical Society, , 360 p. (ISBN 9780871691644), p. 178-186. Hitler s’oppose Ă  cette occasion Ă  Gregor Strasser — Voir (de) Hans Mommsen, Aufstieg und Untergang der Republik von Weimar (1918-1933), Munich, Econ-Ullstein-List-Verlag, , 2e Ă©d., 742 p. (ISBN 3-54826-581-2), p. 395.
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Voir aussi

Bibliographie

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Biographies générales

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  • (en) William O. McCagg Jr., Les Juifs des Habsbourg 1670-1918, PUF, (ISBN 2-130-46877-2) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Gert Buchheit : Hitler chef de guerre (1. « Les conquĂȘtes 1939-1942 ») Ă©ditions j'ai lu leur aventure n°A156-157
  • Gert Buchheit : Hitler chef de guerre (2. « Les dĂ©sastres 1943-1945 ») Ă©ditions j'ai lu leur aventure n°A158-159
  • Philippe Masson, Hitler chef de guerre, Perrin, (ISBN 978-2-262-01561-9) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Laurence Rees, Adolf Hitler, la sĂ©duction du diable, Albin Michel, , 280 p. (ISBN 978-2-226-24532-8) [EPUB] (ISBN 9782226284488) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Lionel Richard, D’oĂč vient Adolf Hitler ?, Autrement, coll. « SĂ©rie MĂ©moires », , 230 p. (ISBN 978-2-862-60999-7) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Jean Stenger, « Hitler et la pensĂ©e raciale », Revue belge de philologie et d'histoire, tome 75, fasc. 2, 1997. Histoire mĂ©diĂ©vale, moderne et contemporaine - Middeleeuwse, moderne en hedendaagse geschiedenis. p. 413-441.
  • Thomas Weber, La PremiĂšre Guerre d'Hitler, Paris, Perrin, , 518 p. (ISBN 978-2-262-03589-1) [EPUB] (ISBN 9782262040505) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Gerhardt Boldt : La Fin de Hitler Ă©ditions j'ai lu leur aventure n°A26
  • François Delpla, Hitler, Propos intimes et politiques, tomes 1 et 2, Paris, Nouveau Monde Ă©ditions, 2016, 704 et 768 p.
  • Éric Branca, Les Entretiens oubliĂ©s d'Hitler, Perrin, 2019.

Divers

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  • Pierre Dac (prĂ©f. Jacques Pessis), L'Os Ă  Moelle : 13 mai 1938-7 juin 1940, Paris, Omnibus, , 1196 p. (ISBN 2-258-07475-4) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Pierre Dac (prĂ©f. Jacques Pessis), DrĂŽle de guerre, Paris, Omnibus, , 1168 p. (ISBN 2-258-07828-8) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Un ChĂąteau en ForĂȘt : Le FantĂŽme de Hitler, Norman Mailer, 2007.

Sur le IIIe Reich

  • Pierre Milza, Philippe Burrin, Serge Berstein, Jean-Pierre AzĂ©ma et al., L'Allemagne de Hitler : 1933-1945, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », , 427 p. (ISBN 2020126478).
  • Pierre Ayçoberry, La sociĂ©tĂ© allemande sous le IIIe Reich 1933-1945, Paris, Éd. du Seuil, coll. « L'Univers Historique », (ISBN 978-2-020-33642-0)
  • Daniel Blatman (trad. de l'hĂ©breu par Nicolas Weill, publiĂ© avec le concours de la Fondation pour la mĂ©moire de la Shoah), Les Marches de la mort : La derniĂšre Ă©tape du gĂ©nocide nazi, Ă©tĂ© 1944-printemps 1945, Paris, Fayard, , 589 p. (ISBN 978-2-213-63551-4, BNF 41431181).
  • Martin Broszat, L'État hitlĂ©rien : l'origine et l'Ă©volution des structures du IIIe Reich, Paris, Fayard, coll. « L'espace du politique », (ISBN 2-213-01402-7).
  • Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich, volume 1 : L'avĂšnement, Flammarion Lettres, coll. « Au fil de l'histoire », , 800 p. (ISBN 978-2-082-10111-0)
  • Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich, volume 2 : 1933-1939, Flammarion Lettres, coll. « Au fil de l'histoire », , 1048 p. (ISBN 978-2-082-10112-7)
  • Richard J. Evans, Le TroisiĂšme Reich, volume 3 : 1939-1945, Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire », , 1102 p. (ISBN 978-2-081-20955-8)
  • (de) Richard Breitman, Der Architekt der Endlösung, Munich, 2000, trad. française Himmler et la solution finale, l'architecte du gĂ©nocide, Calmann-Levy, 2009, (ISBN 978-2-7021-4020-8).
  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l'AntiquitĂ©, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », (1re Ă©d. 2008) (ISBN 978-2-130-60899-8).
  • Saul FriedlĂ€nder (trad. de l'anglais par Marie-France de PalomĂ©ra), L'Allemagne nazie et les Juifs, Volume 1 : Les annĂ©es de persĂ©cution : 1933-1939, Paris, Seuil, coll. « L'Univers Historique », , 529 p. (ISBN 978-2-02-097028-0).
  • Saul FriedlĂ€nder (trad. de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat), L'Allemagne nazie et les Juifs, Volume 2 : Les annĂ©es d'extermination : 1939-1945, Paris, Seuil, coll. « L'Univers Historique », , 1028 p. (ISBN 978-2-02-020282-4).
  • Jeffrey Herf, L'ennemi juif : la propagande nazie, 1939-1945, Paris, Calmann-LĂ©vy, (ISBN 978-2-702-14220-2).
  • François Kersaudy, Les Secrets du IIIe Reich, Paris, Perrin, coll. « SynthĂšses Historiques », , eBook (ISBN 9782262041694), note 9, emplacements 1991 sur 6948
  • Ian Kershaw, La Fin, Allemagne, 1944-1945, Paris, Éditions du Seuil, , 665 p. (ISBN 978-2-020-80301-4) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Hans Mommsen (trad. de l'allemand par Françoise Laroche, prĂ©f. Henry Rousso), Le national-socialisme et la sociĂ©tĂ© allemande : Dix essais d'histoire sociale et politique, Paris, Les Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, coll. « Hors sĂ©rie Connaissance », , 414 p. (ISBN 2-7351-0757-4).
  • William L. Shirer, Le IIIe Reich, Paris, Stock, , 1257 p. (ISBN 2-234-02298-3)
  • David Schoenbaum, La rĂ©volution brune : la sociĂ©tĂ© allemande sous le IIIe Reich (1933-1939), Paris, Gallimard, (1re Ă©d. 1966) (ISBN 2-070-75918-0). Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Henry Rousso (dir.), Nicolas Werth, Philippe Burrin et al., Stalinisme et nazisme : Histoire et mĂ©moire comparĂ©es, Bruxelles, Éditions Complexes, coll. « Histoire du temps prĂ©sent », , 387 p. (ISBN 2870277520).

Recueil d'illustrations

  • Hans Georg Hiller von Gaertringen (dir.), Walter Frentz, Bernd Boll et al. (trad. de l'allemand par Qualis Artifex, prĂ©f. Fabrice d'Almeida), L’ƒil du IIIe Reich : Walter Frentz, le Photographe de Hitler [« Das Auge des Dritten Reiches : Hitlers Kameramann und Fotograf Walter Frentz »], Paris, Perrin, coll. « Documents Historiques », , 256 p. (ISBN 9782262027421, OCLC 319952463) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article.

Articles connexes

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