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Histoire

événements passés et leurs traces ou publications, étudiés par diverses branches des sciences humaines de l'histoire

Pour les articles homonymes, voir Histoire (homonymie).

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Cet article concerne la discipline scientifique. Pour l'histoire de l'humanité, voir Histoire du monde.

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Ne doit pas être confondu avec Histologie.

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Histoire
Image dans Infobox.
Historia, all√©gorie de l'Histoire. Peinture de Nik√≥laos G√Ĺzis.
Partie de
Pratiqué par
Fondateur
Hérodote
(dans la tradition occidentale)
Histoire

L‚Äôhistoire, un mot souvent √©crit avec la premi√®re lettre en majuscule, est √† la fois l'√©tude et l'√©criture des faits et des √©v√©nements pass√©s quelles que soient leur vari√©t√© et leurs complexit√©s. L'histoire est √©galement une science humaine et sociale. On d√©signe aussi couramment sous le terme d'histoire (par synecdoque) le pass√© lui-m√™me, comme dans les le√ßons de l'histoire. L'histoire est un r√©cit √©crit par lequel des hommes et des femmes (les historiens et historiennes) s'efforcent de faire conna√ģtre les temps r√©volus. Ces tentatives ne sont jamais enti√®rement ind√©pendantes de conditionnements √©trangers au domaine telle que la vision du monde de leur auteur ou sa culture, mais elles sont cens√©es √™tre √©labor√©es √† partir de sources plut√īt que guid√©es par la sp√©culation ou l'id√©ologie.

Au cours des siècles, les historiens ont façonné leurs méthodes ainsi que les champs d'intervention, tout en réévaluant leurs sources, leur origine et leur exploitation. La discipline universitaire d'étude et écriture de l'histoire, y compris la critique des méthodes, est l'historiographie. Elle s'appuie sur diverses sciences auxiliaires complétant selon les travaux menés la compétence générale de l'historien. Elle reste malgré tout une construction humaine, inévitablement inscrite dans son époque, susceptible d'être utilisée en dehors de son domaine, notamment à des fins d'ordre politique.

√Čtymologie

Article détaillé : histoire sur le Wiktionnaire.

Le mot ¬ę¬†histoire¬†¬Ľ vient du grec ancien historia, signifiant ¬ę¬†enqu√™te¬†¬Ľ, ¬ę¬†connaissance acquise par l'enqu√™te¬†¬Ľ, qui lui-m√™me vient du terme ŠľĶŌÉŌĄŌČŌĀ, h√≠stŇćr signifiant ¬ę¬†sagesse¬†¬Ľ, ¬ę¬†t√©moin¬†¬Ľ ou ¬ę¬†juge¬†¬Ľ. Il a pour origine les Enqu√™tes (ŠľĻŌÉŌĄőŅŌĀőĮőĪőĻ / Histor√≠ai en grec) d'H√©rodote. Litt√©ralement, le mot ionien Histor√≠ai signifie ¬ę¬†recherches, explorations¬†¬Ľ, et d√©rive selon toute vraisemblance de la racine indo-europ√©enne *wid- qui signifie voir, ou savoir pour avoir vu[1].

Le mot est introduit en fran√ßais au d√©but du XIIe¬†si√®cle avec le sens de ¬ę¬†relation des √©v√©nements marquants d'une vie, d'un r√®gne¬†¬Ľ ou de ¬ę¬†chronique d'un peuple¬†¬Ľ[2]. Il prend aussi le sens g√©n√©ral d'histoire (au sens de r√©cit), polys√©mie qu'il a conserv√©e jusqu'√† ce jour en fran√ßais comme en allemand. C'est √† partir du XIIIe¬†si√®cle, comme peut en t√©moigner l'usage qu'en fait Brunetto Latini dans son Livre dou Tr√©sor, que le terme commence √† recouvrir le sens de ¬ę¬†r√©cit historique¬†¬Ľ[3]. On peut noter qu'au Moyen √āge, la forme ordinairement employ√©e du mot √©tait Estoire¬†: ce n'est qu'√† partir de la Renaissance que l'on reviendra √† la graphie antique[4].

Le mot conna√ģt de nombreuses d√©rivations. L'ann√©e 1213 voit ainsi la premi√®re occurrence des termes d'historien et d'historiographe (emprunt au latin historiographus). Le verbe d√©suet Historier apparaissant au XIVe¬†si√®cle, et l'adjectif historique survenant en 1447 (emprunt du latin Historicus, lui-m√™me emprunt du grec historikos). Le diminutif historiette remonte √† 1657 (premier emploi par Tallemant des R√©aux dans le titre d'un de ses ouvrages)[5]. Le vocabulaire savant du XVIIIe et du XIXe¬†si√®cle permet ensuite l'apparition d'un vocabulaire plus sp√©cialis√© comme pr√©histoire (en 1872) et anhistorique.

Premiers textes historiques

Articles détaillés : Annales et Chronique médiévale.
Hérodote et Thucydide, musée archéologique de Naples.

La connaissance des faits historiques est assur√©e par la tradition orale. Selon Georges Lefebvre, ¬ę¬†les premiers historiens, en ce sens, furent probablement des po√®tes¬†¬Ľ[6]. Selon Michel de Certeau¬†: ¬ę¬†De m√™me, chez les Merina de Madagascar, les teiarana (anciennes listes g√©n√©alogiques), puis les tantara (l'histoire pass√©e) forment un ¬ę¬†h√©ritage des oreilles¬†¬Ľ (lovantsofina) ou une ¬ę¬†m√©moire de la bouche¬†¬Ľ (tadidivava)¬†¬Ľ[7].

Avec l'invention de l'√©criture appara√ģt le r√©cit historique, production spontan√©e et ind√©pendante des contraintes post√©rieures de la discipline historique. Les premi√®res chroniques m√©sopotamiennes remontent au d√©but du IIIe mill√©naire av. J.-C et se d√©gagent de toute influence mythologique √† partir du d√©but du mill√©naire suivant. Il s'agit de renseignements utiles aux dynasties, de listes d√©crivant ann√©e par ann√©e les √©v√©nements d'un r√®gne (celui d'Hammurabi), d'un √Čtat (Mari), voire, dans le cas de la chronique synchronique, de plusieurs √Čtats (la Babylonie et l'Assyrie). La vocation de ces listes est purement m√©morielle et didactique, et elles ne sont pas exemptes d'un certain parti pris¬†: il s'agit de faire conna√ģtre √† la post√©rit√© sous un jour positif les faits et gestes de son souverain[8]. Ainsi, le Cylindre de Cyrus glorifie Cyrus le Grand comme un bienfaiteur des citoyens de Babylone qui a am√©lior√© leurs vies, rapatri√© les personnes d√©plac√©es, restaur√© les temples et lieux de culte √† travers la M√©sopotamie et dans la r√©gion. Il finit avec une description de la fa√ßon dont Cyrus a r√©par√© les murailles de Babylone et trouv√© une inscription similaire plac√©e √† cet endroit par un ancien roi.

L'histoire en Gr√®ce antique ajoute √† ces motivations des pr√©occupations d'ordre litt√©raire et scientifique comme en t√©moignent les Ňďuvres d'H√©rodote, de Thucydide et de Polybe. H√©rodote (-484 ou -482, -425) est un savant grec qui parcourt durant sa vie l'√Čgypte actuelle et le Moyen-Orient, allant jusqu'√† Babylone. Dans ses Enqu√™tes, il veut faire Ňďuvre de m√©morialiste et raconte des √©v√©nements r√©cents, les guerres m√©diques, ¬ę¬†afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes¬†¬Ľ. Il se place donc dans une perspective historique qui fait qu'on a pu le qualifier de ¬ę¬†p√®re de l'histoire¬†¬Ľ[9].

Tandis qu'H√©rodote fait souvent figure d'initiateur du r√©cit historique, Thucydide (vers -460 - vers -400) est le premier √† se soucier explicitement de m√©thode, avec un enjeu de recherche de la ¬ę¬†v√©rit√©¬†¬Ľ, et non plus simplement de ¬ę¬†m√©moire¬†¬Ľ et de transmission. Dans son Histoire de la guerre du P√©loponn√®se, il s'attache √† relater les causes de la guerre, les faits d√©clencheurs, puis il raconte chronologiquement cette guerre, restant au plus pr√®s des √©v√©nements, afin de donner un portrait fid√®le de ce conflit qu'il consid√®re √™tre fondamental dans l'histoire du monde et qu'il veut expliquer aux g√©n√©rations futures. Il a √©galement une vision profond√©ment rationnelle des faits, ne voyant pas dans l'encha√ģnement de ceux-ci l'intervention des dieux mais la cons√©quence des actions des hommes.

Il reste peu de choses des Ňďuvres historiques grecques post√©rieures √† celle de Thucydide¬†: aussi bien les Ňďuvres de Tim√©e, d'√Čphore de Cumes, r√©dacteur en -340 de la premi√®re histoire du monde, que celles des ¬ę¬†historiens d'Alexandre¬†¬Ľ ne subsistent que de mani√®re fragmentaire. La principale √©tant celle de Polybe¬†: son histoire en cinquante livres, ayant l'ambition de traiter l'histoire du monde antique de -220 √† -150, avec comme point de rep√®re l'ascension de la R√©publique romaine. La m√©thode de Polybe, tout comme celle de Thucydide, se veut rigoureusement rationnelle et ¬ę¬†pragmatique¬†¬Ľ¬†: il interroge les survivants, se rend sur les lieux des √©v√©nements d√©crits, etc. De cette Ňďuvre tr√®s vaste, qui anticipe sur les grandes synth√®ses historiques modernes, un tiers, tout au plus, a surv√©cu.

Avec l'av√®nement de l'Empire romain, la discipline historique tend √† perdre de son ind√©pendance et √† ne devenir qu'un moyen au service d'une fin politique (chez Tite-Live) ou morale (chez Salluste). ¬ę¬†Dans l'ensemble les Romains s'int√©ressaient plus aux m√©rites litt√©raires de leurs livres d'histoire qu'√† rapporter avec pr√©cision ce qui s'√©tait r√©ellement produit¬†¬Ľ[10]. Cette tendance de la discipline a pu √™tre qualifi√©e d'¬ę¬†histoire pragmatique¬†¬Ľ[11].

Le seul trait√© historiographique qui ait √©t√© conserv√© de l'Antiquit√© est celui de Lucien de Samosate¬†: Comment l'on √©crit l'histoire. Dans cette critique s√©v√®re des historiens de son temps, il √©crit notamment¬†: ¬ę¬†La t√Ęche de l'historien, il n'y en a qu'une¬†; dire les choses telles qu'elles se sont pass√©es¬†¬Ľ[12], et ¬ę¬†l'historien ne saurait √©crire √† la mani√®re des rh√©teurs¬†: ce qu'il a √† dire a d√©j√† √©t√© dit et sera dit par d'autres, car ce sont des faits accomplis¬†; il faut simplement les mettre en ordre et les exposer¬†; il n'a pas √† chercher ce qu'il doit dire, mais comment il le dira¬†¬Ľ[13].

Si les auteurs chr√©tiens r√©duisent l'histoire √† un rang d'auxiliaire de la th√©ologie, ils tiennent n√©anmoins cette discipline en grande estime, et lui permettent de survivre √† la disparition de l'Empire romain d'Occident¬†: en t√©moignent les Ňďuvres d'Eus√®be de C√©sar√©e, d'Isidore de S√©ville, ou de B√®de le v√©n√©rable. Parall√®lement se maintient une histoire s√©culi√®re sous la forme de chroniques, telle que celle d'√Čginhard.

La pratique se maintient au sein de l'Empire byzantin avec les chroniques imp√©riales, et sa m√©thodologie trouve √©galement un √©cho en Orient avec le Coran d'abord, qui cherche √† fixer la m√©moire des paroles d√©livr√©es par Dieu √† son Proph√®te. La vie de Mahomet, puis des compagnons devient √©galement un sujet, et les descriptions et commentaires historiques servent de base aux querelles th√©ologiques, les diff√©rentes madhhabs sunnites tenant souvent les descriptions de la vie des habitants de M√©dine √† l'√©poque du Proph√®te comme un exemple de vie selon les principes de l'Islam. La premi√®re biographie √©crite sur Mahomet aurait √©t√© celle d'Urwah ibn al-Zubayr (en) (mort en 713) petit-fils d'Abu Bakr, fils d'Asmaa bint Abu Bakr et de Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il aurait r√©dig√© cette biographie en se basant sur les t√©moignages de plusieurs autres compagnons de Mahomet. L'une des premi√®res grandes campagnes de documentation historique dans la r√©gion est celle autour de la R√©bellion des Zanj au VIIIe¬†si√®cle, des historiens comme Al-Tabari et Al-Mas'√Ľd√ģ ayant men√© un travail extensif de documentation et de restitution des √©tapes du soul√®vement, fondant par l√† m√™me la tradition historique arabe. Celle-ci est marqu√©e par l'importance donn√©e √† l'isnad (la cha√ģne de transmission orale des r√©cits) pour valider les faits racont√©s, ainsi que par un r√©cit se voulant complet et relatant donc toute histoire populaire et connue, laissant le soin aux commentateurs post√©rieurs de d√©m√™ler le vrai du faux. Cet √©tat de fait restera jusqu'√† Ibn Khaldoun au XIVe¬†si√®cle qui la refondera sur des crit√®res plus scientifiques au sens moderne du terme.

Champs et périodisation

Selon les √©poques et le r√īle qu'a tenu l'histoire au cours des si√®cles, les champs d'√©tudes de l'historien ont fondamentalement √©volu√©. Ainsi, la ¬ę¬†civilisation¬†¬Ľ (prise au sens restreint, c'est-√†-dire les pratiques de gouvernement et religieuses d'une population) et la guerre ont longtemps √©t√© les principaux objets de cette r√©flexion historique qui se pr√©sentait comme une ¬ę¬†m√©moire de l'humanit√©¬†¬Ľ[14]. Les objets de l'histoire sont donc au d√©part centr√©s sur l'histoire militaire, l'histoire politique et l'histoire religieuse. L'histoire voit progressivement son champ s'√©largir vers l'histoire diplomatique, l'histoire sociale, l'histoire culturelle ou encore l'histoire √©conomique. Au tournant du XXIe¬†si√®cle, elle a port√© son attention d'une part vers des objets uniques, des r√©alit√©s distinctes, dans une d√©marche individualisante, et d'autre part vers la corr√©lation entre ph√©nom√®nes historiques et ph√©nom√®nes environnementaux tels que les changements climatiques, les s√©ismes ou les √©ruptions volcaniques majeures et leurs suites.

¬ę¬†Histoire¬†: la crampe de l'√©crivain¬†¬Ľ, caricature anglaise de C. D. Batchelor¬†(en), 1919.

L'histoire est le plus souvent partag√©e en p√©riodes historiques, qui varient fortement selon les pays et les civilisations. Ces p√©riodes sont souvent utilis√©es pour s√©parer les domaines d'√©tude, ainsi que, dans l'√©ducation primaire et secondaire, pour poser les jalons n√©cessaires aux √©l√®ves dans leur perception des temps pass√©s. Ces p√©riodes, ou bien ‚Äď mieux ‚Äď ces ¬ę¬†√©poques¬†¬Ľ, car le premier terme stipule √©tymologiquement une histoire cyclique, ont pour double objectif de r√©pondre √† une exigence chronologique et de poser des rep√®res, d'indiquer des ruptures qui traduisent un changement d'objet. Les √©poques et les champs √©tudi√©s par l'historien varient aussi, puisque l'√©tat des sources n'est pas le m√™me √† toutes les √©poques. Les historiens de l'√Čcole des Annales ont au XXe¬†si√®cle fait √©clater le cadre rigide de l'histoire √©v√©nementielle en mettant en √©vidence le concept de longue dur√©e qui rend davantage compte des mouvements lents et fondamentaux des soci√©t√©s humaines[15]. Fernand Braudel de l‚Äô√Čcole des Annales, propose trois parties pour qualifier le temps dans sa th√®se La M√©diterran√©e et Philippe II: le temps long, qu'il assimile au temps g√©ographique; le temps moyen qu'il assimile au temps cyclique¬†; et le temps court qu'il assimile au temps de l'√©v√®nement[16].

L‚Äô√Čcole des Annales, enfin, consid√®re que l‚ÄôHistoire n‚Äôest pas l‚Äôhistoire des nations ni des grands hommes mais bien l‚Äôhistoire de tout ce qui est humain.

Si l'histoire de la Terre commence avec la formation g√©ologique de notre plan√®te, et si l'histoire de l'humanit√© commence avec l'apparition du genre Homo, on limite traditionnellement l'emploi du mot ¬ę¬†histoire¬†¬Ľ pour les p√©riodes qui nous sont connues par l'interm√©diaire de sources √©crites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les p√©riodes pour lesquelles de telles sources n'existent pas ont √©t√© nomm√©es, quant √† elles, pr√©histoire ou protohistoire. En revanche, les chaires de proto-histoire et de pr√©-histoire existent au sein de l'Universit√© fran√ßaise¬†: l'historien a ¬ę¬†colonis√©¬†¬Ľ ce territoire, notamment sous la direction d'Andr√© Leroi-Gourhan, pr√©historien fran√ßais embl√©matique. Ce dernier rappelle d'ailleurs que la diff√©renciation entre l'arch√©ologue et le pr√©historien s'est op√©r√©e au XIXe¬†si√®cle pour des questions d'approches disciplinaire. Sur le plan technologique, les chercheurs en histoire du genre humain s'accordent √† reconna√ģtre trois grandes ¬ę¬†r√©volutions techniques¬†¬Ľ bouleversant profond√©ment les modes de vie ant√©rieurs¬†:

  • la ¬ę¬†r√©volution du feu¬†¬Ľ intervenue (selon les hypoth√®ses) il y a 800¬†000 √† 400¬†000¬†ans, qui a donn√© au genre humain le moyen de modifier les milieux naturels (au profit du sien¬†: la savane et la prairie), d'√™tre un pr√©dateur beaucoup plus efficace et de s'alimenter de nutriments cuits¬†;
  • la ¬ę¬†r√©volution n√©olithique¬†¬Ľ intervenue (selon les aires g√©ographiques) il y a 8¬†000 √† 2¬†000¬†ans avant notre √®re, marqu√©e par la s√©dentarisation et l'agriculture¬†;
  • la ¬ę¬†r√©volution industrielle¬†¬Ľ, intervenue depuis deux si√®cles et demi environ, et qui a donn√© au genre humain acc√®s √† l'√©nergie √©lectrique et aux √©nergies fossiles et fissiles.

Si d'autres r√©volutions techniques ont √©galement eu lieu, comme la ma√ģtrise du bronze, du fer et de l'acier durant la haute Antiquit√© ou encore la r√©volution de la navigation maritime aux XVe et XVIe¬†si√®cles, leur influence moindre sur les modes de vie et surtout leur ma√ģtrise in√©gale et fortement d√©cal√©e dans le temps par les diff√©rentes populations humaines r√©parties √† travers le globe emp√™chent leur classification parmi les grandes r√©volutions ayant affect√© ponctuellement l'humanit√© dans son ensemble.

Méthode

Article détaillé : Méthodologie historique.

La méthodologie historique s'intéresse à deux problèmes :

  • Comment l'historien m√®ne son enqu√™te¬†?
  • Une fois les r√©sultats de sa recherche rassembl√©s, comment √©crit-il l'histoire¬†?

Recherche des sources

Fragment de papyrus, IIe siècle[17], Sackler Library, Oxford.

Le pass√© humain n'est jamais saisi directement par l'historien[18]. Ainsi, traces[19], archives, t√©moignages et documents sont les mat√©riaux et les objets de la discipline historique qui ne permettent ni exp√©rimentation, ni observations imm√©diates[20]. Il existe une extr√™me diversit√© de nature de ces traces. Il est d'usage d'op√©rer une distinction entre sources √©crites et non √©crites, les premi√®res ayant √©t√© pendant longtemps utilis√©es exclusivement. L'histoire a connu une r√©flexion sur l'√©largissement de la notion de sources[21]. Elles ne se limitent pas aux sources narratives c'est-√†-dire √† celles qui rendent compte directement de ce qui s'est pass√© (les chroniques m√©di√©vales ou un article de journal par exemple). L'historien b√©n√©ficie aussi d'un r√©servoir plus important¬†: les sources documentaires. Celles-ci regroupent l'ensemble des documents dont le but premier n'√©tait pas de renseigner sur l'histoire. Ainsi les r√īles de la taille n'avaient pas d'intention historienne, mais peuvent nous permettre d'approcher la hi√©rarchie des fortunes sous l'Ancien R√©gime. De m√™me, les relev√©s du fouage et de la capitation permettent de renseigner sur la d√©mographie et sur la richesse de la population, car l√† o√Ļ le premier r√©parti selon les moyens de chacun entre les foyers d'une commune, le second portait directement sur la population, sans discrimination de richesse.

Cependant, ces traces, ces sources deviennent documents par une construction de l'historien et r√©sultent d'une s√©lection et d'un questionnement particulier. Ainsi, Henri-Ir√©n√©e Marrou propose la d√©finition suivante pour le document historique¬†: ¬ę¬†Est un document toute source d'information dont l‚Äôesprit de l‚Äôhistorien sait tirer quelque chose pour la connaissance du pass√© humain, envisag√© sous l‚Äôangle de la question qui lui a √©t√© pos√©e[22].¬†¬Ľ

Avant de se lancer dans la lecture des sources, l'historien r√©fl√©chit sur les documents qui pourraient r√©pondre √† la question historique qu'il se pose. La question d√©terminera les sources. Antoine Prost, dans ses Douze le√ßons sur l'histoire parues en 1996, r√©sume cette id√©e par une image¬†: ¬ę¬†L'historien ne lance pas son chalut au hasard, pour voir s'il prendra des poissons, et lesquels¬†¬Ľ. L'√©ventail des sources √† disposition ne cesse de cro√ģtre. Si, pendant longtemps, la recherche s'est appuy√©e sur les traces √©crites, l'historien fait aujourd'hui feu de tout bois. Lucien Febvre √©crivait¬†: ¬ę¬†L'histoire se fait avec des documents √©crits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire sans documents √©crits s'il n'en existe point. Avec tout ce que l'ing√©niosit√© de l'historien peut lui permettre d'utiliser pour fabriquer son miel, √† d√©faut des fleurs usuelles. [‚Ķ] Toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail d'historien, ne consiste-elle pas dans un effort constant pour faire parler les choses muettes¬†¬Ľ[23]. Afin de comprendre l'√©volution des paysages et des structures agraires, Marc Bloch a √©tudi√© les cadastres du XIXe¬†si√®cle. De m√™me, l'arch√©ologie fournit des donn√©es in√©dites par rapport aux sources traditionnelles, et permet parfois de confirmer ou d'infirmer les informations qu'elles d√©livrent.

Critique des sources

Signature de Saint Eloy (Eligius), financier et ministre de Dagobert Ier ; charte de la fondation de l'abbaye de Solignac ; Jean Mabillon, De re diplomatica[24]).

La pratique de l'histoire exige de conserver une attitude critique √† l'√©gard des sources. C'est ce doute permanent qui fait l'une des sp√©cificit√©s de la pratique. Les premiers jalons de cette r√©flexion sont pos√©s par l'√©cole des moines mauristes et bollandistes au XVIIe¬†si√®cle. Les historiens de l'√©cole dite m√©thodique, Langlois et Seignobos reprennent ces ¬ę¬†r√®gles¬†¬Ľ, qui concernent principalement les t√©moignages √©crits[25]. Ils distinguent ainsi deux op√©rations principales de la critique, la ¬ę¬†critique interne¬†¬Ľ et ¬ę¬†externe¬†¬Ľ[26]¬†:

  • la critique interne repose elle sur la coh√©rence du texte¬†:
    • la ¬ę¬†critique de provenance¬†¬Ľ qui interroge l'origine de la source. L'historien en tire des conclusions sur la sinc√©rit√© et l'exactitude du t√©moignage. Le r√©cit d'un historiographe officiel tend ainsi √† magnifier le r√īle et les qualit√©s de son prince,
    • la ¬ę¬†critique de port√©e¬†¬Ľ qui s'int√©resse aux destinataires du texte. Un pr√©fet peut, dans son rapport au Ministre de l'Int√©rieur, minimiser les troubles frappant son d√©partement de peur que son sup√©rieur le prenne pour un incapable,
    • le classement des sources.

Un exemple de critique externe est qu'une lettre écrite sur papier, dite du XIIe siècle, est certainement fausse car on écrivait sur du parchemin à cette époque tandis que la critique interne démontre qu'une charte de Philippe Auguste datée au bas de 1225 est un faux car ce roi de France est mort en 1223.

La méthode critique se fonde également sur la comparaison des témoignages. Quand ils concordent, c'est l'un des signes de la crédibilité des faits. Par contre, quand un témoin est contredit par plusieurs autres, cela ne signifie pas automatiquement qu'il ment. Ces autres témoins s'appuient peut-être sur la même source erronée. Une fois les témoignages passés au crible de cet arsenal méthodique, l'historien s'attache à bien interpréter le sens du texte[27]. L'historiographie anglo-saxonne a davantage poussé les historiens à se méfier des conclusions qu'on peut tirer de la lecture d'un texte.

C'est par la r√©flexion sur les sources que, depuis les ann√©es 1980, les sources visuelles se sont impos√©es √† √©galit√© avec les sources √©crites. Utilis√©es par les sp√©cialistes de l'Antiquit√© (Jean-Pierre Vernant) ou du Moyen √āge (Georges Duby), il a fallu des travaux pionniers comme ceux de Michel Vovelle avec la R√©volution fran√ßaise ou Maurice Agulhon et Marianne pour que ces sources deviennent aussi l√©gitimes que l'√©crit. Aujourd'hui o√Ļ il existe une accumulation et une conservation exponentielle de ces images, est apparue la n√©cessit√© de jeter les bases d'une histoire g√©n√©rale du visuel incluant l'art et ses sp√©cificit√©s (Laurent Gervereau[28]).

Historiographie

Articles détaillés : Historiographie et Métahistoire.

L'historiographie (1550), litt√©ralement ¬ę¬†√©criture de l'histoire¬†¬Ľ, est un nom d√©riv√© de l'¬ę¬†historiographe¬†¬Ľ, c'est-√†-dire ¬ę¬†celui qui √©crit l'histoire¬†¬Ľ. Le nom d√©signait originellement un ensemble d'ouvrages historiques. Par extension, l'historiographie a d√©sign√© l'histoire de l'√©criture de l'histoire. √Črig√©e en sp√©cialit√© de la discipline historique, l'historiographie (allemand Geschichtswissenschaft ou Geschichtsschreibung, anglais historical writing) pr√©sente g√©n√©ralement le regard d'un historien sur ses pr√©d√©cesseurs et sur leur travail.

Plusieurs ensembles coh√©rents d'ouvrages historiques ‚Äď ou ¬ę¬†historiographies¬†¬Ľ ‚Äď existent pour une m√™me p√©riode, offrant g√©n√©ralement des points de vue diff√©rents sur l'Histoire. Jusqu'√† la deuxi√®me moiti√© du XXe¬†si√®cle, une ¬ę¬†historiographie¬†¬Ľ rev√™t souvent un caract√®re ¬ę¬†national¬†¬Ľ, dans la mesure o√Ļ elle rapporte un point de vue politique sur des √©v√©nements. Par exemple, il est possible de citer pour le Moyen √āge l'historiographie byzantine et l'historiographie franque¬†: celles-ci pr√©sentent tr√®s diff√©remment le probl√®me de la querelle des Images qui opposa un temps l'√Čglise romaine et l'√Čglise byzantine √† l'√©poque de Charlemagne.

L'historiographie traite les mêmes problèmes que la méthodologie, mais l'approche de ces questions est nécessairement différente : la méthodologie a pour objet l'étude du travail que l'historien réalise en amont pour écrire l'histoire, alors que l'historiographie s'attache au travail fini des historiens. Aussi, l'historiographie a souvent un caractère plus polémique[29]. Enfin, les conclusions des études historiographiques sont généralement à l'origine des changements méthodologiques.

Sens et philosophie de l'histoire

Fronstispice de l'Histoire de France de Jean Puget de La Serre, traduction anglaise d'Edward Grimeston, 1624
Article détaillé : Philosophie de l'histoire.

L'id√©e de donner un sens √† l'histoire est √† proprement parler universelle. On la retrouve √† la base de tous les r√©cits dits mythiques, qui sont une mani√®re de domestiquer le temps et d'inscrire l'existence humaine dans un cadre temporel d√©fini. Dans l'histoire moderne, c'est avant tout suivant la pens√©e de Hegel sur l'histoire universelle que certains historiens, ou plut√īt commentateurs de l'histoire, s'attachent √† donner un sens aux informations qu'ils r√©coltent, au risque de cr√©er une histoire partisane, biais√©e ou erron√©e.

On peut distinguer plusieurs types de philosophie de l'histoire.

La premi√®re peut √™tre dite fataliste. Le destin de l'humanit√© s'explique avant tout par les √©dits arbitraires d'une puissance sup√©rieure que l'on ne saurait alt√©rer que par des sacrifices. Cette conception est notamment pr√©sente chez H√©siode, avec le concept de la Mo√Įra. La place de l'homme dans l'histoire et son influence sur son cours sont donc minimes, tout au plus peut-il craindre le Divin et chercher √† s'attacher leur faveur.

La seconde est de type cyclique. On la retrouve dans les philosophies orientales, et plus particuli√®rement dans le bouddhisme. Elle est √©galement pr√©sente chez les Azt√®ques, qui consid√©raient que plusieurs mondes avaient pr√©c√©d√© le n√ītre et que plusieurs autres le suivraient. L'on consid√®re ici que l'histoire humaine et naturelle est comparable √† la succession des saisons¬†: il existerait ainsi une ¬ę¬†grande ann√©e¬†¬Ľ, d'une dur√©e incommensurable, d√©coup√©e en plusieurs √©poques, et au terme duquel l'on reviendrait au point de d√©part. Transmises par B√©rose, ces conceptions vont √™tre int√©gr√©es au Sto√Įcisme.

La troisi√®me est de type progressiste. L'histoire de l'humanit√© tendrait vers un progr√®s ininterrompu. Cette philosophie appara√ģt dans la culture h√©bra√Įque apr√®s la destruction de J√©rusalem par Nabuchodonosor, au travers du mythe de la ¬ę¬†terre promise¬†¬Ľ, puis devient partie int√©grante du message chr√©tien (en particulier chez saint Jean, et Augustin d'Hippone). La plupart des √©coles et doctrines politiques et id√©ologiques occidentales d√©coulent de cette conception philosophique¬†: lib√©ralisme, marxisme, socialisme, etc. Dans cette vision, le travail de l'historien int√®gre une dimension id√©ologique, car selon les √©coles et les sensibilit√©s le sens final de l'histoire, la direction du progr√®s historique peuvent fortement varier.

Une quatri√®me √©cole d√©nie tout sens √† l'histoire humaine. Il ne s'agirait que d'une succession hasardeuse d'actions¬†: ainsi, William Shakespeare √©crit-il dans Macbeth, la vie ¬ę¬†est une histoire ‚ÄĒ dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, ‚ÄĒ et qui ne signifie rien‚Ķ¬†¬Ľ[30]. C'est aussi la position de Schopenhauer¬†: ¬ę¬†La devise g√©n√©rale de l'histoire devrait √™tre¬†: Eadem, sed aliter¬†¬Ľ[31]. Cette √©cole agnostique se retrouve aussi en histoire naturelle o√Ļ, avec Stephen Jay Gould et ses successeurs tels Herv√© Le Guyader ou Guillaume Lecointre, elle affirme que l'√©volution non plus n'a pas de sens pr√©d√©termin√© mais est une succession hasardeuse d'√©v√®nements et de ph√©nom√®nes[32]. Cette √©cole se manifeste en pr√©f√©rant le comput historique par a.n.√®. (avant notre √®re) et n.√®. (notre √®re) plut√īt que av. J.-C. (avant J√©sus-Christ, adopt√© dans Wikip√©dia)[33], comput qui reste probl√©matique car il divise l'histoire en deux "√®res" distinctes, le point de basculement √©tant toujours centr√© sur la naissance de J√©sus de Nazareth et donc sur le d√©but du christianisme.

Histoire et sciences

Sciences auxiliaires de l'histoire

L'expression ¬ę¬†Sciences auxiliaires de l'histoire¬†¬Ľ d√©signe l'ensemble des disciplines scientifiques, sociales, litt√©raires et philologiques qui peuvent permettre l'exploitation ou la critique des sources utiles au travail historique. Au XIXe¬†si√®cle, un cloisonnement profond s√©pare l'histoire enseign√©e et la recherche historique. Cette s√©paration, d√©plor√©e d√®s 1891 par Ferdinand Lot, attaqu√©e dans le premier num√©ro des Annales en 1929, est remise en cause au XXe¬†si√®cle. L'histoire s'adjoint d√®s lors l'assistance de disciplines autonomes comme autant d'instruments de recherche dans une perspective d'interdisciplinarit√©. Si l'√Čcole des Annales peut √† l'occasion adopter une attitude dominatrice par rapport aux autres sciences sociales, des rencontres peuvent √©merger et donner naissance √† des nouvelles voies de recherche, comme en t√©moigne le d√©veloppement de l'anthropologie historique ou le renouveau de la diplomatique[34].

Une discipline scientifique ?

L'histoire moderne, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des sciences dites ¬ę¬†exactes¬†¬Ľ ou ¬ę¬†dures¬†¬Ľ mais des sciences dites ¬ę¬†sociales¬†¬Ľ et ¬ę¬†humaines¬†¬Ľ, comme la sociologie, l'ethnologie, la psychologie, etc. C'est une science sociale dans le sens o√Ļ elle s'attache d'abord √† l'√©tude de l'Homme dans les soci√©t√©s par un travail d‚Äôinterpr√©tation, sans pour autant √©carter le principe d‚Äôimpartialit√©. L'historien cherche √† comprendre le pass√© via une pluralit√© de perspectives, en regroupant donc des sources vari√©es et en tenant compte de la subjectivit√© de l'observateur y compris de l'historien lui-m√™me[35].

Un d√©bat existe sur l'objectivit√© de l'histoire. Il est notamment apparu quand la d√©couverte des lois de physique par Isaac Newton, en √©tablissant que certains √©v√©nements naturels peuvent √™tre pr√©vus, posant aux historiens un probl√®me nouveau¬†: celui de la ¬ę¬†scientificit√©¬†¬Ľ de l'histoire. Comme les sciences dures, la discipline historique implique une analyse rationnelle des faits, et vise √† la ¬ę¬†v√©rit√©¬†¬Ľ. Plusieurs tentatives de r√©solutions ont √©t√© envisag√©es.

  • La premi√®re, notamment incarn√©e par le math√©maticien fran√ßais Pierre-Simon de Laplace, voit la discipline historique comme une science dure. Si elle ne poss√®de pas de lois comparables √† celles des sciences physiques, c'est simplement parce qu'elle n'a pas encore connu son Newton. Dans son Essai philosophique sur les probabilit√©s, Laplace √©crit¬†: ¬ę¬†tous les √©v√©nements, ceux m√™mes qui par leur petitesse semblent ne pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite aussi n√©cessaire que les r√©volutions du soleil¬†¬Ľ[36]. Cette position est aussi celle de l'historien Fustel de Coulanges pour qui ¬ę¬†l‚Äôhistoire n‚Äôest pas un art¬†; elle est une science pure, comme la physique ou la g√©ologie[37].
  • La seconde, repr√©sent√©e par le math√©maticien Antoine-Augustin Cournot, fait certes de l'histoire une discipline scientifique, mais une discipline scientifique relative dont le hasard est une composante essentielle. Soit donc le caract√®re impr√©visible de l'histoire cesse d'√™tre, comme chez Laplace, une illusion li√©e √† notre ignorance des lois profondes de l'histoire, pour √™tre appr√©hend√© comme ¬ę¬†un fait vrai en lui-m√™me¬†¬Ľ[38]. Pour Cournot, l'histoire est une suite de s√©ries causales, qui, s'entrecroisant, produisent l'√©v√©nement. Ainsi, si l'on consid√®re la mort de Pyrrhus Ier caus√©e par la chute d'une tuile, l'on sera dans l'entrecroisement de deux s√©ries causales¬†: la s√©rie causale de la tuile, amen√©e √† tomber √† un moment pr√©cis, sur un lieu pr√©cis, et la s√©rie causale de Pyrrhus pr√©sent au moment pr√©cis, et au lieu pr√©cis. L'avantage de ce syst√®me de s√©ries causales c'est qu'il permet de concilier hasard et d√©terminisme¬†: ¬ę¬†de ce que le croisement continuel des cha√ģnes de conditions et de causes secondes, ind√©pendantes les unes aux autres, donne perp√©tuellement lieu √† ce que nous sommes des ¬ę¬†chances¬†¬Ľ ou des combinaisons fortuites, il ne s'ensuit pas que Dieu ne tienne point dans sa main les unes et les autres, et qu'il n'ait pu les faire sortir toutes d'un m√™me d√©cret initial¬†¬Ľ[39].

Une question que le développement de l'internet remet en exergue est celle de la valeur et de l'accessibilité des sources, officielles ou non ; l'histoire peut-elle être open source ?, se demandait en 2006 Roy Rosenzweig[40].

L'historien

Un historien est une personne qui √©tudie ou communique sur l‚Äôhistoire. Il a pour t√Ęche de rapporter des faits pass√©s, de les cat√©goriser, puis d'en proposer une interpr√©tation √©quilibr√©e et justifi√©e par des sources, sous le contr√īle du public inform√©[41].

Antoine Prost, dans Douze le√ßons sur l'histoire, affirme que¬†: ¬ę¬†l'histoire, c'est ce que font les historiens¬†¬Ľ et que ¬ę¬†c'est en faisant de l'histoire qu'on devient historien¬†¬Ľ[42].

L'histoire est une discipline qui ne peut se transmettre de fa√ßon compl√®te et didactique, elle est un savoir-faire qui s'acquiert de fa√ßon progressive, presque artisanalement. La r√©currence du vocabulaire artisanal dans les √©crits des historiens montre que le m√©tier vient par l'apprentissage, la pratique, l'accumulation et la ma√ģtrise de comp√©tences plus que par un savoir scientifique exhaustif √† apprendre. Marc Bloch se d√©finit ainsi comme ¬ę¬†un artisan, vieilli dans le m√©tier¬†¬Ľ[43], Fran√ßois Furet parle d'atelier, l'historien allemand Werner Conze √©voque une corporation avec ses ma√ģtres, ses compagnons et ses apprentis[44].

Ces formules paraissent contradictoires chez des historiens qui, dans le même temps, affirment que l'histoire est une science, dotée de règles de fonctionnement. Mais en fait, il s'agit surtout de souligner que les règles de l'histoire s'acquièrent de façon progressive, par la pratique, et qu'aucune règle ne peut être appliquée automatiquement et sans une réflexion aboutie. Le champ lexical de l'artisanat, très fréquent chez les historiens, exprime toute la complexité de l'histoire.

La formation de l'historien est en tr√®s grande partie fond√©e sur deux axes¬†: la connaissance de l'histoire en g√©n√©ral (connaissances livresques sur les faits du pass√©, ma√ģtrise de l'historiographie) et sur des connaissances pratiques (m√©thodes d'analyse des sources et d'√©criture de l'histoire). Il est donc √† la fois un universitaire, un √©rudit qui conna√ģt l'histoire du monde dans son ensemble, et un chercheur qui sera √† m√™me de contribuer √©galement √† la recherche historique dans les domaines de son choix.

Place de l'histoire dans la société

Si ¬ę¬†du rassemblement des documents √† la r√©daction du livre, la pratique historique est tout enti√®re relative √† la structure de la soci√©t√©¬†¬Ľ[45], dans les contraintes et les exigences que cela peut impliquer, les historiens ont souvent interrog√©s ou √©t√© confront√©s au fondement d'une ¬ę¬†mission sociale de l'historien¬†¬Ľ[46]. Ils ont ainsi souvent d√Ľ s'interroger sur les possibles finalit√©s culturelles, intellectuelles ou morales de leur discipline. La question de la place de l'histoire dans les soci√©t√©s rel√®ve tant de la sociologie, de la science politique, de la philosophie que de l'histoire elle-m√™me et de l'historiographie. Se posent aussi aujourd'hui des questions p√©dagogiques importantes qui imposent de donner des rep√®res de base et conduisent √† une ¬ę¬†histoire stratifi√©e¬†¬Ľ¬†: locale, r√©gionale, nationale, continentale, globale.

Des p√©riodes et des contr√©es sont in√©galement √©tudi√©es et valoris√©es dans la recherche historique¬†: le sociologue am√©ricain qui a forg√© le terme W. G. Sumner, l'ethnocentrisme est ¬ę¬†cette vue selon laquelle notre propre groupe est le centre de toutes choses, tous les autres groupes √©tant mesur√©s et √©valu√©s par rapport √† lui¬†¬Ľ[47]. Historienne de l'histoire africaine, Catherine Coquery-Vidrovitch s'√©tait vue ainsi d√©conseiller ce sujet d'√©tude pour un ¬ę¬†continent sans histoire¬†¬Ľ. Elle a √©t√© l‚Äôune des premi√®res √† √©tudier la place du continent dans l‚Äôhistoire mondiale, ainsi que celle de l‚Äôesclavage et de la colonisation dans l‚Äôhistoire fran√ßaise[48].

Histoire des femmes

L'Histoire des femmes est rest√©e tr√®s longtemps dans l'ombre. Au printemps 1973, avec Pauline Schmitt-Pantel et Fabienne Bock, Michelle Perrot cr√©e un cours sur les femmes √† l'universit√© de Paris VII (Jussieu) intitul√©¬†: ¬ę¬†Les femmes ont-elles une histoire¬†?¬†¬Ľ. L‚Äôinterrogation t√©moigne du balbutiement de la discipline au niveau universitaire, au point que c‚Äôest √† des coll√®gues sociologues qu‚Äôelles vont faire appel pour inaugurer ce cursus avec une s√©rie de conf√©rences. La premi√®re porte sur ‚ÄúLa femme et la famille dans les soci√©t√©s d√©velopp√©es‚ÄĚ par Andr√©e Michel[49].

¬ę¬†L'irruption d'une pr√©sence et d'une parole f√©minines en des lieux qui leur √©taient jusque-l√† interdits, ou peu familiers, est une innovation du dernier demi-si√®cle qui change l'horizon sonore. Il subsiste pourtant bien des zones muettes et, en ce qui concerne le pass√©, un oc√©an de silence, li√© au partage in√©gal des traces, de la m√©moire et, plus encore, de l'Histoire, ce r√©cit qui, si longtemps, a "oubli√©" les femmes, comme si, vou√©es √† l'obscurit√© de la reproduction, in√©narrable, elles √©taient hors du temps, du moins hors √©v√©nement.¬†¬Ľ

‚ÄĒ¬†Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l'histoire (2014)

Parmi les pionni√®res, Joan Wallach Scott, dans les ann√©es 1980, oriente ses travaux vers une histoire des femmes dans la perspective de genre. Elle publie en 1986 dans l'American Historical Review (en) ¬ę¬†Le genre¬†: une cat√©gorie utile de l'analyse historique¬†¬Ľ (Gender¬†: a useful category of historical analysis), qui joua un r√īle majeur dans l‚Äô√©mergence de l'histoire des femmes et du genre[50].

La question du genre en histoire s'affirme peu √† peu. Dans une tribune parue dans Le Monde en octobre 2018, Michelle Perrot d√©clare que ¬ę¬†l'histoire demeure une science largement virile, dans son exercice comme dans son contenu¬†¬Ľ[51]. A l'occasion des Rendez-vous de l'histoire de Blois, en 2018, un collectif de 440 historiennes lancent un appel ¬ę¬†Mettons fin √† la domination masculine en histoire¬†¬Ľ[52]. En 2020, Maryl√®ne Patou-Mathis, pr√©historienne, s'appuyant sur les derni√®res d√©couvertes, publie l'homme pr√©historique est aussi une femme, une histoire de l'invisibilit√© des femmes[53],[54].

Histoire et politique

L'histoire est au cŇďur de la m√©moire collective d'un peuple ou d'une nation¬†: elle est un ensemble de r√©f√©rences √† partir duquel se construit une grande partie de l'identit√© du groupe social. Ce r√īle en fait un enjeu politique consid√©rable¬†: la ma√ģtrise du discours sur le pass√© par le politique peut √™tre pour lui un moyen de faciliter des desseins de tout ordre. De nombreuses √©tudes portant, notamment, sur la vision de l'histoire transmise par les manuels scolaires, montrent cette instrumentalisation du pass√© √† des fins politiques[55].

Statue de Vercingétorix à Alésia, sculptée avec les traits de Napoléon III.

L'appropriation politique du pass√© peut prendre la forme de culte des ¬ę¬†h√©ros¬†¬Ľ nationaux, mod√®les cens√©s repr√©senter plus ou moins ce qui est attendu id√©alement de chacun. Si l'instrumentalisation de l'histoire est particuli√®rement visible dans les r√©gimes totalitaires, qui utilisent fortement l'histoire dans leur logique d'emprise sur le peuple (c'est le cas de l'URSS qui pendant la Seconde Guerre mondiale reprend les symboles historiques et patriotiques russes √† son compte), elle est √©galement pr√©sente de fa√ßon plus subtile dans des r√©gimes libres qui prennent comme point de r√©f√©rence des ¬ę¬†h√©ros¬†¬Ľ de leur histoire pour accompagner un message politique (de Vercing√©torix sous Napol√©on III √† Guy M√īquet avec Nicolas Sarkozy en France)[56].

Le XIXe siècle, durant lequel les nations européennes forgent leur identité moderne, est fréquemment donné en exemple d'instrumentalisation de l'histoire. C'est à cette époque que les hypothèses protochronistes émergent, et se manifestent fortement en Europe. Prenant appui sur les sources antiques, les Gaulois sont érigés en ancêtres des Français, la Belgique nouvellement fondée prend le nom d'une province romaine, le Royaume-Uni se pose en héritière de la Bretagne romaine (usage du terme Britain pour nommer le pays, chants patriotiques tels que Rule, Britannia!).

Ce mouvement s'accompagne d'un recours aux personnifications des pays, le plus souvent sous les traits d'une femme guerri√®re et portant un casque ainsi qu'un bouclier aux couleurs du pays qu'elle cherche √† personnifier. Cette vision cherche √† repr√©senter la M√®re Patrie dans une optique guerri√®re, soit pour la d√©fendre soit pour assurer sa pr√©√©minence. Ce ph√©nom√®ne s'observe en France (Marianne), en Suisse (Helvetia), en Allemagne (Germania) ou encore en Angleterre (Britannia). Ces repr√©sentations se retrouvent souvent sur les pi√®ces de monnaie, ou encore dans les b√Ętiments officiels sous forme de bustes ou de statues.

Ce si√®cle a √©galement vu, dans la lign√©e du racialisme (ou racisme pseudo-scientifique), l'interpr√©tation des histoires nationales d'un point de vue d√©terministe g√©ographique, l'histoire servant dans ce cas pr√©sent, aux c√īt√©s des th√©ories √©volutionnistes naissantes, √† justifier √† l'aide d'arguments pseudo-scientifiques le peuplement et l'√©mergence ou non de civilisations dans un territoire donn√©. En particulier, suivant les th√©ories de Friedrich Ratzel et de Carl Ritter, les territoires temp√©r√©s d'Europe √©taient consid√©r√©s comme propices √† l'√©mergence de civilisations avanc√©es et √† la contention des passions humaines, l√† o√Ļ les zones tropicales √©taient vues comme plus propices au d√©cha√ģnement des passions et √† la barbarie. Outre la construction d'une identit√© nationale par la justification d'une exception culturelle, ces visions de l'histoire servaient aussi √† justifier des guerres et des conqu√™tes, qu'elles soient coloniales ou non. Ainsi, les Histoire de France √©crites par l'historien Jules Michelet sont donn√©es comme en partie responsable d'une vision d√©terministe des fronti√®res nationales fran√ßaises, comme si l'histoire de France √©tait la lente conqu√™te par les r√©gimes successifs de fronti√®res naturelles momentan√©ment rogn√©es par des accidents de l'histoire.

Histoire et mémoire

Une pr√©occupation de l'historien mais aussi du citoyen est la m√©moire dans l'historiographie[57]. La m√©moire humaine est en effet loin d'√™tre infaillible, un t√©moignage pouvant √™tre volontairement ou involontairement d√©faillant. ¬ę¬†La restitution int√©grale du pass√© est impossible ‚Ķ et, par ailleurs, effrayante¬†; la m√©moire, elle, est forc√©ment une s√©lection¬†: certains traits de l'√©v√©nement seront conserv√©s, d'autres sont imm√©diatement ou progressivement √©cart√©s et donc oubli√©s¬†¬Ľ[58]. De plus, se pose la question de la fiabilit√© de la transmission orale des t√©moignages. Enfin, ¬ę¬†l'histoire privil√©gie l'abstraction et la g√©n√©ralisation¬†; la m√©moire, le d√©tail et l'exemple¬†¬Ľ[59].

Certains observateurs ont l'impression que la vogue des comm√©morations historiques, accentu√©e selon certains en France dans les ann√©es 1980, constitue un refuge dans un pass√© mythifi√©, qui emp√™cherait la soci√©t√© de regarder l'avenir. Ainsi, Fran√ßois Furet, dans son ouvrage Penser la R√©volution fran√ßaise, indique¬†: ¬ę¬†La R√©volution fran√ßaise peut √™tre interpr√©t√©e √† la fois comme le produit de ce qu'elle a appel√© l'Ancien R√©gime, et comme l'av√®nement de la civilisation o√Ļ nous vivons depuis¬†; dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s'est pass√© avant elle¬†; dans le second, elle inaugure le cours de l'√©galit√© et de la d√©mocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions pos√©es par la tradition historiographique du XIXe¬†si√®cle¬†¬Ľ[60].

Histoire et avenirs

Les historiens consid√®rent que l‚Äôon ne peut anticiper rationnellement l‚Äôavenir sans une connaissance pr√©alable de l‚Äôhistoire et des encha√ģnements conduisant aux crises et trag√©dies pass√©es[61]. Comme la g√©ographie, l‚Äôhistoire est n√©anmoins encore souvent tenue pour une ¬ę¬†discipline mineure¬†¬Ľ malgr√© les cons√©quences sociales, identitaires et politiques de l‚Äôignorance que cela favorise[62].

Critiques au XXe siècle

  • Paul Val√©ry se montre tr√®s critique sur l'histoire¬†: ¬ę¬†L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.¬†¬Ľ et mentionne¬†: ¬ę¬†Que de livres furent √©crits qui se nommaient¬†: La Le√ßon de Ceci, Les Enseignements de Cela¬†! ... Rien de plus ridicule √† lire apr√®s les √©v√©nements qui ont suivi les √©v√©nements que ces livres interpr√©taient dans le sens de l‚Äôavenir.¬†¬Ľ[63].
  • Aldous Huxley pr√™te √† Henry Ford une citation selon laquelle ¬ę¬†l'histoire est faite de sottises mont√©es en √©pingle pour dresser les uns contre les autres des gens qui n'ont aucune raison de s'en vouloir¬†¬Ľ.

Ces deux points de vue r√©pondent √† une boutade cruelle d'Ambrose Bierce¬†: ¬ę¬†L'histoire est le r√©cit, presque toujours faux, d'√©v√©nements presque toujours sans importance, occasionn√©s par des chefs d'√Čtat qui sont presque tous des coquins et des soldats qui sont presque tous des imb√©ciles.¬†¬Ľ.

Notes et références

Notes

Références

  1. Dictionnaire de l'Antiquité, page 1075, article Historiographie grecque, édition PUF sous la direction de Jean Leclant, 2005.
  2. ¬ę¬†Cy fault l'istoire de Bretons / Et la lignie des Barons¬†¬Ľ¬†; Wace, Roman de Brut, v. 1150.
  3. Le Tr√©sor ¬ę¬†traite dou comencement dou siecle, et de l'ancienet√© des vielles istores et de l'establissement dou monde et de la nature de toutes coses en some.¬†¬Ľ Francis J. Carmody (√©diteur), Gen√®ve, Slatkine Reprints, 1975, p.¬†17.
  4. Dictionnaire étymologique de la langue française sous la direction d'Oscar Bloch et de Walther von Wartburg, article Histoire, PUF 1932, 2004 pour la présente édition.
  5. Dictionnaire étymologique de la langue française sous la direction d'Oscar Bloch et de Walther von Wartburg, articles Histoire, Historier, Historiographe et Historique.
  6. Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne, Flammarion, 1971, p. 17.
  7. Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, folio Histoire, Gallimard, 1975, p. 17.
  8. Francis Joannè, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne - Chroniques, édition Bouquins, p. 183-184.
  9. Cicéron, De legibusI, 1, 5.
  10. Dictionnaire de l'Antiquit√©¬†: Mythologie, litt√©rature, civilisation, sous la direction de M. C. Howatson, article ¬ę¬†Historiographie¬†¬Ľ, Robert Laffont, collection Bouquins, 1998, p. 508-509.
  11. Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne (1946), Nouvelle Bibliothèque scientifique, Flammarion, 1971, p. 20-21.
  12. Lucien de Samosate, Comment l'on √©crit l'histoire in Ňíuvres choisies, √©d. Le temps des cerises, traduction de Jean Suret-Canale, p. 103.
  13. Lucien de Samosate, Comment l'on écrit l'histoire, op. cit., p.  108 ; paragraphe 51.
  14. Louis Halphen, Introduction à l'histoire, 1948.
  15. Fernand Braudel, La Longue durée, Annales, 1958.
  16. ¬ę¬†La p√©riodisation de l'Histoire: les p√©riodes historiques¬†¬Ľ, sur jeretiens.net, (consult√© le )
  17. Papyrology Rooms.
  18. Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, Seuil, 1978, p. 14.
  19. ¬ę¬†Pour premier caract√®re, la connaissance de tous les faits humains dans le pass√©, de la plupart d'entre eux dans le pr√©sent, √† d'√™tre selon l'heureuse expression de Fran√ßois Simiand, une connaissance par traces.¬†¬Ľ Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou M√©tier d'historien, Armand Colin, 1949, p.¬†34 classiques.uqac.ca [PDF].
  20. ¬ę¬†Comme celle du m√©decin, la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale.¬†¬ĽCarlo Ginzburg, ¬ę¬†Traces¬†: Racines d‚Äôun paradigme indiciaire¬†¬Ľ, Mythes, Embl√®mes, Traces, ‚ÄĎ Morphologie et histoire, Paris, Flammarion, 1989, p. 154.
  21. ¬ę¬†L‚Äôhistoire se fait avec des documents √©crits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire, sans documents √©crits s‚Äôil n‚Äôen existe point. Avec tout ce que l‚Äôing√©niosit√© de l‚Äôhistorien peut lui permettre d‚Äôutiliser pour fabriquer son miel, √† d√©faut des fleurs usuelles. Donc avec des mots, des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises herbes.¬†¬Ľ Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, Paris, Armand Collin, 1953, p.¬†428.
  22. Henri-Ir√©n√©e Marrou, De la connaissance historique, Paris, Seuil, 1954, p.¬†73. D√©finition √† laquelle fait √©cho la r√©flexion d'Antoine Prost¬†: ¬ę¬†Il n'y a pas davantage de document sans question. C'est la question de l'historien qui √©rige les traces laiss√©es par le pass√© en sources et en documents.¬†¬Ľ Douze le√ßons sur l'Histoire, op. cit., p.¬†80-81.
  23. Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, 1959.
  24. (de) ¬ę¬†Johannis Mabillon - De re diplomatica¬†¬Ľ, biblioth√®que d'√Čtat de Berlin.
  25. Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898 ; Charles Seignobos, La Méthode historique appliquée aux sciences sociales, 1901.
  26. Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux √Čtudes Historiques, Paris, Hachette, 1898.
  27. Veuve Besongne & fils, Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire, 1775.
  28. Laurent Gervereau (dir.), Dictionnaire mondial des images, Paris, Nouveau monde, 2006 ; Laurent Gervereau, Images, une histoire mondiale, Paris, Nouveau monde, 2008.
  29. Voir par exemple les ¬ę¬†guerres de l'histoire¬†¬Ľ en Australie.
  30. Macbeth, acte V, scène 5.
  31. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, supplément au livre III, chapitre XXXVIII.
  32. Marie-Laure Bonnet, François Cariou, André Duco, Gérard Guillot, Claude Lebas, Patrick Mardelle et Eric Nicol, Comprendre et enseigner la classification du Vivant, Belin, (ISBN 2701138965).
  33. Officiel √† l'Universit√© fran√ßaise, le comput historique par a.n.√®. (avant notre √®re) et n.√®. (notre √®re) n'est ni nouveau ni obligatoire, mais fortement conseill√© en raison des incertitudes concernant J√©sus de Nazareth et surtout la date de sa naissance¬†: il est donc universitaire d'√©crire¬†: ¬ę¬†J√©sus de Nazareth semble, d'apr√®s certains recoupements, √™tre n√© en l'an 7 avant n.√®.¬†¬Ľ, mais pas d'√©crire ¬ę¬†J√©sus-Christ est n√© 7 ans avant lui-m√™me¬†¬Ľ. "Notre √®re" reste bien entendu l'√®re chr√©tienne (puisque selon les autres religions, on a d'autres dates). Voir Pascal Charbonnat, Mah√© Ben Hamed et Guillaume Lecointre (dir.), Apparenter la pens√©e¬†? Vers une phylog√©nie des concepts savants, √Čditions Mat√©riologiques
  34. Yann Potin et Julien Th√©ry, L‚Äôhistoire m√©di√©vale et la ¬ę¬†nouvelle √©rudition¬†¬Ľ l'exemple de la diplomatique, Labyrinthe, 1999, n¬į4, p. 35-39.
  35. ¬ę¬†¬ę¬†Nous attendons de l'historien une certaine qualit√© de subjectivit√©, non pas une subjectivit√© quelconque, mais une subjectivit√© qui soit pr√©cis√©ment appropri√©e √† l'objectivit√© qui convient √† l'histoire. Il s'agit donc d'une subjectivit√© impliqu√©e, impliqu√©e par l'objectivit√© attendue. Nous pressentons par cons√©quent qu'il y a une bonne et une mauvaise subjectivit√©, et nous attendons un d√©partage de la bonne et de la mauvaise objectivit√© par l'exercice m√™me du m√©tier d'historien.¬†¬Ľ Cf.Paul RicŇďur, Histoire et V√©rit√©, Le Seuil, , p.¬†74 .
  36. Pierre-Simon de Laplace, Essai philosophique sur les probabilités page 32, Christian Bourgois éditeur, Paris, 1986.
  37. Numa Denis Fustel de Coulanges, Préface à La Monarchie franque, 1888.
  38. Antoine-Augustin Cournot, Consid√©rations sur la marche des id√©es et des √©v√®nements dans les temps modernes in ¬ę¬†Ňíuvres compl√®tes¬†¬Ľ, tome IV, Vrin, Paris, 1973, page 9.
  39. Ibid.
  40. Roy Rosenzweig, ¬ę¬†Can History be Open Source¬†? Wikipedia and the Future of the Past¬†¬Ľ, The Journal of American History, Vol. 93, no¬†1 (juin, 2006), p.¬†117-146.
  41. Le r√īle social de l'historien. Conf√©rence d'Olivier Dumoulin, Notes¬†: Mais qu'est-ce qu'un historien¬†? C'est celui qui exerce un m√©tier reconnu comme tel par la soci√©t√© mais aussi par ses pairs. Cette identification appara√ģt au XVIIIe¬†si√®cle dans les pays anglophones et germanophones. En France, la d√©finition d'une m√©thode historique √† la fin du XIXe¬†si√®cle est une √©tape cl√© (Cf Gabriel Monod et la Revue historique, 1876). Certes, il existe une litt√©rature historique, diff√©rente de la production scientifique, que l'on peut qualifier de ¬ę¬†m√©tahistorique¬†¬Ľ (historiographie, n√©crologie, compte-rendu de lectures, pr√©faces ou postfaces...), genre auquel m√™me Gabriel Monod s'est livr√© (auteur par exemple de 41 n√©crologies), mais Olivier Dumoulin distingue ici les publications de l'√©crivain et les travaux de l'historien. Voir Juger l'histoire, Jean Pierre Le Crom, in Droit et Soci√©t√©, 38/1998 , Dossier¬†: V√©rit√© historique, v√©rit√© judiciaire.
  42. A. Prost, Douze leçons sur l'histoire, p. 146.
  43. Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, introduction, p. IX.
  44. Cité par Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, p. 146.
  45. Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, Gallimard, folio histoire, 1975, p. 91.
  46. Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Seuil, Point Histoire, 1954, p.  30.
  47. Mondher Kilani, "Ethnocentrisme", Dictionnaire des sciences humaines, dir. Sylvie Mesure et Patrick Savidan, PUF, 2006
  48. S√©verine Kodjo-Grandvaux, ¬ę¬†¬ę¬†Le Choix de l‚ÄôAfrique¬†¬Ľ, de Catherine Coquery-Vidrovitch¬†: itin√©raire d‚Äôune pionni√®re¬†¬Ľ, sur lemonde.fr, (consult√© le )
  49. Michelle Perrot, ¬ę¬†Les premi√®res exp√©riences¬†¬Ľ, Les cahiers du CEDREF. Centre d‚Äôenseignement, d‚Äô√©tudes et de recherches pour les √©tudes f√©ministes, no¬†10,‚Äé , p.¬†13‚Äď22 (ISSN¬†1146-6472, DOI¬†10.4000/cedref.253, lire en ligne, consult√© le )
  50. (en) Joan W Scott, ¬ę¬†Gender: a useful category of historical analysis¬†¬Ľ, American historical review,‚Äé , p.¬†1053‚Äď1075 (ISSN¬†0002-8762, lire en ligne, consult√© le )
  51. ¬ę¬†Michelle Perrot¬†: ¬ę¬†L‚Äôhistoire demeure une ‚Äúscience‚ÄĚ virile¬†¬Ľ¬†¬Ľ, Le Monde.fr,‚Äé (lire en ligne, consult√© le )
  52. ¬ę¬†L‚Äôappel des historiennes fran√ßaises¬†: ¬ę¬†Mettons fin √† la domination masculine en histoire¬†¬Ľ¬†¬Ľ, Le Monde.fr,‚Äé (lire en ligne, consult√© le )
  53. ¬ę¬†L'homme pr√©historique est aussi une femme¬†: Une histoire de l'invisibilit√© des femmes¬†¬Ľ, sur Babelio (consult√© le )
  54. ¬ę¬†L'homme pr√©historique est aussi une femme¬†¬Ľ, sur www.franceinter.fr (consult√© le )
  55. Dominique Maingueneau, Les livres d'école de la République (1870 - 1914) : discours et idéologie, Paris, Le Sycomore, 1979, 343 pages..
  56. Christian Amalvi, De l'art et la manière d'accommoder les héros de l'histoire de France, Paris, Albin Michel, 1988, 473 pages.
  57. Paul RicŇďur, La M√©moire, l'Histoire, l'Oubli, Le Seuil, , 720¬†p.
  58. Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Arléa, , p. 14 .
  59. Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Arléa, , p. 109 .
  60. François Furet : Penser La révolution française, Folio Histoire, Gallimard, Paris, 1978.
  61. Celui qui ne conna√ģt pas l'histoire est condamn√© √† la revivre, √©crivait Karl Marx ([1]) ce qui n‚Äôemp√™cha pas la plupart des nations, y compris les pays communistes, d‚Äôinstrumentaliser leurs histoires¬†: √† titre d‚Äôexemple, de nombreuses cartes historiques disponibles sur Commons ne s‚Äôinspirent pas d‚Äôouvrages universitaires mais d‚Äôatlas scolaires qui simplifient √† outrance le pass√©, magnifiant les apports, √©tendues, civilisations et anciennet√©s des nations dont sont originaires leurs cr√©ateurs, mais occultant ceux des nations voisines ou disparues.
  62. [2]
  63. Regards sur le monde actuel.

Voir aussi

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Histoire.

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