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Anschluss

L'Anschluss[alpha 1] /ˈʔanʃlʊs/[alpha 2] ou Anschluß[alpha 3] (en traduction littĂ©rale : « raccordement », « rattachement ») est un terme allemand qui dĂ©signe l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie.

Carte en couleur reprenant les territoires respectifs de l'Allemagne et de l'Autriche avant l'Anschlus
Au , le territoire de l'Autriche (en rouge) et le Reich allemand (en rose).

Les Ă©vĂ©nements de 1938 marquent le point culminant des pressions de l'Allemagne et des nazis autrichiens pour unifier les populations allemande et autrichienne au sein d’une mĂȘme nation. Dans les annĂ©es prĂ©cĂ©dant l'Anschluss, l'Allemagne nazie a soutenu le parti nazi autrichien dans sa tentative de conquĂ©rir le pouvoir et de doter l'Autriche d'un gouvernement nazi. Totalement attachĂ© Ă  l'indĂ©pendance de son pays, mais soumis Ă  des pressions grandissantes, le chancelier autrichien, Kurt Schuschnigg, tente d'organiser un rĂ©fĂ©rendum pour demander Ă  la population autrichienne si elle souhaite rester indĂ©pendante ou ĂȘtre incorporĂ©e Ă  l'Allemagne.

Alors que le chancelier espĂšre un rĂ©sultat favorable au maintien de l'indĂ©pendance de l'Autriche, l'Allemagne nazie exige l'annulation du plĂ©biscite et la dĂ©mission de Schuschnigg le , peu avant le rĂ©fĂ©rendum, qui est annulĂ©. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le pour mettre en Ɠuvre l'annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisent un plĂ©biscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l'Autriche au Reich, qui, de facto, a dĂ©jĂ  eu lieu : 99 % des votes ont Ă©tĂ© favorables Ă  l'annexion.

Photographie en noir et blanc d'hommes Ă  bord d'un camion et arborant un drapeau
Des partisans du chancelier Kurt Schuschnigg arborant le drapeau du Front patriotique pendant la campagne référendaire des austrofascistes en .

Bien que les Alliés de la PremiÚre Guerre mondiale soient, en théorie, responsables du respect des termes du traité de Versailles et du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui prohibent une union entre l'Allemagne et l'Autriche, l'Anschluss ne suscite que peu de réactions. Les deux principales puissances, la France et le Royaume-Uni, n'émettent que des protestations diplomatiques qui n'ont aucun effet.

L'Anschluss est une des Ă©tapes majeures dans la crĂ©ation, voulue depuis longtemps par Adolf Hitler, d'un Reich regroupant les pays et territoires germanophones, crĂ©ation qui avait dĂ©butĂ© avec l'incorporation de la Sarre au Reich, Ă  l'issue d'un rĂ©fĂ©rendum organisĂ© le . AprĂšs l'annexion de l'Autriche, le TroisiĂšme Reich s’empare en du territoire des SudĂštes, en TchĂ©coslovaquie (Ă  la suite des accords de Munich), le reste du pays Ă©tant divisĂ© en entre deux protectorats allemands : le protectorat de BohĂȘme-Moravie et la RĂ©publique slovaque. En 1939, l'Allemagne annexe Ă©galement le territoire de Memel, en Lituanie, ce qui constitue le dernier agrandissement territorial du TroisiĂšme Reich sans affrontement, avant le dĂ©clenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Photographie en noir et blanc d'hommes démantelant un poste-frontiÚre
DĂ©mantĂšlement d'un poste frontalier le 15 mars 1938.

L'Anschluss entraĂźne une profonde « nazification » de la sociĂ©tĂ© autrichienne et l'Autriche cesse d'exister en tant qu'État indĂ©pendant jusqu'en 1945. ConsidĂ©rĂ©e comme « la premiĂšre victime du nazisme » par les AlliĂ©s, l'Autriche est dotĂ©e d'un gouvernement provisoire le , lors de sa libĂ©ration par l'ArmĂ©e rouge, et est divisĂ©e en quatre zones d'occupation chacune administrĂ©e par une des forces alliĂ©es Ă©galement prĂ©sentes en Allemagne. Elle retrouve sa pleine souverainetĂ© en 1955.

Prémices

carte en couleurs représentant la dissolution de l'Autriche-Hongrie
La dissolution de l'Autriche-Hongrie.

Du XIXe siÚcle à la fin des années 1920

Le projet de regrouper tous les Allemands au sein d'un seul État fait l'objet de dĂ©bats sans suite concrĂšte depuis la fin du Saint-Empire romain germanique en 1806. En 1848, le Parlement de Francfort Ă©met le vƓu de rassembler tous les Allemands en un seul État national homogĂšne, intĂ©grant les Allemands autrichiens et rejetant la monarchie multinationale[alpha 4] des Habsbourg[1]. En 1850, l'Autriche rejoint la ConfĂ©dĂ©ration germanique dont elle est exclue par Otto von Bismarck en 1866, Ă  la suite de la guerre austro-prussienne[1].

Dans les annĂ©es qui suivent, le rattachement Ă  l'Allemagne n'est soutenu en Autriche que par le Parti national allemand, minoritaire[1], et n'est pas dĂ©fendu par l'Allemagne : craignant que l'Autriche ne recherche Ă  fonder une coalition anti-allemande, Bismarck adopte, Ă  partir de 1870, une politique qui vise Ă  rassurer Vienne et dĂ©clare, le , que les aspirations de la fraction qui Ɠuvre Ă  l'intĂ©gration des territoires allemands de la couronne autrichienne Ă  l'Allemagne ne correspondent pas aux objectifs de sa politique[2]. L'Autriche se rapproche Ă  nouveau de l'Allemagne en , lorsqu'elle conclut avec celle-ci un traitĂ© d'alliance militaire dĂ©fensive : « François-Joseph devenait l'alliĂ© de Guillaume Ier en attendant d'ĂȘtre, en 1914, « le brillant second » de Guillaume II »[3]. Cette confĂ©dĂ©ration germanique sous une forme actualisĂ©e suscite des rĂ©serves dans la double monarchie, notamment en raison de la prĂ©pondĂ©rance du Reich[4].

Du point de vue des idĂ©es, par contre, les idĂ©ologues völkisch, opposĂ©s Ă  la solution petite-allemande mise en Ɠuvre par Bismarck, appellent de leurs vƓux le rattachement de l'Autriche Ă  l'Allemagne : ainsi, le thĂ©oricien politique allemand Paul de Lagarde voit dans l'Anschluss la premiĂšre Ă©tape de la rĂ©alisation de la Mitteleuropa. Il propose mĂȘme un plan prĂ©cis d'union entre le Reich et la Double monarchie, dont les premiĂšres Ă©tapes seraient un traitĂ© d'alliance indissoluble ; le plan de Lagarde prĂ©voit ensuite l'expulsion des populations non germaniques — envoyĂ©s dans des zones oĂč elles seront confinĂ©es —, la mise en place d'institutions communes — d'inspiration conservatrice —, une union douaniĂšre et la possibilitĂ© d'une union personnelle[5].

Lorsque l'Empire austro-hongrois Ă©clate Ă  la suite de sa dĂ©faite lors de la PremiĂšre Guerre mondiale, de nombreux Allemands et Autrichiens germanophones espĂšrent une unification des deux États, dans le cadre de la rĂ©organisation de l'Europe conforme aux principes Ă©dictĂ©s par Woodrow Wilson. Cependant, le traitĂ© de Versailles, en son article 80, tout comme celui de Saint-Germain excluent explicitement la possibilitĂ© d'une unification entre l'Autriche et l'Allemagne, sauf Ă  obtenir l'accord de la SociĂ©tĂ© des Nations[6] - [7], les vainqueurs voulant maintenir les vaincus dans une situation d'impuissance militaire[8]. Toujours sous la pression des AlliĂ©s, le nom du nouvel État initialement dĂ©nommĂ©, en , Deutsch-Österreich puis rĂ©publique d'Autriche allemande, est transformĂ© en Republik Österreich (rĂ©publique d'Autriche)[7]. Les milieux politiques autrichiens sont divisĂ©s sur la question de l'unification : si certains sociaux-dĂ©mocrates, emmenĂ©s par Otto Bauer, souhaitent une unification, les sociaux-chrĂ©tiens y sont opposĂ©s, notamment par crainte du protestantisme allemand[9].

DÚs 1920, le programme du parti nazi exige la fusion de tous les Allemands dans une grande Allemagne, ce qui préfigure implicitement l'Anschluss ; en 1925, Adolf Hitler est nettement plus explicite :

« L'Autriche allemande doit revenir Ă  la grande patrie allemande et ceci, non pas en vertu de quelconques raisons Ă©conomiques. Non, non : mĂȘme si cette fusion, Ă©conomiquement parlant, est indiffĂ©rente ou mĂȘme nuisible, elle doit avoir lieu quand mĂȘme. Un seul sang exige un seul Reich. »

— Adolf Hitler, Mein Kampf[10].

De 1930 Ă  1938

Le , le projet d'union douaniĂšre dit « plan Schober-Curtius » — du nom des ministres des Affaires Ă©trangĂšres autrichien Johann Schober et allemand Julius Curtius — est signĂ© entre l'Allemagne et l'Autriche. La France s'y oppose. Le , les deux ministres annoncent officiellement Ă  la commission des affaires europĂ©ennes de la SociĂ©tĂ© des Nations qu'ils y renoncent. Le , la Cour internationale de justice de La Haye, s'appuyant sur l'article 88 du traitĂ© de Saint-Germain-en-Laye et sur le protocole de GenĂšve du , condamne cette union douaniĂšre par huit voix contre sept[11].

Au cours des annĂ©es 1930, les nazis autrichiens connaissent une notable progression sur le plan Ă©lectoral, en passant de 112 000 voix aux Ă©lections lĂ©gislatives autrichiennes de 1930 Ă  230 000 voix lors des Ă©lections partielles de 1932, dans les LĂ€nder de Vienne, Salzbourg et Styrie[12]. Maintenus dans l'opposition, ils se lancent dans une stratĂ©gie de tension et recourent au terrorisme, ce qui dĂ©bouche, le , sur l'interdiction du parti nazi Ă  la suite d'un attentat meurtrier contre des gymnastes catholiques[13]. Face aux tensions entre les socialistes, appuyĂ©s par leur milice, le Schutzbund, et les catholiques, eux aussi appuyĂ©s par une milice, les Heimwehren, le chancelier chrĂ©tien-social Engelbert Dollfuss Ă©tablit en une dictature clĂ©ricalo-fasciste Ă  parti unique, connue sous le nom d'austrofascisme[14] : il ajourne le Parlement, dissout le parti communiste et le parti nazi, et utilise les Heimwehren comme police auxiliaire pour Ă©craser le soulĂšvement des socialistes viennois en [15] ; la rĂ©pression fait un millier de morts et de trois Ă  quatre mille blessĂ©s[14].

Le , les nazis autrichiens tentent un coup d'État au cours duquel ils assassinent Dollfuss[16], assassinat vraisemblablement commanditĂ© par Adolf Hitler[17]. La tentative de prise de pouvoir Ă©choue, au grand dam de celui-ci, qui n'ose cependant intervenir en raison de la position politique de l'Italie fasciste, Benito Mussolini garantissant alors l'indĂ©pendance de l'Autriche, l'Italie partageant une frontiĂšre physique de 400 km avec l'Autriche.

Pour Georges Scheuer, journaliste autrichien émigré en France aprÚs l'Anschluss, la faible résistance autrichienne trouve sa source dans la répression du mouvement ouvrier viennois lancé par Dollfuss le [16]. Selon lui, le rapprochement ultérieur entre Hitler et Mussolini, couplé aux similitudes entre nazisme et austrofascisme (« rejet du parlementarisme, établissement d'une dictature autoritaire avec un parti unique, terreur policiÚre, en premier lieu contre la gauche, qui est présentée comme « danger rouge », « marxiste » et « bolchevique » ; dissolution des syndicats ») ont créé des conditions favorables à l'Anschluss[16].

Bien qu'il ait affirmĂ© lors de la parution du premier volume de Mein Kampf, en 1925, que l'union de l'Allemagne et de l'Autriche Ă©tait, pour les Allemands, « une tĂąche qu'ils [les Allemands] devaient s'employer Ă  accomplir, par tous les moyens et tout au long de leur vie »[18], l'Ă©chec du putsch et l'attitude de l'Italie forcent Hitler Ă  adopter une position publique conciliante et rassurante : dans l'important discours qu'il prononce devant les membres du Reichstag, le , Hitler affirme que l'Allemagne n'a ni l'intention, ni le dĂ©sir de se mĂȘler des affaires intĂ©rieures de l'Autriche, d'annexer l'Autriche ou de rĂ©aliser l'Anschluss[19]. L'approbation par la SociĂ©tĂ© des nations des rĂ©sultats du rĂ©fĂ©rendum sur le rattachement de la Sarre au Reich organisĂ© le et l'absence de rĂ©action des puissances alliĂ©es Ă  l'entrĂ©e des troupes allemandes en RhĂ©nanie, en , permettent Ă  Hitler de renforcer la pression sur l'Autriche et de contraindre le successeur de Dolfuss, Kurt Schuschnigg, Ă  entamer avec Franz von Papen, ambassadeur Ă  Vienne, des nĂ©gociations visant Ă  rapprocher les deux pays sous l'Ă©gide allemande[20].

De 1934 à 1938, Schuschnigg mÚne une intense mais prudente activité diplomatique afin de faire garantir l'indépendance de son pays par l'Italie, la France et le Royaume-Uni pendant que le chef d'état-major de l'armée autrichienne, Alfred Jansa, dresse des plans pour s'opposer militairement à une éventuelle agression allemande[21].

L'accord du rĂ©affirme le maintien de l'indĂ©pendance de l'Autriche, mais celle-ci est dĂ©signĂ©e comme le second État allemand et elle s'engage Ă  mener une politique extĂ©rieure conforme aux intĂ©rĂȘts pangermaniques et Ă  autoriser l'activitĂ© politique du parti nazi[22]. Si pour Schuschnigg l'accord doit mettre fin aux tensions entre l'Autriche et l'Allemagne, pour Hitler il ne s'agit que d'un expĂ©dient temporaire en attendant que les circonstances permettent de briser la souverainetĂ© autrichienne[23]. Au cours de l'Ă©tĂ© 1937, Hitler fait part Ă  son ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, de sa volontĂ© de rĂ©soudre le problĂšme autrichien par la force, non seulement pour des raisons idĂ©ologiques, stratĂ©giques et militaires mais aussi pour des motifs Ă©conomiques, l'Autriche disposant d'importantes rĂ©serves d'or et de devises, de main-d'Ɠuvre et de matiĂšres premiĂšres[24] ; ces motifs Ă©conomiques expliquent le rĂŽle majeur jouĂ© par Hermann Göring, ministre du Plan quadriennal, dans la prĂ©paration et l'exĂ©cution de l'Anschluss[25] - [alpha 5]. Lors de la signature par Mussolini du pacte anti-Komintern, le , le Duce dĂ©clare au ministre des Affaires Ă©trangĂšres allemand Joachim von Ribbentrop que les Ă©vĂ©nements en Autriche peuvent suivre leur cours naturel : la souverainetĂ© de l'Autriche a perdu son dernier garant[26], la France et le Royaume-Uni n'ayant pas montrĂ© d'intĂ©rĂȘt pour la dĂ©fense de l'indĂ©pendance autrichienne[27].

Anschluss

Premiùres actions d’Hitler

DĂ©but 1938, Adolf Hitler a consolidĂ© son pouvoir en Allemagne, notamment avec la mise Ă  l'Ă©cart de Werner von Blomberg et de Werner von Fritsch[28], et il est prĂȘt Ă  atteindre l'un des objectifs qu'il s’est fixĂ© de longue date : l'expansion du Reich.

Il rencontre le chancelier autrichien Kurt Schuschnigg le Ă  Berchtesgaden, en BaviĂšre. Schuschnigg est accueilli Ă  la frontiĂšre par Franz von Papen, pourtant limogĂ© de son poste Ă  Vienne depuis le , qui lui annonce que la rencontre se dĂ©roulera en prĂ©sence de Wilhelm Keitel, le nouveau chef de l'OKW, de Walter von Reichenau, commandant des forces terrestres dans la zone austro-bavaroise, et de Hugo Sperrle, responsable de la Luftwaffe dans la mĂȘme rĂ©gion, « arrivĂ©s par hasard »[29]. Hitler accueille Schuschnigg avec une courtoisie minimale et se lance, dĂšs le dĂ©but de leur tĂȘte-Ă -tĂȘte, dans une diatribe cinglante. Ses invectives durent toute la matinĂ©e et mettent le chancelier autrichien sous une forte pression[30].

« Vous avez tout fait pour empĂȘcher une politique amicale [
]. L'histoire de l'Autriche n'est qu'un acte ininterrompu de haute trahison. [
] Ce paradoxe historique doit maintenant parvenir Ă  son terme, qui devrait ĂȘtre depuis longtemps Ă©chu. Et je puis vous l'affirmer ici, monsieur Schuschnigg : je suis absolument rĂ©solu Ă  ce que cela cesse. Le Reich allemand est l'une des grandes puissances et personne n'osera Ă©lever la voix s'il dĂ©cide de rĂ©gler le problĂšme de ses frontiĂšres. »

— Adolf Hitler au chancelier Schuschnigg[29]

Photographie en noir et blanc de 1938 sur laquelle figurent, de gauche Ă  droite, Arthur Seyss-Inquart, en civil, Adolf Hitler, Heinrich Himmler et Reinhard Heydrich, en uniforme (1938)
De gauche Ă  droite : au premier plan, Seyss-Inquart et Hitler ; au second plan Ă  gauche de Hitler, Bormann et Kaltenbrunner ; Ă  droite de Hitler, Himmler et Heydrich (1938).

Dans l'aprĂšs-midi, Joachim von Ribbentrop et Franz von Papen prĂ©sentent Ă  Schuschnigg un projet d'« accord », en lui prĂ©cisant qu'il n'est pas nĂ©gociable[29]. L'interdiction des activitĂ©s du parti nazi autrichien doit ĂȘtre levĂ©e et ses membres en prison amnistiĂ©s. Arthur Seyss-Inquart, un avocat membre du parti nazi, doit ĂȘtre nommĂ© ministre de l'IntĂ©rieur ayant l'autoritĂ© sur les services de police et de sĂ©curitĂ©, et Edmund Glaise-Horstenau, autre membre du parti nazi, ministre de guerre[31]. Les armĂ©es allemande et autrichienne doivent Ă©tablir des relations Ă©troites, et le systĂšme Ă©conomique autrichien doit ĂȘtre intĂ©grĂ© Ă  celui de l'Allemagne[29]. Lors de la seconde entrevue du chancelier autrichien avec Hitler, celui-ci le menace explicitement d'une intervention militaire en cas de refus : Schuschnigg finit par cĂ©der[29], ce qui inspire Ă  Hitler le commentaire que « les canons parlent toujours le bon langage »[32].

Le gouvernement autrichien annonce l'amnistie générale des nazis emprisonnés, y compris des assassins d'Engelbert Dollfuss, et la nomination de Seyss-Inquart comme ministre de la Sûreté[33] - [alpha 6].

Le , les SA défilent en uniforme à Linz avec d'immenses drapeaux à croix gammée. Le , Arthur Seyss-Inquart se rend à Graz et, selon un journaliste britannique, on croirait entrer dans une ville de l'Allemagne nazie : la majorité des gens dans les rues portent des emblÚmes à croix gammée, soit des insignes en métal, soit le sigle officiel du NSDAP, et les jeunes gens échangent des saluts hitlériens et certains chantent le Horst-Wessel-Lied[34].

Malgré l'acceptation de l'« accord », Hitler durcit encore le ton lors d'un discours devant les membres du Reichstag, le .

« Plus de dix millions d'Allemands vivent dans deux des États qui ont une frontiĂšre commune avec nous[alpha 7]. Pour une puissance mondiale, il est intolĂ©rable de savoir qu'Ă  ses cĂŽtĂ©s des frĂšres de race subissent Ă  chaque instant les plus cruelles souffrances parce qu'ils se sentent solidaires de la nation tout entiĂšre, en union avec elle, avec sa destinĂ©e et sa Weltanschauung. C'est au Reich allemand de protĂ©ger les peuples germaniques qui ne sont pas en mesure d'assurer, par leur propre effort, le long de nos frontiĂšres, leur libertĂ© politique et spirituelle. »

— Adolf Hitler[33]

Photographie en couleurs de l'hĂŽtel de ville de Graz
L'hĂŽtel de ville de Graz.

Quatre jours plus tard, dans un discours au Conseil national, Schuschnigg rĂ©plique en dĂ©clarant que « l'Autriche s'est engagĂ©e sur la voie des concessions jusqu'au point oĂč nous devons nous arrĂȘter, nous n'irons pas plus loin » et en affirmant que l'Autriche ne renoncera jamais Ă  son indĂ©pendance[33]. La radiodiffusion du discours de Schuschnigg suscite de violentes rĂ©actions des nazis autrichiens : Ă  Graz, vingt mille nazis envahissent la place de l'HĂŽtel-de-Ville, dĂ©truisent les haut-parleurs et remplacent le drapeau autrichien par la banniĂšre allemande Ă  croix gammĂ©e, sans que la police, soumise Ă  l'autoritĂ© de Seyss-Inquart, n'intervienne[33].

Au cours des semaines qui suivent, le chancelier autrichien recherche le soutien de la classe ouvriĂšre au travers des syndicats et du Parti social-dĂ©mocrate, dont il a pourtant maintenu l'interdiction prononcĂ©e par Dollfuss aprĂšs la rĂ©pression de 1934 ; cela n'empĂȘche pas les socialistes de proclamer leur soutien au gouvernement pour prĂ©server l'indĂ©pendance du pays et d'organiser un rassemblement populaire le , leur seule demande Ă©tant que leur activitĂ© politique soit Ă  nouveau autorisĂ©e, comme cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© le cas pour celle du parti nazi autrichien[33].

Projet de référendum et démission de Schuschnigg

Le , Schuschnigg tente une ultime manƓuvre pour prĂ©server l’indĂ©pendance de l’Autriche : il annonce, lors d'un discours Ă  Innsbruck, sans avoir prĂ©venu ses ministres, la tenue d’un rĂ©fĂ©rendum[alpha 8] pour le [35], appelant les Ă©lecteurs Ă  soutenir « une Autriche libre et allemande, indĂ©pendante et sociale, chrĂ©tienne et unie, pour la libertĂ© et le travail, et pour l'Ă©galitĂ© de tous ceux qui se dĂ©clarent pour la race et la patrie », formulation qui laisse augurer un vote largement positif[36]. Afin de s’assurer une large majoritĂ©, il fixe l’ñge minimum pour voter Ă  vingt-quatre ans, excluant ainsi les Ă©lecteurs plus jeunes, largement acquis au nazisme[35] - [37]. L’organisation de ce rĂ©fĂ©rendum constitue un pari risquĂ© pour Schuschnigg : Hitler considĂšre que cette initiative est une violation de l'accord de Berchtesgaden du et convoque Göring et Goebbels pour trouver un moyen d'empĂȘcher le plĂ©biscite[38]. Dans la soirĂ©e du 9 et dans la nuit du 9 au 10, Hitler consulte de nombreux dignitaires politiques et militaires nazis, et ordonne Ă  Wilhelm Keitel dĂšs le matin du d'envahir l'Autriche le samedi . Au cours des journĂ©es des 10 et , Keitel, Ludwig Beck, et Erich von Manstein prĂ©parent l'opĂ©ration et arrivent Ă  envoyer les ordres de mobilisation aux unitĂ©s concernĂ©es dĂšs le vers 18 h 30[35]. Pendant ce temps, Adolf Hitler envoie un courrier Ă  Benito Mussolini, par lequel il lui fait part de sa dĂ©cision « de rĂ©tablir la loi et l'ordre dans [son] pays natal », faisant Ă©tat de la situation d'anarchie qui rĂšgne en Autriche et du fait que l'Autriche et la TchĂ©coslovaquie se prĂ©parent Ă  lancer vingt millions d'hommes Ă  l'assaut de l'Allemagne, assertions qui sont, selon William L. Shirer, « un tissu de mensonges »[35].

Le , Schuschnigg est rĂ©veillĂ©, Ă  5 h 30 du matin, par un appel tĂ©lĂ©phonique du chef de la police autrichienne qui lui annonce la fermeture de la frontiĂšre Ă  Salzbourg, l'arrĂȘt des transports ferroviaires entre l'Allemagne et l'Autriche et des concentrations de troupes allemandes ; Ă  10 h, Arthur Seyss-Inquart et Edmund Glaise-Horstenau font part au chancelier autrichien de l'exigence d'Hitler de voir le plĂ©biscite annulĂ© sous peine d'invasion militaire[39]. Expirant normalement Ă  midi, l’ultimatum est reportĂ© jusqu’à 14 h[31], heure Ă  laquelle Schuschnigg accepte d'annuler le plĂ©biscite. PrĂ©venu de cette dĂ©cision par Seyss-Inquart, et aprĂšs avoir confĂ©rĂ© avec Hitler, Hermann Göring formule de nouvelles exigences : la dĂ©mission de Schuschnigg et son remplacement par Seyss-Inquart[40]. Il demande Ă©galement Ă  ce dernier d'envoyer, dĂšs sa nomination, un tĂ©lĂ©gramme demandant aux autoritĂ©s allemandes d'envoyer des troupes en Autriche pour y maintenir l'ordre[39].

Dans un premier temps, le prĂ©sident autrichien, Wilhelm Miklas, refuse la dĂ©mission du chancelier, ce dont Göring est averti par tĂ©lĂ©phone par Seyss-Inquart[40]. À la suite de cette nouvelle, Göring se rend chez Hitler, dont il obtient, aprĂšs une demi-heure de discussion, qu'il donne l'ordre Ă  la 8e armĂ©e d'entrer en Autriche Ă  l'aube du [40]. Soumis Ă  des pressions de plus en plus fortes, Miklas accepte finalement la dĂ©mission de Schuschnigg, mais refuse de dĂ©signer Seyss-Inquart comme chancelier[39].

Schuschnigg annonce sa démission peu aprÚs 19 h 30 dans un communiqué radiophonique :

« Le gouvernement allemand a remis aujourd'hui au prĂ©sident Miklas un ultimatum lui ordonnant, dans un dĂ©lai imposĂ©, de nommer au poste de chancelier une personnalitĂ© dĂ©signĂ©e par le gouvernement allemand ; en cas de refus, les troupes allemandes envahiraient l'Autriche. [
] Le prĂ©sident Miklas m'a demandĂ© de faire savoir au peuple d'Autriche que nous avons cĂ©dĂ© Ă  la force parce que nous refusons, mĂȘme en cette heure terrible, de verser le sang. Nous avons donc dĂ©cidĂ© d'ordonner aux troupes autrichiennes de n'opposer aucune rĂ©sistance. Je prends donc congĂ© du peuple autrichien, en lui adressant cette formule d'adieu allemande, prononcĂ©e du plus profond de mon cƓur : Dieu protĂšge l'Autriche. »

— Kurt Schuschnigg, le [41]

À cette annonce, la foule se dĂ©chaĂźne Ă  Vienne, brisant les vitrines des commerces appartenant Ă  des Juifs ou molestant ceux-ci ; selon un journaliste tĂ©moin des faits, « la ville se transforme en un cauchemar peint par JĂ©rĂŽme Bosch. [
] Ce qui se dĂ©chaĂźne Ă  Vienne est un torrent d'envie, de jalousie, d'amertume, d'aveuglement, une malveillante envie de revanche[42]. »

Photographie en couleurs du centre historique de Salzbourg
Vue du centre historique de Salzbourg.

Bien organisĂ©s, les nazis autrichiens prennent le pouvoir en Carinthie et en Styrie, et occupent des bĂątiments publics et des gares ferroviaires Ă  Innsbruck, Linz, Salzbourg, Graz, Klagenfurt et Vienne[40]. Le refus du prĂ©sident Miklas de constituer un gouvernement nazi dirigĂ© par Seyss-Inquart et l'absence d'un tĂ©lĂ©gramme d'appel Ă  l'aide venant de celui-ci mettent Hitler hors de lui : Ă  20 h 45, il donne formellement l'ordre d'invasion ; trois minutes plus tard, Göring fait transmettre Ă  Seyss-Inquart le texte du tĂ©lĂ©gramme, en prĂ©cisant qu'il n'est plus nĂ©cessaire de l'envoyer mais simplement de marquer son accord sur son contenu[43]. Dans la nuit, le texte du tĂ©lĂ©gramme[alpha 9] est envoyĂ© Ă  la presse allemande qui le publie le lendemain matin : la une du Völkischer Beobachter porte comme manchette « L'Autriche allemande sauvĂ©e du chaos »[43]. Vers minuit, aprĂšs que les principaux centres du pouvoir Ă  Vienne sont tombĂ©s entre les mains des nazis autrichiens et que la plupart des membres du gouvernement ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, et vu l'absence de rĂ©action de la France, du Royaume-Uni, de l'Italie et de la TchĂ©coslovaquie, le prĂ©sident Miklas accepte de nommer Seyss-Inquart chancelier[43]. Celui-ci tente en vain d'empĂȘcher l'arrivĂ©e des troupes allemandes, en appelant la chancellerie du Reich et l'OKW : « Hitler avait pris l'une de ses dĂ©cisions inĂ©branlables ; il ne pensait pas seulement qu'il Ă©tait immoral de laisser une telle armĂ©e dĂ©sƓuvrĂ©e, il considĂ©rait Ă©galement que les nazis autrichiens n'Ă©taient pas dignes de confiance »[40].

Annexion

Photographie en noir et blanc montrant l'arrivée de deux unités blindées allemandes dans les rues de Vienne
L'arrivée des unités blindées allemandes à Vienne.

Le Ă  5 h 30, les troupes de la Wehrmacht franchissent la frontiĂšre austro-allemande[45]. Elles ne rencontrent aucune rĂ©sistance de la part de l’armĂ©e autrichienne[31]. Bien au contraire : elles sont accueillies par des acclamations de la population, des Heil Hitler, des drapeaux nazis et des fleurs[45]. AprĂšs les unitĂ©s motorisĂ©es, l'infanterie entre en Autriche, non en formation de combat, mais en dĂ©filant avec drapeaux et musique militaire[46]. Pour un officier, « jamais des troupes allemandes n'ont Ă©tĂ© accueillies aussi chaleureusement depuis le dĂ©filĂ© triomphal de Bismarck lors de la fondation du Reich »[46]. Peu avant midi, la 2e division blindĂ©e, commandĂ©e par Heinz Guderian, arrive Ă  Linz. Guderian y est rejoint par Heinrich Himmler, Arthur Seyss-Inquart et Edmund Glaise-Horstenau, qui lui annoncent que l'arrivĂ©e d'Adolf Hitler est prĂ©vue vers quinze heures[46]. Hitler pĂ©nĂštre en Autriche peu avant 16 h Ă  Braunau, sa ville natale. En raison de la foule amassĂ©e sur son passage, il n'arrive Ă  Linz que vers 19 h 30, oĂč il reçoit un accueil enthousiaste ; lorsqu'il y prend la parole d'un balcon de l'hĂŽtel de ville, il est acclamĂ© par soixante Ă  quatre-vingt mille personnes[46].

Plusieurs commentateurs, Ă  la suite de Churchill, font de l'Ă©vĂ©nement une description qui insiste sur l'imprĂ©paration de la Wehrmacht, dont 70 % des vĂ©hicules seraient tombĂ©s en panne sur la route de Vienne[47], retardant par leur encombrement l'arrivĂ©e de l'escorte d'un Hitler furieux. L'historien Benoist-MĂ©chin indique que cette erreur, fondĂ©e sur « des rapports tendancieux Ă©manant des attachĂ©s militaires britannique et tchĂšque Ă  Vienne », a contribuĂ© Ă  « ancrer les dirigeants des Puissances occidentales dans la conviction que la Wehrmacht n’était pas en mesure d’affronter un conflit sĂ©rieux », alors mĂȘme qu'Hitler avait ordonnĂ© personnellement un long arrĂȘt Ă  Linz[48].

L'occupation systĂ©matique de la totalitĂ© du territoire autrichien se poursuit mĂ©thodiquement : Ă  Salzbourg, les troupes de montagne allemandes dĂ©couvrent une ville pavoisĂ©e de drapeaux nazis, et Ă  son arrivĂ©e Ă  Vienne vers minuit, Guderian reçoit un accueil enthousiaste[49]. S'il n'Ă©tait pas prĂ©vu, Ă  l'origine, d'envoyer des troupes en Styrie et en Carinthie, Hitler modifie ses plans au vu de l'accueil rĂ©servĂ© aux soldats allemands par la population autrichienne : dans la journĂ©e du , les hommes du 2e rĂ©giment de parachutistes atterrissent Ă  Graz ; dans ces deux provinces, les unitĂ©s sont Ă  nouveau « bombardĂ©es de fleurs, mĂȘme dans les hameaux slovĂšnes Ă  la frontiĂšre avec la Yougoslavie »[49]. Dans la soirĂ©e du , toute l'Autriche est occupĂ©e[49].

Le , Hitler quitte Linz pour se diriger vers Vienne en faisant une Ă©tape Ă  Melk, puis Ă  Sankt Pölten : de cette ville, il poursuit son trajet vers la capitale Ă  raison de vingt kilomĂštres par heure, afin de satisfaire la foule[49]. Peu avant 18 h, le FĂŒhrer pĂ©nĂštre Ă  Vienne par la Ringstrasse et se rend Ă  l'hĂŽtel ImpĂ©rial pour y rencontrer les membres du nouveau gouvernement dirigĂ© par Seyss-Inquart. Bien que la foule ait Ă©tĂ© avertie que Hitler Ă©tait trop fatiguĂ© pour prendre la parole, des milliers de personnes restent massĂ©s Ă  l'extĂ©rieur de l'hĂŽtel : Hitler adresse cependant Ă  la population un bref discours qu'il conclut par : « Personne ne pourra jamais diviser Ă  nouveau le Reich allemand tel qu'il existe aujourd'hui »[49].

Photographie en noir et blanc d'Adolf Hitler, vu de dos, s'adressant à la foule rassemblée sur la Heldenplatz à Vienne  le 14 mars 1938
Adolf Hitler, vu de dos, s'adressant à la foule rassemblée sur la Heldenplatz à Vienne le .

Le lendemain, au milieu de la matinĂ©e, prĂšs de 250 000 personnes se dirigent vers la Heldenplatz de Vienne, oĂč Hitler arrive vers 11 h et reçoit un accueil triomphal de la part de la foule rassemblĂ©e sur la place et ses alentours. « Elle est composĂ©e de personnes issues de toutes les classes sociales. Pour une fois, ouvriers et bourgeois se tiennent cĂŽte Ă  cĂŽte, avec un enthousiasme indivisible. Mon impression prĂ©dominante est qu'elle est composĂ©e de jeunes plutĂŽt mal habillĂ©s. Il ne s'agit pas d'un rassemblement de rĂ©actionnaires rĂ©unis pour cĂ©lĂ©brer leur triomphe. Quelle que soit sa motivation, c'est le peuple de Vienne qui emplit les rues »[49].

Par la suite, Hitler commente cet Ă©pisode : « Certains journaux Ă©trangers ont prĂ©tendu que nous nous sommes abattus sur l'Autriche en employant des mĂ©thodes brutales. [
] Quand j'ai franchi la frontiĂšre, j'ai Ă©tĂ© submergĂ© par un flot d'amour tel que je n'en avais jamais connu. Nous ne sommes pas arrivĂ©s en tyrans mais en libĂ©rateurs
 »[50].

DĂšs la soirĂ©e du , une partie de la foule s'en prend aux Juifs, forçant les familles Ă  sortir de chez elles et Ă  s'agenouiller dans les rues, sous les cris de « Mort aux Juifs »[49]. Les premiers jours suivant l'Anschluss, la population autrichienne soutient largement les vexations et les pillages contre les Juifs, avant qu'une politique d’État ne l'organise par la suite[51].

En Autriche

Selon Evan Burr Bukey, l'enthousiasme d'une grande partie de la population à l'égard de l'Anschluss est spontané et tient essentiellement à quatre facteurs : l'annexion s'est déroulée sans effusion de sang ; les troupes allemandes sont perçues à la fois comme le moyen d'éviter une guerre civile et comme une protection contre une agression extérieure ; l'essor économique de l'Allemagne devrait également améliorer la situation en Autriche ; enfin, des Autrichiens y voient une chance de mettre fin à ce que l'on appelle la question juive[52].

DÚs leur entrée en Autriche, les Allemands recherchent et obtiennent le soutien de deux piliers de la société autrichienne, à savoir la hiérarchie catholique et les dirigeants sociaux-démocrates.

Photographie en couleurs de Theodor Innitzer en tenue de cardinal vers 1933
Le cardinal Theodor Innitzer vers 1933.

Le cardinal Theodor Innitzer, qui est en outre une des personnalitĂ©s du mouvement social-chrĂ©tien, dĂ©clare dĂšs le : « Les catholiques viennois devraient remercier le Seigneur pour le fait que ce grand changement politique se soit dĂ©roulĂ© sans effusion de sang, et prier pour un grand avenir pour l’Autriche. Il va de soi que tout le monde devrait obĂ©ir aux ordres des nouvelles institutions ». Les autres Ă©vĂȘques autrichiens adoptent la mĂȘme position dans les jours qui suivent et remercient l'Allemagne d'avoir « sauvĂ© l'Autriche du pĂ©ril bolchĂ©vique »[31]. Lors de la publication de cette dĂ©claration de soutien Ă  l'Anschluss, le , Innitzer appose la mention Heil Hitler Ă  cĂŽtĂ© de sa signature[53].

Le social-dĂ©mocrate Karl Renner, pourtant pĂšre fondateur de la PremiĂšre RĂ©publique, annonce son soutien Ă  l’Anschluss et dĂ©clare le qu'il votera favorablement lors du plĂ©biscite[53]. Pendant l'Ă©tĂ© et l'automne 1938, il Ă©crit un ouvrage de 80 pages au titre rĂ©vĂ©lateur : Die GrĂŒndung der Republik Deutschösterreich, der Anschluss und die Sudetendeutschen (« La Fondation de la rĂ©publique austro-allemande, l'Anschluss et les Allemands des SudĂštes »)[54] - [alpha 10].

À l'Ă©tranger

Photographie en noir et blanc de Neville Chamberlain, son chapeau Ă  la main, Ă  Munich le 29 septembre 1938
Neville Chamberlain Ă  Munich, le .

MĂȘme si une manifestation rassemble vingt mille personnes le Ă  Trafalgar Square Ă  Londres[55], les rĂ©actions Ă  l'Ă©tranger peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme molles. La position officielle du Royaume-Uni est exprimĂ©e par le Premier ministre Neville Chamberlain, Ă  la Chambre des communes, le :

« J'imagine que, suivant les tempĂ©raments des uns et des autres, les Ă©vĂ©nements que nous avons Ă  l'esprit aujourd'hui peuvent susciter des regrets, de la tristesse et peut-ĂȘtre de l'indignation. Ils ne peuvent ĂȘtre vus par le gouvernement de Sa MajestĂ© avec indiffĂ©rence ou sĂ©rĂ©nitĂ©. Ils auront des consĂ©quences qui ne peuvent encore ĂȘtre mesurĂ©es. Leur rĂ©sultat immĂ©diat est l'intensification du sentiment d'insĂ©curitĂ© en Europe. [
] Ce n'est pas le moment de prendre des dĂ©cisions hĂątives ou de prononcer des mots imprudents. Nous devons analyser la nouvelle situation rapidement, mais de sang-froid[trad 1] - [56]. »

— Neville Chamberlain

La rĂ©action modĂ©rĂ©e du Royaume-Uni, partagĂ©e par les États-Unis, est l'une des premiĂšres consĂ©quences majeures de la politique d'apaisement strictement observĂ©e par le Royaume-Uni[57]. Devant la Chambre des communes le , Winston Churchill met en garde, en vain, contre les consĂ©quences de cette orientation : « L’Europe est confrontĂ©e Ă  un programme d’agressions, un programme soigneusement calculĂ© et minutĂ©, qui se dĂ©roule Ă©tape par Ă©tape, et il ne reste plus qu’un seul choix, pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres pays qui se trouvent malheureusement concernĂ©s – ou bien se soumettre, comme l’Autriche, ou bien prendre des mesures efficaces pendant qu’il reste encore du temps pour Ă©carter le danger ou, si on ne peut l’écarter, lui faire face. »[58] - [59]. Quant au gouvernement italien, aprĂšs un silence initial, il apporte son soutien Ă  l'Allemagne[60].

C'est de l'étranger que s'élÚvent des voix autrichiennes contre l'Anschluss : un groupe d'artistes cosmopolites, dont Joseph Roth à Paris, Oskar Kokoschka à Londres et Stefan Zweig à Bath, fondent le mouvement « Autriche libre » qui regroupe, en 1943, vingt-sept organisations comptant plus de sept mille membres[61].

Plus inquiĂšte que ses anciens AlliĂ©s de 1918, la France anime une entente dĂ©fensive de pays autour de l'Allemagne (Pologne, TchĂ©coslovaquie). Elle a voulu soutenir les efforts de l'Autriche pour sauvegarder son indĂ©pendance, mais bien qu'informĂ©e des intentions allemandes, elle ne se montre que peu dissuasive[62]. L'instabilitĂ© gouvernementale notamment empĂȘche la TroisiĂšme RĂ©publique de mener une politique Ă©nergique, et l'impuissance de la SociĂ©tĂ© des Nations fournit un alibi commode Ă  l'inaction. Au moment de l'Anschluss, la Chambre des dĂ©putĂ©s a renversĂ© le gouvernement Chautemps, l'a remplacĂ© par une coalition intĂ©rimaire dans l'attente d'un nouvel exĂ©cutif par LĂ©on Blum : Ă  ce moment critique, la France est sans voix forte[63], le gouvernement allemand suggĂ©rant mĂȘme que la vacance gouvernementale aurait Ă©tĂ© un motif de prĂ©cipiter l'Anschluss[64]. Le Parti communiste français dĂ©nonce « l'agression hitlĂ©rienne », mais se prĂ©occupe plus des questions sociales nationales et des procĂšs de Moscou, alors prĂšs de s'achever[65]. Ministre des affaires Ă©trangĂšres du gouvernement Chautemps, le radical Yvon Delbos reçoit l'ambassadeur d'Allemagne le [66], mais il n'est pas reconduit dans le deuxiĂšme gouvernement Blum (qui dure moins d'un mois[67] )[68]. En coulisses, un groupe de pression[62] formĂ© par Fernand de Brinon (premier journaliste Ă  interroger Hitler aprĂšs son accession au pouvoir[69]), le sĂ©nateur Pierre Laval et Pierre-Étienne Flandin adoptent une attitude « munichoise » avant l'heure de conciliation avec l'Allemagne[70] - [62].

Le Mexique, par la voix d'Isidro Fabela, son diplomate auprÚs de la Société des Nations, proteste officiellement contre l'annexion de l'Autriche, le 19 mars 1938[71].

Sous la pression de la communautĂ© juive amĂ©ricaine, le prĂ©sident Roosevelt propose le de lancer une initiative internationale pour venir en aide aux actuels et futurs rĂ©fugiĂ©s juifs d'Autriche et d'Allemagne. RĂ©unie du 6 au , la confĂ©rence d'Évian n'apporte aucune solution, la plupart des pays se montrant hostiles Ă  l'accueil de rĂ©fugiĂ©s ou renvoyant Ă  un improbable accueil en Afrique ou en AmĂ©rique du Sud. ReprĂ©sentĂ©s non par un Ă©lu, mais un entrepreneur ami de Roosevelt, Myron C. Taylor, les États-Unis refusent d'augmenter leurs quotas d'immigration[72] - [73]. Suivent le les contestĂ©s accords de Munich, qui ouvrent la voie Ă  de nouvelles annexions par l'Allemagne[74].

Plébiscite

Hermann Göring à Vienne, le 27 mars 1938, lors du dépÎt d'une couronne de fleurs
Göring à Vienne, le .

L’Anschluss produit ses effets juridiques dĂšs le lendemain de l’entrĂ©e des troupes allemandes, par la loi du sur la rĂ©unification de l'Autriche au Reich allemand, rĂ©digĂ©e par un haut fonctionnaire allemand venu de Berlin, approuvĂ©e par le nouveau gouvernement autrichien et signĂ©e par Adolf Hitler[75] - [76], soumise Ă  ratification par plĂ©biscite : l’Autriche devient la province d’Ostmark du Reich et Seyss-Inquart en est nommĂ© gouverneur. Le mĂȘme jour, Hitler charge le gauleiter de Sarre-Palatinat, Josef BĂŒrckel, d'organiser un plĂ©biscite « libre et au vote secret » le [77].

BĂŒrckel lance officiellement la campagne Ă  Vienne, en Ă©maillant son discours de nombreuses attaques antisĂ©mites, qui sont applaudies avec beaucoup d'enthousiasme ; dans les jours qui suivent, les principaux dirigeants nazis allemands, dont Hitler, Göring, Goebbels et Himmler, sillonnent l'Autriche pour soutenir l'annexion[77]. Les nazis jouent sur un double registre, alliant propagande et rĂ©pression. Pour influencer favorablement le vote des Autrichiens, Göring annonce, le , un investissement de soixante millions de marks dans le dĂ©veloppement de l'industrie et la modernisation de l'agriculture autrichienne ; dans les jours qui suivent, le systĂšme de sĂ©curitĂ© sociale allemand est Ă©tendu Ă  l'Autriche, le paiement d'allocations aux chĂŽmeurs est repris par l'Allemagne, dix mille Ă©coliers et vingt-cinq mille adultes y sont envoyĂ©s en vacances, et des distributions de nourriture sont organisĂ©es pour les plus pauvres[77].

Les mĂ©thodes brutales utilisĂ©es par Hitler pour Ă©liminer toute opposition en Allemagne sont immĂ©diatement mises en place en Autriche dans les semaines qui prĂ©cĂšdent le plĂ©biscite. Avant mĂȘme l’intervention de la Wehrmacht, Himmler et quelques officiers SS arrivent Ă  Vienne dĂšs le , bientĂŽt rejoints par quarante mille membres des forces de sĂ©curitĂ© allemandes[77]. Durant les quelques semaines qui sĂ©parent l’Anschluss du plĂ©biscite, soixante-dix mille personnes (sociaux-dĂ©mocrates, dĂ©mocrates-chrĂ©tiens comme Richard Schmitz et Leopold Figl, communistes et autres opposants politiques, Juifs
) sont arrĂȘtĂ©es et emprisonnĂ©es ou envoyĂ©es en camp de concentration[31].

Bulletin de vote du 10 avril 1938, comprenant deux cercles, le grand cercle étant marqué Oui, le petit Non
Bulletin de vote du : « Es-tu d'accord avec la réunification de l'Autriche avec le Reich allemand qui fut décrétée le , et votes-tu pour le parti de notre chef Adolf Hitler ? ». Le grand cercle est marqué Oui, le petit Non.

Le plébiscite se tient le et le résultat officiel est un vote favorable à 99,08 % en Allemagne et à 99,75 % en Autriche[78].

Si les historiens s’accordent sur le fait que le rĂ©sultat du plĂ©biscite n’a pas Ă©tĂ© truquĂ©, le processus de vote n’a Ă©tĂ© ni libre ni secret[77] : des officiels sont prĂ©sents Ă  cĂŽtĂ© des isoloirs et reçoivent le bulletin de vote de la main Ă  la main, contrairement aux pratiques du vote secret, au cours duquel les bulletins sont dĂ©posĂ©s par les Ă©lecteurs dans une urne scellĂ©e ; de larges fentes sont en outre amĂ©nagĂ©es dans les isoloirs afin de pouvoir constater comment votent les Ă©lecteurs[78]. Pour l'historien britannique Richard J. Evans, le scrutin fait l'objet de manipulations et d'intimidations massives[79].

L’Autriche fait dĂ©sormais partie du TroisiĂšme Reich et le reste jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le , le gouvernement provisoire autrichien dĂ©clare l’Anschluss nul et non avenu. AprĂšs guerre, l’Autriche, occupĂ©e par les AlliĂ©s, est reconnue et traitĂ©e comme un pays indĂ©pendant de l’Allemagne ; elle retrouve sa souverainetĂ© en 1955, avec le traitĂ© sur l’État autrichien et la dĂ©claration autrichienne de neutralitĂ©, en grande partie Ă  cause du dĂ©veloppement rapide de la guerre froide.

Administration et Ă©conomie

Avec la loi du sur la rĂ©unification de l'Autriche au Reich allemand, ratifiĂ©e par le plĂ©biscite du , l'Autriche devient partie intĂ©grante du TroisiĂšme Reich ce qui donne naissance Ă  l'appellation Gross Deutchsland (« Grande Allemagne »)[75]. ImmĂ©diatement aprĂšs l'annexion, l'Autriche, gouvernĂ©e par Arthur Seyss-Inquart conserve une certaine forme d'identitĂ© sous le nom d'Ostmark, mĂȘme si les parlements rĂ©gionaux sont dissous dĂšs [75]. Cette identitĂ© disparaĂźt en 1942, lorsque l’Ostmark est divisĂ©e en deux rĂ©gions du Reich, Alpes et Danube[75]. Outre ses aspects politiques et administratifs, l'Anschluss a des consĂ©quences trĂšs concrĂštes. « La poste, les chemins de fer, le systĂšme bancaire, la monnaie nationale et toutes les autres institutions Ă©conomiques du pays furent supprimĂ©s et remplacĂ©s par leurs Ă©quivalents allemands[80] ».

L'Ă©conomie autrichienne est intĂ©grĂ©e Ă  marche forcĂ©e Ă  celle de l'Allemagne, notamment via sa sujĂ©tion, deux jours aprĂšs l'annexion, au plan de quatre ans dirigĂ© par Göring[80] ; le contrĂŽle de nombreuses entreprises autrichiennes dont la gestion est jugĂ©e insatisfaisante est pris par des Allemands[80]. Les travailleurs autrichiens, intĂ©grĂ©s de force au Front du travail allemand, sont incitĂ©s Ă  venir travailler en Allemagne, oĂč sĂ©vit une pĂ©nurie de main-d'Ɠuvre[80].

RĂ©pression et nazification

Photographie en noir et blanc d'Heinrich Himmler visitant le camp de concentration de Mauthausen en compagnie de son commandant, Franz Ziereis
Himmler visitant Mauthausen en : il converse avec Franz Ziereis, le commandant du camp, entre Kaltenbrunner (Ă  gauche) et Eigruber (Ă  droite).

L'entrĂ©e des troupes allemandes est immĂ©diatement accompagnĂ©e d'une vague de rĂ©pression contre ceux qui pourraient constituer une menace : dĂšs la nuit du 12 au , la Gestapo arrĂȘte vingt-et-un mille opposants rĂ©els ou supposĂ©s pour lesquels les installations du camp de concentration de Dachau ont Ă©tĂ© agrandies[81]. L'Anschluss est immĂ©diatement suivi par la crĂ©ation du camp de concentration de Mauthausen dont l'emplacement est choisi dĂšs la fin du mois de mars, sa construction dĂ©butant en [82].

L'Anschluss se traduit Ă©galement par une profonde « nazification » de la sociĂ©tĂ© autrichienne[alpha 11] : lorsqu'en 1945, les anciens nazis doivent se faire enregistrer, ils sont six cent mille Ă  s'inscrire, et avec leurs familles, ils reprĂ©sentent un tiers de la population du pays[83] ; si la population autrichienne ne reprĂ©sente que 8 % de la population de la Grande Allemagne, les Autrichiens constituent 14 % des membres de la SS et 40 % du personnel liĂ© Ă  la mise en Ɠuvre de l'assassinat des malades mentaux et de la Shoah[84]. Parmi les Autrichiens ayant occupĂ© de hauts postes au sein du TroisiĂšme Reich, outre Hitler lui-mĂȘme, on peut citer : Franz Böhme ; Lothar Rendulic ; Julius Ringel et Alexander Löhr, respectivement gĂ©nĂ©raux dans la Heer[alpha 12] et la Luftwaffe[alpha 13] ; Odilo Globocnik, fortement impliquĂ© dans la Shoah ; Amon Göth, commandant du camp de concentration de PƂaszĂłw ; Franz Stangl, commandant des camps d'extermination de Sobibor et Treblinka ; Ernst Kaltenbrunner, successeur de Reinhard Heydrich Ă  la tĂȘte du RSHA ; Otto Skorzeny, cĂ©lĂšbre officier de la Waffen-SS. Arthur Seyss-Inquart, aprĂšs ĂȘtre devenu l'adjoint de Hans Frank, le gouverneur gĂ©nĂ©ral de Pologne, fut commissaire du Reich aux Pays-Bas.

La nazification s'instaure notamment Ă  l'universitĂ© de Vienne, oĂč Edouard Pernkopf, membre du parti nazi et doyen de la facultĂ© de mĂ©decine, demande au personnel de l'universitĂ© de prĂ©ciser s'il est Aryen ou non, ainsi que de prĂȘter allĂ©geance Ă  Hitler. Cette mesure conduit Ă  la dĂ©mission de 77 % du personnel de l'universitĂ©[85].

Mesures antisémites

Photographie en noir et blanc de Juifs viennois, accroupis sur la chaussée, forcés d'effacer des slogans en faveur de la souveraineté de l'Autriche
DÚs - à Vienne : des Juifs forcés d'effacer des slogans en faveur de la souveraineté de l'Autriche, sous le regard hilare de passants et miliciens.

L'Anschluss est Ă©galement suivi par une vague de persĂ©cution des Juifs autrichiens. DĂ©butant dĂšs la soirĂ©e du , soit avant l'entrĂ©e des troupes allemandes[49] et continuant au cours des jours suivants, les actions antisĂ©mites, dont la violence dĂ©passe toutes les manifestations de ce type en Allemagne au cours des annĂ©es qui prĂ©cĂšdent, sont Ă  ce point incontrĂŽlables et exacerbĂ©es que Heydrich propose le de faire arrĂȘter les nazis autrichiens responsables de ces exactions[86]. Mais il faut attendre le pour que les violences retombent, les responsables de la Sturmabteilung autrichienne Ă©tant menacĂ©s de licenciement si les dĂ©bordements se poursuivent[86].

L'un des plus cĂ©lĂšbres exilĂ©s de la premiĂšre vague d'Ă©migration est Sigmund Freud qui reçoit l'autorisation de quitter Vienne, contre paiement d'une rançon, le , aprĂšs deux perquisitions menĂ©es Ă  son domicile par la Gestapo[87] et la sĂ©questration de sa fille Anna durant une journĂ©e. L'aryanisation des biens juifs est mise en Ɠuvre Ă  grande Ă©chelle dĂšs la mi-mai[88]. Le , le Bureau central d'Ă©migration juive (Zentralstelle fĂŒr JĂŒdische Auswanderung) se met en place sous l'autoritĂ© rĂ©elle d'Adolf Eichmann[89]. Entre et , seuls cinq mille Juifs parviennent Ă  quitter l'Autriche[90], leurs biens sont confisquĂ©s et ils ne sont autorisĂ©s Ă  prendre avec eux qu'une somme de vingt schillings[91].

Lors de la nuit de Cristal c'est Ă  Vienne, oĂč s'Ă©taient dĂ©jĂ  produites des Ă©meutes anti-juives lors de l'Anschluss[92], que le pogrom prend ses formes les plus violentes et les plus meurtriĂšres, avec quarante-deux synagogues incendiĂ©es, vingt-sept personnes juives tuĂ©es et quatre-vingt-huit griĂšvement blessĂ©es[93]. Au total et par la suite, 128 000 Juifs autrichiens sont contraints de s'exiler et 65 459 autres sont victimes de la Shoah[94].

Conséquences à moyen terme

En Allemagne, l'Anschluss propulse la cote de popularité de Hitler à des sommets sans précédent[95]. Le succÚs de l'annexion provoque chez le dictateur « un regain d'assurance, la certitude qu'il avait été élu par la providence, la conviction qu'il ne pouvait pas se tromper »[96]. La faiblesse des réactions à l'étranger à la suite de l'Anschluss[96] conduit Hitler à conclure qu'il peut utiliser des méthodes plus agressives dans sa marche pour élargir le TroisiÚme Reich, ce qu'il fera plus tard lors de l'annexion du territoire des SudÚtes, entamée peu aprÚs l'Anschluss , notamment lors d'une rencontre avec Konrad Henlein, le , avant l'organisation du référendum sur l'annexion de l'Autriche[96].

En confirmant que le Royaume-Uni a décidé qu'une logique d'apaisement est la bonne maniÚre de négocier avec Hitler, et que la France est incapable d'intervenir, l'Anschluss ouvre la voie aux accords de Munich en , puis à l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1939[97].

HĂ©ritage historique

Rattachement ou annexion ?

Le dictionnaire en ligne franco-allemand Larousse traduit le nom commun Anschluss, dans le contexte politique, par « rattachement »[98]. Selon le dictionnaire en ligne Leo, la traduction allemande d'« annexion » est « Annektierung » ou « Annexion »[99] - [alpha 14], celle d'incorporation « Eingliederung »[alpha 15]. L’EncyclopĂŠdia Britannica dĂ©crit l’Anschluss comme une « annexion[100] » plutĂŽt que comme un rattachement. Cette traduction est reprise par la quasi-totalitĂ© des auteurs citĂ©s dans l'article[alpha 16].

Comme le relĂšve l'historien Evan Burr Bukey, lors du dĂ©part des troupes alliĂ©es d'occupation, le , « la plupart des citoyens [autrichiens] se rĂ©jouissent que se termine enfin une pĂ©riode de dix-sept annĂ©es d'occupation »[101], englobant sous le mĂȘme terme la pĂ©riode de 1938 Ă  1945 et celle de 1945 Ă  1955.

DĂ©claration de Moscou

La dĂ©claration de Moscou, signĂ©e en par les gouvernements de l'Union soviĂ©tique, des États-Unis et du Royaume-Uni, comprend une dĂ©claration sur l'Autriche[102] :

« Les gouvernements du Royaume-Uni, de l'Union soviĂ©tique et des États-Unis d'AmĂ©rique sont d'accord sur le fait que l'Autriche, le premier pays libre tombĂ© Ă  la suite de l'agression hitlĂ©rienne, sera libĂ©rĂ© de la domination allemande.
Ils considĂšrent l'annexion imposĂ©e Ă  l'Autriche le comme nulle et non avenue. [
] Ils affirment leur souhait de voir la libertĂ© et l'indĂ©pendance de l'Autriche restaurĂ©es, ouvrant ainsi la voie au peuple autrichien, ainsi qu'Ă  ceux des autres États confrontĂ©s aux mĂȘmes problĂšmes, pour crĂ©er la sĂ©curitĂ© Ă©conomique et politique, seule base d'une paix durable.

Cependant, l'Autriche a une responsabilité, qu'elle ne peut éluder, dans sa participation au conflit aux cÎtés de l'Allemagne hitlérienne. Au moment du jugement final, il sera inévitablement tenu compte de sa propre contribution à sa libération[103]. »

Le dernier paragraphe de la dĂ©claration relĂšve de la propagande et vise Ă  susciter les premiers signes d'une rĂ©sistance autrichienne : bien que des Autrichiens aient Ă©tĂ© reconnus comme Justes parmi les nations, il n'y eut jamais en Autriche de rĂ©sistance armĂ©e comme celle qui s'est manifestĂ©e dans d'autres pays occupĂ©s[104] - [alpha 17] - [alpha 18]. La dĂ©claration de Moscou est suivie, le , par une dĂ©claration sur l'indĂ©pendance de l'Autriche, qui stipule en son article 2 que « l'Anschluss imposĂ© au peuple autrichien en 1938 est nul et non avenu » et, en son article 4, que « tous les serments militaires, officiels, ou individuels, prĂȘtĂ©s par des Autrichiens Ă  l'Ă©gard du Reich allemand et de son gouvernement, sont considĂ©rĂ©s comme nuls et non avenus »[105].

Identité autrichienne et « victimisation »

Carte en couleurs des zones d'occupation alliées en Autriche
L'Autriche divisée en quatre zones par les Alliés (1945-1955).

La vision des Ă©vĂ©nements de 1938 a de profondes racines dans les dix annĂ©es d’occupation par les AlliĂ©s et dans la lutte de l’Autriche pour retrouver sa souverainetĂ©. La « victimisation » joue un rĂŽle essentiel lors des nĂ©gociations avec les SoviĂ©tiques Ă  propos du traitĂ© d'État autrichien. S’appuyant sur la dĂ©claration de Moscou, les hommes politiques autrichiens, hantĂ©s par le souvenir de la guerre civile qui a dĂ©truit la PremiĂšre RĂ©publique, n'ont d'autre choix, afin de favoriser la reconstruction Ă©conomique et la recomposition de la sociĂ©tĂ©, que de « crĂ©er une fiction historique qui n'a que peu de rapport avec la rĂ©alitĂ©[83]. » Le traitĂ© sur l’État autrichien et la dĂ©claration de neutralitĂ© permanente, qui lui fait suite, constituent des Ă©tapes fondamentales pour la consolidation de l’indĂ©pendance et de l’identitĂ© nationale autrichienne au cours des dĂ©cennies qui suivent[106].

Lors du procĂšs de Nuremberg, l'Anschluss est examinĂ© comme l'un des crimes antĂ©rieurs au dĂ©but de la Seconde Guerre mondiale, et les actions des prĂ©venus dans cet Ă©vĂ©nement sont examinĂ©s sous l'angle du crime contre la paix, second chef d'accusation retenu par le tribunal[107]. Durant l'instruction, les Ă©vĂ©nements de l'Anschluss, dont les pressions exercĂ©es sur Wilhelm Miklas et Kurt Schuschnigg, sont exposĂ©s par le procureur Sydney S. Alderman. Schussnigg, alors Ă  peine rescapĂ© du camp de concentration de Dachau, est prĂ©sent dans le public, mais n'est pas appelĂ© Ă  tĂ©moigner[108]. Par contre, il est donnĂ© lecture des conversations tĂ©lĂ©phoniques entre Göring, Arthur Seyss-Inquart, et Joachim von Ribbentrop du 11 au [109]. Seyss-Inquart et son secrĂ©taire d’État au moment de l'Anschluss, Kaltenbrunner, seuls prĂ©venus d’origine autrichienne jugĂ©s Ă  ce procĂšs, sont condamnĂ©s pour crimes contre la paix[alpha 19], et Ă©galement pour crimes de guerre et crimes contre l'humanitĂ© ; ils sont exĂ©cutĂ©s par pendaison le [110]. Franz von Papen — ambassadeur d'Allemagne en Autriche au moment de l'Anschluss — est Ă©galement jugĂ© Ă  Nuremberg, mais est acquittĂ©, notamment parce que les juges ne considĂšrent pas l'annexion de l'Autriche comme une guerre d'agression[111].

Le processus de dĂ©nazification est lancĂ© Ă  la suite de la loi sur les nationaux-socialistes du [112] qui oblige notamment les anciens membres du parti nazi Ă  se faire enregistrer et les prive temporairement de leur droit de vote. « Devant l'inscription de prĂšs de 600 000 personnes dans ces registres, les partis politiques, considĂ©rant cette masse d'enregistrĂ©s, pensĂšrent que bien des gens allaient retrouver leur droit de vote un jour ; aussi, au lieu de mener une lutte idĂ©ologique contre le national-socialisme et les crimes hitlĂ©riens, ils Ă©vitĂšrent la discussion sur le passĂ© en flattant la masse des anciens nazis promus au rang de doubles victimes »[112].

Le contexte de la guerre froide et la volontĂ© de l'Autriche de bĂ©nĂ©ficier du plan Marshall jouent Ă©galement un rĂŽle important dans l'occultation du dĂ©bat sur l'Anschluss et sur le passĂ© nazi de l'Autriche[113]. En prĂ©sentant l'Union soviĂ©tique comme l'ennemi principal de l'Autriche, ses dirigeants ont esquivĂ© « certains problĂšmes fondamentaux comme la vĂ©ritable prise de conscience des crimes nazis, l'Ă©limination des responsables nazis de la vie publique, la liquidation sĂ©rieuse de l'idĂ©ologie national-socialiste, etc. »[114]. Pour Ernst BruchmĂŒller, « le rĂŽle de victime (Opferrolle) est devenu un prĂ©requis pour la formation d'une identitĂ© nationale contemporaine »[115].

Dans la vie politique d'aprĂšs-guerre

Blason de la république fédérale d'Autriche
Blason de la république fédérale d'Autriche.

De 1945 Ă  1948, les tribunaux autrichiens condamnent 10 694 personnes pour crime de guerre, essentiellement commis sur le sol autrichien, dont quarante-trois sont condamnĂ©es Ă  la peine capitale ; mais dĂšs 1948, le processus de dĂ©nazification s'Ă©teint et tant le SPÖ que l'ÖVP cherchent Ă  gagner les votes des anciens nazis[113]. Une premiĂšre loi amnistiant les nazis n'ayant pas occupĂ© de postes importants (die Minderbelasteten) est votĂ©e le , suivie en 1953 d'une deuxiĂšme amnistie nettement plus large qui permet aux anciens nazis « de peser lourdement dans la balance des forces politiques »[112].

En 1952, le FPÖ, issu de la « VdU - Verband der UnabhĂ€ngigen » (FĂ©dĂ©ration des indĂ©pendants)[alpha 20], « dans la droite ligne de l'Anschluss, affirme que les Autrichiens font partie du peuple allemand, avec tous les droits et tous les devoirs rĂ©sultant de cette appartenance »[116].

Pendant des dĂ©cennies, la thĂ©orie de la « victimisation » Ă©tablie dans l’opinion publique autrichienne reste largement incontestĂ©e ; la population est rarement forcĂ©e de se confronter Ă  l’hĂ©ritage laissĂ© par le TroisiĂšme Reich[113]. En 1964, la dĂ©claration du directeur de l'institut pĂ©dagogique de Graz, le Dr Franz Göbhart, qui, en rĂ©ponse Ă  une invitation du « Deutsches Kulturwerk fĂŒr europĂ€ische Geiste », affirme que les machinations nationalistes allemandes n'ont pas leur place dans les Ă©coles autrichiennes, suscite une vaste polĂ©mique relayĂ©e au parlement par le FPÖ[117] ; en 1965, les dĂ©clarations ouvertement antisĂ©mites et nationalistes du professeur d'histoire Ă©conomique Taras Borodajkewycz[alpha 21] - [118] dĂ©clenchent des manifestations de protestation au cours desquelles un rescapĂ© des camps de concentration, Ernst Kirchweger[alpha 22], est tuĂ© par un militant de droite lors d’émeutes[116]. Ce n’est qu’au cours des annĂ©es 1980 que l’Autriche doit massivement faire face Ă  son passĂ© sous le rĂ©gime nazi. Le catalyseur de cette remise en question, connue sous le terme VergangenheitsbewĂ€ltigung, est l'affaire Waldheim. Lorsque celui-ci est accusĂ©, Ă  la suite de sa candidature en 1986 au poste de PrĂ©sident autrichien — poste qu’il obtiendra —, d’avoir Ă©tĂ© membre d'association de jeunesse nazies et de la SA, et de crimes de guerre — accusation dont il sera disculpĂ© —, la seule rĂ©ponse du gouvernement autrichien consiste Ă  affirmer que ces accusations constituent des interventions inamicales dans les affaires intĂ©rieures du pays. MalgrĂ© les rĂ©actions politiques face aux critiques internationales, l’affaire Waldheim marque le dĂ©but d’une discussion de fond sur le passĂ© nazi de l’Autriche et l’Anschluss, et la remise en cause fondamentale du « mythe du premier pays libre victime de l'agression hitlĂ©rienne »[119].

Un autre facteur influençant la relation de l’Autriche Ă  son passĂ© nazi est l’émergence, au cours des annĂ©es 1980, de Jörg Haider et de son parti, le FPÖ, qui forme une coalition gouvernementale avec l'ÖVP le . Le programme de celui-ci, fondĂ© en 1955, combine des Ă©lĂ©ments de la droite pan-germaniste avec des Ă©lĂ©ments du libĂ©ralisme ; lorsque Haider accĂšde Ă  la prĂ©sidence du parti, les aspects libĂ©raux deviennent marginaux, au profit d’une rhĂ©torique nationaliste et anti-immigrants. Haider est souvent critiquĂ© pour sa dĂ©finition de l’intĂ©rĂȘt national autrichien sur une base ethnique (völkisch), avec un slogan comme « l’Autriche aux Autrichiens », et pour son apologie du passĂ©, notamment lorsqu’il dĂ©finit les membres de la Waffen-SS comme des « hommes d’honneur[120] - [121] ». Haider va jusqu'Ă  affirmer que l'existence de la seconde rĂ©publique autrichienne est « une anormalitĂ© idĂ©ologique congĂ©nitale »[118]. Selon Megan Green, le succĂšs du FPÖ provient de l'Ă©chec de l'Autriche Ă  analyser en profondeur son passĂ© nazi et Ă  en tirer les leçons, et le FPÖ trouve ses racines idĂ©ologiques dans le nazisme[122].

Photographie en couleurs de la commémoration du 75e anniversaire de l'Anschluss
Commémoration du 75e anniversaire de l'Anschluss.

DĂ©nonçant le simplisme de la thĂ©orie de la « victimisation » et l’époque de l’austrofascisme, la piĂšce de Thomas Bernhard Heldenplatz, fait l’objet de controverses avant mĂȘme sa premiĂšre reprĂ©sentation en 1988, cinquante ans aprĂšs l’Anschluss. De nombreux hommes politiques de toutes tendances demandent que la piĂšce ne soit pas jouĂ©e au Burgtheater de Vienne. Kurt Waldheim, Ă  cette Ă©poque prĂ©sident de la RĂ©publique, qualifie l’Ɠuvre d’insulte grossiĂšre au peuple autrichien[123]. Toujours en 1988, lors du cinquantiĂšme anniversaire de l'Anschluss, le prĂ©sident Waldheim et le chancelier Franz Vranitzky reconnaissent pourtant, lors d'une cĂ©rĂ©monie regardĂ©e par des millions de tĂ©lĂ©spectateurs, la complicitĂ© de l'Autriche dans l'Holocauste ; quelques mois plus tard, Ă  l'occasion de l'anniversaire de la Nuit de Cristal, le chancelier rappelle Ă  ses concitoyens la longue histoire de l'antisĂ©mitisme autrichien[124]. En 2000, le chancelier Wolfgang SchĂŒssel, dirigeant un gouvernement de coalition avec le FPÖ de Jörg Haidder dĂ©clare toutefois encore au Jerusalem Post que l’Autriche a Ă©tĂ© la premiĂšre victime de l’Allemagne[125].

Commission des historiens et ses suites

Carte en couleurs du TroisiĂšme Reich incluant l'Autriche, 1943
Le TroisiĂšme Reich et l'Autriche en 1943.

Dans le contexte de l’aprĂšs-guerre, la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale d’Allemagne est confrontĂ©e Ă  un vĂ©ritable combat pour en finir avec le passĂ© : le VergangenheitsbewĂ€ltigung. En partie institutionnalisĂ©, ce processus concerne les domaines de la littĂ©rature, de la culture, de la politique et de l’enseignement, et suscite des dĂ©bats parfois vifs, comme dans le cadre de l’Historikerstreit (querelle des historiens). Dans un cadre similaire, mais plus tardivement, l’Autriche crĂ©e en une commission d’historiens[126] - [127]. Son mandat est d’analyser le rĂŽle de l’Autriche dans la confiscation des biens juifs opĂ©rĂ©e par le rĂ©gime nazi et dans la mise en place d'un systĂšme de travail forcĂ©, sous un angle plus historique que juridique. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une commission historique, sans pouvoir particulier, Ă  la diffĂ©rence d'une commission d'enquĂȘte parlementaire, et sans capacitĂ© de dĂ©passer le stade de l'analyse et des recommandations. Cette mission est notamment dĂ©finie pour rĂ©pondre aux critiques dont le pays fait l’objet pour son traitement des plaintes des ayants droit des biens confisquĂ©s. Cette nouvelle impulsion donnĂ©e en 1998 est confirmĂ©e, dix ans aprĂšs lors de la visite d'État du prĂ©sident autrichien Heinz Fischer en IsraĂ«l : durant son sĂ©jour, il dĂ©clare notamment « que la conscience du problĂšme que reprĂ©sentent les questions liĂ©es Ă  l'Holocauste s'est accrue dans les dix derniĂšres annĂ©es » et que « depuis le milieu des annĂ©es 1990, de vraies mesures ont Ă©tĂ© prises par le gouvernement »[128].

Photographie en couleurs de Heinz Fischer, ancien président de la République, en 2018
Heinz Fischer en 2018.

Cependant, le centre Simon-Wiesenthal maintient ses critiques quant Ă  la rĂ©ticence persistante de l’Autriche, depuis les annĂ©es 1970, Ă  mener des enquĂȘtes et Ă  traduire devant les tribunaux des nazis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanitĂ© :

« Compte tenu du fait des trĂšs faibles rĂ©sultats de l’Autriche en ce qui concerne la poursuites des exĂ©cutants de la Shoah, un fait clairement Ă©tabli dans notre dernier rapport sur la situation mondiale en ce qui concerne les enquĂȘtes et les poursuites de criminels de guerre nazis, je crois que la visite du ministre des Affaires Ă©trangĂšres [d’Autriche en IsraĂ«l] constitue une opportunitĂ© unique pour que le gouvernement autrichien annonce son intention de s’occuper sĂ©rieusement, pour la premiĂšre fois depuis des dĂ©cennies, du problĂšme des criminels de guerre nazis autrichiens impunis. C’est le bon moment pour que l’Autriche dĂ©clare ĂȘtre prĂȘte Ă  crĂ©er une unitĂ© d’enquĂȘte spĂ©cialisĂ©e pour traiter ces dossiers et pour Ă©tablir clairement que sa volontĂ© politique de traduire les nazis devant la justice s’est finalement concrĂ©tisĂ©e Ă  Vienne. »

— CommuniquĂ© du centre Simon-Wiesenthal du [129].

En 2003, le centre Wiesenthal lance une campagne mondiale, l’opĂ©ration de la derniĂšre chance, pour rassembler des informations sur les nazis encore en vie et qui pourraient faire l’objet de poursuites[130]. Lors de cette campagne, le centre met en Ă©vidence, en 2005, le cas de Milivoj AĆĄner[131], un Croate ĂągĂ© de 92 ans, qui fait partie des dix nazis les plus recherchĂ©s ; AĆĄner s’est rĂ©fugiĂ© en Autriche en 2004, aprĂšs que la Croatie a annoncĂ© l’ouverture d’une enquĂȘte sur les crimes de guerre dans lesquels il aurait pu ĂȘtre impliquĂ©[132]. MalgrĂ© les critiques quant Ă  la libertĂ© dont jouit AĆĄner, le gouvernement fĂ©dĂ©ral autrichien retarde, sine die, tant le traitement de la demande d’extradition formulĂ©e par la Croatie que le dĂ©clenchement de poursuites par le parquet de Klagenfurt[133] - [134]. Ayant vĂ©cu en Autriche de 1946 Ă  1991, AĆĄner en a acquis la nationalitĂ© et ne peut donc ĂȘtre extradĂ©[135]. Il est mort en Autriche en 2011.

Notes et références

Citations originales

  1. (en) « I imagine that according to the temperament of the individual the events which are in our minds to-day will be the cause of regret, of sorrow, perhaps of indignation. They cannot be regarded by His Majesty's Government with indifference or equanimity. They are bound to have effects which cannot yet be measured. The immediate result must be to intensify the sense of uncertainty and insecurity in Europe. Unfortunately, while the policy of appeasement would lead to a relaxation of the economic pressure under which many countries are suffering to-day, what has just occurred must inevitably retard economic recovery and, indeed, increased care will be required to ensure that marked deterioration does not set in. »

Notes

  1. « Anschluss » est devenu un nom propre en français (dĂ©crivant une opĂ©ration politique) et se trouve notamment lexicalisĂ© dans la partie historique des dictionnaires, cf. p. ex. l'Ă©dition de du Petit Larousse, p. 1136 et l'Ă©dition d' du Petit Robert des noms propres, p. 87. Dans cette acception, il n'entre dans aucune des catĂ©gories requises pour une Ă©criture en italique, selon les recommandations typographiques associĂ©es Ă  la prĂ©sente encyclopĂ©die (notamment, ce n'est ni un nom commun Ă©tranger, ni le nom d’une opĂ©ration militaire). Cette graphie en caractĂšres romains est aussi celle adoptĂ©e par les historiens Fest, Kershaw ou Shirer.
  2. Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.
  3. Jusqu'Ă  la rĂ©forme de l'orthographe allemande en 1996, on Ă©crivait « Anschluß » ; le ß ayant Ă©tĂ© remplacĂ© par un s doublĂ© lorsqu'il suit une voyelle brĂšve, on doit maintenant l'Ă©crire « Anschluss ». Les dictionnaires et encyclopĂ©dies français rangent ce terme dans des articles titrĂ©s « Anschluss », citant parfois l'ancienne graphie allemande dans le corps des articles.
  4. À l'Ă©poque, la « nationalitĂ© » est surtout une question de langue ; moins d'un quart de la population de l'empire habsbourgeois dĂ©clare l'allemand comme langue d'usage.
  5. Lors du procĂšs de Nuremberg, Hermann Göring dĂ©clara notamment que « ce n'est pas tant le FĂŒhrer que moi, en personne, qui donnait le rythme et, passant outre aux hĂ©sitations du FĂŒhrer, y mis la derniĂšre touche », (Kershaw 2001, p. 145).
  6. Outre sa qualité générale, l'ouvrage de Shirer est particuliÚrement précieux pour l'histoire de l'Anschluss, l'auteur, reporter radio en poste à Vienne depuis la fin de l'année 1937, ayant été un témoin direct des faits.
  7. L'Autriche et la Tchécoslovaquie.
  8. Il avait déjà eu cette idée en , mais n'y avait pas donné suite, la France, l'Italie, et surtout le Royaume-Uni jugeant cette initiative inutile. Sur ce point, voir Alexander Lassner, « The Foreign Policy of the Schuschnigg Government, 1934-1938 : the Quest for Security » dans Bischof, Pehnka et Lassner 2003, p. 179.
  9. Si le remplaçant de von Papen Ă  Vienne, Keppler, affirme que Seyss-Inquart a bien donnĂ© son accord sur le contenu du tĂ©lĂ©gramme, sans toutefois l'envoyer, cette affirmation est contredite par l'attitude du mĂȘme Seyss-Inquart qui demande encore, le vers 2 h du matin, que les troupes allemandes ne franchissent pas la frontiĂšre[44].
  10. Dépassé par les événements, l'ouvrage n'est pas publié et reste inconnu jusque dans les années 1990.
  11. Lors d'une enquĂȘte d'opinion rĂ©alisĂ©e en 1985, 50 % des Autrichiens interrogĂ©s estiment que l'expĂ©rience nazie a comportĂ© autant d'aspects positifs que nĂ©gatifs, (Burr Bukey 2000, p. 230).
  12. La Heer est l'armée de terre de la Wehrmacht.
  13. La Luftwaffe est l'armée de l'air de la Wehrmacht.
  14. Ce terme est notamment employĂ© par Karl Heinz Roth, Krieg vor dem Kieg : Die Annexion Österreichs un die Zerschagung der Tschechoslowakei, Berlin, 1999 et par Martin Moll, Die Annexion Österreichs als erster Schritt zur Entfesslung der Zweiten Weltkrieges?, Belin, 2000.
  15. Voir par exemple Gerhard Botz, Die Eingliederung Österreichs in das Deutsche Reich, Wien, 1972.
  16. Le chapitre que consacre W. L. Shirer à l'Anschluss est intitulé « Le viol de l'Autriche ».
  17. Cependant, selon Jean BĂ©renger, de 1938 Ă  1945, deux mille sept cents rĂ©sistants autrichiens ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s, prĂšs de seize mille d'entre eux sont morts dans les prisons de la Gestapo et dix-sept mille autres l'ont Ă©tĂ© dans les camps de concentration nazis ; les chiffres repris par E. B. Bukey sont du mĂȘme ordre de grandeur.
  18. Le , le chancelier Klestil déclare lors d'un discours qu'il n'y a pas eu, en Autriche, de résistance armée, mais seulement une résistance politique limitée.
  19. Cette condamnation de « crimes contre la paix » ne concerne que Seyss-Inquart ; Kaltenbrunner en est exonéré.
  20. Pour M. Cullin, « le changement de sigle cacha mal la nostalgie du passé nazi qui régnait toujours dans ses rangs »(Cullin et Kreissler, p. 133).
  21. Ancien membre du parti nazi, Taras Borodajkewycz ( - ) se vit retirer son poste de professeur à la suite des événements, avec maintien de son salaire.
  22. Militant socialiste, puis communiste, Ernst Kirchweger (-) a été déporté en camp de concentration, en raison de ses activités syndicales interdites. Vingt-cinq mille personnes assistent à ses funérailles qui se transforment en une manifestation anti-fasciste.

Références

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  19. Shirer, p. 313.
  20. Shirer, p. 323-324.
  21. Sur ce point, voir Alexander Lassner, « The Foreign Policy of the Schuschnigg Government, 1934-1938 : the Quest for Security » dans Bischof, Pehnka et Lassner 2003, p. 163-187.
  22. Cullin et Kreissler, p. 79.
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Annexes

Bibliographie

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