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Rudolf Höss

Rudolf Franz Ferdinand Höss (ou HĂ¶ĂŸ, forme allemande standard, ou Hoeß ou Hoess, prononcĂ© [hƓs][alpha 1]) est un officier (ObersturmbannfĂŒhrer) allemand de la SS, nĂ© le [alpha 2] Ă  Baden et mort exĂ©cutĂ© le Ă  Auschwitz. Criminel de guerre, il occupe une fonction de premier plan dans le gĂ©nocide des Juifs d'Europe.

Rudolf Höss
Rudolf Höss
Rudolf Höss lors de son procÚs en 1947.

Naissance
Baden, Grand-duché de Bade (Allemagne)
DĂ©cĂšs (Ă  45 ans)
Auschwitz (Pologne)
Origine Allemagne
Allégeance Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Arme Deutsches Reichsheer (1916-1918)
Schutzstaffel (1933-1945)
Grade SS-ObersturmbannfĂŒhrer
AnnĂ©es de service Juin 1934 – 1945
Commandement Camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau
Conflits PremiĂšre Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Distinctions Croix de fer
Famille mariĂ© Ă  Hedwig Hensel, cinq enfants: Klaus Höss, Heidetraut Höss, Inge-brigitt Höss, Hans-JĂŒrgen Höss et Annegret Höss[1]

DĂšs son enfance, Höss se montre peu sociable, prĂ©fĂ©rant les promenades solitaires et les animaux Ă  la compagnie des hommes. Il se dĂ©tourne de l'Ă©ducation catholique que tente de lui donner sa mĂšre[2]. À seize ans, il s'engage dans l'armĂ©e impĂ©riale allemande et sert au cours de la PremiĂšre Guerre mondiale sur le front du Proche-Orient ; il est dĂ©corĂ© de la croix de fer. AprĂšs la fin du conflit, il s'engage dans les corps-francs ; il est condamnĂ© en 1924 Ă  dix ans de prison pour le meurtre d'un militant communiste.

AffiliĂ© au parti nazi dĂšs 1922, il entre dans la SS en , et commence sa carriĂšre au sein du systĂšme concentrationnaire nazi en novembre de la mĂȘme annĂ©e. Il est commandant des camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, le plus vaste complexe du systĂšme concentrationnaire nazi, du au , puis de nouveau entre mai et , pĂ©riode durant laquelle la dĂ©portation massive des Juifs hongrois a portĂ© la machine de mort Ă  son paroxysme.

Nazi convaincu, il fait preuve non seulement d'une totale obĂ©issance aux ordres de Heinrich Himmler concernant l'extermination des Juifs, mais aussi d’initiative, afin d'augmenter les capacitĂ©s exterminatrices d'Auschwitz, notamment en utilisant le Zyklon B dans un ensemble de chambres Ă  gaz.

Höss est arrĂȘtĂ© par les troupes britanniques le . Il tĂ©moigne lors du procĂšs de Nuremberg, puis est jugĂ© par le Tribunal suprĂȘme de Pologne du 11 mars au . CondamnĂ© Ă  mort, il est exĂ©cutĂ© par pendaison le sur le lieu mĂȘme de ses crimes.

Ses mémoires, intitulés Le commandant d'Auschwitz parle, popularisés en France par les pseudo-mémoires de l'écrivain Robert Merle dans le roman La mort est mon métier, constituent un document historique d'une importance reconnue pour la compréhension de la Shoah, de l'univers concentrationnaire et de la mentalité des bourreaux.

Biographie

PremiÚres années : 1900-1918

Issu d'une famille profondĂ©ment catholique[3], et assez aisĂ©e[4], Höss passe les six premiĂšres annĂ©es de sa vie dans une rĂ©gion isolĂ©e voisine de Baden-Baden, Ă  la limite de la ForĂȘt-Noire[5] - [alpha 3]. À sept ans, Rudolf Höss, ses parents et ses trois sƓurs[6] - [alpha 4] dĂ©mĂ©nagent dans les environs de Mannheim, mais toujours en dehors de la ville[8]. Son pĂšre, Franz Xaver Höss, qui a servi dans l'armĂ©e du Reich en Afrique orientale allemande, avant de se lancer dans des activitĂ©s commerciales[9], s'y montre beaucoup plus prĂ©sent qu'Ă  Baden-Baden : il Ă©lĂšve Rudolf dans une discipline toute militaire et destine son fils Ă  une carriĂšre ecclĂ©siastique[10] mais ce dernier perdra la foi au cours de son adolescence. Dans son autobiographie, Höss caractĂ©rise ses annĂ©es d'enfance par trois Ă©lĂ©ments : une profonde piĂ©tĂ©, l'habitude de ne pas extĂ©rioriser ses sentiments et une soumission totale aux ordres de tous les adultes[11]. De plus, Höss se dĂ©finit comme un enfant trĂšs solitaire et « n'ayant jamais eu de rĂ©elle intimitĂ© avec ses parents, ni avec ses sƓurs[12] ». Son enfance se dĂ©roule sans problĂšmes de santĂ©, Ă  part une rougeole qu'il a eue trĂšs tĂŽt ; son parcours scolaire est limitĂ© et ses rĂ©sultats vagues[13].

Le pĂšre de Rudolf Höss dĂ©cĂšde subitement en 1914, d'une crise cardiaque[13], peu aprĂšs le dĂ©clenchement de la PremiĂšre Guerre mondiale ; alors que les blessĂ©s Ă©vacuĂ©s du front affluent Ă  Mannheim, Rudolf obtient de sa mĂšre l'autorisation d'entrer Ă  la Croix-Rouge comme secouriste[14]. En 1916, Ă  l'insu de sa mĂšre, il rejoint le rĂ©giment dans lequel avaient servi son pĂšre et son grand-pĂšre ; aprĂšs une courte pĂ©riode de formation, il est envoyĂ© au front en Turquie, en Palestine, puis en Irak[15]. À 17 ans, il devient l'un des plus jeunes sous-officiers de l'armĂ©e allemande[3] et est dĂ©corĂ© de la croix de fer de 1re classe[15]. Sa mĂšre dĂ©cĂšde en 1917, Ă  trente-neuf ans, alors qu'il est au front[13].

Militant nationaliste et nazi

En 1919, aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, Höss s'engage dans le corps-franc Rossbach, fort de 3 000 hommes[16], et combat contre les communistes dans la Ruhr, la Haute-SilĂ©sie et les pays baltes[17]. De 1921 Ă  1923, il travaille comme apprenti agricole en SilĂ©sie et dans le Schleswig-Holstein[16]. Il s'inscrit au parti nazi dĂšs [18].

Le , Höss participe, notamment avec Martin Bormann[19], au meurtre du communiste Walter Kadow[20], soupçonnĂ© d'avoir livrĂ© aux troupes françaises d'occupation l'activiste nationaliste Albert Leo Schlageter, dont il avait fait la connaissance dans les corps-francs[21] ; le , il est condamnĂ© Ă  dix ans de prison, mais il est libĂ©rĂ© dĂšs 1928[22], Ă  la suite d'une amnistie concernant les prisonniers politiques[23]. À sa libĂ©ration, Höss travaille dans des fermes et propriĂ©tĂ©s du Mecklembourg et du Brandebourg, comme rĂ©gisseur[24], et rejoint la ligue d'Artam[18], organisation dont est Ă©galement membre Heinrich Himmler[alpha 5] ; c'est Ă  cette Ă©poque qu'il rencontre sa future femme[18], qu'il Ă©pouse en 1929[26], trois mois aprĂšs leur premiĂšre rencontre[27]. En , il renonce Ă  l'agriculture et rejoint la SS[18], selon lui Ă  la demande de Himmler[28], qui l'aurait remarquĂ© Ă  la suite de son initiative de crĂ©er un peloton de cavaliers SS[29].

Heinrich Himmler en visite au camp de Dachau (1936).

Au mois de novembre, il arrive Ă  Dachau et commence sa carriĂšre au sein du systĂšme concentrationnaire nazi[30]. C'est Ă  Dachau que Höss apprend la « philosophie essentielle des SS », Ă©laborĂ©e par Theodor Eicke et centrĂ©e sur la duretĂ© Ă  l'Ă©gard des dĂ©tenus[31]. Selon Laurence Rees, « en apprenant Ă  rĂ©primer des Ă©motions telles que la compassion et la pitiĂ©, Höss intĂ©gra un sentiment de fraternitĂ© qui Ă©tait aussi trĂšs fort dans les SS[32]. » C'est Ă©galement Ă  cette occasion qu'il « apprit une autre leçon significative qui devait avoir des consĂ©quences pour Auschwitz [
] et observa que les dĂ©tenus supportaient mieux leur emprisonnement parce que les SS leur permettaient de travailler[32]. » « Membre modĂšle de la SS », Höss est promu RapportfĂŒhrer, premier adjoint du commandant du camp, puis il est nommĂ© lieutenant et transfĂ©rĂ© Ă  Sachsenhausen[33], en tant que chef de la garde[34].

En , il est chargé par l'Inspection des camps de concentration de présider une commission chargée d'étudier la possibilité de créer un camp de concentration à Auschwitz : cette commission émet un avis favorable qui est transmis à Heinrich Himmler[34].

Création et extension du camp

Entrée d'Auschwitz I avec l'inscription Arbeit macht frei (« le travail rend libre »).

Richard GlĂŒcks, qui a succĂ©dĂ© Ă  Theodor Eicke en tant qu'inspecteur des camps de concentration, nomme Höss commandant du nouveau camp d'Auschwitz[35], dont la crĂ©ation a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e le . Höss et une poignĂ©e de gardes SS y arrivent le [35], suivis, le [36], par les premiers internĂ©s, 30 criminels allemands de droit commun transfĂ©rĂ©s de Sachsenhausen pour remplir la fonction de Kapo[37]. AprĂšs un renforcement de la garde par 120 SS provenant notamment des camps de Buchenwald, Dachau et Flossenburg[36], 728 dĂ©tenus politiques polonais arrivent au camp le [38]. Comme Ă  Dachau et Sachsenhausen, Höss fait apposer sur le portail d'entrĂ©e du camp la devise Arbeit macht Frei (le travail rend libre)[29]. DĂšs le , Höss demande au responsable des constructions un rapport hebdomadaire sur l'Ă©tat d'avancement des travaux visant Ă  alimenter le camp en eau potable, Ă  Ă©vacuer les eaux usĂ©es et Ă  drainer les terres marĂ©cageuses[39].

DĂšs , Oswald Pohl ordonne Ă  Höss d'augmenter la capacitĂ© du camp en ajoutant un Ă©tage aux bĂątiments existants, afin de dĂ©velopper le travail forcĂ© dans les carriĂšres de sable et de gravier voisines[38]. En , Höss a une entrevue avec Heinrich Himmler au cours de laquelle les deux hommes Ă©voquent les projets de dĂ©veloppement du camp, dans le cadre d'expĂ©rimentations agricoles[40]. « À la fin de 1940, Höss avait mis en place nombre des structures et principes Ă©lĂ©mentaires qui allaient rĂ©gir le fonctionnement du camp dans les quatre annĂ©es suivantes[41]. » « Pour empĂȘcher les Ă©vasions, la politique de Höss Ă©tait simple : rĂ©pression brutale[42]. ». Si les Ă©vadĂ©s, le plus souvent des Polonais, ne sont pas repris, Höss fait interner leur famille ou fait sĂ©lectionner dix dĂ©tenus du bloc dont provient l'Ă©vadĂ© pour les laisser mourir de faim dans les caves du bloc 11, la prison du camp, « une mort lente et atroce[43]. ». Promu SturmbannfĂŒhrer le , Höss est rapidement dĂ©bordĂ© par les travaux d'agrandissement du camp principal (Stammlager) d'Auschwitz I ; il dĂ©lĂšgue donc Ă  ses adjoints la construction du camp de Birkenau (Auschwitz II), initialement destinĂ© Ă  l'internement de prisonniers de guerre soviĂ©tiques[44].

Heinrich Himmler effectue sa premiĂšre visite Ă  Auschwitz le [45] ; lors de celle-ci, il donne l'ordre Ă  Höss d'entamer des travaux permettant d'interner 30 000 dĂ©tenus et de construire une usine de caoutchouc synthĂ©tique, pour IG Farben, sur le site de Monowitz-Buna, aussi connu sous le nom d'Auschwitz III[46]. « Si docile qu'il fĂ»t envers Himmler, Höss avait une conscience [
] aiguĂ« de la difficultĂ© de mettre en Ɠuvre la nouvelle vision de son maĂźtre » : lors d'un trajet en voiture avec le ReichsfĂŒhrer et Erich von dem Bach-Zelewski, il se plaint, sans rĂ©sultat, du manque de matĂ©riaux de construction et de personnel[47]. AprĂšs avoir tentĂ© de pallier la pĂ©nurie de matĂ©riaux, « en Ă©cumant la campagne pour chaparder des barbelĂ©s », Höss sollicite lors d'une rĂ©union avec des reprĂ©sentants d'IG Farben, le , le soutien de l'entreprise pour l'extension du camp[48]. Les dĂ©lĂ©guĂ©s de l'entreprise chimique acceptent d'Ă©tudier la possibilitĂ© d'aider le camp et passent un accord avec Höss sur les montants Ă  verser Ă  la SS pour l'exploitation de la main d'Ɠuvre concentrationnaire et la fourniture de gravier[49].

Les gazages

Récipients de Zyklon B exposés à Auschwitz.

Fin août ou début [alpha 6], c'est en l'absence de Höss que son adjoint, Karl Fritzsch mÚne les premiers essais de gazage de prisonniers de guerre russes en utilisant du Zyklon B dans le sous-sol du block 11 ; à son retour, Höss assiste aux gazages suivants et se déclare « soulagé » par cette nouvelle méthode d'extermination[51]. Le sous-sol du bloc 11 se révélant peu adapté aux gazages, ceux-ci sont transférés de janvier à , dans la morgue du crématoire d'Auschwitz I ; fin avril, il est décidé de les transférer à nouveau, cette fois vers Birkenau[52].

Fin mai, Höss choisit une petite maison fermiÚre située à la lisiÚre du bois de bouleaux de Birkenau (la « maisonnette rouge », ou bunker 1) comme nouveau lieu d'extermination : aprÚs quelques travaux, ce site permet de gazer trois à quatre cents personnes à la fois[53]. « Au cours des six derniers mois de 1941 et des six premiers mois de 1942, jamais Höss n'innova autant : loin de se contenter de suivre les ordres, il prit des initiatives pour augmenter les capacités d'extermination à Auschwitz[54] ».

DĂ©but 1942, Höss est convoquĂ© Ă  Berlin oĂč Himmler l'informe qu'Auschwitz a Ă©tĂ© choisi comme centre d'extermination des Juifs en raison de sa situation ferroviaire favorable et de la construction prochaine d'un crĂ©matoire permettant d'incinĂ©rer 1 440 corps par jour : le meurtre de masse doit dĂ©buter le [55]. Les installations du bunker 1 ne permettant pas des tueries Ă  grande Ă©chelle, Höss improvise une solution en installant dans une autre fermette (la « maisonnette blanche », ou bunker 2), quatre chambres Ă  gaz, d'une capacitĂ© totale de 500 personnes, opĂ©rationnelles fin [55]. ConfrontĂ© Ă  des circonstances particuliĂšres, combinant une extrĂȘme urgence et une grande libertĂ©, Höss innove, et met notamment en place la sĂ©lection des dĂ©portĂ©s vouĂ©s Ă  la mort immĂ©diate, qui devient courante Ă  partir de l'Ă©tĂ© 1942[56].

Himmler se rend Ă  nouveau Ă  Auschwitz le et assiste, silencieux, Ă  l'extermination de Juifs dĂ©portĂ©s des Pays-Bas[43]. Dans la soirĂ©e, il participe Ă  un dĂźner organisĂ© en son honneur ; selon Höss, Himmler « d'excellente humeur, parla de tous les sujets possibles Ă©voquĂ©s au cours de la conversation [...] Il but quelques verres de vin rouge et fuma, chose qu'il ne faisait pas d'ordinaire. Tout le monde Ă©tait sous le charme de sa bonne humeur et de sa brillante conversation[43]. » Quelques jours plus tard, Himmler donne l'ordre Ă  Höss d'extraire tous les cadavres des fosses communes, de les brĂ»ler et de disperser leurs cendres, afin de rendre impossible toute estimation du nombre des victimes[43] ; il lui ordonne Ă©galement de porter la capacitĂ© du camp Ă  200 000 personnes[57]. Satisfait du travail de Höss, il lui accorde une nouvelle promotion au grade d'ObersturmbannfĂŒhrer[57].

En juillet et , le complexe d'Auschwitz est frappĂ© par une grave Ă©pidĂ©mie de typhus, que Höss cherche Ă  dissimuler Ă  sa hiĂ©rarchie ; les fours crĂ©matoires ne suffisent pas pour incinĂ©rer les milliers de victimes de la maladie, qui sont enterrĂ©es dans des fosses communes dans le Birkenwald[58], ce qui contamine la nappe phrĂ©atique[59]. Höss ordonne que les corps soient dĂ©terrĂ©s et incinĂ©rĂ©s Ă  ciel ouvert ; comme les SS d'Auschwitz n'ont pas d'expĂ©rience sur ce point, le , il se rend Ă  ƁódĆș avec deux de ses adjoints afin de visiter une « installation spĂ©ciale » (Sonderanlage) d'incinĂ©ration Ă  l'air libre, dirigĂ©e par Paul Blobel[59]. La technique utilisĂ©e par Blobel est adaptĂ©e Ă  Auschwitz : sous la garde de 20 Ă  30 SS, 300 dĂ©tenus juifs dĂ©terrent et brĂ»lent 50 000 cadavres, entre le et fin [59].

Dans la nuit du 13 au , la chambre Ă  gaz amĂ©nagĂ©e dans la morgue au sous-sol du crĂ©matoire II de Birkenau entre en fonctionnement : 1 492 Juifs considĂ©rĂ©s comme inaptes au travail et dĂ©portĂ©s du ghetto de Cracovie y sont gazĂ©s en une seule fois, au moyen de six kilos de Zyklon B[60].

Vie quotidienne de Höss

De 1940 Ă  1943, Höss mĂšne Ă  Auschwitz, avec sa famille, une vie normale, dans une certaine aisance. À sa table, on sert des mets raffinĂ©s, des vins fins, des cigares et du cafĂ©[61]. Il y dispose d'une maison de dix piĂšces, sans compter les salles de bain et les cuisines, et de deux domestiques, des internĂ©es en raison de leur appartenance aux TĂ©moins de JĂ©hovah[62]. PassionnĂ© de chevaux, il dispose d'Ă©curies privĂ©es, mieux amĂ©nagĂ©es que les baraques des dĂ©tenus[63], oĂč sont abritĂ©s de superbes demi-sang provenant du Schleswig-Holstein[63]. Ses relations avec son Ă©pouse paraissent sans problĂšme et il semble avoir Ă©tĂ© heureux en mĂ©nage au cours des quatre annĂ©es passĂ©es Ă  Auschwitz[27] ; tout au plus dĂ©clare-t-il Ă  Gustave Gilbert, qu'aprĂšs avoir rĂ©vĂ©lĂ© Ă  son Ă©pouse la nature exacte de ses activitĂ©s, ils n'ont plus que rarement de « dĂ©sirs charnels »[64]. Au grand chagrin de sa femme, bonne cuisiniĂšre et qui n'a jamais Ă©tĂ© membre du parti nazi, il ne prĂȘte que peu d'attention Ă  la nourriture[65]. L'Ă©ducation des cinq enfants du couple repose essentiellement sur l'Ă©pouse de Höss[62]. Il n'y a, pour lui, pas de contradiction fondamentale entre sa fonction Ă  Auschwitz et le bonheur familial, mais il vit cette pĂ©riode en se sentant Ă©puisĂ© par le travail, frustrĂ© par des demi-succĂšs, l'Ă©puisement, l'incompĂ©tence du personnel et les ennuis du service[66].

Administration centrale des camps de concentration et retour Ă  Auschwitz : 1943-1945

Dans le courant du dernier trimestre 1943, une enquĂȘte interne de la SS met au jour une corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  Auschwitz, dans laquelle Höss semble impliquĂ© ; il est Ă©galement soupçonnĂ© d'avoir eu pour maĂźtresse une prisonniĂšre politique d'origine autrichienne[67]. MalgrĂ© sa volontĂ© de conserver ses fonctions et le soutien que lui apporte Martin Bormann, Höss est Ă©cartĂ© de son poste sur ordre de Himmler[68] : ce renvoi est prĂ©sentĂ© comme une promotion et Höss est mutĂ© Ă  l'SSWHA[69] - [alpha 7]. Peu avant son dĂ©part, Höss fait installer un bordel Ă  Auschwitz, rĂ©servĂ© Ă  des dĂ©tenus triĂ©s sur le volet, dont les Juifs sont exclus[71].

En , il rejoint les bureaux du SSWHA Ă  Oranienburg, laissant sa famille Ă  Auschwitz[68]. DĂ©pendant directement de Richard GlĂŒcks, il devient chef du Bureau I (section politique) de l'office central de Berlin[72]. Ses fonctions consistent en l'inspection des camps de concentration, Ă  l'exception de ceux situĂ©s en Russie et en Ukraine[73] ; dans ce cadre, Höss est chargĂ© de « superviser totalement tous les camps de concentration, les administrations, les libĂ©rations et les punitions, les exterminations, toutes les transactions avec le RSHA, tous les dossiers des dĂ©tenus : bref, tout ce qui se passait dans les camps de concentration »[74]. Fin 1943, Höss obtient six semaines de congĂ© pour surmenage et Ă©puisement, qu'il passe seul dans un chalet de montagne, sa femme Ă©tant au terme de sa grossesse de leur dernier enfant[75].

Juifs hongrois sur la rampe de sélection au printemps-été 1944.

RappelĂ©, le , Ă  Auschwitz pour organiser l'extermination de Juifs dĂ©portĂ©s de Hongrie[alpha 8], Höss reprend le commandement de tout le complexe concentrationnaire et entend remĂ©dier au manque d'efficacitĂ© et « de vraie duretĂ© » d'Arthur Liebehenschel, qui lui avait succĂ©dĂ© en [76]. DĂšs le lendemain de son retour au camp, il ordonne d'accĂ©lĂ©rer les prĂ©paratifs en vue de l'arrivĂ©e des Juifs hongrois : la voie ferrĂ©e principale est prolongĂ©e de deux kilomĂštres pour arriver directement Ă  la rampe de sĂ©lection, situĂ©e Ă  cent mĂštres des crĂ©matoires 2 et 3. Afin de pouvoir Ă©liminer des centaines de milliers de corps, Höss donne l'ordre de rĂ©parer immĂ©diatement le crĂ©matoire 5 et de creuser des fosses pour y brĂ»ler les cadavres. Il porte le rythme des gazages Ă  un niveau jamais atteint : en huit semaines, 320 000 Juifs sont assassinĂ©s[77], avec des pointes de 10 000 tuĂ©s par jour[78]. En plein massacre, Oswald Pohl effectue, le , une visite d'inspection Ă  Auschwitz : lors de celle-ci, Höss lui demande l'autorisation de liquider les tsiganes, « c'est-Ă -dire d'en extraire les aptes au travail et de gazer le reste » : l'opĂ©ration a lieu dans la soirĂ©e du [79]. Son action dans l'assassinat des Juifs hongrois vaut Ă  Höss d'ĂȘtre dĂ©corĂ© de la croix du MĂ©rite de guerre de 1re et de 2e classe ; il regagne Berlin le [80].

Fin 1944, Höss est affectĂ© Ă  Bergen-Belsen, oĂč il tente, sans rĂ©sultat, de mettre fin Ă  une Ă©pidĂ©mie de typhus[81]. Selon Jean-Claude Pressac, en , il essaie sans succĂšs de rĂ©gulariser les Ă©vacuations des camps d'Auschwitz et de Gross-Rosen et d'en attĂ©nuer la mortelle brutalitĂ© ; il est ensuite chargĂ© des Ă©vacuations des camps de Sachsenhausen et de RavensbrĂŒck durant lesquelles il aurait demandĂ© Ă  la Croix-Rouge de ravitailler les dĂ©tenus, tout en lui refusant l'accĂšs aux camps[81] - [alpha 9].

Mi-, sur ordre de Himmler, Höss effectue une tournée d'inspection de plusieurs camps de concentration notamment avec Oswald Pohl et Enno Lolling, pour « passer au crible les rÚglements en vigueur, l'hygiÚne, l'organisation de travail, etc. » En 1946, il affirme qu'il aurait également été chargé par Himmler de vérifier « que tout soit fait pour maintenir en vie et en bonne santé les détenus juifs [survivants] »[82].

Arrestation, procÚs et exécution

Höss au procÚs de Nuremberg.

Lors de la capitulation de l'Allemagne, Höss se trouve Ă  Flensburg, oĂč sont Ă©galement prĂ©sents Richard GlĂŒcks et Heinrich Himmler[27]. ArrĂȘtĂ© par les troupes britanniques[alpha 10], Höss, revĂȘtu d'un uniforme de la Kriegsmarine, n'est pas identifiĂ© et on le relĂąche[84]. AprĂšs la libĂ©ration du camp de Bergen-Belsen et l'interrogatoire de survivants, les Britanniques prennent conscience de l'importance d'Auschwitz et du rĂŽle de Höss : les services de renseignement militaire recherchent la famille de Höss, la localisent et la mettent sous surveillance[84]. Hedwig Höss est arrĂȘtĂ©e le et menacĂ©e d'une dĂ©portation en SibĂ©rie avec ses enfants : elle rĂ©vĂšle que son mari vit dans une ferme prĂšs de Flensburg[84] ; Ă  la suite de cette information, Höss est capturĂ© le [84] - [alpha 11]. SĂ©vĂšrement battu lors de son arrestation par des soldats dirigĂ©s par Hanns Alexander, Höss est emmenĂ© Ă  Heide oĂč il fait Ă  nouveau l'objet de mauvais traitements et est notamment empĂȘchĂ© de dormir pendant trois jours ; si la confession de huit pages qu'il rĂ©dige le 14 mars a pu ĂȘtre influencĂ©e par ces sĂ©vices, elle n'est pas dĂ©mentie par Höss par la suite[85].

Durant le procĂšs de Nuremberg, Höss comparaĂźt comme tĂ©moin lors de l'examen du chef d'accusation de crime contre l'humanitĂ© ; contrairement Ă  Otto Ohlendorf et Dieter Wisliceny, appelĂ©s Ă  la barre par l'accusation[86], il est citĂ© par la dĂ©fense, en l'espĂšce Ă  la demande de l'avocat d'Ernst Kaltenbrunner, qui entend dĂ©montrer que celui-ci n'a pas eu de rĂŽle dans la « solution finale »[87]. Höss tĂ©moigne le [88] et confirme le contenu de sa dĂ©claration sous serment du et de celle faite Ă  Nuremberg le [89]. Il insiste sur le fait que ses ordres Ă©manaient directement de Heinrich Himmler et qu'il s'agissait d'une « affaire d'État »[90] ; il estime le nombre des victimes assassinĂ©es Ă  Auschwitz de 2 500 000 Ă  3 000 000 personnes[alpha 12]. Le tĂ©moignage de Höss atterre les principaux accusĂ©s : Hermann Göring et Karl Dönitz estiment qu'un Prussien ne se laisserait jamais aller Ă  faire des choses pareilles ; pour Hans Frank, « C'Ă©tait lĂ  le moment honteux de tout le procĂšs, qu'un homme dise, de sa propre bouche, qu'il avait exterminĂ© 2 500 000 personnes de sang-froid. C'est lĂ  quelque chose dont on parlera dans mille ans »[64] ; quant Ă  Alfred Rosenberg, il pense qu'on lui a jouĂ© « un mauvais tour » en le mettant dans une position trĂšs difficile pour dĂ©fendre sa philosophie[64]. Pour Arthur Seyss-Inquart, le tĂ©moignage de Höss dĂ©montre que s'« il existe une limite au nombre de gens que l'on peut tuer par haine ou par goĂ»t du massacre, [
] il n'y a pas de limite au nombre de gens que l'on peut tuer, de maniĂšre froide et systĂ©matique, au nom de l'impĂ©ratif catĂ©gorique militaire[92] ».
« L'inconvénient [du témoignage de Höss à Nuremberg], qui allait se révéler beaucoup plus tard fut une grande exagération du nombre des victimes, dont les négationnistes feraient un jour leurs choux gras : il prétendit qu'Auschwitz avait vu mourir deux millions et demi de déportés, ce dont Robert Faurisson et ses adeptes devaient profiter pour semer la confusion[93] ».

Remis aux autoritĂ©s polonaises, Höss comparaĂźt devant le Tribunal suprĂȘme de Pologne du au [alpha 13]. Lors de son procĂšs, il est « un accusĂ© modĂšle, rĂ©pondant briĂšvement et prĂ©cisĂ©ment aux questions qui lui sont posĂ©es, ne se dĂ©faussant pas sur ses supĂ©rieurs ou infĂ©rieurs hiĂ©rarchiques. Il reconnaĂźt ses actes sans forfanterie Ă  la diffĂ©rence de Göring Ă  Nuremberg ; sans pleurnicher non plus comme von Ribbentrop ou Frank. Mais il n'en mesure jamais vĂ©ritablement l'insondable horreur, comme si le sens moral ordinaire lui avait Ă  jamais fait dĂ©faut »[95]. Pour se dĂ©fendre, il met sur le mĂȘme pied l'extermination des Juifs Ă  Auschwitz et les bombardements alliĂ©s des villes allemandes ; il tente de justifier ses actes par la nĂ©cessitĂ© d'obĂ©ir aux ordres[96]. Sur ce point, Laurence Rees souligne que Höss ne s'est pas contentĂ© de suivre aveuglĂ©ment les ordres, mais qu'il a fait preuve d'une grande ingĂ©niositĂ© pour augmenter les capacitĂ©s d'extermination Ă  Auschwitz[54] ; il relĂšve Ă©galement que lorsque Rudolf Höss n'Ă©tait pas d'accord avec Himmler, il ne manquait pas de le lui faire savoir : « Contrairement Ă  ceux qui commirent des crimes sous Staline, Höss ne devait jamais agir par crainte d'un terrible chĂątiment s'il contestait un ordre. Il avait rejoint la SS parce qu'il adhĂ©rait profondĂ©ment Ă  la vision gĂ©nĂ©rale des nazis »[97].

Höss lors de son exécution.

CondamnĂ© Ă  mort, il est exĂ©cutĂ© par pendaison le [98] - [alpha 14], prĂšs du crĂ©matorium du camp d'Auschwitz I et de la maison qu'il a occupĂ©e avec sa famille durant toutes les annĂ©es oĂč il dirigeait le camp[alpha 15]. Selon Laurence Rees, son exĂ©cution est reportĂ©e d'un jour en raison de la prĂ©sence d'une foule de plusieurs milliers de personnes, pour la plupart d'anciens dĂ©tenus, qui fait craindre des incidents aux autoritĂ©s polonaises ; l'exĂ©cution a lieu devant une poignĂ©e de tĂ©moins et Höss monte sur le gibet sans prononcer un mot[101].

En , le Tribunal suprĂȘme de Pologne juge quarante officiers et gardiens du camp : 23 d'entre eux sont condamnĂ©s Ă  mort dont Arthur Liebehenschel et Hans Aumeier[102].

Le procÚs de Höss est notamment suivi, prÚs de vingt ans plus tard, par le « procÚs d'Auschwitz », qui se tient à Francfort de à : sur les 22 accusés, 17 sont condamnés, dont seulement 6 à la peine maximale, la prison à vie ; prÚs de 85 % des SS qui servirent à Auschwitz et survécurent à la guerre n'ont jamais été condamnés[103].

Aspects psychologiques

Lors du procÚs de Nuremberg, l'un des psychiatres américains, Leon Goldensohn, a de fréquents entretiens avec Höss et cherche à établir le profil psychologique de celui-ci. Lorsque Goldensohn pose à Höss une question directe sur son éventuel sentiment de culpabilité, il reçoit comme réponse : « maintenant il [Höss] se rend compte que ce n'était pas bien[104] », et « que jusqu'à la capitulation il avait cru avoir exécuté les ordres correctement [...] Mais que, aprÚs la capitulation, il en est arrivé à la conclusion que l'extermination des Juifs n'était pas telle que l'on lui avait dit et, qu'aujourd'hui, il se sent aussi coupable que tous les autres[105] ». Höss poursuit en ajoutant qu'« il y en a d'autres plus coupables que moi, en particulier ceux qui m'ont donné les ordres, qui n'étaient pas les bons[105] ». Quand le psychiatre cherche à savoir si Höss se voit comme un dur et un sadique, il répond qu'il est « devenu dur quand il a exécuté de tels ordres » et qu'il n'a jamais « fait preuve de tendresse, qu'il s'agisse d'abattre des gens ou de les tuer dans des chambres à gaz[106] ». Il ajoute qu'il n'a « jamais frappé aucun détenu et qu'il se débrouillait pour changer les gardes qui se montraient violents avec les prisonniers[107]. »

Un autre membre de l'Ă©quipe amĂ©ricaine, le psychologue Gustave Gilbert, s'est Ă©galement entretenu avec Höss durant le procĂšs. Lors de l'un des entretiens de Gilbert avec Höss, celui-ci se dĂ©crit comme un homme « qui s'est toujours senti mieux seul, qui n'a jamais eu de relations amicales ni Ă©troites avec quelqu'un, mĂȘme dans sa jeunesse, qui n'a jamais eu d'ami et qui n'a jamais Ă©prouvĂ© le besoin d'avoir des amis[12]. » Lorsque Gilbert veut savoir combien de dĂ©portĂ©s ont Ă©tĂ© tuĂ©s Ă  Auschwitz et comment il a procĂ©dĂ© Ă  leur extermination, Höss lui expose la façon de les gazer, « d'une façon terre Ă  terre, d'une voix calme et apathique[108]. » À la question sur l'ordre d'extermination donnĂ© par Himmler, Höss rĂ©pond « que la pensĂ©e de refuser d'exĂ©cuter un ordre ne lui venait mĂȘme pas[108] », et que « Himmler l'avait ordonnĂ© et en avait mĂȘme expliquĂ© la nĂ©cessitĂ©, et qu'il ne s'est jamais vraiment demandĂ© en somme si c'Ă©tait mal, que cela lui semblait simplement une nĂ©cessitĂ©[109] ». Gilbert en est finalement arrivĂ© Ă  la conclusion que Höss « donne l'impression gĂ©nĂ©rale d'un homme intellectuellement normal, mais avec une apathie de schizophrĂšne, une insensibilitĂ© et un manque d'Ă©nergie que l'on ne pourrait guĂšre trouver plus dĂ©veloppĂ©s chez un franc psychopathe[109] ».

Pour Primo Levi, Höss est « un homme vide, un idiot tranquille et empressé qui s'efforce d'accomplir avec le plus de soin possible les initiatives bestiales qu'on lui confie, et qui semble trouver dans cette obéissance un total assouvissement de ses doutes et de ses inquiétudes[110] ».

Dans les derniĂšres pages de son autobiographie, Höss rĂ©affirme son attachement Ă  la doctrine philosophique du national-socialisme, « seule appropriĂ©e Ă  la nature du peuple allemand » et Ă  la SS, « capable de ramener graduellement le peuple allemand tout entier Ă  une vie conforme Ă  sa nature »[111]. Il termine son ouvrage en s'estimant incompris : « Que le grand public continue donc Ă  me considĂ©rer comme une bĂȘte fĂ©roce, un sadique cruel, comme l'assassin de millions d'ĂȘtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idĂ©e de l'ancien commandant d'Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j'avais un cƓur...[112] »

Autobiographie

« La lecture du livre de Höss provoque chaque fois en moi un fort malaise. [...] DĂšs que je lis ou recopie de telles phrases, je sens monter en moi quelque chose comme une nausĂ©e. Aucun des autres livres dont je parle ici ne me donne cette impression aussi fortement. À quoi est-elle due ? Sans doute Ă  la conjonction de plusieurs facteurs : l'Ă©normitĂ© du crime ; l'absence de vĂ©ritables regrets de la part de l'auteur ; et tout ce par quoi il m'incite Ă  m'identifier Ă  lui et Ă  partager sa maniĂšre de voir. [
] En lisant, j'accepte de partager avec lui ce rĂŽle de voyeur de la mort, et je m'en sens sali. »

— Tzvetan Todorov, [113]

Au cours de sa dĂ©tention Ă  la prison de Cracovie et dans l'attente de son procĂšs, Höss rĂ©dige une autobiographie, publiĂ©e en 1958 sous le titre Le commandant d'Auschwitz parle. Dans l'avertissement de l'Ă©dition française, le ComitĂ© international d'Auschwitz souligne que « conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d'attĂ©nuer la responsabilitĂ© de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses Ă©gaux et des grands chefs SS, ce document projette une lumiĂšre accablante sur la genĂšse et l'Ă©volution de la solution finale et du systĂšme concentrationnaire »[114]. Pour Pierre Vidal-Naquet, « Höss multiplie les dĂ©tails autobiographiques, les petits faits vrais, les remarques personnelles, les commentaires politiques les plus variĂ©s (y compris une dĂ©nonciation des camps soviĂ©tiques), les accusations antisĂ©mites et anti-tsiganes. Il n'y a rien lĂ  qui sente le fabriquĂ© et le dictĂ©. [...] Le tĂ©moignage de Höss n'a Ă©videmment d'intĂ©rĂȘt que pour ce qu'il a vu. Il mĂ©rite naturellement aussi d'ĂȘtre critiquĂ© »[115].

Dans sa prĂ©face Ă  l'Ă©dition de 1995, la sociologue GeneviĂšve Decrop estime qu'il s'agit d'un document capital pour de multiples raisons : la personnalitĂ© de son auteur, qui est un de ceux dont on a pu dire lors du procĂšs de Nuremberg que Hitler aurait Ă©tĂ© inoffensif sans des exĂ©cutants aussi douĂ©s ; la sincĂ©ritĂ© de la confession de Höss, qui n'est contestĂ©e que par les nĂ©gationnistes, et dont la plupart des Ă©lĂ©ments, Ă  part quelques inexactitudes notamment sur les chiffres, ont Ă©tĂ© confirmĂ©s a posteriori par les historiens ; la clartĂ© du texte et son caractĂšre factuel, qui dĂ©passent le vocabulaire codĂ© employĂ© par les nazis, Ă  une Ă©poque oĂč l'on savait trĂšs peu de choses sur la solution finale ; le caractĂšre presque unique[alpha 16] du tĂ©moignage ; la position de Höss, qui dispose d'un point de vue suffisamment large[116]. Pour Annette Wieviorka, l'autobiographie de Höss « n'est pas seulement un tĂ©moignage d'une importance historique capitale pour comprendre quand, comment et pourquoi s'est effectuĂ© le choix d'Auschwitz comme lieu de la « Solution finale », et comment Höss la mit en Ɠuvre Ă  Birkenau, mais une plongĂ©e dans les profondeurs d'un homme[117] ». Pour Primo Levi, qui prĂ©face l'Ă©dition italienne de 1985, il s'agit d'« un des livres les plus instructifs qui aient jamais Ă©tĂ© publiĂ©s, car il dĂ©crit avec prĂ©cision un itinĂ©raire humain qui est, Ă  sa façon, exemplaire[118]. »

Ce rĂ©cit, comme les entretiens de Franz Stangl avec Gitta Sereny, prĂ©sente une caractĂ©ristique frappante : « mĂȘme lorsque les personnages concernĂ©s sont manifestement dĂ©munis de critĂšre d'humanitĂ© qui pourrait ĂȘtre appliquĂ© aux actes qu'ils ont commis, ils n'en sont pas moins extrĂȘmement soucieux d'apparaĂźtre, non comme de « mauvais hommes », mais comme des personnes dont la force morale ne fut pas entamĂ©e par les situations pourtant extrĂȘmes dans lesquelles s'inscrivait leur action »[119] - [alpha 17].

Hannah Arendt, pointant une erreur Ă  propos d'Adolf Eichmann[alpha 18], estime qu'il s'agit d'un tĂ©moignage douteux[120]. Si Laurence Rees utilise frĂ©quemment l'autobiographie de Höss comme source dans son ouvrage consacrĂ© Ă  Auschwitz, il souligne Ă©galement les difficultĂ©s soulevĂ©es par ce tĂ©moignage : « Non seulement il tend Ă  se prĂ©senter en victime des exigences de Himmler et de l'incompĂ©tence de son Ă©quipe, mais les dates qu'il donne semblent aussi souvent peu fiables[121] ». Jean-Claude Pressac est nettement plus critique : pointant les nombreuses erreurs de date et les exagĂ©rations concernant les chiffres des morts, il estime que « Höss, malgrĂ© son rĂŽle dans la solution finale, ne peut plus ĂȘtre considĂ©rĂ© actuellement comme un tĂ©moin fiable sur les dates et les chiffres »[122].

Imprécisions, contradictions et controverses

Les dĂ©clarations de Höss des 14 mars et , son tĂ©moignage lors du procĂšs de Nuremberg et devant le Tribunal suprĂȘme de Pologne et son autobiographie contiennent des erreurs, imprĂ©cisions et contradictions qui ont suscitĂ© des controverses, essentiellement alimentĂ©es par les milieux nĂ©gationnistes : « Ceux qui contestaient et contestent encore aujourd'hui son tĂ©moignage y ont un redoutable intĂ©rĂȘt : ils ont fait de la nĂ©gation du gĂ©nocide et des chambres Ă  gaz leur cause personnelle, qu'ils s'acharnent Ă  hisser au rang de cause historique. On peut comprendre que le tĂ©moignage du commandant d'Auschwitz est un gros rocher dans leur jardin[123] ».

Pour Jean-Claude Pressac, les aveux du 14 mars sont globalement justes, mais truffĂ©s d'exagĂ©rations imposĂ©es et d'erreurs volontaires : Höss espĂšre que celles-ci seront remarquĂ©es lors du procĂšs, ce qui lui donnerait la possibilitĂ© de les rectifier et d'attĂ©nuer son rĂŽle[124]. Le mĂȘme auteur souligne que l'autobiographie est rĂ©digĂ©e sans aucune documentation et que personne ne peut, Ă  l'Ă©poque, contrĂŽler son degrĂ© de vĂ©racitĂ©[124].

L'ordre de Himmler de juin 1941

Tant lors de son témoignage au procÚs de Nuremberg[87] que dans son autobiographie[125], Höss affirme qu'il a reçu l'ordre de transformer Auschwitz en camp d'extermination dans le cadre de la solution finale lors d'un entretien avec Heinrich Himmler, dans le courant de l'été 1941, sans doute au mois de juin.

Aucun spécialiste de l'histoire de la Shoah ne retient cette date ; si Raul Hilberg estime que l'entretien s'est bien déroulé au cours de l'été 1941, vraisemblablement au cours du mois d'août[126], la majorité des auteurs sur le sujet estime qu'il a eu lieu plusieurs mois, voire prÚs d'un an plus tard[127] - [128]. Höss déclare que Himmler a notamment choisi Auschwitz parce que les centres d'extermination déjà existants en zone orientale (Belzec, Sobibor et Treblinka) ne sont pas en mesure de mener jusqu'au bout les actions d'extermination prévues : or ces centres de mise à mort ne commencent à fonctionner qu'au cours de l'été 1942[129]. La confusion de date est patente lors d'un des entretiens de Höss avec Leon Goldensohn : Höss décrit sa visite d'inspection à Treblinka, qu'il situe juste aprÚs son entretien avec Himmler et avant l'aménagement de chambres à gaz à Birkenau, dans d'anciennes fermes[130]. Cette chronologie est impossible, le centre de mise à mort de Treblinka ne commençant ses activités qu'en [131].

Pour Laurence Rees, l'explication la plus probable est que Höss s'est laissé abuser par sa mémoire et que l'entretien qu'il mentionne a bien pu avoir lieu, mais au cours de l'été 1942 ; si Höss a bien rencontré Himmler en juin 1941, ce n'est pas pour recevoir des ordres relatifs à la « Solution finale », mais pour évoquer les plans d'expansion d'Auschwitz, notamment en lien avec le projet d'IG Farben[132]. L'analyse la plus approfondie du témoignage de Höss confirme que celui-ci « télescope » les événements de 1941 et 1942[133].

Le nombre des victimes

Lors de sa dĂ©position au procĂšs de Nuremberg, Höss estime le nombre de personnes assassinĂ©es Ă  Auschwitz Ă  2 500 000[134]. Signe de la confusion qui rĂšgne Ă  l'Ă©poque sur le nombre des victimes, Leon Goldensohn demande Ă  Höss si le chiffre ne doit pas ĂȘtre revu Ă  la hausse, vers 3 000 000 ou 4 000 000 morts : Höss maintient son estimation, en prĂ©cisant qu'il n'y avait pas d'archives ni de noms concernant les personnes gazĂ©es, et que les chiffres ne sont que grossiĂšrement estimĂ©s[135]. À l'Ă©poque, le chiffre avancĂ© par Höss n'est pas perçu comme une exagĂ©ration, bien au contraire : les estimations effectuĂ©es par les autoritĂ©s soviĂ©tiques en , qui Ă©valuent le nombre de morts Ă  Auschwitz Ă  4 000 000, sont gĂ©nĂ©ralement admises et restent en quelque sorte des « donnĂ©es canoniques » jusqu'Ă  la fin des annĂ©es 1970[136] ; les attendus du jugement du Tribunal suprĂȘme de Pologne reprennent le chiffre de 4 312 000 victimes[137].

L'estimation actuellement retenue par la plupart des historiens est 1 100 000 morts[91] - [138], dont 1 000 000 de victimes juives[139] - [alpha 19].

Selon Jean-Claude Pressac, le tĂ©moignage de Höss contient Ă©galement une exagĂ©ration en ce qui concerne le chiffre des cadavres incinĂ©rĂ©s Ă  ciel ouvert, de fin septembre Ă  fin , estimĂ© par Höss Ă  100 000 et ramenĂ© par Pressac Ă  la moitiĂ© de ce chiffre[141].

Les aveux

Il ne fait aucun doute que l'épouse de Höss n'a révélé la cachette de son mari au renseignement militaire britannique que sous la menace ; les mauvais traitements dont Höss fait l'objet lors de sa capture et de ses premiers jours de détention sont également établis. Lors de sa capture, il est si sévÚrement battu que le médecin militaire présent lors de l'arrestation s'adresse au capitaine chargé de l'opération en s'écriant « Retenez-les si vous ne voulez pas rapporter un cadavre ! » ; pendant ses trois premiers jours de détention à Heide, il est privé de sommeil, des soldats munis de manches de hache ayant reçu pour consigne de le secouer au moindre signe de somnolence[142] - [143]. Si Höss affirme qu'aprÚs son transfert au centre de détention no 2 des criminels de guerre à Minden, il a subi un traitement encore plus brutal, sans donner de précision[144], cette assertion n'est confirmée par aucun autre témoignage[142]. Par la suite, lors de sa détention à Nuremberg et à Cracovie, Höss est bien traité, à sa grande surprise[145] - [142].

Les sévices subis par Höss servent d'argument au négationniste Robert Faurisson pour discréditer les confessions écrites de Höss des et , ses témoignages à Nuremberg et lors de son propre procÚs, et son autobiographie. Selon Faurisson, tous ces éléments auraient été obtenus sous la contrainte et la torture, ce qui remettrait en cause les aveux de Höss[146].

Laurence Rees n'exclut pas que les premiers aveux de Höss datĂ©s du aient pu ĂȘtre obtenus sous la contrainte, mais il souligne qu'ils ont Ă©tĂ© confirmĂ©s par la suite Ă  plusieurs reprises, alors que Höss aurait pu les infirmer[142]. Les affirmations de Faurisson sont Ă©galement rĂ©futĂ©es, point par point, par l’universitaire amĂ©ricain John C. Zimmerman : « Or les nĂ©gationnistes ne rĂ©vĂšlent jamais que si nous le savons [le fait que Höss a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement maltraitĂ©], c’est parce que Höss lui-mĂȘme l’a Ă©crit dans ses mĂ©moires. S’il y avait eu une tentative de ses gardiens polonais pour falsifier ces mĂ©moires ou pour faire mentir Höss, cette information ne serait jamais parue »[147].

Dans la littérature

Robert Merle en 1964.

En 1952, paraĂźt La mort est mon mĂ©tier de Robert Merle. Ce roman est en bonne partie basĂ© sur les entretiens de Rudolf Höss avec le psychologue amĂ©ricain Gustave Gilbert lors du procĂšs de Nuremberg, dont le compte-rendu semble Ă  Robert Merle plus fiable que l'autobiographie de Höss : « Il y a une diffĂ©rence entre coucher sur le papier ses souvenirs en les arrangeant et ĂȘtre interrogĂ© par un psychologue... ». La premiĂšre partie de l'ouvrage est une Ɠuvre de fiction, une « re-crĂ©ation Ă©toffĂ©e et imaginaire de la vie de Rudolf Höss [Rudolf Lang dans le roman], d'aprĂšs le rĂ©sumĂ© de Gilbert » ; quant Ă  la seconde partie, qui concerne Auschwitz, Merle estime avoir fait vĂ©ritablement Ɠuvre d'historien[148]. L'ouvrage poursuit un objectif clairement dĂ©fini dans la prĂ©face Ă  l'Ă©dition de 1972 :

« Ce qui est affreux et nous donne de l'espĂšce humaine une opinion dĂ©solĂ©e, c'est que pour mener Ă  bien ses desseins, une sociĂ©tĂ© de ce type trouve invariablement les instruments zĂ©lĂ©s de ses crimes [...] Il y a eu sous le nazisme des centaines, des milliers de Rudolf Lang, moraux Ă  l'intĂ©rieur de l'immoralitĂ©, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sĂ©rieux et leurs mĂ©rites portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par mĂ©chancetĂ©, mais au nom de l'impĂ©ratif catĂ©gorique, par fidĂ©litĂ© au chef, par soumission Ă  l'ordre, par respect pour l'État. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux[148]. »

Höss est également un personnage central du roman Le Choix de Sophie de William Styron[64], paru en 1979.

En 2006, dans son livre Les Bienveillantes, Jonathan Littell Ă©voque Ă  de nombreuses reprises la rencontre entre Rudolf Höss et le personnage principal de son roman, Maximilien Aue[149]. À ce propos, Littell admet qu'il ne possĂšde pas assez de recul par rapport aux mĂ©moires de Höss[150].

JĂŒrg Amann a publiĂ© en 2011 une mise en forme des notes de Höss.

Notes et références

Notes

  1. En transcription française, on obtient la mĂȘme prononciation avec « Heuss », par exemple.
  2. Dans son ouvrage Hans et Rudolf : comment un juif allemand mit fin Ă  la cavale du commandant d'Auschwitz (Flammarion, 2014 pour la traduction française, (ISBN 978-2-0813-0069-9)), Thomas Harding affirme p. 343, dans la note concernant la p. 24, que Rudolf Höss est nĂ© en 1901 ; il aurait fait falsifier son annĂ©e de naissance (1900) lors de son entrĂ©e dans la SS (la copie du document est conservĂ©e aux Archives nationales des États-Unis – College Park, Maryland) alors que ses actes de naissance et de baptĂȘme, consultables dans les registres d'Ă©tat civil de la mairie de Baden-Baden prĂ©cisent sa naissance en 1901.
  3. En l'absence d'une biographie de Höss de qualitĂ© scientifique, ses mĂ©moires sont frĂ©quemment utilisĂ©s comme rĂ©fĂ©rences dans le prĂ©sent article, uniquement pour des Ă©lĂ©ments factuels qui n'ont pas Ă©tĂ© contredits par des historiens. Une biographie a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e par Jerzy Rawicz, The Every Day Kife ou a Mass Murderer, Dzien Powzedni Ludobojcy, Varsovie, 1973, mais cet ouvrage n'a pas pu ĂȘtre consultĂ© dans le cadre de cet article.
  4. Deux sƓurs selon Goldensohn[7].
  5. Ni Höss, ni Peter Longerich, ni Peter Padfield, auteurs de biographies de Heinrich Himmler ne mentionnent de rencontre entre les deux hommes à cette époque ; une telle rencontre est toutefois imaginée par Robert Merle dans son roman[25] et mentionnée par Heinz Höhne, sans référence précise, L'Ordre noir, p. 42.
  6. Si Pressac situe ce premier gazage entre le et la fin du mois[50], l'historienne Danuta Czech le date du . L'historien allemand Eberhard JĂ€ckel note que le premier rapport clandestin polonais sur un gazage de Russes Ă  Auschwitz date du et qu'un second rapport situe la date du gazage au 5 ou , Florent Brayard La solution finale de la question juive p. 551, note 166.
  7. Dans son autobiographie, Höss ne mentionne pas les accusations dont il a fait l'objet, mais présente son changement de fonction comme le résultat d'une proposition d'Oswald Pohl, qui lui aurait laissé le choix entre le commandement du camp de Sachsenhausen ou un poste au SSWHA[70].
  8. Cet épisode n'est pas mentionné dans son autobiographie.
  9. Pressac est le seul auteur à mentionner ces épisodes, qui ne sont cités dans aucun des autres ouvrages repris en bibliographie, ni dans Daniel Blatman, Les Marches de la mort, Paris, Fayard, 2009.
  10. Le récit de sa recherche et de son arrestation a été relaté par un descendant de l'un des officiers membres de la commission britannique d'investigation des crimes de guerre, Hanns Alexander[83].
  11. Lors de ses entretiens avec Leon Goldensohn, Höss déclare que c'est son fils qui a dévoilé son adresse[73].
  12. Les travaux les plus rĂ©cents tablent sur 1,1 million dont 900 000 juifs)[91]
  13. Voir l'extrait du jugement repris dans[94]
  14. L'extrait du jugement du Tribunal suprĂȘme de Pologne mentionne la date du 7 avril[99]
  15. Selon Annette Wieviorka, pendant des années, l'échafaud a été recouvert de fleurs par des mains inconnues, des touristes allemands selon les guides du musée[100]
  16. Voir notamment Auschwitz vu par les SS, Oswiecim, 1974, ou le témoignage de Franz Stangl recueilli par Gitta Sereny, Au fond des ténÚbres, Paris, 1975
  17. Sur le parallĂšle entre Höss et Stangl, vois aussi T. Todorov, Face Ă  l'extrĂȘme, p. 49.
  18. Höss affirme qu'il a discuté avec Adolf Eichmann de l'utilisation du gaz, ce qu'Arendt juge totalement improbable, cf., Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, p. 146-147.
  19. Jean-Claude Pressac est le seul auteur Ă  estimer le nombre des victimes Ă  800 000[140].

    Références

    1. « Rudolf Höss lived with his wife Hedwig and, at first, four children (a fifth was born in 1943)... », Sybille Steinbacher, Auschwitz: A History, Harper Perennial, 2013, 176 p. (ISBN 978-0060825829) [EPUB] emplacement 457 sur 2006.
    2. Rudolf Höss, Le commandant d'Auschwitz parle, p. 1 à 8
    3. Rees, p. 31.
    4. Goldensohn, p. 547.
    5. Höss, p. 43.
    6. Höss, p. 47.
    7. Gomdensohn, p. 385.
    8. Höss, p. 44.
    9. Goldensohn, p. 383.
    10. Höss, p. 45.
    11. Höss, p. 46-47.
    12. Gilbert, p. 262.
    13. Goldensohn, p. 525.
    14. Höss, p. 49.
    15. Höss, p. 50-55.
    16. Goldensohn, p. 368.
    17. Höss, p. 57-59.
    18. Rees, p. 34.
    19. Biographie de Bormann
    20. Höss, p. 59.
    21. Pressac, p. 10.
    22. Rees, p. 33.
    23. Höss, p. 77.
    24. Goldensohn, p. 526.
    25. Merle, p. 213-215.
    26. Goldensohn, p. 542.
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    28. Höss, p. 81.
    29. Pressac, p. 11.
    30. Rees, p. 35.
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    38. FriedlÀnder, p. 306.
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    56. Arno J. Mayer, La Solution finale dans l'histoire, 9. 408-409
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    71. Rees, p. 302.
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    73. Goldensohn, p. 523.
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    147. John C. Zimmerman, La fiabilité des mémoires de Höss
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    149. Jonathan Littell, Les Bienveillantes, éditions Gallimard, Paris, 2006, chapitre « Menuet en rondeaux »
    150. Jonathan Littell, Entretiens avec le Monde, Le Monde, 31 août 2006

    Voir aussi

    Mémoires et témoignages

    • G. M. Gilbert, Le Journal de Nuremberg, Paris, Flammarion, , 443 p.
    • Leon Goldensohn, Les entretiens de Nuremberg, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », , 792 p. (ISBN 978-2-08-122480-3).
    • Rudolf Höss, Le commandant d'Auschwitz parle, Paris, Juliard, , traduit de l'allemand par Constantin de Grunwald.
      Réédition par La Découverte, 1995, et en 2005 avec des notes actualisées par GeneviÚve Decrop (ISBN 978-2-7071-4499-7).

    Ouvrages historiques

    • David Cesarani (trad. de l'anglais), Adolf Eichmann, Paris, Tallandier, , 557 p. (ISBN 978-2-84734-484-4).
    • Saul FriedlĂ€nder (trad. de l'anglais), Les AnnĂ©es d'extermination. L’Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil, , 1028 p. (ISBN 978-2-02-020282-4).
    • Jean-Claude Pressac, Les CrĂ©matoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse., Paris, CNRS, (1re Ă©d. 1993), 154 p. (ISBN 978-2-271-06537-7).
    • Laurence Rees (trad. de l'anglais), Auschwitz. Les nazis et la « Solution finale », Paris, Albin Michel, coll. « Le livre de poche », , 475 p. (ISBN 978-2-253-12096-4).
    • Tzvetan Todorov, Face Ă  l'extrĂȘme, Paris, Seuil, coll. « Points. Essais », , 342 p. (ISBN 2-02-022222-1).
    • Annette Wieviorka, Auschwitz. La mĂ©moire d'un lieu., Paris, Hachette, coll. « Pluriel », , 286 p. (ISBN 978-2-01-279302-6).
    • Annette Wieviorka, Le procĂšs de Nuremberg, Paris, Liana Levi, coll. « Piccolo Histoire », , 313 p. (ISBN 2-86746-420-X).

    Romans

    Filmographie

    Articles connexes

    Liens externes

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