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Histoire de l'Empire byzantin

L‚Äôhistoire de l‚ÄôEmpire byzantin s‚Äô√©tend du IVe si√®cle √† 1453. En tant qu‚Äôh√©ritier de l‚ÄôEmpire romain, l‚ÄôEmpire romain d‚ÄôOrient, nomm√© ¬ę Empire byzantin ¬Ľ par J√©r√īme Wolf en 1557[1] - [2], puise ses origines dans la fondation m√™me de Rome. D√®s lors, le caract√®re pr√©dominant de l‚Äôhistoire byzantine est l‚Äôexceptionnelle long√©vit√© de cet empire pourtant confront√© √† d‚Äôinnombrables d√©fis tout au long de son existence, comme en t√©moigne le grand nombre de si√®ges que dut subir sa capitale, Constantinople. La cr√©ation de cette derni√®re par Constantin en 330 peut constituer un deuxi√®me point de d√©part √† l‚Äôhistoire de l‚ÄôEmpire byzantin avec la division d√©finitive de l‚ÄôEmpire romain en 395. En effet, l'emplacement de Constantinople au carrefour entre l'Orient et l'Occident contribua grandement √† l'immense richesse de l'Empire byzantin. Cette richesse coupl√©e √† son tr√®s grand prestige firent de lui un empire respect√© mais aussi tr√®s convoit√©. En outre, la richesse des sources historiques byzantines permet d'avoir un aper√ßu complet et d√©taill√© de l'histoire byzantine, bien que l‚Äôimpartialit√© des historiens, souvent proches du pouvoir, soit parfois contestable.

√Čvolution territoriale de l'Empire byzantin durant son histoire.

H√©ritier de la Rome antique, l‚ÄôEmpire byzantin d√©veloppa rapidement des caract√©ristiques qui lui furent propres. Georg Ostrogorsky d√©crit l'Empire byzantin comme ¬ę la synth√®se de la culture hell√©nistique et de la religion chr√©tienne avec la forme romaine de l'√Čtat ¬Ľ. Cette √©volution progressive d‚Äôun Empire romain √† un empire plus sp√©cifique se fit au cours du VIIe si√®cle apr√®s que l‚Äôempire eut avec des fortunes diverses essay√© de restaurer l'universalit√© de l'Empire romain, √† l'image de l‚ÄôŇďuvre de Justinien Ier.

Les conqu√™tes arabes de la Syrie, de l'√Čgypte et de l'Afrique du Nord associ√©es aux p√©n√©trations bulgares dans les Balkans et lombardes en Italie contraignirent l'Empire byzantin √† se refonder sur de nouvelles bases. L'historiographie moderne retient parfois cette transition comme le passage de la forme protobyzantine (ou pal√©obyzantine) de l'empire √† sa forme m√©sobyzantine. Cette derni√®re se prolongea jusqu'en 1204 et fut caract√©ris√©e dans un premier temps par la p√©riode iconoclaste qui vit s'affronter partisans et adversaires des images jusqu'au milieu du IXe si√®cle. Ce conflit interne emp√™cha l'empire de mener une politique ext√©rieure offensive mais les empereurs parvinrent tout de m√™me √† d√©fendre Constantinople contre les p√©rils ext√©rieurs, notamment arabes.

Le succ√®s des iconodoules et l'√©tablissement de la dynastie mac√©donienne en 867 firent entrer l'Empire byzantin dans sa p√©riode glorieuse, tant sur le plan culturel que territorial. Cette Ňďuvre fut √† son apog√©e lorsque Basile II vainquit les Bulgares et laissa l'empire plus √©tendu qu'il ne l'avait jamais √©t√© depuis H√©raclius. Toutefois, apr√®s sa mort en 1025, les conflits entre les noblesses civiles et militaires coupl√©s √† l'apparition de nouvelles menaces conduisirent l'empire au bord de la ruine. La d√©faite de Mantzikert contre les Seldjoukides en 1071 eut pour cons√©quence la perte de l'Asie mineure et l'arriv√©e au pouvoir des Comn√®ne en 1081. Ces derniers r√©ussirent √† r√©tablir la puissance byzantine sans pour autant r√©cup√©rer l'ensemble des territoires perdus, tandis que l'animosit√© entre les Byzantins et les Latins s'accrut progressivement avec l'apparition du ph√©nom√®ne des Croisades. Ces tensions aboutirent √† la prise de Constantinople lors de la quatri√®me croisade en 1204 et √† la division de l'empire entre territoires latins et grecs.

Si l'empire de Nicée parvint à reprendre Constantinople en 1261 et à rétablir l'Empire byzantin, les Paléologues ne purent faire face aux nombreux défis qu'ils rencontrèrent. Ruiné économiquement par les républiques italiennes, affaibli intérieurement par une aristocratie toute puissante et incapable de s'opposer à la pression ottomane, l'Empire byzantin finit par tomber en 1453 après un siècle et demi d'une lente agonie. Toutefois, ce déclin fut marqué par un profond renouveau culturel qui permit à l'influence byzantine de rayonner partout en Europe alors même que son territoire s'amenuisait irrémédiablement.

La naissance d'un empire

L'Empire romain à son apogée sous Trajan.

Rome fut d'abord gouvern√©e par des rois √©trusques qui domin√®rent l'Italie centrale avant l'instauration de la R√©publique romaine en . √Ä cette p√©riode de domination √©trusque succ√©da une √©poque pendant laquelle une douzaine de communaut√©s urbaines du Latium v√©curent de nombreuses ann√©es sur un pied d'√©galit√©. Apr√®s une guerre ind√©cise entre Rome et la Ligue latine (une coalition de ces communaut√©s urbaines), cette √©galit√© fut reconnue par le trait√© conclu entre Rome et ses voisins aux environs de Ce trait√© conf√©rait toutefois implicitement un statut privil√©gi√© √† Rome dont le port, Ostie, commen√ßa √† jouer le r√īle de base navale et commerciale au IIIe, puis au IIe si√®cle av. J.-C. L'expansion de l'influence romaine √† l'Italie centrale et m√©ridionale allait bient√īt cr√©er des heurts avec les colonies grecques √©tablies dans le sud de l'Italie et avec Carthage, d√©j√† install√©e en Sicile[3]. L'annexion de la Sicile au d√©but du IIe et l'obligation faite √† celle-ci d'envoyer des c√©r√©ales √† Rome devait marquer la naissance d'une politique colonisatrice permettant √† l'Empire romain de profiter de la richesse de ses conqu√™tes. Ce fut en m√™me temps le d√©but des guerres avec Carthage qui devaient se terminer par l'√©tablissement de Rome en Afrique (victoire de Zama en [4]) et la destruction de Carthage en

La deuxi√®me guerre punique termin√©e, Rome d√©clara la guerre √† la Mac√©doine, alli√©e de Carthage. C'est ainsi que Titus Flamininus devint le premier g√©n√©ral √† mener des arm√©es romaines en Gr√®ce et √† y cr√©er une sorte de protectorat ()[5]. Au nord de l'Italie, la pax romana s'√©tendit bient√īt au sud de la Gaule constitu√©e en province en , puis √† la r√©gion du Pont en Asie mineure o√Ļ le g√©n√©ral Pomp√©e vainquit le roi Mithridate VI ( / ), qui avait tent√© d'envahir la Gr√®ce et la Mac√©doine. De l√†, Pomp√©e annexa ce qui restait de l'Empire s√©leucide en Syrie[6] ainsi que la c√īte est de la M√©diterran√©e. Si Jules C√©sar s'int√©ressa √† la M√©diterran√©e apr√®s avoir vaincu les Gaulois, ce fut essentiellement en raison des difficult√©s qui l'oppos√®rent √† Pomp√©e et √† la n√©cessit√© d'assurer le ravitaillement en bl√© de Rome. Son successeur, Octave, mieux connu sous le nom de C√©sar Auguste, compl√©ta l'Ňďuvre de son p√®re adoptif et transforma la M√©diterran√©e en un v√©ritable ¬ę lac romain ¬Ľ. Ses arm√©es conquirent, √† l'ouest la p√©ninsule Ib√©rique, au nord la Suisse, la Bavi√®re, l'Autriche et la Slov√©nie d'aujourd'hui, √† l'est l'Albanie, la Croatie, la Hongrie et la Serbie, et √©tendirent au sud les fronti√®res de la province d'Afrique. En , l'Anatolie fut transform√©e en province romaine, alors qu'√† la mort du roi H√©rode le Grand en l'an , la Jud√©e fut annex√©e √† la province de Syrie. Par la suite, Trajan, le premier empereur √† ne pas √™tre n√© en Italie, √©tendit ces fronti√®res au-del√† de la M√©diterran√©e, vers l'Europe de l'Est et la M√©sopotamie, ouvrant ainsi l'acc√®s aux ports de la mer Noire[7].

Peu √† peu cependant, les cons√©quences de cet √©largissement se firent sentir. Sous Marc Aur√®le, les Marcomans vivant pr√®s du Danube se mirent √† traverser la fronti√®re (vers 166-167) sous la pression d'autres populations venant de l'Est[8]. Avec les ann√©es, cette pression ne fit que s'accro√ģtre. De plus, la plupart des empereurs qui se succ√©d√®rent aux IIe et IIIe si√®cles naquirent loin de Rome ; plusieurs d'entre eux, comme Decius (249-251) en Illyrie et en Pannonie, alors que Val√©rien (253-260) s'installa √† Antioche[9]. Rome ayant peu √† peu perdu son caract√®re de m√©tropole politique, militaire et √©conomique, le besoin d'une nouvelle capitale commen√ßa √† se faire sentir.

L‚Äô√©dit de Caracalla en 212 fit de tous les hommes libres de l‚ÄôEmpire romain des citoyens romains, sans distinction d‚Äôordre ou d‚Äôappartenance g√©ographique[10]. Jusque-l√†, seuls les habitants du Latium et plus tard de l‚ÄôItalie pouvaient pr√©tendre √† la citoyennet√© sans condition. √Ä cette date cependant, certaines provinces, comme la Gr√®ce ou l‚ÄôAfrique proconsulaire, √©taient plus avanc√©es que d‚Äôautres (telles l‚Äô√Čgypte, la Bretagne ou la Palestine, plus pauvres et plus √©loign√©es de Rome) dans le processus, d√©j√† largement commenc√©, de diffusion de la citoyennet√© romaine √† l‚Äôensemble de l‚ÄôEmpire.

L’Empire romain d’Orient (fin du IIIe siècle-518)

Origine

En instaurant la tétrarchie, Dioclétien est à l'origine du principe d'une division de l'Empire romain.

La division de l‚ÄôEmpire commen√ßa avec l‚Äôinstauration de la t√©trarchie (en latin : quadrumvirate), d√®s la fin du IIIe si√®cle, par l‚Äôempereur Diocl√©tien et ce afin de contr√īler plus efficacement le vaste empire romain. Ce dernier divisa l‚ÄôEmpire en deux, avec deux empereurs (les Augusti) r√©gnant depuis l‚ÄôItalie et la Gr√®ce, chacun ayant comme coempereur un coll√®gue plus jeune (un Caesar), destin√© √† lui succ√©der[11]. Apr√®s le volontaire renoncement au tr√īne de Diocl√©tien, le syst√®me t√©trarchique commen√ßa bient√īt √† s‚Äôenliser ; les rivalit√©s s‚Äôinstall√®rent entre Augustes et C√©sars et la r√©partition th√©orique des dignit√©s continua d‚Äôexister jusqu‚Äôen 324, date √† laquelle Constantin le Grand tua son dernier rival et resta seul empereur[12]. Comme pour l‚ÄôEmpire Romain, le manque de r√®gles de succession claires et respect√©es resta une donn√©e constante de l‚Äôempire byzantin.

Constantin donnant la ville au monde, vestibule sud de Sainte-Sophie.

Constantin prit alors la d√©cision essentielle ‚ÄĒ une des deux d√©cisions essentielles de son r√®gne, l‚Äôautre √©tant l‚Äôacceptation du christianisme ‚ÄĒ de fonder une nouvelle capitale ; il choisit Byzance[13]. Rome avait depuis longtemps cess√© d‚Äô√™tre la capitale politique effective de l‚ÄôEmpire : trop √©loign√©e des fronti√®res septentrionales en danger et des riches provinces orientales, elle n‚Äôavait plus eu d‚Äôempereur √† demeure depuis le milieu du IIIe si√®cle. Byzance √©tait quant √† elle bien plac√©e : √† la crois√©e de deux continents et de deux mers, √† l'une des extr√©mit√©s occidentales de la Route de la soie, ouverte aussi sur la Route des √Čpices menant √† l'Afrique et aux Indes, c‚Äô√©tait une tr√®s bonne base pour garder la fronti√®re danubienne absolument cruciale, et elle √©tait raisonnablement proche des fronti√®res orientales. Byzance √©prouva sa valeur en tant que forteresse en 324 pendant la bataille d'Andrinople, quand elle fut le centre de la derni√®re poche de r√©sistance dans la guerre men√©e par l'empereur Licinius contre Constantin et qu‚Äôelle r√©sista.

En 330, la Nova Roma fut officiellement fond√©e sur l‚Äôemplacement de Byzance. Cependant, la population appela commun√©ment la ville Constantinople (en grec : őöŌČőĹŌÉŌĄőĪőĹŌĄőĻőĹőŅŌćŌÄőŅőĽőĻŌā, Constantino√ļpolis, signifiant ¬ę la cit√© de Constantin ¬Ľ). La nouvelle capitale devint le centre de la nouvelle administration r√©form√©e par Constantin. Ce dernier retira les fonctions civiles du pr√©fet du pr√©toire pour les mettre entre les mains de pr√©fets r√©gionaux[14]. Au IVe si√®cle, quatre grandes pr√©fectures r√©gionales furent ainsi cr√©√©es. Constantin est g√©n√©ralement consid√©r√© comme le premier empereur chr√©tien[15] et, bien que l‚ÄôEmpire ne puisse pas encore √™tre qualifi√© de ¬ę byzantin ¬Ľ, le christianisme devint une caract√©ristique essentielle de l‚ÄôEmpire byzantin, contrairement √† l‚ÄôEmpire romain classique, √† l'origine polyth√©iste. L'empereur Constantin entreprit la construction de grands murs fortifi√©s qui sont sans doute l‚Äôouvrage le plus saisissant de la ville. Ces murs, qui furent √©tendus et reconstruits, combin√©s avec un port fortifi√© et une flotte, firent de Constantinople une place forte virtuellement imprenable et certainement la plus importante du haut Moyen √āge[16]. Constantin introduisit aussi une monnaie d‚Äôor stable, le solidus, qui devint la monnaie standard pour des si√®cles, et fut utilis√© bien au-del√† des fronti√®res de l'empire[17].

Un autre √©v√©nement essentiel dans l‚Äôhistoire de l‚Äôempire romain et byzantin fut la bataille d‚ÄôAndrinople en 378, dans laquelle l‚Äôempereur Valens fut tu√© et les meilleures des l√©gions romaines furent vaincues par les Wisigoths[18]. L‚ÄôEmpire romain fut √† nouveau divis√© par le successeur de Valens, Th√©odose Ier (surnomm√© ¬ę le Grand ¬Ľ) qui r√©gna sur les deux parties depuis 392 : suivant les principes dynastiques bien √©tablis par Constantin, en 395 Th√©odose donna les deux moiti√©s de l‚ÄôEmpire √† ses deux fils, Arcadius et Honorius ; Arcadius devint le dirigeant de la partie orientale, avec sa capitale √† Constantinople, et Honorius le dirigeant de la partie occidentale, avec Ravenne pour capitale. Th√©odose fut le dernier empereur dont l‚Äôautorit√© couvrait enti√®rement les √©tendues traditionnelles de l‚ÄôEmpire romain[19].

L'ère des invasions

La fin de l'Empire romain d'Occident

Les grandes invasions eurent lieu à un moment de grande faiblesse tant pour l'Empire romain d'Occident que pour l'Empire romain d'Orient. Il devait en résulter, à l'Ouest la disparition de l'Empire romain d'Occident et son remplacement par des royaumes germaniques, alors qu'à l'Est les empereurs parvinrent à acheter la paix et à assurer ainsi la survie de l'empire. Dans l'un et l'autre cas, on assista à la transformation des grandes traditions politiques, économiques et culturelles qui avaient assuré l'unité de l'empire[20].

Rome r√©ussit tant bien que mal √† faire face aux invasions de ces diverses tribus tant et aussi longtemps que celles-ci constitu√®rent de petits groupes isol√©s. Mais lorsque ceux-ci commenc√®rent √† cr√©er des coalitions sous la conduite de chefs puissants comme Alaric Ier, les arm√©es romaines qui comptaient d√©j√† nombre de barbares dans leurs rangs ne furent plus en mesure de r√©sister[21]. C'est ainsi que les Vandales et les Alains se virent reconna√ģtre le droit de s'installer en Afrique du Nord en 442 sous la conduite de leur chef, Gens√©ric[22]. De la m√™me fa√ßon, les Francs fond√®rent divers petits royaumes en Gaule jusqu'√† ce que l'un des leurs, Clovis, parvienne √† assurer leur unit√© et soit reconnu par l'empereur de Constantinople comme consul et chef d'un territoire dont les limites correspondaient √† peu pr√®s √† la France d'aujourd'hui[23].

Les grandes invasions du IVe au Ve siècle (voir sa chronologie associée).

Or, la plupart des chefs francs, d√©j√† convertis au christianisme, appartenaient √† l'h√©r√©sie arienne[24]. Clovis, sous l'influence de sa femme, fut l'un des rares qui, lorsqu'il se convertit au christianisme, adopta sa forme catholique plut√īt qu'arienne. Par ailleurs, les barbares, √† tout le moins ceux de la premi√®re vague, manifest√®rent un grand respect pour Rome et ses traditions. Athaulf, le beau-fr√®re du c√©l√®bre Alaric, dit ainsi : ¬ę J'esp√®re passer √† la post√©rit√© comme le restaurateur de Rome, puisqu'il m'est impossible de la supplanter ¬Ľ[25]. Les Wisigoths, apr√®s avoir conquis l'Italie, maintinrent en effet l'empereur romain comme chef honoraire de l'√Čtat jusqu'√† ce qu'Odoacre d√©pose le jeune Romulus Augustule en 476 et renvoie les insignes du pouvoir imp√©rial √† Constantinople, mettant ainsi fin au syst√®me de la double monarchie. D√©sireux de maintenir l'unit√© du moins th√©orique de l'empire, les empereurs affect√®rent de consid√©rer ces peuples comme des foederati ou peuples f√©d√©r√©s alli√©s de Rome et leurs chefs comme des g√©n√©raux de l'empire. Odoacre lui-m√™me fut reconnu comme patrice par l'empereur Z√©non alors que Clovis fut fait consul[26]. Du reste, aussit√īt que ces peuples se s√©dentaris√®rent et durent r√©gir leurs communaut√©s par des lois, ils durent le faire en latin puisque leur propre langage ne connaissait pas l'√©criture. Les structures qu'ils donn√®rent √† leur administration reprirent les structures romaines avec des titres comme questores palatii ou domestici. Leurs lois se model√®rent souvent sur les lois romaines et permirent ainsi au droit romain de survivre en Occident[27].

La survie de l'Empire romain d'Orient

Théodose II parvint à faire partir Attila en lui versant un lourd tribut. Pour la première fois, l'Empire byzantin utilisa ses richesses pour parer aux menaces pesant à ses frontières. Cette pratique devint une constante de la diplomatie byzantine.

√Ä l'Est, l'Empire romain d'Orient dut √©galement faire face aux migrations de nombreux peuples venus d'Asie et d'Europe du Nord. Toutefois, la partie orientale de l'empire n'avait pas connu l'exode qui avait d√©peupl√© les villes de la partie occidentale et sa prosp√©rit√© √©conomique lui permit d'acheter la paix. Th√©odose II (401-450) fortifia les murailles de Constantinople qui r√©sista √† tous les assauts jusqu'en 1204. Pour √©viter que l'Orient ne soit envahi par les hordes d'Attila comme l'Occident, Th√©odose se r√©solut √† verser un lourd tribut aux Huns et √† encourager les marchands de Constantinople √† commercer avec les envahisseurs. Ce commerce devait s'av√©rer fort lucratif et continuer apr√®s qu'Attila eut tourn√© ses ambitions vers l'Ouest. Bient√īt, on retrouva m√™me des groupes de Huns servant comme mercenaires dans l'arm√©e byzantine[28].

L'Empire romain d'Orient en l'an 400.

Administrateur prudent, son successeur, Marcien (392-457), refusa de continuer √† verser tribut et d√©tourna plut√īt l'attention d'Attila vers l'Ouest. Apr√®s la mort de ce dernier, les g√©n√©raux de l'arm√©e imp√©riale r√©ussirent √† d√©faire les troupes de Huns qui restaient et √† relocaliser certains peuples conquis par ceux-ci sur la fronti√®re nord de l'empire[29]. Les Huns n'√©taient toutefois pas les seuls sujets de pr√©occupation. Au Ve si√®cle, les Goths et les Alains s'√©taient d√©j√† √©tablis dans l'empire, en Thrace. Leur influence √©tait telle que l'un de leurs chefs, Aspar[30], qui avait rang de magister militium et de patricien, r√©ussit √† faire √©lire l'un de ses prot√©g√©s, sous-officier commandant la garnison de Selymbria, comme empereur pour succ√©der √† Marcien en 457. L√©on Ier (400-474) fut le premier empereur √† recevoir la couronne imp√©riale non pas des mains des g√©n√©raux mais du patriarche, coutume qui allait se perp√©tuer jusqu'√† la fin de l'empire contribuant ainsi au caract√®re sacr√© de tout ce qui touchait l'empereur. Mais si Aspar r√©ussit √† vaincre les Huns en 468, L√©on √©choua dans sa tentative de reprendre l'Afrique du Nord la m√™me ann√©e. Sans doute jaloux des succ√®s d'Aspar, L√©on le fit assassiner en 471, recevant ainsi le surnom de ¬ę boucher ¬Ľ[31]. Ce geste affaiblit les Alains sans mettre un terme √† leur pouvoir puisqu'en 478, leur chef, Theodoric, dont le surnom √©tait Strabo (¬ę celui qui louche ¬Ľ) r√©ussit √† se faire payer la solde et les rations des 13 000 hommes de son arm√©e.

Pour se lib√©rer de la tutelle des Alains, L√©on Ier s'√©tait alli√© au commandant du r√©giment des Isauriens de Constantinople, Tarassis qui prit plus tard le nom de Z√©non[32]. En 466, pour renforcer l'alliance avec les Isauriens, L√©on donna sa fille en mariage √† celui-ci. Lorsque L√©on mourut en 474, Z√©non (?-491) acc√©da au tr√īne avec le fils de L√©on, L√©on II, lequel d√©c√©da la m√™me ann√©e, laissant Z√©non seul empereur r√©gnant aussi bien en Orient qu'en Occident puisque Odoacre lui avait renvoy√© les insignes imp√©riaux apr√®s la destitution de Romulus Augustulus. Il s'allia √† certains chefs barbares comme Th√©odoric pour tenter de reconqu√©rir l'Italie et en combattit d'autres comme Gens√©ric avec qui il n√©gocia la paix en Afrique du Nord. D√©pos√© en 475, puis revenu sur le tr√īne vingt mois plus tard, il mourut en 491. Sa veuve, Adriadna (ou Ariane), choisit alors un modeste d√©curion, Anastase (430-518)[33], pour lui succ√©der. Apr√®s avoir r√©prim√© l'influence des Isauriens tant √† Constantinople qu'en Isaurie, Anastase dut intervenir militairement √† l'Est contre les Sassanides. Face au refus d'Anastase de lui fournir une aide financi√®re pour r√©gler ses dettes[34], le Chah de Perse Kavadh Ier a en effet d√©clench√© les hostilit√©s en 502 et s'est empar√© de la ville fortifi√©e d'Amida[35]. C'est la guerre d'Anastase (502-506), la premi√®re guerre d'une longue s√©rie de conflits destructeurs entre les deux puissances. En parall√®le, Anastase dut faire face √† la fois aux tentatives d'invasion des Bulgares qu'il contra par la construction de la longue muraille de Thrace (503-504) et aux pr√©tentions de Th√©odoric que Z√©non avait envoy√© en Italie o√Ļ, apr√®s avoir conquis des territoires correspondant √† peu pr√®s au tiers de l'ancien empire d'Occident, il pr√©tendait au titre d'augustus, se faisant pratiquement l'√©gal de l'empereur de Constantinople[36]. Excellent administrateur, Anastase r√©forma le syst√®me mon√©taire de Constantin en d√©finissant de mani√®re d√©finitive le poids du follis de cuivre, la pi√®ce utilis√©e pour les transactions quotidiennes. En cr√©ant la ¬ę comitiva sacri patrimonii ¬Ľ, il transf√©ra une partie de la propri√©t√© de l'√Čtat √† son domaine priv√©. Mais son administration frugale permit au Tr√©sor imp√©rial de se reconstituer, si bien qu'√† sa mort il contenait 320 000 livres d'or malgr√© les activit√©s de fortification on√©reuses d√©ploy√©es pour prot√©ger les fronti√®res.

Son successeur, Justin Ier (450-527)[37] naquit dans une humble famille paysanne de Bederiana en Dardanie (Mac√©doine). Apr√®s s'√™tre enr√īl√© dans l'arm√©e, il combattit les Isauriens et les Perses et contribua √† r√©primer la r√©volte de Vitalien. Si son pr√©d√©cesseur, Anastase, avait √©t√© partisan du monophysisme, Justin revint √† l'orthodoxie religieuse et fit bon accueil au pape Jean Ier qui visita Constantinople. Toutefois ses tentatives pour affirmer son autorit√© politique √† l'Ouest conduisirent √† des frictions avec le roi ostrogoth Th√©odoric. √Ä l'Est, Justin chercha √† maintenir des relations cordiales avec l'empire perse tout en l'encerclant d'alli√©s de Constantinople comme les Cartv√®les, les Albains, les Arabes et les √Čthiopiens. Cette politique ne fut pas toujours couronn√©e de succ√®s et la guerre qu'il mena contre les Perses en 526 tourna √† son d√©savantage[38].

L'Empire romain d'Orient à son apogée territorial sous Justinien en 550.

L'Empire romain universel (527 - début du VIIIe siècle)

Jusqu'√† l'av√®nement d'H√©raclius en 610, l'Empire romain d'Orient est la continuation directe de l'Empire romain qu'il tente de reconstituer, guid√© dans cette politique par la volont√© de retrouver son imperium (¬ę emprise, contr√īle, souverainet√© ¬Ľ) sur l‚ÄôOrbis romana (¬ę monde romain ¬Ľ). Toutefois, le fait que l'Empire romain d'Orient r√®gne principalement sur des r√©gions o√Ļ c'est le grec qui sert de langue commune et qui sont profond√©ment christianis√©es, en fait un √Čtat original combinant structure romaine de l'√Čtat, culture hell√©nique et foi chr√©tienne[39]. Cette √©volution s'accentue apr√®s la perte des territoires orientaux (Syrie, √Čgypte‚Ķ) conquis d'abord par les Perses, puis par les Arabes d√©sormais musulmans √† partir du milieu du VIIe si√®cle. Les empereurs tentent alors de refondre l'empire sur de nouvelles bases.

Le règne de Justinien

Tout comme son oncle Justin Ier, Justinien (482-565) naquit dans une famille paysanne de Bederiana. Justin l'adopta et l'associa au pouvoir dès son avènement avant d'en faire le coempereur, le [40], peu avant sa mort. De là vient peut-être que Justinien fut presque constamment en lutte contre l'aristocratie et s'entoura de personnes n'appartenant pas aux hautes classes de la société comme sa femme Théodora, ancienne actrice, les généraux Bélisaire et Narsès, ou les hauts-fonctionnaires comme Jean de Cappadoce et Tribonien[41]. Son rêve fut de recréer un empire unifié autour de la Méditerranée, doté d'un système juridique moderne et d'une foi unique[42].

L'Ňďuvre militaire de Justinien

Justinien voulut d'abord reconqu√©rir les anciens territoires de l'Empire d'Occident[43]. Dans ce but, il rappela √† l'automne 531 le g√©n√©ral en chef des arm√©es d'Orient, B√©lisaire, √† qui il confia la t√Ęche de reconqu√©rir l'Afrique du Nord[44]. En moins d'une ann√©e, B√©lisaire, avec une arm√©e d'√† peine 18 000 hommes, parvint √† d√©faire G√©limer, le roi des Vandales, d'abord √† la bataille de l'Ad Decimum puis de Tricam√©ron, et s'empara de Carthage. Il rentra ensuite √† Constantinople en 534 avec les honneurs du triomphe.

Mosa√Įque repr√©sentant Justinien et sa cour, basilique Saint-Vital de Ravenne.
La Bataille du V√©suve (552) permet √† l'Empire de vaincre les Ostrogoths et de reprendre le contr√īle de l'Italie.

L'ann√©e suivante, commen√ßa la campagne pour reconqu√©rir l'Italie, laquelle, comme la c√īte dalmate, √©tait aux mains des Ostrogoths. Apr√®s s'√™tre rapidement empar√© de la Sicile et de Naples, B√©lisaire dut mettre le si√®ge devant la ville de Rome dont le pape lui ouvrit les portes en d√©cembre 536. Toutefois, les Goths, apr√®s avoir d√©pos√© le roi Th√©odat et l'avoir remplac√© par le g√©n√©ral Vitig√®s, se regroup√®rent et parvinrent √† leur tour √† assi√©ger Rome pendant une ann√©e[45]. Gr√Ęce √† des renforts conduits par le g√©n√©ral Nars√®s, B√©lisaire put quitter Rome et reprendre sa marche vers Milan avant de se diriger vers Ravenne, la capitale des Goths, qu'il prit en mai 540, emmenant le roi Vitig√®s prisonnier √† Constantinople. Apr√®s le d√©part de B√©lisaire, les Goths se regroup√®rent √† nouveau sous la conduite cette fois de Totila, et arriv√®rent bient√īt aux portes de Rome. Justinien, qui avait commenc√© √† perdre confiance en B√©lisaire, fut forc√© de le renvoyer en Italie o√Ļ celui-ci r√©ussit √† reprendre Rome en avril 547. Toutefois, en raison de la situation pr√©caire √† l'Est, il fut de nouveau rappel√© √† Constantinople. Apr√®s que Totila eut r√©ussi une seconde fois √† se rendre ma√ģtre de Rome, ce ne fut pas B√©lisaire mais Nars√®s qui fut d√©p√™ch√© en Italie en 551. Celui-ci, amplement pourvu en hommes et en fonds, parvint rapidement √† se rendre ma√ģtre de la situation gr√Ęce √† la victoire d√©cisive remport√©e √† Busta Gallorum o√Ļ Totila fut tu√©[46]. Nars√®s put alors se diriger vers le nord et s'emparer de V√©rone, le dernier bastion goth, en juillet 561. Pendant ce temps, Justinien s'√©tait tourn√© vers l'Espagne, toujours aux mains des Wisigoths. Saisissant l'occasion que lui offraient des guerres intestines entre familles rivales, Justinien envoya ses troupes s'emparer des territoires situ√©s dans l'angle sud-est de la p√©ninsule ib√©rique. L'Italie, la plus grande partie de l'Afrique du Nord, une partie de l'Espagne ainsi que les √ģles de la M√©diterran√©e d√©pendaient √† nouveau de l'empereur romain √† Constantinople. La M√©diterran√©e √©tait redevenue un ¬ę lac romain ¬Ľ[47].

Si Justinien avait men√© une politique militaire offensive √† l'Ouest, il dut pendant des ann√©es mener une politique d√©fensive √† l'Est o√Ļ le roi Khosro Ier (531-579) s'√©tait d√©j√† empar√© de plusieurs villes pour √©tendre l'empire perse. Une premi√®re guerre, dite guerre d'Ib√©rie, se termina par la ¬ę paix √©ternelle ¬Ľ de 532, au terme de laquelle les Romains gardaient le contr√īle de la Lazique (rive orientale de la mer Noire dans la G√©orgie d'aujourd'hui), coupant ainsi l'acc√®s des Perses √† la mer Noire, mais acceptant de verser √† ceux-ci la somme de 11 000 solidi d'or par an[48]. La paix devait durer huit ans, jusqu'√† ce que Khosro envahisse la M√©sopotamie romaine, s'empare d'Antioche et reprenne la Lazique l'ann√©e suivante. S'ensuivit une longue guerre larv√©e pendant laquelle Khosro s'empara de plusieurs places fortes pour les abandonner aussi rapidement apr√®s versement de tributs. Un trait√© fut sign√© en 545, d'une dur√©e de cinq ans. Justinien s'engageait √† payer un tribut de 400 solidi d'or par an[49]. En 556, un nouvel accord fut sign√© √† Daras, cette fois pour une dur√©e de cinquante ans ; il redonnait la Lazique √† Constantinople en retour d'une somme de 30 000 solidi d'or[50].

L'Empire byzantin en 527 (orange foncé) et les conquêtes de Justinien (orange clair).

Pendant qu'il menait la guerre contre les Perses, Justinien dut aussi prot√©ger la fronti√®re nord de l'empire contre les Bulgares de la mer Noire. En 514, ceux-ci, accompagn√©s d'Avars et de Slaves, franchirent le limes du Danube et pill√®rent les Balkans, atteignant l'isthme de Corinthe, pendant qu'une deuxi√®me mena√ßait la p√©ninsule de Gallipoli et qu'une troisi√®me marchait sur Constantinople m√™me[51]. √Ä peine celle-ci s'√©tait-elle retir√©e qu'une nouvelle invasion slave conduite par les Bulgares permit √† ceux-ci de s'avancer jusqu'√† une quarantaine de kilom√®tres de Constantinople. Mais, incapables de franchir les murailles √©difi√©es par Anastase, ils se tourn√®rent vers Rhodope √† l'ouest, br√Ľlant et d√©truisant tout sur leur passage. Une autre colonne slave se dirigea vers Naissos mais fut arr√™t√©e par Germanus en route pour l'Italie. En 551, ce fut au tour des Koutrigoures, un peuple turcophone proche des Avars et des Bulgares, de passer le Danube pr√®s de Belgrade et d'avancer jusqu'√† Philippopolis en Thrace. Incapable de faire revenir ses meilleures troupes d'Italie, Justinien d√©p√™cha une ambassade aux Outrigoures, autres turcophones install√©s entre le Don et la Volga, et moyennant finances, les invita √† attaquer les Koutrigoures, lesquels durent repasser le limes. Les deux tribus continu√®rent √† se harceler jusqu'√† ce qu'elles fassent la paix et d√©cident d'un commun accord en 559 d'envahir la Thrace. Une colonne parvint m√™me √† la rivi√®re Athyras √† une vingtaine de kilom√®tres de Constantinople. Justinien dut faire appel une nouvelle fois √† B√©lisaire qui parvint √† attirer le chef des Koutrigoures, Zabergan, dans une embuscade et √† le battre lors de la bataille de M√©lantias[52]. Les Koutrigoures durent demander la paix et, moyennant la promesse de subsides, retourn√®rent dans leurs foyers.

L'Ňďuvre juridique de Justinien

Comme il s'√©tait appuy√© sur les brillants g√©n√©raux B√©lisaire et Nars√®s dans la conduite de ses guerres, Justinien s'appuya sur un juriste de g√©nie, Tribonien[53], dans ce qui reste l'une des Ňďuvres majeures de son temps, la r√©forme du droit. Cette r√©forme √©tait contenue dans quatre ouvrages principaux, le Codex Justinianus, les Digestes, les Institutes et les Novelles, rassembl√©s dans le Corpus juris civilis[54].

Le Codex fut achev√© en moins d'une ann√©e (du au ). Il ne s'agissait pas d'une simple compilation des constitutions imp√©riales en vigueur depuis le temps d'Hadrien. Les r√©p√©titions et contradictions √©taient retir√©es ; divers d√©crets touchant un m√™me sujet furent r√©unis en un seul ; certains d√©crets furent abrog√©s, d'autres explicit√©s ; le langage fut simplifi√©. √Ä partir de ce jour, seules demeuraient valides les promulgations imp√©riales contenues dans ce codex. L'ann√©e suivante (en 530), les r√©dacteurs s'attaqu√®rent aux Digestes qui r√©sumaient quelque deux mille livres √©crits par vingt-neuf auteurs √† qui les empereurs des si√®cles pass√©s avaient demand√© d'interpr√©ter le droit. Le , on pr√©senta le nouveau recueil qui condensait en cent-cinquante lignes quelque trois millions de lignes √©crites au cours des si√®cles. La t√Ęche suivante √©tait de s'assurer que les juristes puissent utiliser ces nouveaux instruments. Ce nouveau manuel, les Institutes, fut publi√© presque en m√™me temps que les Digestes, en novembre 533 ; il devait demeurer en vigueur dans plusieurs pays europ√©ens jusqu'au vingti√®me si√®cle[55]. Si les trois premiers recueils furent publi√©s en latin, les Novelles, o√Ļ furent rassembl√©es les ordonnances promulgu√©es apr√®s la parution du Codex, le furent en grec.

√Ä plusieurs √©gards, il s'agissait d'une Ňďuvre novatrice, r√©glant la vie de l'√Čtat, celle de ses citoyens, de leurs familles et les relations entre les citoyens eux-m√™mes. L'ancien droit romain fut mis en accord avec les principes de la morale chr√©tienne et du droit coutumier de l'Orient hell√©nis√©. De plus, les canons ou lois des cinq premiers conciles de l'√Čglise recevaient force de loi[56].

L'Ňďuvre religieuse de Justinien

Pas plus que les hommes de son temps, Justinien ne pouvait concevoir de s√©paration entre l'√Čglise et l'√Čtat. Il gouverna donc aussi bien l'une que l'autre √† une √©poque o√Ļ questions politiques et th√©ologiques ne pouvaient √™tre dissoci√©es.

Le monophysisme √©tait un mouvement religieux n√© au d√©but du Ve si√®cle en r√©action au nestorianisme. Selon les tenants de cette doctrine, la nature divine du Christ prenait le pas sur sa nature humaine. Cette doctrine s'√©tait rapidement propag√©e dans l'empire o√Ļ l'√Čgypte, la Syrie et la Palestine avaient adh√©r√© rapidement √† l'h√©r√©sie. L'√Čgypte occupait une position √©conomique importante mais non strat√©gique dans l'empire. Pourvu qu'elle fournisse le bl√© dont avait besoin la capitale, les croyances religieuses de ses habitants importaient peu. Il n'en allait pas de m√™me de la Syrie, laquelle longeant la fronti√®re avec la Perse, occupait une position strat√©gique importante. √Ä l'Ouest, le monde romain (o√Ļ la papaut√© jouait un r√īle de plus en plus important face aux conqu√©rants barbares en majorit√© ariens) √©tait partisan du concile de Chalc√©doine qui avait promulgu√© la doctrine de la s√©paration des deux natures en J√©sus-Christ. Tenter de plaire √† l'un √©quivalait automatiquement √† s‚Äôali√©ner l'autre[57].

Dans les premi√®res ann√©es de son r√®gne, Justinien adopta une politique strictement orthodoxe alors que son √©pouse, Th√©odora, ne cachait pas ses sympathies pour le monophysisme[58]. Or, celui-ci gagnait en importance √† l'Est alors m√™me que les arm√©es imp√©riales √©taient en mauvaise posture en Italie. Le dilemme qui se posait donc √† Justinien au d√©but des ann√©es 540 √©tait de savoir comment se r√©concilier les monophysites √† l'Est sans s'ali√©ner les chalc√©doniens √† l'Ouest. Il tenta d'abord de se faire un alli√© du pape Vigile dans sa lutte contre Totila, puis d√©cida de faire arr√™ter le pape et de le mener en captivit√©, en Sicile d'abord, puis √† Constantinople ensuite pour obtenir de lui une condamnation des Trois Chapitres (les √©crits de trois th√©ologiens suspects de tendances nestoriennes). Pendant plusieurs ann√©es, le pape et l'empereur jou√®rent au chat et √† la souris jusqu'√† ce que Justinien publie lui-m√™me un trait√© th√©ologique sous forme d'√©dit imp√©rial condamnant les Trois chapitres. Cette intervention eut pour effet de donner l'avantage √† Totila, la population italienne voyant de plus grandes chances d'ind√©pendance sous les Goths que sous la tutelle de Constantinople. La querelle entre le pape et l'empereur s'envenima jusqu'√† ce que ce dernier envoie B√©lisaire arr√™ter le pape dans l'√©glise o√Ļ il s'√©tait r√©fugi√©. Apr√®s une p√©riode d'accalmie, Justinien d√©cida en 553 de convoquer un concile, le cinqui√®me de l'√Čglise, pour r√©gler la question. √Ä ce moment, Nars√®s s'√©tait assur√© de la victoire en Italie et le royaume des Goths √©tait pratiquement annihil√©. Justinien utilisa tout son pouvoir pour faire c√©der les √©v√™ques r√©unis et, finalement, le pape lui-m√™me capitula puis, en f√©vrier 555, il condamna formellement les Trois chapitres. La partie n'√©tait toutefois pas gagn√©e puisque, √† l'Est, les monophysites d'√Čgypte et de Syrie se sentirent encore plus isol√©s ce qui fragilisa sensiblement l'empire[59].

Justinien le b√Ętisseur

La Basilique Sainte-Sophie est l'Ňďuvre la plus remarquable construite lors du r√®gne de Justinien.

Les guerres √† l'Ouest et les paiements annuels servant √† assurer la paix √† l'Est vinrent rapidement √† bout des r√©serves accumul√©es par Anastase. D'autant plus que Justinien, de caract√®re ostentatoire, voulait montrer √† ses sujets que son r√®gne inaugurait une √®re nouvelle. Pour mettre un terme √† l'√©vasion fiscale d'une part, pour obtenir de nouvelles sources de revenus d'autre part, Justinien nomma Jean de Cappadoce comme pr√©fet du pr√©toire. Ce dernier se mit √† l‚ÄôŇďuvre avec un tel z√®le qu'en quelques mois √† peine, il r√©ussit √† unir la population contre lui, en particulier les deux factions qui assuraient les courses de chevaux dans l'hippodrome, les Bleus et les Verts. En janvier 532, en plein cŇďur de l'hiver, une manifestation √† l'hippodrome d√©g√©n√©ra en √©meute, puis en r√©volte ouverte. Au cri de ¬ę Nika ¬Ľ (¬ę Qu'il vainque ! ¬Ľ), la foule prise de folie se mit √† d√©truire les √©glises et √† saccager les √©difices publics. Justinien fut sur le point d‚Äôabandonner et de s'enfuir mais, √† la suite des exhortations de son √©pouse Th√©odora, il envoya B√©lisaire et Nars√®s √©touffer la r√©volte qui s'acheva dans un bain de sang o√Ļ p√©rirent 30 000 personnes[60].

L'une des √©glises ras√©es √©tait celle de la Sainte Sagesse ou ¬ę Hagia Sophia ¬Ľ. √Črig√©e sous Constantin, elle √©tait le symbole de la place de l'empire dans l'ordre divin de la cr√©ation. Justinien d√©cida qu'une nouvelle construction devait √™tre √©rig√©e qui surpasserait tout ce que l'on avait vu jusqu'alors et proclamerait sa gloire. Plut√īt que d'employer des architectes-constructeurs comme c'√©tait la coutume, il fit appel √† un ing√©nieur et √† un math√©maticien, Anth√©mius de Tralles et Isidore de Milet. Cette nouvelle merveille co√Ľta plus de 23 millions de solidi et put √™tre consacr√©e √† la fin de l'ann√©e 537. Lors de sa derni√®re inspection, Justinien, apr√®s √™tre demeur√© muet plusieurs minutes, se serait exclam√© : ¬ę Salomon, je t'ai surpass√© ! ¬Ľ[61].

Justinien ne b√Ętit pas moins de trente √©glises √† Constantinople, en plus des √©glises et des palais qu'il fit construire un peu partout dans l'empire. Pour assurer la s√©curit√© de l'empire, Justinien fit aussi construire sur les fronti√®res d'Europe comme d'Asie un puissant r√©seau de fortifications. Pour pr√©venir les invasions dans les Balkans, une ceinture de fortifications vint bient√īt doubler celle qui s'√©talait le long du Danube[47].

L'Ňďuvre √©conomique de Justinien

Une fois reconquise, la M√©diterran√©e occidentale ne reprit pas l'importance √©conomique dont elle avait joui sous les premiers empereurs. Le commerce de Constantinople √©tait maintenant tourn√© vers l'Orient, notamment vers l'Inde, l'Indon√©sie, Ceylan et la Chine d'o√Ļ Constantinople importait les √©pices, en particulier le poivre, n√©cessaires pour rehausser (ou masquer) le go√Ľt des aliments et la soie qui entrait dans la fabrication des v√™tements de luxe port√©s par les hauts dignitaires de l'empire ou offerts aux dignitaires √©trangers. Mais l'Empire perse pouvait √† son gr√© entraver ce commerce qui transitait obligatoirement par le golfe Persique pour celui qui provenait de l'Inde et de l'Indon√©sie ou en traversant l'Empire perse par voie de terre pour la Chine. En temps de paix, les interm√©diaires perses prenaient un pourcentage sur les marchandises ce qui en faisait monter le prix, alors qu'en temps de guerre les Sassanides bloquaient simplement les arrivages de soie, r√©duisant ainsi au ch√īmage les ateliers de transformation de Beyrouth et de Tyr[62].

Justinien tenta dans un premier temps de circonvenir le probl√®me dans le cas de la Chine en se servant d'une route d√©tourn√©e passant par la Crim√©e et le Caucase (d'o√Ļ l'importance de la Lazique pour Constantinople). Une nouvelle solution se pr√©senta en 552 lorsque des moines, probablement nestoriens, inform√®rent l'empereur qu'ils pourraient se procurer √† Soghdhiana (Ouzb√©kistan) alors sous contr√īle chinois, des Ňďufs de vers √† soie, permettant ainsi √† l'empire de lancer sa propre industrie. L'empereur accepta de les aider et, effectivement, ceux-ci revinrent une ou deux ann√©es plus tard avec des vers √† soie et une connaissance suffisante des techniques de transformation pour lancer la production. Celle-ci ne fut jamais suffisante pour remplacer les importations de Chine, mais parvint au moins √† r√©duire le pouvoir de marchandage des Perses tout en ouvrant une nouvelle route par le nord de la mer Caspienne vers les ports byzantins de la mer Noire[63].

Les successeurs de Justinien

L'Empire byzantin en 600.

L'Ňďuvre de Justinien ne surv√©cut pas longtemps √† celui-ci car il laissa un empire ruin√©[64]. En outre, ses conqu√™tes territoriales √©taient dispers√©es sur le pourtour m√©diterran√©en tandis que les fronti√®res danubiennes et orientales de l'empire furent d√©laiss√©es ; c'√©tait pourtant dans ces r√©gions que pesaient les principales menaces sur la survie de l'empire. Peu apr√®s la mort de Justinien, les Lombards, une ancienne tribu de foederati, envahit l'Italie en 568 et conquit les deux tiers du territoire. En Espagne, les Wisigoths conquirent Cordoue, la principale cit√© byzantine, en 584, et bient√īt toute l'Espagne fut perdue. Les premiers turcophones arriv√®rent en Crim√©e et, en 577, une horde de 100 000 Slaves envahit la Thrace et l'Illyrie. Sirmium (actuelle Sremska Mitrovica), la cit√© byzantine la plus importante sur le Danube, fut perdue en 582[65].

Avec la perte des conqu√™tes occidentales de Justinien, le centre de gravit√© de l'empire revint en Orient. Rompant le trait√© que Justinien avait conclu avec l'empire sassanide, son neveu et successeur, Justin II (vers 520-578) refusa de payer le tribut √©chu[66]. Il s'ensuivit une longue guerre qui ne s'acheva que lorsque l'empereur Maurice (539-602) r√©ussit √† signer un trait√© (en 591) avec le jeune empereur Khosro II qui donnait √† Constantinople une grande partie de l'Arm√©nie perse o√Ļ se recrutaient quantit√© de mercenaires de l'arm√©e imp√©riale. Si Maurice parvint √† sauver certaines possessions occidentales en cr√©ant les exarchats de Ravenne et de Carthage, il dut faire face aux invasions des slaves dans les Balkans, lesquels ne se contentaient plus d'incursions pour piller le territoire, mais commen√ßaient √† s'installer √† demeure avant de former, des d√©cennies plus tard, leurs propres royaumes[67].

Commenc√©e en 592, cette guerre d'usure continua jusqu'en 602, lorsque la r√©volte √©clata dans l'arm√©e et qu'un officier subalterne, Phocas (547-610), marcha sur Constantinople et renversa Maurice qu'il fit ex√©cuter avec ses enfants[68]. Saisissant l'occasion, Khosro II s'empara de la province de M√©sopotamie pendant que les Avars et les Slaves se r√©pandirent dans les Balkans. Aux VIIe et IXe si√®cles, les Slaves ne cess√®rent de multiplier les ¬ę sklavinies ¬Ľ (en grec : ŌÉőļőĽőĪő≤őĻőĹőĮőĪőĻ, en latin : Sclaviniae, c'est-√†-dire les ¬ę communaut√©s rurales ¬Ľ slaves) entre les ¬ę valachies ¬Ľ des Balkans (en grec : ő≤őĪőĽőĪŌáőĮőĪőĻ, en latin : Valachiae, ou ¬ę communaut√©s rurales ¬Ľ romanophones), au point d'y devenir finalement majoritaires, tandis que les Grecs n'occup√®rent plus que les c√ītes de la p√©ninsule balkanique[69].

La dynastie héraclide et la transformation de l'empire (610-711)

Confront√© aux dangers perses et arabes, l'Empire byzantin fit face √† la perte de nombreux territoires et dut se refonder sur de nouvelles bases. Selon Georg Ostrogorsky, le VIIe si√®cle correspond au point de d√©part de l'histoire byzantine proprement dite. Quant √† Charles Diehl, il qualifie le VIIe si√®cle comme ¬ę l'une des p√©riodes les plus sombres de l'histoire byzantin. C'est une √©poque de crise grave, un moment d√©cisif o√Ļ l'existence m√™me de l'empire semble √™tre en jeu ¬Ľ[70].

H√©raclius et la survie de l'√Čtat

Fresque de Piero della Francesca d√©peignant la guerre entre les Sassanides et les Byzantins. Si H√©raclius parvint √† l'emporter, la guerre fut longue et co√Ľteuse et elle fragilisa consid√©rablement les provinces orientales de l'empire. D√®s lors, la conqu√™te musulmane de ces territoires en fut grandement facilit√©e.
Monnaie à l'effigie d'Héraclius et de ses fils Constantin III et Héraclonas.

La terreur que faisait régner Phocas prit fin lorsque l'exarque d'Afrique, Héraclius, se rebella et mit fin aux livraisons de blé destinées à la capitale. Son fils, aussi nommé Héraclius, prit alors la tête d'une escadre qui se dirigea vers Constantinople, s'empara de la ville et fit exécuter Phocas[71].

Si Justinien avait √©t√© le dernier grand empereur de ce que les historiens modernes peuvent encore appeler l'¬ę Empire romain ¬Ľ, avec H√©raclius (575-641) commen√ßa v√©ritablement ce que l'historiographie moderne nomme l'¬ę Empire byzantin ¬Ľ. En effet, ce fut sous son r√®gne que le latin fut d√©finitivement abandonn√© au profit du grec et que l'empereur rempla√ßa le titre d'Augustus par celui de basileus (ő≤őĪŌÉőĻőĽőĶŌćŌā). En faisant couronner coempereurs ses deux fils, H√©raclius-Constantin et H√©raclonas, H√©raclius instaura le syst√®me de la cor√©gence qui permit de constituer des dynasties et de r√©gler, en th√©orie du moins, le probl√®me de la succession[72].

Le r√©gime des th√®mes, ou organisation militaire des provinces, fut formellement l'Ňďuvre de ses successeurs ; mais lui-m√™me remodela l'arm√©e en profondeur, rempla√ßant les mercenaires √©trangers par des soldats professionnels venant principalement d'Arm√©nie et command√©s par des membres de la noblesse locale. Pour la premi√®re fois depuis Maurice, l'empereur prit lui-m√™me le commandement des arm√©es et sut leur insuffler un sens de la mission providentielle qui n'est pas sans anticiper la notion de croisade[73]. Commence √©galement sous cet empereur une p√©riode o√Ļ l'√Čglise soutint l'empire aussi bien financi√®rement que politiquement. D'une part, celle-ci mit ses richesses √† la disposition de l'empereur dans ses guerres contre les Perses ; d'autre part, lorsque celui-ci partit en guerre, ce fut au patriarche Serge qu'il confia la r√©gence et la protection de ses enfants. H√©raclius lui-m√™me fut amen√© √† se m√™ler de questions religieuses. En Arm√©nie, l'attachement √† l'h√©r√©sie ¬ę monophysite ¬Ľ constituait un obstacle √† la loyaut√© √† l'empire. Sous l'influence du patriarche Serge, H√©raclius fit proclamer, en 638, l'Ekth√©sis, √©dit qui, en proposant une solution de compromis, le monoth√©lisme, non seulement ne r√©gla pas la question mais devait aussi provoquer un nouveau conflit avec Rome[74].

Sur le plan ext√©rieur, H√©raclius dut mener deux s√©ries de guerres, la premi√®re contre les Perses, la seconde contre les Arabes, tout en faisant face aux invasions des Avars et des Slaves qui mena√ßaient Constantinople. Commenc√©e en 613, la guerre contre les Perses se poursuivit jusqu'en 628 lorsque le roi Khosro II fut renvers√©. Son fils, Kovrad-Schiro√©, conclut alors un trait√© de paix qui restituait √† Constantinople l'Arm√©nie, la M√©sopotamie romaine, la Syrie, la Palestine et l'√Čgypte. Mais ces reconqu√™tes devaient √™tre perdues √† nouveau quelques ann√©es plus tard au profit cette fois des Arabes. Affaiblie, la Perse c√©da rapidement aux premiers assauts de l'H√©gire. Et avec la d√©faite de Yarmouk en 636, alors aux mains des Arabes, H√©raclius voyait d√©truite l'Ňďuvre de sa vie[75]. En dix ans, la Syrie, la Palestine, l'√Čgypte et la M√©sopotamie romaine tomb√®rent aux mains des Arabes. Cette invasion aussi rapide s'explique par diverses raisons. Si l'arm√©e byzantine √©tait souvent plus nombreuse et mieux √©quip√©e, elle √©tait avant tout compos√©e de mercenaires dont la motivation √©tait faible par rapport √† celle des soldats arabes motiv√©s par le principe de la ¬ę guerre sainte ¬Ľ. De plus, les provinces conquises avaient √©t√© profond√©ment fragilis√©es par les guerres entre empires perse et byzantin. Enfin, elles furent souvent le lieu de contestations du pouvoir imp√©rial car les populations √©taient adeptes du monophysisme et non de la doctrine chalc√©donienne de Constantinople. Cette loyaut√© douteuse explique le fait que de nombreuses villes ouvrirent leurs portes aux Arabes en √©change d'un trait√© relativement indulgent[76].

Les thèmes d'Anatolie en 750.

Sur le plan int√©rieur, m√™me le principe de la cor√©gence ne r√©ussit qu'√† moiti√© et ce fut un petit-fils, Constant II (630-668), alors √Ęg√© de onze ans, que les g√©n√©raux choisirent comme empereur. Celui-ci h√©ritait d'un empire r√©duit √† l'Anatolie, l'Arm√©nie, l'Afrique du Nord et une partie de l'Italie, tous menac√©s. Son r√®gne se passa √† lutter contre les Arabes et leur calife, Mu Ņawiya Ier (661-680). C'est sous le r√®gne de Constant que d√©buta la r√©organisation de l'arm√©e suivant le syst√®me des th√®mes qui devait subsister pendant trois cents ans[77]. Les arm√©es mobiles des si√®cles pr√©c√©dents furent relocalis√©es dans des districts sp√©cifiques (ou ¬ę th√®mes ¬Ľ) command√©s par un strat√®ge. Les soldats avaient la mission de prot√©ger et re√ßurent des terres qu'ils devaient cultiver lorsqu'ils n'√©taient pas en campagne. Ces soldats paysans furent le symbole de l'√©volution profonde de la structure de l'Empire byzantin anciennement fond√© sur le mod√®le des cit√©s de l'Antiquit√©. Dor√©navant, ce furent les campagnes qui assur√®rent sa survie[78]. Ce mod√®le des th√®mes qui n'en √©tait qu'√† ses balbutiements subsista durant plusieurs si√®cles et devint le mod√®le administratif commandant l'organisation r√©gionale de l'Empire byzantin. Du fait du cumul de l'autorit√© civile et militaire par le strat√®ge, ce syst√®me d√©rogeait au principe romain de s√©paration des deux pouvoirs. Il fut l'un des meilleurs exemples des transformations profondes que connut l'empire √† cette p√©riode[79].

Les premières réformes de l'empire

Une section restaurée des fortifications médiévales qui entouraient Constantinople.

D√®s que Mu Ņawiya eut r√©ussi √† restaurer la dynastie des Omeyyades, la lutte reprit, le calife concentrant ses efforts sur Constantinople. Une tr√™ve, conclue en 659, permit √† Constant II de porter son action en Occident o√Ļ les querelles religieuses avaient eu des cons√©quences politiques d√©sastreuses. Apr√®s avoir tent√© de lib√©rer l'Italie du Nord des Lombards, Constant se dirigea vers Rome o√Ļ il se r√©concilia avec le pape avant de s'installer √† Syracuse, position cl√© entre l'Italie du Nord menac√©e par les Lombards et l'Afrique menac√©e par les Arabes[80]. C'est l√† qu'il fut assassin√© en 668.

Utilis√© dans les conditions idoines, le feu gr√©geois fut d'une efficacit√© redoutable et constitua un puissant atout strat√©gique pour les Byzantins qui purent ainsi repousser les Arabes lors du premier si√®ge de Constantinople par les Arabes (674‚Äď678).

Tout comme son p√®re, Constantin IV (650-685) dut lutter contre Mu Ņawiya qui vint mettre le si√®ge devant Constantinople dont on avait restaur√© les murailles et reb√Ęti la flotte. Ce fut sans doute au cours de ce si√®ge, qui dura de 674 √† 678, que l'on fit usage pour la premi√®re fois du ¬ę feu marin ¬Ľ (ŌÄŌćŌĀ Ōćő≥ŌĆőĹ) ou feu gr√©geois que leur avait vendu un architecte syrien, Callinicus[81]. Mu Ņawiya ne put s'emparer de Constantinople et dut signer un accord de paix de trente ans. Cette accalmie permit √† Constantin de se tourner vers l'Italie o√Ļ il signa un trait√© avec les Lombards. Il eut moins de succ√®s dans les Balkans o√Ļ il dut reconnaitre aux Bulgares conduits par Asparoukh le droit de s'installer au sud du Danube[82].

Constantin IV n'avait que trente-trois ans lorsqu'il mourut en 685. Son fils, Justinien II (668-711) devint empereur √† l'√Ęge de seize ans dans un empire consid√©rablement diminu√©. Son r√™ve, comme celui de son pr√©d√©cesseur du m√™me nom, fut de redonner √† l'empire le lustre qu'il avait d√©j√† eu. En 686, il commen√ßa par r√©affirmer la suzerainet√© de Constantinople sur l'Arm√©nie et l'Ib√©rie. Puis, il se dirigea vers les r√©gions devenues slaves des Balkans dont il transf√©ra pr√®s de 30 000 colons[83] vers les territoires ravag√©s par les Arabes. Mais ces nouvelles troupes pass√®rent √† l'ennemi et, √† la suite de la bataille de S√©bastopolis, l'Arm√©nie retourna six ans plus tard au califat. Justinien fit de m√™me avec les citoyens de Chypre, devenu une sorte de condominium byzantino-arabe, et envoya ces marins r√©put√©s en Cyzique qui en manquait cruellement depuis les guerres navales men√©es par Mu Ņawiya contre Constantinople.

Profond√©ment croyant, Justinien convoqua le sixi√®me concile Ňďcum√©nique ou Quinisexte qui confirma le rejet du monoth√©lisme. Mais les conclusions du concile laissaient percevoir le foss√© qui se creusait entre les √Čglises d'Orient et d'Occident sur diverses questions dont le mariage des pr√™tres. Dix ans plus tard, Justinien tenta de faire arr√™ter le pape comme l'avait fait Constant II. Mais la position du pape s'√©tait affermie et les milices de Rome et de Ravenne emp√™ch√®rent le d√©l√©gu√© imp√©rial de mener √† bien sa mission[84].

Cet √©chec coupl√© aux d√©faites militaires et aux violences que faisaient subir les collecteurs d'imp√īts √† la population attis√®rent la col√®re populaire contre Justinien. Aussi, quand il fit lib√©rer le g√©n√©ral L√©once qu'il avait fait emprisonner apr√®s le d√©sastre de S√©bastopolis, ce dernier prit la t√™te d'une s√©dition, renversa Justinien et se fit proclamer empereur en 695. D√©chu, le nez coup√© et d√®s lors incapable en th√©orie de r√©gner, Justinien alla trouver refuge aupr√®s du khan des Bulgares, Tervel, avec l'aide duquel il put reconqu√©rir Constantinople en 705. Dans le m√™me temps, Les Romains furent d√©finitivement chass√©s d'Afrique avec la prise de Carthage par les Arabes en 698. En 711, Justinien II lan√ßa une exp√©dition contre Cherson en Crim√©e, sans doute pour arr√™ter l'avanc√©e des Khazars. Toutefois la marine imp√©riale se r√©volta et vint assi√©ger Constantinople qui lui ouvrit ses portes. Abandonn√© de tous, Justinien fut une seconde fois d√©chu et, cette fois, assassin√© par l'un de ses officiers[85]. Ainsi prenait fin la premi√®re dynastie proprement byzantine √† avoir dirig√© l'empire pendant une centaine d'ann√©es.

L'empire romain hellénisé (711-1204)

L'Empire byzantin en 717.

Cette p√©riode s‚Äô√©tend du d√©but du VIIIe si√®cle jusqu‚Äôau sac de Constantinople par les crois√©s en 1204 lors de la quatri√®me croisade. Elle vit une succession de reculs et d‚Äôexpansions de l‚ÄôEmpire sous cinq dynasties : les Isauriens, les Amoriens, Mac√©doniens, les Comn√®nes et les Anges. Durant cette p√©riode, seuls les hell√©nophones des c√ītes, des grandes villes, de l'Hellade et d'Asie mineure occidentale (Grecs), les romanophones des Balkans (Dalmates, Valaques) et les arm√©nophones d'Asie mineure orientale (Arm√©niens) se consid√©r√®rent encore comme des Romains (en grec ő°ŌČőľőĪőĮoőĮ ou ¬ę Rom√©es ¬Ľ). L'√©tat multinational qu'√©tait l'Empire romain d'Orient se transforma ainsi en un empire plus homog√®ne ethniquement tandis que les institutions subirent de profondes transformations pour faire face aux diverses menaces.

La dynastie isaurienne et l'iconoclasme (717-802)

L'assassinat de Justinien II fut suivi d'une p√©riode de flottement √† la suite de laquelle un soldat, fils de paysans immigr√©s de Thrace[86], fut proclam√© empereur sous le nom de L√©on III (685-747). Il passa une partie de son r√®gne √† lutter contre les Arabes qui vinrent √† nouveau assi√©ger Constantinople. Gr√Ęce √† une alliance avec les Bulgares de Tervel, L√©on parvint √† faire lever le blocus en 718. De nouvelles invasions arabes en Asie mineure furent √©galement repouss√©es gr√Ęce √† une alliance avec les Khazars. La victoire de L√©on √† Amorium en 740 devait mettre fin √† ces incursions en Orient, tout comme la victoire de Charles Martel √† Poitiers en 732 arr√™ta leur avance en Occident[87]. En plus de r√©am√©nager les th√®mes, L√©on publia un nouveau code juridique, l‚Äô√Čclogue, qui, tout en r√©duisant le nombre de cas punissables de la peine de mort, multipliait les ch√Ętiments inconnus du droit de Justinien comme l'amputation, l'aveuglement, etc[88].

Le r√®gne de L√©on III fut surtout marqu√© par le d√©but de l'iconoclasme[89]. Objets ayant au d√©part valeur d'enseignement, les ic√īnes se virent au cours des si√®cles attribuer des propri√©t√©s miraculeuses, voire magiques. Certaines furent m√™me qualifi√©es d'¬ę acheiropo√Į√®tes ¬Ľ, c'est-√†-dire non faites de main d'homme[90]. L√©on, tout comme certains √©v√™ques de l'√©poque, semble avoir vu dans ces exag√©rations la cause de la col√®re divine ayant entra√ģn√© les d√©faites de l'empire au cours des si√®cles pr√©c√©dents, ce que confirma l'apparition d'une nouvelle √ģle pr√®s de Santorin √† la suite d'une √©ruption volcanique. Le premier geste public de L√©on dans cette direction fut de retirer l'ic√īne d'or du Christ qui surmontait les portes de bronze √† l'entr√©e du Grand Palais. La r√©action de la foule fut vive et plusieurs soldats, venus accomplir l'ordre de l'empereur, furent massacr√©s sur place. Sans consulter l'√Čglise, L√©on promulgua un √©dit qui faisait de l'iconoclasme la politique officielle de l'empire ce qui provoqua la d√©mission du patriarche Germanicus et la col√®re du pape Gr√©goire II, affaiblissant du m√™me coup l'autorit√© de l'empereur en Italie. Le successeur de Gr√©goire II, Gr√©goire III, convoqua un synode qui condamna l'iconoclasme en 731[91].

Pièces de monnaie représentant Léon III (à gauche) et Constantin V (à droite) ; tous deux menèrent une politique en faveur de l'iconoclasme.

Son fils et successeur, Constantin V (718-775), non seulement continua la politique de son p√®re, mais encore pers√©cuta les iconodules ou partisans des ic√īnes. Ses attaques contre les moines se transform√®rent en attaques contre l'institution monastique elle-m√™me. Il rejeta non seulement les ic√īnes, mais aussi le culte des saints et la v√©n√©ration des reliques[92]. Enti√®rement pr√©occup√© par ses guerres contre les Arabes et les Bulgares, Constantin ne porta aucune attention √† l'Italie o√Ļ le pape dut se d√©cider √† chercher un autre alli√© contre les Lombards. En janvier 754, le pape √Čtienne II franchit les Alpes pour rencontrer le roi des Francs, P√©pin le Bref, √† Ponthion, pr√©parant ainsi la fondation d'un √Čtat eccl√©siastique romain[93]. Toutefois, les campagnes men√©es par Constantin V contre les Arabes furent des succ√®s et permirent √† l'Empire byzantin de consolider sa fronti√®re orientale tout en √©loignant la menace arabe[94].

En se faisant couronner empereur, Charlemagne se pose en h√©ritier de l'Empire romain d'Occident, ce qui cr√©e, en Italie, une rivalit√© avec l'Empire romain d'Orient, dit (bien plus tard) ¬ę byzantin ¬Ľ.

Le court r√®gne de L√©on IV (750-780) marque la transition entre la d√©testation de Constantin V pour les ic√īnes et l'attachement manifest√© par son √©pouse, Ir√®ne, qui en r√©tablit le culte[95]. Toutefois, il mourut pr√©matur√©ment et laissa le tr√īne √† son fils Constantin VI (771-797) seulement √Ęg√© de dix ans. La mort de Constantin VI entra√ģna quasiment la fin de la dynastie isaurienne qui, malgr√© la naissance de controverses religieuses majeures qui menac√®rent l'unit√© et la stabilit√© de l'empire, r√©ussit le tour de force de consolider les fronti√®res de l'empire et d'√©carter les nombreuses menaces qui pesaient sur son existence plus d'un demi-si√®cle plus t√īt. En outre, le profond mouvement de r√©forme de l'organisation interne de l'empire se prolongea, rendant celui-ci plus en harmonie avec le nouveau contexte int√©rieur et ext√©rieur[96]. Cependant, comme souvent dans l'histoire, la p√©riode de r√©gence fut √† l'origine d'une √®re d'instabilit√©. La m√®re de Constantin VI, Ir√®ne (752-803), se h√Ęta de saisir le pouvoir √† la faveur d'un coup d'√Čtat manqu√© et de nommer des √©v√™ques iconodoules comme le patriarche Tarasios qui pr√©sida le deuxi√®me concile de Nic√©e, lequel condamna l'iconoclasme comme une h√©r√©sie et r√©tablit la v√©n√©ration des images[97]. Toutefois, Constantin, lorsqu'il fut en √Ęge de r√©gner, supporta de plus en plus mal la tutelle de sa m√®re. Aussi, lorsque celle-ci exigea que les arm√©es lui pr√™tent serment, la nommant en premier lieu et Constantin ne venant qu'au second rang en tant que coempereur, celles-ci se rebell√®rent et acclam√®rent Constantin comme unique souverain, en octobre 790[98]. De caract√®re faible, Constantin finit par s'ali√©ner ceux-l√† m√™mes qui lui avaient redonn√© le pouvoir, lesquels finirent par se ranger du c√īt√© d'Ir√®ne. Celle-ci reprit le pouvoir, d√©posant son fils qui fut aveugl√© par les conspirateurs et mourut peu apr√®s. Pour bien marquer qu'elle √©tait seule ma√ģtre de l'empire, Ir√®ne porta pendant cette p√©riode, le titre de basileus et non de basilissa[99].

Pendant ce temps, le pape avait couronn√© Charlemagne empereur en 800, all√©guant qu'une femme ne pouvait remplir cette fonction. Charlemagne, quant √† lui, avait reconnu Ir√®ne comme souverain de l'empire romain et, en geste d'apaisement, avait offert de l'√©pouser, ce qui aurait r√©uni √† nouveau les empires romains d'Orient et d'Occident. Il semble qu'Ir√®ne e√Ľt √©t√© dispos√©e √† accepter l'offre, mais que les hauts-fonctionnaires qui pouvaient pr√©tendre lui succ√©der puisqu'elle n'avait pas d'enfant ne l'entendaient pas ainsi. Pendant que les ambassadeurs de Charlemagne √©taient encore √† Constantinople, un complot ourdi par l'un d'eux r√©ussit ; Ir√®ne fut d√©pos√©e et le g√©n√©ral Nic√©phore fut proclam√© empereur[100].

La dynastie amorienne et le retour de l'iconoclasme (820-867)

Ic√īne c√©l√©brant le triomphe de l'orthodoxie sur l'iconoclasme. Cet √©v√©nement est encore c√©l√©br√© aujourd'hui lors du Dimanche de l'Orthodoxie.

Lorsqu'Ir√®ne fut d√©pos√©e, les hauts fonctionnaires proclam√®rent empereur le s√©nateur Nic√©phore Ier (760-811). Celui-ci eut √† lutter contre les Bulgares dirig√©s par un chef audacieux et entreprenant : Kroum[101], alli√© de Charlemagne contre les Avars[102]. Pour avoir la paix √† l'Ouest, Nic√©phore se r√©solut √† n√©gocier un trait√© avec Charlemagne. Aux termes de celui-ci, Charlemagne se voyait reconna√ģtre son titre d'empereur par Constantinople. En √©change, il renon√ßait √† ses pr√©tentions sur les possessions byzantines d'Italie (essentiellement la province de Venise)[103] et de la c√īte dalmate. Tout espoir de voir r√©unies les deux parties de l'empire disparut √† jamais.

Lors d'un engagement avec Kroum, Nic√©phore fut tu√© et son fils, Stavrakios, gri√®vement bless√©. Son beau-fr√®re, Michel Rhangab√© monta sur le tr√īne[104]. Il maintint la politique de son pr√©d√©cesseur √† l'endroit de Charlemagne √† qui il reconnut officiellement le titre de basileus tout en demandant la main d'une fille de Charlemagne pour son propre fils. Partisan de l'orthodoxie, il fit revenir les studites, adversaires du parti iconoclaste. Sur leur conseil, il reprit la guerre contre Kroum et fut d√©fait lors de la bataille de Versinikia. L'arm√©e se r√©volta et Michel fut forc√© d'abdiquer en faveur du strat√®ge du th√®me des Arm√©niaques, L√©on V[105].

La mort subite de Kroum venu à nouveau assiéger Constantinople permit à Léon V (décédé en 820) de tourner son attention vers les questions religieuses, d'attribuer les défaites de Nicéphore au retour des images et de convoquer un concile (en 815) qui revint aux thèses iconoclastes mais de façon plus modérée que sous Constantin V[106]. Il fut assassiné en 820 pendant un office liturgique dans la cathédrale de Sainte-Sophie par les partisans d'un autre général, Michel[107].

Avec Michel II, commence la dynastie amorienne qui mit fin à cette succession de généraux venus des thèmes d'Asie. La révolte de Thomas le Slave qui s'était déclaré partisan des images mêla à nouveau questions politiques, sociales et religieuses[108]. Quoiqu'iconoclaste lui-même, Michel chercha un terrain d'entente avec les iconodoules et y serait sans doute parvenu sans l'opposition du pape Pascal Ier. En 827, les Arabes commencèrent à envahir systématiquement la Sicile, réduisant encore davantage l'influence byzantine dans l'Adriatique.

Ic√īne de Cyrille et M√©thode. En √©vang√©lisant les peuples slaves, les deux fr√®res accroissent consid√©rablement la sph√®re d'influence culturelle de Byzance.

On assista sous son successeur, Th√©ophile[109] (812/813-842), √† la derni√®re pers√©cution contre les iconodoules, d'autant plus vive qu'il s'agissait du dernier sursaut de l'iconoclasme moribond. Th√©ophile laissa les Arabes continuer leur conqu√™te de la Sicile et de l'Italie du Sud pour se concentrer sur l'Asie o√Ļ il cr√©a les th√®mes de Paphlagonie et de Chald√©e, consolidant ainsi la pr√©sence de Byzance dans le Pont et sur la mer Noire o√Ļ les territoires byzantins furent regroup√©s dans un th√®me ayant comme capitale Cherson[110]. Toutefois, le sac d'Amorium, la ville d'origine de la dynastie r√©gnante par les Arabes eut un grand retentissement au sein de l'Empire byzantin et contribua √† d√©savouer l'iconoclasme dont la l√©gitimit√© reposait en partie sur les victoires militaires[111].

Th√©ophile mourut peu avant d'avoir atteint sa vingt-neuvi√®me ann√©e. Son fils, Michel III (840-867) n'avait que deux ans √† son av√®nement. La r√©gence fut confi√©e √† sa m√®re, Th√©odora et √† son conseiller, le logoth√®te du drome, Theoktistos[112]. Continuant celui de son p√®re, le r√®gne de Michel III marqua la fin du d√©clin de l'empire et le d√©but du raffermissement qui devait se poursuivre sous la dynastie mac√©donienne[113]. En 843, Theodora et Theoktistos r√©tablirent l'orthodoxie √† la suite d'une r√©union de dignitaires civils et religieux o√Ļ furent reconnues les conclusions du second concile de Nic√©e (787)[114]. La r√©gence dura quatorze ans au terme desquels Michel, en √Ęge de r√©gner, for√ßa sa m√®re √† se retirer dans un couvent.

C'est pendant son règne que le prince de Moravie, en butte aux attaques des Francs, demanda des missionnaires à Constantinople en 862 pour combattre l'influence des missionnaires francs. Michel y répondit obligeamment en envoyant les frères Constantin (plus tard connu sous le nom de Cyrille) et Méthode. La Moravie et, peu après, la Bulgarie devinrent ainsi un terrain de compétition tant politique que religieuse entre l'Est et l'Ouest[115]. Tournée depuis des années vers l'Asie, la politique byzantine devait dorénavant porter une plus grande attention à ce qui se passait au nord de ses frontières et commencer des relations fructueuses avec la Rus'.

Pour se d√©faire de sa m√®re, Michel s'√©tait appuy√© sur le fr√®re de Th√©odora, Bardas[116]. Celui-ci r√©ussit √† s'imposer en peu de temps et √† √™tre couronn√© C√©sar en 862. Excellent administrateur, il contribua √† la fondation de l'universit√© de la Magnaure d'o√Ļ rayonna bient√īt la civilisation byzantine sous la conduite de L√©on le Philosophe. Excellent soldat, on lui doit aussi la victoire de Petronas en 863, qui marqua un tournant dans la guerre avec les Arabes. De d√©fensive qu'elle avait √©t√© jusqu'√† ce moment, la guerre devint offensive et les Byzantins pouss√®rent leur avantage en Asie. Toutefois, un conflit ouvert devait √©clater entre lui et le favori de Michel III, Basile le Mac√©donien. Au cours d'une exp√©dition en Cr√®te, Basile, avec la complicit√© de l'empereur, assassina Bardas et fut, en r√©compense, couronn√© coempereur. N'ayant plus besoin de Michel, Basile fit assassiner ce dernier au sortir d'un banquet en septembre 867[117].

Les premiers empereurs et les premi√®res r√©ussites (867‚Äď912)

En fondant la dynastie macédonienne, Basile Ier est à l'origine de l'ère glorieuse de l'Empire byzantin sous sa forme médiévale.

Ancien gar√ßon d'√©curie, Basile (835-886) devait se r√©v√©ler un excellent administrateur, un r√©formateur enthousiaste et un g√©n√©ral clairvoyant[118]. Sur le plan int√©rieur, il dut faire face aux dissensions que traversait l'√Čglise d'Orient au sortir de la crise iconoclaste, crise qui le fit d'abord renvoyer puis rappeler le patriarche Photius[119]. Il renfor√ßa le contr√īle de l'√Čtat sur la vie √©conomique et r√©forma le droit par la publication de deux recueils, le Procheiron et l'√Čpanagogu√®. Le premier √©tait un code √† l'intention d'un large public √† l'instar de l‚Äô√Čclogue de L√©on III. Traduit en slavon, il contribua au rayonnement de la pens√©e byzantine chez les Bulgares, les Serbes et les Russes. Le deuxi√®me d√©finissait les droits et les devoirs de l'empereur, du patriarche et des hauts fonctionnaires de l'empire, pr√©sentant l'image d'un √©coum√®ne r√©gi conjointement par l'empereur et le patriarche, chacun d'eux agissant dans sa sph√®re propre, mais collaborant au bien-√™tre de l'humanit√©[120].

Durant sa lutte contre les Arabes, Basile reprit le contr√īle de la c√īte dalmate et d'une bonne partie de l'Italie m√©ridionale ; Rome elle-m√™me, que la fin de la dynastie carolingienne privait de ses alli√©s francs, dut faire appel √† lui. Dans les Balkans, le pros√©lytisme religieux de l'√Čglise orthodoxe doubl√© d'un pros√©lytisme diplomatique contribua plus que l'arm√©e √† augmenter le prestige de Byzance, d'autant plus que, contrairement √† l'√Čglise d'Occident, son activit√© se faisait toujours dans la langue du peuple concern√© lui laissant une certaine autonomie dans l'organisation de son √Čglise[121]. Ayant √† choisir entre Rome et Constantinople, le tsar bulgare, Boris, apr√®s avoir tergivers√©, opta en faveur de Constantinople. En 867, le patriarche Photius annon√ßait que les Rus' apr√®s avoir tent√© d'attaquer Constantinople, acceptaient maintenant qu'on leur envoie un √©v√™que chr√©tien. Quelques ann√©es plus tard, le ¬ę bapt√™me de la Russie ¬Ľ signifia son entr√©e dans l'empire[122].

L√©on VI (866-912) poursuivit la refonte du droit entreprise par son p√®re. Les Basiliques constituent un ensemble de 60 livres divis√©s en six tomes. Recueil de lois canoniques aussi bien que civiles et criminelles, ce fut sans doute l'ouvrage le plus consid√©rable de l'Empire byzantin m√©di√©val[123]. √Ä cela s'ajoute une collection des 113 √©dits de L√©on lui-m√™me lesquels, publi√©s sous le titre de Novelles, qui traduisaient √† la fois la continuit√© avec le syst√®me romain, l'absolutisme imp√©rial et la mont√©e de la noblesse civile byzantine qui, √† partir de Romain L√©cap√®ne, mena√ßa cet absolutisme[124]. En plus d'avoir √† faire face aux Arabes en Orient, L√©on dut affronter le nouveau khan bulgare, Sym√©on, fils de Boris, qui ambitionnait de devenir lui-m√™me basileus. Pour lutter contre lui, L√©on s'allia √† un nouveau peuple apparu vers 880 sur le Danube et qui allait bient√īt causer de nombreux probl√®mes : les Magyars, dirig√©s par √Ārp√°d de Hongrie[125].

Romain Ier et Constantin VII : la renaissance mac√©donienne (912‚Äď959)

Christ couronnant Constantin VII (945). Si Constantin VII gouverna peu, ses Ňďuvres litt√©raires sont d'une grande importance historique pour la compr√©hension de l'Empire byzantin.

√Ä la mort de L√©on VI, le tr√īne √©chut √† son fr√®re et coempereur, Alexandre (870-913) qui mourut un an plus tard. La dynastie mac√©donienne n'√©tait plus repr√©sent√©e que par un enfant de 7 ans, Constantin VII (905-959) n√© du quatri√®me mariage de L√©on VI avec Zo√© Carbonopsina, mariage dont la validit√© n'√©tait pas reconnue par l'√Čglise[126]. La r√©gence incomba d'abord au patriarche Nicolas Ier Mystikos, puis √† la m√®re de Constantin, Zo√©, laquelle dut faire face aux attaques de Sym√©on de Bulgarie et √† celles des Arabes d'Asie et d'Afrique. Devant un d√©sastre imminent, on fit appel en 919 au commandant de la flotte imp√©riale, Romain Ier L√©cap√®ne (870-948). Homme d'une grande ambition, il r√©ussit √† √©loigner l'imp√©ratrice m√®re et ses courtisans de fa√ßon √† √©tablir son pouvoir personnel. Apr√®s avoir fait √©pouser sa fille par Constantin VII, il re√ßut le titre de basil√©opator[127], puis de c√©sar avant de devenir coempereur en 920, et finalement d'empereur en titre, Constantin ne faisant plus figure que de coempereur.

Sa premi√®re t√Ęche fut de continuer la lutte contre Sym√©on de Bulgarie qui n'avait pas abandonn√© l'id√©e de devenir empereur des Romains. Il parvint toutefois √† neutraliser Sym√©on qui se tourna alors vers la Serbie et la Croatie. Apr√®s le d√©c√®s de Sym√©on en 927, son fils Pierre √©pousa la petite fille de Romain ; on lui reconnut le titre de basileus des Bulgares et l'√Čglise bulgare re√ßut son propre patriarche[128]. La paix avec la Bulgarie permit √† Romain de concentrer ses efforts sur la lutte contre les Arabes. Deux guerres devaient s'ensuivre avec comme objectif de progresser en Cilicie et en Haute M√©sopotamie avec l'appui de l'Arm√©nie. La premi√®re dura onze ans et fut conduite par le g√©n√©ral Jean Kourkouas ou Ioannis Kourkouas. Elle se termina en 938 par une tr√™ve avec √©change de prisonniers. La deuxi√®me commen√ßa l'ann√©e suivante et se poursuivit jusqu'en 944, lorsque les Byzantins parvinrent √† reprendre √Čdesse et √† rapporter √† Constantinople le fameux Mandylion, linge portant l'empreinte de la figure du Christ[129]. L'Empire byzantin √©tait favoris√© dans sa lutte contre les Arabes par la division de ceux-ci en plusieurs √©mirats ind√©pendants. Jean Kourkouas dut √©galement d√©fendre Constantinople contre les forces russes du prince Igor de Kiev qui, en 941 et en 944, voulait contraindre l'empire √† accorder des conditions commerciales avantageuses aux marchands russes maintenant pr√©sents dans toute la M√©diterran√©e. Une tr√™ve (trait√© de Constantinople) fut conclue donnant effectivement un statut avantageux aux marchands russes contre la promesse de ne pas attaquer Cherson et les autres villes de la Crim√©e[130].

Pendant son r√®gne, Romain mena une lutte constante contre la noblesse civile qui achetait les terres des paysans pauvres ou des communaut√©s rurales (les paroisses) sur lesquelles reposait le paiement des imp√īts et la prestation du service militaire. La diminution du nombre de ces petites propri√©t√©s avait pour cons√©quence la diminution de la richesse de l'√Čtat, car la noblesse √©tait exempte d'imp√īt[131]. D√©j√† √Ęg√©, Romain fut victime de la soif de puissance de ses fils, qui, craignant de ne pouvoir succ√©der √† leur p√®re, firent arr√™ter celui-ci le et l'exil√®rent dans l'√ģle de Proti (aujourd'hui KńĪnalńĪada) o√Ļ il devait finir ses jours quatre ans plus tard. Leurs plans √©chou√®rent toutefois puisqu'en janvier 945, ils furent eux-m√™mes arr√™t√©s et envoy√©s en exil, laissant ainsi Constantin VII (905-959) seul sur le tr√īne. Tenu depuis vingt-cinq ans √† l'√©cart des d√©cisions de l'empire, Constantin continua sa vie studieuse de penseur et d'historien. Son legs intellectuel fut n√©anmoins aussi important que l'h√©ritage militaire ou politique de ses pr√©d√©cesseurs. Non seulement il r√©forma l'universit√© imp√©riale (il en releva le statut de ses professeurs dans la soci√©t√©), mais il composa aussi plusieurs ouvrages comme le De ceremoniis d√©crivant m√©thodiquement le rituel de la cour byzantine ou le De administrando Imperio dans lequel il fit part √† son fils de ses propres r√©flexions et de celles de ses pr√©d√©cesseurs sur la fa√ßon d'administrer l'empire[132]. Ce fut durant cette p√©riode que se d√©roula le voyage que fit √† Constantinople la princesse Olga de Kiev, veuve du prince Igor et r√©gente pour son fils. Sa conversion au christianisme et sa r√©ception par Constantin VII cr√©√®rent des liens qui se consolid√®rent durant les r√®gnes de Svyatoslav et de Basile II.

L'√®re des conqu√™tes (959‚Äď976)

Contesté sur le plan intérieur, l'empereur Nicéphore II Phocas remporte de nombreux succès sur le plan extérieur.
Les thèmes byzantins en Asie Mineure vers 950 peu avant les conquêtes de Nicéphore II Phocas et Jean Tzimiskès.

Avec Romain II (939-963) commen√ßa une p√©riode d'expansion qui devait se poursuivre pendant de nombreuses ann√©es. Son principal m√©rite fut de garder certains collaborateurs de son p√®re comme le g√©n√©ral Nic√©phore II Phocas (912 -969). Nomm√© chef des arm√©es en 954, il avait d√©j√† men√© de glorieuses campagnes en Syrie, en M√©sopotamie et en Cr√®te, avant de conqu√©rir Alep, la capitale de Sa√Įf-ad-Daoulah, ennemi jur√© de l'empire. Lorsque Romain mourut en 963, sa veuve, Th√©ophano, assura la r√©gence au nom de ses deux fils, Basile II et Constantin VIII puis elle √©pousa Nic√©phore Phocas d√©j√† proclam√© empereur par ses troupes. Jean Tzimisc√®s, deuxi√®me g√©n√©ral en importance de l'empire, prit sa place comme commandant en chef des troupes d'Orient[133].

Venant de la noblesse fonci√®re, Nic√©phore annula certaines dispositions des lois de Romain II qui interdisaient aux puissants de s'approprier les terres des pauvres. Il dirigea plut√īt ses attaques contre les monast√®res qui non seulement accumulaient terres et richesses, mais privaient ainsi l'arm√©e de pr√©cieuses recrues[134]. Militaire ador√© de ses soldats, Nic√©phore le demeura tout au long de son r√®gne. Il combattit d'abord les Arabes auxquels il prit Chypre, Tarse et Mopsueste en 965 ; quatre ans plus tard, Antioche tombait, suivie d'Alep. Nic√©phore s'allia au prince de Kiev, Sviatoslav, contre les Bulgares. Mais il se rendit compte de son erreur lorsque Sviatoslav, apr√®s avoir agrandi son territoire du c√īt√© des bouches du Danube et fait prisonnier le tsar bulgare Boris II, se rendit ma√ģtre de la Bulgarie, devenant ainsi un danger mortel pour l'empire. Nic√©phore dut alors inverser ses alliances et aider les Bulgares contre Sviatoslav. Compl√®tement pris par ses conqu√™tes en Asie et les probl√®mes des Balkans, il n'avait port√© que fort peu d'attention √† l'Ouest o√Ļ Otton Ier, apr√®s s'√™tre fait couronner √† Rome et avoir soumis presque toute l'Italie, ressuscitait l'id√©e d'un empire d'Occident √©gal √† l'empire d'Orient. Dans ce but, Otton envoya son ambassadeur, Liutprand √©v√™que de Cr√©mone, proposer au basileus une alliance matrimoniale entre le fils d'Otton et la sŇďur des deux jeunes coempereurs. Cette proposition fut consid√©r√©e √† Constantinople comme une offense venant d'un roi barbare qui n'√©tait ni empereur, ni romain[135].

Sviatoslav Ier rencontrant Jean Ier. En repoussant les Russes, Jean Tzimiskès élimina une importante menace.

Pendant que Nic√©phore guerroyait, son √©pouse Th√©ophano s'√©tait √©prise du jeune et brillant g√©n√©ral Jean Tzimisc√®s (ou Ioannis Tsimiskis, 925-976), esp√©rant sans doute l'√©pouser. De concert, ils complot√®rent le meurtre de Nic√©phore qui fut assassin√© dans son lit le 10 d√©cembre 969. Toutefois, Tzimisc√®s n'avait nullement l'intention d'√©pouser l'imp√©ratrice. Au contraire, c√©dant aux pressions du patriarche Polyeucte, il exila Th√©ophano et √©pousa Th√©odora, fille de Constantin VII et cousine des empereurs l√©gitimes Basile II et Constantin VIII, entrant ainsi dans la famille imp√©riale[136]. Devenant tr√®s d√©vot apr√®s la fa√ßon peu orthodoxe dont il avait acc√©d√© au tr√īne, Tzimisc√®s r√©voqua les d√©crets antimonastiques de son pr√©d√©cesseur, fut le premier empereur √† faire figurer le buste du Christ sur ses monnaies et se constitua le protecteur de la Grande Laure du Mont Athos ; on consid√®re sa chrysobulle de 970 comme l'acte constitutif de la f√©d√©ration athonite[137].

Sa√Įf-ad-Daoulah, l'√©mir hamdanide qui avait √©t√© le principal ennemi de Byzance pendant des d√©cennies, mourut en 967. Toutefois, si le califat de Bagdad ne repr√©sentait plus de danger, un nouvel ennemi s'annon√ßait : les califes fatimides avaient reconquis l'√Čgypte en 969 et 970 et voulaient √©tendre leur puissance en Asie mineure. Tzimisc√®s dut reprendre la guerre en Orient. Au nord, il signa un trait√© d'alliance avec le roi Ashod d'Arm√©nie, au sud l'√©mir hamdanide de Mossoul se reconnut son vassal. En 975, s'√©tant donn√© la Palestine comme objectif, Tzimisc√®s s'empara des principales villes li√©es √† l'√©pop√©e du Christ, puis des villes de la c√īte comme Sidon et Beyrouth. Dans les Balkans, Sviatoslav qui avait conquis la Bulgarie, mena√ßait en 969 de marcher sur Constantinople. Apr√®s une premi√®re victoire du g√©n√©ral Bardas Skl√®ros qui le for√ßa √† se r√©fugier √† Philippopoli (970), Tzimisc√®s entreprit une vaste offensive qui se termina en 971 par la d√©route compl√®te des Russes. Sviatoslav dut repasser le Danube et le Dniestr pendant que Byzance occupait la Bulgarie occidentale : le Danube redevenait ainsi la fronti√®re de l'empire. L'ann√©e suivante, Tzimisc√®s conclut une alliance avec Otton Ier aux termes de laquelle ce dernier √©vacuait les possessions byzantines mais obtenait la main de Th√©ophano, fille de Romain II et sŇďur des deux jeunes empereurs l√©gitimes[138].

Basile II : L'apog√©e de l'Empire byzantin (976‚Äď1025)

Psautier de Basile II, représentant l'empereur triomphant de ses ennemis.

Tzimisc√®s contracta une maladie mortelle pendant la campagne de Palestine et s'√©teignit en 976 bien que la th√®se d'un empoisonnement puisse aussi expliquer cette mort rapide[139]. Basile II (958-1025) et Constantin VIII (960-1028) devinrent donc empereurs en fait autant qu'en droit, mais Basile II s'imposa rapidement comme le seul empereur effectif. Pour y parvenir, il dut cependant mettre fin √† la r√©volte de Bardas Skl√®ros, √©parque de l'Est, et de Bardas Phocas. Ce dernier commandait l'arm√©e qui devait capturer Bardas Skl√©ros mais il finit par se joindre √† lui[140]. Basile vint √† bout de cette r√©volte en s'alliant avec le prince Vladimir de Kiev gr√Ęce √† un march√© en fonction duquel le prince √©pouserait la sŇďur du basileus en √©change de la conversion de son peuple au christianisme. C'√©tait la premi√®re fois qu'une princesse porphyrog√©n√®te √©tait donn√©e en mariage √† un ¬ę barbare ¬Ľ[141]. Cet accord permit √† l'Empire byzantin d'accro√ģtre grandement son influence culturelle. La r√©volte de ses puissants conseillers devait marquer Basile II. L'adolescent insouciant fit place √† l'autocrate aust√®re qui d√©cida de soumettre les grands propri√©taires terriens et d'emp√™cher les monast√®res d'accro√ģtre leurs terres.

L'Empire byzantin en 1025.

Basile est tr√®s connu pour les campagnes qu'il mena pour d√©truire l'Empire bulgare et qui lui valurent le titre de Bulgarochtone (ou Bulgaroktonos : ¬ę le tueur de Bulgares ¬Ľ). La premi√®re campagne qu'il mena d√®s son arriv√©e au pouvoir se termina par le d√©sastre de la Porte Trajane. Puis, apr√®s une campagne contre les Fatimides en Syrie et une dans le Caucase pour r√©gler le cas de l'Arm√©nie et de l'Ib√©rie, il reprit la lutte contre le tsar Samuel en 1001. Le tournant de la guerre eut lieu 1014 lorsque l'arm√©e de Samuel fut encercl√©e dans la r√©gion du fleuve Strymon. Basile y aurait fait 14 000 prisonniers qu'il fit aveugler, ne laissant qu'un Ňďil √† un homme sur cent pour guider les autres dans leur retraite. √Ä la vue de ce qui restait de son arm√©e, le tsar qui avait perdu pratiquement tout son empire, eut une attaque d'apoplexie et mourut le [142]. Toutefois, les √©tudes r√©centes nuancent cette histoire probablement romanc√©e par les sources de l'√©poque[143]. En 1018, Basile acheva la conqu√™te de la Bulgarie. Cette victoire permit √† l'Empire byzantin de se lib√©rer d'un ennemi qui avait menac√© sa survie √† plusieurs reprises.

Occupé par la question bulgare et celle de l'empire fatimide, Basile préféra régler les problèmes de l'Italie byzantine et de l'Adriatique par la diplomatie. À cette fin, il s'allia avec la jeune puissance maritime que devenait la République de Venise et dont il était toujours en théorie le suzerain, lui accordant divers privilèges commerciaux que les Vénitiens durent défendre par la force, notamment en Dalmatie (en 1001). En contrepartie, Venise mit une flotte au service de Byzance pour défendre Bari, la capitale du thème byzantin d'Italie contre les Sarrasins. Ce fut du reste alors qu'il préparait une offensive contre ceux-ci en Sicile qu'il mourut en décembre 1025[144]. Il laissa à ses successeurs un empire dont la superficie n'avait jamais été aussi grande depuis le temps d'Héraclius ainsi qu'un trésor impérial rempli par les gains des conquêtes. Toutefois, l'ampleur des conquêtes de Basile ont parfois été critiquées car les frontières n'en furent que plus difficiles à défendre[145].

Les pr√©mices du d√©litement de l'Empire byzantin (1025‚Äď1057)

√Ä sa mort, le tr√īne revint √† son fr√®re Constantin VIII (960/961-1028)[146]. Mais, pendant les 32 ans qui pr√©c√®dent l'av√®nement de la dynastie des Comn√®ne, le pouvoir fut assum√© par des princes-√©poux ou des princes-adopt√©s et le gouvernement par des intellectuels (Jean Xiphilin, Michel Psellos) ou des personnages issus de milieux modestes (comme Nik√©phoritz√®s). Paul Lemerle qualifie ainsi cette p√©riode de ¬ę gouvernement des philosophes ¬Ľ[147].

Constantin VIII eut trois filles dont la plus √Ęg√©e, Eudoxie, se fit religieuse, la deuxi√®me, Th√©odora Porphyrog√©n√®te se r√©cusa √† la mort de son p√®re, laissant √† Zo√© la charge d'assurer la p√©rennit√© de l'empire. Sur son lit de mort, Constantin for√ßa celle-ci √† √©pouser l'√©parque de la cit√©, Romain Argyros dont l'√©pouse l√©gitime fut envoy√©e dans un couvent. Romain III (968-1034) se h√Ęta d'abolir l'All√®lengyon de Basile II, destin√© √† emp√™cher les abus des puissants, leur donnant ainsi le pouvoir de s'approprier les terres des paysans-soldats. Il compromettait du m√™me coup l'existence des biens militaires qui, depuis la cr√©ation des th√®mes, √©taient la source principale du recrutement de l'arm√©e[148]. Toutefois, l'Empire byzantin parvint encore √† s'emparer de quelques territoires (√Čdesse, la c√īte orientale de la Sicile) mais ces succ√®s devaient plus aux divisions de leurs adversaires arabes qu'aux talents personnels des empereurs √† l'image de l'√©chec de la campagne de Romain III contre l'√©mirat d'Alep en 1030[149].

Le Christ entre Constantin IX Monomaque et Zo√©. Mosa√Įque de Sainte-Sophie. Du fait de ses pratiques dispendieuses qui ruin√®rent le tr√©sor imp√©rial, l'empereur Constantin IX repr√©senta le d√©but du d√©clin dans lequel plongea l'Empire byzantin vers l'an 1050.

Ce mariage forc√© entre Zo√© et Romain ne dura gu√®re et, bient√īt, l'imp√©ratrice Zo√© s'√©prit du fr√®re de Jean l'Orphanotrophe, moine et eunuque qui √©tait devenu le favori de Romain Argyre. Michel le Paphlagonien r√©pondit aux avances de Zo√© qui fit √©touffer Romain dans son bain avant d'√©pouser Michel quelques heures plus tard. Son but atteint, Michel IV (?-1041)[150] rel√©gua l'imp√©ratrice au gyn√©c√©e et dirigea les affaires de l'√Čtat avec son fr√®re. Michel IV n'ayant pas d'enfant, il avait fait adopter en 1035 par l'imp√©ratrice Zo√© son neveu, Michel Kalaphates, qui monta sur le tr√īne sous le nom de Michel V (?-1042)[151]. Apr√®s avoir feint le plus grand respect pour Zo√©, Michel tenta de se d√©barrasser d'elle d√©finitivement, mais il se heurta √† la col√®re de la population pour qui l'imp√©ratrice repr√©sentait la l√©gitimit√© de la dynastie mac√©donienne. Le , la r√©volution √©clatait et la foule fit revenir Zo√© et Th√©odora qui, bien que se d√©testant, r√©gn√®rent quelques mois de concert.

Deux mois plus tard, Zo√© se mariait pour la troisi√®me fois et prenait pour √©poux un aristocrate, Constantin Monomaque (ou Konstantinos Monomakhos), qu'elle fit couronner le jour suivant. Le r√®gne de Constantin IX (de 1042 √† 1055) marqua la fin de la politique d'expansion de l'empire. √Ä la d√©sint√©gration de l'ordre politique correspondit celui de l'arm√©e[152]. Les soldats-paysans des th√®mes se transformant en contribuables, non seulement les effectifs se r√©duisirent mais les empereurs durent se tourner vers les mercenaires. M√™me la c√©l√®bre garde var√®gue ne fut plus form√©e de Russes mais d'aventuriers venus d'Angleterre[153]. En m√™me temps, de nouveaux ennemis succ√©d√®rent aux anciens : les Turcs Seldjoukides prennent la place des Arabes en Orient notamment. Les conqu√™tes byzantines √† l'Est avaient entra√ģn√© la disparition des √Čtats tampons qui s√©paraient l'Empire byzantin des Arabes. Si les empereurs y cr√©√®rent des th√®mes, ces derniers furent mal administr√©s et les territoires concern√©s furent ravag√©s par plusieurs d√©cennies de guerres. Cet √©tat de fait favorisa la r√©ussite des premiers raids turcs. Dans le m√™me temps, les Normands apparurent en Occident pendant qu'au Nord, les Petch√©n√®gues et les Coumans remplac√®rent les Bulgares et les Russes, ces derniers lan√ßant leur derni√®re attaque contre Constantinople en 1043. N√©anmoins, si Constantin IX resta toujours sur la d√©fensive, il sut faire preuve de dynamisme et d'√©nergie dans la lutte contre les adversaires ext√©rieurs. Ainsi, le r√®gne de cet empereur controvers√© ne fut pas autant d√©sastreux que la description qui en a √©t√© faite par ses contemporains[154]. Zo√© meurt en 1050 mais son dernier mari reste sur le tr√īne comme seul empereur.

En 1054 se produisit la s√©paration entre les √Čglises chr√©tiennes d'Orient et d'Occident. Au-del√† d'une simple s√©paration religieuse, l'√©v√©nement traduisait aussi l'√©loignement politique, √©conomique et culturel des deux parties de l'empire au cours des derniers si√®cles[155]. √Ä la mort de Constantin IX en janvier 1055, la derni√®re survivante de la dynastie mac√©donienne, en la figure de Th√©odora (980-1056), monta sur le tr√īne en son nom propre cette fois. Son r√®gne confirma encore une fois le r√©gime de la noblesse civile et Th√©odora se conforma aux souhaits de celle-ci en nommant pour lui succ√©der Michel VI Stratiotique (?-1057). Apr√®s quelques mois, la noblesse civile, combl√©e d'honneurs, dut faire face √† la noblesse militaire. Voyant leurs revendications refus√©es, les g√©n√©raux proclam√®rent bient√īt l'un des leurs, Isaac Comn√®ne, empereur le [156]. Et, lorsque trois mois plus tard, l'√Čglise se rangea du c√īt√© de celui-ci, Michel VI n'eut d'autre choix que d'abdiquer et de se retirer dans un monast√®re.

Les luttes de pouvoir (1057‚Äď1081)

La défaite de Mantzikert plonge l'Empire byzantin dans la guerre civile, ce qui facilite la conquête de l'Anatolie par les Seldjoukides.

Isaac Comn√®ne (1007-1060 ou 1061) ne conserva le pouvoir que deux ans et trois mois avant d'√™tre forc√© d'abdiquer. Son av√®nement marquait la victoire de la noblesse militaire sur la noblesse civile. Les largesses de Constantin Monomaque ayant ruin√© le tr√©sor public, Isaac se mit √† taxer sans piti√© le peuple, le s√©nat, les monast√®res et m√™me l'arm√©e. Il fut particuli√®rement intransigeant envers l'√Čglise en faisant d√©poser le patriarche Michel C√©rulaire[157]. Celle-ci, qui s'√©tait rang√©e du c√īt√© des militaires au temps de Michel VI, se rangea cette fois dans le camp de la noblesse civile. Malade et d√©courag√©, Isaac abdiqua, c√©dant le tr√īne √† un autre g√©n√©ral, Constantin X Doukas (1006-1067)[158].

Bien que militaire de carri√®re, celui-ci appartenait √† l'aristocratie civile (la distinction entre les deux aristocraties mise en √©vidence par Georg Ostrogorsky est √† relativiser)[159]. Il se h√Ęta d'annuler taxes et imp√īts d√©cr√©t√©s par Isaac Comn√®ne et de rappeler les bureaucrates et les lettr√©s √©cart√©s du pouvoir, leur ouvrant largement les portes du S√©nat. On vit m√™me des soldats quitter l'arm√©e pour entrer dans l'administration civile[160]. √Ä sa mort, l'imp√©ratrice Eudocie Makrembolitissa devint r√©gente au nom de ses trois fils et √©pousa un repr√©sentant de la noblesse militaire, Romain Diog√®ne, strat√®ge de Triaditza qui devint empereur sous le nom de Romain IV (?-1071)[161]. C'√©tait un retour au r√©gime des princes-√©poux, les h√©ritiers du tr√īne n'√©tant plus que coempereurs. Le mariage ne dura que deux mois apr√®s quoi Romain alla s'installer au-del√† du Bosphore, craignant continuellement les complots de la famille Doukas qui voulait prot√©ger les droits des h√©ritiers l√©gitimes. Il d√©cida alors de mener une campagne contre les Seldjoukides qui multipliaient les raids en Asie mineure. Toutefois, il fut d√©fait et captur√© lors de la bataille de Manzikert en 1071. Il fut cependant rel√Ęch√© et obtint un trait√© de paix indulgent des Turcs mais il fut d√©pos√© √† son retour par les Doukas avant d'√™tre aveugl√© et oblig√© de se retirer dans un monast√®re[162].

L'Empire en 1076, sous Michel VII Doukas, la veille de la prise de Nicée par les Seldjoukides ().

Fils a√ģn√© de Constantin X, grand intellectuel mais sans envergure, Michel VII Doukas (ca 1050 - empereur 1071 - d√©pos√© 1078 - ca 1090)[163] abandonna la direction de l'empire au c√©sar Jean, puis √† l'eunuque Nik√©phoritz√®s dont la cupidit√© fit monter le prix du bl√© et d√©clencha une famine[N 1]. Les arm√©es d'Europe et d'Asie se r√©volt√®rent et proclam√®rent empereurs leur commandant respectif, Nic√©phore Bryenne et Nic√©phore Botaniat√®s. Avec l'aide des Turcs, ce fut le commandant de l'arm√©e d'Asie qui l'emporta et for√ßa Michel VII √† abdiquer. Appartenant √† la famille des Phocas, Nic√©phore III Botaniat√®s (1001/1012 - 1081)[164] avait derri√®re lui une brillante carri√®re militaire. Toutefois, il ne put r√©organiser l'arm√©e alors compos√©e de soldats de toutes nationalit√©s. S'ensuivit une s√©rie de r√©voltes militaires et de guerres civiles jusqu'√† ce qu'Alexis Comn√®ne s'empare de Constantinople et force Nic√©phore √† se retirer dans un monast√®re[165].

Toutefois, ce furent moins les guerres civiles qui marquèrent cette période que la perte de presque tous les territoires emportés de haute lutte sous la dynastie macédonienne. À l'Ouest, les Normands conquirent peu à peu l'Italie et le pape Nicolas s'allia à eux pour assurer sa défense. La prise de Bari par Robert Guiscard en 1071 mit définitivement fin à la présence byzantine en Italie[166]. Au Nord-Ouest, les Hongrois passèrent le Danube pour s'emparer de Belgrade pendant que les Oghouzes envahissaient une partie des Balkans, que la Croatie se déclarait indépendante et faisait allégeance à Rome, et que Constantin X installait les Petchénègues en Macédoine. À l'Est, les Seldjoukides reprirent l'Arménie et la Mésopotamie avant de profiter des troubles internes frappant l'Empire byzantin pour occuper l'ensemble de l'Asie mineure, parfois après avoir soutenu un prétendant byzantin comme Nicéphore Botaniatès. En plus de ces pertes territoriales, la nomisma fut fortement dévaluée. Si ce mouvement commença dès le règne de Constantin VII, il s'accéléra sous Constantin IX et Romain IV au point qu'à partir de 1071, une véritable crise financière frappa l'empire[167]. Enfin, un autre événement extérieur devait avoir des répercussions considérables pour l'empire : en 1074, le pape Grégoire VII forma le projet d'une grande mobilisation des chrétiens d'Europe contre les musulmans. L'ère des Croisades commençait[168].

La dynastie des Comn√®nes et le redressement de l'empire (1081‚Äď1185)

L'Empire byzantin en 1081.

Alexis Ier Comnène : le retour de la puissance byzantine

Pendant pr√®s d'un si√®cle, les Comn√®nes tent√®rent de redresser l'empire et de lui redonner un peu de son lustre pass√©. √Ä son arriv√©e au pouvoir, Alexis Ier Comn√®ne (1057-1118) trouva un empire exsangue. La noblesse civile s'√©tait multipli√©e, perdant toute autorit√© alors que la monnaie √©tait d√©valu√©e et l'√©conomie ruin√©e. Le syst√®me des th√®mes qui avait assur√© la protection de l'empire gr√Ęce aux soldats-paysans ne fonctionnait plus parce que l'arm√©e √©tait dor√©navant compos√©e essentiellement de mercenaires occidentaux (Fran√ßais, Normands d'Italie, Anglo-Saxons) qu'on ne pouvait payer en leur donnant des terres. M√™me l'√Čglise √©tait en proie √† toutes sortes de difficult√©s, allant des d√©sordres dans les monast√®res du Mont Athos, au mouvement h√©r√©tique des Bogomiles qui, partis de Bulgarie, s'√©taient r√©pandus jusqu'√† Constantinople[169].

Alexis s'employa d'abord √† restreindre le pouvoir des s√©nateurs et des eunuques du Palais en s'appuyant sur les membres de sa propre famille et sur quelques autres familles de la noblesse militaire. Il cr√©a √† cet effet une nouvelle hi√©rarchie aux titres aussi pompeux que vides de substance et en s'entourant de conseillers venus de milieux modestes, voire d'√©trangers[170]. Ce fut surtout en politique √©trang√®re que se d√©montra son g√©nie diplomatique. Le tr√©sor √©tant vide et l'arm√©e √† court d'effectifs, il tenta d'endiguer les dangers ext√©rieurs par un habile jeu d'alliances. Contre Robert Guiscard et les Normands, il s'allia √† Venise qui voulait maintenir sa libert√© de mouvement dans l'Adriatique et emp√™cher qu'une puissance quelconque n'en contr√īle les deux rives. Celle-ci fit cependant payer tr√®s cher son aide en obtenant pour ses marchands des pouvoirs extraordinaires y compris des exemptions de taxes qui leur donnaient l'avantage sur les commer√ßants byzantins[171] - [172].

Alexis Ier recevant les chefs croisés. S'il a effectivement fait appel à l'Occident pour que celui-ci lui envoie des troupes, il s'attendait à voir arriver des mercenaires et non des armées entières dont l'objectif est de se tailler des principautés indépendantes.

La mort de Robert Guiscard en 1085 permit à Alexis de se tourner vers les Petchenègues installés en Mésie, entre le Danube et les Balkans. Ceux-ci envahirent d'abord la Thrace en 1086 avec leurs alliés les Coumans. Mais, bien vite, Petchenègues et Coumans en vinrent aux mains après la bataille de Dristra. Aussi, lorsque les Turcs s'allièrent aux Petchenègues et vinrent mettre le siège devant Constantinople, Alexis eut l'idée de s'allier aux Coumans. Cette stratégie devait libérer l'empire des Petchenègues, qui furent pratiquement annihilés lors de la bataille de la colline de Lebounion, le [173]. Restaient toutefois à affronter les Turcs conduits par l'émir de Smyrne, Tzachas (ou Çaka). L'échec du Mont Lebounion n'avait pas découragé Tzachas qui préparait une nouvelle campagne pour attaquer Abydos et, de là, Constantinople. Contre lui, Alexis fit alliance avec le fils de Soliman, Qilidj (ou Kilic) Arslan que le nouveau sultan de Perse avait établi comme vassal à Nicée. Tzachas n'était plus de taille à lutter contre les forces des deux alliés et en appela au sultan qui s'en débarrassa en le faisant égorger. En 1095, Constantinople était ainsi délivrée des dangers que représentaient ses voisins immédiats[174].

La capture de Jérusalem par les croisés.

Alexis fit preuve de la m√™me clairvoyance devant le nouveau danger que repr√©sentaient les croisades. Pour lutter contre ses turbulents voisins, il avait au moins √† deux reprises demand√© au pape d'encourager les chevaliers d'Occident √† venir lui pr√™ter main-forte. Dans son esprit, il s'agissait de lutter contre les Turcs et les Petchen√®gues, non de d√©livrer le tombeau du Christ. Aussi, l'allure que prit la premi√®re croisade (1095‚Äď1099) le surprit-il, tout comme l'enthousiasme qu'elle g√©n√©ra en Europe surprit le pape. Si Alexis put se d√©barrasser assez ais√©ment des bandes indisciplin√©es de Pierre l'Ermite en les cantonnant de l'autre c√īt√© du Bosphore pour √©viter tout pillage de Constantinople, il crut pouvoir utiliser les chevaliers crois√©s comme il l'avait fait avec d'autres mercenaires pour reconqu√©rir la c√īte d'Asie mineure. Pour arriver √† ses fins, il crut bon d'adopter une coutume qui s'installait dans l'Europe f√©odale, celle du serment d'all√©geance, faisant des barons ses vassaux, les obligeant √† rendre √† l'empire les terres qu'ils pourraient conqu√©rir et √† se conduire √† l'√©gard de leur nouveau suzerain ¬ę en toute soumission et avec pures intentions ¬Ľ[175]. Si certains comme Hugues de France, le premier arriv√©, se pr√™t√®rent sans difficult√© √† cette formalit√©, d'autres s'y refus√®rent comme Tancr√®de de Hauteville qui passa en Asie sans venir √† Constantinople ou Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, pour qui les croisades √©taient une question de conqu√™te spirituelle et non temporelle[176]. Ainsi, et malgr√© sa prudence, Alexis se r√©v√©la-t-il impuissant √† emp√™cher la cr√©ation de royaumes latins en Syrie et en Palestine. Il profita toutefois de l'avanc√©e des crois√©s pour reconqu√©rir les c√ītes de l'Asie mineure ainsi que la ville de Nic√©e mais Antioche √©chappa √† son contr√īle et devint le si√®ge d'une principaut√© latine tentant de pr√©server son ind√©pendance face aux revendications byzantines[177].

Jean II Comn√®ne : la continuation de l'Ňďuvre de rel√®vement

Jean II Comn√®ne repr√©sent√© sur un panneau de mosa√Įque de Sainte-Sophie.

√Ä sa mort en 1118, Alexis avait mis un terme aux tiraillements entre les noblesses civile et militaire, avait reconstitu√© une arm√©e et une marine puissantes, avait √©cart√© les dangers d'invasion venant de ses voisins tout en regagnant plusieurs provinces perdues par ses pr√©d√©cesseurs imm√©diats. Son fils, Jean II Comn√®ne (1087-1143) parfois appel√© ¬ę le plus grand des Comn√®nes ¬Ľ[178] devint empereur en d√©pit du complot d'Anne, sa sŇďur ain√©e, pour le faire assassiner et s'emparer du tr√īne avec son mari, le c√©sar Nic√©phore Bryenne. Jean dut aussi faire face √† son fr√®re Isaac qui tenta de le d√©tr√īner en 1130. On sait assez peu de choses sur sa politique int√©rieure, hormis qu'il continua la r√©organisation de l'arm√©e en augmentant le recrutement indig√®ne et qu'il se distingua par ses fondations religieuses dont le monast√®re du Pantocreator ; on retient surtout de lui que son r√®gne fut une ¬ę campagne perp√©tuelle ¬Ľ[179].

Dans les Balkans, Jean termina l'Ňďuvre entreprise par son p√®re en mettant d√©finitivement hors d'√©tat de nuire les Petchen√®gues qui, apr√®s leur d√©faite de 1091, s'√©taient regroup√©s, avaient travers√© le Danube en 1122 et pillaient la Thrace et la Mac√©doine. Il en profita pour mettre au pas les pays serbes en proie √† une agitation continuelle et pour intervenir dans les querelles de succession en Hongrie qui devenait une puissance balkanique et adriatique importante[180] - [181]. Ce ne fut qu'en 1130 qu'il put se tourner vers l'Orient o√Ļ il tenta d'√©loigner les Turcs de l'Anatolie, de r√©tablir l'autorit√© de Byzance sur l'Arm√©nie et la Cilicie et d'imposer son autorit√© aux princes francs install√©s en Orient[182]. Apr√®s avoir vaincu l'√©mirat des Danichmendides de M√©lit√®ne en 1135, il se lan√ßa dans la conqu√™te de la Cilicie (achev√©e en 1137), ce qui lui permit de s'emparer d'Antioche dont le prince, Raymond de Poitiers, dut jurer fid√©lit√© √† l'empereur et hisser sa banni√®re sur les murs de la ville[183].

Les relations avec les √Čtats francs se d√©t√©rioraient et la question d'Antioche et de la Syrie mettait en √©vidence l'interrelation des int√©r√™ts de Byzance en Orient et en Occident. Jean Comn√®ne craignait une intervention de Roger II de Sicile, qui venait de conqu√©rir les Pouilles et la Campanie, dans les affaires d'Antioche. Il acc√©da donc √† la coalition form√©e par Lothaire II, le pape Innocent II, les vassaux r√©volt√©s des Pouilles et Venise contre le roi de Sicile et l'antipape Anaclet[182]. Les tentatives de Jean II pour se lib√©rer des liens contract√©s avec Venise et qui paralysaient le commerce byzantin furent vaines. Bien plus, apr√®s que la flotte v√©nitienne eut attaqu√© les √ģles byzantines de la mer √Čg√©e, Constantinople fut forc√©e de signer un nouveau trait√© en 1126 qui confirmait tous les privil√®ges de Venise[184]. Il pr√©parait une nouvelle exp√©dition contre Antioche, pr√©lude √† une exp√©dition plus large contre la Palestine, lorsqu'il mourut en 1143 des suites d'un accident de chasse.

Manuel Ier : entre poursuite des succès et premiers revers

Jean Comn√®ne avait d√©sign√© comme successeur son quatri√®me fils, Manuel Ier Comn√®ne (1118-1180). Le r√®gne de celui-ci marqua √† la fois l'apog√©e du rayonnement de Byzance tant en Orient qu'en Occident et le d√©but du d√©clin qui conduisit √† sa premi√®re chute en 1204. Il se caract√©rise par la politique √©trang√®re tr√®s ambitieuse de Manuel et parfois en d√©calage par rapport aux v√©ritables ressources de l'Empire byzantin[185]. De nombreux changements s'√©taient produits dans la soci√©t√© byzantine depuis l'av√®nement des Comn√®nes. L'un des plus importants √©tait le r√īle que jouait maintenant la famille imp√©riale dans l'administration de l'√Čtat. Rarement, auparavant, l'empereur partageait-il le pouvoir avec d'autres membres de sa famille hormis son successeur pr√©somptif. Avec les Comn√®nes, les membres de la famille imp√©riale se retrouvaient au sommet de la hi√©rarchie et exer√ßaient les plus hauts emplois civils et militaires. D'o√Ļ l'importance des alliances matrimoniales qui permirent d'ajouter progressivement aux grandes familles traditionnelles comme les Kontost√©phanos et les Pal√©ologues des familles de moins haute extraction comme les Anges, les Cantacuz√®nes et les Vatatz√®s qui jou√®rent un r√īle important dans les si√®cles suivants[186].

Absorbé par des projets ambitieux et lointains, Manuel Ier Comnène en oublia parfois les menaces les plus urgentes.

Par ailleurs, les contacts de plus en plus nombreux avec l'Occident commen√ßaient √† transformer les structures et les mentalit√©s. Les √©trangers n'√©taient en effet plus seulement mercenaires dans l'arm√©e. Manuel, qui √©tait v√©ritablement fascin√© par le monde des chevaliers et ses coutumes, nomma nombre d'entre eux dans son administration, ce qui, joint aux privil√®ges dont jouissaient les marchands de Venise, G√™nes et Pise, provoquait un m√©contentement croissant dans la population[187]. Mais, tout comme le r√®gne de Jean II, celui de Manuel Ier fut davantage occup√© par les questions de politique √©trang√®re. La question normande demeura au centre des pr√©occupations mais, contrairement √† ce qui s'√©tait pass√© sous Jean II, ce fut cette fois la question de l'Italie qui prit les devants. La collaboration avec le Saint-Empire de Conrad III continua jusqu'√† la deuxi√®me croisade (1147‚Äď1149) √† laquelle ce dernier participa avec le roi de France, Louis VII, ami de Roger II. L'√©chec de cette croisade ne devait profiter qu'aux Turcs et aux Normands[188]. Une nouvelle croisade se dessinait, dirig√©e sp√©cifiquement cette fois contre l'empire byzantin. Elle aurait regroup√© d'un c√īt√© les Normands, les Guelfes, la France, la Hongrie et la Serbie, de l'autre Byzance, le Saint-Empire romain germanique et Venise. La mort de Conrad III et l'arriv√©e au pouvoir de Fr√©d√©ric Barberousse mit un terme √† l'alliance entre le Saint-Empire et Byzance, Fr√©d√©ric Barberousse rejetant les pr√©tentions de Byzance sur l'Italie et aspirant lui-m√™me √† √™tre le seul h√©ritier de l'empire romain universel[189]. La mort de Roger II en 1154 et l'av√®nement de son fils Guillaume Ier permit de croire √† un apaisement, voire √† un renversement des alliances. Il n'en fut rien cependant et les efforts de Manuel pour pousser son avantage en Italie n'eurent pas de succ√®s, le for√ßant √† n√©gocier un arrangement avec Guillaume Ier.

Dans les Balkans, Manuel r√©ussit √† r√©tablir l'autorit√© imp√©riale et √† conserver la Dalmatie et une partie de la Croatie. En 1161, il avait r√©ussi √† mater les Serbes, d√©posant le grand isp√°n Pervoslav UroŇ° et le rempla√ßant par celui qui devint apr√®s plusieurs autres √©pisodes le lib√©rateur de la Serbie, √Čtienne N√©manja. En Hongrie, il intervint de 1161 √† 1173 dans les affaires de succession, soutenant un candidat puis l'autre jusqu'√† ce qu'il installe B√©la III sur le tr√īne. √Ä ce moment, Manuel est au fa√ģte de sa puissance. Le d√©clin commen√ßa lorsqu'il entreprit de r√©aliser l'unit√© de l'√Čglise et celle de l'Empire en amenant le pape √† le couronner empereur d'Occident. Ce qui √©tait encore possible sous Justinien ne l'√©tait plus dans une Europe o√Ļ un syst√®me complexe d'√Čtats ne permettait plus la cr√©ation d'un empire universel. La coalition qui se forma imm√©diatement contre lui et le trait√© de paix qu'il dut signer avec les Normands mirent fin √† ce mirage et amen√®rent le d√©part d√©finitif des troupes byzantines d'Italie en 1158[190].

Il connut toutefois un certain succ√®s dans ses relations avec les √Čtats latins d'Orient. Menac√©s par les Turcs, ceux-ci furent r√©duits, l'un apr√®s l'autre, √† reconna√ģtre l'empereur comme leur protecteur. Les choses tourn√®rent mal lorsque, √† la suggestion du roi de J√©rusalem, Amaury Ier, il con√ßut le projet d'une exp√©dition contre l'√Čgypte, sorte de croisade qui aurait √©t√© dirig√©e par Byzance avec comme alli√©s les royaumes latins. Cependant, Amaury n'attendit pas l'empereur pour attaquer et fut d√©fait par Nur ad-Din et son serviteur, Saladin, qui devint l'ennemi le plus implacable des √Čtats chr√©tiens. Une deuxi√®me tentative n'eut pas plus de succ√®s et l'appel lanc√© par Amaury en Occident en faveur d'une nouvelle croisade resta lettre morte. Une derni√®re tentative venant de Manuel, cette fois aupr√®s du successeur d'Amaury, n'eut pas plus de r√©sultats et l'alliance entre Byzance et les √Čtats latins fut abandonn√©e[191]. √Ä sa mort en 1180, Manuel laissait un empire renforc√© sans pour autant avoir r√©ussi √† √©liminer les menaces int√©rieures et ext√©rieures fragilisant l'empire. Ainsi, sa d√©faite √† Myriok√©phalon contre les Seldjoukides permit √† ces derniers de rester une puissance mena√ßante sur un territoire qui, un si√®cle plus t√īt, √©tait encore byzantin.

L'Empire byzantin en 1180.

Les derniers Comnènes : les prémices du déclin

Son h√©ritier, Alexis II Comn√®ne (1169-1183) √©tait un gar√ßon de treize ans. La r√©gence √©chut √† sa m√®re, Marie d'Antioche, qui dirigea le pays avec le protos√©baste Alexis Comn√®ne. Le choix de ce dernier engendra un grand ressentiment dans la famille Comn√®ne, pendant que la partialit√© de la reine-m√®re, elle-m√™me une latine, en faveur des marchands italiens, dressait le peuple contre le r√©gime. La puissance des empereurs Comn√®ne reposait sur leur capacit√© √† se faire ob√©ir, or celle-ci fit d√©faut aux r√©gents d'Alexis[192]. Plusieurs coups d'√Čtat furent tent√©s, en vain, jusqu'√† ce qu'apparaisse Andronic Comn√®ne, un aventurier qui avait √©t√© le seul √† s'opposer publiquement √† l'empereur Manuel. Ennemi de l'aristocratie f√©odale et de ce qui √©tait latin en g√©n√©ral, il n'eut aucune difficult√© √† rentrer √† Constantinople o√Ļ la population laissa √©clater sa rage contre les Latins au cours d'√©meutes dans lesquelles ceux qui n'arriv√®rent pas √† fuir √† temps furent massacr√©s[193].

L'humiliation d'Andronic symbolisa l'impopularit√© de celui-ci au moment o√Ļ l'Empire byzantin faisait face √† des menaces de plus en plus pressantes et dangereuses. Le massacre des Latins de Constantinople au d√©but de son r√®gne contribua ainsi √† accro√ģtre le foss√© entre l'Empire byzantin et la chr√©tient√© occidentale.

Apr√®s avoir feint de prot√©ger le jeune empereur, Andronic Comn√®ne (1118-1185) se fit lui-m√™me couronner empereur et, deux mois plus tard, faisait √©trangler Alexis dont le corps fut jet√© √† la mer. Se pr√©sentant comme r√©solu √† extirper le vice par tous les moyens, Andronic s'attaqua √† la v√©nalit√© des charges √† Constantinople et aux extorsions pratiqu√©es par les agents du fisc dans les provinces. La corruption fut traqu√©e sans piti√© ; les fonctionnaires devaient choisir : ou bien cesser d'√™tre injustes ou bien cesser de vivre[194]. Andronic cherchait √† r√©duire le poids de l'aristocratie. En effet, celle-ci affaiblissait l'autorit√© imp√©riale tout en rachetant les terres des paysans-soldats formant la base de l'arm√©e byzantine. D√®s lors, l'Empire byzantin devait faire constamment appel √† des mercenaires dont la fiabilit√© restait faible. Tr√®s vite cependant, ce r√©gime vertueux se transforma en r√©gime de terreur. Les r√©voltes se multipli√®rent et la guerre civile mena√ßait. Sur le plan ext√©rieur, le d√©clin amorc√© sous Manuel s'acc√©l√©ra. B√©la III de Hongrie s'empara de la Dalmatie, de la Croatie et de la r√©gion de Sirmium. √Čtienne N√©manja, apr√®s avoir rattach√© Z√©ta √† la Rascie originelle, proclama l'ind√©pendance de ce qui devint l'√Čtat serbe. Chypre, dont la position strat√©gique √©tait d'une importance capitale se s√©para de l'empire. Le coup fatal devait toutefois venir des Normands qui, apr√®s s'√™tre empar√©s Dyrrachium (en juin 1185), se dirig√®rent contre Thessalonique qui tomba en ao√Ľt. Les Normands inflig√®rent alors aux Grecs le sort que ces derniers avaient r√©serv√© aux Latins trois ans plus t√īt. Ensuite, une partie de l'arm√©e normande se dirigea vers Constantinople o√Ļ r√©gnaient la terreur du r√©gime, la crainte de l'ennemi et la col√®re. La r√©volution √©clata et, le , les √©meutiers s'empar√®rent d'Andronic et le mirent √† mort[195].

La dynastie des Anges ou l'effondrement de l'empire (1185-1204)

D√©j√†, sous les deux derniers empereurs Comn√®ne, le d√©clin de l'empire devint une r√©alit√© et le r√®gne prestigieux de Manuel paraissait lointain. Sous la courte dynastie des Ange, l'Empire byzantin vit sa situation s'aggraver tant sur le plan interne (multiplication des soul√®vements ou des mouvements s√©paratistes) que sur le plan ext√©rieur (menace latine de plus en plus pressante) jusqu'√† la prise de Constantinople en 1204 qui entra√ģna le monde byzantin dans une crise sans pr√©c√©dent[196].

Le début du déclin

Avec Isaac II Ange (1185-1195) commen√ßa un processus de dissolution int√©rieure et ext√©rieure qui aboutit en moins de vingt ans √† la disparition de l'empire. Les Anges, famille relativement obscure, originaire de Philadelphie (aujourd'hui AlaŇüehir), √©taient entr√©s dans l'aristocratie imp√©riale gr√Ęce au mariage de la plus jeune fille d'Alexis I avec Constantin Ange. Lorsqu'il devint empereur √† la faveur du soul√®vement populaire qui renversa Andronic, Isaac dut faire face √† la jalousie des familles plus anciennes et plus titr√©es qui pouvaient √©galement aspirer au tr√īne[197]. Il choisit alors de s'appuyer sur la bureaucratie, prenant le contrepied de la politique d'Andronic. Les magistratures furent vendues ¬ę comme des l√©gumes au march√© ¬Ľ[198], la monnaie fut d√©valu√©e pour payer les fonctionnaires, les imp√īts furent augment√©s et les grands propri√©taires terriens prirent la place de l'administration civile des th√®mes devenus inop√©rants. Le sympt√īme principal du d√©clin de l'√Čtat byzantin, c'est-√†-dire le poids sans cesse grandissant de l'aristocratie terrienne au d√©triment de l'autorit√© imp√©riale continua de s'aggraver sous la dynastie des Anges.

C'est du reste l'un de ces nouveaux imp√īts qui devait amorcer le processus mettant fin √† la ma√ģtrise de Byzance sur les Balkans. Prenant pr√©texte de l'usurpation du tr√īne par Andronic, le roi de Hongrie avait envahi les Balkans et √©tait parvenu jusqu'√† Sofia. Ne pouvant faire face √† la fois √† ce danger et √† celui des Normands qui avaient envahi Thessalonique et avan√ßaient vers Constantinople, Isaac se r√©solut √† traiter avec B√©la III, alliance scell√©e par le mariage d'Isaac avec la fille de B√©la. Pour payer les frais de ce mariage, il imposa une taxe sp√©ciale sur les troupeaux. Les Valaques qui habitaient les r√©gions montagneuses entre le Danube et la Thessalie[199] refus√®rent de payer et deux fr√®res, Pierre Deleanu et Pierre Asen, prirent la t√™te d'une insurrection qui s'√©tendit bient√īt √† l'ensemble de la Mac√©doine et de la Bulgarie (en 1186). Ils s'alli√®rent avec les Bulgares vivant dans les plaines, avec les Valaques et les Coumans vassaux de la Hongrie vivant au nord du Danube et avec √Čtienne N√©manja de Serbie √©galement. Pierre Deleanu prit le titre de ¬ę tsar ¬Ľ pendant qu'√Čtienne N√©manja accroissait ses territoires aux d√©pens de l'empire. Les Balkans se divisaient ainsi en deux √Čtats sur lesquels Byzance n'exer√ßait plus aucun contr√īle. Affaibli par les deux tentatives de coup d'√Čtat du g√©n√©ral Alexis Branas, membre d'une famille pr√©tendant avoir droit au tr√īne, Isaac dut traiter avec Deleanu et Asan. Constantinople abandonnait la r√©gion comprise entre la cha√ģne des Balkans et le Danube : un Second Empire bulgare √©tait n√©, qui s'agrandit bient√īt de la Mac√©doine, des Rhodopes et de la Valachie[200].

Les tensions liées au passage de la troisième croisade menée par Frédéric Barberousse sur le territoire de l'Empire byzantin constituèrent le prélude de la catastrophe de 1204.

La situation n'√©tait gu√®re meilleure du c√īt√© de l'Asie mineure. Parti d'√Čgypte, Saladin avait conquis la Syrie et √©tait entr√© dans J√©rusalem le 2 octobre 1187. D√©buta alors la troisi√®me croisade (1189-1192) conduite par Fr√©d√©ric Ier Barberousse, Philippe Auguste et Richard CŇďur de Lion. Si Richard CŇďur de Lion avait d√©cid√© de se rendre en Palestine par voie maritime (conqu√©rant Chypre en 1191, laquelle resta pendant des si√®cles aux mains des Occidentaux), Fr√©d√©ric Barberousse choisit de s'y rendre par voie terrestre, via la Hongrie et les Balkans. Pour ce faire, il fit alliance avec les Bulgares, les Serbes et les Valaques, trop heureux d'avoir ainsi un puissant alli√© contre Byzance. Apr√®s avoir, dans un premier temps, accord√© libre passage aux arm√©es de Fr√©d√©ric, Isaac se mit en rapport avec Saladin avec qui il conclut un trait√© visant √† d√©truire l'arm√©e allemande. Apr√®s avoir employ√© la force pour traverser les Balkans, Fr√©d√©ric se mit √† ravager la Thrace et se dirigea vers Constantinople, qu'il atteignit en 1190. Vaincu, Isaac dut conclure un accord avec Fr√©d√©ric s'engageant √† laisser passer l'arm√©e sur son territoire. Pendant sa longue marche, l'arm√©e fut continuellement harcel√©e par les Turcs tenus inform√©s des progr√®s de l'exp√©dition par Isaac, jusqu'√† ce que Fr√©d√©ric se noie le 10 juin et que son arm√©e se disperse[201].

La politique de collaboration men√©e par Manuel avec les √Čtats latins laissait place √† une m√©fiance grandissante de l'Occident √† l'endroit de Constantinople soup√ßonn√©e avec raison de connivence avec l'ennemi, pendant que la papaut√©, pour sa part, s'impatientait des atermoiements de Constantinople sur la question de la r√©unification des √Čglises d'Orient et d'Occident[202]. Les ann√©es qui suivirent furent marqu√©es par la reprise des combats dans les Balkans jusqu'√† ce qu'un complot ourdi par le propre fr√®re de l'empereur, Alexis, ne renverse Isaac qui eut les yeux crev√©s et fut exil√© dans un monast√®re. Alexis III Ange (1195-1203) √©tait le fr√®re a√ģn√© d'Isaac. Il avait pass√© la totalit√© du r√®gne d'Andronic exil√© en Syrie et avait √©t√© emprisonn√© √† Tripoli. La conspiration avait √©t√© men√©e par un groupe d'aristocrates repr√©sentant les familles Branas, Pal√©ologue, Petraliphas et Cantacuz√®ne qui esp√©raient qu'Alexis remettrait la grande aristocratie au pouvoir[203]. Durant les neuf ann√©es que dura son r√®gne, la bureaucratie qui commandait de g√©n√©reux salaires se multiplia, obligeant la lev√©e de nouvelles taxes au d√©triment g√©n√©ralement des provinces. √Ä l'ext√©rieur, le d√©membrement de l'empire se poursuivit. Les Turcs continuaient leur progression en Asie mineure pendant que les Coumans ravageaient la Thrace. Dans les Balkans, une querelle entre les deux fils d'√Čtienne N√©manja, qui avait abdiqu√© et s'√©tait retir√© dans un monast√®re, devait porter au pouvoir l'ain√©, Voukan, qui reconnut la suzerainet√© politique de la Hongrie et la supr√©matie religieuse de la papaut√©. En Bulgarie, le nouveau tzar, Kaloiannis (en bulgare : –ö–į–Ľ–ĺ—Ź–Ĺ, en valaque : IoniŇ£ńÉ Caloian) le plus jeune des fr√®res Deleanu et Asen, qui avait √©t√© envoy√© en otage √† Constantinople et en √©tait revenu avec une haine implacable des Byzantins, fit de m√™me et demanda la reconnaissance officielle du pape Innocent III[204]. On passait ainsi d'une √Čglise orthodoxe autoc√©phale maintenant des relations avec Constantinople, √† une √©glise uniate alli√©e √† Rome.

En Occident, priv√©e de la puissance maritime qui avait fait sa force, Byzance √©tait incapable de faire r√©gner l'ordre en M√©diterran√©e o√Ļ les pirates des r√©publiques maritimes de G√™nes et de Pise imposaient leur loi. L'empereur en vint m√™me √† s'entendre avec certains pirates g√©nois pour qu'ils √©pargnent les navires grecs et viennent vendre le fruit de leurs larcins √† Constantinople, ce qui eut pour effet de brouiller Constantinople et Venise o√Ļ le nouveau doge, Enrico Dandolo, avait tent√© de renouveler les trait√©s traditionnels existant avec Byzance[205]. De son c√īt√©, par suite de son mariage avec l'h√©riti√®re normande Constance, l'empereur du Saint-Empire romain, Henri VI, √©tait devenu roi de Sicile et ambitionnait ouvertement de conqu√©rir l'Empire byzantin[206]. Se posant en vengeur de l'empereur d√©tr√īn√©, il obligea Alexis √† n√©gocier le versement d'un √©norme tribut que Byzance √©tait bien incapable de payer. Si Henri en vint √† r√©duire ses exigences, ce fut moins par magnanimit√© que pour r√©pondre √† l'appel du pape qui insista pour que Henri tourne son attention vers J√©rusalem. Une trop grande puissance du Saint-Empire romain germanique aurait constitu√© une menace pour la papaut√©, dont le pouvoir s'affirmait en Europe occidentale et centrale[207].

La quatrième croisade et le sac de Constantinople

L'entrée des croisés à Constantinople, huile d'Eugène Delacroix (1840).

La mort d'Henri VI en 1197 et l'av√®nement d'un nouveau pape en 1198 semblaient devoir √©loigner la perspective d'une nouvelle croisade contre Constantinople. D√®s son √©lection au tr√īne pontifical, Innocent III avait lanc√© un appel √† une nouvelle croisade ayant comme but J√©rusalem. Mais, contrairement aux premi√®res croisades, la r√©ponse ne vint pas des souverains, trop pr√©occup√©s par leurs querelles en Europe, mais plut√īt de comtes fran√ßais comme Thibaut de Champagne et Louis de Blois qui prirent la croix au sortir d'un tournoi en novembre 1199[208].

D√®s le d√©part le pape demanda l'aide de Venise pour transporter les crois√©s vers l'√Čgypte d'o√Ļ ils se rendraient vers la Terre sainte par voie de terre. Venise accepta de transporter 4 500 chevaliers et leurs chevaux, 9 000 servants et 20 000 fantassins moyennant une somme de 94 000 marks. De plus, elle s'engageait √† fournir elle-m√™me 50 galions et leur √©quipage pourvu que le butin de guerre soit partag√© √† parts √©gales[209]. Cette estimation √©tait exag√©r√©e et les Fran√ßais, apr√®s une longue attente, furent incapables de payer la somme pr√©vue alors que les V√©nitiens avaient scrupuleusement respect√© leur part du contrat[210]. Pour leur permettre de s'acquitter de leur dette, les V√©nitiens propos√®rent alors aux crois√©s de les aider √† capturer Zara (maintenant Zadar en Croatie), ancienne ville ind√©pendante de l'Empire byzantin et dont Venise r√©clamait la possession, mais qui s'√©tait mise sous la protection de la Hongrie dont le roi faisait lui-m√™me partie de la croisade[211]. L'exp√©dition aurait d√Ľ en principe reprendre le chemin de l'√Čgypte apr√®s la prise de Zara, mais tout indique que l'on visait d√©j√† Constantinople. En effet, Alexis, le fils de l'empereur d√©tr√īn√©, s'√©tait √©chapp√© de sa captivit√© et avait fait appel aux crois√©s par l'interm√©diaire du chef de la croisade, Boniface de Montferrat, promettant d'une part de ramener l'√Čglise orthodoxe dans le giron de Rome, d'autre part de d√©frayer les d√©penses des crois√©s, de les aider √† prendre J√©rusalem et d'entretenir par la suite √† ses frais 500 chevaliers en Palestine[212]. En avril 1203, Alexis se joignait aux forces des crois√©s √† Zara qui fut conquise. Ensuite, les crois√©s firent voile vers Constantinople qu'ils attaqu√®rent le malgr√© l'interdiction formelle du pape.

Alexis III ne put tenir le si√®ge qu'un mois et, le 17 juillet, il s'enfuit pour se r√©fugier en Thrace en emportant avec lui le tr√©sor et les joyaux de la couronne, pendant que les provinces faisaient s√©cession[213]. L'empereur Isaac II fut sorti de son monast√®re et celui-ci reprit sa place au c√īt√© de son fils couronn√© sous le nom d'Alexis IV Ange (1203-1204). Si les deux empereurs firent soumission au pape, ils furent bien incapables de tenir leurs engagements √† l'√©gard des crois√©s. Sans arm√©e, Alexis se joignit √† celle des crois√©s dans leur exp√©dition en Thrace, mais ne put √† son retour remplir ses engagements financiers[214]. √Ä la fin de janvier, Alexis Doukas, beau-fils d'Alexis III, prit la t√™te d'une r√©volte anti-latine au cours de laquelle Alexis IV fut tu√© pendant que son p√®re prenait le chemin de la prison o√Ļ il devait mourir peu apr√®s. Devenu empereur, Alexis V Doukas (1204) se h√Ęta de relever les fortifications de Constantinople. V√©nitiens et crois√©s s'entendirent alors sur une nouvelle offensive visant cette fois √† prendre eux-m√™mes le contr√īle de l'empire et √† se diviser les d√©pouilles. Le , Constantinople tombait entre leurs mains. Pendant les trois jours qui suivirent, la ville fut pill√©e et incendi√©e. Le chroniqueur des crois√©s, Geoffroi de Villehardouin, √©crivit : ¬ę Depuis la cr√©ation du monde, jamais un tel butin n'avait √©t√© fait dans une ville ¬Ľ, alors que le chroniqueur byzantin Nic√©tas Choniat√®s √©crivit pour sa part : ¬ę Les Sarrasins eux-m√™mes sont bons et compatissants en comparaison de ces gens qui portent la croix du Christ sur l'√©paule ¬Ľ[215].

La domination latine et la dynastie des Lascarides de Nicée (1204-1261)

La division du territoire impérial

Situation de l'Empire byzantin après la quatrième croisade, en 1204.

Conform√©ment au trait√© conclu en mars, crois√©s et V√©nitiens se partag√®rent l'empire selon une formule s'apparentant √† celle d'un condominium. Venise occuperait les trois-huiti√®mes de Constantinople incluant Sainte-Sophie. Il lui appartiendrait donc d'en nommer le patriarche en d√©pit de l'opposition du pape qui, apr√®s avoir d√©nonc√© la prise de Constantinople, avait fini par s'en accommoder. En fonction de ses int√©r√™ts, Venise s'√©tait appropri√© une s√©rie d'√ģles qui reliaient l'Adriatique √† Constantinople, occupant √©galement la Dalmatie. De plus, elle chassa les G√©nois des possessions qu'ils avaient occup√©es sous l'empire et acheta l'√ģle de Cr√®te √† Boniface de Montferrat[216]. Pour leur part, les crois√©s √©tablirent un Empire latin de Constantinople dont le premier empereur fut le comte Baudouin de Flandres (1204-1205). Ce nouvel empire comprenait les cinq-huiti√®mes de Constantinople non administr√©s par les V√©nitiens, la partie c√īti√®re de la Thrace et de l'Anatolie ainsi que les √ģles de Chios, Lesbos et Samos ; mais, √† partir de 1205, ce territoire se r√©duisit progressivement jusqu'√† n'inclure que Constantinople et ses abords imm√©diats[217]. Aux termes du trait√©, l'empereur latin devait recevoir le quart de l'empire byzantin, Venise la moiti√© des trois-quarts restants alors que les chevaliers se partageraient l'autre moiti√©. C'est pourquoi, √† c√īt√© de cet empire, fut cr√©√© le royaume de Thessalonique, pour Boniface de Montferrat dont le territoire s'√©tendait sur les r√©gions de Mac√©doine et de Thessalie adjacentes √† Thessalonique. Celui-ci se perp√©tua jusqu'en 1224, date √† laquelle il fut conquis par le despote d'√Čpire[218]. La principaut√© d'Acha√Įe, fut cr√©√©e pour Guillaume de Champlitte et Geoffroy Villehardouin. Situ√©e dans le nord-ouest du P√©loponn√®se, elle avait comme centre Andravida et se maintint sous une forme de plus en plus r√©duite jusqu'en 1430 alors qu'elle fut conquise par les Grecs de Mistra. Le duch√© d'Ath√®nes, qui comprenait l'Attique et la B√©otie, fut rapidement c√©d√© par Boniface de Montferrat √† Othon de la Roche. Centre industriel important, il fut conquis en 1311 par des mercenaires catalans[217].

Toutefois, la cr√©ation de royaumes latins ne signifiait pas la fin d'une tradition mill√©naire. Les Byzantins se repli√®rent vers trois centres qui la perp√©tu√®rent : le despotat d'√Čpire, l'empire de Tr√©bizonde et l'empire de Nic√©e. Ce fut gr√Ęce √† ce dernier √Čtat que Byzance devait rena√ģtre en 1261. Pr√®s de la moiti√© de la population avait pu fuir Constantinople avant la chute. Elle se regroupa dans le nord-ouest de la Gr√®ce sur les hauts-plateaux de l'√Čpire o√Ļ se constitua une petite principaut√© autour de Michel Comn√®ne Doukas, g√©n√©ralement connue sous le nom de ¬ę despotat d'√Čpire ¬Ľ, m√™me si Michel n'utilisa jamais ce titre. En plus de demeurer un centre de diffusion de la culture byzantine, elle devint un centre strat√©gique pour emp√™cher l'extension de la colonisation latine. Les successeurs de Michel devaient se maintenir au pouvoir jusqu'√† la conqu√™te ottomane en 1479. L'empire de Tr√©bizonde, au sud-est de la mer Noire, fut fond√© non pas en r√©ponse √† l'invasion des crois√©s, mais plut√īt √† la chute de la dynastie des Comn√®nes. Il servit de refuge aux petits-fils d'Andronic Ier Comn√®ne, Alexis et David Comn√®ne, et fut cr√©√© quelques mois avant la prise de Constantinople. R√©duit progressivement √† une mince bande de terre le long de la c√īte, il devait se maintenir en d√©pit de menaces constantes pendant 250 ans jusqu'√† sa conqu√™te en 1461 par les Ottomans. Apr√®s la chute de Constantinople, Nic√©e, situ√©e au sud-est de Constantinople en Anatolie, fut conquise en 1206 par Th√©odore Lascaris, beau-fils d'Alexis III Ange qui y cr√©a l'empire de Nic√©e en 1208. Jusqu'en 1261, l'empire de Nic√©e et le despotat d'√Čpire pr√©tendirent d√©tenir la l√©gitimit√© d'un gouvernement en exil[219]. Toutefois, les √Čtats grecs furent aussi concurrenc√©s par les Bulgares et les Serbes qui cherch√®rent √©galement √† recr√©er un empire orthodoxe dont ils assumeraient la direction. L'empire de Nic√©e sortant vainqueur de cette confrontation, il est consid√©r√© comme le successeur de l'Empire byzantin.

Les premières années de l'empire de Nicée

En combattant victorieusement l'Empire latin et les Seldjoukides, Théodore Lascaris permet à l'empire de Nicée de devenir une puissance régionale durable susceptible de repartir à l'assaut de Constantinople.

Apr√®s avoir √©pous√© la fille d'Alexis III et re√ßu le titre de despote, Th√©odore Lascaris (1174-1221) s'√©tait enfui en Asie mineure √† la chute de son beau-p√®re. C'est l√† qu'apr√®s la chute de Constantinople, il commen√ßa √† organiser la r√©sistance √† l'empire latin. En avril 1205, les troupes de l'empereur latin Baudouin furent an√©anties au cours d'un combat √† Andrinople par les troupes bulgaro-coumanes de Jean Kalojan et durent se retirer d'Asie mineure. Apr√®s avoir fix√© sa capitale √† Nic√©e, Th√©odore s'appliqua √† constituer un empire copi√© exactement sur les traditions qui avaient eu cours √† Constantinople. Un nouveau patriarche fut √©lu en la personne de Michel Autoreianos, qui porta le titre de patriarche Ňďcum√©nique de Constantinople m√™me s'il r√©sidait √† Nic√©e. Une assembl√©e √©lut Th√©odore empereur ; il fut couronn√© en 1208 du titre de ¬ę basileus et autocrator des Romains ¬Ľ, se posant ainsi comme successeur l√©gitime des empereurs byzantins[220].

Peu apr√®s, il dut faire face √† une invasion des Seldjoukides du sultanat de Roum situ√© entre l'empire de Nic√©e et celui de Tr√©bizonde. La victoire lors de la bataille d'Antioche du M√©andre, qu'il remporta contre les Turcs, effraya tellement le nouvel empereur latin Henri de Hainaut que celui-ci voulut envahir l'empire de Nic√©e pour √©viter une attaque contre Constantinople. Mais, avec des forces modestes, les deux camps s'√©puis√®rent rapidement et durent conclure une entente en 1214 aux termes de laquelle les Latins gardaient l'angle nord-ouest de l'Asie mineure, le reste s'√©tendant jusqu'√† l'empire seldjoukide demeurant possession de l'empire de Nic√©e[221] : les deux empires reconnaissaient r√©ciproquement leur existence. Th√©odore compl√©ta cette entente par un autre accord avec le podestat v√©nitien de Constantinople reconnaissant √† Venise les m√™mes libert√©s de commerce dont elle avait joui dans l'empire byzantin. Une premi√®re victoire diplomatique fut remport√©e lorsque Stefan Ier Nemanjińá, le fils d'√Čtienne N√©manja qui avait re√ßu sa couronne de Rome, tournant le dos √† l'archev√™ch√© catholique romain d'Ohrid, sollicita l'investiture du patriarche de Nic√©e et devint, en 1219, le premier archev√™que de l'√Čglise autoc√©phale de Serbie. Pendant ce temps, dans le despotat d'√Čpire, Th√©odore Ange avait succ√©d√© √† son demi-fr√®re Michel et avait pris le nom symbolique de Th√©odore Ange Doukas Comn√®ne, faisant ainsi valoir ses droits dynastiques. En 1224, il r√©ussit √† conqu√©rir le royaume de Thessalonique consid√©rablement affaibli par le d√©part de beaucoup de ses chevaliers vers l'Occident. Le despotat d'√Čpire s'√©tendait ainsi de l'Adriatique √† la mer √Čg√©e[222]. √Ä la suite de quoi, il revendiqua la couronne imp√©riale qu'il re√ßut de l'archev√™que catholique d'Ohrid trop heureux de se venger ainsi de l'onction donn√©e par son concurrent de Nic√©e au nouveau patriarche serbe.

Jean III Doukas Vatatzès : l'ère des reconquêtes

Hyperpérion représentant Jean III dont la politique extérieure victorieuse permet à l'empire de Nicée de s'implanter solidement en Europe et de préparer la reconquête de Constantinople.

L'empire de Nic√©e √©tait dor√©navant reconnu comme une puissance bien √©tablie. Le beau-fr√®re et successeur de Th√©odore Lascaris, Jean III Doukas Vatatz√®s (1192-1254), devait en faire la plus forte puissance de la r√©gion, avec un territoire s'√©tendant de la Turquie moderne √† l'Albanie[223]. Ce fut sous son r√®gne que la rivalit√© entre le despotat d'√Čpire et l'empire de Nic√©e pour la reconqu√™te de Constantinople atteignit son apog√©e. Apr√®s avoir ajout√© √† son propre royaume de Thessalonique une partie de la Thrace et Andrinople, Th√©odore Ange semblait pr√™t d'atteindre son but. C'√©tait toutefois compter sans le nouveau tsar des Bulgares, Jean As√™n II (1218-1241) qui ambitionnait aussi de conqu√©rir Constantinople et de cr√©er un empire byzantino-bulgare. Les deux empereurs ouvrirent les hostilit√©s et l'arm√©e de Th√©odore fut an√©antie √† Klokotnitsa[224]. Rapidement, Jean As√™n reprit la Thrace et la Mac√©doine conquises par Th√©odore de m√™me qu'une partie de l'Albanie. Ensuite, le nouveau roi serbe, Stefan Vladislav, √©pousa une fille de Jean As√™n lequel √©tendait ainsi l'influence bulgare sur la quasi-totalit√© des Balkans.

Jean As√™n conclut alors une alliance avec Jean Vatatz√®s contre l'Empire latin. Cette union contre un royaume fid√®le √† Rome exigea cependant que, rompant avec l'union scell√©e par Kalojan avec l'√Čglise romaine, Jean puisse √©tablir un patriarcat orthodoxe √† Tirnovo. En 1235, un trait√© d'alliance fut conclu qui unissait les deux maisons imp√©riales par le mariage du fils de Jean Vatatz√®s avec la fille de Jean As√™n. Parall√®lement √©tait proclam√© le patriarcat autoc√©phale de Bulgarie qui reconnaissait la supr√©matie du patriarche de Nic√©e officiellement mentionn√© en premier lieu dans les pri√®res de l'√Čglise[225]. Jean As√™n ne put r√©aliser son r√™ve et mourut en 1241 peu avant qu'une invasion mongole ne vienne mettre fin √† la puissance bulgare. L'ann√©e suivante, Jean Vatatz√®s lan√ßait une exp√©dition contre le nouvel empire de Thessalonique. Il parvint non seulement √† conqu√©rir les r√©gions jadis prises par Jean As√™n mais la ville de Thessalonique devint le lieu de r√©sidence du gouverneur g√©n√©ral charg√© de gouverner les possessions europ√©ennes de l'empire de Nic√©e[226]. √Ä sa mort, en 1254, Jean III Vatatz√®s laissait un empire dont la superficie avait plus que doubl√© et s'√©tendait non seulement en Asie mineure mais aussi sur une grande partie des Balkans. L'empire √©tait politiquement stable, d√©barrass√© de ses principaux concurrents bulgare, thessalonicien et m√™me latin puisque Baudouin II avait d√Ľ remettre en gage son propre fils aux marchands v√©nitiens pour obtenir un pr√™t permettant la survie de l'empire latin[227]. L'√©conomie √©tait florissante, l'invasion mongole for√ßant les Turcs √† venir se ravitailler dans l'empire. L'arm√©e r√©organis√©e pouvait assurer la d√©fense des fronti√®res.

Situation de l'empire byzantin en 1230.

L'arrivée des Paléologue et la reprise de Constantinople

Son successeur, Th√©odore II Lascaris (1221-1258), compl√©ta son Ňďuvre sur le plan intellectuel. Surnomm√© le ¬ę roi philosophe ¬Ľ, il fit de Nic√©e un centre scientifique et intellectuel qui attira les plus grands noms de l'√©poque. Homme d'action en m√™me temps qu'homme de lettres, il mena en 1254 et 1255 une vigoureuse campagne contre les Bulgares qui mena√ßaient les territoires de l'empire en Europe ; le mariage de sa fille avec l'h√©ritier du despotat d'√Čpire vint consolider son influence en Europe. Mais son attitude hautaine √† l'endroit de l'aristocratie lui valut de nombreux ennemis dont Michel Pal√©ologue, le futur Michel VIII, qu'il for√ßa √† l'exil[228].

Mort encore jeune, Th√©odore II laissait la couronne √† son fils Jean IV Lascaris (1250-1305) alors √Ęg√© de sept ans. La r√©gence devait √™tre assur√©e par le confident et seul v√©ritable ami de Th√©odore, Georges Muzalon, profond√©ment d√©test√© par l'aristocratie. Neuf jours plus tard, il √©tait assassin√© au cours d'une messe pour le souverain d√©funt. La r√©gence passa alors √† Michel VIII Pal√©ologue (1224 ou 1225-1282) qui √©tait entretemps revenu d'exil. Membre de l'une des plus vieilles familles de l'aristocratie byzantine, c'√©tait √©galement un g√©n√©ral adul√© par ses troupes. Promu m√©gaduc (chef de la marine), puis despote, il devint coempereur avec Jean IV en 1259[229]. Il eut l'honneur de r√©tablir l'empire byzantin de Constantinople gr√Ęce √† un concours de circonstances relevant plus de la chance que de l'exploit militaire. Le g√©n√©ral Alexis Strategopoulos envoy√© en Thrace pour surveiller la fronti√®re avec la Bulgarie passa avec une modeste arm√©e tout pr√®s de Constantinople. Il put constater que la ville n'√©tait pratiquement pas d√©fendue, la flotte v√©nitienne et la garnison latine √©tant parties mener une op√©ration en mer Noire. Il profita de l'occasion et fondit sur la ville, faisant fuir Baudouin II et son entourage[230]. Le 15 aout 1261, Michel VIII pouvait faire son entr√©e dans la ville et se diriger vers Sainte-Sophie rendue au culte orthodoxe. En septembre, l'empereur et sa femme y √©taient couronn√©s, leur fils et h√©ritier pr√©somptif, Andronic, devenant coempereur en lieu et place de Jean IV qui fut aveugl√© trois mois plus tard. Ainsi √©tait fond√©e une nouvelle dynastie, la plus longue √† r√©gner sur l'empire byzantin[231].

La chute finale et la dynastie des Paléologues (1261-1453)

La reconqu√™te de Constantinople permit la renaissance de l'Empire byzantin qui devenait √† nouveau une puissance influente. Toutefois, il perdit rapidement ce r√īle car une grande partie du territoire imp√©rial √©tait toujours occup√©e par d'autres forces tandis que l'√©tablissement de G√™nes et de Venise en mer √Čg√©e privait l'Empire byzantin d'une grande partie de ses revenus. En outre, la menace turque grandit progressivement et lorsque les Byzantins s'aper√ßurent de la gravit√© de la menace, il √©tait d√©j√† trop tard. Sur le plan int√©rieur, le poids de l'aristocratie se fit sans cesse grandissant au d√©triment de l'autorit√© imp√©riale tandis que le devoir militaire r√©sultant de l'obtention d'un fief devint de plus en plus th√©orique[232]. Les guerres civiles qui frapp√®rent sporadiquement l'empire ne firent qu'accro√ģtre le d√©clin. D√®s lors, au fil des d√©cennies, l'empire s'enfon√ßa dans une crise de plus en plus profonde qui le conduisit √† sa chute en 1453.

Les premières tentatives de reconstruction : le règne de Michel VIII (1261-1282)

En rose l’Empire byzantin sous Michel VIII en 1265 (en haut), et sous Jean VI et Mathieu Cantacuzène en 1355 (en bas).

Lorsque Michel VIII Pal√©ologue entra √† Constantinople, l'Empire byzantin √©tait r√©duit √† une √©troite bande c√īti√®re √† l'ouest de l'Asie mineure, aux √ģles avoisinantes de la mer √Čg√©e et √† une partie de la Thrace et de la Mac√©doine, y compris Thessalonique[233]. Il s'employa d'abord √† reconstruire la ville d√©vast√©e et √† la repeupler. Pour en assurer la d√©fense il dut reconstruire les fortifications et recr√©er une flotte, ce qui co√Ľta tr√®s cher et obligea √† d√©valuer √† nouveau l'hyperpyron. D'autre part, les concessions accord√©es aux G√©nois le privaient de sources de revenu consid√©rables[234].

Miniature de l'époque représentant Michel VIII Paléologue. Même s'il parvint à restaurer l'Empire byzantin, il laissa celui-ci ruiné financièrement à la fin de son règne.

Sur le plan ext√©rieur, Michel VIII et ses compatriotes √©taient convaincus, non sans raison, que l'Occident tenterait de lancer une nouvelle croisade pour reprendre Constantinople. Il lui fallait donc neutraliser le pape et le roi de Sicile, Manfred, aupr√®s duquel s'√©tait r√©fugi√© le dernier empereur latin, Baudouin II de Courtenay. La situation devint encore plus p√©rilleuse lorsque Manfred fut remplac√© par Charles d'Anjou. Si Manfred avait √©t√© l'ennemi du pape, Charles en devint le protecteur. Le trait√© de Viterbe de 1267 r√©unissait contre Constantinople la papaut√©, le royaume de Sicile, le pr√©tendant latin et le prince d'Acha√Įe ; il laissait pr√©sager une nouvelle croisade dans les sept ann√©es suivantes. Michel se lan√ßa donc dans une n√©gociation prolong√©e avec la papaut√© en vue de la r√©unification des cultes chr√©tiens, tentant d'y amener sa propre √Čglise[235]. Mais il avait eu maille √† partir avec celle-ci. Michel avait d√©mis le patriarche Ars√®ne de ses fonctions apr√®s que ce dernier l'eut excommuni√© pour avoir port√© la main sur Jean IV ; son rempla√ßant, Germain III, ne se laissa pas non plus intimider, si bien qu'il fut d√©pos√© √† son tour et remplac√© par un obscur moine, Joseph de Constantinople, qui accepta de r√©int√©grer l'empereur au sein de l'√Čglise. Mais de nombreux √©v√™ques prirent fait et cause pour Ars√®ne et les relations entre l'√Čglise et l'√Čtat demeur√®rent tendues de nombreuses ann√©es.

De son c√īt√©, le pape Cl√©ment IV (tout comme son successeur Gr√©goire X) ne voulait pas d'un concile o√Ļ seraient discut√©s les diff√©rends th√©ologiques. Il exigeait simplement un acte de reddition compl√®te et une profession de foi d√©taill√©e dans laquelle Michel VIII ferait acte de soumission au pape. Michel dut c√©der et un concile se tint effectivement √† Lyon de mai √† juillet 1274. Y fut scell√©e la r√©union des √Čglises de Rome et de Constantinople. Mais si la r√©unification s'av√©rait une victoire diplomatique pour Michel, en ce sens qu'elle √©loignait les dangers d'une nouvelle croisade, elle s'av√©rait un grave √©chec sur le plan int√©rieur en √©loignant l'empereur de son √Čglise et de son peuple qui voyaient dans la restauration de Constantinople le signe de la protection divine pour la foi orthodoxe[236].

Cela ne suffisait pas cependant pour neutraliser Charles d'Anjou bien r√©solu √† s'emparer de Constantinople. Dans une premi√®re tentative, il fit alliance avec le despote d'√Čpire devenu le d√©fenseur de la foi orthodoxe et le refuge des ennemis de Byzance ainsi qu'avec Jean de Thessalie. Celle-ci se termina par une humiliante d√©faite pour Charles d'Anjou. Une deuxi√®me tentative, par voie maritime celle-ci, lui donna l'occasion de s'allier avec Venise, le pape Martin IV (un Fran√ßais sympathique √† la maison d'Anjou) et Philippe de Courtenay, nouvel empereur latin en titre. S'y ajoutaient les souverains de Bulgarie et de Serbie. La situation √©tait dramatique lorsque les V√™pres siciliennes, survenues le et auxquelles furent √©troitement associ√©s Michel VIII et le roi Pierre III d'Aragon firent √©clater l'empire de Charles d'Anjou[237].

Si Constantinople √©tait d√©livr√©e d'un p√©ril mortel, les Byzantins √©taient divis√©s sur la question de la foi si bien qu'√† sa mort les rites de l'√Čglise orthodoxe furent refus√©s √† Michel VIII ; l'√©conomie √©tait si affaiblie que l'hyperpyron avait encore d√Ľ √™tre d√©valu√©. Ces difficult√©s financi√®res trouvaient leurs sources dans l'impitoyable concurrence √©conomique que se livraient G√™nes et Venise au d√©triment de l'Empire byzantin qui ne contr√īlait plus les routes commerciales de la r√©gion, celles qui avaient fait sa richesse lors des si√®cles pr√©c√©dents. En outre, le despotat d'√Čpire, les √Čtats latins de Gr√®ce et l'empire de Tr√©bizonde maintenaient jalousement leur ind√©pendance pendant que les Turcs augmentaient leur pression en Anatolie[238].

Byzance, puissance de second ordre : le règne d'Andronic II (1282-1321)

Loin d'être l'empereur incapable que l'on a parfois décrit, Andronic II Paléologue dut faire face à de trop nombreux défis pour les ressources diminuées de l'empire.

Si Michel VIII avait r√©ussi √† r√©tablir Byzance comme puissance de premier ordre en Europe et en Asie mineure, cette politique avait √©puis√© les finances de l'√Čtat qui n'avait plus les moyens de ses ambitions. Aussi, son successeur, Andronic II Pal√©ologue (1259-1332), qui n'avait h√©rit√© ni de la personnalit√© ni des ressources dont avait dispos√© son p√®re, ne put mener une politique autonome et dut se r√©soudre apr√®s 1302 √† r√©agir aux crises domestiques et ext√©rieures qui se multipli√®rent sous son r√®gne, le troisi√®me plus long de l'histoire byzantine[239].

Mont√© sur le tr√īne encore jeune et mari√© deux fois, il dut faire face aux tentatives de sa deuxi√®me √©pouse de r√©clamer la succession pour ses propres fils. Afin de mettre fin √† ces pr√©tentions, il associa au tr√īne son fils a√ģn√© n√© du premier mariage. Il fut couronn√© sous le nom de Michel IX Pal√©ologue (1277-1320) mais mourut avant d'avoir pu r√©gner seul[240]. Face √† l'opposition qu'avaient provoqu√©e plusieurs politiques de son p√®re, il tenta au d√©but de son r√®gne de prendre le contre-pied de celles-ci. Un de ses premiers gestes fut de r√©pudier l'Union des deux √Čglises et de reporter √† la t√™te de l'√Čglise les clercs qui y √©taient oppos√©s. Non seulement cette mesure devait ali√©ner encore plus la papaut√©, mais elle ne r√©solvait pas le schisme interne de l'√Čglise orthodoxe o√Ļ le parti des ars√©nites continuait √† r√©clamer, malgr√© la mort du patriarche Ars√®ne, la condamnation de l'ex-patriarche Joseph. Ce d√©sordre dans l'√Čglise ne faisait qu'accro√ģtre le d√©sordre social caus√© par les difficult√©s √©conomiques[241].

Il tenta √©galement de restaurer les finances publiques, mais les mesures qu'il prit, visant √† r√©duire le d√©ficit, telles les taxes sp√©ciales destin√©es √† financer les campagnes militaires, la diminution des salaires des hauts fonctionnaires de l'√Čtat, de nouvelles d√©valuations de l'hyperpyron et les hausses des prix qui s'ensuivirent s'av√©r√®rent des √©conomies √† courte vue. Le d√©mant√®lement de la force navale en 1285 devait avoir des r√©percussions plus graves encore puisque l'empereur fut r√©duit pour assurer la d√©fense √† se fier √† la flotte g√©noise et √† engager des corsaires qui pr√©f√©raient poursuivre leurs propres int√©r√™ts que d'assurer la d√©fense de l'empire[242]. L'arm√©e connut les m√™mes r√©ductions d'effectifs au moment m√™me o√Ļ la pression turque devenait de plus en plus intense sur les derniers territoires asiatiques encore poss√©d√©s par Byzance. Apr√®s l'√©chec de plusieurs campagnes, Andronic dut se r√©soudre √† faire appel √† des mercenaires dont la Compagnie catalane en 1304. Apr√®s plusieurs succ√®s, les Catalans se brouill√®rent avec Andronic et s'install√®rent √† Gallipoli d'o√Ļ ils pill√®rent la Thrace avant de prendre le contr√īle du duch√© d'Ath√®nes. Cet √©pisode d√©sastreux ruina profond√©ment les faibles ressources de l'empire sans entraver la progression turque[243].

Le r√®gne d'Andronic II fut aussi celui qui relan√ßa le rayonnement de Byzance dans le domaine des lettres et des sciences (voir infra). Gr√Ęce √† de brillants intellectuels comme Th√©odore M√©tochit√®s et Nic√©phore Choumnos, une nouvelle acad√©mie fut cr√©√©e, qui pr√©figure celles de la Renaissance italienne[244]. Par ailleurs, une des caract√©ristiques de la politique √©trang√®re de Byzance, particuli√®rement √©vidente durant cette p√©riode, est qu'elle fut toujours oblig√©e de se d√©fendre sur deux fronts √† la fois, l'un prenant immanquablement le pas sur l'autre. Dans le cas d'Andronic II, le premier front fut celui des Balkans o√Ļ le roi serbe √Čtienne UroŠĻß II Milutin (1282-1321) ne cessait de p√©n√©trer plus avant en territoire byzantin. Incapable de r√©sister √† ces attaques, Andronic n√©gocia une alliance par laquelle il donna sa fille, Simonis, alors √Ęg√©e de cinq ans en mariage √† Milutin √† qui il conc√©da de plus une partie des conqu√™tes que ce dernier avait d√©j√† faites. Toutefois, cet √©chec politique contribua √† r√©pandre les mŇďurs et la culture byzantine dans le royaume serbe qui devait atteindre son apog√©e sous √Čtienne UroŠĻß IV DuŠĻßan (?-1355) lequel, imitant la titulature byzantine, se proclama ¬ę basileus et autocrator des Serbes et des Romains ¬Ľ en 1345[245].

L'Empire byzantin à la fin du règne d'Andronic II.

La guerre des Balkans emp√™cha Andronic de se pr√©occuper du territoire anatolien avant les ann√©es 1290. M√™me si le sultanat seldjoukide √©tait en voie d'effritement, les √©mirs faisaient des razzias sur de nombreuses villes que les exp√©ditions envoy√©es par Andronic ne r√©ussissaient √† freiner que de fa√ßon temporaire. Pour les contenir, l'empereur tenta de faire alliance avec les Mongols de Ghazan Khan, esp√©rant que ceux-ci, ma√ģtres de l'Anatolie centrale et orientale depuis leur victoire de K√∂sedagh (en 1243), freineraient les ardeurs des √©mirs frontaliers. Ce fut du reste au cours de cette p√©riode que commen√ßa √† se distinguer un nouveau bey, Osman, qui fut l'anc√™tre des Ottomans appel√©s √† remplacer les Turcs seldjoukides et, ultimement, √† s'emparer de Constantinople[246].

Les difficult√©s familiales qui avaient marqu√© le d√©but du r√®gne d'Andronic vinrent aussi en assombrir la fin. Le futur Andronic III, le fils de Michel IX, √©tait un adolescent ambitieux dont le style de vie flamboyant et dissolu heurtait les convictions religieuses profondes d'Andronic II. Au cours d'un tragique incident, Manuel, le fr√®re du prince fut tu√© par des mercenaires aux ordres du jeune Andronic, causant un tel chagrin √† Michel IX qu'il en mourut. L'empereur d√©cida de d√©sh√©riter le prince h√©ritier qui prit imm√©diatement les armes contre son grand-p√®re. En 1321, il marcha sur Constantinople √† la t√™te d'une arm√©e. Son grand-p√®re fut contraint de lui donner la Thrace en apanage. L'ann√©e suivante, le jeune prince revint √† la charge et r√©ussit cette fois √† √™tre couronn√© coempereur, √† se voir confier une arm√©e personnelle et √† √©lire domicile √† Didymotika. En 1327 et 1328, le conflit d√©g√©n√©ra en guerre ouverte entre celui qui √©tait devenu Andronic III appuy√© par les Bulgares et Andronic II appuy√© par les Serbes. Andronic III r√©ussit √† s'emparer de Constantinople le et √† forcer son grand-p√®re √† se retirer dans un couvent o√Ļ il devait mourir en 1332[242].

Andronic III et les tentatives de redressement de l'empire

Malgré ses efforts, Andronic III ne put enrayer le profond déclin de l'Empire byzantin.

Commenc√©e en 1321, la premi√®re guerre civile entre les deux Andronic dura sept ans. Au moment o√Ļ Andronic III (1297-1341) s'emparait du tr√īne, Byzance n'√©tait plus qu'un petit √Čtat europ√©en menac√© par de puissants voisins au Nord (principalement la Serbie) et les beyliks qui se multipliaient au Sud dans le nord-ouest de l'Anatolie[242]. Andronic III fut surtout un militaire qui laissa l'administration de l'empire √† Jean Cantacuz√®ne. Appartenant √† une riche famille de l'aristocratie terrienne, poss√©dant des terres en Mac√©doine, en Thrace et en Thessalie, Cantacuz√®ne demeura toujours fid√®le √† Andronic qu'il servit comme grand domestique, c'est-√†-dire chef des arm√©es et, pendant quelque temps, comme grand logoth√®te, c'est-√†-dire premier ministre[247] - [248].

Sur le plan int√©rieur, on doit √† Andronic III une r√©forme importante du syst√®me judiciaire et la cr√©ation d'une cour supr√™me compos√©e de quatre juges, deux clercs et deux la√Įques, appel√©s ¬ę Juges g√©n√©raux des Romains ¬Ľ et charg√©s de mettre un terme √† la v√©nalit√© qui discr√©ditait l'administration de la justice dans tout l'empire[249]. En politique √©trang√®re, il d√©ploya une activit√© consid√©rable en d√©pit d'une situation d√©plorable. S'il r√©ussit √† faire revenir bri√®vement la Thessalie et l'√Čpire dans le giron de l'empire, ces succ√®s furent effac√©s par l'expansion serbe en Mac√©doine sous √Čtienne UroŠĻß IV DuŠĻßan, l'√©chec de l'invasion de la Thrace √† la suite de la d√©faite de Rusokastro contre les Bulgares[250], et l'avance des Ottomans qui commen√ßaient √† s'installer en Bithynie (partie de l'Anatolie faisant face √† Constantinople). D√©j√† en 1302, Osman s'√©tait install√© √† YeniŇüehir (ou Melangeia) situ√©e entre Brousse et Nic√©e et contr√īlait de ce fait la route entre Constantinople et la Bithynie. En 1326, le fils d'Osman, Orkhan, s'empara de Brousse qui devint la nouvelle capitale de l'√©mirat ottoman. Et lorsque Nicom√©die tomba en 1337, toute la Bithynie fut occup√©e[251] - [252].

Andronic III mourut √† l'√Ęge de 45 ans, laissant le tr√īne √† Jean V Pal√©ologue (1332-1391), n√© d'un second mariage avec Anne de Savoie. Jean Cantacuz√®ne qui dirigeait la politique int√©rieure de l'empire depuis de nombreuses ann√©es s'attendait √† √™tre nomm√© r√©gent. Toutefois, le patriarche Jean Kal√©kas convainquit l'imp√©ratrice-m√®re que lui-m√™me ayant d√©j√† √©t√© nomm√© r√©gent √† deux reprises durant l'absence d'Andronic III, cette charge devait lui revenir. La mort d'Andronic III ayant r√©veill√© les d√©sirs d'expansion des Serbes, des Bulgares et des Turcs, Cantacuz√®ne, en sa qualit√© de grand domestique, dut partir pour la Thrace. En son absence, le m√©gaduc (chef de la flotte) Alexis Apokaukos fit circuler la rumeur que Cantacuz√®ne tentait d'usurper les droits de Jean V, √† la suite de quoi le patriarche se proclama r√©gent, les partisans des Cantacuz√®nes furent pourchass√©s et l'imp√©ratrice-m√®re d√©mit Jean Cantacuz√®ne de son commandement[253].

La deuxième guerre civile

Engag√© dans la deuxi√®me guerre civile de l'√®re Pal√©ologue, Jean VI d√©crit celle-ci comme ¬ę la pire des guerres civiles dont les Romains eussent fait l'exp√©rience, un conflit qui d√©truisit pratiquement tout, condamnant le grand empire romain √† n'√™tre plus que l'ombre de lui-m√™me. ¬Ľ En effet, les voisins de l'empire profitent de cette guerre pour s'√©tendre √† ses d√©pens. Trait√©s th√©ologiques de Jean VI Cantacuz√®ne, BNF Gr.1242.

√Čtabli √† Didymotika, Cantacuz√®ne fut proclam√© empereur par ses partisans le 26 octobre 1341 pendant qu'√† Constantinople, le patriarche couronnait Jean V le 19 novembre 1341. La deuxi√®me guerre civile commen√ßait. Ce fut moins une guerre entre deux pr√©tendants (Jean Cantacuz√®ne demeura loyal √† Jean Pal√©ologue, prit le nom de Jean VI comme coempereur pour confirmer la pr√©√©minence du premier et fit passer le nom de celui-ci avant le sien) qu'une guerre entre un parti populaire compos√© de petits artisans, marchands et paysans auquel se joignirent quelques ambitieux comme Alexis Apokaukos et celui de la grande noblesse terrienne que repr√©sentait Jean Cantacuz√®ne[254]. S'y ajoutait l'antagonisme entre les provinces grecques de l'empire conquises et reconquises comme l'√Čpire et la Thessalie et les vieilles provinces imp√©riales qui avaient toujours √©t√© dirig√©es par Constantinople comme la Mac√©doine et la Thrace[255].

La premi√®re partie de cette guerre (hiver 1341 √† fin 1344) ne fut qu'une longue suite d'√©checs pour Cantacuz√®ne. Le vent commen√ßa √† tourner vers la fin de 1344 lorsque Cantacuz√®ne qui s'√©tait alli√© aux Turcs d'Umur Bey r√©ussit √† repousser le Serbe √Čtienne DuŠĻßan et le Bulgare Jean Alexandre qu'Anne de Savoie avait incit√©s √† envahir la Thrace. Progressivement et avec l'aide de l'Ottoman Orkhan, il se rapprocha de Constantinople dont ses partisans lui ouvrirent les portes le 3 f√©vrier 1347[256].

Les huit ann√©es que dur√®rent son r√®gne allaient se r√©v√©ler difficiles tant sur le plan int√©rieur qu'√† l'√©tranger. √Ä l'int√©rieur, partisans des Pal√©ologues et des Cantacuz√®nes ne d√©sarmaient pas en d√©pit de l'amnistie g√©n√©rale proclam√©e par Jean VI, du serment de fid√©lit√© que tous devaient pr√™ter aux deux empereurs et du fait que Jean VI avait uni les deux maisons en mariant sa fille, H√©l√®ne, √† Jean V. Les coffres de l'√Čtat √©taient vides et on ne put c√©l√©brer dignement les f√™tes du couronnement de Jean VI et de l'imp√©ratrice Ir√®ne le 12 mai 1347. La mis√®re mat√©rielle du peuple fut aggrav√©e par une √©pid√©mie de peste bubonique qui frappa les villes c√īti√®res en 1348. En 1354, un tremblement de terre d'une intensit√© exceptionnelle frappa toute la c√īte de la Thrace et des localit√©s enti√®res furent an√©anties. La querelle entre partisans et adversaires de l'h√©sychasme (voir dernier chapitre) continuait de semer la zizanie au sein de l'√Čglise. La s√©curit√© des provinces √©tait compromise par les ravages de bandes turques et, jusqu'en 1350, Thessalonique aux mains du parti des Z√©lotes se refusa √† reconna√ģtre l'autorit√© de l'empereur[257].

La création d'une nouvelle marine impériale par Jean Cantacuzène fit craindre aux Génois installés à Galata la perte du monopole qui leur permettait d'interdire l'accès de la mer Noire aux Vénitiens. En aout 1348, les Génois coulèrent tous les navires grecs en vue, incendièrent les banlieues de Constantinople et empêchèrent l'approvisionnement de la ville. Constantinople fut rapidement réduite à la famine. Seule l'intervention en mars 1349 du sénat de Gênes qui s'apprêtait à déclarer la guerre à Venise et ne voulait pas s'aliéner l'empereur permit de rétablir la situation[258].

À la même époque Jean V, devenu majeur et ambitionnant de mettre fin à la tutelle de son protecteur, relança avec l'aide des Serbes et des Bulgares la guerre civile contre Jean VI et ses alliés ottomans. La rupture définitive se produisit lorsque Jean Cantacuzène consentit à laisser nommer coempereur son fils Mathieu, justifiant ainsi les craintes de ceux qui l'accusaient de vouloir fonder sa propre dynastie[259].

La fortune tourna lorsque le tremblement de terre de 1354 fit s'√©crouler les murailles de Gallipoli dont s'empara Soliman, le fils a√ģn√© d'Orkhan. Son refus de rendre la ville mit un terme √† l'alliance entre Jean VI et les Ottomans. Celui-ci ne put emp√™cher le retour de Jean V √† Constantinople. Apr√®s un √©ph√©m√®re partage du pouvoir, Jean VI finit par abdiquer pour se retirer d'abord dans un monast√®re, puis aupr√®s de son fils Manuel Cantacuz√®ne, despote de Mistra, o√Ļ il mourut en 1383[260].

Byzance, vassale des Ottomans : de Jean V à Constantin XI (1354-1453)

En 1355 l'Empire byzantin se r√©duit √† la Thrace, la Chalcidique, Mistra, quelques √ģles √Čg√©ennes, le sud de la Crim√©e et Philadelphie en Asie Mineure.

La chute de Gallipoli en 1354 marqua le début de la conquête finale de l'empire byzantin par les Ottomans. Située sur la rive européenne de la mer de Marmara, elle constituait le point de passage le plus aisé de l'Asie mineure vers la Thrace que les Ottomans envahissaient de plus en plus régulièrement.

L'inéluctable décadence de l'empire (1354-1385)

Jean V, maintenant seul empereur, se rendit rapidement compte du danger et se décida à faire le voyage vers Budapest en 1366, puis vers Rome en 1369. Comme son prédécesseur Michel VIII, le prix de l'aide pontificale devait être l'abjuration de la foi orthodoxe et la soumission totale au pape, ce qu'il fit le [261]. En dépit de ce geste humiliant, aucune aide ne se matérialisa. Peu avant son retour, en septembre 1371, les Serbes tentèrent eux aussi de se libérer des Turcs mais leurs forces furent écrasées près du fleuve Maritsa. Jean V en tira la conclusion qu'il n'avait dorénavant d'autre choix que de passer un traité avec le nouveau sultan, Mourad Ier, à qui il dut acquitter un tribut régulier (le kharadj) et fournir des troupes. De fait, dès le printemps 1373, Jean V accompagna le sultan en Asie mineure conformément à sa promesse[262].

Carte du Moyen-Orient vers 1389. L'Empire byzantin (en marron) se r√©duit √† quelques territoires autour de Constantinople. √Ä la suite de l'occupation de Gallipoli, les Ottomans (vert fonc√©) ont rapidement √©tendu leur supr√©matie sur la p√©ninsule balkanique en soumettant la Serbie, ce qui leur donne un grand avantage sur les autres √©mirats turcs rivaux en Anatolie (en vert clair). Les √Čtats latins de la r√©gion sont illustr√©s en rouge.

D√©buta alors une s√©rie d'imbroglios dynastiques entre Jean V, son fils et son petit-fils dont profit√®rent les Ottomans qui aid√®rent tant√īt l'un, tant√īt l'autre. En 1370, Andronic, fils de Jean V, laiss√© responsable de Constantinople par son p√®re lors de son voyage √† Rome, refusa de lui venir en aide lorsqu'il fut retenu √† Venise. √Ä son retour, Jean V √©cartait Andronic de la succession au profit de son deuxi√®me fils, Manuel. Andronic entreprit de se venger et s'allia au fils du sultan, Saoudj, qui r√™vait √©galement de prendre la place de son p√®re. Le complot fut d√©couvert et Mourad fit aveugler son fils, exigeant que le m√™me sort f√Ľt r√©serv√© par Jean V √† son propre fils, Andronic, et √† son petit-fils, Jean. Mais Andronic ne perdit qu'un Ňďil et son fils ne fut qu'√† demi aveugl√©. Les deux princes furent ensuite envoy√©s en prison √† Lemnos o√Ļ ils demeur√®rent jusqu'en 1376, ann√©e o√Ļ les G√©nois et les Ottomans les aid√®rent √† s'√©vader. Andronic revint √† Constantinople dont il s'empara, emprisonnant son p√®re, faisant arr√™ter tous les V√©nitiens et rendant Gallipoli aux Ottomans. Le r√®gne d'Andronic IV (1358-1385) dura pr√®s de trois ans au terme desquels les V√©nitiens aid√®rent cette fois Jean V et Manuel √† sortir de prison et √† reprendre Constantinople. Andronic √©chappa √† la prison gr√Ęce aux G√©nois et demeura √† Galata jusqu'en 1381 lorsque lui et son fils se r√©concili√®rent avec Jean V, qui les r√©tablit comme ses successeurs[263] - [264].

Cette bataille dynastique laissait le champ libre √† Mourad pour poursuivre la conqu√™te des Balkans. Il s'√©tait d√©j√† empar√© d'une partie de l'Albanie lorsque le prince Lazar Hrebeljanovińá, qui avait occup√© le nord de la Serbie √† la mort du roi √Čtienne UroŠĻß V, r√©unit une coalition form√©e d'Albanais, de Bosniaques, de Bulgares et de Valaques. En 1389, ses forces rencontr√®rent celles de Mourad lors de la bataille de Kosovo Polje. Lazare et Mourad y perdirent la vie mais les forces ottomanes remport√®rent la victoire, an√©antissant de fait toute nouvelle tentative d'ind√©pendance dans les Balkans[265]. Ma√ģtre de la Roum√©lie (territoires turcs d'Europe) et de l'Anatolie occidentale, le fils de Mourad, Bajazet, qui avait succ√©d√© √† son p√®re sur le champ de bataille, demanda au calife abbasside du Caire l'investiture en tant que sultan de R√Ľm : les Ottomans reprenaient √† leur compte l'id√©e de faire ¬ę revivre sous le sceptre musulman l'Empire romain universel ¬Ľ[266].

Entre agonie et sursaut d'espoir (1385-1420)

La défaite de Nicopolis en 1396 symbolisa l'incapacité chrétienne à sauver Constantinople. Miniature de Jean Colombe tirée des Passages d'outremer, vers 1474.

Andronic IV mourut en 1385 et fut remplac√© par son fils, Jean VII Pal√©ologue (1370-1408) alors √Ęg√© de 15 ans. Ce ne fut pas avant avril 1390 qu'il put revenir √† Constantinople avec l'aide de forces turques o√Ļ il ne r√©gna que quelques mois pendant que son grand-p√®re demeurait bloqu√© dans une forteresse pr√®s de la Porte d'Or en compagnie de son fils, Manuel. Ce dernier r√©ussit toutefois √† s'enfuir et √† r√©unir une flotte avec laquelle il vint d√©livrer son p√®re. Jean VII fut expuls√© le 17 septembre 1390 et Jean V revint au pouvoir quelques mois avant de mourir, en f√©vrier 1391. Manuel II (1350-1425) qui servait dans l'arm√©e ottomane revint √† Constantinople mais, vassal de Bajazet, il dut accompagner celui-ci dans sa campagne d'Anatolie la m√™me ann√©e. Bajazet exigea √©galement l'installation √† Constantinople d'un quartier r√©serv√© aux marchands turcs et l'√©tablissement d'un cadi, repr√©sentant du sultan qui arbitrait les diff√©rends impliquant les habitants musulmans de Constantinople. De plus, les pouvoirs de l'empereur √©taient limit√©s √† l'int√©rieur des murs de la ville[267].

L'amitié qui unissait Manuel II et Bajazet devait prendre fin lorsque ce dernier apprit que Manuel négociait avec Jean VII une modification à l'ordre successoral. Furieux, il ordonna l'exécution de Manuel durant une assemblée de ses vassaux en 1393 mais se ravisa. Manuel rompit alors les liens avec les Ottomans au début de 1394. Ces derniers vinrent assiéger Constantinople. Ce siège qui fut levé à différentes occasions, devait se poursuivre pendant huit ans. Après une croisade sans succès entreprise par Sigismond de Luxembourg qui se termina par la défaite de Nicopolis, Charles VI envoya un petit corps expéditionnaire sous le commandement du maréchal Boucicaut. Celui-ci parvint à convaincre Manuel d'aller demander de l'aide en Europe. Réconcilié entretemps avec Jean VII, Manuel partit pour l'Occident en décembre 1399. Son voyage devait durer trois ans et le conduire en France, en Angleterre, à Gênes et à Venise. À chaque endroit, il fut comblé d'honneurs et de promesses, mais il revint les mains vides à Constantinople en juin 1403. Heureusement pour lui, un ennemi de taille s'était dressé devant Bajazet en la personne de Tamerlan, khan des Turco-Mongols. La bataille d'Ankara, le , devait mettre en déroute l'armée de Bajazet. Constantinople disposa d'un sursis d'un demi-siècle[268].

L'Empire byzantin en 1403 après la défaite ottomane à Ankara.
L'Empire byzantin en 1450 : alors que les Ottomans ont conquis la majeure partie des Balkans et √©tabli leur capitale √† Andrinople, l'Empire (jaune) se r√©duit aux alentours de Constantinople, √† quelques ports de Thrace, √† la Chalcidique et √† quelques √ģles √Čg√©ennes, alors que Mistra et le sud de la Crim√©e sont en autonomie.

Manuel s'empressa de supprimer les privil√®ges accord√©s aux musulmans, y compris le tribunal du cadi et les mosqu√©es, et de mettre fin √† son association avec Jean VII. Apr√®s la mort de Bajazet, ses fils se divis√®rent ce qui restait de son empire. C'est ainsi que Soliman s'installa en Europe et signa avec Manuel un trait√© qui non seulement restituait √† Manuel diverses possessions byzantines, y compris Thessalonique, mais faisait pratiquement de Soliman un vassal de Constantinople ; les r√īles √©taient renvers√©s. Cependant, la querelle s'installa entre les trois fils de Bajazet et finalement Mehmed √©limina les deux autres. Il devint alors le seul ma√ģtre d'un empire ottoman r√©unifi√©. Toutefois, jusqu'√† sa mort en 1421 il entretint des relations cordiales avec Constantinople[269].

Jean VIII Paléologue et les derniers essais de résistance

Mourad II tenta sans succès de s'emparer de Constantinople en 1422.

√Čpuis√©, Manuel II d√©cida de se retirer des affaires publiques et de passer progressivement les r√™nes du pouvoir √† son fils Jean VIII Pal√©ologue (1392-1448) qui devint seul empereur √† sa mort en 1425. Chez les Ottomans, le pouvoir passa en 1421 de Mehmed Ier au jeune sultan Mourad II bien d√©cid√© √† redonner √† l'empire l'√©clat qu'il avait eu sous son grand-p√®re. En 1422, Jean VIII d√©cida de soutenir un pr√©tendant ottoman contre Mourad II. Par vengeance, le sultan assi√©gea Constantinople, sans r√©sultat, avant de ravager le despotat de Mor√©e. Un trait√© sign√© en 1424 entre lui et Manuel fit √† nouveau de Byzance le vassal des Ottomans √† qui elle dut payer un tribut de 300 000 aspres en plus de lui conc√©der les ports de la mer Noire, sauf Mesembria et Derkos[270].

Pendant les ann√©es qui suivirent, Mourad II sembla se d√©sint√©resser de Constantinople. Toutefois, il √©tendit graduellement son empire sur le continent, en plus d'humilier Venise. Conscient du danger que repr√©sentait cet encerclement, Jean VIII se tourna √† nouveau vers la papaut√© dans l'espoir de voir se lever une nouvelle croisade. De longues n√©gociations furent n√©cessaires pour aboutir au concile qui s'ouvrit √† Ferrare le . La peste s'√©tant d√©clar√©e dans la ville, le concile se transporta √† Florence en janvier 1439, d'o√Ļ son nom de ¬ę concile de Ferrare-Florence ¬Ľ. L'union fut proclam√©e le 6 juillet. On reconnaissait que la querelle du Filioque √©tait due √† des questions de s√©mantique et on acceptait l'autorit√© universelle du pape, sauf les droits et privil√®ges de l'√Čglise d'Orient[271]. L'empereur et son patriarche retourn√®rent √† Constantinople en f√©vrier 1440, convaincus que l'√Čglise universelle √©tait r√©tablie dans le respect des traditions de l'√Čglise d'Orient et que Constantinople jouirait dor√©navant de la protection de l'Occident. Ils se trompaient sur les deux fronts. D'une part, l'opposition √©tait telle √† Constantinople qu'il f√Ľt impossible de faire proclamer l'acte d'union √† Sainte-Sophie. D'autre part, la croisade qui devait suivre l'acte d'union ne se mat√©rialisa pas non plus, permettant √† Mourad II de continuer ses guerres de conqu√™te. Toutefois, √† l'ouest et dans le nord des Balkans la r√©sistance s'organisait sous l'impulsion du roi de Hongrie Ladislas III Jagellon et du despote serbe Georges Brankovic. Les victoires de Jean Hunyadi[272], vo√Įvode de Transylvanie et r√©gent de 1446 √† 1453 pour le jeune roi Ladislas Ier, soulev√®rent quelques espoirs mais le manque de coordination entre le roi de Hongrie et Venise emp√™cha tout progr√®s s√©rieux. Une derni√®re tentative fut faite en 1448 et r√©unissait Jean Hunyade et l'Albanais Scanderbeg. Ils se heurt√®rent √† l'arm√©e de Mourad dans la plaine de Kosovo. La bataille dura trois jours et se solda par la victoire de Mourad qui ne put toutefois continuer vers la Hongrie en Europe centrale et vers l'Adriatique en Albanie[273]. Il semble que cette d√©faite ait h√Ęt√© la mort de Jean VIII le 31 octobre 1448. Son fr√®re, Constantin XI Dragas√®s, despote de Mor√©e (1405-1453) et vassal de l'Empire ottoman depuis 1447 lui succ√©da.

Le règne de Constantin XI : la chute de Constantinople

Encore une fois, la succession faillit provoquer une nouvelle guerre civile, car les anti-unionistes auraient pr√©f√©r√© √† Constantin son fr√®re cadet D√©m√©trius. Pragmatiste, Constantin XI accepta l'union comme un fait accompli, esp√©rant comme ses pr√©d√©cesseurs qu'elle lui apporterait des secours de l'Occident. Devant les provocations des anti-unionistes, il demanda en 1451 au pape Nicolas V des renforts militaires en m√™me temps qu'un l√©gat pour proclamer l'acte d'union. Le pape r√©pondit que le cardinal Isidore, ancien patriarche orthodoxe de Russie, serait son l√©gat et que Venise enverrait des gal√®res. Les anti-unionistes furent gravement offens√©s par le choix de ce patriarche condamn√© par le Grand Duc Basile II lors de son retour √† Moscou ¬ę comme un loup f√©roce qui d√©cime son troupeau innocent ¬Ľ[274]. Ayant sign√© l'acte d'union, Isidore n'avait eu d'autre recours que de s'expatrier √† Rome o√Ļ le pape l'avait fait cardinal. L'union fut ainsi proclam√©e le √† Sainte-Sophie, d√©sert√©e par ses fid√®les. Alors que plus que jamais l'unit√© aurait √©t√© n√©cessaire devant l'ennemi qui campait d√©j√† devant Constantinople, les passions religieuses continuaient √† diviser la population[275].

Tableau peint en 1876 par Benjamin-Constant et représentant Mehmet II pénétrant dans Constantinople, étape marquant ainsi la fin de l'Empire byzantin.

Pendant ce temps, Mourad II √©tait mort le , laissant le tr√īne √† un jeune homme qui n'avait qu'une id√©e : s'emparer de Constantinople. Prudent et m√©thodique, Mehmed II, dit ¬ę le Conqu√©rant ¬Ľ, commen√ßa par isoler diplomatiquement Constantinople en signant des trait√©s avec les seuls susceptibles de lui venir en aide : Venise et Jean Hunyadi. Puis, apr√®s avoir fait deux diversions militaires, l'une en Mor√©e, l'autre en Albanie pour emp√™cher tout envoi de troupes, il entreprit le trenti√®me si√®ge de la ville[276] en construisant, de mars √† ao√Ľt 1452, une forteresse sur la rive europ√©enne, dite ¬ę de Rumeli HisarńĪ ¬Ľ, pour emp√™cher l'approvisionnement civil et militaire de la ville.

Les ambassadeurs de Constantin parcouraient encore l'Europe mais ne recevaient que des encouragements moraux. Le 15 mai 1453, soit onze jours avant l'assaut final, Venise d√©lib√©rait encore pour savoir si elle devait envoyer des troupes. Mehmet II ne laissa rien au hasard et les forces en pr√©sence √©taient trop in√©gales pour que l'issue du combat soit incertaine. L'assaut final d√©buta dans la nuit du 28 au 29 mai. Au moment o√Ļ le soleil se levait, les Turcs entraient par une br√®che dans la ville. L'empereur qui d√©fendait la porte Saint-Romain s'√©lan√ßa suivi de deux ou trois fid√®les et son corps ne fut jamais retrouv√©. Le dernier empereur d'Orient dispara√ģt en m√™me temps que son empire[277].

Les derniers √Čtats byzantins, l'empire de Tr√©bizonde et la principaut√© de Th√©odoros, disparaissent respectivement en 1461 et 1475[278], tandis que les restes de l'aristocratie byzantine, regroup√©s au Phanar √† Constantinople et surnomm√©s pour cela ¬ę phanariotes ¬Ľ[279], essaiment de l√† vers l'Italie et vers ce que l'on nomme en Occident les ¬ę √Čtats grecs ¬Ľ[280].

L'Empire byzantin et la Renaissance

La renaissance intellectuelle et culturelle

Paradoxalement, ce fut alors que son territoire diminuait pour ne comprendre finalement que la ville de Constantinople et ses abords immédiats que le rayonnement intellectuel de Byzance atteignit son apogée. La période de 1261 à 1453 (année de la chute de la ville), si désolante sur le plan politique, s’avéra si féconde sur le plan intellectuel que d'aucuns y virent les signes précurseurs de la Renaissance italienne. La quatrième croisade, en attisant la haine des Latins et de l'Occident barbare, provoqua chez les intellectuels byzantins une prise de conscience de leur héritage culturel. On redécouvrit les auteurs grecs et on prit conscience à la fois du caractère spécifiquement grec ou hellène de la civilisation byzantine et du fait que la culture de Rome était elle-même fondée sur l'héritage de la Grèce antique. Être Byzantin, Romain ou civilisé équivalait ainsi à être hellène. Gémiste Pléthon devint le chef de file de ce mouvement de renaissance de la conscience grecque au sein du monde byzantin[281]

L'utilisation m√™me du mot de ¬ę renaissance ¬Ľ, qui s'aur√©ola d'un prestige nouveau, est symptomatique puisque dans les premiers si√®cles, ¬ę hell√®ne ¬Ľ signifiait essentiellement √™tre pa√Įen[282] et rev√™tait de fait une connotation p√©jorative. Par ailleurs, l'opposition grandissante entre les √Čglises d'Orient et d'Occident depuis le neuvi√®me si√®cle (d√©but de la querelle du Filioque), puis les remous provoqu√©s par les tentatives d'union des derniers empereurs, tentatives violemment repouss√©es par leur peuple, ne faisaient qu'ancrer dans la population l'impression que c'√©tait Rome qui avait abandonn√© la v√©ritable foi orthodoxe et que les tentatives de la papaut√© pour contr√īler l'√Čglise universelle √©taient en opposition flagrante avec les P√®res de l'√Čglise pour qui l'√©volution du dogme devait se faire en parvenant √† un consensus entre les diff√©rentes communaut√©s chr√©tiennes. L'√Čglise elle-m√™me devait √™tre r√©gie non par un seul homme mais par les cinq patriarches dont le si√®ge avait √©t√© fond√© par un ap√ītre et o√Ļ l'Occident ne disposait finalement que d'une seule voix, celle de Rome (les autres √©tant Constantinople, J√©rusalem, Antioche et Alexandrie). Orthodoxie et nationalisme culturel ne faisaient plus qu'un. C'est ainsi, selon les mots de Donald MacGillivray Nicol, ¬ę que l'empire gagna en ferveur religieuse ce qu'il avait perdu en puissance politique ¬Ľ[283].

Photographie du palais de Mistra. Cette ville située dans le Péloponnèse est l'un des plus grands centres du renouveau hellénique du fait de l'influence de Gémiste Pléthon.

Les deux si√®cles de ce que l'on peut appeler la ¬ę renaissance pal√©ologienne ¬Ľ ont produit plus d'une centaine de grands intellectuels qui furent actifs non seulement √† Constantinople, mais aussi √† Nic√©e, Thessalonique, Tr√©bizonde et Mistra. Tout en red√©couvrant les anciens, ils profit√®rent √©norm√©ment des contacts avec les Arabes et les Perses. Ce renouveau culturel se caract√©rise par son caract√®re ¬ę pratique ¬Ľ, encore qu'il ne faille pas n√©cessairement donner √† ce mot le sens litt√©ral qu'il a aujourd'hui. Ainsi, dans le domaine des arts, il n'y eut presque aucun peintre ou sculpteur, mais un nombre consid√©rable d'architectes. La production litt√©raire ne s'int√©ressait gu√®re au roman ou au th√©√Ętre, mais plut√īt √† la philologie (retour au grec antique) et √† la rh√©torique (art de l'√©loquence). La th√©ologie fut √† l'honneur mais il faut se rappeler qu'elle avait un caract√®re pratique puisque l'Ňďcoum√®ne n'√©tait que l'incarnation sur terre de l'ordre divin universel o√Ļ l'empereur √©tait le lieutenant de Dieu sur terre. On note √©galement un nouvel int√©r√™t pour les math√©matiques lesquelles, profitant des contacts avec les pays arabes, permirent l'adoption des chiffres dits arabes avec le z√©ro et l'introduction du point d√©cimal. Ce sera aussi le cas de l'astronomie o√Ļ, progressivement, les tables perses remplac√®rent celles de Ptol√©m√©e. La m√©decine profita des recherches men√©es par les Arabes et les Perses. Le Materia Medica du m√©decin Nicolas Myrepsos √† la cour de Nic√©e servit de manuel de r√©f√©rence pendant des si√®cles tant en Orient qu'en Occident[284].

Ces intellectuels jouirent non seulement du patronage de la cour imp√©riale, notamment sous Andronic II, mais aussi des autres cours de l'empire comme celle de Thessalonique o√Ļ les puissants, soucieux d'affirmer leur go√Ľt pour la culture, se targuaient d'encourager les arts et les lettres[285]. Ce fut √©galement le cas de l'√Čglise o√Ļ patriarches et archev√™ques m√©tropolitains prirent de nombreux jeunes talents sous leur aile. Ce fut par exemple le cas de Nic√©phore Gr√©goras (1290- ca 1360) qui, n√© en province, re√ßut d'abord l'appui de son oncle, le m√©tropolitain d'H√©racl√©e du Pont. Gr√Ęce √† lui, il put aller √©tudier √† Constantinople o√Ļ il re√ßut l'appui et les encouragements tant de l'empereur Andronic II que du patriarche Jean XIII Glykys avant d'√™tre adopt√© par le premier ministre Th√©odore M√©tochit√®s qui lui accorda une sin√©cure au monast√®re de Chora[286].

Jean Bessarion fut l'un des plus grands promoteurs de la culture grecque en Italie et contribua ainsi à la généralisation du mouvement de la Renaissance.

La diffusion de la renaissance

La ¬ę byzantinologie ¬Ľ a longtemps √©t√© une science d'√©pigraphistes, de pal√©ographistes, d'architectes et d'hell√©nistes travaillant surtout sur des √©crits et des monuments, ce qui a √©videmment conditionn√© la recherche dans un sens quasi exclusivement dirig√© vers l'histoire √©v√©nementielle, religieuse, et de l'art. L'historiographie occidentale, √† l'instar d'Edward Gibbon, a longtemps √©t√© influenc√©e par le mishell√©nisme, consid√©rant l'Empire comme un ¬ę despotisme d√©cadent et orientalis√© ¬Ľ. Cette interpr√©tation perdure dans la conscience collective de l'Occident, bien qu'elle soit totalement battue en br√®che par les historiens contemporains et par les recherches arch√©ologiques, linguistiques, toponymiques, ethnologiques, √©conomiques, pal√©oclimatologiques et pal√©og√©ographiques qui sont venues compl√©ter les travaux existants. On ignore moins aujourd'hui le r√īle consid√©rable que l'Empire romain d'Orient (pour le d√©signer par son vrai nom) a jou√© dans l'√©conomie et le brassage des populations et des id√©es de son √©poque, dans la transmission des valeurs culturelles et des savoirs de l'Antiquit√©[287] ou encore, sur le plan militaire, en tant que ¬ę bouclier ¬Ľ de l'Europe, d'abord face aux Perses et aux peuples des steppes, ensuite face √† l'expansion de l'Islam. C'est le pillage d√©vastateur de Constantinople par les Crois√©s en 1204 qui met d√©finitivement fin √† cette prosp√©rit√©[288] et rend caduque cette fonction protectrice.

Malgr√© ces travaux r√©cents qui ont partiellement fait reculer l'ignorance et les pr√©jug√©s hostiles, la ¬ę Nouvelle Rome ¬Ľ, reste m√©connue, car m√™me si l'historiographie byzantine est aliment√©e par Procope de C√©sar√©e √† la fin de l'Antiquit√© ou, au Moyen √āge, par Michel Psellos, Jean Skylitz√®s, Anne Comn√®ne ou Nic√©tas Choniat√®s, elle reste largement lacunaire en raison des vicissitudes historiques qui se sont traduites par la perte de nombreuses sources. Pour des p√©riodes comme celle allant du VIIe au Xe si√®cles, l'√©tat des sources √©tait trop parcellaire d√®s l'origine ; pour d'autres p√©riodes, les sources ont pu √™tre plus abondantes, mais la disparition d'un hell√©nisme plus que bimill√©naire en Anatolie et √† Constantinople apr√®s le Trait√© de Lausanne de 1923, s'est traduite par l'abandon au XXe si√®cle de nombreux fonds d'archives et d'objets, d√©truits ou bien pass√©s dans le commerce d'antiquit√©s sans avoir √©t√© √©tudi√©s. Il y a aussi des biais documentaires : le fait de ne disposer pour les IXe et Xe si√®cles que de sources ¬ę eccl√©siastiques ¬Ľ ne doit pas conduire √† penser que Byzance serait devenue un √Čtat th√©ocratique : √† l'encontre de la repr√©sentation d'un ¬ę c√©saropapisme byzantin ¬Ľ, dans lequel l'empereur aurait exerc√© une autorit√© quasi absolue sur l'√Čglise, la recherche actuelle apporte l'image d'un √©tat o√Ļ, m√™me si la religion compte fortement comme partout ailleurs, les pouvoirs imp√©rial et religieux sont relativement ind√©pendants l'un de l'autre et peuvent m√™me devenir antagonistes[289]. On sait aujourd'hui, au moins parmi les historiens, que l'Empire romain d'Orient a transmis, en lui faisant traverser les √Ęges obscurs qui ont suivi la chute de l'Empire d'Occident, l'h√©ritage le plus universel de l'Empire romain, √† savoir la codification du droit, gr√Ęce au Corpus juris civilis ou ¬ę code de Justinien ¬Ľ[290].

Les incessants voyages des empereurs et de leurs cours en Occident pour obtenir un appui militaire contre les Turcs constitu√®rent un autre v√©hicule pour le rayonnement de la culture byzantine √† l'Ouest en m√™me temps qu'une source de d√©bat th√©ologique entre clercs orientaux et occidentaux. Les √©changes, tant√īt amicaux, tant√īt acerbes, entre Constantinople et les r√©publiques maritimes de Venise, de G√™nes et de Pise constitu√®rent un autre v√©hicule d'√©changes culturels. Enfin, l'√©migration qui se fit de Constantinople vers l'Italie apr√®s la premi√®re chute de Constantinople et qui continua alors que celle-ci √©tait de plus en plus menac√©e par les Ottomans fut une autre source de diffusion culturelle alors qu'en Italie m√™me des intellectuels comme Victorin de Feltre (1378-1446) ou Laurent Valla (1407-1457), qui devait exposer la fraude qu'√©tait la Donation de Constantin, commenc√®rent √† s'int√©resser aux anciens Grecs[291]. √Čtablis en Italie, les r√©fugi√©s byzantins tels Manuel Chrysoloras, D√©m√©trios Kydones, Fran√ßois Philelphe, Giovanni Aurispa, Vassilios Bessarion, Jean Bessarion ou Jean Lascaris jou√®rent un r√īle particuli√®rement actif dans la transmission des √©crits grecs, telle l‚Äôencyclop√©die appel√©e Souda (du grec ancien ő£őŅŠŅ¶őīőĪ / SoŇ©da) ou Suidas (du grec ancien ő£őŅŌÖőĮőīőĪŌā / Sou√≠das) constitu√©e vers la fin du IXe si√®cle et imprim√©e par D√©m√©trios Chalcondyle √† Milan en 1499[292]. Les biblioth√®ques vaticane et v√©nitienne (Biblioteca Marciana) rec√®lent encore de nombreux manuscrits astronomiques de cette √©poque, totalement in√©dits ou √©dit√©s r√©cemment, comme le Vaticanus Graecus 1059 ou le Marcianus Graecus 325 de Nic√©phore Gr√©goras. Ce transfert culturel et scientifique joua un r√īle important l‚Äôav√®nement de la Renaissance du XVe si√®cle au XVIIe si√®cle[293], mais fut occult√© par le mishell√©nisme ambiant qui domina longtemps l‚Äôinconscient collectif occidental[294]. Venise regorge de tr√©sors pris √† l'Empire et son architecture est d'inspiration byzantine.

Parti de Constantinople, ce renouveau culturel allait se r√©pandre dans plusieurs autres directions. Chez les Slaves et les Valaques, Byzance a ainsi eu autant d'influence que Rome sur l'Europe occidentale. Les Byzantins ont en effet donn√© √† ces peuples un alphabet cyrillique adapt√© √† leurs langues, un mod√®le politique qui permet √† certains d'entre eux (Rus' de Kiev) de rivaliser avec Byzance elle-m√™me, et une forme du christianisme, conforme aux sept premiers conciles, qui est encore la leur aujourd'hui. Les Roumains, les Bulgares, les Serbes, les Ukrainiens, les Bi√©lorusses, les Russes et les G√©orgiens ont ainsi gard√© la forme orthodoxe du christianisme, qui les rattache √† Byzance ; √† la chute de Constantinople (la ¬ę deuxi√®me Rome ¬Ľ) Moscou s'auto-proclama ¬ę Troisi√®me Rome ¬Ľ[293]. Les familles phanariotes de Constantinople, qui reprennent les noms et les traditions des dynasties imp√©riales byzantines (Cantacuz√®nes, Comn√®nes, Lascaris, Pal√©ologues‚Ķ) donnent des souverains aux principaut√©s roumaines. La diffusion du christianisme orthodoxe se fit gr√Ęce au slavon, langue slave commune qui avait pris une forme √©crite gr√Ęce aux moines Cyrille et M√©thode et qui √©tait devenue la troisi√®me langue internationale de l'√©poque.

Deux facteurs principaux contribu√®rent √† ce rayonnement. D'abord, l'influence du Mont Athos, o√Ļ moines des pays russes et balkaniques se croisaient et puisaient aux sources de la culture chr√©tienne hell√©nique. Contrairement √† leurs coll√®gues d'Occident, les moines orientaux voyageaient √©norm√©ment d'un monast√®re √† l'autre, leurs p√©r√©grinations prenant le caract√®re d'un p√®lerinage spirituel[295]. Ensuite, l'h√©sychasme (qui√©tisme), qui demeura un mouvement pro-byzantin et pan-orthodoxe. Cette pratique visait √† conduire l'Homme vers une perception int√©rieure directe de la divinit√©, sans l'appui de la raison qui g√©n√®re interpr√©tations et controverses. Mais elle fut si √Ęprement contest√©e, par exemple entre Gr√©goire Palamas, moine au Mont Athos, et Barlaam, Grec de Calabre √©migr√© √† Thessalonique, qu'un concile y fut consacr√© en 1341, pr√©sid√© par l'empereur lui-m√™me.

Les Arabes et les Turcs ont aussi √©t√© fortement influenc√©s sur les plans technique, intellectuel, architectural, musical et culinaire. Les √Čgyptiens chr√©tiens (Coptes), les √Čthiopiens, les Arm√©niens, bien que monophysites, se rattachent √©galement √† la tradition byzantine, de m√™me que les Arabes orthodoxes de Syrie, du Liban et de Palestine. L'hostilit√© de l'Occident d'une part, les nombreux contacts qu'occasionn√®rent les guerres avec les Turcs dans un premier temps, plus sp√©cifiquement avec les Ottomans dans un deuxi√®me, contribu√®rent aussi √† des √©changes fructueux entre Constantinople et le monde musulman, notamment dans les domaines des math√©matiques et de l'astronomie. Les Byzantins, qui ont perp√©tu√© l'usage du grec et sauvegard√© une grande partie des anciennes biblioth√®ques grecques, les ont volontiers transmis aux Arabes : ainsi, l'empereur Romain Ier L√©cap√®ne envoie biblioth√®ques et traducteurs en Espagne musulmane, √† Hasda√Į ibn Shaprut (Xe si√®cle), ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III. Ces contacts permirent m√™me la d√©couverte d'autres progr√®s de civilisations comme ce trait√© sur l'utilisation de l'astrolabe publi√© aux environs de 1309 √† Constantinople √† partir de la version latine d'un original arabe ou ce trait√© d'astronomie, Les Six Ailes, traduit en grec √† partir d'un original h√©breu[296].

En m√™me temps qu'elle aura d√©fendu l'Europe contre l'Orient au cours de nombreuses invasions, notamment en cr√©ant avec le monde slave ce que Dimitri Obolensky appela le ¬ę Commonwealth byzantin ¬Ľ, Byzance permit aussi √† l'Europe de d√©couvrir la richesse intellectuelle du monde arabe et musulman. Elle joua ainsi un r√īle de pont entre l'Orient et l'Occident, r√īle qui ne fut jamais aussi important que lorsque l'empire byzantin fut pr√®s de sa fin[295] (cet h√©ritage byzantin est le plus souvent occult√© dans l'historiographie occidentale moderne[N 2]).

Une partie des Grecs au XIXe si√®cle du temps de la Grande Id√©e, comme Constantin Paparrigopoulos, s'enorgueillissent d'avoir continu√© la civilisation byzantine sur place, sous la f√©rule ottomane, y compris dans Constantinople m√™me o√Ļ une universit√© grecque a fonctionn√© jusqu'en 1924 (ce n'est qu'en 1936 que la poste turque cesse d√©finitivement d'acheminer les lettres portant la mention ¬ę Constantinople ¬Ľ). Aujourd'hui, le dernier h√©ritier de l'Empire dans son ancienne capitale est le patriarche de Constantinople.

Du point de vue de l'art et de l'architecture, l'h√©ritage de Byzance peut √™tre per√ßu en Gr√®ce, en Turquie, dans les Balkans, en Italie (notamment √† Ravenne et Venise), √† Cordoue et dans l'art n√©o-roman du XIXe si√®cle qui d√©core des √©difices comme la basilique du Sacr√©-CŇďur de Montmartre ou la cath√©drale Sainte-Marie-Majeure de Marseille.

Du point de vue militaire, on considère la guérilla comme un héritage en partie byzantin, en raison du traité que Nicéphore II Phocas laissa à ce sujet[297].

Notes et références

Notes

  1. Les travaux récents de Cheynet nuancent les critiques faites à l'égard de Niképhoritzès et présentent celui-ci comme un administrateur ayant essayé de combattre les crises de l'empire par différentes politiques parfois audacieuses
  2. √Ä titre d'exemple, le p√©riodique Sciences et Avenir a publi√© en janvier 2010 un num√©ro sp√©cial no 114 consacr√© aux Sciences et techniques au Moyen √āge sans la moindre r√©f√©rence au monde byzantin.

Références

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  2. C‚Äôest toutefois l‚Äôhistorien George Finlay qui popularise l‚Äôappellation ¬ę Empire byzantin ¬Ľ en 1857 : auparavant, les appellations courantes pour l‚ÄôEmpire romain d‚ÄôOrient et ses √©tats-successeurs √©taient ¬ę Romanie ¬Ľ (comme dans les Assises de Romanie, cf. Alexander Kazhdan, vol. 3, ¬ę Romania, Assizes of ¬Ľ, 1991, pp. 1805-1806.) ou ¬ę Bas-Empire ¬Ľ (cf. John H. Rosser, Historical Dictionary of Byzantium, 2012, p. 2). Le nom ¬ę Romanie ¬Ľ provient de l'auto-d√©signation ŠŅ¨ŌČőľőĪőĹőĮőĪ - Romania de l‚ÄôEmpire romain d‚ÄôOrient et a aussi donn√© ¬ę Rom√©es ¬Ľ, ¬ę Roum√©lie ¬Ľ et ¬ę Roumis ¬Ľ. Par m√©tonymie, ¬ę Romanie ¬Ľ a aussi d√©sign√© les territoires pris √† l‚ÄôEmpire romain d'Orient par les crois√©s du XIIIe si√®cle, comme l‚ÄôEmpire latin de Constantinople, le royaume de Thessalonique ou la principaut√© d‚ÄôAcha√Įe.
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  111. Jean Claude Cheynet, 2007, p. 70
  112. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2056, entr√©e ¬ę Theoktistos ¬Ľ
  113. Louis Bréhier, 1969, p. 104-109
  114. Warren Treadgold, 1997, p. 446
  115. Warren Treadgold, 1997, p. 452
  116. Kazhdan 1991, t. 1, p. 255, entr√©e ¬ę Bardas ¬Ľ
  117. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 259-260
  118. Louis Bréhier, 1969, p. 110
  119. Kazhdan 1991, t. 3, p. 1669, entr√©e ¬ę Photios ¬Ľ
  120. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 267-268
  121. Louis Bréhier, 1969, p. 118-122
  122. (en) John Meyendorff, Byzantium and the Rise of Russia, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 4-5
  123. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 270
  124. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 280-281
  125. Louis Bréhier, 1969, p. 129
  126. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2027, entr√©e ¬ę Tetragamy of Leo VI ¬Ľ.
  127. ¬ę Basil√©opator ¬Ľ signifie ¬ę p√®re de l'empereur ¬Ľ, in Kazhdan 1991, t. 1, p. 263, entr√©e ¬ę Basileopator ¬Ľ.
  128. Warren Treadgold, 1997, p. 477-479.
  129. Warren Treadgold, 1997, p. 480-486.
  130. Louis Bréhier, 1969, p. 149
  131. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 299
  132. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 305
  133. Warren Treadgold, 1997, p. 498.
  134. Louis Bréhier, 1969, p. 165.
  135. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 315-317
  136. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1045, entr√©e ¬ę John I Tzimiskes ¬Ľ.
  137. Louis Bréhier, 1969, p. 169
  138. Louis Bréhier, 1969, p. 170-178
  139. Jean-Claude Cheynet, 2007, p. 35
  140. Louis Bréhier, 1969, p. 180
  141. Warren Treadgold, 1997, p. 513-518.
  142. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 325-335.
  143. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 37
  144. Louis Bréhier, 1969, p. 195-197.
  145. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 38
  146. Kazhdan 1991, t. 1, p. 503, entr√©e ¬ę Constantine VIII ¬Ľ.
  147. Alain Ducellier et Michel Kaplan, 2004, p. 60
  148. Louis Bréhier, 1969, p. 199.
  149. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 39
  150. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1365, entr√©e ¬ę Michael IV Paphlagon ¬Ľ.
  151. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1366, entr√©e ¬ę Michael V Kalaphates ¬Ľ.
  152. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 354-355.
  153. Voir √† ce sujet : (en) Sigfus Bl√∂ndal et Benedikt S. Benedikz, ¬ę The Varangian between 1042 and 1081 ¬Ľ, dans The Varangians of Byzantium, Cambridge, Cambridge University Press, .
  154. Jean Claude Cheynet 2007, p. 41
  155. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 357-359.
  156. Alain Ducellier et Michel Kaplan, 2004, p. 61
  157. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1360, entr√©e ¬ę Michael Keroularios ¬Ľ.
  158. Louis Bréhier, 1969, p. 222-224.
  159. Jean Claude Cheynet 2007, p. 182-183
  160. Kazhdan 1991, t. 1, p. 504, entr√©e ¬ę Constantin X Doukas ¬Ľ.
  161. Louis Bréhier, 1969, p. 226-236.
  162. Kazhdan 1991, t. 3, p. 1807, entr√©e ¬ę Romanos IV Diogenes ¬Ľ.
  163. Kazhdan 1991, t. 1, p. 1366-1367, entr√©e ¬ę Michael VII ¬Ľ.
  164. Kazhdan 1991, t. 3, p. 1479, entr√©e ¬ę Nikephoros Botaneiates ¬Ľ.
  165. Louis Bréhier, 1969, p. 236-237
  166. Paul Lermele, 1975, p. 98
  167. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 307-308
  168. Louis Bréhier, 1969, p. 226-232 et 238-240
  169. Louis Bréhier, 1969, p. 242-246
  170. Kazhdan 1991, t. 1, p. 63, entr√©e ¬ę Alexios I Comnenos ¬Ľ.
  171. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 378-380.
  172. Paul Lemerle, 1975, p. 102
  173. Louis Bréhier, 1969, p. 249-250
  174. Louis Bréhier, 1969, p. 249-251
  175. Cité in Jonathan Harris, 2007, p. 61.
  176. Il finit toutefois par pr√™ter serment ¬ę de ne pas attenter √† la personne de l'empereur ¬Ľ, cit√© in (en) Jonathan Harris, Byzantium and The Crusades, London, Hambledon Continuum, , p. 62.
  177. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 55
  178. Nicétas Choniatès, cité in Georges Ostrogorsky, 1983, p. 398.
  179. cité in Louis Bréhier, 1969, p. 263.
  180. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 399
  181. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 57
  182. Louis Bréhier, 1969, p. 264.
  183. Jonathan Harris, 2007, p. 63.
  184. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 398
  185. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 406
  186. Michael Angold, 1992, p. 210-213.
  187. Louis Bréhier, 1969, p. 280.
  188. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 404.
  189. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 405.
  190. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 407.
  191. Michael Angold, 1992, p. 187-189.
  192. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 61
  193. Michael Angold, 1992, p. 265-266
  194. Nicétas Choniatès, cité in Georges Ostrogorsky, 1983, p. 420.
  195. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 62
  196. Jean-Claude Cheynet 2007, p. 495
  197. Michael Angold, 1992, p. 278.
  198. Nicétas Choniatès, cité in Georges Ostrogorsky, 1983, p. 425.
  199. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2183, entr√©e ¬ę Vlachs ¬Ľ.
  200. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 225-229.
  201. Louis Bréhier, 1969, p. 287-289.
  202. Michael Angold, 1992, p. 284.
  203. Michael Angold, 1992, p. 279.
  204. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 434.
  205. Louis Bréhier, 1969, p. 292-293.
  206. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 435.
  207. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 436.
  208. Thomas F. Madden, 2003, p. 152.
  209. Thomas F. Madden, 2003, p. 155.
  210. Thomas F. Madden, 2003, p. 163.
  211. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2220, entr√©e ¬ę Zara ¬Ľ.
  212. Louis Bréhier, 1969, p. 297.
  213. Michael Angold, 1992, p. 294.
  214. Kazhdan 1991, t. 1, p. 65, entr√©e ¬ę Alexios IV Angelos ¬Ľ.
  215. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 440.
  216. Louis Bréhier, 1969, p. 306
  217. Cyril Mango, 2002, p. 250.
  218. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2071-2072, entr√©e ¬ę Thessalonike ¬Ľ.
  219. Cyril Mango, 2002, p. 251-253.
  220. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2039-2040, entr√©e ¬ę Theodore I Laskaris ¬Ľ.
  221. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 452
  222. Donald Nicol, 2005, p. 31-32
  223. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1048, entr√©e ¬ę John III Vatatzes ¬Ľ.
  224. Kaplan et Ducellier, 2004, p. 107
  225. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 460
  226. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 463
  227. Donald Nicol, 2005, p. 33
  228. Kazhdan 1991, t. 3, p. 2041, entr√©e ¬ę Theodore II Laskaris ¬Ľ.
  229. Louis Bréhier, 1969, p. 318-319
  230. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 473
  231. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 474
  232. Kaplan et Ducellier 2004, p. 119
  233. Donald Nicol, 2005, p. 35
  234. Louis Bréhier, 1969
  235. Donald Nicol, 2005, p. 69-72
  236. Donald Nicol, 2005, p. 61-77
  237. Donald Nicol, 2005, p. 89-92
  238. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1367, entr√©e ¬ę Michael VIII Palaiologos ¬Ľ.
  239. Louis Bréhier, 1969, p. 335
  240. Kazhdan 1991, t. 2, p. 1367, entr√©e ¬ę Michael IX Palaiologos ¬Ľ.
  241. Louis Bréhier, 1969, p. 337
  242. Cyril Mango, 2002, p. 260-262.
  243. Donald Nicol, 2005, p. 159
  244. Louis Bréhier, 1969, p. 336
  245. Kazhdan 1991, t. 3, p. 1950, entr√©e ¬ę Stefan Uros IV Dusan ¬Ľ.
  246. Robert Mantran, 1989, p. 15-17.
  247. Louis Bréhier, 1969, p. 350.
  248. Donald Nicol, 2005, p. 179.
  249. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 525
  250. Clifford Rogers, 2010, p.288
  251. Donald Nicol, 2005, p. 169-170.
  252. Robert Mantran, 1989, p. 20.
  253. Donald Nicol, 2005, p. 215-220
  254. Louis Bréhier 1969, p. 356
  255. Donald Nicol, 2005, p. 221
  256. Louis Bréhier 1969, p. 356-357
  257. Louis Bréhier 1969, p. 357-359
  258. Donald Nicol, 2005, p. 240-245
  259. Donald Nicol, 2005, p. 261-264
  260. Louis Bréhier 1969, p. 364
  261. Cyril Mango, 2002, p. 269.
  262. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 563.
  263. Louis Bréhier, 1969, p. 374-375.
  264. Cyril Mango, 2002, p. 270-271.
  265. Louis Bréhier, 1969, p. 376-377.
  266. Robert Mantran, 1989, p. 47.
  267. Robert Mantran, 1989, p. 48.
  268. Louis Bréhier, 1969, p. 387-389.
  269. Louis Bréhier, 1969, p. 389-391.
  270. Cyril Mango, 2002, p. 276.
  271. Louis Bréhier, 1969, p. 405-406.
  272. Kazhdan 1991, t. 2, p. 958, entr√©e ¬ę Hunyadi, Janos ¬Ľ.
  273. Louis Bréhier, 1969, p. 413-414.
  274. Donald Nicol, 2005, p. 382
  275. Jacques Heers, 2007, p. 247
  276. Louis Bréhier, 1969, p. 423.
  277. Louis Bréhier, 1969, p. 420-428.
  278. Michel Kaplan, Pourquoi Byzance ? Un empire de onze siècles, Folio, Paris 2016
  279. Eug√®ne Rizo Rangab√©, Livre d'or de la noblesse phanariote en Gr√®ce, en Roumanie, en Russie et en Turquie, impr. S. C. Vlastos, Ath√®nes, 1892 (Lire en ligne) et Marie-Nicolas Bouillet, Alexis Chassang (dir.), article ¬ę Phanariotes ¬Ľ dans Dictionnaire universel d‚Äôhistoire et de g√©ographie, 1878, Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), ¬ę Histoire de l'Empire byzantin ¬Ľ dans Dictionnaire universel d‚Äôhistoire et de g√©ographie, (lire sur Wikisource)
  280. Cantacuzène 1992.
  281. Donald Nicol, 2005, p. 364-365.
  282. Ihor Sevcenko, ¬ę Paleologian Learning ¬Ľ, in Cyril Mango, 2002, p. 284.
  283. Donald Nicol, 2005, p. 37.
  284. (en) Steven Runciman, The Last Byzantine Renaissance, Cambridge, Cambridge University Press, , ¬ę The Achievements of the Renaissance ¬Ľ.
  285. Donald Nicol, 2005, p. 185-189 et 363-365.
  286. Ihor Sevcenko, ¬ę Paleologian Learning ¬Ľ, in Cyril Mango, 2002, p. 286.
  287. Sur les apports des travaux arch√©ologiques, notamment concernant l'√©conomie et la vie quotidienne, voir entre autres Jonathan Bardill : Brickstamps of Constantinople, Oxford University Press 2004, 638 pages et Ufuk Ko√ßabaŇü, communication sur Les fouilles arch√©ologiques de YenikapńĪ, 18 novembre 2011 √† l‚ÄôIFEA sur .
  288. La prosp√©rit√© de l'Empire est √©voqu√©e en fran√ßais par l'exclamation : ¬ę Mais c'est Byzance ! ¬Ľ.
  289. Bernard Flusin, La civilisation byzantine, PUF, 2006, (ISBN 213055850X).
  290. Georges Ostrogorsky, 1983, p. 107
  291. Voir à ce sujet (en) N. G. Wilson, From Byzantium to Italy, Greek Studies in Italian Renaissance, Baltimore, Johns Hopkins University Press, .
  292. Gallica
  293. Steven Runciman, La chute de Constantinople, 1453, p. 265
  294. √Ä titre d'exemple, la publication Sciences et Avenir a publi√© en un num√©ro sp√©cial n¬į 114 consacr√© aux Sciences et techniques au Moyen √āge sans la moindre r√©f√©rence au monde byzantin.
  295. Voir à ce sujet Dimitri Obolensky|, Byzantium and the Slavic World, in (en) Angeliki E. Laiou (dir.) et Henry Maguire (dir.), Byzantium, a World Civilization, Washington, Dumbarton Oak Research Library, .
  296. Ihor Sevcenko, ¬ę Paleologian Learning ¬Ľ, in Cyril Mango, 2002, p. 289.
  297. Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu, Le Traité sur la guérilla de l'empereur Nicéphore Phocas, CNRS éditions, septembre 2009.

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

On consultera avec profit la bibliographie exhaustive contenue dans chaque volume de la trilogie Le monde byzantin (Presses universitaires de France, coll. ¬ę Nouvelle Clio ¬Ľ) r√©partie pour chacune des p√©riodes √©tudi√©es (vol. 1 ‚Äď L‚Äôempire romain d‚ÄôOrient [330-641] ; vol. 2 ‚Äď L‚Äôempire byzantin [641-1204] ; vol. 3 ‚Äď L‚Äôempire grec et ses voisins [XIIIe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVe si√®cle] entre Instruments bibliographiques g√©n√©raux, √Čv√®nements, Institutions (empereur, religion, etc.) et R√©gions (Asie Mineure, √Čgypte byzantine, etc.). Faisant le point de la recherche jusqu‚Äôen 2010, elle comprend de nombreuses r√©f√©rences √† des sites en ligne.

Bibliographie utilisée

Bibliographie complémentaire

  • John Julius Norwich : Histoire de Byzance, 2002, √Čd. Tempus, (ISBN 978-2262018900)
  • Marie-France Auz√©py, L'iconoclasme, Paris, PUF, coll. ¬ę Que sais-je ? ¬Ľ, , 127 p. (ISBN 2-13-055808-9).
  • Louis Br√©hier, La civilisation byzantine, Paris, Albin Michel, (ISBN 2-226-04721-2).
  • Louis Br√©hier, Les institutions de l'Empire byzantin, Paris, √Čditions Albin Michel, coll. ¬ę L'√©volution de l'humanit√© ¬Ľ, , 636 p. (ISBN 2-226-04722-0).
  • Claude Cahen, Orient et Occident au temps des Croisades, Paris, Aubier, , 302 p. (ISBN 2-7007-0307-3).
  • Jean-Claude Cheynet, Byzance. L'Empire romain d'Orient, Paris, Colin, coll. ¬ę Cursus / Histoire ¬Ľ, (ISBN 978-2-200-34689-8).
  • Charles Diehl, Histoire de l'Empire byzantin, Paris, √Čditions du Trident, (1re √©d. 1919).
  • Alain Ducellier, Les Byzantins, Paris, √Čditions du Seuil, coll. ¬ę Points Histoire ¬Ľ, , 275 p. (ISBN 2-02-009919-5).
  • Alain Ducellier, Byzance et le monde orthodoxe, Paris, Armand Colin, coll. ¬ę U ¬Ľ, , 503 p. (ISBN 2-200-01521-6).
  • Alain Ducellier, Le Drame de Byzance : id√©al et √©chec d'une soci√©t√© chr√©tienne, Paris, Hachette, (ISBN 2012788483).
  • Fran√ßois Dvornik, Les Slaves, Byzance et Rome au IXe si√®cle, Paris, Librairie Honor√© Champion, √Čdouard Champion, 1926.
  • Fran√ßois Dvornik, Le schisme de Photius : histoire et l√©gende, Paris, √©ditions du Cerf, coll. ¬ę Unam Sanctam n¬į19 ¬Ľ, .
  • Angeliki La√Įou, Laurent Albaret, Jean-Claude Cheynet, C√©cile Morrisson, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 3 : Le d√©clin de l'Empire (1204-1453), Paris, PUF, coll. ¬ę Nouvelle Clio ¬Ľ, , 494 p. (ISBN 978-2-13-052008-5).
  • Henri-Ir√©n√©e Marrou, D√©cadence romaine ou antiquit√© tardive ? IIIe‚ÄČ‚Äď‚ÄČVIe si√®cle, Seuil, Paris, 1977.
  • (en) Jonathan Shepard (dir.), The Cambridge History of the Byzantine Empire, Cambridge, Cambridge University Press, .
  • C√©cile Morrisson (dir.), Laurent Albaret, Jean-Claude Cheynet, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 1 : L‚Äôempire romain d‚ÄôOrient (330-641), Paris, PUF, coll. ¬ę Nouvelle Clio ¬Ľ, , 486 p. (ISBN 2-13-052006-5).
  • G√©rard Walter, La ruine de Byzance, 1204-1453, Paris, √Čditions Albin Michel, .
  • (en) Clifford Rogers, The Oxford Encyclopedia of Medieval Warfare and Military Technology, t. 1, Oxford, Oxford University Press, .
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