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Nicéphore Ier

Nic√©phore Ier (en grec őĚőĻőļő∑ŌÜŌĆŌĀőŅŌā őĎ Ļ), dit le Logoth√®te, probablement n√© vers 750 et mort le , est un empereur byzantin r√©gnant de 802 √† 811. Son r√®gne intervient au moment d'une p√©riode d'instabilit√© depuis les ann√©es 780, qui font suite √† la reprise en main de l'Empire par la dynastie isaurienne.

Nicéphore Ier
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Nicéphore Ier
Solidus de Nicéphore Ier et de Staurakios.
Règne
-
8 ans, 8 mois et 25 jours
Période Dynastie des Nicéphoriens
Précédé par Irène l'Athénienne
Suivi de Staurakios
Biographie
Naissance vers 750
Décès (~61 ans)
Pliska
√Čpouse inconnue
Descendance Staurakios
Procopia

Il arrive au pouvoir en renversant Ir√®ne l'Ath√©nienne apr√®s avoir √©t√© son logoth√®te g√©n√©ral. L'Empire byzantin est alors confront√© √† plusieurs menaces ext√©rieures et √† un certain d√©sordre interne, li√© √† la fois √† la crise iconoclaste alors en cours et aux r√©formes √©conomiques et fiscales de sa pr√©d√©cesseur. Il m√®ne, tout au long de son r√®gne, d'importantes r√©formes int√©rieures particuli√®rement rigoureuses et guid√©es par un souci de bonne gestion des finances publiques. Il entreprend aussi une politique de repeuplement de la Gr√®ce et d'une partie des Balkans pour renforcer le contr√īle de l'Empire dans cette r√©gion, tout en renfor√ßant le syst√®me militaire local. Si ces mesures ont parfois √©t√© d√©nonc√©es par ses contemporains, elles sont jug√©es favorablement par les historiens modernes qui y voient l'entreprise d'un empereur conscient des forces et des faiblesses de l'Empire, dont les assises en sortent renforc√©es √† long terme.

Confront√© √† diff√©rentes r√©voltes durant son r√®gne, il parvient n√©anmoins √† d√©fendre son tr√īne tout en cherchant l'apaisement sur le plan religieux. Il √©vite de relancer la crise iconoclaste et essaie de ne pas se laisser d√©border par le parti monastique de Th√©odore Studite, qui refuse toute pr√©rogative du politique sur le religieux.

Enfin, sa politique étrangère est plus contrastée. Confronté à la triple menace de la contestation impériale en Occident, des raids arabes en Orient et de la pénétration bulgaro-slave dans les Balkans, il tente de les juguler une à une. S'il parvient à préserver la frontière avec le califat abbasside, il ne peut espérer reprendre du terrain. En Occident, il défend avec succès les possessions byzantines de Venise et de Dalmatie mais peine à contester la prétention au titre impérial de Charlemagne. Enfin, dans les Balkans, après des succès réels, il échoue dans sa tentative de soumission des Bulgares. Vaincu par le khan Krum à la bataille de Pliska, il y trouve la mort et laisse l'Empire dans une situation très précaire.

Sources

Le règne de Nicéphore Ier est principalement connu par le moine Théophane le Confesseur, dont la Chronique s'étend jusqu'à la chute de Michel Ier Rhangabé en 813. C'est une source précieuse, même si sa validité historique n'est pas toujours assurée. En outre, il émet des avis tranchés à l'encontre des différents règnes qu'il décrit et, concernant Nicéphore, son avis est particulièrement négatif, quand il ne cède pas à la haine. Les raisons de ce parti pris sont multiples. Nicéphore renverse Irène, que Théophane loue pour sa politique religieuse hostile à l'iconoclasme, et remet en partie en cause les nombreux avantages fiscaux accordés au clergé par Irène. Sa manière de placer l'aspect politique au-dessus du religieux agace aussi certainement Théophane qui décrit les réformes intérieures de Nicéphore comme les dix vexations imposées à l'Empire[Notes 1]. Il incarne, à sa façon, les relations compliquées entretenues par l'empereur avec une partie du clergé[1].

Les autres auteurs byzantins sont relativement secondaires dans l'analyse du règne de Nicéphore. La chronique de Georges le Moine reprend largement celle de Théophane, mais elle s'en différencie par une interprétation des faits moins défavorable à l'empereur[2]. Le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople a laissé quelques écrits éclairant le règne de Nicéphore, en particulier ses relations avec l'Occident[3]. La chronique de Monemvasia qui retrace les relations byzantino-slaves en Grèce est précieuse dans l'analyse de la politique balkanique de Nicéphore[4] tandis qu'une chronique anonyme, dite Chronique de 811 détaille la campagne qui mène à la bataille de Pliska.

Plus largement, la politique √©trang√®re de Nic√©phore peut √™tre √©tudi√©e gr√Ęce √† des sources ext√©rieures √† l'Empire. Des textes de l'√©poque de Charlemagne comme les Annales regni Francorum sont utiles √† la compr√©hension des relations entre les deux empires rivaux. Du c√īt√© des Arabes, c'est la chronique d'al-Tabari qui pr√©sente le contenu le plus riche[5].

D'autres auteurs, plus tardifs, apportent un éclairage différent sur le règne de Nicéphore, souvent plus favorable que le récit de Théophane le Confesseur, à l'image des chroniques de Michel le Syrien ou Bar Hebraeus[6].

Origines et prise du pouvoir

Carte de l'Empire byzantin
L'Empire byzantin au VIIIe siècle. Sous Nicéphore, la Corse, la Sardaigne, la région de Rome et Ravenne ne sont plus détenus par les Byzantins.

Origines et personnalité

Nicéphore est un membre de la haute aristocratie byzantine dont les origines demeurent mystérieuses. Né aux alentours de l'année 750, il semble issu d'une famille noble venant de Cappadoce, une région exposée aux raids arabes. Les sources non byzantines lui prêtent une ascendance arabe remontant à la lignée princière des Ghassanides, une dynastie arabe alliée aux Byzantins, jusqu'aux temps des conquêtes islamiques qui auraient contraint les ancêtres de Nicéphore à fuir en Asie Mineure[7]. Néanmoins, cette hypothèse peut difficilement être confirmée[8].

Il aurait tout d'abord exerc√© la fonction de percepteur √† Adramyttion[9]. Par la suite, il est possible qu'il ait √©t√© strat√®ge du th√®me des Arm√©niaques, l'une des principales circonscriptions r√©gionales de l'Empire, vers 790. Son soutien √† Ir√®ne lui aurait co√Ľt√© ce poste d√®s lors que l'imp√©ratrice est un temps mise √† l'√©cart par son fils Constantin VI. Quand Ir√®ne revient sur le devant de la sc√®ne, il fait partie de ses courtisans et devient logoth√®te g√©n√©ral, l'un des principaux postes de l'administration byzantine, en charge d'une partie des finances publiques. Quoi qu'il en soit, au moment de sa prise de pouvoir, il est un homme d'exp√©rience dont l'√Ęge avoisine la cinquantaine d'ann√©es[8].

Th√©ophane le Confesseur, qui insiste souvent sur ses vices, le d√©crit p√©tri d'avarice, ce qui expliquerait ses mesures fiscales rigoureuses. S'il est connu pour son go√Ľt de la chasse, il semble avoir eu un mode de vie relativement aust√®re. Il pourrait avoir fr√©quent√© √©troitement Georges d'Amastris, un √©v√™que connu pour sa frugalit√© et, en-dehors de ses apparitions publiques, il est rapport√© qu'il aurait rev√™tu des v√™tements simples, voire qu'il aurait dormi √† m√™me le sol. Proche de certains milieux monastiques, il entreprend de financer la restauration d'√©difices religieux, √† l'image d'un grand nombre d'autres empereurs byzantins[10]. √Ä la diff√©rence d'un grand nombre d'empereurs, qu'ils soient romains ou byzantins, parvenus au pouvoir par un complot, il n'a que peu d'exp√©rience militaire, hormis son r√īle de strat√®ge des Arm√©niaques. Dans tous les cas, ses comp√©tences militaires restent r√©duites par rapport √† son exp√©rience de logoth√®te g√©n√©ral[11]. Cela ne l'emp√™che pas de mener ses troupes au combat, m√™me si ses choix strat√©giques sont parfois discutables[12].

La prise du pouvoir

Deux faces d'une pièce de monnaie représentant Irène
Un solidus à l'effigie d'Irène.

Sous Ir√®ne, l'Empire conna√ģt une p√©riode in√©dite de gouvernement par une femme qui revendique le titre, masculin, de basileus. Elle r√©tablit le culte des images mis √† mal par l'iconoclasme et m√®ne une politique fiscale de baisse des imp√īts pour se concilier les gr√Ęces d'une partie de la soci√©t√©, notamment le clerg√©, m√™me si elle suscite la m√©fiance parmi une partie de l'arm√©e et de l'aristocratie. Peu √† peu, elle devient de plus en plus contest√©e, d'autant que sa politique √©trang√®re maintient difficilement intactes les fronti√®res byzantines, en particulier face aux Arabes auxquels elle pr√©f√®re verser un tribut exorbitant pour acheter la paix. En outre, ses mesures fiscales d'all√®gement font courir le risque d'une perte de revenus importante pour le Tr√©sor imp√©rial. Plusieurs conspirations successives se forment jusqu'√† ce que l'une d'entre elles, dirig√©e par Nic√©phore, n'aboutisse le √† la d√©position d'Ir√®ne. Nic√©phore est alors soutenu par plusieurs hauts dignitaires dont Nic√©tas Triphyllios, le domestique des Scholes (virtuellement le chef des arm√©es), son fr√®re Sisinnius, L√©on de Sinope, alors sacellaire, ou encore L√©on S√©rantapechus, un parent d'Ir√®ne. Il est difficile de conna√ģtre les motivations exactes de ce complot, mais la position de Nic√©phore comme logoth√®te g√©n√©ral a pu le convaincre que la gestion de l'Empire par Ir√®ne devenait de plus en plus mauvaise et n√©cessitait un changement d'orientation[13].

Ce groupe de conspirateurs fait croire aux gardes du Grand Palais qu'ils agissent sur les ordres d'Ir√®ne, laquelle, cherchant √† pr√©venir une prise du pouvoir par A√©tius, un des eunuques de son gouvernement, aurait c√©d√© le pouvoir √† Nic√©phore. Les gardes semblent croire √† cette histoire et ouvrent les portes du Palais. Rapidement, les hommes de Nic√©phore prennent le contr√īle de la capitale et s'emparent d'Ir√®ne en pleine nuit. D√®s le lendemain, le patriarche Taraise couronne Nic√©phore empereur. Dans l'ensemble, il rencontre peu de r√©sistance, tant de la part des habitants de Constantinople que d'Ir√®ne, qui semble se r√©signer √† la situation. Elle exige seulement de pouvoir rester dans le palais d'√Čleuth√®re √† Constantinople mais Nic√©phore pr√©f√®re l'exiler dans un couvent. Rapidement, il d√©cide de l'√©loigner de Constantinople encore davantage en l'envoyant √† Lesbos o√Ļ elle termine ses jours[14].

Les premiers mois sont marqu√©s par la consolidation progressive du pouvoir par Nic√©phore. Il commence par n√©gocier avec A√©tius, mais finit par lui retirer son commandement militaire en Anatolie. √Ä sa place, il nomme Bardan√®s Tourkos comme monostrat√®ge (strat√®ge de plusieurs th√®mes) des principaux th√®mes asiatiques, de mani√®re √† √©viter la r√©volte de ces troupes parfois indisciplin√©es. De m√™me, apr√®s la mort de Nic√©tas Triphyllios, il place un de ses fid√®les, Pierre le Patrice, comme domestique des Scholes. Par ces nominations, il essaie de s'assurer le contr√īle d'une arm√©e toujours remuante[15]. Dans l'ensemble, il semble s'√™tre repos√© sur un groupe de fid√®les originaire de Lycaonie, sa r√©gion d'origine. Ceci explique probablement son absence de r√©action face au d√©veloppement d'h√©r√©sies dans cette r√©gion, en particulier le paulicianisme qui est plus combattu par les empereurs et le clerg√© byzantin[16]. D√®s , il fait couronner son fils Staurakios co-empereur pour assurer au plus t√īt sa succession et pr√©venir toute contestation parmi les factions de la haute aristocratie byzantine[17].

Politique étrangère

√Ä l'arriv√©e de Nic√©phore sur le tr√īne, l'Empire byzantin fait face √† trois menaces. En Occident, l'Empire carolingien s'installe comme une force politique concurren√ßant la pr√©tention byzantine au titre imp√©rial. En outre, il menace la pr√©sence byzantine en Italie. Dans les Balkans, les Slaves et les Bulgares constituent une force susceptible de submerger la domination imp√©riale en Gr√®ce voire de menacer Constantinople, m√™me si Ir√®ne est parvenue √† stabiliser la situation. Enfin, en Orient, les Arabes demeurent une source de d√©stabilisation permanente, m√™me s'ils ne tentent plus de s'attaquer √† Constantinople. En effet, ils lancent p√©riodiquement des raids destructeurs en Anatolie. Ir√®ne, incapable de s'y opposer, finit par accepter un tribut exorbitant pour acheter la paix. Conscient du co√Ľt intol√©rable de cette mesure pour le tr√©sor public, Nic√©phore d√©cide d√®s 803 de mettre un terme au paiement, d√©clenchant imm√©diatement des repr√©sailles de la part des Arabes.

Des résultats contrastés en Asie mineure

Carte des thèmes asiatiques de Byzance
La carte des thèmes byzantins d'Asie mineure vers 780, peu avant le règne de Nicéphore.

Révolte de Bardanès Tourkos

Al-Qasim, le fils du calife Haroun ar-Rachid, se pr√©sente √† la fronti√®re pour lancer l'offensive. En face, Nic√©phore qui s'est bless√© √† cheval doit d√©l√©guer le commandement √† Bardan√®s Tourkos. Or, ce dernier se retrouve √† la t√™te d'une arm√©e au bord de la mutinerie. Selon Th√©ophane le Confesseur, ce sont les mesures fiscales de l'empereur qui suscitent le m√©contentement des troupes, mais l'historien moderne Paros Sophoulis est circonspect par rapport √† cette explication. Il estime plut√īt que c'est la reprise du conflit avec les Arabes, in√©vitable avec la fin du paiement du tribut, qui provoque la r√©bellion de la part de troupes mobilis√©es parmi une population locale peu d√©sireuse d'une nouvelle guerre[18]. Rapidement, les soldats voient en Bardan√®s Tourkos un pr√©tendant cr√©dible au tr√īne[19]. S'il est possible que le g√©n√©ral byzantin ait h√©sit√©, il finit par accepter de prendre la t√™te de cette r√©volte, officiellement au nom d'Ir√®ne. C'est une menace s√©rieuse pour Nic√©phore, car √† l'exception des troupes des Arm√©niaques qui lui restent fid√®les, ce sont virtuellement toutes les troupes byzantines d'Asie qui se l√®vent contre lui et marchent sans difficult√©s vers Constantinople. N√©anmoins, la r√©bellion ne s'√©tend pas √† l'int√©rieur des murs de la capitale, d'autant que la mort d'Ir√®ne au d√©but du mois d' retire √† Bardan√®s la principale justification de son soul√®vement[20]. Bient√īt, ses soutiens s'√©tiolent et il est contraint de n√©gocier. Il obtient des garanties de la part du patriarche Taraise et de Nic√©phore pour avoir la vie sauve et finit par se retirer sur l'√ģle de Prote o√Ļ il devient moine, tandis que les autres officiers sont d√©mis de leurs commandements[19].

Carte de la frontière arabo-musulmane figurant les principales places fortes.

Dans l'ensemble, Nicéphore fait preuve d'une relative clémence, car il doit rapidement réunir des troupes pour combattre les Arabes qui profitent des troubles internes aux Byzantins. Le calife mène désormais une plus grande armée en personne, en plus de celle de son fils. Nicéphore prend la tête des opérations, mais il a rapidement conscience qu'il est mal préparé pour une bataille rangée. Il échange des lettres avec le calife et parvient à obtenir une trêve en échange d'un tribut moins important que celui payé par Irène, d'autant qu'il se limite à la seule année 803. Si la révolte de Bardanès Tourkos n'a finalement pas profité aux Arabes, elle est représentative du mécontentement des soldats envers Nicéphore qui refait surface dans les années suivantes et reste une source constante de troubles tout au long de son règne[21].

Offensives et contre-offensives contre les Arabes

D√®s l'ann√©e suivante, Haroun ar-Rachid franchit √† nouveau la fronti√®re pour piller l'Anatolie. De nouveau, Nic√©phore s'appr√™te √† s'y opposer avant de se replier car il a eu vent d'un complot en cours √† Constantinople. Au m√™me moment, les Arabes s'attaquent √† son arm√©e qu'ils mettent en d√©route lors de la bataille de Krasos, pr√®s de l'endroit o√Ļ se rejoignent les th√®mes des Bucellaires, de l'Opsikion et des Arm√©niaques. Nic√©phore lui-m√™me √©chappe de peu √† la capture[22] - [23]. En d√©pit de cette d√©faite qui p√®se sur le prestige de Nic√©phore, les Arabes ne poursuivent pas leur avanc√©e et retournent au-del√† de la fronti√®re. En effet, le calife fait face sur ses terres √† des menaces plus pressantes qui l'emp√™chent de se concentrer contre les Byzantins. Nic√©phore et Haroun finissent par s'accorder autour d'une tr√™ve et d'un √©change de prisonniers qui ram√®nent le calme sur la fronti√®re, au moins pour un temps[24].

Nicéphore en profite pour renforcer les défenses byzantines. Les remparts d'Ancyre sont restaurés, de même que les forteresses d'Andrasus[Notes 2] et de Thebasa dans les Anatoliques. Une fois ces points d'ancrage assurés, l'empereur peut, à la fin de l'été 805, s'aventurer dans un raid contre les terres arabes, une première depuis une vingtaine d'années[Notes 3]. C'est la Cilicie qui est visée. Les Byzantins pillent la région, en particulier autour d'Anazarbe, et s'emparent de prisonniers et de butin, parvenant même à prendre la ville de Tarse avant de se replier. Une autre force byzantine assiège sans succès Mélitène tandis que les chrétiens de Chypre, alors condominium byzantino-arabe, se révoltent. En dépit du succès de cette campagne de 805, les Byzantins ne parviennent pas à reprendre de territoires aux Arabes[25].

Un statu quo indépassable

Une fois revenu de sa campagne au Khorassan, Haroun d√©sire se venger des Byzantins. Il rassemble une vaste arm√©e, comprenant peut-√™tre plus de 100 000 hommes pour ravager la zone frontali√®re et priver les Byzantins de toute perspective de reconqu√™te. La menace est s√©rieuse car Nic√©phore n'a pas les moyens de rassembler autant d'hommes. Une partie de l'arm√©e arabe pille la Cappadoce, terre natale de l'empereur, tandis que l'autre se dirige vers l'ouest pour attaquer H√©racl√©e. Enfin, une force navale est envoy√©e √† Chypre pour r√©primer la r√©volte[26] - [27]. Nic√©phore ne peut faire mieux que d'affronter isol√©ment des petites forces arabes sans se risquer √† une bataille rang√©e contre le calife. Il pr√©f√®re √† nouveau la voie de la n√©gociation, acceptant de payer un tribut annuel de 30 006 solidus d'or dont trois pour lui-m√™me et trois pour son fils, ce qui repr√©sente une v√©ritable humiliation[28]. Il s'engage aussi √† ne pas reconstruire les forts ras√©s par les Arabes.

L'empereur byzantin ne tarde pas à violer les termes du traité en consolidant plusieurs forteresses. Le bilan de cette offensive de grande ampleur est contrasté. Si Nicéphore est parvenu à préserver ses terres d'une destruction plus grande, il prend aussi conscience de la supériorité militaire des Arabes dont le potentiel de mobilisation est bien plus important. À moyen terme, cette situation exclut toute expansion territoriale des Byzantins à l'est[29] - [30].

Jusqu'en 811, les √©v√©nements en Asie mineure sont de moindre importance. En 807, Haroun lance une offensive en repr√©sailles des travaux de restauration interdits et malgr√© tout entrepris par Nic√©phore. N√©anmoins, la petite force qu'il envoie est vaincue aux Portes ciliciennes, subissant de lourdes pertes. Le calife r√©agit par l'envoi d'une nouvelle force, plus nombreuse, dont le corps principal comptant 30 000 soldats rencontre l'arm√©e dirig√©e par Nic√©phore dans le no man's land de la fronti√®re byzantino-arabe. La bataille est ind√©cise et les Arabes sont contraints de se retirer chez eux. Une derni√®re offensive est lanc√©e par Haroun ar-Rachid, cette fois-ci par mer. Les Arabes incitent les Slaves du P√©loponn√®se √† la r√©volte, sans succ√®s, et leur flotte qui tente de razzier les √ģles de la mer √Čg√©e est en bonne partie d√©truite par une temp√™te[31] - [32]. La mort du calife en 809 engendre une p√©riode de troubles au sein du califat abbasside qui lib√®re la pression sur la fronti√®re byzantine jusqu'√† la fin du r√®gne de Nic√©phore.

La rivalité impériale avec Charlemagne

Le couronnement de Charlemagne comme empereur des Romains en 800 marque un tournant important. Jusque-là, seul l'Empire byzantin pouvait prétendre au titre d'Empire comme continuateur direct de Rome. Désormais, il fait face à l'Empire carolingien, concurrent symbolisant sa perte d'influence sur les anciennes terres occidentales de l'Empire romain[33].

Carte de l'Empire carolingien
Carte de l'Empire carolingien, montrant la position pr√©caire de Venise et des √ģles de la c√īte dalmate.

La prise du pouvoir par Nic√©phore met un terme √† toute id√©e de mariage entre Charlemagne et Ir√®ne. Ce projet, dont le degr√© d'avancement reste d√©battu, aurait permis de calmer la rivalit√© entre les deux empires, qui s'exprime notamment en Italie o√Ļ les Byzantins tentent de pr√©server les terres qu'ils d√©tiennent encore au sud et autour de Venise, √† d√©faut de pouvoir reprendre Rome. Peu apr√®s son arriv√©e sur le tr√īne, Nic√©phore envoie une ambassade qui rappelle √† Charlemagne son d√©sir de paix tout en ne lui reconnaissant pas explicitement la qualit√© d'empereur. De son c√īt√©, le dirigeant franc reconna√ģt la suzerainet√© byzantine sur Venise et la c√īte dalmate, mais exige aussi d'√™tre reconnu comme empereur, au risque d'une guerre en cas de refus. Nic√©phore prend acte de cette demande mais retarde le moment de sa r√©ponse, ce qui lui assure quelques ann√©es de paix[34] - [35].

Couronnement de Charlemagne. Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, ms. Français 6 465, vers 1460.
Les costumes des personnages reflètent la mode du milieu du XVe siècle.

N√©anmoins, Nic√©phore n'a gu√®re les moyens d'assurer une pr√©sence effective au nord de l'Adriatique o√Ļ ses possessions agissent en principaut√©s quasi-ind√©pendantes. √Ä Venise, deux fr√®res, Obelerio et Beato, se proclament ducs en 804. Apr√®s avoir tent√© de s'emparer de la Dalmatie, ils envoient des √©missaires √† Aix-la-Chapelle en 806 pour se soumettre √† Charlemagne et garantir leur position. L'empereur franc accepte, d√®s lors que Nic√©phore n'a pas daign√© r√©pondre √† sa lettre. D√©sormais, Venise et la Dalmatie sont consid√©r√©es comme une d√©pendance des possessions italiennes de l'Empire carolingien, dirig√©es par P√©pin d'Italie. Pour Nic√©phore, c'est une provocation √† laquelle il r√©agit imm√©diatement par l'envoi d'une flotte √† l'automne 806, dirig√©e par Nic√©tas le Patrice[36]. Les deux fr√®res Obelerio et Beato pr√©f√®rent revenir sur leur all√©geance √† Charlemagne que d'affronter la flotte byzantine et vont m√™me jusqu'√† l'aider √† reprendre le contr√īle de la c√īte dalmate qu'eux-m√™mes convoitaient. Nic√©tas le Patrice parvient √† trouver un terrain d'entente avec P√©pin : une tr√™ve est sign√©e. S'il conf√®re √† Obelerio le rang de spathaire, le confirmant √† la t√™te de Venise, il ram√®ne avec lui Beato et d'autres dignitaires locaux pour garantir l'ob√©issance de cette possession lointaine de Constantinople. Finalement, Nic√©phore autorise Beato √† repartir apr√®s lui avoir conf√©r√© la dignit√© de consul[37].

En 808, la tr√™ve avec P√©pin a expir√© et Nic√©phore envoie une nouvelle flotte dirig√©e par Paul le Patrice en Dalmatie pour pr√©venir une attaque franque[38]. Au printemps 809, l'amiral byzantin passe √† l'attaque, mais il est battu pr√®s de l'√ģle de Comacchio, ce qui le contraint √† se replier vers Venise o√Ļ les deux fr√®res sont r√©ticents √† lui apporter un soutien trop affirm√©. Bient√īt, face √† l'impossibilit√© d'un compromis avec P√©pin et au risque d'une trahison par Obelerio et Beato, Paul choisit de battre en retraite[39]. En 810, P√©pin peut s'emparer de la r√©gion de Venise et lancer des raids contre la Dalmatie. Une partie des V√©nitiens pr√©f√®re s'installer √† Rialto, √† l'abri d'une attaque terrestre. Ils parviennent ainsi √† repousser une tentative de P√©pin de p√©n√©trer dans la lagune. Au d√©but de l'√©t√© de 810, Paul revient avec une nouvelle flotte et, sans avoir √† combattre, obtient le retrait des Francs dont la position est fragilis√©e par la mort de P√©pin le . Pour les Byzantins, il devient imp√©ratif de se d√©barrasser d'Obelerio et Beato dont la loyaut√© est √† l'√©vidence fluctuante. Les V√©nitiens se choisissent alors un nouveau duc (ou doge), Angelo Participazio, qui transf√®re la capitale de Malamocco √† Rialto, la matrice de la future r√©publique de Venise[40].

Tant pour Nic√©phore que pour Charlemagne, il appara√ģt n√©cessaire de signer une nouvelle tr√™ve. Du c√īt√© des Byzantins, les efforts consentis dans la d√©fense de la pr√©sence imp√©riale en Dalmatie deviennent co√Ľteux et ob√®rent les possibilit√©s d'intervenir sur d'autres fronti√®res, notamment dans les Balkans. Une ambassade byzantine arrive √† Aix-la-Chapelle √† l'automne 810. Comme pr√©c√©demment, les Byzantins restent √©vasifs sur le titre d'empereur que revendique Charlemagne. Sans remettre explicitement en cause cette pr√©tention, ils ne la reconnaissent pas non plus. L'empereur franc accepte la paix et reconna√ģt la supr√©matie de Constantinople sur Venise et la Dalmatie. N√©anmoins, il d√©cide d'envoyer une ambassade jusqu'√† la capitale byzantine, de mani√®re √† obtenir une reconnaissance en bonne et due forme de son statut d'empereur. Cette d√©l√©gation pr√©voit aussi de livrer Obelerio et part au d√©but de l'ann√©e 811. La mort de Nic√©phore cette m√™me ann√©e l'emp√™che de r√©pondre √† Charlemagne, mais il a pu obtenir une paix de principe avec l'Empire franc, connue sous le nom de Pax Nic√©phori[41].

L'expansion puis le désastre dans les Balkans

Carte des thèmes européens
Les thèmes byzantins d'Europe vers 900. Certains d'entre eux (Strymon, Nicopolis) sont fondés après la mort de Nicéphore.

Une reprise en main progressive des Balkans

Nic√©phore se consacre au front balkanique √† partir de 805, apr√®s s'√™tre assur√© de la paix en Orient. √Ä cette √©poque, la domination byzantine sur la p√©ninsule est s√©rieusement compromise par les Slaves et les Bulgares qui se sont taill√© des territoires √† l'int√©rieur des terres. Seules les r√©gions littorales de la Gr√®ce actuelle sont r√©ellement contr√īl√©es par les Byzantins qui, sous le r√®gne d'Ir√®ne, sont peu ou prou parvenus √† s'√©tendre √† l'int√©rieur des terres avec la cr√©ation du th√®me de Mac√©doine. Dans un premier temps, l'empereur souhaite reprendre l'entier contr√īle du P√©loponn√®se qui a connu des incursions slaves. Il confie cette mission √† Skl√®ros, le strat√®ge du th√®me de l'Hellas, qui y parvient ais√©ment lors de l'ann√©e 805. Pour capitaliser sur ce succ√®s, Nic√©phore souhaite pr√©venir toute r√©bellion des Slaves de la r√©gion en les isolant au sein d'une importante population grecque. Il prend des mesures pour encourager l'immigration de populations byzantines dans le P√©loponn√®se et la reconstitution de cit√©s dans la r√©gion, tandis que la ville de Patras est reconstruite. La plupart de ces colons viennent d'Italie et en particulier de la ville de Rheggium o√Ļ se seraient r√©fugi√©s d'anciens habitants de la Gr√®ce lors des incursions slaves[42]. Cette pacification durable du P√©loponn√®se est l'une des principales r√©ussites militaires de Nic√©phore, puisqu'elle assure un meilleur contr√īle de la Gr√®ce et favorise les communications avec les possessions les plus occidentales de l'Empire, en particulier en Italie. La cr√©ation du th√®me du P√©loponn√®se confirme cette mainmise territoriale[43] - [44]. N√©anmoins, Warren Treadgold souligne que l'√©v√©nement contribue peu au prestige de l'empereur puisque les victoires acquises contre les Slaves sont consid√©r√©es comme moins glorieuses que celles contre les Arabes, per√ßus comme la principale menace[45].

Carte de l'Empire bulgare
La Bulgarie au début du IXe siècle.

La deuxi√®me moiti√© du r√®gne de Nic√©phore, lors de laquelle la menace califale est moins nette, permet une concentration plus grande des forces byzantines dans les Balkans. En outre, la fronti√®re septentrionale des Bulgares est fragilis√©e par l'effondrement du khaganat des Avars, ce qui les rend plus vuln√©rables[46]. En 807, l'exp√©dition pr√©vue est interrompue √† Andrinople du fait d'une rumeur de complot de la part d'officiers originaires de Cappadoce, la r√©gion d√©vast√©e par les Arabes l'ann√©e pr√©c√©dente. L'empereur retourne √† Constantinople et les forces byzantines se contentent de rester dans la r√©gion de la Thrace[47]. En 809, la cit√© fortifi√©e de Serdica (aujourd'hui Sofia) sert de quartier-g√©n√©ral √† l'arm√©e byzantine tandis qu'elle est repeupl√©e de colons[48]. Elle est l'une des forteresses qui fixe la fronti√®re avec les Bulgares situ√©s au-del√†, aux c√īt√©s des places fortes d'Andrinople, de Philippopolis et de Develtos. Dans l'ensemble, √† cette date, les Byzantins semblent avoir largement consolid√© leur emprise sur la p√©ninsule balkanique. Warren Treadgold estime les forces byzantines du th√®me de Mac√©doine √† 12 000 hommes vers 810 contre 3 000 √† sa cr√©ation sous Ir√®ne, attestant d'un recrutement dynamique[49]. En parall√®le, Nic√©phore poursuit sa politique de repeuplement des terres reconquises en essayant d'attirer des colons en Thrace et en Mac√©doine[50].

La politique de colonisation

La politique de colonisation de Nic√©phore est un aspect primordial de son r√®gne. Elle est une r√©ponse √† la perte de contr√īle de l'Empire sur certains territoires, principalement dans les Balkans o√Ļ les Slaves et les Bulgares ont peu √† peu repouss√© les populations imp√©riales vers le littoral, les contraignant m√™me parfois √† des exils plus lointains. De ce fait, toute reprise de contr√īle durable de l'Empire est rendue plus complexe. Cette politique permet aussi de repeupler des territoires en partie d√©sertifi√©s par les effets de la migration slave. Elle doit garantir des revenus fiscaux, mais aussi des effectifs pour les arm√©es th√©matiques qui constituent la base du syst√®me d√©fensif byzantin[Notes 4] - [51]. Walter Kaegi √©met l'hypoth√®se que cette politique est √©galement un moyen de r√©duire l'esprit s√©ditieux des troupes asiatiques, en les divisant et en les affaiblissant par ce d√©placement de population[52]. Pour autant, ces mouvements de population ne concernent pas que l'Asie Mineure. Il semble que des descendants d'habitants de Gr√®ce forc√©s √† l'exil en Calabre face √† la progression des Slaves reviennent sur leur terre d'origine au d√©but du IXe si√®cle, apr√®s parfois plus de deux cents ans d'exil[53].

Si Nic√©phore s'appuie d'abord sur le volontariat pour favoriser l'arriv√©e de colons, en leur donnant acc√®s √† la propri√©t√© terrienne, il en est parfois rendu √† utiliser des m√©thodes plus coercitives. En effet, malgr√© les avantages accord√©s, peu de Byzantins prennent le risque d'un √©tablissement durable aux fronti√®res de l'Empire[39]. Pour garantir la r√©ussite de cette entreprise, il ordonne un recensement de la population, de mani√®re √† conna√ģtre avec pr√©cision les zones denses et les r√©gions ¬ę vides ¬Ľ. Ce recensement favorise aussi l'efficacit√© de l'administration fiscale puisque l'imposition fonci√®re repose d√©sormais sur un registre mis √† jour[54] - [55].

En 809, un √©dit imp√©rial pr√©voit le d√©placement forc√© des familles s√©lectionn√©es. Le processus est drastique. Si les familles peuvent emporter leurs biens et se voient garantir de nouvelles terres sur leur lieu d'implantation, l'√Čtat s'empare de leur propri√©t√© d'origine. Certaines de ces propri√©t√©s sont ensuite red√©coup√©es entre les voisins de la famille expropri√©e. Cette mesure s'inscrit en parall√®le de la r√©organisation administrative des possessions byzantines dans les Balkans dont les th√®mes sont remani√©s[56]. Dans l'ensemble, malgr√© les critiques dress√©es par Th√©ophane le Confesseur, cette politique semble avoir √©t√© bien g√©r√©e. √Ä long terme, elle assure une incorporation progressive des √©l√©ments slaves de Gr√®ce et leur conversion[57] - [58] - [59]. Peter Charanis va jusqu'√† consid√©rer Nic√©phore comme le ¬ę sauveur de la Gr√®ce ¬Ľ du fait de cette action de pr√©servation de la population grecque[60].

La catastrophe de Pliska

Deux miniatures de la campagne de 811
Miniature issue de la chronique Manassès présentant la campagne de 811 avec, en haut, l'entrée de Nicéphore en Bulgarie et, en bas, sa capture par Kroum.

Cependant, c'est aussi en 809, alors que les Byzantins sont en situation favorable, que les Bulgares s'imposent comme une v√©ritable menace. Une attaque surprise est lanc√©e contre les forces du th√®me de Mac√©doine qui sont mises en d√©route au d√©but du printemps, tandis que la ville de Serdica est prise par le khan Kroum. Toute la garnison et une bonne partie de la population sont tu√©es et la ville ras√©e[61]. En quelques jours, Nic√©phore r√©agit et occupe Pliska, la capitale bulgare. N√©anmoins, l'arm√©e que dirige Nic√©phore est celle des tagmata, les r√©giments d'√©lite de l'arm√©e permanente de l'Empire, qui se distingue des forces th√©matiques mobilis√©es uniquement en cas de n√©cessit√©. Or, Nic√©phore n'a pas amen√© avec lui la paie due √† ses hommes √† cette p√©riode de l'ann√©e. En outre, ces r√©giments sont hostiles √† toute id√©e de reconstruction de Serdica, estimant que cette t√Ęche n'incombe pas √† des soldats d'√©lite. Une mutinerie ne tarde pas √† √©clater, seulement √©teinte par la promesse de Nic√©phore de revenir √† Constantinople et de payer les soldes en retard[62].

En 811, Nicéphore planifie une nouvelle expédition d'ampleur contre les Bulgares, dont l'objectif est potentiellement de les soumettre à l'orbite byzantine. Son armée comporte plusieurs dizaines de milliers d'hommes, venant à la fois des différents thèmes mais aussi des tagmata de l'armée centrale. Il en prend le commandement direct et est notamment accompagné de son fils Staurakios ainsi que d'un grand nombre de hauts dignitaires impériaux. En face, le khan Kroum tente de négocier la paix mais Nicéphore refuse[63].

Miniature représentant Kroum festoyant
Kroum célébrant sa victoire sur Nicéphore Ier, miniature de la chronique de Jean Skylitzès.

Le , l'arm√©e byzantine prend par surprise la garnison de Pliska qui est massacr√©e, de m√™me que les renforts qui arrivent le lendemain. La ville de Pliska est ras√©e et le butin partag√© entre l'ensemble de la troupe. Apr√®s quelques jours, Nic√©phore reprend sa marche vers Serdica o√Ļ Kroum s'est r√©fugi√© avec le reste de l'arm√©e bulgare, renforc√©e d'√©l√©ments slaves et avars. Sur le chemin, l'arm√©e byzantine s'aventure au travers de vall√©es. Dans l'une d'elles, les Bulgares en ont h√Ętivement fortifi√© les deux flancs de mani√®re √† pi√©ger les Byzantins qui s'y sont avanc√©s. Le , les Bulgares passent √† l'offensive et visent directement le camp imp√©rial. Celui-ci est submerg√© et l'empereur tu√© dans la m√™l√©e, tandis que l'arm√©e byzantine tente de s'enfuir. Les pertes sont terribles pour l'Empire, d'autant que de nombreux officiers et hauts dignitaires p√©rissent dans la bataille. Staurakios est gravement bless√©, m√™me s'il parvient √† rejoindre Constantinople. Le corps de Nic√©phore est d√©couvert par Kroum, qui le fait d√©capiter avant de l'exposer plusieurs jours. Enfin, il fait plaquer de l'argent sur son cr√Ęne dont il se sert comme coupe √† boire, rajoutant √† l'humiliation des Byzantins. Pour la premi√®re fois depuis la mort de Valens en 378 au cours de la bataille d'Andrinople, un empereur des Romains est tomb√© sur le champ de bataille[64] - [65] - [66].

Si les Bulgares sont finalement repoussés deux ans plus tard, l'ampleur de la défaite de Pliska est considérable et déstabilise profondément l'Empire[67] - [68]. Staurakios ne succède que durant quelques mois à son père. Paralysé par une blessure à la nuque, il n'est guère en mesure de tenir les rênes du pouvoir alors que les rivalités politiques commencent à s'affirmer à Constantinople[69]. Son beau-frère Michel Ier Rhangabé prend la tête de l'Empire pour deux ans seulement avant de se retirer dès 813 à la suite d'une nouvelle défaite contre les Bulgares. Léon V l'Arménien rétablit finalement la situation. À plus long terme, la défaite de Pliska consacre l'existence d'une entité bulgare indépendante aux portes de Constantinople et met un coup d'arrêt à l'extension territoriale impériale dans les Balkans. C'est seulement deux siècles plus tard, en 1018, que Basile II soumet enfin les Bulgares[64].

Politique intérieure

Réformes administratives et militaires

Sur les plans administratif et militaire, Nic√©phore proc√®de aussi √† des r√©organisations. Dans les Balkans, la consolidation de la souverainet√© byzantine lui permet de d√©velopper des th√®mes dans la r√©gion. En plus de la cr√©ation du th√®me de P√©loponn√®se d√©j√† cit√©e, il pourrait avoir cr√©√© celui de C√©phalonie sur la c√īte adriatique, dirig√© par Paul le Patrice, avec pour ambition d'en faire un vecteur du contr√īle byzantin sur la c√īt√© dalmate jusqu'√† Venise[Notes 5]. En Gr√®ce centrale, il aurait enfin cr√©√© le th√®me de Thessalonique centr√© autour de la deuxi√®me ville de l'Empire[17]. Ces th√®mes sont autant de circonscriptions militaires qui peuvent mobiliser rapidement des troupes pour assurer la d√©fense de la fronti√®re face aux Slaves et aux Bulgares. En ce qui concerne l'arm√©e centrale et permanente, celle des tagmata (r√©giments), il cr√©e la tagma (r√©giment) des Hicanates, esp√©rant disposer par l√† d'un corps de troupes fid√®les[70]. Enfin, pour renforcer la marine byzantine, il implante de force des paysans sur des terres proches des littoraux, pour en faire des stratiotes sur le mod√®le de l'arm√©e de terre, c'est-√†-dire des paysans soldats mobilisables en cas de guerre[71].

Au-del√† de la politique de colonisation d√©j√† cit√©e qui vise √† renforcer la pr√©sence byzantine dans les r√©gions frontali√®res, Nic√©phore est attentif √† l'implication du plus grand nombre dans la d√©fense de l'Empire. Il s'assure que les paysans mobilisables sont effectivement en mesure de combattre. Pour cela, quand un paysan n'est pas assez riche pour acheter son √©quipement, ce sont les habitants de son village qui doivent y contribuer en versant 18,5 nomismata par soldat[72] - [73]. C'est le principe de responsabilit√© collective de l'imp√īt par lequel les villageois deviennent des sustratiotai, des compagnons de service militaire. Gr√Ęce √† cette mesure, l'efficacit√© des arm√©es th√©matiques est renforc√©e[74]. Selon Leslie Brubaker et John Haldon, les r√©formes de Nic√©phore vont m√™me au-del√†. Elles lient fermement la possession de la terre avec une obligation fiscale et militaire. Par cons√©quent, ils estiment qu'elles cr√©ent v√©ritablement les arm√©es th√©matiques en tant que forces militaires recrut√©es localement et mobilisables rapidement[75] - [76] - [Notes 6]. √Ä cet √©gard, √Člisabeth Malamut et Georges Sid√©ris parlent d'une ¬ę arm√©e permanente au moindre co√Ľt ¬Ľ[77].

Des réformes fiscales et économiques rigoureuses

Nic√©phore Ier engage une profonde r√©forme des finances avec, entre autres, la suppression des exemptions d'imp√īts, l'interdiction des pr√™ts priv√©s aux commer√ßants, l'imposition des propri√©taires et la taxe sur les h√©ritages et les tr√©sors. Ces mesures, parfois impopulaires, permettent d'assainir les finances de l'empire.

La politique fiscale de Nic√©phore est rigoureuse. Elle tranche avec les prodigalit√©s souvent accord√©es par Ir√®ne, qui risquaient de fragiliser le tr√©sor imp√©rial. L'exp√©rience de Nic√©phore comme logoth√®te explique s√Ľrement son souci de finances publiques saines, au risque de compromettre sa popularit√© aupr√®s de larges pans de la population, y compris de l'aristocratie. Parmi les mesures importantes qu'il prend pour r√©duire les d√©penses de l'√Čtat, son rejet du tribut pay√© aux Arabes d√®s 803 est parmi les plus fortes, √©tant donn√© ses cons√©quences. En outre, il revient sur plusieurs d√©cisions d'Ir√®ne, mettant fin aux remises d'imp√īts sur le commerce urbain (le kommerkion)[78] et sur les successions qu'elle avait accord√©es. Plus encore, tout accroissement substantiel de patrimoine est impos√©, qu'il soit issu d'un h√©ritage ou non. De mani√®re g√©n√©rale, le nouveau gouvernement est attentif √† collecter les arri√©r√©s d'imp√īts qui ont pu s'accumuler[79]. Il confisque des terres donn√©es par Ir√®ne √† diverses institutions religieuses et les oblige √† payer de nouveau le fouage (kapnikon) qu'elles ne payaient plus[80] - [81]. Le commerce des esclaves est aussi plus fortement tax√©. Alors que l'imp√īt est pr√©lev√© uniquement √† Abydos sur les esclaves en route pour Constantinople, l'ensemble des transactions concernant des esclaves sont d√©sormais tax√©es[82] - [83]. Quant √† l'imp√īt de base, il est augment√© pour tous les contribuables[84].

Nicéphore est aussi attentif à réduire la corruption, en créant un tribunal spécifiquement chargé de juger les affaires de cette nature. Il lui arrive d'ailleurs d'être personnellement présent lors des audiences. Rapidement, il gagne la réputation d'être un défenseur des plus pauvres face aux abus des riches[85]. L'empereur met en place le système de l’hikanosis : tout propriétaire terrien dont les revenus fonciers sont supérieurs à ce qu'ils devraient être au regard des taxes qu'il verse peut voir une partie de ses propriétés expropriées et revenir au fisc[86] - [87]. Au-delà, les contribuables qui se sont rapidement et substantiellement enrichis sont taxés comme découvreur ou inventeur de trésor[88]. L'ensemble de ces mesures fiscales est largement favorisé par le recensement déjà mentionné, qui permet au gouvernement impérial d'avoir une idée relativement précise des possessions de ses habitants[89].

Nic√©phore intervient aussi sur la situation commerciale de l'Empire. Pour stimuler le commerce, il prend une d√©cision forte en imposant aux armateurs un pr√™t d'argent public au taux de 16,66 %, soit le double du cours de l'argent de l'√©poque. Il esp√®re qu'en retour, les marchands investiront dans le d√©veloppement des √©changes[90] - [91] - [86]. En parall√®le, il bannit le pr√™t avec int√©r√™ts, sauf pour l'√Čtat, m√™me si le champ d'application exact de cette prohibition reste incertain[92] - [Notes 7].

Si les r√©formes de Nic√©phore sont ambitieuses et rigoureuses, voire s√©v√®res, elles sont rarement r√©volutionnaires. Elles s'inspirent souvent de pratiques pass√©es, comme le repeuplement de r√©gions enti√®res, ou bien repr√©sentent simplement l'application de r√®gles toujours en vigueur mais non mises en Ňďuvre, soit par n√©gligence, soit sciemment au gr√© de d√©cisions des pr√©d√©cesseurs de Nic√©phore, notamment dans le domaine fiscal. Cela explique pourquoi il exige des arri√©r√©s d'imp√īts importants, car il part du principe que la mesure n'est pas nouvelle et qu'elle ne fait que r√©tablir une situation qui n'aurait pas d√Ľ s'interrompre[94]. Pragmatique, Nic√©phore appara√ģt surtout comme un profond connaisseur de l'administration et des finances de l'Empire dont il essaie d'exploiter le plein potentiel[95]

La révolte d'Arsaber le patrice

Le r√®gne de Nic√©phore est √©maill√© de plusieurs r√©voltes, ce qui est relativement courant dans le contexte byzantin, surtout lors d'un r√®gne issu d'une conspiration. En outre, les mesures √©conomiques et fiscales, mais aussi la politique religieuse d√©velopp√©e ci-apr√®s, soul√®vent parfois des protestations au sein d'une √©lite byzantine divis√©e entre plusieurs factions. En 808 intervient l'un des complots les plus importants, dirig√© par le questeur du palais sacr√© (responsable de l'√©laboration des lois) Arsaber. Il regroupe plusieurs fonctionnaires mais aussi des membres √©minents du clerg√©, proches notamment du patriarche de Constantinople Nic√©phore Ier qui est probablement vis√© aussi. Il est difficile de conna√ģtre les raisons exactes de cette tentative de renversement de l'empereur. Le clerg√© lui reproche probablement ses mesures fiscales ainsi que sa politique religieuse, mais il pourrait aussi regretter une perte d'influence sur le gouvernement de l'Empire depuis la chute d'Ir√®ne. Quoi qu'il en soit, Nic√©phore d√©couvre la machination et fait fouetter et exiler ses principaux chefs, dont Arsaber. Comme souvent, l'empereur fait preuve d'une relative cl√©mence √† l'√©gard de ses ennemis[96] - [97] - [98] - [Notes 8].

Politique religieuse

Mosa√Įque repr√©sentant Th√©odore Studite
Mosa√Įque du XIe si√®cle du monast√®re Nea Moni de Chios, repr√©sentant Th√©odore le Studite, principale figure religieuse byzantin √† l'√©poque de Nic√©phore Ier.

Au moment du r√®gne de Nic√©phore, l'Empire byzantin est tiraill√© par la crise iconoclaste o√Ļ partisans et opposants des images s'affrontent dans une querelle religieuse mais aussi politique. Ir√®ne a r√©tabli le culte des images apr√®s des d√©cennies d'iconoclasme et Nic√©phore ne revient pas sur cette d√©cision. Il cherche surtout √† √©viter une d√©gradation de la situation interne de l'Empire et ne m√®ne aucune politique de r√©pression. En revanche, sa volont√© de mettre au second plan les pr√©occupations religieuses au profit du bon fonctionnement de l'Empire lui ali√®ne une partie du clerg√©. Plus largement, son r√®gne s'inscrit dans un moment de confrontation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel dans lequel ce dernier tente de s'opposer aux immixtions trop profondes de l'empereur sur le terrain religieux[99].

Au d√©but de son r√®gne, le si√®ge patriarcal de Constantinople, plus haute autorit√© religieuse de l'Empire, est occup√© par Taraise, avec qui il entretient de bonnes relations. Sa mort en 806 constitue un d√©fi de taille, car Taraise √©tait parvenu √† concilier des tendances contraires au sein du clerg√© byzantin. Aucun successeur √©vident n'appara√ģt. Th√©odore le Studite semble le mieux plac√©, mais il est consid√©r√© comme trop rigide sur un plan th√©ologique. Il est la grande figure religieuse du tournant du IXe si√®cle. Sous Ir√®ne, il refonde le monast√®re du Stoudion qui devient le plus important de Constantinople et le lieu d'implantation des Studites, un mouvement religieux qui regroupe un grand nombre de moines et de pr√™tres byzantins dont Platon de Sakkoudion. Ils sont les tenants d'une vision rigoriste du monachisme et inflexibles sur les principes religieux[100].

Dans cette situation, il appartient au coll√®ge √©lectoral de proposer des candidats √† l'empereur qui est libre de choisir le plus apte √† la fonction. L√† encore, aucun favori ne semble se d√©gager et Nic√©phore d√©cide de nommer un homonyme, Nic√©phore Ier. Il s'agit d'un la√Įc, comme Taraise, qui a occup√© divers postes de fonctionnaire. Il est possible que l'empereur ait voulu promouvoir un homme relativement discret et de peu d'envergure, mais aussi souple sur les aspects th√©ologiques, de mani√®re qu'il ne constitue pas un obstacle √† d'√©ventuelles d√©cisions politiques. En revanche, cette nomination cr√©e des crispations au sein du clerg√©. Th√©odore le Studite et son oncle, Platon de Sakkoudion, ressentent mal la promotion d'un la√Įc √† un tel poste et font peser le risque d'un schisme. Nic√©phore r√©agit en arr√™tant les deux religieux. Quant au nouveau patriarche, il est √† la h√Ęte fait moine puis pr√™tre et consacr√© patriarche le jour de P√Ęques, le . L'empereur peut alors lib√©rer Th√©odore et Platon, car toute opposition de leur part devient plus improbable √©tant donn√© que le tr√īne patriarcal est d√©sormais occup√©[101] - [102] - [Notes 9].

Peu apr√®s, l'empereur prend une autre d√©cision qui irrite Th√©odore le Studite. Il r√©habilite un pr√™tre du nom de Joseph, excommuni√© quelques ann√©es plus t√īt pour avoir c√©l√©br√© en 795 le remariage de Constantin VI, r√©put√© adult√©rin[Notes 10]. Il d√©sire certainement le r√©compenser de son r√īle d'interm√©diaire jou√© dans les n√©gociations avec Bardan√®s Tourkos[103] et, pour cela, demande au patriarche d'ouvrir un synode local de quatorze √©v√™ques qui r√©tablit Joseph comme membre du clerg√©. Cette prise de position d√©pla√ģt √† Th√©odore et Platon, tenants d'une posture plus intransigeante, mais ils ne peuvent prendre part au vote car ils n'ont pas le statut d'√©v√™ques. Ils protestent en s'abstenant de participer √† divers offices et c√©l√©brations mais l'empereur, conciliant, √©vite de les pousser vers une trop forte hostilit√©. Ainsi, il nomme comme m√©tropolite de Thessalonique, la deuxi√®me cit√© de l'Empire, le fr√®re de Th√©odore, un certain Joseph[104] - [105]. Th√©odore manifeste rapidement √† nouveau son refus de la politique religieuse de l'empereur et de la r√©habilitation de Joseph. Il refuse de participer √† des c√©r√©monies en sa pr√©sence. Face √† cette nouvelle manifestation d'opposition, Nic√©phore d√©met d'abord son fr√®re de ses fonctions de m√©tropolite de Thessalonique, puis, il l'arr√™te en compagnie de Th√©odore et de Platon. Ils sont excommuni√©s par un synode et exil√©s sur les √ģles des Princes[106] - [107].

Historiographie

Portrait de Nicéphore Ier dans le mutinensis gr. 122, manuscrit byzantin du XVe siècle.

L'appr√©ciation du r√®gne de Nic√©phore par ses contemporains est largement domin√©e par Th√©ophane le Confesseur qui le critique ardemment, dans une forme de damnatio memoriae, m√™me si d'autres auteurs m√©di√©vaux lui sont plus favorables, comme Michel le Syrien (XIIe si√®cle) qui le qualifie d'¬ę d'homme vigoureux et capable de gouverner[108] ¬Ľ. Dans son Ňďuvre Histoire de la d√©cadence et de la chute de l'Empire romain, l'historien britannique du XVIIIe si√®cle Edward Gibbon est dans la droite ligne de Th√©ophane et d√©nonce l'avarice d'un empereur qui fait r√©gner une terreur fiscale : ¬ę Sans doute il y a eu des tyrans plus criminels que Nic√©phore, mais il n‚Äôen est peut-√™tre aucun qui ait excit√© plus universellement la haine de son peuple. Trois vices m√©prisables, l‚Äôhypocrisie, l‚Äôingratitude et l‚Äôavarice, souill√®rent son caract√®re : des talents ne suppl√©aient pas √† son d√©faut de vertu, et il n‚Äôavait point de qualit√©s agr√©ables qui rachetassent son d√©faut de talent[109]. ¬Ľ

N√©anmoins, les historiens modernes ont progressivement r√©√©valu√© Nic√©phore, allant jusqu'√† louer certaines de ses d√©cisions de politique √©conomique et fiscale. Michel Kaplan le qualifie ¬ę d'empereur remarquable ¬Ľ, mettant fin au r√®gne d'Ir√®ne et √† ses d√©cisions fiscales consid√©r√©es comme ruineuses pour l'Empire[90]. De m√™me, Georges Ostrogorski estime qu'avec lui, l'Empire retrouve ¬ę un souverain capable ¬Ľ, attentif √† mettre de l'ordre dans la situation √©conomique et financi√®re de l'√Čtat[110]. Dans l'ouvrage dirig√© par Angeliki Laiou sur l'√©conomie byzantine, la refondation du syst√®me fiscal est jug√©e r√©ussie puisqu'elle d√©bouche sur un accroissement des √©changes et des flux mon√©taires, bien que certaines de ses mesures soient critiqu√©es comme sa l√©gislation sur les pr√™ts √† int√©r√™ts[111]. Leslie Brubaker et John Haldon voient dans les r√©formes de Nic√©phore un ensemble coh√©rent pour am√©liorer la situation de l'Empire. Ils d√©fendent l'id√©e que le syst√®me th√©matique sur lequel s'appuie le syst√®me imp√©rial jusqu'au XIe si√®cle est largement fond√© par Nic√©phore[112].

La seule monographie √† √™tre parue sur Nic√©phore est la th√®se de Pavlos Niavis en 1984[113]. Dans cet ouvrage, il estime que cet empereur est l'un des rares √† avoir port√© un ensemble de r√©formes coh√©rentes, l√† o√Ļ les autres basileus prennent g√©n√©ralement des mesures ponctuelles sans plan d'ensemble qui ne visent qu'√† pallier √©pisodiquement les difficult√©s rencontr√©es. En revanche, il estime que sa politique √©trang√®re demeure son point faible. Son manque d'exp√©rience militaire a pu jouer un r√īle dans la r√©currence de r√©voltes dans l'arm√©e et dans son √©chec contre les Bulgares[114]. Louis Br√©hier juge pour sa part que ¬ę son tort fut de sous-estimer les forces de ses adversaires et d'agir vis-√†-vis d'eux avec la m√™me d√©sinvolture orgueilleuse que s'il avait eu √† leur opposer des arm√©es fortes et disciplin√©es. De l√† les √©checs qui le conduisirent √† sa perte[115]. ¬Ľ Plus largement, les historiens s'accordent aussi pour reconna√ģtre que la fin tragique de Nic√©phore constitue son plus grand √©chec, laissant l'Empire face √† une menace mortelle. Pour Warren Treadgold, si cet √©v√©nement est un d√©sastre, il n'√©clipse pas les r√©ussites durables de Nic√©phore comme l'accroissement de la pr√©sence imp√©riale dans les Balkans au travers de la colonisation, le renforcement de l'arm√©e et la bonne sant√© financi√®re et √©conomique de l'Empire[116]. Il voit en lui un homme d√©sireux de renforcer la richesse, la solidit√© voire d'√©tendre l'Empire, peu importent les oppositions face √† lui. Il conclut ainsi que, ¬ę s'il a r√©ussi √† imposer ses vues la majeure partie du temps, ses ambitions mettaient tellement en tension les ressources de l'Empire que, fatalement, les choses allaient finir par mal tourner. Ce qui fut effectivement le cas. Il √©tait en avance sur son temps et, comme bien souvent dans pareils cas, il alla trop vite pour son √©poque[117]. ¬Ľ

Union et postérité

Les origines familiales de Nicéphore demeurent profondément méconnues et le nom même de sa femme n'est pas rapporté par les sources. En revanche, ses deux enfants sont connus[118].

  • Staurakios (n√© vers 778) est rapidement couronn√© co-empereur et associ√© √† son p√®re dans le gouvernement de l'Empire, en vue de sa succession. Pour lui trouver une √©pouse, Nic√©phore organise un concours de beaut√©, une pratique usuelle √† l'√©poque et s√©lectionne une femme du nom de Th√©ophano, parente d'Ir√®ne l'Ath√©nienne. Par ce choix, Nic√©phore esp√®re peut-√™tre renforcer sa l√©gitimit√© en associant sa famille avec celle de l'imp√©ratrice qu'il a renvers√©e mais qui √©tait soutenue par des membres de l'aristocratie et du clerg√©[119]. Bri√®vement empereur apr√®s la mort de son p√®re, Staurakios d√©c√®de quelques mois plus tard des suites de ses blessures.
  • Procopia, fille de Nic√©phore, est mari√©e √† Michel Ier Rhangab√© qui succ√®de √† Staurakios d√®s l'automne 811 et reste empereur deux ans avant de renoncer au pouvoir. Ils ont au moins cinq enfants.

Notes et références

Notes

  1. Parmi les √©tudes sur ces vexations, voir, en fran√ßais, Henry Monnier, ¬ę √Čtudes de droit byzantin ¬Ľ, Nouvelle revue historique de droit fran√ßais et √©tranger, vol. 19,‚Äé , p. 59-103 (lire en ligne).
  2. Andrasus, aussi appelée Andrassus ou Andrassos est un col montagneux des Monts du Taurus non identifié mais qui sert de point de passage aux armées voulant entrer ou sortir d'Anatolie.
  3. La derni√®re incursion byzantine en terres arabes date de 786 avec la prise d'Adata qui pourrait avoir √©t√© l'Ňďuvre de Nic√©phore, alors strat√®ge des Arm√©niaques.
  4. Les armées thématiques sont des armées locales levées dans le cadre des thèmes. Elles ne sont pas constituées de troupes permanentes mais de paysans propriétaires qui peuvent être mobilisés en cas de besoin.
  5. La date exacte de cr√©ation du th√®me reste d√©battue. Dans un article, Vivien Prigent estime que le th√®me de C√©phalonie appara√ģt d√®s les ann√©es 760, mais avec le m√™me objectif de renforcement de la pr√©sence imp√©riale dans l'Adriatique. Voir Vivien Prigent, ¬ę Notes sur l‚Äô√©volution de l‚Äôadministration byzantine en Adriatique (VIIIe‚ÄČ‚Äď‚ÄČIXe si√®cle) ¬Ľ, M√©langes de l'√©cole fran√ßaise de Rome,‚Äé , p. 393-417 (lire en ligne). Jean-Claude Cheynet fait plut√īt remonter sa cr√©ation vers le milieu du IXe si√®cle, au m√™me moment que celui de Dalmatie(Jean-Claude Cheynet (dir.), Le Monde byzantin, tome II, PUF, coll. ¬ę Nouvelle Clio ¬Ľ, , p. 450).
  6. Voir aussi (en) ¬ę A context for two "evil deeds": Nikephoros I and the origins of the themata ¬Ľ, dans Olivier Delouis, Sophie M√©tivier, Paule Pag√®s, Le saint, le moine et le paysan, Publications de la Sorbonne, coll. ¬ę Byzantina Sorbonensia ¬Ľ, , 245-265 p. (lire en ligne)
  7. Au Moyen √āge, sous l'influence du christianisme, le pr√™t avec int√©r√™ts est g√©n√©ralement r√©prouv√© par la morale et fait r√©guli√®rement l'objet d'interdictions, bien que l'√©conomie byzantine, plus mon√©tis√©e, le tol√®re par moments[93].
  8. Les pratiques byzantines sont souvent plus violentes à l'égard des opposants politiques, incluant notamment l'aveuglement voire la mise à mort.
  9. S'il est possible que des partisans de Théodore le Studite ont participé à la conspiration d'Arsaber en 808 et que celle-ci a pu être motivée par la réhabilitation de Joseph, Théodore ne l'a pas soutenue directement.
  10. Cet √©pisode est aussi connu sous le nom de controverse mo√©chienne. Voir √† ce sujet, entre autres, (en) Patrick Henry, ¬ę The Moechian Controversy and the Constantinopolitan Synod of January A.D. 809 ¬Ľ, The Journal of Theological Studies, vol. 20,‚Äé , p. 495-522.

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  65. Haldon 2013. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Preparations for the campaign began [‚Ķ] ended by his death in the following year ¬Ľ
  66. (en) Florin Curta, Eastern Europe in the Middle Ages, 500-1300, Brill, (ISBN 978-90-04-34257-6), p. 79.
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  68. Dans son ouvrage The Byzantine Wars, John Haldon qualifie l'√©v√©nement ¬ę d'un des jours les plus sombres de l'histoire imp√©riale ¬Ľ.
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  100. Sur le mouvement des Studites, voir, entre autres, Alexey Stambolov, ¬ę Monks vs. the State: The Stoudites and Their Relations with the State and Ecclesiastical Authorities in Late Eight- and Early Ninth-Century Byzantium ¬Ľ, ANNUAL OF MEDIEVAL STUDIES AT CEU, vol. 21,‚Äé , p. 193-205
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  109. Edward Gibbon (trad. François Guizot), L'Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain, tome 9, Lefèvre, (lire en ligne)
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  116. Treadgold 1997, p. 429.
  117. Though the emperor imposed his will successfully for most purposes, his plans strained Byzantine ressources and sentiments so much that sooner or later something was likely to go fatally wrong and so it did. Nicephore was a man ahead of his time; but, like many such men, he forced his time a long way forward Treadgold 1988, p. 195.
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