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Andronic Ier Comn√®ne

Andronic Ier Comn√®ne (en grec byzantin : őĎőĹőīŌĀŌĆőĹőĻőļőŅŌā őĎ Ļ őöőŅőľőĹő∑őĹŌĆŌā), n√© vers 1118 et tu√© le , est un empereur byzantin de √† sa mort. Fils du s√©bastocrate Isaac Comn√®ne et petit-fils d'Alexis Ier Comn√®ne, il arrive tardivement sur le tr√īne, alors qu'il est √Ęg√© de plus de soixante ans. Auparavant, sa vie est parsem√©e d'√©v√©nements chaotiques. Il s'oppose √† plusieurs reprises √† son cousin, l'empereur Manuel Ier Comn√®ne, qui est contraint de l'emprisonner quand Andronic ne s'enfuit pas parmi les diff√©rents √Čtats voisins de l'Empire byzantin.

Andronic Ier Comnène
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Andronic Ier Comnène
Alexis II Comnène, manuscrit, Zonaras (gr. 122, fol. 293r) de la Bibliothèque Estense, Modène, seconde moitié du XVe siècle.
Règne
-
1 an, 11 mois et 19 jours
Période Comnène
Précédé par Alexis II Comnène
Suivi de Isaac II Ange
Biographie
Naissance vers 1118
D√©c√®s (env. 67 ans)
Père Isaac Comnène
Mère Irène de Galicie ou Cata de Georgie
√Čpouse Inconnue
Agnès de France
Th√©odora Comn√®ne (ma√ģtresse)
Descendance Manuel Comnène
Jean Comnène
Marie Comnène
Alexis Comnène
Irène Comnène

√Ä la mort de Manuel, Andronic ne tarde pas √† profiter du vide du pouvoir engendr√© par la minorit√© d'Alexis II Comn√®ne et l'incapacit√© de ses r√©gents √† faire valoir leur autorit√©. Il se porte √† la t√™te d'une r√©bellion unissant la population de la capitale et les membres de l'aristocratie mis de c√īt√© sous les pr√©c√©dents empereurs Comn√®ne. Son arriv√©e sur le tr√īne, marqu√©e par le massacre des Latins de Constantinople, inaugure un r√®gne troubl√© et violent. Il a l'ambition de r√©former en profondeur l'administration de l'Empire, ce qui donne de lui l'image d'un empereur hostile √† l'√©lite dominante, un constat aujourd'hui en partie nuanc√©. Surtout, il r√©prime avec violence les oppositions qui se dressent contre lui, emprisonnant, tuant ou mutilant ses rivaux potentiels. Il s'ali√®ne rapidement une bonne partie de l'aristocratie dominante, fait face √† de multiples r√©voltes tandis que les fronti√®res de l'Empire sont assaillies, notamment par les Normands. Finalement, deux ans apr√®s sa prise du pouvoir, il est renvers√© par une r√©volte spontan√©e conduite par Isaac II Ange et ex√©cut√© au terme d'une atroce agonie.

En dépit de la brièveté de son règne, la personnalité d'Andronic tout autant que ses réformes ambitieuses ont suscité un fort intérêt de la part des historiens qui portent un regard ambivalent sur lui. Il est loué pour son désir de réforme, mais sévèrement jugé pour son despotisme qui contribue à plonger l'Empire dans une période troublée, aboutissant au sac de Constantinople en 1204.

Une vie riche avant l'arriv√©e sur le tr√īne

Arbre généalogique simplifié de la maison Comnène.

Andronic est le fils d'Isaac Comn√®ne, un fr√®re de l'empereur Jean II Comn√®ne (1118-1143). Isaac entretient avec son fr√®re des relations conflictuelles, tentant en vain de s'emparer du tr√īne imp√©rial √† plusieurs reprises, pr√©figurant les ambitions de son fils. Isaac est contraint de se r√©fugier aupr√®s de l'√©mir danichmendide Gumuchtegin avec ses fils, ce qui inaugure, pour Andronic, des s√©jours r√©currents chez les voisins de l'Empire. En d√©saccord avec Manuel Ier Comn√®ne (1143-1180), Andronic est la plupart du temps en disgr√Ęce, en r√©sidence forc√©e ou en exil durant le r√®gne de son cousin. Il est √† la fois intelligent, instruit, pratiquant assidu des exercices physiques, cavalier accompli, d'un tr√®s grand courage, fort populaire dans l'arm√©e, et bon vivant, s√©ducteur et aventurier. Du fait de la richesse de son existence avant d'arriver sur le tr√īne, sa vie est souvent d√©crite comme aventureuse ou romanesque, et il est compar√© au h√©ros Dig√©nis Akritas par Michael Angold[1].

Miniature représentant l'empereur Manuel
Miniature de Manuel Ier Comnène, le cousin d'Andronic, avec qui il entretient des relations difficiles et souvent conflictuelles. Bibliothèque apostolique vaticane.

Au d√©but du r√®gne de Manuel, il entretient de bonnes relations avec son cousin. En 1145-1146, √† l'occasion d'une campagne contre les Seldjoukides, une rixe oppose Isaac Comn√®ne (le fils de Jean II et fr√®re a√ģn√© de Manuel Ier) et Jean Axouch √† Manuel Ier et Andronic, lors de laquelle Isaac aurait tent√© de frapper Andronic de son √©p√©e, seulement emp√™ch√© par l'intervention de Manuel[2]. Selon Charles Diehl, Manuel garde toujours une indulgence secr√®te pour son cousin, lui pardonnant r√©guli√®rement ses √©carts et erreurs[3]. En 1151, il le nomme th√©marque de Cilicie. La situation de cette r√©gion est alors tr√®s difficile, car hormis quelques ports et places fortes, elle est enti√®rement aux mains des Arm√©niens, et les attaques du sultanat de Roum sont incessantes. Ainsi, en 1152, √† la t√™te d'une arm√©e de 12 000 hommes, Andronic essuie une d√©faite face aux Arm√©niens √† Mopsueste, confirmant la difficult√© des Byzantins √† r√©int√©grer ce territoire dans le giron de l'Empire[4].

En 1153, Andronic est nomm√© th√©marque de Naissos, dans les Balkans, o√Ļ il participe activement aux n√©gociations avec le royaume de Hongrie, le rival r√©gional de l'Empire. Il semble qu'il en profite pour s'assurer du soutien des Hongrois en vue de s'emparer du tr√īne imp√©rial : il leur aurait promis les villes de NiŇ° et de Branińćevo[5]. Manuel aurait √©t√© mis au courant de cette conspiration et aurait rappel√© Andronic aupr√®s de lui. Revenu √† Constantinople, il entretient une liaison avec Eudoxie, la sŇďur de Jean Doukas Kamat√©ros, un haut dignitaire de l'Empire, avec lequel il est en comp√©tition pour l'obtention du titre de grand domestique √† la mort de Jean Axouch. √Ä une occasion, Jean aurait tent√© de faire tuer Andronic alors venu rendre visite √† Eudoxie mais, mis au courant par celle-ci, il serait parvenu √† s'enfuir. N√©anmoins, ces relations tumultueuses avec des membres haut plac√©s finissent par lui causer du tort. En 1154 ou 1155, Manuel d√©cide d'emprisonner son cousin, peut-√™tre persuad√© par des membres de son entourage des intentions malveillantes d'Andronic[6]. Cet emprisonnement marque une rupture dans les relations entre Manuel et Andronic, qui tente plusieurs fois de s'√©vader. Il est pr√™t d'y parvenir en 1158, quand il r√©ussit √† se cacher dans un souterrain de sa prison, faisant croire √† son √©vasion. Les repr√©sailles frappent sa femme, emprisonn√©e √† sa place mais d√®s le premier jour, Andronic, qui n'a pas quitt√© sa ge√īle, retrouve sa femme. C'est lors d'une de ces nuits o√Ļ Andronic revenait secr√®tement dans sa cellule qu'ils auraient con√ßu leur deuxi√®me fils, Jean Comn√®ne. Ils finissent par s'enfuir de la prison mais sont rapidement rattrap√©s et emprisonn√©s de nouveau[7]. En 1164, avec la complicit√© d'un domestique, il s'√©chappe pour de bon et gagne alors la cour de son autre cousin, le prince de Galicie Iaroslav Ier Osmomysl. Toutefois, ce dernier, mis sous pression par Manuel Ier Comn√®ne, ne tarde pas √† lui retirer son soutien et Andronic revient √† Constantinople, o√Ļ il re√ßoit le pardon de son cousin ainsi qu'un commandement militaire important lors d'une campagne en Hongrie[8].

Pour autant, Andronic ne renonce pas √† s'opposer √† son cousin. Il critique le fait que Manuel d√©cide de d√©clarer comme ses h√©ritiers sa fille Marie et son fianc√©, le prince B√©la de Hongrie, dans le cas o√Ļ il n'aurait pas d'h√©ritiers m√Ęles. Or, Andronic s'oppose √† ce que le tr√īne byzantin revienne √† un souverain √©tranger et il b√©n√©ficie rapidement de nombreux soutiens, notamment celui d'Alexis Axouch[9]. Pour l'√©loigner, Manuel le renvoie une nouvelle fois en Cilicie (1166), mais il le destitue tr√®s vite et Andronic s'enfuit alors en Palestine crois√©e avec le produit des imp√īts ciliciens. Il y d√©ploie promptement ses talents de s√©ducteur, usant de ses charmes sur Philippa d'Antioche, la sŇďur de l'√©pouse de Manuel, Marie d'Antioche. Ce dernier n'approuve gu√®re cette nouvelle aventure et cherche √† le faire capturer pour le punir de sa d√©loyaut√©. Andronic quitte donc la principaut√© d'Antioche pour Saint-Jean-d'Acre. L√†, il s'√©prend de Th√©odora Comn√®ne, jeune veuve de Baudouin III de J√©rusalem qui est √©galement sa ni√®ce. Manuel le d√©cr√®te tra√ģtre, met sa t√™te √† prix et ordonne √† ses agents de le capturer avec l'ordre de lui crever les yeux : Andronic s'enfuit avec Th√©odora (1167) et m√®ne pendant treize ans une vie aventureuse de chef mercenaire √† Damas, Bagdad, en G√©orgie, √† Mardin, √† Erzurum, puis chez un √©mir turc de l'ancien th√®me de Chald√©e, qui lui donne une forteresse √† la fronti√®re turco-byzantine o√Ļ il se comporte en chevalier brigand, ran√ßonnant les caravanes et pillant le territoire imp√©rial. Lors d‚Äôune de ces incursions, Th√©odora est captur√©e par le gouverneur de Tr√©bizonde. L'ensemble de ces p√©rip√©ties aux fronti√®res de l'Empire ont grandement contribu√© √† forger l'image d'un personnage √† la destin√©e romanesque. Marqu√© par la capture de sa ma√ģtresse pour laquelle il a une profonde affection, Andronic requiert le pardon imp√©rial. Manuel accepte et Andronic peut revenir √† Constantinople dans les premiers mois de l'ann√©e 1180. Le souverain d√©sire alors renforcer la position de son fils Alexis Comn√®ne comme successeur, d'autant que celui-ci est encore mineur et qu'Andronic pourrait en profiter pour lui ravir le tr√īne[10]. Son retour prend une dimension th√©√Ętrale car il manifeste avec emphase sa reconnaissance √† son cousin, qu'il prie de bien vouloir lui pardonner ses actes ant√©rieurs. En d√©pit de la confiance qu'il lui renouvelle, Manuel pr√©f√®re le tenir √† distance de la cit√© imp√©riale et l'envoie en retraite dans la lointaine r√©gion du Pont, √† Oin√≤e, tandis que ses fils sont retenus dans la capitale[11] - [12].

Contexte : un pouvoir impérial fragilisé

Carte représentant en rose l'aire dominée par l'Empire byzantin
L'Empire byzantin en 1180.

À la mort de Manuel Ier Comnène en 1180, c'est le jeune Alexis II Comnène qui devient empereur mais il n'est alors qu'un adolescent. L'Empire byzantin constitue en ce temps-là une puissance de premier plan après les entreprises de restauration entamées par Alexis Ier Comnène, poursuivies par Jean II Comnène et Manuel Ier Comnène. Il domine les Balkans et est parvenu à reconquérir les régions littorales de l'Anatolie, même si l'échec de Manuel à la bataille de Myriokephalon (1176) consacre l'implantation du sultanat de Roum sur le plateau anatolien. Néanmoins, sur la scène internationale, l'Empire byzantin est isolé, faisant face à des forces dangereuses tout autour de lui : les Seldjoukides à l'Est, le royaume de Hongrie péniblement soumis au Nord et le royaume de Sicile toujours menaçant à l'Ouest [13]. La mort de Manuel signe aussi la fin des prétentions de l'Empire à la suzeraineté sur la principauté d'Antioche, tandis que le royaume arménien de Cilicie retrouve sa pleine indépendance. L'économie est toujours florissante, même si les avantages consentis aux marchands italiens suscitent la méfiance (voire la défiance) de la population face à cette concurrence jugée déloyale [14] - [15].

N√©anmoins, le syst√®me Comn√®ne pr√©sente des fragilit√©s. Il repose sur un r√©seau d'alliances matrimoniales dont l'empereur constitue le centre. Plus encore que les dynasties pr√©c√©dentes, la famille imp√©riale est le pilier du gouvernement autour duquel gravite une aristocratie de plus en plus ferm√©e aux autres couches de la soci√©t√© et qui se dispute des parcelles du pouvoir. Tant Alexis et Jean que Manuel sont parvenus √† incarner la l√©gitimit√© imp√©riale par leurs succ√®s et donc √† r√©sister aux ambitions contraires √©manant parfois de leur propre famille ou √† canaliser les rivalit√©s au sein de l'aristocratie. Or, avec la r√©gence qui s'annonce du fait de la minorit√© d'Alexis II, ce mode de fonctionnement ne peut plus tenir. Le protos√©baste Alexis Comn√®ne parvient √† s'emparer des r√™nes du pouvoir en se rapprochant de l'imp√©ratrice douairi√®re Marie d'Antioche, veuve de Manuel et m√®re du nouvel empereur. Bient√īt, c'est une partie de l'aristocratie s'estimant l√©s√©e par cette confiscation du pouvoir qui commence √† se dresser contre lui[16]. La premi√®re conspiration est ourdie par Marie Comn√®ne, la demi-sŇďur d'Alexis II anciennement promise √† B√©la de Hongrie, et son mari R√©nier de Montferrat. Bien que mise au jour, elle ouvre une p√©riode de troubles pour l'Empire[17] - [18].

Règne

Rébellion et massacre des Latins

Miniature du protosébaste Alexis aveuglé
L'aveuglement du protosébaste Alexis Comnène par les partisans d'Andronic. Miniature de l'Histoire d'Outremer de Guillaume de Tyr, XIIIe siècle, BnF, Fr.9081, fo 296.

Apr√®s cet √©chec, les opposants √† la r√©gence commencent √† se tourner vers Andronic, qui se trouve en Paphlagonie et dont deux des fils ont particip√© au complot de R√©nier et sont d√©sormais en prison. Rapidement, Andronic d√©cide de prendre la direction de Constantinople, dans le but de prot√©ger Alexis II de ses r√©gents. Il appuie cette pr√©tention sur un pr√©tendu serment qu'il aurait pr√™t√© √† Manuel de d√©fendre les droits au tr√īne de son fils. Cette r√©volte est symptomatique des d√©fauts du syst√®me de gouvernement des Comn√®ne. Celui-ci, qui repose sur la proximit√© des liens familiaux avec l'empereur, tend √† √©loigner progressivement du centre du pouvoir certains des membres de la famille Comn√®ne qui n'acc√®dent pas au tr√īne, mais aussi une part de l'aristocratie qui ne parvient pas √† se lier √† l'empereur par des unions matrimoniales[Note 1] - [19].

Andronic progresse d'abord lentement, voulant donner l'impression qu'il est √† la t√™te d'une grande arm√©e alors que, selon toute vraisemblance, il ne peut compter que sur des forces r√©duites[20]. Cela ne l'emp√™che pas de vaincre les forces loyalistes √† la bataille de Nicom√©die, m√™me s'il essuie l'opposition de la ville de Nic√©e et du th√®me des Thrac√©siens tenu par Jean Comn√®ne Vatatz√®s. Au d√©but du printemps 1182, il se pr√©sente au bord du Bosphore qui lui est barr√© par la flotte loyaliste [Note 2], ce qui l'emp√™che de d√©barquer en Europe et de s'en prendre √† Constantinople. Alexis Comn√®ne le protos√©baste tente aussi de n√©gocier en envoyant une ambassade aupr√®s d'Andronic, lui promettant l'amnistie, une somme d'argent importante et un poste √©lev√© au sein de la r√©gence[21]. Andronic refuse ; il exige qu'Alexis parte et que Marie d'Antioche soit rel√©gu√©e dans un couvent. La situation semble alors dans une impasse. Toutefois, la flotte byzantine, command√©e par Andronic Kontost√©phanos, finit par rejoindre les rangs d'Andronic [22] - [23]. D√®s lors, le parti de la r√©gence s'effondre. La foule se soul√®ve en faveur du pr√©tendant. Le protos√©baste Alexis est captur√© puis aveugl√© et Marie envoy√©e au couvent[24]. La facilit√© avec laquelle Andronic s'empare du tr√īne est tout aussi li√©e √† l'impopularit√© des r√©gents qu'√† son habilet√© propre. Andronic se repose tant sur le peuple (notamment les habitants de Constantinople) que sur les membres de l'aristocratie √©cart√©s du pouvoir par les pr√©c√©dents empereurs, notamment les s√©nateurs et la bureaucratie des fonctionnaires qui ne peut esp√©rer s'√©lever davantage. De ce fait, il s'oppose aux familles aristocratiques privil√©gi√©es par les Comn√®ne depuis un si√®cle[25] - [26].

Carte de Constantinople comprenant les quartiers dévolus aux marchands latins, en violet sur la carte, le long de la Corne d'Or.

La prise du pouvoir ne s'arr√™te pas au renversement des r√©gents. Exasp√©r√©s, les Constantinopolitains ravagent les quartiers riches habit√©s par les marchands ¬ę Latins[Note 3] ¬Ľ exempt√©s de taxes : c‚Äôest le massacre des Latins de Constantinople de 1182. Les exactions frappent principalement des G√©nois et des Pisans, car les V√©nitiens ont √©t√© largement priv√©s de privil√®ges commerciaux en 1171 par Manuel Ier et ne sont donc plus pr√©sents dans la ville. Les victimes sont nombreuses, hommes, femmes et enfants, quel que soit leur √Ęge ou leur √©tat de sant√©. Certains auraient √©t√© vendus comme esclaves aux Seldjoukides[27]. La s√©paration des √Čglises d'Orient et d'Occident √©tant encore r√©cente (1054), la rancŇďur des Constantinopolitains se porte aussi sur le l√©gat du pape Alexandre III, le cardinal de rite latin Jean, qui est d√©capit√©, sa t√™te √©tant ensuite attach√©e √† la queue d‚Äôun chien[28].

Illustration de la prise du pouvoir d'Andronic Comnène dans une traduction française du De casibus virorum illustrium de Boccace.

Le r√īle exact d'Andronic dans ces √©v√©nements est difficile √† interpr√©ter. √Ä l'√©vidence, il n'a rien fait pour refr√©ner la col√®re populaire, mais il est difficile de le taxer de sentiments anti-latins. Il s'est parfois oppos√© √† Manuel, qui a promu un nombre substantiel d'Occidentaux √† la cour et adopt√© certaines de leurs coutumes, comme les tournois. N√©anmoins, Andronic s'est r√©fugi√© un temps dans les √Čtats latins d'Orient. Sa m√©fiance envers les Latins est s√Ľrement accrue du fait de leur soutien √† la r√©gence[24]. N√©anmoins, l√† encore, le principe d'un parti pro-latin et d'un autre anti-latin, parfois d√©fendu, doit √™tre nuanc√©. R√©nier de Montferrat, d'origine occidentale, s'oppose √† la r√©gence d'Alexis le protos√©baste. Quoi qu'il en soit, les causes de ce massacre sont profondes. Elles sont la cons√©quence d'un rapprochement brutal entre l'Europe occidentale et le monde byzantin, deux espaces s√©par√©s durant plusieurs si√®cles qui ont √©volu√© s√©par√©ment, comme en t√©moigne le schisme de 1054 qui atteste d'interpr√©tations diff√©renci√©es du dogme chr√©tien. Le ph√©nom√®ne des croisades met en contact un monde occidental alors en pleine expansion avec un Empire byzantin plus en difficult√©. Les Byzantins font tr√®s t√īt preuve de m√©fiance envers ce mouvement conduit par des seigneurs d√©sireux de s'√©tablir en Terre sainte alors qu'eux-m√™mes ne voient dans ces arm√©es que des mercenaires susceptibles de favoriser une reconqu√™te de l'Anatolie prise par les Seldjoukides [29]. Ces objectifs diff√©rents attisent l'hostilit√© dans les deux camps, qui s'accusent mutuellement de trahison d√®s le r√®gne d'Alexis Ier. Le contentieux autour de la principaut√© d'Antioche en est une illustration[30] - [Note 4]. Plus largement, l'expansionnisme occidental se mesure aux progr√®s des r√©publiques commerciales italiennes, dont les repr√©sentants s'√©tablissent au sein m√™me de la capitale byzantine, jouissant de privil√®ges commerciaux notables qui suscitent des jalousies[15]. Entre eux, les Italiens s'affrontent parfois √† Constantinople m√™me, car les Byzantins font jouer la concurrence. Des empereurs comme Manuel Ier ont essay√© de se nourrir de ce dynamisme en incorporant des Latins dans le gouvernement de l'Empire, au risque de donner l'image d'un r√©gime sous influence √©trang√®re. Tous ces √©l√©ments contribuent √† alimenter une certaine x√©nophobie dans la population. Quoi qu'il en soit, l'historien Jean-Claude Cheynet estime que l'instrumentalisation du sentiment anti-latin permet √† Andronic d'asseoir sa l√©gitimit√© et lui donne les moyens d'√©liminer plusieurs opposants directs, dont l'imp√©ratrice douairi√®re, elle-m√™me d'origine latine, et de se pr√©senter comme un dirigeant d√©livrant l'Empire des influences √©trang√®res [CH 1] - [Note 5].

Ce massacre a des effets √† long terme sur les relations entre Constantinople et le reste de l'Occident chr√©tien. Certains Latins parviennent √† s'√©chapper gr√Ęce aux navires v√©nitiens qui, en repr√©sailles, ravagent l'Hellespont et les √ģles de la mer √Čg√©e. En Europe occidentale, l'id√©e que les Byzantins, qualifi√©s alors de ¬ę Grecs ¬Ľ, sont des tra√ģtres au sein de la Chr√©tient√© se r√©pand. Cet √©v√©nement confirme l'√©cart grandissant entre les deux p√īles de la Chr√©tient√© et porte en ses germes le tournant de 1204 [31].

Une prise du pouvoir progressive

Dans un premier temps, Andronic ne remet pas frontalement en cause la légitimité d'Alexis II. Il le fait couronner à nouveau mais le fait surveiller au Grand Palais. En revanche, il montre rapidement une détermination sans faille à éliminer celles et ceux qui pourraient s’opposer à lui. Marie Comnène, la fille de Manuel, qui dispose de partisans nombreux et a manqué de peu de renverser le protosébaste Alexis, meurt quelque temps après l'arrivée d'Andronic, de même que son mari Rénier de Montferrat. Si l'implication d'Andronic ne peut être prouvée, elle est probable. Le nouvel homme fort de Constantinople se méfie aussi beaucoup de l'impératrice douairière, Marie d'Antioche, craignant qu'elle ne soutienne son fils Alexis II pour supplanter Andronic. D'abord confinée dans le Palais, elle fait appel au roi de Hongrie, Béla III, ce qui attire la colère d'Andronic. Elle est assassinée, après qu'Andronic est parvenu à faire signer le document d'exécution de la main même d'Alexis. Ces mesures radicales inaugurent un règne violent et sanguinaire lors duquel tous les opposants sont méthodiquement traqués et éradiqués. Andronic, conscient de la fragilité de sa position, n'hésite pas à s'en prendre à la famille d'un rebelle. Il établit un principe de responsabilité de la parenté, pour que celle-ci dissuade l'un de ses membres de toute hostilité envers l'empereur[32] - [26] - [33].

Andronic s'en prend aussi au patriarche Th√©odose le Boradiote qui s'oppose de plus en plus √† ses ambitions. Il refuse notamment de donner son accord pour le mariage entre Ir√®ne, la fille ill√©gitime d'Andronic, et Manuel, le fils d‚ÄôAlexis le protos√©baste, les deux futurs √©poux √©tant trop proches cousins. Th√©odose finit par se retirer dans un monast√®re et est remplac√© par Basile II Kamat√©ros, un homme √† la main d'Andronic. Malgr√© ce mariage cens√© √©liminer les pr√©tentions au pouvoir de Manuel en l'associant √† la famille r√©gnante, des suspicions se portent sur lui et m√®nent √† son aveuglement. R√©gnant en fait sinon en droit, Andronic pr√©pare sa mont√©e sur le tr√īne. Il fait en sorte de provoquer un soutien populaire parmi les habitants de la capitale, mena√ßant de quitter le pouvoir et profitant de l'√©clatement d'une r√©bellion en Bithynie pour se poser en garant de la stabilit√© de l'Empire, se targuant d'avoir pr√©serv√© celui-ci de la mainmise des Latins. Alexis II est contraint de l'accepter comme co-empereur en . Andronic est couronn√© dans la basilique Sainte-Sophie et son nom figure d√©sormais en premier. Tout est en place pour qu'Andronic devienne le seul souverain et Alexis II est assassin√© par les plus proches partisans d'Andronic en . Celui-ci, pour parachever sa prise de pouvoir, d√©cide de se marier avec la jeune Agn√®s de France pour affirmer une continuit√© avec Manuel Comn√®ne et √©viter qu‚Äôelle ne devienne le centre d'une opposition, alors m√™me que l'imp√©ratrice est √Ęg√©e d'une douzaine d'ann√©es contre 65 ans pour Andronic[32] - [26] - [33] - [22].

Pour gouverner, Andronic s'appuie sur un conseil compos√© de ses plus proches partisans, distinct d'autres institutions comme le S√©nat byzantin. Il comprend notamment √Čtienne Hagiochristophorit√®s, Constantin Tripsychos avant sa mise √† l'√©cart et d'autres personnalit√©s qui ont √©merg√© avec l'arriv√©e au pouvoir d'Andronic. Beaucoup ne sont pas des membres du S√©nat qui rassemble l'√©lite sociale de l'Empire. Ce conseil est consult√© avant les d√©cisions importantes, comme l'ex√©cution d'Alexis II Comn√®ne, et ses membres disposent apparemment d'une importante libert√© de parole[34].

Une politique intérieure complexe à analyser

Miniature représentant l'empereur Andronic
Miniature d'Andronic Ier Comnène dans une Histoire de la prise de Jérusalem, XIIIe siècle, BnF, Fr.770.

Des réformes visant à lutter contre les maux de l'Empire

La politique int√©rieure d'Andronic a √©t√© longuement discut√©e √©tant donn√© sa violence mais aussi son apparente radicalit√©, en particulier dans la lutte contre les privil√®ges de l'aristocratie r√©gnante. Pour cela, il a parfois √©t√© qualifi√© de r√©volutionnaire [CH 2] ou, tout au moins, de r√©formateur z√©l√©. Sa volont√© de combattre la corruption et les exc√®s des agents du fisc lui a souvent √©t√© reconnue. Dans l'ensemble, il para√ģt anim√© d'un sinc√®re d√©sir de traiter plusieurs maux qui frappent l'Empire. Nic√©tas Choniat√®s indique ainsi : ¬ę il n'y avait rien √† quoi l'empereur ne p√Ľt porter rem√®de, aucune injustice que sa puissance ne p√Ľt an√©antir. ¬Ľ[35] Il supprime la v√©nalit√© des charges et punit fermement la corruption et les pr√©l√®vements fiscaux abusifs. De nouveaux registres fiscaux sont √©tablis pour √©valuer au mieux l'imp√īt d√Ľ. Sous son r√®gne, la situation de la paysannerie se serait am√©lior√©e, d√©barrass√©e des exc√®s conjoints des fonctionnaires et des grands propri√©taires terriens. D'autres mesures sont prises comme la suppression du droit d'√©pave qui donnait le droit de piller les navires √©chou√©s et contre lesquelles d'autres empereurs avant lui n'avaient pas r√©ussi √† lutter. Andronic avait peut-√™tre pour but de prot√©ger les armateurs ou de faire revenir les marchands italiens dans les eaux byzantines[36].

Il favorise aussi un renouvellement du recrutement dans l'administration et revalorise le salaire des fonctionnaires, consid√©rant que la corruption end√©mique vient de la faiblesse de leurs appointements. L'ensemble de ces mesures semble lui avoir fait gagner les faveurs du peuple, notamment dans Constantinople mais aussi de certains aristocrates[37]. Il m√®ne de m√™me une entreprise de centralisation, visant √† la fois √† r√©duire le pouvoir des grands propri√©taires terriens et √† accro√ģtre en parall√®le ceux des fonctionnaires constantinopolitains[38]. La fin de la v√©nalit√© des charges permet la nomination de fonctionnaires capables aux postes de gouverneurs. N√©anmoins, il convient de rester prudent sur la r√©alit√© de l'ampleur de ses r√©formes et sur leur application concr√®te, surtout en prenant en compte la bri√®vet√© du r√®gne. Certains r√©sultats sont ind√©niables comme l'assainissement des finances qui permet de renflouer le Tr√©sor[Note 6]. D'autres aspects sont plus difficiles √† √©valuer √©tant donn√© le manque de sources, √† l'image du changement de mode d'administration des provinces. Michel Choniat√®s √©voque en des termes laudateurs l'action de Nic√©phore Prosuchos et D√©m√©trios Drimys, deux administrateurs nomm√©s √† Ath√®nes qui combattent la cupidit√© des percepteurs et s'efforcent de rendre la fiscalit√© plus juste, mais c'est le seul t√©moignage digne de foi. Quand Dyrrachium et Thessalonique sont menac√©s, Andronic pr√©f√®re y envoyer des hommes de sa proche famille pour en assurer la d√©fense[Note 7] - [39]. Un rare document issu d'un monast√®re du mont Athos montre qu'Andronic est soucieux de pr√©server les avantages de l'√Čglise, qui est alors l'un des principaux propri√©taires terriens, en mati√®re d'exemptions fiscales. Sans qu'il soit possible de se reposer sur elle pour analyser l'action d'Andronic, cette unique r√©f√©rence invite √† la prudence quant √† sa r√©putation de d√©fenseur des opprim√©s face aux puissants[40]. Enfin, si l'empereur s'est parfois montr√© intransigeant avec les comportements de certains de ses partisans, comme Th√©odore Dadibr√®nos, coupable d'extorsions envers des populations locales, son gambros (gendre) Romain semble avoir √©t√© impuni pour les m√™mes faits[CH 3].

Une interprétation difficile du sens de ces réformes

Il est difficile d'interpréter précisément le programme politique d'Andronic. Plusieurs auteurs, dont Alexander Kazhdan ou Georg Ostrogorsky, y ont vu une posture réformatrice face aux excès de l'élite aristocratique, abusivement privilégiée depuis le règne d'Alexis Ier. Celui-ci, en fondant un système reposant sur la proximité familiale avec l'empereur, a favorisé une fermeture de l'aristocratie et des stratégies d'alliances matrimoniales permettant à un petit groupe de confisquer l'appareil administratif au détriment, par exemple, de la classe des fonctionnaires. En combattant la corruption, Andronic entendait prendre le parti à la fois de la bureaucratie composée des fonctionnaires civils mais aussi, plus largement, de la population face aux plus riches. Cette ambition aurait été entachée de la rigueur, voire de la cruauté, des punitions imposées par Andronic. Ce double aspect d'une contestation des privilèges acquis et d'une politique réprimant sévèrement toute opposition conduit alors à une série de révoltes[41].

Plus r√©cemment, des positions plus nuanc√©es sur les vell√©it√©s r√©formatrices, voire r√©volutionnaires, d'Andronic ont √©merg√©. Jean-Claude Cheynet estime qu'il ne remet pas en cause l'√©lite traditionnelle mais qu'il la purge des √©l√©ments qui lui sont oppos√©s. Pour le reste, il s‚Äôappuie sur elle comme les empereurs avant lui. Dans son gouvernement, Andronic se repose majoritairement sur l'administration imp√©riale d√©j√† pr√©sente sous Manuel et r√©compense ses plus fid√®les partisans, en particulier des notables originaires de Paphlagonie o√Ļ il a entam√© son soul√®vement. Certains des membres de l'administration sont promus, d'autres sont d√©savou√©s mais dans l'entourage de l'empereur, rares sont les personnages qui n'ont pas d√©j√† exerc√© des fonctions importantes tant sous Alexis II que sous Manuel Ier [42]. Michel Hagioth√©odorite, qui occupe le poste important de m√©sazon, le reste jusqu'√† sa mort quelques mois apr√®s l'arriv√©e au pouvoir d'Andronic. √Čtienne Hagiochristophorit√®s, qui le remplace comme bras droit d'Andronic en devenant logoth√®te du Drome, est certes issu de la classe des petits fonctionnaires, mais il appartient bien au corps administratif qui forme l'ossature de l'√Čtat byzantin[43]. D'autres, comme Jean X Kamat√©ros qui est kanikleios ou Constantin Patr√®nos qui est epi ton deeseon, sont dans l'administration sous Alexis II et y restent apr√®s la chute d'Andronic. Constantin Tripsychos, l'un des favoris de l'empereur jusqu'√† ce qu'il soit √©limin√© pour suspicion de conspiration, appartient √† une famille de grands commis de l'Empire[42]. Il appara√ģt de toute mani√®re complexe pour Andronic de former une nouvelle administration ex nihilo en se privant d'un personnel souvent comp√©tent[CH 4]. On compte plusieurs repr√©sentants des grandes familles de l'Empire dans son administration. Le g√©n√©ral Andronic Pal√©ologue d√©fend Thessalonique en 1185, les Maurozomai se rangent aux c√īt√©s d'Andronic, de m√™me que les Branas[CH 5] - [44]. Les juges du velum, charg√©s des grands proc√®s politiques, sont inchang√©s alors m√™me que certains d'entre eux se sont oppos√©s √† Andronic, notamment quand il a d√©cid√© de tuer l'imp√©ratrice douairi√®re[CH 4].

√Ä l‚Äôinstar de ses pr√©d√©cesseurs, il donne un r√īle √©minent √† sa parent√© dans les fonctions militaires, qui sont de loin les plus prestigieuses. Il envoie par exemple David Comn√®ne d√©fendre Thessalonique face aux Normands en 1185. Il privil√©gie aussi les proches de sa ma√ģtresse Th√©odora et plusieurs personnages d'origine g√©orgienne, un pays qu'il a fr√©quent√© par le pass√© et o√Ļ il a gard√© des contacts importants. La proximit√© familiale repr√©sente donc encore le centre du pouvoir. Sa politique d'√©limination des grands aristocrates vise ceux qui constituent des menaces, au premier rang desquels figurent les membres mieux plac√©s que lui dans la ligne de succession des Comn√®ne. Il est aussi tr√®s attentif √† laisser la voie libre √† son fils Jean, favori pour la succession. Sa pratique de redistribution des biens des vaincus, vue comme une mani√®re de verser les richesses √† d'autres couches de la soci√©t√©, n'est en r√©alit√© gu√®re diff√©rente d'exemples r√©currents de spoliation des biens des opposants au r√©gime[CH 6].

Une répression qui ne jugule pas les révoltes

Hyperpère en or représentant, à l'avers, la Vierge Marie et, au revers, le Christ couronnant Andronic Ier.

Le court r√®gne d'Andronic se caract√©rise par son instabilit√©. La terreur politique mise en place ne refr√®ne en rien les complots et les soul√®vements, contribuant s√Ľrement √† les attiser. L'aristocratie vis√©e par les mesures de r√©torsion conspire √† de nombreuses reprises contre l'empereur. Dans les provinces, o√Ļ la popularit√© d'Andronic est moindre √† ce qu'elle est √† Constantinople, des mouvements s√©ditieux voire s√©paratistes se manifestent.

Malgré toutes les mesures prises, Andronic n'est jamais en mesure d'affirmer son autorité dans l'ensemble de l'Empire. À Constantinople, parmi les multiples complots qui se trament, citons celui d'Andronic Kontostéphanos qui permet en 1182 la prise du pouvoir d'Andronic. Il est arrêté et aveuglé par le régime, comme un grand nombre de membres de l'aristocratie, à tel point qu'il est difficile d'estimer précisément le nombre de victimes de la politique répressive d'Andronic[23] - [CH 7]. En outre, les exécutions sont souvent publiques et sanglantes, ce qui marque les esprits. Dans des provinces qui ont déjà connu des aspirations sécessionnistes, il peine à réprimer tous les noyaux d'opposition, souvent dirigés par des aristocrates locaux. Ses mesures à l'encontre des pratiques fiscales des gouverneurs de province ont été vues comme des moyens de se concilier la population face aux élites traditionnelles, mais cette vision est en partie contestée. L'aristocratie des Comnène n'a alors plus de réels liens avec les provinces du fait de sa concentration toujours plus grande à Constantinople[CH 8]. Le combat contre les excès du fisc dans les territoires ne pouvait avoir que des conséquences restreintes sur l'élite politique d'alors. Jean-Claude Cheynet voit dans la persistance de soulèvements locaux l'affirmation d'une défiance envers Constantinople, tant en raison des mesures fiscales[Note 8], de moins en moins bien acceptées dans la périphérie de l'Empire, que de l'incapacité croissante du pouvoir central à défendre les territoires contre les incursions extérieures, entre autres parce que les élites politiques sont trop occupées à se disputer le pouvoir[CH 9].

Dans sa propre famille, Andronic est confront√© √† des s√©ditions, dont celle d'Isaac Doukas Comn√®ne qui se fait nommer empereur √† Chypre. Incapable d'armer une flotte, il doit se contenter de poursuivre les membres de sa famille pr√©sents dans la capitale dont Constantin Makrodoukas, ex√©cut√© conform√©ment au principe de responsabilit√© familiale √©tabli par Andronic. Quant √† l'√ģle, elle est d√©finitivement perdue pour l'Empire apr√®s sa conqu√™te par Richard CŇďur de Lion en 1191, privant ainsi Constantinople d'une position strat√©gique de premier plan dans la mer M√©diterran√©e orientale[45]. Ailleurs, d'autres r√©gions ont accueilli avec d√©faveur le nouvel empereur. √Ä Philadelphie, la garnison r√©siste sous la conduite de Jean Comn√®ne Vatatz√®s et seule la mort de celui-ci permet la victoire d'Andronic. La Bithynie est aussi un foyer d'opposition dure √† r√©primer. Avant m√™me le couronnement d'Andronic en , les villes de Nic√©e et de Brousse se soul√®vent sous la conduite des notables locaux, qui rejettent la politique d'Andronic les privant peu √† peu de pouvoirs. Th√©odore Cantacuz√®ne et Isaac Ange dirigent le mouvement √† Nic√©e et Th√©odore Ange, soutenu par L√©on Syn√©sios et Michel Lachanas √† Brousse. Dans un premier temps, trop occup√© √† consolider son r√®gne naissant et √† combattre l'invasion hongroise, Andronic ne peut porter son attention sur la r√©gion rebelle. C'est seulement une fois B√©la III de Hongrie repouss√© que les g√©n√©raux loyalistes Alexis Branas et Andronic Lampardas sont envoy√©s en Asie. La cit√© de Lopadion est d'abord prise avant que le si√®ge ne soit mis devant Nic√©e. Les assi√©g√©s r√©sistent aux diff√©rentes tentatives d'assauts lanc√©s contre eux mais Th√©odore Cantacuz√®ne finit par p√©rir lors d'un accrochage, entra√ģnant la reddition de la cit√© dont les habitants sont √©pargn√©s mais pas les chefs de la r√©bellion. La ville de Brousse est prise peu apr√®s, √† la suite d'intenses combats accompagn√©s d'exactions contre les rebelles et la population. Th√©odore Ange est aveugl√© et envoy√© au-del√† de la fronti√®re avec les Seldjoukides. Il est difficile d'estimer pr√©cis√©ment la popularit√© d'Andronic dans les diverses contr√©es de l'Empire, de m√™me que le degr√© de r√©formes mises en place localement par les nouveaux gouverneurs ou la simple application des mesures d√©cr√©t√©es √† Constantinople. Il appara√ģt que l'Asie mineure est un foyer de contestation plus important mais, dans les Balkans, l'aisance de la progression des Normands laisse √† penser que la loyaut√© au gouvernement d'Andronic n'est pas suffisante pour insuffler un mouvement de r√©sistance[46].

Politique extérieure

Sous Andronic Ier Comnène, la Serbie de Stefan Nemanja prend son indépendance.

Une politique ambigu√ę envers l'Europe occidentale

En d√©pit du massacre des Latins de Constantinople, Andronic ne m√®ne pas une politique √©trang√®re fondamentalement hostile √† l'Europe occidentale. Les marchands italiens sont rapidement accept√©s de nouveau, m√™me si beaucoup d'entre eux ont fui apr√®s le massacre de 1182. N√©anmoins, si G√™nes et Pise ne se risquent pas √† attaquer directement l'Empire, ils autorisent leurs citoyens √† mener des op√©rations de brigandage en mer √Čg√©e[47]. Les relations sont notablement bonnes avec les V√©nitiens, peu concern√©s par le massacre et avec qui Andronic signe un trait√© en esp√©rant s'en servir comme alli√©s contre les Normands, gr√Ęce √† leur puissante marine. Une partie de la garde imp√©riale est compos√©e de mercenaires occidentaux et Andronic √©pouse une princesse fran√ßaise, Agn√®s de France, bien que la manŇďuvre soit surtout destin√©e √† renforcer sa l√©gitimit√© imp√©riale. Enfin, les relations avec la papaut√© ne semblent pas rompues, le pape envoyant un l√©gat √† Constantinople en pour enqu√™te sur les √©v√©nements de septembre[48]. Pour autant, il signe aussi un trait√© avec Saladin port√© contre les √Čtats latins d'Orient, esp√©rant r√©cup√©rer une partie de leurs territoires s'ils venaient √† dispara√ģtre. Selon Charles Brand, cette politique, sinon favorable, en tout cas ne refl√©tant aucune hostilit√© particuli√®re √† l'endroit des Latins, contribue peut-√™tre √† la chute de sa popularit√© aupr√®s d'une population dont il a excit√© les sentiments x√©nophobes[49].

La perte de contr√īle des Balkans occidentaux

Sous Andronic, l'affaiblissement de la position de Constantinople dans le jeu international se confirme. Si Alexis Ier Comn√®ne, Jean II Comn√®ne et Manuel Ier Comn√®ne sont parvenus √† maintenir la puissance byzantine, c'est en partie parce qu'ils ont assur√© une stabilit√© int√©rieure √† l'Empire. Sans celle-ci, il est expos√© aux attaques d'adversaires parfois plus dynamiques. Dans les Balkans, le royaume de Hongrie pourtant soumis par Manuel profite des errements politiques byzantins pour s'emparer des Balkans occidentaux avec l'aide des Serbes qui se r√©voltent contre la suzerainet√© de Constantinople et des Bosniaques men√©s par Kulin, eux aussi vassaux de l'Empire. B√©la III de Hongrie prend le pr√©texte de l'assassinat de l'imp√©ratrice Marie pour intervenir. Les villes de Belgrade, de NiŇ° et de Branińćevo sont prises et il faut l'intervention d'Alexis Branas pour repousser les Hongrois. Stefan Nemanja, qui avait d√©j√† manifest√© des vell√©it√©s d'ind√©pendance sous Manuel, parvient √† constituer un √Čtat serbe ind√©pendant centr√© sur la Rascie, en fusionnant plusieurs principaut√©s dont celle de la Diocl√©e et en √©liminant les Byzantins de la Dalmatie[50].

L'invasion normande

En mati√®re de politique ext√©rieure, la menace des Normands est la plus urgente. Depuis sa cr√©ation, le royaume de Sicile, dont la base territoriale est constitu√©e des anciennes possessions byzantines en Italie du Sud, repr√©sente une menace pour l'Empire byzantin. D√©j√† sous Alexis Ier, Robert Guiscard tente de marcher sur Constantinople. Cette fois-ci, le mariage en 1186 d'Henri VI, le fils de l'empereur du Saint-Empire Fr√©d√©ric Barberousse, et de Constance de Hauteville[51], la tante du roi de Sicile Guillaume II, annonce une alliance entre deux rivaux de l'Empire byzantin[52]. Guillaume II d√©cide aussi de profiter des d√©boires d'Andronic pour franchir la mer Adriatique. Depuis 1182, plusieurs hauts dignitaires byzantins ont trouv√© refuge dans son royaume, l'incitant √† intervenir, en particulier un certain Alexis Comn√®ne dit l'√Čchanson que le roi normand est pr√™t √† soutenir dans sa pr√©tention au tr√īne[53]. En outre, un personnage se faisant passer pour le d√©funt Alexis II Comn√®ne se manifeste sur la c√īte adriatique, rassemblant autour de lui un important soutien populaire qui assure √† Guillaume II de pouvoir constituer une t√™te de pont dans la p√©ninsule balkanique. La situation est des plus instables pour Andronic qui fait face √† une opposition de plus en plus g√©n√©ralis√©e √† sa politique r√©pressive. Les Normands commencent par s'emparer de Dyrrachium en , le grand port byzantin sur l'Adriatique. La flotte normande fait ensuite la conqu√™te de Corfou, de la C√©phalonie et de Zacynthe. Andronic envoie un de ses parents, David Comn√®ne, pour organiser la d√©fense de Thessalonique, la deuxi√®me cit√© de l'Empire, dont la chute ouvrirait la route de Constantinople. Le plan d'Andronic est alors de laisser l'adversaire s'enfoncer dans le territoire imp√©rial pour mieux le harceler et l'√©puiser dans des si√®ges co√Ľteux. En ao√Ľt, les Normands assi√®gent Thessalonique par terre et par mer. David Comn√®ne est incapable d'organiser une d√©fense efficace tandis que les renforts ne lui parviennent pas √† temps et, le , la ville tombe, probablement livr√©e par David[Note 9]. Elle est livr√©e au pillage et nombre de ses habitants sont tu√©s ou faits prisonniers. La survie m√™me de l'Empire appara√ģt en jeu. Craignant de laisser l'enti√®ret√© de l'arm√©e sous le commandement d'un g√©n√©ral qui pourrait en profiter pour le renverser, Andronic divise ses forces en autant de petites arm√©es. En face, une troupe normande se dirige vers Serr√®s mais le gros de l'arm√©e se met en marche pour Constantinople. Andronic, d√©pass√© par les √©v√©nements, est de plus en plus impopulaire[54].

Une fin brutale

La menace mortelle que font peser les Normands porte le coup de gr√Ęce au r√©gime d'Andronic. Ses d√©boires en politique ext√©rieure, la multiplication des r√©voltes dans diverses r√©gions de l'Empire et la r√©pression toujours plus f√©roce et sanglante lui ali√®nent une part croissante de la population, y compris au sein m√™me de Constantinople[55]. Pensant consolider son r√©gime, il d√©cide d'√©liminer tous les rivaux potentiels et passe un d√©cret pour faire ex√©cuter ceux qui ont √©t√© emprisonn√©s. Toutefois, cette d√©cision ne sera jamais ex√©cut√©e. Dans le m√™me temps, probablement √† la recherche de certitudes, il fait appel √† la divination pour savoir quoi faire. Il envoie √Čtienne Hagiochristophorit√®s consulter un devin qui d√©clare qu'Andronic sera renvers√© par un homme dont le pr√©nom comprend la syllabe ¬ę IS ¬Ľ. Les soup√ßons se portent initialement sur Isaac Doukas Comn√®ne qui s'est empar√© de Chypre mais la pr√©diction pr√©cise que le renversement aura lieu le , une date trop proche pour un pr√©tendant alors install√© sur l'√ģle. C'est apparemment un juge du V√©lum, Jean Apotyras, qui sugg√®re le nom d'Isaac Ange, un parent de Th√©odore Ange qui s'est r√©volt√© √† Nic√©e. Captur√© lors de la prise de la ville, il n'est pas inqui√©t√© par la r√©pression et vit alors √† Constantinople. Sans prendre au s√©rieux la menace, Andronic ordonne son ex√©cution. Le , √Čtienne Hagiochristophorit√®s est envoy√© avec quelques hommes ex√©cuter la sentence. Quand il les voit arriver chez lui, Isaac Ange d√©cide de r√©sister et apr√®s avoir enfourch√© son cheval, jaillit sur eux par surprise, tuant √Čtienne et en blessant un autre. Il se dirige ensuite vers Sainte-Sophie le long de la M√©s√©, conscient que sa situation est des plus pr√©caires. N√©anmoins, il informe la foule tout au long du chemin qu'il a tu√© Hagiochristophorit√®s jusqu'√† trouver refuge dans la cath√©drale[56]. Dehors, la population commence √† se rassembler. Isaac Ange est rejoint par des membres de sa famille inquiets des possibles repr√©sailles √† leur encontre. Le au matin, la foule toujours plus nombreuse commence √† exprimer son m√©contentement envers Andronic et √† prendre fait et cause pour Isaac. Ce dernier ne cherche alors probablement pas √† s'emparer du tr√īne mais √† √©chapper √† un destin qu'il sait funeste[CH 10] - [57].

Miniature montrant Andronic torturé par la foule
L'humiliation d'Andronic Ier Comnène. Miniature de Loyset Liédet, Histoire d'outremer, Bruges, XVe siècle, BnF, Fr.68.

Dans le m√™me temps, Andronic qui est alors √† M√©lanoudion, en dehors de Constantinople, r√©agit rapidement. Il a conscience que les Constantinopolitains sont encore h√©sitants et revient vers la capitale, tout en demandant √† ses fid√®les de faire un √©tat des lieux de la situation. Quand il arrive dans la cit√©, il constate que ses partisans ne sont pas parvenus √† retourner la foule qui commence √† s'armer et ouvre les portes des prisons. Isaac est couronn√© par le patriarche Basile II Kamat√©ros, confirmant la volont√© de changement de r√©gime. Andronic tente de r√©agir par la force, en demandant aux soldats encore sous son contr√īle d'intervenir mais ceux-ci se d√©tournent de lui. Alors que la population commence √† p√©n√©trer dans le Grand Palais, Andronic s'enfuit en gal√®re avec sa femme Agn√®s, apparemment avec l'intention de rejoindre la Rus' de Kiev, se sachant d√©test√© dans une bonne partie des provinces byzantines. N√©anmoins, il est bient√īt rattrap√© par les hommes d'Isaac Ange qui le ram√®nent dans la capitale. Rapidement, il devient la victime d'une ex√©cution sanglante, sur le mod√®le de celles qu'il a inflig√©es √† certains de ses opposants. Il est battu publiquement, ses cheveux et ses dents arrach√©s et une main coup√©e. Il est ensuite emprisonn√© quelques jours dans le plus profond d√©nuement puis √©borgn√© et tra√ģn√© dans la cit√© √† dos de chameau, subissant la vindicte populaire. Son supplice ne s'arr√™te pas l√† et il est suspendu par les pieds dans l'hippodrome, priant Dieu de mettre un terme √† ses souffrances et, selon ses mots, de ne pas s'acharner sur un roseau bris√©. Finalement, ce sont deux soldats latins qui l'ach√®vent en lui plantant leur √©p√©e dans le ventre. Son corps, abandonn√© quelque temps, est finalement amen√© dans le monast√®re d'Ephoros. Son fils a√ģn√© Manuel Comn√®ne est aveugl√© et son deuxi√®me fils, Jean Comn√®ne, successeur d√©sign√©, est tu√©[58] - [59].

Historiographie

Miniature représentant Nicétas écrivant un manuscrit
Nicétas Choniatès rédigeant son Histoire dans laquelle il dénonce les agissements brutaux d'Andronic Ier Comnène. Miniature byzantine du XIVe siècle, Bibliothèque nationale autrichienne, Cod. Hist. gr. 53, fo 1 vo.

Les chroniqueurs contemporains

Marqu√©s par la violence du r√®gne d'Andronic et la r√©pression qu'il fait subir √† des personnalit√©s importantes de l'Empire, les chroniqueurs contemporains sont globalement hostiles √† Andronic Ier Comn√®ne. Le principal d'entre eux est Nic√©tas Choniat√®s dont son Histoire va de la mort d'Alexis Ier Comn√®ne aux premiers temps de l'Empire de Nic√©e. S'il loue certaines des r√©formes d'Andronic, il d√©nonce ses principes de gouvernement fond√©s sur la tyrannie et l'√©limination de tous les rivaux, r√©els ou suppos√©s[Note 10]. Son fr√®re, Michel Choniat√®s, qui r√©side alors √† Ath√®nes, livre des √©l√©ments int√©ressants sur la perception des r√©formes d'Andronic dans les provinces, du moins pour ce qui concerne l'Attique. Comme Nic√©tas, il est parfois favorable aux mesures promulgu√©es mais d√©nonce la violence, qu'il attribue √† ses s√©jours fr√©quents dans des pays √©trangers o√Ļ il aurait acquis des mŇďurs barbares[CH 11]. Eustathe de Thessalonique constitue une autre source importante. M√©tropolite de Thessalonique lors du r√®gne d'Andronic, il livre notamment une description des √©v√©nements de la guerre contre les Normands, en particulier le sac de Thessalonique[60]. Quant √† Robert de Clari, il consacre six chapitres (souvent assez brefs) de son Istoire de ceus qui conquisent Constantinople au r√®gne d'Andronic, le d√©crivant comme un tyran et comme un violeur acharn√©, faisant assassiner tous ses adversaires politiques et ¬ę gisant √† force ¬Ľ √† nombre de dames et damoiselles de toute condition, √† commencer, dit-il, par Agn√®s de France, sŇďur de Philippe-Auguste, promise √† Alexis II Comn√®ne et qui √©tait encore une enfant.

Selon Nic√©tas Choniat√®s, il aurait install√© un portrait de lui au-dessus de l'√©glise des Quarante-Martyrs, le repr√©sentant en laboureur, prenant le contre-pied de l'iconographie imp√©riale qui veille g√©n√©ralement √† d√©peindre le souverain dans une posture solennelle. Alors m√™me que Choniat√®s ou Eustathe de Thessalonique insistent sur le respect de la symbolique imp√©riale par Andronic, il para√ģt difficile d'expliquer le sens de cette peinture, si jamais elle a exist√© et aucune hypoth√®se ne permet de conclure d√©finitivement, tant sur sa r√©alit√© que sur son interpr√©tation[61].

Les historiens modernes

En d√©pit de la bri√®vet√© du r√®gne d'Andronic, son intensit√© en termes d'√©v√©nements, ses cons√©quences sur le destin futur de l'Empire autant que la personnalit√© de l'empereur ont conduit les historiens modernes √† s'y int√©resser particuli√®rement. Charles Diehl lui consacre un chapitre entier dans son √©tude sur Les figures byzantines intitul√©e ¬ę Les Romanesques aventures d'Andronic Comn√®ne ¬Ľ[62]. Au XVIIIe si√®cle, dans ses Consid√©rations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur d√©cadence, Montesquieu le qualifie de ¬ę N√©ron des Grecs ¬Ľ. Beaucoup d'auteurs mettent en avant l'ambivalence du personnage et la difficult√© √† cerner ses intentions pr√©cises. Georg Ostrogorsky d√©crit Andronic comme l'une des figures les plus int√©ressantes de l'histoire byzantine, mettant en avant la richesse de la carri√®re du personnage avant son arriv√©e sur le tr√īne[63]. Louis Br√©hier souligne aussi la complexit√© d'Andronic : ¬ę Cet homme, qui par certains aspects, ressemble √† un sultan sanguinaire et par d'autres annonce les tyrans de la Renaissance italienne, √©tait rempli de contradictions et m√©ritait, d'apr√®s ses contemporains, les plus grands √©loges et les plus grands bl√Ęmes. ¬Ľ[64] L'ambivalence qui entoure la description du r√®gne d'Andronic vient de sa r√©elle volont√© de r√©g√©n√©rer l'Empire, ce qui le conduit √† des politiques souvent excessives et aux cons√©quences parfois d√©sastreuses. Michael Angold reprend l'analyse d'Alexander Kazhdan. Selon ce dernier, Andronic porte une politique profond√©ment r√©actionnaire car il tente de s'opposer √† la mont√©e en puissance d'une aristocratie h√©r√©ditaire, symbole du nouveau syst√®me de gouvernement sous l'Empire des Comn√®ne. √Ä la place, il lui pr√©f√®re un r√©gime bureaucratique, √† l'image de celui existant sous la dynastie mac√©donienne et privil√©giant l'aristocratie civile √† l'aristocratie militaire. Or, selon Kazhdan, l'√©mergence de cette derni√®re est un fait in√©luctable de l'histoire byzantine et la politique d'Andronic est de ce fait vou√©e √† l'√©chec[65] - [66].

Dans l'ensemble, l'id√©e d'un souverain porteur de r√©formes pertinentes voire n√©cessaires mais coupable d'une tyrannie insupportable pour l'Empire √† court terme se retrouve r√©guli√®rement. Charles M. Brand, qui consacre un chapitre entier √† analyser le r√®gne d'Andronic, souligne l'audace de certaines mesures mais constate qu'il est difficile d'en √©valuer la port√©e. Il √©tudie dans le d√©tail son mode de gouvernement et constate qu'il se repose avant tout sur des fonctionnaires d√©j√† pr√©sents sous ses pr√©d√©cesseurs et peu sur des hommes authentiquement nouveaux n'appartenant pas au cadre classique de l'administration. Warren Treadgold porte un jugement bien plus n√©gatif sur les vell√©it√©s r√©formatrices ou r√©actionnaires d'Andronic : ¬ę Rompant avec la mod√©ration et la cl√©mence des premiers empereurs de sa famille, il d√©cha√ģna la sauvagerie et la violence de la foule qui finit par se retourner contre lui. Il √©tait d'abord un opportuniste qui discr√©dita et d√©truisit √† la fois sa famille et sa propre personne. Pire encore, il montra au monde que Byzance √©tait capable de tra√ģtrise autant qu'elle √©tait vuln√©rable, et il favorisa de fait les invasions, √† l'image de celle des Normands. ¬Ľ[67] De m√™me, Jean-Claude Cheynet souligne la responsabilit√© d'Andronic dans l'affaiblissement de l'Empire qui conduit √† un rapide d√©clin, culminant avec le sac de Constantinople en 1204 : ¬ę Usurpateur soucieux de prot√©ger son pouvoir et de le transmettre √† ses fils, il fit des coupes claires dans les rangs de la plus haute aristocratie et, pour une g√©n√©ration, affaiblit doublement l'√Čtat en le privant de ses meilleurs officiers et de candidats de valeur au tr√īne, ce qui permit d'une part aux puissances √©trang√®res d'empi√©ter plus ou moins largement sur le territoire imp√©rial et d'autre part de laisser r√©gner des souverains m√©diocres. Ce n'est pas la seule raison de la chute de Constantinople en 1204, mais c'en est un des facteurs incontestables. ¬Ľ[68] En outre, dans son ouvrage Pouvoir et contestations √† Byzance (963-1210) dans lequel il analyse la comp√©tition pour le pouvoir parmi la haute aristocratie, il a profond√©ment revu l'interpr√©tation de ce r√®gne, r√©futant l'id√©e d'une r√©action contre l'aristocratie. Sans nier ses projets de r√©formes, il conteste qu'elles aient cherch√© syst√©matiquement √† saper les privil√®ges de l'√©lite au pouvoir sur laquelle il n'h√©site pas √† se reposer d√®s lors qu'elle lui est favorable et √† s'appuyer sur sa proche parent√©, comme ses pr√©d√©cesseurs. Tout cela ¬ę interdit de voir en Andronic un r√©volutionnaire qui aurait eu l'ambition de soutenir les couches populaires contre l'aristocratie ¬Ľ[CH 12]. Il conteste aussi la vision de Kazhdan qui voit en Andronic le champion de l'aristocratie civile mise de c√īt√© par les empereurs Comn√®ne principalement issus de la dynastie militaire. Plus largement, il relativise cette dichotomie souvent √©tablie au sein de l'√©lite byzantine, consid√©rant que les deux aristocraties se m√™lent autant qu'elles s'opposent[CH 13].

Unions et postérité

Carte de la région de la Mer Noire vers 1300
L'Empire de Trébizonde vers 1300, gouverné par les descendants d'Andronic.

La vie longue et aventureuse d'Andronic est parsem√©e de relations multiples avec diff√©rentes ma√ģtresses. Concernant ses unions reconnues, Andronic √©pouse en premi√®res noces vers 1144 une princesse g√©orgienne, fille de D√©m√©trius Ier de G√©orgie. Ce mariage donne naissance √† trois enfants :

  • Manuel (vers 1145-1185), p√®re d'Alexis Ier de Tr√©bizonde et de David Comn√®ne. Il semble s'√™tre parfois oppos√© √† son p√®re, ce qui explique la pr√©f√©rence de celui-ci pour son deuxi√®me fils. En outre, Andronic aurait cru en la proph√©tie selon laquelle l'ordre des empereurs Comn√®ne respecte un ordre pr√©cis, intitul√© AIMA, en fonction de la premi√®re lettre du pr√©nom de chaque empereur (I pour Ioannes, retranscrit en Jean)[69].
  • Jean (1159-1185), deuxi√®me fils d'Andronic, il est son favori et couronn√© comme co-empereur en . Il occupe divers commandements militaires sans se distinguer et est ex√©cut√© au moment de la chute de son p√®re[70].
  • Marie (n√©e vers 1166), elle √©pouse Th√©odore Synad√®nos en 1182, mais il meurt peu apr√®s, entra√ģnant son remariage avec un homme nomm√© Romain, connu pour ses exactions envers la population de Dyrrachium en 1185, contribuant √† la chute de la ville aux mains des Normands. Sa vie apr√®s la chute de son p√®re est inconnue[71].

Andronic se remarie en 1183 avec Agn√®s de France, jeune veuve d'Alexis II Comn√®ne. On ne leur conna√ģt aucun enfant.

À partir de 1166, Andronic entretient une relation extraconjugale avec sa nièce Théodora Comnène. Ils ont deux enfants :

  • Alexis (en) (vers 1170-vers 1199). Peu de choses sont connues de sa vie avant 1185, date √† laquelle il fuit pour la G√©orgie o√Ļ il √©pouse une princesse locale. La famille Andronikachvili estime appartenir √† sa descendance[72].
  • Ir√®ne, mari√©e √† Alexis Comn√®ne, un fils ill√©gitime de Manuel Ier Comn√®ne, elle entre dans un monast√®re apr√®s l'aveuglement de son mari[73].

En d√©pit des exc√®s de son r√®gne et de la brutalit√© de sa mort, la disparition d'Andronic ne met pas un terme √† sa lign√©e. Ses deux petits-fils Alexis et David fondent l'Empire de Tr√©bizonde en 1204, au moment o√Ļ les √©v√©nements de la quatri√®me croisade mettent √† mal l'Empire byzantin, d√©sormais divis√© entre des principaut√©s latines (Empire latin de Constantinople par exemple) et des √Čtats grecs (despotat d'Epire par exemple). Gouvern√© par ses successeurs, connus sous le nom de Grands Comn√®ne (Megalokomnenoi), cet √Čtat s'√©tend dans la r√©gion du Pont o√Ļ Andronic a entam√© sa r√©volte. Il s'y maintient jusqu'en 1461, quelques ann√©es apr√®s la chute de Constantinople qui met un terme √† l'Empire byzantin[74] - [75].

Dans l'art

La vie d'Andronic a fait l'objet de plusieurs romans. Agnès Colliot publie en 1985 Agnès, princesse de Byzance, qui montre la vie et le règne d'Andronic vue par les yeux d'Agnès de France. Marina Dédéyan publie en 2008 L'Aigle de Constantinople, qui relate la vie d'Andronic de ses vingt ans à sa mort[76].

Notes et références

Notes

  1. D√©j√†, au lendemain de la mort d'Alexis Ier, sa fille Anne Comn√®ne tente de s'emparer du tr√īne au d√©triment de Jean Comn√®ne, le successeur d√©sign√©.
  2. Celle-ci est compos√©e pour partie de navires aux √©quipages latins, suppos√©s plus fiables que ceux manŇďuvr√©s par des Byzantins.
  3. Le terme de Latins, imprécis, désigne dans l'esprit des Byzantins l'ensemble des marchands italiens voire, plus largement, les individus originaires d'Europe occidentale.
  4. La principaut√© d'Antioche qui se constitue apr√®s la prise de la cit√© lors de la premi√®re croisade est un sujet de litiges entre les crois√©s et les Byzantins. Ces derniers estiment que les premiers ont rompu leur serment en ne remettant pas la cit√© √† l'Empire, lesquels estiment qu'ils √©taient d√©li√©s de leurs vŇďux car l'empereur byzantin ne leur a pas envoy√© de renforts. Par la suite, les empereurs byzantins ont r√©guli√®rement essay√© de soumettre la principaut√© latine.
  5. L'√©crivain byzantin Michel Choniat√®s √©crit ainsi : ¬ę Andronic a an√©anti la tyrannie des Latins, qui d√©j√† s‚Äôinsinuait et enserrait, comme un liseron, la jeune pousse croissante de l‚ÄôEmpire (Alexis II), il a d√©tourn√© la ville de Constantin de ces amants grossiers et insolites qui bouleversaient compl√®tement les affaires romaines ¬Ľ.
  6. Au moment de la chute d'Andronic, la foule parvient à forcer les portes du Grand Palais qu'elle pille, s'emparant d'une grande quantité d'or qui aurait été entreposée comme réserve accumulée lors du court règne d'Andronic.
  7. Respectivement Romain, le mari de sa fille Marie, et David Comnène.
  8. Ces mesures fiscales ne font pas nécessairement référence à celles du règne d'Andronic mais au système fiscal global tel qu'il existe à cette époque dans l'Empire byzantin.
  9. David Comnène, craignant la fureur d'Andronic et conscient de la précarité de la situation de Thessalonique, aurait préféré capituler selon le récit d'Eustathe de Thessalonique.
  10. Charles M. Brand, dans une analyse reprise par J-C. Cheynet, estime que l'avis favorable de Nicétas envers certaines réformes d'Andronic vient du fait qu'il essaie de défendre des réformes similaires auprès de Théodore Lascaris alors empereur de Nicée, et donc de l'influencer. Par conséquent, il ne serait pas possible de se reposer sur son jugement pour considérer que les réformes d'Andronic ont effectivement eu un impact favorable (Brand 1968, p. 65-66).

Références

  • Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations √† Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne)
  1. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Andronic a parfois pass√© pour un empereur [‚Ķ] qui bouleversait compl√®tement les affaires romaines ¬Ľ .
  2. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Andronic a parfois pass√© [‚Ķ] compl√®tement les affaires romaines ¬Ľ .
  3. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Tout au plus Andronic [‚Ķ] ses nombreuses petites cousines disponibles ¬Ľ .
  4. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Andronic fut-il novateur [‚Ķ] s'ils n'abandonnaient pas leur comportement ¬Ľ .
  5. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Un Pal√©ologue, Andronic, comptait parmi [‚Ķ] quelques d√©cennies plus tard ¬Ľ .
  6. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Le r√®gne d'Andronic Comn√®ne [‚Ķ] fait de lui un adversaire de l'aristocratie ¬Ľ .
  7. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Vis-√†-vis de l'aristocratie [‚Ķ] ses victimes se comptent par milliers ¬Ľ .
  8. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę En province, les adversaires d'Andronic [‚Ķ] ne semblent pas avoir √©t√© sanctionn√©es ¬Ľ .
  9. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę La comp√©tition pour le pouvoir central [‚Ķ] La Chald√©e, les Anatoliques, la Cappadoce ¬Ľ .
  10. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Isaac Ange, cherchant refuge [‚Ķ] √† commencer par lui-m√™me ¬Ľ .
  11. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę La cruaut√© ind√©niable d'Andronic [‚Ķ] fut √† son tour aveugl√© ¬Ľ .
  12. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Le r√®gne d'Andronic Comn√®ne ne marque [‚Ķ] ait jamais fait de lui un adversaire de l'aristocratie ¬Ľ .
  13. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Tout au plus Andronic fut-il un r√©formateur [‚Ķ] ses nombreuses petites cousines disponibles ¬Ľ .
  • Divers
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  2. Magdalino 2002, p. 192.
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  4. Claude Mutafian, Le Royaume Arm√©nien de Cilicie, XIIe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXIVe si√®cle, Paris: CNRS √Čditions, pages 30-33, 2009, (ISBN 978-5-9901129-5-7).
  5. Magdalino 2002, p. 197.
  6. Diehl 1908, p. 96-98.
  7. Diehl 1908, p. 98-100.
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  9. Kazhdan 1991, p. 239.
  10. Angold 1984, p. 221-222.
  11. Diehl 1908, p. 108-109.
  12. Brand 1968, p. 28.
  13. Alain Ducellier et Michel Kaplan, Byzance, IVe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVe si√®cle, Hachette, coll. ¬ę Les Fondamentaux ¬Ľ, (ISBN 2-01-145771-8), p. 66.
  14. Brand 1968, p. 30.
  15. Kaplan 2016, p. 299-300.
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  17. Treadgold 1997, p. 650-651.
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  51. Ma√Įt√© Billor√©, La trahison au Moyen √āge : De la monstruosit√© au crime politique (Ve‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVe si√®cle), Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-6700-9), p. 267.
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  61. Stanislas Kuttner-Homs, ¬ę L'empereur, le laboureur et la mort : l'Ekphrasis d'un portrait d'Andronic Ier Comn√®ne dans l'Histoire de Nic√©tas Choniat√®s ¬Ľ, Camenae, vol. 24,‚Äé (lire en ligne).
  62. Diehl 1908, p. 86.
  63. Ostrogorsky 1996, p. 418.
  64. Bréhier 2006, p. 283.
  65. ¬ę Kazhdan views the emergence of a hereditary aristocracy under the Comneni as part of the natural development of the Byzantine Empire. Andronicus's reactionary policies were therefore, in his view, bound to fail ¬Ľ (Angold 1984, p. 270).
  66. Kazhdan 1974, p. 263-265.
  67. ¬ę Breaking with the moderation and mercy of the earlier emperors of his family, Andronicus had unleashed savagery and popular violence that in the end were turned against him. Essentially an opportunist, he discredited and destroyed both himself and his dynasty. Worse still, by convincing foreigners thar Byzantium was both treacherous and vulnerable, he practically invited invasions like that of the Normans ¬Ľ (Treadgold 1997, p. 656).
  68. Cheynet 2007, p. 200.
  69. Varzos 1984, p. 511-528.
  70. Varzos 1984, p. 528-532.
  71. Varzos 1984, p. 532-535.
  72. Varzos 1984, p. 532-537.
  73. Varzos 1984, p. 481, 537-539.
  74. Varzos 1984, p. 527.
  75. (en) Vladimir Vassiliev, ¬ę The Foundation of the Empire of Trebizond (1204-1222) ¬Ľ, Speculum, vol. 11,‚Äé , p. 3-36.
  76. Bernard Coulie, ¬ę Romans historiques sur la p√©riode byzantine ¬Ľ [PDF], (consult√© le ).

Annexes

Bibliographie

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Liens externes

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