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Espagne

L'Espagne, en forme longue le Royaume d'Espagne (respectivement en espagnol : Espa√Īa et Reino de Espa√Īa), est un √Čtat souverain transcontinental d'Europe du Sud, et d'Europe de l'Ouest, qui occupe la plus grande partie de la p√©ninsule Ib√©rique. Le pays a une superficie de 504 030 km2 et une population de 47 millions d'habitants.

Royaume d’Espagne[1]

Reino de Espa√Īa[2]

Devise en latin : Plus ultra (¬ę Plus loin ¬Ľ)
Hymne en espagnol : Marcha Real (¬ę Marche royale ¬Ľ)
Fête nationale 12 octobre
¬∑ √Čv√©nement comm√©mor√©
Description de cette image, également commentée ci-après
Le royaume d'Espagne en Europe (l'Union européenne en vert clair)
Description de l'image Espagne carte.png.
Géographie
Plus grande ville Madrid
Superficie totale 505 911 km2
(classé 52e)
Superficie en eau 1,04 %
Fuseau horaire UTC +1 : (HNEC) ;
Heure d'été : UTC+2 : (HAEC)
Démographie
Gentilé Espagnol
Population totale (2019[4]) 46 934 632 hab.
(classé 28e)
Densit√© 93 hab./km2
√Čconomie
PIB nominal (2022) en augmentation 1 435,698 milliards de $
+ 0,65 %[5] (12e/62)
PIB (PPA) (2022) en augmentation 2 209,419 milliards de $
+ 11,41 % (13e/62)
PIB nominal par hab. (2022) en augmentation 30 156,687 $
+ 0,22 % (25e/66)
PIB (PPA) par hab. (2022) en augmentation 46 413,073 $
+ 10,93 % (26e/66)
Taux de ch√īmage (2022) 13,378 % de la pop. active
- 9,51 % (65e/66)
Dette publique brute (2022) Nominale
1 499,152 milliards de ‚ā¨
+ 4,78 %
Relative
116,384 % du PIB
- 1,96 %
Monnaie Euro (EUR‚Äč)
Développement
IDH (2021) en augmentation 0,905[6] (très élevé ; 27e)
IDHI (2021) en augmentation 0,788[6] (37e)
Coefficient de Gini (2020) 34,9 %[7]
Indice d'inégalité de genre (2021) 0,057[6] (14e)
Indice de performance environnementale (2022) en augmentation 56,6[8] (27e)

L'Espagne est bord√©e au nord-est par les Pyr√©n√©es, qui constituent une fronti√®re naturelle avec la France et l'Andorre; √† l'est et au sud-est par la mer M√©diterran√©e, au sud-sud-ouest par le territoire britannique de Gibraltar et le d√©troit du m√™me nom, ce dernier s√©parant le continent europ√©en de l'Afrique. Le Portugal est limitrophe de l'Espagne √† l'ouest tandis que l'oc√©an Atlantique borde le pays √† l'ouest-nord-ouest; enfin le golfe de Gascogne baigne le littoral nord. Le territoire espagnol inclut √©galement les √ģles Bal√©ares en M√©diterran√©e, les √ģles Canaries dans l'oc√©an Atlantique au large de la c√īte africaine, et deux villes autonomes en Afrique du Nord, Ceuta et Melilla, limitrophes du Maroc.

L'Espagne en tant que pays est n√©e de l'union dynastique au XVe si√®cle de deux √Čtats souverains, les Couronnes de Castille et d'Aragon ‚ÄĒ elles-m√™mes construites tout au long du Moyen √āge par l'union ou la conqu√™te d'entit√©s politiques, culturelles et linguistiques initialement distinctes, qui se retrouvent dans les multiples nationalit√©s historiques reconnues par la Constitution actuelle de l'√Čtat espagnol ‚ÄĒ et de l'absorption en 1492 du royaume de Grenade et en 1512 de la partie ib√©rique du royaume de Navarre. Cet ensemble devient un √Čtat unitaire en 1715-1716 par la dissolution des deux Couronnes en application des d√©crets de Nueva Planta. La monarchie catholique espagnole, qui poss√®de alors un immense empire colonial, est, du XVe si√®cle au d√©but du XIXe si√®cle, une grande puissance politique et √©conomique. Elle conna√ģt notamment un important rayonnement culturel dans toute l'Europe durant le Si√®cle d'or espagnol (XVIe si√®cle-XVIIe si√®cle). L'influence espagnole a d√©clin√© tout au long du XIXe si√®cle et au d√©but du XXe si√®cle avec la perte de ses colonies, la mont√©e des nationalismes et la multiplication des crises politiques, √©conomiques et sociales qui culminent avec la Guerre civile de 1936 √† 1939 suivie d'une longue p√©riode de dictature franquiste, conservatrice, militariste et nationale catholique de 1939 √† 1975.

À la suite de la transition démocratique ouverte à la mort de Francisco Franco en 1975 et au mouvement culturel qui l'a accompagnée, la Movida, l'Espagne est devenue une monarchie constitutionnelle au régime démocratique parlementaire.

C'est un pays d√©velopp√© dot√© de la quatorzi√®me plus forte √©conomie mondiale par PIB nominal[9] et d'un niveau de vie ¬ę tr√®s √©lev√© ¬Ľ. C'est un membre de l'Organisation des Nations unies, de l'Union europ√©enne, de l'Union latine, de l'OTAN, de l'OCDE et de l'OMC.

Histoire

Ibères et Celtibères au contact des civilisations méditerranéennes (avant 197 av. J.-C.)

La Dame d'Elche, consid√©r√©e comme la meilleure expression de l'art ib√©rique sculpt√© (Ve si√®cle av. J.-C.‚ÄďIVe si√®cle av. J.-C.).

Les populations autochtones de la p√©ninsule Ib√©rique s'appelaient les Ib√®res. D'apr√®s les √©l√©ments livr√©s par l'arch√©ologie et les recherches les plus r√©centes, il semble falloir abandonner l'id√©e que les Ib√®res soient un peuple migrateur venu d'Afrique. Les Ib√®res connaissent un d√©veloppement qui prend sa source au d√©but du Ier mill√©naire av. J.-C. et se termine avec la conqu√™te romaine dans le courant du IIe si√®cle av. J.-C.[10]. Leur territoire, qui a pu selon les √©poques repr√©senter l'essentiel des c√ītes du Levant espagnol ainsi que la partie occidentale du littoral m√©diterran√©en de la Gaule a en r√©alit√© connu des peuplements diversifi√©s[11]. La g√©ographie et le climat ainsi que certaines interactions avec d'autres peuples peuvent expliquer cela[12].

Les premi√®res populations ib√©riques √† s'affirmer sont identifi√©es au Sud de la p√©ninsule. Celles-ci semblent avoir d√®s le d√©but du Ier mill√©naire av. J.-C. su exploiter les richesses mini√®res de leurs sols, afin d'en faire commerce avec d'autres populations m√©diterran√©ennes, et en particulier les Ph√©niciens puis les Carthaginois[13]. C'est dans cette r√©gion qui comprend l'essentiel de l'Andalousie actuelle et qui s'articule autour du bassin du Guadalquivir que va se d√©velopper la culture tartessienne, qui utilise une langue, une √©criture, une culture et une organisation sociale et politique distincte de celle des peuples voisins, avec une forte influence ph√©nicienne. Les troubles g√©opolitiques qui affecteront le Proche-Orient durant le VIe si√®cle av. J.-C. ralentiront ces √©changes, et √† partir de cette √©poque environ augmentera la visibilit√© des r√©gions du Nord de l'Ib√©rie : la r√©gion de l'√ąbre. Cette r√©gion, d'un caract√®re plut√īt agricole en regard des territoires du Sud, miniers, conna√ģtra un d√©veloppement singulier et des relations avec les peuples du Nord de la mer M√©diterran√©e : Gaulois, Grecs, et plus tard Romains. Les peuples ib√®res d√©veloppent diff√©rents syst√®mes d'√©criture, dont l'√©criture ib√©rique sud-orientale et l'√©criture ib√©rique nord-orientale.

Bronze de Botorrita I, alphabet celtibère oriental.

À ce peuplement ibérique vont s'agréger au nord et à l'ouest des populations celtes, qu'on appelle les Celtibères, à partir du XIIIe siècle av. J.-C. Ils adaptent l'écriture ibérique nord-orientale à leur langue, donnant ainsi naissance à l'écriture celtibère.

√Ä partir du IXe si√®cle av. J.-C., des comptoirs sont fond√©s sur les rivages m√©diterran√©ens par les Ph√©niciens ‚ÄĒ essentiellement sur le littoral sud, Gad√®s (actuelle Cadix), Malakka (Malaga), Onoba (Huelva), Sexi (Almu√Ī√©car), Ibossim (Ibiza), ou encore, en Afrique du Nord, Russadir (Melilla), par exemple ‚ÄĒ, les Grecs ‚ÄĒ surtout sur la c√īte orientale, Emp√ļries (pr√®s de G√©rone) par les Phoc√©ens, Hńďmeroskopeion (D√©nia) par des Massaliotes, par exemple ‚ÄĒ et les Carthaginois ‚ÄĒ avec Qart Hadasht (Carthag√®ne), Abyla (actuelle Ceuta) de l'autre c√īt√© du d√©troit de Gibraltar, ou encore Akra Leuka (Alicante), Mahon (sur Minorque).

Hispanie romaine (197 av. J.-C. - 476)

Th√©√Ętre romain d'Augusta Emerita (M√©rida).

Les Romains conquirent la p√©ninsule au IIe si√®cle av. J.-C., cons√©quemment √† leur victoire sur Carthage lors de la Deuxi√®me guerre punique. En 197 av. J.-C., ceux-ci divisent les territoires ib√©riques qu'ils viennent de conqu√©rir en deux provinces : l'Hispanie cit√©rieure au nord, avec l'ancienne cit√© √©g√©enne puis ib√®re de Tarraco (Tarragone), devenue un campement et une colonie romaine, comme capitale, et l'Hispanie ult√©rieure au sud, avec Corduba (Cordoue), un ancien site de peuplement ib√®re devenu une place forte punique, pour capitale. Ils romanisent les plus importants centres urbains pr√©existants de la c√īte m√©diterran√©enne qu'ils ont conquis, et fondent des colonies romaines ex nihilo (par exemple, Italica d√®s 206 av. J.-C. pour des v√©t√©rans de la deuxi√®me guerre punique). La Celtib√©rie est conquise √† partir de 181 av. J.-C., gr√Ęce √† l'appui d'un peuple rival, install√© plus au nord dans les r√©gions pyr√©n√©ennes, les Vascons, mais l'avanc√©e des Romains et de leur culture s'y r√©v√®lera plus lente, en raison de la r√©sistance et des r√©voltes fr√©quentes des Celtib√®res (comme en t√©moigne la guerre contre Numance de 153 √† 133 av. J.-C.), ne se terminant qu'en 19 av. J.-C. avec Auguste. La p√©ninsule Ib√©rique est √©galement l'un des terrains de bataille des guerres civiles de la fin de la R√©publique romaine, notamment lors de la guerre sertorienne opposant les partisans de Caius Marius alli√©s aux Ib√®res sous le commandement de Quintus Sertorius √† Rome d√©sormais contr√īl√©e par Sylla, de 83 √† 72 av. J.-C. C'est √©galement en Hispanie que se joue en partie la guerre civile entre C√©sar et Pomp√©e, les deux provinces √©tant initialement fid√®les √† ce dernier et o√Ļ Jules C√©sar m√®ne deux campagnes victorieuses, la premi√®re en 49 av. J.-C. et la seconde apr√®s la mort de Pomp√©e, contre les derniers chefs des R√©publicains (le fils de Pomp√©e, Pomp√©e le Jeune, et un ancien lieutenant de C√©sar, Titus Labienus), de 46 √† 45 av. J.-C. Lors de la r√©organisation de la gestion de l'empire par Auguste en 27 av. J.-C., celui-ci s'attribue les trois nouvelles provinces qu'il vient de cr√©er en Hispanie, qui deviennent ainsi des provinces imp√©riales, afin de parachever la conqu√™te puis la pacification de la p√©ninsule (ce qui est fait en 19 av. J.-C. apr√®s une campagne contre les peuples celtib√®res des Cantabres et des Astures au nord).

L'Hispanie romaine sous Dioclétien.

L'Hispanie cit√©rieure ou Tarraconaise, du nom de sa capitale Tarraco, la plus √©tendue, au nord et √† l'est, est celle o√Ļ se concentre l'effort de conqu√™te puis de pacification des Celtib√®res. Elle est dirig√©e par un l√©gat d'Auguste propr√©teur de rang consulaire et six l√©gions y sont initialement implant√©es pour la conqu√™te (la Legio II Augusta jusqu'en 19 av. J.-C., la Legio I Germanica jusqu'en 16 av. J.-C., la Legio III Macedonica jusqu'en 43, la Legio VI Victrix jusqu'en 68, la Legio IX Hispana jusqu'en 13 av. J.-C., la Legio X Gemina jusqu'en 63). Apr√®s la victoire d'Auguste en 19 av. J.-C. et la fin des campagnes, trois l√©gions y sont laiss√©es en garnison : la Legio III Macedonica peut-√™tre √† Pisorica (Herrera de Pisuerga) ; la Legio VI Victrix √† Legio (Le√≥n) ; la Legio X Gemina √† Petavonium (Rosinos de Vidriales). Apr√®s 63 et jusqu'√† la chute de l'Empire romain, il n'en reste plus qu'une, en garnison √† Legio : la Legio VI Victrix vite remplac√©e par la Legio VII Gemina fond√©e en 68. Auguste a √©galement fond√© dans la province plusieurs colonies romaines pour v√©t√©rans : par exemple, Caesaraugusta (Saragosse), qui se m√™le ainsi √† la population ib√®re d√©j√† install√©e dans la cit√© pr√©existante de Salduie. L'essor √©conomique de cette province est assur√© par l'exploitation de l'√©tain dans les Asturies et par la production de bl√©, de vin et d'huile d'olive, denr√©es export√©es vers Ostie depuis les ports de la c√īte orientale dont surtout Tarraco et Carthago Nova (Carthag√®ne). √Ä la suite de la r√©organisation de l'empire men√©e par Diocl√©tien entre les ann√©es 284 et 305, cette province d'Hispanie cit√©rieure est la seule de la p√©ninsule ib√©rique √† conna√ģtre des modifications territoriales en √©tant divis√©e en trois : la Tarraconaise avec Tarraco au nord-est, correspondant plus ou moins aux communaut√©s actuelles de Catalogne, d'Aragon, de Navarre et du Pays basque, conservant Tarraco comme capitale ; la Gallaecia ou Gall√©cie au nord-ouest, avec les communaut√©s autonomes actuelles de Galice, des Asturies et les provinces espagnoles actuelles de Le√≥n et de Zamora, ainsi que le nord du Portugal, avec Bracara Augusta (Braga) comme capitale et qui conserve l'unique l√©gion d'Hispanie ; la Carthaginoise, au centre et √† l'est de la p√©ninsule, sur les territoires actuels de la communaut√© valencienne, de l'est de l'Andalousie, de la Murcie et d'une grande partie de la Castille, avec Carthago Nova (Carthag√®ne) comme capitale.

La B√©tique, qui tire son nom du fleuve Betis (aujourd'hui le Guadalquivir), correspondant plus ou moins √† l'actuelle Andalousie au sud, avec Corduba pour capitale. Pacifi√©e et d√©j√† largement romanis√©e, avec un r√©seau dense de cit√©s (175, dont neuf colonies, du temps de Pline l'Ancien[14]), elle est r√©troc√©d√©e par Auguste au ¬ę peuple romain ¬Ľ vers 16 ou 13 av. J.-C., devenant ainsi une province s√©natoriale gouvern√©e par un propr√©teur. Aucune l√©gion n'y est jamais implant√©e, et cette province n'a connu que peu de troubles jusqu'au Ve si√®cle, √† l'exception d'une exp√©dition de Maures r√©volt√©s venus d'Afrique du Nord vers 180. Elle est √©galement riche sur le plan √©conomique, avec l'essentiel des ports int√©gr√©s au commerce imp√©rial, et gr√Ęce √† l'exploitation mini√®re ou encore la production et l'exportation du garum (par exemple √† Baelo Claudia).

La Lusitanie, √† l'ouest, correspondant en grande partie √† l'actuel Portugal et √† certaines r√©gions du Le√≥n et de l'Estr√©madure espagnol. Elle est dirig√©e par un l√©gat d'Auguste propr√©teur de rang pr√©torien, charg√© √† l'origine de pacifier et de contr√īler les Lusitaniens, mais sans disposer d'aucune l√©gion. La province reste pour autant paisible jusqu'√† la chute de l'Empire romain d'Occident, et conna√ģt, comme la B√©tique voisine, une certaine prosp√©rit√© √©conomique gr√Ęce √† l'exploitation mini√®re (notamment du cuivre et de l'argent, par exemple avec la mine de Vipasca √† Aljustrel) ou √† la production et √† l'exportation du garum. La colonie de v√©t√©rans d'Emerita Augusta (M√©rida) en devient la capitale.

L'Hispanie est, √† la fin de la R√©publique romaine et au d√©but du Principat, l'une des r√©gions de l'empire les plus romanis√©es. Ainsi, lorsque les Romains occupent les √éles Bal√©ares en 123 av. J.-C., 3 000 hispaniques parlant latin s'y installent. Le culte imp√©rial s'y diffuse de mani√®re d'autant plus pr√©coce - les plus anciens autels d√©di√©s √† un culte d'Auguste en Occident, les trois Arae sestianae ou Arae Augusti, sont attest√©s dans le Nord-Ouest de la Tarraconaise de son vivant, vers 19 av. J.-C.[15] - et d'autant plus rapidement que, comme l'a d√©montr√© Robert √Čtienne, les peuples de la p√©ninsule ib√©rique (tout particuli√®rement les Celtib√®res et les Lusitaniens) pratiquaient d√©j√† un culte au chef, ce dernier, consid√©r√© comme dot√© d'une aura surhumaine, pouvant exiger au combat de ses hommes une d√©votion allant jusqu'au don de leurs vies[16]. L'Hispanie est √©galement l'un des maillons importants du commerce imp√©rial, ce qui favorise les √©changes avec les autres r√©gions d'Europe et la richesse √©conomique de la p√©ninsule qui exporte des produits miniers (argent, plomb, or), des c√©r√©ales, de l'huile, du vin et du garum.

Vespasien (69-79) a octroy√© le droit latin √† l'ensemble des cit√©s d'Hispanie, g√©n√©ralisant ainsi le mod√®le institutionnel et juridictionnel du municipe latin dans la p√©ninsule et permettant l'acc√®s √† la citoyennet√© romaine des anciens magistrats de ces cit√©s. Des familles de l'√©lite hispanique s'int√®grent progressivement √† l'√©lite imp√©riale romaine : le philosophe et conseiller imp√©rial S√©n√®que ainsi que son neveu le po√®te Lucain sont issus d'une famille de Corduba ayant acc√©d√© √† l'ordre √©questre ; gr√Ęce √† ces derniers, le po√®te Martial, originaire d'une petite ville de Tarraconaise, conna√ģt une ascension sociale et devient chevalier sous Domitien ; l'empereur Trajan (98-117) est un descendant de colons italiens d'Italica ; son fils adoptif et successeur, Hadrien (117-138), est issu par son p√®re de la m√™me gens d'Italica, et par sa m√®re d'anciens colons puniques romanis√©s de Gad√®s ; Th√©odose Ier (379-395) na√ģt dans une famille de l'aristocratie imp√©riale install√©e √† Cauca (Coca), pr√®s de S√©govie, et l'un de ses co-empereurs, Maxime (384-388), est √©galement originaire de Tarraconaise.

Le latin est la base linguistique d'o√Ļ seront issues la plupart des langues parl√©es aujourd'hui dans la p√©ninsule (castillan, catalan, galicien, aragonais, portugais). Le droit romain continue √©galement, contrairement √† d'autres r√©gions de l'Europe occidentale, √† √™tre appliqu√© apr√®s la chute de l'Empire et va fortement influencer les coutumes et normes juridiques du droit wisigothique puis du droit f√©odal dans les royaumes chr√©tiens espagnols. La christianisation s'est faite relativement rapidement √† partir du IIe si√®cle, du littoral vers l'int√©rieur des terres, gr√Ęce √† la pr√©sence romaine, et est termin√©e au IVe si√®cle.

Invasions barbares et Royaume wisigoth (409-711)

Art wisigoth : couronne votive de Suintila, VIIe siècle (Musée archéologique national de Madrid).

Lors de la chute de l'Empire romain au Ve si√®cle, des barbares germaniques, les Su√®ves, les Vandales et les Wisigoths envahirent l'Espagne. Les Vandales, install√©s momentan√©ment au sud de la p√©ninsule pass√®rent rapidement en Afrique du Nord (actuelle Tunisie) et les Wisigoths impos√®rent leur loi jusqu'√† la conqu√™te musulmane. Ils conqui√®rent d√©finitivement ce qui reste du Royaume su√®ve au nord-ouest en 584, puis la province byzantine de Spania (actuelles r√©gions d'Andalousie et du Levant) en 624. Seules une bande littorale et montagnarde au nord, peupl√©es par les Cantabres, les Astures et les Vascons, romanis√©s et christianis√©s, vont √©chapper √† leur contr√īle. Les traditions romaines et m√©diterran√©ennes sont conserv√©es. √Ä partir du VIIe si√®cle, si les habitants sont tous qualifi√©s de ¬ę Goths ¬Ľ (Gothi), c'est pour les distinguer des ¬ę Romains ¬Ľ (Romani) ou Byzantins. Jusqu'au VIIe si√®cle, on distingue principalement dans le royaume, les Gothi (c'est-√†-dire les Wisigoths) des indig√®nes hispano-romains (Hispani). Avec la conversion officielle des Wisigoths au catholicisme (589), la multiplication des mariages mixtes, et l'abolition de la personnalisation des lois par la promulgation d'un corpus l√©gislatif commun (le Liber Iudiciorum en 654), ces diff√©rences s'att√©nuent. Le terme de Gothi finit par perdre son sens ethnique pour s'appliquer √† la classe dirigeante du royaume (peut-√™tre domin√©e par des Goths), toutes origines confondues. Le roi Chinthila (636-639) est √† l'origine d'un √©dit stipulant que seul un ¬ę Goth ¬Ľ peut monter sur le tr√īne wisigothique.

L'église wisigothique de San Pedro de la Nave depuis le Sud-ouest.

Christianis√©s avant l'invasion, les Wisigoths sont initialement des adeptes de l'arianisme jusqu'au IIIe concile de Tol√®de en 589 lors duquel le roi wisigoth d'Hispanie R√©car√®de fait adopter √† l'√Čglise ib√©rique l'orthodoxie nic√©enne. L'Espagne wisigothique, avec des centres importants tels Tol√®de (la capitale √† partir de 554), S√©ville, Barcelone, M√©rida, Cordoue ou Saragosse, devient un conservatoire de la culture antique et le cadre d'une importante activit√© intellectuelle et religieuse, tout particuli√®rement incarn√©e par l'Ňďuvre de l'√©v√™que Isidore de S√©ville. Le IVe concile de Tol√®de de 633, pr√©sid√© par ce dernier, unifie la liturgie dans l'ensemble du royaume, et le syst√®me politico-religieux alors √©tabli, fond√© sur une association √©troite entre roi et √©v√™ques, pla√ßant les seconds sous l'autorit√© du premier tout en mettant celui-ci √† la disposition et sous le contr√īle des √©v√™ques, sera repris par l'√Čglise carolingienne. Le pays se sp√©cialise dans les compilations et les floril√®ges, tout en produisant des Ňďuvres originales en histoire, en droit et en th√©ologie. Les √©coles fond√©es par les √©v√™ques, qui transmettent la culture classique, forment aussi bien des clercs et des la√Įcs, et de nombreux actes de vente conserv√©s sur ardoise t√©moignent de la diffusion de l'√©criture dans les communaut√©s rurales. Les Hispaniques du VIIe si√®cle continuent √† vivre dans des villas de type romain, d√©cor√©es de fresques, au centre de vastes domaines agricoles ou artisanaux. Ils construisent des √©glises de plan basilical ou cruciforme, dont seuls nous sont parvenus quelques modestes exemples ruraux. Les architectes utilisent l'arc outrepass√©, tandis que les sculpteurs abandonnent la repr√©sentation de la figure humaine au profit de motifs g√©om√©triques, v√©g√©taux et animaux o√Ļ se m√™lent les influences romaine, byzantine et orientale. L'orf√®vrerie conna√ģt un grand essor, notamment dans l'atelier royal d'o√Ļ sortent croix et couronnes votives qui, comme √† Byzance, sont suspendues au-dessus des autels.

Espagne médiévale : Al-Andalus et royaumes chrétiens de la Reconquista (711-1512)

Les colonnades de la cour des Lions des palais nasrides de l'Alhambra à Grenade.

Les Arabo-Berb√®res, men√©s par Tariq ibn Ziyad, conquirent le pays en 711. En 756, l'Espagne musulmane (al-Andalus) prit son ind√©pendance, sous le r√®gne des Omeyyades de Cordoue. En 929, le pays se transforme en califat. Au XIe si√®cle, le califat s'effondre et se fragmente en micro-√Čtats, les ta√Įfas ; on en comptera jusqu'√† 25. Une certaine unit√© est retrouv√©e avec la conqu√™te d'al-Andalus par la dynastie berb√®re des Almoravides de 1086 √† 1142, puis avec celle des Almohades de 1147 √† 1212. Al-Andalus se morcelle alors √† nouveau en plusieurs ta√Įfas.

Quoi qu'il en soit, malgr√© ces divisions politiques, al-Andalus est l'un des p√īles de l'√Ęge d'or de l'islam entre le milieu du VIIIe si√®cle et le milieu du XIIIe si√®cle, avec des centres au rayonnement culturel important tels que Cordoue, Grenade ou S√©ville. Une Convivencia ou ¬ę Coexistence ¬Ľ s'installe entre communaut√©s musulmanes, chr√©tiennes et juives, favorisant des √©changes culturels et une relative tol√©rance religieuse √† l'√©gard des dhimmi. Les chr√©tiens arabis√©s ou Mozarabes, nombreux dans les villes de Tol√®de, Cordoue, S√©ville et M√©rida, d√©veloppent une liturgie, une production artistique et une culture m√©langeant maintien des traditions et des rites ib√®res ou wisigoths et influence arabo-musulmane. Ils conservent, comme les muladi (anciens chr√©tiens convertis √† l'islam et leurs descendants, ou m√©tis d'origines arabo-berb√®res et ib√©ro-wisigothiques), au moins jusqu'au Xe si√®cle (√©poque o√Ļ s'intensifie le processus d'acculturation et de substitution linguistique au profit de l'arabe, ainsi que de conversion √† l'islam), leurs dialectes romans, transcrits en graphie arabe (aljamiado) et qui sont √©galement pratiqu√©s par les colons arabo-berb√®res. La plupart de ces sp√©cificit√©s de la communaut√© mozarabe vont perdurer ou influencer (et √™tre influenc√©es en retour) la culture et la liturgie gr√©gorienne et clunisienne des chr√©tiens du Nord apr√®s la Reconquista.

Un chantre lisant le r√©cit de la P√Ęque dans une synagogue d'Al-Andalus ‚ÄĒ illustration d'une Haggada de Barcelone, XIVe si√®cle.

Il se met √©galement en place un √Ęge d'or de la culture juive en Espagne, avec le d√©veloppement de la culture s√©farade, la transformation de la p√©ninsule ib√©rique en p√īle majeur du juda√Įsme europ√©en au Moyen √āge et la participation active de savants juifs au rayonnement scientifique, artistique et intellectuel d'al-Andalus et aux transferts culturels entre civilisations antiques, arabo-musulmanes, h√©bra√Įques et chr√©tiennes. Certains repr√©sentants de ces minorit√©s religieuses - de mani√®re n√©anmoins tr√®s exceptionnelle - sont int√©gr√©s au pouvoir politique : Hasda√Į ibn Shaprut, au Xe si√®cle, m√©decin juif du calife Abd al-Rahman III, exerce en r√©alit√© aupr√®s de lui et de mani√®re officieuse une fonction de vizir ; Samuel ibn Nagrela, au si√®cle suivant, grammairien, po√®te et talmudiste juif, est vizir et chef des arm√©es du royaume de Grenade. Toutefois, cette ¬ę coexistence ¬Ľ est entrecoup√©e de p√©riodes de durcissements des autorit√©s musulmanes vis-√†-vis des dhimmi : une r√©volte chr√©tienne entre 852 et 886 entra√ģne une r√©pression brutale notamment √† Cordoue, Burgos, Urbiena et Zamora ; le , un important massacre de la population juive a lieu √† Grenade. √Ä partir de la fin du XIe si√®cle, les Almoravides puis les Almohades pratiquent une politique de propagation d'un islam strict et sont donc moins tol√©rants √† l'√©gard des minorit√©s religieuses.

Les chr√©tiens, r√©fugi√©s dans le nord au sein du royaume des Asturies ou dans la Marche d'Espagne de l'Empire carolingien, profit√®rent de l'affaiblissement musulman li√© √† l'√©clatement politique d'al-Andalus et entam√®rent la Reconquista (Reconqu√™te en espagnol) qui prit fin en 1492 avec l'√©limination du dernier bastion musulman, le royaume de Grenade, sous le r√®gne des rois catholiques. Les campagnes des ¬ę empereurs de toute l'Hispanie ¬Ľ (Imperatores totius Hispaniae : Sanche III de Navarre, Ferdinand Ier le Grand et Alphonse VI le Brave de Le√≥n et de Castille, Alphonse Ier le Batailleur d'Aragon puis Alphonse VII l'Empereur de Castille) de 1034 √† 1157, du Cid Campeador dans les ann√©es 1080 et 1090, les prises de Tol√®de en 1085 ou de Saragosse en 1118, la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, l'expansion aragono-catalane men√©e par Jacques Ier le Conqu√©rant √† Majorque en 1229 et √† Valence en 1238, les conqu√™tes castillanes de Cordoue en 1236, de Murcie en 1243, de Ja√©n en 1246 et de S√©ville en 1248, et finalement l'entr√©e des rois catholiques √† Grenade en 1492, marquent les √©v√©nements militaires les plus importants de cette Reconquista.

Le palais royal de l'Almudaina à Palma, exemple d'art mudéjar catalano-majorquin.

Celle-ci s'accompagne d'une politique de ¬ę repeuplement ¬Ľ ou colonisation des terres de l'ancien al-Andalus ainsi reconquises par l'installation de populations chr√©tiennes venues des r√©gions septentrionales notamment pyr√©n√©ennes, pauvres et surpeupl√©es, issues des communaut√©s mozarabes s'√©tant r√©fugi√©es au Nord pour fuir les pers√©cutions ou originaires du nord des Pyr√©n√©es (les Francos). Toutefois, dans de nombreuses r√©gions, surtout en Murcie, dans le royaume de Valence, aux Bal√©ares ou dans la vall√©e de l'√ąbre, d'importantes communaut√©s musulmanes se maintiennent. Ces Mud√©jares, essentiellement des paysans pratiquant une culture d'irrigation mais aussi des artisans sp√©cialis√©s dans la ma√ßonnerie ou l'industrie textile de la soie, peuvent continuer √† pratiquer leur religion, leurs langues et leurs coutumes avec plus ou moins d'autonomie jusqu'√† la fin du XVe si√®cle. Il en est de m√™me pour les communaut√©s juives s√©farades. Des soul√®vements de Mud√©jares, notamment √† Valence en 1248 puis 1275, ou en Andalousie en 1264, entra√ģnent des expulsions ou conversions forc√©es et donc le d√©peuplement de certaines zones telles que la vall√©e du Guadalquivir en Andalousie ou au sud du royaume de Valence, dans la r√©gion d'Alicante. Les conqu√©rants construisent ou transforment palais (Palacio de Galiana √† Tol√®de, Alcazar de S√©ville, Palais de l'Aljaferia √† Saragosse, Palais royal de l'Almudaina √† Majorque), lieux de culte (cath√©drale Santa Maria de Tol√®de, mosqu√©e-cath√©drale de Cordoue, cath√©drale Santa Maria de Valence, cath√©drale de Palma de Majorque, cath√©drale de Santa Mar√≠a de la Sede de S√©ville) et b√Ętiments en d√©veloppant un syncr√©tisme architectural et artistique, l'art mud√©jar. Tol√®de devient, √† partir du XIIe si√®cle, un important centre de traduction d'ouvrages scientifiques (en math√©matiques, m√©decine, astronomie, par exemple), litt√©raires ou philosophiques du grec, de l'arabe ou de l'h√©breu au latin. Barcelone ou Murcie sont d'autres importants centres de traduction et de circulation de savoirs scientifiques et techniques.

Les Royaumes chr√©tiens connaissent √©galement une certaine prosp√©rit√© √©conomique, dans le contexte de la ¬ę Renaissance du XIIe si√®cle ¬Ľ qui touche alors l'Occident. Aux exportations traditionnelles de la p√©ninsule ib√©rique durant l'Antiquit√© (vin, de Ribadavia en Galice par exemple, ou huile), s'ajoutent celles de productions nouvelles, h√©rit√©es d'al-Andalus ou de l'√©volution des techniques artisanales : de la m√©tallurgie (armes de Tol√®de) ou de l'habillement, de la tannerie et du textile (le cuir de Cordoue, la soie de Grenade, Tol√®de, S√©ville ou Valence, laines de Castille et de Le√≥n, draps du nord de la Catalogne notamment de Barcelone, de Perpignan ou de Villefranche-de-Conflent). L'afflux de p√®lerins venus de toute la chr√©tient√© occidentale vers Saint-Jacques-de-Compostelle assure √©galement l'essor de cette ville et de la Galice. Barcelone surtout mais aussi Valence sont des p√īles importants du commerce m√©diterran√©en, la Couronne d'Aragon ayant √©tabli, entre le XIIIe si√®cle et le XVe si√®cle, une v√©ritable thalassocratie en M√©diterran√©e occidentale, capable de rivaliser avec les R√©publiques maritimes italiennes. La Galice, pour sa part, entretien des liens commerciaux √©troits avec d'autres r√©gions du littoral atlantique, notamment l'Aquitaine, la Normandie et l'Angleterre.

Grande Histoire Générale, de Alphonse X le Sage (Tolède, Espagne). Manuscrit de la bibliothèque de l'Escurial.

Durant cette p√©riode, par unions dynastiques et conqu√™tes, quatre √Čtats souverains chr√©tiens se sont lentement constitu√©s en p√©ninsule ib√©rique entre le IXe si√®cle et le XIIIe si√®cle : le royaume de Navarre d√®s 824 ; la Couronne d'Aragon n√©e en 1137 de l'union dynastique du royaume d'Aragon et du comt√© de Barcelone, puis par conqu√™te, essentiellement durant le r√®gne de Jacques Ier (1213-1276), de l'ensemble des autres comt√©s catalans ainsi que des royaumes arabo-mauresques de Majorque et de Valence ; le royaume de Portugal, form√© en 1139 ; la Couronne de Castille fond√©e essentiellement durant le r√®gne de Ferdinand III (1217-1252) avec l'union dynastique en 1230 des royaumes de Castille et de Le√≥n, puis la Reconquista des royaumes de Cordoue, de Murcie, de Ja√©n, de S√©ville et de Niebla.

C'est √©galement lors des quatre derniers si√®cles du Moyen √āge que les langues ib√©riques modernes se fixent et se diff√©rencient des langues pr√©-romanes et les unes par rapport aux autres. Trois d'entre elles, le castillan, le catalan et le portugais, port√©es par les cours aristocratiques, les milieux savants et intellectuels notamment des ordres mendiants et le d√©veloppement de ces √Čtats, deviennent des langues litt√©raires - avec la diffusion du Cantar de mio Cid mis par √©crit en 1207, les activit√©s de la cour d'Alphonse X (1252-1284) ou le d√©veloppement √† partir du XIVe si√®cle des Romanceros pour le castillan, et avec les Ňďuvres tant philosophiques, scientifiques que romanesques √©crites en prose par Ramon Llull (v. 1232-1315) √† partir des ann√©es 1270, les Jocs florals instaur√©s √† Barcelone en 1393 et les productions litt√©raires du Si√®cle d'or valencien au XVe si√®cle (Tirant le Blanc, Espill) pour le catalan -, administratives et juridiques.

Enfin, le Moyen √āge a vu s'installer la structure √©conomique, sociale et territoriale de la p√©ninsule qui perdurera, sous de nombreux aspects, jusqu'au XIXe si√®cle. Les r√©gions septentrionales, d'o√Ļ est partie la christianisation, sont vieilles chr√©tiennes, tr√®s denses et majoritairement rurales malgr√© une urbanisation plus forte en Catalogne. La population est essentiellement constitu√©e de petits propri√©taires terriens regroup√©s en communaut√©s attach√©es √† leurs privil√®ges (fueros ou fors), bourgs castraux, villages ou hameaux. Ces propri√©taires sont des alleutiers catalans, basques ou navarrais, des petits chevaliers (les hidalgos ou infanz√≥nes) de Vieille-Castille, d'Aragon, de Galice, des Asturies ou de Cantabrie. Par cons√©quent, la population nobiliaire y est num√©riquement importante, parfois majoritaire et se diff√©rencie peu des gens du commun. Dans les Asturies, les hidalgos vont repr√©senter pratiquement 80 % de la population, et atteignent en Cantabrie 83 % au XVIe si√®cle puis plus de 90 % en 1740[17]. Une bourgeoisie, avec des statuts, privil√®ges et droits politiques particuliers (Ciutadans honrats), se d√©veloppe notamment dans les villes les plus importantes de la Couronne d'Aragon (Barcelone, Valence), qui sont √©galement les plus peupl√©es de la p√©ninsule. En revanche, au centre et au sud, dans les territoires issus de la Reconquista, la population est plus m√©lang√©e, avec le maintien de communaut√©s juives ou musulmanes dans certaines r√©gions, l'importance des Nouveaux chr√©tiens, des Mozarabes et des colons venus du Nord de la p√©ninsule ou du reste de l'Europe chr√©tienne (Francos). La densit√© de population y est plus faible (certaines r√©gions du centre de la p√©ninsule sont pratiquement d√©sert√©es), constitu√©e de paysans d√©pendants et salari√©s travaillant dans de grandes propri√©t√©s extensives d√©tenues par des nobles ne r√©sidant pas sur place mais int√©gr√©s de plus en plus aux cours royales ou princi√®res, installant ainsi durablement un syst√®me latifundiaire : c'est √† partir de ce groupe de Ricohombres que sera cr√©√© le statut de Grand d'Espagne (Grandeza de Espa√Īa) en 1520.

Les rois catholiques, portrait de mariage, 1469.
Couronne d'Aragon unifiant une partie de l'Espagne et de l'Italie en 1441.

L'unification politique de l'Espagne actuelle se dessine √† partir de l'union dynastique des Couronnes de Castille et d'Aragon, par le mariage en 1469 des h√©ritiers de ces deux √Čtats, la future Isabelle Ire de Castille (1474-1504) et le futur Ferdinand II d'Aragon (1479-1516), surnomm√©s les Rois catholiques pour avoir men√© en 1492 la conqu√™te du royaume de Grenade. √Ä la fin de cette m√™me ann√©e, Christophe Colomb atteint l'Am√©rique pour le compte de ces derniers. Ces deux entit√©s politiques conserv√®rent toutefois, jusqu'en 1715-1716, leurs organisations politiques et institutionnelles distinctes (incarn√©es par les assembl√©es repr√©sentatives, les Cortes ou Corts, de m√™me que les syst√®mes de coutumes, de privil√®ges, de droits et de juridictions sp√©cifiques (les fueros ou fors). En 1512, s'y ajoute la partie ib√©rique du royaume de Navarre (Haute-Navarre). √Ä cette m√™me √©poque, les conquistadors s'empar√®rent pour les rois espagnols de vastes territoires pour former un immense empire colonial.

Grande puissance européenne et mondiale (XVIe siècle-début du XVIIe siècle)

Pris dans l'exaltation religieuse de la Reconquista, les souverains espagnols d√©cid√®rent par le d√©cret de l'Alhambra (1492) de contraindre les juifs d'Espagne √† choisir entre la conversion et l'exil. La plupart d'entre eux ont trouv√© refuge dans l'Empire ottoman. Les musulmans rest√©s en Espagne, ou morisques, seront convertis de force d√®s le d√©but du XVIe si√®cle. L'Inquisition espagnole, instaur√©e en 1478 pour maintenir l'orthodoxie catholique en lien avec le pouvoir royal, s'attache surtout √† lutter contre les ¬ę Nouveaux chr√©tiens ¬Ľ, conversos (anciens juifs convertis de force, p√©jorativement appel√©s marranes) et morisques, soup√ßonn√©s de continuer √† pratiquer leurs religions d'origine dans la clandestinit√©. Les autorit√©s temporelles et spirituelles commencent √©galement √† relayer la violence et les pratiques d'exclusions qui se sont d√©j√† multipli√©es dans la population depuis la fin du XIVe si√®cle : un statut de Limpieza de sangre (¬ę puret√© du sang ¬Ľ) s'impose ainsi dans l'ensemble des royaumes espagnols √† la fin du XVIe si√®cle, entrainant une discrimination de fait entre vieux chr√©tiens et nouveaux chr√©tiens, emp√™chant l'acc√®s √† ces derniers de nombreux offices ou charges publiques, universitaires ou eccl√©siastiques. M√™me apr√®s leur quasi-g√©n√©ralisation √† partir de la deuxi√®me moiti√© du XVIe si√®cle, les statuts de puret√© de sang continu√®rent √† susciter de fortes r√©serves, en particulier dans la Compagnie de J√©sus. Les d√©rives qu'engendraient ces statuts contraignirent Philippe II √† convoquer en 1596 une Junte pr√©sid√©e par l'Inquisiteur g√©n√©ral Portocarrero et charg√©e de d√©finir un cadre √† ces statuts. On envisagea ainsi que les enqu√™tes ne puissent remonter au-del√† de cent ans dans le lignage, mais la mort du souverain espagnol entra√ģna, d√®s 1599, l'abandon du projet. Le ministre Olivares, soucieux d'attirer les capitaux marranes portugais, tenta lui aussi de limiter la port√©e des statuts en r√©digeant, le , un d√©cret ¬ę qui invalidait toute d√©nonciation anonyme, p√©nalisait lourdement la circulation des fameux livres Verdes ou de Becerro contenant des listes infamantes de famille ¬ę impures ¬Ľ et instituait le principe des ¬ę Trois actes positifs ¬Ľ qui sanctionnait d√©finitivement comme pure toute g√©n√©alogie ayant par trois √©t√© prouv√©e ¬Ľ[18]. Mais les r√©ticences de la soci√©t√© espagnole, le soul√®vement du Portugal en 1640 et la disgr√Ęce d'Olivares en 1643 firent que ce d√©cret ne fut pas r√©ellement appliqu√©. Comme on peut le voir avec ces deux tentatives de l√©gislation sur les statuts de puret√© de sang, l'√Čtat espagnol fut loin de favoriser syst√©matiquement leur d√©veloppement. A fortiori, il ne donna jamais aux statuts de puret√© de sang la dimension d'une loi g√©n√©rale s'imposant √† tous. Jamais la limpieza de sangre ne fit partie des lois du royaume. Elle resta toujours du domaine du priv√©, et toutes les institutions espagnoles ne l'adopt√®rent pas.

Embarquement de Morisques au port du Grao à Valence en 1609.

Quoi qu'il en soit, les pers√©cutions et les discriminations entra√ģnent des r√©voltes, notamment des Morisques, comme la r√©volte des Alpujarras entre 1568 et 1571. Les Morisques seront finalement expuls√©s entre 1609 et 1614. Cela entra√ģne des cons√©quences d√©mographiques et √©conomiques dramatiques pour la Couronne d'Aragon et plus pr√©cis√©ment pour le royaume de Valence, o√Ļ cette communaut√© √©tait la plus repr√©sent√©e, restait une composante importante de la population et constituait une grande partie de la main-d‚ÄôŇďuvre. Avant l'expulsion, il y aurait eu entre 300 000[19] et 400 000 Morisques[20] en Espagne, sur un total d'approximativement 8,5 millions d'habitants. Ils se trouvent concentr√©s dans les royaumes de la Couronne d'Aragon, o√Ļ ils repr√©sentent pr√®s de 20 % de la population ; ce chiffre s'√©l√®ve √† pr√®s de 40 % dans le pays valencien[21] - [22]. De fa√ßon g√©n√©rale, les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes sont majoritairement chr√©tiens, tandis que les Morisques occupent une grande partie des terres int√©rieures, pauvres et montagneuses, et se concentrent dans les faubourgs urbains[22] - [21]. On les trouve √©galement en nombre important dans les zones de cultures irrigu√©es autour de Gandia et X√†tiva[22]. √Ä tout cela s'ajoute un taux de croissance d√©mographique nettement sup√©rieur √† celui des chr√©tiens[21]. Les Morisques √©taient des travailleurs : leur d√©part occasionne d'importantes pertes dans la perception des imp√īts et a, dans les zones les plus affect√©es, des effets d√©vastateurs sur l'artisanat, la production de toiles, le commerce et les travaux des champs. Certaines comarques du nord de la r√©gion d'Alicante perdent presque l'int√©gralit√© de leur population. Si, tout au long du XVIe si√®cle, Valence avait √©t√© le centre le plus actif de la Couronne d'Aragon, l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifie sa ruine, en d√©truisant les fondements m√™me de son √©conomie[23] - [24] : ¬ę On dit que douze mille hommes √©taient morts, que soixante-dix lieux furent br√Ľl√©s, que les dommages pouvaient √™tre estim√©s √† 70 000 ducats ¬Ľ[25]. Les terres abandonn√©es pass√®rent aux mains de la noblesse qui pr√©tendit ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser √† court terme ses pertes suppos√©es, si bien qu'au final les nobles se trouv√®rent les plus favoris√©s[26].

Au XVIe si√®cle, l'empire des Habsbourg, dont la monarchie espagnole √©tait, avec le Saint-Empire romain germanique, l'√©l√©ment essentiel, devient la premi√®re puissance europ√©enne ainsi qu'un des premiers empires coloniaux et de port√©e mondiale qui va durer de 1516 √† 1898. En Europe, outre les Couronnes espagnoles, lors du partage de l'empire de Charles Quint en 1555-1556, Philippe II h√©rite des territoires aragonais en M√©diterran√©e (la Sardaigne, les royaumes de Sicile et de Naples), du duch√© de Milan, des Pays-Bas espagnols (jusqu'en 1581 pour la partie septentrionale qui devient ensuite ind√©pendante sous le nom de Provinces-Unies et qui correspond aux actuels Pays-Bas, jusqu'en 1713 pour les Pays-Bas m√©ridionaux qui reviennent ensuite √† l'Autriche et qui correspondent √† l'actuelle Belgique), du comt√© de Bourgogne (Franche-Comt√©, jusqu'en 1678, date de son rattachement √† la France), du Charolais (c√©d√© pour paiement d'une dette en 1684 au Grand Cond√©) et de l'Artois (jusqu'√† son rattachement √† la France en 1640). S'y ajoute le Portugal par union dynastique entre 1580 et 1640 (et donc √©galement l'Empire colonial portugais durant cette p√©riode), et le titre imp√©rial du Saint-Empire romain germanique pour Charles Quint (1519-1558). La monarchie espagnole √©tablie √©galement une v√©ritable thalassocratie, gr√Ęce √† son Armada, sur l'Atlantique et la M√©diterran√©e, incarn√©e par la victoire de L√©pante par une flotte coalis√©e emmen√©e par les Espagnols sur les Ottomans en 1571.

Conquistadors et porteurs indigènes dans le Codex Azcatitlan.

L'empire colonial, n√© essentiellement de l'exploration du Nouveau Monde √† partir de 1492, de la chute de l'Empire azt√®que sous les coups des conquistadors d'Hern√°n Cort√©s entre 1519 et 1521 puis du lancement de la conqu√™te de l'empire inca par Francisco Pizarro et Diego de Almagro en 1532, s'√©tend sur la partie occidentale de l'Am√©rique du Sud (avec les vice-royaut√©s de Nouvelle-Grenade du P√©rou, et m√™me la totalit√© de ce sous-continent durant l'union avec le Portugal qui apporte dans l'empire le Br√©sil), l'Am√©rique centrale et la moiti√© sud de l'Am√©rique du Nord actuelles (la Nouvelle-Espagne), de m√™me que les Philippines. L'Espagne acquit en partie sa puissance politique, √©conomique et militaire par un afflux consid√©rable de m√©taux pr√©cieux ou de denr√©es rares en provenance des Am√©riques et par l'acc√®s √† un stock de monnaie. Une partie de celui-ci transite via Anvers, premi√®re place financi√®re mondiale. Le port de S√©ville, puis √† partir de 1717, celui de Cadix, o√Ļ arrivent les navires du Nouveau Monde, sont parmi les plus riches d'Europe. Pour la mise en valeur des colonies, l'utilisation d'esclaves africains commence en 1510. L'Espagne pr√©sente alors la particularit√© de ne pas participer directement √† la traite, confiant, √† partir de 1519, le monopole de l'importation d'esclaves africains vers les colonies espagnoles d'Am√©rique √† des puissances √©trang√®res : ce monopole, l'Asiento, est conc√©d√© en √©change du paiement d'une redevance, et c'est d'abord le Portugal qui l'obtient puis la Hollande jusqu'√† la fin du XVIIe si√®cle. Ce n'est qu'√† partir de 1550 que la demande espagnole pour l'Am√©rique d√©colla[27]. Les esclaves √©taient alors p√™cheurs de perles √† la Nouvelle-Grenade, d√©bardeurs √† Veracruz, dans les mines d'argent de Zacatecas, dans les mines d'or du Honduras, du Venezuela et du P√©rou, vachers dans la r√©gion de La Plata. D'autres √©taient forgerons, tailleurs, charpentiers et domestiques. Les esclaves femmes servaient de femme de chambre, de ma√ģtresse, de nourrice ou de prostitu√©e. On prenait l'habitude de leur confier les t√Ęches les plus ingrates[28]. Dans le premier quart du XVIIe si√®cle, le nombre total d'esclaves d√©port√©s d'Afrique devait approcher les 200 000, dont 100 000 all√®rent au Br√©sil, plus de 75 000 en Am√©rique espagnole, 12 500 √† S√£o Tom√© (autre colonie portugaise) et quelques centaines en Europe[29].

Le monastère royal de l'Escurial, près de Madrid, construit sous Philippe II.

Plus encore, les royaumes espagnols, à partir de Charles Quint (1516-1556) puis surtout de son fils et successeur Philippe II (1556-1598), se posent en champions de la Contre-Réforme tridentine et de la lutte contre les Réformes protestantes en Europe. C'est un groupe d'étudiants essentiellement espagnols de l'université de Paris qui fondent en 1539 ce qui va devenir la Compagnie de Jésus, avec à leur tête le basque espagnol Ignace de Loyola. C'est également durant cette période que la domination politique, économique et culturelle de la Castille commence à s'installer : essentiellement basée à l'étranger durant le règne de Charles Quint ou itinérante entre les différentes capitales traditionnelles des Couronnes espagnoles, la cour royale se fixe à partir de 1561 à Madrid.

Le m√©c√©nat des Habsbourg contribue alors au d√©veloppement de la litt√©rature et des arts √† partir de la fin du XVIe si√®cle, faisant rayonner la culture espagnole (d√©sormais assimil√©e √† la culture castillane) dans l'ensemble de l'Europe, marquant le d√©but du Si√®cle d'or espagnol. L'Escurial, le grand monast√®re royal construit par Juan de Herrera sous les ordres de Philippe II, attire certains des plus grands architectes et peintres europ√©ens. Aux id√©es de l'humanisme et de la Renaissance italienne, qui ont p√©n√©tr√© dans la p√©ninsule ib√©rique depuis la fin du XVe si√®cle et l'√©poque du Si√®cle d'or valencien, s'ajoute l'esprit de la Contre-R√©forme tridentine qui contribue √† l'essor en Espagne du baroque. Diego V√©lasquez, un artiste immens√©ment respect√© de son temps et consid√©r√© comme l'un des peintres majeurs de l'histoire de l'art, cultive des liens avec Philippe IV et son premier ministre, Gaspar de Guzm√°n, comte d'Olivares, et laisse plusieurs portraits montrant l'originalit√© de son style et l'√©tendue de son talent. Le Greco, autre grand peintre espagnol de la p√©riode, incorpore des √©l√©ments venant de la Renaissance italienne dans l'art espagnol et participe √† la naissance d'un style espagnol original. Certaines des plus grandes compositions musicales espagnoles sont √©crites pendant le Si√®cle d'or. Des compositeurs comme Tom√°s Luis de Victoria, Luis de Mil√°n ou Alonso Lobo participent au d√©veloppement de la musique de la Renaissance et de styles comme le contrepoint ou la polyphonie, gardant une grande influence tout au long de la p√©riode baroque. La litt√©rature espagnole est √©galement florissante, avec notamment l'Ňďuvre monumentale de Miguel de Cervantes, l'auteur du Quichotte. Lope de Vega, l'auteur de th√©√Ętre le plus prolifique d'Espagne, √©crit sans doute plus de mille pi√®ces, dont quatre cents sont parvenues jusqu'√† nous.

Déclin (XVIIe siècle-1975)

La puissance de l'Espagne d√©clina progressivement[30] non seulement en raison des guerres co√Ľteuses qu'elle mena et des r√©voltes qui √©clat√®rent[31], mais √©galement du fait d'une √©conomie artificiellement prosp√®re due aux richesses tir√©es du Nouveau Monde.

En 1700, √† la suite de la mort sans h√©ritier m√Ęle du dernier souverain Habsbourg, le petit-fils de Louis XIV, dont la premi√®re √©pouse √©tait une infante espagnole, devint, apr√®s une longue guerre meurtri√®re, roi d'Espagne sous le nom de Felipe V/ Philippe V, et fonda la dynastie des Bourbons d'Espagne, li√©e par un pacte de famille aux rois Bourbons de France, et supprima dans le sang les autonomies politiques, judiciaires, administratives et linguistiques de la Navarre, de l'Aragon, de la Catalogne, des √ģles Bal√©ares, du Royaume de Valence, etc, par les d√©crets de la Nueva Planta[32].

En 1755, c'est le tremblement de terre de Lisbonne. Les ports de Cadix, Séville et La Corogne sont presque entièrement détruits[33]. L'Espagne perd sa flotte militaire et marchande, et surtout son aura de pays indestructible, conquérant et gendarme du monde. La conséquence économique sera dramatique, le commerce avec les Amériques se déroutant vers les ports anglais, allemands, hollandais ou flamands. Ce qui impliquera, aussi, une ingérence de ces mêmes pays dans les affaires latino-américaines.

Tres de mayo, tableau du peintre espagnol Francisco de Goya.

Au XVIIIe si√®cle, des luttes entre les pr√©tendants au tr√īne affaiblirent la couronne[34]. En 1808, Napol√©on Ier envahit l'Espagne et y place sur le tr√īne son fr√®re Joseph Bonaparte[35]. Rapidement, la r√©sistance des civils sous forme de nombreuses r√©voltes et de gu√©rilla prend de l'ampleur[36]. Celle-ci, l'intervention militaire britannique, ainsi que plusieurs autres facteurs[37] comme le red√©ploiement de 30 000 soldats fran√ßais de l'Espagne vers l'Europe de l'Est pour renforcer la Grande Arm√©e, qui se pr√©pare pour la Campagne de Russie, m√®nent au retrait de l'arm√©e fran√ßaise d'Espagne en 1814. Ce conflit est particuli√®rement sanglant et entra√ģne d'importantes pertes pour l'Espagne, qui ne put √™tre pacifi√©e durablement, encha√ģnant avec une s√©rie de guerres civiles sur fond de querelles dynastiques au sein de la famille r√©gnante des Bourbon et du d√©veloppement dans certains couches de la soci√©t√© espagnole d'une aspiration √† la d√©mocratie.

S'oppose ainsi durant tout le XIXe si√®cle un courant traditionaliste catholique, absolutiste et l√©gitimiste (le carlismo ou carlisme, ainsi nomm√© en r√©f√©rence au pr√©tendant Carlos ou Charles de Bourbon, fr√®re du roi Ferdinand VII) et un autre plus lib√©ral, parlementariste et s√©culariste (le ¬ę parti royal ¬Ľ qui soutient les souverains officiels, d'abord la reine Isabelle II de 1833 √† 1868 puis Am√©d√©e Ier de Savoie de 1870 √† 1873 et enfin, suite √† la Restauration bourbonienne de 1874, Alphonse XII suivi de son fils Alphonse XIII)[38] - [39]. Cela aboutit aux trois guerres carlistes de 1833-1840, 1846-1849 puis 1872-1876. S'y ajoutent des coups d'√Čtat militaires fr√©quents, appel√©s Pronunciamiento, l'arm√©e, elle-m√™me divis√©e id√©ologiquement, intervenant ainsi r√©guli√®rement contre le gouvernement en place pour trancher les d√©bats politiques entre absolutistes et parlementaristes, conservateurs et progressistes puis finalement monarchistes et r√©publicains[40]. La r√©volution de 1868 renverse pendant six ans la dynastie des Bourbon et offre √† l'Espagne ses premi√®res exp√©riences d√©mocratiques : c'est le Sexennat d√©mocratique (Sexenio Democr√°tico) qui voit se succ√©der une monarchie constitutionnelle (confi√©e d'abord √† la r√©gence d'un gouvernement provisoire puis au fils cadet du roi d'Italie, √©lu roi sous le nom d'Am√©d√©e Ier) de 1868 √† 1873 puis l'√©ph√©m√®re Premi√®re R√©publique (d'abord f√©d√©rale avant de devenir unitaire et pr√©sidentielle) de 1873 √† 1874. Un nouveau pronunciamiento men√© par le g√©n√©ral Arsenio Mart√≠nez Campos en entra√ģne finalement la Restauration des Bourbons au profit du fils d'Isabelle II, Alphonse XII.

Du fait de ces affaiblissements et de cette instabilit√©, l'Espagne perdit la plupart de ses colonies au XIXe si√®cle, surtout √† partir des ann√©es 1820. Les derni√®res colonies (Cuba, les Philippines, Porto Rico, Guam) se s√©par√®rent de la couronne en 1898 apr√®s la guerre hispano-am√©ricaine[41]. Quelque peu isol√©e du reste de l'Europe, l'Espagne conna√ģt une p√©riode de stagnation √©conomique et politique[42]. Toutefois, ce d√©clin doit √™tre relativis√© √©tant donn√© que l'Espagne a elle aussi eu droit √† sa part du g√Ęteau ¬ę Afrique ¬Ľ ; elle a ainsi pris possession du Sud Marocain en 1884, du Nord en 1912, sans oublier bien s√Ľr la Guin√©e √©quatoriale. De plus, la r√©volution industrielle, bien que relativement tardive et limit√©e, permet √† certaines m√©tropoles (Madrid, Barcelone, Bilbao) de gagner en population gr√Ęce √† un important exode rural provenant des r√©gions paup√©ris√©es du sud et donc de s'√©tendre. Un mouvement de planification urbaine aboutit √† l'am√©nagement de nouveaux quartiers appel√©s ensanche (¬ę extension ¬Ľ) en castillan ou eixample en catalan. L'√©verg√©tisme men√© par la bourgeoisie d'affaire contribue √©galement dans chacune de ces villes √† un renouvellement culturel, fortement influenc√© par les grands courants artistiques et litt√©raires europ√©ens du tournant du XXe si√®cle (Art nouveau puis Art d√©co) et associ√© √† la mont√©e de revendications nationalistes catalanes, basques ou galiciennes qui font revivre ces langues face √† la domination du castillan. Le modernisme catalan, tout particuli√®rement symbolis√© par l'Ňďuvre architecturale d'Antoni Gaud√≠, est ainsi repr√©sentatif de ce renouveau[43].

La Seconde République chassa la monarchie des Bourbons en 1931. Mais, après la victoire du Front populaire en 1936, les extrêmes droites (carlistes et phalangistes) organisent un soulèvement, soumettant l'Espagne, après une tragique guerre civile de 1936 à 1939, à la dictature nationale-catholique du général Franco. Celui-ci, bien qu'originellement monarchiste, décida de conserver le pouvoir. La monarchie, quoique restaurée en 1969, ne fut vraiment effective qu'après la mort de Francisco Franco en 1975.

Restauration monarchique (depuis 1975)

√Ä la mort de Franco, en 1975, la monarchie est restaur√©e et Juan Carlos Ier, le nouveau roi, r√©tablit rapidement la d√©mocratie repr√©sentative. L'adh√©sion aux Communaut√©s europ√©ennes, qui √©tait gel√©e sous la p√©riode de dictature, reprend et le pays int√®gre la Communaut√© √©conomique europ√©enne avec son voisin, le Portugal, le [44]. La nouvelle Constitution, tr√®s lib√©rale, rompt avec le centralisme tr√®s pouss√© de l'√©poque franquiste et met en place une tr√®s large d√©centralisation. De nombreux partis nationalistes locaux sont √† nouveau l√©galis√©s, en particulier dans les provinces p√©riph√©riques, o√Ļ subsistent des langues r√©gionales diff√©rentes du castillan (Galice, Pays basque, Catalogne). Certains revendiquent plus d'autonomie, d'autres parlent d'ind√©pendance (en particulier au Pays basque et en Catalogne). Le parti communiste est aussi l√©galis√©. L'ind√©pendantisme le plus radical et le plus violent est celui de l'ETA basque, organisation terroriste pr√īnant et pratiquant la lutte arm√©e, l'assassinat et le racket. Cette transition politique s'accompagne d'un important mouvement de lib√©ration des mŇďurs et de renouvellement culturel et artistique, la Movida, contribuant alors √† la modernisation et √† l'int√©gration de la soci√©t√© espagnole dans l'Europe d√©mocratique.

La r√©ussite √©conomique de l'Espagne entre 1975 et 2007 fait na√ģtre l'id√©e d'un miracle √©conomique espagnol, alt√©r√© toutefois par un taux de ch√īmage tr√®s √©lev√© par rapport au reste de l'Europe. Le pays exprime son dynamisme par l'organisation de grandes manifestations internationales, culminant en 1992 avec les Jeux olympiques d'√©t√© de Barcelone et l'Exposition universelle de S√©ville. Au milieu des ann√©es 1990, les r√©formes s'acc√©l√®rent avec le Pacte de Tol√®de, consensus de tous les partis politiques repr√©sent√©s au parlement pour garantir la viabilit√© √©conomique du syst√®me de retraite en Espagne. Mais le pays conna√ģt de graves difficult√©s √©conomiques depuis 2008, lorsqu'il appara√ģt que ce miracle a repos√© en grande partie sur le dynamisme du secteur de la construction, lui-m√™me facilit√© par la sp√©culation immobili√®re qui a multipli√© par trois la valeur des bureaux et des logements en moins de dix ans. Le mod√®le touristique espagnol, autre pilier de l'√©conomie du pays depuis la transition d√©mocratique, commence lui-aussi √† √™tre remis en question dans les r√©gions les plus touch√©es par le tourisme de masse en raison d'effets sociaux, √©conomiques et environnementaux de plus en plus per√ßus n√©gativement par certains habitants.

En 2004, le PSOE revient au pouvoir apr√®s avoir enregistr√© son meilleur score depuis 1989 avec 42,6 % des voix et en 2008 il remporte √† nouveau les √©lections avec 43,8 % des voix, augmentant encore son emprise sur la vie politique espagnole. Plusieurs r√©formes soci√©tales sont alors men√©es (l√©galisation du mariage homosexuel en 2005, lib√©ralisation renforc√©e de l'avortement en 2010). Le contraste entre les r√©gions les plus industrialis√©es et celles qui sont en retard s'est creus√© apr√®s que l'Union europ√©enne eut diminu√© ses fonds structurels europ√©ens, compte tenu de son extension √† douze nouveaux pays, l'Espagne devenant un contributeur net de fonds apr√®s avoir √©t√© longtemps un b√©n√©ficiaire net. La crise √©conomique √† partir de 2008 renforce ces d√©s√©quilibres, voit le ch√īmage augmenter fortement et s'accompagne de mesures d'aust√©rit√©, surtout apr√®s le retour au pouvoir du Parti populaire en 2011. Les importantes coupes budg√©taires dans de nombreux domaines, conjugu√©s √† l'√©clatement m√©diatique de plusieurs affaires politico-judiciaires, entra√ģnent des mouvements de contestation sociales et politiques, les plus importants restant ceux des Indign√©s (Indignados) et des ind√©pendantistes catalans. Dans ce contexte, le bipartisme est de plus en plus remis en question par l'√©mergence de nouveaux mouvements politiques critiquant les partis traditionnels (Podemos pour la gauche radicale, Ciudadanos au centre-droit, Vox √† l'extr√™me-droite), cr√©ant une certaine instabilit√© politique et rendant difficile la formation de majorit√©s parlementaires, surtout √† partir des √©lections g√©n√©rales de 2015.

Politique

Depuis 1978, l'organisation politique de l'Espagne est r√©gie par la constitution de la m√™me ann√©e qui √©tablit un r√©gime de monarchie constitutionnelle et un √Čtat social et d√©mocratique de droit et la pluralit√© des partis politiques.

Le monarque dispose de pouvoirs politiques et symboliques, d√©finis par l'article 62 de la constitution : il est le chef de l'√Čtat et des arm√©es, ratifie les lois, nomme le pr√©sident du gouvernement, peut dissoudre le Parlement sur proposition de ce dernier. Par ailleurs (art. 56), il est le repr√©sentant de l'√Čtat espagnol dans les relations internationales, notamment vis-√†-vis des liens avec le monde hispanique. L'actuel souverain est Felipe VI. Le pouvoir ex√©cutif est n√©anmoins d√©tenu par le pr√©sident du gouvernement.

Le pr√©sident du gouvernement (Presidente del Gobierno) (r√īle comparable √† celui d'un Premier ministre), est √† la t√™te de l'ex√©cutif pour une dur√©e de quatre ans renouvelable. Le pr√©sident du gouvernement est nomm√© par le roi apr√®s l'acceptation de sa candidature par le Congreso de los Diputados ; il pr√©side le Conseil des ministres. Pedro S√°nchez occupe cette fonction depuis le .

Le pouvoir législatif est dévolu aux Cortes Generales, qui constitue l'organe suprême de représentation du peuple espagnol. Il est composé d'une chambre basse, le Congrès des députés (Congreso de los Diputados), et d'une chambre haute, le Sénat (Senado). Le Congrès des députés compte 350 membres élus pour quatre ans au suffrage universel direct. Actuellement, le Sénat est constitué de 264 membres dont 208 directement élus et 56 désignés par les régions.

Le pouvoir judiciaire se compose du Conseil du Pouvoir judiciaire, organe d'administration et de supervision des juges et magistrats ainsi que du personnel exer√ßant une autorit√© juridique en Espagne ; le Tribunal supr√™me, qui chapeaute l'ordre juridique espagnol et juge en dernier appel pour les crimes et d√©lits ainsi qu'en premi√®re instance pour certains crimes ou d√©lits d'importance ; les tribunaux sup√©rieurs de Justice, qui composent les hautes juridictions autonomes, font √©galement partie de l'Ordre judiciaire espagnol et sont pour la communaut√© autonome de rattachement, l'√©quivalent du Tribunal supr√™me, ils demeurent toutefois soumis √† ce dernier et leur rendus de jugements peuvent √™tre pourvus en appel pr√®s du Tribunal supr√™me. Une sp√©cificit√© espagnole r√©side dans l'existence de l'Audience nationale, sorte de tribunal ¬ę international ¬Ľ ne jugeant que les √©trangers pour des crimes et d√©lits √† caract√®re international ou bien de th√®mes particulier pouvant impliquer soit des √Čtats tierces, soit plusieurs Communaut√©s, mais √©galement des domaines d'actualit√© comme les actes terroristes, atteintes au bien de l'√Čtat et Communaut√©s ou de ces repr√©sentants.

Le Tribunal constitutionnel n'entre pas dans l'ordre judiciaire et n'a que pour r√īle, la d√©fense de l'ordre constitutionnel et l'application de la Constitution et de v√©rification, validation ou suspension de toutes normes de l'√Čtat ou des Communaut√©s contraires √† cette derni√®re. Il est aussi juge du bon d√©roulement des √©lections et des r√©sultats.

Communautés autonomes
Habitants
(2000)
Habitants
(2005)
Andalousie7 340 0527 849 799
Aragon1 189 9091 269 027
Asturies1 076 5671 076 635
√éles Bal√©ares845 630983 131
√éles Canaries1 716 2761 968 280
Cantabrie531 159562 309
Castille-La Manche1 734 2611 894 667
Castille-et-Le√≥n2 479 1182 510 849
Catalogne6 261 9996 995 206
Communaut√© valencienne4 120 7294 692 449
Estr√©madure1 069 4201 083 879
Galice2 731 9002 762 198
Madrid5 205 4085 964 143
R√©gion de Murcie1 149 3291 335 792
Navarre543 757593 472
Pays basque2 098 5962 124 846
La Rioja264 178301 084
Villes autonomes
Ceuta75 24175 276
Melilla66 26364 488

Les élections se déroulent normalement tous les quatre ans. Les dernières élections générales eurent lieu en juin 2016.

Depuis la transition d√©mocratique, un bipartisme s'est mis en place entre le Parti socialiste ouvrier espagnol (Partido Socialista Obrero Espa√Īol) ou PSOE (centre gauche, social-d√©mocrate), au pouvoir de 1982 √† 1996 avec Felipe Gonz√°lez, de 2004 √† 2011 avec Jos√© Luis Rodr√≠guez Zapatero et depuis avec Pedro S√°nchez ; le Parti populaire (Partido Popular) ou PP (centre droit, conservateur et lib√©ral sur le plan √©conomique), au pouvoir de 1996 √† 2004 avec Jos√© Mar√≠a Aznar et de 2011 √† avec Mariano Rajoy. Une coalition de gauche, Gauche unie (Izquierda Unida) ou IU (gauche communiste, anticapitaliste et √©cosocialiste), s'est √©galement r√©guli√®rement impos√©e comme la troisi√®me force du pays depuis sa fondation en 1986.

Plusieurs partis ou coalitions autonomistes, nationalistes ou ind√©pendantistes ont pu influer sur la sc√®ne politique espagnole en raison de leur poids r√©gional : la f√©d√©ration Convergence et Union (Converg√®ncia i Uni√≥ en catalan) ou CiU (centre et centre droit catalaniste, progressiste, lib√©ral et d√©mocrate chr√©tien), au pouvoir en Catalogne de 1980 √† 2003 avec Jordi Pujol et depuis 2010 avec Artur Mas ; la Gauche r√©publicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya) ou ERC (gauche ind√©pendantiste, catalaniste, sociale-d√©mocrate et r√©publicaine), la deuxi√®me force politique de Catalogne depuis 2012 ; l'Initiative pour la Catalogne Verts (Iniciativa per Catalunya Verds en catalan) ou ICV (gauche catalaniste, f√©d√©raliste, n√©o-communiste, √©cosocialiste, anticapitaliste et r√©publicaine), ponctuellement associ√© au niveau national √† la Gauche unie ou plus r√©cemment √† Podemos ; le Parti nationaliste basque (Euzko Alderdi Jeltzalea en basque, Partido Nacionalista Vasco en espagnol) ou EAJ-PNV (centre, abertzale, f√©d√©raliste et d√©mocrate), au pouvoir au Pays basque de 1980 √† 2009 avec Carlos Garaikoetxea, Jos√© Antonio Ardanza puis Juan Jos√© Ibarretxe et depuis 2012 avec I√Īigo Urkullu ; la coalition Amaiur (gauche abertzale) fond√©e en 2011 ; le Bloc nationaliste galicien (Bloque Nacionalista Galego en galicien) ou BNG (gauche gall√©guiste, nationaliste, socialiste d√©mocratique et social-d√©mocrate), qui a particip√© au gouvernement de la Galice en alliance avec le Parti des socialistes de Galice-PSOE de 1987 √† 1990 et de 2005 √† 2009 ; la Coalition canarienne (Coalici√≥n Canaria en espagnol) ou CC (centre et centre droit, nationaliste et lib√©ral), au pouvoir aux √ģles Canaries depuis 1993 avec Manuel Hermoso, Rom√°n Rodr√≠guez Rodr√≠guez, Ad√°n Mart√≠n puis Paulino Rivero, alli√© avec le PP de 1995 √† 2005 et de 2007 √† 2010 puis avec le PSOE depuis 2011 ; la Coalition Comprom√≠s (Coalici√≥ Comprom√≠s en catalan valencien) ou tout simplement Comprom√≠s (coalition de gauche valencianiste, progressiste et √©cologiste, qui participe au gouvernement de la Communaut√© valencienne en alliance avec le PSOE depuis 2015 ; le Forum des Asturies (Foro Asturias en espagnol et Foru Asturies en asturien, centre et centre droit, autonomiste, progressiste et r√©formiste), au pouvoir dans la Principaut√© des Asturies de 2011 √† 2012 avec Francisco √Ālvarez-Cascos ; le Parti aragonais (Partido Aragon√©s en espagnol et Partito Aragon√©s en aragonais) ou PAR (centre droit, nationaliste, f√©d√©raliste et r√©gionaliste), au pouvoir en Aragon de 1987 √† 1993 avec Hip√≥lito G√≥mez de las Roces puis Emilio Eiroa et en coalition avec l'Alliance populaire devenue en 1989 le PP, puis participe au gouvernement de l'Aragon en √©tant alli√© au PP de 1995 √† 1999 puis avec le PSOE de 1999 √† 2011 ; l'Union aragonaisiste (Chunta Aragonesista en aragonais) ou CHA (gauche nationaliste, f√©d√©raliste, √©cosocialiste et sociale-d√©mocrate), ponctuellement alli√©e au plan national avec la Gauche unie ; l'Union du peuple navarrais (Uni√≥n del Pueblo Navarro en espagnol) ou UPN (centre droit r√©gionaliste, f√©d√©raliste, navarriste, conservateur, d√©mocrate chr√©tien et lib√©ral), qui √©tait affili√© nationalement au PP jusqu'en 2008, au pouvoir dans la Communaut√© forale de Navarre de 1979 √† 1980 puis en 1984 avec Jaime Ignacio del Burgo, de 1991 √† 1995 avec Juan Cruz Alli puis depuis 1996 avec Miguel Sanz puis Yolanda Barcina, en coalition avec le PSOE depuis 2011 ; le PRC (Parti R√©gionaliste de Cantabrie) autonomiste de centre-gauche et majoritaire au C.A. de Cantabrie, gouvernant en coalition avec le Parti socialiste de Cantabrie-PSC, avec le pr√©sident Miguel √Āngel Revilla, qui gouverne depuis 2003.

Depuis le déclenchement de la crise économique et sociale en 2008, des mouvements citoyens ont remis en question l'équilibre du bipartisme. Tout particulièrement, deux nouveaux mouvements politiques ont connu une ascension électorale rapide dans les années 2010 sur la base d'un discours critique à l'égard des partis traditionnels et en appelant à renouveler la façon de faire de la politique en s'appuyant sur une démocratie dite citoyenne, participative ou directe : les Ciudadanos ou C's (centre droit constitutionnaliste, antinationaliste, progressiste et social-libéral) ; le collectif Podemos, né du mouvement des Indignés (gauche radicale, populiste, eurosceptique, anticapitaliste et non violent), qui a obtenu ou soutenu, en association avec la Gauche unie et d'autres associations militantes, l'élection de Manuela Carmena et d'Ada Colau aux mairies respectivement de Madrid et de Barcelone en 2015.

L'Espagne est membre de l'OTAN[45] et de l'Union européenne[46].

Géographie

Localisation et topographie

Relief de l'Espagne.
Frontières de l'Espagne
Pays Longueur (km)
Portugal1 214
France623
Andorre65
Maroc15,9
Gibraltar1,25

Située en Europe du Sud, l'Espagne occupe la plus grande partie de la péninsule Ibérique, qu'elle partage avec le Portugal.

En dehors de la p√©ninsule, le royaume comprend aussi deux archipels (celui des √ģles Canaries dans l'oc√©an Atlantique et celui des √ģles Bal√©ares dans la mer M√©diterran√©e), deux villes (Ceuta et Melilla) et quelques √ģles et √ģlots au nord du Maroc, comme les √éles Zaffarines, Pe√Ī√≥n de Alhucemas, Pe√Ī√≥n de V√©lez de la Gomera ou l'√ģlot Persil. Par ailleurs, l'Espagne revendique la souverainet√© sur le rocher de Gibraltar.

L'√ģlot d'Albor√°n, dans la mer du m√™me nom, appartient √©galement √† l'Espagne.

L'Espagne est le quatrième plus grand pays d'Europe, après la Russie, l'Ukraine et la France, et le deuxième de l'Union européenne.

Les limites physiques de l'Espagne sont les suivantes : au nord-est les Pyrénées, qui constituent une frontière naturelle avec la France et Andorre ; à l'est-nord-est la mer des Baléares ; au sud-est la mer Méditerranée ; au sud la mer d'Alboran ; au sud-sud-ouest le détroit de Gibraltar, qui la sépare de l'Afrique (Maroc) ; à l'ouest le Portugal et l'océan Atlantique ; enfin le golfe de Gascogne au nord-nord-ouest.

Les principaux systèmes montagneux sont les Pyrénées, le système ibérique, la cordillère Cantabrique, le système central et les cordillères Bétiques.

Plusieurs fleuves traversent l'Espagne dont le Duero, l'√ąbre, le Tage, le Guadalquivir, le Guadiana, le J√ļcar et le Segura ; son relief en nombreux plateaux lui donne beaucoup de fleuves c√ītiers dont la Bidassoa.

Climat

Il existe trois grandes zones climatiques[47] :

  • le climat m√©diterran√©en : caract√©ris√© par un √©t√© sec et chaud. Selon la classification de K√∂ppen, il est dominant dans la p√©ninsule, avec deux grandes nuances : le climat m√©diterran√©en type (climat Csa), pr√©sent dans la partie sud et dans le nord-ouest du pays, avec des √©t√©s moins caniculaires du fait de la proximit√© de l'oc√©an ou de l'altitude (climat Csb) ;
  • le climat semi-aride (Bsk) : il est localis√© dans un quart sud-est du pays (notamment dans la r√©gion de Murcie) mais aussi autour de Valladolid. Contrairement au climat m√©diterran√©en, la saison s√®che s'√©tend au-del√† de l'√©t√© ;
  • le climat oc√©anique : temp√©ratures d'hiver et d'√©t√© pond√©r√©es par l'oc√©an et √©pisodes de s√©cheresse moins accentu√©s et moins r√©guliers que dans le reste de la p√©ninsule (√©pisodes pluvieux en automne et en hiver). Le climat oc√©anique-type est quasi absent d'Espagne. Dans certains secteurs d'altitude en Galice et sur les c√ītes asturiennes et basques, on a essentiellement la nuance aquitaine, qui diff√®re du climat oc√©anique type par les chaleurs d'√©t√© plus importantes et plus orageuses que dans le nord-ouest de l'Europe ‚ÄĒ temp√©rature moyenne de juillet de 21 ¬įC √† Santander contre 16 ¬įC √† Brest ou √† Liverpool.

Mis à part certains secteurs humides de montagne, les précipitations sont faibles et le manque d'eau est un problème dans une grande partie de l'Espagne. Les incendies de forêts sont un problème pour toutes les forêts de la péninsule[48].

Le , l'AEMET annonce que 2022 fut l'ann√©e la plus chaude enregistr√©e dans le pays depuis 1916, avec une moyenne annuelle de 15,5¬į C. Depuis 2011, la moyenne annuelle de 14,5¬į C a √©t√© d√©pass√©e cinq fois. En plus de 2022, les deux autres ann√©es les plus chaudes enregistr√©es au XXIe si√®cle sont 2017 et 2020[49].

Environnement

Un rapport de Greenpeace paru en 2015 d√©plore le fait que les affaires de corruption ¬ę se comptent par centaines et laissent derri√®re elles des espaces naturels couverts de ciment (en raison des constructions), des sols contamin√©s par les d√©chets dangereux qui y sont entrepos√©s ¬Ľ, ajoutant que ¬ę les responsables politiques gouvernent au profit des entreprises ¬Ľ[50].

Le jour du dépassement (date de l'année, calculée par l'ONG Global Footprint Network, à partir de laquelle l'humanité est supposée avoir consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an) de l'Espagne[Note 1] est le 28 mai[51]. Les familles espagnoles aisées émettent en moyenne plus de deux fois plus de dioxyde de carbone que les familles modestes[52].

Une grande partie du pays est menac√©e par la d√©sertification en raison de certaines pratiques de l'agriculture intensive et du r√©chauffement climatique. Environ 20 % des sols d'Espagne sont d√©j√† d√©grad√©s, h√©ritage des si√®cles pass√©s, dont principalement la d√©forestation. En d√©cembre 2019, le conseiller sp√©cial pour l'action climatique du Haut Commissariat des Nations unies, Andrew Harper, a averti que la d√©sertification rendrait non viables des localit√©s espagnoles enti√®res, for√ßant leur r√©sidents √† chercher un nouveau lieu o√Ļ vivre[53].

Démographie

Distribution de la population espagnole en 2005.

L'Espagne comptait 40 499 799 habitants au et 45 116 000 habitants au . En 2014, 46 464 053 personnes peuplent l'Espagne[54]. La densit√© de population, de 87,41 hab./km2, est inf√©rieure √† celle de la majorit√© des autres pays de l'Europe de l'Ouest et sa distribution √† travers le territoire national est tr√®s irr√©guli√®re. Les aires plus dens√©ment peupl√©es se concentrent sur la c√īte et aux alentours de Madrid, tandis que le reste de l'int√©rieur se trouve tr√®s faiblement occup√©.

La population espagnole a augment√© fortement depuis la fin des ann√©es 1980 gr√Ęce √† l'arriv√©e de plus de trois millions d'immigrants. Entre 2000 et 2005, l'Espagne a connu le plus grand taux d'immigration du monde, en provenance principalement d'Am√©rique latine, d'Europe de l'Est et du Maroc. Entre 2001 et 2006, le pays a accueilli une moyenne de 600 000 personnes par an[55]. En 2006, cinq millions de personnes, soit 11 % de la population espagnole, √©taient de nationalit√© √©trang√®re[55].

Langues
Langues d'Espagne, (fr)

L'espagnol ou castillan est langue officielle dans toute l'Espagne. Les autres langues du pays sont officielles, mais seulement dans leurs régions respectives : c'est le cas du basque au Pays basque et en Navarre, du catalan en Catalogne, aux Îles Baléares et dans la Communauté valencienne, du galicien en Galice, et de l'occitan aranais en Catalogne.

La constitution espagnole évoque de manière globale la question des langues à l'article 3, mais les modalités exactes varient entre chaque région selon son statut d'autonomie.

Administration territoriale de l'Espagne

Carte des provinces d'Espagne, avec sa subdivision territoriale en communautés autonomes et provinces, situant les différentes capitales provinciales.

L'Espagne comporte un √Čtat central et trois niveaux d'administration locale :

Principales agglomérations

Cuatro Torres Business Area, centre d'affaires de Madrid.

En 2007, les agglomérations les plus peuplées sont :

  1. Madrid : 5 900 000 habitants
  2. Barcelone : 4 856 579
  3. Valence : 1 764 970
  4. S√©ville : 1 417 098
  5. Malaga : 1 104 074
  6. Bilbao : 946 000
  7. Asturies : 910 199 (Gij√≥n 380 000, Oviedo 220 000, Avil√©s 85 000, Mieres et Langreo)
  8. Alicante-Elche : 741 215 (Alicante 340 000, Elche 290 000)
  9. Baie de Cadix : 688 076 (Cadix 125 000, Jerez 210 000)
  10. Saragosse : 683 763
  11. Las Palmas de Grande Canarie : 656 903
  12. Murcie : 633 272

√Čconomie

Grand H√ītel Bali, Benidorm, 52 niveaux sur le sol.

Rest√©e longtemps un pays agricole, l'Espagne a connu d'importantes mutations socio-√©conomiques dans le dernier quart du XXe si√®cle. Elle poss√®de aujourd'hui une √©conomie diversifi√©e, gr√Ęce notamment √† la croissance rapide de l'industrie depuis les ann√©es 1950 et √† l'essor du tourisme. Entre 1995 et 2001, les emplois industriels ont augment√© de 38 %. En 2022, l'Espagne est class√©e en 29e position pour l'indice mondial de l'innovation[56].

À partir de 1964, une série de plans de développement ont contribué à l'expansion économique du pays. Les développements des industries métallurgiques, automobiles et textiles, de la construction navale et de l'extraction minière ont été privilégiés. L'Espagne est devenue en moins de vingt ans une grande puissance industrielle, immobilière et agricole. Le tourisme est aussi très important, représentant 5 % du produit intérieur brut. Le pays reste toutefois dépendant du BTP et de la construction de logements, dont la production représente plus de 12 % du PIB.

L'√Čtat-providence est peu d√©velopp√© en Espagne[57] : le pays poss√®de un taux de pr√©l√®vements obligatoires tr√®s bas (37 % du PIB) et les d√©penses sociales parmi les plus faibles de la zone euro (20,3 % du PIB)[57]. En 2017, l'Espagne compte deux fois plus de ¬ę supers riches ¬Ľ qu'avant la crise de 2008. La concentration des richesses y est donc plus forte qu'en France ou en Europe du Nord.

L'Espagne a connu une grave crise en 2008, en lien avec la crise √©conomique mondiale. Celle-ci a d'abord commenc√© avec une crise de la construction[58] due √† l'effondrement des prix, puis la crise √©conomique mondiale de 2008 a encore aggrav√© la situation. Cette crise s'est caract√©ris√©e par une tr√®s forte mont√©e du ch√īmage, qui touchait plus de 26 % de la population active au deuxi√®me trimestre 2012, contre environ 8 % un an auparavant. En 2016, le taux de ch√īmage espagnol est le plus √©lev√© de l'Union europ√©enne apr√®s celui de la Gr√®ce, bien qu'il ait baiss√©[59]. Les jeunes (16-24 ans) sont les plus affect√©s, avec un pic de 55,9 % en ao√Ľt 2013 et une moyenne de 40 % de ch√īmage en 2020[60]. La pr√©carisation de l'emploi (contrats temporaires, facilit√©s de licenciement‚Ķ) en est une autre caract√©ristique[61]. Cette crise cr√©e une fracture sociale en Espagne qui s'est propag√©e dans le reste du monde avec entre autres le mouvement des Indign√©s.

Les in√©galit√©s connaissent une forte augmentation. Selon le Rapporteur sp√©cial de l'ONU sur l'extr√™me pauvret√© : ¬ę il y a deux Espagnes tr√®s diff√©rentes [‚Ķ]. De 2007 √† 2017, les revenus des 1 % les plus riches ont augment√© de 24 % tandis que ceux de 90 % des Espagnols ont cr√Ľ de moins de 2 % ¬Ľ[62].

Pauvreté

Selon l'UNICEF, l'Espagne est l'un des pays d√©velopp√©s o√Ļ la pauvret√© infantile est la plus √©lev√©e. En 2017, plus de 1 400 000 enfants vivent dans un √©tat de grande pauvret√©[63]. En 2018, l'Institut national des statistiques (INE) indique que 21,6 % de la population espagnole vit dans la pauvret√©[64] Les r√©gions les plus affect√©es par la pauvret√© sont l'Estr√©madure (38,9 %), l'Andalousie (31 %) et les √ģles Canaries (30,5 %). Toujours d'apr√®s cette √©tude, les m√©nages pauvres sont contraints de consacrer pr√®s de 40 % de leur revenu au logement[65].

La commission de l'Organisation des Nations unies sur la pauvret√© et les droits de l'homme indique dans son rapport consacr√© √† l'Espagne que 26,1 % de la population (et m√™me 29,5 % pour les enfants) vivent dans la pauvret√© en 2019. Le rapport rel√®ve √©galement la ¬ę quasi inexistence ¬Ľ de logements sociaux √† bas prix, le manque de services publics pour les personnes vivant dans la pauvret√© en milieu rural, et la pr√©carit√© dans laquelle vivent des centaines de milliers de personnes disposant pourtant d'un emploi[62].

Philip Alston, le rapporteur sp√©cial de la commission, a d√©clar√© avoir vu des zones que ¬ę de nombreux Espagnols ne reconna√ģtraient pas comme faisant partie de leur pays ¬Ľ, tels qu'un bidonville aux ¬ę conditions bien pires qu'un camp de r√©fugi√©s ¬Ľ, des quartiers pauvres ¬ę o√Ļ les familles √©l√®vent leurs enfants avec un manque de services publics, de cliniques, de centres d'emploi, de s√©curit√©, de routes goudronn√©es et m√™me d'√©lectricit√© ¬Ľ. Selon lui, la reprise √©conomique du pays a profit√© essentiellement aux plus riches et la persistance d'un tel niveau de pauvret√© dans un pays d√©velopp√© semble √™tre le r√©sultat d'un choix politique[62].

Agriculture

Les vestiges de l'absolutisme sont persistants dans l'agriculture. Le roi, l'√Čglise et les d√©tenteurs de titres de noblesse demeurent les principaux propri√©taires terriens du pays, et √† ce titre b√©n√©ficient des aides europ√©ennes au d√©veloppement des r√©gions (1,85 million d'euros de subvention en 2003 pour la duchesse d'Albe)[66].

Les conditions de travail des travailleurs immigrés sont souvent déplorables : rémunération inférieure au salaire minimum et heures supplémentaires pas toujours payées, manque de protections sanitaires, logements surpeuplés, etc[67].

Tourisme

La situation géographique de l'Espagne, son littoral, ses paysages diversifiés, son héritage historique, sa culture vibrante et ses excellentes infrastructures ont fait de l'industrie touristique internationale du pays l'un des plus importants au monde. Au cours des cinq dernières décennies, le tourisme international en Espagne est devenu le deuxième marché mondial en termes de dépenses, représentant environ 40 milliards d'euros, soit environ 5 % du PIB en 2006[68] - [69]. Le siège de l'Organisation mondiale du tourisme est situé à Madrid[70].

En 2017, l'Espagne était le deuxième pays le plus visité au monde, avec 82 millions de touristes, ce qui représente une cinquième année consécutive de chiffres record[71]. Après la pandémie de Covid-19, l'Espagne retrouve une haute fréquentation touristique, avec un PIB touristique de 159 milliards d'euros en 2022, qui pèse alors 12,2% du PIB espagnol[72].

Castille-et-León est le leader espagnol du tourisme rural lié à son patrimoine environnemental et architectural.

Culture

Environ 70 % des Espagnols se disent catholiques et 25 % sans religion. Cependant, seules 13 % des personnes se d√©clarant catholiques se reconnaissent comme pratiquants r√©guliers, tandis que le nombre de mariages religieux et de bapt√™mes baisse d'ann√©e en ann√©e. L‚Äô√Čglise espagnole d√©tient plus de 110 000 biens immobiliers et est exempt√©e de l‚Äôimp√īt foncier, ce qui repr√©senterait une perte annuelle de 2,5 milliards d‚Äôeuros pour l‚Äô√Čtat. Ce privil√®ge est contest√© par 80 % de la population selon un sondage publi√© en 2012 dans le quotidien El Pais[73].

L‚Äô√Čglise exerce une influence politique qui parait d'apr√®s ses opposants ¬ę d√©mesur√©e par rapport √† son poids culturel et sociologique actuel ¬Ľ[73]. En 2013, au moins quatre ministres (Affaires ext√©rieures, D√©fense, Int√©rieur, Sant√©) appartiennent ou sont proches de l‚ÄôOpus Dei ou de la L√©gion du Christ[73]. Le Parti Populaire (PP) s'est constamment oppos√© √† l'abolition ou √† la r√©vision des privil√®ges √©conomiques dont l‚Äô√Čglise b√©n√©ficie et entend conforter la place de l‚Äô√Čglise au sein des institutions publiques. Le ministre de l‚Äô√Čducation, Jos√© Ignacio Wert, d√©fend notamment en 2013 une proposition de loi qui redonnerait aux cours de religion un caract√®re obligatoire qu‚Äôils avaient perdu sous le mandat de Jos√© Luis Rodr√≠guez Zapatero (PSOE). Il propose √©galement d‚Äôaccorder des subventions suppl√©mentaires aux √©coles priv√©es pr√īnant la non-mixit√©. Le Concordat pass√© en 1978 entre l‚Äô√Čtat espagnol et le Vatican reconnait √† l‚Äô√Čglise espagnole le droit de nommer les professeurs de religion, qui sont r√©mun√©r√©s par l‚Äô√Čtat[73].

Parmi les éléments les plus connus de la culture populaire espagnole, on peut citer, notamment, le flamenco, typique du sud du pays et plus particulièrement de l'Andalousie, et une pratique parfois controversée, la tauromachie.

Le fran√ßais fut pendant une longue p√©riode la premi√®re langue √©trang√®re d'Espagne[74]. D'apr√®s une √©tude d'Eurostat de 2013, l'anglais est la langue √©trang√®re la plus ma√ģtris√©e par les Espagnols, le fran√ßais √©tant en deuxi√®me position[75].

Fêtes et jours fériés
DateNom françaisNom localRemarque
1er janvierJour de l'anA√Īo NuevoF√™te de la nouvelle ann√©e
6 janvier√ČpiphanieEpifan√≠aF√™te des Rois mages
19 marsSaint JosephSan Jos√©Sauf en Andalousie, √ģles Bal√©ares, √ģles Canaries, Communaut√© valencienne, Catalogne et La Rioja
Jeudi saintJueves SantoSauf en Catalogne et dans la Communauté valencienne
Vendredi saintViernes Santo
1er maiFête du TravailDía del Trabajo
2 maiDeux maiDos de mayoSoulèvement contre l'occupation française à Madrid (ne se fête qu'à Madrid)
25 juilletJacques le MajeurSantiago ApóstolSauf en Andalousie, Aragon, Catalogne, Ceuta, Melilla et Navarre.
15 ao√ĽtAssomption de MarieAsunci√≥n
12 octobreJour de l'hispanitéDía de la HispanidadFête nationale
1er novembreToussaintDía de Todos los Santos
6 décembreJour de la ConstitutionDía de la Constitución
8 décembreImmaculée ConceptionInmaculada Concepción
25 d√©cembreNo√ęlNavidad

La langue officielle de l'Espagne est le castillan. Cependant, cette langue n'est pas la seule qui soit usit√©e, certaines communaut√©s autonomes ont leur propre langue officielle √† c√īt√© de l'espagnol ; en voici la liste :

√Čducation

Le système éducatif espagnol se caractérise par deux spécificités majeures : sa forte décentralisation, due à l'organisation administrative du pays, et la part importante de l'enseignement privé confessionnel.

Près de 29 % des élèves espagnols redoublent une classe au cours de leur scolarité, l'un des taux les plus élevés parmi les pays de l'OCDE. Une étude de l'ONG Save the Children relève que les élèves issus d'un milieu social défavorisé sont quatre fois plus exposés au redoublement que les élèves issus d'un milieu privilégié[76].

Santé

La santé publique est une compétence des gouvernements régionaux[77].

Le syst√®me de sant√© publique espagnol traverse une crise profonde depuis plusieurs ann√©es, √©tant durement atteint par les coupes budg√©taires au profit d‚Äôune sant√© priv√©e qui tend √† se d√©velopper pour les classes moyennes √©lev√©es. Le manque de personnel est de plus en plus criant : on d√©nombre, en 2023, une infirmi√®re pour 2 500 habitants, contre une pour 1 000 dans le reste de l‚ÄôEurope[77].

Depuis le début des années 2000, le système de santé publique est progressivement privatisé[77].

Sport

Le sport en Espagne a été dominé par le football dans la seconde moitié du XXe siècle. Les autres activités sportives populaires sont la pelote basque, le basket-ball, le tennis, le padel (un dérivé du tennis), le cyclisme, le handball, la course de motos, la Formule 1, la natation, le golf et le ski. L'Espagne a aussi organisé de nombreux événements internationaux comme les Jeux olympiques d'été de 1992 à Barcelone et la Coupe du monde de football 1982.

Codes

L'Espagne a pour codes :

Notes et références

Note

  1. Le jour du d√©passement calcul√© par pays est le jour o√Ļ le d√©passement mondial se produirait si toute la population mondiale consommait comme la population du pays en question

Références

  1. La forme longue est employée, entre autres, dans les traités et accords internationaux. Exemple - BOE no 86, 8 avril 2009 [PDF].
  2. Dans les autres langues officielles, mais que de manière régionale, le nom du pays est
  3. Outre le castillan (ou espagnol), certaines langues sont coofficielles dans leur communauté autonome ; à savoir : le catalan en Catalogne, aux Baléares et dans la Communauté valencienne, le basque, au Pays basque et dans le quart septentrional de la Navarre, galicien en Galice. L'aranais (dialecte de l'occitan parlé dans la val d'Aran) est coofficiel en Catalogne avec le catalan et le castillan.
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  21. Voir les cartes démographiques dans Fernand Braudel, op. cit., tome II, p. 508-509.
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Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

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