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Joseph Bonaparte

Joseph Bonaparte, nĂ© le Ă  Corte, pendant la pĂ©riode d'indĂ©pendance de la RĂ©publique corse, et mort le Ă  Florence, dans le grand-duchĂ© de Toscane, est un homme d'État français et le frĂšre aĂźnĂ© de l'empereur NapolĂ©on Ier. Sa carriĂšre politique, diplomatique et militaire est intimement liĂ©e Ă  celle de son frĂšre NapolĂ©on.

Joseph-Napoléon Ier
Illustration.
Portrait de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, par François Gérard.
Titre
Roi d'Espagne
José I
–
(5 ans, 7 mois et 5 jours)
Prédécesseur Ferdinand VII
Successeur Ferdinand VII
Roi de Naples
Giuseppe I
–
(2 ans, 3 mois et 5 jours)
Prédécesseur Ferdinand Ier
Successeur Joachim Napoléon Ier
Grand Ă©lecteur de l'Empire
–
(2 mois et 30 jours)
Monarque Napoléon Ier
Gouvernement Premier Empire (Cent-Jours)
–
(9 ans, 2 mois et 5 jours)
Monarque Napoléon Ier
Gouvernement Premier Empire
Héritier du trÎne impérial français
–
(15 jours)
Prédécesseur Napoléon François Joseph Charles Bonaparte
Successeur JĂ©rĂŽme Bonaparte
–
(6 ans, 10 mois et 2 jours)
Prédécesseur Aucun
Successeur Napoléon François Joseph Charles Bonaparte
Biographie
Dynastie Maison Bonaparte
Nom de naissance Joseph Nabulion Bonaparte
Date de naissance
Lieu de naissance Corte (Corse)
Date de dĂ©cĂšs (Ă  76 ans)
Lieu de décÚs Florence (Toscane)
SĂ©pulture Invalides
PĂšre Charles Bonaparte
MĂšre Maria Letizia Ramolino
Conjoint Julie Clary
Enfants ZĂ©naĂŻde Bonaparte
Charlotte Bonaparte
HĂ©ritier ZĂ©naĂŻde Bonaparte (Espagne)
Lucien Bonaparte (Naples)

Signature de Joseph-Napoléon Ier

Joseph Bonaparte Joseph Bonaparte
Rois de Naples
Monarques d'Espagne
Héritiers du trÎne impérial français

AprĂšs une enfance passĂ©e dans la maison familiale des Bonaparte Ă  Ajaccio, il est Ă©lĂšve au collĂšge d'Autun pendant cinq annĂ©es. À l'issue de brillantes Ă©tudes au sein de cet Ă©tablissement, Joseph Bonaparte refuse d'embrasser la carriĂšre ecclĂ©siastique, contre l'avis de sa famille. DiplĂŽmĂ© en droit Ă  l'universitĂ© de Pise en 1788, il s'installe comme avocat Ă  Ajaccio peu avant le dĂ©but de la RĂ©volution française. C'est Ă  partir de cette pĂ©riode qu'il occupe des fonctions de plus en plus importantes. PrĂ©sident du district d'Ajaccio puis membre du directoire du Conseil gĂ©nĂ©ral de la Corse, il est nommĂ© commissaire des guerres en 1793. La promotion de son frĂšre comme gĂ©nĂ©ral de division en 1795 accĂ©lĂšre son ascension Ă  l'instar de celle de sa famille. Élu dĂ©putĂ© du Liamone au Conseil des Cinq-Cents en 1797, Joseph Bonaparte est nommĂ© ambassadeur auprĂšs du duc de Parme, puis Ă  Rome auprĂšs du pape Pie VI la mĂȘme annĂ©e.

Sous le Consulat, il est d'abord nommĂ© membre du Conseil d'État et du Corps lĂ©gislatif en tant que dĂ©putĂ© du Golo, puis chargĂ© de plusieurs missions diplomatiques d'importance majeure : c'est notamment lui qui nĂ©gocie le traitĂ© de Mortefontaine avec les États-Unis, celui de LunĂ©ville avec l'Autriche et la paix d'Amiens avec le Royaume-Uni, tout en prenant part aux discussions qui aboutissent Ă  la signature du concordat.

Grand électeur et prince français aprÚs l'avÚnement de l'Empire le , Joseph Bonaparte assure la responsabilité du gouvernement pendant les campagnes militaires de son frÚre. Roi de Naples de 1806 à 1808, puis d'Espagne de 1808 à 1813, il est un personnage important du dispositif que met en place Napoléon pour asseoir la souveraineté de la France sur l'Europe continentale. Son second rÚgne, qui s'achÚve par une défaite cinglante des armées napoléoniennes qu'il dirige à la bataille de Vitoria, est marqué par une guerre incessante qui fait de lui « el rey intruso », un roi intrus incapable de gouverner en raison de l'éclatement du pays et de la mainmise de Napoléon sur sa politique.

NommĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral de l'empereur lors de la campagne de France en 1814, il ne peut empĂȘcher la capitulation de Paris devant les troupes coalisĂ©es. ExilĂ© en Suisse, au chĂąteau de Prangins, il est rĂ©tabli dans toutes ses fonctions pendant la pĂ©riode des Cent-Jours, mais finalement contraint Ă  un nouvel exil aprĂšs l'abdication de son frĂšre, cette fois aux États-Unis. ÉcartĂ© de la politique, il fait prospĂ©rer ses affaires en AmĂ©rique, mais cherche de nouveau Ă  jouer un rĂŽle important en faveur de son pays. En 1832, aprĂšs la mort de son neveu NapolĂ©on II, il devient le premier hĂ©ritier du trĂŽne impĂ©rial et retourne en Europe. Établi Ă  Londres, il tente de faire valoir les intĂ©rĂȘts de sa famille et de convaincre, en vain, les responsables politiques et le peuple français de rĂ©tablir l'Empire. AprĂšs un autre sĂ©jour aux États-Unis entre 1835 et 1839, il revient une nouvelle fois en Europe Ă  la mort de sa troisiĂšme fille, Charlotte et s'installe Ă  Florence oĂč il meurt quelques annĂ©es plus tard en 1844.

Homme cultivĂ©, littĂ©raire, sĂ©ducteur et raffinĂ©, Joseph Bonaparte souffre de la comparaison avec son frĂšre sur le plan politique. Les historiens, comme la plupart de ses contemporains, ne lui attribuent que peu de qualitĂ©s, tout en soulignant son incompĂ©tence militaire. RĂ©volutionnaire libĂ©ral, partisan des gouvernements Ă©quilibrĂ©s, il apparaĂźt comme un modĂ©rĂ© face Ă  la fougue et Ă  l'autoritarisme de NapolĂ©on. S'il combat souvent les projets de l'empereur, Joseph Bonaparte se rĂ©sout toujours Ă  soutenir celui dont il a probablement Ă©tĂ© « le plus proche et peut-ĂȘtre l'unique ami ».

Biographie

Naissance et jeunes années

Photographie d'un immeuble ancien Ă  plusieurs Ă©tages.
La maison natale de Joseph Bonaparte Ă  Corte.

Joseph Nabulion[a 1] Bonaparte naĂźt le Ă  Corte, dans la maison de Giovan Tomaso Arrighi, conseiller d'État du gouvernement de Pascal Paoli[a 2]. Il est le premier enfant viable de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino[Note 1], installĂ©s Ă  Corte aprĂšs leur dĂ©part d'Ajaccio au dĂ©but de l' pour que Charles Ă©tudie dans la nouvelle universitĂ© dirigĂ©e par le pĂšre Francesco Antonio Mariani[a 3]. Joseph Bonaparte est baptisĂ© le lendemain de sa naissance dans l'Ă©glise de l'Annonciation par l'abbĂ© François Antoine Gaffori, en prĂ©sence de Giovan Tomaso Arrighi et de sa femme Maria Biadelli, choisis pour parrain et marraine[a 1].

Quelques jours aprĂšs la naissance de Joseph, la famille Bonaparte quitte la maison Arrighi pour s'installer Ă  quelques mĂštres de lĂ , dans la maison de l'ancien mĂ©decin et gĂ©nĂ©ral Jean-Pierre Gaffory, assassinĂ© en 1753. AprĂšs la signature du traitĂ© de Versailles le , par lequel la rĂ©publique de GĂȘnes cĂšde Ă  la France l'exercice de la souverainetĂ© sur la Corse, Charles Bonaparte s'engage auprĂšs de Pascal Paoli pour dĂ©fendre l'indĂ©pendance de l'Ăźle. Il refuse pourtant de suivre ce dernier dans son exil en Angleterre aprĂšs la dĂ©faite de Ponte-Novo en [a 4]. DĂšs lors, Charles Bonaparte se tient Ă  l'Ă©cart du dĂ©bat politique et la famille rentre Ă  Ajaccio. Il se rend Ă  Pise Ă  la fin du mois de pour y obtenir un diplĂŽme en droit civil et droit canon puis s'installe comme avocat Ă  son retour en Corse. Il prend dĂ©finitivement le parti de la France et se lie d'amitiĂ© avec le gouverneur Charles Louis de Marbeuf qui lui permet, de mĂȘme que son oncle Lucien Bonaparte, de se faire une place dans la bonne sociĂ©tĂ© corse[a 5].

C'est dans ce contexte que grandissent Joseph et son jeune frĂšre NapolĂ©on, nĂ© le [a 6]. Les deux garçons, insĂ©parables dans leur enfance, reçoivent une Ă©ducation assez stricte et sont directement placĂ©s sous l'autoritĂ© de Letizia car leur pĂšre est peu prĂ©sent. À cette Ă©poque, Joseph et NapolĂ©on frĂ©quentent rĂ©guliĂšrement leur oncle Joseph Fesch, de cinq ans l'aĂźnĂ© de Joseph, et leur cousin Charles AndrĂ© Pozzo di Borgo, quatre ans plus ĂągĂ©[a 7]. Sur le plan scolaire, Joseph Bonaparte prĂ©sente un goĂ»t prononcĂ© pour la littĂ©rature. Il est notamment instruit par son pĂšre, qui souhaite que ses fils bĂ©nĂ©ficient d'une Ă©ducation digne du rang qu'il ambitionne pour eux, ainsi que par son grand-oncle Lucien. Joseph et NapolĂ©on sont Ă©galement inscrits au cours de l'abbĂ© Jean-Baptiste Recco[d 1] - [a 8].

Formation du collÚge d'Autun à l'université de Pise

Portait peint en plan taille d'un homme en tenue de courtisan.
Charles Bonaparte, le pĂšre de Joseph.

Contrairement Ă  la tradition qui veut alors que l'aĂźnĂ© de la famille soit dirigĂ© vers la carriĂšre militaire, Charles Bonaparte choisit de destiner Joseph Ă  la prĂȘtrise[a 9]. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1779, Joseph et NapolĂ©on entrent au collĂšge d'Autun[Note 2] et sont confiĂ©s Ă  l'abbĂ© François Chardon, sous la protection de l'Ă©vĂȘque d'Autun Yves Alexandre de Marbeuf, neveu du gouverneur de Corse[1]. Si NapolĂ©on quitte l'Ă©tablissement moins de quatre mois plus tard pour rejoindre l'Ă©cole de Brienne, l'aĂźnĂ© y Ă©tudie pendant cinq ans. Il y obtient d'excellents rĂ©sultats, bien que laissant apparaĂźtre un faible goĂ»t pour l'effort. Tout au long de sa scolaritĂ©, Joseph Bonaparte reçoit de nombreux prix. PassionnĂ© de littĂ©rature, notamment par les Ɠuvres des poĂštes Ă©piques, de FĂ©nelon ou de Saint-Lambert, il participe Ă  des reprĂ©sentations thĂ©Ăątrales comme lors de la remise des prix de 1782 oĂč il interprĂšte le rĂŽle principal dans la mise en scĂšne de la comĂ©die Les FĂącheux de MoliĂšre[a 10] - [2].

Photographie d'un bĂątiment scolaire.
Le collĂšge d'Autun accueille trois des frĂšres Bonaparte.

À Autun, Joseph Bonaparte tisse un deuxiĂšme rĂ©seau aprĂšs celui de ses amis corses. Outre ses diffĂ©rents maĂźtres, qu'il fera rĂ©compenser sous l'Empire comme le futur Ă©vĂȘque Claude Simon, il y rencontre notamment son futur aide de camp AimĂ© Lucotte, le futur prĂ©fet et gouverneur de province espagnole Hugues Nardon, le futur gĂ©nĂ©ral Louis Gareau, le futur diplomate Ferdinand Guillemardet ou encore le futur rĂ©gent de la Banque de France Jean-Baptiste Jame[a 11].

Ses Ă©tudes au collĂšge terminĂ©es en 1783, Joseph Bonaparte dĂ©sobĂ©it Ă  sa famille en renonçant Ă  la carriĂšre ecclĂ©siastique. En dĂ©pit des vives critiques de son pĂšre et de son frĂšre cadet, NapolĂ©on, il persiste dans sa rĂ©solution et rentre Ă  Ajaccio Ă  la fin du mois d'[a 12]. Contre l'avis de son pĂšre, qui souhaite le voir devenir comme lui avocat, Joseph envisage finalement une carriĂšre militaire. Comme NapolĂ©on, il est acceptĂ© Ă  l'Ă©cole de Brienne oĂč Charles choisit de le conduire lui-mĂȘme. Les deux hommes quittent la Corse Ă  la fin de l'annĂ©e 1784, mais se rendent d'abord Ă  Montpellier oĂč se trouve un collĂšge de mĂ©decins renommĂ©s. Depuis de longs mois, Charles Bonaparte est en effet frappĂ© par un mal qui le ronge et lui procure de sĂ©vĂšres maux d'estomac. Il y meurt le . Dans les derniers jours de sa vie, il fait promettre Ă  Joseph de renoncer Ă  la carriĂšre des armes et de rentrer en Corse pour veiller sur sa famille[a 13].

Pour autant, Joseph Bonaparte ne devient pas immĂ©diatement chef de famille Ă  la mort de son pĂšre. C'est d'abord Ă  son grand-oncle, l'archidiacre Lucien Bonaparte, que revient la charge de Letizia et la tutelle de ses enfants[Note 3] - [a 14]. Avant de revenir en Corse, Joseph sĂ©journe quelque temps en Provence dans des familles de notables, avec lesquelles il noue de nouvelles amitiĂ©s, comme celle de Joachim-Jean-Xavier d'Isoard[a 15]. Sans ĂȘtre dĂ©munie, la situation financiĂšre de la famille Bonaparte est alors assez prĂ©caire et ses membres sont contraints de rĂ©duire leur train de vie. Au contact de Lucien, Joseph apprend Ă  gĂ©rer et faire fructifier leurs diffĂ©rents biens ; il prend peu Ă  peu la direction des dossiers familiaux. Selon Thierry Lentz, son biographe, c'est Ă  ce moment de sa vie qu'il devient « un homme d'affaires avisĂ© et Ă©conome, un investisseur prudent et souvent habile »[a 16].

Au dĂ©but de l'annĂ©e 1787, Joseph Bonaparte s'inscrit Ă  l'universitĂ© de Pise pour y suivre des Ă©tudes de droit. En Toscane, il rencontre les membres de la communautĂ© corse en exil depuis la fin des annĂ©es 1760 et organisĂ©e autour de ClĂ©ment Paoli, avec lesquels il dĂ©veloppe des idĂ©es patriotiques : « J'Ă©tais dans un Ăąge oĂč l'on conçoit aisĂ©ment et oĂč l'on sent vivement ce que l'on croit juste et vrai. Un enthousiasme plus solide s'empara de mon jeune esprit[3]. » Le , il est reçu docteur Ă©tranger devant le professeur Antonio Maria Vanucci et rentre en Corse une semaine plus tard pour prĂȘter serment devant le Conseil supĂ©rieur[a 17]. Au dĂ©but du , il effectue un deuxiĂšme voyage en Toscane pour tenter de prouver l'origine noble de sa famille et d'intĂ©grer l'ordre de Saint-Étienne, sans succĂšs. Il regagne Ajaccio au dĂ©but du mois de juillet suivant[a 18].

Engagement révolutionnaire en Corse

DĂšs les premiers temps de la RĂ©volution française, Joseph Bonaparte et son frĂšre NapolĂ©on entendent profiter des Ă©vĂ©nements pour affirmer leur position sociale. L'excellente maĂźtrise de la langue française par Joseph, dans une Ăźle oĂč les habitants s'expriment encore majoritairement en italien, lui permet d'officier dĂšs l' comme secrĂ©taire bĂ©nĂ©vole du comitĂ© de trente-six membres crĂ©Ă© en marge de la municipalitĂ© officielle ajaccienne, toujours dirigĂ©e par le podestat[a 19]. Il est notamment chargĂ© de traduire en italien les dĂ©crets de l'AssemblĂ©e constituante[a 20]. Bien que n'ayant pas l'Ăąge requis pour ĂȘtre candidat aux premiĂšres Ă©lections municipales de , il est Ă©lu au conseil. Le nouveau maire, son cousin Jean-JĂ©rĂŽme Levie, ne s'exprimant qu'en italien, c'est Ă  lui que revient la charge d'enregistrer et de traduire les diffĂ©rents actes reçus du continent[a 21].

Visage d'un homme portant une perruque.
Le général Pascal Paoli dont Joseph se rapproche avant de soutenir un autre parti.

Joseph et NapolĂ©on Bonaparte se rapprochent alors de Philippe Masseria, fervent dĂ©fenseur de Pascal Paoli, et de Philippe Buonarroti, qui crĂ©e le Giornale Patriottico di Corsica dans lequel les deux frĂšres Ă©crivent plusieurs articles[a 22]. Le , Joseph se rend avec six autres notables ajacciens Ă  Orezza oĂč les diffĂ©rents reprĂ©sentants de l'Ăźle sont conviĂ©s pour dĂ©battre de l'avenir de la Corse. NapolĂ©on accompagne la dĂ©lĂ©gation, mais ne peut intervenir pendant les rĂ©unions puisqu'il n'est porteur d'aucun mandat. À l'inverse, Joseph y prononce un discours dans lequel il s'oppose Ă  la partition de l'Ăźle en deux dĂ©partements, une position pourtant dĂ©fendue par la majoritĂ© des Ajacciens, et vote Ă©galement en faveur de l'installation du comitĂ© patriotique Ă  Corte, occupant une situation plus centrale que celle de Bastia[a 23]. Au dĂ©but de l'Ă©tĂ©, Joseph est dĂ©signĂ© pour faire partie de la dĂ©lĂ©gation envoyĂ©e Ă  Marseille Ă  la rencontre de Pascal Paoli et pour l'accompagner dans son retour vers la Corse[a 24].

En septembre de la mĂȘme annĂ©e, Joseph Bonaparte siĂšge au sein du collĂšge Ă©lectoral du dĂ©partement qui se rĂ©unit Ă  Orezza et porte Paoli Ă  la prĂ©sidence du conseil gĂ©nĂ©ral de la Corse tout en distribuant les diffĂ©rents postes judiciaires et administratifs sur l'Ăźle[a 25]. De son cĂŽtĂ©, Joseph est Ă©lu Ă  la prĂ©sidence du directoire du district d'Ajaccio le [a 26]. La rĂ©gularitĂ© de cette Ă©lection est contestĂ©e par plusieurs membres du district, mais elle est finalement confirmĂ©e aprĂšs l'arbitrage du directoire du dĂ©partement. DĂšs lors, les missions de Joseph Bonaparte sont multiples, de la rĂ©partition des impĂŽts Ă  l'organisation de la vente des biens nationaux en passant par l'organisation de la garde nationale ou encore l'aide aux indigents, si bien qu'il finit par abandonner son autre mandat Ă  la municipalitĂ© d'Ajaccio au mois de fĂ©vrier suivant. Les frĂšres Bonaparte participent Ă©galement Ă  la crĂ©ation du club patriotique d'Ajaccio, affiliĂ© Ă  celui des jacobins de Paris. Dans le mĂȘme temps, les relations entre Joseph et Pascal Paoli se distendent peu Ă  peu ; ce dernier intervenant plusieurs fois en dĂ©faveur de l'aĂźnĂ© des Bonaparte dans les conflits qui l'opposent Ă  la municipalitĂ©[a 27].

Tandis que Joseph Bonaparte espĂšre obtenir une place de dĂ©putĂ© lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 1791, il comprend qu'il ne bĂ©nĂ©ficiera pas du soutien de Paoli et renonce Ă  se porter candidat. Il doit se contenter de son Ă©lection au conseil gĂ©nĂ©ral par 192 voix sur 249 suffrages, muni de l'assurance donnĂ©e par Paoli, qui est encore le vĂ©ritable maĂźtre de la situation en Corse, d'intĂ©grer son directoire[a 28]. En parallĂšle, Joseph profite de ses nouvelles fonctions pour asseoir la position de la famille Bonaparte. Il se porte acquĂ©reur de plusieurs biens nationaux : en quelques mois, la superficie initiale des propriĂ©tĂ©s fonciĂšres de la famille s'accroĂźt considĂ©rablement, passant de 45 Ă  280 hectares[a 29]. Les historiens conviennent du fait que la famille Bonaparte ne possĂ©dait pas, Ă  cette Ă©poque, les fonds nĂ©cessaires pour assumer de telles dĂ©penses[4] et que cette bonne fortune provient de la « virtuositĂ© » de Joseph en matiĂšre d'affaires, de mĂȘme que de ses liens avec le procureur gĂ©nĂ©ral syndic de la Corse Christophe Saliceti pour couvrir certains arrangements[a 29].

Les troubles qui suivent l'Ă©lection de son frĂšre NapolĂ©on comme lieutenant-colonel en second du 2e bataillon de volontaires de la Corse au dĂ©but du mois d' fragilisent la position de Joseph Bonaparte au sein de la guerre des clans qui agite le dĂ©partement. Candidat Ă  un siĂšge de dĂ©putĂ© aux Ă©lections lĂ©gislatives au mois de septembre suivant, il est sĂ©vĂšrement battu par Antoine Andrei, un proche de Pascal Paoli, ne recueillant que 64 voix sur 398 au premier tour et aucune au second[a 30]. La rupture entre Paoli et Joseph Bonaparte est alors consommĂ©e et celui-ci n'est pas reconduit dans ses fonctions au conseil gĂ©nĂ©ral en fin d'annĂ©e. Il n'occupe dĂ©sormais qu'une simple place de juge au tribunal d'Ajaccio[a 31]. La tension entre la famille Bonaparte et les paolistes s'accentue de nouveau Ă  la suite de la lecture Ă  la Convention d'une lettre de Lucien Bonaparte dĂ©nonçant Paoli. Alors que l'arrestation de ce dernier est dĂ©cidĂ©e par la Convention au dĂ©but du mois d', ses partisans se rĂ©voltent et mĂšnent des attaques contre leurs rivaux. MenacĂ©e, la famille Bonaparte dans son ensemble quitte la Corse le suivant pour s'installer en Provence[a 32].

Installation sur le continent et premiÚres responsabilités

Au dĂ©but du mois de juillet, Joseph Bonaparte accompagne Ă  Paris son protecteur Christophe Saliceti, chargĂ© de remettre un rapport officiel Ă  la Convention. Pour son premier sĂ©jour dans la capitale, il y fait bonne impression et se voit reçu par les personnages les plus influents de l'AssemblĂ©e[a 33]. GrĂące aux faveurs de Saliceti, dĂ©sormais reprĂ©sentant en mission, la famille Bonaparte s'installe dans un bel hĂŽtel particulier de Marseille[Note 4] et ses membres obtiennent plusieurs nominations. Bien que n'ayant pas les titres militaires requis, Joseph est nommĂ© commissaire des guerres de 1re classe et adjoint du commissaire ordonnateur Chauvet le . À ce titre, il est responsable des revues, des contrĂŽles, de la comptabilitĂ© et de l'administration des unitĂ©s auxquelles il doit fournir les vivres, le fourrage, l'habillement et les charrois. Cette nomination, qui s'accompagne d'un traitement de 6 000 livres auquel s'ajoutent des frais de bureau, de logement et de fourrage pour ses chevaux, permet Ă  Joseph Bonaparte de bĂ©nĂ©ficier d'une certaine aisance financiĂšre. Il commence sa mission au quartier gĂ©nĂ©ral d'Ollioules, auprĂšs de Saliceti, et commence par recruter de nombreux exilĂ©s corses parmi son personnel[a 34].

En parallĂšle, il continue de s'intĂ©resser Ă  l'action politique en frĂ©quentant les clubs jacobins, puis en s'engageant dans la franc-maçonnerie. Il est initiĂ© le Ă  la Loge de la Parfaite SincĂ©ritĂ© de Marseille, de mĂȘme que Saliceti, et avec le commissaire ordonnateur Chauvet pour parrain. AprĂšs la fin du siĂšge de Toulon, il est mis au service du reprĂ©sentant en mission Dominique Multedo pour organiser la remise en ordre de la ville, une mission au cours de laquelle il fait preuve de zĂšle et d'une certaine duretĂ©. Dans le mĂȘme temps, Joseph Bonaparte officie Ă©galement en tant que commissaire pour l'esprit public de la Corse, une mission qu'il partage avec Philippe Buonarroti et qui vise Ă  organiser une expĂ©dition militaire sur l'Ăźle pour Ă©viter qu'elle ne tombe aux mains des Anglais. Pour autant, l'expĂ©dition est ajournĂ©e et son poste est supprimĂ© le [a 35].

Portrait peint de deux femmes regardant une partition de musique.
Julie Clary (Ă  gauche) et sa sƓur DĂ©sirĂ©e.

Le , à la mairie de Cuges-les-Pins, Joseph Bonaparte épouse Julie Clary, la fille du grand armateur et négociant marseillais François Clary. Le mariage est célébré en l'absence de leurs familles respectives : celle de Julie porte encore le deuil de son pÚre, mort quelques mois plus tÎt, tandis que Letizia Bonaparte, bien qu'ayant signé un consentement écrit, choisit de ne pas se déplacer. L'historien Auguste Jal affirme que le mariage civil est suivi d'une cérémonie religieuse le suivant à Saint-Jean-du-Désert, bien qu'aucun document officiel ne l'atteste[a 36]. Dans un premier temps, le couple ne vit ensemble que quelques mois : au début de l'année 1795, Joseph Bonaparte est nommé commissaire ordonnateur des hÎpitaux de Toulon. Il s'y installe sans Julie[a 37].

À la fin du mois de mars suivant, deux cents postes de commissaire des guerres sont supprimĂ©s, dont celui de Joseph Bonaparte. Sans emploi, ce dernier s'immisce dĂšs lors dans les affaires de sa belle-famille, que mĂšne Nicolas Clary, dĂ©sormais installĂ© Ă  GĂȘnes. Introduit dans les affaires commerciales, Joseph s'enrichit considĂ©rablement par la spĂ©culation sur les assignats. Pour les Clary, qui possĂšdent une banque Ă  GĂȘnes, l'opĂ©ration consiste Ă  transformer leur monnaie mĂ©tallique en assignats, dont la valeur est alors en chute libre, en dessous du cours, puis d'acheter des biens immobiliers ou des denrĂ©es avec cette monnaie de papier avant de les revendre en monnaie mĂ©tallique Ă  l'exportation en recueillant un large bĂ©nĂ©fice. Joseph Bonaparte crĂ©e notamment une entreprise de nĂ©goce de porcelaine pour son oncle Joseph Fesch, installĂ© depuis peu Ă  BĂąle ; il initie Ă©galement son frĂšre NapolĂ©on aux opĂ©rations. Les affaires de Joseph concernent aussi bien les objets prĂ©cieux que les ouvrages imprimĂ©s ou les tissus. Les achats effectuĂ©s en France, rĂ©glĂ©s en papier achetĂ© en dessous du cours officiel, sont revendus Ă  l'Ă©tranger, que ce soit Ă  GĂȘnes, en Suisse ou en Allemagne, au vĂ©ritable prix, en or ou en argent[a 38]. GuidĂ© par son beau-frĂšre Nicolas Clary, avec lequel il prend des parts dans une sociĂ©tĂ© d'Ă©changes avec le Levant, Joseph le rejoint Ă  GĂȘnes au mois de . Il s'installe dans son hĂŽtel particulier, situĂ© Ă  proximitĂ© de l'Ă©glise Saint-Cyr avec sa femme Julie, sa belle-sƓur DĂ©sirĂ©e, courtisĂ©e par NapolĂ©on, et sa belle-mĂšre Rose[a 39].

CarriĂšre politique et premiĂšres missions diplomatiques sous le Directoire

Gravure montrant le portrait de Joseph Bonaparte, une décoration sur la poitrine.
Joseph Bonaparte dans l'Album du centenaire de la Révolution française.

La promotion de NapolĂ©on Bonaparte comme gĂ©nĂ©ral de division aprĂšs son succĂšs sur l'insurrection royaliste du 13 vendĂ©miaire an IV bouleverse le destin de sa famille. L'ascension de ce dernier parmi les personnages les plus influents de la capitale permet ainsi Ă  ses plus jeunes frĂšres et sƓurs d'obtenir des postes dans l'administration ou des places dans de bonnes Ă©coles, tout en sĂ©curisant la situation financiĂšre des Bonaparte. NapolĂ©on cherche Ă©galement Ă  placer son frĂšre aĂźnĂ© Joseph : un poste de consul lui est notamment proposĂ© Ă  Chios[a 40]. Les deux hommes se retrouvent le Ă  Albenga oĂč NapolĂ©on, nommĂ© gĂ©nĂ©ral en chef de l'armĂ©e d'Italie, prend ses quartiers. Joseph y apprend alors avec surprise le mariage de son frĂšre avec JosĂ©phine de Beauharnais. Deux semaines plus tard, il est chargĂ© par NapolĂ©on de se rendre Ă  Paris pour porter au Directoire une dĂ©pĂȘche annonçant sa dĂ©cision de suspendre les armes avec les troupes italiennes[a 41]. À Paris, Joseph bĂ©nĂ©ficie indirectement de la campagne victorieuse de son frĂšre. Applaudi dans les thĂ©Ăątres, reçu dans les palais rĂ©publicains, il Ă©tend d'autant plus ses rĂ©seaux. Il est notamment accueilli par le ministre des relations extĂ©rieures Charles-François Delacroix qui promet de lui trouver un poste diplomatique Ă  sa mesure. Joseph Bonaparte rejoint son frĂšre Ă  Milan le suivant, accompagnĂ© de JosĂ©phine de Beauharnais qui rend visite Ă  son mari[a 42].

La fin de l'annĂ©e 1796 lui offre l'occasion de prendre sa revanche sur ses rivaux corses. Il s'embarque avec les troupes de l'armĂ©e d'expĂ©dition commandĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Gentili et Christophe Saliceti afin d'y rĂ©tablir l'autoritĂ© rĂ©publicaine aprĂšs l'Ă©vacuation de l'Ăźle par les Anglais. Outre sa participation Ă  la rĂ©organisation politique et administrative de la Corse, aux cĂŽtĂ©s d'AndrĂ©-François Miot, Joseph Bonaparte profite de cette mission pour remettre en Ă©tat la maison familiale d'Ajaccio, saccagĂ©e pendant son absence. Il acquiert Ă©galement de nouvelles propriĂ©tĂ©s comme des immeubles au centre de la ville, plusieurs terrains et un moulin Ă  la campagne, ou encore le palais Ă©piscopal d'Ajaccio. Ces diffĂ©rentes opĂ©rations placent dĂšs lors les Bonaparte parmi les plus grands propriĂ©taires de la rĂ©gion[a 43]. Fort de cette solide situation, Joseph Bonaparte se porte candidat en au poste de dĂ©putĂ© du Conseil des Cinq-Cents pour le dĂ©partement du Liamone. Il est largement Ă©lu avec un score de 103 voix contre une seule pour Jean-Marie Cittadella[a 44].

Photographie montrant la façade d'un palais, avec un corps central avancé, vu depuis le parc.
Le palais Corsini, siĂšge de l'ambassade de Joseph Bonaparte Ă  Rome.

Pour autant, il n'a pas le temps d'occuper son siĂšge car un arrĂȘtĂ© pris par le Directoire le nomme rĂ©sident de la RĂ©publique auprĂšs du duc de Parme Ferdinand Ier[Note 5]. Joseph Bonaparte commence ainsi sa carriĂšre diplomatique dans un territoire en paix avec la France depuis la fin de l'annĂ©e 1796, mais toujours occupĂ© par les troupes rĂ©publicaines. Il y fait preuve de fermetĂ© mais dĂ©montre autant d'habiletĂ© pour faire accepter, sans heurter ses hĂŽtes, certaines dĂ©cisions[a 45]. Sa mission Ă  Parme est cependant de courte durĂ©e : par deux nouveaux arrĂȘtĂ©s, datĂ©s des et , il est nommĂ© ministre plĂ©nipotentiaire puis ambassadeur Ă  Rome auprĂšs du pape Pie VI. Cette mission est d'autant plus complexe que les relations diplomatiques entre la France et le Saint-SiĂšge, ternies par la RĂ©volution française, sont toujours exĂ©crables, comme le prouve l'absence d'ambassadeur Ă  Rome depuis six ans[a 46]. Joseph Bonaparte prend ses fonctions le . Il installe son ambassade au palais Corsini et se voit chargĂ© de contrĂŽler l'exĂ©cution des clauses du traitĂ© de Tolentino, dont le rĂšglement des sommes dues et le prĂ©lĂšvement d'Ɠuvres d'art. Il obtient Ă©galement la libĂ©ration des prisonniers d'opinion dĂ©tenus Ă  Rome, renforçant de la sorte les rangs des dĂ©mocrates qui souhaitent importer la rĂ©volution dans la citĂ© pontificale[a 47]. TrĂšs vite, des troubles Ă©clatent, parfois soutenus par les militaires français prĂ©sents Ă  l'ambassade. L'un d'eux, le gĂ©nĂ©ral Duphot, est tuĂ© par les soldats pontificaux lors d'une Ă©meute le , Ă  proximitĂ© immĂ©diate de l'ambassade française[a 48]. En rĂ©ponse Ă  cet acte, Joseph Bonaparte quitte la ville le lendemain et rentre Ă  Paris pour transmettre son rapport sur les Ă©vĂ©nements. Le Directoire charge alors le gĂ©nĂ©ral Berthier de marcher sur Rome, ce qui aboutit Ă  l'occupation de la ville Ă  partir du et Ă  la proclamation de la RĂ©publique romaine cinq jours plus tard[a 49].

La conduite de Joseph Bonaparte pendant ces journĂ©es de troubles est saluĂ©e Ă  son retour Ă  Paris. Une tragĂ©die en cinq actes, Le Vatican, ou la Mort du gĂ©nĂ©ral Duphot, est d'ailleurs mise en scĂšne pour retracer l'Ă©vĂ©nement[a 50]. Il reprend son siĂšge de dĂ©putĂ© du Liamone au Conseil des Cinq-Cents, assurant mĂȘme le secrĂ©tariat de l'assemblĂ©e pendant le mois de . Pour autant, son activitĂ© parlementaire est trĂšs faible : aucune intervention de sa part n'est reportĂ©e dans les procĂšs-verbaux de sĂ©ance, ni dans la collection des discours imprimĂ©s. Sans vĂ©ritable occupation, Joseph frĂ©quente les principaux salons de la capitale. Souvent reçu par les Directeurs, il noue Ă©galement des relations avec le ministre de la Police, Joseph FouchĂ©, et avec des personnages influents comme Talleyrand et Pierre-Louis Roederer, propriĂ©taire du Journal de Paris[a 51].

Par ailleurs, son rĂŽle au sein du clan Bonaparte est prĂ©cisĂ©, d'un commun accord avec NapolĂ©on, dĂšs son retour de Rome. C'est Ă  Joseph que revient ainsi la charge d'entretenir le patrimoine immobilier du gĂ©nĂ©ral, tout en faisant fructifier le sien, ainsi que de financer l'Ă©lection du troisiĂšme frĂšre de la famille, Lucien, au Conseil des Cinq-Cents[5]. Joseph fait l'acquisition pour 60 000 francs d'une maison situĂ©e rue des Errancis Ă  Paris[Note 6] - [a 50]. Souhaitant depuis longtemps disposer d'un grand domaine, il achĂšte Ă  la fin du mois d' une immense propriĂ©tĂ© Ă  Mortefontaine, pour une somme de 258 000 francs. Ce domaine, laissĂ© Ă  l'abandon aprĂšs l'exĂ©cution de son ancien propriĂ©taire, Joseph Duruey, en 1794, se compose alors d'un chĂąteau, ses dĂ©pendances et son jardin, de deux moulins, des huit maisons du hameau de Charlepont, de plusieurs Ă©tangs, de 274 hectares de prĂ©s et de 295 hectares de terres cultivĂ©es, bois et friches. Ce domaine ne cesse de s'agrandir dans les annĂ©es qui suivent, notamment par l'acquisition du chĂąteau voisin de Survilliers[a 52]. Dans les premiers mois qu'il passe Ă  Mortefontaine, Joseph Bonaparte achĂšve la rĂ©daction de MoĂŻna, ou la villageoise du Mont-Cenis, entamĂ©e trois ans plus tĂŽt, un roman d'une centaine de pages, la seule Ɠuvre littĂ©raire qu'il ait publiĂ©e[a 53].

Un personnage influent dans les négociations de paix sous le Consulat

Joseph Bonaparte joue un rĂŽle essentiel dans la prĂ©paration du coup d'État du 18 Brumaire. PrĂ©sentĂ© au nouveau Directeur, l'abbĂ© SieyĂšs, par Talleyrand et Roederer, il soutient sans rĂ©serve son projet de rĂ©former la Constitution en s'appuyant sur la force miliaire d'un gĂ©nĂ©ral. Joseph est de ceux qui prennent parti pour NapolĂ©on, mais l'abbĂ© SieyĂšs souhaite dans un premier temps s'appuyer sur le gĂ©nĂ©ral Joubert. La mort de ce dernier lors de la bataille de Novi le laisse le champ libre aux Bonaparte. AprĂšs le retour d'Égypte de NapolĂ©on, Joseph s'active en coulisse pour « connecter les rĂ©seaux », tout en travaillant au rapprochement de SieyĂšs et de son frĂšre. Il Ɠuvre Ă©galement pour convaincre son beau-frĂšre Jean-Baptiste Bernadotte[Note 7] de ne pas s'opposer au projet[a 54]. Lors de la mise en place du coup d'État le , Joseph Bonaparte reste au cĂŽtĂ© de son frĂšre tout au long des Ă©vĂ©nements mais sans intervenir directement[a 55].

Peinture à l'huile montrant des personnes réunies dans un grand salon pour la signature d'un traité.
Joseph Bonaparte (au centre) lors de la signature du traité de Mortefontaine.

AprĂšs la prise de pouvoir de NapolĂ©on et la mise en place du Consulat, Joseph est nommĂ© dĂ©putĂ© du Golo au Corps lĂ©gislatif, puis au Conseil d'État le , mais il se voit surtout confier plusieurs missions diplomatiques[a 56]. Le , il est nommĂ© ministre plĂ©nipotentiaire pour mener Ă  bien les nĂ©gociations de paix avec les États-Unis. Depuis le dĂ©but du Consulat, les relations entre les deux pays s'Ă©taient tendues en raison de la prise d'une centaine de navires marchands amĂ©ricains dans le cadre du blocus des Ăźles Britanniques. AidĂ© dans sa mission par Charles Pierre Claret de Fleurieu et Pierre-Louis Roederer, Joseph Bonaparte entame un long travail de persuasion auprĂšs des Ă©missaires amĂ©ricains, en les invitant notamment Ă  dĂźner ou en organisant des excursions. Les nĂ©gociations aboutissent Ă  la signature du traitĂ© de Mortefontaine, au sein mĂȘme de sa propriĂ©tĂ©, Ă  la fin du mois de septembre suivant. Celui-ci garantit dĂšs lors la libertĂ© du commerce entre les deux pays, tout en assurant la restitution des bateaux saisis et le paiement d'une indemnitĂ©[a 57].

Considéré comme un homme de modération et de paix, Joseph Bonaparte apparaßt dÚs lors aux yeux de certains hommes forts du régime, à l'image du DeuxiÚme Consul CambacérÚs, comme le successeur désigné de Napoléon s'il devait arriver malheur à ce dernier[6].

Quelques jours aprĂšs la signature de ce traitĂ©, le , Joseph Bonaparte est nommĂ© Ă  la tĂȘte de la dĂ©lĂ©gation française chargĂ©e de nĂ©gocier la paix avec l'Autriche Ă  LunĂ©ville. Depuis la victoire de NapolĂ©on Ă  la bataille de Marengo au mois de juin prĂ©cĂ©dent, le principal enjeu des nĂ©gociations rĂ©side dans la confirmation des dispositions prises trois ans plus tĂŽt Ă  Campo-Formio mais n'avaient jamais Ă©tĂ© appliquĂ©es. Une fois encore, Joseph Bonaparte dĂ©montre toute son habiletĂ© pour nĂ©gocier avec son homologue autrichien, Louis de Cobentzel. AprĂšs plusieurs semaines de discussions stĂ©riles, les victoires militaires du gĂ©nĂ©ral Moreau Ă  la bataille de Hohenlinden et du gĂ©nĂ©ral Brune Ă  celle de Pozzolo au cours du mois de dĂ©cembre dĂ©nouent la situation. Dos au mur, Cobentzel accepte de signer un traitĂ© le , un texte par lequel la France se voit confirmer sa souverainetĂ© sur la rive gauche du Rhin et sa prĂ©pondĂ©rance en Italie du Nord, Ă  l'exception de Venise[a 58].

Lavis de bistre représentant Joseph Bonaparte (à gauche) tendant une plume à Napoléon, assis au centre, le regard tourné vers des hommes d'église à sa droite.
Joseph Bonaparte (Ă  gauche) lors de la signature du Concordat, en 1801.

AprĂšs quelques mois de repos entre Paris et Mortefontaine, Joseph Bonaparte est de nouveau sollicitĂ© Ă  la fin du mois de juin pour prendre part aux discussions relatives au Concordat, en compagnie du conseiller d'État Emmanuel CrĂ©tet. Il y retrouve le cardinal Ercole Consalvi, reprĂ©sentant du Saint-SiĂšge, qu'il avait connu lors de son ambassade Ă  Rome. Un texte est finalement signĂ© le Ă  l'hĂŽtel Marbeuf entre les diffĂ©rents reprĂ©sentants, rĂ©glant ainsi les rapports entre l'État français et l'Église catholique[a 59]. Bien qu'il ne soit intervenu que tardivement dans les nĂ©gociations, son rĂŽle a facilitĂ© leur dĂ©nouement, comme le confirme Consalvi : « Il n'est personne avec qui on puisse mieux traiter qu'avec lui tant il a de sagesse, de modĂ©ration, de bonnes intentions. Je dis clairement que si j'avais eu affaire Ă  un autre que lui, l'affaire Ă©tait rompue irrĂ©parablement[7]. »

Tableau montrant Joseph Bonaparte et Cornwallis échangeant une poignée de mains au milieu d'une foule tandis que deux hommes signent un document sur une table.
Joseph Bonaparte et Cornwallis lors de la signature de la paix d'Amiens.

Fort de ces diffĂ©rents succĂšs, Joseph Bonaparte est logiquement choisi pour conduire les nĂ©gociations de paix Ă  Amiens avec l'Angleterre. Ces discussions sont rendues complexes par la prĂ©sence de plusieurs pays signataires : la France est ainsi associĂ©e Ă  l'Espagne, reprĂ©sentĂ©e par JosĂ© NicolĂĄs de Azara, et la RĂ©publique batave, reprĂ©sentĂ©e par Rutger Jan Schimmelpenninck, tandis que dans le camp opposĂ©, Charles Cornwallis conduit les nĂ©gociations pour le Royaume-Uni. Quatre mois aprĂšs l'ouverture du congrĂšs, un traitĂ© est finalement signĂ© le . À son retour Ă  Paris, Joseph Bonaparte reçoit un accueil enthousiaste. NapolĂ©on le fait notamment acclamer Ă  l'OpĂ©ra et lui octroie successivement de nouvelles fonctions, ainsi que de nouveau grades dans l'armĂ©e. Il est nommĂ© sĂ©nateur le suivant, puis intĂšgre le conseil d'administration de la LĂ©gion d'honneur[a 60]. En , il reçoit la sĂ©natorerie de Bruxelles, puis au mois d'avril suivant, un fauteuil dans la classe d'histoire et de littĂ©rature ancienne de l'Institut de France. Ces diffĂ©rentes fonctions constituent une source de revenus importants pour Joseph, d'autant plus qu'il peut Ă©galement compter sur les bĂ©nĂ©fices de sa propriĂ©tĂ© de Mortefontaine et le rendement de ses diffĂ©rentes affaires. Outre les entreprises de la famille Clary, Joseph Bonaparte est alors actionnaire de la sociĂ©tĂ© du fournisseur aux armĂ©es Jean-Pierre Collot, de la compagnie d'exploitation de plusieurs canaux Ă  pĂ©age en Provence et Languedoc, de la Banque de France ou encore de la sociĂ©tĂ© chargĂ©e de la construction de trois nouveaux ponts sur la Seine Ă  Paris. À cela doivent s'ajouter les diffĂ©rentes gratifications directement octroyĂ©es par le Premier Consul en rĂ©compense de ses services diplomatiques, si bien que Joseph Bonaparte parvient Ă  une aisance financiĂšre considĂ©rable Ă  cette Ă©poque[a 61].

Pour autant, une certaine tension naĂźt dans les rapports qu'il entretient avec son frĂšre. Si l'amitiĂ© qui les lie est toujours aussi forte, la question de la succession de NapolĂ©on aprĂšs l'adoption du consulat Ă  vie est au cƓur du dĂ©bat[a 62]. Sans rĂ©vĂ©ler publiquement son ambition, Joseph Bonaparte se considĂšre alors comme le successeur naturel du Premier Consul. L'un de ses amis affirme notamment que « sous une feinte de modĂ©ration, sous une nullitĂ© apparente, [il] cachait une Ăąme ardente et une ambition dĂ©mesurĂ©e »[8]. Sur le plan politique, il critique parfois les dĂ©cisions prises par NapolĂ©on, comme lorsqu'il proteste contre la dĂ©portation des Jacobins aprĂšs l'attentat de la rue Saint-Nicaise ou qu'il intervient en faveur de son beau-frĂšre Jean Baptiste Bernadotte mis en disgrĂące lors du complot des libelles. Il refuse Ă©galement de devenir prĂ©sident de la RĂ©publique italienne, de mĂȘme que le poste de chancelier du SĂ©nat[a 63].

Alors que la proclamation de l'Empire apparaßt de plus en plus certaine, Napoléon incite Joseph à embrasser la carriÚre militaire, condition nécessaire selon lui pour prétendre à l'héritage du trÎne. En , ce dernier est donc nommé colonel commandant le 4e régiment d'Infanterie de ligne en garnison au camp de Saint-Omer, dans la perspective d'une invasion de l'Angleterre. Au mois d'août suivant, il est promu au grade de général de brigade[a 64]. L'Empire est finalement proclamé le , et la question de l'hérédité est fixée par un sénatus-consulte. Si Joseph Bonaparte intÚgre bien la liste des prétendants à la succession de l'empereur, avec la qualité de prince français, il y figure aprÚs la descendance directe ou adoptive de Napoléon[a 65].

Son Altesse Impériale le prince Joseph, grand électeur de l'Empire (1804-1806)

La nouvelle constitution de l'Empire crĂ©e six grandes dignitĂ©s dont celle de grand Ă©lecteur qui est attribuĂ©e Ă  Joseph Bonaparte. Ce titre, avant tout honorifique, est relevĂ© d'un certain nombre de fonctions. Il donne accĂšs au Conseil d'État, au SĂ©nat, au Conseil privĂ© de l'empereur, Ă  son Grand Conseil, ainsi qu'au Grand Conseil de la LĂ©gion d'honneur. Joseph Bonaparte est ainsi chargĂ© de prĂ©sider le SĂ©nat lorsque celui-ci procĂšde aux nominations des sĂ©nateurs, des lĂ©gislateurs, des tribuns et des hauts magistrats. Parmi ses autres missions, il peut Ă©galement convoquer les collĂšges Ă©lectoraux de dĂ©partement et les assemblĂ©es de canton, recevoir leur serment et prĂ©senter leurs rĂ©clamations Ă  l'empereur. En tant que grand Ă©lecteur, son traitement annuel est fixĂ© Ă  333 333 francs, auxquels il faut ajouter 1 million de francs comme prince français, ainsi qu'une gratification de premier Ă©tablissement de 300 000 francs. Il reçoit enfin le palais du Petit Luxembourg[a 66].

Le grand Ă©lecteur de l'Empire s'entoure Ă©galement d'une maison composĂ©e d'un premier chambellan, d'un chambellan, d'un premier Ă©cuyer, d'un Ă©cuyer cavalcadour, d'un secrĂ©taire des commandements, d'un aumĂŽnier, d'un bibliothĂ©caire et d'un intendant. Cette situation pourtant favorable est loin de satisfaire le frĂšre de l'empereur. Le faste qui entoure sa nouvelle fonction l'incommode, ce qui le pousse Ă  refuser le costume de grand Ă©lecteur dessinĂ© pour lui, tout comme il demande Ă  ses proches de ne pas utiliser le prĂ©dicat de Monseigneur pour s'adresser Ă  lui[a 67]. Plus encore, il dĂ©sapprouve le protocole prĂ©vu pour le sacre de l'empereur, le , qui laisse selon lui la part belle au jeune NapolĂ©on-Charles, fils de Louis Bonaparte et pressenti pour ĂȘtre adoptĂ© par NapolĂ©on en vue d'en faire l'hĂ©ritier direct du trĂŽne. La reproduction officielle de l'Ă©vĂ©nement par le peintre Jacques-Louis David accentue son ressentiment : Joseph Bonaparte et son frĂšre Louis sont rejetĂ©s dans le coin gauche de la toile tandis que NapolĂ©on-Charles, en bonne lumiĂšre et tenant la main de sa mĂšre Hortense, fait pendant au pape[a 68]. Cette composition tend Ă  confirmer que c'est bien le jeune enfant qui figure comme l'hĂ©ritier prĂ©somptif de NapolĂ©on Ier[9].

Au dĂ©but de l'annĂ©e 1805, Joseph Bonaparte refuse le trĂŽne d'Italie que lui propose l'empereur. En avril, il entreprend une tournĂ©e en Belgique afin de prĂ©sider le collĂšge Ă©lectoral de Bruxelles et d'inspecter les nouveaux dĂ©partements français. Le mois suivant, il retrouve son rĂ©giment au camp de Saint-Omer[a 69]. Le , un ordre de service est rĂ©digĂ© pour confier Ă  Joseph la responsabilitĂ© du gouvernement en l'absence de son frĂšre, parti rejoindre son armĂ©e pour mener les guerres de la troisiĂšme coalition. C'est donc lui qui assure la prĂ©sidence du Conseil des ministres chaque mercredi, de mĂȘme que certaines sĂ©ances exceptionnelles du SĂ©nat. Pour autant, Joseph Bonaparte ne dispose pas d'un blanc-seing Ă  la tĂȘte de l'État : l'archichancelier CambacĂ©rĂšs, en relation quotidienne avec l'empereur, est chargĂ© des questions administratives et de la prĂ©sidence du Conseil d'État[a 70]. Si sur le plan protocolaire, Joseph Bonaparte est le deuxiĂšme homme de l'État, c'est bien CambacĂ©rĂšs qui est alors « plus qu'un numĂ©ro deux, moins qu'un numĂ©ro un »[10]. Les responsabilitĂ©s confiĂ©es aux deux hommes s'avĂšrent finalement limitĂ©es : tout est organisĂ© pour que l'empereur, bien qu'absent, conserve une vue globale de la situation au sein de l'Empire lui permettant de prendre seul ses dĂ©cisions[11].

NapolĂ©on se montre plutĂŽt satisfait du travail menĂ© par son frĂšre pendant cette pĂ©riode de « quasi-rĂ©gence »[c 1], notamment en raison des mesures efficaces qu'il a prises dans sa gestion de la crise financiĂšre et du scandale liĂ©s Ă  l'affaire des NĂ©gociants rĂ©unis[c 2] - [a 71]. Leurs vues divergent cependant sur la politique extĂ©rieure du pays : partisan de la paix, Joseph Bonaparte se dit prĂȘt Ă  assumer la succession de l'empereur s'il devait lui arriver un malheur. Il s'en ouvre d'ailleurs librement Ă  l'ambassadeur de Prusse, Girolamo Lucchesini. Ces confidences de Joseph sont mentionnĂ©es dans les dĂ©pĂȘches que transmet le diplomate Ă  Berlin, provoquant la colĂšre de NapolĂ©on[c 3].

La conquĂȘte de Naples

Portrait en buste du maréchal en tenue d'officier.
Le marĂ©chal MassĂ©na soutient Joseph Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e de Naples.

Le , au lendemain de la signature du traitĂ© de paix de Presbourg avec l'Autriche, l'empereur signe un ordre au chĂąteau de Schönbrunn pour nommer Joseph Bonaparte commandant en chef de l'armĂ©e de Naples[a 72]. Par la mĂȘme occasion, ce dernier est promu gĂ©nĂ©ral de division[c 4]. NapolĂ©on entend ainsi punir le roi Ferdinand IV de son soutien Ă  la coalition en s'emparant de son royaume[a 72].

À la fin du mois de janvier, Joseph installe son quartier gĂ©nĂ©ral Ă  Albano et reçoit l'aide de plusieurs officiers de renom pour cette campagne, comme le marĂ©chal MassĂ©na et le gĂ©nĂ©ral Gouvion-Saint-Cyr. L'armĂ©e de Naples compte alors 35 000 hommes. Constatant son impuissance face Ă  l'armĂ©e française, Ferdinand IV abandonne sa capitale pour se rĂ©fugier en Sicile, en laissant la dĂ©fense de son royaume Ă  un rĂ©gent. La campagne de Naples est un succĂšs fulgurant pour la Grande ArmĂ©e. Les unitĂ©s commandĂ©es par MassĂ©na prennent la principale forteresse du royaume, celle de Capoue, le [c 4], tandis que la ville de Naples est livrĂ©e sans dĂ©fense. Les troupes françaises y pĂ©nĂštrent le et Joseph y fait une entrĂ©e solennelle le lendemain. Seules deux villes opposent une certaine rĂ©sistance : celle de Civitella del Tronto se rend le aprĂšs avoir essuyĂ© plusieurs bombardements, tandis que GaĂšte, dĂ©fendue par le prince Louis de Hesse-Philippsthal qui refuse d'obĂ©ir Ă  l'ordre de se rendre, soutient un siĂšge de prĂšs de cinq mois[a 73].

DĂšs son entrĂ©e Ă  Naples, Joseph Bonaparte en organise l'occupation. D'abord nommĂ© gouverneur gĂ©nĂ©ral du royaume, il compose un ministĂšre provisoire regroupant une partie de ses proches, tout en intĂ©grant plusieurs personnalitĂ©s napolitaines dont il obtient le ralliement. Le duc de Gallo, ancien vice-roi de Sicile, est ainsi nommĂ© aux Affaires ÉtrangĂšres. AccusĂ© de faire venir un trop grand nombre de Français, Joseph impose nĂ©anmoins un quota d'autochtones dans les administrations[a 74]. Par ailleurs, il bĂ©nĂ©ficie du soutien des anciens rĂ©volutionnaires napolitains de 1799 et fait rentrer d'exil un grand nombre d'entre eux[a 74]. Devenu roi de Naples et de Sicile par dĂ©cret impĂ©rial le , Joseph Bonaparte tĂąche de se montrer magnanime et de se faire aimer de la population, mais il Ă©choue Ă  rallier la noblesse. Il veut apparaĂźtre comme un « roi rĂ©formateur et soucieux du bien-ĂȘtre de ses sujets », face Ă  un « Ferdinand IV, peu soucieux du sort de son peuple[12] ».

Roi de Naples (1806-1808)

« Je veux sur ce trÎne asseoir un prince de ma Maison, vous d'abord, si cela vous convient ; un autre si cela ne vous convient point. »

— Lettre de NapolĂ©on Ă  Joseph Bonaparte, le [13]

La mise en place d'un « systÚme » européen

Portrait en pied de Joseph Bonaparte en costume de grenadier de la Garde.
Le roi de Naples représenté par Wicar en 1808.

La nomination de Joseph sur le trĂŽne de Naples inaugure la construction du systĂšme familial que NapolĂ©on entend placer Ă  la tĂȘte de l'Europe[c 5]. Il veut par ce biais rĂ©organiser l'Europe, « sa dynastie essaimant aux quatre coins du continent pour asseoir, par souverains interposĂ©s, la domination française »[c 6]. Ainsi, dĂšs son avĂšnement, le royaume de Naples intĂšgre « une coalition des alliĂ©s de la France dont un des principaux buts Ă©tait de fermer le continent Ă  l'influence et au commerce britanniques[a 75] ». Sur le plan gĂ©opolitique, la possession de Naples est d'une importance capitale. Elle permet de complĂ©ter la domination française sur la pĂ©ninsule italienne tout en assurant le contrĂŽle des routes maritimes de la MĂ©diterranĂ©e et de l'Adriatique, c'est pourquoi NapolĂ©on suit de prĂšs la gestion de son frĂšre par l'Ă©change rĂ©gulier de courriers, d'Ă©tats ou de rapports entre Paris et Naples, exerçant ainsi une sorte de tutelle sur son royaume[a 75]. Pour autant, Joseph Bonaparte conserve une certaine marge de manƓuvre et peut notamment choisir seul ses ministres. Son gouvernement est dĂ©finitivement formĂ© Ă  la fin du mois de . Ami de longue date, Christophe Saliceti est nommĂ© Ă  la Police, tandis qu'AndrĂ©-François Miot l'est Ă  l'IntĂ©rieur et le gĂ©nĂ©ral Dumas Ă  la Guerre. Les dignitaires napolitains ne sont pas laissĂ©s pour compte : le marquis Michel-Ange Cianciulli est nommĂ© Ă  la Justice, le prince Pignatelli-Cerchiara Ă  la Marine ou encore le duc de Cassano-Serra aux Cultes. Les Français occupent cependant des postes clĂ©s dans les diffĂ©rentes administrations[a 76].

Joseph Bonaparte dĂ©ploie beaucoup d'Ă©nergie pour assurer l'administration de son royaume, ainsi que le prĂ©sente le gĂ©nĂ©ral Dumas dans ses souvenirs : « Le roi Joseph, que des observateurs inattentifs et des Ă©crivains malveillants se sont plu Ă  reprĂ©senter comme un prince uniquement occupĂ© de ses plaisirs, Ă©tait l'Ăąme de nos travaux ; il s'occupait avec diligence de tous les dĂ©tails, discutait dans son Conseil d'État sur les diverses matiĂšres avec beaucoup de lumiĂšres et de prĂ©cision, et mettait dans l'exĂ©cution des mesures arrĂȘtĂ©es beaucoup de suite et de fermetĂ©[14]. » La plupart des rĂ©formes qu'il engage sont inspirĂ©es de celles menĂ©es en France par NapolĂ©on. Outre la refonte complĂšte de la fiscalitĂ© napolitaine, Joseph Bonaparte s'attache Ă  la rĂ©organisation administrative et territoriale de l'État : son royaume est divisĂ© en treize provinces gĂ©rĂ©es par un intendant et en quarante-deux districts dirigĂ©s par un sous-intendant. Les communes sont Ă©galement regroupĂ©es en circonscriptions judiciaires dĂ©pendant d'une nouvelle Cour de cassation. Comme en France, il dĂ©cide de la crĂ©ation d'un certain nombre d'institutions telles qu'un Conseil d'État ou une Cour des comptes. Des lĂ©gions de gendarmerie et des commissariats de police sont crĂ©Ă©s dans tous le royaume, de mĂȘme que des organismes de bienfaisance, des hĂŽpitaux, des orphelinats ou encore un collĂšge public par province. Sur le plan lĂ©gislatif, Joseph Bonaparte proclame l'abolition de la fĂ©odalitĂ© le et fait rĂ©diger un nouveau code de lois directement inspirĂ© du Code civil promulguĂ© en France en 1804, tout en l'adaptant aux spĂ©cificitĂ©s locales. Ce travail considĂ©rable ne s'achĂšve qu'aprĂšs le dĂ©part de Joseph pour l'Espagne, mais c'est bien lui qui, le , se trouvant alors Ă  Bayonne, dĂ©crĂšte l'entrĂ©e en vigueur du nouveau code napolitain pour le suivant[a 77].

Portrait de Joseph Bonaparte en tenue de roi et portant une cape verte.
Portrait du roi de Naples par Luigi Toro.

Sur le plan militaire, l'armĂ©e napolitaine est elle aussi rĂ©organisĂ©e selon le modĂšle français. Des Ă©coles militaires et de nouveaux casernements sont crĂ©Ă©s, de mĂȘme qu'une garde provinciale, inspirĂ©e de la Garde nationale et chargĂ©e du maintien de l'ordre et de la surveillance des bĂątiments officiels. Une garde civique, directement placĂ©e sous les ordres de Christophe Saliceti, opĂšre dans la ville de Naples, tandis que dĂšs le mois d', une garde royale est instaurĂ©e. FormĂ©e de deux rĂ©giments d'infanterie, d'un rĂ©giment de cavalerie, de deux compagnies d'artillerie et d'une compagnie de gendarmes d'Ă©lite, elle est commandĂ©e par les gĂ©nĂ©raux Mathieu et Saligny[a 78].

Bien que trĂšs occupĂ© Ă  mettre en place ses diffĂ©rentes rĂ©formes, Joseph Bonaparte n'oublie pas pour autant les habitudes d'une vie luxueuse et s'attache Ă  ce que la vie de cour Ă  Naples soit des plus brillantes. Son goĂ»t pour le thĂ©Ăątre et la musique le conduit Ă  prendre Ă  son service l'acteur Larive, chargĂ© de mettre en scĂšne les piĂšces classiques françaises les plus renommĂ©es, ainsi que le compositeur Giovanni Paisiello, auteur de la messe du sacre de NapolĂ©on. Par ailleurs, Joseph Bonaparte soutient financiĂšrement les musiciens napolitains les plus cĂ©lĂšbres de leur Ă©poque comme Gaetano Rossi et Giuseppe Maria Diodati ou encore le poĂšte Vincenzo Monti. À la fin du mois de , il fonde le CollĂšge royal de musique, dirigĂ© par Paisiello et qui permet la crĂ©ation de plusieurs Ɠuvres menĂ©es par le chorĂ©graphe Louis Henry et le compositeur Wenzel Robert von Gallenberg. Enfin, Joseph Bonaparte enrichit la collection des musĂ©es napolitains par le biais d'Ɠuvres saisies aux partisans du roi dĂ©chu Ferdinand IV ou Ă  l'Église catholique, tout comme il rĂ©tablit les chasses royales[a 79]. Toujours dans le but de dĂ©velopper l'instruction publique et la vie culturelle et intellectuelle de son royaume, Joseph Bonaparte refonde l'universitĂ© napolitaine sur des bases modernes, crĂ©e une SociĂ©tĂ© royale de Naples sur le modĂšle de l'Institut de France, et confie la gestion de l'AcadĂ©mie des arts et dessin au peintre Jean-Baptiste Wicar. L'enseignement primaire est encouragĂ©, de mĂȘme que la crĂ©ation de maisons d'Ă©ducation pour les filles. Pour assurer la diffusion du savoir, des imprimeries sont installĂ©es en province. Enfin, Joseph Bonaparte rĂ©organise les diffĂ©rents chantiers de fouilles archĂ©ologiques, comme ceux de Paestum et de PompĂ©i[a 80].

Cette politique produit ses effets et le roi parvient à rattacher la plupart des notables napolitains à son régime : « Il ne s'offrit jamais à un conquérant ou à un roi nouveau de plus favorables occasions de s'affermir dans le pouvoir, que celles qui s'offrirent à Joseph Bonaparte à Naples : avoir les principales classes de la société, les nobles, les savants, les riches de la nation, dévoués à sa cause était une circonstance rare »[15].

Une lente pacification

Gravure d'un homme le regard tourné vers sa gauche.
Christophe Saliceti organise la police napolitaine.

DÚs l'avÚnement de son rÚgne, Joseph Bonaparte doit affronter un certain nombre de difficultés. D'une part, les souverains déchus ayant ruiné le trésor du royaume avant leur fuite, la situation financiÚre napolitaine est critique. Joseph refuse pourtant de faire peser le financement des réformes et le paiement des troupes uniquement sur la levée d'un impÎt exceptionnel. Il privilégie ainsi l'emprunt. Il n'en demeure pas moins que le budget du nouveau gouvernement se trouve largement déficitaire.

D'autre part, la pacification du royaume est difficilement assurĂ©e. AprĂšs son entrĂ©e dans Naples, Joseph Bonaparte doit encore conquĂ©rir la partie sud de son territoire. Un corps commandĂ© par le gĂ©nĂ©ral Reynier s'en assure et gagne la Calabre dĂšs le dĂ©but du mois de . La Sicile reste nĂ©anmoins sous l'emprise de l'ennemi qui reçoit le soutien de la flotte anglaise pour assurer la dĂ©fense du dĂ©troit de Messine[a 81]. La guerre demeure en « toile de fond » de son rĂšgne. Joseph Bonaparte doit donc constamment maintenir une forte pression rĂ©pressive face aux complots et aux rĂ©voltes qui agitent son royaume. DĂšs les premiers temps de l'occupation française, des bandes de partisans de Ferdinand IV se soulĂšvent dans les campagnes, dont celle menĂ©e par Fra Diavolo. Le , un corps de 2 000 soldats britanniques commandĂ©s par l'amiral Sidney Smith s'installe sur l'Ăźle de Capri, oĂč ils demeurent jusqu'en . Plusieurs dĂ©barquements ennemis ont lieu, dont celui du gĂ©nĂ©ral Stuart dans le golfe de Sainte-EuphĂ©mie qui dĂ©fait les troupes françaises lors de la bataille de Maida, conduisant Ă  l'occupation temporaire des villes de Reggio de Calabre et de Scilla. Bien que MassĂ©na rĂ©tablisse la situation en faveur des français, l'Ă©chec de Maida connaĂźt un fort retentissement et la Calabre est dĂšs lors secouĂ©e par de nombreuses insurrections[a 82]. La rĂ©pression menĂ©e par Joseph Bonaparte est d'une grande sĂ©vĂ©ritĂ© : les condamnations et les exĂ©cutions se multiplient sur tout le territoire. Comme le confirme l'historien Jacques Rambaud, le nouveau roi de Naples prend volontiers exemple sur son frĂšre : « si l'empereur rĂ©itĂšre, avec un calme effrayant, les ordres les plus rigoureux, Joseph n'y oppose point la mansuĂ©tude qu'on lui prĂȘte : c'est bien un Bonaparte[16] ».

La vie de Joseph Bonaparte est plusieurs fois menacĂ©e. Ministre de la Police, Christophe Saliceti met en place une surveillance renforcĂ©e et applique les mĂȘmes mĂ©thodes que Joseph FouchĂ© Ă  Paris en instaurant des arrestations par mesure de haute police, c'est-Ă -dire sans procĂ©dure judiciaire, tout en interdisant la possession des armes. Le pĂȘche en mer la nuit est elle aussi interdite, de mĂȘme que la tenue de rĂ©unions publiques sans autorisation officielle. Des tribunaux d'exception sont crĂ©Ă©s avec exĂ©cution dans les vingt-quatre heures si la peine de mort est prononcĂ©e. Pour la seule annĂ©e 1806, le tribunal exceptionnel de Naples inculpe 3 121 personnes et prononce 16 condamnations Ă  mort, dont celle de Fra Diavolo. Cette politique rĂ©pressive permet de dĂ©jouer de nombreux complots visant Ă  attenter Ă  la vie du nouveau souverain[a 82].

Les relations entre le roi Joseph et l'Église sont elles aussi compliquĂ©es. L'abolition de la fĂ©odalitĂ© soulĂšve un vent d'inquiĂ©tude au sein du clergĂ©, tout comme le pillage et la profanation de nombreux Ă©difices par les troupes françaises. L'archevĂȘque de Naples Luigi Ruffo-Scilla refuse notamment de prĂȘter serment au nouveau souverain et est exilĂ© Ă  Rome. Bien que Joseph Bonaparte ait permis la restitution de nombreux objets volĂ©s par ses soldats, dĂ©cidĂ© la prise en charge du traitement des hommes d'Église par l'État ou encore financĂ© Ă  ses frais la restauration de l'abbaye du Mont-Cassin, la confiance entre le clergĂ© et le nouveau rĂ©gime est en grande partie rompue[a 83].

El rey intruso

Portrait en pied du roi se tenant debout devant un trÎne et portant un manteau de velours bleu, brodé d'or et doublé d'hermine.
Le roi Joseph par François Gérard, en 1808.

Le , Joseph Bonaparte reçoit une lettre de l'empereur qui l'informe de son avĂšnement sur le trĂŽne d'Espagne. Charles IV et son fils Ferdinand ont en effet abdiquĂ© quelques jours plus tĂŽt Ă  Bayonne au terme d'une crise sans prĂ©cĂ©dent[a 84]. Par ailleurs, ses deux frĂšres Louis et JĂ©rĂŽme ont refusĂ© la couronne[17]. AprĂšs avoir confiĂ© le gouvernement de son royaume de Naples Ă  Pierre-Louis Roederer[Note 8], Joseph Bonaparte quitte sa capitale le et rejoint finalement Bayonne le suivant[a 84]. Officiellement roi d'Espagne depuis le 4[18], il rencontre ses nouveaux sujets parmi les diffĂ©rents reprĂ©sentants espagnols prĂ©sents en cette ville. Une nouvelle constitution, influencĂ©e fortement par NapolĂ©on lui-mĂȘme, est alors rĂ©digĂ©e par l'assemblĂ©e des Cortes, qui n'avaient plus Ă©tĂ© rĂ©unis depuis 1789. Au terme de douze sĂ©ances de travail Ă  l'Ă©vĂȘchĂ© de Bayonne, le texte est adoptĂ© le et antidatĂ© du 6. Cette nouvelle constitution cherche Ă  concilier les principes napolĂ©oniens et les traditions espagnoles. Si le cadre institutionnel est trĂšs proche de celui de l'Empire, dotĂ© d'un pouvoir exĂ©cutif fort dĂ©tenu par le roi, entourĂ© de ses ministres et d'un Conseil d'État, l'Ancien RĂ©gime n'est pas entiĂšrement aboli. Le Code civil n'est pas introduit en Espagne et certains privilĂšges Ă©lectoraux ou fiscaux sont maintenus. Si l'Inquisition est supprimĂ©e, le catholicisme est toujours reconnu comme religion d'État. Joseph Bonaparte, qui choisit de rĂ©gner sous le nom de Joseph-NapolĂ©on Ier, prĂȘte serment devant les Cortes de Bayonne et devant le plus haut dignitaire religieux prĂ©sent, l'archevĂȘque de Burgos Manuel Cid y Monroy. Comme le prĂ©voit la constitution, le roi s'entoure de neuf ministĂšres et d'un secrĂ©tariat d'État, Ă  la tĂȘte desquels Joseph Bonaparte ne place que d'anciens serviteurs des Bourbons[a 85].

Monogramme en lettre rouge et or.
Le monogramme royal de Joseph.

Le roi Joseph-NapolĂ©on Ier fait son entrĂ©e en Espagne le et doit trĂšs vite constater son impopularitĂ©. Il est considĂ©rĂ© dĂšs le dĂ©but de son rĂšgne comme « el rey intruso », un roi intrus car Ă©tranger. AprĂšs l'insurrection du Ă  Madrid contre l'occupation de la ville par les Français, des troubles ont en effet Ă©clatĂ© dans tout le pays. Les responsables municipaux de MĂłstoles ont rĂ©digĂ© une pĂ©tition appelant au soulĂšvement gĂ©nĂ©ral, tandis que des juntes insurrectionnelles se forment dans la plupart des grandes villes, comme Ă  Oviedo, Valence ou encore SĂ©ville. Ces troubles sont alimentĂ©s principalement par les membres du clergĂ©, qui prĂ©sentent Bonaparte comme l'« AntĂ©christ ». Selon l'historien Richard Hocquellet, entre 25 et 40 % des membres des juntes qui se forment sont des ecclĂ©siastiques[19]. De mĂȘme, les individus soupçonnĂ©s d'accepter ou de soutenir la prĂ©sence française, qu'on nomme alors des afrancesados, sont parfois exĂ©cutĂ©s sommairement. Joseph Bonaparte est ainsi victime d'une campagne de dĂ©nigrement et ce avant mĂȘme sa prise de fonction. Il est affublĂ© d'un certain nombre de sobriquets pĂ©joratifs ou de caricatures, le prĂ©sentant parfois en diable, en satyre, en bossu obĂšse ou en ivrogne[Note 9], ce qui le touche personnellement[a 86]. Cette cabale frappe l'opinion qui prend gĂ©nĂ©ralement parti contre lui comme le confie le gĂ©nĂ©ral BigarrĂ© : « On ne saurait croire combien cette odieuse caricature indisposa le peuple contre le nouveau roi. Dans les campagnes, il Ă©tait impossible de dĂ©truire l'impression qu'elle avait faite, et dans les villes oĂč le roi passait, les moines et les prĂȘtres avaient l'impudence de soutenir Ă  la populace que ce n'Ă©tait pas lui, et ces malheureux le croyaient[20]. »

Joseph Bonaparte ne peut cacher son inquiĂ©tude Ă  NapolĂ©on, qui tente en vain de le rassurer. La rĂ©pression souvent disproportionnĂ©e de l'armĂ©e française face aux actes de violence commis contre le nouveau rĂ©gime accentue elle aussi les tensions. Lors de l'entrĂ©e solennelle du nouveau souverain Ă  Madrid le , les rues sont presque dĂ©sertes, en guise de protestation. Il constate Ă©galement qu'une partie de ceux qui lui ont prĂȘtĂ© serment Ă  Bayonne ont dĂ©jĂ  rejoint le camp des insurgĂ©s[a 86]. Le dĂ©sastre français de la bataille de BailĂ©n, qui constitue le premier Ă©chec de grande ampleur des armĂ©es napolĂ©oniennes, renforce la dĂ©termination des factieux, soutenus depuis le dĂ©part par les troupes anglaises. DĂšs lors, l'armĂ©e française est repoussĂ©e dans chaque rĂ©gion qu'elle occupe. Le , Joseph Bonaparte, qui n'a pas assez d'hommes Ă  sa disposition pour dĂ©fendre Madrid, prend la dĂ©cision d'Ă©vacuer la capitale. Il rejoint d'abord la rĂ©gion de Burgos, dĂ©fendue par le corps d'armĂ©e du marĂ©chal BessiĂšres avant d'ĂȘtre repoussĂ© vers Miranda de Ebro, Logroño et enfin Vitoria-Gasteiz chez le marquis de Montehermoso. Madrid est occupĂ©e par les troupes du gĂ©nĂ©ral Castaños et une junte centrale suprĂȘme de gouvernement proclame Ferdinand VII, en exil Ă  Valençay, roi d'Espagne le [a 87].

DeuxiÚme entrée à Madrid et nouvelles difficultés pour régner

Pour rĂ©tablir la situation, l'empereur NapolĂ©on Ier s'engage personnellement en prenant la tĂȘte de son armĂ©e le . Les troupes espagnoles, soutenues par le corps expĂ©ditionnaire anglais du gĂ©nĂ©ral Moore, reculent rapidement et Madrid est reprise le . Pour autant, Joseph Bonaparte est tenu Ă  l'Ă©cart de la capitale oĂč une rĂ©pression sĂ©vĂšre s'engage, et c'est NapolĂ©on lui-mĂȘme, sous sa propre signature, qui prend les premiĂšres mesures pour affermir le pouvoir de son frĂšre. Selon Thierry Lentz, c'est une façon pour l'empereur de « donner Ă  tous une leçon de mĂ©thode : leçon policiĂšre et de puissance aux insurgĂ©s qu'il mĂ©prisait, leçon politique Ă  Joseph et son entourage, enclins Ă  nĂ©gocier pour pacifier ». BlessĂ© d'avoir Ă©tĂ© ainsi dĂ©tachĂ© du pouvoir, Joseph Bonaparte remet sa dĂ©mission Ă  son frĂšre, mais n'obtient aucune rĂ©ponse en retour. Cette situation, humiliante pour Joseph, s'Ă©ternise, et le roi n'est autorisĂ© Ă  rentrer dans sa capitale qu'un mois et demi aprĂšs sa libĂ©ration, le [a 88].

L'accueil qui lui est rĂ©servĂ© est assez terne, comme le rapporte son Ă©cuyer Stanislas de Girardin : « L'enthousiasme ne s'est fait remarquer nulle part, et le mĂ©contentement ne s'est montrĂ© dans aucune des parties de la ville ; la neutralitĂ© s'est maintenue avec exactitude, et c'est ce que l'on pouvait attendre de mieux dans la situation des esprits[21]. » Comme Ă  Naples quelques annĂ©es plus tĂŽt, Joseph Bonaparte cherche alors Ă  sĂ©duire son peuple en prenant des mesures qui tendent Ă  prouver son attachement Ă  l'Espagne et son « hispanitĂ© » : les gĂ©nĂ©raux de l'armĂ©e française sont tenus Ă  l'Ă©cart des rĂ©ceptions officielles, les anciennes armoiries sont maintenues (bien qu'en y ajoutant une aigle) et les corridas sont rĂ©tablies. De mĂȘme, il s'applique Ă  maĂźtriser le castillan de maniĂšre Ă  prĂ©sider les conseils dans cette langue. Pour apaiser les tensions avec le clergĂ©, l'abbĂ© Llorente, ancien secrĂ©taire de l'Inquisition, est nommĂ© aumĂŽnier du roi et admis au Conseil d'État, tandis que Joseph Bonaparte s'attache Ă  paraĂźtre comme un catholique fervent, assistant Ă  la messe chaque matin. Pour autant, la fermeture de nombreux couvents, souvent pour des raisons Ă©conomiques, de mĂȘme que les pillages d'Ă©glises et les exĂ©cutions de prĂȘtres et de moines commises par les armĂ©es napolĂ©oniennes, renforcent la rĂ©bellion[a 89].

Dans les premiers mois qui suivent son retour, le roi contrĂŽle Madrid et sa rĂ©gion, mais ne peut administrer le pays tout entier en raison des foyers de rĂ©sistance qui persistent. Il renforce l'organisation du gouvernement central, appuyĂ© en cela par son secrĂ©taire d'État Mariano Luis de Urquijo. Le Conseil d'État, installĂ© au sein mĂȘme du palais royal, se rĂ©unit en sĂ©ance plĂ©niĂšre trois fois par mois pour accĂ©lĂ©rer le travail lĂ©gislatif qui s'avĂšre finalement peu efficace tout au long de la durĂ©e du rĂšgne, en raison notamment du manque d'hommes pour organiser l'administration Ă  travers le pays. Ceci explique parfois la lenteur de certaines rĂ©formes : Ă  titre d'exemple, la crĂ©ation de treize tribunaux d'appel, dĂ©crĂ©tĂ©e Ă  la fin de l'annĂ©e 1810, n'est promulguĂ©e qu'en . Pour essayer d'Ă©largir le cercle de ses partisans, Joseph Bonaparte cherche alors Ă  rĂ©pandre la franc-maçonnerie en Espagne : la Grande Loge de toutes les Espagnes est fondĂ©e en , de mĂȘme que le SuprĂȘme Conseil en . ConfrontĂ©es Ă  l'hostilitĂ© de l'Église puis supplantĂ©es par le Grand Orient de France y compris dans les rĂ©gions que le roi contrĂŽle, les loges instiguĂ©es par Joseph Bonaparte sont vouĂ©es Ă  l'Ă©chec. À la tĂȘte d'un pays fragmentĂ©, le roi est Ă©galement desservi par des finances exsangues : l'impossibilitĂ© de percevoir l'impĂŽt dans les rĂ©gions insoumises ainsi que les frais liĂ©s Ă  l'entretien des troupes qui poursuivent les combats condamnent toute perspective de redressement. Une politique de rĂ©duction des dĂ©penses publiques, en particulier pour la maison du roi, est entreprise, de mĂȘme que des emprunts forcĂ©s dans la rĂ©gion de Madrid ou en Hollande. Les ventes de biens sĂ©questrĂ©s et la fonte de l'argenterie saisie comblent pĂ©niblement les dĂ©ficits. Ainsi, pendant ses cinq annĂ©es de rĂšgne, Joseph Bonaparte ne peut entreprendre de rĂ©formes pĂ©rennes comme il avait pu en rĂ©aliser Ă  Naples[a 90].


Rivalité avec les maréchaux

Portrait en buste du maréchal Soult en tenue d'officier.
Le maréchal Soult.

Sur le plan militaire, NapolĂ©on refuse de laisser le commandement des armĂ©es Ă  son frĂšre, si bien que Joseph est parfois mĂ©prisĂ© par les marĂ©chaux Ă  la tĂȘte des forces françaises, Ă  commencer par Soult. Le plus souvent, les rapports sur les opĂ©rations en cours ou projetĂ©es ne lui sont pas transmis. La fuite du corps expĂ©ditionnaire anglais aprĂšs l'intervention de NapolĂ©on fin 1808 n'offre un rĂ©pit que de courte durĂ©e. DĂšs le suivant, la junte centrale de SĂ©ville, qui coordonne l'insurrection espagnole, signe une nouvelle alliance militaire avec l'Angleterre. Un nouveau corps expĂ©ditionnaire conduit par le gĂ©nĂ©ral Arthur Wellesley dĂ©barque au Portugal trois mois plus tard. La mĂ©sentente au sein de l'Ă©tat-major français de mĂȘme que le dĂ©sintĂ©rĂȘt de l'empereur qui tourne ses vues vers le centre et l'est de l'Europe conduisent Ă  une situation d'enlisement de l'armĂ©e française dans ce conflit. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1810, NapolĂ©on accĂšde enfin aux demandes de son frĂšre en l'autorisant Ă  mener une expĂ©dition vers l'Andalousie. La campagne, menĂ©e tout au long du mois de janvier, est brĂšve et efficace : le roi entre Ă  SĂ©ville le et soumet la plus grande partie de la rĂ©gion. Il prend rapidement des mesures pour y installer de nouveaux fonctionnaires et fait preuve de magnanimitĂ© en libĂ©rant des prisonniers. Le succĂšs sur l'opinion est manifeste. L'Ă©tat-major lui dĂ©conseille de se tourner vers Cadix, alors sans dĂ©fense, et l'empereur lui retire le commandement de l'armĂ©e du sud au profit de Soult. RavitaillĂ©e par la flotte anglaise, Cadix devient une forteresse imprenable : les Français, incapables de s'en emparer, lĂšvent son siĂšge deux ans plus tard, en [a 91].

Portrait en buste du roi Joseph en uniforme d'officier espagnol.
Le roi représenté par François-Joseph Kinson en 1811.

Tandis que Joseph Bonaparte est convaincu que la clĂ©mence et les bons traitements sont les seuls moyens de gagner l'opinion et de rallier le peuple espagnol Ă  son rĂ©gime, NapolĂ©on continue de couvrir les agissements de ses marĂ©chaux et de leurs officiers, n'hĂ©sitant pas Ă  tancer le comportement « chevaleresque » de son frĂšre. DĂ©couragĂ© devant l'impasse de la situation, le roi est de plus en plus isolĂ©[a 92], ainsi que le rapporte son page Abel Hugo : « Nul ne voulait admettre que l'Espagne fĂ»t un pays Ă  mĂ©nager, l'Espagnol un alliĂ© naturel Ă  ramener par de bons traitements, Ă  conquĂ©rir par la douceur. Soit ambition, soit cupiditĂ©, soit vengeance, la PĂ©ninsule leur semblait Ă  tous une proie Ă  dĂ©vorer, et ses habitants des brigands Ă  Ă©gorger2e partie,_p. 125_130-0">[22]. » À plusieurs reprises, Joseph Bonaparte transmet Ă  l'empereur sa dĂ©mission, qui continue Ă  la lui refuser[a 93]. Lors d'un court sĂ©jour en France en , Ă  l'occasion du baptĂȘme de son neveu, le roi de Rome, Joseph Bonaparte pense obtenir des garanties quant au versement d'un prĂȘt mensuel et Ă  sa prise de commandement, mais ces promesses ne seront pas tenues, du moins seulement en partie[a 94]. Si la fin de l'annĂ©e 1811 semble favorable aux armĂ©es impĂ©riales, qui remportent plusieurs succĂšs comme Ă  l'issue du siĂšge de Valence, la division des marĂ©chaux français fragilise une nouvelle fois leur position. De mĂȘme, le rattachement de la Catalogne Ă  l'Empire au dĂ©but de l'annĂ©e 1812[23] - [Note 10], dĂ©cidĂ© sans l'accord de Joseph Bonaparte, dĂ©montre l'insignifiance de son rĂŽle[a 95].

La débùcle

Caricature montrant un homme donnant un coup de pied dans le derriĂšre du roi Ă  la frontiĂšre entre la France et l'Espagne.
Le roi Joseph chassé par un Espagnol.

Dans l'ouest du pays, les troupes anglaises menĂ©es par le duc de Wellington prennent la ville de Ciudad Rodrigo le , puis progressent rapidement. Dans le mĂȘme temps, l'empereur accepte enfin de placer le commandement gĂ©nĂ©ral des armĂ©es françaises dans les mains de son frĂšre. La dĂ©cision est prise le mais elle tarde Ă  ĂȘtre appliquĂ©e en raison du refus des principaux marĂ©chaux de se soumettre aux ordres de Joseph Bonaparte. La dĂ©sunion profite aux Anglais qui prennent Badajoz le , puis Salamanque le . Au mois de juillet, la bataille des Arapiles inflige de lourdes pertes Ă  l'armĂ©e française du Portugal du marĂ©chal Marmont qui compte prĂšs de 7 000 tuĂ©s et autant de prisonniers. La route de Madrid Ă©tant ainsi ouverte, le roi organise son Ă©vacuation en direction de Valence, qu'il atteint le [a 96]. Les tensions entre Joseph Bonaparte et le reste de l'Ă©tat-major sont Ă  leur paroxysme, en particulier avec le marĂ©chal Soult qui, se considĂ©rant comme le seul homme capable de sauver la situation, intrigue pour discrĂ©diter le roi. RepliĂ©es sur Saragosse en septembre, les armĂ©es napolĂ©oniennes organisent une contre-offensive le mois suivant, tandis que les troupes de Wellington Ă©chouent devant Burgos, ce qui permet Ă  Joseph Bonaparte de retrouver sa capitale le . Les Anglais organisent la retraite et sont repoussĂ©s vers Ciudad Rodrigo[a 97].

Caricature en couleur montrant des soldats sur un champ de bataille.
La fuite du roi lors de la bataille de Vitoria.

À Paris, NapolĂ©on rappelle Soult, de nombreux gĂ©nĂ©raux et un effectif de 15 000 hommes pour prĂ©parer la campagne d'Allemagne. Affaibli, Joseph Bonaparte se replie vers Valladolid le , tandis que les diffĂ©rents corps français reprennent des positions en appui de la chaĂźne pyrĂ©nĂ©enne. Une nouvelle Ă©vacuation de Madrid est dĂ©cidĂ©e et achevĂ©e le suivant. Les troupes britanniques de Wellington, rĂ©organisĂ©es et dĂ©sormais en supĂ©rioritĂ© numĂ©rique, prennent l'initiative des combats. Leur progression est fulgurante, de Salamanque le Ă  Burgos le . La bataille de Vitoria, le , s'avĂšre dĂ©cisive[a 98].

Le jour du combat, les armĂ©es napolĂ©oniennes sont mal organisĂ©es Ă  la suite d'une sĂ©rie d'erreurs de Joseph Bonaparte[a 98] ; ce dernier, handicapĂ© par l'indisposition de son chef d'Ă©tat-major, le marĂ©chal Jourdan, est restĂ© plongĂ© la veille dans une sorte de paralysie et n'a pris que des dispositions relativement secondaires[24]. Face Ă  l'offensive de Wellington, les armĂ©es napolĂ©oniennes subissent le feu ennemi, au point que le roi annonce la retraite gĂ©nĂ©rale aprĂšs quelques heures de combat[a 98]. Dans la confusion gĂ©nĂ©rale, il abandonne sa voiture pour se sauver Ă  cheval, Ă©chappant de peu aux hussards anglais[25]. De nombreuses munitions et piĂšces d'artillerie tombent alors entre les mains des Britanniques, de mĂȘme que la solde de l'armĂ©e, le trĂ©sor royal, les papiers et les objets personnels de Joseph. Cette dĂ©route marque d'ailleurs la fin de son rĂšgne : accablĂ© sur le plan militaire, il franchit la frontiĂšre le suivant pour installer son quartier gĂ©nĂ©ral Ă  Saint-Jean-de-Luz[a 98].

Lieutenant général de l'empereur pendant la campagne de France (1814)

Tableau montrant des troupes militaires défilant devant l'Arc de Triomphe.
L'armée russe entre à Paris aprÚs la capitulation de la ville.

À la fin du mois de , aprĂšs avoir sĂ©journĂ© pendant quelques jours au chĂąteau de Poyanne en compagnie d'un dĂ©tachement de sa garde royale, Joseph Bonaparte est autorisĂ© Ă  rejoindre sa propriĂ©tĂ© de Mortefontaine, Ă  condition de se tenir Ă©loignĂ© de Paris. Le suivant, NapolĂ©on signe le traitĂ© de Valençay avec Ferdinand VII, visant Ă  rĂ©tablir ce dernier sur le trĂŽne d'Espagne[Note 11] - [a 99].

De son cĂŽtĂ©, Joseph Bonaparte est appelĂ© Ă  de nouvelles fonctions. Au mois de , il devient le conseiller militaire de l'impĂ©ratrice Marie-Louise d'Autriche, Ă  qui NapolĂ©on confie la rĂ©gence alors qu'il quitte la capitale pour dĂ©fendre le territoire français contre l'invasion des puissances coalisĂ©es. En plus de son rĂŽle au sein du Conseil de RĂ©gence, Joseph est nommĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral de l'empereur le , avec autoritĂ© sur la garde nationale et les troupes de la 1re division militaire de Paris[a 100]. AprĂšs une sĂ©rie de victoires françaises au mois de fĂ©vrier, la situation s'inverse[26]. Joseph Bonaparte tente de convaincre NapolĂ©on de signer la paix quelles que soient les conditions, ce qui dĂ©plaĂźt fortement Ă  l'empereur. L'ancien roi d'Espagne est mĂȘme soupçonnĂ© d'intriguer pour prendre la place de son frĂšre sur le trĂŽne[a 101].

Le , les troupes françaises sont battues Ă  Arcis-sur-Aube et les armĂ©es coalisĂ©es convergent vers Paris. Tout en organisant la dĂ©fense de la capitale, Joseph Bonaparte soumet le au Conseil de RĂ©gence la question de l'Ă©vacuation de l'impĂ©ratrice et de son fils. Les avis sont partagĂ©s mais en prenant appui sur des lettres de NapolĂ©on, qui lui indique qu'il ne souffrirait pas de voir son fils aux mains de l'ennemi, Joseph prend la dĂ©cision de leur faire quitter la capitale, ce qui lui sera plus tard reprochĂ©[a 102]. Dans le mĂȘme temps, il fait placarder une proclamation dans les rues de Paris pour exhorter la ville Ă  se dĂ©fendre. Le , les combats s'engagent et la situation tourne rapidement en faveur des coalisĂ©s. Il rĂ©unit dans l'urgence un conseil formĂ© des ministres Clarke, Daru et DecrĂšs, des gĂ©nĂ©raux Hulin, Mathieu et Strolz, du major Allent et de plusieurs officiers d'Ă©tat-major. La dĂ©cision est prise d'autoriser les marĂ©chaux Ă  nĂ©gocier en vue d'une capitulation, qui est signĂ©e dans la nuit du . Pendant ce temps, Joseph Bonaparte quitte prĂ©cipitamment la ville pour rejoindre l'impĂ©ratrice Ă  Blois, oĂč il arrive le [a 103].

Exil en Suisse (1814-1815)

Photographie en couleur d'un chĂąteau et de son jardin.
Le chùteau de Prangins devient la propriété de Joseph Bonaparte pendant son séjour en Suisse.

Alors que la nouvelle de l'abdication de l'empereur parvient Ă  Blois le , Joseph Bonaparte et son frĂšre JĂ©rĂŽme Bonaparte tentent de convaincre l'impĂ©ratrice de se replier au sud de la Loire dans le but de poursuivre la lutte et de conserver ainsi son fils sur le trĂŽne. Devant l'Ă©chec de cette stratĂ©gie, les deux frĂšres l'engagent Ă  se rapprocher des lignes autrichiennes pour se placer sous la protection de son pĂšre, l'empereur François Ier. Dans les jours qui suivent, Joseph Bonaparte s'installe Ă  OrlĂ©ans, puis sollicite une autorisation du gouvernement provisoire prĂ©sidĂ© par Talleyrand pour se retirer dans son domaine de Mortefontaine. Celle-ci lui est refusĂ©e et Joseph est contraint Ă  l'exil, comme l'ensemble de la famille Bonaparte. Le , il prend la route de la Suisse, accompagnĂ© seulement d'un aide de camp, le colonel Espert, de son secrĂ©taire et de son mĂ©decin. Il est d'abord accueilli par un ancien chambellan de NapolĂ©on, Jean-Jacques de Sellon, au chĂąteau d'Allaman qu'il envisage un temps d'acheter voire d'Ă©changer contre celui de Mortefontaine. Il acquiert finalement le le chĂąteau de Prangins, situĂ© Ă  proximitĂ© du lac LĂ©man, aprĂšs s'y ĂȘtre Ă©tabli un mois plus tĂŽt. DĂšs son installation dans son nouveau domaine, Joseph Bonaparte entreprend des travaux d'amĂ©nagement et fait venir des piĂšces de mobilier et de dĂ©coration depuis son chĂąteau de Mortefontaine. La romanciĂšre Germaine de StaĂ«l figure parmi ses premiers hĂŽtes et lui permet notamment de s'introduire auprĂšs des notables locaux[a 104].

La femme et les deux filles de Joseph le rejoignent en septembre Ă  Prangins, oĂč il entend mener une vie calme et loin de l'agitation politique. Il est cependant suspectĂ© par Talleyrand qui cherche Ă  mettre au jour une Ă©ventuelle correspondance avec NapolĂ©on, alors en exil Ă  l'Ăźle d'Elbe. Des espions du gouvernement français sont notamment envoyĂ©s Ă  Prangins et certains informateurs rĂ©ussissent Ă  se faire employer au service de maison de Joseph Bonaparte. Bien qu'aucune preuve ne soit dĂ©couverte, Talleyrand presse les autoritĂ©s locales de l'expulser, par l'intermĂ©diaire de son neveu, ambassadeur en Suisse. À la fin de l'annĂ©e 1814, le lieutenant de police du Conseil d'État vaudois suggĂšre ainsi de maniĂšre officielle un dĂ©part Ă  Joseph Bonaparte. Si des preuves ne sont pas dĂ©couvertes, la correspondance entre Joseph et NapolĂ©on est pourtant bien rĂ©elle[a 105]. C'est notamment par son intermĂ©diaire que Germaine de StaĂ«l peut prĂ©venir l'empereur que deux hommes Ă  la solde du comte d'Artois sont en route pour l'Ăźle d'Elbe dans le but de l'assassiner[27]. MalgrĂ© ces contacts clandestins, Joseph ne prend aucune part au complot qui permet d'organiser le retour en France de l'empereur. Il se remet cependant immĂ©diatement Ă  son service aprĂšs le dĂ©barquement de Golfe-Juan. NapolĂ©on le charge dans un premier temps d'imprimer et de diffuser ses proclamations dans l'est de la France, ainsi que d'exiger auprĂšs de l'ambassadeur d'Autriche le retour immĂ©diat de l'impĂ©ratrice[a 106] - [d 2]. Dans le mĂȘme temps, en plein CongrĂšs de Vienne, Talleyrand parvient Ă  convaincre le ministre autrichien Metternich de signer une demande d'arrestation contre Joseph Bonaparte. Sous la pression d'officiers russes et autrichiens, le colonel Girard et le juge de paix Cazenove, reprĂ©sentants des autoritĂ©s helvĂ©tiques, se prĂ©sentent au chĂąteau de Prangins le pour procĂ©der Ă  l'arrestation de l'ancien roi d'Espagne. L'opĂ©ration est vaine, ce dernier ayant pris la fuite la nuit prĂ©cĂ©dente, prĂ©venu par des complices[a 106].

Les Cent-Jours et le départ pour l'Amérique

De retour à Paris le , Joseph Bonaparte est immédiatement rétabli dans sa charge de grand électeur de l'Empire. DÚs lors, il cherche à convaincre Napoléon d'accélérer la libéralisation de l'Empire et fait partie de ceux qui réclament une révision des Constitutions impériales. L'empereur nomme alors une commission constitutionnelle composée principalement de ses fidÚles, mais Joseph et son frÚre Lucien, de retour en grùce, suggÚrent à Napoléon de confier cette réforme à l'un de ses plus vifs opposants, le penseur libéral et romancier Benjamin Constant. Le texte que rédige ce dernier, amendé en partie par l'empereur et son comité, aboutit à la promulgation de l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire le . Les frÚres Bonaparte siÚgent de droit au sein de la nouvelle Chambre des pairs et c'est à Joseph que Napoléon confie le soin de dresser la liste de ses membres[a 107].

Une nouvelle fois, les souverains de l'Europe entiĂšre se lient contre la France. Au moment du dĂ©part de l'empereur pour rejoindre son armĂ©e qui marche vers la Belgique, Joseph Bonaparte est investi de la prĂ©sidence du Conseil des ministres. Pour autant, NapolĂ©on ne veut pas entendre parler de rĂ©gence et signe un ordre de service pour indiquer qu'il continuera Ă  gouverner lui-mĂȘme pendant la campagne militaire. Les Ă©vĂ©nements tournent en sa dĂ©faveur car l'armĂ©e française est sĂ©vĂšrement battue Ă  Waterloo le , entraĂźnant la Seconde abdication de l'empereur le suivant[a 108].

AprĂšs avoir un temps envisagĂ© de partir aux États-Unis avec NapolĂ©on, Joseph Bonaparte s'embarque finalement seul pour l'AmĂ©rique, tandis que son frĂšre est conduit Ă  Sainte-HĂ©lĂšne. CachĂ© un temps dans une maison des Mathes, prĂšs de La Tremblade, Joseph Bonaparte rejoint le port de Royan et monte Ă  bord du brick Le Commerce dans la nuit du 24 au , en compagnie de son aide de camp espagnol Unzaga, de son cuisinier François Parrot, de son secrĂ©taire Louis Maillard et d'un jeune interprĂšte, James Carret. AprĂšs vingt-six jours de voyage, le navire dĂ©barque dans le port de Brooklyn le [a 109].

Une vie Ă  l'Ă©cart de la politique

Photographie en noir et blanc d'une villa.
La maison de Joseph Bonaparte Ă  Bordentown.

Le choix de s'installer aux États-Unis n'est pas anodin pour Joseph Bonaparte. En 1814, quelques jours avant la premiĂšre abdication de NapolĂ©on, il Ă©tait entrĂ© en contact avec Jacques Le Ray de Chaumont, un grand propriĂ©taire ayant fait fortune outre-Atlantique qui le convainc d'investir l'Ă©quivalent de 200 000 francs dans ses entreprises agricoles et industrielles de l'État de New York. AprĂšs la fin des Cent-Jours, Joseph avait en outre obtenu des passeports français en blanc par l'intermĂ©diaire de Joseph FouchĂ©, ainsi qu'un passeport amĂ©ricain dĂ©livrĂ© par le chargĂ© d'affaires Henry Jackson[a 110].

À leur arrivĂ©e Ă  New York, Joseph Bonaparte et ses camarades logent dans une pension de famille Ă  l'Ă©cart du centre-ville. Ne connaissant pas encore les intentions du gouvernement amĂ©ricain Ă  son Ă©gard, il utilise les pseudonymes de « Bouchard » ou de « comte de Survilliers ». L'hospitalitĂ© sur le sol amĂ©ricain lui est finalement accordĂ©e par le prĂ©sident James Madison, qui refuse pourtant de le recevoir. Il dĂ©cide de s'installer provisoirement dans un hĂŽtel particulier du centre-ville de Philadelphie, puis dans la propriĂ©tĂ© de Lansdowne, Ă  l'ouest de la ville[a 111]. En , il fait l'acquisition de la propriĂ©tĂ© de Point Breeze, situĂ©e Ă  Bordentown dans le New Jersey, sur les rives du Delaware. Son interprĂšte James Carret et un dĂ©nommĂ© George Reinholdt lui servent de prĂȘte-noms car la loi interdit alors aux Ă©trangers de possĂ©der des terres. Tout au long de son sĂ©jour amĂ©ricain, Joseph Bonaparte achĂšte des terres pour agrandir son domaine : d'une surface initiale de 85 hectares, il atteint 720 hectares quinze ans plus tard. D'importantes sommes sont affectĂ©es Ă  sa dĂ©coration : le tableau de Jacques-Louis David reprĂ©sentant Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, de mĂȘme qu'une toile de Rubens, Les Deux Lions et le Faon[a 112], au point que certains hĂŽtes de passage, comme la libre-penseuse Frances Wright, considĂšrent sa rĂ©sidence comme la plus belle maison du pays[28]. Au total, la collection de Joseph Bonaparte Ă  Point Breeze s'Ă©lĂšve Ă  plus de 150 tableaux des grands maĂźtres flamands ou italiens, ainsi qu'une bibliothĂšque de 8 000 livres. Le , un violent incendie ravage le bĂątiment, mais grĂące au dĂ©vouement de son personnel de maison et de son voisinage, de nombreuses piĂšces de mobiliers ou de dĂ©coration sont sauvĂ©es. Joseph Bonaparte fait immĂ©diatement reconstruire sa demeure en agrandissant ses proportions, et amĂ©nage un parc inspirĂ© de celui de Mortefontaine[a 112] - [29].

Gravure en couleur montrant Joseph Bonaparte assis sur un muret et tenant dans sa main gauche un livre ouvert.
Joseph Bonaparte pendant son exil aux États-Unis.

Aux États-Unis, la vie de Joseph Bonaparte s'accomplit dans une aisance financiĂšre remarquable, notamment grĂące aux fonds placĂ©s en banque avant son dĂ©part. La vente de ses terres en Europe lui rapporte des sommes importantes : ainsi, en 1827, son beau-frĂšre Nicolas Clary, avec qui il est en contact permanent, organise la vente de son chĂąteau de Prangins pour prĂšs de 500 000 francs Ă  Marie-Madeleine Verniquet, puis il conclut celle du chĂąteau de Mortefontaine au prince de CondĂ©. De mĂȘme, il procĂšde Ă  la vente de tableaux, d'armes de luxe ou de bijoux, comme une Ă©pĂ©e royale sertie de diamants pour la somme de 107 000 francs en 1821. Par ailleurs, Joseph Bonaparte acquiert des terres situĂ©es dans l'État de New York grĂące aux fonds placĂ©s auprĂšs de Jacques Le Ray de Chaumont quelques annĂ©es plus tĂŽt. Leur revente en 1835 lui permet d'effectuer une plus-value d'environ 300 000 francs. Ses activitĂ©s d'homme d'affaires le conduisent Ă  investir dans une sociĂ©tĂ© de chemin de fer, ainsi qu'Ă  fonder avec l'ancien officier d'Ă©tat-major FĂ©lix Lacoste un journal francophone, Le Courrier des États-Unis, qui compte jusqu'Ă  11 000 abonnĂ©s. À cette Ă©poque, son secrĂ©taire Louis Maillard devient alors son principal collaborateur[a 113].

Bien qu'entiĂšrement consacrĂ© au dĂ©veloppement de sa propriĂ©tĂ© et de ses affaires, Joseph Bonaparte continue d'alimenter la suspicion des gouvernements europĂ©ens. L'ambassadeur de France aux États-Unis Jean-Guillaume Hyde de Neuville exerce une surveillance particuliĂšre sur sa personne car il redoute la mise en place d'une expĂ©dition pour dĂ©livrer NapolĂ©on de son exil Ă  Sainte-HĂ©lĂšne. De mĂȘme, les rĂ©ceptions de plusieurs anciens officiers ou gĂ©nĂ©raux de l'armĂ©e napolĂ©onienne comme Lefebvre-Desnouettes et Grouchy sont interprĂ©tĂ©es comme autant de preuves de complots. Conscient que sa libre circulation aux États-Unis dĂ©pend de sa neutralitĂ©, Joseph Bonaparte se borne Ă  donner des nouvelles superficielles dans sa correspondance avec sa famille. De mĂȘme, si l'existence d'une correspondance parallĂšle Ă  celle autorisĂ©e par le gouverneur britannique de Sainte-HĂ©lĂšne Hudson Lowe, est probable, aucune preuve de sa nature ni d'un Ă©ventuel complot pour libĂ©rer l'empereur et impliquant Joseph n'a Ă©tĂ© mise Ă  jour[a 114].

Une volonté d'agir

En 1830, la chute de Charles X, Ă  l'issue des Trois Glorieuses, amĂšne Joseph Bonaparte Ă  reconsidĂ©rer son exil. Bien que ces journĂ©es rĂ©volutionnaires aient lieu Ă  la fin du mois de juillet en France, la nouvelle de l'insurrection n'est connue que le aux États-Unis en raison de l'Ă©loignement des deux pays[a 115]. DĂšs lors, Joseph Bonaparte envoie une sĂ©rie de courriers Ă  destination de ses proches restĂ©s en Europe pour indiquer que « NapolĂ©on II peut seul donner Ă  la France la paix et la libertĂ©, Ă  l'Europe la sĂ©curitĂ©[30]. » De mĂȘme, dans une missive adressĂ©e au marquis de La Fayette, en plus de demander la levĂ©e de son exil, il rappelle que son neveu avait Ă©tĂ© proclamĂ© empereur par les Chambres en 1815 et se propose d'assurer la rĂ©gence le temps que l'empereur d'Autriche accepte de laisser NapolĂ©on II rentrer en France. Pour autant, Louis-Philippe Ier est proclamĂ© roi des Français aprĂšs sa prestation de serment le et la Monarchie de Juillet s'installe bien avant que ces courriers arrivent en Europe. Déçu par l'issue des Ă©vĂ©nements parisiens, dans lesquels il voit mĂȘme une « insulte gratuite Ă  la nation », Joseph Bonaparte renonce finalement Ă  s'embarquer pour l'Europe[a 115].

DĂšs lors, il s'active pour dĂ©fendre son parti. Le journal francophone qu'il a crĂ©Ă©, Le Courrier des États-Unis, lui sert de tribune pour rĂ©pandre ses idĂ©es[31]. Joseph Bonaparte expĂ©die Ă©galement des lettres Ă  l'impĂ©ratrice Marie-Louise, au chancelier autrichien Metternich ainsi qu'Ă  l'ambassadeur de France en Russie, Charles AndrĂ© Pozzo di Borgo, pour leur prĂ©senter l'intĂ©rĂȘt et la nĂ©cessitĂ© d'une solution impĂ©riale pour la France. Au mois d'octobre suivant, il envoie mĂȘme une adresse Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s dans laquelle il affirme qu'il appartenait Ă  la nation tout entiĂšre de dĂ©cider de son souverain, tout en renouvelant sa proposition d'assurer la rĂ©gence. Les efforts de Joseph Bonaparte sont vains : non seulement son adresse n'est pas lue Ă  la Chambre, mais elle n'est mĂȘme pas publiĂ©e en France. L'initiative de Joseph est d'ailleurs critiquĂ©e par sa propre famille. Ses frĂšres Lucien et JĂ©rĂŽme lui reprochent d'avoir « dĂ©clarĂ© la guerre au roi des Français » et « empirĂ© la situation de la famille » : la loi d'exil qui frappe les Bonaparte est renouvelĂ©e par Louis-Philippe et une autre est votĂ©e le pour les obliger Ă  vendre tous les biens qu'ils possĂšdent encore en France. Seules de rares personnalitĂ©s le pressent de rentrer en Europe, Ă  l'image de son neveu Achille Murat qui lui dĂ©clare : « Vous serez un signe de ralliement que rien ne pourrait remplacer[a 116]. »

Retour en Europe

Portrait en aquarelle de Napoléon II en tenue militaire.
La mort de Napoléon II fait de Joseph Bonaparte le premier héritier du trÎne impérial.

Les nouvelles inquiétantes quant à l'état de santé de Napoléon II poussent Joseph Bonaparte à accélérer son retour en Europe. Il s'embarque le sur l'Alexander et atteint Liverpool le suivant. C'est là qu'il apprend la mort de son neveu, le précédent, faisant de lui le chef de la maison impériale de France et le premier héritier du trÎne. Il rejoint Londres dans les jours qui suivent et s'installe dans un immeuble cossu de Park Crescent. Cette résidence et celle de Marden Park, qu'il fréquente également dans la campagne du Surrey, deviennent rapidement les lieux de rencontres du « petit monde bonapartiste européen ». Parmi le premier cercle qui entoure Joseph figurent notamment d'anciens généraux comme Arrighi ou l'amiral Truguet, les anciens médecins de Napoléon à Sainte-HélÚne François Antommarchi et Barry O'Meara, et les fils de plusieurs anciens maréchaux. Joseph reçoit également la visite d'une délégation des républicains français, conduits par Godefroi Cavaignac, Jules Bastide et Joseph Guinard, ou encore celles du patriote irlandais Daniel O'Connell, qui lui témoigne de son admiration pour l'empereur, et de son ancien adversaire lors de la guerre d'Espagne, le duc de Wellington. S'il multiplie les réceptions, l'activité politique de Joseph Bonaparte se limite à la contestation de la loi d'exil qui touche sa famille[a 117].

Celle-ci se rĂ©unit d'ailleurs petit Ă  petit auprĂšs de Joseph. Le premier Ă  lui rendre visite est son neveu Louis-NapolĂ©on, fils de Louis et futur NapolĂ©on III, le , suivi quelques mois plus tard de Charlotte Bonaparte, d'un autre de ses neveux, Achille Murat, de son frĂšre Lucien, tandis que son autre frĂšre, JĂ©rĂŽme, n'y sĂ©journe qu'une dizaine de jours au mois de . Les membres de la famille ne parviennent pas Ă  s'accorder sur la conduite Ă  tenir. Louis-NapolĂ©on souhaite notamment crĂ©er un « centre napolĂ©onien » qui disposerait de son propre journal, ce que Joseph et Lucien refusent[32]. Partisan de l'action, Louis-NapolĂ©on se heurte donc Ă  ses aĂźnĂ©s, qui lui rappellent d'ailleurs qu'ils sont placĂ©s avant lui dans la liste de succession au trĂŽne, et qu'ils souhaitent agir par des voies lĂ©gales. Lucien et Joseph Bonaparte font mĂȘme publier le un texte appelant la France Ă  adopter une Constitution qui placerait Ă  sa tĂȘte un empereur surveillĂ© par un conseil exĂ©cutif de dix membres Ă©lus, ce qui remettrait directement en vigueur le principe dynastique Ă©tabli par NapolĂ©on. Les deux frĂšres proposent mĂȘme que le nouveau souverain soit choisi directement par le peuple entre Louis-Philippe Ier, Joseph Bonaparte et Henri V, c'est-Ă -dire les reprĂ©sentants des trois maisons prĂ©tendant au trĂŽne de France. Ce projet ne rencontre aucun Ă©cho dans l'opinion et la rĂ©union de Londres constitue, selon le mot de Thierry Lentz, le « chant du cygne » pour la premiĂšre gĂ©nĂ©ration des Bonaparte. Le parti impĂ©rialiste apparaĂźt irrĂ©mĂ©diablement divisĂ©[a 118].

À la fin de l'annĂ©e 1833, une pĂ©tition recueillant plus de 30 000 signatures est dĂ©posĂ©e Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s pour demander l'abrogation de la loi d'exil, mais elle n'est pas mĂȘme dĂ©battue. Ancien marĂ©chal de l'Empire et dĂ©sormais PrĂ©sident du Conseil, Soult dĂ©clare que la rĂ©solution du gouvernement sur cette question est « inĂ©branlable »[b 1]. Déçu de son sĂ©jour europĂ©en, et devant l'impossibilitĂ© de recevoir l'autorisation de se rendre en Italie pour y retrouver sa femme Julie Clary, Joseph Bonaparte dĂ©cide de rentrer aux États-Unis Ă  la fin de l'annĂ©e 1835. Dans une lettre adressĂ©e Ă  son oncle, le cardinal Joseph Fesch, il confie que son voyage en Angleterre ne lui aura apportĂ© que « dĂ©boires, reproches indirects, procĂšs, propos injurieux »[a 119].

Dernier voyage aux États-Unis

De retour dans un pays qu'il a quittĂ© trois ans plus tĂŽt, Joseph Bonaparte se dit frappĂ© par les changements apparus depuis son dĂ©part. Les États-Unis sont alors en pleine expansion et les chantiers de construction se multiplient. Il n'en perd pas pour autant le sens des affaires et se fait octroyer un millier d'actions de la compagnie du chemin de fer de Baltimore en Ă©change de la cession d'une partie de son terrain de Point Breeze pour y faire passer une ligne[a 120]. Peu aprĂšs son installation dans sa propriĂ©tĂ©, il apprend la mort de sa mĂšre Letizia survenue Ă  Rome le . En tant que fils aĂźnĂ© de la famille, Joseph est le lĂ©gataire universel de son hĂ©ritage. Il en confie pourtant la gestion Ă  son oncle, le cardinal Fesch, en raison de son Ă©loignement[a 121].

Le , Louis-NapolĂ©on Bonaparte effectue une tentative de soulĂšvement Ă  Strasbourg en compagnie d'une poignĂ©e de partisans. Il entend, par cette action, s'emparer de la garnison pour marcher sur Paris et renverser ainsi la monarchie de Juillet. L'opĂ©ration constitue un Ă©chec et Louis-NapolĂ©on est, en dehors de toute procĂ©dure lĂ©gale, expulsĂ© du territoire et conduit aux États-Unis[33]. AussitĂŽt l'affaire connue, Joseph et ses frĂšres la condamnent. Alors que Louis-NapolĂ©on sĂ©journe Ă  New York, Joseph refuse de le recevoir Ă  plusieurs reprises, considĂ©rant qu'il a bafouĂ© l'honneur de sa famille[a 122].

D'autres drames le frappent ensuite. Le , il apprend la mort de sa deuxiĂšme fille Charlotte, survenue le prĂ©cĂ©dent, lors de son accouchement. AccablĂ© par le chagrin, il l'est tout autant aprĂšs le dĂ©cĂšs de son oncle Joseph Fesch le suivant, puis celui sa sƓur Caroline cinq jours plus tard. Fesch, qui en avait fait son lĂ©gataire universel, lui impose dans son testament de crĂ©er une maison d'Ă©ducation Ă  sa mĂ©moire Ă  Ajaccio, ce que Joseph accomplit finalement aprĂšs trois annĂ©es de procĂ©dures et de complications avec la municipalitĂ© de cette ville[a 121].

IsolĂ© aux États-Unis, Joseph dĂ©cide de revenir en Europe. Il s'embarque sur le paquebot Philadelphia et accoste Ă  Londres Ă  la fin du mois de [a 121].

Fin de vie

Photographie d'un monument funéraire en marbre composé de deux parties : un sarcophage reposant sur un soubassement.
La tombe de Joseph Bonaparte, aux Invalides.

Joseph Bonaparte s'installe dans une maison cossue de Cavendish Square et demande, sans succĂšs, l'obtention d'un passeport pour se rendre Ă  Florence. En 1840, Ă  l'initiative d'Adolphe Thiers, prĂ©sident du Conseil, et du roi Louis-Philippe, le retour des cendres de NapolĂ©on est organisĂ©. MalgrĂ© sa demande et son souhait de participer au financement de l'opĂ©ration, la prĂ©sence de Joseph Bonaparte est refusĂ©e. De mĂȘme, il rĂ©clame en vain l'hĂ©ritage de l'Ă©pĂ©e d'Austerlitz et de plusieurs armes de luxe de l'empereur, que le grand marĂ©chal Bertrand remet finalement au roi[a 123].

L'annĂ©e 1840 s'avĂšre particuliĂšrement Ă©prouvante pour Joseph Bonaparte : aprĂšs la mort de son frĂšre Lucien le , il est victime d'une attaque d'apoplexie au cours de l'Ă©tĂ© qui lui paralyse entiĂšrement le cĂŽtĂ© droit. Sur les conseils de ses mĂ©decins, et avec l'accord des autoritĂ©s, il se rend Ă  Bad Wildbad pour y prendre les eaux. Cette cure bĂ©nĂ©fique ne lui permet pas pour autant de recouvrer l'ensemble de sa motricitĂ©. L'annĂ©e suivante, il reçoit finalement l'autorisation de se rendre en Toscane, auprĂšs de sa famille. Il dĂ©barque Ă  GĂȘnes le puis Ă  Livourne le , avant de rejoindre Florence oĂč il retrouve sa femme Julie Clary. Celle-ci l'installe dans le palais Serristori. De nouvelles attaques d'apoplexie l'affaiblissent et ses facultĂ©s physiques et mentales l'abandonnent peu Ă  peu. Il est Ă©galement touchĂ© au pied par un Ă©rysipĂšle, tandis que la paralysie le gagne. TombĂ© dans le coma le , Joseph Bonaparte meurt le lendemain matin, entourĂ© de ses frĂšres JĂ©rĂŽme et Louis[a 124].

Ses obsĂšques, organisĂ©es par JĂ©rĂŽme, sont cĂ©lĂ©brĂ©es le suivant dans l'Ă©glise de San Niccolo. Son corps est inhumĂ© auprĂšs de celui de sa fille Charlotte, dans la chapelle Giugni de la basilique Santa Croce de Florence, oĂč l'accueillent deux compagnies de grenadiers envoyĂ©es par le grand-duc Ferdinand IV pour rendre les honneurs militaires Ă  l'ancien souverain[a 125].

Le , le corps de Joseph Bonaparte est transfĂ©rĂ© aux Invalides oĂč il est accueilli par le ministre Alexandre Walewski et le marĂ©chal d'Ornano, gouverneur des Invalides. Son ancien secrĂ©taire, Louis Maillard, est chargĂ© d'organiser la cĂ©rĂ©monie Ă  laquelle n'assiste pas l'empereur NapolĂ©on III. Son cercueil est dĂ©posĂ© provisoirement dans le caveau des gouverneurs, avant d'ĂȘtre placĂ© dans la chapelle Saint-Augustin le . La rĂ©alisation de son monument funĂ©raire est confiĂ©e Ă  Alphonse-Nicolas CrĂ©pinet[a 126].

Regards contemporains et postérité

« Napoléon m'a souvent dépeint Joseph comme un homme doux de caractÚre et d'esprit, mais incapable d'entreprendre une carriÚre qui exigerait de la vigueur »

— Klemens Wenzel von Metternich, chancelier autrichien[34].

Photographie en noir et blanc d'un homme travaillant Ă  son bureau.
Frédéric Masson, comme de nombreux historiens, est trÚs critique à l'égard de Joseph Bonaparte.

Joseph Bonaparte a longtemps laissĂ© l'image d'un « homme ordinaire » dont la carriĂšre n'est due qu'Ă  « l'indulgence coupable de son frĂšre », et c'est en grande partie Ă  NapolĂ©on lui-mĂȘme qu'il le doit. Lors de son exil Ă  Sainte-HĂ©lĂšne, au moment de livrer ses MĂ©moires, l'empereur porte un jugement sĂ©vĂšre sur son frĂšre aĂźnĂ©[a 127]. Dans un entretien avec son mĂ©decin Barry O'Meara, s'il reconnaĂźt que Joseph est un homme « extrĂȘmement instruit », il considĂšre que « ses connaissances [n'Ă©taient] pas celles qui conviennent Ă  un roi »[35]. À Emmanuel de Las Cases, il confie Ă©galement que « dans des circonstances bien grandes, la tĂąche s'est trouvĂ©e hors de proportion avec ses forces »[36]. Rares sont les contemporains Ă  prendre le parti de Joseph, ou du moins Ă  tenter de rĂ©tablir l'Ă©quilibre entre les deux hommes, comme le fait Abel Hugo : « Je suis du nombre de ceux qui pensent que le frĂšre d'un grand homme ne doit pas toujours ĂȘtre Ă©clipsĂ© dans l'histoire par le grand homme, et qu'il y avait un gĂ©nĂ©ral dans ce frĂšre de Bonaparte, un roi dans ce frĂšre de NapolĂ©on1re partie,_p. 324_184-0">[37]. ».

DĂšs lors, le portrait de Joseph Bonaparte dressĂ© par les historiens est le plus souvent Ă  charge[d 3]. Georges Lefebvre le classe, au mĂȘme titre que ses autres frĂšres, comme un homme avide de pouvoir : « Ils sont pareils Ă  [NapolĂ©on] : ils se couvrent de son gĂ©nie, mais c'est Ă  leur propre fortune qu'ils pensent »[38]. FrĂ©dĂ©ric Masson, qui a consacrĂ© une Ă©tude en treize volumes Ă  la famille de l'empereur, est son principal accusateur[a 128]. Dans son dernier volume, il tempĂšre nĂ©anmoins son jugement sur l'aĂźnĂ© des Bonaparte :

« Joseph mĂ©rite d'ĂȘtre mis Ă  part, non comme un homme de gĂ©nie, mais comme un homme de sens, qui, de bourgeois d'Ajaccio, s'est retrouvĂ© sans trop d'efforts, bourgeois de Pennsylvanie, un bourgeois qui a Ă©tĂ© roi et qui s'en souvient, mais qui permet parfois qu'on l'oublie. Joseph, auquel on n'a point rendu toute la justice qu'il mĂ©rite, est des Bonaparte le plus pondĂ©rĂ© ; ses intentions qu'il ne put le plus souvent traduire en actes, Ă  Naples comme Ă  Madrid, mĂ©riteraient d'ĂȘtre Ă©tudiĂ©es en rapport avec son caractĂšre et montreraient qu'il fut peut-ĂȘtre le seul des frĂšres de NapolĂ©on qui eĂ»t pu rĂ©gner utilement — si les peuples s'y Ă©taient prĂȘtĂ©s »

— FrĂ©dĂ©ric Masson, NapolĂ©on et sa famille[39].

Les principales critiques que l'historiographie a adressĂ© Ă  Joseph Bonaparte portent sur son rĂšgne espagnol, marquĂ© par une guerre incessante et jugĂ© catastrophique de maniĂšre unanime. L'empereur, les dirigeants militaires de l'Ă©poque et les historiens qui ont suivi ont fait de lui le seul responsable de ce bilan[a 129]. Ce postulat est remis en cause au cours du XXe siĂšcle, notamment par les biographes de Joseph comme Gabriel Girod de l'Ain, qui souligne la part de responsabilitĂ© de l'empereur lui-mĂȘme dans la crise ibĂ©rique : « Rien de plus incohĂ©rent, de plus inexistant mĂȘme, que la politique menĂ©e par l'Empereur de 1808 Ă  1812 en ce qui concerne l'Espagne. À toutes les questions posĂ©es par son frĂšre, il opposait un silence mĂ©prisant, qui en rĂ©alitĂ© dissimulait son embarras et lui permettait, au regard de la postĂ©ritĂ©, de rejeter les Ă©checs sur le roi. Les promesses qu'il ne tenait pas, les menaces qu'il n'exĂ©cutait pas, ses ordres contradictoires donnent une piĂštre idĂ©e de sa façon de gouverner un pays par personne interposĂ©e[b 2]. » Mis en cause par les historiens français, Joseph Bonaparte l'est aussi par leurs homologues espagnols qui le prĂ©sentent comme un souverain illĂ©gitime, un roi intrus car Ă©tranger[40]. Parmi d'autres sobriquets qui lui sont affectĂ©s pendant son rĂšgne, celui de « rey intruso » revient le plus frĂ©quemment. Carlos Cambronero, un historien du dĂ©but du XXe siĂšcle, en a d'ailleurs fait le titre de la biographie qu'il lui consacre, de mĂȘme que Claude MartĂ­n au cours de la pĂ©riode franquiste[a 130]. Des historiens plus rĂ©cents reconnaissent nĂ©anmoins les efforts de Joseph Bonaparte pour s'attacher l'amour de son peuple, conscient de ne pouvoir exiger d'eux le respect de son autoritĂ© sans leur accorder sa protection[41].

De la mĂȘme façon que Joseph Bonaparte est jugĂ© responsable de la catastrophe ibĂ©rique, son attitude lors de la chute de Paris en 1814 est mise en cause. Les jugements de ses contemporains sur cet Ă©pisode sont acerbes. Ainsi François-RenĂ© de Chateaubriand Ă©crit dans ses MĂ©moires d'outre-tombe : « Rostopchine n'avait pas prĂ©tendu dĂ©fendre Moscou ; il le brĂ»la. Joseph annonçait qu'il ne quitterait jamais les Parisiens, et il dĂ©campait Ă  petit bruit, nous laissant son courage placardĂ© au coin des rues[42]. » Ce manque de courage dont aurait fait preuve l'aĂźnĂ© des Bonaparte est repris par bon nombre d'historiens, comme FrĂ©dĂ©ric Masson pour qui « l'ineptie » de Joseph Bonaparte « dĂ©shonore nos pĂšres »[43], tandis que Henry Houssaye se montre railleur : « Alors, Joseph sentit passer en lui le frisson de la peur. Il ne craignait sans doute ni la mort ni les balles des soldats qu'il avait plusieurs fois rĂ©solument affrontĂ©es ; mais son Ăąme dĂ©bile dĂ©faillait devant le mĂąle et terrible devoir de la responsabilitĂ©[44]. » Pour Jean Massin, Joseph n'est pas Ă  la hauteur de la mission que l'empereur lui confie : « Il tente de galvaniser l'intĂ©rieur Ă  sa bonne maniĂšre molle, brouillonne et catastrophique[45]. » Dans cette affaire, les soutiens de Joseph sont rares. Le comte de Lavalette est de ceux qui cherchent Ă  le dĂ©douaner : « sans instructions prĂ©cises pour cette circonstance imprĂ©vue, [Joseph Bonaparte] n'osait prendre sur lui de prolonger la dĂ©fense contre toute apparence de succĂšs[46] ».

Par ailleurs, Joseph Bonaparte laisse dans la mĂ©moire collective espagnole l'image d'un pilleur, en s'Ă©tant appropriĂ© une partie de son patrimoine et notamment des objets prĂ©cieux que les dynasties successives des Habsbourg et des Bourbons s'Ă©taient transmis[47]. Parmi les objets en question figurent de nombreux tableaux de maĂźtres, de mĂȘme que le diamant « El Estanque »[48] - [49] et la perle PĂ©rĂ©grine[a 131]. Il s'empare Ă©galement du Beatus de Silos, un prĂ©cieux exemple de l'enluminure mĂ©diĂ©vale qui n'avait jamais quittĂ© le territoire espagnol[50].

À l'inverse, l'historiographie juge moins sĂ©vĂšrement la pĂ©riode napolitaine de Joseph, qui cherche d'entrĂ©e Ă  se poser comme un roi proche de son peuple et dĂ©sireux de se faire aimer de lui[12] - [c 7]. Les dispositions qu'il prend, notamment dans le choix de ses ministres et conseillers, amĂšnent les historiens napolitains Ă  reconnaĂźtre sa volontĂ© de rechercher « un amalgame entre les conquĂ©rants et la classe dirigeante locale[51] ».

Au début du XXIe siÚcle, des travaux d'historiens apportent un nouvel éclairage sur la personnalité de Joseph Bonaparte et son image historiographique, en refusant de le réduire à celle d'un « roi malgré lui » ou d'un homme dépourvu d'ambition et de qualités politiques. C'est le cas de Vincent Haegele, qui publie la correspondance intégrale entre Napoléon et Joseph Bonaparte en 2007, puis une biographie croisée des deux hommes en 2010, ainsi que de Thierry Lentz qui lui consacre une biographie en 2016[a 128].

En , l'État du New Jersey acquiert l'ancien domaine amĂ©ricain de Joseph Bonaparte, Point Breeze, Ă  Bordentown. La demeure avait Ă©tĂ© dĂ©truite en 1850. Un musĂ©e doit s'installer dans l'ancienne maison du jardinier, l'un des seuls Ă©difices subsistant de l'Ă©poque[52].

Franc-maçonnerie

Joseph Bonaparte est initié en franc-maçonnerie le au sein de la loge maçonnique « La Parfaite Sincérité » sise à Marseille. Il semble peu actif jusqu'à sa nomination comme grand-maßtre du Grand Orient de France, le . Il garde ce titre jusqu'à la fin de l'Empire et reprend cette fonction au cours des Cent-Jours. Il devient également grand maßtre des Grands Orients napolitain et espagnol[53]. Son activité maçonnique ne laisse que peu de trace : il ne préside au cours de sa vie qu'un seul convent du Grand Orient dont il laisse l'administration complÚte à son grand-maßtre adjoint, l'archichancelier Jean-Jacques-Régis de CambacérÚs. Il accorde toutefois une protection à la franc-maçonnerie et à ses membres en France et en Espagne[54].

Portrait en couleur d'un maréchal du 1er Empire.
Joachim Murat, successeur de Joseph Bonaparte Ă  Naples.

En Espagne, son arrivĂ©e sur le trĂŽne est un des Ă©lĂ©ments principaux de la naissance de la franc-maçonnerie qui, pour la premiĂšre fois, est autorisĂ©e et protĂ©gĂ©e dans ce pays[55]. Son implantation est d'une double nature, militaire et civile. Plusieurs loges militaires sont crĂ©Ă©es dans les villes espagnoles comme Ă  Barcelone, Cadix ou encore Figueras, et leurs membres sont exclusivement des militaires ou des personnels des hĂŽpitaux de guerre[56]. Les loges civiles sont principalement constituĂ©es de notables français ou espagnols faisant partie de l'entourage de Joseph Bonaparte et partisans du nouveau rĂ©gime. Joaquin Feirerra, reprĂ©sentant du grand-maĂźtre, prononce un discours lors de la fondation de la Grand Logia National, soutenue par des francs-maçons français, qui institue la franc-maçonnerie en Espagne le [57]. TrĂšs active, cette obĂ©dience civile coexiste avec quelques difficultĂ©s avec les loges militaires sous tutelle du Grand Orient de France. En 1811, le roi Joseph favorise la crĂ©ation d'un SuprĂȘme Conseil, dont l'administration est confiĂ©e Ă  Miguel JosĂ© de Azanza, ministre des Affaires ecclĂ©siastiques, qui est nommĂ© grand maĂźtre et grand commandeur de ce conseil et de la grande loge[a 90].

En 1813, le retour de Ferdinand VII sur le trÎne, et de l'Inquisition que Bonaparte avait abolie, entame le déclin et la quasi disparition à partir de 1814 des loges et obédiences tant françaises qu'espagnoles[58]. Contrairement à l'Espagne, Joseph Bonaparte semble se désintéresser des loges pendant son rÚgne à Naples, le contexte géopolitique n'étant pas propice à leur mise en place. Son successeur sur le trÎne en 1808, Joachim Murat, plus actif sur ce sujet, évoque publiquement et rapidement la création d'une obédience nationale[59].

À la chute de l'Empire, Joseph Bonaparte est sollicitĂ© plusieurs fois pour abdiquer de sa charge de grand-maĂźtre du Grand Orient. Il refuse, tenant Ă  conserver ce dernier titre honorifique. De fait, Ă  partir de 1814, oĂč la vacance de la grande maĂźtrise est constatĂ©e par le Grand Orient, et jusqu'en 1844, la charge de grand-maĂźtre reste inoccupĂ©e[60].

Aspects privés et personnalité

« Ils ont de l'audace ; nulle timiditĂ©, nul respect humain. [
] Ils ne s'Ă©tonnent de rien, se tiennent Ă©gaux Ă  tout le monde et supĂ©rieurs Ă  tout emploi. À peine un Ă©chelon gravi, ils voient le suivant et y aspirent. »

— FrĂ©dĂ©ric Masson, Ă  propos des frĂšres Bonaparte[61]

Un goût pour le raffinement et la littérature

Gravure montrant Bernardin de Saint-Pierre assis sur une chaise, dos Ă  son bureau
Bernardin de Saint-Pierre, l'un des auteurs favoris et ami de Joseph Bonaparte.

Lors de ses premiers voyages dans la capitale, Joseph Bonaparte est remarqué et apprécié pour ses maniÚres raffinées, ce que souligne notamment Bernard Nabonne : « [il] se mouvait avec une aisance parfaite dans une société et une ville si nouvelles pour lui »[d 4], des qualités qu'il conserve en accédant aux plus hautes responsabilités. Ainsi apparaßt-il à Naples avec « cette aisance royale qui n'appartient qu'aux Bonaparte »[d 5]. « Homme de culture, de conviction et de réflexion »[a 132], il tient cette habileté de l'éducation qu'il a reçue. Son « heureuse mémoire » et son « goût pour l'étude »[62] sont remarqués dÚs son plus jeune ùge et de fait, Joseph Bonaparte réussit de brillantes études qui l'amÚnent à posséder la langue d'un « homme de qualité », commettant « peu de faute de syntaxe ». Pour Vincent Haegele, Joseph est « un littéraire qui aime soigner son style »XVIII-XIX_220-0">[63].

C'est notamment au collĂšge d'Autun qu'il se passionne pour la lecture[a 10], principalement de poĂšmes antiques, de philosophie et des Ɠuvres d'auteurs contemporains de son Ă©poque comme Bernardin de Saint-Pierre qu'il apprĂ©cie particuliĂšrement[a 33] et avec qui il noue une amitiĂ© solide[a 79]. En 1810, le poĂšte et dramaturge François Andrieux lui dĂ©die sa comĂ©die Le Vieux Fat, ou les Deux Vieillards en Ă©voquant le cercle littĂ©raire que Joseph Bonaparte avait rĂ©uni Ă  Mortefontaine[a 133], tandis que l'un de ses compagnons d'exil aux États-Unis, James Caret, se remĂ©more lui aussi les conversations littĂ©raires qu'il entretenait avec son maĂźtre : « [Il] me fit passer des journĂ©es charmantes en me rĂ©citant, avec un talent Ă©gal, des poĂ©sies françaises et italiennes. Il avait la mĂ©moire bondĂ©e de ces deux littĂ©ratures[64]. »

Sa passion littĂ©raire, et plus gĂ©nĂ©ralement pour les arts, le conduit Ă  engager une vĂ©ritable politique culturelle au cours de ses deux rĂšgnes. À Naples, il cherche Ă  s'entourer des meilleurs musiciens, compositeurs et acteurs français de l'Ă©poque, tout en soutenant financiĂšrement la crĂ©ation musicale par le biais du CollĂšge royal de musique dont il encourage la fondation. L'AcadĂ©mie napolitaine des arts est rĂ©formĂ©e tandis qu'il multiplie les acquisitions et les saisies pour enrichir les collections des musĂ©es de sa capitale[a 79]. De mĂȘme en Espagne, Joseph Bonaparte soigne la dĂ©coration de ses palais en prĂ©levant des toiles dans les Ă©glises, dans les palais d'Andalousie ou dans les demeures des nobles ayant rejoint l'insurrection[a 134]. Sa collection dĂ©jĂ  riche s'embellit de surcroĂźt, comme en tĂ©moigne son page Abel Hugo : « Ce qui donne Ă  la dĂ©coration intĂ©rieure du palais de Madrid un caractĂšre de grandeur et de magnificence vraiment royale, c'est la profusion de peintures qu'on y trouve : ce sont des tableaux nombreux, chefs-d'oeuvre de RaphaĂ«l, de Michel-Ange, de VĂ©ronĂšse, du CorrĂšge, de Poussin, de VĂ©lasquez, de Murillo, de van Dyck, etc. ; ce sont les plafonds et les fresques de Titien, de Bassan, de Luc Giordano et de RaphaĂ«l Mengs1re partie,_p. 314-315_224-0">[65]. » Au palais de la Moncloa, demeure plus modeste, Joseph Bonaparte organise de simples dĂźners, avec une douzaine de convives, dans lesquels la littĂ©rature et le thĂ©Ăątre remplacent les discussions politiques et oĂč il surprend ses invitĂ©s Ă  dĂ©clamer des vers de Corneille, Racine et Voltaire[a 135].

Un goĂ»t pour la vie luxueuse et les plaisirs champĂȘtres

Gravure montrant un chùteau à l'arriÚre-plan, vu du parc, avec de grands arbres encadrant un canal surmonté d'un petit pont en pierre.
Joseph Bonaparte fait du chĂąteau de Mortefontaine une demeure luxueuse.

Avant mĂȘme d'accĂ©der aux plus hautes responsabilitĂ©s, Joseph Bonaparte s'enrichit considĂ©rablement en prenant part aux affaires de sa belle-famille, en particulier celles de son beau-frĂšre Nicolas Clary. Son sens aigu des affaires de mĂȘme que les faveurs dont il bĂ©nĂ©ficie sous le Consulat et l'Empire le conduisent Ă  accumuler une immense fortune. À sa mort en 1844, la valeur de sa succession est estimĂ©e Ă  7,8 millions de francs[a 136]. En 1798, Joseph Bonaparte assouvit son dĂ©sir de possĂ©der un immense domaine en faisant l'acquisition de celui de Mortefontaine. Il entreprend d'importants travaux d'amĂ©nagement du chĂąteau, confiĂ©s Ă  l'architecte Jacques Cellerier, ainsi que la construction d'un pavillon de chasse au bord d'un Ă©tang. Les deux parcs sont eux aussi rĂ©amĂ©nagĂ©s et ornĂ©s de statues, tandis que le domaine ne cesse d'ĂȘtre agrandi par l'acquisition rĂ©currente de nouvelles terres[a 52].

C'est au cours de ses deux rĂšgnes qu'il dĂ©ploie plus fortement son goĂ»t pour une vie luxueuse. À Naples, il entretient une cour brillante qui lui permet d'acheter l'adhĂ©sion de nombreuses personnalitĂ©s Ă  son rĂ©gime. Les palais royaux de Naples et de Capodimonte sont ouverts Ă  la bourgeoisie aisĂ©e et Ă  l'aristocratie locale. Des dĂźners somptueux, prĂ©parĂ©s par le traiteur parisien MĂ©ot, sont organisĂ©s frĂ©quemment, de mĂȘme que des bals et des reprĂ©sentations thĂ©Ăątrales au sein des palais napolitains restaurĂ©s et remeublĂ©s Ă  grands frais[a 79].

Grand amateur d'art et collectionneur de tableaux comme sa mĂšre Letizia et son oncle Joseph Fesch, il possĂšde 3 333 piĂšces Ă  la fin de sa vie. Tarquin et LucrĂšce du Titien et la NativitĂ© de RaphaĂ«l Mengs sont les Ɠuvres les plus chĂšres de sa collection dans laquelle on trouve des tableaux des plus grands maĂźtres italiens et flamands[a 137] - [a 136].

MalgrĂ© son immense fortune, Joseph Bonaparte demeure un homme simple, goĂ»tant notamment les plaisirs champĂȘtres lors de son exil aux États-Unis : « Il prĂ©fĂšre les occupations actives et utiles Ă  la vie de luxe et Ă  la brillante oisivetĂ© recherchĂ©e en France. Il demeure au milieu des fermiers du New Jersey, oĂč il exerce sa bienfaisance sans ostentation ni vanitĂ© [
]. Il regarde ces travaux comme une obligation de reconnaissance pour la protection et l'hospitalitĂ©s des États-Unis d'AmĂ©rique »[66]. De mĂȘme, il semble parfois incommodĂ© par le rĂŽle de reprĂ©sentation qui incombe Ă  un souverain. Ainsi, un officier français en mission Ă  Madrid rapporte : « Joseph paraissait gĂȘnĂ© sous ses habits royaux. Sa contenance Ă©tait contrainte et son air gauche : plus il cherchait Ă  en imposer, plus il me parut affectĂ© et ridicule[67]. », ce que confirme Abel Hugo : « MalgrĂ© les rĂ©clamations des gentilshommes de l'ancienne cour, Joseph [
] n'aimait pas Ă  trĂŽner1re partie,_p. 314_230-0">[68]. »

Orientations politiques

« Il était né pour briller dans les arts de la paix. »

— Louis-NapolĂ©on Bonaparte, aprĂšs la mort de Joseph[69].

C'est lors de son sĂ©jour Ă  l'universitĂ© de Pise que Joseph Bonaparte prend ses premiers engagements politiques. Il y rencontre des membres de la communautĂ© corse en exil dont ClĂ©ment Paoli, le frĂšre du gĂ©nĂ©ral Pascal Paoli, et Christophe Saliceti. Il dĂ©veloppe avec eux ses idĂ©es patriotiques et Ă©crit notamment deux lettres, « État de la Corse et maux de sa situation actuelle » et « Sa rĂ©gĂ©nĂ©ration ; moyens d'y parvenir en se conformant aux amĂ©liorations qui se prĂ©parent pour chacune des communes de France », adressĂ©es au procureur du roi Laurent Giubega[a 17]. DĂšs les premiers temps de la RĂ©volution, il apparaĂźt comme partisan du jacobinisme et participe avec son frĂšre NapolĂ©on Ă  la crĂ©ation d'un club affiliĂ© Ă  celui de Paris. TrĂšs critique envers Paoli, qu'il accuse de vouloir fomenter une contre-rĂ©volution et qualifie mĂȘme de « vieillard machiavĂ©liste »[70], il s'en Ă©loigne dĂ©finitivement au dĂ©but de l'annĂ©e 1793[a 32].

À son arrivĂ©e sur le continent, Joseph Bonaparte se dĂ©crit lui-mĂȘme comme un « jeune homme exaltĂ© par la libertĂ© ». Toujours dĂ©fenseur du jacobinisme, il s'en Ă©loigne dĂšs son retour d'ambassade Ă  Rome, au dĂ©but de l'annĂ©e 1798. Il adopte dĂšs lors des positions plus modĂ©rĂ©es, « plus proches de sa nature et de sa nouvelle position sociale »[a 138]. Sous le Consulat, les missions diplomatiques qu'il remplit avec succĂšs lui permettent d'asseoir sa position d'homme « douĂ© pour le bonheur et partisan des gouvernements Ă©quilibrĂ©s », notamment par opposition aux penchants autoritaristes de NapolĂ©on[a 132]. La querelle autour de la question dynastique et de la succession impĂ©riale montre nĂ©anmoins que sous un apparent dĂ©tachement, Joseph Bonaparte s'Ă©tait finalement laissĂ© gagner par « la vanitĂ© et une ambition puĂ©rile » qui perçaient sous sa « fausse modestie »[b 3]. C'est la raison pour laquelle il refuse dans un premier temps le trĂŽne du royaume d'Italie avant d'accepter celui de Naples Ă  la condition de conserver son statut de prince français et ses droits Ă  la succession de NapolĂ©on[c 8].

Pendant ses deux rĂšgnes, et plus encore en Espagne, il cherche Ă  cultiver une certaine indĂ©pendance vis-Ă -vis de la politique impĂ©riale, mais ne peut s'opposer aux dĂ©cisions prises pour lui par son frĂšre. RĂ©putĂ© pacifique, et convaincu que le respect et l'attachement du peuple ne peuvent se gagner qu'en prenant soin de celui-ci, il doit pourtant se rĂ©soudre Ă  employer des mĂ©thodes rĂ©pressives. Selon Thierry Lentz, Joseph Bonaparte est « une sorte de rĂ©volutionnaire libĂ©ral entraĂźnĂ© dans le tourbillon d'un pouvoir qu'il ne voyait qu'avec regret prendre un tour autoritaire. » Ainsi, tout en combattant parfois les projets de son frĂšre, il finit toujours par soutenir sa politique avec un « dĂ©vouement aveugle ». AprĂšs la chute de l'Empire, il montre encore un fort attachement au rĂ©gime. Bien qu'en exil, aux États-Unis ou Ă  Londres, il s'attache Ă  dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des Bonaparte et Ă  convaincre l'opinion du bienfait d'un retour Ă  l'Empire, en s'appuyant notamment sur les libĂ©raux comme La Fayette qu'il rencontre plusieurs fois[a 132].

Joseph et Napoléon, une amitié profonde au-delà du lien fraternel

Portrait en pied de Napoléon s'appuyant à un bureau.
L'empereur Napoléon Ier.

Selon l'un de ses biographes, Joseph Bonaparte fut pour NapolĂ©on « le plus proche et peut-ĂȘtre l'unique ami »[a 132]. Leur naissance n'Ă©tant sĂ©parĂ©e que de dix-neuf mois, les deux frĂšres sont Ă©levĂ©s ensemble. InsĂ©parables dĂšs leur plus jeune Ăąge, ils reçoivent en commun leurs premiĂšres leçons et frĂ©quentent le mĂȘme cercle d'amis. Ce lien fraternel trĂšs intense persiste tout au long de leur vie, malgrĂ© les disputes ou les tensions qui naissent parfois entre les deux frĂšres. Pour Thierry Lentz, c'est ce lien qui explique notamment pourquoi NapolĂ©on a choisi de faire confiance Ă  Joseph dans des moments importants de son rĂšgne, en lui confiant la rĂ©gence pendant la campagne de France en 1814 ou bien encore en le chargeant des nĂ©gociations diplomatiques difficiles sous le Consulat. En dĂ©pit des critiques qu'il lui a parfois adressĂ©es, NapolĂ©on a toujours tĂ©moignĂ© un fort respect envers son aĂźnĂ© et cela car, plus que ses autres frĂšres, « [Joseph] ne [lui] devait pas tout. Il commença sa carriĂšre sans avoir eu besoin de lui. Il jouit d'un certain pouvoir et fut riche avant lui[a 132]. »

Dans les premiÚres années de la Révolution, aprÚs la mort de leur pÚre Charles Bonaparte, c'est Joseph qui endosse le rÎle de chef du clan familial, conformément à son statut d'aßné. La correspondance soutenue qu'entretiennent les deux frÚres à cette période en témoigne malgré la position de nombreux historiens qui ont toujours vu en Joseph un frÚre soumis au désir et aux ordres de son cadet, ce que résume Thierry Lentz : « Joseph a toujours été perdant dans le passage considéré comme obligé de la comparaison avec son frÚre. Il semble subir l'histoire tandis que Napoléon paraßt la dominer. Sa timidité apparente et sa réelle tranquillité d'ùme furent opposées, jusqu'à la caricature, à la fougue et à la recherche permanente de la lumiÚre de son cadet. Sa patience fut assimilée à de la faiblesse, qualité et défaut dont Napoléon ne souffrait pas. Ses idées toujours raisonnables furent jugées à l'aune des passions qui ne l'étaient pas toujours du nouvel empereur d'Occident. Pour utiliser une image contemporaine, au calme joueur d'échecs l'histoire a le plus souvent préféré le flamboyant joueur de poker[a 132]. »

À la suite de l'insurrection royaliste de 1795, oĂč NapolĂ©on se distingue et qui le porte au grade de gĂ©nĂ©ral de division, le rapport s'inverse[a 40] : « Ce n'est qu'une fois NapolĂ©on entrĂ© dans la cour des gouvernants que son aĂźnĂ© se laissa aspirer par le mĂ©tĂ©ore »[a 132]. Plus tard, leurs relations se ternissent et un « bras de fer » s'engage quant Ă  la question de la succession impĂ©riale. Alors que Joseph refuse la prĂ©sidence de la rĂ©publique italienne et la place de chancelier du SĂ©nat, NapolĂ©on s'inquiĂšte des positions libĂ©rales que prend son frĂšre, celui-ci n'hĂ©sitant pas Ă  contester publiquement les dĂ©cisions prises par le Premier Consul[a 63]. En le plaçant sur le trĂŽne du royaume de Naples en 1806, NapolĂ©on ne se contente pas seulement de mettre en place le systĂšme familial qu'il entend imposer Ă  l'Europe, mais il en profite Ă©galement pour freiner l'ambition de Joseph[c 9].

De mĂȘme, pendant le second rĂšgne de Joseph, les deux hommes s'opposent littĂ©ralement quant Ă  la conduite Ă  tenir, notamment car « les deux frĂšres avaient oubliĂ© de se mettre d'accord sur ce qu'ils voulaient faire de l'Espagne »[d 6]. La volontĂ© d'indĂ©pendance de Joseph irrite particuliĂšrement son frĂšre et explique en partie les remontrances que ce dernier lui adresse frĂ©quemment : « Joseph n'avait pas besoin de NapolĂ©on pour ĂȘtre quelqu'un, Ă  ses propres yeux et Ă  ceux des autres. Son frĂšre le savait et Ă©tait mal Ă  l'aise avec un personnage qui Ă©chappait souvent Ă  son emprise. C'est ce qui explique probablement qu'il s'employa Ă  le rabaisser, voire Ă  l'humilier[a 132]. »

Néanmoins, ces dissensions n'entament pas l'amour et le respect mutuel qu'éprouvent les deux hommes. Dans son exil à Sainte-HélÚne, Napoléon confie : « Joseph et moi nous sommes toujours aimés et fort accordés, il m'aime sincÚrement[36]. »

Joseph Bonaparte et les femmes

Portrait peint en buste d'une femme portant des vĂȘtements luxueux, un turban dans les cheveux.
Madame de Staël et Joseph Bonaparte entretiennent une amitié trÚs forte et trÚs intime.

MalgrĂ© son mariage avec Julie Clary en 1794, Joseph Bonaparte collectionne les relations amoureuses et prend plusieurs maĂźtresses, au point qu'on lui attribue justement d'avoir de mauvaises mƓurs[b 4]. Il est mĂȘme qualifiĂ© d'« insatiable coureur de jupons » par son biographe Thierry Lentz[a 139]. AprĂšs son retour de Rome en 1798, il entretient des relations avec plusieurs actrices de thĂ©Ăątre, ainsi qu'avec la femme du diplomate nĂ©erlandais Rutger Jan Schimmelpenninck. C'est Ă©galement Ă  cette Ă©poque qu'il se rapproche de la romanciĂšre Germaine de StaĂ«l, et bien que celle-ci lui envoie parfois des lettres enflammĂ©es, il est probable que leur relation se soit finalement limitĂ©e Ă  une amitiĂ© sincĂšre, et ce jusqu'Ă  la mort de Germaine en 1817[a 139]. En 1804, pendant son sĂ©jour au camp de Boulogne, il s'Ă©prend d'AdĂšle Fagnan, une jeune femme de Dunkerque qui aurait Ă©tĂ© Ă©galement la maĂźtresse de plusieurs gĂ©nĂ©raux dont Soult[71].

Les responsabilitĂ©s qu'occupe Joseph l'Ă©loignent souvent de Paris et de sa femme, ce qui le conduit Ă  multiplier les aventures, notamment lors de ses deux rĂšgnes. À Naples, peu de temps aprĂšs son arrivĂ©e, en 1806, il s'Ă©prend d'Élisabeth Dozolle, la femme d'un capitaine de son aide de camp. Leur aventure passionnĂ©e dure jusqu'au retour en France de cette derniĂšre, l'annĂ©e suivante[b 5]. Entre-temps, il rencontre Maria Giulia, la fille de son chambellan, le prince Colonna di Stigliano[b 6] - [72]. MariĂ©e depuis trois ans au duc d'Atri, Giangirolamo Acquaviva, elle devient sa favorite bien que les deux amants cherchent Ă  dissimuler leur relation. Ensemble, ils ont deux enfants[a 140].

Pendant son rÚgne espagnol, Joseph fait de María del Pilar Acedo y Sarriå, marquise de Montehermoso, sa favorite[a 135] - [73]. Il séjourne notamment dans son palais de Vitoria lors des campagnes militaires qui l'obligent à quitter la capitale. Leur relation dure plusieurs années mais n'est pas exclusive puisqu'une relation avec la comtesse de Jaruco est elle aussi évoquée[73]. AprÚs son retour en France, Joseph rend parfois visite à la marquise qui s'y est établie[a 141] et remariée en 1818 avec un officier, Amédée de CarabÚne[74] - [75].

Enfin, deux maĂźtresses lui sont connues de son exil aux États-Unis. Il frĂ©quente tout d'abord Annette Savage, une jeune femme issue d'une famille de quakers et de 32 ans sa cadette. Leur relation, de laquelle naissent deux enfants, dure plusieurs annĂ©es, jusqu'au dĂ©part pour la France d'Annette en 1825. Il prend ensuite pour maĂźtresse Émilie HĂ©mart, la femme d'un de ses fondĂ©s de pouvoir et associĂ© Ă  la rĂ©daction du Courrier des États-Unis, FĂ©lix Lacoste. Un garçon naĂźt de cette relation[a 109].

Mariage et descendance

Portrait d'une femme assise sur une chaise et entourée de ses deux filles dans un intérieur de luxe.
Julie, la femme de Joseph, et leurs deux filles ZĂ©naĂŻde et Charlotte.

Joseph Bonaparte se marie le à Julie Clary, la fille d'un riche armateur et négociant marseillais, François Clary, et de Françoise Rose Somis. De leur union naissent trois enfants :

  • ZĂ©naĂŻde, une premiĂšre fille nĂ©e le et dĂ©cĂ©dĂ©e moins d'un an plus tard, le [Note 12] ;
  • ZĂ©naĂŻde, nĂ©e le , qui se marie en 1822 Ă  son cousin, le prince Charles-Lucien Bonaparte, et meurt le Ă  Naples ;
  • Charlotte, nĂ©e , peintre renommĂ©e, mariĂ©e en 1826 Ă  son cousin, le prince NapolĂ©on-Louis Bonaparte jusqu'Ă  la mort de ce dernier en 1831, et qui meurt en couches en 1839.

Reconnu pour ses nombreuses infidélités, Joseph, qui « aimait trop le plaisir et les femmes » selon le mot de son frÚre Napoléon[77], laisse ainsi cinq enfants naturels[78] - [79] :

  • Giulio et Teresa, respectivement nĂ©s en 1807 et 1808 Ă  Naples de sa liaison avec Maria Giulia, duchesse d'Atri ;
  • Caroline Charlotte (nĂ©e en 1819) et Pauline JosĂšphe (nĂ©e en 1822), deux filles de sa liaison avec Annette Savage ;
  • FĂ©lix-Joseph-François Lacoste, un garçon nĂ© en 1825 de sa liaison avec Émilie HĂ©mart.

Selon certains de ses biographes, cette liste est probablement non exhaustive[a 142].

Ouvrages

Joseph Bonaparte est l'auteur d'un court roman, MoĂŻna, ou la Villageoise du Mont-Cenis, paru en 1799 et dont il a entrepris la rĂ©daction trois annĂ©es plus tĂŽt aprĂšs avoir rencontrĂ© un soldat blessĂ© pendant la campagne d'Italie au relais de poste de Bramans. Ce texte, d'une centaine de pages, raconte l'histoire d'un amour impossible entre une jeune villageoise, MoĂŻna, et d'un soldat de l'armĂ©e française, Liandre, tout en dĂ©veloppant les thĂšmes du bonheur et de la guerre, en intĂ©grant quelques passages autobiographiques. Il est qualifiĂ© de « bergerie montagnarde » par François Forray, par comparaison avec la « bergerie tropicale » proposĂ©e par Bernardin de Saint-Pierre dans Paul et Virginie, une des Ɠuvres favorites de Joseph Bonaparte[a 53]. Bernardin de Saint-Pierre apprĂ©cie d'ailleurs « les aimables sentiments » du roman de Joseph Bonaparte, tandis qu'il reçoit un bon accueil de la part d'une autre romanciĂšre, Madame de StaĂ«l[80]. L'historien et critique littĂ©raire AmĂ©dĂ©e RenĂ©e porte un jugement tout aussi favorable sur ce texte, « un petit ouvrage honnĂȘte et doux qui glisse discrĂštement entre les deux Ă©cueils du temps, la dĂ©clamation et la sensiblerie »[81].

Contrairement Ă  de nombreuses personnalitĂ©s de son temps, Joseph Bonaparte n'a pas Ă©crit de MĂ©moires, en dehors d'un Fragment historique dont la chronologie s'arrĂȘte en 1806. Albert Du Casse a nĂ©anmoins publiĂ©, entre 1853 et 1854, une Ă©dition en dix volumes de sa correspondance officielle, sous le titre de MĂ©moires et correspondance du roi Joseph publiĂ©s, annotĂ©s et mis en ordre par A. Du Casse, aide de camp de S.A.I. le prince JĂ©rĂŽme NapolĂ©on[a 143].

On a longtemps considĂ©rĂ©, Ă  tort, que Joseph Bonaparte Ă©tait l'auteur de NapolĂ©on en dix chants, un long poĂšme hagiographique de prĂšs de 5 000 alexandrins. C'est en fait Hubert-Louis Lorquet, un professeur au lycĂ©e de Port-Louis, sur l'Ăźle Maurice, qui l'a composĂ© et publiĂ© dans cette Ăźle en 1822 avant de le rĂ©Ă©diter Ă  Paris en 1838. De son cĂŽtĂ©, Joseph Bonaparte s'est contentĂ© de le faire Ă©diter chez un imprimeur de Philadelphie en 1823, aprĂšs avoir reçu une copie du texte. C'est la publication de cette Ă©dition amĂ©ricaine en Europe, d'abord Ă  Bruxelles puis Ă  Londres, qui a attribuĂ© Ă  tort la paternitĂ© de l'Ɠuvre Ă  Joseph, en dĂ©pit de plusieurs dĂ©mentis[a 144].

Honneurs

Grades militaires

DĂ©corations

HĂ©raldique

Figure Blasonnement
Armes comme roi de Naples de 1806 Ă  1808

GironnĂ© de 15 piĂšces : I, en forme de franc-quartier, d'or, Ă  une triquĂštre issante d'une tĂȘte de Mercure de carnation (Île de Sicile) ; II, d'or au cheval contournĂ© et effarĂ© de sable (de Naples (ancien)) ; III, d'azur, Ă  deux cornes d'abondance d'or, passĂ©es en sautoir (du Labour) ; IV, coupĂ© en A d'azur Ă  une comĂšte d'argent chevelĂ©e d'or, en B d'argent Ă  un vol d'azur ; V, d'or, Ă  l'aigle de gueules, couronnĂ©e du champ, issante d'une fasce denchĂ©e et abaissĂ©e d'azur (de Basilicate) ; VI, d'argent, Ă  la croix potencĂ©e de sable (de Basse-Calabre) ; VII, Ă©cartelĂ© en sautoir d'or, Ă  quatre pals de gueules et d'argent, Ă  la croix potencĂ©e de sable (alias d'Aragon et de Basse-Calabre) (de Haute-Calabre) ; VIII, D'or, Ă  quatre pals de gueules, au dauphin d'argent, plongeant vers la pointe, brochant sur-le-tout (d'Otrante) ; IX, Ă©cartelĂ© en sautoir d'azur et d'argent, Ă  la crosse d'or, brochante sur-le-tout (de Bari) ; X, d'azur, Ă  un Saint-Michel d'or, terrassant un diable de sable, sur une montagne Ă  trois coupeaux du deuxiĂšme, issante de la pointe (de Capitanate) ; XI, de gueules, Ă  une Ă©toile Ă  huit rais d'or, ceinte d'une couronne de feuillage du mĂȘme (de Molise) ; XII, coupĂ© de gueules, Ă  la couronne Ă  l'antique d'or, et d'argent. (de Haut-Principat) ; XIII, d'or, Ă  la hure de sable, surmontĂ©e d'un joug de gueules (des Basses-Abruzzes) ; XIV, d'azur, Ă  l'aigle d'argent, surmontant une montagne d'or, issante de la pointe (des Hautes-Abruzzes) ; XV, de gueules accompagnĂ©e de deux croisettes alesĂ©es le tout d'argent ; sur-le-tout d'azur, Ă  l'aigle d'or, la tĂȘte contournĂ©e, au vol abaissĂ©, empiĂ©tant un foudre du mĂȘme (de NapolĂ©on) dans son pavillon de gueules.

Armes comme roi d'Espagne de 1808 Ă  1813

Parti de un et coupĂ© de deux : en I, de gueules au chĂąteau d'or ouvert et ajourĂ© d'azur, en II, d'argent au lion de gueules armĂ©, lampassĂ© et couronnĂ© d'or, en III d'or Ă  quatre pals de gueules, en IV de gueules aux chaĂźnes d'or posĂ©es en orle, en croix et en sautoir, chargĂ©es en cƓur d'une Ă©meraude au naturel, en V d'argent Ă  une pomme grenade de gueules, tigĂ© et feuilletĂ© de sinople et en VI d'azur, de gueules au vieux et nouveau monde d'or entre les colonnes d'Hercule d'argent ; sur le tout un Ă©cu ovale d'azur, Ă  l'aigle d'or, la tĂȘte contournĂ©e, au vol abaissĂ©, empiĂ©tant un foudre du mĂȘme (de NapolĂ©on).

Joseph Bonaparte dans la culture

Peinture

Portrait en buste de Joseph Bonaparte en uniforme espagnol.
Joseph Bonaparte par InÚs Esménard.

En tant que souverain, Joseph Bonaparte a fait rĂ©aliser de nombreux portraits le reprĂ©sentant. Pendant son rĂšgne napolitain, Jean-Baptiste Wicar, Ă  qui il confie la gestion de l'AcadĂ©mie des arts et dessin, exĂ©cute trois portraits en pied du roi, l'un en costume de sĂ©nateur, le second en uniforme de gĂ©nĂ©ral français et le troisiĂšme en costume des grenadiers de la Garde. Les deux premiers sont conservĂ©s dans des collections privĂ©es, tandis que le dernier est exposĂ© Ă  Versailles. Luigi Toro l'a Ă©galement reprĂ©sentĂ© en petit costume civil sur une toile conservĂ©e au musĂ©e San Martino. Le nombre de ses portraits comme roi d'Espagne est encore plus important. François GĂ©rard l'a peint Ă  la maniĂšre des portraits royaux français, debout devant un trĂŽne et vĂȘtu d'un manteau de velours bleu, brodĂ© d'or et doublĂ© d'hermine. Sur cette toile, Joseph porte Ă©galement les colliers de la Toison d'or et de l'Ordre royal d'Espagne, ainsi que la plaque de grand officier de la LĂ©gion d'honneur. L'original est conservĂ© au chĂąteau de Fontainebleau, tandis qu'une rĂ©plique, commandĂ©e par Letizia Bonaparte, orne la salle napolĂ©onienne de la mairie d'Ajaccio. D'autres portraits de son rĂšgne espagnol sont exĂ©cutĂ©s par Josep Bernat Flaugier, Robert LefĂšvre, François-Joseph Kinson ou encore InĂšs EsmĂ©nard, mais un grand nombre des portraits du souverain ont Ă©tĂ© dĂ©truits ou ont disparu aprĂšs l'avĂšnement de Ferdinand VII sur le trĂŽne[a 145]. Avant cela, Robert LefĂšvre a rĂ©alisĂ© entre 1805 et 1806 un portrait de Joseph en tenue de sĂ©nateur français, une Ɠuvre acquise en 1995 par le MusĂ©e national suisse grĂące Ă  la participation de l'Association des Amis du ChĂąteau de Prangins[83]. Pendant son exil aux États-Unis, deux portraits sont rĂ©alisĂ©s, l'un par Charles Willson Peale en 1820, conservĂ© par la SociĂ©tĂ© historique de Pennsylvanie, l'autre par Innocent Goubaud en 1832, dont il existe deux versions : la premiĂšre exposĂ©e Ă  Fontainebleau et la seconde dans la Maison Bonaparte Ă  Ajaccio[a 145].

En 2011, une Ă©tude aux rayons X du Portrait de RamĂłn SatuĂ© par Francisco de Goya, rĂ©alisĂ© en 1823 et conservĂ© au Rijksmuseum Amsterdam, fait apparaĂźtre que ce tableau aurait pu ĂȘtre un portrait de Joseph Bonaparte, en uniforme et assis dans un fauteuil, que le peintre aurait recouvert aprĂšs le retour de Ferdinand VII[84] - [a 145].

Joseph Bonaparte figure Ă©galement sur un grand nombre de toiles reprĂ©sentant des Ă©vĂ©nements du Consulat et de l'Empire. Il est ainsi prĂ©sent sur La Distribution des aigles et Le Sacre de NapolĂ©on de Jacques-Louis David, sur NapolĂ©on reçoit au Louvre les dĂ©putĂ©s de l'armĂ©e aprĂšs son couronnement, le de Gioacchino Serangeli et sur L'AssemblĂ©e du Champ-de-Mai de François-Joseph Heim. Il est lui-mĂȘme au centre de plusieurs scĂšnes comme sur La Paix d'Amiens de Jules-Claude Ziegler, en 1853, ou Le Roi Joseph Ier dans la baie de Cadix d'Augusto Ferrer-Dalmau en 2011[a 145].

Cinéma et télévision

Photographie d'un homme consultant un livre.
Ennio Fantastichini interprÚte le rÎle de Joseph Bonaparte dans une série télévisée.

Le personnage de Joseph Bonaparte apparaßt dans plusieurs films et séries. Il est interprété par :

Monuments

Un monument reprĂ©sentant NapolĂ©on sur son cheval et entourĂ© de ses quatre frĂšres, dont Joseph, est installĂ© au centre de la place Charles-de-Gaulle Ă  Ajaccio. Il est Ă©rigĂ© entre 1864 et 1865 Ă  la demande de l'empereur NapolĂ©on III et selon des plans dressĂ©s par EugĂšne Viollet-le-Duc. La statue de Joseph est l'Ɠuvre du sculpteur Jean-Claude Petit[94]. Plusieurs plaques commĂ©moratives lui rendent hommage, notamment sur sa maison natale de Corte, dans le parc de la mairie de Survilliers[95], sur un des murs de la chapelle des Grecs Ă  Ajaccio[96] et sur la façade du Palazzo Serristori Ă  Florence, son lieu de dĂ©cĂšs. À Lausanne, dans le chemin des Trois-Rois, une plaque honore le passage de Joseph, Louis et JĂ©rĂŽme Bonaparte lors de leur exil qui suit la premiĂšre abdication de l'empereur[97].

  • NapolĂ©on Ă  cheval sur un socle est entourĂ© par ses quatre frĂšres debout aux angles du monument
    Monument à Napoléon et ses frÚres, Ajaccio.
  • entrĂ©e de la maison natale de Joseph Bonaparte en crĂ©pit rosĂątre
    La maison Arrighi Ă  Corte.
  • pierre gravĂ©e portant un texte prĂ©cisant que les trois frĂšres Bonaparte Joseph, Louis et JĂ©rĂŽme mĂ©ditĂšrent Ă  cet endroit sur la perte de leur pouvoir
    Inscription Ă  Lausanne.
  • plaque gravĂ©e prĂ©cisant que Joseph Bonaparte est mort au palais Serristori en 1844 oĂč elle est apposĂ©e sur la façade de couleur ocre
    Le Palazzo Serristori Ă  Florence.

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article : document utilisĂ© comme source pour la rĂ©daction de cet article.

Ouvrages généraux sur la période du Consulat ou de l'Empire

  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, t. I : NapolĂ©on et la conquĂȘte de l'Europe 1804-1810, Fayard, , 618 p. (ISBN 978-2213613871). Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Jean-Paul Bertaud, Histoire du Consulat et de l'Empire : Chronologie commentĂ©e, Perrin, coll. « Tempus » (no 536), , 416 p. (ISBN 978-2262043711). Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
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Études biographiques en langue française

Études biographiques en langue Ă©trangĂšre

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Articles, notices biographiques, Ă©tudes

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  • Thierry Lentz, « Le testament et l’inventaire aprĂšs dĂ©cĂšs de Joseph Bonaparte », Napoleonica. La Revue, no 26,‎ , p. 5-20 (lire en ligne).
  • Jean Sarramon, La bataille de Vitoria : La fin de l'aventure napolĂ©onienne en Espagne, Paris, J. C. Bailly Éditeur, , 727 p. (ISBN 2-86554-006-5).
  • Les papiers personnels de Joseph Bonaparte sont conservĂ©s aux Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 381AP : Inventaire du fonds.

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. Avant la naissance de Joseph, Charles et Letizia Bonaparte ont eu deux autres enfants morts en bas ùge, Napoléon en 1765 et Maria-Anna en 1767[a 1].
  2. Le collÚge est renommé CollÚge Joseph-Bonaparte, par décret impérial, le . Voir de Fontenay 1869, p. 18.
  3. Depuis la naissance de NapolĂ©on, Charles et Letizia ont eu plusieurs enfants dont six ont survĂ©cu : Lucien en 1775, Élisa en 1777, Louis en 1778, Pauline en 1780, Caroline en 1782 et JĂ©rĂŽme en 1784, quelques semaines avant le dĂ©cĂšs de Charles.
  4. Il s'agit de la résidence du marquis Louis-Antoine de CipiÚres, ancien maire de la ville et émigré, au no 11 de la rue Lafon.
  5. En réalité, sa nomination intervient dÚs le , mais Joseph Bonaparte retarde son arrivée, souhaitant aller au bout de sa « revanche corse », selon le mot de Thierry Lentz. C'est seulement aprÚs son élection aux Cinq-Cents qu'il décide de rejoindre Parme, aprÚs un rappel à l'ordre du gouvernement et de son frÚre Napoléon[a 45].
  6. DĂ©molie en 1877, cette maison se situait alors sur l'emplacement de l'actuel no 61 de la rue du Rocher.
  7. Le gĂ©nĂ©ral Bernadotte avait Ă©pousĂ© DĂ©sirĂ©e Clary, la sƓur de Julie, le .
  8. Son beau-frĂšre Joachim Murat devient roi de Naples le suivant. Voir Bertaud 2014, p. 144.
  9. La tradition populaire lui attribue le surnom de « Pepe botella », Pépé la bouteille, car ses premiers décrets concernent les boissons alcoolisées et les jeux de cartes. Voir Jean Tulard, Le Grand Empire : 1804-1815, Albin Michel, , p. 161.
  10. Un décret du signé par Napoléon décide la création de quatre départements catalans placés sous la direction d'un gouverneur militaire, le général Decaen.
  11. Le conseil de rĂ©gence, prĂ©sidĂ© par cardinal de Bourbon, de mĂȘme que le Cortes de Cadix, refusent de ratifier ce traitĂ© et n'acceptent le retour de Ferdinand qu'Ă  condition qu'il se soumette Ă  la Constitution rĂ©digĂ©e en 1812, pendant la Guerre d'indĂ©pendance. LibĂ©rĂ© de Valençay le , il retrouve finalement son trĂŽne au dĂ©but du mois de mai suivant, aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© nul et sans effet tout le travail des Cortes de Cadix.
  12. Dans les biographies consacrées à Joseph Bonaparte, la premiÚre fille du couple est souvent nommée, à tort, Julie Joséphine[76].

Références

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