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Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord

Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord, communĂ©ment nommĂ© Talleyrand[N 1], est un homme d'État et diplomate français, nĂ© le Ă  Paris et mort le dans cette mĂȘme ville.

Charles-Maurice
de Talleyrand-PĂ©rigord
Illustration.
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, par Pierre-Paul Prud'hon, 1809 (Chùteau de Valençay)[2].
Fonctions
Ambassadeur de France au Royaume-Uni
–
(4 ans, 2 mois et 7 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Prédécesseur Anne-Adrien-Pierre de Montmorency-Laval
Successeur Horace SĂ©bastiani
Président du Conseil des ministres français
et ministre des Affaires Ă©trangĂšres
–
(2 mois et 17 jours)
Monarque Louis XVIII
Gouvernement Talleyrand-PĂ©rigord
Législature Ire législature
Prédécesseur Joseph Fouché
Baron Bignon
Successeur Armand Emmanuel du Plessis de Richelieu
Ministre des Affaires Ă©trangĂšres
–
(10 mois et 7 jours)
Monarque Louis XVIII
Gouvernement Gouvernement de la PremiĂšre Restauration
PrĂ©dĂ©cesseur Antoine de LaforĂȘt
Successeur Marquis de Caulaincourt
Président du gouvernement provisoire
–
(11 jours)
Monarque Louis XVIII
Gouvernement Gouvernement provisoire de 1814
Successeur Comte d'Artois
(lieutenant-général du Royaume)
Ministre des Relations extérieures
–
(7 ans, 8 mois et 18 jours)
Monarque Napoléon Ier
Gouvernement Premier Empire
Prédécesseur Charles-Frédéric Reinhard
Successeur Comte de Champagny
–
(2 ans et 5 jours)
Gouvernement Directoire
Prédécesseur Charles-François Delacroix
Successeur Charles-Frédéric Reinhard
Ministre de la Marine et des Colonies
–
(3 mois et 25 jours)
Gouvernement Directoire
Prédécesseur Charles Joseph Mathieu Lambrechts
Successeur Marc Antoine Bourdon de Vatry
Député d'Autun
–
(2 ans, 5 mois et 27 jours)
LĂ©gislature États gĂ©nĂ©raux
Assemblée nationale constituante
Groupe politique Clergé
Président de l'Assemblée nationale constituante
–
(11 jours)
Prédécesseur Jean-Xavier Bureau de Pusy
Successeur François-Xavier de Montesquiou-Fézensac
ÉvĂȘque d'Autun
–
(2 ans, 5 mois et 1 jour)
Prédécesseur Yves Alexandre de Marbeuf
Successeur Jean-Louis Gouttes
Agent général du clergé de France
–
(5 ans et 4 mois)
Avec Thomas de Boisgelin
Prédécesseur Pierre-Louis de La Rochefoucauld-Bayers
Louis de Jarente de SĂ©nas d'Orgeval
Successeur François-Xavier de Montesquiou-Fézensac
Louis-Mathias de Barral
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de dĂ©cĂšs (Ă  84 ans)
Lieu de décÚs Ancien 1er arrondissement de Paris
Nationalité Française
Parti politique Indépendant
Profession Diplomate

Signature de Charles-Maurice  de Talleyrand-PĂ©rigord

Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord
Présidents de l'Assemblée nationale française
Ministres français des Affaires étrangÚres
Chefs du gouvernement français

Issu d'une famille de la haute noblesse, souffrant d'un pied bot, il est orientĂ© par sa famille vers la carriĂšre ecclĂ©siastique en vue de lui permettre de succĂ©der Ă  son oncle, l'archevĂȘque de Reims : ordonnĂ© prĂȘtre en 1779, il est nommĂ© en 1788 Ă©vĂȘque d'Autun. Il renonce Ă  la prĂȘtrise et quitte le clergĂ© pendant la RĂ©volution pour mener une vie laĂŻque.

Talleyrand occupe des postes de pouvoir politique durant la majeure partie de sa vie et sous la plupart des rĂ©gimes successifs que la France connaĂźt Ă  l'Ă©poque : il est notamment agent gĂ©nĂ©ral du clergĂ© (1780), puis dĂ©putĂ© aux États gĂ©nĂ©raux sous l'Ancien RĂ©gime, prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale et ambassadeur pendant la RĂ©volution française, ministre des Relations extĂ©rieures sous le Directoire, le Consulat puis sous le Premier Empire, prĂ©sident du gouvernement provisoire, ambassadeur, ministre des Affaires Ă©trangĂšres et prĂ©sident du Conseil des ministres sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie de Juillet. Il assiste aux couronnements de Louis XVI (1775), NapolĂ©on Ier (1804) et Charles X (1825)[N 2].

Il intervient fréquemment dans les questions économiques et financiÚres, pour lesquelles son acte le plus fameux est la proposition de nationalisation des biens du clergé. Toutefois, sa renommée provient surtout de sa carriÚre diplomatique exceptionnelle, dont l'apogée est le congrÚs de Vienne. Homme des LumiÚres, libéral convaincu, tant du point de vue politique et institutionnel que social et économique, Talleyrand théorise et cherche à appliquer un « équilibre européen » entre les grandes puissances.

Réputé pour sa conversation, son esprit et son intelligence, il mÚne une vie entre l'Ancien Régime et le XIXe siÚcle. Surnommé le « diable boiteux »[N 3] et décrit comme un traßtre cynique plein de vices et de corruption ou au contraire comme un dirigeant pragmatique et visionnaire, soucieux d'harmonie et de raison, admiré ou détesté par ses contemporains, il suscite de nombreuses études historiques et artistiques.

Origine et jeunesse

Plaque 4 rue GaranciĂšre (Paris).

Le pĂšre de Charles-Maurice, Charles-Daniel de Talleyrand-PĂ©rigord (1734-1788), chevalier de Saint-Michel en 1776, lieutenant gĂ©nĂ©ral en 1784, appartient Ă  une branche cadette de la maison de Talleyrand-PĂ©rigord, famille de haute noblesse, mĂȘme si sa filiation avec les comtes de PĂ©rigord est contestĂ©e[3]. Il vit Ă  la cour de Versailles, dĂ©sargentĂ©, avec sa femme nĂ©e Alexandrine de Damas d'Antigny (1728-1809[4]). Talleyrand a surtout pour oncle Alexandre-AngĂ©lique de Talleyrand-PĂ©rigord (1736-1821), archevĂȘque de Reims, puis cardinal et archevĂȘque de Paris. Il compte parmi ses ancĂȘtres notamment Jean-Baptiste Colbert et Étienne Marcel[5].

NĂ© le [N 4] au numĂ©ro 4 de la rue GaranciĂšre Ă  Paris, Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord est baptisĂ© le jour mĂȘme[6].

Avant la parution de ses mémoires, plusieurs versions circulent déjà sur l'enfance de Talleyrand, en particulier sur l'origine de son pied bot[7]. Depuis leur divulgation en 1889, ces mémoires sont la source d'informations la plus exploitée sur cette partie de sa vie ; la version donnée par Talleyrand est cependant contestée par une partie des historiens.

Selon la version donnĂ©e par ses mĂ©moires, il est immĂ©diatement remis Ă  une nourrice qui le garde quatre ans chez elle dans le faubourg Saint-Jacques, ce qui n'est pas le cas de ses frĂšres. Toujours selon l'intĂ©ressĂ©, il serait tombĂ© d'une commode Ă  l'Ăąge de quatre ans, d'oĂč son pied bot : cette infirmitĂ© lui vaut de ne pas pouvoir accĂ©der aux fonctions militaires et d'ĂȘtre destituĂ© de son droit d'aĂźnesse par ses parents qui le destinent alors Ă  une carriĂšre ecclĂ©siastique. Son frĂšre cadet, Archambaud, prend sa place (l'aĂźnĂ© des fils Ă©tant mort en bas Ăąge).

Selon Franz Blei, dans ses mémoires, Talleyrand « évoque ses parents avec une surprenante antipathie[8] » :

« Cet accident a influĂ© sur tout le reste de ma vie ; c'est lui qui, ayant persuadĂ© Ă  mes parents que je ne pouvais ĂȘtre militaire, ou du moins l'ĂȘtre sans dĂ©savantage, les a portĂ©s Ă  me diriger vers une autre profession. Cela leur parut plus favorable Ă  l'avancement de la famille. Car dans les grandes maisons, c'Ă©tait la famille que l'on aimait, bien plus que les individus, et surtout que les jeunes individus que l'on ne connaissait pas encore. Je n'aime point m'arrĂȘter sur cette idĂ©e
 je la quitte. »

— MĂ©moires de Talleyrand[9]

Photographie de deux chaussures prises de trois quarts, en cuir noir, la gauche Ă©tant de taille normale, la droite Ă©tant deux ou trois fois plus grande.
Chaussure orthopédique de Talleyrand, conservée au chùteau de Valençay.

Une partie des biographes, comme Jean Orieux, donnent raison à Talleyrand, qui laisse entendre que ses parents ne l'aimaient pas, ne tolérant pas qu'il fût « simultanément pied bot et Talleyrand[10] ». De leur cÎté, ses deux frÚres cadets, Archambaud (1762-1838) et Boson (1764-1830), se marient avec de riches héritiÚres de la noblesse de finance[N 5] - [11].

Il sĂ©journe de 1758 Ă  1761 chez sa bisaĂŻeule et « femme dĂ©licieuse », Marie-Françoise de Mortemart de Rochechouart, au chĂąteau de Chalais, pĂ©riode dont il garde un souvenir Ă©mu. Il est ensuite envoyĂ© au collĂšge d'Harcourt (futur lycĂ©e Saint-Louis) de 1762 Ă  1769, puis chez son oncle archevĂȘque, oĂč on l'incite Ă  embrasser la carriĂšre ecclĂ©siastique ; il obtempĂšre[12].

Cette version de son enfance est contestĂ©e par plusieurs biographes. Si Michel Poniatowski parle d'un pied-bot de naissance, Emmanuel de Waresquiel va plus loin et affirme que Talleyrand souffre d'une maladie hĂ©rĂ©ditaire (un de ses oncles en Ă©tant affectĂ©), le syndrome de Marfan[13]. Toujours selon Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand est devenu prĂȘtre non pas Ă  cause d'un manque d'affection de ses parents, mais de la volontĂ© de le placer dans la succession du richissime et puissant archevĂȘchĂ© de Reims promis Ă  son oncle[N 6], perspective susceptible de vaincre ses rĂ©ticences, son Ăąge le plaçant comme le seul en mesure de le faire au sein de sa fratrie[14]. Ainsi, Talleyrand n'aurait blĂąmĂ© ses parents que dans le contexte de la rĂ©daction de ses mĂ©moires, oĂč il devait faire apparaĂźtre sa prĂȘtrise comme ayant Ă©tĂ© contrainte[15].

C'est ce qui amĂšne Georges Lacour-Gayet Ă  parler d'un « prĂ©tendu abandon[16] ». Pour Franz Blei, s'il est exact qu'il « n'a pas eu de maison paternelle pleine de sĂ©curitĂ© et d'affection », il se montre injuste envers sa mĂšre, qui n'a fait que suivre les usages d'Ă©ducation de l'Ă©poque, avant la mode de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau[17] ; ses parents ont aussi des charges trĂšs prenantes Ă  la cour.

CarriÚre ecclésiastique

Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord
Image illustrative de l’article Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord
Talleyrand, gravure d'aprÚs le portrait de François Gérard
Biographie
Naissance
Paris (France)
Ordination sacerdotale
Renvoi de l'état clérical
DĂ©cĂšs (Ă  84 ans)
Paris (France)
ÉvĂȘque de l'Église catholique
Ordination Ă©piscopale par
Antoine de Malvin de Montazet
ÉvĂȘque d'Autun

Signature de Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

En 1770, ĂągĂ© de seize ans, il entre au sĂ©minaire Saint-Sulpice, oĂč, selon ses mĂ©moires, il fait preuve de mauvaise humeur et se retranche dans la solitude[18].

Le , il reçoit les ordres mineurs. Le , il obtient un baccalaurĂ©at[N 7] en thĂ©ologie Ă  la Sorbonne. Sa thĂšse est acquise grĂące Ă  sa naissance plutĂŽt qu'Ă  son travail : elle est rĂ©digĂ©e au moins en partie par son directeur de thĂšse de la Sorbonne, Charles Mannay[N 8] - [N 9] - [19], et il obtient une dispense d'Ăąge qui lui permet de la prĂ©senter Ă  20 ans au lieu des 22 requis[20]. À 21 ans, le , il reçoit le sous-diaconat en l'Ă©glise Saint-Nicolas-du-Chardonnet, premier ordre majeur, en dĂ©pit de ses avertissements : « On me force Ă  ĂȘtre ecclĂ©siastique, on s'en repentira[21] », fait-il savoir. Il bĂ©nĂ©ficie par la suite d'une dispense du diaconat. Peu aprĂšs, le , il devient chanoine de la cathĂ©drale de Reims, puis, le , abbĂ© commendataire de Saint-Denis de Reims, ce qui lui assure un revenu confortable[22].

Le , il assiste au sacre de Louis XVI, auquel participent son oncle comme coadjuteur de l'Ă©vĂȘque consĂ©crateur et son pĂšre comme otage de la Sainte Ampoule [23]. Cette annĂ©e-lĂ , en dĂ©pit de son jeune Ăąge, il est dĂ©putĂ© du clergĂ© ou premier ordre, et surtout promoteur de l'assemblĂ©e du clergĂ©[24].

Toujours la mĂȘme annĂ©e, il s'inscrit Ă  la Sorbonne et y obtient le une licence en thĂ©ologie[25]. Le jeune licenciĂ© rend visite Ă  Voltaire, qui le bĂ©nit devant l'assistance[26]. La veille de son ordination, Auguste de Choiseul-Gouffier raconte l'avoir dĂ©couvert prostrĂ© et en pleurs. Son ami insiste pour qu'il renonce mais Talleyrand lui rĂ©pond : « Non, il est trop tard, il n'y a plus Ă  reculer[27] » ; cette anecdote serait une invention, d'aprĂšs Emmanuel de Waresquiel[28]. Il est ordonnĂ© prĂȘtre le lendemain, . Le surlendemain, il cĂ©lĂšbre devant sa famille sa premiĂšre messe, et son oncle le nomme vicaire gĂ©nĂ©ral de l'Ă©vĂȘchĂ© de Reims[29].

L'annĂ©e suivante, au printemps 1780, il devient, toujours grĂące Ă  son oncle, agent gĂ©nĂ©ral du clergĂ© de France, charge qui l'amĂšne Ă  dĂ©fendre les biens de l'Église face aux besoins d'argent de Louis XVI. Il fait ainsi accepter en 1782 un « don gratuit » au roi de plus de 15 millions de livres pour couper court aux menaces de confiscation venant de la couronnechap. 10_39-0">[30]. Il intervient Ă©galement dans la crise de la Caisse d'escompte de 1783chap. 15_40-0">[31] et doit gĂ©rer la colĂšre du bas-clergĂ© en maniant la carotte et le bĂąton. Tous ces travaux lui permettent de s'initier Ă  la finance, aux affaires immobiliĂšres et Ă  la diplomatie ; il prend connaissance de l'Ă©tendue de la richesse du clergĂ© et noue de nombreuses relations parmi les hommes d'influence de l'Ă©poque. Élu secrĂ©taire de l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de 1785-1786, il est fĂ©licitĂ© par ses pairs Ă  l'occasion de son rapport final[32].

Il fréquente et anime les salons libéraux proches des Orléans et noue de nombreuses relations dans ce milieu. Installé rue de Bellechasse, il a pour voisin Mirabeau : les deux hommes se lient d'amitié, de politique et d'affaires. Il est alors proche de Calonne, ministre impopulaire de Louis XVI[33] ; il participe à la négociation du traité de commerce avec la Grande-Bretagne conclu en 1786[34]. Il fait ainsi partie des rédacteurs du plan de Calonne pour réformer complÚtement les finances du royaume et qui reste à l'état de projet en raison de la crise financiÚre et du départ du ministre[35].

Son statut d'ancien agent gĂ©nĂ©ral du clergĂ© doit en principe le propulser rapidement Ă  l'Ă©piscopat[36] alors que croissent ses besoins d'argent[37] ; pourtant, la nomination tarde Ă  venir. L'explication gĂ©nĂ©ralement donnĂ©e par les historiens est sa vie dissolue, avec son goĂ»t pour le jeu, pour le luxe, et ses maĂźtresses, ce qui indispose Alexandre de Marbeuf, Ă©vĂȘque d'Autun et responsable des nominations[38], et qui choque Louis XVI. Emmanuel de Waresquiel conteste cette analyse[39], expliquant cette attente par la notoriĂ©tĂ© de ses amitiĂ©s orlĂ©anistes hostiles au clan de la reine et par la perte d'influence de sa famille[40].

Le , il est finalement nommĂ© Ă©vĂȘque d'Autun, grĂące Ă  la requĂȘte que son pĂšre mourant a adressĂ©e Ă  Louis XVI. « Cela le corrigera », aurait dĂ©clarĂ© le roi en signant la nomination. Le , il reçoit Ă©galement le bĂ©nĂ©fice de l'abbaye royale de Celles-sur-Belle[41]. Il est sacrĂ© le par Louis-AndrĂ© de Grimaldi, Ă©vĂȘque de Noyon[42]. Ernest Renan raconte, parlant d’un de ses professeurs Ă  Saint-Sulpice :

« M. Hugon avait servi d'acolyte au sacre de M. de Talleyrand Ă  la chapelle d'Issy, en 1788. Il paraĂźt que, pendant la cĂ©rĂ©monie, la tenue de l'abbĂ© de PĂ©rigord fut des plus inconvenantes. M. Hugon racontait qu'il s'accusa, le samedi suivant, en confession, « d'avoir formĂ© des jugements tĂ©mĂ©raires sur la piĂ©tĂ© d'un saint Ă©vĂȘque ». »

— Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse

AprĂšs une campagne courte et efficace, il est Ă©lu le dĂ©putĂ© du clergĂ© d'Autun aux Ă©tats gĂ©nĂ©raux de 1789. Le au matin, un mois aprĂšs ĂȘtre arrivĂ© et esquivant la messe de PĂąques, Talleyrand quitte dĂ©finitivement Autun et rentre Ă  Paris[43] pour l'ouverture des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, le , qui marque le dĂ©but de la RĂ©volution française.

RĂ©volution

Député de la Constituante

Plaque 17 rue de l'UniversitĂ© (Paris), oĂč il vit en 1790.

Durant les Ă©tats gĂ©nĂ©raux, Talleyrand se rallie au tiers Ă©tat le [44], avec la majoritĂ© du clergĂ© et la veille de l'invitation de Louis XVI Ă  la rĂ©union des ordres[45] : ainsi qu'il l'Ă©crit dans ses MĂ©moires, il est prĂ©fĂ©rable de « cĂ©der avant d’y ĂȘtre contraint et quand on pouvait encore s’en faire un mĂ©rite[46]. » Le , il demande la suppression des mandats impĂ©ratifs ; le (renouvelĂ© le ), il est le premier membre nommĂ© au comitĂ© de constitution de l'AssemblĂ©e nationale[47]. Il est ainsi signataire de la Constitution prĂ©sentĂ©e au roi et acceptĂ©e par celui-ci le et est l'auteur de l'article VI de la dĂ©claration des droits de l'Homme, qui lui sert de prĂ©ambule :

« La loi est l'expression de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale. [
] Elle doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous, soit qu'elle protĂšge, soit qu'elle punisse. »

— DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789[48]

Le , il dĂ©pose une motion auprĂšs de l'AssemblĂ©e constituante, qui propose d'utiliser « les grands moyens » pour renflouer les caisses de l'État : la nationalisation des biens de l'Église[49]. Selon lui :

« Le clergĂ© n'est pas propriĂ©taire Ă  l'instar des autres propriĂ©taires puisque les biens dont il jouit et dont il ne peut disposer ont Ă©tĂ© donnĂ©s non pour l'intĂ©rĂȘt des personnes mais pour le service des fonctions[50]. »

DĂ©fendu par Mirabeau, le projet est votĂ© le [51]. FĂȘtĂ© par Le Moniteur, couvert d'injures dans des pamphlets[52], « faisant l'horreur et le scandale de toute sa famille[53] », Talleyrand devient pour une partie du clergĂ© celui qui a trahi son ordre, son ancien poste de brillant Agent gĂ©nĂ©ral le rendant d'autant plus dĂ©testable Ă  ceux pour qui il est « l'apostat[54] ». Le , il propose d'accorder le statut de citoyen aux juifs, ce qui donne de nouveaux arguments aux pamphlĂ©taires[55]. Le , il est Ă©lu prĂ©sident de l'AssemblĂ©e avec 373 voix[56] contre 125 Ă  SieyĂšs, pour douze jours. Alors que la Constitution va ĂȘtre adoptĂ©e, Talleyrand et les royalistes constitutionnels sont alors Ă  l'apogĂ©e de leur influence sur la RĂ©volution[57].

Peinture reprĂ©sentant une foule entourant deux personnages au centre : Ă  gauche un militaire Ă  bicorne Ă  plume tendant un papier et posant la pointe d'un poignard sur un petit autel sur lequel est posĂ© une croix, Ă  droite un prĂȘtre en aube blanche Ă  ceinture tricolore, qui dresse un fanion tricolore flottant au vent. ƒuvre conservĂ©e au musĂ©e de la RĂ©volution française.
Le serment de La Fayette Ă  la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration. Talleyrand (Ă  droite, en mitre) officie Ă  cĂŽtĂ© du gĂ©nĂ©ral (musĂ©e de la RĂ©volution française, Vizille).

Talleyrand propose Ă  l'AssemblĂ©e constituante le le principe d'une fĂȘte cĂ©lĂ©brant l'unitĂ© des Français, oĂč les gardes nationaux serviraient de reprĂ©sentants[58] : la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, sur le Champ-de-Mars. NommĂ© Ă  cet office par le roi[59], il cĂ©lĂšbre la messe devant 300 000 personnes le , mĂȘme s'il est peu familier de l'exercice[N 10] - [60] ; montant sur l'estrade supportant l'autel, il aurait dit Ă  La Fayette : « Par pitiĂ©, ne me faites pas rire »[N 11].

En , il propose l'adoption du systĂšme d'unification des mesures[56].

Le , Talleyrand prĂȘte serment Ă  la constitution civile du clergĂ©, puis dĂ©missionne de sa charge Ă©piscopale au milieu du mois de [61], sous le prĂ©texte de son Ă©lection comme administrateur du dĂ©partement de Paris[62]. Pourtant, comme les deux premiers Ă©vĂȘques constitutionnels (Louis-Alexandre Expilly de La Poipe, Ă©vĂȘque du FinistĂšre, et Claude Marolles, Ă©vĂȘque de l'Aisne[N 12]) n'arrivent pas Ă  trouver d'Ă©vĂȘque pour les sacrer, Talleyrand est obligĂ© de se dĂ©vouer. Il manƓuvre deux Ă©vĂȘques (les prĂ©lats in partibus de Lydda (de), Jean-Baptiste Gobel et de Babylone, Jean-Baptiste Miroudot du Bourg[63]) pour l'assister : le sacre a lieu le , suivi par quatorze autres[64], les nouveaux Ă©vĂȘques Ă©tant parfois appelĂ©s « talleyrandistes ». Peu aprĂšs, dans le bref Quod aliquantum du , puis Caritas du , le pape Pie VI exprime sa douleur devant cet acte schismatique et prend en compte la dĂ©mission de Talleyrand de sa charge[65], le menaçant d'excommunication sous quarante jours s'il ne vient pas Ă  rĂ©sipiscence[66].

Durant l'année 1791, alors que meurt son ami Mirabeau, il dirige la rédaction d'un important rapport sur l'instruction publique, qu'il présente à l'assemblée constituante juste avant sa dissolution, les 10, 11 et 19 septembre et qui provoque la création de l'Institut de France[67].

Alors qu'il n'est plus député[N 13], du au , Talleyrand est envoyé en mission diplomatique à Londres, pour des achats de chevaux et afin de prendre la température sur une possible neutralité des Britanniques, tout en menant discrÚtement des négociations sur la rétrocession de Tobago[69]. Il y retourne le avec François Bernard Chauvelin. En dépit de l'atmosphÚre hostile, ils obtiennent la neutralité le [70]. Talleyrand rentre à Paris le et, le 28, démissionne de son poste d'administrateur du département de Paris[71].

Exil

À la suite de la journĂ©e du 10 aoĂ»t 1792, anticipant la Terreur, il demande Ă  ĂȘtre renvoyĂ© Ă  Londres. Le , il arrache un ordre de mission Ă  Danton[72], en pleins massacres de Septembre, sous le prĂ©texte de travailler Ă  l'extension du systĂšme de poids et de mesures. Cela lui permet de prĂ©tendre qu'il n'a pas Ă©migrĂ© : « Mon vĂ©ritable but Ă©tait de sortir de France, oĂč il me paraissait inutile et mĂȘme dangereux pour moi de rester, mais d'oĂč je ne voulais sortir qu'avec un passeport rĂ©gulier, de maniĂšre Ă  ne m'en pas fermer les portes pour toujours[73] ». Il part le [74].

Le , un dĂ©cret d'accusation est portĂ© contre le « ci-devant Ă©vĂȘque d'Autun » aprĂšs l'ouverture de l'armoire de fer qui rĂ©vĂšle les liens entre lui, Mirabeau et la famille royale[75] ; se gardant bien de revenir en France, Talleyrand est portĂ© sur la liste des Ă©migrĂ©s Ă  sa parution, par arrĂȘtĂ© du [76].

Affirmant ĂȘtre lĂ  pour vendre sa bibliothĂšque[77], il vit paisiblement Ă  Kensington « pendant toute l'effroyable annĂ©e 1793 », frĂ©quente les constitutionnels Ă©migrĂ©s, noue des relations avec des Anglais influents[78] et souffre Ă  la fois du manque d'argent et de la haine des premiers Ă©migrĂ©s[79]. Fin , on lui annonce que le roi George III ordonne son expulsion, en vertu de l'Aliens Act (« loi sur les Ă©trangers »)[80]. Il part en et se rĂ©fugie aux États-Unis pendant deux ans, vivant Ă  Philadelphie[81], New York[82] et Boston[83]. LĂ , muni de lettres de mission de banques europĂ©ennes[84], il cherche Ă  faire fortune, grĂące Ă  la spĂ©culation sur les terrains[85], prospectant dans les forĂȘts du Massachusetts[86]. Il arme mĂȘme un navire pour commercer avec l'Inde, mais pense surtout Ă  revenir en France[87].

Juste aprĂšs la Terreur, il adresse Ă  la Convention thermidorienne, le , une pĂ©tition plaidant sa cause[88] ; dans le mĂȘme temps, Germaine de StaĂ«l, avec qui Talleyrand correspond[N 14], fait en sorte que Marie-Joseph ChĂ©nier rĂ©clame son retour Ă  l'AssemblĂ©e[89]. Par un discours du , ce dernier obtient la levĂ©e du dĂ©cret d'accusation Ă  l'encontre de Talleyrand. Il est rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s et, aprĂšs avoir fait escale Ă  Hambourg et Amsterdam, retrouve la France du jeune Directoire le [90].

Ministre du Directoire

Peinture reprĂ©sentant de trois-quarts une femme aux cheveux bruns bouclĂ©s, vĂȘtue Ă  l'antique (toge blanche et cape orange), assise et tenant une lyre, devant un paysage de rochers et de collines.
Mme de StaĂ«l par Élisabeth VigĂ©e Le Brun.

Peu aprĂšs son arrivĂ©e, Talleyrand entre Ă  l'Institut de France, oĂč il a Ă©tĂ© Ă©lu le Ă  l'AcadĂ©mie des sciences morales et politiques avant mĂȘme son dĂ©part des États-Unis ; il publie deux essais sur la nouvelle situation internationale, fondĂ©s sur ses voyages hors de France[91]. Il participe Ă  la fondation du Cercle constitutionnel, rĂ©publicain, en dĂ©pit de ses amitiĂ©s orlĂ©anistes et de l'hostilitĂ© des conventionnels, qui voient en lui un contre-rĂ©volutionnaire[92].

N'arrivant pas Ă  se faire nommer ministre des Relations extĂ©rieures Ă  la place de Charles Delacroix, envoyĂ© comme ambassadeur auprĂšs de la RĂ©publique batave, il fait jouer l'influence de plusieurs femmes, surtout son amie Germaine de StaĂ«l[93]. Cette derniĂšre fait le siĂšge de Barras, le plus influent des directeurs, qu'elle supplie dans des scĂšnes enflammĂ©es, finissant par obtenir son accord[94]. Talleyrand prĂ©fĂšre raconter dans ses mĂ©moires[95] qu'arrivant pour dĂźner chez Barras, il le dĂ©couvre effondrĂ© par la noyade de son aide de camp et le console longuement, d'oĂč la bienveillance du directeur Ă  son Ă©gard. Dans le jeu des nominations du remaniement du , qui intervient dans les prĂ©mices du coup d'État du 18 fructidor[96], Barras obtient l'accord des autres directeurs, qui sont pourtant hostiles Ă  l'ancien Ă©vĂȘque[97].

Lors de sa nomination, Talleyrand aurait dit Ă  Benjamin Constant : « Nous tenons la place, il faut y faire une fortune immense, une immense fortune[98] ». De fait, et dĂšs cet instant, cet « homme d'infiniment d'esprit, qui manquait toujours d'argent[N 15] » prend l'habitude de recevoir d'importantes sommes d'argent de l'ensemble des États Ă©trangers avec lesquels il traite. Fin 1797, il provoque mĂȘme un incident diplomatique en faisant demander des pots-de-vin Ă  trois envoyĂ©s amĂ©ricains : c'est l'affaire XYZ qui provoque la « quasi-guerre ».

« M. de Talleyrand Ă©valuait lui-mĂȘme Ă  soixante millions ce qu'il pouvait avoir reçu en tout des puissances grandes ou petites dans sa carriĂšre diplomatique. »

— Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis[100]

DÚs sa nomination, Talleyrand écrit à Napoléon Bonaparte :

« J'ai l'honneur de vous annoncer, général, que le Directoire exécutif m'a nommé ministre des Relations extérieures. Justement effrayé des fonctions dont je sens la périlleuse importance, j'ai besoin de me rassurer par le sentiment de ce que votre gloire doit apporter de moyens et de facilité dans les négociations. Le nom seul de Bonaparte est un auxiliaire qui doit tout aplanir. Je m'empresserai de vous faire parvenir toutes les vues que le Directoire me chargera de vous transmettre, et la renommée, qui est votre organe ordinaire, me ravira souvent le bonheur de lui apprendre la maniÚre dont vous les aurez remplies. »

— Lettre de Talleyrand Ă  NapolĂ©on Bonaparte[101]

SĂ©duit par le personnage, Bonaparte Ă©crit au Directoire pour lui signifier que le choix de Talleyrand « fait honneur Ă  son discernement[102] ». Une importante correspondance suit ; dans celle-ci, Bonaparte exprime trĂšs tĂŽt le besoin de renforcer l'exĂ©cutif[103]. Il n'en fait qu'Ă  sa tĂȘte en Italie : le traitĂ© de Campo-Formio est signĂ© le et Talleyrand le fĂ©licite malgrĂ© tout[104]. Le , les deux hommes se rencontrent pour la premiĂšre fois[105], alors que Bonaparte revient couvert de gloire de la campagne d'Italie. Le , Talleyrand donne une fĂȘte somptueuse en son honneur en l'hĂŽtel de Galliffet, oĂč est installĂ© le ministĂšre[106]. Il incite Bonaparte Ă  tenter l'expĂ©dition d'Égypte et favorise son dĂ©part[107], tout en refusant de s'y impliquer activement, ne se rendant pas comme convenu avec Bonaparte Ă  Constantinople, et provoquant ainsi la colĂšre du gĂ©nĂ©ral[108].

Le Directoire, en particulier Jean-François Reubell qui dĂ©teste Talleyrand, traite lui-mĂȘme les affaires importantes et l'utilise comme un exĂ©cutant[109]. La politique de Talleyrand, qui va parfois Ă  l'encontre mĂȘme de celle des directeurs, a pour but de rassurer les États europĂ©ens et d'obtenir l'Ă©quilibre et la paix. Aussi fait-il part de ses rĂ©serves sur la politique de « libĂ©ration » des pays conquis : le (14 messidor an VII), il Ă©crit Ă  LacuĂ©e, membre du Conseil des Cinq-Cents « que le systĂšme qui tend Ă  porter la libertĂ© Ă  force ouverte chez les nations voisines, est le plus propre Ă  la faire haĂŻr et Ă  empĂȘcher son triomphe[110]. » Il prend possession de l'administration des Affaires Ă©trangĂšres, qu'il garnit d'hommes travailleurs, efficaces, discrets et fidĂšles[111], mĂȘme si c'est le Directoire qui choisit les ambassadeurs, sans mĂȘme le consulter[112].

Il prend des contacts avec SieyĂšs et avec les gĂ©nĂ©raux Joubert qui meurt peu aprĂšs, Brune, puis Bonaparte lorsqu'il revient d'Égypte, dans l'optique du renversement du Directoire[113]. Le , prenant pour prĂ©texte les attaques menĂ©es contre lui par la presse[114] et par un obscur adjudant-gĂ©nĂ©ral qui lui intente un procĂšs et le gagne[115], il dĂ©missionne du ministĂšre[116] qu'il quitte le [117]. Il se consacre Ă  la prĂ©paration du coup d'État du 18 brumaire () en conspirant contre le Directoire avec Bonaparte et SieyĂšs. Le jour dit, il est chargĂ© de rĂ©clamer sa dĂ©mission Ă  Barras : il y parvient si bien qu'il conserve par-devers lui la compensation financiĂšre qui Ă©tait destinĂ©e Ă  ce dernier[118].

Période napoléonienne

Ministre du Consulat

Gravure en couleurs, reprĂ©sentant Ă  gauche et au premier plan deux personnages en haut d'une fortification Ă©quipĂ©e de deux canons et sur laquelle flotte un drapeau rouge Ă  tĂȘte de mort. L'un, petit et maigre, coiffĂ© d'un bicorne Ă  trois plumes tricolores, regarde Ă  travers un rouleau de papier vers la droite, et prononce des paroles en anglais visibles dans une bulle. Il est jugĂ© sur l'autre, personnage plus imposant, souriant, Ă  cape rouge et bicorne. Au centre, sur la mer dĂ©chainĂ©e, coule au premier plan une dizaine de bateaux bombardĂ©s par une dizaine d'autres bateaux au second plan. À droite au loin, des falaises sur lesquelles flottent un drapeau anglais : blanc Ă  croix de Saint-George rouge.
« La destruction des canonniĂšres françaises » ou « le petit Boney et son ami Talley dans une grande joie », caricature britannique montrant NapolĂ©on, assis sur l'Ă©paule de « Talley », scrutant joyeusement (Ă  travers un grand document roulĂ© en longue-vue nommĂ© « le plan de Talleyrand pour envahir la Grande-Bretagne ») la Manche, oĂč la flotte française se fait dĂ©truire par les boulets des navires britanniques.

AprĂšs le coup d'État, il retrouve son rĂŽle de ministre face aux cours europĂ©ennes peu mĂ©contentes de la fin du Directoire. Bonaparte et Talleyrand s'accordent sur le fait que les affaires Ă©trangĂšres relĂšvent du domaine exclusif du Premier Consul : le ministre ne rend compte qu'Ă  Bonaparte[119]. Pour François Furet, Talleyrand est « pendant presque huit ans [
] le second rĂŽle du rĂ©gimep. XII_135-0">[120] ».

Bonaparte accĂšde aux vues de Talleyrand et Ă©crit amicalement au roi de Grande-Bretagne, puis Ă  l'empereur d'Autriche, qui refusent de façon prĂ©visible les propositions de rĂ©conciliation[121], sans mĂȘme accuser rĂ©ception des lettres[122]. Le tsar de Russie Paul Ier se montre plus favorable : un traitĂ© est nĂ©gociĂ© et signĂ©. Cependant, Paul Ier est assassinĂ© en 1801 par un groupe d’ex-officiers[N 16]. Son fils Alexandre Ier lui succĂšde.

Les traitĂ©s de Mortefontaine du pour la pacification des relations avec les États-Unis, et de LunĂ©ville du pour la paix avec l'Autriche vaincue Ă  Marengo, ainsi que la paix d'Amiens du avec le Royaume-Uni et l'Espagne, sont nĂ©gociĂ©s principalement par NapolĂ©on et Joseph Bonaparte : d'aprĂšs Mme Grand, « le Premier Consul a tout fait, tout rĂ©digĂ© »[123]. MĂȘme s'il dĂ©sapprouve la mĂ©thode brutale de nĂ©gociation, Talleyrand approuve la paix gĂ©nĂ©rale, dont les nĂ©gociations lui permettent de surcroĂźt de gagner beaucoup d'argent, grĂące Ă  des trucages et pots-de-vin divers[124]. Il manƓuvre les Italiens afin qu'ils Ă©lisent Bonaparte prĂ©sident de la RĂ©publique italienne[125]. Il continue Ă©galement de rĂ©former l'administration des Affaires Ă©trangĂšres[126]. Les espoirs du ministre sont cependant déçus :

Morceau de peinture représentant plusieurs personnages chamarrés, debout en grand habit, de profil et regardant vers la gauche. Parmi eux, au centre, un large personnage en cape rouge avec une grande médaille en forme d'étoile sur l'épaule, chapeau noir à plumes blanches, bas blancs et souliers noirs.
Talleyrand, détail du Sacre de Napoléon.

« La paix d'Amiens Ă©tait Ă  peine conclue, que la modĂ©ration commença Ă  abandonner Bonaparte ; cette paix n'avait pas encore reçu sa complĂšte exĂ©cution, qu'il jetait dĂ©jĂ  les semences de nouvelles guerres qui devaient aprĂšs avoir accablĂ© l'Europe et la France, le conduire lui-mĂȘme Ă  sa ruine. »

— MĂ©moires de Talleyrand[125]

Il dĂ©sapprouve ainsi l'annexion du PiĂ©mont, le rapprochement excessif entre les rĂ©publiques française et cisalpine et l'hostilitĂ© envers la prĂ©sence anglaise Ă  Malte[127]. Le Premier Consul annexe Ă©galement l'Île d'Elbe et occupe la Suisse ; dĂšs le , la rupture avec les Anglais est consommĂ©e[128].

En 1800, il achĂšte le chĂąteau de Valençay, encore sur injonction de Bonaparte et avec son aide financiĂšre. Le domaine s'Ă©tend sur environ 200 km2[129], ce qui en fait l'une des plus grandes propriĂ©tĂ©s privĂ©es de l'Ă©poque. Talleyrand y sĂ©journe rĂ©guliĂšrement, en particulier avant et aprĂšs ses cures thermales Ă  Bourbon-l'Archambault[130].

En 1804, face Ă  l'augmentation du nombre d'attentats perpĂ©trĂ©s par des royalistes contre Bonaparte, Talleyrand joue un rĂŽle d'instigateur ou de conseiller dans l'exĂ©cution du duc d'Enghien, rĂŽle dont l'importance suscitera un dĂ©bat durant la Restauration Ă  la suite des accusations de Savary : selon Barras, Talleyrand conseille Ă  Bonaparte de « mettre entre les Bourbons et lui un fleuve de sang[N 17] » ; selon Chateaubriand, il « inspira le crime »[132]. Le , alors que l'arrestation du duc n'est pas encore connue, Talleyrand dĂ©clare Ă  l'assistance, Ă  deux heures du matin : « Le dernier CondĂ© a cessĂ© d'exister »chapitre_XVII,_«_dĂ©portations_et_exĂ©cutions_»_150-0">[133]. Dans ses mĂ©moires, Bonaparte indique que « c'est Talleyrand qui [l]'a dĂ©cidĂ© Ă  arrĂȘter le duc d'Enghien », mais revendique l'exĂ©cution comme sa dĂ©cision personnelle[131]. À la Restauration, en 1814, Talleyrand fait disparaĂźtre tous les documents se rapportant Ă  cette affaire[134] ; il nie par la suite avoir pris part Ă  cette exĂ©cution, dans une annexe de ses mĂ©moires[135].

Ministre de l'Empire

Nommé grand chambellan le , Talleyrand, qui a poussé Bonaparte à instituer l'hérédité du pouvoir[136], assiste le au sacre de Napoléon Ier. Il est également nommé grand cordon de la Légion d'honneur le , dans la premiÚre promotion[137].

En 1805, commence la campagne d'Allemagne. Talleyrand suit l'empereur dans ses trajets Ă  travers l'Europe. À son arrivĂ©e Ă  Strasbourg, il assiste Ă  une violente crise de ce dernier[138], qui pour Georges Lacour-Gayet s'apparente Ă  une crise d'Ă©pilepsie[139]. Au lendemain de la victoire d'Ulm, il envoie de Strasbourg un rapport Ă  l'empereur sur la nĂ©cessaire modĂ©ration Ă  observer vis-Ă -vis de l'Autriche afin d'instaurer un Ă©quilibre entre les quatre (France, Royaume-Uni, Autriche, Russie — auxquels il ajoute la Prusse)[140] - [141] - [142]. AprĂšs l'Ă©clatante victoire d'Austerlitz et l'Ă©crasante dĂ©faite de Trafalgar, Talleyrand, qui a de nouveau plaidĂ© en vain pour un rĂ©Ă©quilibrage europĂ©en[143], signe Ă  contrecƓur le traitĂ© de Presbourg (), annonçant la crĂ©ation de la ConfĂ©dĂ©ration du Rhin et qu'il rĂ©dige sur ordre de l'empereur. Selon Metternich, il commence Ă  envisager sa dĂ©mission[144]. Il essaie d'adoucir les conditions imposĂ©es Ă  l'Autriche ; en accordant dix pour cent de rabais et des dĂ©lais sur les sanctions financiĂšres[145], il mĂ©contente NapolĂ©on, qui le suspecte d'avoir Ă©tĂ© corrompu :

« L'Autriche, dans l'Ă©tat de dĂ©tresse oĂč elle Ă©tait rĂ©duite, ne pouvait que subir les conditions imposĂ©es par le vainqueur. Elles Ă©taient dures, et le traitĂ© fait avec M. d'Haugwitz rendait pour moi impossible de les adoucir sur d'autres articles que celui des contributions. [
] [NapolĂ©on] m'Ă©crivit Ă  quelque temps de lĂ  : « Vous m'avez fait Ă  Presbourg un traitĂ© qui me gĂȘne beaucoup. »

— MĂ©moires de Talleyrand[146]

Peinture reprĂ©sentant NapolĂ©on en uniforme blanc et noir, ceint d'une Ă©charpe bleue, un tricorne Ă  la main et une Ă©pĂ©e Ă  la taille. Il est au pied d'un escalier Ă  gauche, entourĂ© de personnages dans l'obscuritĂ©, dans la rue d'une ville. La lumiĂšre Ă©claire l'empereur, l'escalier et un personnage en haut des quatre marches, debout et immobile, vĂȘtu d'une culotte blanche et d'une veste noire, couverte de dĂ©corations, son bicorne sous le bras. Dans l'ombre, on trouve au centre une femme couronnĂ©e et vĂȘtue d'une robe blanche, tenant la main de NapolĂ©on et encadrĂ©e par deux officiers tĂȘte nue. Regardent la scĂšne Ă  gauche et Ă  droite une foule de soldats et officiers en uniforme.
Nicolas Gosse, Le traité de Tilsit. Talleyrand est de face en haut de l'escalier, à gauche.

À la suite de la rĂ©volution haĂŻtienne, il intervient auprĂšs des États-Unis afin de leur demander de cesser toute activitĂ© commerciale avec HaĂŻti. Le 28 fĂ©vrier 1806, les États-Unis dĂ©crĂštent un blocus contre le jeune État[147]. En 1806, il reçoit le titre de « prince de BĂ©nĂ©vent », État confisquĂ© au Pape oĂč il ne se rend pas une seule fois, se contentant d'envoyer un gouverneur[148]. Le de la mĂȘme annĂ©e, il signe le traitĂ© crĂ©ant la ConfĂ©dĂ©ration du Rhin, prolongeant la volontĂ© de NapolĂ©on par ses nombreuses nĂ©gociations[149]. Amorçant la critique de la politique guerriĂšre de ce dernier sans oser le dĂ©fier, il est toujours déçu dans ses conseils de modĂ©ration, en particulier par la proclamation du blocus continental, le [150]. Étant en contact permanent avec l'Autriche dans l'espoir d'un rapprochement[151], il commence Ă  communiquer des informations au tsar Alexandre Ier via son ami le duc de Dalberg[152]. En 1807, aprĂšs une sĂ©rie de victoires de NapolĂ©on (Eylau, Dantzig, Heilsberg, Guttstadt, Friedland), il rĂ©dige (se « content[ant] de tenir la plume[144] ») et signe le traitĂ© de Tilsit, qui va Ă  l'encontre de ses vues et de ses conseils Ă  NapolĂ©on : alliance offensive avec la Russie, affaiblissement de l'Autriche[153]. Il se dĂ©clare « indignĂ©[154] » par le traitement rĂ©servĂ© aux vaincus, en particulier la reine de Prusse, et mĂ©content d'ĂȘtre un « ministre des Relations extĂ©rieures sans emploi »[155]. Il prend certainement Ă  cette occasion la dĂ©cision de dĂ©missionner de son poste de ministre Ă  son retour de Varsovie, voire l'annonce dĂšs cet instant Ă  NapolĂ©on[144]. Cela ne l'empĂȘche pas de favoriser le rapprochement entre ce dernier et Marie Walewska[156] - [157]. Sa dĂ©mission est effective le . Le 14, il est nommĂ© vice-grand-Ă©lecteur de l'Empire.

Le double jeu

Peinture reprĂ©sentant, dans un intĂ©rieur richement dĂ©corĂ©, dont trois fauteuils rouges Ă  sphinx dorĂ©s, une foule entourant trois personnages au centre. On reconnait Ă  droite NapolĂ©on, uniforme blanc aux manches noires, bottes de cuir noir et ceint d'une Ă©charpe bleu clair ; il porte plusieurs dĂ©corations sur le cƓur. Il fait face Ă  un officier aux cheveux blancs et courts, en uniforme blanc sur pantalon rouge, ceint d'une Ă©charpe dorĂ©e et bottĂ© en cuir noir. Il s'incline lĂ©gĂšrement en tendant un papier roulĂ© Ă  NapolĂ©on, qui tend le bras pour le prendre. Au second plan, une table sur laquelle se trouve une nappe verte, derriĂšre laquelle se trouve un personnage de face, aux cheveux blancs et longs, en uniforme noir ceint d'une Ă©charpe rouge, portant plusieurs dĂ©corations.
Nicolas Gosse, NapolĂ©on reçoit Ă  Erfurt l’ambassadeur d’Autriche, sous le regard de Talleyrand, entre eux deux.

Talleyrand se détache peu à peu de l'empereur, mais reste cependant son conseiller[158]. Alors qu'il avait initialement (et de maniÚre intéressée[159]) suggéré l'intervention en Espagne, il s'en désolidarise progressivement du fait de l'évolution de la situation européenne. Il fait savoir son opposition puis plus tard fait disparaßtre les lettres et affirme dans ses mémoires avoir toujours plaidé contre[160]. De plus, l'empereur fait « tout le contraire » des suggestions de Talleyrand, qui plaide pour un rapprochement avec Ferdinand, prince populaire. Son désaccord sur la méthode se manifeste particuliÚrement dans les courriers qu'il envoie à l'empereur, qui se trouve à Bayonne. Ce dernier n'en tient pas compte et capture par la ruse les infants d'Espagne, procédé inexcusable pour Talleyrand[161]. Il se voit confier leur garde, et les loge durant sept ans à Valençay, hospitalité qui se révÚle agréable aux prisonniers[160].

En , NapolĂ©on le charge de le seconder Ă  l'entrevue d'Erfurt avec le tsar de Russie, sans ignorer que Talleyrand est hostile Ă  l'alliance qu'il cherche, lui prĂ©fĂ©rant la voie autrichienne[162]. Pendant les discussions en marge des entrevues entre les deux empereurs, Talleyrand va jusqu'Ă  dĂ©conseiller Ă  Alexandre de s'allier avec NapolĂ©on, en lui dĂ©clarant : « Sire, que venez-vous faire ici ? C'est Ă  vous de sauver l'Europe, et vous n'y parviendrez qu'en tenant tĂȘte Ă  NapolĂ©on. Le peuple français est civilisĂ©, son souverain ne l'est pas ; le souverain de la Russie est civilisĂ©, son peuple ne l'est pas ; c'est donc au souverain de la Russie d'ĂȘtre l'alliĂ© du peuple français », puis « le Rhin, les Alpes, les PyrĂ©nĂ©es sont la conquĂȘte de la France ; le reste est la conquĂȘte de l'Empereur ; la France n'y tient pas[163] ». C'est la « trahison d'Erfurt », « fourberie » (pour Georges Lacour-Gayet[164]) qu'il dĂ©taille longuement dans ses mĂ©moires, affirmant avoir manƓuvrĂ© l'un et l'autre empereur pour prĂ©server l'Ă©quilibre europĂ©en4e partie_182-0">[165] (« Ă  Erfurt, j'ai sauvĂ© l'Europe d'un complet bouleversement[166] ») et qui lui vaudra plus tard l'inimitiĂ© des bonapartistes. Pour l'heure, NapolĂ©on, qui ignore le sabotage, est surpris du manque de rĂ©ussite de ses discussions avec Alexandre, et l'alliance ne se fait pas, la convention Ă©tant devenue « insignifiante[167] ». Selon AndrĂ© Castelot, « l'envoi Ă  Erfurt de Talleyrand, en fourrier diplomatique, est assurĂ©ment [de toutes les erreurs commises en 1808 par l'empereur] la faute qui pĂšsera le plus lourd sur l'avenir de l'Empire[168] ».

Alors que l'on reste sans nouvelles de l'empereur depuis l'Espagne, oĂč la guĂ©rilla fait rage, et que la rumeur de sa mort se rĂ©pand, Talleyrand intrigue au grand jour avec Joseph FouchĂ© pour offrir la rĂ©gence Ă  l'impĂ©ratrice JosĂ©phine, en cherchant le soutien de Joachim Murat[169]. Le , en Espagne, NapolĂ©on apprend la conjuration et accourt Ă  Paris, arrivant le 23[169]. Le 27, durant trente minutes[170], il abreuve Talleyrand d'injures orduriĂšres Ă  l'issue d'un conseil restreint de circonstance :

« Vous ĂȘtes un voleur, un lĂąche, un homme sans foi ; vous ne croyez pas Ă  Dieu ; vous avez, toute votre vie, manquĂ© Ă  tous vos devoirs, vous avez trompĂ©, trahi tout le monde ; il n'y a pour vous rien de sacrĂ© ; vous vendriez votre pĂšre. Je vous ai comblĂ© de biens et il n'y a rien dont vous ne soyez capable contre moi[171] »

Il l'accuse notamment de l'avoir incitĂ© Ă  faire arrĂȘter le duc d'Enghien et Ă  entamer l'expĂ©dition d'Espagne ; la phrase cĂ©lĂšbre « vous ĂȘtes de la merde dans un bas de soie » n'est peut-ĂȘtre pas prononcĂ©e en cette circonstance[N 18]. Il lui retire son poste de grand chambellan[173].

Talleyrand est convaincu d'ĂȘtre arrĂȘtĂ©, mais reste impassible : il aurait dit Ă  la sortie dudit conseil : « Quel dommage, Messieurs, qu'un aussi grand homme ait Ă©tĂ© si mal Ă©levĂ©[174] ». Au contraire de FouchĂ© qui joue profil bas, il se prĂ©sente toujours Ă  la cour et ce dĂšs le lendemain de la fameuse scĂšne[175], fait jouer les femmes auprĂšs de NapolĂ©on[176] mais ne dissimule pas son opposition :

Portrait reprĂ©sentant, presque de face, le haut du corps d'un large personnage en habit rouge et cape rouge Ă  large bord brodĂ© d'or, col brodĂ© d'or, cravate large et courte en dentelle. On distingue aussi le haut d'une ceinture blanche ; il est ceint d'une Ă©charpe du mĂȘme ton rouge que l'habit. Le visage, de trois quarts, est tout en contrastes, la partie la plus Ă  droite disparaissant dans l'ombre. Le regard semble perdu lĂ©gĂšrement derriĂšre le spectateur, la couleur des cheveux est indistincte, tendant vers le gris. Le fond est uni, marron-noir.
Talleyrand en habit de grand chambellan (détail), par Pierre-Paul Prud'hon, portrait version rouge de 1807 (Musée Carnavalet de Paris).

« NapolĂ©on avait eu la maladresse (et on en verra plus tard la consĂ©quence) d'abreuver de dĂ©goĂ»t ce personnage si dĂ©liĂ©, d'un esprit si brillant, d'un goĂ»t si exercĂ© et si dĂ©licat, qui, d'ailleurs, en politique lui avait rendu autant de services pour le moins que j'avais pu lui en rendre moi-mĂȘme dans les hautes affaires de l'État qui intĂ©ressaient la sĂ»retĂ© de sa personne. Mais NapolĂ©on ne pouvait pardonner Ă  Talleyrand d'avoir toujours parlĂ© de la guerre d'Espagne avec une libertĂ© dĂ©sapprobatrice. BientĂŽt, les salons et les boudoirs de Paris devinrent le thĂ©Ăątre d'une guerre sourde entre les adhĂ©rents de NapolĂ©on d'une part, Talleyrand et ses amis de l'autre, guerre dont l'Ă©pigramme et les bons mots Ă©taient l'artillerie, et dans laquelle le dominateur de l'Europe Ă©tait presque toujours battu. »

— MĂ©moires de Joseph FouchĂ©[177]

MenacĂ© d'exil avec son comparse, voire dans sa vie, il n'est finalement pas inquiĂ©tĂ©, conserve ses autres postes et l'empereur le consulte toujours. Selon Jean Orieux, il est pour NapolĂ©on « insupportable, indispensable et irremplaçable »[178] : Talleyrand travaille Ă  son divorce et Ă  son remariage, en lui suggĂ©rant le « mariage autrichien[179] », qu'il plaide pendant le conseil extraordinaire du [180]. Il est alors gĂȘnĂ© financiĂšrement, du fait de la perte de ses charges et du coĂ»t de l'hĂ©bergement des infants d'Espagne, que la dotation de NapolĂ©on ne couvre pas complĂštement[181]. La faillite de la banque Simons, dans laquelle il perd un million et demi, le met alors dans une position si dĂ©licate qu'il sollicite en vain un prĂȘt au tsar. Il reçoit cependant toujours des pots-de-vin et en vient Ă  vendre une nouvelle fois sa bibliothĂšque[182]. En 1811, NapolĂ©on finit par le sortir de ses ennuis financiers en lui achetant l'hĂŽtel Matignon ; deux ans plus tard, Talleyrand dĂ©mĂ©nage dans l'hĂŽtel Saint-Florentin[183].

En 1812, dans le cadre de la prĂ©paration de la campagne de Russie, NapolĂ©on pense emprisonner prĂ©ventivement FouchĂ© et Talleyrand, tout en envisageant d'envoyer ce dernier comme ambassadeur en Pologne[184]. Talleyrand accueille la nouvelle de la retraite de Russie en dĂ©clarant : « c'est le commencement de la fin[185] » ; il intensifie ses relations d'intrigue[186]. En , Talleyrand incite sans succĂšs NapolĂ©on Ă  nĂ©gocier la paix et Ă  accorder d'importantes concessions ; il refuse le poste de ministre des Relations extĂ©rieures que lui propose Ă  nouveau l'empereur[187]. Il Ă©crit Ă  Louis XVIII via son oncle, dĂ©but d'une correspondance qui dure toute l'annĂ©e 1813[188] ; la police impĂ©riale intercepte certaines lettres et l'empereur pense l'exiler et le poursuivre en justice[189]. Pourtant NapolĂ©on suit toujours ses conseils : en , il accepte sur ses instances le retour des Bourbons sur le trĂŽne d'Espagne[190], et lui propose de nouveau le poste de ministre des Relations extĂ©rieures, se voyant opposer un nouveau refus[191]. Le , NapolĂ©on, durant une nouvelle scĂšne, est sur le point de le faire arrĂȘter[192] ; le , il le nomme pourtant au conseil de rĂ©gence. Ils se voient pour la derniĂšre fois le surlendemain, Ă  la veille du dĂ©part de l'empereur pour une campagne militaire dĂ©sespĂ©rĂ©e[193].

Le , alors que les AlliĂ©s menacent Paris, le conseil de rĂ©gence dĂ©cide l'Ă©vacuation de la cour, qui a lieu les deux jours suivants[194]. Le au soir, Talleyrand exĂ©cute une manƓuvre habile pour rester, et en maĂźtre, Ă  Paris : il fait en sorte qu'on l'empĂȘche de passer la barriĂšre de Passy[195] puis, durant la nuit, nĂ©gocie la capitulation du marĂ©chal Marmont[196], qui dirige la dĂ©fense de la ville. Le lendemain, , Talleyrand dĂ©voile son « 18 Brumaire Ă  l'envers[197] », alors que les AlliĂ©s entrent dans Paris : ce soir-lĂ , le roi de Prusse et le tsar arrivent Ă  son hĂŽtel particulier, et ce dernier y loge[198]. Il plaide auprĂšs d'eux le retour des Bourbons en ces termes : « La RĂ©publique est une impossibilitĂ© ; la RĂ©gence, Bernadotte, sont une intrigue ; les Bourbons seuls sont un principe[199] [200]. » Il rĂ©pond Ă©galement Ă  leurs doutes en proposant de consulter le SĂ©nat :

« Le tsar acquiesça ; la Restauration était faite. »

— Georges Lacour-Gayet, Talleyrand[201]

Restauration

Président du Gouvernement provisoire

Morceau d'une peinture ou gravure en couleurs, reprĂ©sentant le haut du corps d'une femme, de trois-quarts et le corps lĂ©gĂšrement tournĂ© vers la droite, tournant la tĂȘte pour regarder en haut Ă  gauche. Son visage est mince, ses yeux noirs, son nez droit. Elle sourit lĂ©gĂšrement ; ses cheveux noirs et bouclĂ©s sont coiffĂ©s d'une sorte de turban rouge brodĂ© de noir, ou l'inverse. Elle porte une tunique Ă  l'antique, dĂ©colletĂ©e, rouge et agrafĂ©e Ă  l'Ă©paule par une broche en Ă©toile, et une cape noire.
Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, par François Gérard, 1816.

Le , le SĂ©nat conservateur Ă©lit Talleyrand Ă  la tĂȘte d'un « gouvernement provisoire[202] » qui fait dire Ă  Chateaubriand qu'« il y plaça les partners de son whist »[203]. Le lendemain, le SĂ©nat dĂ©choit l'empereur de son trĂŽne, ce dernier nĂ©gociant encore avec les AlliĂ©s pour une abdication en faveur de son fils et une rĂ©gence de Marie-Louise. NapolĂ©on Bonaparte est finalement perdu par la dĂ©fection de Marmont et abdique le . Talleyrand fait saisir toute sa correspondance avec l'empereur[204].

Il applique immédiatement ses idées libérales et fait en sorte de rétablir une vie normale pour le pays :

« Il fait rendre les conscrits des derniÚres levées napoléoniennes à leur famille, libérer les prisonniers politiques et les otages, échanger les prisonniers de guerre, il rétablit la liberté de circulation des lettres, facilite le retour du Pape à Rome et celui des princes espagnols à Madrid, rattache les agents de la police générale de l'Empire, devenus odieux, à l'autorité des préfets. Il s'efforce surtout de rassurer tout le monde et maintient autant que faire se peut tous les fonctionnaires dans leur poste. Deux préfets seulement sont remplacés. »

— Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile[205].

Sa position est difficile, surtout à Paris : les Alliés occupent la ville, les royalistes et les bonapartistes ne reconnaissent pas le gouvernement provisoire. Il use d'expédients pour financer ce dernier[206].

Pendant les premiers jours d'avril, lui, son gouvernement et le Sénat rédigent à la va-vite une nouvelle constitution, qui consacre une monarchie parlementaire bicamérale, organise l'équilibre des pouvoirs, respecte les libertés publiques et déclare la continuité des engagements contractés sous l'Empire[207].

Le , le comte d'Artois entre dans Paris et s'installe, en mĂȘme temps que le gouvernement, aux Tuileries (Ă  cette occasion, Talleyrand lui fait attribuer la dĂ©claration selon laquelle il n'y a « qu'un Français de plus[208] »). Le 14, le SĂ©nat dĂ©fĂšre l'autoritĂ© formelle sur le gouvernement provisoire au comte d'Artois, qui accepte pour son frĂšre « les bases » de la Constitution[209], mais avec certaines restrictions[210].

AprÚs le traité de Fontainebleau du , Talleyrand signe le 23 la convention d'armistice avec les Alliés, dont il juge les conditions « douloureuses et humiliantes[211] » (la France revient aux frontiÚres de 1792, renonce aux frontiÚres naturelles et abandonne cinquante-trois places fortes[212]), mais sans alternative, dans une France « épuisée d'hommes, d'argent et de ressources[211] ».

Le gouvernement provisoire ne dure qu'un mois. Le , Talleyrand rejoint Louis XVIII Ă  CompiĂšgne, oĂč celui-ci lui fait faire antichambre plusieurs heures[213], puis lui dĂ©clare au cours d'un entretien glacial : « Je suis bien aise de vous voir ; nos maisons datent de la mĂȘme Ă©poque. Mes ancĂȘtres ont Ă©tĂ© les plus habiles ; si les vĂŽtres l'avaient Ă©tĂ© plus que les miens, vous me diriez aujourd'hui : prenez une chaise, approchez-vous de moi, parlons de nos affaires ; aujourd'hui, c'est moi qui vous dis : asseyez-vous et causons[214]. » Dans la mĂȘme conversation, Louis XVIII lui aurait demandĂ© comment il a pu voir la fin de tant de rĂ©gimes, ce Ă  quoi Talleyrand aurait rĂ©pondu :

« Mon Dieu, Sire, je n'ai vraiment rien fait pour cela, c'est quelque chose d'inexplicable que j'ai en moi et qui porte malheur aux gouvernements qui me négligent. »

— Charles-Maxime Villemarest, M. de Talleyrand[N 19]

Ministre de la PremiĂšre Restauration

Louis XVIII n'accepte pas la Constitution sénatoriale : il préfÚre accorder à ses sujets la Charte constitutionnelle qui reprend les idées libérales proposées mais rejette l'équilibre des pouvoirs, le roi en accordant aux deux chambres[216]. Le , Talleyrand, déçu dans son ambition de présider le ministÚre[216], est nommé ministre des Affaires étrangÚres[217].

Le , il signe le traitĂ© de Paris qu'il a nĂ©gociĂ© : la paix entre la France et les AlliĂ©s, la fin de l'occupation, pas d'indemnitĂ©s de guerre, le retour aux frontiĂšres de 1792 (plus quelques villes, une part de la Savoie et les anciens comtats pontificaux)[218] - [219] et l'annonce du congrĂšs de Vienne[220], dont les bases sont posĂ©es. Parmi les dispositions, la France, qui a conservĂ© ses colonies (sauf l'Ăźle de France, Tobago et Sainte-Lucie)[219], s'engage Ă  abolir la traite nĂ©griĂšre dans les cinq ans (reprenant ainsi la loi du que NapolĂ©on avait promulguĂ©e Ă  son retour de l’üle d’Elbe)[N 20] - [221] et conserve les Ɠuvres d'art pillĂ©es par Bonaparte.

Talleyrand est fait chevalier de l'ordre de la Toison d'or[222] (no 868). La principauté de Bénévent est rendue au pape. Le roi le fait enfin « prince de Talleyrand[223] » et pair de France.

Le , il dĂ©fend le budget devant la chambre des pairs. Pour la premiĂšre fois, comme en Angleterre, l'État se voit dans l'obligation de payer toutes les dettes qu'il contracte[224].

Ambassadeur au CongrĂšs de Vienne

Gravure en nuances de gris, présentant une assemblée d'hommes, en uniformes couverts de décorations, dans une large piÚce décorée d'un tableau et d'un buste. Certains, au centre et à droite, sont assis autour d'une table ronde ornée d'une nappe et sur laquelle plusieurs papiers sont posés. Parmi ceux assis au premier plan, cinq personnages : deux à droite, deux au centre, un à gauche. Deux autres sont assis au second plan, derriÚre la table. De nombreux autres sont debout, à gauche et au second plan.
Le congrĂšs de Vienne, par Jean-Baptiste Isabey (Talleyrand est le deuxiĂšme homme assis en partant de la droite).

Louis XVIII le charge logiquement de représenter la France au congrÚs de Vienne et approuve les « instructions » que Talleyrand a proposées[225]. Le diplomate part avec quatre objectifs, les dispositions concernant la France ayant déjà été réglées par le Traité de Paris[226] :

  1. prévenir les vues de l'Autriche sur la Sardaigne ;
  2. faire en sorte que Naples revienne Ă  Ferdinand IV de Bourbon ;
  3. défendre la Pologne face à la Russie ;
  4. empĂȘcher la Prusse de mettre la main sur la Saxe et la RhĂ©nanie[227].

Le dĂ©butent les tractations informelles du congrĂšs de Vienne. Talleyrand, qui y est assistĂ© par le duc de Dalberg, le marquis de la Tour du Pin et le comte de Noailles[228], y arrive le [229], l'ouverture Ă©tant prĂ©vue pour le 1er octobre. Tenu Ă  l'Ă©cart des principales rĂ©unions qui ont lieu entre les quatre pays (Royaume-Uni, Autriche, Prusse, Russie) qui ont dĂ©jĂ  approuvĂ© un protocole le , il est cependant invitĂ© Ă  une discussion le oĂč Metternich et Hardenberg emploient les mots « puissances alliĂ©es ». Il rĂ©agit alors :

« AlliĂ©es
, dis-je, et contre qui ? Ce n'est plus contre NapolĂ©on : il est Ă  l'Ăźle d'Elbe
 ; ce ne n'est plus contre la France : la paix est faite
 ; ce n'est sĂ»rement pas contre le roi de France : il est garant de la durĂ©e de cette paix. Messieurs, parlons franchement, s'il y a encore des puissances alliĂ©es, je suis de trop ici. [
] Et cependant, si je n'Ă©tais pas ici, je vous manquerais essentiellement. Messieurs, je suis peut-ĂȘtre le seul qui ne demande rien. De grands Ă©gards, c'est lĂ  tout ce que je veux pour la France. Elle est assez grande par ses ressources, par son Ă©tendue, par le nombre et l'esprit de ses habitants, par la contiguĂŻtĂ© de ses provinces, par l'unitĂ© de son administration, par les dĂ©fenses dont la nature et l'art ont garanti ses frontiĂšres. Je ne veux rien, je vous le rĂ©pĂšte ; et je vous apporte immensĂ©ment. La prĂ©sence d'un ministre de Louis XVIII consacre ici le principe sur lequel repose tout l'ordre social. [
] Si, comme dĂ©jĂ  on le rĂ©pand, quelques puissances privilĂ©giĂ©es voulaient exercer sur le congrĂšs un pouvoir dictatorial, je dois dire que, me renfermant dans les termes du traitĂ© de Paris, je ne pourrais consentir Ă  reconnaĂźtre dans cette rĂ©union aucun pouvoir suprĂȘme dans les questions qui sont de la compĂ©tence du congrĂšs, et que je ne m'occuperais d'une proposition qui viendrait de sa part. »

— MĂ©moires de Talleyrand[230]

Talleyrand provoque la colÚre des quatre (Metternich déclare : « nous aurions mieux fait de traiter nos affaires entre nous ! »). Le , il menace de ne plus assister à aucune conférence[231], se pose en défenseur des petites nations[232] qui assistent à partir de ce moment aux délibérations et exploite les divisions qui se font jour entre les quatre[231]. Appuyé par le Royaume-Uni et l'Espagne, il obtient ainsi que les procÚs-verbaux des précédentes réunions soient annulés[233]. Le congrÚs s'ouvre finalement le . Pour Jean Orieux, aucun sujet important n'est abordé dans les réunions officielles (tout se passe dans les salons) ; les petites nations se lassent et finissent par ne plus y assister. Talleyrand reste alors que les véritables délibérations commencent (il intÚgre le comité des grandes puissances le [234]) : « C'est ainsi que le comité des Quatre devint le comité des Cinq »[235].

Il s'allie Ă  l'Autriche et au Royaume-Uni : un traitĂ© secret est signĂ© le , ce qui lui permet d'Ă©crire, triomphant, Ă  Louis XVIII : « Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l'est pour toujours. La France n'est plus isolĂ©e en Europe[N 21]
 » Par lĂ , il s'oppose Ă  la Prusse et Ă  la Russie[236] : la premiĂšre n'obtient qu'un morceau de la Saxe et la seconde qu'une partie de la Pologne, qu'elles se partagent. En effet, Talleyrand est partisan d'une Allemagne fĂ©dĂ©rale qui soit le centre d'Ă©quilibre entre les diffĂ©rentes puissances[237], en particulier la Prusse et l'Autriche. La Prusse et la France se retrouvent avec une frontiĂšre en commun, ce qui lui est reprochĂ© par une partie des biographes comme la source des guerres franco-allemandes futures ; il est dĂ©fendu par d'autres[N 22]. Talleyrand signe l'acte final du congrĂšs le .

En échange de la restitution de la principauté de Bénévent, Talleyrand obtient également une compensation financiÚre et le titre de duc de Dino (du roi rétabli Ferdinand des Deux-Siciles), qu'il transmet à son neveu, et par là à sa niÚce Dorothée, qui a brillé durant le congrÚs.

Président du Conseil de la Seconde Restauration

Portrait tout en contrastes d'un homme debout dans l'ombre, visible depuis la taille. Tout le tableau est sombre, marron et noir, excepté le visage. On distingue cependant un manteau noir et une main posée sur le bras d'un fauteuil marron. Le visage, figé, surmonte un col en V qui laisse voire une chemise blanche. Le regard est dur, les cheveux mi-long, bouclés et blancs.
Talleyrand en 1828, par Ary Scheffer.

Au terme du CongrĂšs, la France conserve ses conquĂȘtes de 1792, mais NapolĂ©on Ier revient de l'Ăźle d'Elbe, portĂ© en triomphe par les Français, ce qui ruine l'opinion des AlliĂ©s Ă  leur sujet et les amĂšne Ă  s’interroger sur les intentions de Talleyrand. Lord Castlereagh Ă©crit Ă  Lord Clancarty, dĂ©sormais chef de la dĂ©lĂ©gation britannique : « Je partage votre avis : on ne peut compter sur Talleyrand. Cependant, je ne sais Ă  qui sa MajestĂ© peut davantage se fier. La vĂ©ritĂ© est que la France est un repaire de voleurs et de brigands et que seuls peuvent les gouverner des criminels de leur espĂšce[238]. » Talleyrand est approchĂ© par Montrond, plaidant la cause de NapolĂ©on (pour Lacour-Gayet[239]) ou du duc d'OrlĂ©ans (pour Emmanuel de Waresquiel[240]) ; dans tous les cas, il refuse, bien qu'il soit en trĂšs mauvais termes avec Louis XVIII, dĂ©sormais en exil. Attendant la dĂ©faite de NapolĂ©on (« c'est une question de semaines, il sera vite usĂ©[241] »), il tarde cependant Ă  rejoindre le roi Ă  Gand[242].

AprĂšs la bataille de Waterloo, le , il arrive Ă  Mons oĂč se trouve le roi. D'aprĂšs Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand presse le roi, au cours d'une rĂ©union orageuse, de renvoyer son conseiller Blacas, d'accepter une constitution plus libĂ©rale et de se distinguer des AlliĂ©s, mais n'obtient que le dĂ©part de Blacas[243] ; d'aprĂšs Georges Lacour-Gayet, il refuse de se rendre chez le roi, Chateaubriand jouant les intermĂ©diaires[244]. Prenant de court Talleyrand qu'il disgracie[245] (de colĂšre, ce dernier en perd son calme habituel[246]), Louis XVIII rejoint les bagages de l'armĂ©e alliĂ©e et rĂ©dige une proclamation rĂ©actionnaire. Cette tendance provoque l'inquiĂ©tude des Britanniques qui contraignent le roi Ă  rappeler Talleyrand Ă  la tĂȘte du conseil des ministres. À l'issue de la sĂ©ance du , marquĂ©e par des affrontements verbaux, le ministre l'emporte sur le comte d'Artois et le duc de Berry (chefs du parti ultra) et une proclamation libĂ©rale est adoptĂ©e[247].

Fouché, président du gouvernement provisoire, tient Paris, appuyé par les républicains. Pour Georges Lacour-Gayet et Franz Blei, Talleyrand convainc Louis XVIII de nommer Fouché (qui a voté la mort de son frÚre) ministre de la Police[248] - [249]. D'aprÚs les Mémoires de Talleyrand[250] et pour Emmanuel de Waresquiel, les réticences de Louis XVIII cÚdent le pas à la nécessité politique, et c'est Talleyrand qui ne souhaite pas s'encombrer d'un homme comme Fouché[251]. Dans tous les cas, Talleyrand négocie avec Fouché qui livre Paris au roi, et il organise une rencontre[252]. Dans un passage fameux de ses mémoires, Chateaubriand raconte la scÚne :

« Ensuite, je me rendis chez Sa MajestĂ© : introduit dans une des chambres qui prĂ©cĂ©daient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout Ă  coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyĂ© sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. FouchĂ© ; la vision infernale passe lentement devant moi, pĂ©nĂštre dans le cabinet du roi et disparaĂźt. FouchĂ© venait jurer foi et hommage Ă  son seigneur ; le fĂ©al rĂ©gicide, Ă  genoux, mit les mains qui firent tomber la tĂȘte de Louis XVI entre les mains du frĂšre du roi martyr ; l'Ă©vĂȘque apostat fut caution du serment. »

— François-RenĂ© de Chateaubriand, MĂ©moires d'Outre-tombe

Talleyrand conserve son poste, et, le lendemain de l'arrivée du roi aux Tuileries, le , il est nommé de surcroßt président du Conseil des ministres, malgré l'opposition des ultras[253]. Il réussit à constituer, contrairement à 1814, un gouvernement qu'il dirige et sera solidaire de la politique libérale choisie. Il entame une révision de la Charte par une ordonnance du pour organiser le partage du pouvoir entre le roi et les chambres (la chambre des pairs devenant héréditaire, Talleyrand composant la liste des pairs[254]), une libéralisation des élections (baisse du cens, de l'ùge minimal), une libéralisation de la presse[255], etc.

Le gouvernement tente aussi en vain d'empĂȘcher les armĂ©es alliĂ©es, qui occupent toujours le pays, de reprendre les Ɠuvres d'art pillĂ©es dans toute l'Europe par NapolĂ©on[256]. Il essaie de renvoyer ces armĂ©es hors du royaume ; les souverains europĂ©ens exigent des conditions exorbitantes pour signer la paix, que Talleyrand parvient Ă  diminuer en abaissant par exemple les rĂ©parations de 100 Ă  8 millions de francs[257]. La France perd cependant ses conquĂȘtes de 1792.

Talleyrand entre en conflit avec FouchĂ© (qui a besoin de donner des gages aux royalistes) sur les dĂ©buts de la Terreur blanche dans le Midi (Talleyrand est contraint de rĂ©tablir la censure[258]) et sur les listes de bonapartistes (Ney, Huchet de la BĂ©doyĂšre, etc.) Ă  juger[259]. Le ministre de la Police paie de son poste cette divergence de vues, ce qui rĂ©jouit le roi et les ultras. Cela ne suffit pas : aprĂšs les Ă©lections qui amĂšnent la « Chambre introuvable », remportĂ©e par ces derniers, Talleyrand prĂ©sente le sa dĂ©mission afin d'obtenir un refus et le soutien du roi. Ce dernier, sous la pression des ultras et du tsar Alexandre (qui reproche Ă  Talleyrand de s'ĂȘtre opposĂ© Ă  lui Ă  Vienne[260]), l'accepte le et change de ministĂšre[261], appelant un gouvernement menĂ© par le duc de Richelieu.

Dans l'opposition libérale

Talleyrand est nommĂ© grand chambellan de France le [262]. Pour la premiĂšre fois depuis son retour des États-Unis, il n'est pas au pouvoir, se rĂ©pandant contre son successeur, le duc de Richelieu (qui pourtant fait en sorte que les titres de Talleyrand, qui n'a pas de fils lĂ©gitime, soient transmissibles Ă  son frĂšre[263]), certain d'ĂȘtre rappelĂ© au pouvoir[264]. Au printemps 1816, il se retire Ă  Valençay, oĂč il n'avait pas Ă©tĂ© depuis huit ans[265], puis revient un temps Ă  Paris Ă  l'annonce de la dissolution de la Chambre introuvable[266]. Le , sa critique d'Élie Decazes, ministre de la Police, exaspĂšre le roi (il le traite de « maquereau »p. 903_289-0">[267]) : il est interdit de se prĂ©senter Ă  la cour[268], disgrĂące qui dure jusqu'au [269]. Son opposition au gouvernement entraĂźne mĂȘme une approche des ultras, opposĂ©s Ă  Richelieu et Decazes qui poursuivent en partie la politique libĂ©rale de Talleyrand[270]. En 1818, il a une occasion de revenir au pouvoir, mais le roi, qui ne l'« aime [ni ne l'] estime[271] », lui prĂ©fĂšre Jean Dessolle, puis Decazes, puis Ă  nouveau Richelieu en 1820. Il est dĂ©sormais convaincu que le roi ne veut plus de lui[272].

Peinture Ă  dominantes rouges reprĂ©sentant une cĂ©rĂ©monie dans un vaste et riche bĂątiment officiel. À droite, le roi, une couronne de bleu et d'or sur la tĂȘte et vĂȘtue d'un manteau rouge et d'une cape d'hermine brodĂ©e d'or, assis sur un trĂŽne d'or en haut de plusieurs marches, embrasse un personnage vĂȘtu d'une lourde cape violette bordĂ©e d'hermine brodĂ©e d'or. Quelques marches plus bas, un Ă©vĂȘque tournĂ© vers la gauche semble arranger la foule des dignitaires richement vĂȘtus, plus bas et sur tout le premier plan. Certains autres sont debout derriĂšre le trĂŽne ; on distingue quelques femmes dans une tribune Ă  l'arriĂšre-plan.
François Gérard, Le sacre de Charles X. Talleyrand est au premier plan, coiffé d'un chapeau à plume[273].

Alors que les ultras sont de plus en plus influents, Talleyrand, désormais proche des doctrinaires, en particulier de Pierre-Paul Royer-Collard qu'il a pour voisin à Valençay[274], se place pour le reste de la Restauration dans l'opposition libérale : il prononce le , puis en des discours à la Chambre des pairs pour défendre la liberté de la presse[275], puis le contre l'expédition d'Espagne, voulue par Chateaubriand[276]. Il est alors d'autant plus détesté par les ultras que son rÎle dans l'assassinat du duc d'Enghien est révélé par Savary, qui est alors exilé par Louis XVIII, lequel souhaite protéger l'honneur de son grand chambellan[277].

En , alors que le poids de ses 70 ans se fait sentir, son poste fait qu'il assiste longuement Ă  l'agonie de Louis XVIII[278], puis Ă  son enterrement[279] et au sacre de son successeur[280]. L'avĂšnement de Charles X, chef du parti ultra, lui enlĂšve ses derniers espoirs de retour au pouvoir. Durant une cĂ©rĂ©monie, le Ă  l'Ă©glise Saint-Denis un nommĂ© Maubreuil l'agresse et le frappe Ă  plusieurs reprises[281] - [282]. Il se rapproche du duc d'OrlĂ©ans et de sa sƓur, Madame AdĂ©laĂŻde[283]. En quelques annĂ©es, le jeune journaliste Adolphe Thiers a su devenir un familier : Talleyrand l'aide Ă  monter son journal, Le National[284], d'orientation libĂ©rale et offensive contre le pouvoir. Le National se retrouve au cƓur de la contestation des Ordonnances de Juillet qui provoque les Trois Glorieuses et la chute de Charles X. Il profite par la mĂȘme occasion des conseils du banquier Gabriel-Julien Ouvrard, sur une baisse de la bourse de Paris Ă  l'occasion de ces Ă©vĂ©nements[285].

Monarchie de Juillet

Ambassadeur Ă  Londres

En juillet 1830, alors que l'incertitude rÚgne[N 23], Talleyrand expédie le un billet à Adélaïde d'Orléans pour son frÚre Louis-Philippe, lui conseillant de se rendre à Paris :

« Ce billet qui amena sur les lÚvres de Madame Adélaïde une exclamation soudaine : « Ah ! ce bon prince, j'étais bien sûre qu'il ne nous oublierait pas ! » dut contribuer à fixer les indécisions du futur roi. Puisque M. de Talleyrand se prononçait, Louis-Philippe pouvait se risquer. »

— Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis[287]

Louis-Philippe revient Ă  Paris le lendemain, se rend pour entretien chez Talleyrand[288] et prend son parti. Celui-ci l'aide par l'entremise d'Adolphe Thiers[289]. Devenu roi, Louis-Philippe, aprĂšs avoir souhaitĂ© faire de Talleyrand son ministre des Affaires Ă©trangĂšres[290], le nomme rapidement Ă  sa demande ambassadeur extraordinaire Ă  Londres, afin de garantir la neutralitĂ© du Royaume-Uni vis-Ă -vis du nouveau rĂ©gime. La dĂ©cision est critiquĂ©e Ă  Paris[N 24], mais approuvĂ©e Ă  Londres, oĂč Wellington et Aberdeen sont ses amis depuis longtemps[291]. Il est accueilli de maniĂšre grandiose le et reçoit le logis de William Pitt[292] ; sa nomination rassure les cours d'Europe, effrayĂ©es par cette nouvelle rĂ©volution française[293], alors qu'Ă©clate la rĂ©volution belge. Lui-mĂȘme explique ĂȘtre Ă  l’époque « animĂ© de l’espoir, du dĂ©sir surtout, d’établir cette alliance de la France et de l’Angleterre, que j’ai toujours considĂ©rĂ©e comme la garantie la plus solide du bonheur des deux nations et de la paix du monde[294]. »

Talleyrand s'oppose au ministre Louis-Mathieu MolĂ© : les deux hommes essayent de mener une politique sans tenir compte l'un de l'autre, le ministre menaçant de dĂ©missionner[295]. Talleyrand prĂŽne par exemple contre MolĂ© l'Ă©vacuation de l'AlgĂ©rie, que souhaitent les Britanniques ; Louis-Philippe choisit de s'y maintenir. MolĂ© est cependant remplacĂ© par Horace SĂ©bastiani, qui ne gĂȘne pas Talleyrand[296].

Talleyrand argumente auprĂšs des Britanniques pour un concept qu'il forge de « non-intervention » en Belgique, alors que l'armĂ©e hollandaise est repoussĂ©e[297]. Des confĂ©rences entre les cinq grands s'ouvrent le [298]. AprĂšs avoir refusĂ© l'idĂ©e d'une partition de la Belgique[299], puis avoir envisagĂ© un temps une telle idĂ©e[300], il plaide pour la crĂ©ation d'un État fĂ©dĂ©rĂ© neutre sur le modĂšle de la Suisse[301] : il signe les protocoles de , puis le traitĂ© du , qui officialisent celle-ci[302]. Il va jusqu'Ă  passer sur ses instructions en acceptant, et mĂȘme en nĂ©gociant, la prĂ©servation des frontiĂšres du pays et le choix de LĂ©opold de Saxe-Cobourg comme souverain du nouveau pays neutre[303]. Il approuve la dĂ©cision du nouveau Premier ministre, Casimir Perier, de soutenir militairement cette neutralitĂ©, menacĂ©e par les Pays-Bas. Le nouveau pays fait dĂ©manteler les forteresses sises Ă  la frontiĂšre française.

Gravure en couleurs reprĂ©sentant deux hommes de trois-quarts, marchant en se tenant le bras. Celui de gauche et au premier plan, Ă  cheveux et favoris noirs, est vĂȘtu d'un pantalon et d'un manteau gris ; il marche en se tenant droit. Celui de droite et au second plan, Ă  cheveux bouclĂ©s et blancs, est vĂȘtu d'un pantalon et d'un manteau noir ; il marche courbĂ© sur une cane.
The lame leading the blind (« Le boiteux guidant l'aveugle », John Doyle, 1832), caricature anglaise représentant Talleyrand et Lord Palmerston.

Talleyrand travaille sur le projet qui lui tient Ă  cƓur depuis longtemps : le rapprochement du Royaume-Uni et de la France, base de l'Entente cordiale. Les deux pays interviennent conjointement pour obliger le roi des Pays-Bas Ă  respecter la nouvelle indĂ©pendance de la Belgique[304]. Il reçoit rĂ©guliĂšrement Alphonse de Lamartine et entretient de bons rapports avec son ami Wellington et l'ensemble du cabinet. Son nom est applaudi au Parlement britannique, son raffinement et son habiletĂ© deviennent fameux Ă  Londres ; il reçoit frĂ©quemment Prosper MĂ©rimĂ©e[305]. L'opposition anglaise accuse mĂȘme le gouvernement d'ĂȘtre trop influencĂ© par lui, le marquis de Londonderry dĂ©clarant Ă  la tribune : « Je vois la France nous dominant tous, grĂące Ă  l'habile politique qui la reprĂ©sente ici, et je crains qu'elle n'ait dans ses mains le pouvoir de dĂ©cision et qu'elle n'exerce ce que j'appellerai une influence dominante sur les affaires europĂ©ennes[306]. »

Pendant ce temps, en France, si Talleyrand bénéficie d'une estime importante parmi les élites politiques et auprÚs du roi (ce dernier le consulte sans cesse, lui propose le poste de Premier ministre, proposition qu'il esquive[307]), sa réputation est au plus bas : « Le prince a évité à la France le démembrement, on lui doit des couronnes, on lui jette de la boue[N 25] ». C'est en effet à cette époque que s'exacerbe la haine généralisée des partis à son encontre. Il devient le « diable boiteux », celui qui a trahi tout le monde.

« On l'appelait « Protée au pied boiteux », « Satan des Tuileries », « République, empereur, roi : il a tout vendu », lisait-on dans ce poÚme à la mode du jour, écrit avec une plume arrachée à l'aigle de l'ange exterminateur, intitulé Némésis (« la Vengeance »). Son seul mérite fut de provoquer une admirable réponse de Lamartine. »

— Jean Orieux, Talleyrand ou le sphinx incompris[309]

Talleyrand reste en poste jusqu'en 1834 et la conclusion du traité de la Quadruple-Alliance, signé le [310]. Fatigué des difficultés de négociation avec Lord Palmerston, il quitte son poste, aprÚs avoir signé une convention additionnelle au traité le . Il arrive le 22 à Paris ; on parle de compléter les alliances en l'envoyant à Vienne. Il renonce à la présidence du conseil, qui est confiée à Thiers (Talleyrand participe à la formation du gouvernement)[311], puis à la scÚne publique.

Retraite et mort

Talleyrand se retire dans son chùteau de Valençay. Il a déjà été nommé maire de cette commune de 1826 à 1831, puis conseiller général de l'Indre[312], jusqu'en 1836[308]. Il conseille toujours Louis-Philippe, en particulier en 1836 sur la neutralité à adopter dans le problÚme de la succession espagnole, contre l'avis de Thiers, qui y perd son poste[313].

Son activité politique décroßt cependant. Il reçoit, outre de nombreuses personnalités politiques[314], Alfred de Musset et George Sand (cette derniÚre le remerciant par un article injurieux[N 26] - [315] qu'elle regrette dans ses mémoires[316]), Honoré de Balzac[317] et met la derniÚre main à ses mémoires. En 1837, il quitte Valençay et retourne s'installer dans son hÎtel Saint-Florentin à Paris.

À l'approche de la mort, il doit nĂ©gocier un retour Ă  la religion pour Ă©viter Ă  sa famille le scandale d'un refus de sacrements et de sĂ©pulture comme dut le subir SieyĂšs[318]. AprĂšs un discours d'adieu Ă  l'Institut le [319], ses proches confient Ă  l'abbĂ© Dupanloup le soin de le convaincre de signer sa rĂ©tractation et de nĂ©gocier le contenu de celle-ci[320]. Talleyrand, qui joue une fois de plus sur le temps[321], ne signe que le jour de sa mort, ce qui lui permet de recevoir l'extrĂȘme-onction. Au moment oĂč le prĂȘtre doit, conformĂ©ment au rite, oindre ses mains avec l'huile des infirmes, il dĂ©clare : « N'oubliez pas que je suis Ă©vĂȘque »[N 27], reconnaissant ainsi sa rĂ©intĂ©gration dans l'Église[322]. L'Ă©vĂ©nement, suivi par le tout-Paris, fait dire Ă  Ernest Renan qu'il rĂ©ussit « Ă  tromper le monde et le Ciel[323] ».

Lorsqu'il apprend que Talleyrand est à l'agonie, le roi Louis-Philippe décide, contrairement à l'étiquette, de lui rendre visite. « Sire, murmure le mourant, c'est un grand honneur que le roi fait à ma Maison[324]. » Il meurt le , à 15 h 35[325] ou 15 h 50[326], selon les sources, aprÚs avoir nommé Adolphe Fourier de Bacourt son exécuteur testamentaire.

Des funĂ©railles officielles et religieuses sont cĂ©lĂ©brĂ©es le 22 mai[327]. L'inhumation provisoire (qui dure trois mois) de Talleyrand a lieu le 22 mai dans le caveau de l'Ă©glise Notre-Dame de l'Assomption (Paris 1er), sa sĂ©pulture Ă  Valençay n'Ă©tant pas terminĂ©e. EmbaumĂ© Ă  l'Ă©gyptienne[328], son corps est placĂ© dans la crypte qu'il a fait creuser sous la chapelle de la maison de charitĂ© qu'il a fondĂ©e en 1820 Ă  Valençay, oĂč il est ramenĂ© de Paris le 5 septembre[329] ; ce lieu devient la sĂ©pulture de ses hĂ©ritiers et le reste jusqu'en 1952.

Sarcophage de Talleyrand.

Jusqu'en 1930, une vitre laisse voir son visage momifiĂ©[330]. La plaque de marbre qui recouvre une face du sarcophage de marbre noir placĂ© dans un enfeu porte : « Ici repose le corps de Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord, prince duc de Talleyrand, duc de Dino, nĂ© Ă  Paris le , mort dans la mĂȘme ville le [331]. »

En 2004, le sarcophage est remontĂ© de la crypte pour ĂȘtre exposĂ© dans le chƓur de la chapelle.

Regards contemporains et postérité

Dessin coloriĂ© reprĂ©sentant un corps de face, Ă  cinq tĂȘtes, portant chacune une coiffe diffĂ©rente et une bulle diffĂ©rente qui sort de la bouche. Plusieurs costumes sont Ă©galement juxtaposĂ©s. Le bras Ă  gauche tient une crosse d'Ă©vĂȘque, le bras Ă  droite un bĂąton portant des graffitis.
« L'homme aux six tĂȘtes » (Le nain jaune, 15 avril 1815), caricature de Talleyrand le prĂ©sentant avec six tĂȘtes, criant respectivement : « Vive le Roi ! », « Vive l'Empereur ! », « Vive le 1er Consul ! », « Vive la LibertĂ© ! », « Vive les notables ! », « Vive !
 »

« Talleyrand (Prince de) : s'indigner contre. »

— Gustave Flaubert, Dictionnaire des idĂ©es reçues[332]

« On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien ; je jouis des honneurs de l'exagération. »

— Talleyrand[333]

« Je veux que, pendant des siĂšcles, on continue Ă  discuter sur ce que j’ai Ă©tĂ©, ce que j’ai pensĂ© et ce que j’ai voulu. »

— Talleyrand[334]

Talleyrand Ă©tait surnommĂ© le « diable boiteux » en raison de son infirmitĂ© et de la haine que lui vouaient certains de ses ennemis, en particulier au sein des factions : « ultras » (pour qui il Ă©tait un rĂ©volutionnaire), Église catholique (se souvenant de la confiscation des biens de l'Église), jacobins (pour qui il Ă©tait un traĂźtre Ă  la RĂ©volution), bonapartistes (qui lui reprochaient la « trahison d'Erfurt »), etc.

Sa nomination comme vice-grand-électeur fait ainsi dire au républicain Fouché qu'il s'agit du « seul vice qui lui manquait[335] ».

NapolĂ©on exprima Ă  propos de Talleyrand des opinions contrastĂ©es. Si l’on s’en rapporte au jugement de l'Empereur Ă  Sainte-HĂ©lĂšne, tels que Las Cases les a transcrits, l’Empereur dĂ©chu conserva un mĂ©pris profond pour « le plus vil et le plus corrompu des hommes », usant de « moyens odieux », « coquin » qui « traite [
] ses ennemis comme s’il devait un jour se rĂ©concilier avec eux, et ses amis comme s’ils devaient devenir ses ennemis »[336]. En revanche, il reconnaissait en lui « un esprit Ă©minent » possĂ©dant « des talents supĂ©rieurs » et un « homme d’esprit »[337].

Du cÎté des ultras, François-René de Chateaubriand exprime à chaque occasion dans ses mémoires tout le mal qu'il pense de Talleyrand :

« Ces faits historiques, les plus curieux du monde, ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralement ignorĂ©s, c'est encore de mĂȘme qu'on s'est formĂ© une opinion confuse des traitĂ©s de Vienne, relativement Ă  la France : on les a crus l'Ɠuvre inique d'une troupe de souverains victorieux acharnĂ©s Ă  notre perte ; malheureusement, s'ils sont durs, ils ont Ă©tĂ© envenimĂ©s par une main française : quand M. de Talleyrand ne conspire pas, il trafique. »

— François-RenĂ© de Chateaubriand, MĂ©moires d'outre-tombe[338]

Gravure coloriĂ©e reprĂ©sentant une homme assis de profil devant une petite table sur laquelle est posĂ© un lutrin de face, qui prĂ©sente un papier comportant des inscriptions. Le personnage est vĂȘtu d'un manteau rouge et porte des cheveux blancs et bouclĂ©s. DerriĂšre lui, un diable Ă  pieds griffus, cornes, ailes et queue fourchue lui parle Ă  l'oreille Ă  l'aide d'un cornet acoustique.
Monsieur tout-à-tous (1815), caricature présentant le diable parlant à l'oreille de Talleyrand.

Charles de Rémusat, qui a fréquenté le salon de Talleyrand, grand ami de sa mÚre, Mme de Rémusat, écrit dans ses Mémoires :

« Je n'ai jamais eu de goĂ»t pour M. de Talleyrand. Je rabats beaucoup de l'admiration convenue qu'on portait aux traits de sa conversation. Ses grands airs me paraissaient dignes du thĂ©Ăątre ; ses grĂąces Ă©taient pleines d'affĂ©terie. Je ne l'en regarde pas moins comme un des hommes supĂ©rieurs de mon temps, le seul peut-ĂȘtre des Français mes contemporains, Ă  qui doive rester le titre d'homme d'État. Son immoralitĂ© cĂ©lĂšbre ne dĂ©passait pas beaucoup la pratique de la philosophie d'Helvetius, renforcĂ©e des traditions de l'Ancien RĂ©gime. Elle n'excluait pas en lui quelques-unes des grandes qualitĂ©s du caractĂšre, une certaine moralitĂ© dans l'esprit, le goĂ»t des grandes choses, le sentiment du bien-public, le dĂ©sir de se faire un nom. Tout cela est rare, mĂȘme chez beaucoup des plus honnĂȘtes que lui. Ce sont les vices et les habitudes de sa vie privĂ©e qui ont corrompu sa vie politique, dont la direction gĂ©nĂ©rale a Ă©tĂ© louable. Ce qui nuira Ă  sa mĂ©moire historique, c'est qu'il n'a rien fondĂ©. Rien ne subsiste qui vienne de lui »

— Charles de RĂ©musat, MĂ©moires de ma vie[339].

Victor Hugo, dont le parcours politique est un chemin du légitimisme au républicanisme, écrit à l'occasion de sa mort[340] :

« C’était un personnage Ă©trange, redoutĂ© et considĂ©rable ; il s’appelait Charles-Maurice de PĂ©rigord ; il Ă©tait noble comme Machiavel, prĂȘtre comme Gondi, dĂ©froquĂ© comme FouchĂ©, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui ; la noblesse qu’il avait faite servante de la rĂ©publique, la prĂȘtrise qu’il avait traĂźnĂ©e au Champ de Mars, puis jetĂ©e au ruisseau, le mariage qu’il avait rompu par vingt scandales et une sĂ©paration volontaire, l’esprit qu’il dĂ©shonorait par la bassesse. [
]

Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araignĂ©e dans sa toile, il avait successivement attirĂ© et pris hĂ©ros, penseurs, grands hommes, conquĂ©rants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, SieyĂšs, Mme de StaĂ«l, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorĂ©es et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante derniĂšres annĂ©es. Tout cet Ă©tincelant essaim, fascinĂ© par l’Ɠil profond de cet homme, avait successivement passĂ© sous cette porte sombre qui porte Ă©crit sur son architecture : HĂŽtel Talleyrand.

Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort. Des mĂ©decins sont venus et ont embaumĂ© le cadavre. Pour cela, Ă  la maniĂšre des Égyptiens, ils ont retirĂ© les entrailles du ventre et le cerveau du crĂąne. La chose faite, aprĂšs avoir transformĂ© le prince de Talleyrand en momie et clouĂ© cette momie dans une biĂšre tapissĂ©e de satin blanc, ils se sont retirĂ©s, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensĂ© tant de choses, inspirĂ© tant d’hommes, construit tant d’édifices, conduit deux rĂ©volutions, trompĂ© vingt rois, contenu le monde. Les mĂ©decins partis, un valet est entrĂ©, il a vu ce qu’ils avaient laissĂ© : Tiens ! Ils ont oubliĂ© cela. Qu’en faire ? Il s’est souvenu qu'il y avait un Ă©gout dans la rue, il y est allĂ©, et a jetĂ© le cerveau dans cet Ă©gout. »

— Victor Hugo, Choses vues[341].

Ainsi, une anecdote circule à l'époque selon laquelle, Louis-Philippe étant venu le voir sur son lit de mort, Talleyrand lui aurait dit : « Sire, je souffre comme un damné. » « Déjà ! » aurait murmuré le roi. Le mot, emprunté à Michel-Philippe Bouvart[342] - [343], est invraisemblable, mais il a couru trÚs tÎt. L'anecdote rappelle ce mot par lequel le Diable aurait accueilli Talleyrand en enfer : « Prince, vous avez dépassé mes instructions »[344] - [345].

Photo d'un mur de grandes pierres blanches finement jointes, dont une au centre est gravée par les lignes suivantes : « En cet hÎtel vécut de 1812 à 1838 / CHARLES-MAURICE DE TALLEYRAND-PERIGORD / ministre et diplomate / Il y mourut le 17 mai 1838 / et fut inhumé à Valençay ».
Inscription murale sur l'hĂŽtel de Saint-Florentin, Paris 1er, oĂč vĂ©cut Talleyrand Ă  partir de 1812 et oĂč il mourut le 17 mai 1838.

De son vivant, Talleyrand se dĂ©fendait rarement lui-mĂȘme des attaques, mais il arrivait que ses amis le fissent pour lui, comme Alphonse de Lamartine (voir plus haut) ou HonorĂ© de Balzac :

« Certain prince qui n'est manchot que du pied, que je regarde comme un politique de génie et dont le nom grandira dans l'histoire. »

— HonorĂ© de Balzac, Le Contrat de mariage[346]

Cependant, en dehors des opinions tranchées (pour Goethe, il est le « premier diplomate du siÚcle[N 28] »), la complexité du personnage intrigue trÚs tÎt :

« Le problÚme moral que soulÚve le personnage de Talleyrand, en ce qu'il a d'extraordinaire et d'original, consiste tout entier dans l'assemblage, assurément singulier et unique à ce degré, d'un esprit supérieur, d'un bon sens net, d'un goût exquis et d'une corruption consommée, recouverte de dédain, de laisser-aller et de nonchalance. »

— Charles-Augustin Sainte-Beuve[100]

Pour François Furet et Denis Richet (1965), Talleyrand a été « trop critiqué aprÚs avoir été trop loué »[348] : le XXe siÚcle a vu, dans l'ensemble, une nouvelle analyse de Talleyrand qui lui fait quitter l'habit du traßtre parjure et du « diable boiteux »[N 29], en particulier par ses nombreux biographes qui, en général, ont vu une continuité politique dans sa vie.

Doctrine

Peinture représentant un personnage de trois-quarts, assis dans un fauteuil vert au cadre doré et finement gravé, dans une piÚce simple aux teintes brunes. Il porte un manteau bleu sur un pantalon noir et des bas blancs. Le visage est figé, les yeux tourné vers le spectateur, les cheveux blancs et bouclés. Le bras droit est accoudé sur le bras du fauteuil, le gauche sur une table en retrait.
Talleyrand par François Gérard, 1808.

Emmanuel de Waresquiel analyse la philosophie politique de Talleyrand, dĂšs son action comme agent gĂ©nĂ©ral du clergĂ©, comme caractĂ©ristique de la philosophie des LumiĂšres : un rĂ©formisme conservateur (« que tout change pour que rien ne change ») et une rationalisation « que l'on pourrait appeler l'esprit des LumiĂšres »[349]. MĂȘme s'il insiste sur le contexte de la rĂ©daction des mĂ©moires, Emmanuel de Waresquiel relĂšve ainsi[44] que dans ceux-ci, Talleyrand distingue l'Ɠuvre « rĂ©formiste et libĂ©rale » de 1789 de la souverainetĂ© du peuple et de l'Ă©galitĂ©, pour lui « chimĂ©riques »[350]. Talleyrand privilĂ©gie ainsi le consensus, la constitution et la conciliation[243]. Par les moyens de l'« habiletĂ© » et de la « prĂ©voyance », il souhaite ainsi favoriser l'intĂ©rĂȘt mutuel bien compris et « la paix gĂ©nĂ©rale »[N 30], permise par un « Ă©quilibre europĂ©en ».

Le libéralisme

« Les monarques ne sont monarques qu'en vertu d'actes qui les constituent chefs des sociétés civiles. Ces actes, il est vrai, sont irrévocables pour chaque monarque et sa postérité tant que le monarque qui rÚgne reste dans les limites de sa compétence véritable ; mais si le monarque qui rÚgne se fait ou tente de se faire plus que monarque, il perd tout droit à un titre que ses propres actes ont rendu ou rendraient mensonger. Telle est ma doctrine, je n'ai jamais eu besoin de la renier pour accepter, sous les divers gouvernements, les fonctions que j'ai remplies. »

— Testament politique[352]

Les historiens soulignent la constance du libĂ©ralisme des idĂ©es de Talleyrand tout au long de sa vie, mĂȘme s'il lui est arrivĂ© de devoir le mettre, par rĂ©alisme, entre parenthĂšses (en particulier sous l'Empire, ce qui fait dire Ă  NapolĂ©on : « Talleyrand est philosophe, mais dont la philosophie sait s'arrĂȘter Ă  propos[353] »). La formation mondaine et politique de Talleyrand se dĂ©roule durant le siĂšcle des LumiĂšres (Georges Lacour-Gayet, suivi par Franz Blei et Jean Orieux, raconte comment Talleyrand va se faire bĂ©nir par Voltaire[26]) : lorsque la RĂ©volution Ă©clate, c'est un homme fait qui est Ă  la pointe des idĂ©aux de 1789. C'est dans ce contexte qu'il rĂ©dige les cahiers de dolĂ©ances de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Autun, d'aprĂšs Georges Lacour-Gayet « l'un des plus importants manifestes provoquĂ©s par le mouvement de 1789[354] », vĂ©ritable synthĂšse des ambitions des hommes des LumiĂšres inspirĂ©e du systĂšme britannique. Ce « discours remarquable », d'aprĂšs Sainte-Beuve[354], prĂŽne une monarchie parlementaire assurant l'Ă©galitĂ© devant la loi et l'impĂŽt, propose de supprimer les archaĂŻsmes Ă©conomiques issus de l'Ă©poque fĂ©odale, comme les douanes entre rĂ©gions ou les corporations, points qu'il avait dĂ©jĂ  abordĂ©s lors des projets de rĂ©formes de Calonne. Il demande encore que soit assurĂ©e la libertĂ© de la presse[355] :

« La libertĂ© d'Ă©crire ne peut diffĂ©rer de celle de parler ; elle aura donc la mĂȘme Ă©tendue et les mĂȘmes limites ; elle sera donc assurĂ©e, hors les cas oĂč la religion, les mƓurs et les droits d'autrui seraient blessĂ©s ; surtout elle sera entiĂšre dans la discussion des affaires publiques, car les affaires publiques sont les affaires de chacun. »

— Extrait du cahier des dĂ©libĂ©rations du clergĂ© assemblĂ© Ă  Autun

Dans deux grands discours sous Louis XVIII, il défend de nouveau la liberté de la presse[275].

Sous la RĂ©volution, il est de tous les clubs et de toutes les rĂ©formes destinĂ©es Ă  mettre fin Ă  l'Ancien RĂ©gime. Il souhaite s'inspirer du rĂ©gime britannique, au point qu'il pousse Bonaparte Ă  monter sur le trĂŽne pour se rapprocher de ce systĂšme de monarchie parlementaire, qu'il souhaite voir dotĂ© d'un parlement bicamĂ©ral[356]. C'est aussi la raison pour laquelle il contribue ensuite Ă  la Restauration et tente de la marier avec un tel systĂšme[357]. Seule l'influence des ultras sur Louis XVIII empĂȘche que cette idĂ©e soit menĂ©e complĂštement Ă  bien. Cependant, lors des deux Restaurations, il se retrouve un temps Ă  la tĂȘte du pays, et applique ses idĂ©es libĂ©rales[358]. Son gouvernement provisoire lui vaut mĂȘme les fĂ©licitations de Benjamin Constant (avec qui il est pourtant en froid depuis le 18 Brumaire) et ses remerciements pour « avoir Ă  la fois brisĂ© la tyrannie et jetĂ© les bases de la libertĂ©[N 31] ». En effet :

« DÚs les premiers jours, Talleyrand imprime à son gouvernement une touche trÚs libérale. Par conviction mais aussi trÚs habilement, il tente d'imposer la force de son autorité en supprimant tout ce que le despotisme napoléonien avait de plus insupportable. »

— Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile[205]

Sa proximitĂ© avec les idĂ©es libĂ©rales est matĂ©rialisĂ©e par le parti qui les incarne : le parti d'OrlĂ©ans. Il reste proche de la famille d'OrlĂ©ans durant la plus grande partie de sa carriĂšre[360] - [283] - [361] - [362]. C'est Ă  la fin de celle-ci, lorsque Louis-Philippe se retrouve, avec l'appui de Talleyrand, sur le trĂŽne, que ce dernier possĂšde la latitude politique qui lui a toujours manquĂ©, au sein d'une monarchie de Juillet qui correspond Ă  ses vƓux. Ses rapports avec le roi, un homme qu'il connaĂźt depuis longtemps, sont excellents[363].

« Qui aurait pu croire que cet aristocrate entre les aristocrates qui menait Ă  Valencay, en plein XIXe siĂšcle la vie seigneuriale la plus intacte, enseignait avec la conviction la plus profonde que, du 14 juillet 1789, dataient « les grands changements dans la vie moderne » ? Changements qu'il avait voulu rĂ©aliser en 1789 et auxquels il restait attachĂ© en 1830 ? [
] Il maintenait « l'Ancien RĂ©gime » des mƓurs et de la civilitĂ© mais il refusait celui des institutions. [
] En lui, la France, sans fissure, passait d'Hugues Capet aux temps dĂ©mocratiques. »

— Jean Orieux, Talleyrand ou le sphinx incompris[364]

L'instruction publique

Les biographes de Talleyrand insistent sur son rÎle dans les débuts de l'instruction publique en France, ceci en dépit du fait que (pour Jean Orieux) « le XIXe siÚcle s'est bien chargé d'étouffer[365] » le souvenir de son travail dans le domaine.

Agent gĂ©nĂ©ral du clergĂ©, il adresse aux Ă©vĂȘques le un questionnaire relatif aux collĂšges et touchant aux mĂ©thodes d'enseignement[366]. C'est durant l'annĂ©e 1791 qu'aidĂ© par Pierre-Simon de Laplace, Gaspard Monge, Nicolas de Condorcet, Antoine Lavoisier, FĂ©lix Vicq d'Azyr, Jean-François de La Harpe, entre autres[367], il rĂ©dige un important rapport sur l'instruction publique, « avec la plus entiĂšre gratuitĂ© parce qu'elle est nĂ©cessaire Ă  tous[368] ». L'une des consĂ©quences de ce rapport est la crĂ©ation de l'Institut de France, Ă  la tĂȘte d'un systĂšme Ă©ducatif destinĂ© Ă  toutes les couches de la sociĂ©tĂ©, embryon de l'instruction publique.

Ce rapport de Talleyrand, dans lequel il est affirmé que les femmes ne devraient recevoir qu'une éducation à caractÚre domestique[369] - [N 32], suscite la critique de Mary Wollstonecraft, alors qu'en Grande-Bretagne se développe la controverse révolutionnaire, débat public autour des idées nées de la Révolution française. Elle y voit un exemple du double standard, le « double critÚre » favorisant les hommes au détriment des femmes, jusques et y compris dans le domaine essentiel pour elle qu'est l'éducation. Aussi est-ce le rapport de Talleyrand qui la pousse à lui écrire[371] - [372], puis, en 1792, à publier son ouvrage A Vindication of the Rights of Woman.

Pour Emmanuel de Waresquiel, dans ce rapport, les hommes de la Révolution prÎnent une instruction « progressive, des écoles de canton aux écoles de départements, et complÚte : « physique, intellectuelle, morale ». Elle a pour but de perfectionner tout à la fois l'imagination, la mémoire et la raison[373] ». « Un des monuments de la Révolution française » d'aprÚs les propos de François Furet[374], le plan de Talleyrand, appelant une instruction publique nécessaire, universelle mais transitoire et perfectible, gratuite et non obligatoire, est pour Gabriel Compayré « digne de l'attention de la postérité et de l'admiration que lui témoignÚrent souvent les écrivains de la Révolution »[375].

Pour son rÎle dans sa création, Talleyrand devient membre de l'Institut. C'est là qu'il délivre son dernier discours avant sa mort[376] - [377].

La finance

Les principes d'Ă©conomie et de finances de Talleyrand sont marquĂ©s par l'admiration pour le systĂšme libĂ©ral anglais[378]. Avant la RĂ©volution, c'est sa spĂ©cialitĂ© (d'aprĂšs Jean Orieux, il tente mĂȘme de devenir ministre[379]), et ses interventions aux dĂ©buts de la RĂ©volution portent surtout sur ce sujet[380] - [381].

Talleyrand entre dans le monde des affaires en devenant Agent général du clergé. En une époque de crise financiÚre, il défend les biens qui lui sont confiés, et cÚde au roi lorsque c'est nécessaire, anticipant la demande de la couronne en proposant un don conséquent[382]. Il cherche à rationaliser la gestion des biens colossaux du clergé, marquée par une importante inégalité entre ecclésiastiques. Il obtient l'augmentation de la portion congrue[383].

Avant la RĂ©volution, Talleyrand, en compagnie de Mirabeau, entre dans le monde des affaires, sans qu'il reste beaucoup de traces de ces tentatives ; Emmanuel de Waresquiel signale la connaissance profonde qu'il a de la spĂ©culation sur la fluctuation de la monnaie[384]. InfluencĂ© par Isaac Panchaud, Talleyrand s'implique dans l'Ă©tablissement d'une caisse d'amortissement : la Caisse d'escompte est crĂ©Ă©e par Panchaud en 1776 ; Talleyrand devient actionnaire[385], et demande le sa transformation en banque nationale[386]. Par la suite, il s'investit aussi dans la spĂ©culation immobiliĂšre aux États-Unis[387] puis Ă  Paris[388].

Durant toute sa carriĂšre, Talleyrand insiste sur la certitude que les prĂȘteurs doivent avoir sur le fait que l'État paie toujours ses dettes[389], afin de permettre aux gouvernants de recourir Ă  l'emprunt, cet « art moderne de procurer Ă  l'État, sans forcer les contributions, des levĂ©es extraordinaires d'argent Ă  un bas prix, et d'en distribuer le fardeau sur une suite d'annĂ©es[390] ». Pour lui, les crĂ©anciers de l'État « ont payĂ© pour la nation, Ă  la dĂ©charge de la nation : la nation ne peut dans aucune hypothĂšse se dispenser de rendre ce qu'ils ont avancĂ© pour elle[391] », « autrement dit[392] », « une nation, comme un particulier, n'a de crĂ©dit que lorsqu'on lui connaĂźt la volontĂ© et la facultĂ© de payer[393] ». Talleyrand finit par instaurer lui-mĂȘme cette garantie en 1814, lorsqu'il est prĂ©sident du Conseil des ministres. Pour Emmanuel de Waresquiel, la proposition de nationaliser les biens du clergĂ© est alors « logique[394] », Talleyrand connaissant leur Ă©tendue, ayant prĂ©vu de les recenser dĂšs l'Ă©laboration des cahiers de dolĂ©ances[395].

Talleyrand et Isaac Panchaud Ă©laborent la partie concernant la caisse d'escompte du plan de Charles-Alexandre de Calonne. Talleyrand apporte Ă©galement sa contribution Ă  plusieurs parties de ce plan, qui vise Ă  rĂ©tablir les finances du royaume, en supprimant les barriĂšres douaniĂšres intĂ©rieures, en simplifiant l'administration, en libĂ©rant le commerce et en rationalisant les impĂŽts[396]. Calonne Ă©tant remerciĂ©, ce plan n'est jamais mis en application. Talleyrand, qui n'a pas oubliĂ© de profiter financiĂšrement de sa proximitĂ© avec le ministre des Finances[397], reprend largement les propositions Ă©conomiques et financiĂšres du plan de Calonne lors de la rĂ©daction des cahiers de dolĂ©ances de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Autun[355].

Pour Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand appartient Ă  l'Ă©cole prĂŽnant la libertĂ© de commerce, contre les « prĂ©jugĂ©s[398] ». Cette libertĂ© doit ĂȘtre permise par la paix[399], en particulier avec les Britanniques (avant la RĂ©volution, Talleyrand dĂ©fend dĂ©jĂ  le traitĂ© de commerce avec la Grande-Bretagne, auquel il a mis la main[378]), pour le bĂ©nĂ©fice de toutes les parties[398].

L'équilibre européen

« J'essaie d'établir la paix du monde en équilibre sur une révolution. »

— Talleyrand à Lamartine[400]

L'intĂ©rĂȘt de Talleyrand pour la chose diplomatique commence sous l'influence d'Étienne François de Choiseul (oncle de son ami Auguste de Choiseul), dont il reprend la maniĂšre de mener les affaires d'État : gouverner en sachant dĂ©lĂ©guer les tĂąches techniques Ă  des travailleurs de confiance, afin de se laisser le temps de nouer des relations utiles[401].

DÚs ses premiÚres missions vers la Grande-Bretagne, durant la Révolution, Talleyrand inaugure sa méthode de négociation, fameuse au point d'en faire « le prince des diplomates »[402], méthode mesurée et sans précipitation, pleine de réalisme et de compréhension à la fois du point de vue de son interlocuteur et de la situation de la France[70].

Le , alors qu'il vient de s'exiler en Angleterre, il envoie Ă  la Convention un mĂ©moire dans lequel il expose ses vues. Il dĂ©veloppe quels principes doivent dĂ©sormais fonder le systĂšme d’alliances de la RĂ©publique. Il ne s’agit pas pour la France, Ă©tat puissant, de nouer des liens de dĂ©fense avec des nations d’importance nĂ©gligeable ; il n’est pas question non plus, sous prĂ©texte d’aider ces nations, Ă  vouloir les assujettir. Il importe Ă  prĂ©sent de concourir et de les aider Ă  prĂ©server leur libertĂ© acquise, sans rien attendre en retour. De lĂ  dĂ©coule l’idĂ©e que « la France doit rester circonscrite dans ses propres limites : elle le doit Ă  sa gloire, Ă  sa justice, Ă  sa raison, Ă  son intĂ©rĂȘt et Ă  celui des peuples qui seront libres par elle ». Pour ce qui est du Royaume-Uni, une alliance diplomatique aurait peu de chance d’aboutir et n’aurait guĂšre d’utilitĂ©. La France doit plutĂŽt dĂ©velopper avec sa voisine des « rapports d’industrie et de commerce ». Dans ce but, il serait de leur intĂ©rĂȘt commun de lutter contre la prĂ©pondĂ©rance espagnole en AmĂ©rique du Sud. « AprĂšs une rĂ©volution », conclut-il, « il faut ouvrir de nouvelles routes Ă  l’industrie, il faut donner des dĂ©bouchĂ©s Ă  toutes les passions. Cette entreprise rĂ©unit tous les avantages »[403].

Pour Charles Zorgbibe, Talleyrand invente Ă©galement, au CongrĂšs de Vienne, un style diplomatique de rupture, privilĂ©giant des principes universels (initiĂ©s dans ses Instructions pour les ambassadeurs du roi au congrĂšs[404]). La nĂ©gociation est alors fondĂ©e sur la rĂ©pĂ©tition d'une logique dĂ©ductive et intransigeante, s'appuyant sur la raison, ceci Ă  l'opposĂ© des compromis anglo-saxons. Charles Zorgbibe voit lĂ  le dĂ©but d'un style hautain et distant qui se retrouve ensuite durant la CinquiĂšme RĂ©publique (il cite notamment Charles de Gaulle et Maurice Couve de Murville d'une part, Jacques Chirac et Dominique de Villepin d'autre part), signe d'un État nostalgique de sa puissance passĂ©e, souhaitant, en Ă©tant inflexible, « dĂ©fendre un rang »[405].

Pour Metternich, Talleyrand est « politique au sens le plus éminent, et comme tel c'est un homme à systÚmes[406] », ces systÚmes ayant pour but de rétablir un équilibre européen (prÎné dÚs ses débuts diplomatiques en 1791[374]), qui pour lui a été détruit par les traités de Westphalie de 1648[407] :

« Une Ă©galitĂ© absolue des forces entre tous les États, outre qu'elle ne peut jamais exister, n'est point nĂ©cessaire Ă  l'Ă©quilibre politique et lui serait peut-ĂȘtre, Ă  certains Ă©gards, nuisible. Cet Ă©quilibre consiste dans un rapport entre les forces de rĂ©sistance et les forces d'agression rĂ©ciproques des divers corps politiques. [
] Une telle situation n'admet qu'un Ă©quilibre tout artificiel et prĂ©caire, qui ne peut durer qu'autant que quelques grands États se trouvent animĂ©s d'un esprit de modĂ©ration et de justice qui le conserve. »

— Instructions pour les ambassadeurs du Roi au congrĂšs[408], rĂ©digĂ©es par Talleyrand[409]

Parmi ces « systĂšmes », selon Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand se mĂ©fie de la Russie[410] (« monstrueuse et indĂ©terminĂ©e »[411]) et cherche Ă  Ă©tablir un Ă©quilibre pacifique entre l'Autriche et la Prusse[411]. De lĂ  vient l'idĂ©e, plusieurs fois reprise, de crĂ©er des fĂ©dĂ©rations de petits États princiers dans le « ventre mou de l'Europe » qui serviraient de tampon entre ces puissances[412] — et qui constituent autant de possibilitĂ©s de pots-de-vin pour Talleyrand[413]. Durant sa carriĂšre, il prĂŽne ce principe avec les États allemands (entre la Prusse, l'Autriche et la France), l'Italie (entre la France et l'Autriche), la Belgique (entre la France, la Prusse et le Royaume-Uni) ou encore la Pologne (entre la Prusse et la Russie), voire l'Empire ottoman dĂ©clinant (entre la Russie, l'Autriche et la puissance maritime britannique)[414].

Pour Emmanuel de Waresquiel, du fait de son Ă©ducation, de son milieu, de ses relations, Talleyrand a volontiers liĂ© diplomatie et prĂ©occupations commerciales et financiĂšres[415], tant d'un point de vue doctrinal qu’intĂ©ressĂ©[416]. Ainsi, pour lui, dĂšs ses dĂ©buts diplomatiques, contre l'opinion du Directoire[417] - [418] et celle de Bonaparte, l'Ă©quilibre europĂ©en passe par l'alliance entre la France et l'Angleterre[151] - [419], la paix avec celle-ci pouvant ĂȘtre « perpĂ©tuelle »[420] :

« Une alliance intime entre la France et l'Angleterre a Ă©tĂ© au dĂ©but et Ă  la fin de ma carriĂšre politique mon vƓu le plus cher, convaincu comme je le suis, que la paix du monde, l'affermissement des idĂ©es libĂ©rales et les progrĂšs de la civilisation ne peuvent reposer que sur cette base. »

— MĂ©moires[421]

Toujours d'aprÚs Emmanuel de Waresquiel, cette paix militaire doit se doubler d'une expansion méditerranéenne et une guerre commerciale avec les Anglais, afin de réduire le déséquilibre économique entre la France et l'Angleterre[422]. Il souhaite donc qu'il soit mis fin à l'hégémonie britannique sur les mers, tant militaire que commerciale[423], condition nécessaire à cette alliance[424].

Talleyrand cherche aussi l'alliance avec l'Autriche[425] - [426], à l'opposé d'une alliance avec la Prusse[427]. Il se décrit en plaisantant comme un petit peu autrichien, jamais russe et toujours français[428], affirmant que « les alliés ne se conservent qu'avec du soin, des égards et des avantages réciproques[429] ».

Il s'oppose Ă  la « diplomatie de l'Ă©pĂ©e[430] », cette politique d'exportation de la RĂ©volution par la conquĂȘte, pour lui « propre Ă  [
] faire haĂŻr » la France[431]. De maniĂšre symptomatique, le Directoire envoie d'anciens constitutionnels comme ambassadeurs[432] et Bonaparte des gĂ©nĂ©raux[N 33] - [433], malgrĂ© les critiques du ministre[434]. À cela, il prĂ©fĂšre l'idĂ©e de rĂ©gimes stables et dont les puissances s'Ă©quilibrent, garantie de la paix : « un Ă©quilibre rĂ©el eut rendu la guerre presque impossible[435] ». Il thĂ©orise Ă©galement la non-intervention[N 34] (« la vĂ©ritable primatie
 est d'ĂȘtre maĂźtre chez soi et de n'avoir jamais la ridicule prĂ©tention de l'ĂȘtre chez les autres[437] »). Cet Ă©tat de fait doit ĂȘtre associĂ© Ă  un « droit public[438] » qui Ă©volue avec les traitĂ©s et l'Ă©tat des forces Ă©conomiques. Pour Charles Zorgbibe, cette vision est inspirĂ©e de Gabriel Bonnot de Mably, et, Ă  travers lui, de FĂ©nelon[439].

La mise en Ɠuvre de ces principes, sous NapolĂ©on, est difficile[440]. Il aide ce dernier, en bon courtisan, en allant Ă  leur encontre pendant plusieurs annĂ©es, pensant convaincre en flattant[441]. AprĂšs Austerlitz, il sent que NapolĂ©on prĂ©fĂšre soumettre que faire alliance, en dĂ©pit de ses tentatives vis-Ă -vis d'une Angleterre pourtant toujours conciliante (elle l'Ă©tait dĂ©jĂ  sous le Directoire[442]). Il dĂ©missionne[443], alors que NapolĂ©on applique l'inverse de ses idĂ©es : dĂ©sĂ©quilibre entre l'Autriche et la Prusse, humiliation de ces derniĂšres, rapprochement avec la Russie, hostilitĂ© envers l'Angleterre, le tout par la force de l'Ă©pĂ©e[144].

Bien que persĂ©vĂ©rant auprĂšs de NapolĂ©on[444], ce n'est qu'aprĂšs la Restauration qu'il peut mettre en pratique ses principes, en tout premier lieu durant les traitĂ©s de Paris et de Vienne. Cet Ă©quilibre europĂ©en qu'il prĂŽne en est le principe directeur[445]. L'alliance avec l'Angleterre, cette « alliance de deux monarchies libĂ©rales, fondĂ©e l'une et l'autre sur un choix national » (telle que dĂ©crite par de Broglie[446]), qui ouvre la voie Ă  l'Entente cordiale, est scellĂ©e durant son ambassade[447]. De mĂȘme, le principe de non-intervention, mĂȘme imposĂ© Ă  d'autres puissances, est inaugurĂ© Ă  l'occasion de la rĂ©volution belge[448]. À l'heure de sa retraite, Ă  la signature du traitĂ© de la Quadruple-Alliance qui en est l'aboutissement, Talleyrand fait le bilan de cette ambassade :

« Dans ces quatre annĂ©es, la paix gĂ©nĂ©rale maintenue a permis Ă  toutes nos relations de se simplifier : notre politique, d'isolĂ©e qu'elle Ă©tait, s'est mĂȘlĂ©e Ă  celle des autres nations ; elle a Ă©tĂ© acceptĂ©e, apprĂ©ciĂ©e, honorĂ©e par les honnĂȘtes gens et par les bons esprits de tous les pays. »

— Lettre de Talleyrand au ministre des Affaires Ă©trangĂšres, 13 novembre 1834[449]

Aspects privés

L'art de vivre

« Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre. »

— Talleyrand[450]

Talleyrand était réputé pour sa conversation, son esprit, son raffinement et la finesse de sa table[451], gardant toujours des maniÚres d'Ancien Régime[452]. Pour Germaine de Staël, « si sa conversation pouvait s'acheter, je m'y ruinerais »[453]. Pour parler de littérature, il reçoit notamment dans sa riche bibliothÚque[454], qu'il doit vendre plusieurs fois, par manque d'argent[455].

Pendant toute sa vie, Talleyrand aime l'opulence et le gros jeu (notamment le craps et le whist)[456], ce qui lui impose de disposer de revenus importants ; il lui arrive de se trouver Ă  court d'argent et de ne pas payer ses fournisseurs[457][458].

Avant de s'installer successivement Ă  l'hĂŽtel Matignon et Ă  l'hĂŽtel Saint-Florentin, il partage son temps entre son ministĂšre (pour les rĂ©ceptions officielles) et la rue d'Anjou (pour les intimes) oĂč il a installĂ© Catherine Grand[459]. Lui et ses nombreuses relations mondaines et intimes y jouent, dĂźnent Ă  la française[460], Ă©coutent parfois de la musique[461] et surtout conversent de tous les sujets, y compris de cuisine et de vins[462].

Il a la rĂ©putation d'avoir la meilleure cave et la meilleure table de Paris[463][464]. À l'hĂŽtel Saint-Florentin, la cuisine occupe tout un quartier, comprenant, outre un temps Marie-Antoine CarĂȘme[465] (« le roi des chefs et le chef des rois », qu'il rend cĂ©lĂšbre), quatre chefs, un rĂŽtisseur, un saucier, un pĂątissier, occupant dix Ă  vingt personnes suivant les moments[460]. Pendant quelques annĂ©es, il est aussi le propriĂ©taire du ChĂąteau Haut-Brion[466].

Talleyrand et les femmes

Gravure ronde en noir et blanc, présentant le haut du corps d'une femme en robe blanche décolletée, de trois-quarts et le visage tourné vers le spectateur, aux cheveux mi-longs et noirs.
Madame de Flahaut.

Être Ă©tudiant au sĂ©minaire n'empĂȘche pas Talleyrand de frĂ©quenter ostensiblement une actrice de la ComĂ©die-Française, DorothĂ©e Dorinville (DorothĂ©e Luzy pour la scĂšne)[467], avec qui il se promĂšne sous les fenĂȘtres du sĂ©minaire[468]. Cette relation dure « pendant deux annĂ©es, de dix-huit Ă  vingt ans[469] » :

« Ses parents l'avaient fait entrer malgrĂ© elle Ă  la comĂ©die ; j'Ă©tais malgrĂ© moi au sĂ©minaire. [
] GrĂące Ă  elle, je devins, mĂȘme pour le sĂ©minaire, plus aimable, ou du moins plus supportable. Les supĂ©rieurs avaient bien dĂ» avoir quelque soupçon [
] mais l'abbĂ© Couturier leur avait enseignĂ© l'art de fermer les yeux. »

— MĂ©moires de Talleyrand[470]

Les femmes prennent trÚs tÎt une grande importance dans la vie de Talleyrand, importance qui sera constante, intimement, socialement et politiquement jusqu'à sa mort[471]. Parmi ces femmes, il entretient toute sa vie une amitié teintée d'amour avec un « petit globe[472] » à qui il reste fidÚle. Ainsi, ses mémoires ne mentionnent l'avÚnement de Louis XVI que sous cet angle :

« C'est du sacre de Louis XVI que datent mes liaisons avec plusieurs femmes que leurs avantages dans des genres différents rendaient remarquables, et dont l'amitié n'a pas cessé un moment de jeter du charme dans ma vie. C'est de madame la duchesse de Luynes, de madame la duchesse de Fitz-James, et de madame la duchesse de Laval que je veux parler. »

— MĂ©moires de Talleyrand[473]

De 1783 à 1792, Talleyrand a pour maßtresse (entre autres) la comtesse Adélaïde de Flahaut, avec qui il vit presque maritalement et qui lui donne au grand jour un enfant en 1785, le fameux Charles de Flahaut[474].

Madame de StaĂ«l a une brĂšve aventure avec lui ; Talleyrand dira plus tard « qu’elle lui a fait toutes les avances[475] ». SollicitĂ©e des États-Unis par Talleyrand (qui scandalise la sociĂ©tĂ© de Philadelphie en se promenant au bras d'« une magnifique nĂ©gresse[476] ») pour l’aider Ă  rentrer en France, c’est elle qui obtient, grĂące Ă  Marie-Joseph ChĂ©nier, qu’il soit rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s, puis qui, en 1797, aprĂšs lui avoir prĂȘtĂ© 25 000 livres, le fait nommer par Barras ministre des Relations extĂ©rieures[N 35]. Lorsque Madame de StaĂ«l se brouille avec Bonaparte, qui l'exile, Talleyrand cesse de la voir et ne la soutient pas. Elle considĂ©rera toujours cette attitude comme une Ă©tonnante ingratitude[477].

Peinture aux tons chauds reprĂ©sentant une femme debout dans un intĂ©rieur luxueux et confortable : tentures grises, coussins verts et tapis rouge. En robe blanche trĂšs dĂ©colletĂ©e, dĂ©tendue, elle est accoudĂ©e Ă  une cheminĂ©e ornĂ©e de deux vases et regarde par une large ouverture au-dessus de celle-ci, d'oĂč provient la lumiĂšre. Au premier plan, Ă  gauche, un petit fauteuil sur lequel sont nĂ©gligemment posĂ©s des vĂȘtements.
Madame Grand, par François Gérard.

À son retour d'AmĂ©rique, Talleyrand demande en mariage AgnĂšs de Buffon, qui lui oppose un refus[478], ne pouvant se rĂ©soudre Ă  Ă©pouser un Ă©vĂȘque[479].

Quelques historiens, comme Jean Orieux, affirment qu'EugĂšne Delacroix est le fils de Talleyrand. Ils avancent que Talleyrand est l'amant de Victoire Delacroix, que Charles Delacroix (ministre dont il prend la place en 1797) souffre, jusque six ou sept mois avant la naissance, d'une tumeur aux testicules, qu'EugĂšne Delacroix offre une certaine ressemblance physique avec Talleyrand et que ce dernier le protĂšge durant sa carriĂšrep. 270_et_suivantes_:_«_Naissance_d'un_Ă©toile_»_515-0">[480]. Si Georges Lacour-Gayet estime « impossible » que Charles Delacroix soit son pĂšre et « possible » que Talleyrand le soit[481], et si Maurice SĂ©rullaz ne se prononce pas[482], une autre partie des biographes du peintre[483] et de ceux de Talleyrand[484] - [485] contestent cette thĂ©orie, affirmant que la relation n'a jamais eu lieu, et que la naissance, prĂ©maturĂ©e, intervient logiquement Ă  la suite de la guĂ©rison de Charles Delacroix. Enfin, leur principal argument est qu'il n'existe qu'une source sur cette paternitĂ©, les MĂ©moires de Madame Jaubert[486], ce qui fait dire Ă  Emmanuel de Waresquiel :

« Tous ceux qui ont aimĂ© Ă  forcer le trait de leur personnage, Ă  commencer par Jean Orieux, se sont laissĂ© tenter, sans se soucier du reste, ni surtout des sources ou plutĂŽt de l'absence de sources. Une fois pour toutes, Talleyrand n'est pas le pĂšre d'EugĂšne Delacroix. On ne prĂȘte qu'aux riches
 En juillet 1797, il est ministre de la RĂ©publique, ce qui n'est pas si mal. »

— Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile[487]

Durant les nĂ©gociations du concordat de 1801, pour lesquelles Talleyrand met de la mauvaise volontĂ©[488], Bonaparte souhaite que la situation de son ministre se normalise et qu'il quitte ou Ă©pouse sa maĂźtresse[489], l'ex-Mme Grand. Elle-mĂȘme, qui ne demande que cela, se plaint de sa situation auprĂšs de JosĂ©phine[490] — d'aprĂšs Lacour-Gayet, Talleyrand lui-mĂȘme le souhaite[491]. AprĂšs de vifs dĂ©saccords, le pape, dans un bref, permet Ă  Talleyrand de « porter l'habit des sĂ©culiers » mais lui fait rappeler qu'« aucun Ă©vĂȘque sacrĂ© n'a Ă©tĂ© dispensĂ©, jamais, pour se marier[N 36] ». Sur l'ordre de Bonaparte, le Conseil d'État interprĂšte Ă  sa façon ce bref papal et rend Talleyrand Ă  la « vie sĂ©culiĂšre et laĂŻque » le [N 37]. Le , il se marie donc Ă  l'hospice des Incurables, rue de Verneuil Ă  Paris, avec Catherine NoĂ«l Worlee, qu'il connaĂźt depuis trois ans. Les tĂ©moins sont Pierre-Louis Roederer, Étienne Eustache Bruix, Pierre Riel de Beurnonville, Maximilien Radix de Sainte-Foix et Karl Heinrich Otto de Nassau-Siegen. Le contrat est signĂ© par Bonaparte et JosĂ©phine, les deux autres consuls, les deux frĂšres de Talleyrand et par Hugues-Bernard Maret. MalgrĂ© un mensonge de Catherine Worlee sur son veuvage, un discret mariage religieux aurait eu lieu le lendemain[493] Ă  l'Ă©glise d'Épinay-sur-Seine[494]. De Catherine, Talleyrand a sans doute une fille, Charlotte, nĂ©e vers 1799 et dĂ©clarĂ©e de pĂšre inconnu, dont il devient judiciairement le tuteur en 1807 et qu'il marie en 1815 au baron Alexandre-Daniel de Talleyrand-PĂ©rigord, son cousin germain[262]. Ayant dĂ©missionnĂ© de la prĂ©sidence du Conseil, et quoique sĂ©parĂ© depuis longtemps de Catherine, Talleyrand signe le , « sous le sceau de l'honneur », une convention de sĂ©paration amiable[495].

Peinture aux tons froids reprĂ©sentant une femme debout dans un dĂ©cor aux allures de palais : on distingue, derriĂšre un lourd rideau bleu clair Ă  franges d'or, une architecture austĂšre et une lumiĂšre d'hiver. Debout sur un dallage marquetĂ©, la femme se tient trĂšs droite. Elle est vĂȘtue d'une robe blanche Ă  petits motifs brodĂ©s en argent, et aux Ă©paules bouffantes, lĂ©gĂšrement dĂ©colletĂ©e et d'une grand cape tombante, bleu vif Ă  broderies d'or. Le visage paisible et le sourire dĂ©tendu, elle porte un grand chignon noir et un collier sous son long cou.
Dorothée de Courlande, duchesse de Dino.

En 1808, durant l'entrevue d'Erfurt, si Napoléon ne parvient pas à séduire le tsar, Talleyrand obtient de ce dernier le mariage de son neveu Edmond de Talleyrand-Périgord avec Dorothée de Courlande, ùgée de 15 ans, « un des meilleurs partis d'Europe[496] ». Sa mÚre, la duchesse de Courlande, s'installe à Paris et devient l'une des intimes et la maßtresse de Talleyrand, rejoignant le « petit globe » de ses amies.

Au congrÚs de Vienne, Dorothée de Périgord a 21 ans et voit sa vie transformée (« Vienne. Toute ma vie est dans ce mot. ») : elle brille dans le monde par son intelligence et son charme. Faite duchesse de Dino, elle prend définitivement place aux cÎtés de son oncle par alliance, devenant probablement sa maßtresse peu aprÚs[497] (sans qu'il cesse d'avoir de tendres rapports avec sa mÚre[498]) ; outre les enfants de son mariage, sa fille Pauline est vraisemblablement de Talleyrand[499]. Malgré ses amants, elle vit avec ce dernier à l'hÎtel Saint-Florentin, à Londres ou à Valençay jusqu'à sa mort, soit durant vingt-trois ans. Dépositaire par testament de ses papiers, elle devient pendant vingt ans la « gardien[ne] de l'orthodoxie » de la mémoire (et des Mémoires) de Talleyrand[500].

Ouvrages

  • Rapport sur l'instruction publique, fait au nom du ComitĂ© de constitution Ă  l'AssemblĂ©e Nationale, les 10, 11 et 19 septembre 1791, Paris, Imprimeries de Baudouin, (lire en ligne)
  • Essai sur les avantages Ă  retirer des colonies nouvelles
  • MĂ©moire sur les relations commerciales des États-Unis avec l'Angleterre
  • MĂ©moires ou opinion sur les affaires de mon temps (4 tomes) (ISBN 2743301708) (Imprimerie nationale française) :
    • Tome 1 (1754 - 1807) La RĂ©volution (ISBN 2849091103)
    • Tome 2 (1807 - 1814) L'Empire (ISBN 2849091111)
    • Tome 3 (1814 - 1815) Le congrĂšs de Vienne (ISBN 2849091243)
    • Tome 4 (1815) La Restauration (ISBN 2849091472)

En 2007, est parue une compilation d'écrits de Talleyrand, présentée par Emmanuel de Waresquiel (voir bibliographie), contenant les mémoires, mais aussi les lettres de Talleyrand à la duchesse de Bauffremont :

  • Charles-Maurice de Talleyrand (prĂ©f. Emmanuel de Waresquiel), MĂ©moires et correspondances du prince de Talleyrand, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1577 p. (ISBN 2221105087 et 978-2221105085).

Solennités

DĂ©corations

Décorations reçues par Talleyrand, chùteau de Valençay

Généalogie

Armoiries

Figure Blasonnement
ÉvĂȘque d'Autun

De gueules à trois lionceaux d'or armés, lampassés et couronnés d'azur (de Talleyrand-Périgord). Devise : RE QUE DIOU[504].

Sous l'Empire
Sous l'Empire
Prince de BĂ©nĂ©vent et de l'Empire (), grand chambellan de l'Empereur (), Prince-Vice-Grand-Électeur (1807), SĂ©nateur (), Grand aigle de la LĂ©gion d'honneur (13 pluviĂŽse an XIII (), membre du grand-conseil de l'Ordre), Grand collier de la LĂ©gion d'honneur, grand-commandeur des Ordres de la Couronne de Saxe et de Westphalie, chevalier des Ordres de S. A. R. le grand-duc de Hesse, de Saint-Joseph (Grand-duchĂ© de Wurtzbourg),

Parti : au I de gueules aux trois lionceaux d'or armés, lampassés et couronnés d'azur (Talleyrand-Périgord) ; au II d'or au sanglier passant de sable chargé sur le dos d'une housse d'argent (Bénévent) ; au chef des Princes souverains d'Empire brochant sur la partition.[505] - [504] - [506] - [507]

Duc et pair de la Restauration
Duc et pair de la Restauration
Prince de Talleyrand (le roi Ă©tant Ă  Paris, il signa le brevet qui accorda Ă  Talleyrand le titre de prince le ), duc (royaume des Deux-Siciles, ), confirmĂ© comme duc de Dino par lettres patentes du , titre immĂ©diatement transmissible Ă  son neveu)[508], pair de France (, duc et pair le , lettres patentes du , avec majorat du , prĂȘte serment Ă  Louis-Philippe Ier[N 38]), grand chambellan de France (), chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit (), chevalier de la Toison d'or (par le roi d'Espagne Ferdinand VII, 1814), chevalier de LĂ©opold d'Autriche, du Lion et du Soleil de Perse, de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge de Prusse, de Saint-AndrĂ© de Russie, etc.

Dans les arts

Il existe plusieurs portraits de Talleyrand. Il est également représenté dans des scÚnes de groupe.

Une adaptation de Sacha Guitry le met en scĂšne dans Le Diable boiteux.

La piĂšce de thĂ©Ăątre Le Souper, de Jean-Claude Brisville, relate un souper entre Joseph FouchĂ© et Talleyrand, la veille du retour de Louis XVIII sur le trĂŽne. L'intĂ©rĂȘt de cette Ɠuvre qui mĂ©lange des Ă©lĂ©ments datant de 1814 et d'autres de 1815 n'est donc pas dans l'historicitĂ© mais dans la confrontation des deux personnages (Ă  noter que le FouchĂ© de la piĂšce n'est pas non plus le personnage historique, FouchĂ© n'Ă©tant ni un homme sans Ă©ducation ni issu d'un milieu populaire).

Cette piĂšce Ă  succĂšs (critique et public) a Ă©tĂ© adaptĂ©e au cinĂ©ma en 1992 par Édouard Molinaro, avec les deux mĂȘmes interprĂštes : Claude Rich dans le rĂŽle de Talleyrand, rĂŽle pour lequel il obtint le CĂ©sar du meilleur acteur en 1993, et Claude Brasseur dans celui de FouchĂ©.

Cinéma

Sacha Guitry met plusieurs fois en scĂšne Talleyrand dans ses films, le jouant mĂȘme deux fois, confiant aussi le rĂŽle Ă  Jean PĂ©rier, qui rĂ©cidive dans le mĂȘme rĂŽle deux ans plus tard. Parmi les acteurs ayant jouĂ© son personnage, on trouve aussi Anthony Perkins, StĂ©phane Freiss, Claude Rich ou John Malkovich[509] - [510].

Documentaire

En 2012, un documentaire-fiction, intitulé Talleyrand, le diable boiteux, lui est consacré dans le cadre de l'émission Secrets d'Histoire, présentée par Stéphane Bern[511].

Théùtre

Bandes dessinées

  • Damien Perez et Alexis Alexandre : L'ordre du chaos, tome 5 « Talleyrand », Delcourt 2015 (ISBN 9782756023618)
  • Marie Bardiaux-VaĂŻente et Andrea Meloni, d'aprĂšs Emmanuel de Waresquiel : Talleyrand, GlĂ©nat/Fayard 2021 (ISBN 234404454X)

Voir aussi

Bibliographie

Biographies de référence :

  • Georges Lacour-Gayet (prĂ©f. François Furet), Talleyrand, Payot, (1re Ă©d. 1930) (ISBN 2228882968). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, (ISBN 2213613265). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
    Voir aussi Emmanuel de Waresquiel : face-à-face avec Talleyrand [interview], propos recueillis par I. Delage, sept. 2003 (texte en ligne) ; Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile [conférence], sur canalc2.tv (6e édition des Rendez-vous de l'Histoire de Blois) (vidéo en ligne).

Autres biographies :

  • (de) Franz Blei (trad. RenĂ© Lobstein), Talleyrand : homme d'État [« Talleyrand oder der Zynismus »], Payot, (1re Ă©d. 1932). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (en) Duff Cooper (trad. Daniel B. Roche), Talleyrand : Un seul maĂźtre : la France, Alvik Éditions, (1re Ă©d. 1932) (ISBN 2914833016)
  • Louis Madelin, Talleyrand, Paris, Tallandier, (1re Ă©d. 1944)
  • Paul LĂ©on, MĂ©moire du prince de Talleyrand : et ce qu'il n'a pas dit, Paris, H. Javal (7 vol.), 1953-1955
  • Jean Orieux, Talleyrand : Le sphinx incompris, Flammarion, (1re Ă©d. 1970) (ISBN 2080604767). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • AndrĂ© Beau (prĂ©f. Michel Poniatowski), Talleyrand : Chronique indiscrĂšte de la vie d'un prince, Royer, coll. « Saga », (ISBN 2908670046)
  • AndrĂ© Castelot, Talleyrand ou le cynisme, Perrin, (ISBN 2262022909)
  • AndrĂ© Beau, Talleyrand : L'ApogĂ©e du sphinx, Royer,
  • Michel de Decker, Talleyrand : Les BeautĂ©s du Diable, Belfond, coll. « La vie amoureuse », (ISBN 978-2714438805)
  • Georges Bordonove, Talleyrand : Prince des diplomates, Pygmalion, (ISBN 978-2756401201)
  • Jean Tulard, Talleyrand : la douceur de vivre, Sem, (ISBN 978-2357640177) ; BibliothĂšque des Introuvables, Paris, 2011 (ISBN 978-2-84575-343-3)
  • David Lawday, Talleyrand : Le maĂźtre de NapolĂ©on [« Napoleon's Master »], Albin Michel, coll. « A.M. Histoire », (ISBN 978-2226316578)

Autres ouvrages sur Talleyrand :

  • Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, , chap. M (« de Talleyrand »). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Paul Lesourd, L'Ăąme de Talleyrand, Paris, Flammarion,
  • Olivier de Brabois, Talleyrand Ă  Autun, A Contrario, coll. « Un homme, un lieu », (ISBN 2-7534-0016-4)
  • Emmanuel de Waresquiel (dir.), Talleyrand ou le miroir trompeur : catalogue de l'exposition, Somogy, (ISBN 2-85056-906-2). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Charles Zorgbibe, Talleyrand et l'invention de la diplomatie française, Éditions du Fallois, (ISBN 978-2-87706-784-3). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand : derniĂšres nouvelles du Diable, CNRS Ă©ditions, (ISBN 978-2-271-07237-5). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

Autres ouvrages :

  • AndrĂ© Castelot, NapolĂ©on, Librairie acadĂ©mique Perrin, , 258 p.
  • Achille de Vaulabelle, Chute de l'Empire - Histoire des deux Restaurations jusqu'Ă  la chute de Charles X, Paris, Perrotin,
  • François Furet et Denis Richet, La RĂ©volution Française, Hachette, coll. « Pluriel », (1re Ă©d. 1963) (ISBN 978-2-01-278950-0). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Yvert BenoĂźt (dir.), Premiers ministres et prĂ©sidents du Conseil : Histoire et dictionnaire raisonnĂ© des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Perrin,
  • (en) Mary Wollstonecraft, The Vindications : The Rights of Men and The Rights of Woman, Toronto, Broadview Literary Texts, (ISBN 1-55111-088-1)
  • (en) Gary Kelly, Revolutionary Feminism : The Mind and Career of Mary Wollstonecraft, New York, St. Martin's, (ISBN 0-312-12904-1)
  • (en) Virginia Sapiro, A Vindication of Political Virtue : The Political Theory of Mary Wollstonecraft, Chicago, University of Chicago Press, (ISBN 0-226-73491-9)
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

Quelques papiers personnels de Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord sont conservĂ©s aux Archives nationales françaises sous la cote 215AP[512], tout comme la correspondance et les rapports des ministres des Relations extĂ©rieures (dont Talleyrand, 1799-1807) au SecrĂ©taire d’État sous NapolĂ©on Ier[513] et les archives du Gouvernement provisoire et de la PremiĂšre Restauration (1814-1815)[514].

Un ensemble de 1 500 « volumes, lettres, autographes, manuscrits, mĂ©dailles, gravures et affiches » relatifs Ă  Talleyrand rĂ©unis par un collectionneur sur 36 mĂštres de sa bibliothĂšque, est vendu Ă  l'hĂŽtel des ventes de VendĂŽme le [515].

Articles connexes

Liens externes

Bases de données et dictionnaires

Notes et références

Notes

  1. [talʁɑ̃] ou [talɛʁɑ̃]. Voir Jean-Marie Pierret, PhonĂ©tique historique du français et notions de phonĂ©tique gĂ©nĂ©rale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 104.
  2. Au couronnement de Louis XVI, son pÚre a le premier rÎle ; à celui de Napoléon Ier, il exerce la fonction de grand chambellan, comme on le voit sur le tableau du sacre, de David, et enfin à celui de Charles X, il est de nouveau grand chambellan. Louis XVIII et Louis-Philippe Ier n'ayant pas été couronnés.
  3. D'aprĂšs le titre d'un roman de Lesage, Le Diable boiteux.
  4. D'aprĂšs l'ensemble des biographies consultĂ©es. Pour sa part, François-Auguste Mignet affirme qu'il est nĂ© le 13 fĂ©vrier 1754 (Auguste Marcade, Talleyrand: prĂȘtre et Ă©vĂȘque, Paris, 1883, [lire en ligne], p. 9.
  5. L'un avec Sabine Olivier de SĂ©nozan (1764-1794), l'autre en 1801 avec Charlotte de Beauffin de Puisigneux
  6. Alors Ă©vĂȘque coadjuteur, donc promis Ă  la succession.
  7. Il s'agit de l'ancienne forme du diplÎme (cf. Dictionnaire de l'Académie française, 1re édition de 1694, p. 75).
  8. Quaenam est scientia quam custodient labea sacerdotis : « Quelle est la science que doivent garder les lĂšvres du prĂȘtre ».
  9. Georges Lacour-Gayet raconte que ce M. Mannay sera hébergé plus tard, sur la fin de ses jours, à Valençay.
  10. Comme il n'a eu l'occasion de cĂ©lĂ©brer la messe qu'une poignĂ©e de fois (dont sa premiĂšre en tant que prĂȘtre et sa premiĂšre en tant qu'Ă©vĂȘque), Mirabeau, qui a suivi la messe du temps oĂč il Ă©tait en prison, le guide dans ses rĂ©pĂ©titions.
  11. Le mot est maintes fois citĂ©, adressĂ© d'ailleurs suivant les sources Ă  des personnes diffĂ©rentes. L'EncyclopĂ©die Larousse Ă©voque par exemple de l'abbĂ© Louis, diacre Ă  cette cĂ©rĂ©monie et d'une piĂ©tĂ© aussi douteuse. Dans Monsieur de Talleyrand, publiĂ© Ă  Paris par la Librairie Lecointe et Pougin en 1835, alors que l'ancien Ă©vĂȘque d'Autun Ă©tait encore en vie, Charles Maxime Catherinet de Villemarest Ă©crit : « Nous bornerons donc Ă  raconter la part que prit l'Ă©vĂȘque d'Autun Ă  cette cĂ©rĂ©monie imposante pour les spectateurs, mais qui peut-ĂȘtre parut ridicule Ă  ceux qui en furent les acteurs. On sait qu'au moment oĂč il se rendit Ă  l'autel pour y cĂ©lĂ©brer la messe, l'Ă©vĂȘque ayant aperçu le commandant de la garde nationale, M. de Lafayette, placĂ© prĂšs de lui, lui dit tout bas : « Ah ça ! je vous en prie, ne me faites pas rire. »
  12. Les Ă©vĂȘchĂ©s avaient Ă©tĂ© redessinĂ©s en suivant les dĂ©partements ; la plupart des Ă©vĂȘques ayant refusĂ© la constitution civile, leur poste Ă©tait rĂ©putĂ© vacant.
  13. Robespierre a fait voter une disposition interdisant aux députés de 1789 de se faire réélire comme députés de l'assemblée de 1791[68].
  14. La correspondance entre Mme de StaĂ«l et Talleyrand a Ă©tĂ© publiĂ©e par M. de Broglie en mĂȘme temps que les mĂ©moires de Talleyrand.
  15. D'aprĂšs Stendhal[99].
  16. Un doute subsiste quant Ă  l'implication du cabinet anglais, inquiet de ce renversement d'alliance, dans l'assassinat de Paul Ier.
  17. Dans les MĂ©moires de Barras[131].
  18. Le lieu, la date et l'identitĂ© de celui qui la prononce sont incertainsp. 400_189-0">[172].
  19. Charles-Maxime Villemarest, Monsieur de Talleyrand, IV p. 335[215].
  20. Voir aussi la note de Waresquiel : Talleyrand, partisan de l'abolition, aménage cependant celle-ci pour ne pas heurter le lobby colonial.
  21. Dans ses mémoires, Talleyrand joint de nombreuses lettres entre Louis XVIII et lui, qui donnent de précieux détails sur les négociations.
  22. Mignet, Chateaubriand, Sorel, Madelin, Lacour-Gayet, Orieux le lui reprochent, Thiers, de Broglie, Waresquiel le défendent.
  23. Talleyrand le 28 juillet : « Écoutez le tocsin ! Nous triomphons. » - « Nous ? lui demanda quelqu'un, qui, nous ? - Chut ! Pas un mot, je vous le dirai demain. », Colmache, Revelations of the life of prince Talleyrand, p. 37[286].
  24. PrononcĂ©e par le Conseil des ministres du , cette nomination suscite la polĂ©mique. Le jeune duc d'OrlĂ©ans, qui professe des opinions libĂ©rales avancĂ©es, s'y oppose et Victor Hugo dĂ©plore qu'on n'ait pas choisi La Fayette car, selon lui, on aurait « dĂ©telĂ© [sa] voiture de Douvres Ă  Londres avec douze cent mille Anglais en cortĂšge » et « Wellington eĂ»t Ă©tĂ© paralysĂ© devant La Fayette. Qu'avons-nous fait ? Nous avons envoyĂ© Talleyrand. Le vice et l'impopularitĂ© en personne, avec cocarde tricolore. Comme si la cocarde couvrait le front [
] À toutes les cicatrices que nos divers rĂ©gimes ont laissĂ©es Ă  la France, on trouve sur Talleyrand une tache correspondante. »
  25. Dans Honoré de Balzac, Le PÚre Goriot[308].
  26. Par exemple : « [
] Laissez-moi maudire cet ennemi du genre humain, qui n'a possĂ©dĂ© le monde que pour larronner une fortune, satisfaire ses vices et imposer Ă  ses dupes dĂ©pouillĂ©es l'avilissante estime de ses talents iniques. Les bienfaiteurs de l'humanitĂ© meurent dans l'exil ou sur la croix. Et toi, tu mourras lentement et Ă  regret dans ton nid, vieux vautour chauve et repu
 [
] » George Sand, « Le Prince », Revue des deux Mondes du 15 octobre 1834 Lire sur Wikisource.
  27. On devait en pareil cas l'oindre sur le revers des mains et non sur les paumes, puisque celles-ci sont ointes avec l'huile des catĂ©chumĂšnes lors de l'ordination sacerdotale — on parle de la forme tridentine du rite romain en vigueur avant le concile Vatican II — et avec le saint chrĂȘme lors du sacre Ă©piscopale, cf. (la) Rituale Romanum Pauli V Pontificis Maximi jussu editum et a Benedicto XIV auctum et castigatum, , tit. De sacramento extremae unctionis.
  28. Dans Conversations avec Goethe, 1826[347].
  29. On trouve ainsi des « rue Talleyrand » Ă  Reims et PĂ©rigueux, mais aussi Ă  Paris, Ă  proximitĂ© de l'hĂŽtel des Invalides oĂč se trouve le tombeau de NapolĂ©on Bonaparte ; c'est dans cette rue de Talleyrand que se trouve l'ambassade de Pologne. Aux États-Unis, un quartier de Jacksonville est nommĂ© d'aprĂšs lui, ainsi que par extension un terminal maritime (Talleyrand Marine Terminal) et une gare (Talleyrand Terminal Railroad (en)).
  30. Portrait du duc de Choiseul par Talleyrand[351] - Talleyrand ajoute aprĂšs cette digression : « je m'arrĂȘte ici, Ă©tonnĂ© de n'avoir su rĂ©sister Ă  l'attrait des aperçus gĂ©nĂ©raux ».
  31. Dans les MĂ©moires de Benjamin Constant, tome II[359].
  32. D'aprĂšs le Rapport sur l'instruction publique de Talleyrand[370].
  33. Lors d'une sĂ©ance de travail, Bonaparte donne Ă  Talleyrand, en fait dĂ©jĂ  informĂ©, le nom d'Antoine François AndrĂ©ossy, nommĂ© ambassadeur Ă  Londres : « j'enverrai AndrĂ©ossy — Vous voulez nommer AndrĂ© aussi ? Quel est donc cet AndrĂ© ? — Je ne vous parle pas d'un AndrĂ©, je vous parle d'AndrĂ©ossy. Pardieu, AndrĂ©ossy ! GĂ©nĂ©ral d'artillerie. — AndrĂ©ossy ! Ah ! oui, c'est vrai. Je n'y pensais pas. Je cherchais dans la diplomatie et ne l'y trouvais pas. C'est vrai, oui, oui, c'est vrai : il est dans l'artillerie. »
  34. Alors qu'on lui en demande le sens, il rĂ©pond : « C'est un mot mĂ©taphysique et politique qui signifie Ă  peu prĂšs la mĂȘme chose qu'intervention[436]. »
  35. En retour, Talleyrand veut prendre Benjamin Constant, le nouvel amant de Mme de StaĂ«l, comme secrĂ©taire (mais sa qualitĂ© d’étranger constitue un obstacle) et obtient la dĂ©signation du baron de StaĂ«l comme ambassadeur extraordinaire de son pays, la SuĂšde, auprĂšs de la RĂ©publique française.
  36. Dans le Bref du 29 juin 1802 ; voir les mémoires, p. 238[492].
  37. Dans Le Moniteur du 2 fructidor an X[478].
  38. Lors de sa prestation de serment, il aurait dit Ă  Louis-Philippe :
    « Sire, c'est le treiziÚme ; j'espÚre que ce sera le dernier. »
    Source : Charles Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord sur thierry.pouliquen.free.fr.

Références

  1. Edmond de Goncourt, Catalogue raisonnĂ© de l'Ɠuvre peint, dessinĂ© et gravĂ© de P. P. Prud'hon, Paris, 1876, p. 37, rĂ©f. 14, [lire en ligne] ; repr. GenĂšve, Paris, 1986 (ƒuvres complĂštes, t. 6) (ISBN 2-05-100708-X) : « propriĂ©tĂ© du duc de Valençay ». Voir aussi Divers documents relatifs Ă  Talleyrand.
  2. Edmond de Goncourt, Catalogue raisonnĂ© de l'Ɠuvre peint, dessinĂ© et gravĂ© de P. P. Prud'hon, Paris, 1876, p. 37, rĂ©f. 14, [lire en ligne] ; repr. GenĂšve, Paris, 1986 (ƒuvres complĂštes, t. 6) (ISBN 2-05-100708-X) : « propriĂ©tĂ© du duc de Valençay ». Voir aussi Divers documents relatifs Ă  Talleyrand.
  3. Waresquiel 2003, p. 26.
  4. Waresquiel 2003, p. 31.
  5. Voir ancĂȘtres de Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord sur la base de Roglo.
  6. Lacour-Gayet 1990, p. 15.
  7. Auguste Marcade, Talleyrand prĂȘtre et Ă©vĂȘque, 1883, [lire en ligne], p. 7-8.
  8. Blei 1932, p. 7.
  9. Talleyrand, MĂ©moires, p. 123.
  10. Orieux 1970, p. 79.
  11. Waresquiel 2003, p. 34.
  12. Lacour-Gayet 1990, p. 18-31.
  13. Waresquiel 2003, p. 40.
  14. Waresquiel 2003, p. 46-47.
  15. Waresquiel 2003, p. 44.
  16. Lacour-Gayet 1990, p. 21.
  17. Blei 1932, p. 8.
  18. Lacour-Gayet 1990, p. 32.
  19. Lacour-Gayet 1990, p. 39-40.
  20. Lacour-Gayet 1990, p. 40.
  21. Lacour-Gayet 1990, p. 40-41.
  22. Waresquiel 2003, p. 56-57.
  23. Lacour-Gayet 1990, p. 43-44.
  24. Lacour-Gayet 1990, p. 47.
  25. Lacour-Gayet 1990, p. 49.
  26. Blei 1932, p. 15.
  27. Lacour-Gayet 1990, p. 54.
  28. Waresquiel 2003, p. 66.
  29. Lacour-Gayet 1990, p. 54-55.
  30. chap. 10-39" class="mw-reference-text">Waresquiel 2003, chap. 10.
  31. chap. 15-40" class="mw-reference-text">Waresquiel 2003, chap. 15.
  32. Lacour-Gayet 1990, p. 67.
  33. Orieux 1970, p. 121-124.
  34. Talleyrand, MĂ©moires, p. 141-143.
  35. Orieux 1970, p. 102-103.
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  38. Lacour-Gayet 1990, p. 90.
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  46. Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord, MĂ©moires du prince de Talleyrand, Volume 1, Courbevoie, Durante, , 650 p. (ISBN 9782912400031), p. 124.
  47. Lacour-Gayet 1990, p. 121.
  48. Lacour-Gayet 1990, p. 123.
  49. Lacour-Gayet 1990, p. 124.
  50. Le texte complet sur PoliText.
  51. Lacour-Gayet 1990, p. 126.
  52. Lacour-Gayet 1990, p. 127.
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  99. Lacour-Gayet 1990, p. 244-245.
  100. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, « M. de Talleyrand » (1870) Encyclopédie de l'Agora.
  101. Correspondance inédite et officielle de Napoléon Bonaparte avec le Directoire, les ministres, etc., 1819, 7 volumes, in 8°, cité par le duc de Broglie, éditeur des mémoires de Talleyrand.
  102. Lacour-Gayet 1990, p. 253.
  103. Furet et Richet 1973, p. 490.
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  108. Waresquiel 2003, p. 243.
  109. Lacour-Gayet 1990, p. 293.
  110. Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord (RĂ©dacteur : Georges Pallain), Correspondance Diplomatique de Talleyrand: Le MinistĂšre de Talleyrand Sous Le Directoire, Paris, E. Plon, Nourrit et cie, , 465 p. (lire en ligne), p. 448.
  111. Lacour-Gayet 1990, p. 294-297.
  112. Lacour-Gayet 1990, p. 349.
  113. Waresquiel 2003, p. 257.
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  115. Lacour-Gayet 1990, p. 342.
  116. Lacour-Gayet 1990, p. 353.
  117. Lacour-Gayet 1990, p. 360.
  118. Orieux 1970, p. 363.
  119. Lacour-Gayet 1990, p. 381-383.
  120. p. XII-135" class="mw-reference-text">Lacour-Gayet 1990, prĂ©face, p. XII.
  121. Lacour-Gayet 1990, p. 435.
  122. Talleyrand, MĂ©moires, p. 234.
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  132. Mémoires d'Outre-tombe, livre 16, chapitre 7 (voir aussi les précédents) Gallica.
  133. chapitre_XVII,_«_déportations_et_exécutions_»-150" class="mw-reference-text">Blei 1932, chapitre XVII, « déportations et exécutions ».
  134. Lacour-Gayet 1990, p. 787.
  135. Talleyrand, MĂ©moires, p. 1334-1349.
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  140. Lacour-Gayet 1990, p. 548-550.
  141. Blei 1932, p. 129-130.
  142. Orieux 1970, p. 434.
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  145. Lacour-Gayet 1990, p. 558-559.
  146. Talleyrand, MĂ©moires, p. 249.
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