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Iran

L’Iran (en persan : Ű§ÙŠŰ±Ű§Ù†, IrĂąn), en forme longue la rĂ©publique islamique d'Iran (en persan : ŰŹÙ…Ù‡ÙˆŰ±ÛŒ Ű§ŰłÙ„Ű§Ù…ÛŒ Ű§ÙŠŰ±Ű§ï»„, Jomhuriye EslĂąmiye IrĂąn ou JEI), est un pays d'Asie de l'Ouest, historiquement appelĂ© la Perse[7]. BordĂ© au nord par la mer Caspienne, au sud-est par le golfe d'Oman et au sud par le golfe Persique, l'Iran partage des frontiĂšres avec le TurkmĂ©nistan au nord-est, l'Afghanistan Ă  l'est, le Pakistan au sud-est, l'Irak Ă  l'ouest, la Turquie, l'ArmĂ©nie et l'AzerbaĂŻdjan au nord-ouest. Le pays a une superficie de 1 648 195 km2.

RĂ©publique islamique d'Iran

(fa) ŰŹÙ…Ù‡ÙˆŰ±ÛŒ Ű§ŰłÙ„Ű§Ù…ÛŒ Ű§ÙŠŰ±Ű§Ù† / Jomhuriye EslĂąmiye IrĂąn

Devise en persan : ۧ۳ŰȘÙ‚Ù„Ű§Ù„ŰŒ ŰąŰČŰ§ŰŻÛŒŰŒ ŰŹÙ…Ù‡ÙˆŰ±ÛŒ Ű§ŰłÙ„Ű§Ù…ÛŒ (EsteqlĂąl, ÂzĂądi, Jomhuriye EslĂąmi, « IndĂ©pendance, LibertĂ©, RĂ©publique islamique[1] »)
Hymne en persan : ŰłŰ±ÙˆŰŻ ملی ŰŹÙ…Ù‡ÙˆŰ±ÛŒ Ű§ŰłÙ„Ű§Ù…ÛŒ Ű§ÛŒŰ±Ű§Ù† (Sorude Melliye Jomhuriye EslĂąmiye IrĂąn, « Hymne national de la RĂ©publique islamique d'Iran »)
FĂȘte nationale
· ÉvĂ©nement commĂ©morĂ©
Instauration de la République islamique et fin de la révolution iranienne ()
Description de l'image Iran (orthographic projection).svg.
Description de l'image Iran map.png.
GĂ©ographie
Plus grande ville Téhéran
Superficie totale 1 648 195 km2
(classé 18e)
Superficie en eau 0,7 %
Fuseau horaire UTC +3:30
Histoire
Entité précédente
RĂ©publique islamique
Actuelle constitution
Économie
PIB nominal (2017) en augmentation 427,7 milliards de $
+ 21,92 %[2]
PIB (PPA) (2017) en augmentation 1631 milliards de $
+ 9,50 %[2] (19e)
PIB nominal par hab. (2022) en augmentation 20 261,008 $
+ 20,71 %[3]
PIB (PPA) par hab. (2021) en augmentation 5 491 $
+ 8,42 %[3] (101e)
Taux de chĂŽmage (2022) 10,1 % de la pop. active
+ 3,64 %
Dette publique brute (2022) Nominale
33 586 697,966 milliards de IRR
+ 15,97 %
Relative
40,275 % du PIB
- 16,68 %
Monnaie Rial (IRR​)

L'Iran est un pays fortement diversifiĂ© tant sur le plan des grands ensembles naturels que de sa population et sa culture. Le relief de l'Iran est montagneux Ă  l'ouest et au nord — les sommets sont les plus hauts d'Eurasie Ă  l'ouest de l'Hindou Kouch-Himalaya — et Ă  l'est, le plateau iranien s'insĂ©rant entre les deux massifs et les plaines Ă©tant circonscrites aux cĂŽtes de la mer Caspienne et du golfe Persique. À la rencontre des plaques eurasiatique, arabique et indienne, le pays est sujet aux sĂ©ismes. Les aires Ă  l'ouest et au nord, plus humides et couvertes de steppes et de forĂȘts, rassemblent la plus grande partie de la population, les rĂ©gions de l'est et du sud Ă©tant semi-dĂ©sertiques ou dĂ©sertiques.

L'Iran est l'un des plus anciens berceaux civilisationnels du monde, ayant Ă©tĂ© habitĂ© par les Élamites dĂšs le IVe millĂ©naire av. J.-C.. UnifiĂ© par les MĂšdes, le territoire vint Ă  constituer l'un des plus vastes empires Ă  avoir jamais existĂ©, s'Ă©tendant de l'Est de l'Europe Ă  la vallĂ©e de l'Indus sous le rĂšgne des AchĂ©mĂ©nides, ainsi que le plus important foyer du monothĂ©isme zoroastrien pendant plus de mille ans. Conquis en 331 avant notre Ăšre par Alexandre le Grand et placĂ© sous la domination des rois sĂ©leucides, l'empire se rebella au siĂšcle suivant sous l'impulsion des Parthes. RĂ©gnant Ă  partir du IIIe siĂšcle de notre Ăšre, les Sassanides Ă©rigĂšrent l'Empire perse au rang de grande puissance de l'Asie de l'Ouest pendant plus de quatre cents ans[8]. La conquĂȘte arabo-musulmane au VIIe siĂšcle conduisit Ă  l'islamisation de l'Iran, dont les contributions aux arts, aux sciences et Ă  la philosophie au cours de l'Âge d'or de l'islam furent nombreuses. L'Iran fut gouvernĂ© au cours des deux siĂšcles qui suivirent par des dynasties locales puis par les Turcs seldjoukides puis les Ilkhans mongols. La dynastie sĂ©fĂ©vide unifie Ă  nouveau l'Iran au XVe siĂšcle et fait de l'islam chiite la religion officielle. AprĂšs avoir Ă©tĂ© une puissance majeure sous Nader Chah au XVIIIe siĂšcle, des rivalitĂ©s tribales crĂ©ent le dĂ©sordre qui permet l'Ă©mergence de la nouvelle dynastie Kadjar qui va unifier le pays par la violence et le sang. Cette dynastie stabilisera le pouvoir pendant 2 siĂšcles en rĂ©sistant avec force aux tentatives de colonisation des britanniques et des russes. Cependant l'Iran n'a pas les moyens de rĂ©sister face aux super-puissances et subit des pertes territoriales face Ă  l'Empire russe. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, la rĂ©volution constitutionnelle persane aboutit Ă  l'instauration d'un parlement.(pĂ©riode 1905-1911).L'Empire Perse devient l'empire d'Iran en 1935. Il est dirigĂ© par Reza Palavi. Le pays est gouvernĂ© de façon parlementaire ou autoritaire de façon fluctuante pendant cette pĂ©riode. Le gouvernement du Premier ministre Mohammad Mossadegh veut nationaliser le pĂ©trole au dĂ©but des annĂ©es 1950. En consĂ©quence, un coup d'État est opĂ©rĂ© par le Royaume-Uni et les États-Unis en 1953. La rĂ©volution islamique en 1979 aboutit Ă  l'Ă©tablissement de l'actuel rĂ©gime politique de l'Iran.

L'Iran compte 82 801 633 habitants[1]. La langue officielle est le persan et plusieurs minoritĂ©s parlant azĂ©ri, kurde, lori, guilaki, soureth, baloutchi, mazandarani, kachkaĂŻ et arabe[1] peuplent diffĂ©rentes villes des 31 provinces. La capitale est TĂ©hĂ©ran. Le calendrier officiel est le calendrier persan. L'Iran est la 28e puissance Ă©conomique mondiale selon le produit intĂ©rieur brut (PIB) nominal et la dix-huitiĂšme selon le PIB Ă  paritĂ© de pouvoir d'achat (2015). Le PIB par habitant s’élĂšve Ă  11 200 $US (2011)[1]. Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pĂ©trole (OPEP), c'est un important producteur de pĂ©trole Ă  l'Ă©chelle mondiale. Il dispose de la plus grande rĂ©serve de gaz naturel. La monnaie est le rial.

Toponymie

Le toponyme Iran, qui signifie « royaume des Aryens »[9], d'usage natif depuis l'Úre sassanide, est officiellement adopté le pour l'usage international[10]. Auparavant, le pays était connu en Occident sous le nom de Perse. Les noms « Perse » et « Iran » sont souvent utilisés indifféremment dans le contexte culturel, bien que le terme « Iran » demeure utilisé officiellement dans le contexte politique[11].

Le mot Iran a une racine aussi ancienne que les langues indo-europĂ©ennes. Aussi bien mythologiquement qu'historiquement, c'est la base d'un mot Ă  la fois complexe et commun, couvrant un espace Ă©tendu allant de l'Iran Ă  l’Écosse[12]. Pendant la dynastie des AchĂ©mĂ©nides (559 Ă  330 av. J.-C.), les Iraniens appelaient leurs territoires Parsa du nom de l'empire de Cyrus le Grand, de la tribu perse, qui se retrouve aujourd'hui sous la forme de Fars ou Pars, ville et province d’Iran. Cependant, la totalitĂ© de l’État Ă©tait alors appelĂ©e Aryanam. Ce mot est apparentĂ© au terme « Aryen », qui signifie noble[13]. À l’époque parthe (248 av. J.-C. Ă  224 ap. J.-C.), Aryanam a Ă©tĂ© modifiĂ© en Aryan pour Ă©voluer vers Iranchahr et Iran Ă  l’époque sassanide. Les Grecs appelaient les Perses du nom de MĂšdes, les confondant avec un peuple que les Perses avaient soumis auparavant. Ils utilisaient les termes Aryana et Persis pour dĂ©signer la rĂ©gion aujourd’hui connue comme le plateau Iranien[14]. Le terme Persis est passĂ© au latin pour devenir Persia, puis en français Perse, terme encore utilisĂ© dans les pays occidentaux. Le , Reza Chah Pahlavi publie un dĂ©cret demandant Ă  toutes les relations Ă©trangĂšres du pays de le dĂ©signer sous le nom d'Iran dans leur correspondance officielle, sans que le terme Perse tombe dans l'inusitĂ©[14]. En 1959, le gouvernement annonce que les deux noms (Perse et Iran) peuvent ĂȘtre officiellement utilisĂ©s de maniĂšre interchangeable[7]. En 1979, la rĂ©volution iranienne proclame la « rĂ©publique islamique d’Iran », dĂ©signation officielle actuelle. Les termes Perse et Iran sont toujours largement utilisĂ©s.

GĂ©ographie

GĂ©ographie physique

Mont Damavand en hiver.
Carte physique de l’Iran.
 A beautiful picture of Khuzestan - Iran

L'Iran se situe un peu au nord du tropique du Cancer entre les parallĂšles 25° N et 40° N de latitude et entre les mĂ©ridiens 44° E et 63° E de longitude. L'Iran fait partie du fuseau horaire UTC+03:30 qui correspond Ă  peu prĂšs Ă  l'heure rĂ©elle Ă  TĂ©hĂ©ran. L'Iran est un pays montagneux et partiellement dĂ©sertique d'une superficie de 1 648 195 km2, dont 1 531 595 km2 terrestres et 116 600 km2 d'eaux intĂ©rieures[15]. Au nord-ouest, il a des frontiĂšres communes avec l’ArmĂ©nie (44 km), l’AzerbaĂŻdjan (689 km), au nord-est, il cumule 740 km de cĂŽtes sur la mer Caspienne, puis au nord-est il partage une frontiĂšre terrestre avec le TurkmĂ©nistan (1 148 km). À l’est, l'Iran est bornĂ© par l’Afghanistan (921 km) au nord et le Pakistan (959 km) au sud. Les frontiĂšres occidentales sont partagĂ©es avec la Turquie (534 km) au nord-ouest et l’Irak (1 599 km) au sud-ouest, finissant au Chatt-el-Arab. Le golfe Persique et le golfe d’Oman forment l’intĂ©gralitĂ© de sa limite mĂ©ridionale de 2 440 km. Cette situation sur les lignes maritimes des hydrocarbures est stratĂ©gique[15]. Au territoire continental s'ajoutent plusieurs Ăźles dans le golfe Persique, quelques-unes dans la mer Caspienne. L’Iran connaĂźt un contentieux avec les Émirats arabes unis depuis les annĂ©es 1970 portant sur les Ăźles Tunbs et Abou-Moussa, occupĂ©es militairement par l’Iran. La distance entre les extrĂȘmes en AzerbaĂŻdjan de l'Ouest au nord-ouest et au Sistan-et-Baloutchistan au sud-est est approximativement de 2 330 km[15].

Dacht-e-Lout.

Le relief iranien est dominĂ© par plusieurs chaĂźnes de montagnes qui sĂ©parent divers bassins et plateaux. Le sommet le plus haut de l’Iran, le mont Damavand, culmine Ă  5 610 m[16]. Plus haute montagne eurasiatique Ă  l'ouest de l'Hindou Kouch, il fait partie des monts Elbourz, qui surplombent la mer Caspienne au nord. Les monts Zagros coupent le pays du nord-ouest au sud-est, d'une altitude dĂ©passant les 3 000 m, avec au moins cinq sommets de plus de 4 000 m. Vers le sud du pays, l'altitude moyenne des sommets descend brusquement jusqu'en dessous de 1 500 m. L’Iran est situĂ© dans une zone sismique trĂšs instable et est rĂ©guliĂšrement touchĂ© par des tremblements de terre. Le paysage accidentĂ© de l'Iran a surgi de la derniĂšre grande collision tectonique des continents. En s'Ă©loignant de l'Afrique, le nord de la plaque arabique a heurtĂ© la plaque eurasiatique, il y a 25 ou 30 millions d'annĂ©es, peu aprĂšs la crĂ©ation de l'Himalaya lors de la poussĂ©e de la plaque indienne. L'impact a soulevĂ© pratiquement toutes les chaĂźnes de montagnes de l'Iran, ainsi que le plateau central, qui passe de 2 000 m d'altitude dans le Nord-Ouest Ă  moins de 500 m dans les bassins dĂ©sertiques de l'Est. La collision, toujours Ă  l'Ɠuvre, est responsable des nombreux tremblements de terre[17] - [18]. Le plateau Iranien, constituĂ© de plusieurs bassins fermĂ©s, est la zone situĂ©e entre les chaĂźnes de montagnes localisĂ©es Ă  l’est et Ă  l’ouest du pays. L'altitude moyenne de ce plateau est d'environ 900 m, mais plusieurs sommets surplombant le plateau s'Ă©lĂšvent Ă  plus de 3 000 m. La partie orientale du plateau est couverte par deux dĂ©serts salĂ©s, le Dacht-e Kavir et le Dacht-e Lout. La plaine du Khouzistan, au sud-ouest, est une extension de la plaine de MĂ©sopotamie d'une largeur moyenne de 160 km. Elle entre sur environ 120 km Ă  l'intĂ©rieur des terres avant de se heurter aux contreforts des monts Zagros. S'Ă©levant Ă  quelques mĂštres, elle est recouverte de marais. La plaine Caspienne, Ă  la fois plus longue et plus Ă©troite (640 km sur 50 km), s'insĂšre entre la mer Caspienne et les contreforts des monts Elbourz. Sur la cĂŽte du golfe Persique et du golfe d'Oman, la chaine des Zagros vient se terminer directement sur le littoral.

RiviĂšre Haraz.

Le rĂ©seau hydrographique compte peu de cours d'eau importants. Le Karoun (725 km), le plus long cours d'eau d'Iran et la seule voie navigable, est un affluent du Chatt-el-Arab, fleuve du bassin du golfe Persique. Le Sefid Roud (670 km) se jette dans la mer Caspienne. D'autres riviĂšres permanentes se jettent dans le golfe Persique, et plusieurs riviĂšres ayant leur source dans le nord-ouest des Zagros ou dans l'Elbourz font partie du bassin de la mer Caspienne. Sur le plateau iranien, de nombreuses riviĂšres intermittentes se jettent dans des lacs salĂ©s, qui ont tendance Ă  sĂ©cher pendant les mois d'Ă©tĂ©. Le lac d'Ourmia, dans l'AzerbaĂŻdjan iranien au nord-ouest, est le plus grand lac d'Iran avec une superficie moyenne de 6 500 km2. La salinitĂ© y est trop Ă©levĂ©e pour permettre aux poissons ou Ă  d'autres formes de vie aquatique d'y vivre. Plusieurs lacs salĂ©s se trouvent au Sistan-et-Baloutchistan, le long de la frontiĂšre avec l'Afghanistan.

Zones climatiques de l'Iran :
  • Caspien doux et humide
  • Caspien doux
  • MĂ©diterranĂ©en Ă  pluies printaniĂšres
  • MĂ©diterranĂ©en
  • Froid de montagne
  • TrĂšs froid de montagne
  • Semi-dĂ©sertique froid
  • Semi-dĂ©sertique chaud
  • DĂ©sertique sec
  • DĂ©sertique sec chaud
  • CĂŽtier sec chaud
  • CĂŽtier sec
Île Hormoz dans le golfe Persique.

Le climat de l'Iran est caractĂ©risĂ© au nord par les masses continentales anticycloniques de l'Asie centrale, au centre par les vents mĂ©diterranĂ©ens amenant systĂšmes dĂ©pressionnaires et prĂ©cipitations occasionnelles, et au sud et au sud-est par un climat dĂ©sertique ou aride[19]. Le climat aride ou semi-aride occupe la plus grande partie du pays, dans les bassins orientaux et centraux, avec moins de 200 mm de prĂ©cipitations annuelles et des tempĂ©ratures estivales dĂ©passant les 38 °C. La plaine cĂŽtiĂšre caspienne connaĂźt un climat subtropical : les tempĂ©ratures y tombent rarement en dessous de 0 °C en hiver et le climat reste humide toute l’annĂ©e. L’ouest du pays, dans les vallĂ©es et monts Zagros, connaĂźt des tempĂ©ratures moyennes souvent en dessous de 0 °C et de fortes chutes de neige en hiver. Les tempĂ©ratures estivales montent rarement au-dessus des 29 °C. Les prĂ©cipitations annuelles sont de moins de 100 mm dans les secteurs dĂ©sertiques Ă  l’est, jusqu'Ă  2 000 mm dans les basses terres de la Caspienne. La plaine cĂŽtiĂšre du golfe Persique a des hivers tempĂ©rĂ©s, et des Ă©tĂ©s trĂšs chauds et trĂšs humides. Les prĂ©cipitations y varient entre 135 et 355 mm.

La composition des sols varie selon les rĂ©gions. Environ la moitiĂ© du pays, dans les pentes et montagnes, est rocheux et le sol y est pauvre et mince. Les alluvions forment un sol calcaire texturĂ© dans les vallĂ©es sur une superficie d'environ 300 000 km2. La cĂŽte Caspienne offre un sol forestier riche couvrant 35 000 km2. Le sol brun des plateaux sur 470 000 km-2 semi-dĂ©sertiques permet l'Ă©tablissement d'herbes. Les sols dĂ©sertiques salins et alcalins se composent de quartz et d'autres minĂ©raux[19] - [20]. La gĂ©ologie de l'Iran est particuliĂšrement dotĂ©e en ressources naturelles, notamment la premiĂšre rĂ©serve de gaz naturel et deuxiĂšme ou troisiĂšme de pĂ©trole au monde[21]. Le territoire comporte Ă©galement des ressources de charbon, de chrome, de fer, de plomb, de manganĂšse, de zinc et de soufre[15].

Environnement

ForĂȘt en Gilan (Caspienne).
Biotopes d’Iran :
  • ForĂȘts et zones arborĂ©es
  • Steppes arborĂ©es
  • Steppes
  • Plaines dĂ©sertiques
  • Zones semi dĂ©sertiques
  • Marais saumĂątres alluviaux

L'Iran comporte cinq rĂ©gions Ă©cologiques : les basses terres de la Caspienne, l'Elbourz-Khorassan, le plateau iranien, le Zafors et les basses terres du golfe Persique[19]. La flore et la faune d’Iran, Ă©tant donnĂ© la grande quantitĂ© de biomes et de biotopes, accueillent de nombreuses espĂšces. La flore irano-turanienne couvre plus de 85 % du territoire[19]. La flore semi-dĂ©sertique se compose surtout de plantes halophiles alors que la steppe est dominĂ©e par l'armoise herbe blanche et l'Aristida plumosa. La zone substeppique accueille plusieurs herbacĂ©es dont les astĂ©racĂ©es, lamiaciĂ©es, ombellifĂšres, lĂ©gumineuses, graminĂ©es et crucifĂšres, et Ă  son climax des forĂȘts de pistachiers[19] - [22]. Les essences Ă  Ă©pines, notamment les astragales, poussent dans les zones de haute montagne[19]. Un dixiĂšme de la superficie du pays est couvert de forĂȘts, principalement dans la plaine caspienne[23]. Les principales familles et essences y sont le chĂȘne (Quercus castaneifolia), le parrotie de Perse, le hĂȘtre, l'Ă©rable de Perse, l'orme du Caucase, le charme commun, le charme d'Orient, l'albizia, le fĂ©vier de la Caspienne, le frĂȘne Ă©levĂ©, le ptĂ©rocaryer du Caucase, l'aulne du Caucase, le peuplier de la Caspienne (ca), le noyer, l'ostryer de Virginie, l'aulne, le tilleuil et le figuier. Dans les forĂȘts de l'ouest abondent le laurier-cerise, le laurier d'Alexandrie, Buxus hyrcana, Ilex spinigera, Ruscus hyrcanus et Hedera pastuchovii (en)[22] - [24].

Guépard d'Iran.

Les zones semi-dĂ©sertiques accueillent des fĂ©lins et des gazelles tels le lynx d'Eurasie, le chat de Pallas, la gazelle indienne, la gazelle Ă  goitre ou encore l’onagre du dĂ©sert. Certaines sont menacĂ©es d’extinction, comme le guĂ©pard iranien, dont il ne subsiste que 50 Ă  60 individus. D’autres animaux sont endĂ©miques aux rĂ©gions iraniennes, comme le TĂ©traogalle de Perse ou le daim de Perse, qui sont aujourd’hui trĂšs rares ; une espĂšce de poisson de la famille des cichlidae (Iranocichla hormuzensis, endĂ©mique de l'hormozgan et possĂ©dant un genre mono-typique — ne comprenant qu'une seule espĂšce). Les espĂšces d’oiseaux sont Ă©galement trĂšs nombreuses en Iran : buse fĂ©roce, faucon crĂ©cerelle, aigle royal, gypaĂšte barbu, ganga unibande dans les steppes, outarde houbara d’Asie dans les dĂ©serts. Dans les forĂȘts de montagne se trouvent des sangliers, des ours, des cerfs et des bouquetins.

Les principaux problĂšmes environnementaux en Iran sont : la pollution de l'air, particuliĂšrement dans les zones urbaines, liĂ©e aux Ă©missions des vĂ©hicules, aux opĂ©rations de raffinerie et aux effluves industriels ; la dĂ©forestation ; la dĂ©sertification[25] ; la diminution de la surface des marais Ă  cause de la sĂ©cheresse ; la pollution par le pĂ©trole dans le golfe Persique (due aux opĂ©rations d’extraction et de dĂ©gazage) ; la pollution de l'eau causĂ©e par les rejets industriels et les rejets non contrĂŽlĂ©s des eaux usĂ©es. Le lac d'Ourmia[26] et l'Arasbaran[27]. La superficie du lac d'Ourmia, reconnu par l'UNESCO comme rĂ©serve de biosphĂšre, rĂ©gresse depuis la construction dans les annĂ©es 1980 de nombreux barrages sur les riviĂšres tributaires du lac afin de drainer les terres agricoles. Son taux de salinitĂ© augmente, la vĂ©gĂ©tation et l'agriculture riveraines dĂ©clinent alors que le plancton se rarĂ©fie[28]. La qualitĂ© de l’air constitue un problĂšme important, particuliĂšrement Ă  TĂ©hĂ©ran. L'Iran est le neuviĂšme plus important Ă©metteur de dioxyde de carbone au monde avec 650,4 millions de mĂ©gatonnes en 2014[15]. Le monoxyde de carbone reprĂ©sente une partie importante des 1,5 million de tonnes de produits polluants rejetĂ©s Ă  TĂ©hĂ©ran en 2002. La prĂ©servation de l’environnement en Iran est essentielle afin de rĂ©duire et de rĂ©sorber les dommages causĂ©s Ă  des Ă©cosystĂšmes trĂšs fragiles[19]. Cela est une prĂ©occupation dans les annĂ©es 1950, Ă  la suite des dĂ©gradations environnementales et de la surexploitation des ressources naturelles. L’Iran se dote d’une association iranienne de la vie sauvage en 1956, puis d’une organisation de la chasse et de la pĂȘche en 1967 et d’un ministĂšre de l’Environnement en 1971. Le but de ces organisations est la protection de l'environnement.

Utilisation du territoire

Carte générale de l'Iran.

Les terres agricoles occupent 30,1 % du territoire, dont 10,8 % en terre arable, 1,2 % en culture pĂ©renne (en) et 18,1 % en pĂąturage. Les forĂȘts occupent 6,8 % du territoire et les autres espaces en forment 63,1 %. Les terres irriguĂ©es couvrent une superficie de 95 530 km2 (2011)[15].

La population se concentre dans le nord, le nord-ouest et l'ouest, dans les massifs de Zagros et de l'Elbourz[15]. Les montagnes entourent plusieurs bassins ou plateaux oĂč sont situĂ©s des centres agricoles et urbains. Typiquement, une ville domine un bassin et entretient des relations Ă©conomiques complexes avec les centaines de villages Ă  sa pĂ©riphĂ©rie. Le dĂ©veloppement des transports Ă  travers les chaĂźnes montagneuses attĂ©nue l'isolement de ces bassins. Dans les hauteurs des chaĂźnes montagneuses dĂ©limitant les bassins, des groupes organisĂ©s de maniĂšre tribale pratiquaient la transhumance, dĂ©plaçant leurs troupeaux de moutons et de chĂšvres entre leurs pĂąturages traditionnels d’étĂ© et d’hiver. En l'absence de systĂšme fluvial d’importance et avec des chaĂźnes montagneuses restreignant l’accĂšs au golfe Persique et Ă  la mer Caspienne, les Ă©changes se font par transport terrestre et aĂ©rien. En dehors de certaines oasis trĂšs dispersĂ©es, les dĂ©serts sont inhabitĂ©s.

Téhéran.

Les grandes villes d'Iran se sont développées dans les vallées formant des axes naturels de transport et de communication terrestre, dans plusieurs cas un secteur irrigué à la lisiÚre d'une zone semi-désertique et d'une zone arborée ou steppique. La capitale Téhéran, qui regroupe plus de 8 millions de personnes, se trouve dans une plaine au pied des monts Elbourz, dont l'essor serait à l'origine attribuable au commerce de fruits et légumes qui poussent dans les jardins de la ville, alimentés par les cours d'eau en provenance de l'Elbourz. Mechhed, Ispahan, Tabriz, Chiraz, Ahvaz, Karadj et Qom, qui comptent plus de un million d'habitants chacune, s'insÚrent toutes dans des plaines, le plus souvent des vallées, dans leurs régions respectives du Khorassan, de la Perse classique, de l'Azerbaïdjan, du Zagros du Sud, du Khouzistan alors que les deux derniÚres sont à proximité de Téhéran.

Transport et communications

Transport et communications[15]
IndicateurValeurAnnéeRang dans
le monde
AĂ©roports319201322e
Nombre de passagers aĂ©riens15 003 9582015.
Tonnage aĂ©rien de marchandises107 184 869 Mt-km2015.
Voie navigable850 km201269e
Navires de marine marchande76201060e
RĂ©seau ferroviaire11 106 km201424e
Écartement des railsVoie normale[29]2014.
Pipelines38 906 km2013.
RĂ©seau routier198 866 km201027e
Autoroutes2 685 km2018.
AbonnĂ©s tĂ©lĂ©phonie fixe56 043 0062018.
Taux74,93/100 hab.201810e
AbonnĂ©s tĂ©lĂ©phonie mobile74 219 0002015.
Taux91/100 hab.201522e
Usagers Internet36 070 0002015.
Taux44,1 %201526e

Les principaux ports sont Assalouyeh, Bandar Abbas et Bandar-e Emam Khomeyni. Le port de Bandar Abbas transporte 2 752 460 TEU. Le rĂ©seau de pipeline comporte 20 794 km de gazoduc ainsi que 8 625 km d'olĂ©oduc pour le pĂ©trole brut et 7 937 km pour les produits raffinĂ©s. Le rĂ©seau tĂ©lĂ©phonique iranien fait l'objet d'une modernisation et d'une extension afin d'amĂ©liorer son efficacitĂ©, d'accroĂźtre sa capacitĂ© en milieu urbain et de rejoindre plusieurs collectivitĂ©s rurales encore non desservies[15].

Divisions administratives

Provinces d'Iran.

L'Iran est subdivisĂ© en 31 provinces (en persan : ۧ۳ŰȘŰ§Ù†, Ostān). Celles-ci sont administrĂ©es depuis une ville centrale, gĂ©nĂ©ralement la plus grande ville de la province. Les gouverneurs de provinces (en persan : ۧ۳ŰȘŰ§Ù†ŰŻŰ§Ű±, Ostāndār) sont nommĂ©s par le ministre de l’IntĂ©rieur. Chaque province (Ostān) est divisĂ©e en prĂ©fectures (Shahrestān), elles-mĂȘmes divisĂ©es en districts (Bakhsh), qui regroupent une ou plusieurs villes (Shahr). Les districts sont subdivisĂ©s en districts ruraux (dehestān), comprenant en gĂ©nĂ©ral pour chacun d'entre eux plusieurs villages. En 2005, l’Iran comptait 324 prĂ©fectures, 865 districts, 982 villes et 2 378 districts ruraux[30].

La structure administrative de l’Iran change pĂ©riodiquement. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, l'Iran compte douze provinces. En 1950, la division territoriale est rĂ©organisĂ©e en dix provinces. Plusieurs provinces sont ensuite crĂ©Ă©es et en 1986, elles sont au nombre de 24. Dans les annĂ©es 1990, les provinces d'Ardebil, du Golestan, de Qazvin et de Qom s'ajoutent. En 2004, la province du Khorassan est divisĂ©e en trois provinces : Khorassan septentrional, Khorassan mĂ©ridional et Khorassan-e Razavi. En 2010, la rĂ©gion de Karadj est dĂ©tachĂ©e de la province de TĂ©hĂ©ran pour former la province d'Alborz[31].

Provinces d'Iran[32]
No ProvinceSuperficie terrestre (km2)Population (2011)DensitĂ© (hab. km2)Capitale
1TĂ©hĂ©ran13 69212 183 391889,8TĂ©hĂ©ran
2Qom11 5261 151 67299,9Qom
3Markazi29 1271 413 59948,5Arak
4Qazvin15 5671 201 56577,2Qazvin
5Guilan14 0422 480 974176,7Racht
6Ardabil17 8001 248 48870,1Ardabil
7Zandjan21 7731 015 73446,7Zandjan
8AzerbaĂŻdjan oriental45 6513 724 62081,6Tabriz
9AzerbaĂŻdjan occidental37 4113 080 57682,3Ourmia
10Kurdistan29 1371 493 64551,3Sanandaj
11Hamedan19 3681 758 18390,8Hamadan
12Kermanshah25 0091 945 22777,8Kermanchah
13Ilam20 133557 59927,7Ilam
14Lorestan28 2941 754 24362,0Khorramabad
15Khouzistan64 0054 531 72070,7Ahvaz
16Tchaharmahal-et-Bakhtiari16 328895 26354,8Shahrekord
17Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad15 504658 62942,5Yassoudj
18Bouchehr22 7431 032 94945,4 Bouchehr
19Fars122 6084 596 65837,5Chiraz
20Hormozgan70 6971 578 18322,3Bandar Abbas
21Sistan-et-Baloutchistan181 7852 534 32713,9Zahedan
22Kerman180 7262 938 98816,3Kerman
23Yazd129 2851 074 4288,3Yazd
24Ispahan107 0184 879 31245,6Ispahan
25Semnan97 491631 2186,5Semnan
26MazandĂ©ran23 8423 073 94377,2Sari
27Golestan20 3671 777 01487,2Gorgan
28Khorassan septentrional28 434867 72730,5Bodjnourd
30Khorassan mĂ©ridional95 385662 5346,9Birdjand
29Khorassan-e Razavi118 8515 994 40250,4Mechhed
31Alborz5 1222 412 513471,0Karadj

Histoire

L’Iran ou la Perse est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde. L’histoire de l'Iran couvre des milliers d’annĂ©es, depuis les civilisations antiques du plateau iranien, la civilisation des MannĂ©ens en AzerbaĂŻdjan, de Shahr-e Sokhteh (« Ville brĂ»lĂ©e ») dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, et l’ancienne civilisation de Jiroft, suivie du royaume d’Élam, de l’empire AchĂ©mĂ©nide, des Parthes, des Sassanides jusqu’à l’actuelle RĂ©publique islamique. Cette histoire est marquĂ©e par des alternances de pĂ©riodes de domination Ă©trangĂšre et de pĂ©riodes d'essor du pouvoir Ă©tatique iranien, elles-mĂȘmes segmentĂ©es par des changements constitutionnels majeurs.

SeldjoukidesAlavidesGhaznĂ©videsKhwĂąrazm-ShahsIranBouyidesSafavidesSamanidesDynastie KadjarDynastie KadjarTimouridesTimouridesZiyaridesMannĂ©ensAfcharidesTahiridesParthieMĂšdesPĂ©riode proto-Ă©lamitePĂ©riode proto-Ă©lamiteMuzaffaridesAchĂ©mĂ©nidesDynastie ZandDynastie ZandHoulagidesSaffaridesSassanidesSĂ©leucidesÉlamites

Préhistoire et protohistoire

Des vestiges d’occupation humaine remontant au PalĂ©olithique infĂ©rieur ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s au Baloutchistan, dont certains — parmi les plus anciens — ont un Ăąge estimĂ© Ă  800 000 ans. Au nord-ouest du pays, dans la rĂ©gion de la mer Caspienne, des vestiges datant du Xe millĂ©naire av. J.-C. attestent de l’apparition d’une Ă©conomie de production de biens au MĂ©solithique. Des Ă©tudes gĂ©nĂ©tiques et des sites nĂ©olithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte Ă  prĂšs de 10 000 ans dans les monts Zagros[33] et Ă  6 ou 7 000 ans dans la vallĂ©e de Gorgan, Ă  Turang Tepe, Yarim Tepe, et au centre du pays Ă  Sialk II (prĂšs de Kachan)[34].

Des objets de cuivre et des cĂ©ramiques peintes remontant Ă  l’ñge du cuivre (il y a 4 000 ans), ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s en Susiane (Khouzistan) et Ă  Sialk. Des recherches archĂ©ologiques commencent Ă  peine Ă  faire connaĂźtre des civilisations trĂšs anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bĂątit des villes 3 000 ans av. J.-C.

Antiquité

Le dĂ©but du IIIe millĂ©naire av. J.-C. voit apparaĂźtre une forme d’écriture, probablement dĂ©rivĂ©e du systĂšme sumĂ©rien, Ă  Suse. L’Empire Élamite (prĂ©cĂ©dĂ© par la civilisation proto-Ă©lamite) Ă©tablit un nouveau pouvoir rĂ©gional dans le sud-ouest de l’Iran, et concurrence les empires voisins de Babylonie et d’Assyrie. C’est au cours du second millĂ©naire avant notre Ăšre qu’arrivent sur le plateau iranien divers peuples iraniens, provenant d’Asie centrale. Au milieu du VIIe siĂšcle av. J.-C., les MĂšdes, groupes de tribus Ă©tablis au nord et au nord-ouest du pays, Ă©tablissent leur pouvoir sur la rĂ©gion. À la fin de ce mĂȘme siĂšcle, les MĂšdes et les Babyloniens se libĂšrent dĂ©finitivement du joug assyrien en prenant Ninive en 610 av. J.-C.. C’est Ă  la mĂȘme pĂ©riode qu’apparaissent les premiĂšres sources mentionnant Cyrus Ier, roi d’Anshan, petit-fils d’AchĂ©mĂ©nĂšs, fondateur du premier Empire perse, celui des AchĂ©mĂ©nides[35].

Ruines des palais des Achéménides à Persépolis.

Les AchĂ©mĂ©nides construisent un immense empire s’étendant de l’Inde Ă  l’Égypte, organisĂ© en satrapies reliĂ©es entre elles par un immense rĂ©seau routier. Le cylindre de Cyrus est la premiĂšre trace Ă©crite d’une dĂ©claration de libertĂ© religieuse, datant de Cyrus le Grand[36]. La dynastie achĂ©mĂ©nide Ă©tablit des capitales Ă  Pasargades, PersĂ©polis, Suse et Ecbatane. Leur rĂšgne est marquĂ© par les Guerres mĂ©diques les opposant aux Grecs. L’empire perse dĂ©cline aprĂšs le rĂšgne de XerxĂšs Ier et chute en 330 av. J.-C., conquis par Alexandre le Grand, sous Darius III.

Les gĂ©nĂ©raux d’Alexandre Ă©tablissent la dynastie des SĂ©leucides, qui s’effondre Ă  son tour en 60 av. J.-C., le dernier reliquat de l’empire, en Syrie Ă©tant transformĂ© en province romaine par PompĂ©e. L’empire Parthe (aussi appelĂ© Arsacide), fondĂ© par Arsace et Tiridate en 250 av. J.-C., leur succĂšde jusqu’en 224, quand le roi Artaban IV est dĂ©fait par un de ses vassaux perses. Une nouvelle dynastie naĂźt : les Sassanides, qui donnent naissance au second empire perse (226-651).

Les Sassanides sont les premiers Ă  appeler leur empire Iranshahr ou Eranshahr (en persan : Ű§ÙŠŰ±Ű§Ù†ŰŽÙ‡Ű±, Terre des Aryens). Il s’agit d’une des pĂ©riodes les plus importantes de l’histoire de l’Iran : la civilisation perse s’accomplit dans de nombreux domaines, et influence considĂ©rablement le monde romain, les deux empires Ă©tant perpĂ©tuellement en guerre[37]. L’influence culturelle atteint l’Europe occidentale, l’Afrique, la Chine et l’Inde, et continue durant la pĂ©riode islamique[38] - [39].

PĂ©riode islamique

Carte de la Perse (Iran) vers l’an 1000.

La conquĂȘte musulmane de la Perse commence en 637, avec 'Umar. AprĂšs avoir occupĂ© CtĂ©siphon, capitale de l’empire, les musulmans battent l’armĂ©e sassanide Ă  Nahavand en 641-642. L’Iran est ensuite rapidement conquis. La conversion Ă  l’islam est progressive jusqu’au IXe siĂšcle. L’Iran a Ă©tĂ© islamisĂ©, mais n’a jamais Ă©tĂ© arabisĂ©, contrairement aux autres rĂ©gions conquises par le califat[40]. Les Persans ont mĂȘme rĂ©ussi Ă  se distinguer au sein de l’islam, et l’apport culturel, politique et mĂȘme religieux des Iraniens Ă  cette religion est d’une importance fondamentale[40].

Au VIIIe siĂšcle, le Khorassan se rallie Ă  la doctrine dissidente du chiisme et s’émancipe de la domination arabe. Une rĂ©volte renverse la dynastie Omeyyade, installant les Abbassides Ă  Bagdad en 748[41]. Le pouvoir des califes diminue progressivement, et plusieurs dynasties rĂ©gionales Ă©mergent en Iran entre 820 et 1005, dont les Samanides. Ces derniers rivalisent avec Bagdad, et crĂ©ent d’importants foyers de vie intellectuelle. Outre la culture arabe classique, ils favorisent l’éclosion de la littĂ©rature persane et accordent leur protection Ă  des penseurs. En 962, la dynastie des GhaznĂ©vides s’installe Ă  Ghazna et rĂšgne du Khorasan au Pendjab. C’est sous le patronage de Mahmoud de Ghazni que Ferdowsi Ă©crit en persan le ShĂąh NĂąmĂą (signifiant « Le livre des Rois »), poĂšme Ă©pique qui recueille les histoires de la mythologie perse[42].

Un groupe turc, les Seldjoukides, arrive dans la rĂ©gion au XIe siĂšcle[13]. Les GhaznĂ©vides, puis les Samanides, sont dĂ©faits. L’Iran connaĂźt une renaissance culturelle et scientifique. L’observatoire d’Ispahan est crĂ©Ă©, oĂč Omar Khayyam met au point un nouveau calendrier qui introduit l’annĂ©e bissextile : le calendrier persan, encore utilisĂ© aujourd’hui. Cette Ă©poque voit aussi une production artistique trĂšs riche : l’art des Seldjoukides d'Iran.

AprĂšs les Seldjoukides, l’Iran est encore dirigĂ© par des petites dynasties locales avant d’ĂȘtre envahi par les Mongols de Gengis Khan en 1219. Le pays est dĂ©vastĂ© et l’invasion est dĂ©sastreuse pour la population[43]. La destruction de nombreux qanats (un systĂšme d’irrigation traditionnel performant) dĂ©truit le rĂ©seau d’habitat. Les villes sont dĂ©truites et remplacĂ©es par des oasis isolĂ©es, la dĂ©mographie chute et le pays se tribalise. De petites dynasties locales se mettent en place aprĂšs la fin de la premiĂšre pĂ©riode mongole en 1335.

Mais rapidement, le pays est de nouveau envahi : Tamerlan (ou Timur), d’origine turque et mongole, conquiert la totalitĂ© de l’Iran et en devient l’empereur en 1381. L’empire Timouride dure jusqu’en 1507 : les Chaybanides prennent Samarcande tandis que les Safavides reconquiĂšrent une bonne partie du territoire iranien Ă  partir de l’AzerbaĂŻdjan iranien.

Époque moderne

Mosquée du cheikh Lutfallah, Ispahan.
État safavide.

L’Iran se convertit au chiisme duodĂ©cimain au XVIe siĂšcle, sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain safavide. Cette conversion rĂ©sulte d’une volontĂ© de s’affirmer face Ă  la domination de l'Empire ottoman sunnite et de crĂ©er une identitĂ© iranienne spĂ©cifique. La conversion des sunnites est obligatoire, sous peine de mort[44]. L’apogĂ©e des Safavides est atteinte sous le shah Abbas Ier. Le pays est pacifiĂ©, son territoire Ă©tendu et son administration centralisĂ©e. Le commerce et les arts connaissent un essor important, avec l'accueil de commerçants et d’artistes Ă©trangers, le dĂ©veloppement de la production de tapis et la construction d’Ispahan.

L'invasion de l’Iran par des tribus afghanes met un terme Ă  la dynastie des Safavides. La suprĂ©matie afghane est toutefois assez brĂšve. Tahmasp Quli, un chef de tribu afchar, chasse les Afghans et prend le pouvoir en 1736 sous le nom de Nader Chah. Tout le territoire iranien est repris, depuis la GĂ©orgie et l’ArmĂ©nie jusqu’à l’Afghanistan. Des campagnes militaires sont mĂȘme menĂ©es jusqu’à Delhi en 1739. NĂądir ShĂąh est assassinĂ© en 1747 par d’autres chefs afchars. Le pays est ensuite l'objet de luttes tribales pour la conquĂȘte du pouvoir entre Afcharides, Afghans, Qajars et Zands. Karim Khan Zand rĂ©ussit Ă  rĂ©unifier presque tout le pays en 1750. Il refuse de prendre le titre de shah et prĂ©fĂšre se nommer Vakil ar-Ra’aayaa (« Le RĂ©gent des paysans »). Sa mort en 1779 est encore suivie de luttes. Le kadjar Agha Mohammad Chah prend le pouvoir en 1794, Ă©tablissant une dynastie qui dure jusqu’en 1925.

Sous les rĂšgnes de Fath Ali Chah Qadjar, Mohammad Chah Qadjar, et Nassereddine Shah, le pays retrouve ordre, stabilitĂ© et unitĂ©. Les marchands (bāzāris) et les OulĂ©mas (chefs religieux) deviennent des membres importants de la sociĂ©tĂ© iranienne. Cependant, l’autoritĂ© centrale est plutĂŽt faible, la classe dirigeante relativement corrompue et le peuple exploitĂ© par ses dirigeants. Les puissances coloniales russe et britannique tirent parti de cette situation : grĂące Ă  leur supĂ©rioritĂ© militaire et technologique, elles dominent le commerce de l’Iran et interfĂšrent dans les affaires internes du pays.

RĂ©volution constitutionnelle et État impĂ©rial

Groupe de révolutionnaires à Tabriz. Au centre : Sattar Khan et Bagher Khan.
Soldats iraniens entourant le bùtiment de la Majles à Téhéran le .
Mohammad Mossadegh, figure de la nationalisation du pétrole iranien.

Les premiĂšres tentatives iraniennes de modernisation commencent sous le premier ministre de Nassereddine Shah, Amir Kabir. Le systĂšme fiscal est rĂ©formĂ©, le contrĂŽle central sur l’administration est renforcĂ©, le commerce et l’industrie sont dĂ©veloppĂ©s. L’influence du clergĂ© chiite et des puissances Ă©trangĂšres se rĂ©duisent et la premiĂšre Ă©cole polytechnique a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e. Mais les rĂ©formes d'Amir Kabir eurent des ennemis notamment parmi la classe aisĂ©e et en 1852 il fut assassinĂ©. La montĂ©e de la colĂšre populaire et une demande de rĂ©forme mĂšnent le pays Ă  la rĂ©volution constitutionnelle persane de 1906. L’Iran devient le premier pays moyen-oriental Ă  faire une rĂ©volution et Ă  se doter d’une constitution.

La PremiĂšre Guerre mondiale voit grandir l’influence des Britanniques, dĂ©jĂ  intĂ©ressĂ©s par la dĂ©couverte de pĂ©trole dans le Khouzistan en 1908. Ils essaient d’imposer l’accord anglo-persan en 1919, qui est refusĂ© par le parlement.

Peu de temps aprĂšs, un coup d’État fait changer le pouvoir de main, au profit d’un officier, Reza Khan, qui devient quatre ans plus tard Reza Shah Pahlavi. Au moyen d’un gouvernement centralisĂ© et fort, il modernise l’Iran : dĂ©veloppement d’industries lourdes, projets majeurs d’infrastructures, construction d’un chemin de fer national, crĂ©ation d’un systĂšme public d’éducation nationale, rĂ©forme de la justice (jusque-lĂ  contrĂŽlĂ©e par le clergĂ© chiite), crĂ©ation du code civil iranien, amĂ©lioration de l’hygiĂšne et du systĂšme de santĂ©. Les droits spĂ©ciaux accordĂ©s aux Ă©trangers pendant l’époque Qajar sont annulĂ©s pour diminuer la dĂ©pendance vis-Ă -vis du Royaume-Uni et de la Russie. Le , la communautĂ© internationale est officiellement sommĂ©e de ne plus utiliser le nom « Perse » mais « Iran » (nom local depuis les Sassanides, le nom officiel de la monarchie est « État impĂ©rial d'Iran »). Interdiction du port du voile pour les femmes et obligation de porter un habit « Ă  l’occidentale » pour les hommes sont dĂ©crĂ©tĂ©s la mĂȘme annĂ©e.

En 1941, Reza Shah dĂ©clare la neutralitĂ© de l'Iran et refuse l'expulsion des ressortissants allemands, alors que le Royaume-Uni a le contrĂŽle de son pĂ©trole. Les forces britanniques et soviĂ©tiques envahissent le pays et forcent Reza Shah Ă  abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi. Il est alors envoyĂ© en exil et meurt en 1944. L’occupation du pays est d'une importance stratĂ©gique majeure pour les AlliĂ©s. Ayant dĂ©clarĂ© la guerre Ă  l’Allemagne en 1943, l’Iran se rapproche des puissances occidentales. La mĂȘme annĂ©e, la confĂ©rence de TĂ©hĂ©ran voit Churchill, Roosevelt et Staline rĂ©affirmer leur engagement sur l’indĂ©pendance de l’Iran, qui devient rapidement membre des Nations unies.

Pourtant, en dĂ©cembre 1945, bĂ©nĂ©ficiant du soutien de l’Union soviĂ©tique, le Gouvernement du peuple d’AzerbaĂŻdjan et la rĂ©publique de Mahabad dĂ©clarent leur indĂ©pendance dans les rĂ©gions de l’AzerbaĂŻdjan iranien et du Kurdistan iranien. Des parties du Khorassan, du Gorgan, du MazandĂ©ran et du Guilan sont occupĂ©es par les troupes soviĂ©tiques : la crise irano-soviĂ©tique, premiĂšre de la guerre froide, se termine en dĂ©cembre 1946 avec l’effondrement des gouvernements rĂ©publicains ayant perdu le soutien de l’URSS.

En 1951, le premier ministre Mohammad Mossadegh nationalise l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC). Il est alors Ă©loignĂ© du pouvoir Ă  la suite d’un complot orchestrĂ© par les services secrets britanniques et amĂ©ricains, l'opĂ©ration Ajax. AprĂšs sa chute, Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place un rĂ©gime politique autocratique et dictatorial fondĂ© sur l’appui amĂ©ricain. En 1955, l’Iran appartient au pacte de Bagdad et se trouve alors dans le camp amĂ©ricain pendant la guerre froide. Mohammad Reza Shah modernise l’industrie et la sociĂ©tĂ© grĂące aux revenus trĂšs importants du pĂ©trole et Ă  un programme de rĂ©formes nommĂ© la « rĂ©volution blanche ». L’Iran entre dans une pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© fulgurante et de modernisation accĂ©lĂ©rĂ©e mais la sociĂ©tĂ©, bouleversĂ©e dans ses racines, souffre du manque de libertĂ©.

RĂ©publique islamique

En 1963 ont lieu les premiĂšres Ă©meutes, au cours desquelles se fait remarquer un homme du nom de Khomeini. En 1971, le faste des cĂ©rĂ©monies de cĂ©lĂ©bration des 2 500 ans de PersĂ©polis irrite les pauvres et les paysans. En 1976, le calendrier islamique est remplacĂ© par un calendrier solaire impĂ©rial[45].

Portrait de Rouhollah Khomeini, atelier de Sayyad Mohammad. (1981)

AprĂšs des mois de protestations populaires et de manifestations contre son gouvernement, Mohammad Reza Pahlavi quitte l’Iran le . Le , Rouhollah Khomeini revient en Iran aprĂšs un exil de 15 ans. AprĂšs la proclamation de la neutralitĂ© des forces armĂ©es dans la rĂ©volution, Khomeini dĂ©clare la fin de la monarchie le et met en place un gouvernement provisoire. Il existait une grande jubilation en Iran autour de la destitution du Shah, mais il existait aussi beaucoup de dĂ©saccords sur l'avenir de l’Iran[46]. Alors que Khomeini Ă©tait la figure politique la plus populaire, il existait des douzaines de groupes rĂ©volutionnaires, chacun ayant sa propre vue concernant l'avenir. Des factions libĂ©rales, marxistes, anarchistes et laĂŻques, ainsi qu’un large panorama de groupes religieux cherchaient en effet Ă  modeler ce dernier[14].

Les thĂ©ologiens sont les premiers Ă  rĂ©tablir l’ordre dans le pays, avec l’aide des comitĂ©s locaux. Connus sous le nom de Gardiens de la rĂ©volution Ă  partir de mai 1979, ces groupes ont vite pris le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l’Iran, et rĂ©cupĂšrent ainsi la plupart des pouvoirs. Les tribunaux rĂ©volutionnaires mis en place permettent l’élimination de figures de l’ancien gouvernement et des opposants de tous bords.

La RĂ©publique islamique est instituĂ©e par rĂ©fĂ©rendum les 30 et 31 mars 1979. Un second rĂ©fĂ©rendum adopte une constitution le 2 dĂ©cembre suivant, conformĂ©ment Ă  laquelle le premier prĂ©sident Ă©lu au suffrage universel, le , est Abolhassan Bani Sadr, qui avait Ă©tĂ© ministre des Finances et ministre provisoire des Affaires Ă©trangĂšres pour rĂ©soudre la crise des otages de l’ambassade amĂ©ricaine de TĂ©hĂ©ran, Ă  laquelle il s’opposait. Il est Ă©lu avec 76 % des voix. Le candidat des religieux n'obtint que 4 % des voix. Le prĂ©sident est destituĂ© par le parlement en juin 1981.

Khomeini devient le Guide suprĂȘme.

La crise des otages amĂ©ricains en Iran (occupation de l'ambassade des États-Unis Ă  TĂ©hĂ©ran entre le et le et prise en otage de son personnel) pousse l'administration Carter Ă  rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran, puis Ă  imposer des sanctions Ă©conomiques le . Le , profitant de la faiblesse des forces armĂ©es iraniennes qui subissent des purges du nouveau gouvernement islamique[47], l'Irak envahit l'Iran. La politique officielle des États-Unis cherche Ă  isoler l'Iran. Ainsi, les États-Unis et leurs alliĂ©s fournissent des armes et de la technologie Ă  Saddam Hussein, qui a pour objectif de s'emparer des champs de pĂ©trole du Khouzistan[48]. Ironiquement, des membres de l'administration Reagan vendent secrĂštement des armes et des piĂšces dĂ©tachĂ©es Ă  l'Iran dans ce qui est connu sous le nom de affaire Iran-Contra. L'Iran accepte de respecter le cessez-le-feu exigĂ© par la rĂ©solution 598 du conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU le . Le , Saddam Hussein accepte de revenir aux accords d’Alger de 1975 : retour Ă  un statu quo ante. Le bilan de la guerre est, selon les estimations de plusieurs centaines de milliers Ă  plus d'un million de morts[49]. Le « culte du martyre » qui a Ă©tĂ© l'un des moteurs de la mobilisation nationale durant la guerre, sera largement utilisĂ© par la suite par le gouvernement comme « clĂ© de voĂ»te de l'action politique et de la raison d'État »[50]. La fin de la guerre approchant, des milliers de prisonniers politiques prĂ©sents dans les prisons sont exĂ©cutĂ©s durant l'Ă©tĂ© 1988 sur l'ordre de Khomeini[50].

AprÚs la mort de Khomeini le , l'Assemblée des experts choisit le président sortant Ali Khamenei comme Guide de la révolution. La constitution est modifiée à la suite de son arrivée au pouvoir.

Pendant la deuxiÚme guerre du Golfe en 1991, le pays reste neutre (il permet toutefois à l'aviation irakienne de se poser en Iran et aux réfugiés irakiens de pénétrer sur son territoire).

La rĂ©volution et la guerre avec l'Irak ont beaucoup pesĂ© sur l'Ă©conomie du pays, ce qui conduit des pragmatiques comme Hachemi Rafsandjani Ă  devenir prĂ©sident en 1989 puis 1993. L'Ă©chec des politiques Ă©conomiques et de la modernisation de l'État iranien voit l'Ă©lection de Mohammad Khatami, un religieux modĂ©rĂ©, en 1997. Celui-ci doit diriger le pays en tenant compte des exigences d'une sociĂ©tĂ© demandeuse de rĂ©formes et de l'influence d'un clergĂ© trĂšs conservateur, qui souhaite garder la mainmise sur le pouvoir. Ce dĂ©calage atteint son paroxysme en juillet 1999, oĂč des protestations massives contre le gouvernement ont lieu dans les rues de TĂ©hĂ©ran. Khatami est rĂ©Ă©lu en mais, aussitĂŽt, les Ă©lĂ©ments conservateurs du gouvernement iranien Ɠuvrent pour dĂ©stabiliser le mouvement rĂ©formateur, bannissant les journaux libĂ©raux et disqualifiant les candidats aux Ă©lections parlementaire et prĂ©sidentielle.

L'échec de Khatami à réformer le gouvernement cause une apathie grandissante parmi la jeunesse. Le maire ultra-conservateur de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad est élu président en 2005 (plus de 1000 candidatures sont invalidées par le Conseil des Gardiens). On observe alors un durcissement du discours nationaliste par le président, qui vise ainsi à asseoir la légitimité du programme nucléaire de l'Iran et les décisions de politique étrangÚre malgré l'opposition américaine.

L'Ă©lection prĂ©sidentielle iranienne de 2009 est marquĂ©e par la rĂ©Ă©lection contestĂ©e de Mahmoud Ahmadinejad, ce qui donne lieu Ă  des manifestations de masse d'opposition, probablement les plus importantes depuis la rĂ©volution de 1979. Ces manifestations pacifiques sont rĂ©primĂ©es avec violence par le pouvoir islamique : mĂȘme si leur nombre exact est encore inconnu Ă  ce jour, des centaines de manifestants auraient Ă©tĂ© tuĂ©s[51] Ă  l'instar de Neda Agha-Soltan par les milices pro-gouvernementales Basij ou les policiers antiĂ©meutes faisant aussi de nombreux blessĂ©s, et plus de deux mille arrestations auraient Ă©tĂ© opĂ©rĂ©es selon Amnesty International.

Le , Hassan Rohani, présenté comme le seul candidat modéré de la campagne présidentielle, est élu président de la république islamique d'Iran au premier tour, avec 50,7 % des suffrages exprimés.

AprĂšs l'Ă©lection de Hassan Rohani Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique iranienne en juin 2013 et son entrĂ©e en fonctions en aoĂ»t, l'Iran fait publiquement part de sa plus grande disposition Ă  trouver un accord sur le nuclĂ©aire, alors que les sanctions prises par les pays occidentaux depuis plusieurs annĂ©es portent leurs fruits. Fin novembre 2015, un accord est trouvĂ© entre TĂ©hĂ©ran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + l'Allemagne), qui prĂ©voit un arrĂȘt de l'enrichissement de l'uranium et une surveillance accrue de la part de l'AIEA, contre une levĂ©e partielle des sanctions occidentales[52] - [53].

Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, une jeune femme iranienne de 22 ans, dĂ©cĂšde trois jours aprĂšs avoir Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e par la police de la moralitĂ© iranienne. Les autoritĂ©s l'accusaient d'avoir enfreint le code vestimentaire strict en vigueur au pays, qui stipule que toutes les femmes doivent obligatoirement porter le hijab en public. La nouvelle de sa mort engendre une vague de contestations importante en Iran, qui donne lieu Ă  de nombreuses manifestations dans les diffĂ©rentes villes du pays. En 6 semaines, au moins 122 personnes perdent la vie dans ces protestations Ă  cause de la forte rĂ©pression des manifestants par la police des mƓurs. Le mouvement de contestation iranien s'est Ă©galement rĂ©pandu Ă  l'international, donnant lieu Ă  de nombreuses manifestations dans plusieurs pays[54]. Face Ă  l'extension de la rĂ©volte, le pouvoir durcit encore la rĂ©pression, arrĂȘtant des centaines de personnes dans tout le pays et prononçant des condamnations Ă  mort lors de procĂšs expĂ©ditifs[55].

DĂ©mographie

Population

Principaux indicateurs démographiques, Iran[15]
IndicateurValeurAnnéeRang dans
le monde
Population totale82 801 633201617e
Taux de croissance démographique1,18 %201699e
Taux de fĂ©conditĂ©1,83 naissance par femme2016147e
Taux de natalitĂ©17,8 â€°2016103e
Taux de mortalitĂ©5,9 â€°2016168e
Taux de mortalitĂ© infantile37,1 â€°201653e
EspĂ©rance de vie Ă  la naissance71,4 ans2016150e
Taux de migration nette−0,1 â€°2016107e
Âge mĂ©dian29,4 ans2016122e
0-14 ans23,65 %2016.
15-24 ans16,57 %2016.
25-54 ans47,59 %2016.
55-64 ans6,79 %2016.
65 ans et plus5,4 %2016.
Taux d'urbanisation73,4 %201565e.
Évolution de la dĂ©mographie entre 1961 et 2003 (chiffre de la FAO, 2005). Population en milliers d’habitants.

La population de l'Iran est estimĂ©e Ă  82 801 633 habitants (2016), ce qui en fait le 17e pays le plus peuplĂ© dans le monde, comparable Ă  l'Égypte, la rĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, l'Allemagne ou la Turquie[15]. La dĂ©mographie iranienne a Ă©tĂ© complĂštement bouleversĂ©e au cours du XXe siĂšcle. La population est Ă  environ 76 923 300 en 2010, alors qu’elle Ă©tait de 10 millions au dĂ©but du siĂšcle prĂ©cĂ©dent. En 2015, on estime la population Ă  81,8 millions. Cependant, il apparaĂźt que l’Iran a rĂ©cemment maĂźtrisĂ© son trĂšs fort taux de fĂ©conditĂ© grĂące Ă  une rĂ©gulation des naissances efficace, passant de cinq enfants par femme en Ăąge de procrĂ©er Ă  la fin des annĂ©es 1970 Ă  1,89 aujourd’hui[56]. Toutefois, la population continue Ă  croĂźtre Ă  un rythme Ă©levĂ© (1 % par an)[57] - [58] : en effet, de la faible proportion de personnes ĂągĂ©es — 5 % de la population a 65 ans et plus — rĂ©sulte un faible taux de mortalitĂ© (5,5 â€°) ; la forte proportion de personnes en Ăąge de procrĂ©er explique le taux de natalitĂ© soutenu (17 â€°)[15]. À terme, le vieillissement de la population devrait tendre Ă  faire baisser la natalitĂ©, de sorte que la population se stabiliserait au-dessus de 100 millions d’habitants en 2050[59]. Le solde migratoire est faible (-0,5 â€°)[60].

La rĂ©partition gĂ©ographique de la population a aussi connu un bouleversement : les urbains formaient environ 10 % de la population iranienne au dĂ©but du XXe siĂšcle, ils sont 70 % en 2010. L’urbanisation est continue : le taux de croissance dĂ©mographique des villes est de 1,8 % par an tandis que les zones rurales perdent annuellement 0,7 % de leur population[61]. Les plus grandes agglomĂ©rations urbaines d'Iran sont TĂ©hĂ©ran, la capitale au centre-nord avec 8 432 000 habitants, Mechhed dans le Khorassan au nord-est (3 014 000 habitants), Ispahan au centre (1 880 000 habitants), Karadj (1 807 000 habitants) Ă  l'ouest de TĂ©hĂ©ran, Chiraz, au sud et centre historique de la Perse (1 661 000 habitants) et Tabriz, au nord-ouest, centre Ă©conomique et culturel de l'AzerbaĂŻdjan (1 572 000 habitants)[15].

Le taux d’alphabĂ©tisation est de 80 % chez les plus de 15 ans[60]. La durĂ©e moyenne de scolarisation est de 12 ans[62]. Le taux de fĂ©conditĂ© est de 1,89 enfant/femme ce qui place l'Iran au 148e rang mondial.

Densité de population par province en Iran.

Migration

La position géographique de l'Iran, sa démographie et sa situation économique en font à la fois un pays d'origine, de transit et de destinations pour les migrants[63]. Bien que le pays accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde, il est aussi un pays d'émigration.

L'Iran compte prĂšs d’un million de rĂ©fugiĂ©s, la plupart originaires d’Afghanistan et d’Irak. En 2001, le nombre de rĂ©fugiĂ©s afghans en Iran Ă©tait de 3 809 600, et le nombre de rĂ©fugiĂ©s irakiens de 530 100[64]. Cet afflux de rĂ©fugiĂ©s a lieu depuis le tout dĂ©but des annĂ©es 1980, causĂ© par les guerres qui ont eu lieu aux frontiĂšres de l'Iran (en Afghanistan Ă  partir de 1980), ou par des dĂ©cisions prises par les pays voisins (la dĂ©cision de Saddam Hussein d'expulser des irakiens d'origine iranienne vers l'Iran entre 1980 et 1981)[65].

La politique officielle du gouvernement vise Ă  rapatrier ces rĂ©fugiĂ©s et prĂšs de 2 millions l’ont Ă©tĂ©, pour une bonne part en coopĂ©ration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s[66] - [67] - [68] - [69].

La diaspora iranienne est estimĂ©e Ă  environ 2 Ă  3 millions de personnes, qui ont Ă©migrĂ© en AmĂ©rique du Nord, en Europe de l’Ouest, en Australie, dans les pays du Golfe Persique ou en IsraĂ«l[70], la plupart aprĂšs la rĂ©volution de 1979. Le solde migratoire actuel est nĂ©gatif, et correspond au dĂ©part d’environ 40 000 personnes par an[60]. Les facteurs des migrations au dĂ©part de l'Iran peuvent ĂȘtre multiples : instabilitĂ© Ă©conomique de l'Iran, instabilitĂ© de son rĂ©gime politique, niveau d'Ă©ducation, attentes dĂ©mocratiques, prĂ©sence de famille dans le pays hĂŽte, montant du salaire et taux de chĂŽmage[71]. Cependant, il faut signaler que les donnĂ©es prĂ©cises sur les phĂ©nomĂšnes de migration en Iran ne sont pas toutes disponibles[71], il est donc difficile d'apprĂ©cier l'Ă©tendue du phĂ©nomĂšne.

Langues et groupes ethniques

Carte de répartition ethnoreligieuse (selon la Central Intelligence Agency)[72] :
  • Persan
  • Lori
  • Talyche
  • Guilaque
  • Mazandaranais
  • Kurde
  • AzĂ©ri
  • TurkmĂšne
  • KachkaĂŻ
  • Arabe
  • Baloutche
  • autres
  • dĂ©sert
  • Le persan ou farsi est la langue officielle de l'Iran. Le farsi est parlĂ© en langue maternelle, ou seconde langue, par au moins 89 % des Iraniens., et environ 10 % d'autres ont des notions de la langue, surtout des personnes ĂągĂ©es. Le farsi est obligatoire Ă  l'Ă©cole, en Iran, et dans le systĂšme Ă©ducatif, en gĂ©nĂ©ral, surtout depuis 1981. Les principales langues parlĂ©es sont le farsi, l'azĂ©ri, le kurde, le lori, le guilaki, le baloutchi, le mazandarani, le kachkaĂŻ et l'arabe[15]. L’Iran est une mosaĂŻque de plus de 80 groupes ethniques diffĂ©rents. Les deux origines principales des langues sont indo-europĂ©ennes ou turques. La majoritĂ© des Iraniens parlent une langue du groupe iranien et ils comprennent le persan. Les principaux groupes ethniques sont :

    Société

    Principaux indicateurs sociaux, Iran[15]
    IndicateurValeurAnnéeRang dans
    le monde
    DensitĂ© de mĂ©decins0,89 â€°2005.
    DensitĂ© de lit d'hĂŽpital0,1 â€°2012.
    Taux d'obésité24.9 %201499e
    Taux de littératie
    (15 ans et plus)
    86.8 %2015.
    Scolarisation15 ans2014.
    Religion officielleIslam...
    Chiites92 %2011...
    Sunnites7 %2011...

    Religion

    Une particularitĂ© du chiisme duodĂ©cimain en Iran : le Ta'zieh, un genre thĂ©Ăątral qui rejoue le massacre de l’imam Hussein. Palais du Golestan, TĂ©hĂ©ran, fin du XIXe siĂšcle.
    MausolĂ©e de l’Esther biblique et de son oncle MordekhaĂŻ Ă  Hamedan, l’un des centres de pĂšlerinage juif les plus importants en Iran.

    La mythologie perse est Ă  la fois trĂšs voisine et profondĂ©ment diffĂ©rente de la mythologie de l’hindouisme. Elle en est trĂšs voisine parce que les Iraniens sont, de tous les peuples indo-europĂ©ens, celui dont la langue a le plus d’affinitĂ©s avec le sanskrit et aussi celui qui est restĂ© avec les Aryens de l’Inde en relations les plus frĂ©quentes. Elle en est profondĂ©ment diffĂ©rente, parce que la religion des anciens Perses acquiert de bonne heure un caractĂšre beaucoup plus moral que mythologique. Le nouvel an Iranien (Norouz) est cĂ©lĂ©brĂ© le 21 mars, premier jour du printemps. Norouz est reconnu en tant que patrimoine culturel immatĂ©riel de l’humanitĂ© de l’UNESCO depuis 2009[73] - [74].

    L’islam chiite duodĂ©cimain est la religion officielle d’Iran Ă  laquelle 89 % de la population appartient. L’Iran est, avec l'AzerbaĂŻdjan, l'Irak et BahreĂŻn, un des seuls pays du monde musulman Ă  avoir plus de la moitiĂ© de sa population majoritairement chiite. L’Iran a sur son territoire deux sites saints du chiisme : Mechhed, oĂč est enterrĂ© l’imam Reza et Qom, oĂč est enterrĂ©e Fatimah Ma’sumeh, sƓur de Reza. Qom est de plus un des centres thĂ©ologiques chiites les plus influents du monde, rivalisant avec Nadjaf en Irak[75]. Qom compte de nombreux sĂ©minaires chiites, comme le Howzeh ye Elmiyeh Qom et est aussi le siĂšge de nombreuses associations clĂ©ricales. C’est Ă  partir des sĂ©minaires et universitĂ©s religieuses de Qom qu’a eu lieu la consolidation du pouvoir du clergĂ© en Iran depuis l’ouverture du Howzeh ye Elmiye Qom en 1922[76].

    Les sunnites (la branche majoritaire dans le reste du monde musulman) reprĂ©sentent 9 % de la population iranienne. Les autres minoritĂ©s incluent les juifs, les baha’is, les chrĂ©tiens[77], les zoroastriens, les sabĂ©ens (ou mandĂ©ens) ou d’autres. Trois « religions rĂ©vĂ©lĂ©es » autres que l’islam sont considĂ©rĂ©es comme officiellement reconnues par la constitution et disposent de leurs reprĂ©sentants au Parlement (Majles) : les chrĂ©tiens, les juifs et les zoroastriens. Les musulmans sunnites, minoritaires en Iran, ne disposent pas de siĂšges rĂ©servĂ©s. À la veille de la rĂ©volution islamique, l'Iran abrite la plus importante communautĂ© juive du monde musulman avec, selon les estimations, entre 60 000 et 100 000 membres. En 2015, il reste moins de 10 000 juifs dans le pays qui sont nĂ©anmoins reprĂ©sentĂ©s par un dĂ©putĂ©[78].

    La minoritĂ© sabĂ©enne qui ne compte que quelques centaines de fidĂšles, et les plus de 300 000 baha’is, durement persĂ©cutĂ©s sous tous les gouvernements iraniens, n’ont jamais Ă©tĂ© reconnus comme minoritĂ©s religieuses. Depuis l’avĂšnement de la RĂ©publique islamique en 1979, les baha’is d’Iran, sont considĂ©rĂ©s comme des « infidĂšles non protĂ©gĂ©s, (
) des non-personnes, et n’ont ni droits, ni protection », des "moins que rien", indique la FĂ©dĂ©ration internationale pour les droits humains (FIDH) dans son rapport de 2003 sur les discriminations religieuses en Iran[79].

    Selon l’article 14 de la constitution iranienne et conformĂ©ment au Coran[80] « Dieu ne vous interdit pas de traiter avec bontĂ© et droiture ceux qui n'ont pas luttĂ© contre vous en raison de votre religion et qui ne vous ont pas expulsĂ©s de vos logements », le gouvernement se doit donc de respecter les droits humains des non-musulmans, tant qu’ils ne conspirent pas contre l'islam ou la rĂ©publique islamique d’Iran[81] - [82]. Les reprĂ©sentants des minoritĂ©s religieuses reconnues ont confirmĂ© que l'enseignement de leur religion Ă©tait assurĂ© et respectĂ© tant dans les Ă©coles publiques que dans les Ă©coles propres aux minoritĂ©s[83]. Cependant, peu aprĂšs la rĂ©volution iranienne, le gouvernement a crĂ©Ă© un bureau des minoritĂ©s (religieuses) afin de les surveiller (et de les contrĂŽler). En 1993, le Majles (parlement) adopte une loi rendant obligatoire la mention de la religion sur les cartes d’identitĂ©, ce qui permet au gouvernement de contrĂŽler plus facilement les minoritĂ©s. Une des consĂ©quences est l'Ă©viction des chrĂ©tiens des services publics, des Ă©coles, de l'armĂ©e et d'autres institutions de l'État. D'aprĂšs le rapport de Abdelfattah Amor, « Outre le non-accĂšs aux postes gouvernementaux, il apparaĂźt que les minoritĂ©s ne peuvent accĂ©der professionnellement Ă  l'armĂ©e et Ă  la justice et seraient limitĂ©es dans leur plan de carriĂšre dans le reste de l'administration, sauf cas exceptionnels. »[83]

    FĂȘtes et jours fĂ©riĂ©s

    FĂȘtes et jours fĂ©riĂ©s en 2020
    DateEn françaisNom localRemarques
    11 février*Anniversaire de la révolution de 1979Enghelāb-e Eslāmi
    20 mars*Jour de la nationalisation du pétroleMelli Shodan-e Saneat-e Naft
    Le mercredi avant le nouvel an*La FĂȘte du mercrediTchaharchanbĂ©-Sourid'origine zoroastrienne. Non feriĂ©
    21 mars*Nouvel An persanNorouzd'origine zoroastrienne, le premier jour du printemps
    1er avril*Jour de la République islamiqueproclamation de la république islamique en 1979
    2 avril*13e jour de l'anSizdah Bedar13e jour de la nouvelle année, fin des festivités de Norouz
    4 juin*Mort de l'Ayatollah KhomeiniRehlat-e Ayatollah Khomeyni
    5 juin*Anniversaire du soulÚvement contre le ChahGhiām-e Pānzdah-e Khordād
    20 décembre*Le dernier jour de l'automne, le plus court jour de l'annéeShab-e Yaldad'origine zoroastrienne

    Les dates des fĂȘtes sont basĂ©es sur le calendrier persan* (solaire) et le calendrier musulman (lunaire); la correspondance entre le calendrier grĂ©gorien et le calendrier persan (tous les deux, solaires) est rĂ©guliĂšre avec une variation probable d'un jour, d'une annĂ©e sur l'autre. En revanche le calendrier lunaire (musulman) se dĂ©place d'une dizaine de jours chaque annĂ©e par rapport au calendrier solaire.

    Célébrations iraniennes

    Éducation

    FacultĂ© de littĂ©rature de l’universitĂ© de TĂ©hĂ©ran.

    Un programme prĂ©-primaire non obligatoire d’une durĂ©e d’un an est dispensĂ© pour les enfants de cinq ans. L’éducation primaire (dabestan) commence Ă  l’ñge de six ans et dure cinq ans. L’éducation secondaire de base, Ă©galement connue sous le nom de cycle d’orientation (RĂąhnamùï), englobe la sixiĂšme Ă  la huitiĂšme annĂ©e. Le cycle d’orientation sert Ă  dĂ©terminer les aptitudes Ă  suivre des Ă©tudes gĂ©nĂ©rales ou professionnelles/techniques au niveau de l’éducation secondaire supĂ©rieure (dabirestan), qui est constituĂ©e d’un cycle de trois ans et n’est ni obligatoire ni gratuite[84]. Les Ă©tudes secondaires supĂ©rieures sont subdivisĂ©es en trois filiĂšres : thĂ©orique, technique/professionnelle et pratique, elles-mĂȘmes subdivisĂ©es en diverses spĂ©cialitĂ©s.

    UIS alphabétisation des adultes en Iran 1975-2015.

    L’éducation supĂ©rieure est assurĂ©e par les universitĂ©s, les universitĂ©s technologiques, les universitĂ©s de mĂ©decine, les Ă©tablissements d’enseignement professionnel, les collĂšges et les centres de formation des professeurs, et des Ă©tablissements privĂ©s. Les conditions requises pour l’accĂšs Ă  l’éducation supĂ©rieure sont d’avoir achevĂ© les Ă©tudes secondaires supĂ©rieures et le programme d’un an de prĂ©paration Ă  l’universitĂ© et de rĂ©ussir l’examen national d’entrĂ©e Ă  l’universitĂ© (concours). Les Ă©tudes supĂ©rieures dĂ©livrent plusieurs diplĂŽmes : Fogh-Diplom ou KĂąrdĂąni (Ă©quivalent Ă  un grade de technicien supĂ©rieur) pour deux ans d’études supĂ©rieures, Karshenasi (Ă©galement connu sous le nom de licence), sanctionnant quatre ans d’études supĂ©rieures. Deux ans aprĂšs la licence, la Fogh Licence (maĂźtrise). Un examen d’entrĂ©e permet ensuite aux Ă©tudiants de commencer un programme doctoral[84].

    En 1999, les Ă©tudiants avaient Ă©tĂ© aux premiers rangs de la contestation du rĂ©gime islamique, violemment rĂ©primĂ©e. En 2004, l’Iran comptait plus de 2,2 millions d’étudiants Ă  l’universitĂ© dont 60 % de filles[85] - [86]. L’Iran a actuellement 54 universitĂ©s d’État, et 42 Ă©coles mĂ©dicales d’État. Il existe Ă©galement 289 universitĂ©s privĂ©es[87]. 6 % environ des Ă©tablissements d’éducation secondaire supĂ©rieure sont des Ă©tablissements privĂ©s[84], qui suivent le mĂȘme programme que les Ă©coles publiques et doivent se conformer aux directives du ministĂšre de l’éducation, mĂȘme si leurs dĂ©penses sont payĂ©es par les frais de scolaritĂ© des Ă©lĂšves. En 2009, l'universitĂ© de TĂ©hĂ©ran a Ă©tĂ© au cƓur de la contestation[88] aprĂšs la proclamation de la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident sortant, l'opposition dĂ©nonçant les raids des forces de sĂ©curitĂ© dans des dortoirs universitaires oĂč « le sang a coulĂ© et des jeunes ont Ă©tĂ© battus »[89].


    La premiĂšre forme d'assurance sociale (en persan : Bimeh-ye ejtekmāi) existant en Iran a Ă©tĂ© introduite en 1931 par le ministĂšre des Routes pour les ouvriers travaillant Ă  son service sous la forme d'un fonds de compensation ; deux annĂ©es plus tard, le mĂȘme type de fonds est introduit pour les ouvriers d'État des secteurs de l'industrie et des mines. Plusieurs fonds de compensation sont ensuite crĂ©Ă©s jusqu'Ă  ce qu'une loi rĂ©gulant la sĂ©curitĂ© sociale des ouvriers soit votĂ©e en 1953 (Bimehā-ye ejtemāi-e kārgarān), par la suite Ă©tendue aux non-ouvriers en 1960, aux employĂ©s agricoles en 1963. En 1975, une loi est votĂ©e pour l'unification des statuts de sĂ©curitĂ© sociale pour tous les travailleurs[90]. L'État a tout d'abord pris en compte l'assurance maladie et les pensions de retraite Ă©taient d'abord rĂ©servĂ©es au secteur public, et la loi de 1975 a Ă©tendu la loi sur l'assurance sociale au secteur privĂ©[91].

    AprĂšs la rĂ©volution de 1979, plusieurs fondations sont crĂ©Ă©es pour aider les plus dĂ©munis (appelĂ©s mostaz'afin) et amĂ©liorer leurs conditions de vie sous formes d'aides financiĂšres ou de pensions. Le ComitĂ© de secours de l'Imam Khomeini (CSIK), la fondation des martyrs ou la fondation du 15 khordad sont des exemples de ces fondations qui disposent de moyens financiers importants (subventions de l'État, exemption de taxes et dons religieux)[92].

    En 1986, la protection sociale est étendue aux travailleurs indépendants[93], qui doivent cotiser volontairement entre 12 et 18 % de leurs revenus selon la protection souhaitée.

    La protection sociale couvre les employĂ©s entre 18 et 65 ans, et le financement est partagĂ© entre l'employĂ© (7 % du salaire), l'employeur (20 Ă  23 % de la masse salariale) et l'État (qui complĂšte la contribution de l'employeur Ă  hauteur de 3 % de la masse salariale).

    La sécurité sociale permet d'assurer les employés contre le chÎmage, la maladie, la vieillesse (pension de retraite), les accidents professionnels. L'Organisation de la sécurité sociale, gérée par le MinistÚre de la Protection sociale, délivre aussi des allocations familiales et de maternité dans certaines conditions[93]. L'Iran n'a pas légiféré en faveur d'une protection sociale universelle, mais en 1996, le Centre des statistiques d'Iran estime que plus de 73 % de la population iranienne est couverte par une assurance sociale[92].

    Santé

    Habituellement, les structures sanitaires iraniennes et les professionnels de santĂ© ont un bon niveau. La situation a cependant changĂ© depuis le durcissement des sanctions. « Si vous enlevez Ă  un pays 40 % de ses recettes budgĂ©taires en l’empĂȘchant d’exporter son pĂ©trole et son gaz, il est Ă©vident que l’efficacitĂ© de son systĂšme de santĂ© en sera affectĂ©e », rĂ©sume le 13 mars l’économiste Thierry Coville[94]. Dans le contexte de crise sanitaire liĂ©e Ă  la pandĂ©mie de Covid-19, Covid-19, l'ONU appelle Ă  allĂ©ger les sanctions.

    Sécurité et criminalité

    La criminalitĂ© y est faible et vise davantage les biens que les personnes. Dans un contexte d’augmentation du flux de touristes vers l’Iran, le fait que ces derniers voyagent souvent avec d’importantes sommes d’argent liquide accroĂźt toutefois le risque de vols ou d’escroqueries diverses. L’attention des visiteurs est appelĂ©e sur le fait que certaines formes de tourisme comme le couchsurfing, - officiellement interdit, les randonnĂ©es dans des secteurs isolĂ©s, les circuits Ă  moto dans des rĂ©gions dĂ©sertiques, exposent davantage au risque de vols ou d’incidents divers. Selon l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime, l'Iran dĂ©plore un taux de 3 assassinats pour 100 000 habitants, se classant ainsi Ă  la 84e place devant la Turquie (3,3 pour 100 000), les États-Unis et mĂȘme les Antilles françaises (4,2 pour 100 000 habitants), mais derriĂšre la Suisse (0,7 pour 100 000 habitants).

    Les crimes d'honneur sont particuliÚrement fréquents, par exemple le meurtre de Romina Ashrafi, ùgée de 13 ans en mai 2020, décapitée par son pÚre dans son sommeil, pour avoir fugué avec son amoureux[95].

    Sciences

    Astrolabe

    L’histoire des sciences en Iran remonte Ă  l’AntiquitĂ©, avec des exemples comme l’acadĂ©mie de Gondichapour, premier hĂŽpital d’enseignement connu. Suivant la conquĂȘte islamique de la Perse, le savoir de la GrĂšce antique, de l’Inde et d’Alexandrie a Ă©tĂ© traduit en arabe par des scientifiques d’origine perse et arabe, crĂ©ant ainsi un des plus grands trĂ©sor scientifique du Moyen Âge. Des scientifiques iraniens trĂšs importants ont, lors de la pĂ©riode islamique, posĂ© les bases de nombreuses disciplines : algĂšbre et mathĂ©matiques avec al-KhwĂąrizmĂź, Nasir al-Din al-Tusi ou Ghiasseddin Jamshidi Kashani ; mĂ©decine avec Avicenne ou Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (dit Rhazes) ; chimie et physique avec Jabir ibn Hayyan ou Alhazen, astronomie avec Al-Biruni ou Omar Khayyam.

    Les sciences appliquĂ©es et les sciences fondamentales sont assez dĂ©veloppĂ©es en Iran. Les physiciens et les chimistes sont rĂ©guliĂšrement publiĂ©s dans des revues Ă  fort facteur d’impact. MalgrĂ© les limites posĂ©es par les fonds, les installations et les collaborations internationales, les scientifiques iraniens ont Ă©tĂ© trĂšs productifs dans des domaines tels que la pharmacologie, la chimie pharmaceutique, et la chimie organique et analytique. Des scientifiques iraniens ont aidĂ© Ă  construire le Compact Muon Solenoid, un dĂ©tecteur destinĂ© au Large Hadron Collider du CERN, mis en opĂ©ration en 2007. Des installations de RMN, de microcalorimĂ©trie, de dichroĂŻsme circulaire ou d’autres permettant d’étudier les protĂ©ines existent en Iran depuis des dĂ©cennies. La recherche sur la rĂ©paration de tissu biologique Ă©merge Ă  peine dans les dĂ©partements de biophysique.

    L’Iran est le bon exemple d’un pays qui a fait des avancĂ©es considĂ©rables en se concentrant sur l’éducation et la formation. MalgrĂ© les sanctions subies pendant les dĂ©cennies passĂ©es, les scientifiques iraniens ont tout de mĂȘme produit des recherches de trĂšs bonne qualitĂ©. Leur taux de publication dans les journaux internationaux a quadruplĂ© durant la dĂ©cennie passĂ©e. Bien que ce taux de publication soit toujours trĂšs bas par rapport aux pays dĂ©veloppĂ©s, cela place l’Iran Ă  la premiĂšre place parmi les pays islamiques[96]. L’Iran a multipliĂ© par dix ses publications entre 1996 et 2004 et a Ă©tĂ© classĂ© premier en termes de taux de croissance, suivi par la Chine[97]. En 2022, l'Iran est classĂ© en 53e position pour l'indice mondial de l'innovation[98].

    Sport

    Le sport traditionnel iranien est le Varzesh-e Pahlavani (« sport des hĂ©ros »), un art martial remontant Ă  l’époque parthe ou sassanide. Ce sport consiste en une sĂ©rie de techniques de culturisme accompagnĂ©es de lutte. De plus, ce sport accorde une grande importance Ă  l’esprit chevaleresque, Ă  la courtoisie et Ă  la bravoure. Le Varzesh-e Pahlavani est normalement pratiquĂ© dans une Zurkhaneh oĂč diffĂ©rents accessoires sont utilisĂ©s pour l’entraĂźnement (ex. : MÄ«l, Kabbadeh, Sang et Takhteh Shena). Les pratiquants de ce sport sont appelĂ©s des Pahlavan (littĂ©ralement « athlĂšte »).

    L’Iran gagne sa premiĂšre mĂ©daille olympique avec la mĂ©daille d’argent en lutte obtenue Ă  Helsinki en 1952 par Gholamreza Takhti. Il gagne par la suite une mĂ©daille d’or Ă  Melbourne en 1956 puis l’argent de nouveau Ă  Rome. Le pays se distingue rĂ©guliĂšrement dans des compĂ©titions internationales en lutte et en haltĂ©rophilie. Hossein Reza Zadeh est actuellement (2006) dĂ©tenteur du record du monde d’haltĂ©rophilie dans la catĂ©gorie des plus de 105 kg, il est le premier Iranien Ă  avoir remportĂ© deux mĂ©dailles d’or olympiques. Nassim Hassanpour a reprĂ©sentĂ© l’Iran en tir au pistolet Ă  10 m aux Jeux olympiques de Sydney en 2004. Elle Ă©tait la plus jeune et la seule reprĂ©sentante fĂ©minine de la dĂ©lĂ©gation iranienne.

    Ali Daei.

    L’équipe de football a participĂ© Ă  trois phases finales de Coupe du monde. Des joueurs comme Ali Daei, Vahid Hashemian, Ali Karimi, Andranik Teymourian et Javad Nekounam jouent ou ont jouĂ© Ă  l’étranger dans des clubs de premiĂšre division europĂ©ens tels que le Bayern Munich, VfL Bochum, Hambourg SV, Osasuna Pampelune ou au Bolton Wanderers FC.

    Le ski est Ă©galement un sport trĂšs prisĂ© des classes aisĂ©es iraniennes, pratiquĂ© dans nombre de stations de sports d’hiver comme Dizin, situĂ© Ă  proximitĂ© de TĂ©hĂ©ran, ou Sepidan, dans le Fars.

    En 2002, les sports les plus pratiqués sont le football, le culturisme, les arts martiaux, la natation, les sports de montagne (alpinisme, ski, randonnée) et la lutte. Le tennis, le golf, le basket-ball, la gymnastique et le Varzesh-e Pahlavani sont pratiqués dans des proportions moindres[99]. On note que les équipes de basket-ball iraniennes sont autorisées à disposer de deux joueurs américains maximum. Le pays se distingue également en volley-ball, notamment grùce aux victoires de l'équipe nationale dans le Championnat d'Asie et d'Océanie de volley-ball masculin en 2011 et 2013, ce qui place l'Iran à la 12e place du classement mondial de volley-ball.

    En 2011, l'Ă©quipe nationale iranienne a remportĂ© de nombreux podiums aux championnats du monde de ViĂȘt Vo Dao Ă  Ho Chi Minh Ville - ViĂȘt Nam.

    Culture

    L’Iran a une longue histoire artistique, philosophique, de traditions et d’idĂ©ologies. Beaucoup d’Iraniens pensent que leur culture est la seule et unique raison ayant permis Ă  leur civilisation de survivre Ă  des milliers d’annĂ©es de perturbations. La quĂȘte de justice sociale et d’équitĂ© est une partie importante des caractĂ©ristiques de la culture iranienne. Le respect des anciens et l’hospitalitĂ© aux Ă©trangers est aussi partie intĂ©grante de cette Ă©tiquette iranienne.

    Littérature

    « که Ű§ÛŒŰ±Ű§Ù† ŰšÙ‡ŰŽŰȘ ۧ۳ŰȘ ÛŒŰ§ ŰšÙˆŰłŰȘŰ§Ù†
    همی ŰšÙˆÛŒ Ù…ŰŽÚ© ŰąÛŒŰŻ ۧŰČ ŰŻÙˆŰłŰȘŰ§Ù† »

    « Que quelqu’un pense Ă  l’Iran comme Eden ou comme Jardin,
    L’odeur du musc de l’ami, du compagnon, abonde ici bas. »

    — Firdawsi

    « همه ŰčŰ§Ù„Ù… ŰȘن ۧ۳ŰȘ و Ű§ÛŒŰ±Ű§Ù† ŰŻÙ„
    Ù†ÛŒŰłŰȘ ÚŻÙˆÛŒÙ†ŰŻÙ‡ ŰČین Ù‚ÛŒŰ§Űł ŰźŰŹÙ„ »

    « L’Iran est le cƓur et l’univers le corps,
    De cette parole, le poÚte ne ressent humilité ni remords. »

    — Nizami

    Les travaux subsistants Ă©crits en langues persanes (comme le vieux perse ou le moyen perse) remontent aussi loin qu’en 650 av. J.-C., date des plus anciennes inscriptions AchĂ©mĂ©nides retrouvĂ©es. L’essentiel de la littĂ©rature persane, cependant, remonte Ă  la pĂ©riode de la conquĂȘte de l'Iran par l'Islam aux environs de 650 de notre Ăšre. AprĂšs que les Abbassides furent arrivĂ©s au pouvoir (750), les Persans sont devenus les scribes et les bureaucrates de l’empire Islamique et aussi, de plus en plus, ses Ă©crivains et poĂštes. Les Persans Ă©crivaient Ă  la fois en arabe et en persan ; le persan a ensuite prĂ©dominĂ© dans les cercles littĂ©raires successifs. Les poĂštes perses tels que Saadi, Hafez et RĂ»mi sont lus dans le monde entier et ont eu une grande influence sur la littĂ©rature dans de nombreux pays. La littĂ©rature persane contemporaine est peut-ĂȘtre moins connue.

    La littĂ©rature persane est notamment renommĂ©e pour sa poĂ©sie, qui peut ĂȘtre Ă©pique, historique, philosophique, amoureuse


    Les principaux Ă©crivains persans sont Ferdowsi, auteur du ShĂąh NĂąmĂą, la grande Ă©popĂ©e iranienne, Nizami, auteur du KhamsĂ© (ou « Cinq PoĂšmes »), RĂ»mi avec MesnĂąvi et le Chant des oiseaux, Sa’adi, Hafez, Omar Khayyam, Attar avec le MĂ©morial des Saints, La ConfĂ©rence des oiseaux et Le Livre des secrets


    Parmi les Ă©crivains et les poĂštes contemporains, on peut citer aussi Sadegh Hedayat, Ahmad Chamlou, 'AlĂź SharĂź'atĂź, Fereydoun Moshiri, Forough Farrokhzad.

    Cinéma

    Le cinĂ©ma n’est ĂągĂ© que de cinq ans quand il arrive en Perse au dĂ©but du XXe siĂšcle. Le premier rĂ©alisateur iranien fut sĂ»rement Mirza Ebrahim Khan Akkas Bashi, le photographe officiel de Mozaffareddine Chah, le Shah d’Iran (1896-1907). AprĂšs une visite Ă  Paris en , Akkas Bashi obtint une camĂ©ra et filma la visite du Shah en Belgique.

    Le cinĂ©ma iranien d’aprĂšs la rĂ©volution rencontre un important succĂšs sur les forums internationaux pour son style distinct, ses thĂšmes, ses auteurs, son idĂ©e de nationalitĂ© et la manifestation de la culture. De nombreux rĂ©alisateurs iraniens de classe mondiale ont Ă©mergĂ©, comme Abbas Kiarostami et Jafar Panahi. La prĂ©sence rĂ©guliĂšre de films iraniens dans de prestigieux festivals internationaux comme le Festival de Cannes, la Mostra de Venise ou le Festival de Berlin ont attirĂ© l’attention du monde entier sur des chefs-d’Ɠuvre[100]. Les films iraniens ont Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement sĂ©lectionnĂ©s ou ont gagnĂ© des prix prestigieux tels que le Lion d’Or de la Mostra de Venise, la Palme d’Or du Festival de Cannes ou l'Ours d’argent ou d’or de la Berlinale. En 2006, 6 films iraniens, de 6 styles diffĂ©rents, ont reprĂ©sentĂ© le cinĂ©ma iranien au festival du film de Berlin. Cela a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© par les critiques comme un Ă©vĂšnement remarquable pour le cinĂ©ma iranien[101] - [102].

    Musique et danse

    La musique iranienne a une histoire plusieurs fois millĂ©naire remontant au NĂ©olithique, telles que peuvent l’attester les fouilles archĂ©ologiques Ă  Élam, au sud-ouest de l’Iran. Il faut distinguer la science de la musique, ou musicologie (Elm-e Musiqi) qui, en tant que branche des mathĂ©matiques, a toujours Ă©tĂ© trĂšs bien considĂ©rĂ©e dans le pays, et la performance musicale (Tarab, Navakhteh, Tasneef, Taraneh ou plus rĂ©cemment Muzik) qui a souvent eu une relation conflictuelle avec les autoritĂ©s religieuses.

    La musique classique iranienne (Musiqi Asil) est basĂ©e sur les thĂ©ories acoustiques et esthĂ©tiques exposĂ©es par Farabi et Shirazi dans les premiers siĂšcles de l’Islam. Ce genre musical prĂ©serve les formules mĂ©lodiques attribuĂ©es aux musiciens des Cours impĂ©riales de Khosro Parviz Ă  la pĂ©riode Sassanide. Ces modes sont connus sous le nom de dastgĂąh et reprĂ©sentent un rĂ©pertoire (radif) dans lequel les autres genres musicaux iraniens puisent leurs idĂ©es et leur inspiration[103].

    Musiciens jouant de la musique de chambre iranienne traditionnelle.

    La musique religieuse n’est pas un genre homogĂšne. Les piĂšces de thĂ©Ăątre (tazieh) reprĂ©sentant la passion de l’imam Hussein ont leur origine dans la musique martiale. D'une maniĂšre similaire, la musique des confrĂ©ries soufies, par l’utilisation d'instruments mystiques daf et tambĂ»r et la pratique de cĂ©rĂ©monies rituelles (zikr et jam), possĂšde une libertĂ© de composition plus grande et est rythmiquement plus sophistiquĂ©e que la musique classique[104].

    La musique populaire et folklorique joue un rĂŽle important dans la vie quotidienne des Iraniens ruraux, comme les chansons folkloriques du Kurdistan et du Khorasan, mais aussi des citadins car elle inspire la musique populaire et classique.

    L’Iran a dĂ©veloppĂ© sa propre musique pop dans les annĂ©es 1970, utilisant des formes et des instruments indigĂšnes et ajoutant de la guitare Ă©lectrique et d’autres caractĂ©ristiques importĂ©es ; le musicien le plus populaire de cette Ă©poque Ă©tait une chanteuse, Gougoush. La musique pop a cependant Ă©tĂ© bannie aprĂšs la rĂ©volution de 1979[105] qui a lancĂ© une renaissance dans la musique classique perse permettant l'Ă©mergence de cĂ©lĂ©britĂ©s nationales et internationales comme Mohammad Reza Lotfi, Hossein Alizadeh, Shahram Nazeri et Mohammad Reza Shadjarian. Toutefois, beaucoup d’Iraniens trĂšs conservateurs ne voyaient pas d’un bon Ɠil mĂȘme les mĂ©lodies et les paroles les plus simples. Ainsi fut-il interdit aux femmes de chanter en public ; elles peuvent toujours jouer d’un instrument[105].

    La danse en Iran possĂšde une longue histoire et s’est dĂ©veloppĂ©e depuis les temps datant de l’époque prĂ©-achĂ©mĂ©nides. En effet, des fouilles durant ces 30 derniĂšres annĂ©es donnent accĂšs Ă  la preuve de son existence depuis l’apparition du culte de Mithra 2 000 ans avant notre Ăšre[106]. Pour cette nation ancienne, la danse peut ĂȘtre envisagĂ©e comme un phĂ©nomĂšne important et social et/ou un rituel religieux. Cependant, des restrictions politiques aux danses iraniennes et traditionnelles ont eu lieu aprĂšs la rĂ©volution de 1979, la danse et la musique ont un temps Ă©tĂ© mal vues, voire interdites temporairement, mais cette histoire millĂ©naire se perpĂ©tue toujours, parfois dans un cadre plus privĂ©.

    La danse peut intervenir dans de nombreux contextes trĂšs diffĂ©rents : les Ă©vĂ©nements sociaux, les rites de passage, les exorcismes et les cĂ©rĂ©monies[106]. Ces contextes peuvent ĂȘtre associĂ©s Ă  des Ă©vĂ©nements traditionnels ou historiques (fĂȘtes nationales, jours religieux festifs, fĂȘtes prĂ©-islamiques, migrations tribales
) ou avoir lieu de maniĂšre improvisĂ©e.

    Miniatures

    Kelileh va Demneh, Manuscrit persan datant de 1429, provenant de Herat, l’illustration reprĂ©sente un chacal essayant de faire fuir un lion.

    Les thÚmes de la miniature persane sont pour la plupart liés à la mythologie perse et à la poésie. Les artistes occidentaux ont découvert la miniature persane au début du XXe siÚcle. Les miniatures persanes utilisent de la géométrie pure et une palette de couleurs vives.

    Il est difficile de tracer les origines de l’art de la miniature persane, qui a atteint son sommet pendant les pĂ©riodes Mongoles et Timourides (XIIe – XVIe siĂšcle). Les dirigeants mongols de l’Iran ont rĂ©pandu le culte de la peinture chinoise et l’ont amenĂ© avec eux, comme un certain nombre d’artisans chinois. Le papier lui-mĂȘme, est arrivĂ© en Perse depuis la Chine en 753. L’influence chinoise est donc trĂšs grande sur cet art.

    La fonction la plus importante de la miniature Ă©tait l’illustration. Elle donnait une image Ă  un texte littĂ©raire, le rendant plus agrĂ©able et facile Ă  comprendre. La richesse poĂ©tique iranienne a permis l’émergence de nombreuses Ă©coles importantes de la miniature, chacune possĂ©dant son style unique, et crĂ©ant ainsi une grande diversitĂ© de peintures. C’est Ă  travers ces Ă©coles que la peinture miniature a atteint son apogĂ©e, Ă  la fois en Iran et en Asie centrale. Les trois Ă©coles ayant eu le plus d’influence sur la miniature Ă©taient situĂ©es Ă  Shiraz, Tabriz et Herat (actuel Afghanistan).

    Un des peintres les plus connus et ayant eu le plus d’influence dans l’école d’Herat Ă©tait Kamaleddin Behzad. Les Ɠuvres de Behzad ont influencĂ© le dĂ©veloppement ultĂ©rieur de l’art de la miniature.

    Le thĂšme des miniatures est devenu plus limitĂ© au fur et Ă  mesure que le temps passa. Au XVIIe siĂšcle, les thĂšmes portaient principalement sur des scĂšnes d’amour, des portraits et mĂȘme des copies d’images europĂ©ennes. Au XVIIIe siĂšcle apparut un nouveau genre faisant apparaĂźtre des fleurs et des oiseaux.

    Tapis

    Probablement nĂ© Ă  l'Ăąge du bronze, le tapis persan est un Ă©lĂ©ment essentiel de l’art et de la culture persane. Au XVIe siĂšcle, les Safavides en ont dĂ©veloppĂ© la production et en ont Ă©levĂ© le tissage au rang d'art[107].

    C'est aujourd'hui un mode d’expression artistique par la libertĂ© qu’autorise notamment le choix des couleurs vives et des motifs employĂ©s. Les secrets de fabrication sont passĂ©s de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Les artisans utilisaient les insectes, les plantes, les racines, les Ă©corces et d’autres matiĂšres comme source d’inspiration.

    Cuisine

    La cuisine d’Iran est diverse, chaque province ayant ses propres plats aussi bien que ses styles et traditions culinaires, distinctes selon les rĂ©gions. Elle n’est pas Ă©picĂ©e. Les herbes sont beaucoup utilisĂ©es, de mĂȘme que les fruits tels que prunes, grenades, raisins, coings ou autres. La plupart des plats iraniens sont une combinaison de riz avec de la viande (poulet, agneau) ou du poisson et beaucoup d’ail, d’oignon, de lĂ©gumes, de noix et de fines herbes.

    Dans son livre La nouvelle nourriture de la vie, Najmieh Batmanglij Ă©crit que la « cuisine d’Iran a beaucoup en commun avec d'autres cuisines du Moyen-Orient, mais est souvent considĂ©rĂ©e comme la plus sophistiquĂ©e et la plus imaginative de toutes, aussi colorĂ©e et complexe qu'un tapis persan. »[108]

    Politique et droit

    RĂ©partition des pouvoirs

    Institutions politiques de l’Iran.

    L’Iran, depuis l’instauration de la RĂ©publique islamique, prĂ©sente un systĂšme institutionnel trĂšs singulier. C'est le seul État officiellement chiite et un des rares pays Ă  ĂȘtre une thĂ©ocratie ; c’est-Ă -dire que le pouvoir, censĂ© Ă©maner de Dieu, rĂ©side dans les mains du clergĂ©. Cette thĂ©ocratie dĂ©coule du concept de velayat-e faqih[109], thĂ©orisĂ© dans les annĂ©es 1960 par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, premier « guide de la rĂ©volution ». Le velayat-e faqih consiste en « la tutelle du juriste-thĂ©ologien », notion notamment dĂ©veloppĂ©e en France par la sociologue AmĂ©lie Myriam Chelly, consistant en une idĂ©ologisation du chiisme traditionnel, et donc en son dĂ©tournement politique[109]. Le chef suprĂȘme de la religion a droit de veto sur tout. Quand le chef religieux contrĂŽle le pays, il choisit ce qui est bon ou non en fonction de sa religion. Cependant, il existe aussi une dimension reprĂ©sentative dans ce systĂšme, puisque la souverainetĂ© populaire est reconnue et qu’un processus Ă©lectoral permet l’élection du prĂ©sident de la RĂ©publique, des dĂ©putĂ©s et des membres de l’AssemblĂ©e des experts. Ce systĂšme Ă©lectoral s’inspire des dĂ©mocraties populaires, mais le pluralisme politique n’existe pas ; les candidats appartiennent aux diverses factions islamiques[110].

    Le systĂšme politique de la RĂ©publique islamique est basĂ© sur la Constitution de 1979 appelĂ©e Qānun-e Asasi (« Loi fondamentale »). Le systĂšme comprend plusieurs corps gouvernants intimement reliĂ©s, dont la plupart sont nommĂ©s par le guide (seuls le prĂ©sident, les membres du parlement et les membres de l’AssemblĂ©e des experts sont Ă©lus au suffrage universel). L’ñge minimum requis pour voter est fixĂ© Ă  18 ans[111].

    Pouvoir exécutif

     Hassan Rohani
    Le président Hassan Rohani.

    Le Guide de la rĂ©volution (aussi appelĂ© « Guide suprĂȘme ») est responsable de la supervision des « politiques gĂ©nĂ©rales de la rĂ©publique islamique d’Iran »[112]. Il est Ă©lu par l’AssemblĂ©e des experts pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Le Guide de la rĂ©volution est commandant en chef des forces armĂ©es ; il contrĂŽle le renseignement militaire et les opĂ©rations liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ© ; lui seul a le pouvoir de dĂ©clarer la guerre. C’est aussi la seule personne des institutions d’État obligatoirement religieuse. Il peut dĂ©mettre le prĂ©sident de la RĂ©publique de ses fonctions, aprĂšs que la Cour suprĂȘme a reconnu ce dernier coupable de violation de ses devoirs constitutionnels, ou aprĂšs un vote du Parlement tĂ©moignant de son incapacitĂ© sur la base du principe 89 de la constitution. L’AssemblĂ©e des experts est responsable de la supervision du Guide suprĂȘme dans le cadre de l’exĂ©cution de ses devoirs lĂ©gaux. Le Guide de la rĂ©volution actuel est l’ayatollah Ali Hossein Khamenei (dĂ©signĂ© en 1989).

    La Constitution dĂ©finit le prĂ©sident comme la plus haute autoritĂ© de l’État aprĂšs le Guide de la rĂ©volution[112]. Le prĂ©sident est Ă©lu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois. Les candidats Ă  la prĂ©sidence doivent ĂȘtre autorisĂ©s Ă  se prĂ©senter par le Conseil des gardiens. Le prĂ©sident est responsable de l’application de la constitution et de l’exercice des pouvoirs exĂ©cutifs, Ă  l’exception de ceux directement liĂ©s au Guide suprĂȘme. Le prĂ©sident nomme et supervise le Conseil des ministres, coordonne les dĂ©cisions du gouvernement et sĂ©lectionne les politiques du gouvernement avant qu’elles soient transmises au parlement. Dix vice-prĂ©sidents assistent le prĂ©sident, ainsi qu’un cabinet de 22 ministres, dont la nomination doit ĂȘtre approuvĂ©e par le parlement[113].

    Le président de la république islamique d'Iran est le chef du gouvernement d'Iran. Le premier titulaire a été Abolhassan Bani Sadr. Le président de la République actuel est Ebrahim Raïssi depuis le .

    Pouvoir législatif

    La Majles (mĂŠdÍĄÊ’Ëˆles), dont le nom complet est « AssemblĂ©e consultative islamique » (en persan : Ù…ŰŹÙ„Űł ŰŽÙˆŰ±Ű§ÛŒ Ű§ŰłÙ„Ű§Ù…Ù‰, Majles-e Shora-ye Eslami), est l’unique assemblĂ©e du systĂšme monocamĂ©ral iranien. Elle compte 290 membres Ă©lus pour un mandat de quatre ans. La Majles Ă©bauche la lĂ©gislation, ratifie les traitĂ©s internationaux et approuve le budget national. Tout candidat Ă  la lĂ©gislature doit ĂȘtre autorisĂ© Ă  se prĂ©senter par le Conseil des gardiens. En 2006, 5 siĂšges sont rĂ©servĂ©s pour les minoritĂ©s religieuses.

    L’AssemblĂ©e des experts, qui siĂšge une semaine par an, compte 86 membres du clergĂ© « vertueux et cultivĂ©s » Ă©lus au suffrage universel pour un mandat de huit ans. Comme pour les Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives, c’est le Conseil des Gardiens qui dĂ©termine l’éligibilitĂ© des candidats. L’assemblĂ©e Ă©lit le Guide suprĂȘme et a l’autoritĂ© constitutionnelle pour lui retirer le pouvoir Ă  n’importe quel moment. On n’a cependant jamais vu de cas oĂč cette assemblĂ©e s’opposait aux dĂ©cisions du guide suprĂȘme.

    Le Conseil des gardiens de la Constitution compte 12 juristes dont 6 sont nommĂ©s par le Guide suprĂȘme. L’autre moitiĂ© est recommandĂ©e par le dirigeant du pouvoir judiciaire (lui-mĂȘme nommĂ© par le Guide de la rĂ©volution) et officiellement nommĂ©s par le parlement. Le conseil interprĂšte la constitution et peut user de son droit de veto Ă  l’encontre de la Majles : s’il juge une loi incompatible avec la constitution ou les principes de l’islam, il la renvoie au parlement pour rĂ©examen. Dans l’exercice controversĂ© de son autoritĂ©, le conseil se rĂ©fĂšre Ă  une interprĂ©tation stricte de la constitution afin de mettre son veto aux candidats au parlement.

    Le Conseil de discernement, composĂ© de six membres religieux du Conseil des gardiens de la Constitution, des chefs des pouvoirs lĂ©gislatifs, judiciaires et exĂ©cutifs, du ministre concernĂ© par l’ordre du jour auxquels s’ajoute une dizaine d’autres personnalitĂ©s. Il a l’autoritĂ© pour faire la mĂ©diation des problĂšmes entre le parlement et le conseil des gardiens, et sert de corps consultatif au guide suprĂȘme ; en faisant ainsi un des organes de pouvoir les plus puissants du pays.

    Pouvoir judiciaire

    Le guide de la rĂ©volution nomme le chef du pouvoir judiciaire (actuellement Mahmoud Hashemi Shahroudi), qui Ă  son tour nomme le dirigeant de la cour suprĂȘme et le procureur en chef. Il existe diffĂ©rents types de tribunaux incluant les tribunaux publics qui sont chargĂ©s des cas civils et criminels, et les tribunaux rĂ©volutionnaires qui traitent diffĂ©rents cas, dont les crimes contre la sĂ©curitĂ© nationale. Les dĂ©cisions des tribunaux rĂ©volutionnaires sont finales et l’appel n’est pas possible. Le tribunal spĂ©cial clĂ©rical est chargĂ© des crimes commis par les membres du clergĂ©, bien qu’il se soit aussi chargĂ© de cas impliquant des laĂŻcs. Le tribunal spĂ©cial clĂ©rical fonctionne indĂ©pendamment du systĂšme judiciaire rĂ©gulier et ne rend compte qu’au guide de la rĂ©volution. Les dĂ©cisions de ce tribunal sont dĂ©finitives et on ne peut y faire appel. Plusieurs religieux rĂ©formistes ont par exemple Ă©tĂ© jugĂ©s et condamnĂ©s sous des prĂ©textes divers par le tribunal spĂ©cial du clergĂ©[114], comme le montre l’exemple de l’Hojjat-ol-Eslam Abdollah Nouri, Ă©diteur du journal Khordad. Ce religieux rĂ©formateur, critique de la rĂ©pression, est accusĂ© d’insultes Ă  Khomeini et de publications d’articles religieux puis condamnĂ© Ă  cinq ans d’emprisonnement[115]

    Jusqu'en février 2012, l'article 83 du code pénal iranien prévoyait que l'adultÚre serait puni de lapidation. Ce mode d'exécution a disparu du nouveau code, mais une disposition de la constitution permet aux magistrats de statuer en la matiÚre d'aprÚs leur connaissance du droit islamique, ce qui leur laisse toute latitude pour appliquer ou non cette sanction. Les associations de défense des droits de l'homme estiment que cinq hommes et une femme ont été ainsi exécutés depuis 2006.

    Pouvoirs locaux

    Téhéran.

    Les conseils locaux sont Ă©lus par un vote public pour des mandats de quatre ans dans toutes les villes et villages d’Iran. D’aprĂšs l’article 7 de la constitution iranienne, ces conseils locaux, avec le parlement, sont « les organes administratifs et de dĂ©cision de l’État »[112]. Cette section de la constitution n’a pas Ă©tĂ© appliquĂ©e avant 1999, quand les premiĂšres Ă©lections de conseils locaux ont Ă©tĂ© tenues dans le pays. Les conseils ont diffĂ©rentes responsabilitĂ©s comme Ă©lire les maires, superviser les activitĂ©s des municipalitĂ©s, Ă©tudier les besoins sociaux, sanitaires, Ă©conomiques, culturels et Ă©ducatifs de leurs administrĂ©s. Ils planifient et coordonnent la participation nationale Ă  l’implĂ©mentation des dĂ©cisions sociales, Ă©conomiques, culturelles, Ă©ducatives et autres.

    Politique intérieure

    L'Iran est souvent considĂ©rĂ© comme une dictature. Selon certaines sources, la majoritĂ© du peuple iranien serait insatisfaite du gouvernement[116]. MĂȘme si le peuple Ă©lit ses reprĂ©sentants au suffrage universel, les personnes Ă©ligibles sont choisies par les instances islamiques. Amnesty International classe l'Iran dans les deux pays avec le plus fort taux d'exĂ©cution. Selon les organismes internationaux de dĂ©fense des droits de l'homme, la torture et le viol par les Gardiens de la rĂ©volution islamique se produisent rĂ©guliĂšrement[117]. Amnesty International affirme aussi qu'il n'existe pas de libertĂ© d'expression[118].

    Politique générale

    Partisans de Mostafa Mo’in, candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle en 2005, dont un des slogans Ă©tait de se battre pour les Droits de l’Homme.

    L’État iranien, Ă  part ces structures institutionnelles, possĂšde d’autres particularitĂ©s sur le plan politique. Il existe en effet des structures de dĂ©doublement de l’appareil d’État. Ces structures, appelĂ©es structures rĂ©volutionnaires (nahadha ye enqelāb), dĂ©pendent directement du Guide de la rĂ©volution et prennent en charge des activitĂ©s gĂ©nĂ©ralement sous le contrĂŽle du gouvernement. L’ArmĂ©e iranienne est ainsi doublĂ©e par les Gardiens de la rĂ©volution et les tribunaux par des tribunaux rĂ©volutionnaires. Dans chaque ministĂšre et chaque province est nommĂ© un reprĂ©sentant du guide.

    La politique est rĂ©servĂ©e aux factions[119] islamistes[120], puisque tous les autres partis traditionnels sont interdits[121]. Il existe deux tendances chez les islamistes : conservateurs et rĂ©formateurs. Tous deux veulent faire durer le systĂšme iranien, mais ils ne sont pas d’accord sur les moyens Ă  employer. Les conservateurs s’opposent Ă  tout changement, et sont pour la ligne dure en vigueur aux dĂ©buts de la rĂ©volution. Les rĂ©formateurs sont pour une certaine libĂ©ralisation politique. L’élection de Mohammad Khatami, un rĂ©formateur, en 1997, a montrĂ© la volontĂ© de changement des Iraniens. NĂ©anmoins, les difficultĂ©s crĂ©Ă©es par les conservateurs pour faire valider les lois des rĂ©formateurs ont empĂȘchĂ© le moindre changement et ont permis aux conservateurs de revenir sur la scĂšne politique. La perte de crĂ©dibilitĂ© a entraĂźnĂ© un fort taux d’abstention aux Ă©lections municipales en 2003, le retour de dĂ©putĂ©s conservateurs au Majles en 2004, jusqu’à l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2005. Ce dernier sera rĂ©Ă©lu en 2009 Ă  l'issue d'un scrutin aux rĂ©sultats trĂšs contestĂ©s par des millions d'Iraniens favorables Ă  son principal concurrent rĂ©formateur l'ex-Premier Ministre Mir Hossein Moussavi de 1981 Ă  1989.

    Partisans de Hassan Rohani rue Valiasr (2013).

    Les catĂ©gories de la population les plus sensibles pour les autoritĂ©s politiques sont les jeunes, les femmes et les intellectuels[121]. La jeunesse iranienne vit une crise causĂ©e par les contraintes morales, le manque de perspectives d’avenir et le chĂŽmage[122]. Les jeunes n’abandonnent pas pour autant leur quĂȘte de libertĂ© sociale : libertĂ© de choix vestimentaires, de rencontre entre sexes opposĂ©s dans les lieux publics, d’accĂšs Ă  la production culturelle et artistique du monde entier[121]. Les revendications ayant trait Ă  la condition de la femme en Iran n’ont rien perdu de leur vigueur[123]. Bien que leur statut juridique soit infĂ©rieur, comme le montrent notamment l’obligation du port du voile[124] et les mesures relatives Ă  la mixitĂ©, les femmes participent Ă  tous les aspects de la vie politique, sociale, Ă©conomique, scientifique et artistique. Il existe aujourd’hui deux mouvements fĂ©ministes en Iran : un courant fĂ©ministe islamiste, se rĂ©clamant des valeurs religieuses et de la tradition, et un autre se rĂ©clamant de la laĂŻcitĂ©[123]. Les intellectuels (roshanfekran) sont eux aussi divisĂ©s en religieux et laĂŻques[125]. Ils ont changĂ© leur vision entre les dĂ©buts de la RĂ©publique islamique et aujourd’hui, un quart de siĂšcle aprĂšs. Abdolkarim Soroush, un philosophe iranien tout d’abord partisan de la rĂ©volution, est aujourd’hui considĂ©rĂ© comme un degarandishan (« ceux qui pensent autrement ») ; il a dĂ©veloppĂ© une approche critique de l’islam : il distingue une version de la religion qui n’a son mot Ă  dire que dans la sphĂšre du sacrĂ© et une autre qui a son mot Ă  dire sur tout, y compris la vie sociale et politique[125]. De nombreux intellectuels pensent de maniĂšre similaire Ă  Soroush et sont opposĂ©s Ă  l’imbrication du politique et du religieux. Les laĂŻques, bien que soumis Ă  l’intimidation sont toujours actifs. Des dĂ©bats rĂ©guliers ont lieu sur l’ouverture du systĂšme politique, le rĂŽle de la sociĂ©tĂ© civile, la dĂ©mocratie, l’espace public, etc.[121]

    Les jeunes, les femmes, les intellectuels et les classes moyennes forment une sociĂ©tĂ© civile qui n’est pas dotĂ©e de structures d’encadrement, car l’appareil d’État a infiltrĂ© les institutions civiles[126]. Des groupes existent nĂ©anmoins en dehors du contrĂŽle de l’État, qui permettent d’organiser des manifestations, signer des pĂ©titions[127] - [121]. Des contacts ont aussi lieu avec la diaspora iranienne et l’extĂ©rieur du pays pour informer sur la situation nationale et internationale[121].

    Droits de la personne
    Partisans de Mostafa Mo’in, candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle en 2005, dont un des slogans Ă©tait de se battre pour les Droits de l’Homme (il n’a obtenu que 13,83 %).

    La situation des droits de l'homme est jugée trÚs préoccupante en Iran[128].

    Sous le rĂšgne du Chah, le non-respect des droits de l'homme avait Ă©tĂ© constatĂ© et dĂ©noncĂ© par des ONG. Depuis l'instauration de la RĂ©publique islamique, la violation par le gouvernement iranien des droits civils et de la libertĂ© d’expression politique est toujours dĂ©noncĂ©e Ă  travers le monde. L’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale et la Commission des droits de l’homme de l’ONU se dĂ©clarent prĂ©occupĂ©es par « le grand nombre d'exĂ©cutions capitales, de cas de torture et de traitements ou chĂątiments inhumains ou dĂ©gradants, les normes appliquĂ©es en ce qui concerne l'administration de la justice, l'absence de garanties d'une procĂ©dure rĂ©guliĂšre, le traitement discriminatoire de certains groupes de citoyens »[128].

    Depuis l’établissement de la RĂ©publique islamique en 1979, les lois iraniennes sont basĂ©es sur une interprĂ©tation particuliĂšre de la Charia. Toutes les relations sexuelles qui ont lieu en dehors du traditionnel mariage hĂ©tĂ©rosexuel sont illĂ©gales et aucune distinction lĂ©gale n’est faite entre les relations consenties ou non consenties. Jusqu'en fĂ©vrier 2012, l'article 83 du code pĂ©nal iranien prĂ©voyait que l'adultĂšre serait puni de lapidation. Ce mode d'exĂ©cution a disparu du nouveau code, mais une disposition de la constitution permet aux magistrats de statuer en la matiĂšre d'aprĂšs leur connaissance du droit islamique, ce qui leur laisse toute latitude pour appliquer ou non cette sanction. Les associations de dĂ©fense des droits de l'homme estiment que cinq hommes et une femme ont Ă©tĂ© ainsi exĂ©cutĂ©s depuis 2006. Le rapport du HCR de 2001 dit que la chirurgie de changement de sexe est frĂ©quemment et ouvertement menĂ©e en Iran, et que les homosexuels et les travestis sont en sĂ©curitĂ© tant qu’ils gardent profil bas[129]. Le rapport dĂ©clare de plus qu’il n’est pas possible actuellement pour les individus transgenres de choisir de ne pas subir de chirurgie - si on leur accorde le droit de changer de sexe, il est attendu qu’ils le fassent immĂ©diatement. Ceux qui ne veulent pas se faire opĂ©rer (ainsi que ceux qui se travestissent ou ne peuvent dĂ©finir leur sexe) sont considĂ©rĂ©s comme Ă©tant de leur genre biologique, et, en tant que tels, peuvent ĂȘtre soumis Ă  harcĂšlement pour le fait d’ĂȘtre homosexuels et sont donc sujets aux mĂȘmes lois interdisant les actes homosexuels[130].

    Depuis son Ă©lection en 2005, la prĂ©sidence de Mahmoud Ahmadinejad est marquĂ©e par la prioritĂ© donnĂ©e Ă  la politique internationale. Le pouvoir se prĂ©occupe plus de la position gĂ©ostratĂ©gique du pays que des problĂšmes intĂ©rieurs. L’efficacitĂ© de l’action internationale sur les Droits de l’Homme en est affectĂ©e. Le dialogue avec l’Union europĂ©enne, rompu en 2004, n’a pas repris malgrĂ© une tentative de relance en 2005. L’association Action des chrĂ©tiens pour l'abolition de la torture note toutefois que, malgrĂ© des dĂ©clarations contradictoires, la position de l’Iran pourrait Ă©voluer sur la question de l’application de la peine capitale aux mineurs[131]. À l’opposĂ©, Amnesty International craint que le nombre d’exĂ©cutions de mineurs depuis 2005 soit sous-Ă©valuĂ©. L’association avait vu dans les promesses Ă©lectorales de Mahmoud Ahmadinejad (amĂ©lioration des droits sociaux et Ă©conomiques) une occasion de sensibiliser l’Iran au thĂšme des droits humains. Elle note au contraire que « les mois ont passĂ© et
 rĂ©pression, limitation du droit Ă  l’expression et d’association, arrestations arbitraires, torture et pour agrĂ©menter le tout, retour massif Ă  la peine de mort, sont Ă  nouveau Ă  la carte »[132].

    En 2003, Bernard Hourcade, iranologue au CNRS dressait un portrait optimiste de l’évolution politique et sociale de l’Iran. Il constatait une modernisation du pays dans les secteurs culturel, social, Ă©conomique, politique, des relations internationales, et des Ă©changes universitaires internationaux. De nombreux anciens Pasdarans qui occupent aujourd’hui des postes clefs sont allĂ©s Ă©tudier Ă  l’étranger. Il notait que les notions de rĂ©publique, de dĂ©mocratie ou de libertĂ©s s’ancrent de plus en plus dans la sociĂ©tĂ© iranienne et crĂ©ent les conditions d’un changement profond ; changement dans lequel l’islam politique a une nouvelle place. Selon lui, « malgrĂ© la rĂ©pression, l’Iran est un pays oĂč les gens dĂ©battent, parlent, s’expriment, protestent. Quels que soient leurs efforts, les autoritĂ©s clĂ©ricales qui contrĂŽlent la justice et la police ne sont plus en mesure de contrĂŽler l’accĂšs Ă  l’information ni l’expression des revendications. Les actes de rĂ©pression pour l’exemple, notamment contre les journalistes, sont d’autant plus violents et systĂ©matiques, mais dĂ©noncĂ©s avec force et efficacitĂ©, mĂȘme par des membres du gouvernement ». Si des oppositions bloquent encore les processus Ă©lectoraux, ou la promulgation de lois, le pays a changĂ© et a pris l’habitude de l’indĂ©pendance et de la libertĂ© de parole, avant celle des actes[133].

    Certains experts de la région considÚrent que le peuple est contre le gouvernement et a adopté le principe de démocratie depuis longtemps, sans que le gouvernement ne fasse aucun effort que ce soit pour l'écouter. D'ailleurs, la majorité des Iraniens ne penseraient pas qu'une « République islamique réformée » puisse les satisfaire[134].

    Amnesty International classe l'Iran comme ayant le plus fort taux d'exécutions sommaires, de violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales en 2008 avec 317 exécutions sommaires. Selon les organismes internationaux de défense des droits de l'homme, la torture et le viol par les Gardiens de la révolution se produiraient réguliÚrement[117]. Amnesty International constate aussi qu'il n'existe pas de liberté d'expression[118].

    Le 29 septembre 2022, le chanteur iranien Shervin Hajipour a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par des policiers de TĂ©hĂ©ran pour avoir publiĂ© une chanson sur Instagram sur les manifestations antigouvernementales qui font rage Ă  travers le pays. Sa chanson Ă©tait basĂ©e sur l'effusion de la colĂšre du public aprĂšs la mort de Mahsa Amini en garde Ă  vue le 16 septembre[135].

    Situation des femmes
    Deux jeunes femmes.

    Si les femmes en Iran bĂ©nĂ©ficient globalement de droits plus Ă©tendus que dans bon nombre d'États voisins du Moyen-Orient, un certain nombre de ces droits datant des annĂ©es 1960 et 1970, ceux-ci ont Ă©tĂ© restreints depuis la rĂ©volution iranienne.

    Les femmes en Iran font face à une situation de discrimination vis-à-vis des hommes, comme le montre l'inégalité de leurs droits concernant le mariage. La loi islamique permet, en effet, aux hommes d'épouser quatre femmes à titre permanent et de prendre autant d'épouses « temporaires » par des contrats religieux qui peuvent durer de quelques heures à plusieurs années. Les femmes qui contractent des mariages temporaires sont des veuves ou des divorcées[136].

    Ce mariage temporaire chez les chiites est appelé mariage de plaisir et connu sous le nom de sigheh en Iran et rejeté comme prohibé par les sunnites.

    Par ailleurs, le port du foulard islamique est obligatoire pour toutes les femmes, y compris les touristes, en Iran. Plus de 110 000 femmes « mal voilĂ©es » ont reçu des « avertissements » dĂ©livrĂ©s par la police pour non-respect du strict code vestimentaire en 2007. Il est cependant frĂ©quent de voir, en particulier dans les villes, des voiles dĂ©faits ou de larges mĂšches dĂ©passant sur le front, des Ă©toffes transparentes, voire une absence de voile. Ils sont nommĂ©s avec ironie "voile dĂ©capotable" car les jeunes femmes s’empressent de les repositionner Ă  la vue de la police des mƓurs[137]. Ne respectant pas strictement le code vestimentaire (ses cheveux n’étaient pas entiĂšrement couverts par son foulard), Mahsa Amini, une jeune femme ĂągĂ©e de 22 ans est arrĂȘtĂ©e le Ă  TĂ©hĂ©ran oĂč elle est en visite avec sa famille. Elle dĂ©cĂšde Ă  la suite de son arrestation par le police des mƓurs (Gasht-e Ershad) aprĂšs trois jours de coma. Les femmes peuvent encourir jusqu'Ă  trois mois de prison. À la suite de la mort de Mahsa Amini, des manifestations de protestation ont lieu dans les rues de TĂ©hĂ©ran, dispersĂ©es par des jets de grenades lacrymogĂšnes[138]. Par solidaritĂ© et en signe de protestation, des femmes s'affichent sur les rĂ©seaux sociaux se coupant les cheveux ou brĂ»lant leur voile islamique[139]. Les manifestations se poursuivent les jours suivants. L'Union EuropĂ©enne et la France manifestent leur vive Ă©motion Ă  l'Ă©gard de ce dĂ©cĂšs "inacceptable" et "choquant"[140]. La Haute Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Nada Al-Nashif, fait part de « son inquiĂ©tude face Ă  la mort en dĂ©tention de Mahsa Amini (
) et Ă  la rĂ©action violente des forces de sĂ©curitĂ© aux manifestations » au Kurdistan iranien durant lesquelles trois personnes sont tuĂ©es le . Depuis, la vague de colĂšre se rĂ©pand au Kurdistan, puis Ă  TĂ©hĂ©ran et dans d’autres rĂ©gions en Iran. Les rassemblements s'Ă©tendent Ă  une quinzaine de villes, gagnant Ă©galement les universitĂ©s de la capitale[141]. Les manifestations couvrent l'ensemble du territoire iranien : 31 morts sont Ă  dĂ©plorer[142]. Le site web de la prĂ©sidence iranienne, l'agence de presse Fars affiliĂ©e au gouvernement et le centre de recherche mĂ©dico-lĂ©gale d'Iran figurent parmi les sites web piratĂ©s et rendus inaccessibles par les Anonymous, dans un geste de soutien aux manifestations nationales[143].

    Selon la journaliste Sara Saidi, « les Iraniennes sont les femmes les plus socialisées du Moyen-Orient : elles travaillent, conduisent librement, ont le droit de vote et d'éligibilité depuis 1963, contre 2015 en Arabie saoudite. » Les femmes sont également politisées et engagées, la société civile iranienne étant « trÚs en avance sur les institutions qui la gouvernent », indique la sociologue Azadeh Kian. Le taux de scolarisation des filles est de 95 %[144].

    ProblĂšme identitaire

    À cause du bouleversement rĂ©volutionnaire, l’Iran est confrontĂ© Ă  la recomposition identitaire et Ă  l’émergence de nouveaux territoires avec trois forces : le nationalisme, l’islam et l’insertion dans la mondialisation[145].

    Les Kurdes font l'objet de certaines discriminations : ils reprĂ©senteraient en 2019 prĂšs de la moitiĂ© des prisonniers dĂ©tenus pour atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© nationale, sont condamnĂ©s Ă  des peines jugĂ©es disproportionnĂ©es par l'ONU et.la langue kurde n'est pas enseignĂ©e dans les Ă©coles. Surtout, les provinces peuplĂ©es Ă  majoritĂ© de Kurdes sont lourdement touchĂ©es par la pauvretĂ©. Bien que le gouvernement refuse de leur accorder un statut d'autonomie, ils disposent d'une relative tolĂ©rance en matiĂšre culturelle — certains mĂ©dias sont diffusĂ©s en langue kurde et les traditions vestimentaires et musicales kurdes sont acceptĂ©es[146].

    Pour ces raisons, l'histoire des kurdes d'Iran a Ă©tĂ© marquĂ©e par plusieurs soulĂšvements, dont celui de la rĂ©publique de Mahabad quand, en 1946, des insurgĂ©s ont crĂ©Ă© un État kurde indĂ©pendant avant qu’il ne soit dĂ©truit par l’armĂ©e iranienne. De nos jours, cinq groupes armĂ©s kurdes sont en activitĂ© :le Parti dĂ©mocratique du Kurdistan d’Iran, le Parti pour une vie libre au Kurdistan, le Komala, le Parti de la libertĂ© du Kurdistan et le Parti dĂ©mocratique du Kurdistan (Iran). Des accords de cessez-le-feu de plus ou moins longue durĂ©e avec les militaires iraniens ont cependant permis d'Ă©viter que le conflit ne gagne en intensitĂ©[146].

    À partir de 2017 notamment, le PDKI est approchĂ© par les États-Unis qui envisagent de l'utiliser afin de priver l'Iran du contrĂŽle de sa frontiĂšre occidentale. Ainsi, en juin 2018, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du parti se rend Ă  Washington Ă  l’invitation des autoritĂ©s amĂ©ricaines oĂč il est reçu par des responsables du dĂ©partement de la dĂ©fense, dont celui des questions iraniennes. En 2017, avant d’ĂȘtre nommĂ© conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale, John Bolton appelait dans un Ă©ditorial l’administration amĂ©ricaine Ă  se rapprocher des minoritĂ©s ethniques d’Iran, en particulier les Kurdes, afin de crĂ©er un rĂ©seau d’alliĂ©s rĂ©gionaux contre l’Iran. La mĂȘme annĂ©e, un rapport de l’influent think tank Center for Strategic and International Studies suggĂ©rait que les États-Unis soutiennent les Kurdes iraniens afin de dĂ©stabiliser la RĂ©publique islamique de l’intĂ©rieur. Le PDKI serait toutefois sceptique, jugeant notamment les États-Unis peu loyaux vis-Ă -vis de leurs alliĂ©s[146].

    MĂ©dias

    Les mĂ©dias existent depuis l’apparition du premier journal papier en 1835[147]. Ils regroupent aujourd’hui plusieurs agences de presse officielles (dont l'Agence de presse de la RĂ©publique islamique ou IRNA), de trĂšs nombreux journaux et magazines, des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision officielles et libres (Ă©mettant depuis l’étranger), des stations de radio. L’explosion du phĂ©nomĂšne des blogs s’observe aussi dans le pays, dans la mesure oĂč ce mĂ©dia permet de s’exprimer librement et anonymement.

    La constitution de l’Iran accorde la libertĂ© de la presse aussi longtemps que sont respectĂ©s les principes islamiques. On exige de chaque publicateur de journal ou magazine d’avoir une licence de publication valide[148]. Toute publication perçue comme anti-islamique ne se voit pas attribuer cette licence. En pratique, le critĂšre dĂ©finissant le caractĂšre anti-islamique englobe tous les supports qui prĂ©sentent un sentiment anti-gouvernemental[148]. En 1987, tous les journaux et magazines en circulation soutenaient les institutions de la rĂ©publique islamique. AprĂšs l’élection de Mohammad Khatami en 1997 et la libĂ©ralisation relative qui a suivi dans le pays, les publications se sont beaucoup dĂ©veloppĂ©es, dont certaines rĂ©ussissent Ă  ĂȘtre plus critiques envers le gouvernement.

    Toutes les radios et tĂ©lĂ©visions Ă©mettant depuis l’Iran sont contrĂŽlĂ©es par le gouvernement. C’est le Guide de la rĂ©volution qui nomme les directeurs des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et des radios nationales. Des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et des stations de radio existent Ă  TĂ©hĂ©ran et dans la plupart des grandes villes provinciales. Les chaĂźnes de l’AzerbaĂŻdjan iranien et du Kurdistan iranien sont autorisĂ©es Ă  Ă©mettre des programmes en azĂ©ri et en kurde. Plusieurs groupes d’opposition Ă©mettent depuis l’Irak ou les rĂ©publiques du Caucase. RFI, la BBC, Voice of America ont des programmes d’actualitĂ© en persan Ă©mettant sur la bande FM en Iran.

    La censure qui s'applique aussi bien Ă  l'actualitĂ© qu'Ă  des travaux de fiction est la rĂšgle en Iran. Tout Ă©diteur doit soumettre les Ɠuvres qu’il souhaite publier[148].

    Quand le gouvernement a introduit Internet en Iran, les services Ă©taient complĂštement ouverts. Cependant, le gouvernement a par la suite dĂ©cidĂ© de filtrer l’accĂšs Ă  Internet pour bloquer le contenu jugĂ© inappropriĂ©. Les sites pornographiques sont complĂštement filtrĂ©s, ainsi que la quasi-totalitĂ© des sites fournissant des outils permettant de contourner les filtrages. Certains blogs et sites d’information sont Ă©galement bloquĂ©s, dans des proportions moindres[149]. Le blocage et la restriction d’Internet sont rendus possibles par la loi iranienne sur la presse de 1986, qui dĂ©finit les conditions d’accĂšs Ă  l’information par le public. La loi requiert aujourd’hui que les FAI installent des mĂ©canismes de filtrage. Les peines prĂ©vues pour les violations des lois sur l’accĂšs et la diffusion de l’information peuvent ĂȘtre trĂšs sĂ©vĂšres.

    AprĂšs l’arrivĂ©e au pouvoir de Khatami en 1997 et l’émergence d’un mouvement rĂ©formateur (les rĂ©formistes, menĂ©s par Khatami, voulaient faciliter l’information du public), les conservateurs ont agi sur la presse et les mouvements se sont dĂ©placĂ©s sur la toile. C’est Ă  la mĂȘme pĂ©riode qu’ont commencĂ© Ă  croĂźtre fortement le nombre de blogs en persan. En effet, les blogs reprĂ©sentent une fenĂȘtre pour les jeunes qui veulent s’exprimer de maniĂšre plus libre que dans la sociĂ©tĂ© iranienne. Selon des statistiques non officielles, il y en aurait plus de 100 000 rĂ©guliĂšrement mis Ă  jour en fĂ©vrier 2005[150].

    La censure persiste et s'est durcie avec le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. En , celui-ci a fait passer un dĂ©cret forçant les FAI Ă  limiter les vitesses de tĂ©lĂ©chargement Ă  128 kb/s pour tous les clients individuels et les cybercafĂ©s[151]. Par ailleurs, une lutte sans merci a Ă©tĂ© menĂ©e par le gouvernement islamique pour Ă©liminer les antennes paraboliques (une saisie de plus de 125 000 antennes a Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e Ă  TĂ©hĂ©ran en [152]) qui avaient fleuri sur les toits ces derniĂšres annĂ©es afin de permettre Ă  des millions d'Iraniens de capter les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision Ă©trangĂšres par satellite.

    Politique Ă©trangĂšre

    Darvāzeh-ye Bāgh-e Melli : les portes principales du ministÚre des Affaires étrangÚres à Téhéran.

    En Iran, le rĂ©gime rĂ©volutionnaire mis en place par l’ayatollah Khomeini a amorcĂ© des changements radicaux dans la politique Ă©trangĂšre qui Ă©tait menĂ©e par le Shah, particuliĂšrement en inversant l’orientation du pays vis-Ă -vis de l’Occident. AprĂšs l’idĂ©alisme post-rĂ©volutionnaire initial, une politique Ă©trangĂšre dure et la Guerre Iran-Irak, le pays a engagĂ© une politique Ă©trangĂšre plus rationnelle, basĂ©e sur des objectifs Ă©conomiques[153]. Cependant, celle-ci est occasionnellement occultĂ©e par la rhĂ©torique idĂ©ologique.

    Dans les annĂ©es rĂ©centes, l’Iran a fait de grands efforts pour amĂ©liorer ses relations avec ses voisins, particuliĂšrement avec l’Arabie saoudite. Les buts rĂ©gionaux de l’Iran sont d’essayer de ne pas ĂȘtre dominĂ© en Ă©tablissant son rĂŽle de leader dans la rĂ©gion, de circonscrire l’influence amĂ©ricaine et des autres puissances extĂ©rieures et de construire des relations commerciales de qualitĂ©. En termes gĂ©nĂ©raux, la politique Ă©trangĂšre de l’Iran se base sur trois idĂ©es principales :

    1. Elle prend position contre les États-Unis et IsraĂ«l[154].
      Voir aussi : Relations Iran-États-Unis et Relations Iran-IsraĂ«l
    2. Elle veut Ă©liminer l’influence extĂ©rieure dans la rĂ©gion. L’Iran se voit comme une puissance rĂ©gionale, alors que des puissances mondiales telles que les États-Unis ou le Royaume-Uni ne le souhaitent pas. Elle cherche donc Ă  rĂ©duire leur prĂ©sence dans le golfe Persique autant que possible.
      Voir aussi : Relations Iran-Union européenne, Relations franco-iraniennes et Relations Iran-Allemagne
      Sommet de la Caspienne, 29 septembre 2014.
    3. Elle dĂ©veloppe fortement les contacts diplomatiques avec les autres pays en voie de dĂ©veloppement dans un effort pour construire des relations commerciales et des appuis politiques, maintenant que le pays a perdu son soutien amĂ©ricain d’avant la rĂ©volution.
      Voir aussi : Relations Iran-Inde, Relations Iran-Chine, Relations Iran-Russie et Relations entre la Corée du Nord et l'Iran.

    MalgrĂ© ses lignes directrices, les relations bilatĂ©rales sont frĂ©quemment confuses et contradictoires, Ă  cause de l’oscillation permanente de l’Iran entre des aspects pragmatiques et idĂ©ologiques.

    Le pays envisagerait d’entrer dans l’Association sud-asiatique pour la coopĂ©ration rĂ©gionale.

    Exportation de la révolution

    Le concept de l'exportation de la rĂ©volution islamique dĂ©rive d’une façon particuliĂšre de voir le monde, qui perçoit la rĂ©volution iranienne comme le combat politique Ă  mener par les musulmans pour se libĂ©rer de l’oppression des « tyrans » ennemis de l'islam, lesquels ne serviraient en rĂ©alitĂ© que les intĂ©rĂȘts de l’impĂ©rialisme international. Il en rĂ©sulte la volontĂ© de bĂątir une sorte d'empire islamique rĂ©gional, sinon mondial, dont l'Iran serait le cƓur. L’article 11 de la constitution de la RĂ©publique islamique d'Iran affirme explicitement que « le gouvernement islamique a l’obligation de mener sa politique (Ă©trangĂšre) sur le principe de l’unitĂ© islamique et d’entreprendre une action suivie pour la rĂ©alisation de l’unitĂ© politique, Ă©conomique et culturel du monde musulman. »[155] C'est en cela que, pour Ali Khamenei, « l’exportation de la rĂ©volution est une responsabilitĂ© constante de la RĂ©publique islamique. »[156]

    Il existe plusieurs courants de pensĂ©e quant aux moyens Ă  mettre en Ɠuvre pour exporter la rĂ©volution iranienne. En gĂ©nĂ©ral, ceux qui sont pour l’exportation de la rĂ©volution seulement Ă  travers l’éducation et l’exemple ont dominĂ© le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, alors que ceux en faveur d’une assistance active aux groupes rĂ©volutionnaires n’ont pas servi Ă  de tels postes. NĂ©anmoins, parce que ces soutiens Ă  l’approche activiste sont aussi des dirigeants politiques influents, ils ont pu influencer certains domaines des relations Ă©trangĂšres. Cela est particuliĂšrement vrai au sujet de la politique envers le Liban[157]. En 1982, l’Iran dĂ©ploie 1 500 Gardiens de la rĂ©volution Ă  Baalbek au Liban, pour organiser, fournir et entraĂźner le Hezbollah[158]. L’Iran aurait diminuĂ© son aide au mouvement libanais, mais continue tout de mĂȘme Ă  armer le Hezbollah et l’encourage Ă  maintenir une capacitĂ© militaire significative[153]. De plus, TĂ©hĂ©ran soutient des mouvements chiites en Irak, Ă  BahreĂŻn, en Arabie saoudite, en Afghanistan. L'Iran a aussi soutenu, encadrĂ© et financĂ© les mouvements islamistes en AlgĂ©rie au dĂ©but des annĂ©es 1990, aussi bien le FIS que le GIA. Enfin, aprĂšs la premiĂšre guerre du Golfe de 1991, l’Iran a tissĂ© des liens de soutien en Palestine auprĂšs du Hamas et du Jihad islamique ainsi qu'Ă  d’autres mouvements sunnites auxquels ils ont octroyĂ© des financements restreints, en profitant du mĂ©contentement croissant envers la politique Ă©trangĂšre des États-Unis[153].

    L’exportation de la rĂ©volution iranienne ne cadrant pas avec le dĂ©sir d’ouverture exprimĂ© durant la pĂ©riode de pouvoir des rĂ©formateurs autour du prĂ©sident Mohammad Khatami, certains auteurs ont pu penser que le concept d’exportation de la rĂ©volution s’était Ă©vanoui dĂšs les premiĂšres annĂ©es du gouvernement[159]. Mais au lendemain de sa rĂ©Ă©lection contestĂ©e en 2009, Mahmoud Ahmadinejad, s'exprimant devant un cercle restreint de dignitaires religieux, a Ă©voquĂ©, sans aucune ambiguĂŻtĂ©, une rĂ©volution destinĂ©e Ă  l'islamisation du monde entier[160].

    Implication dans le conflit israélo-palestinien

    L'Iran soutient activement le Hamas en lui procurant une aide militaire, financiĂšre et politique. Ils partagent la mĂȘme idĂ©ologie concernant IsraĂ«l avec l'objectif dĂ©clarĂ© de vouloir la destruction de cet État. Le Hamas et le Jihad islamique, qui est aussi soutenu par l'Iran, sont considĂ©rĂ©s comme des proxy de l'Iran. L'ayatollah Khamenei rejette la solution Ă  deux États et a dĂ©clarĂ© que « la Palestine est indivisible » et la considĂšre comme Ă©tant « sous occupation sioniste »[161] - [162] - [163].

    Implication dans la guerre civile syrienne

    L'intervention de l'Iran dans la guerre civile syrienne commence dĂšs son dĂ©but en 2011 avec la rĂ©organisation des combattants progouvernementaux, appuyĂ©es par le Hezbollah auxquels elle se joint et un soutien financier Ă©valuĂ© entre 6 et 35 milliards de dollars par an par l'ONU[164].

    En octobre 2015, les forces iraniennes en Syrie reprĂ©sentent environ 5 000 Pasdarans en plus des milliers de combattants du Hezbollah, soit de quinze Ă  vingt mille hommes, ainsi que des miliciens chiites venus du Liban, d’Irak et d’Afghanistan recrutĂ©s, pour certains de force, et formĂ©s en Iran. Elles les Ă©quipent en armes lĂ©gĂšres et lourdes[165]. En 2016, le gĂ©nĂ©ral iranien Ali Arasteh annonce que des commandos de l'armĂ©e rĂ©guliĂšre iranienne ont Ă©tĂ© envoyĂ©s en Syrie comme « conseillers »[166].

    Confrontation israélo-iranienne en Syrie

    Ce conflit est la rĂ©sultante de l'opposition politique et religieuse Ă  l'existence d'IsraĂ«l du gouvernement iranien et Ă  la lutte de l'État juif contre le terrorisme qui accuse l'Iran d'encourager, financer et armer le Hezbollah libanais ainsi que des organisations palestiniennes dans le cadre du conflit israĂ©lo-palestinien : le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libĂ©ration de la Palestine-Commandement gĂ©nĂ©ral installĂ© Syrie. Au cours de la guerre civile syrienne en cours, IsraĂ«l Ă©tait soupçonnĂ© d'avoir perpĂ©trĂ© des attaques contre le Hezbollah et des cibles iraniennes sur le territoire syrien. Le premier incident de ce type a eu lieu le 30 janvier 2013, lorsque des avions israĂ©liens ont Ă©tĂ© accusĂ©s d'avoir frappĂ© un convoi syrien transportant des armes iraniennes au Hezbollah[167].

    La premiÚre confrontation militaire directe entre les deux pays a lieu dans la nuit du 9 au 10 mai 2018, un lance-roquettes de la Force Al-Qods tire peu aprÚs minuit une vingtaine de roquettes de type Fajr et Grad vers une position frontaliÚre de Tsahal sur le plateau du Golan. Tous les missiles sont tombés sur la partie syrienne du Golan, quatre ont été interceptés par une batterie du systÚme israélien de défense aérienne mobile DÎme de fer. L'attaque ne fait ni victimes ni dégùts. Tsahal riposte par des raids sur une cinquantaine de bases iraniennes, dont des sites de renseignement, de logistique, de stockage et des postes d'observation en Syrie[168].

    Programme nucléaire iranien

    Les ministres des affaires Ă©trangĂšres de France, d'Allemagne, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Russie et de Chine pendant une rĂ©union sur le programme nuclĂ©aire de l'Iran en mars 2006.

    Si la crise du nuclĂ©aire Ă©clate entre l’Iran et la communautĂ© internationale en 2003 pour s’apaiser seulement 12 ans plus tard avec un accord de long terme conclu le 14 juillet 2015, l’histoire du nuclĂ©aire en Iran ne date pas d’hier. En effet, c’est sous le rĂšgne du Shah Mohammed Reza Pahlavi que le pays tente Ă  se doter d’un programme en la matiĂšre dĂšs la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1950. Un accord de coopĂ©ration civile dans le nuclĂ©aire est par ailleurs conclu entre l’Iran et les États-Unis en 1957[169].

    Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, le programme nuclĂ©aire de l'Iran est devenu une discussion politique Ă  la fois en Iran et dans les pays occidentaux. Un profond fossĂ© se creuse Ă  ce chapitre entre les Iraniens et des Occidentaux. Le public iranien voit la puissance nuclĂ©aire comme un moyen de diversifier les sources d’énergie et d’affirmer son rĂŽle politique international[170]. Le public iranien, pratiquement tous les candidats politiques et le gouvernement actuel, sont unis sur ce point : l’Iran devrait dĂ©velopper son industrie nuclĂ©aire civile, car ils ne peuvent accepter que d’autres pays, comme IsraĂ«l, l’Inde ou le Pakistan soient dotĂ©s de l’énergie atomique en dehors du cadre du TraitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires (TNP)[171]. Les gouvernements occidentaux pensent que le programme nuclĂ©aire civil est menĂ© avec des intentions cachĂ©es, dont celle de se doter d’armes nuclĂ©aires[170] - [172].

    En 1970, l’Iran a ratifiĂ© le TNP, ce qui l’engage Ă  ne pas fabriquer d’armes nuclĂ©aires et Ă  ne pas essayer de s’en procurer. L’Agence internationale de l'Ă©nergie atomique (AIEA) estime, depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, que la non-coopĂ©ration iranienne rend impossible la conduite d’inspections afin de s’assurer que la technologie n’est pas dĂ©tournĂ©e pour un usage militaire, comme l'a dĂ©clarĂ© un rapport de son directeur gĂ©nĂ©ral le 31 aoĂ»t 2006[173].

    Si Mohamed el-Baradei avait alors indiquĂ©, le 19 octobre 2007, qu'aucune activitĂ© militaire n'Ă©tait dĂ©montrĂ©e[174], des pourparlers Ă©tant mĂȘme menĂ©s pour une inspection plus complĂšte et permanente, il a depuis acquis une perception diffĂ©rente des visĂ©es gĂ©opolitiques iraniennes.

    En effet, l'ex-directeur de l'AIEA a affirmĂ© le 17 juin 2009 que son « sentiment viscĂ©ral est que l'Iran veut assurĂ©ment se doter de la technologie [...] qui lui permettrait de disposer d'armes nuclĂ©aires s'il le dĂ©cidait »[175]. Tandis que TĂ©hĂ©ran prĂ©tend toujours que ce programme a une finalitĂ© strictement civile, Ali Khamenei a nĂ©anmoins dĂ©clarĂ© le 14 mai 2009 que l’Iran, « en se renforçant sur un plan scientifique, Ă©conomique et technologique, surmontera tous les complots de l'Ă©tranger et dans un avenir proche, atteindra un point tel qu’aucun ennemi n'osera plus mĂȘme penser Ă  une offensive militaire, politique ou Ă©conomique contre l'Iran. »[155]

    Depuis 2007, plusieurs scientifiques iraniens ont été assassinés ou ont disparu. Pour les observateurs et les experts, ces assassinats seraient commandés par le Mossad[176].

    Mais, pour la journaliste Dominique Lorentz, pas de doute, « l’Iran EST une puissance nuclĂ©aire. Elle le dit, personne ne le conteste. Son territoire est couvert d’équipements dont les applications sont exclusivement militaires et ce n’est pas pour produire des petits pois. La rhĂ©torique de "peut-ĂȘtre que dans quelques annĂ©es, l’Iran aura la bombe", c’est un emballage mĂ©diatique utilisĂ© par les diplomaties occidentales. Les dirigeants iraniens, eux, ne s’en cachent pas. Bien sĂ»r qu’ils ont la bombe »[177].

    DĂ©but mai 2018, Donald Trump annonce Ă  la tĂ©lĂ©vision que les États-Unis se retirent du programme sur le nuclĂ©aire iranien, affirmant que : « le fait est que c'est un accord horrible et partial qui n'aurait jamais dĂ» ĂȘtre conclu. Il n'a pas apportĂ© le calme. Il n'a pas apportĂ© la paix. Et il ne le fera jamais. »[178] Pendant un an, malgrĂ© le rĂ©tablissement des sanctions, l’Iran a proclamĂ© son respect de l’accord et a demandĂ© aux EuropĂ©ens de respecter leur engagement liĂ© Ă  celui-ci. L'Iran attendait des EuropĂ©ens qu'ils « rĂ©sistent » Ă  la pression amĂ©ricaine en maintenant leurs activitĂ©s commerciales. Ceux-ci ont cependant cĂ©dĂ© aux pressions et l’Iran a Ă  son tour adoptĂ© des mesures contraires Ă  l’accord – qui demeurent rĂ©versibles dans le cas oĂč les EuropĂ©ens tiendraient leurs promesses et permettraient de compenser les sanctions amĂ©ricaines[179].

    DÚs septembre 2022, les médias occidentaux soulignent le fait que de l'uranium à 20 % étant déjà acquis, il est alors plus facile d'obtenir de l'uranium enrichi, lorsque l'on se trouve au seuil des 60 %[180] - [181] - [182]

    Relations avec BahreĂŻn

    En 2016, Ă  la suite de la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© par le BahreĂŻn de la plus haute autoritĂ© chiite du pays, un responsable iranien affirme que « poursuivre une rĂ©pression intense sur le peuple de BahreĂŻn va marquer le dĂ©but d’une sanglante intifada »[183].

    Puissance militaire

    Un des trois sous-marins classe Kilo de la marine iranienne.

    Les forces armĂ©es iraniennes se sont modernisĂ©es et ont Ă©tĂ© organisĂ©es aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, surtout aprĂšs la prise de pouvoir de Reza Shah en 1921. Sous le rĂšgne du dernier shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, l’armĂ©e iranienne a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e et Ă©quipĂ©e par des armĂ©es Ă©trangĂšres. La mission militaire amĂ©ricaine en Iran Ă©tait par exemple la plus importante du monde en 1978[184]. Les ventes d’armes amĂ©ricaines Ă  l’Iran se sont Ă©levĂ©es Ă  11,2 milliards de dollars entre 1950 et 1979[184]. AprĂšs la rĂ©volution iranienne et la prise de pouvoir du nouveau gouvernement, l’armĂ©e iranienne a perdu plus de 60 % de ses effectifs (dĂ©sertions)[185], alors que parallĂšlement, l’ayatollah Khomeini crĂ©ait par dĂ©cret le Corps des Gardiens de la rĂ©volution islamique le 5 mai 1979, avec pour objectif de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de la rĂ©volution islamique.

    Les forces armées iraniennes sont organisées de la façon suivante :

    Les forces armĂ©es iraniennes peuvent aussi compter sur le corps appelĂ© Basij, une force d’intervention populaire rapide composĂ©e de volontaires (comparable Ă  une milice civile). Les Basij ont Ă©tĂ© initialement crĂ©Ă©s pour permettre l’envoi de forces sur le front lors de la guerre Iran-Irak ; aujourd’hui, leur rĂŽle est de faire respecter les prĂ©ceptes islamiques. Ils comptent Ă©galement des unitĂ©s spĂ©ciales anti-Ă©meutes et une forte prĂ©sence dans les universitĂ©s et parmi les Ă©tudiants. Leur nombre est difficile Ă  estimer, entre 11 millions selon leur commandant, et 400 000 Ă  un million selon d’autres sources[190].

    De jeunes soldats effectuant leur service militaire pour les forces de l'ordre Ă  la caserne de Malik al-Ashtar en Iran.

    La constitution de l'Iran de 1979 dĂ©signe le Guide de la rĂ©volution comme commandant suprĂȘme des forces armĂ©es[191].

    La puissance militaire iranienne a Ă©tĂ© fortement amoindrie par la guerre Iran-Irak et par l’embargo auquel la rĂ©publique islamique d'Iran est soumise (malgrĂ© des livraisons d'armes amĂ©ricaines grĂące Ă  des intermĂ©diaires israĂ©liens, europĂ©ens ou latino-amĂ©ricains au dĂ©but des annĂ©es 1980[184]). À partir de 1988, les achats d'armes reprennent (notamment auprĂšs de la CorĂ©e du Nord, de la Chine, de la Syrie, de la Russie, de la France, de l’Italie, et d'autres[184]) et le pays dĂ©cide de se doter d’une industrie militaire nationale. En 2006, l'Iran produit donc des aĂ©ronefs (par ex. l'hĂ©licoptĂšre Panha Shabaviz 2-75), des blindĂ©s (par ex. Zulfiqar), des missiles balistiques (par ex. Shahab-3). La rĂ©ussite iranienne dans le domaine balistique est notable et confĂšre Ă  la rĂ©publique islamique d'Iran un pouvoir de dissuasion vis-Ă -vis des autres pays de l'aire rĂ©gionale[192]. Le pays possĂšde en 2015 trois sous-marins d'origine russe et d'une marine peu Ă©tendue et vieillissante[186].

    D’aprĂšs RAND Corporation, en 2003 le budget militaire de l'Iran est estimĂ© Ă  environ 5 milliards de dollars[193], et est plus destinĂ© Ă  la dĂ©fense qu'Ă  l'offensive[194]. Cependant, ce budget a considĂ©rablement augmentĂ© au cours des derniĂšres annĂ©es puisqu'il est passĂ© Ă  8,64 milliards de dollars en 2009, Ă  9,02 milliards en 2010, pour arriver Ă  11 milliards en 2011[195]. Ce budget reste en deçà des standards d'une puissance moyenne pour assurer un conflit conventionnel[186].

    Bien que l'Iran soit frĂ©quemment reprĂ©sentĂ© comme une menace par les politiciens et diplomates amĂ©ricains, Barack Obama reconnait quant Ă  lui en 2015 que le budget militaire iranien s’élĂšve Ă  seulement un huitiĂšme de celui des alliĂ©s rĂ©gionaux des États-Unis, et Ă  un quarantiĂšme de celui du Pentagone[196].

    De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l'armĂ©e iranienne n'est pas en mesure de se projeter sur un thĂ©Ăątre d'opĂ©ration extĂ©rieur et son dispositif militaire est essentiellement organisĂ© dans une perspective dĂ©fensive. En 2016, le budget militaire iranien (pasdarans compris) s'Ă©lĂšve Ă  15,9 milliards. Un montant proche de celui de certains de ses voisins, comme la Turquie ou le Pakistan, mais trĂšs loin de l'Arabie saoudite (plus de 60 milliards), son principal adversaire rĂ©gional[197].

    Économie

    Principaux indicateurs Ă©conomiques, Iran[15]
    IndicateurValeurAnnéeRang dans
    le monde
    Produit intĂ©rieur brut412 G$US201529e
    Produit intĂ©rieur brut (PPA)1 459 G$US201619e
    Exportations87,5 G$US201638e
    Importations62,1 G$US201641e
    Épargne nationale brute (% PIB)33,0 %201616e
    Investissements directs Ă©trangers46,1 G$US201660e
    DĂ©penses publiques72,3 G$US2016.
    Recettes publiques (% du PIB)16 %2016171e
    Dette publique (% du PIB)11,9 %2016179e
    Taux d'inflation8,0 %2016195e
    Taux préférentiel13,0 %201657e
    Valeur des actions transigĂ©es89,4 G$US201542e
    Balance courante17,2 G$US201618e
    Dette extĂ©rieure7,1 G$US2016123e
    Taux de change (pour $US)30 462 IRR2016...
    Population active29 750 000201624e
    Production d'Ă©lectricitĂ©258 TWh201417e (en)
    Industrie pĂ©troliĂšre3,3 Mbbl/j20157e
    RĂ©serves de pĂ©trole157,8 Gbbl20164e
    Production de gaz naturel174,5 Gm320143e
    RĂ©serves de gaz naturel34,0 Tm320162e
    Taux de chĂŽmage10,7 %2016121e
    PIB par habitant (PPA)18 100 $US201693e
    Taux de dépendance40,2 %2015.
    Coefficient de Gini44,5200646e
    Population sous le seuil de la pauvreté18,7 %2007.
    AccĂšs Ă  l'eau potable96,2 %2015.
    Couverture de l'assainissement90 %2015.
    Taux de littératie86,8 %2015.

    Structure Ă©conomique

    Vendeur de fruits secs au bazar de Tajrish à Téhéran.

    L’Iran est un pays en dĂ©veloppement marquĂ© par une forte intervention de l’État et la domination du secteur pĂ©trolier et gazier. L'Ă©conomie bĂ©nĂ©ficie de certains atouts agricoles, industriels et maritimes. Le contrĂŽle des prix, les subventions, l'inflation et les faibles taux d'intĂ©rĂȘt freinent l'essor de l'Ă©conomie, notamment le potentiel de croissance de l'entreprise privĂ©e. Le secteur privĂ© comporte des petites entreprises en agriculture, fabrication et services, de mĂȘme que des entreprises moyennes en construction, ciment, mines et mĂ©tallurgie. Le chĂŽmage Ă©levĂ© amĂšne plusieurs jeunes Iraniens Ă  chercher de l'emploi Ă  l'Ă©tranger. La croissance Ă©conomique (augmentation du PIB rĂ©el de 4,5 % en 2016[15]) fait apparaĂźtre l’économie iranienne sous un jour dynamique, malgrĂ© la stagnation observĂ©e en 2015 liĂ©e Ă  la faiblesse des cours du pĂ©trole. L'inflation demeure Ă©levĂ©e Ă  8 % bien qu'ayant fortement diminuĂ©. La levĂ©e des sanctions Ă©conomiques devrait permettre Ă  moyen terme l'amĂ©lioration des conditions Ă©conomiques. Les exportations s'Ă©lĂšvent Ă  87,5 G$US (2016) et sont gĂ©nĂ©rĂ©es Ă  80 % par le pĂ©trole. Les principaux clients de l'Iran sont la Chine (22,2 %), l'Inde (9,9 %), la Turquie (8,4 %) et le Japon (4,5 %) (2016). Les importations, de l'ordre de 62,1 G$US, composĂ©es principalement de matĂ©riel industriel, de produits alimentaires et autres biens de consommation, se traitent surtout avec les Émirats arabes unis (39,6 %) et la Chine (22,4 %)[15]. Le niveau de vie iranien demeure infĂ©rieur Ă  celui des annĂ©es 1970[198], entre autres du fait du doublement de la population. Les sanctions Ă©conomiques et la dĂ©ficience de la gestion publique et des entreprises d'État amĂšnent une rĂ©cession en 2012-2013, la premiĂšre depuis 1990 et la croissance demeure tĂ©nue depuis 2013, quoique l'inflation ait reculĂ© de maniĂšre apprĂ©ciable et malgrĂ© les efforts de relance et de dĂ©tente du gouvernement Ruhahi. La consommation des mĂ©nages reprĂ©sente un peu plus (50,8 %) de la moitiĂ© du PIB, l'investissement des entreprises 33,2 %, les dĂ©penses publiques 10 % et les exportations nettes 6,0 % (23,2 % pour les exportations contre 17,2 % en importations) (2016). Le pays souffre Ă  la fois d'un chĂŽmage Ă©levĂ©, d'une pĂ©nurie de main-d'Ɠuvre spĂ©cialisĂ©e et de l'exode de la jeunesse scolarisĂ©e[15].

    Les États-Unis imposent Ă  partir de 2018 Ă  l'Iran des sanctions particuliĂšrement dures. Le projet amĂ©ricain est d’étouffer l’économie iranienne en stoppant ses Ă©changes avec le reste du monde. Depuis lors, si une entreprise travaille avec l’Iran, elle n’a plus le droit de commercer avec les États-Unis. L’inflation, qui Ă©tait tombĂ©e en-dessous de 10 %, est remontĂ©e au-dessus de 40 %. L’économie est en rĂ©cession et le chĂŽmage connait une nouvelle hausse (il est estimĂ© Ă  au moins Ă  20 % en 2019)[179]. En septembre 2019, le gouvernement amĂ©ricain instaure de nouvelles sanctions visant notamment « la derniĂšre source de revenus de la Banque centrale d'Iran », dĂ©jĂ  sur la liste noire amĂ©ricaine, mais aussi le Fonds national de dĂ©veloppement, « c’est-Ă -dire leur fonds souverain qui sera ainsi coupé » du systĂšme bancaire amĂ©ricain, selon le secrĂ©taire au TrĂ©sor Steven Mnuchin. D'aprĂšs Donald Trump, il s'agit des « sanctions les plus sĂ©vĂšres jamais imposĂ©es Ă  un pays »[199].

    Secteurs d'activité

    Le produit intĂ©rieur brut (PIB) de l’Iran est estimĂ© Ă  1,46 billion de dollars amĂ©ricains Ă  paritĂ© de pouvoir d’achat (PPA) (2016). La part de l’agriculture dans la production nationale est relativement rĂ©duite pour un pays en dĂ©veloppement : elle n’y contribue qu’à hauteur d'un peu plus de 9,1 %; l’industrie contribue pour 39,9 % et les services pour un peu plus de la moitiĂ© (51,0 %) du revenu national[15]. En 2005, le secteur pĂ©trolier a gĂ©nĂ©rĂ© Ă  lui seul 70 milliards de dollars et explique 80 % des exportations du pays[200]. Le pays a perdu sa deuxiĂšme place au palmarĂšs des producteurs OPEP pendant la dĂ©cennie 2010, derriĂšre l'Arabie saoudite et l'Irak, se plaçant troisiĂšme, juste devant les Émirats arabes unis.

    Ces dĂ©sĂ©quilibres Ă©conomiques se retrouvent aussi dans la rĂ©partition des richesses. Alors qu’elle ne contribue qu’au dixiĂšme de la production nationale, l’agriculture occupe 25 % de la population employĂ©e, contre 31 % Ă  l’industrie et 45 % aux services[60]. MalgrĂ© un produit national brut (PNB) par habitant relativement correct de 12 800 dollars en PPA (contre 1390 Ă  l’Égypte)[201], 18 % des Iraniens vivent en dessous du seuil de pauvretĂ©[60]. En 2008, un peu plus de 12,5 %[60] d’une population active de 24,35 millions de personnes est au chĂŽmage, et 90 % de la population occupĂ©e est payĂ©e par l’État[198]. L’ñge lĂ©gal du travail est fixĂ© Ă  15 ans, mais les principaux secteurs d’activitĂ© jouissent d’une exemption, rendant souvent lĂ©gal le travail des enfants[202].

    Magasin "Iran Hyper Star".

    L’agriculture iranienne est relativement diversifiĂ©e grĂące Ă  la multiplicitĂ© des climats Ă  l’intĂ©rieur d’un pays pouvant produire de nombreuses cĂ©rĂ©ales, du riz, une grande variĂ©tĂ© de fruits, du coton
 Sa productivitĂ© demeure relativement faible. Alors qu’un tiers du territoire iranien est arable, seul un dixiĂšme est exploitĂ©, et moins d’un tiers des terres cultivĂ©es profitent d’un systĂšme d’irrigation performant. La plupart des exploitations sont infĂ©rieures Ă  dix hectares. L’opposition entre propriĂ©taires et ouvriers agricoles Ă  partir des annĂ©es 1970 a longtemps dĂ©couragĂ© les investissements et donc freinĂ© les gains de productivitĂ©. L’engagement du gouvernement dans l’agriculture a toutefois permis, durant les annĂ©es 1990, de se rapprocher de l’objectif d’autosuffisance alimentaire en agrandissant la surface irriguĂ©e[202] et a rĂ©orientĂ© certaines productions Ă  l’exportation (dattes, fleurs, pistaches
). Le pays doit cependant compter avec des alĂ©as climatiques comme la sĂ©cheresse, susceptible d’amoindrir les rĂ©coltes, comme entre 1999 et 2001[200]. L’Iran profite par ailleurs de la richesse de la mer, pĂȘchant de nombreuses espĂšces de poisson et Ă©tant un important producteur de caviar[202].

    La part de l’industrie pĂ©troliĂšre dans l’économie nationale s’est nettement rĂ©duite depuis les annĂ©es 1970, en partie en raison des dĂ©gradations ou des destructions subies par l’appareil productif au cours des guerres[202]. Avec une production de 4 millions de barils par jour[60], soit la quatriĂšme du monde, dont 2,6 millions sont exportĂ©s elle reste toutefois largement prĂ©pondĂ©rante et assure prĂšs de la moitiĂ© des revenus de l’État[200]. Elle profite actuellement de l’envolĂ©e du cours du pĂ©trole et a permis au pays d’amasser d’importantes rĂ©serves de change[60]. Cependant, le manque de raffineries fait que le pays importe un tiers de son carburant[203]. Dans ce domaine de l’énergie, la volontĂ© de l’Iran de dĂ©velopper son industrie nuclĂ©aire civile se heurte aux suspicions de la communautĂ© internationale quant Ă  ses objectifs militaires.

    Le reste de l’industrie connaĂźt une croissance honnĂȘte d'environ 3 % par an. Elle est dominĂ©e par quelques secteurs comme le textile, les industries miniĂšres, les matĂ©riaux de construction, l'automobile, l'artisanat, l’agroalimentaire, et l’armement[60] (le budget militaire Ă©tait de 6 milliards de dollar en 2010)[201]. Dans le cas du textile, la rĂ©putation des tapis persans tissĂ©s Ă  la main en fait une des premiĂšres activitĂ©s exportatrices du pays et contribue de façon substantielle aux revenus des familles rurales[202].

    Le secteur tertiaire reprĂ©sente environ 40 % de la production nationale et occupe une part similaire de la population. L’activitĂ© touristique est largement handicapĂ©e par le rĂ©gime politique[202]. En , le gouvernement a annoncĂ© le renforcement de la vigilance Ă  l'Ă©gard du code vestimentaire, qui concerne Ă©galement les touristes, rappelant l'obligation de porter un voile en public qui doit couvrir les cheveux et les Ă©paules, ainsi que des jupes et robes longues masquant les chevilles. Selon le chef de la police de TĂ©hĂ©ran, le gĂ©nĂ©ral Hossein Sajedi-Nia, en cas de manquement Ă  ces obligations, de sĂ©vĂšres amendes sont prĂ©vues voire des peines de prison en cas de rĂ©cidive[204].

    Une partie de la population est engagĂ©e dans une Ă©conomie informelle[205]. Depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, le dynamisme rĂ©el de l’économie procĂšde de plus en plus de sa dimension informelle (la contrebande et la fraude impliquent dĂ©sormais l’ensemble des provinces)[206]. Le secteur subventionnĂ© du commerce d'organes pour transplant est en pleine expansion du fait de la pauvretĂ© poussant des milliers de jeunes iraniens Ă  vendre leurs organes (essentiellement des reins) Ă  une des 137 agences gouvernementales spĂ©cialisĂ©es. Un rein se nĂ©gocie environ 2 400 â‚Ź[207].

    Grande mosquée d'Ispahan, un des sites touristiques majeurs en Iran.

    Le tourisme en Iran, aprÚs avoir chuté à la suite de la révolution islamique de 1979 et de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, connaßt un renouveau depuis les années 2000, malgré les pressions internationales. En effet les autorités ont mis en place une politique de développement du tourisme avec la construction de nouvelles infrastructures. L'Iran avec ses nombreux monuments et ses lieux de culture (Ispahan, Chiraz, Téhéran, Persépolis, etc.), ainsi que ses possibilités de loisir (plages du golfe Persique et de la mer Caspienne et pistes de ski de l'Elbourz par exemple) offre une grande palette de découvertes. Le pays s'ouvre et se développe donc de plus en plus, l'élection du président modéré Hassan Rohani y ayant participé pour beaucoup ainsi que la levée des sanctions internationales à la suite de l'accord sur le nucléaire[208].

    Dirigisme Ă©tatique

    D’aprĂšs la Constitution de l’Iran, l’économie est divisĂ©e en trois secteurs :

    Bien qu’à la suite de la rĂ©volution islamique, la question des nationalisations et de l’intervention Ă©tatique ait Ă©tĂ© l’objet d’un dĂ©bat traditionnel gauche-droite oĂč les conservateurs dĂ©fendaient la propriĂ©tĂ© privĂ©e, la guerre contre l’Irak a suscitĂ© un dirigisme croissant. À terme, il a donnĂ© Ă  l’État un contrĂŽle quasi total de toutes les activitĂ©s Ă©conomiques. De fait, les grandes entreprises du pays sont dirigĂ©es par l’administration publique, ainsi que l’activitĂ© pĂ©troliĂšre via le MinistĂšre du PĂ©trole et la Compagnie pĂ©troliĂšre nationale iranienne. L’activitĂ© du secteur privĂ© est gĂ©nĂ©ralement limitĂ©e aux petites structures, tels les ateliers artisanaux et les fermes agricoles[202]. MalgrĂ© des vellĂ©itĂ©s de rĂ©forme et de privatisation ayant pris quelques formes concrĂštes dans les annĂ©es rĂ©centes, l’État conserve son monopole sur l’essentiel de l’économie[201].

    La lĂ©gislation d’inspiration islamique est, par ailleurs, extrĂȘmement problĂ©matique pour les activitĂ©s financiĂšres internationales. Aux termes de ces principes religieux, la rĂ©tribution d’intĂ©rĂȘts en Ă©change d’un prĂȘt monĂ©taire est illĂ©gale. Ces restrictions rendent virtuellement impossible la rĂ©alisation d’accords entre le pays et des institutions ou entreprises financiĂšres internationales, condamnant l’Iran Ă  se satisfaire des sources internes de financement[202]. Les banques islamiques ont remplacĂ© l’usure par diffĂ©rents modes de partage du profit. L’activitĂ© principale des banques consiste donc Ă  obtenir des fonds du public et Ă  les offrir aux hommes d’affaires sur la mĂȘme base[209].

    Un hameau d’éleveurs entre Makou et Tchaldoran dans l’AzerbaĂŻdjan iranien.

    Le secteur coopĂ©ratif est constituĂ© de fondations religieuses, ou bonyads. Mis en place juste aprĂšs la rĂ©volution iranienne, parfois sur la base de fondations royales existant auparavant, les bonyads ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour redistribuer les revenus du pĂ©trole aux pauvres et aux familles des martyrs (morts lors de la guerre Iran-Irak). Aujourd’hui, les bonyads sont des consortiums de compagnies qui sont exemptĂ©es de taxes et qui rendent compte directement au Guide de la rĂ©volution.

    MalgrĂ© leur lĂ©galitĂ©, les syndicats sont absents en Iran. Les travailleurs sont gĂ©nĂ©ralement reprĂ©sentĂ©s par des institutions elles-mĂȘmes dĂ©pendantes de l’État et qui ne s’opposent jamais Ă  ses dĂ©cisions. L’existence et la pratique du droit de grĂšve n’empĂȘche pas sa rĂ©pression parfois violente par la police[202].

    Étant donnĂ© son emprise sur l’économie, le gouvernement iranien a une dette publique relativement faible (30 % du PIB), ce qui n’empĂȘche pas l’existence d’une inflation importante (en moyenne autour de 15 %[60]).

    Perspectives Ă©conomiques

    Carte des partenaires commerciaux de l'Iran.

    En consĂ©quence de ses prises de positions sur la scĂšne internationale, l’Iran subit de nombreuses sanctions Ă©conomiques. Depuis 1996, les États-Unis ont imposĂ© un embargo sur les importations de pĂ©trole et d’autres produits iraniens, puis d’interdiction d’investissements des firmes amĂ©ricaines, et dans certains cas non amĂ©ricaines (loi d'Amato-Kennedy), vers l’Iran.

    Sous la prĂ©sidence de Rafsandjani (1989-1997), le pays a dĂ» entamer une nouvelle politique Ă©conomique de privatisation et d’ouverture et d’encouragement des investissements Ă©trangers en Iran. Pour financer ses projets, l’État iranien a mĂȘme sollicitĂ© des emprunts de la part de ses partenaires Ă©trangers ou des instances financiĂšres internationales. La baisse des subventions qui s’est ensuivie, et la mauvaise gestion de l’économie, a entraĂźnĂ© la hausse des prix et du chĂŽmage[210]. Cependant, l’ouverture aux investissements extĂ©rieurs est parfois freinĂ©e par le nationalisme Ă©conomique des dĂ©putĂ©s du Majles[211].

    Du fait de l’importance de l’industrie pĂ©troliĂšre et de la dĂ©pendance extĂ©rieure du pays pour de nombreux produits, le taux d’ouverture (importations plus exportations en pourcentage du PIB) de l’Iran est cependant relativement Ă©levĂ© (54 %, soit un taux comparable Ă  celui de l’Allemagne). Ses principaux partenaires commerciaux sont l’Allemagne, les Émirats arabes unis et la Chine, suivis par des pays europĂ©ens (la France est le troisiĂšme fournisseur de l’Iran[212]).

    La situation de l’Iran vis-Ă -vis de l’extĂ©rieur est donc celle d’une dĂ©pendance Ă  ses exportations de pĂ©trole et d’un handicap provoquĂ© par les sanctions internationales. À court terme, les tensions actuelles sur la question nuclĂ©aire peuvent, selon le jeu diplomatique, tout Ă  la fois provoquer l’allĂšgement ou l’aggravation de ces sanctions. En 2006, les revenus du gaz et du pĂ©trole ont Ă©tĂ© le moteur principal de l’économie et de la stabilitĂ© sociale prĂ©caire du pays. L’économie iranienne ne se dĂ©veloppe toujours pas, et les revenus pĂ©troliers reprĂ©sentent une bouĂ©e de sauvetage pour un pays possĂ©dant une Ă©conomie administrĂ©e et inefficace[213].

    Les pays de l'Union européenne ont décidé le 23 janvier 2012 d'imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran, et de sanctionner sa banque centrale afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé, des décisions vouées à l'échec selon Téhéran[214].

    Codes

    L'Iran a pour codes :

    Notes et références

    Notes

      Références

      Cet article contient des extraits des Country studies de la BibliothÚque du CongrÚs américain dont le contenu se trouve dans le domaine public. Il est possible de supprimer cette indication si le texte reflÚte le savoir actuel sur ce thÚme, si les sources sont citées, s'il satisfait aux exigences linguistiques actuelles et s'il ne contient pas de propos qui vont à l'encontre des rÚgles de neutralité de Wikipédia.

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      Liens externes

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