Gaz naturel
Le gaz naturel, ou gaz fossile, est un mĂ©lange gazeux d'hydrocarbures constituĂ© principalement de mĂ©thane, mais comprenant gĂ©nĂ©ralement une certaine quantitĂ© d'autres alcanes supĂ©rieurs, et parfois un faible pourcentage de dioxyde de carbone, d'azote, de sulfure d'hydrogĂšne ou d'hĂ©lium. Naturellement prĂ©sent dans certaines roches poreuses, il est extrait par forage et est utilisĂ© comme combustible fossile ou par la carbochimie. Le mĂ©thane est gĂ©nĂ©ralement valorisĂ© par le gaz de synthĂšse en mĂ©thanol. La dĂ©shydrogĂ©nation oxydative de l'Ă©thane conduit Ă l'Ă©thylĂšne, qui peut ĂȘtre converti en oxyde d'Ă©thylĂšne, Ă©thylĂšne glycol, acĂ©taldĂ©hyde[2] ou autres alcĂšnes[3]. Le propane peut ĂȘtre converti en propylĂšne[4] - [5] - [6] ou peut ĂȘtre oxydĂ© en acide acrylique[7] - [8] - [9] et acrylonitrile.
Gaz naturel | |
Combustion de gaz naturel sur une cuisiniĂšre Ă gaz | |
Identification | |
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No CAS | |
No ECHA | 100.029.401 |
Thermochimie | |
PCS | 54,0 MJ·kg-1 (95 % CH4, 2,5 % C2H6, 2,5 % gaz inertes)[1] |
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire. | |
En 2020, le gaz naturel Ă©tait la troisiĂšme source d'Ă©nergie primaire utilisĂ©e dans le monde, reprĂ©sentant 23,7 % de la consommation, aprĂšs le pĂ©trole (29,5 %) et le charbon (26,8 %) ; sa part progresse rapidement (16,1 % en 1973), de mĂȘme que sa production mondiale (+228 % en 47 ans, de 1973 Ă 2020, dopĂ©e par lâexploitation des gaz non conventionnels).
Corrélativement, les émissions mondiales de CO2 dues au gaz naturel s'élevaient à 6 743 Mt (millions de tonnes) en 2017, en progression de 83,4 % depuis 1990 selon l'Agence internationale de l'énergie. Elles représentent 21,6 % des émissions dues à l'énergie en 2019, contre 44,0 % pour le charbon et 33,7 % pour le pétrole. Le secteur pétrolier et gazier engendre en outre plus de 20 % des émissions mondiales de méthane, gaz dont le potentiel de réchauffement global est 25 fois plus élevé que celui du CO2.
Le gaz naturel se dĂ©veloppait vite, depuis les annĂ©es 1970, dans l'industrie, les usages domestiques puis la production d'Ă©lectricitĂ©, pour pratiquement devancer le charbon. Mais le renchĂ©rissement du dĂ©but du XXIe siĂšcle, les tassements de consommation des pays dĂ©veloppĂ©s, les besoins des pays Ă©mergents et les progrĂšs rĂ©alisĂ©s dans le traitement du charbon ont redonnĂ© au charbon un certain essor. AprĂšs une baisse de 2010 Ă 2014, la consommation mondiale de gaz naturel a repris sa progression depuis 2015, tirĂ©e par la Chine et lâEurope, qui remplacent des centrales Ă©lectriques au charbon par des centrales au gaz.
Les rĂ©serves restent mal connues, mais ont Ă©tĂ© accrues par l'exploitation de gaz non conventionnels (gaz de schiste, etc.). En 2020, les rĂ©serves mondiales prouvĂ©es, en hausse de 7,3 % par rapport Ă 2010, correspondaient Ă 51,6 ans de production. Elles sont gĂ©ographiquement situĂ©es pour 39,1 % au Moyen-Orient et 33 % dans les pays de l'ex-URSS. La Russie, lâIran et le Qatar dĂ©tiennent Ă eux seuls 51,3 % des rĂ©serves mondiales.
Les deux principaux producteurs de gaz naturel sont, en 2021, les Ătats-Unis (23,1 % du total mondial) et la Russie (17,4 %), suivis par l'Iran, la Chine, le Qatar, le Canada et l'Australie. Les principaux consommateurs sont les Ătats-Unis (20,5 %), la Russie (11,8 %), la Chine (9,4 %) et l'Iran (6,0 %). La consommation mondiale a progressĂ© de 25 % entre 2011 et 2021, mais a baissĂ© de 7 % au Japon, 6 % au Royaume-Uni, 2 % en Italie, et progressĂ© de 180 % en Chine, 58 % en Iran, 26 % aux Ătats-Unis, 19 % au Canada. En 2017, les Ătats-Unis, qui Ă©taient jusque-lĂ importateurs nets, sont devenus exportateurs nets. En 2021, ils sont au 2e rang des exportateurs avec 14,7 % des exportations mondiales, derriĂšre la Russie (19,8 %). La part de l'Union europĂ©enne dans les importations mondiales atteint 28,6 %, suivie par la Chine (13,3 %) et le reste de l'Europe (10,5 %).
Propriétés
Le gaz naturel est un combustible fossile gazeux qui se trouve dans la nature, notamment au niveau des champs pétrolifÚres, des champs gaziers et des couches charbonniÚres[10].
Composition moléculaire
Le gaz naturel est un mélange gazeux, composé principalement de méthane accompagné d'autres alcanes plus lourds, allant en général jusqu'à cinq atomes de carbone[11]. Il contient aussi des molécules non-hydrocarbures, en quantités parfois non négligeables, pouvant donner lieu à une utilisation commerciale[12]. à titre d'exemple, le gaz naturel est la source principale pour la production industrielle d'hélium dans le monde[13].
L'origine du gaz naturel détermine sa composition exacte. Le tableau ci-dessous donne une indication des plages typiques de la composition moléculaire du gaz naturel[14].
Composant | Formule chimique | Plage |
---|---|---|
MĂ©thane | CH4 | 70..90 % |
Ăthane | C2H6 | 0..20 % |
Propane | C3H8 | |
Butane | C4H10 | |
Pentane et alcanes plus lourds | C5H12 et supérieurs | 0..10 % |
Dioxyde de carbone | CO2 | 0..8 % |
DioxygĂšne | O2 | 0..0,2 % |
Diazote | N2 | 0..5 % |
Sulfure d'hydrogĂšne, oxysulfure de carbone | H2S, COS | 0..5 % |
Gaz rares : argon, hélium, néon, xénon | Ar, He, Ne, Xe | traces |
Propriétés physiques
Les propriétés du gaz naturel non raffiné varient en fonction sa composition chimique[15].
La tempĂ©rature de liquĂ©faction du gaz naturel est de â161 °C[16].
Le gaz naturel est incolore, inodore et insipide[16]. Pour des raisons de sécurité, depuis l'accident de 1937 à New London (en) au Texas, qui causa la mort de 295 personnes dans une école, un odorisant chimique à base de tétrahydrothiophÚne (THT) ou de mercaptan (composé soufré) lui donne une odeur particuliÚre afin de permettre sa détection olfactive lors d'une fuite.
Types
A Gaz naturel associé (à un réservoir de pétrole) ;
B Gaz naturel conventionnel non associé ;
C Gaz de couche (ou gaz de houille) ;
D Gaz de réservoir compact ;
E Gaz de schiste.
Le gaz naturel se présente sous plusieurs formes, qui se distinguent par leur origine, leur composition et le type de réservoirs dans lesquelles elles se trouvent. Ce gaz est toujours composé principalement de méthane[17] et issu de la désagrégation d'anciens organismes vivants.
En complément des différents types de gaz naturels cités ci-aprÚs figure le biogaz (dit biométhane aprÚs épuration), un substitut renouvelable issu de la décomposition de biomasse, donc certains déchets de l'activité anthropique. Idéalement, le biogaz (renouvelable) aurait vocation dans le futur à se substituer au gaz naturel fossile (émetteur net de CO2 donc participant au réchauffement climatique).
L'appellation « gaz naturel » dans le monde énergétique recouvre exclusivement la forme fossile[18], objet du présent article.
Gaz conventionnel non associé
Le gaz conventionnel non associé est la forme la plus exploitée de gaz naturel. « Non associé » signifie qu'il n'est pas associé à un gisement de pétrole, bien que son processus de formation soit assez similaire.
On distingue le gaz thermogénique primaire (issu directement de la pyrolyse naturelle du kérogÚne) et le gaz thermogénique secondaire (formé par la pyrolyse du pétrole). Le gaz thermogénique comprend, outre le méthane, un taux variable d'hydrocarbures plus lourds, pouvant aller jusqu'à l'heptane (C7H16). On peut y trouver aussi du dioxyde de carbone (CO2), du sulfure d'hydrogÚne (aussi dit « gaz acide » (H2S) et parfois du diazote (N2) ainsi que de petites quantités d'hélium (He), mercure (Hg) et argon (Ar) ou d'autres contaminants tels que le plomb quand le gaz provient d'un gisement profond « haute température/haute pression ».
Le marchĂ© international du gaz naturel et ses rĂ©seaux de transport par gazoducs et mĂ©thaniers Ă©taient principalement alimentĂ©s par ce type de gaz conventionnel non associĂ© (voir section « Industrie du gaz »), mais aux Ătats-Unis les gaz de schiste prennent une importance croissante et le biomĂ©thane injectĂ©, encore Ă©mergent, devraient dans le cadre de la transition Ă©nergĂ©tique prendre une importance croissante.
Gaz associé
Le gaz associé est présent en solution dans le pétrole, séparé de ce dernier lors de l'extraction. Il a longtemps été considéré comme un déchet et, en tant que tel, été détruit en torchÚre, ce qui est un gaspillage énergétique et une pollution inutile, qui a au moins l'avantage d'atténuer le réchauffement climatique car le potentiel de réchauffement global du CO2 est 25 fois moindre que celui du méthane. Il est de plus en plus réinjecté dans le gisement géologique (ce qui contribue à y maintenir la pression afin de maximiser l'extraction du pétrole) ou valorisé énergétiquement. En 2016, prÚs de 150 km3 étaient encore brûlés en torchÚre par an, en légÚre baisse d'environ 10 % en 20 ans malgré la progression de prÚs de 20 % de l'extraction de gaz naturel[19].
Gaz biogénique
Il est issu de la fermentation par des bactéries de sédiments organiques.
à l'instar de la tourbe, c'est un combustible fossile mais dont le cycle est relativement rapide. Les gisements biogéniques (environ 20 % des réserves connues de gaz conventionnel) sont en général petits, dispersés et situés à faible profondeur. Il a moins de valeur (par mÚtre cube) que le gaz thermogénique, car il contient une part significative de gaz non combustibles (dioxyde de carbone notamment) et ne fournit pas d'hydrocarbures plus lourds que le méthane[20].
Gaz de charbon
La houille contient naturellement du mĂ©thane et du dioxyde de carbone dans ses pores[21]. Historiquement, ce gaz a surtout Ă©tĂ© connu pour la menace mortelle qu'il prĂ©sente sur la sĂ©curitĂ© des mineurs - il est alors restĂ© dans la mĂ©moire collective sous le nom de grisou. Cependant, son exploitation est en plein dĂ©veloppement, en particulier aux Ătats-Unis. L'exploitation porte sur des strates de charbon riches en gaz et trop profondes pour ĂȘtre exploitĂ©es de façon conventionnelle. Il y a eu des essais en Europe Ă©galement, mais la plupart des charbons europĂ©ens sont assez pauvres en mĂ©thane. La Chine s'intĂ©resse Ă©galement de plus en plus Ă l'exploitation de ce type de gaz naturel.
Gaz de schiste
Certains schistes contiennent du méthane issu de la dégradation du kérogÚne présent dans le schiste et piégé dans ses feuillets et micro-fissures. Mais, comme pour le gaz de couche, il existe deux grandes différences par rapport aux réserves de gaz conventionnel. La premiÚre est que le schiste est à la fois la roche source du gaz et son réservoir. La seconde est que l'accumulation n'est pas discrÚte (beaucoup de gaz réuni en une zone restreinte) mais continue (le gaz est présent en faible concentration dans un énorme volume de roche), ce qui exige une technique spécifique.
Depuis 2004, la technique principalement retenue est la fracturation hydraulique associĂ©e Ă un forage horizontal dirigĂ©. Elle permet d'atteindre et de disloquer un plus grand volume de schiste avec un seul forage. Le schiste est prĂ©-fracturĂ© par des trains d'explosions puis une injection sous trĂšs haute pression d'un fluide de fracturation constituĂ© d'eau, de sable et d'additifs (toxiques pour certains) Ă©tend cette fracturation. Chaque puits peut ĂȘtre fracturĂ© (stimulĂ©) plusieurs dizaines de fois. Chaque fracturation consomme de 7 Ă 28 millions de litres d'eau dont une partie seulement est rĂ©cupĂ©rĂ©e.
Cette pratique, notamment aux Ătats-Unis, est de plus en plus contestĂ©e, dĂ©noncĂ©e comme affectant le sous-sol, les Ă©cosystĂšmes en surface et la santĂ©. Les fuites de gaz semblent frĂ©quentes et pourraient contaminer des puits. L'utilisation de produits toxiques risque de polluer les nappes phrĂ©atiques. L'eau de fracturation remonte avec des contaminants indĂ©sirables pour la santĂ© et les Ă©cosystĂšmes (sels, mĂ©taux et radionuclĂ©ides)[22] pour toute personne vivant prĂšs d'une source d'extraction[23]. L'exploitation en France demeure fortement dĂ©criĂ©e. Jean-Louis Borloo, comme ministre de l'Ăcologie, a autorisĂ© les premiers forages exploratoires dans le sud de la France avant que le gouvernement n'annule ces autorisations[24].
Hydrates de méthane
Les hydrates de mĂ©thane (aussi appelĂ©s clathrates de mĂ©thane) sont des structures solides contenant du mĂ©thane prisonnier. Ils sont issus de l'accumulation de glace contenant des dĂ©chets organiques, la dĂ©gradation est biogĂ©nique. On trouve ces hydrates dans le pergĂ©lisol ou sur le plancher ocĂ©anique. Les estimations des ressources de mĂ©thane contenues dans les hydrates vont de 13 Ă 24 ĂâŻ1015 m3, soit 70 Ă 130 fois les rĂ©serves prouvĂ©es de gaz naturel conventionnel. NĂ©anmoins, la part des ressources susceptibles dâĂȘtre exploitĂ©es dans des conditions Ă©conomiquement rentables reste difficile Ă chiffrer et fait encore lâobjet de controverses[25]. Aucune technologie rentable ne permet actuellement d'exploiter ces ressources, mais des essais sont en cours au Japon[26], malgrĂ© l'impact potentiel considĂ©rable sur les Ă©missions de gaz Ă effet de serre de cette Ă©ventuelle exploitation.
Industrie du gaz
Utilisation ancienne en Chine
Les Chinois ont commencĂ© Ă utiliser du gaz naturel comme combustible et source d'Ă©clairage au IVe siĂšcle av. J.-C. Le forage systĂ©matique de puits pour l'extraction de la saumure au Ier siĂšcle av. J.-C. (Dynastie Han) a menĂ© Ă la dĂ©couverte de beaucoup de « puits Ă feu » au Sichuan, qui produisaient du gaz naturel. Ainsi qu'il est rapportĂ©, cela a entraĂźnĂ© dĂšs le IIe siĂšcle av. J.-C. une recherche systĂ©matique de gaz naturel. La saumure et le gaz naturel Ă©taient conduits ensemble par des tubes de bambous. Depuis les petits puits, le gaz pouvait ĂȘtre acheminĂ© directement aux brĂ»leurs oĂč la saumure Ă©tait versĂ©e dans des cuves d'Ă©vaporation en fonte pour bouillir et produire du sel. Mais le gaz dense et Ăącre puisĂ© Ă des profondeurs d'environ 600 m devait tout d'abord ĂȘtre mĂ©langĂ© Ă l'air, de crainte qu'une explosion se produise. Pour remĂ©dier Ă cela, les Chinois conduisaient d'abord le gaz dans un grand rĂ©servoir en bois de forme conique, placĂ© 3 m sous le niveau du sol, oĂč un autre conduit amenait l'air. Ce qui transformait le rĂ©servoir en grand carburateur. Pour Ă©viter les incendies Ă cause d'un soudain surplus de gaz, un « tuyau repoussant le ciel » supplĂ©mentaire Ă©tait utilisĂ© comme systĂšme d'Ă©chappement[27] - [28].
Europe
En 1776, le physicien Alessandro Volta découvre le méthane en s'intéressant au « gaz des marais », ancien nom du gaz.
Les premiers gaz combustibles utilisĂ©s en Europe, Ă partir de 1785, date de leur invention, seront des gaz manufacturĂ©s, c'est-Ă -dire des gaz fabriquĂ©s dans des usines Ă gaz et des cokeries, principalement Ă partir de la houille. Ils sont d'abord utilisĂ©s comme gaz d'Ă©clairage, par la suite comme combustible pour les turbines et moteurs, pour le chauffage ainsi que la cuisson. Lâappellation gaz de ville apparaĂźt Ă cette occasion. Les gaz manufacturĂ©s seront essentiellement du gaz de houille mais aussi du gaz d'huile et du gaz de pĂ©trole, etc. La plupart des gaz manufacturĂ©s contiendront principalement du dihydrogĂšne, du mĂ©thane et de monoxyde de carbone.
L'histoire du gaz manufacturĂ© est liĂ©e Ă l'histoire de nos villes et des grands groupes Ă©nergĂ©tiques modernes, ceux-lĂ mĂȘmes qui plus tard achemineront le gaz naturel.
Le gaz de ville sera mĂȘlĂ©, lorsque la demande se fera plus importante Ă du gaz de couche et du grisou - qui a un pouvoir calorifique plus important, doit ĂȘtre « diluĂ© » avant d'ĂȘtre injectĂ© dans le rĂ©seau - ainsi que du gaz de pĂ©trole liquĂ©fiĂ©[29].
Les premiĂšres utilisations modernes du gaz naturel sont apparues aux Ătats-Unis vers 1820 pour l'Ă©clairage public[30].
Si le pĂ©trole fait l'objet d'une exploitation et d'une utilisation industrielle poussĂ©es Ă partir des annĂ©es 1850, le gaz naturel devra attendre les annĂ©es 1950 pour susciter un intĂ©rĂȘt mondial. Ses rĂ©serves et ressources, voire sa production, sont mal connues en dehors des Ătats-Unis jusqu'Ă la fin des annĂ©es 1960. Le gaz naturel est apparu longtemps comme une source d'Ă©nergie difficile Ă mettre en Ćuvre. Son commerce sous forme liquĂ©fiĂ©e (GNL) n'a commencĂ© qu'en 1964 dans des volumes trĂšs modestes[31].
à partir de la fin de Seconde Guerre mondiale mais surtout à partir des années 1960, l'usage du gaz naturel se répand à travers le monde et supplante progressivement les gaz manufacturés. Le gaz naturel a de nombreuses qualités, dont l'absence de toxicité. Le pouvoir calorifique du gaz naturel est double de celui du gaz de houille (9 000 cal/m3 contre 4 250).
Le gaz naturel nécessitera des aménagements particuliers de tout son réseau de distribution, appareils de chauffe et autres, méthode de stockage et de transport : canalisations, gazoducs, bateaux et port méthaniers.
- France
- En 1946, l'Assemblée nationale vote la loi de nationalisation des secteurs de l'énergie. Gaz de France (GDF) est créée. La premiÚre activité de Gaz de France durant ses premiÚres années consiste à produire et distribuer du gaz de houille. La découverte et la mise en exploitation du gisement de gaz naturel de Lacq à la fin des années 1950 permet à Gaz de France de réorienter son activité vers celui-ci et d'abandonner progressivement le gaz de houille. Les Parisiens reçoivent le méthane juste dix ans plus tard.
- Pays-Bas
- Le gisement Slochteren dans la province néerlandaise de Groningue () (Champs de gaz de Slochteren (nl)) est rapidement acheminé aux Pays-Bas et vers la Belgique (1966).
- NorvĂšge
- En 1969, le gisement d'Ekofisk fut découvert dans les eaux norvégiennes, ce qui provoqua un élan d'exploration de la mer du Nord, ses réserves étant en effet estimée à plus de 150 milliards de mÚtres cubes de gaz, et plus de 500 milliards de pétrole.
- En Belgique
- En 1971, l'ensemble du réseau de distribution est converti au gaz naturel. Distrigaz s'alimente aux Pays-Bas (1965), en NorvÚge (1973), en Algérie (1975), l'Allemagne et Abou Dabi.
En 1980, Distrigaz assure la totalité de l'approvisionnement, du transport et du stockage du gaz en Belgique mais également le Luxembourg (1993) et le Royaume-Uni (1995).
En 2001, Distrigaz est scindée entre Suez (GDF Suez) et Ente nazionale idrocarburi.
Afrique
En Algérie : Hassi R'Mel dans le Sahara.
Caractéristiques générales du gaz naturel commercialisé en Europe
C'est principalement du gaz naturel dit « conventionnel non associé » (voir section précédente) qui alimente le marché européen de production du gaz naturel et ses réseaux de transport par gazoducs et méthaniers puis de distribution.
Le gaz naturel traitĂ©, en vue d'ĂȘtre commercialisĂ©, est incolore, inodore, insipide. Il contient entre 81 % et 97 % de mĂ©thane, le reste Ă©tant majoritairement de l'azote. Il est moins dense que l'air : sa densitĂ© est de 0,6 par rapport Ă l'air et sa masse volumique est d'environ 0,8 kg mâ3. Il se prĂ©sente sous sa forme gazeuse au-dessus de â161 °C environ, Ă pression atmosphĂ©rique, mais il peut ĂȘtre adsorbĂ© dans la « roche-rĂ©servoir » (dans le charbon parfois, on parle alors de gaz de couche) sous forme liquide (Ă haute pression et en profondeur).
Son pouvoir calorifique supĂ©rieur (PCS) est d'environ 11,5 kWh mâ3 (52 MJ/kg) en France, pour le gaz le plus couramment consommĂ©, dit « H » (pour « haut pouvoir calorifique ») ou 9,7 kWh mâ3 pour le gaz « B » (pour « bas pouvoir calorifique »). La pression de livraison (gĂ©nĂ©ralement 20 mbar pour le « gaz H » et 25 mbar pour le « gaz B », ou 300 mbar pour les usages de petite industrie ou des chaufferies collectives) ainsi que l'altitude influent sur la valeur du PCS[32].
ChaĂźne de valeur du gaz naturel
L'exploitation du gaz naturel passe par cinq Ă©tapes :
- La production : extraction sur les sites puis acheminement vers la France
- Le transport : acheminement du gaz naturel depuis les points d'entrée de l'importation vers les différentes régions de France
- Le stockage : stockage du gaz dans des cavités salines, dans des nappes aquifÚres ou dans des anciens gisements
- La distribution : acheminement du gaz vers les fournisseurs
- La fourniture de gaz : revente du gaz aux consommateurs.
Amont : extraction et traitement
Production de gaz naturel en 2019
- Ătats-Unis (23,1 %)
- Russie (17,0 %)
- Asie (16,8 %)
- Moyen-orient (17,4 %)
- Autres (25,7 %)
Le gaz naturel et le pĂ©trole brut sont souvent associĂ©s et extraits simultanĂ©ment des mĂȘmes gisements, ou encore des mĂȘmes zones de production. Les hydrocarbures liquides proviennent du pĂ©trole brut pour une proportion moyenne de l'ordre de 80 % ; les 20 % restants, parmi les fractions les plus lĂ©gĂšres, le propane et le butane sont presque toujours liquĂ©fiĂ©s pour en faciliter le transport.
L'exploration (recherche de gisements) et l'extraction du gaz naturel utilisent des techniques à peu prÚs identiques à celles de l'industrie du pétrole. Une grande partie des gisements de gaz connus à travers le monde a d'ailleurs été trouvée au cours de campagnes d'exploration dont l'objectif était de trouver du pétrole.
Lors de l'extraction d'un gaz sous pression, son refroidissement et sa dĂ©tente Ă la tĂȘte de puits provoque la condensation des hydrocarbures (C5 Ă C8 qu'il peut contenir) et d'eau[33]. Les hydrocarbures liquides lĂ©gers rĂ©cupĂ©rĂ©s, appelĂ©s « condensats de gaz naturel » ou « liquide de puits de gaz naturel » correspondent Ă un pĂ©trole extrĂȘmement lĂ©ger, de trĂšs haute valeur (donnant de l'essence et du naphta). Tout le reste (hydrocarbures C1 Ă C4, dioxyde de carbone, sulfure d'hydrogĂšne et hĂ©lium) est gazeux Ă tempĂ©rature ambiante et acheminĂ© par gazoduc vers une usine de traitement de gaz. Il faut donc deux rĂ©seaux de collecte, un pour le gaz et un pour les condensats.
Dans cette usine (qui peut ĂȘtre proche des gisements, ou proche des lieux de consommation), le gaz subit ensuite une dĂ©shydratation par point de rosĂ©e, puis les diffĂ©rents composants sont sĂ©parĂ©s. Les hydrocarbures C2 Ă C4 sont vendus sous le nom de gaz de pĂ©trole liquĂ©fiĂ© (GPL et non pas GNL). Le dioxyde de carbone est le plus souvent simplement rejetĂ© dans l'atmosphĂšre, sauf s'il y a un utilisateur proche. Parfois, on le rĂ©injecte dans une formation souterraine (sĂ©questration du CO2) pour rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă effet de serre. Le gaz acide est vendu Ă l'industrie chimique ou sĂ©questrĂ©. L'hĂ©lium est sĂ©parĂ© et commercialisĂ©, s'il est prĂ©sent en quantitĂ© suffisante - dans certains cas, il reprĂ©sente une addition trĂšs importante aux revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par le gisement.
Les condensats et les GPL ont une telle valeur marchande que certains gisements sont exploitĂ©s uniquement pour eux, le « gaz pauvre » (mĂ©thane) Ă©tant rĂ©injectĂ© au fur et Ă mesure, faute de dĂ©bouchĂ©s locaux. MĂȘme lorsque l'essentiel du gaz pauvre est vendu, on en rĂ©injecte souvent une partie dans le gisement, pour ralentir la baisse de pression, et rĂ©cupĂ©rer finalement une plus grande partie des condensats et du GPL.
L'autre partie (la plus grande) est transportée par gazoduc ou par méthanier vers les lieux de consommation.
Aval : transport gazeux ou liquide
Le transport du gaz traité (gaz pauvre, presque exclusivement du méthane) est par nature beaucoup plus difficile que pour le pétrole. Cela explique que, pendant longtemps, les gisements de gaz n'intéressaient les compagnies que s'ils étaient relativement proches des lieux de consommation, tandis que les gisements trouvés dans des endroits isolés n'étaient développés que si leur taille justifiait les infrastructures nécessaires. Sachant que la rentabilité des gisements gaziers s'est considérablement améliorée depuis plusieurs années, plusieurs gisements qui étaient vus comme « sub-commerciaux » sont maintenant profitables.
Pour transporter le gaz naturel des gisements vers les lieux de consommation, les gazoducs sont le moyen le plus courant. Toutefois, une part croissante du gaz consommĂ© est transportĂ©e sous forme liquide, Ă â162 °C et Ă pression atmosphĂ©rique, c'est-Ă -dire sous forme de gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL), dans des mĂ©thaniers. Sous cette forme liquide, le gaz naturel offre un pouvoir calorifique Ă©gal Ă plus de la moitiĂ© de celui du fioul domestique, Ă volume Ă©gal[n 1].
Cette solution, qui permet de « condenser » l'énergie gazeuse sous un volume réduit, exige des investissements trÚs lourds, tant pour la liquéfaction[n 2] que pour le transport[n 3]. à titre indicatif, le coût d'une usine de liquéfaction de taille minimale, de l'ordre de 45 Gthermies par an (3,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié), est de l'ordre de 400 à 500 millions USD et, si l'on veut doubler cette capacité, il faut ajouter 85 % de plus à ce coût.
Les navires de transport, dotés de réservoirs cryogéniques, coûtent également trÚs cher : en 2006, plus de 200 millions d'euros pour une capacité de 100 000 t, soit le prix d'un pétrolier de quelque 300 000 t.
Au vu de l'augmentation constante des besoins en Ă©nergie de toutes sortes et de la flambĂ©e du prix du pĂ©trole depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, tous ces investissements sont amplement justifiĂ©s. La filiĂšre du GNL nĂ©cessite cependant une taille importante pour ĂȘtre Ă©conomiquement viable, il faut donc une forte production Ă exporter pour justifier la construction d'une usine de liquĂ©faction et, inversement, d'importants besoins d'importation pour construire un terminal de rĂ©ception. En 2006, il n'existe aucun projet en dessous de deux Ă trois millions de tonnes par an pour l'exportation, et un seul pour l'importation.
Lors de sa liquéfaction, le gaz naturel est fractionné, si nécessaire, pour le séparer de l'éthane, du propane et du butane. à l'arrivée prÚs des lieux de consommation, le GNL est éventuellement stocké sous forme liquide puis vaporisé dans des terminaux méthaniers. Il est alors émis sur un réseau de transport classique. Ici encore, il faut des investissements importants pour la réception, le stockage et la vaporisation. Ces investissements sont cependant moindres que pour la liquéfaction ou le transport par méthanier.
Pour le traitement, et si l'on veut séparer les gaz de pétrole liquéfié (GPL) avant le transport, à partir des gisements de gaz et de condensats (si ceux-ci sont proches), on installe deux réseaux de collecte, un pour le gaz naturel et un autre pour les condensats. Le gaz et les condensats sont dirigés vers des installations de traitement et de désulfurisation.
Ăconomie du gaz
Marché à terme et marché spot
Dans les pays importateurs de gaz, ce combustible est acheté sur[34] :
- le marchĂ© Ă terme : qui peut ĂȘtre soit un marchĂ© organisĂ©, soit un marchĂ© de grĂ© Ă grĂ©. Dans le cadre des Ă©changes de grĂ© Ă grĂ©, les contrats Ă long terme comportent habituellement des clauses d'indexation du gaz sur divers indices, qui peuvent ĂȘtre les prix des marchĂ©s organisĂ©s ou le prix du principal substitut au gaz qui Ă©tait, jusqu'au dĂ©but des annĂ©es 2000, le pĂ©trole ;
- le marché spot qui s'est découplé du marché à terme depuis que le pétrole n'est plus le substitut principal du gaz.
Selon l'approvisionnement sur ces deux marchés, le prix peut dépendre du prix spot, du prix forward et de divers indices pétroliers ou gaziers.
RĂ©serves de gaz naturel
En 2020, selon la BGR (Bundesanstalt fĂŒr Geowissenschaften und Rohstoffe, en français : Institut fĂ©dĂ©ral allemand des gĂ©osciences et des ressources naturelles[35]), les rĂ©serves mondiales prouvĂ©es (rĂ©serves estimĂ©es rĂ©cupĂ©rables avec une certitude raisonnable dans les conditions techniques et Ă©conomiques existantes) de gaz naturel atteignaient 206 102 Gm3 (milliards de mĂštres cubes), en hausse de 7,3 % par rapport Ă 2010. Le Moyen-Orient regroupe 39,1 % des rĂ©serves mondiales et les pays de l'ex-URSS 33 %[36].
Rang 2020 |
Pays | fin 2010 (Tm3)[37] |
fin 2020 (Tm3)[36] |
% 2020 | variation 2020/2010 |
Production 2020 (Gm3)[36] |
ratio R/P |
---|---|---|---|---|---|---|---|
1 | Russie | 47,58 | 47,80 | 23,2 % | +0,5 % | 693,4 | 69 |
2 | Iran | 30,06 | 34,08 | 16,5 % | +13 % | 253,8 | 134 |
3 | Qatar | 25,32 | 23,86 | 11,6 % | -6 % | 184,9 | 129 |
4 | Turkménistan | 8,03 | 13,60 | 6,6 % | +69 % | 81,7 | 166 |
5 | Ătats-Unis | 7,72 | 13,00 | 6,3 % | +68 % | 947,7 | 14 |
6 | Arabie saoudite | 7,79 | 9,23 | 4,5 % | +18 % | 103,2 | 89 |
7 | Chine | 2,81 | 6,65 | 3,2 % | +137 % | 204,8 | 32 |
8 | Ămirats arabes unis | 6,03 | 6,09 | 3,0 % | +1 % | 52,2 | 117 |
9 | Nigeria | 5,29 | 5,85 | 2,8 % | +11 % | 50,0 | 117 |
10 | Venezuela | 5,20 | 5,67 | 2,8 % | +9 % | 21,6* | 334 |
11 | Irak | 3,17 | 3,73 | 1,8 % | +18 % | 7,0* | 533 |
12 | Mozambique | nd | 2,83 | 1,4 % | nd | nd | |
13 | Algérie | 4,50 | 2,28 | 1,1 % | -49 % | 85,1 | 27 |
14 | Malaisie | 2,40 | 2,25 | 1,1 % | -6 % | 73,2 | 31 |
15 | AzerbaĂŻdjan | 1,88 | 2,20 | 1,1 % | +17 % | 25,9* | 85 |
16 | Ăgypte | 2,18 | 2,14 | 1,0 % | -2 % | 62,1 | 34 |
17 | Canada | 2,19 | 2,07 | 1,0 % | -5 % | 158,3 | 13 |
18 | Australie | 2,92 | 1,89 | 0,9 % | -35 % | 153,6 | 12 |
19 | Kazakhstan | 3,25 | 1,83 | 0,9 % | -44 % | 33,3* | 55 |
20 | KoweĂŻt | 1,78 | 1,78 | 0,9 % | +0 % | 16,5* | 108 |
Total mondial | 192,1 | 206,1 | 100,0 % | +7,3 % | 3 994 | 51,6 | |
Tm3 = 101012 mÚtres cubes ; Gm3 = milliards de mÚtres cubes * source : BP[b 1] ; R/P = Réserves /Production 2020 (années restantes au rythme actuel) |
Les quatre premiers pays de la liste totalisent 57,9 % des réserves mondiales.
D'importantes rĂ©serves de gaz naturel ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes en MĂ©diterranĂ©e orientale ; cette zone appelĂ©e le « bassin du Levant » recĂšlerait, selon les estimations de l'Institut d'Ă©tudes gĂ©ologiques des Ătats-Unis, 3 400 Gm3 (milliards de mĂštres cubes) de gaz naturel « en place ». La totalitĂ© ne sera pas rĂ©cupĂ©rable, mais de telles rĂ©serves pourraient assurer la consommation d'un pays comme la France pendant plus de cinquante ans au moins. Les premiĂšres dĂ©couvertes datent de 2009 dans les eaux israĂ©liennes : Tamar, puis LĂ©viathan en 2010, Aphrodite dans les eaux de Chypre en 2011, et Zohr en 2015 dans les eaux Ă©gyptiennes, oĂč ENI, associĂ© au russe Rosneft (30 %) et Ă BP (10 %), prĂ©voit le dĂ©but de la production fin 2017 ; le dĂ©marrage de LĂ©viathan est prĂ©vu fin 2019-dĂ©but 2020. Total et ENI ont lancĂ© en l'exploration du champ d'Onisiforos au large de Chypre ; l'Ăgypte a lancĂ© des projets de grande envergure au large du delta du Nil et le Liban s'apprĂȘte Ă attribuer des permis Ă l'automne 2017[38].
Un projet gazier géant est en développement au large du Mozambique, piloté initialement par Anadarko, puis par Total en 2019. Le gaz, pompé au fond de l'Océan indien puis acheminé par gazoduc vers la cÎte, sera transformé en gaz naturel liquéfié (GNL) puis exporté par navire méthanier. Un autre projet de grande est également lancé par l'américain Exxon. Selon Wood Mackenzie, le Mozambique produira 6 % du GNL mondial lorsque les projets d'Anadarko et d'Exxon atteindront leur régime de croisiÚre en 2027[39]. Les gisements découverts au nord du Mozambique depuis le début des années 2010 totalisent prÚs de 5 000 Gm3. Total construit deux trains de liquéfaction, d'une capacité de 13 Mt/an ; la production devrait débuter en 2024. Mais depuis 2017, un groupe djihadiste sÚme la terreur dans cette région[39].
Statistiques de production
En 2021, selon BP, la production mondiale de gaz naturel a atteint 4 037 Gm3 (milliards de mĂštres cubes), en hausse de 4,8 % par rapport Ă 2020, de 1,7 % par rapport Ă 2019 et de 23,9 % depuis 2011. La production des Ătats-Unis augmente de 2,3 % ; leur part de marchĂ© passe Ă 23,1 %, loin devant la Russie (17,4 %)[b 1].
Les statistiques de production gaziÚre diffÚrent selon les sources, car les modes de calcul peuvent ou non inclure le gaz associé brûlé en torchÚre, ou donner des volumes de gaz avant ou aprÚs séchage et extraction des contaminants , etc. Les données de l'Agence internationale de l'énergie sont un peu plus élevées que celles de BP, avec une production mondiale de 4 014 Gm3 pour 2020[k 1] contre 3 854 Gm3 selon BP.
La production a progressé de 228 % en 47 ans, de 1 224 Gm3 en 1973 à 4 014 Gm3 en 2020[k 1].
La part du gaz naturel dans l'approvisionnement en énergie primaire était en 2020 de 23,7 % contre 26,8 % pour le charbon et 29,5 % pour le pétrole ; cette part a fortement progressé : elle n'était que de 19 % en 1990[41] et de 16,1 % en 1973[k 2].
Année | Production (EJ) | Accroissement | Part prod. énergie primaire |
---|---|---|---|
1973 | 41 489[k 3] | 16,1 %[k 2] | |
1990 | 70 653 | 19,2 % | |
2000 | 86 246 | 20,6 % | |
2010 | 113 503 | 21,2 % | |
2015 | 124 075 | 21,6 % | |
2016 | 126 547 | +2,0 % | 22,1 % |
2017 | 131 462 | +3,9 % | 22,5 % |
2018 | 137 582 | +4,7 % | 22,7 % |
2019 | 143 443 | +4,3 % | 23,2 % |
2020 | 139 092 | -3,0 % | 23,5 % |
rang | Pays | Production 2011 |
Production 2021 |
% du total 2021 |
Variation 2021/2011 |
Notes |
---|---|---|---|---|---|---|
1 | Ătats-Unis | 22,22 | 33,63 | 23,1 % | +51 % | [n 4] |
2 | Russie | 22,21 | 25,26 | 17,4 % | +14 % | [n 5] |
3 | Iran | 5,44 | 9,24 | 6,4 % | +70 % | [n 6] |
4 | Chine | 3,82 | 7,53 | 5,2 % | +97 % | |
5 | Qatar | 5,41 | 6,37 | 4,4 % | +18 % | |
6 | Canada | 5,44 | 6,20 | 4,3 % | +14 % | [n 7] |
7 | Australie | 1,95 | 5,30 | 3,6 % | +172 % | |
8 | Arabie saoudite | 3,16 | 4,22 | 2,9 % | +34 % | |
9 | NorvĂšge | 3,62 | 4,12 | 2,8 % | +14 % | |
10 | Algérie | 2,87 | 3,63 | 2,5 % | +26 % | [n 8] |
11 | Turkménistan | 2,03 | 2,85 | 2,0 % | +40 % | [n 9] |
12 | Malaisie | 2,41 | 2,67 | 1,8 % | +11 % | |
13 | Ăgypte | 2,13 | 2,44 | 1,7 % | +15 % | [n 10] |
14 | Indonésie | 2,98 | 2,13 | 1,5 % | -29 % | [n 11] |
15 | Ămirats arabes unis | 1,84 | 2,05 | 1,4 % | +11 % | |
16 | Ouzbékistan | 2,04 | 1,83 | 1,3 % | -10 % | |
17 | Nigeria | 1,31 | 1,65 | 1,1 % | +26 % | |
18 | Oman | 0,98 | 1,50 | 1,0 % | +53 % | |
19 | Argentine | 1,36 | 1,39 | 1,0 % | +2 % | |
20 | Royaume-Uni | 1,66 | 1,18 | 0,8 % | -29 % | |
Total monde | 117,26 | 145,33 | 100,0 % | +24 % | ||
Source : BP (hors gaz brûlé en torchÚre ou réinjecté ; y compris gaz produit pour liquéfaction). |
En 2017, la production de gaz russe a bondi de 8 % et les Ătats-Unis, d'importateur net sont devenus exportateur grĂące au gaz de schiste[42].
Pour plus d'informations sur la production par pays, on pourra se reporter Ă la sĂ©rie rĂ©gions pĂ©trolifĂšres ou aux articles sur l'Ă©nergie dans le pays concernĂ© (ex. : Ănergie aux Ătats-Unis, Ănergie en Russie, etc.).
Statistiques de consommation
Consommation de gaz naturel en 2019
- Ătats-Unis (21,5 %)
- Russie (11,3 %)
- Chine (7,8 %)
- Iran (5,7 %)
- Autres (62,7 %)
En 2021, selon BP, le monde a consommé 4 037 Gm3 (milliards de mÚtres cubes) de gaz naturel[b 3], soit 145,35 EJ, en baisse de 2,3 % par rapport à l'année précédente, mais en progression de 21 % par rapport à 2010[b 4].
Le gaz naturel était en 2020 la troisiÚme source d'énergie la plus utilisée dans le monde avec 23,7 % de l'approvisionnement mondial en énergie primaire, aprÚs le pétrole (29,5 %) et le charbon (26,8 %) ; sa part a fortement progressé : elle n'était que de 19,0 % en 1990[41] et de 16,1 % en 1973[k 2]. Le gaz naturel était utilisé principalement en 2020 pour la production d'électricité et de chaleur : 41,1 % (centrales électriques : 28,0 %, centrales de cogénération : 11,0 %, chaufferies des réseaux de chauffage urbain : 2,1 %), puis dans le secteur industriel : 18,5 %, le secteur résidentiel : 14,5 %, le secteur tertiaire : 6,2 %, les besoins propres de l'industrie énergétique : 9,4 %, les utilisations non énergétiques (chimie, engrais) : 5,5 % et le secteur des transports : 3,4 %[41].
Pays | Consommation 2011 |
Consommation 2021 |
Variation 2021/2011 |
% en 2021 | |
---|---|---|---|---|---|
1 | Ătats-Unis | 23,70 | 29,76 | +26 % | 20,5 % |
2 | Russie | 15,68 | 17,09 | +9 % | 11,8 % |
3 | Chine | 4,87 | 13,63 | +180 % | 9,4 % |
4 | Iran | 5,51 | 8,68 | +58 % | 6,0 % |
5 | Canada | 3,62 | 4,29 | +19 % | 3,0 % |
6 | Arabie saoudite | 3,16 | 4,22 | +34 % | 2,9 % |
7 | Japon | 4,03 | 3,73 | -7 % | 2,6 % |
8 | Allemagne | 2,91 | 3,26 | +12 % | 2,2 % |
9 | Mexique | 2,55 | 3,18 | +25 % | 2,2 % |
10 | Royaume-Uni | 2,95 | 2,77 | -6 % | 1,9 % |
11 | Italie | 2,67 | 2,61 | -2 % | 1,8 % |
12 | Ămirats arabes unis | 2,22 | 2,50 | +13 % | 1,7 % |
13 | Corée du Sud | 1,74 | 2,25 | +29 % | 1,5 % |
14 | Inde | 2,17 | 2,24 | +3 % | 1,5 % |
15 | Ăgypte | 1,72 | 2,23 | +30 % | 1,5 % |
16 | Turquie | 1,51 | 2,06 | +36 % | 1,4 % |
17 | ThaĂŻlande | 1,60 | 1,69 | +6 % | 1,2 % |
18 | Ouzbékistan | 1,70 | 1,67 | -2 % | 1,1 % |
19 | Algérie | 0,96 | 1,65 | +72 % | 1,1 % |
20 | Argentine | 1,58 | 1,65 | +4 % | 1,1 % |
21 | Pakistan | 1,27 | 1,61 | +27 % | 1,1 % |
22 | France | 1,55 | 1,55 | 0 % | 1,1 % |
23 | Malaisie | 1,38 | 1,48 | +7 % | 1,0 % |
24 | Brésil | 0,99 | 1,46 | +47 % | 1,0 % |
25 | Australie | 1,18 | 1,42 | +20 % | 1,0 % |
Total Monde | 116,42 | 145,35 | +25 % | 100 % |
Principaux exportateurs
Les principaux pays exportateurs, selon BP, sont :
Rang 2021 |
Pays | par gazoduc[b 5] | par mer (GNL)[b 6] | total 2021 | % en 2021 | Clients principaux |
---|---|---|---|---|---|---|
1 | Russie | 201,7 | 39,6 | 241,3 | 19,8 % | Union européenne (146,6), Turquie, Biélorussie (18,7), Japon (8,8), Chine (6,2) |
2 | Ătats-Unis | 84,3 | 95,0 | 179,3 | 14,7 % | Mexique (59,1), Canada (25,5), Asie (45,8, dont Chine : 12,4, CorĂ©e du sud : 12,1, Japon : 9,6), Europe (30,8, dont Espagne : 5,8, Turquie : 4,5, France : 4,3, Royaume-Uni : 4,0) |
3 | Qatar | 21,1 | 106,8 | 127,9 | 10,5 % | Asie (76,9, dont CorĂ©e du sud : 16,1, Inde : 13,6, Chine : 12,3, Japon : 12,3), Europe (22,5, dont Italie : 6,5, Royaume-Uni : 6,0), Ămirats arabes unis (20,9) |
4 | NorvÚge | 112,9 | 0,2 | 113,1 | 9,3 % | Union européenne (81,1), reste de l'Europe (31,9) |
5 | Australie | 108,1 | 108,1 | 8,9 % | Chine (43,6), Japon (36,3), Corée du sud (12,9) | |
6 | Canada | 75,9 | 75,9 | 6,2 % | Ătats-Unis | |
7 | Algérie | 38,9 | 16,1 | 55,0 | 4,5 % | Union européenne (42,7), Turquie (6,1) |
8 | Turkménistan | 42,1 | 42,1 | 3,4 % | Chine (31,5), Russie (10,5) | |
9 | Malaisie | 33,5 | 33,5 | 2,7 % | Japon (13,9), Chine (11,7), Corée du Sud (5,3) | |
10 | Nigeria | 23,3 | 23,3 | 1,9 % | Europe (13,0), Asie (8,7) | |
11 | Indonésie | 7,5 | 14,6 | 22,1 | 1,8 % | Singapour (7,3), Chine (6,6) |
Total mondial | 704,4 | 516,2 | 1 220,6 | 100 % |
NB : il s'agit d'exportations brutes, c'est-Ă -dire que le volume des importations n'en est pas dĂ©duit. Par exemple, le Canada a exportĂ© 75,9 Gm3 aux Ătats-Unis, mais a aussi importĂ© 25,5 Gm3 de ce mĂȘme pays. De mĂȘme entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
En janvier 2022, 101 cargos ont quittĂ© les ports amĂ©ricains pour aller livrer 7,3 Mt de GNL dans le monde, soit quatre de plus qu'au dĂ©part du Qatar, ce qui porte les Ătats-Unis au rang de premier exportateur mondial pour le deuxiĂšme mois consĂ©cutif, selon l'agence Bloomberg. Plus d'un tiers des cargos ont livrĂ© leur GNL en Europe. Les Ătats-Unis ont Ă©tĂ© la principale source de croissance de l'offre de GNL en 2021, ajoutant 25 millions de tonnes mĂ©triques ; ils Ă©taient le troisiĂšme exportateur de GNL derriĂšre l'Australie et le Qatar pour l'ensemble de l'annĂ©e 2021 et sont sur le point de prendre la premiĂšre place en 2022[43].
Principaux importateurs
Les principaux pays ou régions importateurs, selon BP, sont :
Rang 2021 |
Pays | par gazoduc[b 5] | par mer (GNL)[b 6] |
total 2021 | % en 2021 | Fournisseurs principaux |
---|---|---|---|---|---|---|
1 | Union europĂ©enne | 269,8 | 79,3* | 349,1 | 28,6 % | Russie (146,6), NorvĂšge (81,1), AlgĂ©rie (42,7), Ătats-Unis (22,4), Qatar (16,3), Nigeria (11,4), AzerbaĂŻdjan (8,2) |
2 | Chine | 53,2 | 109,5 | 162,7 | 13,3 % | Australie (43,6), TurkmĂ©nistan (31,5), Russie (13,8), Ătats-Unis (12,4), Qatar (12,3), Malaisie (11,7) |
3 | reste de l'Europe | 99,3 | 28,9* | 128,2 | 10,5 % | Russie (37,7), NorvĂšge (31,9), AzerbaĂŻdjan (11,3), Ătats-Unis (8,5), AlgĂ©rie (6,8), Qatar (6,3) |
4 | Japon | 101,3 | 101,3 | 8,3 % | Australie (36,3), Malaisie (13,9), Qatar (12,3), Ătats-Unis (9,6), Russie (8,8) | |
5 | Ătats-Unis | 75,9 | 0,6 | 76,5 | 6,3 % | Canada (75,9) |
6 | CorĂ©e du Sud | 64,1 | 64,1 | 5,3 % | Qatar (16,1), Australie (12,9), Ătats-Unis (12,1), Oman (6,3), Malaisie (5,3) | |
7 | Mexique | 58,7 | 0,9 | 59,6 | 4,9 % | Ătats-Unis (59,1) |
8 | Inde | 33,6 | 33,6 | 2,8 % | Qatar (13,6), Ătats-Unis (5,6), Ămirats arabes unis (4,9) | |
Total mondial | 704,4 | 516,2 | 1 220,6 | 100 % | ||
* les importations de GNL de l'Union européenne se répartissent en 20,8 Gm3 pour l'Espagne, 18,1 Gm3 pour la France, 9,5 Gm3 pour l'Italie, 466,3 Gm3 pour la Belgique et 25,5 Gm3 pour les autres pays membres ; les pays européens hors EU importateurs de GNL sont le Royaume-Uni (14,9 Gm3) et la Turquie (13,9 Gm3). |
NB : ces importations sont brutes, elles coexistent parfois avec des exportations (Ătats-Unis vers Canada, Pays-Bas vers pays voisins, Royaume-Uni, etc.).
Les échanges par gazoducs sont passés de 466,3 Gm3 en 2011 à 505,6 Gm3 en 2021, soit une progression de 8,4 % ; les échanges par mer (GNL) sont passés de 328,3 Gm3 en 2011 à 516,2 Gm3 en 2021, soit une progression de 57 % ; leur part s'est ainsi accrue en dix ans de 41,3 % à 50,5 %[b 7].
Ăconomie du gaz en Chine
La Chine a lancé une réforme pour que le prix du gaz soit calculé sur indexés sur les prix des énergies concurrentes formés par les forces du marché, plutÎt que sur les coûts de production, comme c'était le cas auparavant[44].
Ăconomie du gaz en Europe
En 2017, L'Union européenne dépend à 65 % d'un gaz importé, notamment de Russie. Jusqu'à 90 % du gaz consommé dans l'UE a traversé au moins une frontiÚre, ce qui la rend vulnérable à une crise gaziÚre[45].
En 2013, l'UE consommait 387 Mtep de gaz naturel (23,2 % de son énergie primaire)[46]. AprÚs une baisse de 5 % en 2013, le volume total de gaz échangé dans les hubs européens a augmenté de 25 % en 2014, atteignant plus de 40 000 TWh, un nouveau record[47].
Le gaz de Slochteren (« gaz L ») y fut utilisé massivement aprÚs sa découverte en 1959. Puis la découverte et l'exploitation des gisements anglais et norvégiens et l'arrivée de fournisseurs hors de l'espace économique européen (Russie principalement), l'utilisation de GNL et les restrictions des années 1970 d'exportation du gaz L aux Pays-Bas ont diminué l'importance du gaz L en Europe[48].
Sous l'égide de la Commission européenne (CE), un Forum européen de régulation du gaz (dit « Forum de Madrid ») se réunit deux fois l'an depuis 1999. Des représentants des autorités nationales de régulation, des gouvernements, de la Commission européenne, les gestionnaires de réseau de transport du gaz, des vendeurs et négociants de gaz, des consommateurs et des utilisateurs du réseau gazier et des marchés d'échange de gaz y discutent de la mise en place d'un marché intérieur du gaz. En 2013, ils négocient la tarification des échanges transfrontaliers, la gestion des « faibles capacités d'interconnexion » et d'autres verrous techniques ou commerciaux faisant obstacle au marché intérieur gazier. En 2013, un rÚglement impose comme priorité le développement de l'interconnexion transfrontaliÚre des réseaux énergétiques (gaz, pétrole, électricité).
Le lobby industriel gazier est notamment reprĂ©sentĂ© au Forum de Madrid par l'association Eurogas. Elle dĂ©fend les intĂ©rĂȘts des principaux industriels et associations de l'industrie gaziĂšre europĂ©enne. PrĂ©sidĂ©e par Jean-François Cirelli, vice-prĂ©sident de GDF Suez, elle est aussi prĂ©sent dans le Gas Coordination Group, le Citizens Energy Forum et d'autres groupes d'intĂ©rĂȘts.
En 2013, Eurogas estimait que la part du gaz russe dans les 28 pays de l'UE a atteint 27 % (contre 23 % en 2012) ; alors que la consommation gaziÚre de l'UE diminuait pour la troisiÚme année consécutive, baissant de 1,4 % à 462 milliards de mÚtres cubes, aprÚs des baisses de 10 % et 2 % en 2011 et 2012 ; la production européenne de gaz a décliné (de 1 % passant à 156 milliards de mÚtres cubes) mais reste la premiÚre source (33 % de la consommation, comme en 2012) de l'UE ; la NorvÚge a elle aussi légÚrement augmenté sa part (23 % contre 22 % en 2012), tandis que le troisiÚme fournisseur, l'Algérie, a vu sa part baisser de 9 à 8 % ; le Qatar, qui envoie du gaz sous sa forme liquéfiée (gaz de pétrole liquéfié), n'a représenté que 4 % en 2013 (contre 6 % en 2012), alors que le GNL trouve des débouchés plus rémunérateurs en Asie ; la part de la Russie remonte à environ 40 % des importations de l'UE, alors que la tendance était plutÎt à un déclin au cours de la décennie précédent ; le déclin de la demande gaziÚre dans le mix électrique est partiellement attribué à la concurrence des énergies renouvelables subventionnées, mais aussi aux bas prix du charbon ; en 2012, le gaz a représenté 23,1 % de la consommation d'énergie primaire dans l'UE[49].
La consommation europĂ©enne gaziĂšre a chutĂ© de 11 % en 2014 ; ni la crise de 2009, ni l'annĂ©e noire 2011 nâavaient provoquĂ© une telle dĂ©bĂącle : la consommation avait alors respectivement reculĂ© de 7,2 % et de 9,5 %, sans toutefois se redresser ensuite : la baisse a Ă©tĂ© de 3,7â% en 2012 et de 1,3â% en 2013. La douceur du climat explique une partie de cette baisse, car elle pĂšse sur les besoins en chauffage des EuropĂ©ens : au premier semestre, le recul sâest Ă©levĂ© Ă 18â% ; cet effet climat est venu sâajouter Ă la baisse de la consommation des industriels liĂ©e au ralentissement Ă©conomique et Ă la moindre utilisation du gaz pour la production dâĂ©lectricitĂ©, oĂč il est concurrencĂ© par les Ă©nergies renouvelables et un charbon meilleur marchĂ©. Selon GDF Suez, les Ă©nergĂ©ticiens europĂ©ens ont fermĂ© 70 gigawatts de capacitĂ©s de centrales Ă gaz ces derniĂšres annĂ©es[50].
Gazprom, principal fournisseur de gaz de l'UE, a annoncé en janvier 2015 à ses clients qu'ils devront aller chercher leur gaz à leurs frais en Turquie, appelée à remplacer l'Ukraine comme zone de transit aprÚs l'abandon par la Russie du projet de gazoduc South Stream. Or GDF Suez, ENI, E.ON et autres gaziers européens disposent de contrats de long terme prévoyant que Gazprom leur livre du gaz en des points précis, et non à la frontiÚre gréco-turque. Gazprom devrait alors payer des pénalités énormes. Les pays européens sont diversement concernés par ce bras de fer : le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas n'achÚtent pas de gaz russe, la Pologne et l'Allemagne sont approvisionnés via le Belarus ; mais l'Autriche, la Slovaquie, la République tchÚque, tous les pays du sud et du sud-est de l'Europe, ainsi que des clients italiens ou français, sont concernés[51].
Le principe de solidaritĂ© entre Ătats-membres en cas de crise du gaz a Ă©tĂ© validĂ© par les eurodĂ©putĂ©s (en ). Une nouvelle lĂ©gislation vise « une plus grande transparence » et une moindre dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique de l'UE ; les Ătats devront en cas de crise (mais en « dernier recours ») partager leurs rĂ©seaux gaziers dans le cadre dâune « coopĂ©ration rĂ©gionale » prĂ©voyant par « blocs rĂ©gionaux » des « corridors d'approvisionnement d'urgence » et des « clients protĂ©gĂ©s par solidaritĂ© » (clients ciblĂ©s, mĂ©nages ou services publics tels que des hĂŽpitaux)[45]. Des compensations sont prĂ©vues pour ceux qui auront Ă aider leurs voisins[45]. Chaque Ătat-membre doit rĂ©diger (avec l'aide de la Commission) un Plan de prĂ©vention et d'urgence en cas de pĂ©nurie[45]. Les compagnies gaziĂšres devront notifier ceux de leurs contrats Ă long-terme dits « pertinents pour la sĂ©curitĂ© de l'approvisionnement » (c'est-Ă -dire reprĂ©sentant 28 % de la consommation annuelle de gaz d'un Ătat-membre)[45].
La réglementation environnementale 2020 (RE 2020) entrainera la disparition progressive des logements neufs chauffés au gaz naturel en France, un mouvement déjà engagé en SuÚde, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni qui ont adopté des réglementations similaires[52].
Le programme de transition Ă©nergĂ©tique accĂ©lĂ©rĂ©e de l'UE Fit for 55 risque d'accroĂźtre la dĂ©pendance de l'UE aux importations : le scĂ©nario de l'association Agora Energiewende sur la stratĂ©gie allemande de neutralitĂ© carbone en 2050 prĂ©voit que, dans la phase intermĂ©diaire de la transition, la production d'Ă©lectricitĂ© Ă partir de gaz naturel augmentera de 70 % (de 79 TWh en 2018 Ă 134 TWh en 2030), puis en 2050 une demande annuelle d'hydrogĂšne et autres carburants synthĂ©tiques de 432 TWh, dont 348 TWh (80,5 %) devront ĂȘtre importĂ©s[53].
L'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui commence le , suscite de nouvelles sanctions économiques de l'Europe contre la Russie. Le projet de gazoduc Nord Stream 2 est suspendu. La question de la dépendance de l'Europe au gaz russe est soulevée à la fois par la volonté de l'Europe de s'en départir et par la menace de la Russie de couper le flux vers l'Europe en représailles. Le prix du gaz en Europe atteint des niveaux record[54]. Des réflexions s'engagent sur la capacité de l'Europe à compenser ce manque par des livraisons de GNL, un recours accru au charbon et au nucléaire pour la production d'électricité et des réductions d'activité dans les industries consommatrices de gaz, mais ces solutions d'urgence coûteraient trÚs cher et pourraient causer une récession, alors que les économies sortent juste de celle liée à la pandémie de Covid-19[55] - [56] - [57].
Dans un rapport publiĂ© dĂ©but novembre 2022, l'Agence internationale de l'Ă©nergie appelle l'Europe Ă prendre des mesures immĂ©diates pour Ă©viter toute pĂ©nurie de gaz durant l'hiver 2023-2024. En 2022, l'Europe a profitĂ© de plusieurs facteurs favorables : la demande s'est effondrĂ©e en Chine, minĂ©e par le ralentissement Ă©conomique et les nouveaux confinements dĂ©crĂ©tĂ©s, et le gaz russe a continuĂ© Ă arriver par gazduc. Ce ne devrait plus ĂȘtre le cas en 2023, oĂč le marchĂ© mondial ne devrait croĂźtre que de 20 Gm3 (milliards de mĂštres cubes) en 2023, quand les importations russes, qui ont atteint 60 Gm3 en Europe cette annĂ©e, devraient ĂȘtre rĂ©duites de moitiĂ©, voire disparaĂźtre complĂštement. Par ailleurs, si l'Ă©conomie chinoise rebondit et que la demande de PĂ©kin en GNL retrouve son niveau de 2021, la Chine pourrait capter 85 % de la croissance mondiale du marchĂ© du GNL en 2023. L'Europe pourrait alors manquer de 30 Gm3 de gaz pour remplir son objectif de rĂ©serves Ă 95 % Ă l'entrĂ©e de l'hiver 2023-2024, soit environ la moitiĂ© des injections nĂ©cessaires. L'AIE estime la rĂ©duction de consommation nĂ©cessaire Ă 13 %[58].
Ăconomie du gaz en Belgique
Deux types de gaz sont fournis sur le marchĂ© belge : le gaz riche ou gaz H (gaz issus du Royaume-Uni, de NorvĂšge et de Russie ainsi que le GNL), et le gaz L (gaz de Slochteren). Le gaz H a un PCS de 11,630 kWh/Nm3, le gaz L a un PCS de 9,769 kWh/Nm3. Cette diffĂ©rence de pouvoir calorifique nĂ©cessite un acheminement du gaz H et du gaz L par des rĂ©seaux de canalisation diffĂ©rents et divise les utilisateurs belges en consommateur de gaz L et consommateur de gaz H. L'organisation du marchĂ© du gaz est dĂ©volue au CREG, Commission de rĂ©gulation de l'Ă©lectricitĂ© et du gaz[48]. D'ici 2030, la Belgique ne se fournira plus qu'en gaz riche car les Pays-Bas prĂ©voient de diminuer, puis d'arrĂȘter leur production de gaz pauvre. Une phase transitoire est actuellement en cours pour changer lâapprovisionnement[59].
Infrastructures gaziĂšres
- Zandvliet et Poppel, deux points oĂč arrivent le gaz en provenance des Pays-Bas (Gaz L). CapacitĂ© utilisable : 3 285 kNm3/h, dont une partie est acheminĂ©e vers la France (1 750 kNm3/h)[48].
- Terminal GNL à Zeebruges (Zeebrugge Hub (en)) : reçoit les gaz provenant du Royaume-Uni (National Balancing Point via Interconnector (en)), de NorvÚge (zeepipe (en)), d'Algérie et du Qatar (GNL acheminé par méthanier)[48].
- Berneau, point oĂč arrive le gaz en provenance d'Allemagne, de NorvĂšge et de Russie (Gaz H)[48].
Stockage Ă Bruges, Anvers (Wuustwezel) et Anderlues[48].
Stations de compression Ă Poppel, Winksele, Berneau et Sinsin[48].
RĂ©seau de transport
Le gestionnaire de réseau de transport est Fluxys (GDF Suez)[60].
RĂ©seau de distribution
Le gestionnaire de réseau de distribution est Distrigaz (Ente nazionale idrocarburi).
Infrastructures gaziĂšres
Les infrastructures comprennent[61] :
- les réseaux de transport ;
- les réseaux de distribution ;
- les sites de stockage ;
- les terminaux méthaniers.
Les terminaux méthaniers sont au nombre de quatre : Fos-Tonkin, Fos-Cavaou, Montoir-de-Bretagne (prÚs de Saint-Nazaire) et Loon-Plage (prÚs de Dunkerque). Deux autres projets sont en cours de développement au port du Havre-Antifer et à Fos-sur-Mer (projet Fos-Faster).
Les gazoducs internationaux et les terminaux méthaniers sont reliés, au niveau des frontiÚres et des ports (la France importe 98 % du gaz naturel qu'elle consomme) au réseau de transport principal, qui se subdivise en un réseau de transport régional.
Alors que le rĂ©seau de transport d'Ă©lectricitĂ© est gĂ©rĂ© en France par un seul opĂ©rateur, RTE, les Ă©changes de gaz sont organisĂ©s autour de trois zones d'Ă©quilibrage du rĂ©seau de transport. Les expĂ©diteurs peuvent faire circuler leur gaz librement Ă l'intĂ©rieur d'une zone d'Ă©quilibre, en payant uniquement Ă lâentrĂ©e et Ă la sortie :
- la zone nord, au nord d'une ligne allant de la Vendée au Doubs, est gérée par GRTgaz ;
- la zone sud, qui comprend le centre-ouest, le Massif central et un grand quart sud-est, relĂšve Ă©galement de GRTgaz ;
- la zone sud-ouest est opérée par Teréga (ex-TIGF).
Le réseau de distribution achemine le gaz depuis les grandes infrastructures du réseau de transport jusqu'aux consommateurs. Vingt-cinq entreprises de distribution de gaz assurent ce service. GrDF assure la distribution de 96 % du marché. S'y ajoutent vingt-deux entreprises locales de distribution et trois « nouveaux entrants ».
Storengy, filiale d'Engie, ainsi que Teréga (ex-TIGF), filiale de Snam, GIC, EDF et Predica[62] - [63], possÚdent des installations de stockage de gaz réparties dans les différentes zones d'équilibre.
Marchés de gros
Les opérateurs achÚtent du gaz sur les marchés de gros[64] :
- soit au gré à gré, via des contrats de long terme qui permettent de garantir les approvisionnements. Le producteur s'engage à livrer des quantités de gaz que le client s'engage à acheter ;
- soit via un marché intermédié. Des plateformes de négociations, telles que Powernext, permettent d'échanger des contrats spot de court terme ou des contrats de plus long terme.
Le prix de gros du gaz est fixé sur les cours des produits pétroliers, avec en général trois à six mois de décalage.
Marché de détail et prix du gaz
Les clients en France peuvent choisir entre un tarif réglementé ou un prix de marché[65].
Au , le nombre de consommateurs restĂ©s au tarif rĂ©glementĂ© Ă©tait de 7,39 millions contre 9,5 millions en 2010 ; sur les 3,2 millions de particuliers ayant abandonnĂ© le tarif rĂ©glementĂ©, prĂšs de 90â% ont optĂ© pour des offres Ă prix fixes, en particulier celles d'EDF (1 million de clients gaz), de GDF Suez lui-mĂȘme (1,5 million) et de Lampiris (109 000 clients) qui a remportĂ© en lâappel dâoffres dâUFC Que choisir pour un achat groupĂ© qui permettra aux souscripteurs de bĂ©nĂ©ficier pendant un an dâun tarif fixe Ă©gal au tarif rĂ©glementĂ© de vente de dĂ©cotĂ© de 13â% ; ENI et Direct Energie proposent aussi des tarifs indexĂ©s sur le tarif rĂ©glementĂ©, avec un rabais entre â 10 et â 1â%, mais la formule Ă prix fixes a Ă©tĂ© choisie par 80 % des 400 000 clients d'ENI et 10 % des 300 000 clients de Direct Energie[66].
Sur les quelque 10,6 millions dâabonnĂ©s particuliers au gaz Ă fin , le fournisseur historique GDF Suez, seul habilitĂ© Ă proposer le tarif rĂ©glementĂ©, en capte encore 8,9 millions (soit 84 %), quâils soient au tarif rĂ©glementĂ© ou en offre de marchĂ©. EDF sâarroge la premiĂšre place des fournisseurs «âalternatifsâ», avec 9,5â% des parts de marchĂ© du nombre total de sites, et 60 % des parts de marchĂ© des fournisseurs alternatifs. En volume, la part de marchĂ© dâEDF est de 8 % (10 TWh sur 125 TWh)[67].
Les tarifs rĂ©glementĂ©s de vente de gaz doivent en principe couvrir les coĂ»ts de fourniture des opĂ©rateurs (loi du [68]). Ces tarifs sont fixĂ©s par les ministres chargĂ©s de lâĂ©conomie et de lâĂ©nergie, sur avis de la CRE.
Le tarif réglementé comme le prix de marché pour le particulier s'analyse comme la somme :
- du tarif d'utilisation des réseaux, fixé par le gouvernement sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) ;
- du coût d'utilisation des stockages, fixé par l'opérateur ;
- et du tarif de fourniture.
L'AutoritĂ© de la concurrence a rendu le 18/04/2013 un avis prĂ©conisant la suppression progressive des tarifs rĂ©glementĂ©s du gaz, en commençant par les consommateurs industriels ; elle considĂšre que ces tarifs constituent le principal facteur de dysfonctionnement du marchĂ© de la fourniture de gaz, quâils dissuadent les fournisseurs alternatifs de pĂ©nĂ©trer le marchĂ© pour faire concurrence Ă GDF et EDF, alors mĂȘme que ces nouveaux entrants pourraient stimuler la concurrence en promouvant des offres de marchĂ© moins chĂšres que les tarifs rĂ©glementĂ©s[69] - [70].
La formule de calcul des tarifs réglementés a été modifiée par la CRE durant l'été 2014 : la part d'indexation sur les prix du marché de gros a été portée de 45,8 % à 60 %[71].
Au , les tarifs rĂ©glementĂ©s ont Ă©tĂ© supprimĂ©s pour les professionnels abonnĂ©s au gaz dont la consommation annuelle est supĂ©rieure Ă 200 MWh ; ils devaient avoir d'ici lĂ souscrit Ă une offre de marchĂ© ; 40 000 sites sont concernĂ©sâ: acteurs publics (hĂŽpitaux, Ă©coles, maisons de retraite, etc) mais aussi des milliers de petites entreprises, ou des grosses copropriĂ©tĂ©s. Depuis la promulgation de la loi sur la consommation du , qui a fixĂ© cette Ă©chĂ©ance cruciale pour lâouverture des marchĂ©s de lâĂ©nergie, 20 000 sites ont dĂ©jĂ basculĂ© sur les offres de marchĂ©. Au , les tarifs rĂ©glementĂ©s seront supprimĂ©s pour les 105 000 professionnels dont la consommation dĂ©passe 30 MWh par an[72]. Au , 26 000 sites n'avaient pas souscrit Ă une offre de marchĂ© ; ils ont basculĂ© automatiquement vers une offre de marchĂ© transitoire de six mois par l'opĂ©rateur historique, dont les prix seraient en moyenne supĂ©rieurs de 3 % aux ex-tarifs rĂ©glementĂ©s. Les fournisseurs alternatifs de gaz ont Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©s par les demandes, en particulier les appels d'offres des consommateurs publics ; par ailleurs, la plupart des offres sont Ă prix fixes, ce qui est illĂ©gal pour les entitĂ©s publiques[73].
Les tarifs réglementés du gaz baissent de 3,5 % au ; ils sont en effet indexés à 40 % sur les cours du pétrole, qui ont chuté de 60 % entre juin et ; la formule de calcul des tarifs du gaz répercute l'évolution des cours du brut avec six à huit mois de retard ; de ce fait, les tarifs du gaz devraient reculer de 8 à 9 % entre et . En 2014, le tarif réglementé avait perdu environ 7 % jusqu'en septembre, puis avait rebondi à compter du 1er octobre pour terminer à -2,1 % sur l'année ; ce rebond était lié à l'évolution des prix du marché de gros du gaz, qui pÚse pour 60 % dans la formule de calcul des tarifs ; or les prix du marché augmentent en hiver du fait de la demande pour le chauffage. La baisse des tarifs depuis le début 2014 a permis au gouvernement d'introduire la taxe carbone en et de l'augmenter au (+1,8 % sur le prix total)[74].
La Commission de rĂ©gulation de l'Ă©nergie a proposĂ© en de porter la part du prix du marchĂ© dans la formule d'indexation des tarifs rĂ©glementĂ©s Ă un niveau compris entre 70 % et 80 %, contre 59,8 % actuellement, modification qui reflĂšte l'Ă©volution des conditions d'approvisionnement d'Engie. Par ailleurs, lâĂ©volution du coĂ»t des infrastructures Ă prendre en compte au 1er juillet devrait entraĂźner une hausse en moyenne de 2,3 % des tarifs rĂ©glementĂ©s[75].
Programmation pluriannuelle de l'Ă©nergie
La programmation pluriannuelle de l'Ă©nergie (PPE), dans sa version quasi-dĂ©finitive publiĂ©e le 20 janvier 2020, prĂ©voit un recul des volumes de gaz consommĂ©s de 22 % d'ici Ă 2028, car « le gaz naturel est une Ă©nergie fossile qui, Ă ce titre, devra ĂȘtre supprimĂ©e du mix Ă©nergĂ©tique de 2050 ». Le gouvernement compte pour cela sur les actions d'efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, en particulier dans le bĂątiment. Pour le dĂ©veloppement de la mĂ©thanisation en France, l'objectif de montĂ©e en puissance du gaz renouvelable est de passer de 1,2 TWh de biogaz injectĂ©s dans le rĂ©seau en 2018 Ă 6 TWh en 2023. Il reprĂ©senterait 6 Ă 8 % de la consommation de gaz dans dix ans et la prĂ©vision de tarif d'achat auprĂšs des producteurs est relevĂ©e Ă 75 âŹ/MWh en moyenne en 2023 au lieu de 67 âŹ/MWh prĂ©vus auparavant[76].
Utilisation
Statistiques
Au niveau mondial, l'usage du gaz naturel se dĂ©veloppe partout oĂč il peut se substituer au pĂ©trole ou au charbon : la consommation mondiale de gaz naturel a progressĂ© de 25 % entre 2011 et 2021[b 4]. Il prĂ©sente en effet plusieurs avantages en comparaison avec ce dernier : moins cher en gĂ©nĂ©ral, il permet Ă©galement une diversification des approvisionnements Ă©nergĂ©tiques des pays importateurs (gĂ©opolitique), mĂȘme si la crise entre l'Ukraine et la Russie au dĂ©but de l'annĂ©e 2006 montre que ce n'est pas la solution miracle. Dans certains pays, comme la Russie ou l'Argentine, l'usage du gaz naturel a mĂȘme dĂ©passĂ© celui du pĂ©trole.
Le gaz naturel est devenu une industrie globale, ce qui tranche singuliĂšrement avec l'Ă©poque (jusqu'aux annĂ©es 1950, bien plus tard dans certains pays), oĂč il Ă©tait avant tout perçu comme un coproduit (gaz associĂ©) encombrant et dangereux des puits de pĂ©trole (cf Torchage et rejet de gaz naturel).
C'est une source d'Ă©nergie de plus en plus utilisĂ©e par l'industrie pour produire de la chaleur (chauffage, foursâŠ) et de l'Ă©lectricitĂ©, Ă©ventuellement en cogĂ©nĂ©ration ou tri-gĂ©nĂ©ration. En 2020, au niveau mondial, 23,6 % de l'Ă©lectricitĂ© Ă©tait produite Ă partir de gaz naturel (charbon : 35,2 %, pĂ©trole : 2,5 %, nuclĂ©aire : 10,0 %, hydroĂ©lectricitĂ© : 16,6 %, autres renouvelables : 11,7 %), contre 14,7 % en 1990[41], et 12,1 % en 1973[k 4], et 39,8 % de la chaleur produite pour alimenter les rĂ©seaux de chaleur Ă©tait tirĂ©e du gaz naturel (charbon : 45,0 %, pĂ©trole : 3,4 %, biomasse et dĂ©chets : 7,7 %)[41]. Chez les particuliers, le gaz naturel est utilisĂ© pour le chauffage, l'eau chaude et la cuisson des aliments. Enfin, depuis quelques annĂ©es, le gaz naturel comprimĂ© en bouteilles est utilisĂ© dans de nombreux pays comme carburant pour les vĂ©hicules (GNV).
Pollution et Ă©missions de gaz Ă effet de serre
Ămissions directes. Autres Ă©missions = Ă©missions sur la chaĂźne de production[77]
Pour réduire les émissions du bois énergie, l'institut Paul Scherrer préconise sa conversion en gaz naturel de synthÚse.
Comme pour tous les combustibles fossiles, la combustion du gaz naturel rejette du dioxyde de carbone : 56,9 kg équivalent CO2 par gigajoule PCI de chaleur produite (contre 73,8 pour le fioul domestique et 96 pour le charbon) ; par rapport au charbon et au pétrole, les émissions sur le cycle complet « du puits au brûleur » et pas seulement celles résultant de l'usage final du combustible sont également moindres : 67,7 kgCO2eq/GJ, contre 89,9 pour le fioul domestique et 105 pour le charbon ; l'extraction et le traitement du gaz naturel consomment moins d'énergie que ceux le fioul, mais plus que ceux du charbon : 10,8 kgCO2eq/GJ contre 16,1 pour le fioul domestique et 8,85 pour le charbon[78].
Toutefois, le gaz naturel est responsable, de son extraction à sa combustion en passant par son transport, d'importantes émissions de méthane, son principal constituant ; or le potentiel de réchauffement global du méthane est 25 fois plus élevé que celui du CO2[79].
L'utilisation du gaz naturel ne produit pas de particule, presque pas d'oxydes d'azote (NOx) et ne laisse pas de cendres, et quasiment aucune pollution locale par les oxydes de soufre, la dĂ©sulfuration Ă©tant effectuĂ©e en amont, au niveau de l'usine de traitement du gaz. Cela a une consĂ©quence Ă©conomique directe par rapport aux autres Ă©nergies fossiles : une installation (centrale Ă©lectrique, chaufferie, cimenterie ou autre) brĂ»lant du charbon a besoin de dispositifs de dĂ©pollution pour extraire le soufre, les NOx et les particules des fumĂ©es. Avec le gaz naturel, ces appareillages sont inutiles, d'oĂč une Ă©conomie importante.
S'il ne produit pas de suies (particules de 10 Ă 100 nanomĂštres), une Ă©tude publiĂ©e en 2008[80] montre qu'un brĂ»leur normal de chauffe-eau au gaz ou de gaziniĂšre produit des particules ultrafines ou des nanoparticules (de 1 Ă 10 nm de diamĂštre). Dans une chaudiĂšre Ă condensation, leur taux est plus bas (0,1 mg Nmâ3 ou milligramme par normo-mĂštre cube) grĂące Ă une combustion optimisĂ©e, mais un brĂ»leur normal de gaziniĂšre engendre des taux particulaires bien plus Ă©levĂ©s (5 mg Nmâ3) ainsi d'ailleurs qu'une « quantitĂ© significative » dâhydrocarbures aromatiques polycycliques qui pourraient peut-ĂȘtre interagir avec ces nanoparticules.
MatiÚre premiÚre de l'industrie chimique et pétrochimique
Le gaz naturel est aujourd'hui la matiÚre premiÚre d'une bonne partie de l'industrie chimique et pétrochimique : à la quasi-totalité de la production d'hydrogÚne, de méthanol et d'ammoniac, trois produits de base, qui à leur tour servent dans diverses industries :
Ci-aprÚs est présentée la chimie du méthane dans l'industrie pétrochimique :
Utilisation comme carburant
En 2015, 22,4 millions de véhicules au gaz naturel roulent dans le monde, en particulier en Iran (4,1 millions), en Chine (4 millions), au Pakistan (3,7 millions), en Argentine (2,5 millions), au Brésil (1,8 million), en Inde (1,8 million) et en Italie (0,89 million)[81].
Le gaz naturel est un carburant de vĂ©hicules routiers ou industriels sous forme comprimĂ©e Ă 200 bars (GNC) ou liquĂ©fiĂ©e Ă â163 °C (GNL). Le biogaz, issu de la valorisation de dĂ©chets organiques par mĂ©thanisation, une fois Ă©purĂ© en biomĂ©thane est Ă©quivalent au gaz naturel et peut aussi ĂȘtre utilisĂ©, comprimĂ© ou liquĂ©fiĂ© . La combustion du gaz naturel et du biomĂ©thane est chimiquement beaucoup plus propre que celle des carburants classiques (CO2 : -25 % vs lâessence, pas de particules, oxydes dâazote : -80 %) et les moteurs fonctionnant au GNV sont deux fois plus silencieux. Ainsi, trouve-t-on en Europe des vĂ©hicules et utilitaires lĂ©gers, des engins spĂ©ciaux et de propretĂ©, des camions, bus et bennes Ă ordures mĂ©nagĂšres fonctionnant au gaz. Leur autonomie sâĂ©tend de 300 km pour les vĂ©hicules lĂ©gers au GNC Ă 1 000 km pour les poids lourds au GNL.
Source d'hydrogĂšne pour une pile Ă combustible
Le gaz naturel est aussi l'une des sources possibles d'hydrogĂšne pour les piles Ă combustible. Cet hydrogĂšne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme « vert », si le gaz utilisĂ© pour produire est d'origine renouvelable (biomĂ©thane), il peut contribuer Ă la neutralitĂ© carbone et Ă la transition Ă©nergĂ©tique[82].
En Europe depuis 2016, le programme PACE prévoit l'installation de 2 650 microgénérateurs dans l'Union, et une capacité de production d'au moins 1 000 machines par an en 2018 par quatre grands installateurs[82].
De 2018 Ă 2020, en France, l'Ademe s'est associĂ©e Ă GRDF pour tester durant trois ans une cinquantaine de piles au gaz naturel expĂ©rimentales qui fourniront en cogĂ©nĂ©ration de l'Ă©lectricitĂ© et de la chaleur dans des immeubles collectifs, des maisons ou de petites entreprises. De telles piles sont dĂ©jĂ courante au Japon (leader en la matiĂšre) et Ă©mergentes (dont en usage domestique) en Allemagne, oĂč les piles (Viessmann) seront achetĂ©es. Leur rendement Ă©nergĂ©tique est de 1,4 Ă 1,5 fois celui d'une chaudiĂšre Ă condensation)[82].
En 2018 leur coĂ»t d'achat et de maintenance sur trois ans est encore d'environ 25 000 ⏠par unitĂ© (mais l'Ademe et GRDF prendront en charge 20 000 ⏠pour les 50 installations) et leur cĆur doit ĂȘtre changĂ© aprĂšs une dizaine d'annĂ©es[82]. La part du biomĂ©thane dans les rĂ©seaux devrait grimper (objectif de 10 % en 2030 en France[83]) pendant que les prix de l'Ă©lectricitĂ© photovoltaĂŻque devraient continuer Ă baisser rendant la pile Ă combustible plus compĂ©titive[82].
Pouvoir calorifique
Le pouvoir calorifique d'un combustible est la quantité de chaleur exprimée en kWh ou MJ, qui serait dégagée par la combustion complÚte de un 1 m3 normal (Nm3) de gaz sec dans l'air à une pression absolue constante et égale à 1,013 25 bar, le gaz et l'air étant à une température initiale de 0 °C (zéro degré Celsius), tous les produits de combustion étant ramenés à 0 °C et une pression de 1,013 25 bar.
Le pouvoir calorifique du gaz naturel s'exprime en mégajoule (MJ) ou kilowatt-heure (kWh) par normo mÚtre cube (Nm3).
On distingue deux pouvoirs calorifiques :
- PCS = PCI + Chaleur latente de condensation (ou de vaporisation) de l'eau
- pouvoir calorifique supérieur (PCS)
- C'est la quantité de chaleur qui serait dégagée par la combustion complÚte de un mÚtre cube normal de gaz. La vapeur d'eau formée pendant la combustion étant ramenée à l'état liquide et les autres produits de combustion étant à l'état gazeux.
- pouvoir calorifique inférieur (PCI)
- Il se calcule en déduisant du PCS la chaleur de vaporisation (2 511 kJ/kg) de l'eau formée au cours de la combustion et éventuellement de l'eau contenue dans le combustible.
- Chaleur latente de condensation (ou de vaporisation)
- La combustion d'un hydrocarbure gĂ©nĂšre, entre autres, de l'eau Ă l'Ă©tat de vapeur. Pour la vaporisation de 1 kg d'eau, 2 511 kJ de chaleur sont nĂ©cessaires. Cette Ă©nergie est perdue lorsque la vapeur d'eau contenue dans les gaz de combustion est Ă©vacuĂ©e avec ceux-ci par la cheminĂ©e, Ă moins de la rĂ©cupĂ©rer, comme dans les chaudiĂšres Ă condensation, en condensant la vapeur d'eau contenue dans les gaz de combustion en les refroidissant par un Ă©changeur de chaleur oĂč circule l'eau froide : l'eau froide entrante rĂ©cupĂšre d'abord les calories de la vapeur qui s'est condensĂ©e avant d'ĂȘtre chauffĂ©e « pour de bon » dans le brĂ»leur, et l'eau de combustion condensĂ©e est Ă©vacuĂ©e par un drain.
La rĂ©cupĂ©ration de chaleur de condensation est particuliĂšrement judicieuse pour le gaz naturel, qui contient principalement du mĂ©thane, CH4, gaz qui a la plus grande proportion d'atomes d'hydrogĂšne par molĂ©cule (4 H pour un C). Cet hydrogĂšne se combine avec l'oxygĂšne au cours de la combustion pour produire de la chaleur et de l'eau, immĂ©diatement vaporisĂ©e et mĂ©langĂ©e avec les autres produits de combustion (essentiellement du CO2). Ce fort contenu hydrogĂšne dans le gaz naturel conduit une part non nĂ©gligeable (environ 10 %) de l'Ă©nergie libĂ©rĂ©e lors de la combustion Ă ĂȘtre absorbĂ©e par la vaporisation de l'eau. Ces 10 % absorbĂ©s sont en grande partie restituĂ©s dans les chaudiĂšres Ă condensation.
Rapport PCI/PCS pour le gaz naturel : environ 0,9028 (3,25/3,6)
Pour le gaz naturel, on distingue :
- les gaz « type B » (ou « type L »)
distribués dans le Nord de la France. Ils ont un pouvoir calorifique supérieur compris entre 9,5 et 10,5 kWh/Nm3. C'est essentiellement le cas du gaz de Groningue (en provenance des Pays-Bas). Ce gaz se distingue par sa teneur élevée en azote. - les gaz « type H »
distribués sur le reste du territoire français. Ils ont un pouvoir calorifique supérieur compris entre 10,7 et 12,8 kWh/Nm3.
Pour la plupart des appareils domestiques, ces deux types de gaz sont interchangeables, certains appareils nécessiteront cependant un réglage.
Enjeux géopolitiques
Le gaz naturel, jusque dans les annĂ©es 1970, prĂ©sentait peu d'intĂ©rĂȘt pour des raisons pratiques : difficile Ă transporter, moins Ă©nergĂ©tique que le charbon ou le fioul pour un mĂȘme volume, dangereux Ă manipuler, il Ă©tait souvent brĂ»lĂ© Ă la torche.
Ă partir des deux chocs pĂ©troliers, le commerce du gaz naturel a pris de l'ampleur, mais la valorisation du gaz naturel, pour un mĂȘme contenu Ă©nergĂ©tique, est toujours trĂšs infĂ©rieure Ă celle du pĂ©trole. Les sites de grande taille et Ă proximitĂ© d'un port sont plus facilement rentables. La gĂ©opolitique du gaz naturel commence Ă prĂ©senter des points communs avec la gĂ©opolitique du pĂ©trole, mais toujours avec des diffĂ©rences importantes ; en particulier, le gaz naturel fait souvent l'objet de contrats Ă long terme pour financer les gazoducs ou les stations de liquĂ©faction, nĂ©cessaires Ă ce commerce. Ce mode de fonctionnement commercial rend le marchĂ© peu dynamique et concerne un petit nombre d'acteurs, ne facilitant pas son dĂ©veloppement.
La dépendance de l'Europe au gaz russe pose un problÚme stratégique depuis les crises ukrainiennes répétées. En 2013, selon une étude d'Eurogas, la part du gaz russe dans la consommation des 28 pays de l'Union européenne a atteint 27 %, contre 23 % en 2012 ; la consommation de gaz de l'UE a pourtant reculé, pour la troisiÚme année de suite, baissant de 1,4 %, aprÚs des baisses de 10 % et 2 % en 2011 et 2012 ; la production de gaz sur le territoire de l'Union européenne a connu un déclin de 1 % mais reste la premiÚre source (33 % de la consommation, comme en 2012) ; la NorvÚge a légÚrement augmenté sa part (23 % contre 22 % en 2012) ; la part de la Russie remonte à environ 40 % des importations de l'UE, alors que la tendance était plutÎt à un déclin au cours de la derniÚre décennie[49].
En , un terminal maritime de gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL) a Ă©tĂ© mis en service Ă ĆwinoujĆcie, au Nord-Ouest de la Pologne, prĂšs de la frontiĂšre allemande. Il permet Ă la Pologne de sâapprovisionner dĂ©sormais par navires mĂ©thaniers auprĂšs de nombreux pays tels que le Qatar ou le Nigeria. La mise en exploitation du terminal GNL de ĆwinoujĆcie rĂ©duira sensiblement le risque de pressions russes et permettra surtout Ă la Pologne de choisir en toute indĂ©pendance ses fournisseurs et de nĂ©gocier librement les prix. Le terminal aura une capacitĂ© de 5 milliards de m3 par an, soit un tiers du gaz consommĂ© par la Pologne, dont environ 40â% provient de Russie. Il permettra Ă©galement d'approvisionner, via un gazoduc, les Ătats baltes, dĂ©pendants de la Russie pour 30 % Ă 100â% de leurs achats de gaz, selon un protocole signĂ© dĂ©but Ă Bruxelles ; l'Union europĂ©enne financera la moitiĂ©, de ce gazoduc[84].
La Lituanie a reçu le son premier mĂ©thanier chargĂ© de GNL en provenance des Ătats-Unis. L'accord sur la livraison de GNL avait Ă©tĂ© signĂ© fin avec le groupe amĂ©ricain Cheniere. Le gaz livrĂ© servira des clients lituaniens, mais aussi lettons et estoniens. Ă moyen terme, la Lituanie souhaite s'approvisionner Ă hauteur de 50 % en GNL, qui lui sera essentiellement fourni par le norvĂ©gien Statoil. Le solde sera fourni par un gazoduc la reliant Ă la Russie. La Lituanie a mis fin au monopole du russe Gazprom en 2014, avec l'ouverture du terminal gazier de Klapeida. En 2015, un accord a Ă©tĂ© signĂ© Ă Bruxelles pour financer une interconnexion gaziĂšre entre la Lituanie et la Pologne, dont la construction devrait ĂȘtre achevĂ©e Ă l'horizon fin 2019. L'Union europĂ©enne promeut un gazoduc reliant l'Estonie Ă la Finlande, un autre projet prĂ©voyant une interconnexion entre l'Estonie et la Lettonie[85].
Le Fonds monĂ©taire international (FMI) publie le 19 juillet 2022 trois documents de travail sur l'impact Ă©conomique d'un arrĂȘt des livraisons de gaz russe aux pays de l'Union europĂ©enne (UE). Le FMI constate que les infrastructures europĂ©ennes et l'approvisionnement mondial ont permis de surmonter une baisse de 60 % des livraisons de gaz russe depuis juin 2021. Il estime qu'une rĂ©duction du gaz russe allant jusqu'Ă 70 % pourrait ĂȘtre gĂ©rĂ©e Ă court terme grĂące Ă d'autres sources d'approvisionnement et d'Ă©nergie et au fait que la hausse des prix de l'Ă©nergie rĂ©duirait la demande. Mais une interruption complĂšte obligerait Ă une baisse de la consommation « d'hiver » (de dĂ©but novembre jusqu'Ă fin mars) d'environ 12 %, soit 36 Gm3, et un hiver particuliĂšrement rigoureux se traduirait par une Ă©conomie forcĂ©e de 30 Gm3 supplĂ©mentaires. Les pays les plus touchĂ©s seraient la Hongrie, la Slovaquie, la TchĂ©quie et l'Italie, qui pourraient subir une perte de PIB de 3 Ă 6 % ; l'Allemagne, l'Autriche, la Roumanie et la SlovĂ©nie verraient leur PIB baisser de 2 Ă 3 % ; la France, l'Espagne et le Royaume-Uni seraient peu touchĂ©s : environ un point de PIB[86].
Risques liés au gaz naturel
Risques pour le climat régional et planétaire
L'Agence internationale de l'Ă©nergie (AIE) Ă©value les Ă©missions mondiales de CO2 dues Ă la combustion du gaz naturel Ă 6 743 Mt (millions de tonnes) en 2017, contre 2 044 Mt en 1971 et 3 677 Mt en 1990 ; la progression depuis 1990 est de 83,4 %[87].
La gaz naturel était responsable de 21,6 % des émissions de CO2 dues à l'énergie en 2019, contre 44,0 % pour le charbon et 33,7 % pour le pétrole ; en 1973, la part du gaz n'était que de 14,4 %[k 5].
La revue Science publie en une Ă©tude approfondie qui Ă©value les fuites de mĂ©thane dans la chaĂźne de fourniture de pĂ©trole et de gaz naturel des Ătats-Unis en 2015 Ă 2,3 % de la production de gaz naturel, soit 60 % de plus que les estimations de l'Environmental Protection Agency[88].
Une Ă©tude dĂ©crite dans Scientific American en mai 2020 estime les fuites de mĂ©thane dans le Bassin permien (Ătats-Unis) Ă 3,7 % du gaz naturel extrait. Or le gaz naturel perd son avantage par rapport au charbon en matiĂšre d'Ă©missions de gaz Ă effet de serre lorsque le taux de fuites dĂ©passe 2,7 %. Les fuites de mĂ©thane sont moins Ă©levĂ©es dans les champs exploitĂ©s pour le gaz lui-mĂȘme (schistes de Marcellus, schistes de Haynesville (en)) que dans ceux oĂč la gaz est un sous-produit de l'extraction du pĂ©trole (Bakken, Permian) ; le problĂšme est particuliĂšrement aigu dans le Permien, oĂč les infrastructures sont anciennes et fuient[89].
Le gaz naturel est souvent présenté comme moins polluant que le pétrole et préférable au charbon, avec des émissions de CO2 inférieures de 40 % et pratiquement pas d'émissions de dioxyde de soufre s'il est désoufré. Mais les fuites de méthane menacent d'annuler ces avantages, selon l'AIE, qui estime que chaque année, les compagnies pétroliÚres et gaziÚres émettent plus de 75 millions de tonnes de méthane dans l'atmosphÚre, et que le taux de fuite moyen atteint 1,7 % pour la chaßne du gaz ; cela représente, selon les sources, 13 % à 20 % des émissions de méthane. Treize grande compagnies regroupées dans l'Oil & Gas Climate Initiative ont annoncé leur intention de tendre vers le zéro émission[90].
Le torchage est une Ă©mission directe et volontaire de gaz Ă effet de serre (sous forme de gaz carbonique [CO2] principalement).
Le secteur gazier génÚre en outre des émissions de méthane (CH4) et d'autres polluants durant le forage, l'exploitation du gisement, le stockage, la compression, le transport et la distribution du gaz[91]. Les techniques modernes de fracturation hydraulique augmentent le risque et le niveau de fuites ou de perte lors des forages et des incertitudes existent quant à la fiabilité à moyen ou long terme du colmatage des puits en fin de production, notamment en zone sismiquement active.
En termes d'émissions, selon le 4e rapport du GIEC, pour la production électrique le gaz naturel émet en moyenne 490 gCO2e/kWh alors que le charbon émet 820 gCO2e/kWh. Cependant, le gaz de schiste a des émissions indirectes largement supérieures car la technique de fracturation hydraulique utilisée pour son extraction entraßne des fuites de méthane d'au moins 4 % de la production du gisement ; ce qui rend le gaz de schiste aussi émissif que le charbon[92].
Le gaz naturel a longtemps été présenté comme un combustible moins nuisible pour le climat que le charbon et les produits pétroliers. C'est en partie vrai, car il émet par unité de masse moins de gaz à effet de serre que les autres combustibles fossiles quand il brûle. Une centrale au gaz émet ~ 57 % moins de CO2 par kilowatt-heure (kWh) qu'une centrale au charbon, et est en moyenne 20 % plus efficace pour convertir l'énergie du combustible en électricité qu'avec du charbon[93], le remplacement du charbon par le gaz a donc d'abord été présenté comme un pont vers un secteur de l'énergie décarboné[94].
Cette assertion tend cependant Ă ĂȘtre nuancĂ©e voire contredite, notamment depuis les annĂ©es 1980, quand les Ă©tudes ont commencĂ© Ă prendre en compte les effets indirects et connexes de l'exploitation des sources de mĂ©thane fossiles[95], du cas particulier (qui tend Ă devenir le cas gĂ©nĂ©ral) des gaz non conventionnels[96] ainsi que les effets indirects d'un prix moins cher de l'Ă©nergie-gaz, devenue provisoirement abondante grĂące Ă la fracturation hydraulique[97] - [98].
En 2019, le consensus est relatif : La conversion du charbon au gaz est souhaitable, mais uniquement comme Ă©tape, et dans de bonnes conditions environnementales.
- Des Ă©tudes rĂ©centes remettent en cause l'intĂ©rĂȘt climatique du gaz naturel gĂ©ologique, si la hausse de sa production devait se poursuivre. Le gaz de schiste, de couche et les gaz profonds sont en effet plus « sales » et plus difficiles Ă collecter sans fuites de gaz vers l'atmosphĂšre, la mer ou les nappes[99] - [100] - [101] ou sans consommation importante d'eau et d'Ă©nergie.
- Un prix bas du gaz incite au gaspillage et Ă consommation croissante (encouragĂ©e aux Ătats-Unis par une rĂ©glementation imposant le passage du charbon au gaz, et non Ă des alternatives encore plus propres).
- Le bilan carbone global du gaz de schiste apparaßt parfois pire que celui du charbon[102] et les fuites de gaz induites par la fracturation et les fuites dans les réseaux contribuent au changement climatique[103].
- Selon une étude[104] publiée en a confirmé[105] l'utilisation croissante de gaz naturel retarderait aussi le déploiement d'énergie propres, sûres et renouvelables, qui permettraient une économie réellement décarbonée.
- Dans la revue Nature en 2014, le constat de McJeon & al. est que le gaz naturel n'aidera pas Ă rĂ©duire le changement climatique, mais au contraire augmentera la pollution par les gaz Ă effet de serre de prĂšs de 11 %[106]. On a constatĂ© une importante baisse du prix du gaz aux Ătats-Unis Ă partir de 2011 Ă cause de l'exploitation de gaz profonds et du gaz de schiste ; cette Ă©tude, en se basant sur divers modĂšles disponibles de rĂ©duction des effets de gaz naturel sur l'atmosphĂšre, a conclu que cette baisse des coĂ»ts du gaz pourrait freiner le processus de dĂ©carbonation de l'Ă©conomie et conduire Ă une augmentation de la consommation avec une lĂ©gĂšre hausse globale des Ă©missions de gaz Ă effet de serre d'ici Ă 2050, rapporte le National Journal[107].
- En 2019, Katsumasa Tanaka[n 12] dans la revue Nature Climate Change[108] - [109] juge que convertir les centrales au charbon au gaz reste prĂ©fĂ©rable que continuer Ă utiliser le charbon (notamment pour la Chine, les Ătats-Unis, lâInde ou mĂȘme lâAllemagne) car selon lui les avantages dâune combustion plus propre l'emportent sur ses risques potentiels si on intĂšgre le contexte gĂ©opolitique et les rĂ©cents progrĂšs des rĂ©cents progrĂšs de la comprĂ©hension des mĂ©triques dâĂ©missions (qui permettent de ne pas passer par la modĂ©lisation)[108]. Mais il convient aussi de sortir du gaz fossile qui doit nâĂȘtre quâune « passerelle vers des formes d'Ă©nergie plus durables et vers une dĂ©carbonisation ». Il admet que si les impacts de fuites de mĂ©thane commencent Ă ĂȘtre Ă©tudiĂ©s aux Ătats-Unis, ils restent trĂšs incertains ailleurs dans le monde[108]. Les mĂ©triques retenues pour cette Ă©tude correspondent selon les auteurs aux rĂ©centes recommandations du Programme des Nations unies pour l'environnement et de la Society of Environmental Toxicology and Chemistry (en)[108]. Ils sont les premiers Ă utiliser ces recommandations dans le dĂ©bat charbon vs gaz. Ils prĂ©cisent quâils nâont pas intĂ©grĂ© la qualitĂ© de l'air dans leurs calculs, mais que le faire renforcerait sans doute leur conclusion, de mĂȘme pour les effets secondaires sur la contamination de l'eau potable et les activitĂ©s sismiques induites selon Tanaka[108].
Les pays producteurs ne sont pas seuls Ă ĂȘtre touchĂ©s ou responsables, en raison des exportations de gaz vers l'Ă©tranger[110].
Risques pour le grand public
Les principaux dangers directs sont l'explosion, l'incendie. Les produits de combustion du méthane sont dangereux pour la santé (risque d'asphyxie en atmosphÚre confinée ou en cas de mauvaise combustion) :
- inflammation : le méthane peut s'enflammer en présence d'air, d'autres oxydants et d'une source de chaleur. Sa limite inférieure d'inflammabilité est de 5 % et sa limite supérieure d'inflammabilité est de 15 %.
- explosion d'un mélange air/gaz :
- en milieu non confiné, ce gaz ne détone pas et son inflammation conduit à de faibles surpressions ;
- en milieu confinĂ©, il peut exploser (en cas d'inflammation d'un mĂ©lange air/gaz sâil y a suffisamment de gaz dans le mĂ©lange).
- décompression : La libération brutale de gaz comprimé à haute-pression peut s'accompagner d'un effet local de congélation et de projections violentes d'objets (éclats métalliques, terre, pierres...).
- anoxie/asphyxie
- en milieu libre ce gaz plus léger que l'air s'élÚve rapidement et se disperse sans créer de nappe gazeuse au sol ni dans l'air ;
- en milieu confiné le gaz naturel est un gaz asphyxiant (par privation d'oxygÚne) ;
- intoxication ; en cas de combustion incomplÚte en milieu confiné ou en milieu appauvri en oxygÚne (défaut d'air de combustion ou ventilation insuffisante), il y a production de monoxyde de carbone (toxique à de trÚs faibles concentrations) ;
- particules : Ce gaz n'étant pas livré pur à 100 %, et les systÚmes de combustion étant imparfaits, sa combustion est source de microparticules et nanoparticules[80] dont les effets sur la santé sont encore mal appréhendés.
Risque industriel
Il concerne surtout l'amont de la filiĂšre (du puits au client final) et les gros clients industriels.
Les principaux dangers du gaz naturel sont liĂ©s au fait qu'il est extrait, vĂ©hiculĂ© et fourni sous pression, qu'il est inflammable et explosif. Lâexploitation offshore ou terrestre de gaz profonds (Ă plus de 4 ou 5 km de profondeur), chauds (de 190 °C Ă plus de 200 °C), trĂšs corrosifs et sous trĂšs haute pression, est source de risques nouveaux, comme l'a montrĂ© l'accident d'Elgin.
Risques pour les Ă©cosystĂšmes
Ils peuvent s'exprimer tout au long de la filiÚre (de l'accident de forage à la contribution du gaz naturel à l'effet de serre en passant par les séismes induits).
Les gisements les plus accessibles Ă©tant en cours d'Ă©puisement, les industriels gaziers doivent forer plus profondĂ©ment et exploiter des gaz « non conventionnels » souvent plus sales, c'est-Ă -dire plus acides, corrosifs et toxiques. Les industriels ont ainsi Ă traiter et gĂ©rer une quantitĂ© croissante de soufre (sous forme de H2S principalement), ce qu'ils ont appris Ă faire en France dĂšs les annĂ©es 1950 avec le gisement de Lacq dans le Sud-Ouest de la France (16 % d'hydrogĂšne sulfurĂ© et 10 % de CO2[111], deux gaz acidifiants et trĂšs toxiques pour le H2S). Ils sont de plus en plus confrontĂ©s Ă la prĂ©sence de mercure et de sulfure de plomb et/ou de sulfure de zinc, sources de risques de colmatage par entartrage minĂ©ral dans le puits, les vannes de sĂ©curitĂ© ou la tĂȘte de puits[112]. On parle maintenant de « gaz ultra-acides » (Sour and Acid Gas[111] pour les anglophones), par exemple pour le gaz d'Elgin-Franklin en mer du Nord. 40 % du gaz des rĂ©serves mondiales connues en 2005 et susceptibles d'ĂȘtre exploitĂ©es (plus de 2 600 billions de pieds cubes) sont acides ou ultra-acides et riches en H2S[113]. Dans ces rĂ©serves, plus de 350 milliards de pieds cubes contiennent plus de 10 % de H2S[113]. Outre des risques de corrosion exacerbĂ©s pour l'infrastructure extractive, ce caractĂšre acido-toxique est a priori source d'un risque environnemental supplĂ©mentaire en cas d'accident ou de fuites chroniques.
La fracturation hydraulique consomme de grandes quantités d'eau et utilise des additifs chimiques souvent toxiques. Le torchage et les fuites ont, en outre, des effets directs et indirects sur le climat et l'acidification des milieux (voir ci-dessous).
Notes et références
Notes
- Dans des conditions normales (0 °C et 1 atm), 1 m3 de gaz naturel a un pouvoir calorifique supérieur (PCS) de 8 à 10 thermies suivant son origine (soit 33 à 42 MJ). Pour le gaz de Lacq, dont le gisement est maintenant épuisé, ce PCS était de 9,6 thermies (40 MJ).
- Le point critique du mĂ©thane est caractĂ©risĂ© par une pression de 45,96 bar et une tempĂ©rature de â82,7 °C. Pour liquĂ©fier le gaz naturel, dont le point critique est proche de celui du mĂ©thane, il faut fournir une tempĂ©rature infĂ©rieure Ă celle-ci.
- Pour le transport du gaz naturel sous forme liquide Ă la pression atmosphĂ©rique (GNL), il faut maintenir dans les cuves une tempĂ©rature de â162 °C.
- part croissante de gaz de schiste et d'offshore profond
- principalement en Sibérie occidentale
- réserves sous-exploitées (sanctions américaines)
- reprise de 2013 Ă 2018 (+17,6 % de 2012 Ă 2018)
- 39 % de la production africaine
- réserves sous-exploitées (Dauletabad)
- dĂ©clin depuis le pic de 2009, mais rebond depuis 2017 ; voir Ănergie en Ăgypte
- production et exportations en déclin depuis 2011
- Tanaka est chercheur Ă l'Institut national des Ă©tudes environnementales du Japon.
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Voir aussi
Articles connexes
- MĂ©thane - Gaz de ville
- MĂ©thanation
- Gaz de synthĂšse
- PĂ©trole
- Régions pétrolifÚres
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Liens externes
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Bibliographie
- Restrictions Ă l'utilisation de crĂ©dits internationaux pour des projets relatifs aux gaz industriels - 08/06/2011 - RĂšglement (UE) no 550/2011 de la Commission du Ă©tablissant, conformĂ©ment Ă la directive 2003/87/CE du Parlement europĂ©en et du Conseil, certaines restrictions applicables Ă lâutilisation de crĂ©dits internationaux rĂ©sultant de projets relatifs aux gaz industriels (JOUE L146, 08-06-2011, p. 1)
- [Speight 2007] (en) James G. Speight, Natural Gas: A Basic Handbook, Londres, Gulf Publishing Company, , 239 p. (ISBN 9781933762142 et 1933762144).