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Constantin V

Constantin V (en grec : őöŌČőĹŌÉŌĄőĪőĹŌĄőĮőĹőŅŌā őē‚Ä≤) dit traditionnellement ¬ę Copronyme ¬Ľ (őöőŅŌÄŌĀŌéőĹŌÖőľőŅŌā, c'est-√†-dire ¬ę au nom de merde ¬Ľ, ou ¬ę dont le nom est de merde ¬Ľ, du grec ancien 'őļŌĆŌÄŌĀőŅŌā' (¬ę excr√©ment ¬Ľ) et de 'ŠĹĄőĹőŅőľőĪ' (¬ę nom ¬Ľ) ‚Äď surnom dont il est d√©finitivement affubl√© au lendemain du deuxi√®me concile Ňďcum√©nique de Nic√©e (787) qui condamne solennellement l'h√©r√©sie iconoclaste dont il a √©t√© un des plus ardents propagateurs) ‚Äď, ¬ę Caballinos ¬Ľ ou ¬ę l'Ordurier ¬Ľ, n√© en juillet 718 √† Constantinople et mort le , est un empereur byzantin de 741 √† 775. Il est le fils de L√©on III l'Isaurien et de son √©pouse Marie, et est proclam√© co-empereur par son p√®re d√®s ao√Ľt 720.

Constantin V
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Constantin V
Solidus de Léon III l'Isaurien (à gauche) et de Constantin V (à droite). Tous deux tiennent une orbe crucigère dans la main droite et l’akakia dans la main gauche, symbole du caractère éphémère de l'existence. Ces deux attributs sont classiques dans l'iconographie impériale d'alors.
Règne
-
34 ans, 2 mois et 27 jours
Période Isauriens
Précédé par Léon III l'Isaurien
Usurpé par Artabasde (741-743)
Suivi de Léon IV le Khazar
Biographie
Nom de naissance Constantin
Naissance
Décès (~57 ans)
Père Léon III l'Isaurien
Mère Marie
√Čpouse Ir√®ne (‚Ć 750)
Marie († 751)
Eudoxie
Descendance L√©on IV (¬į 750 ‚Ć 780)
Nicéphore
Eudoxios
Chistophoros
Anthime
Nicétas
Anthousa

Tr√®s t√īt associ√© au tr√īne par son p√®re, il ne parvient que difficilement √† lui succ√©der. Il est en effet imm√©diatement contest√© et bri√®vement renvers√© par Artabasde entre 741 et 743. Par la suite, il reprend l'entreprise de consolidation de l'Empire men√©e par son p√®re. R√©formant l'arm√©e, il reconstitue des r√©giments permanents, les tagmata, bas√©s √† Constantinople pour mieux prot√©ger l'empereur et participer √† ses campagnes militaires. Sans parvenir √† faire cesser les raids des Musulmans, il profite des troubles qui accompagnent l'√©viction des Omeyyades pour stabiliser la fronti√®re orientale et reprendre certaines positions, tout en d√©pla√ßant les populations les plus expos√©es le long de la fronti√®re occidentale de l'Empire, face aux Bulgares et aux Slaves. Il parvient ainsi √† consolider la domination byzantine sur la Thrace et la Mac√©doine et remporte plusieurs victoires significatives sur les Bulgares. Sans parvenir √† les vaincre ni √† les soumettre, il affirme la capacit√© de r√©sistance byzantine sur ce front. En revanche, ces efforts significatifs sur deux fronts l'emp√™chent de d√©ployer des troupes pour sauver l'exarchat de Ravenne, conquis par les Lombards en Italie en 751. Au-del√†, le r√®gne de Constantin V voit un net √©vanouissement de l'influence byzantine sur la p√©ninsule, symbolis√© par l'alliance entre la papaut√© et le royaume des Francs de P√©pin le Bref.

Ces réussites dans la protection des frontières les plus stratégiques de l'Empire permettent à Constantin V de déployer des efforts importants pour réaffirmer la place de l'iconoclasme. Cette doctrine contestée, imposée par son père, est consacrée par le concile de Hiéreia en 754, convoqué par l'empereur. Par la suite, plusieurs accès de violence sont attestés à l'égard des opposants de Constantin V, notamment autour de l'année 766. Souvent interprétés par les chroniqueurs de l'époque comme des manifestations d'un iconoclasme radical et intolérant, il semble surtout qu'il faille y voir une répression au moins autant politique que religieuse. Encore aujourd'hui, bien des aspects de la théologie de Constantin V restent mal définis, notamment ses rapports avec le monachisme.

Plusieurs fois mari√©, il a de nombreux fils et filles, dont L√©on IV le Khazar, qui lui succ√®de √† sa mort en 775. Au terme d'un r√®gne de plus de trente ans, Constantin V a laiss√© une trace tr√®s ambivalente. Sa promotion parfois radicale de l'iconoclasme, finalement rejet√© par les autorit√©s imp√©riales dans les d√©cennies √† venir, lui vaut un rejet profond parmi les d√©fenseurs des images, qui n'h√©sitent pas √† le vilipender voire √† l'insulter dans leurs √©crits. En revanche, aucun texte iconoclaste ne nous est parvenu, ce qui complique largement l'√©tude du r√®gne de Constantin V. Pourtant, au-del√† de la caricature parfois grossi√®re de cet empereur, symbolis√©e par les surnoms orduriers qui lui sont associ√©s, les historiens modernes r√©√©valuent souvent son action. Dans la continuit√© de son p√®re, il incarne l'Ňďuvre restauratrice de la dynastie isaurienne, confront√©e au d√©fi de la consolidation d'un Empire gravement affaibli, m√™me si sa tendance r√©pressive est r√©elle et parfois violente.

Sources

Photographie d'une ic√īne d'un vieil homme en tenue religieuse.
Ic√īne repr√©sentant Th√©ophane le Confesseur, principale source contemporaine du r√®gne de Constantin V, qu'il critique violemment en raison de son iconoclasme.

L'appréhension du règne de Constantin V est rendue difficile par deux éléments. Tout d'abord, depuis la grave crise du milieu du VIIe siècle, l'Empire a connu un déclin de sa vie intellectuelle, marquée par une raréfaction de la production écrite rapportant les événements de cette période, parfois qualifiée de siècles obscurs[1]. Plus encore, presque tous les récits ayant survécu ont été écrits ou inspirés par des auteurs iconodules, c'est-à-dire hostiles à l'iconoclasme parfois radical professé par Constantin V[2]. Il est alors vivement critiqué, voire insulté, et ses réalisations minorées, alors que les écrits iconoclastes sont invariablement détruits. Certaines périodes sont aussi très peu évoquées par les chroniqueurs, en particulier les premières années du règne de Constantin, traitées très sommairement[3]. De ce fait, toute étude de son règne nécessite une distanciation vis-à-vis des sources de l'époque. Parmi celles-ci, la principale reste la chronique de Théophane le Confesseur, un moine qui vit entre 759 et 817 ou 818 et dont le travail est au moins en partie influencé par celui de Georges le Syncelle[4]. Il est un quasi-contemporain du règne de Constantin V mais son rejet de l'iconoclasme en fait l'un des plus fervents adversaires de l'empereur, qu'il vilipende fermement, d'autant qu'il écrit après la fin du premier iconoclasme, sous Irène l'Athénienne puis Nicéphore Ier. Le patriarche Nicéphore, actif au début du IXe siècle a aussi rédigé un récit historique (le Breviarium) plus bref, qui s'étend jusqu'à 769 et fournit donc des éléments intéressants sur le règne de Constantin V, même si son refus de l'iconoclasme induit là aussi un biais[5]. La chronique de Georges le Moine, plus tardive, reprend largement celle de Théophane mais se montre parfois plus virulente encore contre les iconoclastes[6].

Seul écrit significatif qui présente une certaine pondération à l'égard de Constantin, un manuscrit à propos des miracles de Théodore Tiron semble avoir été rédigé plus ou moins au moment du règne de Constantin V et il ne fait pas état de la plupart des griefs énoncés son encontre alors même qu'il est d'inspiration iconodule. Il utilise d'ailleurs les formules classiques destinées aux empereurs soulignant qu'il est aimé du Christ et protégé par Dieu[7]. Même les actes du concile de Hiéreia n'ont survécu qu'au travers de sa profession de foi (l’Horos), réfutée par le concile de Nicée II. Enfin, il faut mentionner les fragments d'un écrit rédigé par Constantin lui-même, les Peuseis, destiné à exposer sa vision de l'iconoclasme mais dont seuls des passages utilisés par ses opposants, comme le patriarche Nicéphore, pour mieux les réfuter, ont traversé les siècles[8] - [9] - [10].

Les textes √† dimension religieuse, dont la principale limite reste leur refus syst√©matique de l'iconoclasme, pr√©dominent sur les chroniques historiques et prennent souvent la forme d'hagiographies. La Vie d‚Äô√Čtienne le Jeune en est un exemple et illustre notamment la r√©pression de Constantin √† l'√©gard des plus fervents iconodules. Elle a inspir√© plusieurs r√©cits similaires, dont la v√©racit√© reste sujette √† caution comme la Vie de Nic√©tas de M√©dicion, plus tardive[11]. Un texte anonyme, l‚ÄôAdversus Constantinum Caballinum est directement dirig√© contre Constantin V et a subsist√© en deux versions. Probablement √©crit en dehors des fronti√®res de l'Empire, la date autant que l'auteur de ce document restent incertains[12].

Quelques textes ext√©rieurs √† l'Empire byzantin apportent des √©clairages diff√©rents sur Constantin. Si les √©crits latins sont souvent influenc√©s par Th√©ophane le Confesseur, une l√©gende √©voqu√©e dans le manuscrit Gesta episcoporum Neapolitanorum fait r√©f√©rence √† un combat l√©gendaire qui aurait oppos√© l'empereur √† un lion et un dragon[13]. Autrement, l'essentiel des correspondances diplomatiques entre l'Empire et les Carolingiens ou la papaut√© a disparu, sauf les lettres pontificales[14]. N√©anmoins, le Liber Pontificalis ou les Annales regni Francorum y font r√©f√©rence[15]. Les sources orientales, longtemps n√©glig√©es et mises en avant par Stephen Gero, ont l'avantage d'√™tre moins marqu√©es par le biais iconodule des auteurs byzantins. La Chronique de Zuknin, dont le r√©cit se termine par la mort de Constantin V, est ainsi particuli√®rement favorable √† ce dernier et √† son p√®re[16]. Les sources arabes d√©taillent aussi mieux la chronologie des conflits arabo-byzantins sous Constantin V, en particulier Al-Yaqubi ou Al-Bal√Ędhur√ģ[17] - [18].

Vers le pouvoir

Constantin vit √† une p√©riode cl√© de l'Empire byzantin, celle de la dynastie isaurienne, qui s'empare du tr√īne en 717, alors que la survie m√™me de Byzance est mise en jeu apr√®s une longue p√©riode de guerre civile et le choc de l'expansion de l'islam qui lui a fait perdre l'essentiel de ses provinces orientales. Son p√®re, L√©on III, parvient apr√®s plus de vingt ans de r√®gne √† sauvegarder l'Empire et √† l'engager dans une p√©riode de r√©forme profonde, notamment sur le plan religieux, avec l'instauration de l'iconoclasme, soit le rejet du culte des images[19].

Jeunesse

Carte montrant l'extension territoriale de l'Empire byzantin au d√©but du VIIIe si√®cle.
Carte de l'Empire byzantin sous Léon III l'Isaurien. La souveraineté byzantine sur certaines régions de Grèce est alors contestée par l'installation des Slaves.
L’un des premiers miliarésions frappé sous Léon III pour célébrer le couronnement de son fils, Constantin V. L'absence de figure humaine et la prédominance de la croix préfigurent l'iconoclasme[20]. Cette iconographie iconoclaste, qui met l'accent sur la croix, est aussi une manière de se lier à la légende de Constantin le Grand dont l'image est fortement liée à la croix[21].

Constantin na√ģt √† Constantinople en 718, au moment de la fin du second si√®ge arabe de Constantinople. La date exacte de sa naissance reste incertaine car Th√©ophane le Confesseur cite les premiers jours du mois de septembre et Nic√©phore la mi-juillet[Note 1]. Il est le fils du nouvel empereur L√©on III et de sa femme Marie. D√®s ses deux ans, il est couronn√© comme coempereur. C'est une pratique classique de la tradition politique byzantine, consistant √† associer du vivant de l'empereur son successeur d√©sign√© pour faciliter la succession dans un syst√®me o√Ļ la l√©gitimit√© dynastique demeure fragile. N√©anmoins, dans les faits, c'est bien L√©on III qui exerce le pouvoir. Constantin est couronn√© par le patriarche Germain Ier de Constantinople et, pour comm√©morer l'√©v√©nement, L√©on III fait battre une pi√®ce en argent nouvelle, le miliar√©sion, valant un douxi√®me d'un nomisma et qui s'int√®gre dans le syst√®me mon√©taire imp√©rial[20]. Sur les nomismata en or, Constantin V est aussi repr√©sent√© mais √† l'avers, rompant avec la tradition iconographique qui consiste √† repr√©senter le coempereur au c√īt√© de l'empereur principal. Le portrait de Constantin V remplace alors la figure traditionnelle de la croix sur un pi√©destal, d√©sormais r√©serv√©e aux pi√®ces en argent[22].

En parallèle, Léon III doit aussi composer avec le général arménien Artabasde, stratège des Arméniaques et qui l'a accompagné dans sa prise du pouvoir. Marié à la fille de Léon, il est parfois perçu comme un candidat potentiel pour lui succéder. Constantin est marié à Tzitzak en 732, alors qu'il n'a que quatorze ans. Baptisée Irène au moment de son baptême, elle est une fille du khagan des Khazars, la puissance dominante de la steppe eurasiatique et qui constitue un allié de poids pour les Byzantins. Il est alors rare qu'un membre de la famille impériale épouse une étrangère, ce qui démontre la volonté des Byzantins d'une alliance solide contre les Arabes. En 740, Constantin est mentionné comme accompagnant son père lors de la bataille d'Akroinon, dont la victoire contre les Musulmans a un fort rejaillissement dans l'Empire après des décennies de reculs face à eux[23].

Le , date de la mort de L√©on III, Constantin V lui succ√®de comme seul empereur √† l'√Ęge de vingt-deux ans. Il est possible que Constantin ait souffert d'une maladie dont la nature n'est pas connue mais qui est parfois mentionn√©e par les chroniqueurs comme le disqualifiant pour le tr√īne. La l√®pre a pu √™tre envisag√©e[24] du fait de descriptions qui font penser √† l'√©l√©phantiasis, tandis que Speck penche pour l'√©pilepsie[25], souvent envisag√©e comme une forme de possession[26].

Conquête du pouvoir

Photographie d'une face d'une pièce de monnaie, représentant le buste d'un homme.
Solidus frappé au nom d'Artabasde. Il y est représenté tenant la croix patriarcale.

En juin 741[Note 2], Constantin se rend en Asie mineure avec l'intention de combattre les forces du califat omeyyade. Si ces derni√®res ont renonc√© √† leur projet de conqu√™te de Constantinople, elles restent tr√®s mena√ßantes sur la fronti√®re orientale de l'Empire. Sur le chemin, Constantin V apprend la r√©bellion de son beau-fr√®re, Artabasde, qui s'appuie sur les troupes des Arm√©niaques et de l'Opsikion, particuli√®rement puissantes. Les raisons exactes de la rupture ne sont pas connues. Constantin a peut-√™tre demand√© aux deux fils d'Artabasde de le rejoindre pour les garder en otages[27]. Quand les deux arm√©es s'affrontent, celles d'Artabasde prennent le dessus et tuent l'un des proches de l'empereur, Beser[28]. Constantin V parvient √† s'enfuir pour Amorium o√Ļ il est secouru par des forces loyalistes, anciennement dirig√©es par L√©on III qu'elles tiennent en estime. De son c√īt√©, Artabasde pr√©f√®re se diriger pour Constantinople o√Ļ il est proclam√© empereur avec l'aide conjointe de Th√©ophane Monut√®s, charg√© du gouvernement de l'Empire en l'absence de Constantin[29], et du patriarche Anastase. Pourtant, si Artabasde tient la capitale, la survie de Constantin est d'embl√©e un d√©fi d'ampleur car l'empereur d√©chu est soutenu par les soldats des th√®mes des Thrac√©siens et des Anatoliques, rivaux des autres th√®mes asiatiques[30].

Au printemps 742, Artabasde lui-m√™me dirige une arm√©e vers le th√®me des Thrac√©siens. Lui et Constantin V s'affrontent pr√®s de Sardes, et cette fois c'est Constantin V qui est vainqueur. Artabasde retourne √† Constantinople. Il laisse le commandement √† son fils, Nic√©tas, qui se trouve dans le th√®me des Arm√©niaques. Il s'avance avec son arm√©e √† la rencontre de Constantin V, et les deux s'affrontent en ao√Ľt √† la sanglante bataille de M√īdrin√™ (sans doute l'actuelle Mudurnu) ; Nic√©tas est battu[31]. En septembre, Constantin V arrive devant le Bosphore. Tandis que Sisinnios, strat√®ge des Thrac√©siens, franchit l'Hellespont, Constantin traverse la mer de Marmara plus au nord. Les deux hommes se rejoignent pour assi√©ger la capitale, o√Ļ Artabasde est d√©sormais enferm√©[32].

Le si√®ge de Constantinople dure plus d'un an. Artabasde essaie d'envoyer une flotte √† travers l'Hellespont pour se procurer des ressources, mais elle est captur√©e pr√®s d'Abydos par les Cibyrrh√©otes. Il tente une sortie du c√īt√© de la terre, mais doit se replier dans la ville avec de lourdes pertes, dont Th√©ophane Monut√®s[32]. Entre-temps, Nic√©tas a reconstitu√© son arm√©e en Asie et essaie de porter secours √† son p√®re, mais il est d√©finitivement battu et fait prisonnier pr√®s de Nicom√©die par Constantin V. Au printemps 743, la disette s'√©tant install√©e dans la capitale, Artabasde doit laisser une grande partie des habitants sortir. Le , Constantin V s'empare de la ville par une attaque surprise. Artabasde s'enfuit pour un temps par bateau en Anatolie o√Ļ il rassemble quelques partisans quelque part dans l'Opsikion mais il est finalement vite contraint √† la reddition[33].

Le vainqueur se montre cl√©ment vis-√†-vis des nombreux partisans d'Artabasde : seuls celui-ci, ses deux fils et quelques-uns de leurs proches sont aveugl√©s et enferm√©s dans un monast√®re (Saint-Sauveur-in-Chora pour Artabasde), ch√Ętiment d√©sormais traditionnel des ennemis du tr√īne. Selon le r√©cit de Th√©ophane le Confesseur, le patriarche Anastase aurait subi une forme de disgr√Ęce en d√©filant dans les rues de la ville sur un √Ęne mais cet √©v√©nement para√ģt peu probable, d'autant qu'Anastase reste en fonction. Il faut probablement plut√īt y voir une mani√®re pour Th√©ophane de discr√©diter le patriarche iconoclaste[34]. Quelques autres vaincus ont simplement leurs biens confisqu√©s. En revanche, il fait ex√©cuter Sisinios, qui aurait finalement complot√© contre lui quelque temps plus tard[34] - [35].

Politique étrangère

Le front oriental

Photograhie de la carte de l'Anatolie, figurant plusieurs forteresses et villes.
Carte des principales forteresses de la frontière byzantino-arabe.

Depuis les premiers temps de l'expansion de l'Islam, le front oriental repr√©sente la priorit√© des empereurs byzantins. Avec L√©on III, l'Empire est parvenu √† stabiliser la fronti√®re et √† riposter aux raids musulmans, sans parvenir √† v√©ritablement reprendre l'offensive. Sous Constantin V, la chronologie des √©v√©nements doit beaucoup aux sources arabes plus qu'aux sources byzantines, souvent confuses en la mati√®re et il reste difficile de dater pr√©cis√©ment l'encha√ģnement des √©v√©nements[17].

Au d√©but de son r√®gne, Constantin V profite des troubles li√©s √† la fin du califat des Omeyyades, ce qui entra√ģne un r√©pit dans le conflit byzantino-arabe. N√©anmoins, les Arabes sont tout de m√™me capables de lancer quelques raids vers 741-743, b√©n√©ficiant de la guerre civile entre Constantin et Artabasde[36] En 746, apr√®s la r√©pression de la r√©volte d'Artabasde, l'empereur byzantin peut de nouveau reprendre l'initiative et il utilise sans doute pour la premi√®re fois les tagmata dans une exp√©dition sur le territoire musulman. Il s'empare de Germanicia, la ville natale de son p√®re, et des localit√©s voisines de Dolich√™ et de Sozop√©tra. Il ne cherche d'ailleurs pas √† conserver ces villes, mais √©tablit leurs habitants chr√©tiens comme colons en Thrace. Cette politique vise certainement un double objectif. D'abord, renforcer la pr√©sence imp√©riale dans les Balkans, largement submerg√©s par les Bulgares et les Slaves. Ensuite, constituer une sorte de no man's land √† la fronti√®re avec les Arabes, pour compliquer la t√Ęche des raids musulmans qui doivent d√©sormais p√©n√©trer plus en profondeur et sont donc √† la merci d'embuscades ou de contre-offensives[37].

Avec le retour de la peste de Justinien en 746-747, les op√©rations terrestres sont suspendues. Cependant, entre 746 et 748, la marine byzantine remporte aussi plusieurs succ√®s lors de la bataille de Keramaia et autour de Chypre, qui permettent de r√©aafirmer la pr√©sence byzantine autour de l'√ģle, alors l'objet d'un litige entre les Musulmans et les Byzantins[38] - [39].

Entre 750 et 752, l'empereur profite du renversement et de la mort de MarwńĀn II, le dernier des Omeyyades de Damas, As-Saffah, le premier Abbasside, √©tant occup√© √† asseoir son pouvoir, pour mener une autre exp√©dition en territoire musulman. Il assi√®ge la place-forte de M√©lit√®ne et s'en empare, la fait d√©truire compl√®tement, et transporte une nouvelle fois ses habitants chr√©tiens en Thrace[40]. Ces transferts, accompagn√©s de travaux de fortification des villes de la r√©gion, permettent √† l'Empire d'y r√©tablir sa souverainet√©. C'est sans doute dans ces ann√©es que la cit√© d'Andrinople, longtemps perdue, redevient byzantine. En 755, Constantin V fait une nouvelle exp√©dition en territoire musulman, cette fois plus au nord : il s'empare de la forteresse frontali√®re de Kamacha, qu'il conserve, puis de la cit√© arm√©nienne de Th√©odosiopolis, pour laquelle il proc√®de comme dans les deux exp√©ditions pr√©c√©dentes : les habitants chr√©tiens sont envoy√©s coloniser la Thrace[41].

Dans l'ensemble, le r√®gne de Constantin voit une stabilisation de la fronti√®re byzantino-arabe, qui confirme le regain byzantin √† la suite de la victoire de L√©on III face aux Arabes lors du si√®ge de Constantinople en 717-718. Sans √™tre en capacit√© de reprendre substantiellement du terrain, les Byzantins peuvent d√©sormais s'appuyer sur une fronti√®re solidement d√©fendue mais toujours expos√©e aux raids des Musulmans. Ainsi, en 770, les Arabes, reprenant leurs raids contre l'Asie mineure, parviennent jusqu'√† Laodic√©e la Br√Ľl√©e, en Lycaonie, mettent la ville √† sac et d√©portent sa population[42]. L'ann√©e suivante, d'autres raids sont organis√©s en territoire grec et les Arabes ram√®nent encore plus de prisonniers, tandis que les Byzantins attaquent leur territoire du c√īt√© de l'Arm√©nie byzantine. En 772, ils assi√®gent la ville fortifi√©e de Syk√™, en Pamphylie. Constantin V ordonne alors √† une arm√©e form√©e par des troupes des th√®mes des Anatoliques, des Bucellaires et des Arm√©niaques de leur barrer la retraite, mais cette arm√©e est mise en d√©route, et les Arabes retournent triomphalement chez eux. En parall√®le, une activit√© diplomatique se d√©plo√ģt avec le califat, int√©grant notamment des √©changes de prisonniers et des n√©gociations pour un trait√© de paix sont mentionn√©es dans les sources musulmanes en 772[43].

La perte de positions en Italie

Carte des possessions byzantines en Italie vers 750.
La carte de l'Italie byzantine peu avant la chute de Ravenne et de ses alentours. Le duché de Rome, autour de la cité papale, n'est byzantin que nominativement. Après la chute de Ravenne en 751, les Byzantins ne conservent que les régions les plus méridionales de l'Italie, d'autant que le duché de Naples tend à s'autonomiser, ainsi que la région de Venise et l'Istrie.
La donation de P√©pin au pape √Čtienne II (vue d'artiste, vitrail XIXe si√®cle).

Depuis les invasions lombardes de la fin du VIe si√®cle, la pr√©sence imp√©riale en Italie s'amenuise progressivement et l'exarchat de Ravenne ne s'appuie, en dehors du sud de la p√©ninsule et de la Sicile, que sur quelques positions comme Venise, Ravenne ou Rome, o√Ļ la pr√©sence du pape est de plus en plus forte. Ainsi, en 741, il faut l'intervention du pape Zacharie pour entraver la progression du roi lombard Liutprand, chose qu'il r√©√©dite deux ans plus tard √† l'appel de l'exarque Eutychios, obtenant en retour les domaines imp√©riaux de Norma et de Ninfa[44]. Manquant de moyens pour intervenir activement sur ce front, celles-ci sont sur la d√©fensive quand le roi des Lombards, Aistolf, arrive au pouvoir en 749 avec des vell√©it√©s agressives. En 751, apr√®s avoir pris Ferrare et Comacchio, il parvient √† s'emparer de Ravenne puis de la Pentapole byzantine. La pr√©sence byzantine est d'autant plus affaiblie que la p√©ninsule se montre largement oppos√©e √† l'iconoclasme profess√© par Constantinople, m√™me si Zacharie ne s'oppose pas frontalement √† Constantin V[45].

Confront√©e √† la faillite imp√©riale en Italie, la papaut√© se tourne alors vers le royaume des Francs, alors puissance dominante en Occident, pour forger une alliance contre les Lombards. Le pape √Čtienne II, successeur de Zacharie en 752, m√®ne en personne une mission diplomatique aupr√®s du roi P√©pin le Bref qui conduit au trait√© de Quierzy, aussi appel√©e donation de P√©pin, par laquelle le souverain franc c√®de √† la papaut√© un ensemble de territoires dont la Corse et plusieurs cit√©s de l'Italie centrale, pourtant revendiqu√©es par les Byzantins, comme Ravenne ou la Pentapole byzantine, reprises aux Lombards par la force par P√©pin d√®s 756[46]. Ces √©v√©nements signifient la fin de toute pr√©sence imp√©riale significative en Italie du Nord, puisque le duch√© de Rome est d√©sormais sous l'autorit√© directe du pape. SI ce dernier continue de reconna√ģtre une autorit√© formelle de l'empereur, faisant battre des monnaies √† son effigie[47], il ne r√©troc√®de plus la moindre recette fiscale √† l'Empire[48]. En 758, le nouveau roi des Lombards Desiderius (Didier de Lombardie) accepte de r√©troc√©der la r√©gion d'Otrante √† l'Empire en √©change du soutien de Constantin V dans sa lutte contre le duch√© de B√©n√©vent, ce qui permet aux Byzantins de conserver cette position strat√©gique sur le canal d'Otrante. Dans l'ensemble, les relations avec D√©siderius sont plut√īt bonnes et permettant √† Constantin de garder une certaine prise sur les affaires italiennes, le souverain lombard cherchant certainement √† contrebalancer l'axe qui s'est constitu√© entre les Carolingiens et la papaut√©[49] - [50].

Malgré tout, Constantin semble avoir maintenu de bonnes relations avec Pépin le Bref, se préoccupant surtout de conserver les possessions impériales au sud de l'Italie, notamment la Sicile. Ainsi, Constantin envoie des émissaires auprès de Pépin le Bref quand celui-ci devient roi, avec des cadeaux de valeur, dont un orgue[51]. En retour, Pépin envoie une ambassade franque à Constantinople en 757[52]. Néanmoins, le conflit d'influences en Italie demeure difficilement dépassable. Si Pépin accepte de fiancer sa fille, Gisèle à Léon, le fils et coempereur de Constantin en 765, la relation ne va pas jusqu'au mariage[53].

Par ailleurs, c'est √† la m√™me √©poque que le duch√© de Naples, subdivision de l'exarchat de Ravenne, devient de fait ind√©pendant. Gr√©goire II de Naples, dernier duc √† √™tre nomm√© directement par les Byzantins en 740 meurt en 755 et c'est √Čtienne II de Naples qui lui succ√®de, sans assentiment de l'Empire byzantin alors incapable d'intervenir. Seules la Calabre et la r√©gion des Pouilles en Italie continentale restent sous l'autorit√© directe de Constantinople, en plus de la Sicile, qui semble dot√©e d'une flotte locale dans les ann√©es 750[54] - [55]. Les √©v√™ch√©s de ces r√©gions, en plus de ceux de l'Illyricum, sont d'ailleurs rattach√©s au patriarcat de Constantinople vers le r√®gne de Constantin V, peut-√™tre d√®s le r√®gne de L√©on III[Note 3].

Face aux Bulgares

Carte figurant les campagnes militaires entre les Byzantins et les Bulgares sous Constantin V.
Carte des campagnes militaires byzantino-bulgares sous Constantin V.

Sur le front occidental, l'Empire byzantin est confront√© depuis plusieurs d√©cennies √† l'√©croulement du dispositif d√©fensif autour du Danube et √† la p√©n√©tration de peuples √©trangers au sud du fleuve. Les Slaves s'installent au sein de sklavinies, des formes de principaut√©s plus ou moins structur√©es ou bien sont vassalis√©s par les Bulgares, qui ont progressivement migr√© depuis les steppes eurasiatiques et ont constitu√© une sorte d'Empire √† cheval sur le Danube. S'ils ont pu constituer ponctuellement des alli√©s face aux Musulmans, les Bulgares sont aussi une r√©elle menace √† la souverainet√© byzantine sur les Balkans[56], ce qui explique la politique de colonisation op√©r√©e par Constantin V en Thrace ou en Mac√©doine, en relocalisant des populations grecques. Reb√Ętissant ou repeuplant certaines cit√©s, il les √©l√®ve parfois au statut d'√©v√™ch√©s comme Develtos (Debelt) ou Bulgarophygon[57]. Surtout, avec le relatif apaisement du front oriental, il est en capacit√© de concentrer des troupes suppl√©mentaires face aux Bulgares et restaure des fortifications √† la fronti√®re[58].

En 755, le khan des Bulgares, Kormisoch, finit par r√©agir. Il exige une hausse du tribut que lui doivent les Byzantins sur la base du trait√© de paix de 716 mais Constantin refuse[59]. Le souverain bulgare lance alorsr une offensive qui s'avance jusqu'aux environs de Constantinople, o√Ļ il est repouss√© par les Byzantins, lors d'une bataille qui voit l'un des premiers engagements des tagmata. Peut-√™tre affaibli par cette d√©faite, il est remplac√© par Vinekh. Le nouveau souverain bulgare doit affronter une contre-offensive men√©e par Constantin V sur terre, qui p√©n√®tre en Thrace alors qu'une flottille s'en prend au delta du Danube. L'arm√©e byzantine, avec l'empereur √† sa t√™te, vainc une nouvelle fois les Bulgares lors de la bataille de Marcellae. Les Bulgares consentent alors √† une tr√™ve et √† la lib√©ration d'otages, apr√®s une nouvelle ann√©e d'escarmouches non concluantes en 757. En 758, Constantin consolide les positions imp√©riales sur la c√īte nord de la mer √Čg√©e en soumettant diverses tribus slaves pr√©sentes dans la r√©gion[60] - [61].

En 759, les tensions éclatent à nouveau, d'autant que les Byzantins poursuivent leur entreprise de consolidation de la frontière par le transfert de populations issues des régions frontalières avec le califat musulman. Une nouvelle campagne est décidée par Constantin V, qui décide de s'enfoncer en territoire bulgare mais son armée est surprise lors du passage du col de Rishki et subit une lourde défaite. Toutefois, Vinekh reste prudent et préfère ne pas poursuivre les Byzantins, ce qui provoque l'ire d'une partie de l'armée bulgare. Rapidement, un soulèvement intervient qui renverse et tue Vinekh en 760 ou 761[62]. Le nouveau khan, Teletz, est un partisan de l'offensive et, dès 763, il mène une campagne contre les Byzantins. Constantin V réagit et conduit son armée aux environs d'Anchialos (aujourd'hui Pomorié), de nouveau appuyée par une flotte. Quand les deux armées se rencontrent le 30 juin 763, les Bulgares sont trahis par leurs supplétifs slaves et vaincus. Malgré des pertes importantes, Constantin V célèbre sa victoire dans les rues de Constantinople et fait exécuter les prisonniers bulgares. Cette défaite contribue aussi à la chute de Teletz, qui est à son tour exécuté, conduisant à une guerre civile[63]. Constantin en profite pour envahir le territoire bulgare en 765 ou 766. Néanmoins, sa flotte envoyée en soutien vers les bouches du Danube est largement anéantie par une tempête et l'empereur préfère se retirer. Dans le même temps, le souverain bulgare, Savin, déjà largement contesté, est déposé quand il plaide pour des négociations de paix avec l'Empire byzantin. Il s'enfuit alors pour Constantinople et se place sous la protection de Constantin V[62].

Pendant quelques ann√©es, un profond flottement r√®gne √† la t√™te du khanat bulgare, jusqu'√† l'√©mergence de Telerig au d√©but des ann√©es 770. D'embl√©e, il fait face √† la pression de Constantin V qui lance une nouvelle op√©ration amphibie, avec un important d√©barquement de troupes √† Varna mais il pr√©f√®re se retirer, pour des raisons inconnues. Telerig riposte vers 774-775 avec un raid contre la Mac√©doine[64]. Il pense alors que Constantin V s'appr√™te √† partir pour l'Orient mais c'est une manŇďuvre du souverain byzantin qui vise √† tromper son adversaire. En r√©alit√©, l'arm√©e bulgare tombe dans une embuscade et est vaincue lors de la bataille de Lithosoria, du fait de l'importante sup√©riorit√© num√©rique des Byzantins. Pour Constantin V, c'est l'occasion de nouvelles c√©l√©brations et d'un assaut maritime vers le delta du Danube, tandis que Telerig, gravement affaibli par cet √©chec, s'appr√™te √† trouver refuge √† quitter la Bulgarie pour trouver refuge √† Constantinople[65].

Dans l'ensemble, les nombreuses campagnes de Constantin V contre les Bulgares ne d√©bouchent pas sur une victoire d√©cisive qui permettrait aux Byzantins de r√©affirmer leur contr√īle sur l'enti√®ret√© des Balkans et de soumettre les Bulgares. N√©anmoins, elles affirment la capacit√© imp√©riale √† consolider la fronti√®re existante et √† renforcer sa souverainet√© sur la Thrace et la Mac√©doine, par le transfert de populations de Syrie, d'Arm√©nie et d'Asie Mineure et la restauration de fortifications solides[66]. Peut-√™tre aussi pour r√©duire l'emprise des Slaves sur une partie de la r√©gion, il en transf√®re plusieurs milliers en Bythinie en 762[67]. Par ailleurs, ses victoires affaiblissent le khanat bulgare, min√© par des conflits internes li√©s aux d√©faites successives face aux Byzantins[68].

Politique intérieure

Réforme militaire

Carte faisant figurer les thèmes asiatiques de l'Empire byzantin, dont ceux des Optimates et des Bucellaires, vraisemblablement créés sous Constantin V ainsi qu'une zone frontière dépeuplée avec les Arabes.

Constantin V met en Ňďuvre une r√©forme militaire d'ampleur sous son r√®gne, avec la cr√©ation de r√©giments permanents, connus sous le nom de tagma (tagmata au pluriel)[69]. Avec les invasions musulmanes du VIIe si√®cle, l'arm√©e byzantine a connu de profondes √©volutions, notamment la cr√©ation des th√®mes, lieux d'implantations de corps d'arm√©es provinciaux, mobilisables en cas d'invasions. N√©anmoins, ces troupes sont aussi √† la main des gouverneurs de provinces (les strat√®ges) et constituent donc des menaces pour un empereur, √† l'image de la r√©volte d'Artabasde. Les tagmata forment une arm√©e de plusieurs milliers d'hommes qui sont cantonn√©s √† Constantinople et dans les environs, en Europe et en Asie. Les divisions qu'on y distingue portent les noms d'anciennes unit√©s de la garde ou de la garnison de la capitale qui ont parfois disparu. Les deux principales sont les Scholes et les Excubites, qui deviennent des unit√©s de cavalerie de quatre mille hommes chacune, les soldats des deux √©tant r√©partis de part et d'autre du Bosphore pour rendre plus difficiles les conspirations militaires. D'autres unit√©s sont attest√©es mais √† des dates impr√©cises. Ainsi, la Vigla, r√©giment charg√© de la d√©fense du Palais imp√©rial, n'appara√ģt qu'apr√®s la mort de Constantin V mais certains historiens comme Warren Treadgold lui en attribuent la cr√©ation[70]. Ces unit√©s, d'abord charg√©es de prot√©ger l'empereur constituent progressivement le noyau d'une arm√©e de campagne capable de se d√©ployer sur les diff√©rents fronts de l'Empire[71] - [72].

Soucieux d'affaiblir le puissant thème de l'Opsikion, Constantin transforme aussi l'unité des Optimates qui lui est traditionnellement rattachée. Formant un corps d'élite, il devient un régiment d'intendance, chargé de l'approvisionnement des armées en campagne et est établi dans une région à part entière, autour de Nicomédie et à proximité immédiate de la capitale[73]. En parallèle, il crée aussi le thème des Bucellaires, lui aussi détaché de l'Opsikion et centré approximativement autour de la Paphlagonie[74] - [75].

Il s'agit donc d'une arm√©e permanente √† la disposition de l'empereur, tout autour de la capitale, et qui lui sert pour les petites campagnes militaires d√©cid√©es rapidement, et aussi comme colonne vert√©brale pour des exp√©ditions plus importantes. D'autre part, la dispersion des troupes dans la r√©gion de la capitale entre de nombreuses unit√©s relevant, soit des th√®mes, soit des tagmata, rend les complots militaires moins probables. Enfin, la pr√©sence des soldats des tagmata en Thrace permet √† Constantin V, d√®s le d√©but de son r√®gne, d'√©largir la zone o√Ļ s'exerce l'autorit√© imp√©riale en Europe au d√©triment des ¬ę Sklavinies ¬Ľ[76].

Enfin, à l'image de son père, Constantin acquiert une solide réputation auprès de l'armée, d'autant qu'il n'hésite pas à prendre la tête de ses soldats, ce qui lui permet autant de limiter l'émergence de généraux potentiellement trop ambitieux que de prévenir des tensions au sein de la troupe. Ainsi, en dépit d'un règne long de près de 35 ans, aucune mutinerie d'ampleur n'intervient en dehors de la révolte d'Artabasde au commencement de son règne[77].

La consolidation de l'Empire

Photographie des deux faces d'une pièce en or, une face représente le portrait de deux hommes et l'autre face le portrait d'un seul homme.
Solidus repr√©sentant au revers Constantin V et son fils L√©on IV. A l'avers, c'est la figure de L√©on III qui est repr√©sent√©e. C'est un trait original des monnaies battues sous Constantin V, qui continuent de repr√©senter le p√®re de l'empereur pourtant mort. Il figure d'abord √† ses c√īt√©s jusqu'√† l'√©l√©vation imp√©riale de L√©on IV qui fait basculer L√©on III √† l'avers[78].

En plus de ses réformes militaires, Constantin V est attentif à consolider l'administration de l'Empire byzantin. Si sa politique fiscale est décrite par les auteurs byzantins comme oppressive, elle témoigne aussi d'une certaine rigueur dans le prélèvement des taxes, avec pour résultat une amélioration de la situation financière de l'Empire, particulièrement fragilisée par les nombreux défis connus depuis plusieurs décennies[79]. En 766-767, le prix du grain baisse fortement, ce que les chroniqueurs interprètent comme la conséquence de la rapacité fiscale de Constantin V, qui contraint les agriculteurs à vendre toute leur récolte, faisant s'effondrer les prix. Il pourrait en réalité s'agir simplement du signe d'une très bonne récolte[80]. Il monétise également une partie des taxes foncières pour alimenter le Trésor impérial. Ces évolutions sont parfois inscrites dans l’Ecloga, recueil de lois byzantines mis en place par Léon III et complété par Constantin V. Quant au monnayage, il est marqué par la disparition des sémissis et des trémissis, qui ne sont plus battus que lors d'occasions spéciales comme l'intronisation de Constantin en 741 ou le couronnement de son fils en 751[81]. Par ailleurs, un épisode rapporté par une chronique latine intervient à l'occasion de la révolte d'Artabasde. Constantin, alors en plein siège de Constantinople, aurait payé des marchands avec des nomismata en cuir qu'il aurait ensuite racheté avec des nomismata en or, rappelant une ancienne pratique romaine[82].

Photographie d'un aqueduc au-dessus d'une route.
L'aqueduc de Valens aujourd'hui à Istanbul, remis en état de fonctionnement par Constantin V.

Divers √©v√©nements parfois destructeurs pars√®ment le r√®gne de Constantin. En 740, juste avant son arriv√©e sur le tr√īne, un important s√©isme frappe Constantinople et d√©truit l'√©glise Sainte-Ir√®ne, qu'il reb√Ętit en 753 sur la base d'un programme iconographique iconoclaste qui a subsist√© jusqu'√† nos jours[83]. Il semble aussi √™tre √† l'origine de la restauration de plusieurs pans de la muraille de Constantinople, ab√ģm√©e par le s√©isme de 740[84]. Au-del√†, il utilise des sc√®nes de d√©coration de l'Hippodrome sans valeur religieuse pour remplacer les ornements aux tonalit√©s sacr√©es du Milion, un monument majeur de Constantinople[85]. En 746, une intense vague de la peste de Justinien touche l'Empire et semble faire un grand nombre de victimes, notamment √† Constantinople en 747, contraignant la cour imp√©riale √† se d√©placer √† Nicom√©die. Il n'est d'ailleurs pas impossible que cet √©v√©nement explique en partie le regain de religiosit√© de Constantin[86]. Le patriarche Nic√©phore Ier de Constantinople, dans son Breviarium, indique que la ville de Constantinople est pendant un moment pratiquement vid√©e de sa population[87]. Quand le fl√©au s'apaise, en 748, Constantin V repeuple sa capitale avec d'autres habitants venant de Gr√®ce et des √ģles de la mer √Čg√©e[88]. De m√™me, une importante s√©cheresse frappe la cit√© imp√©riale et am√®ne Constantin √† utiliser d'importants moyens mat√©riels et humains[Note 4] pour faire restaurer l'aqueduc de Valens pour am√©liorer l'alimentation en eau de la ville[89] - [90]. Enfin, il est √† l'origine de la construction de l'√©glise Notre-Dame du Phare[91]. Dans l'ensemble, l'Ňďuvre restauratrice de Constantin contribue √† redonner une partie de sa grandeur pass√©e √† Constantinople[92].

Constantin V est tr√®s t√īt attentif √† assurer sa succession et fait couronner comme coempereur son premier fils, le futur L√©on IV le Khazar, alors qu'il a un peu plus d'un an, le 17 mai 751. Par ailleurs, il √©l√®ve ses autres fils aux dignit√©s de c√©sar et de nobellissime, hautement prestigieuses. Ces pratiques contribuent √† la consolidation du principe dynastique dans l'ordre politique byzantin. Le fait de faire figurer sur les pi√®ces de monnaie √† la fois l'empereur mais aussi son fils (L√©on IV) et son p√®re (L√©on III) contribue √† installer l'id√©e d'une continuit√© et fait de la dynastie isaurienne l'une des premi√®res √† v√©ritablement institutionnaliser la passation de pouvoir familiale d√©j√† existante mais r√©guli√®rement contourn√©e[93] - [Note 5]. Constantin V est d'ailleurs √† l'initiative de la construction de la porphyra, la chambre imp√©riale du Grand Palais dans laquelle sont destin√©s √† na√ģtre les futurs empereurs, d√®s lors appel√©s porphyrog√©n√®tes, c'est-√†-dire n√©s dans la pourpre, couleur imp√©riale par excellence. Sans que cette notion soit compl√®tement nouvelle, Constantin V l'institutionnalise[94] - [95].

Politique religieuse

Photographie d'un dessin d'un manuscrit représentant la destruction d'objets religieux.
Miniature de la chronique de Constantin Manassès dépeignant la destruction des images sur ordre de Constantin V.

Un interventionnisme grandissant

Photographie d'une croix peinte sur le mur intérieur d'une église.
Croix iconoclaste dans une abside de l'√©glise Sainte-Ir√®ne, reb√Ętie par Constantin V selon un programme iconographique iconoclaste[96].

En faisant de l'iconoclasme, c'est-√†-dire le rejet des images sacr√©es, la doctrine du christianisme byzantin en janvier 730, L√©on III a suscit√© de nombreuses contestations au sein d'une soci√©t√© byzantine cliv√©e sur ce sujet. En 752, Constantin V lance une campagne dans tout l'Empire pour r√©affirmer la validit√© de l'interdiction du culte des images. Il faut souligner qu'entre ces deux dates, on ne conna√ģt aucun acte des deux empereurs successifs en rapport avec cette question. Tout au plus peut-on signaler quelques allusions au fait qu'Artabasde, dans le souci de s'assurer des soutiens, aurait autoris√© √† nouveau les ic√īnes, mais rien n'indique qu'il ait abrog√© formellement l'√©dit de L√©on III l'Isaurien[97]. Pourtant, la question reste certainement pendante, car les √Čglises non contr√īl√©es par l'Empire (notamment la papaut√©) refusent l'iconoclasme, et des th√©ologiens, comme Jean Damasc√®ne en Palestine, y entretiennent la pol√©mique[Note 6]. Cependant Constantin V, depuis le d√©but de son r√®gne, a d'autres pr√©occupations urgentes et c'est seulement quand son pouvoir est bien install√© qu'il peut r√©ellement se consacrer √† ce sujet[98]. Des historiens, en particulier David Turner, mettent l'accent sur l'impact de la vague de peste de 746-747 pour justifier le durcissement de la position de Constantin V, qui a pu voir dans cette √©pid√©mie un signe divin contre la v√©n√©ration des images[99] - [100].

Des √©missaires sont envoy√©s dans tout l'Empire pour inciter les √©v√™ques √† organiser des synodes et des r√©unions publiques sur cette question[101] ; le texte intitul√© Avertissement d'un Ancien sur les Saintes Images (Nouthesia gerontos) montre un de ces synodes convoqu√© par un √©v√™que Cosmas, en Cilicie, et o√Ļ il doit affronter le moine iconodule Georges de Chypre[102] ; les nombreuses r√©f√©rences scripturaires et patristiques avanc√©es par l'√©v√™que indiquent que les th√©ologiens du Palais ont d√Ľ constituer des argumentaires √† faire circuler. Constantin V lui-m√™me, ¬ę empereur th√©ologien ¬Ľ[103], r√©dige des trait√©s comme les Peuseis (¬ę Questions ¬Ľ) dont nous avons conserv√© en partie le texte dans la r√©futation qu'en a faite le patriarche Nic√©phore Ier de Constantinople (Antirrhetici I et II). Il y d√©veloppe la th√®se d'une impossibilit√© de l'id√©e d'image sacr√©e. Il s'appuie pour cela sur diff√©rents th√©ologiens prestigieux comme Eus√®be de C√©sar√©e[Note 7]. Plusieurs historiens y ont vu l'influence du monophysisme du fait de l'insistance de Constantin V √† affirmer que l'union des deux natures du Christ, divine et humaine, interdit de le repr√©senter sous une forme mat√©rielle qui ne peut retranscrire cette double nature, notamment sa part divine[104]. La r√©daction de ce trait√© intervient vraisemblablement au d√©but du r√®gne de Constantin, peut-√™tre apr√®s la vague de peste de 748 et alors qu'il cherche √† renforcer la pr√©sence de l'iconoclasme. Ce texte incarne la volont√© de l'Empereur de s'ing√©rer pleinement dans les d√©bats th√©ologiques de son temps, selon une conception proche du c√©saropapisme[105].

Le concile de Hiéreia

Cette campagne aboutit √† la tenue, du au , du concile de Hi√©reia. Rassemblant 338 √©v√™ques pendant six mois, c'est un √©v√©nement de grande dimension. Cependant, la pr√©tention de l'empereur de le pr√©senter comme un concile Ňďcum√©nique est contestable : ni la papaut√©, ni les patriarcats orientaux d'Alexandrie, d'Antioche et de J√©rusalem ne sont repr√©sent√©s avec certitude m√™me si des √©v√™ques issus ds provinces occidentales de l'Empire (Sicile notamment) sont attest√©s ; de plus le patriarche de Constantinople, Anastase, est mort en janvier, et Constantin V ne pr√©sente son successeur, Constantin II, qu'il a choisi lui-m√™me, qu'√† la s√©ance de cl√īture du concile, le [106] - [Note 8] - [107]. Par cons√©quent, aucun des cinq patriarches traditionnels de l'√Čglise n'appara√ģt dans ce concile[108]. Aucun concile Ňďcum√©nique pr√©c√©dent n'a √©t√© √† ce point un pur acte de l'autorit√© imp√©riale. Il semble que le principal gain que Constantin retire de toute cette campagne, c'est une autorit√© renforc√©e sur le clerg√© de l'Empire et sur les questions religieuses[109]. Il y est d'ailleurs acclam√© comme le nouveau Constantin le Grand[110]. Le 27 ao√Ľt, accompagn√© de son fils et des principaux √©v√™ques, il se rend sur le forum de Constantin pour faire lire les principales d√©cisions du concile √† la population qui interdit le culte des images et jette l'anath√®me sur les principaux opposants √† l'iconoclasme, dont Jean Damasc√®ne[111]. En revanche, la profession de foi pr√©sente des divergences avec les th√®ses th√©ologiques de Constantin dans le sens d'une plus grande conciliation avec les conclusions des pr√©c√©dents conciles[112] - [113].

Si la promotion de l'iconoclasme n'est pas approuv√©e par la papaut√©, elle semble jouer un r√īle secondaire dans les difficult√©s byzantines en Italie. Ainsi, le pape Zacharie se pr√©occupe principalement des difficult√©s avec les Lombards et c'est la pression de ces derniers qui explique largement l'alliance avec les Francs. En revanche, un synode est convoqu√© par P√©pin le Bref √† Gentilly en 767, qui traite notamment de la question des images et auquel participe des envoy√©s de l'√Čglise byzantine. Si les actes de ce concile n'ont pas surv√©cu, il semble que la position byzantine soit clairement rejet√©e[114]. Par ailleurs, la papaut√© re√ßoit vers 768-769 une lettre de la plupart des autorit√©s religieuses orientales, notamment les patriarcats d'Antioche, de J√©rusalem et d'Alexandrie, qui plaident pour une condamnation de l'iconoclasme. Le concile du Latran de 769 prend cette orientation et condamne le concile de Hi√©reia, ce qui marque un engagement plus net de la papaut√© contre l'iconoclasme[115] - [116].

De la contestation à la répression

Mosa√Įque repr√©sentant le buste d'un homme au milieu d'un cercle et portant une croix.
Mosa√Įque du XIe si√®cle repr√©sentant
√Čtienne le Jeune, au monast√®re d'Osios Loukas (monast√®re Saint-Luc).

Le complot de 766

Durant les ann√©es qui suivent le concile, aucune vague de r√©pression d'ampleur n'est attest√©e. Seul un moine, Andr√© Kalabyt√®s, est battu en mort en 761 ou 762, peut-√™tre en raison de son opposition √† l'iconoclasme[117]. Pendant l'√©t√© 763, apr√®s sa victoire √† Anchialos, Constantin V fait arr√™ter l'ermite √Čtienne le Jeune, qui, install√© sur le mont Saint-Auxence, a acquis un grand rayonnement ; ses motifs sont qu'√Čtienne refuse de signer le d√©cret du concile de Hi√©reia et est le centre d'un mouvement d'agitation √† ce sujet parmi les moines, mais surtout qu'il exerce une influence jug√©e d√©l√©t√®re sur des membres de l'aristocratie, y compris sur des officiers et de hauts dignitaires du Grand Palais, aupr√®s desquels on l'accuse de mener une campagne de d√©nigrement contre l'empereur et de conversion √† la vie monastique. √Čtienne, apr√®s une p√©riode de rel√©gation sur l'√ģle de Proconn√®se, puis d'incarc√©ration √† Constantinople, est lynch√© le par des soldats des tagmata indign√©s de l'attitude jug√©e provocatrice de l'ermite √† l'√©gard de l'empereur[Note 9].

Photographie de la page d'un manuscrit représente la scène d'un martyre.
Le martyre d'√Čtienne le Jeune, planche du M√©nologe de Basile II.

Cet √©v√©nement va bient√īt r√©v√©ler un malaise dans l'entourage m√™me de Constantin V. En ao√Ľt 766, au retour de son exp√©dition manqu√©e en Bulgarie, l'empereur, exasp√©r√© par le comportement sourdement hostile d'une partie du milieu monastique, organise un spectacle de d√©rision dans l'hippodrome : des moines et des nonnes, en habit la√Įc, doivent d√©filer devant le public en se tenant par la main, au m√©pris de leur condition monastique[118] - [Note 10]. Quelques jours plus tard, dix-neuf tr√®s proches collaborateurs de l'empereur sont arr√™t√©s et accus√©s de complot ; les deux principaux sont deux fr√®res, Constantin Podopagouros, logoth√®te du Drome, et Strat√™gios, Domestique des Excubites (donc commandant de l'une des deux principales divisions des tagmata) ; les deux sont notamment accus√©s d'avoir complot√© contre l'empereur avec √Čtienne le Jeune. Parmi les autres conjur√©s figurent Antiochos, strat√®ge de Sicile[119] et ex-logoth√®te du Drome, Ikoniat√®s, strat√®ge de Thrace, le comte de l'Opsikion, et plusieurs autres personnages √† peine moins importants[120]. Le a lieu dans l'hippodrome un spectacle d'humiliation des conspirateurs, et le 26 ce sont Podopagouros et son fr√®re qui sont d√©capit√©s tandis que les autres sont aveugl√©s[121]. Dans les jours suivants, l'√©parque de Constantinople, Procope, est arr√™t√© √† son tour et fouett√©, et le , le patriarche Constantin II de Constantinople, appr√©hend√©, est plac√© en d√©tention dans le palais d'Hi√©reia ; d√©pos√© officiellement en , il est ex√©cut√© en octobre 767[122] - [123]. Son successeur, Nic√©tas Ier de Constantinople, se montre un partisan z√©l√© de l'empereur. Surtout, le grand nombre de dignitaires suspect√©s de conspiration et la diversit√© de leurs positions, qu'elles soient civiles, militaires ou religieuses indique la gravit√© de la menace pour Constantin et le soin pris par ce dernier √† la r√©primer avec s√©v√©rit√©[124].

Par ailleurs, ces diff√©rents √©pisodes illustrent l'usage par Constantin V du lieu hautement symbolique qu'est l'Hippodrome pour exercer son pouvoir, n'h√©sitant pas √† s'appuyer sur les Factions, alors toujours influentes √† Constantinople. Il s'adresse plusieurs fois √† elles quand il livre certains de ses opposants √† la vindicte populaire et se place plus particuli√®rement du c√īt√© des Rouges, une faction pourtant mineure, peut-√™tre pour ne s'ali√©ner ni les Verts, ni les Bleus, qui sont les deux groupes majoritaires[125]. En d√©finitive, la grille de lecture impos√©e par les chroniqueurs, qui font du culte des images l'√©l√©ment central de la vie politique byzantine, emp√™che pour partie de saisir dans toutes ses subtilit√©s la nature r√©elle du complot de 766 ou de la r√©pression qui s'ensuit[126] - [127].

Une radicalisation à géométrie variable

Photographie du portrait d'un homme sur la page d'un manuscrit.
Constantin représenté dans le manuscrit Mutinensis gr. 122 composé au XVe siècle.
La relation au monachisme

Ces √©v√©nements de 766 conduisent √† une radicalisation de la politique int√©rieure, notamment religieuse, de Constantin V. En 766, il impose un serment interdisant toute v√©n√©ration des images, sans qu'il soit possible de d√©terminer s'il s'impose √† tous ou seulement aux principaux dignitaires[128] - [129]. Il donne une place d√©sormais pr√©pond√©rante √† l'arm√©e dans son gouvernement, s'appuyant particuli√®rement sur la division d'√©lite des Scholes. Il nomme toute une s√©rie de nouveaux responsables en qui il a toute confiance : Antonios, Domestique des Scholes, Michel M√©liss√®ne, strat√®ge des Anatoliques[130], Michel Lachanodrak√īn, strat√®ge des Thrac√©siens[131], Man√®s, strat√®ge des Bucellaires. Les mots d'ordre religieux sont radicalis√©s, puisque le culte des reliques est fortement circonscrit[Note 11] et une politique de r√©pression contre les moines hostiles est men√©e. Cette politique ne touche pas tout le monachisme byzantin, et elle est plus ou moins g√©n√©ralis√©e ici et l√† suivant le z√®le des collaborateurs : dans sa province, Michel Lachanodrak√īn, dont certains des agissements sont probablement exag√©r√©s par les chroniqueurs[132], donne aux moines et aux nonnes √† choisir entre le mariage ou l'aveuglement et l'exil, et avant 772 il en aurait fait dispara√ģtre le monachisme[133]. Des monast√®res confisqu√©s sont affect√©s au logement de soldats. Mais d'autres exemples montrent que cette politique n'est pas syst√©matique : ainsi sainte Anthousa a fond√© vers 740 un monast√®re double d'hommes et de femmes √† Mantin√©e, en Paphlagonie ; elle re√ßoit la visite de l'empereur et de sa troisi√®me femme Eudoxie √† l'occasion d'une grossesse difficile de celle-ci vers 757, et ensuite son √©tablissement est couvert de bienfaits par l'imp√©ratrice, qui lui offre m√™me de vastes terrains ; le monast√®re, tr√®s prosp√®re, compte neuf cents moines vers la fin du r√®gne de Constantin V. En outre, ce dernier pr√©nomme sa fille Anthousa, en l'honneur de la religieuse. Ce n'est s√Ľrement pas un cas isol√©, et il faut d'ailleurs se garder de croire que tous les moines sont des opposants au concile de Hi√©reia[134].

Encore aujourd'hui, l'attitude de Constantin envers les moines est débattue. Louis Bréhier a vu en lui un véritable ennemi du monachisme[135], tandis Stephen Gero a défendu l'idée que l'empereur, au mode de vie potentiellement dissolu, aurait vu d'un mauvais oeil le rigorisme des moines. A l'inverse, Leslie Brubaker et John Haldon estiment que Constantin veut rétablir une certaine discipline dans un monachisme qui se perdrait[136].

Une théologie mal définie

Par ailleurs, Constantin a √©t√© accus√© de divers actes d'impi√©t√© dont la port√©e est souvent √† relativiser. Il aurait prohib√© le culte de la Vierge Th√©otokos et cherch√© √† r√©duire celui des saints, ou bien encore aurait retir√© diverses croix situ√©es au bord de routes. N√©anmoins, les historiens modernes, dont Marie-France Auz√©py ou Dirk Krausm√ľller, consid√®rent parfois qu'il s'agit moins d'un rejet de tout un pan du culte chr√©tien que d'un souhait de limiter des pratiques excessives, parfois apparent√©es √† de la superstition. Son positionnement √† l'endroit des reliques continue de faire d√©bat. Vers la fin de son r√®gne, il est vilipend√© pour avoir d√©truit ou retir√© des reliques d'espaces sacr√©s mais la r√©alit√© de cette pratique demeure difficilement mesurable. Stephen Gero, dans la lign√©e d'un Georg Ostrogorsky, estime que Constantin se raidit vers la fin de sa vie[137]. Au contraire, John Wortley est beaucoup plus pond√©r√©, tout comme Marie-France Auz√©py, qui s'appuient sur les √©crits de Th√©ophane le Confesseur ou du patriarche Nic√©phore[138]. Ceux-ci mettent surtout en √©vidence le retrait des reliques d'espaces sacr√©s comme les autels, pour r√©tablir la puret√© de ces derniers[139] - [140] - [141].

L'une des controverses les plus vives concerne le rapport de Constantin √† la Vierge Marie, dont il aurait voulu prohib√© le culte en tant que M√®re de Dieu, pour la cantonner au r√īle de M√®re du Christ. Cette rumeur est notamment diffus√©e par Th√©ophane le Confesseur et certains historiens comme Georg Ostrogorsky l'ont reprise comme preuve d'un raidissement de Constantin dans ses derni√®res ann√©es de vie. N√©anmoins, les propres √©crits de Constantin autant que les d√©cisions du concile de Hi√©reia rappellent la saintet√© de Marie, ce qui conduit Marie-France Auz√©py √† consid√©rer que Th√©ophane propage un r√©cit compl√®temet fictif[142]. L√† encore, il est possible que Constantin ait surtout cherch√© √† restreindre des pratiques invocant la Vierge Marie parfois avec exc√®s[143]. C'est notamment l'interpr√©tation de Leslie Brubaker et John Haldon[144]. En revanche, Dirk Krausm√ľller juge l'hypoth√®se d'une forte restriction du culte des saints et de la Vierge l√©gitime, m√™me si elle rentre en contradiction au moins partielle avec les conclusion du concile. Il estime que Constantin ne se sent pas les mains li√©s par ce dernier et pourrait donc s'√™tre radicalis√© vers la fin de son existence et voit surtout dans cette position une remise en cause du dogme de l'intercession[145].

Il reste difficile de saisir tous les √©l√©ments qui ont anim√© Constantin V dans sa politique religieuse autant que dans ses actions r√©pressives. Parfois caricatur√© comme un tyran qui cherche √† tout prix √† faire valoir sa th√©ologie, des historiens comme Leslie Brubaker et John Haldon per√ßoivent plut√īt son action sous un angle plus politique, soulignant que les √©purations des ann√©es 765-767 visent autant √† r√©primer des iconodules que des opposants √† l'empereur, pr√™ts semble-t-il √† le renverser[146]. Marie-France Auz√©py souligne qu'en dehors du cas d'Etienne le Jeune, peu d'hagiographies concernent des victimes directes de la r√©pression de Constantin V, ce qui relativiserait l'ampleur de celle-ci et le nombre de martyrs associ√©s. De m√™me, les actes de destruction d'images ont pu √™tre exag√©r√©s tandis que la promotion d'un art iconoclaste s'inscrit parfois plut√īt dans une entreprise de restauration de b√Ętiments endommag√©s[147].

Mort et succession

En , alors que Constantin v prépare une nouvelle expédition d'envergure contre les Bulgares, il est pris d'une forte fièvre et de furoncles sur les jambes. Ayant atteint Arcadiopolis, il doit revenir à Constantinople mais il meurt sur le chemin du retour. Immédiatement, c'est son fils et successeur désigné depuis longtemps, Léon IV le Khazar, qui lui succède, le , sans rencontrer d'obstacles[148].

Unions et descendance

Photographie des deux faces d'une pièce en or, une face représente le portrait de deux hommes et l'autre face le portrait d'un seul homme.
Solidus représentant Léon IV et son fils et coempereur, le futur Constantin VI.
Photographie d'une ic√īne repr√©sentant une femme en tenue de religieuse.
Ic√īne repr√©sentant Anthousa, l'une des filles de Constantin V, reconnue sainte par l'Eglise orthodoxe.

Constantin V se marie trois fois. Il √©pouse d'abord, d√®s son adolescence, Tzitzak, une princesse khazare, qui meurt probablement en 750 en donnant naissance √† son successeur, L√©on IV le Khazar, associ√© au tr√īne d√®s ses 1 an pour assurer au plus t√īt sa l√©gitimit√© et qui √©pouse en 768 la future imp√©ratrice Ir√®ne l'Ath√©nienne. Peu apr√®s la mort de sa premi√®re √©pouse, Constantin se remarie en 751 avec Marie. Peu de choses sont connues √† son propos, d'autant qu'elle meurt tr√®s rapidement, l'ann√©e de son union imp√©riale[149]. Constantin √©pouse ensuite en troisi√®me noce Eudoxie, sans que la date de l'union soit connue (avant 768-769, date √† laquelle elle devient Augusta). Dans tous les cas, il s'agit d'une entorse aux r√®gles habituelles qui prohibent un troisi√®me mariage, m√™me si Constantin ne semble pas avoir rencontr√© d'obstacles particuliers en la mati√®re. Ensemble, ils ont plusieurs enfants[150] :

  • Christophe (n√© vers 755), il est nomm√© c√©sar en 769[151] ;
  • Nic√©phore (n√© vers 757), il est nomm√© c√©sar en 769. Avec son fr√®re a√ģn√©, Christophe, ils sont un temps proclam√©s empereurs en 812 par des soldats avant que leur r√©volte ne soit mat√©e. Tous deux meurent vers cette date[151] ;
  • Anthousa (sans doute jumelle de Nic√©phore), elle est ainsi nomm√©e en l'honneur de Sainte Anthousa et se dirige elle aussi vers une vie religieuse avant d'√™tre canonis√©e apr√®s sa mort[Note 12] ;
  • Nic√©tas, nomm√© nobellissime ;
  • Eudokimos, nomm√© nobellissime ;
  • Anthime, nomm√© nobellissime.

Tous les fils de Constantin sont aveugl√©s et exil√©s sur ordre de Constantin VI, le fils de L√©on IV, en 792, pour √©viter qu'ils ne deviennent d'√©ventuels pr√©tendants au tr√īne[152].

Postérité et historiographie

Une légende noire

Miniature issue de la chronique de Skylitzès de Madrid, représentant des soldats se rendant auprès de la tombe de Constantin V pour célébrer sa mémoire.

Constantin V est l'une des figures les plus noircies par les chroniqueurs et historiens post√©rieurs : principal promoteur de l'iconoclasme, et un temps pers√©cuteur de moines, il a syst√©matiquement √©t√© d√©crit comme un odieux tyran par l'historiographie byzantine post√©rieure, d'origine essentiellement cl√©ricale (et monastique), et de parti-pris iconodule. Les √©crits peuvent √™tre d'une rare violence √† l'encontre de Constantin V. Th√©ophane le Confesseur en fait une b√™te assoif√©e de sang et un pr√©curseur de l'Ant√©christ. Quant √† la litt√©rature contemporaine des iconoclastes, rien n'en a √©t√© conserv√©. N√©anmoins, des √©l√©ments attestent d'une r√©elle popularit√© dans l'arm√©e, en raison de ses succ√®s et de son Ňďuvre r√©formatrice. Ainsi, quand Nic√©phore Ier est √©cras√© et tu√© par les Bulgares √† la bataille de Pliska en 811, le soldats revenus √† Constantinople se rendent sur la tombe de Constantin V pour convoquer ses m√Ęnes au secours de l'Empire[153]. Ils tentent m√™me de proclamer empereur l'un des fils de Constantin, Nic√©phore, alors exil√© et aveugl√©. N√©anmoins, au moment de la r√©vocation d√©finitive de l'iconoclasme sous Michel III, son sarcophage est bris√© et ses restes br√Ľl√©s[154]. Il faut donc d'abord dire qu'il reste une figure mal connue, et qu'une √©valuation objective de sa personnalit√© et de son action ne peut se faire que par une lecture tr√®s critique des sources, lui restituant sa stature, qui est tr√®s importante dans l'histoire de l'Empire byzantin[155].

Constantin a re√ßu son surnom principal de Copronyme (litt√©ralement, ¬ę au nom de merde ¬Ľ) √† partir d'une anecdote ridicule colport√©e par des chroniqueurs malveillants : au cours de son bapt√™me par le patriarche Germain Ier de Constantinople, il aurait d√©f√©qu√© dans les fonts baptismaux, r√©pandant une odeur infecte, et le patriarche aurait alors eu ce mot ¬ę proph√©tique ¬Ľ : ¬ę Cet enfant remplira l'√Čglise de sa puanteur ¬Ľ[156]. Son autre surnom usuel de Caballinos[Note 13], gu√®re plus aimable (¬ę le chevalin ¬Ľ), renvoie √† son pr√©tendu go√Ľt effr√©n√© pour les chevaux et les courses de chars dans l'hippodrome, d'o√Ļ l'association avec l'id√©e de fumier[157]. Il est aussi souvent accus√©, dans la litt√©rature monastique, de d√©bauche et d'homosexualit√© (bien qu'il se soit mari√© trois fois et ait eu six enfants de sa troisi√®me femme, mais cela aussi lui est reproch√©, les troisi√®mes mariages √©tant en principe interdits). En revanche, dans le monde chr√©tien oriental, son image est bien moins ternie. Des textes arm√©niens se montrent plus favorables √† Constantin et mentionnent une autre explication √† son surnom de Caballinos. Au cours d'une campagne contre les Arabes, il aurait fait verser une grande quantit√© de fumier dans une rivi√®re pour faire croire √† ses adversaires que l'arm√©e byzantine est tellement grande qu'elle en vient √† transformer l'apparence du cours d'eau sur son passage[158].

Réévaluation par les historiens modernes

Au XVIIIe si√®cle, Edward Gibbon, auteur d'une Histoire de la d√©cadence et de la chute de l'Empire romain se distancie d√©j√† des sources iconodules, dont il moque les exag√©rations outranci√®res. N√©anmoins, il ne les rejete pas totalement et d√©crit Constantin comme ¬ę dissolu et cruel ¬Ľ, en d√©pit de r√©elles qualit√©s qui transparaissent des r√©cits byzantins. Son interpr√©tation, qui met l'accent sur l'importance des querelles religieuses dans la description de l'histoire byzantine, est alors caract√©ristique de la vision des Lumi√®res et participe d'une vision souvent d√©pr√©ciative de l'Empire byzantin[159].

Les historiens modernes s'efforcent de d√©passer les jugements parfois caricaturaux des chroniqueurs byzantins, tout en h√©sitant parfois sur l'appr√©ciation du comportement de Constantin. Ainsi, d√®s 1902, dans la monographie qu'il lui consacre, Alfred Lombard note d√©j√† la grande difficult√© √† d√©passer les avis de ses contemporains mais tente de mettre en lumi√®re ses r√©ussites militaires et administratives, ainsi que le d√©sir d'une r√©forme religieuse visant √† donner au peuple une religion plus pure[160]. Un peu plus t√īt, John Bagnell Bury, tr√®s critique envers les superstitions qu'aurait combattu l'iconoclasme, fait de Constantin V un empereur qui sait s'opposer aux d√©rives d'une religiosit√© devenue dangereuse pour les int√©r√™ts de l'Etat, en particulier au sein de la communaut√© monastique[161]. De m√™me, Georg Ostrogorsky, comme d'autres historiens, voit en lui le continuateur de la politique de consolidation de son p√®re. Tout en reconnaissant qu'il ¬ę n'√©tait pas le robuste soldat qu'avait √©t√© L√©on III ¬Ľ, il ¬ę fut un plus grand g√©n√©ral ¬Ľ, dot√©e d'un grand courage et d'un profond sens strat√©gique. Mais il le dit aussi nerveux, afflig√© de passions malsaines qui contribuent aux exc√®s de sa r√©pression[162]. Michel Kaplan voit dans sa politique une d√©termination √† appliquer une vision qui l'a notamment amen√© √† convoquer le concile de Hi√©reia, traduction aussi d'une grande d√©termination[163]. Pour lui, la radicalisation de l'iconoclasme de Constantin est rendu possible par ses succ√®s militaire, qui garantissent la solidit√© des fronti√®res et facilitent un raidissement int√©rieur. Beaucoup d'historiens contemporains, comme Leslie Brubaker et John Haldon ont largement critiqu√© les accusations de despotisme √† l'encontre de Constantin V, tout en resituant ses d√©cisions religieuses dans le contexte politique d'alors. Pour autant, nombre des d√©cisions de Constantin font encore l'objet de d√©bats ouverts. Au-del√†, les historiens se partagent souvent dans l'interpr√©tation de l'iconoclasme de Constantin, sans parvenir √† s'accorder sur le degr√© exact de sa radicalit√©[164].

Notes et références

Notes

  1. Ilse Rochow plaide pour la version de Th√©ophane mais d'autres historiens estiment qu'elle est trop influenc√©e par le d√©dain du chroniqueur pour l'empereur. Dans le premier cas, il vient au monde apr√®s la d√©faite des Musulmans alors que dans le second, sa naissance co√Įncide presque avec la victoire d√©cisive des Byzantins et peut donc y √™tre associ√©e ((en) Ivan Maric, ¬ę When was Constantine V Born? ¬Ľ, Zbornik radova VizantoloŇ°kog instituta, vol. 58,‚Äé , p. 7-22).
  2. La chronologie exacte des événements fait débat. Le début de la rébellion d'Artabasde pourrait être intervenu dès 740.
  3. Venance Grumel plaide pour un rattachement sous Constantin V (Venance Grumel, ¬ę L‚Äôannexion de l‚ÄôIllyricum oriental, de la Sicile et de la Calabre au patriarcat de Constantinople. Le t√©moignage de Th√©ophane le Chronographe ¬Ľ, Recherches de sciences religieuses, vol. 39-40,‚Äé 1951-1952, p. 191-200) tandis que M.V. Anastos estime qu'il intervient vers 730 ((en) M.V. Anastos, ¬ę The transfer of Illyricum, Calabria and Sicily to the juridiction of the patriarchate of Constantinople in 732-733 ¬Ľ, Silloge Bizantina in onore di S. G. Mercati, Studi Bizantini e Neoellenici, vol. 9,‚Äé , p. 14-31). Des historiens plus r√©cents estiment que les deux hypoth√®ses sont compatibles, avec un premier mouvement dans les ann√©es 730 consistant en un rattachement juridictionnel puis une confiscation des propri√©t√©s fonci√®res plus tardivement (Vivien Prigent, ¬ę Les empereurs isauriens et la confiscation des patrimoines pontificaux d‚ÄôItalie du Sud ¬Ľ, MEFRM, vol. 116,‚Äé , p. 557-594).
  4. Selon Théophane le Confesseur, il aurait mobilisé plusieurs milliers d'ouvriers de diverses régions de l'Empire.
  5. Cette pratique se rencontre aussi sur les sceaux, o√Ļ Constantin V se fait r√©guli√®rement repr√©senter avec son fils et son p√®re (Brubaker et Haldon 2001, p. 132-133).
  6. La date des écrits de Jean Damascène reste incertaine. Leslie Brubaker et John Haldon estiment notamment que ses sermons sont en réalité des réactions aux propres écrits théologiques de Constantin V alors que la vision traditionnelle les fait souvent remonter aux années 730 (Brubaker et Haldon 2015, p. 184).
  7. Il s'appuie par exemple sur la lettre d'Eusèbe à Constance dans laquelle il remet en cause l'idée d'une reproduction de l'image divine du Christ.
  8. En l'absence de patriarche, c'est le m√©tropolite d'√Čph√®se qui dirige le concile, probablement sous influence de l'empereur.
  9. Si les deux principales sources (Théophane le Confesseur et le patriarche Nicéphore) s'accordent sur la persécution d'Etienne le Jeune, le déroulé des événements diffère quelque peu. Selon Théophane, le martyr d'Etienne marque le début de la répression de Constantin V contre les partisans des images alors que Nicéphore en fait une étape dans un mouvement déjà enclenché contre les moines (Auzépy 2017, p. 22-24).
  10. Il demeure difficile de conna√ģtre le degr√© d'exactitude de ces r√©cits, rapport√©s par des auteurs hostiles √† l'iconoclasme.
  11. La prohibition du culte des reliques touche avant tout les reliques issues d'un cadavre donc considérées comme impures. Voir à ce sujet Auzépy 2001, p. 13-24.
  12. La date de naissance d'Anthousa est incertaine. Il est possible qu'elle intervienne dès 750 et que Léon IV soit son frère jumeau.
  13. L'usage par les chroniqueurs byzantins de surnoms m√©prisants ou insultants pour d√©crire les partisans de l'iconoclasme ne s'arr√™te pas √† Constantin V. Certains de ces surnoms ont pu devenir de v√©ritables noms de famille, ce qui pourrait s'int√©grer plus globalement dans une √©volution en cours de la soci√©t√© byzantine, peut-√™tre impuls√©e par Constantin V, consistant √† d√©velopper les noms de famille. Voir √† ce sujet (en) Eleonora Kountoura-Galake, ¬ę Iconoclast Officials and the Formation of Surnames during the Reign of Constantine V ¬Ľ, Revue des √©tudes byzantines, vol. 62,‚Äé , p. 247-253 (lire en ligne).

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Voir aussi

Articles connexes

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