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Constantin XI Paléologue

Constantin XI (ou XII[N 2]) Pal√©ologue, dit Dragas√©s (en grec : őöŌČőĹŌÉŌĄőĪőĹŌĄőĮőĹőŅŌā őôőĎ Ļ őĒŌĀőĪő≥ő¨ŌÉő∑Ōā ő†őĪőĽőĪőĻőŅőĽŌĆő≥őŅŌā, KŇćnstantinos XI Dragasńďs Palaiologos, en serbe : Konstantin XI DragaŇ° Paleolog), n√© le ou 1405 √† Constantinople, et mort le sur les murailles de la m√™me ville, est le dernier empereur byzantin du au , et par cons√©quent le dernier empereur romain de l'Histoire[N 3].

Constantin XI Paléologue
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Constantin XI Paléologue
Constantin XI représenté dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du XVe siècle.
Règne
-
(4 ans, 6 mois et 28 jours)
Période Paléologue
Précédé par Jean VIII Paléologue
Biographie
Naissance /1405[N 1]
Constantinople
Décès
Constantinople
Père Manuel II Paléologue
M√®re H√©l√®ne DragaŇ°
√Čpouse Maddalena Tocco
Catherine Gattilusio

Il est l'un des nombreux fils de Manuel II Paléologue et un représentant de la dernière dynastie régnante, au pouvoir depuis 1261. Frère cadet de Jean VIII Paléologue, il s'illustre par sa fidélité à son frère, servant de régent à plusieurs reprises et l'aidant dans certaines de ses campagnes, notamment dans le despotat de Morée. Il gouverne celui-ci à deux reprises, avec d'autres de ses frères, et tente de renforcer cette province plus florissante que la cité impériale déclinante, mais se heurte inévitablement à la puissance de l'Empire ottoman. À la mort de Jean VIII en 1448, il s'impose comme l'héritier et se rend à Constantinople. Rapidement, il est confronté à la situation dramatique de l'Empire, considérablement affaibli. Il tente de favoriser la politique d'union entre l'église de Constantinople et la papauté, pour susciter une croisade contre les Turcs, d'autant que le nouveau sultan Mehmet II a des ambitions expansionnistes affirmées dès sa prise du pouvoir en 1451. Pour autant, il ne parvient pas à susciter l'unanimité parmi ses sujets sur la question religieuse.

Bient√īt, en partie par maladresse, Constantin s'attire l'hostilit√© du sultan et se retrouve enferm√© dans Constantinople, tentant de susciter des renforts en Occident, sans grands succ√®s. En , il subit le dernier si√®ge de la Constantinople byzantine, lors duquel il m√®ne en personne la d√©fense de la cit√©. Largement inf√©rieurs en nombre malgr√© quelques renforts ext√©rieurs, les assi√©g√©s r√©sistent plusieurs semaines et Constantin refuse de quitter la ville. Finalement, Constantinople tombe le et Constantin p√©rit durant les derniers combats, sans que les circonstances exactes de sa mort soient connues. Par la suite, de nombreuses l√©gendes ont √©merg√© √† son propos, qui compliquent parfois l'analyse de son r√®gne, son statut de dernier empereur romano-byzantin et sa mort, souvent d√©crite comme h√©ro√Įque, lui ayant conf√©r√© une aura presque mystique. √Ä cet √©gard, les historiens oscillent entre la vision d'un empereur combatif mais d√©nu√© de moyens √† sa disposition et celle d'un dirigeant sans r√©elle dimension au regard des enjeux de son temps.

Sources

Peinture en noir et blanc montrant le buste d'un homme barbu.
Peinture florentine représentant Isidore de Kiev, l'un des chroniqueurs et protagonistes du règne de Constantin.

Les sources √† propos du r√®gne de Constantin XI sont nombreuses et tr√®s li√©es aux r√©cits relatifs √† la chute de Constantinople. Son plus proche ami et conseiller, Georges Sphrantz√®s, est aussi l'un de ses principaux chroniqueurs. M√™me s'il a tendance √† valoriser chacun des actes de Constantin, il livre des d√©tails pr√©cieux sur sa biographie et son r√®gne, √† l'exception notable de la prise de Constantinople, qui fait l'objet d'un compte-rendu laconique. √Ä ce sujet, les historiens ont longtemps exploit√© une version aujourd'hui consid√©r√©e comme frauduleuse de la chronique de Sphrantz√®s, le Chronicon maius ou Chronique majeure, √©crit par un certain Pseudo-Sphrantz√®s, identifi√© comme √©tant Macaire M√©liss√®ne, un m√©tropolite grec du XVIe si√®cle. Ce texte d√©veloppe des √©v√©nements intervenus √† l'occasion du si√®ge, notamment les derniers instants de Constantin, qui ne se retrouvent pas dans d'autres sources et sont rejet√©s par les historiens les plus r√©cents[2]. Parmi les autres chroniqueurs grecs de l'√©poque, Laonicos Chalcondyle, Doukas et Critobule d'Imbros sont les plus utiles, le dernier √©tant devenu proche de Mehmed II, ce qui lui a permis d'acc√©der √† des informations suppl√©mentaires. Il a notamment fait un portrait pr√©cis, quoique certainement romanc√©, de Constantin et de ses qualit√©s[3]. Les √©crits de Gennade II Scholarios, opposant √† la politique d'union des √Čglises et premier patriarche de Constantinople √† avoir √©t√© nomm√© par les Ottomans, peuvent aussi √™tre mobilis√©s.

Tous ces hommes ont √©crit sur la chute de Constantinople, mais d'autres textes sont sp√©cifiquement consacr√©s √† cet √©pisode fondamental et terminal de la vie de Constantin. Beaucoup sont originaires d'Europe de l'Ouest, en particulier d'Italie, √† l'image des chroniques de Nicol√≤ Barbaro, de Jacopo Tedaldi[4] ou d'Ubertino Pusculus, parfois issus d'hommes d'√Čglise comme Isidore de Kiev, relativement favorable √† l'empereur[5], ou L√©onard de Chio, tr√®s critique du manque d'empressement de Constantin √† c√©l√©brer l'union avec la papaut√©[6]. Des sources plus rares √©manent du monde slave, comme la chronique de Constantin d'Ostrovica, janissaire serbe engag√© dans l'arm√©e turque[7], ou celle attribu√©e √† Nestor Iskander, probablement russe, qui fait de Constantin un martyr de la cause orthodoxe[8] - [N 4]. Toutes ces sources permettent de croiser certains √©v√©nements et apportent des perspectives vari√©es sans pour autant lever toutes les incertitudes, en particulier celles qui p√®sent sur les derniers instants de Constantin. Certaines sont assez critiques des Byzantins et donc de l'empereur, d'autres plus pond√©r√©es. Les sources turques sont plus rares et souvent post√©rieures √† 1453, mais il faut relever les √©crits de Tursun Beg ou de Saad ed-Din[9].

Ascension

Enfance

Photographie d'une miniature montrant deux personnages adultes entourés de leurs trois enfants.
Manuel II et sa femme, H√©l√®ne DragaŇ°, entour√©s de leurs trois premiers fils : le futur Jean VIII, Th√©odore et Constantin, mort quelque temps avant la naissance de Constantin XI. Miniature conserv√©e au mus√©e du Louvre, issue des Ňíuvres compl√®tes de saint Denys l'Ar√©opagite.

Constantin est le fils de l'empereur byzantin Manuel II Pal√©ologue et d'H√©l√®ne DragaŇ°, fille du prince serbe Constantin DragaŇ°. Il se marie deux fois : d'abord en 1428 avec Th√©odora Tocco (morte en 1429), fille de L√©onard II Tocco, seigneur de Zante, puis le avec Catherine Gattilusio (morte en 1442), fille de Dorino Ier Gattilusio, seigneur de Lesbos. La date de naissance de Constantin n'est pas exactement connue. Georges Sphrantz√®s √©crit qu'il vient au monde en 1405, mais d'autres √©l√©ments de sa chronique plaident pour 1404, notamment quand il indique qu'il meurt √† 49 ans, trois mois et vingt jours. Selon Marios Philippides, la date de 1405 serait une erreur de transcription du manuscrit originel de Sphrantz√®s et l'ann√©e 1404 serait donc √† retenir[10]. Il est l'un des six enfants de Manuel II et le deuxi√®me √† porter le nom de Constantin, le premier √©tant mort jeune. Il est particuli√®rement proche de sa m√®re, au point de faire figurer son nom, Dragas√®s, en compl√©ment de son patronyme. Ses jeunes ann√©es sont mal connues, mais il semble avoir re√ßu une bonne √©ducation, prodigu√©e par la famille Sphrantz√®s. Gennade Scholarios loue sa culture, mais cela rel√®ve peut-√™tre de la flatterie courtisane[11].

Il ne subsiste aucune description physique pr√©cise de Constantin[12]. Les rares pi√®ces de monnaie de son r√®gne qui ont surv√©cu ne livrent pas plus qu'une esquisse de portrait sans grande valeur, de m√™me que l'image figurant dans le manuscrit Mutinensis gr. 122 compos√© au XVe si√®cle et conserv√© √† la biblioth√®que Estense[13]. De mani√®re g√©n√©rale, il est difficile d'√©tablir le portrait et le caract√®re de Constantin sur la base des jugements de l'√©poque, souvent influenc√©s par les circonstances de sa disparition lors de la chute de Constantinople[14]. Constantin montre un int√©r√™t fort pour la chose militaire, s'illustre par ses aptitudes au gouvernement et semble peu int√©ress√© par les affaires culturelles et th√©ologiques, √† la diff√©rence d'autres empereurs avant lui. Steven Runciman le d√©crit comme int√®gre, fid√®le √† son fr√®re a√ģn√©, toujours honorable dans sa conduite et capable de susciter l'affection, voire l'admiration, quand il devient empereur, bien que ses difficult√©s √† assurer la concorde religieuse √† Constantinople semblent affaiblir cette affirmation[15]. Dans un discours aux airs d'√©loge, Jean Dokeianos, un √©rudit de Mistra, loue les aptitudes de Constantin au combat et √† la chasse, ainsi que son √©ducation, tout en restant tr√®s √©vasif[16]. Si les qualit√©s de strat√®ge voire de guerrier de Constantin sont r√©guli√®rement √©voqu√©es, il demeure difficile, sur la base des faits historiques, de d√©celer un r√©el talent en la mati√®re, √† l'image de son r√īle militaire relativement effac√© lors du si√®ge de Constantinople[17].

Jeunes années

Constantin XI commence √† s'int√©grer dans les affaires de l'Empire en 1422, quand les Ottomans mettent le si√®ge devant Constantinople. Il a alors 17 ou 18 ans et ne semble √™tre qu'un simple observateur des √©v√©nements, et, s'il a un quelconque r√īle militaire, il est certainement limit√© mais il lui permet d'acqu√©rir de l'exp√©rience[18]. L'assaut est repouss√©, mais Manuel II, vieillissant, souffre d'une attaque et devient h√©mipl√©gique. Jusqu'en 1425, la r√©gence est assur√©e par Jean VIII. Face √† la situation de plus en plus pr√©caire de l'Empire, qui doit c√©der Thessalonique √† Venise en 1423 pour la pr√©server des Ottomans, Jean VIII d√©cide de partir en Europe rechercher des renforts. En novembre 1423, il se rend √† Venise et en Hongrie[19]. C'est √† Constantin qu'il c√®de le gouvernement de l'Empire dans l'intervalle, car c'est en lui qu'il a le plus confiance. Constantin se voit conf√©rer la dignit√© de despote, la plus √©lev√©e dans l'ordre byzantin d'alors, mais sa r√©gence semble surtout nominale. Un trait√© est n√©goci√© avec le sultan Mourad II, qui pr√©serve l'Empire d'un nouvel assaut, tout en c√©dant plusieurs territoires, en particulier en Thessalie et le long de la mer Noire, et en acceptant le paiement d'un tribut qui ram√®ne l'Empire byzantin √† une forme de vassalit√©, d'autant que Jean VIII rentre en novembre 1424 sans avoir pu susciter d'intervention occidentale. L'interm√®de ouvert par la crise ottomane √† la suite de la bataille d'Ankara en 1402 est en quelque sorte termin√© et les gains obtenus par les Byzantins par l'affaiblissement temporaire des Turcs ont tous √©t√© perdus[20]. Le , Manuel meurt et Jean devient seul empereur. Constantin re√ßoit en apanage une bande de terre au nord de Constantinople, entre Messembria et Derkos, ainsi que le port de Selymbria[21]. Jusqu'√† la mort de Jean VIII en 1448, Constantin lui reste loyal et est l'un de ses plus proches conseillers[22].

Dans le même temps, la situation dans le despotat de Morée, devenue la principale province de l'Empire déclinant, est préoccupante[23]. Son frère Théodore II Paléologue se montre fatigué du gouvernement de la province et Jean VIII réfléchit à le remplacer par Constantin, qui lui a prouvé sa loyauté[24] - [25]. En 1423, les Ottomans ont brisé le mur de l'Hexamilion pour mettre à sac la péninsule, tandis que le seigneur de Céphalonie, Carlo Ier Tocco, a des visées sur le littoral du Péloponnèse. En réaction, en 1427, Jean VIII se rend en personne dans le despotat avec Constantin pour remédier à la situation[26].

Jean VIII parvient √† repousser Carlo Tocco √† l‚Äôoccasion de la bataille des √ģles √Čchinades et conclut un trait√© de paix qui pr√©voit le mariage de Constantin avec Maddalena, ni√®ce de Carlo Tocco[27] - [28]. L‚Äôunion est conclue le 1er juillet 1428 pr√®s de Patras. Il inclut comme dot l‚Äôobtention pour Constantin de la cit√© de Clarentza et ses alentours[29]. Dans le m√™me temps, Constantin est nomm√© despote aux c√īt√©s de Th√©odore II Pal√©ologue, qui a finalement d√©cid√© de rester en fonction[24]. Leur jeune fr√®re, Thomas, est aussi nomm√© despote, ce qui porte √† trois les seigneurs du despotat de Mor√©e. C‚Äôest la premi√®re fois que le gouvernement de la province est divis√© entre plusieurs d√©tenteurs, m√™me si Th√©odore garde la pr√©√©minence. Toujours en 1428, Constantin, Thomas et Jean tentent de prendre Patras, alors tenu par un archev√™que latin, Pandolfo Malatesta. L‚Äôassaut √©choue mais Constantin obtient le paiement de 500 pi√®ces d‚Äôor[30].

Pour autant, Constantin ne renonce pas √† l‚Äôid√©e de prendre Patras. Apr√®s le d√©part de Jean VIII, qui se repose largement sur lui pour administrer au mieux la province en raison de la passivit√© de Th√©odore, Constantin met en place une strat√©gie agressive[31]. Avec l‚Äôaide de son ami Sphrantz√®s, il part de Vostitza pour Clarentza, puis marche sur Patras. Il contacte alors les notables grecs de la ville pour les inciter √† le soutenir. Le (alors qu'il a 24 ou 25 ans), il met le si√®ge devant la ville et, √† l‚Äôoccasion des combats, son cheval est tu√© mais il est sauv√© par Sphrantz√®s, qui est captur√©. Au d√©but du mois de mai, des n√©gociations s‚Äôengagent et les assi√©g√©s promettent de livrer la ville √† la fin du mois si Malatesta ne revient pas avec des renforts. Le 1er juin, Constantin se pr√©sente devant les remparts pour rappeler l‚Äôengagement pris. Finalement, le 5 juin, les chefs des assi√©g√©s acceptent de livrer la ville. Seule la citadelle reste fid√®le √† l‚Äôarchev√™que et r√©siste encore douze mois[32]. Cependant, cette prise provoque la col√®re des Ottomans qui menacent Constantin de repr√©sailles. Il faut l‚Äôintervention diplomatique de Sphrantz√®s (lib√©r√© gr√Ęce √† la tr√™ve de mai) pour calmer le jeu, profitant du fait que le sultan est trop occup√© par le d√©nouement du si√®ge de Thessalonique. Dans le m√™me temps, des mercenaires catalans engag√©s par Malatesta se mettent √† piller la r√©gion de Clarentza, dont ils s'emparent bri√®vement √† l'√©t√© 1430. Constantin doit d√©bourser 6 000 ducats pour les arr√™ter. Une source anonyme mentionne aussi une vague de r√©pression contre les habitants de Clarentza, qui se seraient rendus coupable de d√©loyaut√© envers Constantin[33]. Malgr√© tout, la prise de Patras est un succ√®s pour Constantin, apr√®s 225 ans d‚Äôoccupation √©trang√®re de la cit√© grecque. Sphrantz√®s en devient le gouverneur[34].

Au d√©but des ann√©es 1430, la quasi-totalit√© du P√©loponn√®se est revenue sous l'ob√©dience byzantine, gr√Ęce aux efforts de Constantin ainsi que ceux de son fr√®re Thomas, qui a mis un terme √† l'existence de la principaut√© d'Acha√Įe en √©pousant Catherine Zaccaria, la fille et h√©riti√®re du prince Centurione II Zaccaria[35]. √Ä la mort de ce dernier en 1432, Thomas peut alors r√©cup√©rer ce qu'il reste de son territoire, et les seules terres √©trang√®res dans la p√©ninsule sont des ports tenus par Venise. Pour autant, Marios Philippides souligne que ces succ√®s sont surtout dus aux circonstances et √† des alliances matrimoniales plus qu'√† des succ√®s militaires, comme en t√©moigne la difficile r√©duction de la r√©sistance de Patras par Constantin[36]. Pour le sultan Mourad II, c'est un sujet d'inqui√©tude et, en 1431, Turahan Beg est envoy√© pour d√©molir l'Hexamilion, rappelant aux diff√©rents acteurs que les Turcs peuvent √† tout moment s'emparer de la p√©ninsule[37]. √Ä certains √©gards, en r√©duisant la pr√©sence latine dans la r√©gion, les Pal√©ologues l'ont rendu plus expos√©e aux Ottomans[38].

Le despote de Mistra

Carte de la région de la Grèce.
L'Empire byzantin dans ses dernières années, comprenant le despotat de Mistra dans le Péloponnèse.

Entre la Morée et Constantinople

En , Constantin, qui a 27 ou 28 ans, obtient un nouvel accord avec Thomas. Ils conviennent d'√©changer leurs possessions respectives[39] : Constantin s'installe √† Kalavryta, la capitale des anciennes possessions de Thomas, tandis que ce dernier prend possession de l'√Člide et s'√©tablit probablement √† Patras[40]. Thomas continue d'entretenir une bonne relation avec Constantin, et cela m√™me si l'absence de descendant √† Jean VIII laisse planer un doute sur la succession au tr√īne imp√©rial. De toute √©vidence, il reviendra √† l'un de ses fr√®res et Constantin est clairement le favori, ce que ressent mal Th√©odore. Quand Constantin est convoqu√© √† Constantinople en 1435, Th√©odore est persuad√© qu'il va √™tre nomm√© co-empereur et il se rend imm√©diatement dans la cit√© imp√©riale pour faire part de ses objections. Les tensions demeurent fortes entre les deux fr√®res jusqu'√† la fin de l'ann√©e 1436 et la r√©ussite d'un arbitrage par le patriarche Gr√©goire III Mamm√©. Constantin accepte de rester √† Constantinople, tandis que le despotat de Mor√©e est partag√© entre Th√©odore et Thomas[41]. Ce choix s'explique s√Ľrement par la n√©cessit√© de Jean VIII d'assurer la r√©gence, car il s'appr√™te √† embarquer pour un nouveau voyage en Europe, √† la recherche de renforts et dans le but de r√©tablir l'union des √©glises, √† laquelle s'oppose Th√©odore[42]. Or, celle-ci est de plus en plus per√ßue comme in√©vitable pour assurer √† l'Empire byzantin une assistance forte du pape et des puissances occidentales, d'ob√©dience catholique[N 5].

Quand Jean VIII embarque pour le concile de Ferrare, beaucoup dans l'Empire s'opposent √† l'union des √Čglises, dont D√©m√©trios, un de ses jeunes fr√®res qu'il emm√®ne avec lui pour √©viter tout risque de conspiration. Quant √† Constantin, il est entour√© de plusieurs conseillers, dont Sphrantz√®s, sa m√®re, son cousin D√©m√©trius Pal√©ologue Cantacuz√®ne ou Lucas Notaras. En 1438, il est le t√©moin du mariage de Sphrantz√®s et devient ensuite le parrain de deux de ses enfants[43].

Au cours de la r√©gence, les relations avec les Ottomans sont plut√īt apais√©es. En 1439, Constantin se montre malgr√© tout inquiet √† l'id√©e d'une agression de la part de Mourad et il envoie une lettre √† son fr√®re pour lui demander de rappeler au pape sa promesse d'envoyer deux navires de guerre √† Constantinople. Si la promesse n'est pas honor√©e, Mourad d√©tourne finalement son attention contre les Serbes, s'emparant de Smederevo[44].

En , le concile de Florence d√©clare l'union des √Čglises et Jean peut rentrer √† Constantinople le 1er f√©vrier 1440. Re√ßu avec pompe par Constantin et D√©m√©trios, rentr√© plus t√īt, il ne peut √©chapper au rejet de l'union par une fraction notable de la population. Jean est alors per√ßu comme un tra√ģtre √† sa foi et certains pensent m√™me que les Ottomans pourraient s'en saisir comme pr√©texte pour attaquer. N√©anmoins, Constantin reste fid√®le √† son fr√®re et partage l'id√©e que le salut de l'Empire passe par une croisade occidentale et, n√©cessairement, par l'abandon des sujets de divergence avec Rome, sans pour autant agir directement contre les opposants √† l'union[45].

En d√©pit du retour de Jean, Constantin reste dans la capitale, probablement pour trouver une nouvelle femme, dix ans apr√®s avoir perdu Th√©odora. Il jette son d√©volu sur Catherine Gattilusio, la fille de Dorino Ier Gattilusio, seigneur de Lesbos. En d√©cembre 1440, Sphrantz√®s est envoy√© sur l'√ģle pour organiser l'union[46]. Quelques mois plus tard, Constantin se rend sur Lesbos avec Sphrantz√®s et Lucas Notaras et il √©pouse Catherine en ao√Ľt 1441, avant de quitter l'√ģle sans sa femme en septembre, pour rejoindre la Mor√©e[47].

Quand il arrive sur place, il constate que la province a √©t√© bien gouvern√©e par Th√©odore et Thomas. Il estime donc qu'il serait plus utile √† l'Empire proche de Constantinople. Dans le m√™me temps, c'est son autre fr√®re, D√©m√©trios, qui g√®re ses anciennes possessions autour de Messembria. Ce choix de Jean VIII peut s'expliquer par son souhait de le garder proche de la capitale, pour mieux le contr√īler[48]. N√©anmoins, assez vite, Constantin envisage un √©change : il reprendrait son ancien apanage et D√©m√©trios deviendrait despote en Mor√©e. Sphrantz√®s est charg√© de t√Ęter le terrain, tant aupr√®s de D√©m√©trios que de Mourad II, dont l'accord est n√©cessaire pour un tel changement[49].

Photographie de la statue d'un homme tenant une épée.
Statue de Constantin XI à Athènes.

Seulement, D√©m√©trios vise lui aussi le tr√īne imp√©rial et il s'est alli√© avec Mourad en se posant comme le meilleur partisan des Ottomans, du fait de son opposition √† l'union des √Čglises. Il se r√©volte ouvertement et quand Sphrantz√®s arrive aupr√®s de lui, il se pr√©pare d√©j√† √† marcher sur Constantinople. Jean VIII, conscient du danger, fait appel √† Constantin pour organiser la d√©fense de la ville. En avril 1442, D√©m√©trios et les Ottomans lancent leur offensive et, en juillet, Constantin quitte la Mor√©e. Sur le chemin, il se rend √† Lesbos et fait voile avec sa femme sur Lemnos, o√Ļ ils sont bloqu√©s dans la forteresse de Kotzinos par les Turcs pendant plusieurs mois[50]. Si les Turcs ne parviennent pas √† s'emparer de Constantin, il doit cependant appeler son fr√®re √† l'aide alors qu'il √©tait cens√© venir lui apporter du renfort. Le si√®ge de Kotzinos est lev√© avec l'aide de navires v√©nitiens, mais Catherine tombe malade et meurt d√®s le mois d'ao√Ľt alors qu'elle semble enceinte[51]. Elle est enterr√©e √† Myrina, sur Lemnos. Finalement, Constantin parvient dans la capitale en novembre, o√Ļ les Ottomans ont d√©j√† √©t√© repouss√©s. Captur√©, D√©m√©trios est emprisonn√©, tandis que Sphrantz√®s devient gouverneur de Selymbria au nom de Constantin. De l√†, les deux hommes peuvent facilement surveiller les activit√©s de D√©m√©trios, rapidement lib√©r√©. En novembre 1443, Constantin et Th√©odore √©changent √† leur tour leurs postes : le premier rejoint Mistra tandis que Selymbria est confi√©e au second[52],[53].

De vaines reconquêtes

Avec les d√©parts de D√©m√©trios et de Th√©odore, Constantin et Thomas esp√®rent renforcer le despotat de Mor√©e. √Ä la diff√©rence de Constantinople, soumise √† un quasi-blocus ottoman, la Mor√©e conna√ģt une certaine prosp√©rit√© culturelle. La vie intellectuelle y est vivace et des constructions sont r√©guli√®rement entreprises. Les deux fr√®res ont pour ambition de rendre la province plus autonome, sur le mod√®le de G√©miste Pl√©thon qui entend faire de Mistra la nouvelle Sparte, capitale d‚Äôun royaume hell√©nique ind√©pendant. Bien qu'il soit peu vers√© dans les questions intellectuelles, Constantin semble malgr√© tout avoir de bons rapports avec Pl√©thon[54].

Le premier objectif de Constantin et Thomas est d’abord d’assurer la défense du territoire, qui passe par la restauration de l’Hexamilion, la muraille qui barre l’isthme de Corinthe. Celui-ci a déjà été restauré par Manuel II en à peine un mois et Constantin renforce à nouveau ces remparts[55]. Au-delà de la restauration de la muraille corinthienne, qui est loin d'être invulnérable, Constantin a des visées sur la région athénienne, toujours aux mains des Latins et dont la conquête lui permettrait de disposer de plus de profondeur stratégique face aux Turcs[56].

Le sultan Mourad II par Paolo Veronese (XVIe siècle).

En 1444, Constantin poursuit sa politique d‚Äôexpansion au d√©triment des seigneurs latins. Vraisemblablement encourag√© par la croisade de Varna men√©e contre les Ottomans, il s‚Äôattaque au duch√© d'Ath√®nes, vassal des Turcs. Georges Sphrantz√®s joue les interm√©diaires avec les chefs des Crois√©s, pour qui l‚Äôintervention de Constantin permet de menacer les Ottomans sur leurs arri√®res. Rapidement, Constantin s‚Äôempare d‚ÄôAth√®nes, puis de Th√®bes, contraignant le duc Nerio II Acciaiuoli √† lui payer un tribut plut√īt qu‚Äôau sultan[57]. Cette victoire accro√ģt le prestige de Constantin, c√©l√©br√© comme le nouveau Th√©mistocle. Pourtant, ses alli√©s sont lourdement vaincus √† la bataille de Varna le 10 novembre mais Constantin ne renonce pas. Gr√Ęce √† l‚Äôaide de trois cents soldats envoy√©s par le duc bourguignon Philippe le Bon, il m√®ne des raids au centre de la Gr√®ce, jusqu‚Äôau massif du Pinde. Ce faisant, il s'ali√®ne n√©anmoins les V√©nitiens, tr√®s implant√©s dans la r√©gion du golfe de Corinthe[58]. Dans le m√™me temps, un de ses lieutenants, Constantin Cantacuz√®ne, m√®ne ses hommes en Thessalie et s‚Äôempare de Lidoriki, o√Ļ la population l‚Äôaccueille en lib√©rateur[59]. Il r√©organise aussi l'administration du despotat, confiant plusieurs postes cl√©s √† ses hommes de confiance. Sphrantz√®s devient gouverneur de Mistra et Jean Cantacuz√®ne de Corinthe[60]. Il tente aussi de s'attirer les faveurs de l'aristocratie locale en lui conf√©rant divers privil√®ges et pourrait avoir organis√© des comp√©titions athl√©tiques au sein du despotat[61].

Cette suite de succ√®s finit par provoquer Mourad. En 1446, le sultan marche sur la Mor√©e avec Nerio II et une arm√©e qui aurait compt√© jusqu‚Äô√† 60 000 hommes. Malgr√© cette sup√©riorit√© √©crasante, Constantin est d√©cid√© √† r√©sister. S‚Äôil c√®de rapidement la Thessalie, il se replie sur l‚ÄôHexamilion, atteint par les Ottomans le 27 novembre. Avec l‚Äôaide de Thomas, il r√©unit une arm√©e, peut-√™tre forte de 20 000 hommes, normalement suffisante pour tenir le mur. N√©anmoins, il se montre sourd aux rapports d'un de ses √©claireurs et l'aurait m√™me jet√© en prison selon Chalcondyle. Or, Mourad est dot√© d‚Äôune puissante artillerie et, le 10 d√©cembre, apr√®s une semaine de bombardements, le mur est r√©duit √† l‚Äô√©tat de ruines et les d√©fenseurs sont submerg√©s[62]. Constantin et Thomas parviennent tout juste √† s‚Äô√©chapper, tandis que Turahan Beg, le g√©n√©ral turc, pille le despotat jusqu‚Äô√† Mistra (qui r√©siste) tandis que Mourad II se charge du nord de la p√©ninsule. L‚Äôobjectif des Ottomans est accompli : ils ont r√©affirm√© leur sup√©riorit√© et, si la Mor√©e n‚Äôest pas conquise, elle est laiss√©e dans un √©tat de grande vuln√©rabilit√©, r√©duite √† l‚Äô√©tat de vassal contrainte de payer un tribut au sultan. Enfin, Constantin et Thomas ont interdiction de restaurer l‚ÄôHexamilion[63] - [64].

Souverain byzantin (1448-1453)

Accession au tr√īne

Photographie des deux faces d'une pièce grise.
L'une des dernières pièces (un stavraton) émises par l'Empire byzantin, faisant figurer le buste de Constantin XI à gauche et le Christ Pantocrator à droite.

Le , Th√©odore II Pal√©ologue s‚Äô√©teint, bient√īt suivi par Jean VIII le 31 octobre. Constantin, toujours le plus populaire des fr√®res du d√©funt empereur, est encore en Mor√©e et il est pr√©c√©d√© √† Constantinople par D√©m√©trios et Thomas, bien que celui-ci n‚Äôait aucune pr√©tention sur le tr√īne. D√©m√©trios jouit du soutien des anti-unionistes, mais sa m√®re assure la r√©gence jusqu‚Äô√† l‚Äôarriv√©e de Constantin, pour s‚Äôassurer que celui-ci obtienne la couronne sans mal. D√©m√©trios finit par se plier √† ce choix, d'autant que la notabilit√© de l'Empire semble s'√™tre rang√©e derri√®re Constantin, en particulier Lucas Notaras, parmi les plus influents des aristocrates constantinopolitains[65]. Le 6 d√©cembre 1448, Mourad II donne son assentiment √† cette succession. H√©l√®ne peut alors envoyer deux messagers[N 6] en Mor√©e pour proclamer Constantin empereur et le faire revenir √† Constantinople[66] - [67].

C‚Äôest √† Mistra, probablement dans l‚Äôune des √©glises ou dans le palais, que Constantin est couronn√© le , √† l‚Äôoccasion d‚Äôune petite c√©r√©monie. Il a alors 43 ou 44 ans. Il se voit conf√©rer la dignit√© de basileus des Romains mais ne re√ßoit pas la couronne. Celle-ci est remplac√©e par un pilon, un couvre-chef qu‚Äôil rev√™t de ses propres mains. Ce n‚Äôest pas la premi√®re fois que l‚Äôempereur est consacr√© en-dehors de la basilique Sainte-Sophie. Ainsi, Manuel Ier Comn√®ne a √©t√© nomm√© √† la dignit√© imp√©riale par son p√®re agonisant Jean II Comn√®ne en Cilicie, de m√™me que Jean VI Cantacuz√®ne a √©t√© proclam√© empereur √† Didymotique. Toutefois, les deux souverains ont tenu √† confirmer leur nomination √† Constantinople, ce qui n‚Äôest pas le cas de Constantin XI, probablement par crainte d‚Äôun soul√®vement des anti-unionistes[68] - [N 7] - [69]. Malgr√© tout, sa parent√© avec Jean VIII et l‚Äôabsence de v√©ritable alternative lui assurent une certaine assise de son pouvoir et aucun de ses contemporains n'appara√ģt avoir contest√© son statut imp√©rial[70]. Il se rend √† Constantinople le 12 mars 1449, √† bord d‚Äôun navire catalan, attestant de la d√©liquescence de l'appareil militaire dont la marine est alors √† l'agonie[71].

Gravure de la renaissance montrant un homme barbu richement vêtu.
Illustration de Constantin par André Thevet, datant de 1584, figurant dans son ouvrage Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres.

Dans l‚Äôensemble, Constantin dispose d‚Äôune grande exp√©rience du pouvoir, qui facilite son accession au tr√īne. Il a parcouru les derniers fiefs d‚Äôun Empire d√©clinant, dont il conna√ģt toutes les difficult√©s. La ville de Constantinople est alors profond√©ment d√©peupl√©e et appauvrie, nombre de ses b√Ętiments administratifs ou religieux laiss√©s √† l‚Äôabandon. Le Grand Palais a depuis longtemps √©t√© d√©laiss√© au profit du palais des Blachernes, bien plus proche des murailles de la cit√©. La priorit√© de Constantin est d'envoyer une ambassade √† Mourad II pour l'assurer de ses d√©sirs de paix. En parall√®le, il organise la gouvernance de la Mor√©e, partag√©e entre Thomas qui a autorit√© sur la r√©gion de Patras et Clarentza, et D√©m√©trios qui gouverne la r√©gion autour de Mistra. Tous deux jurent de respecter la fronti√®re entre leurs domaines et repartent pour la Mor√©e √† l'√©t√© 1449. Pour Constantin, c'est l'assurance de garantir la stabilit√© de ce qu'il reste de l'Empire byzantin mais, dans les faits, ses deux fr√®res se querellent presque d√®s leur retour dans la p√©ninsule et il doit intervenir rapidement pour r√©tablir une coexistence pacifique[72] - [73].

Cour

Le , l'imp√©ratrice H√©l√®ne DragaŇ° s'√©teint, ce qui provoque une grande affliction parmi la cour byzantine. Gemiste Pl√©thon et Gennadios Scholarios livrent tous deux des oraisons fun√®bres en son honneur[74]. Pl√©thon loue sa force et son intelligence, la comparant √† P√©n√©lope. Pour Constantin, c'est une grande perte car elle faisait partie de son cercle de proches conseillers. La cour byzantine est alors r√©duite √† quelques familles, principalement les Notaras et les Goud√©l√®s, en plus des diff√©rentes branches des Pal√©ologues[75]. Au sein de ce cercle, Lucas Notaras reste le membre le plus influent de l'√©lite byzantine. Particuli√®rement riche, il occupe la fonction devenue symbolique de m√©gaduc (amiral en chef) et agit comme premier ministre de fait. Il s'entend bien avec Constantin qu'il a d√©j√† assist√© comme r√©gent et semble plut√īt confiant sur la capacit√© de l'Empire √† survivre. Il entretient aussi des relations parfois compliqu√©es avec Sphrantz√®s. Celui-ci, bien qu'issu d'une famille moins fortun√©e, reste un des favoris de l'empereur. Ami proche, il agit comme conseiller et ambassadeur √† plusieurs reprises, souvent partisan de la prudence, notamment avec les Ottomans[76]. Parmi les autres figures notables de la cour byzantine, souvent des cousins de l'empereur, D√©m√©trius Pal√©ologue M√©tochit√®s est le dernier gouverneur de Constantinople et grand stratop√©darque[77], tandis que D√©m√©trius Pal√©ologue Cantacuz√®ne[N 8] semble partisan d'une posture plut√īt agressive avec les Turcs, pr√©conisant de jouer des rivalit√©s entre les branches de la famille ottomane[78]. Andronic Pal√©ologue Cantacuz√®ne, Grand Domestique, soit formellement le chef de l'arm√©e, est aussi cit√© dans les sources et semble en d√©saccord avec Constantin sur diff√©rents sujets, pr√©f√©rant une union avec une princesse de Tr√©bizonde qu'avec une princesse g√©orgienne, tandis que Manuel Pal√©ologue Iagaris figure aussi en bonne place[79].

Quand il arrive au pouvoir, Constantin est vite confronté aux finances exsangues de l'Empire, ce qui pourrait possiblement expliquer en partie son souhait de repousser un éventuel sacre, souvent accompagné de dépenses somptuaires. Pour y remédier, il met en place une taxe sur certains produits vénitiens importés comme le vin mais il rencontre une vive résistance, d'autant que Jean VIII a déjà obtenu de la République italienne qu'elle réduise ses ventes de vin dans la capitale. Constantin tente vainement de justifier sa décision en affirmant que cette taxe est pour le bien de la cité, mais il doit finalement faire machine arrière face au risque de s'aliéner un potentiel allié face aux Ottomans. Sans autre véritable alternative puisque ses sujets sont peu solvables, l'empereur est placé devant le fait accompli d'un Empire profondément appauvri, ce qui complique inévitablement tout effort de guerre à venir face au siège qui s'annonce[80].

À la recherche d'une épouse

Photographie du portrait d'un homme barbu.
Portrait de Constantin XI figurant dans le Mutinensis gr. 122, datant du XVe siècle.

Quand il arrive au pouvoir, Constantin est deux fois veuf et sans descendant. Ses deux femmes sont mortes √† chaque fois dans l'ann√©e qui a suivi le mariage et l'absence d'h√©ritier fragilise encore plus l'avenir de l'Empire, d√©j√† bien sombre. Une de ces deux femmes, lors du mariage, n'est d√©j√† plus en √Ęge de concevoir donc la succession du Basileus n'est m√™me pas organis√©e, l'absence d'h√©ritier ne simplifie pas une situation d√©j√† complexe et tr√®s d√©licate. D√®s lors, l'empereur donne pour consigne √† ses conseillers de lui trouver une nouvelle √©pouse, de pr√©f√©rence susceptible de lui apporter une dot substantielle. Sphrantz√®s se met en recherche d'une pr√©tendante et plusieurs noms √©mergent de diff√©rentes contr√©es, jusqu'en Aragon et au Portugal. Toutefois, deux pistes sont particuli√®rement investies : le royaume de G√©orgie et l'Empire de Tr√©bizonde. Sphrantz√®s se rend donc dans ces territoires pour conclure un accord mais il est retard√© quand l'un des navires charg√© de lui transmettre les instructions de Constantin fait naufrage sur le chemin. En G√©orgie, c'est une fille de Georges VIII qui est pressentie et qui recueille la pr√©f√©rence de Sphrantz√®s, lequel revient dans le courant de l'ann√©e 1451 avec un ambassadeur g√©orgien pour finaliser l'union mais la d√©gradation subite des relations avec les Ottomans interrompt le projet[81] - [82]. Il se concentre aussi sur Tr√©bizonde, o√Ļ Jean IV est en mesure de proposer un accord convenable pour une union avec sa fille, Th√©odora Comn√®ne. Si l'empereur de Tr√©bizonde n'est gu√®re en meilleure posture militaire que Constantin, il dispose encore de richesses notables. Mais l√† encore, ce plan en reste au stade des discussions[83].

Une autre option appara√ģt quand Sphrantz√®s apprend la mort de Mourad II en 1451. Sa femme, Mara Brankovic, issue d'une importante famille serbe, devient veuve mais aussi disponible pour une union. Si elle acceptait de devenir la femme de Constantin, cela consoliderait grandement la position de l'Empire, puisque les Ottomans pourraient √™tre r√©ticents √† s'attaquer √† la veuve d'un sultan d√©funt. En outre, son p√®re, ńźurańĎ Brankovińá, despote de Serbie, y est favorable. La Serbie, pourtant vassale des Ottomans, est alors l'un des plus proches alli√©s des Byzantins, comme en t√©moignent le mariage pass√© entre Manuel II et H√©l√®ne Dragas ou encore l'union r√©cente entre H√©l√®ne Pal√©ologue (fille de Thomas) et Lazar Brankovińá. N√©anmoins, Maria Brankovic a jur√© qu'en cas de d√©c√®s de son mari, elle rejoindrait la Serbie pour se vouer √† une vie de nonne, ce qui met un terme au projet[84] - [85]. De m√™me, l'hypoth√®se d'une union avec la fille de Jean IV ne parvient pas √† son terme, probablement en raison de l'urgence que constitue l'arriv√©e au pouvoir ottoman de Mehmed II, qui menace tr√®s vite la survie m√™me de l'Empire. Enfin, l'√©ventualit√© d'un mariage entre Constantin et l'une des filles du doge de Venise, Francesco Foscari, a pu √™tre envisag√©e, au moins quand Constantin est despote de Mor√©e. Sphrantz√®s estime m√™me que le manque de c√©l√©rit√© des V√©nitiens pour venir en aide √† Constantinople s'expliquerait par le refus oppos√© par l'empereur √† une telle union, consid√©r√©e comme indigne d'un souverain imp√©rial, ce qui appara√ģt peu plausible. Si de telles discussions ont eu lieu, elles en sont probablement rest√©es √† un stade pr√©liminaire[86] - [87].

Une paix fragile avec les Ottomans

Photographie du portrait d'un homme portant un turban.
Portrait de Mehmed II par Konstantin KapńĪdańülńĪ (1800).

D√®s la mort de Mourad II en 1451, Constantin s'empresse de manifester ses intentions pacifiques √† son successeur Mehmet II, pour n√©gocier une nouvelle tr√™ve. Cette attitude cache certainement un d√©sir de gagner du temps pour constituer une alliance anti-ottomane efficace[88]. Si le sultan re√ßoit respectueusement les ambassadeurs et leur assure de vouloir cohabiter pacifiquement avec les Byzantins, Constantin reste prudent et craint que le nouveau dirigeant ne change d'avis. Par cons√©quent, il se met en qu√™te de soutiens ext√©rieurs pour s'assurer d'alliances solides, en particulier en Occident[89]. La r√©publique de Venise fait rapidement figure d'alli√© principal, en raison de l'importance commerciale de son quartier √† Constantinople. Toutefois, l'affaire de la taxe sur les produits import√©s a d√©grad√© les relations. En ao√Ľt 1450, les V√©nitiens menacent de faire transiter leur commerce par un autre port, potentiellement ottoman. En d√©pit d'une lettre envoy√©e par Constantin au doge, ce dernier signe un trait√© avec Mehmet II en 1451[90]. Constantin tente bien de jouer de la rivalit√© de Venise avec Raguse en proposant √† ces derniers de s'installer dans la cit√© imp√©riale avec des facilit√©s fiscales mais l'aide militaire de la r√©publique dalmate est bien moins int√©ressante[91] - [92].

Constantin multiplie les initiatives diplomatiques, mais il se heurte g√©n√©ralement √† des fins de non-recevoir. Les royaumes chr√©tiens d'Europe ont tous leurs pr√©occupations propres et le d√©sastre de Varna en 1444 a grandement dissuad√© les projets de nouvelle croisade. En outre, Mehmet II n'est pas encore pris au s√©rieux par les dirigeants europ√©ens, tandis que la papaut√© se pr√©occupe avant tout de l'union des √Čglises[93]. Constantin a plusieurs √©changes de lettres avec Alphonse V d'Aragon, tr√®s int√©ress√© par la situation en M√©diterran√©e orientale et, √† certains √©gards, tout aussi dangereux que les Ottomans car se consid√©rant comme l'h√©ritier du tr√īne de l'Empire latin de Constantinople. N√©anmoins, l'int√©r√™t du souverain espagnol ne se concr√©tise par aucune action d'importance[94].

En ao√Ľt 1451, l'ambassadeur byzantin Andronic Bryenne L√©ontaris arrive √† Rome o√Ļ il d√©pose une lettre au pape Nicolas V, contenant les conclusions d'opposants √† l'union. Pour Constantin XI, c'est une occasion de faire comprendre √† la papaut√© les difficult√©s qu'il rencontre car l'union est largement rejet√©e dans l'opinion et dans le clerg√©, √† tel point que des offices s'abstiennent de mentionner l'empereur dans leurs pri√®res[95]. Constantin propose la tenue d'un nouveau concile √† Constantinople, avec autant de repr√©sentants de l'√©glise orthodoxe que de l'√©glise catholique. Le 27 septembre, le pape Nicolas V envoie sa r√©ponse, apr√®s avoir appris la d√©mission du patriarche de Constantinople Gr√©goire III Mamm√©, fragilis√© par sa position unioniste. Il demande √† Constantin de redoubler d'efforts, rappelant que l'union est n√©cessaire pour esp√©rer l'assistance de l'Occident chr√©tien. Il insiste pour que le nom du pape soit comm√©mor√© dans les √©glises grecques et que Gr√©goire III soit r√©tabli comme patriarche. Pour Constantin, c'est un √©chec car il souhaite √©viter les dissensions parmi les Byzantins. Or, la papaut√© ne change rien √† sa position et Nicolas V envoie un l√©gat, Isidore de Kiev, pour aider √† la mise en Ňďuvre de l'union ; ce dernier arrive √† Constantinople en octobre 1452, quelques mois avant le si√®ge de la cit√© et avec quelques renforts[96]. Il a aussi √©t√© rapport√© qu'il offre une √©p√©e √† Constantin, laquelle pourrait √™tre conserv√©e √† l'armurerie royale de Turin m√™me si d'autres lames ont √©t√© identifi√©es dans ce qui semble une l√©gende apparue ult√©rieurement[97] - [98].

Rupture avec les Ottomans

Avec Mehmet II, un contentieux latent existe en la personne d'Orkhan, un descendant du sultan Bayezid Ier, qui r√©side √† Constantinople. Seul repr√©sentant masculin de la dynastie ottomane en-dehors de Mehmed, il est son concurrent potentiel. Le sultan a accept√© de payer la rente annuelle assurant le train de vie d'Orkhan et, en √©change, ce dernier reste dans la cit√© byzantine sans essayer de fomenter de r√©bellion. Toutefois, en 1451, Constantin envoie un message √† Mehmet pour se plaindre de l'insuffisance de la rente et de la possibilit√© de laisser partir Orkhan. C'est une strat√©gie d√©j√† √©prouv√©e par les Byzantins que de jouer des rivalit√©s internes √† la famille r√©gnante, mais elle est risqu√©e car Mehmet pourrait y voir un pr√©texte pour r√©duire √† n√©ant l'Empire byzantin[93]. C'est ce que rel√®ve le grand vizir √áandarlńĪ Halil Hayreddin Pacha qui re√ßoit l'ambassade et les met en garde. S'il se pose lui-m√™me en protecteur des Byzantins, son influence sur le nouveau sultan est limit√©e et il ne peut esp√©rer le dissuader de toute vell√©it√© agressive[99]. Sa r√©ponse, retranscrite ci-dessous, est sans ambigu√Įt√© :

¬ę Je connais depuis longtemps, Grecs stupides, vos mani√®res sournoises. Le sultan d√©funt √©tait pour vous un ami d√©bonnaire et attentionn√©. Le sultan Mahomet ne voit pas les choses de la m√™me fa√ßon. S'il ne parvenait pas avec sa fougue habituelle √† s'emparer de Constantinople, ce serait uniquement parce que Dieu continue √† fermer les yeux sur vos proc√©d√©s sordides. Vous √™tes bien niais si vous croyez pouvoir nous effrayer avec vos pu√©rilit√©s, alors que l'encre de notre dernier trait√© n'est pas encore s√®che. Nous ne sommes pas des enfants sans force ni raison. Si vous croyez pouvoir tenter quelque chose, allez-y. Si vous voulez amener les Hongrois de ce c√īt√© du Danube, faites-les venir. Si vous voulez reprendre les places que vous avez perdues depuis longtemps, essayez donc. Mais sachez ceci : ni l√† ni ailleurs, vous n'irez bien loin. Tout ce que vous risquez, c'est de perdre ce qui vous reste[100]. ¬Ľ

Les Byzantins se rendent rapidement compte de leur erreur d'appréciation car Mehmet II est déterminé à mener une politique expansionniste d'envergure. De fait, Constantin et ses conseillers échouent à trouver le bon équilibre dans leurs relations avec les Ottomans. C'est d'ailleurs une gageure pour la diplomatie impériale étant donné la disproportion des forces. Oscillant entre volontés d'indépendance voire provocations et actes de soumission, l'Empire byzantin tente tant bien que mal d'assurer sa survie. Ces incertitudes et les méconnaissances sur le fonctionnement de la cour du sultan conduisent progressivement à des erreurs de stratégie aux conséquences funestes[101].

Quand il apprend les exigences à propos de la rente d'Orkhan, Mehmet réagit promptement. Il estime que la paix existante est rompue et révoque toutes les concessions accordées aux Byzantins. Désormais, la prise de Constantinople devient l'objectif affiché de Mehmet[102]. Il la voit comme indispensable à la stabilité de l'Empire ottoman car la cité byzantine reste une épine à cheval entre ses parties européenne et asiatique, toujours capable d'être un vecteur d'agitation. En outre, la prise de la ville mettrait un terme aux velléités de croisades occidentales. Enfin, la conquête de Constantinople est une ambition régulièrement mise en avant par les dirigeants musulmans depuis l'émergence de l'islam[103].

Constantin face à un siège imminent

Photographie d'une forteresse au bord de l'eau
La forteresse de Rumeli HisarńĪ.

Mehmet agit promptement mais avec m√©thode. D√®s le printemps 1452, il renforce l'isolement de Constantinople en faisant construire le ch√Ęteau de Rumeli HisarńĪ sur la rive europ√©enne du Bosphore. Avec l'Anadolu HisarńĪ, b√Ętit cinquante ans plus t√īt de l'autre c√īt√©, les Ottomans peuvent contr√īler tout le trafic maritime. Constantin comprend vite l'impact de cette forteresse et il proteste en vain aupr√®s du sultan, lui rappelant que son a√Įeul, Mehmet Ier, avait demand√© l'autorisation de Manuel II pour √©riger Anadolu HisarńĪ. Mehmet II r√©pond que la rive europ√©enne du Bosphore est inhabit√©e et que l'empereur de Constantinople n'a aucun pouvoir en-dehors des murailles de la ville. En outre, il n'h√©site pas √† d√©truire plusieurs habitations et √©glises qui pars√®ment la zone autour de la forteresse, tout en faisant pa√ģtre du b√©tail sur des terres appartenant √† des paysans grecs. Face √† leurs protestations, il en fait ex√©cuter plusieurs √† Epibatai et Constantin, au pied du mur, finit par d√©clarer la guerre aux Ottomans[104]. Il fait fermer les portes de Constantinople et arr√™ter tous les Turcs s'y trouvant, avant de les lib√©rer trois jours plus tard[105]. Il poursuit en parall√®le son programme de restauration des murailles de Constantinople, confi√© √† Manuel Pal√©ologue Iagros, pour les pr√©parer √† un si√®ge et fait venir des vivres[106].

Dans le Bosphore, c'est un navire v√©nitien qui est le premier √† faire les frais du blocus ottoman en novembre 1452. Alors qu'il tente de passer en force, il est coul√© et son √©quipage massacr√©, tandis que Mehmed envoie des petits d√©tachements aux alentours directs de Constantinople, certainement pour inspecter les d√©fenses[107]. Constantin, conscient de la faiblesse de ce qu'il reste de l'arm√©e byzantine, envoie des messagers en Occident, pour tenter de solliciter des renforts. Venise r√©pond d'abord qu'elle ne peut distraire des forces en Orient alors qu'elle doit combattre en Italie, mais la perte de son navire coul√© dans le Bosphore l'oblige √† s'engager plus franchement aux c√īt√©s des Byzantins et √† envisager l'envoi d'une aide importante. Par ailleurs, Constantin sollicite le soutien du r√©gent hongrois Jean Hunyadi en √©change des cit√©s de Messembria et de Selymbria[108] ou encore d'Alphonse V, √† qui il promet l'√ģle de Lemnos[105]. N√©anmoins, ses appels √† l'aide restent sans r√©ponses, si ce n'est l'envoi d'un navire plein de vivres de la part du souverain aragonais[109]. M√™me le despotat de Mor√©e, ravag√© par un nouveau raid de Turahan Beg en 1452, n'est pas en mesure de soulager Constantinople[110]. Confront√© √† la pauvret√© de ce qu'il reste de son Empire, Constantin ne peut gu√®re attirer des mercenaires. Il doit ainsi se passer des services de l'artilleur Urbain qui rejoint finalement Mehmed et il est m√™me contraint de faire fondre la vaisselle qu'il peut trouver, notamment dans les √©glises, pour produire des pi√®ces de monnaie[111].

Une politique religieuse guidée par la recherche de l'unité avec Rome

Tout comme sous le r√®gne de Jean VIII, Constantin XI est un partisan de l'unit√© des √©glises orthodoxe et catholique, parce qu'elle constitue la seule chance d'une aide massive de la part de l'Occident. Cette position contraste avec l'opinion d'une large part de la population grecque, oppos√©e √† tout compromis avec les catholiques. Ce sujet fait l'objet de fortes tensions depuis plusieurs d√©cennies et conduit √† l'exil en 1451 de Gr√©goire III Mamm√©, le patriarche de Constantinople et plus haute autorit√© du monde orthodoxe, partisan de l'union et qui finit par fuir √† Rome. L√†, il n'aurait pas h√©sit√© √† critiquer la ti√©deur de Constantin[112]. Les souvenirs sont encore, dans la t√™te des gens que ce soit la 4e croisades qui a vu Constantinople √™tre mise √† sac par les crois√©s, le Schisme de 1054, m√™me si c'est surtout entre th√©ologiens, √† cela s'ajoute les diff√©rences dans la pratique qui perdurent que ce soit avec l'usage du panier autres diff√©rences et points de discordes qui sont sommes tout assez mineures. Plusieurs √† Constantinople ne veulent rien savoir d'une union avec les catholiques, la coupure est trop grande. Juste avant, les unionistes, men√©s par Marc d'√Čph√®se, se sont r√©unis en synode et ont produit une d√©claration pr√©sent√©e devant l'empereur et qui r√©affirme les valeurs de l'orthodoxie, faisant de l'union une h√©r√©sie minoritaire[113]. Durant les deux ans qui suivent, Constantin pr√©f√®re ne pas intervenir et le tr√īne patriarcal reste vacant, ce qui t√©moigne des tensions existantes et de son incapacit√© √† trouver une solution[N 9]. Parmi les proches de l'empereur, les avis sont partag√©s. Lucas Notaras est souvent connu pour son opposition √† l'union, m√™me s'il semble avoir √©t√© pr√™t √† certains compromis. Dans les derniers mois de l'Empire, Constantin XI tente de h√Ęter l'union, avec l'arriv√©e d'Isidore de Kiev comme repr√©sentant papal. Le , il re√ßoit les anti-unionistes, men√©s par l'influent moine Gennade Scholarios qui exprime ouvertement son opposition, avant de se r√©tracter quelques semaines plus tard. Alors que le si√®ge devient imminent, il renonce √† contribuer trop ouvertement √† une division qui affaiblirait la d√©fense de la cit√© imp√©riale. Le 12 d√©cembre, une messe est c√©l√©br√©e √† Sainte-Sophie, en pr√©sence d'Isidore et de Constantin XI, qui proclame l'union des √©glises, sans masquer l'absence d'unanimit√© derri√®re cette d√©cision, comme en t√©moigne la vacance du tr√īne patriarcal[114] - [115]. La phrase attribu√©e √† Lucas Notaras ¬ę plut√īt le turban des Turcs que la mitre des Latins ¬Ľ[N 10] symbolise l'√©tat d'esprit √† l‚ÄôŇďuvre dans une partie du monde byzantin, y compris du clerg√©. Au fur et √† mesure du d√©clin territorial de l'Empire, l'√Čglise byzantine a appris √† exister sans lui et se refuse √† des concessions exorbitantes pour assurer sa survie[116].

Constantin lors du siège

Les derniers préparatifs

Carte simplifiée d'une ville montrant la disposition des forces lors d'un siège.
La disposition des troupes lors du siège de Constantinople de 1453.

√Ä partir de l'automne 1452 jusqu'au d√©but du si√®ge en avril 1453, Constantin XI dirige une cit√© sous blocus et confront√©e √† l'imminence d'un si√®ge o√Ļ la disproportion des forces s'annonce dramatique pour les Byzantins. Pourtant, ces derniers re√ßoivent progressivement quelques renforts, en plus des deux cents hommes amen√©s par Isidore de Kiev. Les √©trangers pr√©sents dans la ville se mettent pour la plupart au service de Constantin, dont les V√©nitiens dirig√©s par Girolamo Minotto qui d√©fendent le secteur des Blachernes, mais aussi les Catalans, ainsi que la petite suite d'Orkhan. Surtout, de l'aide arrive par la mer, en ordre dispers√© et souvent de faible ampleur, mais suffisants pour accro√ģtre les chances de succ√®s. Le soutien le plus important vient de Giovanni Giustiniani, noble g√©nois qui dirige un corps de 700 condottiere et qui devient vite le commandant en second de la d√©fense de la ville, avec le rang de protostrator[117]. Pour les forces byzantines en tant que tel, Constantin peut s'appuyer sur un peu moins de 5 000 hommes, plus 2 √† 3 000 soldats √©trangers, soit moins de 10 000 soldats, parfois seulement des habitants arm√©s pour la d√©fense des remparts[118]. Ce qu'il reste de l'arm√©e byzantine est alors au mieux une petite garde de quelques centaines de soldats. Ceux-ci semblent avoir √©t√© r√©partis entre Lucas Notaras, th√©oriquement chef de la flotte et Andronic Pal√©ologue Cantacuz√®ne, Grand Domestique et √† ce titre chef de l'arm√©e. Ce dernier est relativement peu actif dans la d√©fense de la ville au regard de sa fonction[119]. En face, il est difficile d'estimer avec pr√©cision l'arm√©e ottomane mais les √©valuations raisonnables tournent autour de 80 000 hommes, peut-√™tre 100 000, renforc√©s d'une artillerie alors en pleine √©mergence[120]. Elle constitue un r√©el p√©ril pour les murailles de Constantinople. Si Constantin a fait restaurer ce formidable ouvrage d√©fensif, il reste fragile face aux armes √† poudre √† canon. Or, Mehmed a largement investi dans une artillerie de qualit√©, symbolis√©e par un canon aux proportions impressionnantes, construit par l'ing√©nieur Urbain. Enfin, sur mer, Constantin ne peut esp√©rer grand-chose des vestiges de la marine byzantine, r√©duite √† moins d'une trentaine de navires en comptant les embarcations √©trang√®res qui se sont mises √† son service, quand elles ne sont pas parvenues √† s'enfuir[121]. N√©anmoins, gr√Ęce √† une cha√ģne tendue √† travers la Corne d'Or, cette flottille reste en mesure de prot√©ger la fa√ßade nord des remparts de la ville et d'emp√™cher l'armada ottomane, forte de plus d'une centaine de navires mais aux √©quipages peu exp√©riment√©s, de prendre d'assaut la cit√© par son flanc le plus fragile. Enfin, Constantin doit composer avec la position ambig√ľe de la colonie g√©noise de P√©ra, situ√©e sur la rive nord de la Corne d'Or : elle maintient une neutralit√© prudente[122].

En février 1453, Constantin apprend, probablement par l'entremise de Halil Pacha, que Mehmed s'apprête à attaquer la ville. Il tente d'envoyer une dernière ambassade auprès du sultan, sans résultat[123].

Un siège intense

Photographie d'un manuscrit représentant une ville assiégée.
Le siège de Constantinople représenté par Jean Le Tavernier, quelques années après 1453, conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Au cours du si√®ge, Constantin occupe une position proche des murailles du Mesoteichion, au fond de la vall√©e du Lycus, dans le secteur le plus expos√© des remparts. Pour autant, √† l'exception des derniers instants du si√®ge, il ne prend pas une part directe aux combats et semble d√©l√©guer la conduite op√©rationnelle des actions de d√©fense aux diff√©rents officiers, principalement √©trangers, comme Giustiniani qui coordonne la d√©fense des remparts terrestres[124]. Michel Balard √©crit ainsi ¬ę qu'il est √† la fois nulle part et partout ¬Ľ au cours du si√®ge, pour souligner l'ambigu√Įt√© de sa place centrale en tant qu'empereur coupl√©e au peu d'impact qu'il semble avoir sur le cours des choses[125]. Malgr√© tout, il participe √† maintenir une certaine coh√©sion entre Byzantins, G√©nois et V√©nitiens, parfois √† couteaux tir√©s et prompts √† s'opposer sur diff√©rents sujets, s'accusant mutuellement de fragiliser la d√©fense de la cit√©[126]. La veille de l'assaut final, il doit par exemple trancher en faveur de Giustiniani qui souhaite concentrer l'artillerie sur les remparts, contrairement √† Lucas Notaras. Il continue aussi un √©change de messages avec Mehmed II, lequel tente de le pousser √† la reddition en √©change d'un sauf-conduit. C'est notamment le cas d'une ambassade envoy√©e quelques jours avant l'assaut final, conforme √† la loi islamique qui contraint l'assi√©geant √† laisser une opportunit√© aux d√©fenseurs de se livrer. Mehmed propose entre autres un tribut exorbitant que Constantin n'est en aucune mesure de payer[105]. Plusieurs de ses conseillers l'auraient incit√© √† quitter la cit√© pour mener la reconqu√™te depuis l'√©tranger, mais il refuse obstin√©ment. Il aurait notamment r√©pondu √† Mehmed II qu'il n'est pas en son pouvoir de livrer la cit√© et qu'il est pr√™t √† mourir. En d√©pit de cette opini√Ętret√©, il aurait fait preuve d'une grande inqui√©tude et d'un d√©sespoir grandissant selon plusieurs t√©moins, dont Barbaro ou Iskander[127].

Peinture montrant l'entrée d'un homme à cheval suivi de son armée par la porte d'une cité
L'entrée de Mehmed II dans Constantinople peinte par Jean-Joseph Benjamin-Constant en 1876.

Le si√®ge √©volue rapidement √† partir de l'arriv√©e des Ottomans au d√©but du mois d'avril. Une suite de bombardements intenses de l'artillerie et d'assauts fragilisent les murailles terrestres sans les d√©truire compl√®tement. De nombreuses op√©rations sont men√©es, √† l'aide de tours de si√®ge ou de mines pour saper les fondations des remparts. N√©anmoins, les d√©fenseurs r√©sistent plut√īt bien gr√Ęce √† la valeur des troupes √©trang√®res men√©es par Giustiniani. Sur mer aussi, les Ottomans peinent √† entamer le dispositif des assi√©g√©s. Le 20 avril, quatre navires venus de l'ext√©rieur percent le blocus maritime ottoman pour ravitailler les assi√©g√©s et, quelques jours apr√®s, Mehmed II fait passer une partie de sa flotte dans la Corne d'Or, mettant un peu plus la pression sur ses adversaires. Constantin tente bien d'envoyer un navire √† la qu√™te d'une flotte de renforts qui serait en partance pour la cit√© imp√©riale mais sans r√©sultat : celle envoy√©e par le S√©nat de Venise est partie trop tard[128] - [129].

Peu avant l'assaut final, dans la nuit du 28 au 29 mai, L√©onard de Chio affirme qu'une messe commune est c√©l√©br√©e entre catholiques et orthodoxes au sein de la basilique Sainte-Sophie, avant que Constantin ne d√©livre un dernier discours mobilisateur aux diff√©rents chefs de la d√©fense de la ville. R√©cemment, Marios Philippides a √©mis des doutes sur ces d√©tails, estimant qu'il √©tait peu probable que l'ensemble des officiers ne se r√©unissent √† Sainte-Sophie, alors √† l'oppos√© des secteurs strat√©giques √† d√©fendre[130]. Le , Mehmed II lance ce qui doit constituer l'assaut d√©cisif contre la ville. Conscient que plus le si√®ge dure, plus les risques d'√©checs augmentent, il met en branle l'ensemble de son arm√©e, qui part √† l'attaque de toutes parts, mais principalement contre le Mesoteichion. La muraille est alors en grande partie effondr√©e, seulement r√©par√©e h√Ętivement par des barricades. Giustianiani et Constantin XI y concentrent leurs efforts pour tenter de tenir la ligne, qui r√©siste aux deux premiers assauts. Le troisi√®me, men√© par les janissaires, les troupes d'√©lite, finit par avoir raison des d√©fenseurs. Giustianini est gravement bless√© par un projectile. Il semble que des Ottomans aient profit√© qu'une poterne soit malencontreusement rest√©e ouverte (la Kerkoporta) pour hisser en haut d'une tour l'√©tendard du sultan[131]. √Ä cette vue, une partie des d√©fenseurs c√®de √† la panique, entra√ģnant l'effondrement de toute r√©sistance. Les Turcs peuvent alors p√©n√©trer dans Constantinople pour la mettre √† sac. Mehmed II en personne y rentre dans la journ√©e. C'est dans ces instants d√©cisifs que Constantin dispara√ģt de la sc√®ne, sans que les circonstances soient exactement connues.

La mort de Constantin XI

Photographie d'une peinture montrant des combats dans une cité
Constantin XI Pal√©ologue chargeant les Ottomans, tableau de Theophilos Hadjimicha√Įl (1932).

La question du sort de Constantin XI, lors de la chute de Constantinople, le , a √©t√© l'objet de nombreuses controverses et a nourri l'imaginaire populaire. L'id√©e la plus couramment admise est qu'il p√©rit en combattant, parmi ses fid√®les soldats, au moment de l'√©croulement de la d√©fense byzantine, pr√®s de la porte Saint-Romain. La l√©gende affirme que, s'√©tant d√©barrass√© d'une partie de son armure imp√©riale d√©cor√©e, il se lan√ßa avec eux dans une ultime charge h√©ro√Įque. Cela expliquerait que son corps n'ait pas √©t√© reconnu. Mais il n'existe aucun chroniqueur du si√®ge ayant assist√© √† la mort de l'empereur et aucun t√©moin direct ayant laiss√© de r√©cit d√©taill√©[132]. Son conseiller et ami, Georges Sphrantz√®s, pr√©sent au moment du si√®ge, n'en livre qu'un r√©cit laconique. Il indique que l'empereur p√©rit lors de l'assaut final. Toutefois, lui-m√™me ne se trouvait pas √† proximit√© des lieux, et ne peut dire de quelle fa√ßon l'empereur est mort. Cet aveu d'ignorance, de la part d'un proche de l'empereur, laisse supposer qu'aucun des camarades de combat de Constantin XI ne survit pour livrer un r√©cit sur la fa√ßon dont le souverain perd la vie[133]. L'une des derni√®res actions attribu√©es √† Constantin serait d'avoir essay√© de convaincre Giustiniani de ne pas se retirer de la d√©fense de la ville apr√®s avoir √©t√© bless√©. Selon Nicol√≤ Barbaro, nul ne sut vraiment ce qu'il advint de l'empereur, ni de sa d√©pouille. Barbaro compl√®te ce r√©cit, plus tardivement, en indiquant qu'il ¬ę se serait jet√© dans la m√™l√©e, et, dans un acc√®s de rage, qu'il se serait relev√©, apr√®s √™tre tomb√©, avant de retomber ensuite, pour ne plus se redresser ¬Ľ[132]. Selon l'archev√™que g√©nois L√©onard, il aurait p√©ri √©cras√© par les fuyards apr√®s avoir demand√© en vain √† un soldat de le tuer[134] - [135], version reprise plus tard par Andrea Cambini, dans son Livre des origines des Turcs et de l'empire des Ottomans, document post√©rieur au si√®ge. Ubertino Pusculus rapporte qu'il s'opposa seul √† l'avanc√©e ottomane et qu'il tua trois janissaires avant d'√™tre mortellement bless√© puis d√©capit√©[134]. Nestor Alexandre (Iskander), l'auteur de la chronique slave en russe, livre un r√©cit bien diff√©rent, probablement influenc√© par des rumeurs ayant cours apr√®s la chute de Constantinople : il aurait saut√© sur un cheval arabe et se serait pr√©cipit√© vers la Porte d'Or, ralliant les fuyards et combattant les assaillants jusqu'√† mourir sous le nombre[136].

Finalement, le marchand Jacopo Tedaldi livre une version assez représentative du mystère qui entoure la mort de Constantin XI[137] :

¬ę L'empereur de Constantinople mourut et d'aucuns disent qu'il eut la t√™te tranch√©e. D'autres disent qu'il mourut √† la porte, en la presse, en soi cuidant issir [en pensant fuir]. L'un et l'autre peut bien √™tre vrai : c'est qu'il fut mort en la presse et que puis les Turcs lui eussent coup√© la t√™te. ¬Ľ

Photographie couleur d'une statue métallique grandeur nature d'un homme à cheval.
Statue de Constantin XI à cheval, sur le front de mer d'Athènes.

Donald MacGillivray Nicol a compil√© les diff√©rentes versions de la mort de l'empereur et ne parvient pas √† d√©m√™ler la r√©alit√© de la fiction. Les versions varient fortement selon les sources, les auteurs grecs insistant sur sa mort h√©ro√Įque et les sources ottomanes ou slaves pr√©sentant une fin plus prosa√Įque. Quant aux auteurs occidentaux, tels L√©onard de Chio, qui ont souvent, par mishell√©nisme, tendance √† rabaisser la valeur des Grecs, ils livrent une version franchement d√©shonorante : l'empereur serait mort en tentant de fuir[138]. Cette hypoth√®se est aussi reprise par les auteurs turcs comme Tursun Beg, g√©n√©ral de l'arm√©e ottomane, qui, dans une lettre post√©rieure au si√®ge, assure que Constantin est tu√© par des soldats ottomans alors qu'il essaie de rallier un navire[139]. Mario Philippid√®s aboutit √† la m√™me conclusion quant √† l'incertitude qui r√®gne autour des ultimes instants de r√®gne du dernier empereur romain[140].

Le sort du cadavre de l'empereur est tout aussi incertain. Les Turcs ont certainement recherch√© l'empereur mais aucune source s√Ľre ne permet d'attester qu'il ait √©t√© retrouv√©. Selon Isidore de Kiev, sa t√™te aurait √©t√© tranch√©e et amen√©e au devant du sultan. L'ayant reconnu, il l'aurait fait envoyer √† Andrinople mais le r√©cit du cardinal est sujet √† caution car il n'assiste pas √† la sc√®ne[141]. Constantin d'Ostrovica, soldat serbe incorpor√© dans l'arm√©e du sultan, a livr√© une chronique du si√®ge dans laquelle il donne une version proche de celle d'Isidore : Constantin aurait √©t√© d√©capit√© par un janissaire nomm√© Sarielles, qui am√®ne la t√™te aux pieds du sultan et en aurait √©t√© richement r√©compens√©[142]. Dans tous les cas, aucune s√©pulture ne lui est connue, ce qui contribue largement √† entretenir le myst√®re de ses derniers instants mais pourrait aussi s'expliquer par le d√©sir de Mehmed d'√©viter de cr√©er un lieu de p√®lerinage. Parmi les sources grecques, seule la chronique controvers√©e de Pseudo-Sphrantz√®s mentionne la tenue de fun√©railles apr√®s la d√©couverte du corps[143]. Le chroniqueur ottoman plus tardif, Evliya √áelebi, situe la tombe au monast√®re de la P√©ribleptos. De m√™me, une l√©gende ult√©rieure la place pr√®s de l'√©glise-mosqu√©e de Vefa, sans aucune preuve tangible[144] - [145].

Historiographie et postérité

Photographie de la statue en marbre d'un homme
Statue de marbre de Constantin XI, exposée au musée d'histoire nationale d'Athènes.

Dernier empereur de la longue histoire romano-byzantine, Constantin XI a suscit√© l'attention des historiens, qui retiennent g√©n√©ralement l'id√©e d'un souverain capable mais confront√© √† la situation quasi-d√©sesp√©r√©e de son Empire. D√®s les premi√®res ann√©es apr√®s sa mort, des premiers auteurs prennent comme cadre l'√©v√©nement de la prise de Constantinople et √©l√®vent r√©guli√®rement Constantin au rang de dirigeant d'exception, quoiqu'infortun√©. Andronic Calliste √©crit une lamentation √† propos de la chute de Constantinople, dans laquelle il souligne que Constantin est ¬ę un dirigeant plus perspicace que Th√©mistocle, plus √©loquent que Nestor, plus sage que Cyrus, plus juste que Rhadamanthe et plus brave qu'Hercule ¬Ľ[146]. √Čmerge aussi tr√®s vite l'image du souverain malchanceux[N 11], n√© sous de mauvais auspices, qu'il a pu d'ailleurs lui-m√™me provoquer en ne soutenant pas assez r√©solument l'union des √Čglises. C'est en tout cas l'avis des auteurs occidentaux comme Ubertino Pusculus[8], m√™me si les premiers √©crits r√©agissant √† la chute de Constantinople sont souvent remplis de respect pour celui qui appara√ģt comme un martyr. L'image de l'empereur glorieux mais malheureux a perdur√© jusqu'aux historiens modernes.

De l'avis g√©n√©ral des historiens, tant comme despote √† Mistra que comme empereur, il se r√©v√®le volontariste et audacieux, bien que parfois trop t√©m√©raire au regard des forces √©vanescentes de son Empire et de la puissance ottomane en pleine expansion. Pour Georg Ostrogorsky (1996), ni son courage, ni son √©nergie d'homme d'√Čtat ne peuvent sauver l'Empire d'une chute in√©vitable[147]. Edouard Gibbon, souvent critique du monde byzantin, estime que son destin et sa chute sont bien plus glorieux que les vies de nombreux c√©sars byzantins[148]. Edwin Pears, auteur en 1903 de The Destruction of the Greek Empire and the Story of the Capture of Constantinople by the Turks (La destruction de l'Empire grec et l'histoire de la prise de Constantinople par les Turcs), en fait le rempart contre les ¬ę hordes d'Asie ¬Ľ, ¬ę sacrifiant sa vie pour son peuple, son Empire et la chr√©tient√© toute enti√®re ¬Ľ[149]. √Ä l'instar du renouveau de la culture grecque qui se fait jour en Occident et en partie gr√Ęce √† l'afflux de r√©fugi√©s byzantins en Italie, Constantin est tr√®s vite associ√© √† une conscience hell√©nique naissante. Laonicos Chalcondyle s'en fait l'√©cho d√®s apr√®s la chute de Constantinople. L'historien grec Ap√≥stolos Vakal√≥poulos voit ainsi dans les derniers Pal√©ologues des souverains hell√®nes plus que romains, contribuant √† la mise en place de l'hell√©nisme contemporain et faisant donc de l'empereur un h√©ros grec bien avant la renaissance de cette nation quelques si√®cles plus tard[150].

Constantin doit sa stature h√©ro√Įque voire quasi-l√©gendaire aux circonstances de sa mort. Son image est √©cras√©e par sa place de dernier empereur. En √©merge une figure tragique, celle de l'empereur incapable de sauver son Empire d√©clinant et qui meurt avec lui, ¬ę glorieusement, en Romain ¬Ľ, pour reprendre les termes de Stefan Zweig[151]. Philippides note qu'il est le plus appr√©ci√© des empereurs byzantins parmi les Grecs, ¬ę souverain sans couronne, empereur sans imp√©ratrice et d√©funt sans tombeau ¬Ľ, ¬ę il incarne un symbole d'espoir et de r√©surrection ¬Ľ[152]. Si les intellectuels grecs du XIXe si√®cle tendent √† rejeter l'h√©ritage byzantin per√ßu comme d√©cadent, il en va tout autrement de Constantin XI. Sa mort devient un mod√®le de sacrifice qui doit guider la nation grecque renaissante dans sa lutte pour la libert√©[153]. Cette place de h√©ros martyr de la lutte contre les Turcs d√©passe le cadre de la seule Gr√®ce. Ainsi, la premi√®re monographie moderne sur Constantin est l‚ÄôŇďuvre du serbe ńĆedomilj Mijatovińá en 1892. √Čcrite dans le contexte de l'√©mancipation progressive des peuples balkaniques de la tutelle de l'Empire ottoman, elle fait de Constantin l'une des figures de la r√©sistance √† l'oppression turque et dresse un parall√®le fort avec Constantin Ier, alors roi de Gr√®ce dans le contexte de la Grande Id√©e qui fait de la reconqu√™te de Constantinople un objectif viable[154]. Steven Runciman appuie largement l'analyse d'un empereur combattant dans son ouvrage consacr√© √† la chute de Constantinople, de m√™me que Donald MacGillivray Nicol, qui lui consacre en 1992 une biographie laissant une large part √† la l√©gende n√©e apr√®s sa mort, The Immortal Emperor: the Life and Legend of Constantine Palaiologos, the Last Roman Emperor (L'empereur immortel, vie et l√©gende de Constantin Pal√©ologue, dernier empereur des Romains), qui a parfois √©t√© critiqu√©e pour √™tre trop laconique sur les actions de Constantin comme empereur[155] - [156]. En essayant de mettre de c√īt√© ce statut particulier d'ultime souverain romano-byzantin, Marios Philippides tire un portrait plus contrast√© du personnage, estimant que son destin de dernier empereur a favoris√© l'apparition d'une image romanc√©e et d'une surestimation de ses talents. Par-del√† sa mort sur les murailles, il voit en lui un homme d'√©tat relativement m√©diocre, sans r√©el talent militaire et ne contribuant en rien au dynamisme intellectuel de son Empire finissant, √† la diff√©rence de Manuel II et de Jean VIII, qui ont contribu√© par leurs √©crits et leurs voyages, √† entretenir le renouveau de la culture antique dans l'Europe de l'Ouest. Il estime que ses succ√®s en Mor√©e sont moins li√©s √† des prouesses militaires qu'√† des mariages habiles et que son exp√©dition en Thessalie a conduit √† la d√©vastation de la Mor√©e, seule province encore vivace de l'Empire. Il souligne aussi qu'il n'est pas parvenu √† unir son peuple dans un esprit de r√©sistance contre les Ottomans, comme en t√©moigne son incapacit√© √† conduire l'union des √©glises[157].

Culture

Photographie d'une peinture d'un homme habillé en guerrier.
Une représentation de Constantin datant du XIXe siècle, sous les traits d'un guerrier de l'Antiquité.

La vie et surtout la mort de Constantin sont rapidement devenues le creuset d'un grand nombre de l√©gendes, qui tournent souvent autour de sa survie suppos√©e ou d'une descendance cach√©e. Tout d'abord, en raison de son nom et de celui de sa m√®re, H√©l√®ne, il semble accomplir une proph√©tie selon laquelle c'est sous le r√®gne d'un homonyme de son fondateur, dont les m√®res ont le m√™me nom, en l'occurrence H√©l√®ne, que l'Empire dispara√ģtrait[152] - [158]. En d√©pit de deux mariages, Constantin XI meurt sans enfants. Ses plus proches parents sont ses deux fr√®res, Thomas et D√©m√©trios, despotes de Mor√©e. N√©anmoins, la l√©gende a parfois retenu une veuve qui lui survit, ainsi que plusieurs filles. Une lettre d'Aeneas Silvius (le futur Pie II) √† Nicolas V, dat√©e de juillet 1453, est la premi√®re √† √©mettre cette id√©e. Mehmet II les aurait fait parader avant de les ex√©cuter. Toujours selon Aeneas Silvius, un fils de Constantin serait parvenu √† se r√©fugier √† Galata[159]. Le r√©cit de la chute de Constantinople fait par Nestor Iskander autour du d√©but du XVIe si√®cle, intitul√© La Prise de Tsargrad, contribue aussi √† propager cette id√©e dans le monde slave de filles ou de fils survivants. Enfin, le chroniqueur fran√ßais Mathieu d'Escouchy, qui √©crit au XVIe si√®cle, affirme que Mehmet a viol√© l'imp√©ratrice √† Sainte-Sophie, avant de la faire rentrer dans son harem[160]. Cette l√©gende d'un fils cach√© a longtemps persist√© dans le folklore grec. Selon une autre tradition rapport√©e, Constantin aurait √©t√© engag√© aupr√®s d'Anna, la fille de Lucas Notaras mais aucune source cr√©dible ne corrobore cette assertion[161].

Au XVe si√®cle, l'historien byzantin Laonicos Chalcondyle termine son r√©cit historique en √©mettant l'espoir qu'un empereur chr√©tien gouvernerait √† nouveau les Grecs. Bient√īt, une l√©gende appara√ģt selon laquelle Constantin ne serait pas mort mais seulement endormi, attendant d'√™tre r√©veill√© par un appel venu du ciel pour sauver son peuple. C'est la l√©gende de l'Empereur de marbre (en grec : Marmaromenos Vasilias). Des anges l'auraient transform√© en statue avant qu'il ne soit tu√©, puis l'auraient cach√© dans une cave sous la Porte Dor√©e, o√Ļ les empereurs rentraient dans la cit√© imp√©riale apr√®s leurs victoires. L√†, il serait un jour ramen√© √† la vie par ces m√™mes anges pour reprendre la ville et restaurer l'Empire perdu. Enfin, selon la l√©gende, son r√©veil serait pr√©c√©d√© par le mugissement d'un taureau. Le peintre cr√©tois Georges Klontzas reprend ce th√®me du r√©veil de l'empereur dans une s√©rie de peintures au XVIe si√®cle. Comme souvent, Constantin incarne le destin de la Gr√®ce, endormie, en attendant de se lib√©rer du joug des Turcs[162]. Ces derniers auraient possiblement accord√© un certain cr√©dit √† cette l√©gende, interdisant les fouilles sous la Porte Dor√©e, comme le rapporte notamment Thomas Roe, ambassadeur britannique aupr√®s de la Sublime Porte au XVIIe si√®cle[163].

En Gr√®ce, Constantin XI est devenu, dans l'histoire et la culture n√©o-hell√©niques, le symbole de la bravoure dans la r√©sistance √† l'envahisseur musulman et ottoman. Le mythe de l'empereur dormant persiste jusqu'au XIXe si√®cle, √† l'image du po√®me Le Dernier Pal√©ologue de Georges Byzinos ou celui de George Zalokostas, L'Ep√©e et la couronne. Le choix du deuxi√®me souverain de Gr√®ce, Georges Ier, de pr√©nommer son fils et h√©ritier Constantin permet de l√©gitimer une continuit√© avec l'√©poque byzantine, au point qu'il a √©t√© envisag√© qu'il prenne comme nom de r√®gne Constantin XII, une id√©e finalement abandonn√©e[164]. Toujours au XIXe si√®cle, le po√®te Ioannis Zamb√©lios (el) √©crit une trag√©die intitul√©e Constantin Pal√©ologue ; le peintre na√Įf Theophilos Hadjimicha√Įl a repr√©sent√© l'ultime charge h√©ro√Įque du dernier empereur de Constantinople ; en 1956, N√≠kos Kazantz√°kis publie la trag√©die intitul√©e Constantin Pal√©ologue ; cette trag√©die inspire au compositeur Man√≥lis Kalomiris un op√©ra du m√™me nom qui est aussi sa derni√®re Ňďuvre (1961). Comme souvent Kazantzakis glorifie Constantin et s'attarde sur les circonstances de sa mort, miroir de la fin d'une √®re et de la destruction d'une culture autrefois vibrante[165]. De m√™me, en 1971, le po√®te grec Odyss√©as El√Ĺtis a consacr√© √† cet empereur byzantin le grand po√®me Mort et R√©surrection de Constantin Pal√©ologue. Dans un autre style, il est l'un des protagonistes du roman Les Amants de Byzance de Mika Waltari.

La chute de Constantinople ayant √©t√© r√©guli√®rement adapt√©e au cin√©ma, Constantin appara√ģt √† plusieurs reprises dans des films, la premi√®re fois en 1913 avec L'Agonie de Byzance de Louis Feuillade, o√Ļ il est interpr√©t√© par Luitz-Morat. Il est aussi l'un des personnages du film turc en noir et blanc ńįstanbul'un Fethi (¬ę La Conqu√™te de Constantinople ¬Ľ), r√©alis√© par AydńĪn Arakon et sorti en 1951, puis de la superproduction Fetih 1453, sortie en 2012, o√Ļ il est d√©peint de fa√ßon peu estimable[166] - [167]. Enfin, il figure dans la mini-s√©rie documentaire turque, L'Essor de l'Empire ottoman, en 2020.

Notes et références

Notes

  1. L'historien contemporain George Sphrantzès, qui connaissait Constantin, donne l'année 1404, mais d'autres sources confirment l'année 1405[1]
  2. Certains byzantinistes comptent Constantin Lascaris dans la liste numérotée des empereurs de ce nom, si bien que Dragasès devient le douzième du nom. D'autres érudits, souvent du XIXe siècle, ont même été jusqu'à en faire le quatorzième du nom en incluant des co-empereurs comme Constantin Lécapène dans la numérotation, même si le consensus actuel s'arrête à Constantin XI.
  3. L'Histoire a voulu que le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, porte le nom du fondateur légendaire de Rome et que le dernier empereur byzantin porte le nom du fondateur de Constantinople.
  4. Le récit d'Iskander comprend quelques inexactitudes notables, comme la présence d'un patriarche ou d'une impératrice lors du siège de Constantinople (Angold 2014, p. 125).
  5. Sur le sujet plus g√©n√©ral des enjeux de l'union des √Čglises, voir notamment Marie-H√©l√®ne Congourdeau, ¬ę Pourquoi les Grecs ont rejet√© l'Union de Florence (1438-1439) ¬Ľ, Cahiers du littoral, vol. 9,‚Äé , p. 35-46.
  6. Manuel Paléologue Iagros et Alexis Lascaris Philanthropénos.
  7. Par ailleurs, Constantin étant veuf et toujours en recherche d'une nouvelle épouse, il est possible qu'il ait pris la décision d'attendre d'être marié à nouveau pour se faire couronner.
  8. Qui pourrait être mort dès 1451.
  9. Un certain Athanase II de Constantinople est parfois cit√© comme patriarche de 1450 √† 1453 mais aucune source s√Ľre n'atteste de son existence.
  10. C'est l'historien Doukas qui cite ce propos, sans savoir si Notaras l'a réellement prononcé.
  11. Cette image appara√ģt d√®s 1453 dans un po√®me √† l'auteur inconnu (peut-√™tre Emmanuel Georgillas), intitul√© La Prise de Constantinople et qui commence par d√©plorer l'infortune de Constantin, lequel aurait √©t√© puni pour des actes de violence qu'il aurait ordonn√©s lors de la prise de Clarentza en Mor√©e.

Références

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  131. Sur les questions posées par l'épisode de la Kerkoporta, voir notamment Philippides et Hanak 2011, p. 619-625.
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Voir aussi

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Liens externes

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