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Justinien Ier

Justinien Ier ou Justinien le Grand (latin : Imperator Caesar Flavius Petrus Justinianus Sabbatius Augustus, grec ancien : ő¶őĽő¨ő≤őĻőŅŌā ő†ő≠ŌĄŌĀőŅŌā ő£őĪő≤ő≤ő¨ŌĄőĻőŅŌā ŠľłőŅŌÖŌÉŌĄőĻőĹőĻőĪőĹŌĆŌā), n√© vers 482 √† Tauresium, pr√®s de Justiniana Prima en Illyrie, et mort le √† Constantinople, est un empereur romain d'Orient[N 1] ayant r√©gn√© de 527 jusqu'√† sa mort. Il est l'une des principales figures de l'Antiquit√© tardive. Que ce soit sur le plan du r√©gime l√©gislatif, de l'expansion des fronti√®res de l'Empire ou de la politique religieuse, il a laiss√© une Ňďuvre consid√©rable.

Justinien Ier
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Justinien Ier
Justinien Ier, mosa√Įque de la basilique Saint-Vital de Ravenne, avant 547.
Règne
-
(38 ans, 7 mois et 14 jours)
Période Dynastie justinienne
Précédé par Justin Ier
Suivi de Justin II
Biographie
Nom de naissance Flavius Petrus Justinianus Sabbatius
Naissance Vers 482
Tauresius (Iustina Prima) en Illyrie
Décès (à 82 ans environ)
Constantinople (Empire byzantin)
Père Sabbatius
Mère Vigilantia Sabbatia
Fratrie Vigilantia
√Čpouse Th√©odora

D'origine modeste, il parvient au fa√ģte du pouvoir gr√Ęce √† l'action de son oncle et empereur Justin Ier dont il est l'un des principaux conseillers avant de devenir son successeur. Si son arriv√©e au pouvoir n'est pas sans troubles, puisqu'il doit faire face √† la s√©dition Nika, il impose progressivement son autorit√© sur un Empire qui, depuis sa fondation, est constamment sur la d√©fensive face aux assauts de nombreux adversaires et tente de faire perdurer l'h√©ritage de Rome, au travers du projet de la renovatio imperii (¬ę restauration de l'Empire ¬Ľ).

Justinien est souvent consid√©r√© comme le plus grand empereur de l'histoire de l'Empire byzantin ou encore comme le dernier grand empereur romain, avant que l'Empire byzantin (Empire romain d'Orient) ne commence √† se diff√©rencier de l'Empire romain dont il est le continuateur direct. Il est le dernier empereur √† chercher √† r√©tablir l'unit√© et l'universalit√© de l'Empire romain, ce qui l'am√®ne √† mener des guerres expansionnistes, principalement en Italie et en Afrique, tout en d√©fendant victorieusement les fronti√®res contre les Perses ou les Slaves. Au-del√† de ses succ√®s militaires, il entreprend une Ňďuvre de codification l√©gislative de grande ampleur qui influence profond√©ment l'√©volution du droit en Europe pour les si√®cles √† venir. Tr√®s pieux, il intervient fortement dans les affaires religieuses. Son ambition de reconstituer un Empire romain universel se confond avec sa volont√© d'une foi chr√©tienne unique et universelle. De ce fait, il est tr√®s actif dans la lutte contre les dissidences religieuses, usant parfois de l'oppression et parfois du dialogue, notamment avec les monophysites, m√™me si ses r√©sultats en la mati√®re sont contrast√©s. En outre, il contribue √† l'√©panouissement de l'art byzantin, repr√©sent√© par la construction de la basilique Sainte-Sophie √† Constantinople, mais aussi par de multiples autres √©difices. Enfin, le r√®gne de Justinien ne peut se concevoir sans le r√īle des multiples personnages dont il a su s'entourer et qui lui ont permis de concr√©tiser ses ambitions, √† l'image de sa femme, l'imp√©ratrice Th√©odora, de ses g√©n√©raux, dont B√©lisaire est le plus c√©l√®bre, du juriste Tribonien ou du pr√©fet du pr√©toire Jean de Cappadoce.

Le r√®gne de Justinien peut √™tre d√©compos√© en deux parties. De 527 √† 540, les succ√®s sont r√©els, souvent rapides et de grande ampleur. En revanche, la deuxi√®me partie de son r√®gne est plus contrast√©e. Les fronti√®res de l'Empire sont assaillies et ses nouvelles conqu√™tes, notamment en Italie, sont compromises. Pour autant, si l'Empire vacille, la situation se r√©tablit sur l'ensemble des fronts et √† sa mort, l'Empire romain d'Orient est √† son apog√©e territorial. Sur le plan interne, la situation aussi se d√©grade, parfois pour des raisons ext√©rieures √† l'empereur. La peste de Justinien et une s√©rie de catastrophes naturelles aboutissent √† une profonde crise d√©mographique dont les effets se font surtout ressentir apr√®s sa mort. En effet, sur bien des points, l'Ňďuvre de Justinien appara√ģt inachev√©e. Ainsi, ses conqu√™tes territoriales ne lui survivent pas, de m√™me que l'id√©e d'un Empire romain universel. Certains historiens ont pu critiquer les ambitions d'un empereur inconscient des forces r√©elles de son Empire et des enjeux les plus urgents auxquels il fait face. Pour autant, il reste encore aujourd'hui consid√©r√© comme un dirigeant de grande qualit√©, contribuant √† faire rayonner l'h√©ritage de la Rome antique.

Il est aussi un saint de l'√Čglise orthodoxe et est comm√©mor√©, tout comme son √©pouse Th√©odora, le 14 novembre.

Sources

Page d'un ouvrage écrit en latin, un dessin de soleil est présent au centre
L'Histoire secrète de Procope de Césarée, l'une des principales sources du règne de Justinien, est publiée pour la première fois par Niccolò Alamanni en 1623 à Lyon.

La connaissance du r√®gne de Justinien repose sur un grand nombre de sources. Certaines proviennent de Justinien, notamment les nombreuses Novelles de Justinien qu'il a prises durant son r√®gne et qui √©clairent sa conception de la fonction imp√©riale. Au-del√†, plusieurs chroniqueurs ont √©crit sur son r√®gne. Procope de C√©sar√©e est de loin la principale source[1]. Ses ouvrages portent principalement sur les guerres men√©es par Justinien, au sein de sa chronique Les Guerres de Justinien comprenant La Guerre des Perses, La Guerre des Vandales et La Guerre des Goths. Il y livre des d√©tails pr√©cieux sur le d√©roulement de ces conflits et pr√©sente g√©n√©ralement Justinien de mani√®re positive, touchant parfois au pan√©gyrique. De m√™me, son ouvrage intitul√© Les Monuments ou Les Constructions donne un aper√ßu int√©ressant de la politique architecturale de Justinien. Toutefois, l'originalit√© de cet auteur vient de son Histoire secr√®te de Justinien. Cet ouvrage, paru apr√®s sa mort, livre une version beaucoup plus n√©gative de Justinien et de son entourage, que ce soit sa femme, qu'il pr√©sente comme √©tant √† l'origine de nombre des d√©cisions de Justinien, ou B√©lisaire, dont il a pourtant √©t√© l'assistant. Par bien des aspects, cet ouvrage s'apparente √† un pamphlet haineux, tout en conservant une qualit√© d'√©criture r√©elle, comme souvent chez Procope[2]. De ce fait, il est parfois difficile de d√©m√™ler le vrai du faux ou, tout du moins, de savoir jusqu'o√Ļ Procope va dans l'exag√©ration, m√™me si ces deux ouvrages doivent √™tre appr√©hend√©s comme compl√©mentaires et non oppos√©s[3] - [4] - [5] - [6].

D√®s lors, il est n√©cessaire d'accorder de l'importance aux autres chroniqueurs pour corriger les √©ventuels biais des r√©cits de Procope. Jean le Lydien est aussi une source importante. Son ouvrage historique, Sur les magistratures de l'√Čtat romain, est un √©loge pan√©gyrique g√©n√©ralement favorable √† l'empereur, probablement en partie par n√©cessit√©, pour √©viter de le m√©contenter[7]. Toutefois, il n'h√©site pas √† le critiquer √† l'occasion. Il bl√Ęme par exemple la politique fiscale caus√©e par les guerres co√Ľteuses de Justinien, m√™me s'il s'attaque surtout √† Jean de Cappadoce et, plus g√©n√©ralement, √† l'entourage de l'empereur[8]. Agathias est la troisi√®me source majeure √† propos de Justinien. Apr√®s la mort de ce dernier, il √©crit cinq ouvrages qui pr√©tendent √™tre la suite des Guerres de Procope et recueille des t√©moignages byzantins, mais aussi perses. Toutefois, son style p√Ętit d'un manque de rigueur au profit d'envol√©es rh√©toriques et po√©tiques, un trait par ailleurs souvent pr√©sent dans les chroniques de l'√©poque et qui rend parfois difficile leur exploitation[9] - [10]. De son c√īt√©, Jean Malalas a r√©dig√© une longue chronologie qui pr√©tend raconter l'histoire du monde depuis sa cr√©ation. L'un de ses livres est consacr√© √† Justinien, qu'il juge favorablement, et ses informations reprennent souvent le discours officiel[11]. D'autres historiens, comme √Čvagre le Scholastique, Jean d'√Čph√®se ou Zacharie le Rh√©teur, apportent des informations compl√©mentaires, mais leurs Ňďuvres ne subsistent parfois que partiellement[12]. Certains √©v√©nements du r√®gne de Justinien sont aussi √©clair√©s par des Ňďuvres diverses, √† l'image de la Johannide, le r√©cit √©pique de Corippe, qui s'inspire grandement des grands auteurs de l'Antiquit√© comme Virgile. Il y narre les exploits de Jean Troglita en Afrique et, au-del√† de l'aspect laudateur, fournit des informations pr√©cieuses sur le contexte historique dans la r√©gion[13].

Origines, formation et caractère

Pi√®ce de monnaie vue c√īt√© pile et c√īt√© face
Profil de Justin Ier sur un trémissis.

Le protégé de Justin Ier

√Ä l'origine, rien ne destine Justinien, n√© vers 482[14], √† exercer la fonction imp√©riale. En effet, il est originaire d'une famille de paysans vivant en Thrace, dans le village de Tauresium (pr√®s de la future Justiniana Prima). Il pourrait √™tre d'ascendance illyrienne selon plusieurs chroniqueurs[15] mais d'autres sources, comme celle de Jean Malalas, indiquent une origine thraco-romaine. Quoi qu'il en soit, un de ses oncles, Justin Ier, est alors pr√©sent √† Constantinople et joue un r√īle fondamental dans le destin de Justinien. Selon Georges Tate, ¬ę l'√©l√©vation au tr√īne de Justinien est enti√®rement due √† Justin. Sans lui, ses chances √©taient inexistantes ¬Ľ[16]. Justin est d'origine modeste mais, √† la suite de raids des Huns dans sa r√©gion natale, il rejoint Constantinople et s'engage dans le prestigieux corps des Excubites avant de grimper dans la hi√©rarchie. Par la suite, il invite son neveu √† venir dans la capitale avant de l'adopter. Sa date d'arriv√©e √† Constantinople est incertaine. Pierre Maraval estime qu'il a autour d'une dizaine d'ann√©es, Georges Tate pense qu'il a plut√īt une vingtaine d'ann√©es. Ce qui est s√Ľr, c'est que son oncle lui fait donner, alors qu'il est lui-m√™me sans grande culture, la meilleure √©ducation possible ; l'√©ducation d'alors se base sur le droit, la rh√©torique et la th√©ologie. Justinien dispose donc d'une √©ducation de qualit√©, m√™me si Procope de C√©sar√©e affirme qu'il reste un barbare dans son langage. Il entame ensuite une carri√®re militaire au sein de la schole palatine, m√™me s'il sert uniquement dans une unit√© d'apparat[17]. Il est alors l'un des gardes imp√©riaux, ce qui lui permet d'√™tre √† proximit√© directe du pouvoir[18].

La carri√®re de Justinien profite directement de l'arriv√©e au pouvoir de Justin Ier en 518. Celle-ci n'a rien d'√©vident, mais Anastase Ier est mort sans d√©signer son successeur. C'est alors au s√©nat de d√©signer le nouvel empereur. Dans un premier temps, les s√©nateurs ne parviennent pas √† se d√©cider tandis que le peuple et l'arm√©e commencent √† mettre en avant leurs candidats, l√† encore sans arriver √† un consensus. Finalement, Justin appara√ģt comme la solution de compromis. Il est acclam√© par les diff√©rentes factions de la cit√© imp√©riale et, apr√®s un temps d'h√©sitation, finit par accepter. Justinien a √©t√© propos√© mais a d√©clin√© l'offre et pourrait avoir jou√© un r√īle actif dans la nomination de son oncle. Quoi qu'il en soit, l'arriv√©e sur le tr√īne imp√©rial de Justin Ier profite directement √† Justinien, qui est d'abord nomm√© comes puis ma√ģtre des milices des unit√©s de cavalerie et d'infanterie positionn√©es aux alentours de Constantinople. De ce fait, il ne participe √† aucune campagne militaire et ses connaissances dans ce domaine restent purement th√©oriques, expliquant qu'une fois assis sur le tr√īne, il d√©l√®gue √† ses g√©n√©raux l'action sur le terrain[18]. Il continue √† progresser rapidement dans la hi√©rarchie en √©tant nomm√© consul en 521, puis patrice, nobellissime et enfin c√©sar vers . L'assassinat du g√©n√©ral Vitalien en 520, peut-√™tre commandit√© par Justinien, permet √† ce dernier de se d√©barrasser de son principal rival au sein de la cour byzantine. √Ä l'occasion de sa nomination au consulat et comme le veut la tradition, il organise des jeux du cirque particuli√®rement fastueux qui lui permettent de gagner les faveurs du peuple et du S√©nat[19]. D√®s lors, il appara√ģt comme l'h√©ritier naturel de Justin, dont le r√®gne est parfois consid√©r√© comme l'antichambre de celui de Justinien. Ainsi, Procope de C√©sar√©e estime qu'il exerce la r√©alit√© du pouvoir lors de cette p√©riode[20]. Pour autant, cette vision appara√ģt caricaturale car Justin, non content de gouverner de lui-m√™me, montre parfois des r√©serves √† l'√©gard de son neveu. Ainsi, quand il lui est propos√© de le nommer auguste pour pr√©parer sa succession, il aurait affirm√© : ¬ę Prenez garde √† un jeune homme qui a le droit de porter ce v√™tement ¬Ľ[21]. Comme l'indique Pierre Maraval, si Justinien estime d√©j√† d√©tenir une part du pouvoir imp√©rial[N 2], le fait qu'un grand nombre de ses politiques (conqu√™tes territoriales, codification l√©gislative, etc.) ne sont mises en Ňďuvre qu'apr√®s son arriv√©e au pouvoir d√©montre qu'il ne dispose pas d'une libert√© d'action totale √† l'√©poque du r√®gne de son oncle[22]. En revanche, il est probable que son r√īle dans l'administration de l'Empire s'accroisse au fur et √† mesure que Justin vieillit, le r√®gne de son oncle lui permettant de se confronter aux difficult√©s de l'exercice du pouvoir et de gagner en exp√©rience[23].

Photographie en couleur de ruines, des fondations de maison, en bord de colline
Ruines de Tauresium, lieu de la naissance de Justinien.

Le r√®gne de Justin Ier pr√©figure par certains aspects celui de son neveu. Sur le plan religieux, l'Empire est divis√© entre les partisans du concile de Chalc√©doine et ses opposants, dont Anastase Ier √©tait un des repr√©sentants. Or, Justin revient √† l'orthodoxie, acceptant de suivre les pr√©ceptes du concile, ce qui n'est pas sans provoquer des troubles au sein des monophysites, nombreux dans les r√©gions p√©riph√©riques de l'Empire comme la Syrie ou l'√Čgypte. Dans ce domaine, il est probable que l'influence de Justinien en faveur de la d√©fense de l'orthodoxie se fasse ressentir[22]. En mati√®re de politique √©trang√®re, il est en butte √† la constante menace des Sassanides qui d√©clenchent la guerre d'Ib√©rie quelques mois avant sa mort, renouant avec l'antique rivalit√© qui oppose la Perse √† l'Empire romain. Enfin, dans le domaine de la politique interne, Justin doit faire face aux agitations r√©currentes provoqu√©es par les factions, des entit√©s charg√©es normalement d'organiser des courses de chevaux mais qui sont en r√©alit√© le reflet de rivalit√©s de pouvoirs entre diff√©rents groupes de la capitale. Ainsi, les Bleus et les Verts s'opposent souvent ouvertement dans les rues de la ville, parfois violemment[24].

L'arriv√©e sur le tr√īne

Mosa√Įque repr√©sentant une femme
La mosa√Įque de l'imp√©ratrice Th√©odora, basilique Saint-Vital de Ravenne.

Le , de vieilles blessures de guerre de Justin se r√©veillent et provoquent sa lente agonie. Justinien est alors nomm√© auguste et couronn√© par Justin. Quatre si√®cles plus tard, Constantin VII, affirme que le patriarche couronne Justinien le , le jour de la P√Ęques, une date hautement symbolique. Toutefois, cet √©l√©ment est s√Ľrement invent√© pour renforcer la l√©gende de Justinien. C'est bien le 1er avril et des mains de son oncle qu'il re√ßoit la couronne. Il est alors co-empereur, puis seul empereur √† la mort de Justin le 1er juillet. Justinien est alors √Ęg√© de 45 ans. C'est donc un homme m√Ľr, dont les chroniqueurs ont livr√© des descriptions physiques relativement pr√©cises. Jean Malalas en parle en ces termes : ¬ę Il √©tait petit de taille, le torse bien pris, le nez droit, le teint √©clatant, les cheveux boucl√©s, la face ronde, de belle apparence, le front d√©gag√©, le visage color√©, la t√™te et la barbe grisonnantes ¬Ľ[25]. S'il a √©t√© malade √† plusieurs reprises, il d√©c√®de √† l'√Ęge de 83 ans, ce qui en fait l'un des empereurs romains les plus √Ęg√©s √† avoir r√©gn√©. Les chroniqueurs s'attardent aussi sur sa personnalit√©. Jean le Lydien loue sa bont√© et sa bienveillance, ce que Procope confirme. Celui-ci met en avant son ardeur au travail, ce qui est confirm√© par la r√©putation de l'empereur selon laquelle il dort peu. Jean le Lydien dit de lui qu'il est ¬ę l'empereur qui dort le moins ¬Ľ alors que l'√©glise des Saints-Serge-et-Bacchus comprend une inscription indiquant qu'il ignore le sommeil[26]. Cela conduit Charles Diehl √† affirmer : ¬ę S'il est une qualit√© qu'on ne peut pas retirer √† Justinien, c'est d'avoir √©t√© un grand laborieux ¬Ľ[27]. Si Justinien n'h√©site pas √† user de la r√©pression dans certaines de ses politiques, conduisant parfois √† des actes d'une grande s√©v√©rit√©, voire √† de la cruaut√©, il semble avoir fait preuve de mod√©ration dans ses relations humaines. Ses r√©actions sont rarement excessives et il recherche en g√©n√©ral la pond√©ration, ainsi que le respect du droit. Selon Georges Tate, ¬ę C'est le r√©gime plut√īt que Justinien lui-m√™me qui √©tait despotique ¬Ľ[28]. Dans Constructions, Procope de C√©sar√©e cr√©dite l'empereur de sa volont√© de toujours am√©liorer la situation de l'Empire et d'impulser nombre de r√©alisations √† Constantinople et ailleurs. En revanche, dans son Histoire secr√®te de Justinien, il dresse un tableau plus n√©gatif, le comparant √† Domitien[29], un empereur tr√®s mal per√ßu √† l'√©poque, avant d'√©grener ses d√©fauts : ¬ę Cet empereur √©tait dissimul√©, trompeur, sournois, cachant sa col√®re, insaisissable, un homme rou√©, tout √† fait habile √† cacher sa pens√©e, toujours menteur ¬Ľ[30] - [31]. Plus largement, cet ouvrage d√©montre le m√©pris de Procope envers Justinien et une partie de son entourage qu'il assimile √† des parvenus, alors que lui-m√™me appartient √† la noblesse. En effet, s'il s'est √©lev√© tout en haut de la hi√©rarchie sociale, en partie gr√Ęce √† Justin, Justinien semble ne s'√™tre jamais compl√®tement int√©gr√© √† l'√©lite dirigeante de l'Empire, restant influenc√© par ses origines populaires[28].

Une qualit√© fondamentale de Justinien est sa capacit√© √† s'entourer de conseillers comp√©tents qui lui permettent de mener √† bien des projets d'envergure[32]. Pour satisfaire son ambition de reconqu√©rir d'anciens territoires, et m√™me s'il n'est pas prouv√© qu'il dispose d'une strat√©gie pr√©cise de r√©novation imp√©riale, il peut se reposer sur ses g√©n√©raux. Le plus illustre d'entre eux est B√©lisaire qui intervient sur tous les fronts quand cela s'av√®re n√©cessaire. Si Justinien lui retire parfois sa confiance, il finit toujours par revenir vers lui quand il doit faire face √† des situations p√©rilleuses. De m√™me, Nars√®s joue un r√īle d√©terminant dans la guerre contre les Goths en Italie de 535 √† 553, tandis que Jean Troglita participe activement √† la pacification de l'Afrique. En mati√®re de politique int√©rieure, Justinien est aussi assist√© de conseillers de grande qualit√©, √† l'image de Tribonien qui est le ma√ģtre d'Ňďuvre de la r√©daction du code justinien. De m√™me, Jean de Cappadoce se montre un pr√©fet du pr√©toire z√©l√© et efficace[33].

Enfin, la premi√®re partie du r√®gne de Justinien est ins√©parable de sa relation avec sa femme Th√©odora, originaire du milieu du spectacle et particuli√®rement m√©pris√©e par l'√Čglise. De ce fait, il s'agit bien d'un mariage d'amour, s√Ľrement contract√© en , et il est certain que l'empereur lui porte une grande affection, √©tant profond√©ment afflig√© de sa mort en . En outre, elle a probablement une influence profonde sur certaines de ses d√©cisions politiques, comme son refus de fuir lors de la s√©dition Nika. Dans son Histoire secr√®te, Procope de C√©sar√©e lui pr√™te m√™me une forme d'emprise sur son mari, ce qui est certainement exag√©r√©[34] - [35].

L'idéologie impériale

Mosa√Įque repr√©sentant de gauche √† droite des hommes arm√©es et des pr√™tres, au centre un homme portant une couronne
Justinien repr√©sent√© sur une mosa√Įque dans la basilique Saint-Vital de Ravenne.

Au cours de son r√®gne, Justinien renforce notablement la position de l'empereur, accroissant l'autoritarisme et le centralisme du r√©gime. Surtout, il renforce les moyens d'action de l'empereur, au d√©triment de la capacit√© d'influence de l'aristocratie. L'id√©ologie imp√©riale qu'il promeut repose sur la tradition absolutiste d'un Empire romain dor√©navant chr√©tien. La l√©gitimit√© imp√©riale se confond avec la l√©gitimit√© divine pour conforter sa position. Les aspects pa√Įens qui pouvaient encore influencer l'office imp√©rial disparaissent, au d√©triment de la vieille aristocratie, notamment la classe s√©natoriale[36]. L'affirmation du pouvoir imp√©rial est symbolis√© par la disparition du consulat. Cette fonction est d'une grande importance dans la tradition romaine et ses d√©tenteurs, au nombre de deux pour un an, sont des personnalit√©s importantes de la noblesse de l'Empire. Ainsi, le consul ordinaire donne son nom √† l'ann√©e civile. Or, Justinien d√©cide en 537 que le temps sera d√©compt√© par rapport √† l'ann√©e de r√®gne de l'empereur et non par rapport au consulat, fonction qu'il exerce d'ailleurs de plus en plus, puisqu'il nomme le dernier consul en 541, pr√©cipitant la disparition de cette dignit√©[37].

La vision de Justinien de la position de l'empereur s'incarne dans les titres dont il se pare. Il est l'empereur nomos empsychos, soit la ¬ę loi vivante ¬Ľ. Il est aussi Philochristos, ¬ę l'ami du Christ ¬Ľ et Restitutor, soit le ¬ę restaurateur de la puissance romaine ¬Ľ. L'empereur occupe de plus en plus une place pr√©√©minente. Il n'est plus le premier des citoyens mais insiste pour se faire appeler le Kurios (traduction du latin dominus), soit ¬ę ma√ģtre ¬Ľ[38]. Sa puissance est aussi repr√©sent√©e par ses multiples surnoms tir√©s des nations vaincues, reprenant l√† une vieille tradition des dirigeants romains. Il est l'empereur Allamanicus (vainqueur des Alamans), Gothicus (des Goths), Francicus (des Francs), Germanicus (des Germains), Anticus (des Alains), Vandalicus (des Vandales), Africanus (des Africains)[39]. Cette transcendance s'incarne dans le c√©r√©monial imp√©rial, qui met √† distance l'empereur du reste des hommes. Le Grand Palais doit √™tre le lieu de la mystique imp√©riale. Le d√©roulement des c√©r√©monies ne diff√®re gu√®re de la tradition romaine mais certains traits sont renforc√©s. La distance entre Justinien et ses h√ītes est accentu√©e et les marques de respect envers l'empereur sont parfois √©tendues √† l'imp√©ratrice, au grand dam de l'aristocratie traditionnelle[40]. Il est souvent masqu√© par un drap √©pais et, quand il est visible de tous, il ne s'exprime parfois que par des gestes ou par l'interm√©diaire d'un mandator, pour renforcer la distance entre lui et le reste de l'humanit√©[41].

Enfin, Justinien accorde une grande importance √† la mani√®re dont il est repr√©sent√© aux yeux de son peuple. Une forme de propagande imp√©riale se d√©veloppe[42]. Les monnaies byzantines le repr√©sentent souvent dans une tenue militaire triomphante et portant une croix, √† l'image de la sculpture √† son effigie sur la colonne de Justinien √©rig√©e √† Constantinople[43]. La sacralit√© chr√©tienne est omnipr√©sente dans l'imagerie imp√©riale, notamment sur les mosa√Įques de la basilique Saint-Vital de Ravenne. L'Ňďcum√©nisme chr√©tien se m√™le √† l'universalit√© romaine pour d√©peindre Justinien comme le ma√ģtre du monde et, plus largement, de l'univers. En d√©pit de l'ampleur des ambitions de Justinien, Georges Tate nuance sa responsabilit√© dans l'autoritarisme croissant de l'Empire byzantin, rappelant que la tendance √† l'approfondissement des pouvoirs de l'empereur est ancienne, remontant au moins √† Diocl√©tien, et que Justinien ne fait qu'achever ce mouvement entam√© bien avant son r√®gne[44].

Politique extérieure de Justinien

Les conquêtes de Justinien
Les conquêtes de Justinien
Constantinople
Ville Impériale
Rome
Rome est prise en 536 et reprise en 546
Ravenne
Ravenne est prise en 540
Naples
Naples est reprise en 543
Ad Decimum
Bataille de l'Ad Decimum en 533
Carthage
Bélisaire bat Gélimer à Tricaméron en 533
Taginae
Narsès bat Totila à Taginae en 552
Alexandrie
Antioche
Jérusalem
AFRIQUE
ITALIE
ILLYRIE
THRACE
√ČGYPTE
ORIENT
ASIE MINEURE
B√ČTIQUE

Les conquêtes de Justinien (en orange) essentiellement sur la moitié ouest de la Méditerranée.

La politique extérieure de Justinien peut être décomposée en deux aspects. D'abord, la préservation des frontières existantes, en Orient face aux Sassanides, le rival traditionnel de l'Empire, et dans les Balkans, face aux barbares venus du Nord. Dans les deux cas, non sans mal, il parvient à les protéger efficacement. Ensuite, la rénovation impériale, c'est-à-dire la volonté de reconstituer l'Empire romain dans ses anciennes frontières, notamment en Occident. Si cette politique expansionniste parvient effectivement à rétablir l'autorité impériale dans des régions comme l'Italie, l'Afrique du Nord et une partie de l'Espagne, elle ne semble pas pour autant découler d'une stratégie initiale clairement établie[45] - [46].

Sur le plan chronologique, il est aussi possible de s√©parer le r√®gne de Justinien en deux p√©riodes. Entre 527 et 540, apr√®s √™tre parvenu √† affermir sa position sur le tr√īne, il se lance dans des guerres de conqu√™tes victorieuses tout en pr√©servant la paix sur les fronts balkaniques et perses. En revanche, √† partir de , l'Empire byzantin doit relever plusieurs d√©fis de natures diverses, qui menacent les acquis de la d√©cennie pr√©c√©dente sans pour autant les remettre en cause[47].

Une paix difficile à obtenir (527-540)

C√īt√© face d'une pi√®ce de monnaie repr√©sentant un homme √† la t√™te couronn√©e
Pièce représentant Kavadh Ier.

Depuis la fondation de l'Empire romain d'Orient, l'Empire sassanide repr√©sente son principal rival √† l'est. Si les conflits entre les deux entit√©s sont nombreux (guerre d'Anastase), la fronti√®re reste √† peu pr√®s la m√™me. Justinien n'√©chappe pas √† cette logique de confrontation entre les deux principales puissances r√©gionales, puisqu'en √©clate la guerre d'Ib√©rie. Pour autant, au d√©but de son r√®gne, il b√©n√©ficie des n√©gociations de paix ayant eu lieu la derni√®re ann√©e du r√®gne de Justin, en , avec l'empereur Kavadh Ier. N√©anmoins, ces tractations masquent mal la persistance de pr√©paratifs de guerres entre les deux empires[48]. Justinien cherche alors √† renforcer sa fronti√®re orientale, en poursuivant l'Ňďuvre de remise en l'√©tat des forteresses frontali√®res (Palmyre, Dara, Z√©nobie, Amida...) mais aussi en modifiant l'organisation administrative de ses marges orientales. Ainsi, il cr√©e des postes de dux au sein de plusieurs positions strat√©giques, √† Palmyre ou √† Circesium. La province de Grande-Arm√©nie est aussi cr√©√©e et s√©par√©e du ma√ģtre des milices d'Orient. Elle passe alors sous le giron du nouveau ma√ģtre des milices d'Arm√©nie[49]. Enfin, il m√®ne une intense campagne diplomatique pour se concilier les faveurs des peuples barbares proches de la fronti√®re avec la Perse, tout en essayant de les christianiser. C'est le cas, par exemple, des Abkhazes situ√©s au nord du Caucase. Dans tous les cas, ces manŇďuvres visent surtout √† pr√©venir une grande offensive perse et Justinien ne m√®ne aucune action offensive contre son grand rival oriental[50].

D√®s 528, les hostilit√©s reprennent avec des combats contre le royaume de Lazique et en M√©sopotamie qui ne d√©bouchent sur aucun changement territorial significatif. Plus au sud, la guerre se focalise sur l'√©tablissement, par les Byzantins, d'une forteresse √† Thannuris, au sud de Dara. Les Sassanides exigent l'abandon des travaux et s'en prennent aux ouvriers, ce qui provoque une r√©action des Byzantins. C'est alors B√©lisaire, dux de M√©sopotamie, qui dirige les op√©rations et re√ßoit des renforts men√©s par Coutz√®s, qui sont vaincus par 30 000 Sassanides[51] - [52]. Ces derniers en profitent pour raser la forteresse inachev√©e, avant qu'une tr√™ve ne soit sign√©e pour l'hiver. Durant cette p√©riode, les Byzantins sont en butte √† d'autres difficult√©s. Face √† Al-Mundhir III ibn al-Nu'man, le roi des Lakhmides et alli√© des Sassanides, ils ont soutenu son rival Ar√©thas, finalement vaincu puis tu√©. Les Byzantins d√©cident alors de mener une exp√©dition punitive qui d√©bouche sur la prise de forteresses sassanides et une r√©action de Al-Mundhir III qui lance un raid en repr√©sailles, jusque vers Antioche. Avec les Sassanides, l'ann√©e 529 n'est marqu√©e par aucune campagne militaire d'envergure, si ce n'est la r√©volte des Samaritains r√©prim√©e par les Ghassanides, un peuple arabe alli√© des Byzantins. Cependant, Kavadh r√©clame de Justinien le paiement d'un tribut, faute de quoi, il menace de reprendre les hostilit√©s. Face au refus des Byzantins, il s'appr√™te √† repartir √† l'offensive[53].

L'invasion perse se d√©roule en 530 et mobilise une arm√©e de 40 000 hommes. En face, les Byzantins sont men√©s par B√©lisaire, nouveau ma√ģtre des milices d'Orient avec 25 000 hommes. En d√©pit de cette inf√©riorit√© num√©rique, il d√©fend victorieusement Dara o√Ļ les Sassanides perdent 8 000 hommes. Sur le th√©√Ętre arm√©nien, les Byzantins sont aussi victorieux √† la bataille de Satala et parviennent √† s'emparer de quelques forteresses[54]. Justinien peut alors entamer des n√©gociations en position de force, mais Kavadh se montre de nouveau peu ouvert aux discussions, exigeant toujours des versements pr√©vus par d'anciens trait√©s[55]. La paix n'est toujours pas √† l'ordre du jour. En 531, les deux arm√©es reprennent le combat, mais aucune n'est en mesure de prendre le dessus sur l'autre. Cette fois-ci, B√©lisaire, pouss√© au combat par ses officiers, est vaincu √† la bataille de Callinicum et rappel√© √† Constantinople[56]. Encore une fois, les Byzantins tentent de n√©gocier, mais Kavadh pr√©f√®re profiter de son avantage militaire. Toutefois, la mort du souverain perse le constitue un tournant dans le conflit. Son successeur, Khosro Ier, n'a pas les intentions bellicistes de son p√®re. Tout juste arriv√© sur le tr√īne, il doit d'abord affirmer son pouvoir. Quant √† Justinien, il d√©sire mobiliser ses forces dans la reconqu√™te d'anciennes terres romaines, notamment en Afrique du Nord. En septembre 532, les deux souverains concluent donc une ¬ę paix √©ternelle ¬Ľ, d√©bouchant sur un statu quo ante bellum (¬ę comme les choses √©taient avant la guerre ¬Ľ), tandis que les Byzantins consentent √† payer leurs dettes aux Sassanides[N 3] et que ces derniers garantissent une libert√© de culte aux chr√©tiens de Perse[57] - [58] - [59]. Cette paix dure jusqu'en 540, r√©guli√®rement ponctu√©e d'incidents de fronti√®res, souvent provoqu√©s par Al-Mundhir III[60].

La reprise des hostilités (540-561)

Carte des rives orientales de la Mer noire, en vert au centre le royaume de Lazique
Le royaume de Lazique.

En 540, les hostilit√©s reprennent sur le front oriental de l'Empire. Justinien est alors engag√© dans la reconqu√™te de l'Italie et dans la pacification de l'Afrique. Quant √† Khosro Ier, il a eu le temps de consolider son emprise sur la Perse et peut dor√©navant se consacrer √† sa politique ext√©rieure. Du c√īt√© byzantin, les provinces frontali√®res sont fragiles. En , l'Arm√©nie se soul√®ve quand Justinien passe un d√©cret soumettant les Arm√©niens aux m√™mes lois que le reste des Romains[N 4]. Les rebelles ne tardent pas √† requ√©rir l'intervention des Sassanides qui s'inqui√®tent des progr√®s notables de Justinien en Occident. Au-del√† de gains territoriaux qu'il sait difficiles √† acqu√©rir, Khosro esp√®re surtout renflouer les caisses de son empire[59]. Les rivalit√©s entre les Ghassanides (pro-byzantins) et les Lakhmides (pro-sassanides) lui servent de pr√©texte pour intervenir car il reproche √† Justinien d'essayer d'acheter les seconds. Or, Justinien n'a aucun int√©r√™t √† la guerre, qui risque de d√©tourner des moyens pr√©cieux de ses entreprises expansionnistes en Occident, mais ses efforts diplomatiques restent lettre morte. Khosro mobilise une grande arm√©e pour remonter l'Euphrate, s'emparant notamment de Sura qu'il d√©molit. Les d√©fenses byzantines ne sont pas en mesure de r√©sister √† cette incursion. En juin 541, les Sassanides assi√®gent Antioche, une cit√© strat√©gique de la Syrie, que Germanus ne peut d√©fendre. La ville est mise √† sac et Khosro peut rentrer victorieux √† Ct√©siphon. La destruction d'Antioche, ville phare de la chr√©tient√© orientale, est un choc pour Justinien et pour tout l'Empire. Si l'empereur met en Ňďuvre d'importants moyens pour reconstruire la ville, cet √©pisode est l'un de ses plus gros √©checs en mati√®re de politique ext√©rieure[61].

Carte du Moyen-Orient, en rouge le nom des provinces romaines
La fronti√®re perso-byzantine √† la mort de Justinien. Th√©√Ętre de rudes combats, elle n'√©volue que marginalement.

Cette premi√®re campagne a d'autres cons√©quences. Le roi Lazique Gubaz√®s II d√©cide de se tourner vers les Sassanides et leur demande de chasser les Byzantins. Justinien est alors oblig√© de r√©agir face √† la d√©gradation de la situation. Comme souvent, il se tourne vers B√©lisaire qu'il rappelle d'Italie. Pour autant, s'il tient t√™te aux Sassanides, il n'obtient aucun r√©sultat d√©cisif et le conflit tend √† s'√©quilibrer alors qu'une √©pid√©mie de peste frappe la r√©gion frontali√®re, fragilisant les deux arm√©es. B√©lisaire tombe m√™me en disgr√Ęce aupr√®s de Justinien. Cela n'emp√™che pas l'Empire de mobiliser une vaste arm√©e de 30 000 hommes mais, comme souvent, l'absence de g√©n√©ral en chef cr√©e la discorde entre les commandants, aboutissant √† une campagne peu glorieuse, surtout ponctu√©e de raids. Face √† l'enlisement de cette guerre, les deux puissances s'accordent sur une tr√™ve en 545. Pour autant, la guerre se poursuit en Lazique, que les deux empires esp√®rent faire entrer dans leur sph√®re d'influence[62]. Gubaz√®s regrette rapidement de s'√™tre tourn√© vers les Sassanides qui tentent d'imposer le culte mazd√©iste, tandis que l'interruption des liens commerciaux avec l'Empire byzantin a des r√©percussions n√©gatives sur son royaume[63]. Justinien r√©pond alors √† ses demandes de pardon et lui envoie une troupe de 8 000 hommes conduite par le g√©n√©ral Dagisth√©e[64]. L√† encore, les deux arm√©es se neutralisent[65]. Ni Bessas, qui remplace Dagisth√©e, ni Mihr-Mihroe pour les Sassanides ne sont capables de prendre le dessus[66]. Finalement, c'est Khosro qui requiert la paix, √©tant donn√© le co√Ľt exorbitant de cette campagne, li√© √† la difficult√© plus grande pour les Sassanides d'y acheminer des renforts. La tr√™ve entre les deux empires est √©tendue √† la Lazique en 557. En 561, une nouvelle paix est conclue entre Justinien et Khosro qui ne diff√®re gu√®re de la ¬ę paix √©ternelle ¬Ľ de . La domination byzantine sur la Lazique est confirm√©e mais l'Empire byzantin doit verser 30 000 pi√®ces d'or par an √† la Perse, tandis que cette derni√®re garantit la libert√© religieuse pour les chr√©tiens[67]. La fronti√®re, elle, reste la m√™me, confirmant l'incapacit√© de l'une des deux puissances √† imposer sa domination.

Des menaces contenues dans les Balkans

Photographie en couleur d'un monument en ruines, deux tours et une porte apparaissent
Porte est de la forteresse de Diana, l'une des nombreuses fortifications que Justinien fait construire ou restaurer dans les Balkans.

Durant le r√®gne de Justinien, le front balkanique reste relativement calme, m√™me si l'Empire doit faire face aux tentatives renouvel√©es des divers peuples vivant plus au nord de franchir la fronti√®re du Danube. Parmi ces derniers figurent notamment les Slaves, les Bulgares ou les Avars. Si des historiens de l'√©poque comme Procope de C√©sar√©e traitent avec un certain d√©dain cette guerre secondaire, consid√©rant d'ailleurs que Justinien n'y accorde qu'une importance limit√©e, l'empereur ne d√©laisse pas cette r√©gion. √Ä l'instar de la politique qu'il m√®ne en Orient, il tente avant tout de pr√©server la paix pour se consacrer √† ses conqu√™tes en Occident. De ce fait, il conduit l'Ňďuvre de fortifications de la fronti√®re traditionnelle (le limes) mais il va au-del√†, fortifiant la p√©ninsule dans la profondeur[68]. Procope de C√©sar√©e met particuli√®rement en avant cet aspect de la politique balkanique de Justinien, et il est parfois difficile de savoir si tous les travaux attribu√©s √† Justinien (six cents selon Procope) le sont de mani√®re certaine[69]. L'objectif de ces forteresses est de prot√©ger des positions strat√©giques de la p√©ninsule balkanique et de fournir des lieux de refuge √† la population en cas de raids. D√®s lors, ces derniers aboutissent moins facilement √† la constitution de butins importants et doivent se risquer √† la prise de forteresses, ce qui conduit Charles Diehl √† dire que Justinien ¬ę fait de l'Empire un camp retranch√© ¬Ľ[70]. Toutefois, √† terme, cette strat√©gie d√©fensive est d'une efficacit√© r√©duite, car ces nombreuses positions fortifi√©es ne disposent g√©n√©ralement pas de garnisons suffisantes pour pleinement jouer leur r√īle[71] - [72]. Enfin, en parall√®le de son entreprise de fortification des Balkans, Justinien pr√©f√®re n√©gocier avec les barbares, concluant des accords avec les G√©pides, les Lombards ou les H√©rules, ces derniers se voyant confirmer leur statut de f√©d√©r√©s[73] - [74] - [75].

Pour autant, cela ne suffit pas √† pr√©venir les invasions et les raids, souvent de faible envergure mais qui obligent l'Empire √† maintenir des forces dans la r√©gion. Ainsi, entre 527 et 530, Mundus, un ancien G√©pide devenu ma√ģtre des milices d'Illyrie, repousse plusieurs raids[76]. En , les G√©pides s'emparent de cit√©s abandonn√©es par les Goths, comme Sirmium, du fait de la guerre des Goths[77]. Justinien met alors un terme √† l'accord pass√© avec ce peuple, tente de les combattre sans grands r√©sultats et revient √† une politique de conciliation. Pour renforcer la s√©curit√© de la p√©ninsule balkanique, l'empereur en r√©organise l'administration. Il remplace les vicaires des dioc√®ses de Thrace et du mur d'Anasthase par un pr√™teur justinien de Thrace, aux fonctions civiles et militaires[78]. De m√™me, le poste de questeur justinien de l'arm√©e est cr√©√©, avec √† sa charge la d√©fense du Bas-Danube[78], l'objectif √©tant de parvenir √† un approvisionnement r√©gulier des forces pr√©sentes dans cette r√©gion strat√©giquement importante[79] - [N 5]. En 539-540, comme sur la plupart des autres fronts, la situation bascule dans un sens d√©favorable √† l'Empire byzantin. Les Koutrigoures m√®nent un raid de grande envergure dans l'Illyrie, poussant jusqu'√† Thessalonique ou aux Dardanelles[77]. Il ne s'agissait plus de petits raids frontaliers de pillage, mais bien de forces organis√©es, susceptibles de perturber en profondeur la domination byzantine dans la r√©gion. Un autre raid s'avance jusqu'√† l'isthme de Corinthe, seulement bloqu√© par les fortifications. Les Antes et les Sklav√®nes sont aussi de la partie, ces derniers atteignant Dyrrachium en . Justinien envoie alors une arm√©e conduite par plusieurs g√©n√©raux de renom, dont Nars√®s, mais elle est vaincue. Finalement, c'est devant le mur d'Anasthase, premier dispositif de la d√©fense rapproch√©e de Constantinople, que les Sklav√®nes sont vaincus. En Pannonie, ce sont les Francs de Thibert Ier qui repr√©sentent une menace pour la supr√©matie imp√©riale, mais Justinien s'allie avec les Lombards pour parer au danger. La m√™me alliance est mise en Ňďuvre pour √©loigner la menace des G√©pides, l'empereur jouant habilement des rivalit√©s entre ces deux peuples qui, s'affaiblissant mutuellement, ne peuvent s'en prendre √† l'Empire byzantin[80].

En mars , intervient le plus grand raid dans les Balkans du r√®gne de Justinien. Les Koutrigoures, alli√©s aux Bulgares et aux Sklav√®nes, s'avancent vers le sud. Si deux des trois groupes sont finalement repouss√©s, le troisi√®me, conduit par Zabergan, s'avance jusqu'aux murailles de Constantinople, battant les Scholes palatines et contraignant l'empereur √† rappeler B√©lisaire de sa retraite. Celui-ci chasse Zabergan des environs de la capitale imp√©riale, ce qui ne l'emp√™che pas de piller la Thrace, tandis que Justinien d√©cide de restaurer le mur d'Anasthase en partie d√©truits par un s√©isme en . Enfin, comme souvent, il use de la diplomatie pour affaiblir les Koutrigoures. Apr√®s avoir conclu un trait√© de paix, il parvient √† susciter la rivalit√© entre ce peuple et les Onoghours pour les d√©tourner de l'Empire byzantin[81] - [82]. En revanche, √† la fin du r√®gne de Justinien, les Avars commencent √† appara√ģtre au nord du Danube. Si l'empereur parvient √† maintenir de bonnes relations avec eux, ils font peser une nouvelle menace sur la souverainet√© byzantine dans les Balkans, qui reste fragile[77].

Justinien est aussi attentif à maintenir l'influence byzantine sur le nord de la Mer Noire. Sur les régions de l’antique royaume du Pont, l’Empire conserve quelques têtes de pont qui constituent autant de comptoirs commerciaux régulièrement menacés par les peuples nomades de la steppe eurasiatique. La stratégie byzantine, calquée sur celle de Rome, est de maintenir un réseau de royaumes clients ou de peuples alliés en lieu et place d'une domination directe. Pour cela, les Byzantins tentent de convertir au christianisme les Koutrigoures de la région, dirigés par Grod. Ce dernier se rend à Constantinople, est baptisé mais est renversé à son retour. Vers 528, les Koutrigoures s’emparent de Bosphorus, anciennement Panticapée. Justinien envoie une flotte reprendre cette cité et raffermir l’alliance avec les Goths de Crimée, encore présents dans la région. Ces derniers, qui ne sont pas ariens à la différence des Wisigoths et des Ostrogoths, constituent des alliés pour l’Empire[83].

Guerre contre les Vandales

Carte de la Méditerranée centrée sur la Sardaigne, en violet les terres des Vandales
Royaume vandale vers 455.

La grande Ňďuvre de la politique ext√©rieure de Justinien est le r√©tablissement des anciennes fronti√®res de l'Empire romain. Pour cela, il conduit des campagnes militaires expansionnistes sur les anciennes terres romaines et l'Afrique du Nord est sa premi√®re cible. La r√©gion de Carthage est tomb√©e aux mains des Vandales au d√©but du Ve si√®cle, qui se sont toujours montr√©s hostiles √† l'Empire romain, rejetant la souverainet√© imp√©riale, m√™me nominale et allant jusqu'√† mettre Rome √† sac en 455[84]. D√©j√†, Basiliscus a conduit une exp√©dition de tr√®s grande envergure (1 100 navires) pour mater ce royaume, mais elle tourne au d√©sastre avec la destruction d'une grande partie de la flotte. En outre, le royaume vandale professe l'arianisme rejet√© par Constantinople, accroissant les dissensions entre les deux camps[85]. Si Hild√©ric, roi depuis , modifie la politique vandale dans un sens plus favorable aux Romains, il est renvers√© en par G√©limer. Justinien se sert de cet √©v√©nement pour s'immiscer dans la politique vandale. Il demande au nouveau roi de lib√©rer Hild√©ric, sans r√©sultats. Plus encore, G√©limer d√©nonce l'immixtion de Justinien dans les affaires de son royaume. De ce fait, l'empereur d√©cide de conduire une exp√©dition militaire, officiellement pour r√©tablir Hild√©ric sur le tr√īne. En outre, il est probablement motiv√© par la d√©fense des catholiques pers√©cut√©s. Une autre motivation pourrait √™tre le d√©sir de mettre fin √† la piraterie des Vandales et r√©tablir la domination romaine en M√©diterran√©e[46]. Enfin, il sait que les Maures se soul√®vent r√©guli√®rement, affaiblissant l'autorit√© vandale, ce qui le rend confiant quant √† la possibilit√© d'une campagne victorieuse[86] - [87].

Carte des opérations de la guerre des Vandales, à droite une légende en anglais
La guerre des Vandales.

Dans un premier temps, le S√©nat s'oppose √† ce qu'il juge √™tre une aventure dispendieuse, rappelant le co√Ľt exorbitant de la campagne catastrophique de Basiliscus. Si la guerre est finie en Orient, les militaires aspirent au repos. Jean de Cappadoce, le puissant pr√©fet du pr√©toire, est r√©solument oppos√© √† ce projet en raison de son co√Ľt[88], alors que les autorit√©s religieuses sont plut√īt favorables √† cette campagne contre les Vandales ariens[89]. En d√©pit des oppositions nombreuses, Justinien impose son projet et la flotte quitte la cit√© imp√©riale le , sous le commandement de B√©lisaire. L'exp√©dition transporte 15 000 hommes dont 5 000 cavaliers sur cinq cents navires prot√©g√©s par 92 dromons, comprenant eux-m√™mes 2 000 hommes[90]. C'est donc une arm√©e relativement r√©duite, d'autant que cinq cents hommes p√©rissent en chemin, mais cette fois-ci, aucune flotte vandale ne se dresse contre l'escadre romaine. En outre, cette derni√®re peut faire √©tape dans les ports ostrogoths de la Sicile car Amalasonte, reine des Ostrogoths, s'oppose √† G√©limer. Ce dernier est alors occup√© par une campagne contre les Maures et ne s'attend aucunement √† l'attaque des Romains. Plus encore, il a envoy√© une exp√©dition en Sardaigne pour mater la r√©volte du gouverneur local, ainsi qu'une arm√©e pour r√©primer le soul√®vement de Prudentius, un noble romain de Tripolitaine[45] - [91].

B√©lisaire d√©barque en Afrique √† la fin du mois d'ao√Ľt et √©tablit son camp √† Chebba, √† cinq jours de marche au sud de Carthage. En face, c'est le g√©n√©ral Ammatas, le fr√®re de G√©limer qui d√©fend la cit√© car le roi vandale est toujours en campagne. Alors que B√©lisaire progresse, les Vandales pr√©voient de l'attaquer par trois c√īt√©s mais manquent de coordination entre eux. Lors de la bataille de l'Ad Decimum, les Byzantins battent successivement les trois arm√©es vandales, tuant Ammatas et contraignant G√©limer √† fuir avec le reste de ses troupes[92]. La route de Carthage est d√©sormais libre, d'autant que ses habitants ouvrent les portes de la cit√© au g√©n√©ral byzantin[93]. Ce dernier entre dans la ville le , avec une arm√©e disciplin√©e √† qui il a d√©fendu tout pillage. Tout en rendant aux catholiques la basilique de Saint-Cyprien, il se garde de toute discrimination envers les Ariens et les Vandales vaincus, toujours dans la perspective de ne pas se mettre √† dos la population locale[94].

Pour autant, G√©limer n'a pas encore abandonn√© la partie. Il rassemble son arm√©e, renforc√©e du contingent revenu de Sardaigne et se positionne √† Tricam√©ron, √† vingt-cinq kilom√®tres √† l'ouest de Carthage. Finalement, durant le courant du mois de d√©cembre, B√©lisaire sort de la ville et vient √† la rencontre des Vandales qu'il met en d√©route, contraignant G√©limer √† s'enfuir dans les montagnes, poursuivi par Jean l'Arm√©nien[95]. Le g√©n√©ral byzantin compl√®te sa victoire en envoyant des troupes prendre possession de la Sardaigne, de la Corse et des √éles Bal√©ares[96]. Le royaume vandale a d√©finitivement cess√© d'exister. La grande majorit√© de l'ancienne Afrique romaine est reconquise, √† l'exception des portions les plus occidentales, notamment l'ancienne province de Maur√©tanie tingitane[N 6] - [97]. Au printemps 534, B√©lisaire rentre √† Constantinople o√Ļ il jouit d'un triomphe romain pour r√©compenser ses succ√®s, m√™me si c'est surtout Justinien qui est mis en avant. En Afrique, Solomon le remplace √† la t√™te de la nouvelle pr√©fecture du pr√©toire d'Afrique, poste qu'il cumule avec celui de ma√ģtre des milices d'Afrique[98] - [99].

Une pacification difficile

Si la conqu√™te du royaume vandale est relativement ais√©e, elle ne met pas un terme √† toute activit√© militaire en Afrique. Rapidement, le gouverneur Solomon est en butte aux m√™mes probl√®mes que les Vandales, c'est-√†-dire les soul√®vements r√©p√©t√©s des Maures, un ensemble disparate de tribus habitant aux marges de la nouvelle Afrique byzantine. Parmi ces peuples, trois principaux peuvent √™tre distingu√©s : les Frexes qui vivent au sud-est de la Byzac√®ne, les peuples de l'Aur√®s en Numidie, et un ensemble plus composite de tribus en Tripolitaine et en Cyr√©na√Įque, dont les Laguatan. Certains chefs se distinguent rapidement contre les Byzantins, √† l'image d'Antalas √† la t√™te des Frexes, Cusina ou encore Iaudas. Dans un premier temps, si ces peuples reconnaissent la suzerainet√© byzantine et se r√©jouissent de la chute des Vandales, la remise en cause de leur autonomie par l'Empire byzantin cr√©e des tensions. D√®s 535, Solomon doit conduire une campagne pour mater la r√©bellion de Cusina, soutenue par Iaudas[100].

En 536, Solomon est en butte √† une r√©volte de sa propre arm√©e. Les militaires, fatigu√©s par les campagnes incessantes, se plaignent des retards dans le paiement de leurs soldes, tandis que le durcissement des interdictions faites aux ariens de pratiquer leur religion d√©pla√ģt profond√©ment aux soldats de cette confession. Cette ambiance g√©n√©ralis√©e de d√©ception conduit √† un d√©but de s√©dition. Les mutins se r√©unissent en dehors de la capitale et choisissent Stotzas comme chef. Finalement, apr√®s un premier succ√®s de B√©lisaire, sp√©cialement revenu d'Italie pour combattre les rebelles, c'est Germanus, le successeur de Solomon, qui √©crase d√©finitivement la r√©volte[101]. Cela permet √† Solomon, revenu en Afrique, de reprendre la lutte contre les Maures et Iaudas en particulier. Finalement, en 539, la province est enfin pacifi√©e, au moins provisoirement[102].

En effet, en 543, les Maures se soul√®vent √† nouveau. Cette fois-ci, les nombreuses tribus parviennent √† s'unir, ce qui met en p√©ril la position byzantine. Ils parviennent √† obtenir de premi√®res victoires et pillent les campagnes, notamment en Byzac√®ne. Plus encore, ils s'allient avec Antalas, pourtant partisan de longue date de l'Empire. Seul Cusina se range aux c√īt√©s de ce dernier. La situation d√©g√©n√®re d'autant plus que Solomon, apr√®s un succ√®s contre les Maures, est finalement battu et tu√© par ceux ci lors de la bataille de Suf√©tula en 544, tandis que Stotzas rejoint les rebelles berb√®res. Le g√©n√©ral Serge, le nouveau gouverneur est incapable de conduire une action efficace, d'autant qu'il se brouille avec son principal officier. Justinien tente de r√©agir une premi√®re fois en nommant Ar√©obindus √† la t√™te de la province, comme pr√©fet du pr√©toire mais sans d√©mettre Serge. De nouveau, aucun r√©sultat concret n'√©merge. Le commandement byzantin, divis√© et sans moyens humains suffisants en raison de la guerre en Italie, est incapable de s'opposer efficacement aux Maures[103]. En 546, Justinien envoie Jean Troglita, le h√©ros de la Johannide, r√©cit √©pique de Corippe. Son arriv√©e renforce consid√©rablement la position byzantine. Il parvient √† la fois √† s'assurer le soutien ou au moins la neutralit√© de certaines tribus maures tout en r√©organisant l'arm√©e sur place[104]. Apr√®s un premier succ√®s probant, il est vaincu lors de la bataille de Marta en 547 et doit se replier[105]. Finalement, au printemps 548, gr√Ęce au soutien de tribus maures dont celle de Iaudas, il √©crase les rebelles √† la bataille des champs de Caton. Cette victoire d√©cisive permet aux Byzantins d'√©tablir effectivement la paix dans la r√©gion, m√™me si une nouvelle r√©volte √©clate en 563 apr√®s l'assassinat de Cusina √† l'instigation du nouveau pr√©fet du pr√©toire[106] - [107]. Quoi qu'il en soit, ces s√©ries de guerres et de r√©voltes affaiblissent la r√©ussite de la conqu√™te rapide du royaume des Vandales. L'Afrique byzantine est en effet profond√©ment d√©sorganis√©e et appauvrie par des combats souvent accompagn√©s de pillages, obligeant les habitants √† fuir. Toutefois, par la suite, la s√©curit√© de la province parvient √† √™tre assur√©e relativement efficacement, au moins jusqu'aux premi√®res invasions arabes au milieu du VIIe si√®cle et l'Afrique byzantine peut rapidement jouir d'une prosp√©rit√© √©conomique renouvel√©e[108] - [109].

Guerre contre les Ostrogoths

Photo d'une sculpture en ivoire représentant un homme à cheval
Ivoire Barberini représentant probablement l'empereur Justinien triomphant, Musée du Louvre.
Carte de l'Europe montrant en bleu les limites du royaume ostrogoth
Royaume ostrogoth vers 489-553.

La conquête rapide de l'Afrique du Nord permet à Justinien de tourner son attention vers un autre territoire. L'Italie est le centre historique de la puissance romaine. L'importance symbolique de sa reprise n'en est que plus grande. Plus encore, la présence dans la péninsule du royaume ostrogoth constitue une menace latente pour l'Empire, notamment pour sa province africaine récemment reconquise[110].

Le temps des victoires (535-540)

Si le royaume des Vandales avait toujours constitu√© une menace pour les int√©r√™ts byzantins, il en va diff√©remment du royaume Ostrogoth implant√© en Italie. En effet, ce peuple a r√©guli√®rement reconnu la supr√©matie imp√©riale, m√™me si ce lien de domination reste purement formel[111]. Ainsi, apr√®s la chute de Rome aux mains des H√©rules, les Ostrogoths interviennent et battent Odoacre en 492. Th√©odoric le Grand se fait alors nommer roi d'Italie et est reconnu comme rex gloriosissimus et r√©gent d'Italie par l'empereur Anastase Ier. En tant que ma√ģtre des milices praesentalis, il est formellement un fonctionnaire romain, ce qui facilite la coexistence entre les Ostrogoths et les citoyens romains, encore nombreux √† vivre dans la p√©ninsule[112]. Toutefois, ces rapports cordiaux entre l'Empire et le royaume, reposant sur le maintien d'une fiction de suzerainet√© du premier sur le second, se d√©gradent rapidement[113]. L'une des causes est religieuse, car les Ostrogoths sont des partisans de l'arianisme, ce qui les met en porte-√†-faux avec la politique byzantine oppos√©e aux doctrines h√©t√©rodoxes. Si Amalasonte, qui assure la r√©gence apr√®s la mort de Th√©odoric, tente de maintenir de bonnes relations avec Justinien, soutenant ce dernier dans sa lutte contre les Vandales, cette politique suscite des protestations parmi les Goths et, apr√®s son mariage avec Amalasonte, Th√©odat ne tarde pas √† l'emprisonner puis √† l'ex√©cuter. Il n'en faut pas plus pour que Justinien s'en serve comme pr√©texte pour entrer en guerre. Son objectif est bien de ramener l'Italie, terre embl√©matique de l'histoire romaine, dans le giron imp√©rial en la lib√©rant de l'emprise des Barbares et des h√©r√©tiques[114].

Carte de la guerre des Goths, en bas à gauche une légende en français
La guerre des Goths.

Pour autant, la guerre contre les Goths est plus ardue que la guerre contre les Vandales, car la population locale ne se m√©fie pas autant de l'occupation barbare en Afrique. En 535, les Byzantins attaquent sur deux fronts[115]. Mundus s'empare de la Dalmatie et B√©lisaire de la Sicile, presque sans combattre. En face, Th√©odat fait preuve de passivit√© face √† l'envahisseur. Il tente vainement des propositions de paix. Si la mort de Mundus et le d√©part de B√©lisaire pour r√©primer une r√©bellion en Afrique lui offrent un sursis de courte dur√©e, les Byzantins repartent de l'avant en 536. B√©lisaire d√©barque dans le Sud de l'Italie, s'empare de Naples apr√®s son si√®ge et s'avance vers Rome[116]. Dans l'urgence, les Ostrogoths nomme Vitig√®s comme leur nouveau roi, qui d√©cide de porter ses forces en Dalmatie. Pourtant, c'est du sud que vient le danger. B√©lisaire p√©n√®tre sans r√©sistance dans Rome le . C'est un succ√®s d'ampleur, notamment sur le plan symbolique, qui permet √† Justinien de r√©tablir la souverainet√© imp√©riale sur la cit√© imp√©riale par excellence. Vitig√®s r√©agit en se dirigeant vers Rome, qu'il assi√®ge durant plus d'un an. Avec des effectifs limit√©s (5 000 hommes), B√©lisaire lui tient t√™te en recevant r√©guli√®rement des renforts. Vitig√®s est contraint de n√©gocier. Il envoie une ambassade aupr√®s de Justinien sans r√©sultats et il doit lever le si√®ge pour faire face √† une autre offensive byzantine qui vient de prendre Rimini et menace Ravenne[117].

Vainqueur √† Rome, B√©lisaire peut reprendre son offensive vers le nord de l'Italie, s'emparant notamment de Milan. Il rejoint d'autres arm√©es byzantines ainsi que le g√©n√©ral Nars√®s √† Fermo[118]. Toutefois, des tensions apparaissent entre les deux g√©n√©raux, compliquant la progression byzantine avec la perte de Milan. Toute progression n'est pas entrav√©e pour autant. B√©lisaire chasse Vitig√®s qui assi√©geait Rimini et se rend ma√ģtre de l'Italie centrale en 539. En mai 540, il s'empare de Ravenne, la principale cit√© italienne de l'√©poque et fait prisonnier Vitig√®s. La victoire est proche pour Justinien mais la r√©ouverture des hostilit√©s avec les Sassanides l'oblige √† d√©ployer ses forces et B√©lisaire en Orient. En outre, l'empereur le soup√ßonne de volont√©s s√©ditieuses, bien qu'il ait refus√© le titre de roi d'Italie que lui proposent les Ostrogoths[109].

Riposte des Ostrogoths et conquête définitive (541-555)

Peinture d'une scène de bataille
Bataille sur les pentes du Vésuve, peinture d'Alexander Zick.

Si les succ√®s de B√©lisaire ont permis d'affermir la domination byzantine en Italie, toute r√©sistance des Ostrogoths n'est pas annihil√©e car ils conservent d'importantes positions au nord[119]. En outre, s'ils se sont formellement soumis √† l'Empire, c'est avant tout √† B√©lisaire qu'ils ont reconnu la victoire et son d√©part provoque leur r√©bellion. Ainsi, Hildebad continue la lutte. Apr√®s sa mort en 541, Totila finit par arriver au pouvoir et conduit rapidement des campagnes victorieuses contre l'Empire byzantin, dont le commandement militaire r√©gional est dispers√© entre plusieurs g√©n√©raux. De surcro√ģt, Justinien doit mobiliser le gros de ses forces face aux Sassanides et les effectifs dans la r√©gion ne sont gu√®re suffisants pour tenir toute la p√©ninsule[120]. Enfin, la reconqu√™te byzantine s'accompagne d'une pression fiscale accrue qui entra√ģne une d√©fiance de la population locale[121] - [122]. En 542, l'arm√©e byzantine est vaincue √† V√©rone ainsi qu'√† Faventia o√Ļ Totila fait la d√©monstration de ses talents militaires. Bient√īt, les Byzantins sont contraints de se replier dans les villes, laissant la campagne √™tre reprise par les Ostrogoths, qui mettent le si√®ge devant Naples. Justinien r√©agit en nommant Maximin comme pr√©fet du pr√©toire, mais celui-ci s'av√®re incapable de mener une quelconque action efficace et Naples se rend au printemps 543[123]. L'empereur d√©cide alors de faire de nouveau confiance √† B√©lisaire, qui n'a pourtant plus les faveurs imp√©riales. Toutefois, il ne dispose pas de forces suffisantes pour vaincre Totila qui assi√®ge Rome √† la fin de l'ann√©e 545. La cit√© imp√©riale, √©puis√©e par un an de si√®ge et de famine, est prise par tra√ģtrise le et pill√©e par les soldats ostrogoths. Toutefois, Totila s'abstient de la repeupler et repart rapidement en campagne, ce qui permet √† B√©lisaire de r√©occuper la cit√© imp√©riale d√®s avril 547[124]. C'est le dernier grand succ√®s de B√©lisaire qui revient √† Constantinople au d√©but de 549, sans qu'un successeur √† sa hauteur ne soit trouv√© imm√©diatement. D√®s lors, les Ostrogoths sont libres de poursuivre leur tentative d'expulser les Byzantins de la p√©ninsule, allant jusqu'√† piller la Sicile. Finalement, √† la fin de l'ann√©e 550, Justinien envoie Nars√®s √† la t√™te des troupes byzantines en Italie. S'il est peu exp√©riment√©, ce g√©n√©ral jouit des gr√Ęces de l'empereur qui, face √† la situation d√©l√©t√®re dans la r√©gion, accepte de faire droit √† ses demandes d'effectifs et de moyens financiers pour mobiliser une arm√©e susceptible de vaincre d√©finitivement les Ostrogoths. Nars√®s arrive sur place au printemps 552 avec une force de pr√®s de 30 000 hommes[125]. En , il rencontre pour la premi√®re fois l'arm√©e ennemie compos√©e de 18 000 hommes qu'il met en d√©route √† la bataille de Taginae, tandis que Totila p√©rit sur le champ de bataille[126].

En rose plus foncé, les exarchats de Ravenne et de Carthage en 560, avec les langues vernaculaires.

Ce succ√®s marque un tournant dans le conflit. Les Byzantins ont d√©finitivement repris l'initiative et progressent rapidement, s'emparant de Narni, Spol√®te ou encore P√©rouse. Priv√©s de chef, les Ostrogoths nomment un nouveau roi en la personne de Teias. Ce dernier tente d'abord de briser le si√®ge de Cumes o√Ļ est conserv√©e une partie du tr√©sor de son royaume. Le terrain d'affrontement se situe alors aux pieds du V√©suve et les deux arm√©es se tiennent face √† face durant pr√®s de deux mois. Finalement, la bataille du V√©suve se d√©roule le au niveau des monts Lattari o√Ļ Teias s'est r√©fugi√©. Les Ostrogoths sont de nouveau vaincus et Teias tu√©[127]. Nars√®s peut alors se consacrer √† l'ach√®vement de la reconqu√™te de l'Italie. D√©laissant Cumes toujours assi√©g√©e, il s'empare des villes d'Italie centrale encore d√©tenues par l'ennemi, comme Florence, Pise ou Lucques, avant que Cumes ne se rende au d√©but de l'ann√©e 554. Dans le m√™me temps, le roi des Francs Thibaut d√©cide d'intervenir dans la r√©gion, officiellement pour soutenir les Goths mais surtout pour son propre compte, esp√©rant profiter du chaos r√©gnant dans la p√©ninsule. Toutefois, cette entreprise de pillage se termine avec la d√©faite des Francs √† la bataille du Volturno en 554. Les derni√®res poches de r√©sistance des Goths se rendent progressivement, jusqu'√† la prise de V√©rone et de Brescia en 561 et l'Italie est √† nouveau sous l'autorit√© d'un Empire romain[128].

N√©anmoins, la p√©ninsule a profond√©ment souffert de cette guerre prolong√©e, √† l'image de Rome dont la population chute probablement √† 30 000 habitants, contre 200 000 apr√®s le sac de Rome en 410 et plus de 600 000 √† son apog√©e[129]. Par comparaison, Constantinople comprend autour de 500 000 habitants[130] - [131]. Les campagnes aussi ont durement souffert et nombre d'aristocrates et s√©nateurs romains ont fui la r√©gion, parfois pour Constantinople. D√®s lors, si la Pragmatique Sanction de 554 √† propos de l'Italie rend ses privil√®ges √† la classe s√©natoriale romaine, cela n'a que peu de cons√©quences pratiques car les structures sociales et politiques dans la r√©gion ont profond√©ment √©volu√©[132]. Parmi les principales cit√©s italiennes, seule Ravenne conserve son importance. Elle ne tarde pas √† devenir l'exarchat de Ravenne. De ce fait, l'Italie ne peut en aucun cas √™tre consid√©r√©e comme le centre retrouv√© de l'Empire romain. Elle est un territoire p√©riph√©rique, difficile √† contr√īler sur le long terme, m√™me si une r√©gion comme la Sicile s'av√®re florissante et strat√©giquement d√©terminante pour le contr√īle de la mer M√©diterran√©e[119]. En effet, cette derni√®re reprenait l'aspect d'une mare nostrum, sous le contr√īle de l'Empire[133].

La reconquête partielle de l'Espagne : la prise de la Bétique

Carte de l'Espagne byzantine

L'exp√©dition la plus occidentale men√©e sous le r√®gne de Justinien est l'envoi de troupes en Espagne. Cette ancienne province romaine est alors le lieu d'implantation du royaume wisigoth, dirig√© par Theudis au d√©but du r√®gne de Justinien. Dans le cadre de la guerre des Vandales, il refuse de soutenir G√©limer, mais il s'empare de la forteresse de Septem (Ceuta), sur la c√īte africaine du d√©troit de Gibraltar. Toutefois, d√®s 534, B√©lisaire la r√©cup√®re et les Byzantins la conservent en d√©pit du si√®ge des Wisigoths en 547. Justinien profite ensuite de troubles internes au royaume pour intervenir. Le nouveau roi, Agila Ier, est alors en butte √† la r√©volte d'Athanagilde Ier qui demande le soutien de l'Empire byzantin. L'empereur envoie alors le patrice Lib√©rius vers 552, pourtant √Ęg√© de plus de quatre-vingt ans, ce qui semble indiquer que Justinien n'esp√®re pas reconqu√©rir l'ensemble de la p√©ninsule ib√©rique. Gr√Ęce √† cette aide, Athanagilde parvient √† vaincre son adversaire et √† s'installer sur le tr√īne, tandis que les Byzantins en profitent pour s'emparer d'une r√©gion correspondant peu ou prou √† l'Andalousie, comprenant les villes de Carthag√®ne, Malaga ou Cordoue, le tout au prix d'un faible investissement en hommes et en argent[132] - [134] - [135]. Toutefois, apr√®s l'arriv√©e au pouvoir d'Athanagilde, les Byzantins ne parviennent pas √† poursuivre leur progression. Avec la mort de Justinien, cette tentative partielle de constituer une t√™te de pont en Espagne s'√©vanouit progressivement. Les derni√®res possessions imp√©riales dans la r√©gion semblent dispara√ģtre vers 624, non sans avoir influenc√©, √† un degr√© limit√©, certaines pratiques du royaume wisigoth, comme la proximit√© entre l'√Čglise et l'√Čtat, ainsi que la vie culturelle locale (Martin de Braga ma√ģtrise ainsi tr√®s bien le grec)[136] - [137] - [138] - [139].

Des défis intérieurs

La sédition Nika

Carte détaillé d'une partie de ville comprenant de gauche à droite, un hippodrome, un palais et des églises
Le Grand Palais, haut lieu de la contestation lors de la sédition Nika.

Le principal événement intérieur du règne de Justinien est la sédition Nika en , qui met en cause directement l'autorité impériale. Les causes directes de ce soulèvement sont incertaines mais la sédition met en lumière l'état de mécontentement d'une partie de l'opinion publique. La pression fiscale croissante, la politique religieuse inflexible de Justinien à l'égard de ceux considérés comme des hérétiques mais aussi l'opposition de l'aristocratie envers un empereur d'origine modeste sont les raisons les plus souvent citées[140] - [141]. Les racines de cette révolte proviennent des rivalités entre les factions de la capitale, notamment les Bleus et les Verts. Ces couleurs ne désignent pas seulement les équipes des courses de char. Sans être l'équivalent parfois décrit de partis politiques, elles peuvent révéler les fractures de l'opinion publique byzantine sur des sujets sensibles comme la religion, ce qui explique les accès de violence qui émaillent leurs oppositions. Elles sont aussi le réceptacle de revendications de natures très variées[142].

Il est difficile de dater exactement l'√©v√©nement qui cause la r√©volte mais il intervient dans le courant du mois de janvier , lors de courses de char au sein de l'hippodrome de Constantinople. Comme souvent, des rixes violentes √©clatent entre les Bleus, plut√īt soutenus par l'empereur, et les Verts. En r√©action, des fauteurs de troubles sont condamn√©s √† mort. Les deux camps s'unissent alors pour r√©clamer la cl√©mence de l'empereur[N 7] ainsi que la d√©mission de trois hauts fonctionnaires : le questeur Tribonien, le pr√©fet de la ville de Constantinople Eud√©mon et le pr√©fet du pr√©toire Jean de Cappadoce, particuli√®rement impopulaire car tenu pour responsable de la forte pression fiscale[143] - [144]. D'abord inflexible, Justinien finit par c√©der partiellement d√®s lors que la situation d√©g√©n√®re mais cette r√©action est trop tardive. Le , les √©meutiers s'en prennent √† des lieux symboliques comme la basilique Sainte-Sophie ou le Grand Palais tandis que l'empereur envoie la troupe contre eux, attisant le sentiment contestataire. Alors que des incendies ont ravag√© ou ravagent encore des quartiers entiers de la ville, la r√©volte prend un caract√®re politique quand, le , les Bleus et les Verts proclament empereur Hypace, un neveu du d√©funt Anastase Ier[145]. La situation est alors critique, Justinien fait barricader le Grand Palais et se r√©fugie dans le triclinium, envisageant peut-√™tre de fuir la capitale. Selon Procope de C√©sar√©e, c'est l'imp√©ratrice Th√©odora qui l'incite √† rester[N 8].

De leur c√īt√©, les g√©n√©raux B√©lisaire et Nars√®s reprennent peu √† peu les choses en main. De l'argent est distribu√© aux Bleus pour les ramener dans le camp imp√©rial tandis que les troupes de B√©lisaire p√©n√®trent dans l'hippodrome o√Ļ sont mass√©s la plupart des rebelles, dont Hypace. L'intervention tourne rapidement au massacre. Les sources divergent quant au nombre de victimes mais il exc√®de probablement les 30 000 morts. Hypace est arr√™t√© et ex√©cut√© d√®s le lendemain, ainsi que les principaux meneurs de la s√©dition. En d√©pit de la violence de la r√©pression, Justinien sort renforc√© de cette √©preuve qui consolide son autorit√© de mani√®re d√©cisive. De ce fait, des historiens comme Mischa Meier ont estim√© que cette s√©dition pouvait, au moins partiellement, avoir √©t√© provoqu√©e par l'empereur lui-m√™me[146] - [147].

Catastrophes naturelles et baisse de la population

Photographie en noir et blanc d'une bactérie
La bactérie Yersinia pestis, à l'origine de la peste de Justinien.

En 541, une pand√©mie de grande ampleur contribue aux difficult√©s naissantes de l'Empire apr√®s les premi√®res ann√©es de r√®gne florissantes. Elle semble avoir p√©n√©tr√© l'Empire par l'√Čgypte, pour ensuite remonter au nord par la Palestine et atteindre Constantinople vers le milieu de l'ann√©e 542[148]. Il est difficile de conna√ģtre le nombre exact de victimes, les chroniqueurs de l'√©poque tendant √† grossir les chiffres[N 9] mais il est possible que la moiti√© de la population soit touch√©e. Justinien pourrait avoir contract√© la maladie car il tombe gravement malade lors de l'√©pid√©mie. Des d√©bats ont eu lieu pour conna√ģtre la nature exacte de la maladie mais il semble bien que la peste bubonique soit √† retenir[N 10]. Face √† l'afflux massif de cadavres, des fosses communes sont creus√©es devant les murailles pour les y ensevelir, avant de les entasser dans des tours. L'ensemble des provinces de l'Empire sont aussi durement touch√©es puisque les terres africaines nouvellement conquises sont frapp√©es en . Si la maladie dispara√ģt au bout de trois ou quatre ans, une nouvelle √©pid√©mie appara√ģt en 553-554 qui tue surtout le b√©tail, puis en 555-556 et en √† Constantinople ; et enfin en 560-561 dans les provinces orientales. L'ampleur des cons√©quences d√©mographiques de la peste justinienne est d√©battue mais elle pourrait avoir touch√© d'un quart √† un tiers de la population, avec des effets variables selon les r√©gions. D'autant qu'aux effets de la peste proprement dite, il faut ajouter ses cons√©quences comme les famines qui sont plus fr√©quentes d√®s lors que le b√©tail est aussi touch√© et que l'organisation √©conomique de l'Empire est perturb√©e. En outre, cette peste a contribu√© au d√©peuplement des villes que les habitants fuient car elles sont propices aux contagions √† grande √©chelle, l'√©pid√©mie progressant le long des routes commerciales[149] - [150].

Toutefois, la peste ne suffit pas √† expliquer l'ensemble du d√©clin d√©mographique de la p√©riode[151]. En 535-536, un refroidissement du climat prononc√© provoque des r√©coltes m√©diocres et pourrait avoir jou√© un r√īle dans les difficult√©s de l'Empire romain d'Orient √† partir du milieu du VIe si√®cle, notamment sur le plan d√©mographique[152]. Au cours du r√®gne de Justinien, l'Empire byzantin est aussi frapp√© √† plusieurs reprises par des s√©ismes d'importance. C'est le cas d'Antioche, plusieurs fois en partie d√©truite puis reconstruite. La capitale est touch√©e plusieurs fois, notamment en 540-541, en 551 (de nombreuses autres villes sont alors touch√©es) mais surtout le o√Ļ la terre semble avoir trembl√© le plus violemment. De nombreux √©difices sont ab√ģm√©s, parmi lesquels les fortifications de la cit√© ainsi que le mur d'Anastase, qui ne peuvent bloquer le raid des Koutrigoures deux ann√©es plus tard. La basilique Sainte-Sophie est aussi fragilis√©e et une partie de la coupole centrale s'effondre quelques mois plus tard. D'autres catastrophes naturelles comme des inondations ou des s√©cheresses (notamment dans les ann√©es √† Constantinople) sont mentionn√©es par les chroniqueurs. Ceux-ci ne s'accordent pas toujours, ni sur la nature, ni sur la chronologie de ces √©v√©nements mais il appara√ģt avec certitude que leur nombre est important. En plus ou en cons√©quence de la peste, l'Empire conna√ģt un important d√©clin d√©mographique au cours de la deuxi√®me moiti√© du r√®gne de Justinien, mat√©rialis√© par la baisse des rentr√©es fiscales. Ainsi, entre 540 et 565, la partie orientale de l'Empire passe de 26 millions d'habitants √† moins de 20 millions. L'ensemble de ces √©v√©nements contribue aussi au d√©clin de nombre de cit√©s et de leurs institutions, comme √† Beyrouth frapp√© par un tremblement de terre[153]. Cependant, cette baisse d√©mographique est tr√®s variable en fonction des r√©gions, tandis qu'appara√ģt un nouveau type d'unit√© urbaine, interm√©diaire entre le village et les grandes cit√©s urbaines[154] - [155].

Ces catastrophes naturelles affaiblissent l'autorit√© de Justinien. Comme souvent √† l'√©poque, ces √©v√©nements sont consid√©r√©s comme des ch√Ętiments divins, contribuant √† la perte de l√©gitimit√© de l'empereur. Dans son Histoire secr√®te de Justinien, Procope de C√©sar√©e le tient directement pour responsable des malheurs de l'Empire, allant jusqu'√† le d√©peindre comme un d√©mon. Au-del√† de l'aspect pamphl√©taire de ce texte, il est le reflet d'une opinion existant dans l'Empire. En r√©action, Justinien renforce sa politique religieuse. Plus encore, il essaie d'accro√ģtre l'aspect divin de sa l√©gitimit√©. De plus en plus, ses repr√©sentations picturales le montrent sous des traits similaires √† ceux du Christ. L'√©dification de b√Ętiments religieux s'int√®gre dans ce d√©sir d'affermir la religiosit√© de son r√®gne, √† l'image de la reconstruction de la coupole de la basilique Sainte-Sophie, d√©truite par un tremblement de terre. Il en profite pour organiser une procession religieuse dans les rues de la capitale qui s'apparente √† un triomphe. Jusque dans son comportement, Justinien manifeste sa pi√©t√©. Connu pour ses pratiques asc√©tiques, il je√Ľne de plus en plus. En , alors qu'il a autour de quatre-vingts ans, il se rend en p√®lerinage en Galatie pour v√©n√©rer une tunique de la Vierge Marie[156] - [157].

La persistance de mouvements de protestations

Les difficult√©s auxquelles fait face l'Empire √† partir des ann√©es 540 contribuent √† entretenir un climat de contestation, non enti√®rement √©teint par la r√©pression de la s√©dition Nika. Des mesures prises par l'empereur et certains hauts fonctionnaires comme Jean de Cappadoce puis Pierre Barsym√®s sont vivement contest√©es. C'est le cas de l'√©pibol√®, une mesure fiscale qui permet de taxer le village pour des terres abandonn√©es par son propri√©taire et dont Justinien n'h√©site pas √† user, notamment pour lutter contre le d√©peuplement de certaines r√©gions. De m√™me, en , Pierre Barsym√®s instaure un monopole du commerce de la soie, entra√ģnant un enrichissement du fisc et des fonctionnaires et un appauvrissement des commer√ßants engag√©s dans ce commerce. Pierre Barsym√®s est un temps cong√©di√© √† la suite de protestations de soldats se plaignant de retards dans le paiement de leurs soldes avant de revenir comme comte des largesses sacr√©es puis pr√©fet du pr√©toire[158]. √Ä Constantinople, les troubles caus√©s par les factions perdurent tout au long du r√®gne de Justinien tandis que d'autres manifestations sporadiques ont lieu. Certains se plaignent de la d√©pr√©ciation de la monnaie tandis que d'autres s'opposent √† la politique des emprunts forc√©s mise en Ňďuvre par Justinien pour financer ses guerres. L'ann√©e est marqu√©e par une recrudescence des troubles caus√©s par les Verts et les Bleus, n√©cessitant des autorit√©s qu'elles usent de la violence pour y mettre fin. Plus grave encore, en , une conspiration est mise au jour au sein du Grand Palais. Quatre personnages en sont les instigateurs : Sergius, curateur d'un des palais imp√©riaux, Macellus, un banquier habitant √† proximit√© de Sainte-Sophie, Eus√®be, lui aussi banquier, et enfin Ablabios, dont le m√©tier n'est pas connu avec certitude. Toutefois, le complot est d√©couvert et l'un des conspirateurs d√©nonce sous la torture le r√īle jou√© par B√©lisaire, sans que sa participation directe ne soit clairement √©tablie. Plus encore, elle semble plut√īt improbable[159]. Quoi qu'il en soit, il tombe un temps en disgr√Ęce et est mis en r√©sidence surveill√©e avant de retrouver les faveurs imp√©riales mais cet √©v√©nement contribue √† la l√©gende d√©peignant B√©lisaire comme r√©duit √† la mendicit√© √† la fin de sa vie. L'une des causes de ce complot, auquel sont li√©s deux banquiers, pourrait √™tre la situation financi√®re difficile de l'Empire. Ce dernier doit en effet verser un paiement annuel de 30 000 nomismata aux Sassinides, poussant Justinien √† des r√©quisitions et des emprunts impopulaires aupr√®s des banquiers. Plus fondamentalement, cette politique de Justinien d'acheter la paix, soit aupr√®s des Barbares, soit aupr√®s des Sassinides, est parfois remise en cause en raison de son co√Ľt difficilement soutenable, √† long terme, pour l'Empire[160].

Ňíuvre l√©gislative et administrative

La rédaction du Corpus juris civilis

D√©tail d'un manuscrit √©crit en latin, en haut un dessin montrant un homme sur un tr√īne
Illustration pour les Institutiones Imperiales. Justinien tr√īne au centre de la gravure XVIe si√®cle.

Selon Georg Ostrogorsky, l'Ňďuvre la plus imposante et la plus durable de Justinien est la codification du droit romain[161]. Tout au long de son r√®gne, Justinien fait preuve d'une intense activit√© l√©gislative. D√®s son accession au tr√īne, il se fixe comme objectif d'unifier le droit romain, dispers√© en une multitude de textes. En d√©pit des travaux de codification d√©j√† men√©s (le Code th√©odosien remonte √† moins d'un si√®cle), de nombreuses constitutions imp√©riales coexistent, sans toujours √™tre coh√©rentes les unes avec les autres. Au-del√† de l'aspect pratique d'une unification des lois, Justinien esp√®re renforcer le respect de l'ordre public, une notion cardinale dans son ambition d'un Empire chr√©tien. Ce travail de codification doit aussi permettre de s√©lectionner les lois √† maintenir ou celles √† compl√©ter. En 528, Justinien convoque une commission dirig√©e par Tribonien, dont le travail d√©bouche sur le Code de Justinien en 529 puis en 534 √† l'occasion d'une deuxi√®me √©dition incorporant des novelles. Il s'agit d'une compilation et d'une simplification de trois codes plus anciens[162] : le code Gr√©gorien, le code Hermog√©nien et le Code th√©odosien. Au total, ce nouveau code comprend douze livres et 4 600 √† 4 700 lois, certaines remontant √† Hadrien[163]. Si Justinien en tire une grande fiert√©, cette compilation n'est pas exempte de d√©fauts et ne parvient pas toujours √† clarifier l'ensemble du droit romain[164].

Le Code de Justinien ne constitue que la premi√®re partie du Corpus juris civilis. D√®s 530, dans sa constitution Deo Auctore, Justinien charge les plus grands juristes de l'Empire sous la direction du questeur Tribonien de travailler sur les ouvrages des nombreux juristes de l'Empire romain, toujours dans la perspective d'unifier la doctrine. En 533, le Digeste (ou Pandectes, ¬ę l'Ňďuvre qui contient tout ¬Ľ) est publi√©, qui simplifie, adapte et rationalise le droit antique et surtout sa jurisprudence, laiss√©e de c√īt√© par le Code de Justinien. L'objet de ce texte, particuli√®rement volumineux (432 sections pour 150 000 lignes) est notamment de servir aux √©tudiants de droit, afin qu'ils puissent ¬ę y puiser dans une eau pure ¬Ľ[165].

Sculpture représentant le profil d'un homme
Tribonien, le grand architecte du Corpus juris civilis. Ňíuvre de Brenda Putnam r√©alis√©e pour la Chambre des repr√©sentants des √Čtats-Unis.

Toujours en 532, un v√©ritable manuel de droit est aussi √©crit. Ce sont les Institutes, √† destination des √©tudiants dont la caract√©ristique principale est d'√™tre beaucoup plus court. Il s'appuie surtout sur les travaux de jurisconsultes comme Gaius et Ulpien[166]. Dans le m√™me temps, les √©tudes de droit sont r√©form√©es et sont concentr√©es √† Constantinople, Rome et Beyrouth, tandis que des √©coles jug√©es de mauvaise qualit√© sont ferm√©es, comme √† Alexandrie. Les √©tudes durent cinq ann√©es et se basent sur les grands textes du Corpus juris civilis. Les Institutes et une partie du Digeste sont √©tudi√©s d√®s la premi√®re ann√©e, dont les √©tudiants sont d√©sormais appel√©s ¬ę nouveaux Justiniens ¬Ľ (Iustiniani novi[N 11]) et le Code justinien lors de la derni√®re ann√©e[167] - [168].

Cette grande Ňďuvre juridique est d'une ampleur d'autant plus exceptionnelle qu'elle a √©t√© r√©alis√©e en cinq ans (neuf ans pour l'√©laboration du Code th√©odosien)[169]. Elle modernise autant qu'elle rationalise le droit romain. Elle transmet ce dernier √† la post√©rit√© et, si elle est d'abord relativement ignor√©e en Occident, elle est red√©couverte en Italie au XIe si√®cle et sert alors de base pour la mise en place du droit en dehors des fronti√®res de l'Empire romain, contribuant au d√©veloppement de l'√Čtat moderne[170] - [171] - [N 12] - [172] - [173].

Même si le Corpus juris civilis est achevé en 534, Justinien continue de légiférer jusqu'à sa mort. Ainsi, son Code incorpore régulièrement de nouveaux textes, les novelles, pour l'adapter aux évolutions contemporaines. En outre, celles-ci sont désormais rédigées en grec et non plus en latin, comme l'a été le Corpus juris civilis, pour les rendre facilement compréhensibles aux citoyens de l'Empire byzantin, consacrant la prédominance du grec sur le latin comme langue impériale[174] - [175].

Une Ňďuvre administrative dans des domaines vari√©s

Justinien entreprend aussi de nombreuses r√©formes administratives, contenues surtout dans les grandes novelles de Justinien de la p√©riode -. Leur objectif est essentiellement de renforcer le pouvoir de l'empereur en d√©membrant les grands offices, de lutter contre l'inqui√©tant d√©veloppement de la grande propri√©t√© fonci√®re ainsi que contre la corruption end√©mique des fonctionnaires imp√©riaux. Aussi, souvent pour des raisons fiscales, Justinien regroupe diverses provinces, consid√©r√©es de taille insuffisante et, afin de simplifier l'administration locale, supprime un certain nombre de dioc√®ses et regroupe parfois, comme en √Čgypte agit√©e par des troubles r√©guliers, les pouvoirs civils et militaires entre les mains de commandants militaires.

L'administration de l'Empire

Photographie d'un morceau de marbre sculpté présentant un patronyme écrit en latin
Diptyque consulaire daté de 521 avec le nom complet de Justinien.

Les r√©formes administratives de Justinien, tout en cherchant √† s'adapter √† des situations particuli√®res, sont guid√©es par des pr√©occupations communes : ¬ę l'√©limination de la corruption, la red√©finition des relations entre administration civile et militaire, la simplification de l'appel judiciaire, l'accroissement du statut d'autorit√© des gouverneurs de province ¬Ľ[176] - [177]. Ainsi, Justinien et ses fonctionnaires, notamment Jean de Cappadoce, sont particuli√®rement attentifs √† am√©liorer l'efficacit√© de l'administration et de nombreuses novelles prises au cours du r√®gne t√©moignent de cette volont√©. En premier lieu, il d√©sire mettre fin aux abus au sein de l'administration, surtout la corruption, qui ont parfois pour cons√©quence d'aggraver l'instabilit√© de certaines cit√©s ou de certaines r√©gions. C'est notamment le cas en Syrie, en Palestine et en √Čgypte, des r√©gions souvent peupl√©es par des partisans du monophysisme, parfois pers√©cut√©s par le pouvoir imp√©rial. √Ä l'√©poque, l'organisation administrative de l'Empire romain d'Orient repose sur trois √©chelons. D'abord, la pr√©fecture du pr√©toire, au nombre de deux quand Justinien arrive au pouvoir : la pr√©fecture d'Illyrie et la puissante pr√©fecture d'Orient, longtemps d√©tenue par Jean de Cappadoce. Gr√Ęce √† ses conqu√™tes, Justinien cr√©e une pr√©fecture d'Afrique et une autre d'Italie. En outre, le r√īle du pr√©fet du pr√©toire d'Orient est renforc√©. D√©sormais, il doit approuver les ordonnances fiscales des gouverneurs sous son autorit√©. Sous les pr√©fectures du pr√©toire, on trouve les dioc√®ses, dirig√©s par des vicaires, et les provinces dirig√©es par des gouverneurs. En 535 et 536, Justinien engage une profonde r√©forme du gouvernement des r√©gions orientales. Il cherche, entre autres, √† renforcer les pouvoirs des gouverneurs de provinces mais aussi √† prohiber certaines pratiques comme la vente de leurs charges qui contribuent √† un climat end√©mique de corruption. Les gouverneurs sont aussi soumis √† la surveillance des √©v√™ques qui peuvent r√©clamer l'application des lois. De m√™me, une novelles √©num√®re les nombreux devoirs qui sont √† leur charge (veiller √† l'entretien des infrastructures par exemple) et ils doivent dor√©navant pr√™ter serment sur l'√Čvangile[178]. Si ces dispositions sont g√©n√©rales, d'autres sont adapt√©es aux situations locales. La cons√©quence de la mont√©e en puissance des gouverneurs de province est la disparition progressive des vicaires[179], m√™me s'ils subsistent dans certaines r√©gions comme le Pont[180]. Dans les Balkans, le poste de pr√™teur est cr√©√©, cumulant des fonctions civiles et militaires. Dans l'ensemble, on note une progression des cas de cumuls entre ces deux fonctions pour renforcer les pouvoirs de l'administration et √©viter les conflits entre les deux autorit√©s, m√™me si certaines provinces conservent la distinction traditionnelle entre le civil et le militaire[N 13] - [181]. C'est le cas de l'Afrique. Apr√®s sa reconqu√™te, une pr√©fecture du pr√©toire civile y est √©tablie, comprenant sept provinces, tandis qu'un magister militum pour l'Afrique g√®re les affaires militaires, ayant autorit√© sur cinq duch√©s[N 14] - [182]. Toutefois, cette dualit√© dispara√ģt parfois, comme quand Salomon est √† la fois pr√©fet du pr√©toire et magister militum entre 534 et 536. En Italie aussi, la s√©paration entre le civil et le militaire est consacr√©e par la pragmatique sanction de 554, cr√©ant la pr√©fecture du pr√©toire d'Italie, m√™me si Nars√®s exerce en r√©alit√© l'ensemble des pouvoirs. Ces h√©sitations sur l'organisation territoriale de l'Empire illustre les incertitudes de l'administration et l'absence d'une claire ligne de conduite g√©n√©rale[183] - [184]. Globalement, les fronti√®res des provinces √©voluent r√©guli√®rement puisqu'apr√®s la cr√©ation de la Grande-Arm√©nie, celle-ci est divis√©e en quatre provinces arm√©niennes. D'autres sont fusionn√©es voire cr√©√©es comme la Th√©odoriade, ainsi nomm√©e en l'honneur de l'imp√©ratrice, autour de Laodic√©e[185].

L'un des exemples de la volont√© de Justinien d'am√©liorer le fonctionnement de son administration est l'√Čdit XIII de 539 √† propos de l'√Čgypte. Ce territoire, grenier √† bl√© de l'Empire, est d'une importance strat√©gique. Cependant, l'administration y est d√©faillante, en butte √† la difficult√© √† faire rentrer l'imp√īt, tandis que l'autorit√© imp√©riale y est souvent contest√©e par l'aristocratie locale et les grands propri√©taires terriens. Justinien esp√®re briser la r√©sistance de ces derniers et renforcer la centralisation pour √©touffer les tendances √† la dissidence de la r√©gion. Sur le plan administratif, l'√Čgypte comprend un pr√©fet augustal √† Alexandrie, agissant comme vicaire mais aussi des provinces dirig√©es par des gouverneurs civils (praesides), tandis que les attributions militaires sont aux mains de duces (ducs). La r√©forme de Justinien met fin au dioc√®se d'√Čgypte tandis que les huit provinces sont r√©duites √† cinq duch√©s, dont les gouverneurs cumulent les attributions civiles et militaires, m√™me si des fonctionnaires civils qui leur sont subordonn√©s subsistent. Ce cumul a notamment pour objet de faciliter le recouvrement de l'imp√īt car les ducs peuvent dor√©navant utiliser l'arm√©e pour mater les oppositions, tandis que disparaissent les oppositions entre les administrations civiles et militaires[186] - [187] - [188] - [189] - [190].

L'administration municipale

À Constantinople, le choc de la sédition Nika conduit à des réformes importantes. Le poste de préfet des vigiles est supprimé au profit du préteur du peuple, dans la perspective d'améliorer le fonctionnement de la police et de la justice. Ce nouveau poste est directement sous l'autorité de l'empereur alors que le préfet des vigiles dépendait du préfet de Constantinople. Il doit poursuivre toute personne s'étant rendue coupable de troubles à l'ordre public. De même, la vente et la possession d'armes dans l'enceinte d'une cité sont prohibées. Le poste de quaesitor est créé pour recenser les provinciaux présents à Constantinople, de manière à mieux les surveiller[191]. Ils peuvent être renvoyés si la raison de leur venue n'est pas jugée valable.

Au niveau provincial, Justinien doit faire face au d√©clin de l'administration municipale, parfois li√© au d√©clin de certaines cit√©s. Il tente de revaloriser la fonction de curiale, responsable de l'administration municipale. Il essaie aussi de limiter le d√©part des fonctionnaires municipaux vers d'autres fonctions jug√©es plus prestigieuses. Ainsi, il interdit aux curiales d'entrer dans le clerg√©. Il tente de revivifier le poste de d√©fenseur de la cit√© (defensor civitatis), charg√© de prot√©ger les habitants des exc√®s de l'administration, devenu compl√®tement d√©pendant de la volont√© des gouverneurs[192]. Pour cela, il en fait une charge de deux ans dont la nomination rel√®ve du pr√©fet du pr√©toire, tandis que les gouverneurs ne peuvent les cong√©dier. En outre, ses comp√©tences sont √©largies dans les domaines judiciaire, fiscal et du maintien de l'ordre. Toutefois, ses efforts sont vains et l'administration municipale poursuit son d√©clin, entra√ģnant une intervention croissante de l'√Čtat[193].

La réforme de la justice

En plus de proc√©der √† une Ňďuvre de modernisation du droit romain, Justinien r√©forme aussi le fonctionnement de la justice. Il s'int√©resse notamment √† la question des appels √† l'empereur, ce qui d√©signe la possibilit√© de faire appel des d√©cisions des gouverneurs aupr√®s de l'autorit√© imp√©riale. Il r√©duit le d√©lai d'appel de six mois √† trois mois pour les provinces les plus proches de Constantinople. En outre, l'appel est d√©sormais trait√© par une cour de douze juges sacr√©s, si√©geant de mani√®re permanente. Cette volont√© d'am√©liorer la justice est r√©guli√®rement pr√©sente dans ses novelles, o√Ļ il ne manque pas de rappeler les obligations qui p√®sent sur les juges, de m√™me que la n√©cessit√© de d√©lais raisonnables de jugement. Ainsi, pour √©viter la multiplication des appels, il les autorise √† statuer de mani√®re d√©finitive pour les affaires concernant des sommes inf√©rieures √† 500 nomismata. Il assouplit certaines des modalit√©s de fonctionnement de la justice, r√©it√©rant l'interdiction des prisons priv√©es, mettant fin √† la confiscation des biens d'un condamn√© √† mort au profit de l'√Čtat (sauf en cas de haute trahison) et favorise la r√©duction de la peine capitale, souvent commu√©e en mutilations, comme l'amputation d'un membre. Enfin, la gratuit√© du proc√®s est instaur√©e pour les plus pauvres, de mani√®re qu'ils aient acc√®s √† la justice[194].

Politique sociale

Si l'Ňďuvre l√©gislative de Justinien est caract√©ris√©e par un renforcement du pouvoir imp√©rial et de son autoritarisme sur les individus, elle est aussi favorable √† ces derniers dans le domaine priv√©, en prot√©geant les plus faibles de cadres parfois oppressants[195].

Une volonté de limiter les inégalités sociales

Dans le domaine social, Justinien prend des mesures pour am√©liorer la situation des esclaves en facilitant les proc√©dures d'affranchissement. Ainsi, il n'y a plus de limitation au nombre d'esclaves qu'un ma√ģtre peut affranchir. Le statut des affranchis n'est plus distinct de celui des hommes libres. Globalement, l'√©galit√© des droits entre l'ensemble des citoyens progresse[196]. D'autres mesures de protection sont prises comme l'affranchissement automatique d'une esclave que son ma√ģtre veut contraindre √† la prostitution ou l'impossibilit√© pour un ma√ģtre de r√©cup√©rer un ancien esclave malade qu'il a abandonn√©. Si ces l√©gislations poursuivent le travail des empereurs pr√©c√©dents, leur port√©e reste limit√©e. Les ma√ģtres conservent d'importantes pr√©rogatives et l'esclavage reste une r√©alit√© concr√®te, le nombre d'esclaves diminuant peu[197].

En ce qui concerne les plus pauvres, leur condition sociale évolue peu, ni dans un sens favorable, ni dans un sens défavorable. Globalement, Justinien est attentif à améliorer leur situation, à l'image d'un accès facilité à la justice par le droit à la gratuité des procès. Cette préoccupation sociale n'est pas sans lien avec la piété de l'empereur, soucieux de garantir un statut aux plus pauvres. Des hospices sont fondées, tant par Justinien que par Théodora, l'inhumation est gratuite pour tous les citoyens de Constantinople. Enfin, l'administration continue d'offrir de réelles possibilités d'ascension sociale[198]. Dans le cadre de sa politique sociale, la piété de Justinien se retrouve dans le principe de charité chrétienne, qu'il entend développer[199]. Il estime que nul ne doit s'enrichir aux dépens d'autrui. Cela se traduit par une politique favorable à la réduction des inégalités sociales. Il empêche les grands aristocrates, dont les sénateurs, de se constituer des richesses trop importantes, y compris des fonctionnaires comme Tribonien ou Jean de Cappadoce qui ont contribué à son gouvernement. Cela peut passer par la confiscation d'une partie de l'héritage. Procope a vivement critiqué Justinien, estimant qu'il pille les grands propriétaires et une partie de la classe sénatoriale. En 528, une loi interdit aux banquiers de fixer des taux d'intérêt supérieurs à 8 % pour les prêts qu'ils accordent[200].

Un droit familial plus favorable aux femmes

En mati√®re de droit familial, Justinien adoucit le paternalisme qui r√®gne dans la soci√©t√© byzantine, sans remettre en cause le cadre g√©n√©ral du droit familial byzantin. L'influence de Th√©odora sur ces r√©formes se fait probablement ressentir[201]. Les droits des enfants sont mieux garantis, les proc√©dures d'√©mancipation sont simplifi√©es et le p√®re n'a plus que l'usufruit des biens acquis par ses enfants non √©mancip√©s[202]. De m√™me, les droits des femmes connaissent une am√©lioration. Si nombre de droits leur sont toujours inaccessibles, notamment en ce qui concerne la vie publique et si elles restent subordonn√©es √† leur mari, elles sont consid√©r√©es, dans le domaine religieux et du droit de la famille, √† √©galit√© avec l'homme. Leurs biens sont prot√©g√©s, elles peuvent √™tre propri√©taires et peuvent h√©riter, une possibilit√© √©tendue √† certaines r√©gions de l'Empire comme l'Arm√©nie, ce qui n'est pas sans susciter des r√©sistances locales. L'extension des droits des femmes se fait aussi dans le domaine de la moralit√©. Sans √™tre interdit, le prox√©n√©tisme est de plus en plus condamn√© moralement et le viol est s√©v√®rement sanctionn√©[203]. Le concubinage est mieux prot√©g√© juridiquement. En revanche, en ce qui concerne le mariage, Justinien limite les possibilit√©s de divorce et de remariage. Si les conditions sont normalement les m√™mes entre les deux sexes, moralement, la femme est plus condamn√©e quand elle est √† l'initiative de ces proc√©dures. Enfin, Justinien favorise les possibilit√©s d'ascension sociale des femmes par le mariage, en permettant par exemple aux dignitaires d'√©pouser des femmes de condition inf√©rieure[204]. Finalement, l'historienne Jo√ęlle Beaucamp estime que ¬ę Justinien est le seul empereur √† exprimer des jugements √©logieux sur des femmes, √† l'oppos√© de ceux de Constantin ¬Ľ[205].

Politique fiscale

Le r√®gne de Justinien se caract√©rise par l'ampleur des d√©penses consenties. Tant la politique √©trang√®re, faite de conqu√™tes, la diplomatie, usant largement du paiement de tributs pour acheter la paix ou encore la politique architecturale √† Constantinople, ainsi que la reconstruction de cit√©s frapp√©es par des s√©ismes (Antioche en 526 et 528) sont tr√®s co√Ľteuses[206]. D√®s lors, la n√©cessit√© de faire rentrer l'imp√īt est particuli√®rement forte. Jean de Cappadoce est charg√© de cette mission d√©licate et sa rigueur lui attire rapidement l'hostilit√© de la population. La principale critique √† son √©gard ne vient pas tant des mesures fiscales nouvelles qu'il a pu promouvoir[N 15], que de la mani√®re dont il applique ces mesures, parfois avec brutalit√©. Procope de C√©sar√©e et Jean le Lydien expriment cette impopularit√© en bl√Ęmant fortement Jean de Cappadoce[207]. Ainsi, Jean le Lydien d√©nonce ¬ę ses supp√īts sans nombre ¬Ľ, soit les membres de l'administration fiscale qui appliquent avec z√®le les prescriptions de leur chef[208]. Ernst Stein parle √† cet √©gard d'une forme de ¬ę terreur fiscale ¬Ľ caract√©ris√©e par l'emprisonnement, voire la torture des d√©biteurs du fisc[209]. Envers les grands propri√©taires, la politique de Justinien a parfois √©t√© per√ßue comme prot√©geant les paysans modestes contre l'accaparement de leurs terres par les plus riches. Toutefois, il faut surtout voir dans cette orientation la volont√© du pouvoir imp√©rial de pr√©server la capacit√© contributive des petits propri√©taires et du monde rural en g√©n√©ral[210]. Pour accro√ģtre les rentr√©es fiscales, il √©l√®ve les droits de douane et cr√©e des p√©ages sur diff√©rentes routes imp√©riales. En outre, Jean de Cappadoce est attentif √† r√©duire les d√©penses publiques, ce qui l'am√®ne par exemple √† s'opposer √† la guerre contre les Vandales. Toujours dans le domaine militaire, il envoie des fonctionnaires v√©rifier que les soldats impropres au service soient retir√©s des registres de l'arm√©e, limitant de ce fait le co√Ľt des soldes[207]. Agathias rapporte qu'apr√®s cet effort, l'arm√©e imp√©riale compte 150 000 hommes, m√™me si ce chiffre est probablement sous-estim√©[N 16]. De m√™me, pour r√©duire le co√Ľt du service postal, Jean de Cappadoce met fin √† la poste expresse (cursus velox), sauf pour la principale route strat√©gique allant de Constantinople √† la fronti√®re orientale, contribuant au d√©clin de l'efficacit√© de la poste imp√©riale[211] - [212] - [213] - [214].

En d√©pit de la rigueur de la politique fiscale, Justinien tient √† ce qu'elle reste juste. En 545, il adresse une novelles √† Pierre Barsym√®s, dans laquelle il l'incite √† pr√©server les int√©r√™ts des particuliers face aux exc√®s de l'administration fiscale[N 17]. D'autres confirment ce souci d'√©quit√© et Ernst Stein qualifie la novelles CXXVIII de v√©ritable ¬ę Charte des contribuables ¬Ľ. De m√™me, des arri√©r√©s d'imp√īts sont annul√©s quand le contribuable n'est pas en mesure de les r√©gler[215]. N√©anmoins, ce pourrait √™tre aussi le signe de la pression fiscale excessive sur des populations qui ne sont plus en mesure d'en soutenir le poids[216]. D'autant que l'impact d√©mographique de la peste justinienne conduit √† r√©duire le volume de la population impos√©e et donc √† accro√ģtre m√©caniquement le montant de l'imp√īt √† payer pour conserver les recettes fiscales √† niveau √©gal. Quoi qu'il en soit, la politique fiscale de Justinien remplit son r√īle, qui est de couvrir des charges publiques en augmentation. Selon Warren Treadgold, entre la mort d'Anastase Ier en 518 et 540, le budget augmente de 33 % et les recettes fiscales parviennent √† financer cette hausse importante[217] - [N 18].

L'armée sous Justinien

D√©tail d'une mosa√Įque montrant un homme au visage barbu
Ce visage barbu, repr√©sent√© √† la droite de l'empereur sur une mosa√Įque c√©l√©brant la reconqu√™te de l'Italie par l'arm√©e byzantine (basilique Saint-Vital de Ravenne), est probablement celui de B√©lisaire, principal g√©n√©ral de Justinien.

Le r√®gne de Justinien est caract√©ris√© par le grand nombre de campagnes militaires. Dans le m√™me temps, les structures de l'arm√©e √©voluent. Le vieux syst√®me de d√©fense des fronti√®res, qui repose sur le limes, est en d√©liquescence. Les troupes charg√©es d'occuper les garnisons frontali√®res, les limitanei, ne sont pas des soldats professionnels et ils se montrent de moins en moins capables de former une force arm√©e performante, notamment sur la fronti√®re perse. Procope de C√©sar√©e d√©crit ainsi l'√©tat des troupes frontali√®res quand B√©lisaire revient en Orient en 541 : il ne d√©couvre sur place ¬ę que des soldats pour la plupart nus et sans armes, tremblant au seul nom des Perses ¬Ľ. De ce fait, Justinien d√©cide de mettre fin au paiement de leurs soldes. De m√™me, la tentative de reconstituer les limitanei en Afrique est un √©chec. De plus en plus, la d√©fense des fronti√®res repose sur une arm√©e de campagne professionnelle et plus mobile, les comitatenses. C'est dans cette perspective que Justinien d√©tache l'Arm√©nie de l'orbite du magister militum d'Orient, au profit de la cr√©ation d'un magister militum propre √† l'Arm√©nie[N 19]. Dans les Balkans, la situation n'est pas aussi radicale mais le nouveau syst√®me de fortifications mis en place par Justinien repose moins sur la d√©fense de la fronti√®re en tant que telle que sur un r√©seau de forteresses dans toute la p√©ninsule[218] - [219]. En revanche, l'usage des F√©d√©r√©s, c'est-√†-dire l'incorporation de Barbares dans l'arm√©e romaine, est toujours en cours, B√©lisaire n'h√©sitant pas √† recruter de nombreux Ostrogoths tout au long de sa conqu√™te de l'Italie. Lors de son r√®gne, Justinien utilise ces recrues pour les envoyer sur d'autres fronts que leur territoire d'origine[220]. L'historien Louis Br√©hier affirme ainsi que ¬ę les arm√©es de Justinien ont un caract√®re international et toutes les races de barbares y sont repr√©sent√©es ¬Ľ[221] - [222]. En outre, les buccelaires, soit les arm√©es priv√©es au service de g√©n√©raux[N 20], tendent √† se d√©velopper. Ces unit√©s compensent le d√©clin des forces r√©guli√®res. Ainsi, les buccelaires de B√©lisaire atteignent le nombre record de 7 000 hommes[223].

En ce qui concerne les effectifs, le r√®gne de Justinien se caract√©rise par la poursuite de leur baisse. Cela est li√© pour partie √† la fin des garnisons en Orient. Quoi qu'il en soit, alors que l'arm√©e compte probablement de 300 000 √† 350 000 hommes au d√©but de son r√®gne[224], ce nombre baisse notablement, sans qu'il soit possible de savoir dans quelle proportion. En outre, l'arm√©e est compos√©e de plus en plus par de la cavalerie, une unit√© plus ch√®re √† entretenir. Par cons√©quent, son successeur Justin II se plaint lors de son r√®gne du manque de moyens allou√©s par Justinien √† l'arm√©e et du manque de troupes pour d√©fendre les fronti√®res de l'Empire, d'autant que ce dernier est en butte √† des difficult√©s d√©mographiques[225].

Politique religieuse

Pi√®ce de monnaie vue c√īt√© pile et c√īt√© face
Justinien représenté sur un follis.

Un interventionnisme élevé dans les affaires ecclésiastiques

La conscience religieuse de Justinien est tr√®s √©lev√©e. Pour l√©gitimer son autorit√© imp√©riale, il rappelle dans ses diff√©rentes lois qu'il est le repr√©sentant du pouvoir divin sur terre[226]. Cette origine divine du pouvoir terrestre est alors une id√©e de plus en plus courante, mise en avant d√®s le IVe si√®cle par Eus√®be de C√©sar√©e sous le r√®gne de Constantin Ier[227]. En plus d'√™tre un empereur romain, il se con√ßoit comme un empereur chr√©tien, messager de Dieu, charg√© de faire de son empire terrestre l'√©quivalent du royaume c√©leste[228]. Sa politique de r√©novation imp√©riale est √† bien des √©gards empreinte d'Ňďcum√©nisme[229]. Comme l'exprime l'historien Georg Ostrogorsky : ¬ę La notion d'Imperium romain se confondait pour lui avec celle d'oecum√©ne chr√©tienne, la victoire de la religion chr√©tienne n'√©tait pas pour lui une mission moins sacr√©e que la restauration de la puissance romaine ¬Ľ[230]. De ce fait, Justinien est particuli√®rement engag√© dans la lutte contre les doctrines dites h√©t√©rodoxes et ses conqu√™tes ext√©rieures doivent aussi se comprendre comme un moyen de propager la foi chr√©tienne orthodoxe, notamment contre les partisans de l'arianisme que sont les Vandales et les Goths. Cette foi d√©coule des grands conciles des derni√®res d√©cennies (premier concile de Nic√©e, premier concile de Constantinople, concile d'√Čph√®se, concile de Chalc√©doine), elle doit √™tre impos√©e √† l'int√©rieur des fronti√®res de l'Empire et, si possible, √† l'ext√©rieur. Par cons√©quent, Justinien n'h√©site pas √† s'immiscer dans les affaires internes de l'√Čglise, un trait de caract√®re repris par un grand nombre de ses successeurs. La reconqu√™te de Rome lui donne l'occasion d'imposer son autorit√© au pape, comme en t√©moigne la d√©position de Silv√®re en 537. Plus g√©n√©ralement, Justinien s'int√©resse de pr√®s √† la vie de l'√Čglise, n'h√©sitant pas √† l√©gif√©rer sur ce sujet. Il justifie explicitement cet interventionnisme dans une de ses novelles, dans laquelle il d√©clare : ¬ę La diff√©rence est faible entre le sacerdoce et l'Empire, de m√™me qu'entre les biens sacr√©s et ceux qui appartiennent √† la collectivit√© ou √† l'√Čtat, puisque les lib√©ralit√©s du pouvoir imp√©rial fournissent constamment aux tr√®s saintes √©glises la totalit√© de leurs ressources et de leur prosp√©rit√© ¬Ľ. En raison de ce soutien financier, l'√Čtat est donc directement int√©ress√© par le fonctionnement de l'√Čglise[231]. Par bien des aspects, la mani√®re dont Justinien s'ing√®re dans les affaires eccl√©siastiques est empreinte de c√©saropapisme[232]. En 528, des lois statuent sur les r√®gles des √©lections √©piscopales et, en 529, c'est au tour de la discipline des moines d'√™tre r√©glement√©e. Justinien va jusqu'√† s'int√©resser √† la vie monastique, privil√©giant le mode de vie c√©nobitique. Il influence aussi le calendrier liturgique, ordonnant aux habitants de J√©rusalem le d√©placement de la f√™te de la Pr√©sentation de J√©sus au Temple du au . Or, cette f√™te devant se d√©rouler quarante jours apr√®s No√ęl, il affirme par-l√† la l√©gitimit√© sup√©rieure de la date du par rapport au , jour de la f√™te de No√ęl √† J√©rusalem[233] - [234]. C'est lui qui l√©galise le contr√īle des √©v√™ques sur les autorit√©s civiles locales, d√©montrant ainsi son emprise sur le clerg√©, dont les membres sont consid√©r√©s comme des fonctionnaires de l'empereur[232].

Cette tendance √† s'immiscer dans les affaires religieuses prend des proportions croissantes tout au long de sa vie. √Ä partir des ann√©es 540, les multiples difficult√©s auxquelles fait face l'Empire, tant √† l'ext√©rieur avec des arm√©es imp√©riales contraintes √† la d√©fensive que sur le plan int√©rieur avec la peste, conduisent l'empereur √† se focaliser sur les seules questions religieuses. La mort de sa femme Th√©odora en 548 contribue aussi √† cette √©volution, que Corippe juge s√©v√®rement : ¬ę Le vieillard ne se souciait plus de rien ; d√©j√† tout glac√©, il ne br√Ľlait plus que de l'amour de l'autre vie ; c'√©tait vers le ciel que tout son esprit √©tait tourn√© ¬Ľ. En outre, Justinien estime de plus en plus que le destin de l'Empire et la p√©rennit√© de son Ňďuvre, notamment ses conqu√™tes ext√©rieures, d√©pendent de plus en plus de la solidit√© de l'unit√© religieuse, qui seule peut assurer l'unit√© imp√©riale[235].

La lutte contre les hérésies

Photographie en couleur d'un monument comprenant sur ses deux tours des hiéroglyphes
Le temple d'Isis à Philæ est fermé par Justinien.
Schéma représentant les différentes visions de Jésus dans les courants religieux chrétiens
Schéma des principales divergences christologiques, à l'origine de la lutte contre les visions considérées comme hérétiques.

La principale t√Ęche religieuse que s'assigne Justinien est la propagation de la foi orthodoxe. Tout d'abord, il contribue √† lutter contre la subsistance du paganisme[236]. Le Code de Justinien reprend les vieilles lois en vigueur et les renforce, obligeant notamment les pa√Įens √† √™tre baptis√©s. Ils sont priv√©s de toute vie civile et sont punis de mort s'ils s'adonnent √† des pratiques pa√Įennes apr√®s avoir √©t√© baptis√©s. Pour reprendre les termes de Pierre Chuvin dans Chronique des derniers pa√Įens, ¬ę les pa√Įens sont de v√©ritables morts civils ¬Ľ[237]. Cette politique frappe aussi la philosophie puisqu'elle conduit √† la fermeture de l'√©cole n√©oplatonicienne d'Ath√®nes en 529, sans pour autant emp√™cher la persistance de l'enseignement de la philosophie grecque dans certaines r√©gions de l'Empire, comme √† Alexandrie. Toutefois, cette mesure t√©moigne d'une volont√© de censurer les formes de pens√©es contraires au dogme catholique que Justinien entend promouvoir[238]. De m√™me, le temple d'Isis sur l'√ģle de Phil√¶ est ferm√© quelques ann√©es plus tard, contribuant √† l'extinction d√©finitive de la religion de l'√Čgypte antique[239]. Justinien n'est pas moins s√©v√®re √† l'√©gard des doctrines chr√©tiennes h√©t√©rodoxes. Le , alors que Justin Ier est encore empereur, une loi condamne durement les h√©r√©tiques, soit ¬ę quiconque n'appartient pas √† l'√Čglise catholique et √† notre foi orthodoxe et sainte ¬Ľ. Ils ne peuvent d√©tenir des fonctions civiles et militaires, ni h√©riter, ni t√©moigner en justice. L√† encore, Justinien reprend d'anciennes dispositions, pr√©sentes parfois dans le Code th√©odosien et s'applique √† leur mise en Ňďuvre et √† leur durcissement. Certaines de ces doctrines sont particuli√®rement vis√©es, comme le manich√©isme, puisque la mort est requise contre ses partisans. De m√™me, les ariens[N 21] sont souvent opprim√©s par l'empereur, notamment dans les provinces nouvellement acquises en Afrique et en Italie, au profit des catholiques. Cela passe notamment par la fermeture de leurs lieux de culte. Enfin, des missionnaires chr√©tiens, bien que de confession monophysite, sont envoy√©s dans des r√©gions comme l'√Čthiopie ou l'Arabie[239] - [240].

Des tentatives répétées de conciliation avec le monophysisme

En ce qui concerne le monophysisme, Justinien fait preuve de plus de souplesse. Apr√®s un premier temps de r√©pression, il esp√®re convaincre les monophysites de rallier la foi orthodoxe qu'ils rejettent depuis le concile de Chalc√©doine[N 22]. L'importante repr√©sentation des monophysites dans des provinces strat√©giques de l'Empire, comme la Syrie ou l'√Čgypte, contribue √† la prudence de l'empereur pour √©viter tout soul√®vement[241]. Ce revirement s'explique aussi par l'origine monophysite de sa femme Th√©odora, qui le convainc de faire preuve de tol√©rance[242]. Ainsi, S√©v√®re d'Antioche, grand th√©ologien monophysite, est autoris√© √† revenir √† Constantinople en 535[243]. Ce retour se fait dans un climat de dialogue entre les monophysites et les chalc√©doniens, sans pour autant qu'un accord ne soit trouv√©. D'autant qu'en 536, le pape Agapet Ier se rend √† Constantinople. Il fait alors part de ses inqui√©tudes quant √† la r√©sistance du monophysisme et le patriarche Anthime Ier de Constantinople, partisan de cette doctrine, est d√©pos√©. La m√™me ann√©e, un concile ent√©rine la fin de la p√©riode de tol√©rance pour les monophysites dont la doctrine est de nouveau condamn√©e, et qui sont expuls√©s de Constantinople. Le patriarche Th√©odose d'Alexandrie est lui aussi d√©pos√©, tandis que la pers√©cution des monophysites s'√©tend √† l'√Čgypte, non sans r√©sistances locales.

Vue d'une mosa√Įque repr√©sentant deux hommes couronn√©s entourant une femme portant dans ses bras un enfant
Mosa√Įque de la basilique Sainte-Sophie repr√©sentant, de gauche √† droite, Justinien, la Vierge Marie (protectrice de Constantinople) et Constantin Ier.

Toutefois, cette r√©pression ne remet pas d√©finitivement en cause la volont√© de concilier les monophysites avec les orthodoxes. Progressivement, Justinien revient √† son d√©sir initial de parvenir √† un compromis. C'est autour de trois √©v√™ques, les Trois Chapitres, que la question se cristallise. En effet, le concile de Chalc√©doine a reconnu l'orthodoxie de Th√©odore de Mopsueste, Th√©odoret de Cyr et d'Ibas d'√Čdesse, dont les √©crits sont rejet√©s par les monophysites. Justinien esp√®re alors les faire condamner pour r√©concilier le monophysisme avec la foi imp√©riale. Dans ce sens, il publie un d√©cret en 544 condamnant les auteurs sans remettre en cause la doctrine de Chalc√©doine, ce que les monophysites estiment insuffisant. Dans le m√™me temps le pape Vigile √©met des r√©serves √† au sujet d'attaques contre les Trois Chapitres, et Justinien qui n'appr√©cie gu√®re cet acte de d√©fiance, l'enl√®ve pour l'amener √† Constantinople et obtenir son consentement[244]. Quoi qu'il en soit, l'empereur prend alors conscience de la n√©cessit√© d'aller plus loin. En 553, il convoque un concile Ňďcum√©nique dans lequel les repr√©sentants occidentaux sont fortement sous-repr√©sent√©s[N 23] et qui doit lui permettre de revenir sur les conclusions du concile de Chalc√©doine. Le , le document final adopt√© par le concile reprend fortement la Confession de Foi publi√©e par Justinien en 551, jetant l'anath√®me contre les Trois Chapitres et d'autres auteurs comme Orig√®ne. N√©anmoins, le r√©sultat escompt√© n'intervient pas. Les monophysites sont divis√©s et ceux d'√Čgypte refusent de rejoindre l'orthodoxie. Surtout, les conclusions du deuxi√®me concile de Constantinople suscitent de vives r√©actions dans les rangs des partisans des Trois Chapitres, notamment en Afrique et en Illyrie. √Ä Rome, le nouveau pape P√©lage Ier fait face √† une vive opposition aupr√®s du clerg√© italien. L'√Čglise de l'Italie du Nord va jusqu'√† provoquer un schisme autour du patriarcat d'Aquil√©e, jusqu'au d√©but du VIIe si√®cle[245] - [246] - [247].

N√©anmoins, il ne semble pas que Justinien ait abandonn√© toute perspective de ralliement des monophysites. √Ä la fin de son r√®gne, il tente de se rapprocher d'une de leurs branches, celle profess√©e par Julien d'Halicarnasse, autrement appel√©e aphthartodoc√©tisme. En effet, il √©pouse cette vision, d√©fendant l'incorruptibilit√© du corps du Christ, dans un √©dit de 564. Ce texte provoque des r√©actions souvent hostiles au sein du clerg√© de l'Empire. Le patriarche Eutychius de Constantinople refuse de signer l'√©dit et est d√©pos√©. La question de l'adh√©sion de l'empereur √† cette doctrine reste incertaine. Elle repr√©senterait une √©volution fondamentale sur le plan th√©ologique car Justinien n'a jamais d√©montr√© d'attrait pour le monophysisme. Toutefois, l'aphthartodoc√©tisme est aussi d√©fendu par des Chalc√©doniens, il n'est donc pas impossible que Justinien ait pu y accorder du cr√©dit. En outre, son √©dit s'inscrit dans son Ňďuvre de rapprochement des monophysites avec l'orthodoxie. Finalement, la mort de Justinien met un terme √† cette nouvelle pol√©mique th√©ologique[248] - [249] - [250].

Une tolérance limitée envers les Juifs

En ce qui concerne le juda√Įsme, Justinien ne revient pas, dans un premier temps, sur la tol√©rance limit√©e dont les Juifs font l'objet sur le territoire imp√©rial. Pour autant, progressivement, il durcit sa l√©gislation et tend √† les consid√©rer de la m√™me mani√®re que les h√©r√©tiques. Sans perdre leur libert√© de culte, elle est s√©rieusement r√©duite et une partie de la communaut√© juive n'h√©site pas √† s'opposer √† l'empereur, participant √† la r√©volte des Samaritains en 529[251] - [252]. Ces derniers sont plus vis√©s encore par la politique religieuse de Justinien, ce qui explique leur soul√®vement. En effet, une loi de 528 prescrit la destruction de leurs synagogues. Cependant, la r√©volte est r√©prim√©e dans le sang (pr√®s de 20 000 morts) et d√©bouche sur une l√©gislation encore plus restrictive puisque les Samaritains ne peuvent quasiment plus d√©tenir de biens et encore moins h√©riter[253] - [254]. Un autre soul√®vement en 555 est lui aussi √©cras√©. VIs-√†-vis des Samaritains, la politique imp√©riale s'apparente √† une volont√© d'an√©antissement de cette minorit√© religieuse[255].

La vie économique sous Justinien

Photo d'une pièce de monnaie représentant un homme
Pi√®ce byzantine repr√©sentant Justinien d√©couverte en Inde. D'autres monnaies ont √©t√© d√©couvertes au sud de la p√©ninsule indienne et sur l'√ģle de Ceylan, attestant du dynamisme de l'√©conomie byzantine[256].

Sous Justinien, l'√©conomie byzantine atteint son apog√©e dans les premi√®res d√©cennies du VIe si√®cle et l'Empire est alors la premi√®re puissance √©conomique du monde m√©diterran√©en[257]. La prise de l'Afrique et de l'Italie conforte sa domination maritime et facilite les √©changes commerciaux entre les provinces de l'Empire[256]. Des relations marchandes prosp√®rent avec les voisins de l'Empire, √† l'image du commerce avec les Francs et jusqu'en Cornouailles, o√Ļ l'Empire √©change son bl√© pour de l'√©tain[258] - [129]. √Ä l'√©poque, l'√©conomie repose principalement sur l'agriculture. Ainsi, la richesse de l'√Čgypte provient de son statut de grenier √† bl√© pour Constantinople et Justinien consolide les √©changes entre la capitale et cette province strat√©gique. Il implante un important grenier √† T√©n√©dos pour stocker les r√©serves exc√©dentaires[259] - [260].

En mati√®re de politique √©conomique, le principal d√©fi de Justinien est d'assurer de bonnes relations avec l'Orient. Or, la rivalit√© persistante avec les Sassanides complique le commerce avec cet empire, mais aussi avec les mondes chinois et indiens, √† l'origine de l'importation de biens de haute valeur comme la soie. Il tente de renforcer ses relations avec l'Abyssinie pour trouver une route alternative √† la route de la soie traditionnelle qui passe par la Perse. Toutefois, les marchands abyssiniens ne parviennent pas √† concurrencer les marchands perses en Inde. De m√™me, des traces existent de tentatives d'implantation d'une route plus septentrionale, passant par le Caucase, l√† encore sans r√©sultats significatifs. Cette d√©pendance compl√®te envers les marchands perses d√©bouche sur une fluctuation de l'activit√© des manufactures de soie d√®s lors que les tensions s'aggravent entre les deux empires, tandis que les prix restent √©lev√©s, y compris apr√®s la paix √©ternelle de 532[261]. Pour tenter de mieux contr√īler le commerce de la soie, l'√Čtat instaure un monopole sur sa production dans les ann√©es 540, ce qui entra√ģne le d√©clin des ateliers priv√©s[262]. Si les ressources fiscales s'en trouvent accrues, les prix ne baissent pas pour autant. Finalement, la solution vient de deux moines envoy√©s en Asie centrale, et qui parviennent √† ramener dans l'Empire des Ňďufs de ver √† soie, permettant d'y implanter une production locale autour de Beyrouth, m√™me si elle n'est pas suffisante pour que l'Empire se d√©tache de toute influence des marchands perses[263] - [264] - [265].

Toutefois, l'√©conomie souffre des catastrophes naturelles qui frappent l'Empire, notamment la peste de Justinien. Celle-ci fragilise l'√©conomie urbaine en raison du d√©peuplement des villes, tandis que la crise d√©mographique entra√ģne un manque de main d'Ňďuvre[266]. Sans s'effondrer, l'√©conomie byzantine commence √† se r√©tracter √† la fin du r√®gne de Justinien.

Le b√Ętisseur

Photographie en couleur d'un monument religieux
La basilique Sainte-Sophie d'aujourd'hui. Les minarets datent d'apr√®s la conqu√™te par les Turcs, 1 000 ans apr√®s Justinien.

Justinien se donne lui-m√™me comme surnom d'empereur philoktist√®s (qui aime construire), symbolisant sa propension √† d√©velopper des √©difices de toute sorte, que ce soit sur le plan militaire au travers de son Ňďuvre de fortification du territoire de l'Empire, sur le plan religieux comme reflet de sa foi, ou pour embellir Constantinople[267] - [268].

À Constantinople

Justinien marque de son empreinte la capitale de Constantinople, qu'il ne quitte par ailleurs presque jamais au cours de son r√®gne[269]. La cit√©, construite par Constantin Ier sur les lieux de l'antique Byzance, est d√©j√† de grande taille. Toutefois, elle souffre durement de la s√©dition Nika en 532, dont les incendies d√©truisent des portions enti√®res de certains quartiers. Jean le Lydien, non sans exag√©ration, d√©crit ainsi l'√©tat de la capitale au sortir de la r√©volte : ¬ę La ville n'√©tait plus qu'une montagne avec des amoncellements noir√Ętres abrupts, comme √† Lipari ou au V√©suve, rendue inhabitable par la poussi√®re, la fum√©e et l'odeur pestilentielle ¬Ľ. Seulement quarante-cinq jours apr√®s la r√©pression de la s√©dition Nika, Justinien entame la grande Ňďuvre architecturale de son r√®gne, celle de la basilique Sainte-Sophie. Elle est b√Ętie √† l'emplacement de la pr√©c√©dente √©glise du m√™me nom, incendi√©e par les √©meutiers. Cet √©difice doit √™tre √† la gloire de Dieu et incarner la magnificence imp√©riale. Dans l'esprit de Justinien, elle doit aussi expier les p√©ch√©s de l'Empire apr√®s la s√©dition et affirmer la place de l'empereur comme lieutenant de Dieu sur Terre[270]. Pour cela, elle doit d√©passer par son ampleur tous les autres √©difices contemporains du christianisme. Pour la b√Ętir, il fait appel √† deux architectes : Anth√©mius de Tralles, qui meurt un an plus tard, et Isidore de Milet. Sainte-Sophie s'inscrit dans un rectangle de 77 m sur 71,70 m et comporte, comme toutes les basiliques, trois nefs s√©par√©es par des colonnades. Ce qui frappe, c'est l'ampleur in√©gal√©e, en surface et en volume, de l'espace int√©rieur. La premi√®re coupole s'√©tant effondr√©e en , une seconde est reconstruite en . La grande coupole, dont le diam√®tre atteint 31 m, s'√©l√®ve au centre de la nef centrale √† 54 m au-dessus du sol. Elle est achev√©e en cinq ans et officiellement consacr√©e le [N 24] - [271] - [272].

Photographie de l'int√©rieur d'un monument religieux, la coupole centrale laisse appara√ģtre la lumi√®re
La coupole de la Sainte-Sophie, élément architectural le plus spectaculaire de la basilique, aujourd'hui reconvertie en musée.
Dessin d'un monument en forme de colonne, à son sommet la statue d'un homme à cheval
Restitution de la colonne et de sa statue √©questre d'apr√®s Cornelius Gurlitt, 1912. La pr√©sence d'une frise narrative h√©lico√Įdale autour de la colonne, sur le mod√®le de la colonne Trajane, est erron√©e.

L'√©dification de Sainte-Sophie n'est que l'aspect, certes le plus ambitieux, de l'entreprise de reconstruction de nombreux b√Ętiments au sein de la capitale. Il fait reconstruire l'√©glise des Saints-Ap√ītres qui sert de n√©cropole aux empereurs byzantins mais aussi l'√©glise Sainte-Ir√®ne, br√Ľl√©e lors de la r√©volte et qui devient le deuxi√®me √©difice religieux de la ville. En tout, Justinien serait intervenu dans la construction ou la restauration de trente-trois √©difices religieux dans la cit√© imp√©riale[273]. Il reb√Ętit les √©difices de la place de l'Augustaion[274] avec ses portiques, ainsi ceux de la M√©s√® jusqu'au forum de Constantin Ier sont reconstruits, de m√™me que les propyl√©es du palais, les portes en bronze, les bains de Zeuxippe. Sur la place de l'Augustaion est √©rig√©e la colonne de Justinien, en haut de laquelle culmine une statue √©questre de l'empereur, comm√©morant les victoires de celui-ci contre les Barbares[275]. L'empereur est attentif √† la d√©fense de Constantinople et restaure le mur de Th√©odose II ainsi que le mur d'Anastase, fragilis√© par les s√©ismes. Justinien fait construire, √† proximit√© de Sainte-Sophie, l'immense Citerne Basilique. D'une longueur de 138 m sur 65 de largeur, elle contient 28 rang√©es de 12 colonnes, soit 336 en tout, sur lesquelles reposent des vo√Ľtes d'ar√™te en briques qui s'√©l√®vent √† m au-dessus du sol. Elle alimente Constantinople en eau jusqu'√† l'√©poque ottomane[276].

Dans le reste de l'Empire

Enfin, dans tout l'Empire, Justinien est √† l'origine de constructions ou de reconstructions, notamment de villes d√©truites par des s√©ismes comme √† Antioche, sans pour autant toujours parvenir √† lutter contre le d√©clin de certaines de ces cit√©s[277]. L'Ňďuvre de Procope sur Les Constructions offre un large panorama des nombreuses r√©alisations architecturales attribu√©es √† Justinien. Il serait intervenu dans la cr√©ation de 398 sites et dans la restauration de 397[278]. Ainsi, il est √† l'instigation de la construction du barrage de Dara, pour prot√©ger cette position strat√©gique sur la fronti√®re orientale des inondations, mais aussi le pont du Sangarius en Bithynie, pour am√©liorer les communications entre Constantinople et les provinces orientales. Le mur de l'Hexamilion qui barre l'isthme de Corinthe est renforc√©. Sa pi√©t√© le conduit √† favoriser le d√©veloppement d'√©difices religieux comme le monast√®re Sainte-Catherine du Sina√Į, qui sert √† la fois de lieu spirituel mais aussi de forteresse. De m√™me, c'est sous son r√®gne qu'est √©rig√©e la basilique Saint-Vital de Ravenne, chef-d'Ňďuvre de l'art byzantin, comprenant de nombreuses mosa√Įques repr√©sentant l'empereur. Il fait aussi reconstruire la basilique de la Nativit√© de Bethl√©em. Il contribue au d√©veloppement du culte autour de la Vierge Marie en d√©veloppant des lieux de culte en son honneur, comme l'√©glise Sainte-Marie-la-Neuve de J√©rusalem[279] ou l'√©glise Sainte-Marie-de-la-Source √† Constantinople ; la fondation du monast√®re Notre-Dame de Seidnaya lui est aussi attribu√©e. Enfin, il fait b√Ętir la cit√© de Justiniana Prima dans sa r√©gion d'origine, qu'il √©l√®ve au rang d'√©v√™ch√©[280].

Sa fin

Décès

Cinq coupoles surplombant une Ascension du Christ et au-dessus une Pentec√īte miniature.
Miniature repr√©sentant l'√©glise des Saints-Ap√ītres, Hom√©lies de Jacques de Kokkinobaphos, vers 1150 (BnF, Gr.1208, f.3v).

L'un des nombreux traits marquants de Justinien est sa long√©vit√© puisqu'il meurt √† pr√®s de 83 ans, dans la nuit du 14 au [281]. Comme sa femme Th√©odora, il est inhum√© dans l'√©glise des Saints-Ap√ītres, n√©cropole traditionnelle des empereurs byzantins qu'il a reb√Ętie. Son corps est recouvert d'un drap fun√©raire brod√© par sa ni√®ce Sophie, figurant les grandes r√©alisations de son r√®gne[234]. Selon Corippe, la foule pleure le long du passage du cort√®ge fun√©raire et l'historienne Averil Cameron indique que ¬ę Justinien mort a atteint le statut d'une sainte personne ¬Ľ[282].

Succession

Toutefois, en d√©pit de son √Ęge avanc√©, Justinien n'a pas pr√©vu sa succession et n'a pas de descendance. Deux de ses neveux sont les principaux candidats √† la succession : d'une part Justin, le fils de sa sŇďur Vigilantia, qui d√©tient le titre prestigieux de curopalate, mais ni celui de nobelissime, ni celui de c√©sar, souvent conf√©r√©s aux h√©ritiers putatifs, et d'autre part un autre Justin, le fils de son cousin Germanus, ma√ģtre des milices. La succession est organis√©e rapidement. Le comte des Excubites Tib√®re, partisan du curopalate Justin, fait en sorte de circonscrire la nouvelle de la mort de Justinien, tandis que Justin le curopalate en est inform√© par un groupe de s√©nateurs et le grand chambellan Callinicos. Ceux-ci lui affirment que Justinien l'a d√©sign√© comme son successeur et, apr√®s un premier refus de rigueur, le d√©sormais Justin II accepte et est couronn√© par le patriarche Jean III Scholastique, avant d'√™tre accompagn√© par la foule le matin du [283]. Selon √Čvagre le Scholastique, les deux Justin se sont entendus pour √©viter tout conflit, celui qui est couronn√© devant nommer l'autre comme son second. Justin II fait rapidement venir son homonyme dans la capitale et le re√ßoit chaleureusement, mais il ne tarde pas √† √©mettre des accusations de complot contre lui et finit par le faire assassiner[284].

Disparition de sa sépulture

En 1204, les s√©pultures des empereurs byzantins reposant √† l'√©glise des Saints-Ap√ītres sont pill√©es par les crois√©s lors du si√®ge de Constantinople. Ces derniers esp√©raient en effet r√©cup√©rer des richesses d√©pos√©es sur les corps. D'apr√®s l'√©crivain byzantin Michel Choniat√®s, le sarcophage de Justinien n'√©chappe pas √† la r√®gle[285].

Deux si√®cles plus tard, en 1453, les Ottomans prennent Constantinople, mettant fin √† l'Empire Byzantin. L'√©glise des Saints-Ap√ītres est alors d√©j√† en mauvais √©tat. Pr√©textant un crime, le sultan Mehmet II ordonne de la d√©truire en 1461 et fait construire √† la place la mosqu√©e Fatih. Les sarcophages sont alors vid√©s et r√©employ√©s √† d'autres usages. Les restes de Justinien disparaissent √† tout jamais[285].

Historiographie

Carte du bassin méditerranéen montrant en rouge l'Empire byzantin en 600
L'Empire byzantin en 600. L'Espagne byzantine est r√©duite √† sa portion congrue et dispara√ģt deux d√©cennies plus tard, tandis que les Lombards ont d√©j√† conquis une part substantielle de l'Italie.

En raison de l'√©tendue de ses r√©alisations, le r√®gne de Justinien a donn√© lieu √† de nombreux commentaires. Les avis sont relativement contrast√©s. Les premiers auteurs √† s'√™tre int√©ress√©s √† l'Empire romain et √† son d√©clin, √† l'image de Montesquieu ou Edward Gibbon, jugent souvent n√©gativement la p√©riode justinienne. Ils sont encore influenc√©s par l'id√©e d'un long d√©clin de l'Empire romain[N 25] que Justinien ne peut arr√™ter[286]. Ainsi, Montesquieu, dans ses Consid√©rations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur d√©cadence, est s√©v√®re √† l'√©gard de l'action de Justinien dont il estime qu'il a profit√© de circonstances favorables pour √©tendre l'Empire tout en oubliant de d√©fendre les fronti√®res du Danube et de l'Orient, sans jamais √™tre en mesure de contrecarrer la d√©cadence romaine : ¬ę Mais la mauvaise conduite de Justinien, ses profusions, ses vexations, ses rapines, sa fureur de b√Ętir, de changer, de r√©former, son inconstance dans ses desseins, un r√®gne dur et faible, devenu plus incommode par une longue vieillesse, furent des malheurs r√©els, m√™l√©s √† des succ√®s inutiles et une gloire vaine. Ces conqu√™tes, qui avaient pour cause, non la force de l'Empire, mais de certaines circonstances particuli√®res, perdirent tout : pendant qu'on y occupait les arm√©es, de nouveaux peuples pass√®rent le Danube, d√©sol√®rent l'Illyrie, la Mac√©doine et la Gr√®ce, et les Perses, dans quatre invasions, firent √† l'Orient des plaies incurables ¬Ľ[287]. Edward Gibbon n'a pas un avis tr√®s diff√©rent dans son Histoire de la d√©cadence et de la chute de l'Empire romain. L√† encore, il bl√Ęme la vanit√© d'un empereur inconscient de la faiblesse de son Empire, contribuant m√™me √† accro√ģtre son d√©clin par une politique trop ambitieuse : ¬ę et l'on peut s'√©tonner avec raison qu'ils [les Romains] pr√©tendissent √† √©tendre les limites d'un empire dont ils ne pouvaient plus d√©fendre les anciennes fronti√®res : mais les guerres, les conqu√™tes et les triomphes de Justinien sont les d√©biles et pernicieux efforts de la vieillesse qui √©puise les restes de sa force, et h√Ęte le terme de la vie ¬Ľ[288]. Sans remettre en cause certaines des qualit√©s, autant que les r√©ussites de l'empereur, il met surtout l'accent sur les m√©rites de ses g√©n√©raux, notamment B√©lisaire et Nars√®s, tout en accr√©ditant l'id√©e d'une emprise de l'imp√©ratrice Th√©odora sur le gouvernement de l'Empire[289].

Dans la p√©riode moderne, beaucoup d'historiens reconnaissent la permanence de certaines r√©alisations de Justinien, que ce soit sur le plan juridique ou architectural. Toutefois, d'autres remettent en question le projet de r√©novation d'un Empire universel, concept d√©pass√© depuis de nombreuses d√©cennies d√©j√†. Paul Lemerle qualifie ainsi le si√®cle de Justinien d'¬ę erreur aux proportions grandioses ¬Ľ, ce qui d√©note l'ambivalence de cette p√©riode. Selon lui, cette erreur, c'est d'avoir m√©connu le fait que l'Empire romain √©tait d√©sormais irr√©ductiblement cantonn√© √† sa partie orientale et qu'en livrant des guerres de conqu√™tes en Occident, ¬ę il a √©puis√© la partie vivante ¬Ľ. En outre, l'Ňďuvre de Justinien est inachev√©e. Seule une partie des anciennes terres de l'Empire romain d'Occident ont √©t√© reconquises, m√™me s'il n'a jamais exprim√© le vŇďu de s'attaquer √† l'ancienne Gaule par exemple[46]. Plus encore, son Ňďuvre ne lui survit pas. Il l√®gue √† ses successeurs un Empire trop grand pour les ressources qu'il lui reste[290]. D√®s le r√®gne de Justin II, l'Italie subit les assauts des Lombards tandis que les Slaves accentuent leur pression sur les Balkans. En un peu plus d'un si√®cle, la quasi-totalit√© des conqu√™tes de Justinien ont √©t√© perdues. En effet, c'est en Orient que l'Empire doit rediriger ses forces face aux assauts renouvel√©s des Sassanides et, bient√īt, des Arabes[291]. Ainsi, Louis Br√©hier affirme : ¬ę De toutes les difficult√©s l√©gu√©es par Justinien √† ses successeurs, la plus grande √©tait la d√©fense de l'Empire ¬Ľ[292]. Malgr√© tout, l'ampleur des conqu√™tes justiniennes fait aussi l'objet d'analyses plus positives. Jean-Claude Cheynet estime qu'il ¬ę est difficile d'accuser Justinien d'ambitions d√©mesur√©es, car la reconqu√™te de l'Afrique, puis de l'Italie donnait √† l'Empire la ma√ģtrise absolue de la M√©diterran√©e et laissait esp√©rer que ces provinces enrichiraient le tr√©sor imp√©rial ¬Ľ[293].

Georg Ostrogorsky, tout en reconnaissant les limites de Justinien, en brosse un portrait tr√®s positif, louant ¬ę la puissance de son g√©nie universel ¬Ľ, mettant en avant l'envergure mondiale de son ambition, reflet d'une nostalgie de l'Empire romain qui habite son temps et continue d'habiter ses successeurs. Ainsi, ¬ę √† cette nostalgie la politique de restauration de Justinien a donn√© sa plus grandiose expression. Elle demeura pour la post√©rit√© un grand exemple, bien que l'Ňďuvre de restauration n'ait pas dur√© et que sa faillite ait eu pour l'Empire les plus lourdes cons√©quences ¬Ľ[294]. L'historienne C√©cile Morrisson synth√©tise l'avis g√©n√©ralement admis √† propos du r√®gne de Justinien. Ainsi, elle affirme qu'en d√©pit des limites de la politique de Justinien, ¬ę son h√©ritage reste impressionnant. Sa l√©gislation et la construction de Sainte-Sophie en sont les signes les plus connus encore visibles aujourd'hui, mais son influence sur la culture et la civilisation de son temps ne saurait s'y r√©sumer ¬Ľ[295].

Georges Tate relativise les critiques √©mises √† l'√©gard de Justinien. Il estime qu'elles sont influenc√©es par la vision r√©trospective qu'ont les historiens post√©rieurs √† son r√®gne, qui ont connaissance des √©v√©nements √† venir. Or, Justinien ne pouvait pr√©voir les dangers √† venir sur la fronti√®re orientale, notamment la guerre perso-byzantine de 602-628 ou l'expansion de l'islam : ¬ę En aucun temps, en aucun pays, aucun dirigeant politique n'a √©t√© capable de faire des pr√©visions √† aussi long terme. Le drame du r√®gne de Justinien, s'il est licite de parler de drame, c'est qu'il se situe √† l'apog√©e d'une longue p√©riode de croissance et au d√©but d'une longue phase de d√©pression ¬Ľ[296]. Dans sa biographie consacr√©e √† Justinien, Pierre Maraval constate lui aussi la coexistence de succ√®s r√©els et de r√©sultats plus mitig√©s, certains n'√©tant pas li√©s directement √† l'action de l'empereur. En revanche, il rejette l'id√©e d'un ¬ę si√®cle de Justinien ¬Ľ, parfois mis en avant, par exemple par Paul Lemerle[297]. Justinien intervient √† une √©poque de profonds changements, au moment o√Ļ le monde occidental passe de l'Antiquit√© au Moyen √āge. En outre, il remet en cause le qualificatif de ¬ę dernier empereur romain ¬Ľ qui sous-entend qu'il est le dernier √† tenter de faire vivre un Empire romain depuis longtemps moribond, dans le cadre d'une vision de lent d√©clin qui se poursuit avec l'Empire romain d'Orient. Il lui pr√©f√®re celui de ¬ę premier empereur byzantin ¬Ľ, toujours p√©n√©tr√© de l'h√©ritage romain mais compl√©t√© par des tendances nouvelles, √† l'image du caract√®re √©minemment chr√©tien du r√®gne de Justinien, soit une premi√®re √©tape vers l'affirmation d'un monde byzantin sp√©cifique[298].

Justinien dans les arts

Photographie noir et blanc en buste d'un homme en costume
Photographie d'Orson Welles, l'interprète de Justinien dans Pour la conquête de Rome I de Robert Siodmak.

Figure centrale de l'Antiquit√© tardive, Justinien appara√ģt dans plusieurs Ňďuvres tout au long des si√®cles. Ainsi, au cin√©ma, alors que l'histoire byzantine a fait l'objet d'un nombre limit√© de films, le r√®gne de Justinien est une exception notable[299]. En litt√©rature, il est l'un des personnages pr√©sents dans le Paradis de la Divine Com√©die de Dante Alighieri. Il y est d√©peint comme un d√©fenseur de la foi et le restaurateur de la grandeur romaine. Toutefois, il n'appara√ģt que dans le deuxi√®me ciel du Paradis, celui de Mercure pour les esprits actifs et bienveillants, car y est fustig√© son d√©sir de gloire personnelle et terrestre, qui l'emp√™che de travailler √† la seule gloire de Dieu[N 26] - [300]. Ainsi, quand il s'adresse √† Dante, il le fait en ces termes : ¬ę C√©sar je fus et Justinien je suis ¬Ľ. Son titre de c√©sar, symbolisant sa gloire temporelle est mis au pass√© et seul dure son nom, reflet de son √Ęme immortelle car ayant contribu√© √† la gloire divine.

Plus que le personnage de Justinien, ce sont souvent les √©v√©nements et les personnages qui l'entourent qui sont l'objet de cr√©ations artistiques[301]. C'est le cas de sa femme, Th√©odora, qui a nourri de nombreuses cr√©ations √† propos de son ascension sociale et de son influence suppos√©e sur son mari. Ainsi, plusieurs films s'appuient sur le destin de l'imp√©ratrice, comme Th√©odora d'Henri Pouctal, qui est l'adaptation au cin√©ma d'une pi√®ce de th√©√Ętre de 1884 de Victorien Sardou intitul√©e Th√©odora. Celle-ci participe, par sa popularit√©, au renouveau que conna√ģt les √©tudes byzantines en France dans la deuxi√®me moiti√© du XIXe si√®cle et √† l'√©mergence de jugements plus positifs sur l'√©poque byzantine. Charles Diehl r√©agit ainsi par la publication de son ouvrage Th√©odora, imp√©ratrice de Byzance, qui brosse un portrait plus aust√®re de l'imp√©ratrice[302]. Dans le film muet italien Th√©odora (1921), de Leopoldo Carlucci, l'empereur est incarn√© par l'acteur Ferruccio Biancini. Le r√©alisateur italien Riccardo Freda consacre √©galement un film en 1952 : Th√©odora, imp√©ratrice de Byzance avec Gianna Maria Canale dans le r√īle de Th√©odora et Georges Marchal dans celui de Justinien. Toutes ces Ňďuvres romancent la relation existant entre Th√©odora et Justinien, s'appuyant souvent sur les dires de Procope de C√©sar√©e dans son Histoire secr√®te de Justinien pour nourrir le sc√©nario d'une ascension sociale fulgurante et fascinante. Le r√īle de Justinien y est alors plus secondaire, sujet des ambitions et du charme de sa femme. Ainsi, dans le film de Riccardo Freda, Justinien la rencontre dans une taverne o√Ļ il s'√©prend d'elle, lui offrant un pendentif avant de pr√©sider le tribunal qui la juge pour s'√™tre enfuie avec ce bijou. Finalement, les deux personnages se marient et Th√©odora joue un r√īle central dans le gouvernement de l'Empire[303]. Dans le domaine artistique, le personnage de B√©lisaire est aussi tr√®s pr√©sent. Plus encore, il a nourri une l√©gende dans laquelle le g√©n√©ral souffre de l'ingratitude d'un empereur qui lui doit la plupart de ses succ√®s mais finit par le cong√©dier, le privant de sa richesse et de ses titres et le condamnant de fait √† mourir dans le d√©nuement le plus total. Le tableau de Jacques-Louis David B√©lisaire demandant l'aum√īne (1780) est le plus embl√©matique de ce mythe. Justinien devient alors le symbole d'un pouvoir m√©prisant, y compris envers ceux √† qui il doit le plus, participant d'une critique croissante de la monarchie de la soci√©t√© d'Ancien R√©gime[304] - [305]. Enfin, l'op√©ra n'est pas en reste. L√† encore, rares sont les pi√®ces √† mettre en sc√®ne l'√©poque byzantine mais Giustino de Georg Friedrich Haendel sur un livret adapt√© de Pietro Pariati en 1737 et Belisario de Gaetano Donizetti sont des exceptions.

Les r√©alisations de Justinien inspirent aussi certaines cr√©ations, notamment √† propos de la reconqu√™te de Rome. L'ouvrage uchronique de Lyon Sprague de Camp De peur que les t√©n√®bres suit les aventures d'un historien am√©ricain des ann√©es 1940 projet√© dans l'Italie avant l'invasion de B√©lisaire, qu'il parvient √† pr√©venir en aidant les Ostrogoths. De m√™me, le film Pour la conqu√™te de Rome I de Robert Siodmak, o√Ļ Justinien est interpr√©t√© par Orson Welles, prend pour point de d√©part l'invasion de l'Italie par B√©lisaire et, l√† encore, elle n'est pas men√©e √† son terme. La s√©rie de fantasy historique La Mosa√Įque de Sarance de Guy Gavriel Kay s'inspire largement des √©v√©nements du VIe si√®cle et en particulier de ceux du r√®gne de Justinien. De m√™me, le h√©ros du roman Les Temps parall√®les de Robert Silverberg, qui voyage dans le temps, assiste aux √©v√©nements de la s√©dition Nika en 532[306].

Notes et références

Notes

  1. La d√©nomination ¬ę Empire byzantin ¬Ľ est un exonyme cr√©√© par l'historien J√©r√īme Wolf au XVIe si√®cle et d√©finitivement adopt√© au XIXe si√®cle pour d√©signer l'Empire romain d'Orient issu de la partition d√©finitive de l'Empire romain en 395. Toutefois, les Byzantins se reconnaissent comme Romains, en particulier √† l'√©poque de Justinien o√Ļ l'h√©ritage de la Rome antique est encore particuli√®rement vivace. De ce fait, les qualificatifs de Romains et de Byzantins peuvent indiff√©remment √™tre utilis√©s pour d√©signer l'Empire romain d'Orient et ses habitants, notamment lors des premiers si√®cles de son existence, m√™me si les historiens modernes tendent √† lui pr√©f√©rer le terme de byzantin.
  2. Dans une lettre de adress√©e au pape, il parle de ¬ę notre √Čtat ¬Ľ pour d√©signer l'Empire.
  3. Cette somme d'argent est due par les Byzantins en échange de la mission de protection des cols caucasiens assurée par les Perses pour empêcher les invasions barbares.
  4. Parmi les changements apportés par ce décret, les femmes peuvent désormais hériter, ce qui n'est pas permis par le droit arménien.
  5. Cette province comprend la Scythie Mineure et la M√©sie inf√©rieure, situ√©e au niveau du Bas-Danube mais aussi la Carie, province littorale de l'Asie Mineure et les √ģles de la mer √Čg√©e. L'int√©r√™t d'une telle association, peu √©vidente sur le plan g√©ographique, est de permettre l'approvisionnement par voie maritime des provinces danubiennes pauvres depuis des provinces plus riches et plus s√Ľres (Maas 2005, p. 120).
  6. Seules quelques forteresses comme Septem sur le détroit de Gibraltar sont acquises par les Byzantins.
  7. En l'occurrence, deux des condamnés à mort ne peuvent être exécutés car la corde à laquelle ils doivent être pendus se rompt deux fois. La population considère qu'il s'agit là d'un signe divin en leur faveur et demande à Justinien de les gracier.
  8. Procope pr√™te la phrase suivante √† Th√©odora : ¬ę Pour un homme qui a √©t√© empereur, il est impossible de fuir. Pour moi, cette parole ancienne me pla√ģt qui dit que la pourpre est le plus beau des linceuls. ¬Ľ Cette citation de Denys de Syracuse pourrait cependant avoir √©t√© invent√©e de toutes pi√®ces par l'historien mais le d√©bat entre les historiens modernes n'est pas clos Tate 2004, p. 460-461 - (Maraval 2016, p. 143).
  9. Procope de C√©sar√©e parle de 5 000 morts par jour pendant quatre mois et Jean d'√Čph√®se va jusqu'√† 16 000 morts par jour.
  10. Une controverse a longtemps exist√© sur le fait de savoir si la peste de Justinien √©tait effectivement une forme de peste bubonique. Les recherches r√©centes mettent en √©vidence qu'il s'agit bien de cette maladie mais que la souche est diff√©rente de celle √† l'origine de la peste noire quelques si√®cles plus tard ((en) David Wagner et al., ¬ę Yersinia pestis and the Plague of Justinian 541‚Äď543 AD: a genomic analysis ¬Ľ, The Lancet, (consult√© le )).
  11. Ce terme remplace l'expression p√©jorative de dupondii ou ¬ę √©tudiants de deux sous ¬Ľ tandis que le bizutage est proscrit.
  12. L'un des exemples de la permanence du droit issu des textes de Justinien est la d√©limitation du domaine public naturel, en √©tablissant que le rivage de la mer s'√©tend jusqu'o√Ļ parvient le plus grand flot d'hiver. Ce principe perdure en France jusqu'√† l'ordonnance de Colbert de 1681 qui n'introduit pas de rupture fondamentale, disposant que : ¬ę Sera r√©put√© bord et rivage de la mer tout ce qu'elle couvre et d√©couvre pendant les nouvelles et pleines lunes et jusque o√Ļ le grand flot de mars peut s'√©tendre sur les gr√®ves ¬Ľ. Toutefois, le principe justinien continue √† s'appliquer pour la mer M√©diterran√©e jusqu'√† l'arr√™t Kreitmann du Conseil d'√Čtat du 12 octobre 1973 qui uniformise le droit applicable (H√©l√®ne Hoepffner, ¬ę Les ¬ę Transferts naturels de propri√©t√© ¬Ľ : forme d'expropriation indirecte sans indemnisation ? ¬Ľ, Nouveaux cahiers du Conseil constitutionnel n¬į 41 - Chronique de jurisprudence constitutionnelle, (consult√© le )).
  13. Ces réformes peuvent être considérées comme les prémices de la grande réforme territoriale du VIIe siècle qui aboutit à la création des thèmes, des provinces dont le gouverneur (le stratège) cumule les attributions civiles et militaires.
  14. La Corse et la Sardaigne sont rattachées à l'Afrique, un duc est ainsi établi en Sardaigne.
  15. Jean le Lydien mentionne la cr√©ation de vingt-sept nouveaux imp√īts sans donner de pr√©cision sur leur nature.
  16. Toujours selon Agathias, il aurait fallu 600 000 hommes pour assurer la d√©fense efficace de l'ensemble des fronti√®res imp√©riales.
  17. ¬ę La principale r√®gle est que le bon ordre de notre arm√©e soit maintenu sur les routes et que nos contribuables n'en souffrent aucun pr√©judice ou qu'ils soient indemnis√©s de celui qu'ils pourraient recevoir ¬Ľ (Novelle CXXX).
  18. Des auteurs comme Michel Kaplan ont un jugement plus nuancé sur l'efficacité de la politique fiscale de Justinien et estiment que le trésor impérial est mis à rude épreuve sous son règne, alors que les ressources fiscales de l'Empire s'épuisent avec les effets de la peste justinienne et du déclin démographique (Kaplan 2016, p. 121-123).
  19. Les magister militum (ma√ģtre des milices) dirigent les diff√©rentes arm√©es de campagne (comitatenses) de l'Empire.
  20. Pour autant, ces unit√©s jurent aussi fid√©lit√© √† l'empereur et quand un g√©n√©ral tombe en disgr√Ęce, ses buccelaires quittent son service.
  21. L'arianisme est un courant du christianisme qui s'oppose à la dualité de la nature du Christ. Ils estiment qu'il est avant tout humain.
  22. Les monophysites défendent l'idée de la nature uniquement divine du Christ, rejetant de ce fait les conclusions du concile de Chalcédoine qui estiment que la personne du Christ mêle une nature divine et une nature humaine.
  23. Ils sont prévenus trop tard et seuls onze évêques d'Occident sont présents, réduisant l'opposition au souhait de Justinien de faire condamner les Trois Chapitres. S'il résiste, le pape finit par se plier à la décision du concile.
  24. Selon un r√©cit du IXe si√®cle souvent repris, Justinien se serait exclam√© √† la vue de la basilique : ¬ę Je t'ai vaincu, √Ē Salomon ¬Ľ, faisant r√©f√©rence au temple de Salomon. Toutefois, le caract√®re apocryphe de cette phrase, rapport√©e plusieurs si√®cles apr√®s la mort de Justinien, ne fait gu√®re de doute, d'autant que le r√©cit en lui-m√™me a des airs de pamphlet d√©guis√©, critiquant la vanit√© de l'empereur (Gilbert Dagron, Constantinople imaginaire. √Čtude sur le recueil de ¬ę Patria ¬Ľ, Presses universitaires de France, , p. 269).
  25. Au XVIIIe siècle, l'Empire romain doit s'entendre comme incluant l'Empire byzantin jusqu'à sa chute en 1453.
  26. ¬ę Cette petite √©toile [Mercure] s'orne des esprits bons qui ont √©t√© actifs pour acqu√©rir honneur et renomm√©e. Lorsque les d√©sirs ici montent en d√©viant ainsi force est que les rayons du v√©ritable amour en haut s'√©lancent moins vifs. ¬Ľ

Références

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Sources radiophoniques

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