Accueilūüáęūüá∑Chercher

Samaritains

Les Samaritains (autoethnonyme : Shamerim, qui signifie ¬ę les observants ¬Ľ (◊©÷∑◊ě÷∂◊®÷ī◊ô◊Ě du verbe h√©bra√Įque "lishmor" qui veut dire "garder" ou ¬ę ceux qui gardent ¬Ľ[3] ; en h√©breu moderne : Shomronim - ◊©◊ē◊ě◊®◊ē◊†◊ô◊Ě, c'est-√†-dire ¬ę de Shomron ¬Ľ, la Samarie ; ou ¬ę Isra√©lites-Samaritains ¬Ľ[4] ; en grec ancien dans les √©vangiles ő£őĪőľőĪŌĀŠŅĖŌĄőĪőĻ, Samar√ģtai) sont une communaut√© juive tr√®s peu nombreuse vivant en Isra√ęl et en Cisjordanie.

Samaritains
(he) ◊©◊ē◊ě◊®◊ē◊†◊ô◊Ě
Description de cette image, également commentée ci-après
Samaritains sur le mont Garizim.
Populations importantes par région
Drapeau d‚ÄôIsra√ęl Isra√ęl 346 (2003)[1]
Cisjordanie 308 (2003)[1]
Population totale 874 (2022)[2]
Autres
Langues Langues parlées
Arabe, hébreu
Langues liturgiques
Hébreu samaritain et araméen samaritain, toutes ces "langues" sont en fait liées à l'hébreu, sauf l'arabe qui a été appris pour communiquer avec les Arabes locaux.
Religions Samaritanisme
Ethnies liées Juifs : Ashkénazes, Sépharades, Mizrahim, Toshavim (Maghrebim), Bené Roma (Italkim), Romaniote, Beta Israel

Leur religion, parfois appel√©e samaritanisme, est l'une des plus anciennes branches du juda√Įsme. Elle s'est s√©par√©e de ce qui deviendra le juda√Įsme orthodoxe entre le VIe et le IVe si√®cle avant JC. Elle est fond√©e sur le Pentateuque samaritain, les Samaritains refusant les livres de la Bible h√©bra√Įque post√©rieurs au Pentateuque (Livres des proph√®tes et livres hagiographes). Contrairement √† la majorit√© des courants juifs, les Samaritains ne prennent √©galement pas en compte la tradition orale devenue le Talmud. √Čtant apparu avant le d√©veloppement du juda√Įsme rabbinique, ils n'ont pas de rabbins.

Les Samaritains sont une des plus petites communautés religieuses du monde, puisqu'ils étaient 874 en 2022[2] (contre 712 en 2007[5]). Ils sont dotés d'une histoire écrite, attestée au Ier millénaire av. J.-C. en Samarie, région qu'ils ont dominée jusqu'au VIe siècle.

Samaritains sur le mont Garizim, en 2006.

Origines

Les Isra√©lites des environs de l'an 1000 av. J.-C. vivaient, semble-t-il, sur les hautes terres se trouvant √† l'ouest du Jourdain, et un peu au-del√†, sur le territoire de l'actuelle Jordanie. D'apr√®s la Bible, ils auraient √©t√© divis√©s en 12 tribus plus ou moins rivales, puis unifi√©s[6] vers l'an 1000 av. J.-C. par le roi Sa√ľl, puis par le roi David, et son fils Salomon.

Apr√®s la mort de Salomon, vers 930 av. J.-C., les 10 tribus du Nord auraient fait s√©cession, et form√© le royaume d'Isra√ęl, aussi appel√© ¬ę royaume de Samarie ¬Ľ, du nom de la ville qui devint sa capitale au IXe si√®cle av. J.-C. Ce royaume est alors devenu le voisin et parfois l'adversaire du royaume du Sud : le royaume de Juda, autour de J√©rusalem.

Les deux royaumes israélites

Le royaume de Samarie et le royaume de Juda se sont d√©finis de fa√ßon ambigu√ę l'un par rapport √† l'autre. Ils faisaient partie d'une m√™me communaut√© religieuse isra√©lite, mais ils √©taient aussi en concurrence territoriale, politique et finalement religieuse. On peut lire dans cette concurrence l'origine des Samaritains.

Fronti√®res estim√©es des √Čtats du Levant vers 800 av. J.-C.

Dans un contexte o√Ļ religion et politique ne sont pas s√©par√©es, le contr√īle de la religion est un aspect important du contr√īle du pouvoir, et des lieux de culte respectifs ont √©t√© mis en place par les deux royaumes. Celui de Juda a √©t√© install√© √† J√©rusalem, tandis que le royaume de Samarie en installait plusieurs, les deux principaux √©tant situ√©s ¬ę aux extr√©mit√©s nord et sud du royaume, √† B√©thel et √† Dan[7] ¬Ľ. Dans les premiers si√®cles, cette diversit√© des temples n'a cependant pas sembl√© poser trop de probl√®mes, et n'a en tout cas pas entra√ģn√© de schisme officiel. Il faut rappeler que, jusqu'aux alentours de l'an mille avant J√©sus-Christ, il n'y avait pas, d'apr√®s la Bible, de lieux de culte permanents et fixes. Le proph√®te Samuel est ainsi un pr√™tre du sanctuaire de Silo. C'√©tait la traduction d'une absence de centralisation historique remontant √† l'existence de tribus s√©par√©es. Avec la structuration en royaumes, la concurrence a commenc√© √† se faire sentir, et chaque lieu de culte a √©t√© progressivement mis en avant par le royaume qui le g√©rait.

La Bible ¬ę nous d√©peint immanquablement les tribus du Nord [‚Ķ] d√©sesp√©r√©ment enclines au p√©ch√©[8] ¬Ľ. Les temples de Samarie sont accus√©s d'avoir √©t√© ouverts aux rites pa√Įens, et de n'√™tre pas vraiment isra√©lites :

¬ę Les enfants d'Isra√ęl firent en secret, contre l'√Čternel leur Dieu, des choses qui ne sont pas bien. Ils se b√Ętirent des hauts lieux[9] [‚Ķ]. Ils se dress√®rent des statues et des idoles sur toute colline √©lev√©e [‚Ķ]. Ils fabriqu√®rent des idoles d'Astart√©, ils se prostern√®rent devant toute l'arm√©e des cieux, et ils servirent Baal. Ils firent passer par le feu[10] leurs fils et leurs filles[11]. ¬Ľ

Les livres historiques de la Bible concernant les p√©riodes avant la destruction du premier Temple en 586 av. J.-C., appel√© g√©n√©ralement ¬ę histoire deut√©ronomiste ¬Ľ, sont dat√©s du r√®gne de Josias (639 √† 609 av. J.-C.), ou de la p√©riode suivant son r√®gne, apr√®s la destruction de Samarie, mais int√®grent des sources plus anciennes, pour certaines nordistes (comme les proph√®tes Amos ou Os√©e).

¬ę L'historien deut√©ronomiste transmet √† ses lecteurs un double message, plut√īt contradictoire. D'un c√īt√©, il d√©peint Juda et Isra√ęl [Samarie] comme deux √Čtats jumeaux. De l'autre, il les d√©crit comme f√©rocement antagonistes. Josias ambitionne de s'√©tendre au Nord. [‚Ķ] La Bible, √† l'appui de son ambition, r√©p√®te donc √† sati√©t√© [‚Ķ] que sa population est compos√©e d'isra√©lites qui auraient d√Ľ accomplir leurs d√©votions √† J√©rusalem, [‚Ķ]. La Bible se devait d'√īter toute l√©gitimit√© aux cultes nordistes - principalement celui du sanctuaire de B√©thel - et de montrer que les traditions religieuses du royaume du Nord √©taient impies[12] ¬Ľ. ¬ę Violence, idol√Ętrie, cupidit√© caract√©risent le portrait peu √©difiant du royaume nordiste d'Isra√ęl que nous brossent les deux Livres des Rois[13] ¬Ľ

Il est impossible de savoir si toutes ces accusations sont fond√©es, mais elles montrent une forte hostilit√© envers le royaume et les pratiques religieuses du nord, bien avant l'apparition ¬ę officielle ¬Ľ des Samaritains.

Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.

Le royaume de Samarie a été envahi et détruit par l'Assyrie en 722 avant notre ère, qui en a fait une de ses provinces. Le royaume de Juda accepta par contre la suzeraineté assyrienne, et survécut donc. Juda ne reprit une pleine indépendance que sous le règne de Josias (de 639 à 609 av. J.-C.)[14], jusqu'à sa destruction par les Babyloniens et la déportation de sa population en 586-587 avant notre ère.

L'origine des Samaritains : selon la tradition juive orthodoxe

D'apr√®s la Bible (Deuxi√®me livre des Rois), qu'on estime r√©dig√©e vers le milieu du VIe si√®cle av. J.-C. (soit au moins 150 ans apr√®s les √©v√©nements[15]), la population du royaume de Samarie aurait √©t√© d√©port√©e vers d'autres r√©gions de l'Empire assyrien en punition de ses p√©ch√©s. Elle aurait ensuite myst√©rieusement disparu. Ce seraient les ¬ę dix tribus perdues d'Isra√ęl ¬Ľ.

La Bible affirme que des populations √©trang√®res auraient √©t√© d√©plac√©es pour les remplacer sur leur territoire. Ces √©trangers auraient cr√©√© une religion m√©langeant influences isra√©lite et pa√Įennes, donnant ainsi naissance aux Samaritains.

¬ę Et Isra√ęl a √©t√© emmen√© captif loin de son pays en Assyrie, o√Ļ il est rest√© jusqu'√† ce jour. Le roi d'Assyrie fit venir des gens [‚Ķ] et les √©tablit dans les villes de Samarie √† la place des enfants d'Isra√ęl. [‚Ķ] Lorsqu'ils commenc√®rent √† y habiter, ils ne craignaient pas l'√Čternel, et l'√Čternel envoya contre eux des lions qui les tuaient.
On dit au roi d'Assyrie : Les nations que tu as transportées et établies dans les villes de Samarie ne connaissent pas la manière de servir le dieu du pays, et il a envoyé contre elles des lions qui les font mourir […].
Le roi d'Assyrie donna cet ordre : Faites-y aller l'un des prêtres que vous avez emmenés de là en captivité […], et qu'il leur enseigne la manière de servir le dieu du pays.
Un des pr√™tres qui avaient √©t√© emmen√©s captifs de Samarie vint s'√©tablir √† B√©thel, et leur enseigna comment ils devaient craindre l'√Čternel.
Mais les nations firent chacune leurs dieux dans les villes qu'elles habitaient, et les plac√®rent dans les maisons des hauts lieux b√Ęties par les Samaritains[16].
[‚Ķ] Ils craignaient aussi l'√Čternel [‚Ķ] et ils servaient en m√™me temps leurs dieux d'apr√®s la coutume des nations d'o√Ļ on les avait transport√©s.
[…] Ils suivent encore aujourd'hui leurs premiers usages.
[‚Ķ] L'√Čternel avait fait alliance avec eux, et leur avait donn√© cet ordre : Vous ne craindrez point d'autres dieux.
[‚Ķ] Et ils n'ont point ob√©i, et ils ont suivi leurs premiers usages. Ces nations craignaient l'√Čternel et servaient leurs images ; et leurs enfants et les enfants de leurs enfants font jusqu'√† ce jour ce que leurs p√®res ont fait[17]. ¬Ľ

On note une contradiction dans le second Livre des Rois : les nouveaux habitants de l‚Äôancien royaume de Samarie (devenu province assyrienne) sont d√©crits comme des √©trangers, mais il est aussi indiqu√© que ¬ę l'√Čternel avait fait alliance avec eux ¬Ľ, comme s'ils √©taient les descendants des anciens Isra√©lites. D'un c√īt√© ils ¬ę craignaient l'√Čternel ¬Ľ, de l'autre ¬ę ils servaient en m√™me temps leurs dieux ¬Ľ. La population maintenant identifi√©e comme ¬ę samaritaine ¬Ľ devient ainsi une population ambigu√ę, m√©lange d'√©trangers pa√Įens et d'influences isra√©lites, globalement rejet√©e de la communaut√©.

Selon la bible Crampon, il est clair que l'alliance établie dans les versets 34-36 du 2ème Livre des rois a été établi avec les "enfants de Jacob" et donc les israélites de souche.

¬ę Ils suivent encore aujourd'hui les premi√®res coutumes ; ils ne craignent point J√©hovah, et ils ne se conforment ni √† leurs lois et √† leurs ordonnances, ni √† la loi et aux commandements donn√© par J√©hovah aux enfants de Jacob, qu'il appela du nom d'Isra√ęl. J√©hovah avait fait une alliance avec eux et leur avait donn√© cet ordre : " Vous ne craindrez point d'autres dieux, vous ne vous prosternerez point devant eux, vous ne leur offrirez point de sacrifice. Mais vous craindrez J√©hovah, votre Dieu, qui vous a fait monter du pays d'√Čgypte, par une grande puissance et par son bras √©tendu ; c'est lui que vous craindrez, devant lui que vous vous prosternerez, √† lui que vous offrirez des sacrifices. ¬Ľ " (Bible Crampon[18] 2√®me tome, 1898)

La litt√©rature rabbinique post√©rieure est √©galement partag√©e. Le Talmud parle ponctuellement des Samaritains, en des termes divergents, mais qui tranchent parfois avec le rejet total. Le trait√© 'Houllin accepte la viande des animaux qu'ils ont tu√©s comme casher, si un juif a √©t√© t√©moin de l'abattage[19], et le trait√© Orlah du Talmud de J√©rusalem admet leur pain[20] sous certaines r√©serves. Dans un autre trait√© du Talmud de J√©rusalem, qui daterait du Ier si√®cle, leur nourriture est consid√©r√©e comme l√©gale[21]. Un trait√© mineur (Massekhet Kouthim) confirme leur acceptation partielle : ¬ę quand pourront-ils √™tre re√ßus dans la communaut√© juive ? Quand ils auront renonc√© √† Har Garizim (le mont Garizim) et reconnu J√©rusalem et la r√©surrection des morts ¬Ľ[22]. Le m√™me trait√© reconna√ģt que, dans la plupart de leurs usages, ils ressemblent √† des isra√©lites.
Ainsi, d√®s le d√©but de l'√®re chr√©tienne, l'accusation de paganisme est-elle abandonn√©e par certains religieux juifs. Mais l'accusation de ne pas √™tre d'ascendance isra√©lite subsiste, m√™me si l'approche du Massecheth Kuthim montre quelques √©volutions : les Samaritains pourraient √™tre accept√©s ¬ę dans la communaut√© juive ¬Ľ (malgr√© leurs origines) s‚Äôils r√©formaient leurs pratiques. Une telle approche ¬ę ouverte ¬Ľ de la seconde grande accusation historique juive (ne pas √™tre d'origine isra√©lite) est cependant tout √† fait marginale dans le Talmud.

L'origine des Samaritains : selon la tradition samaritaine

D'apr√®s leur livre des Chroniques (Sefer ha-Yamim), les Samaritains se consid√®rent comme les descendants des tribus d'Ephra√Įm et de Manass√© (deux tribus issues de la Tribu de Joseph) vivant dans le royaume de Samarie avant sa destruction en -722. La famille sacerdotale affirme descendre de la tribu de L√©vi. La vision les faisant descendre des anciens Isra√©lites du Nord est assez proche de celle de la majorit√© des historiens.

Ils ajoutent que ¬ę ce sont les Juifs qui se sont s√©par√©s d'eux au moment du transfert de l'Arche au XIe si√®cle ¬Ľ avant notre √®re[23]. Selon la deuxi√®me de leurs sept chroniques, ¬ę c'est √Čli qui causa le schisme en √©tablissant √† Silo un sanctuaire dans le but de remplacer le sanctuaire du mont Garizim ¬Ľ[24].

La question du Mont Garizim

La centralité du Mont Garizim n'est pas la seule spécificité des Samaritains. Outre la question de leur origine supposée non israélite par les Juifs, il existe également des différences importantes en matière de textes sacrés, les Samaritains n'acceptant que le Pentateuque. Mais le Mont Garizim comme principal lieu saint, en lieu et place de Jérusalem, est un marqueur fondamental de la différence avec les Juifs.

Les Samaritains consid√®rent que, de tout temps, c'est le mont Garizim qui fut d√©sign√© par Dieu pour √™tre le centre du culte. Ils citent pour cela les passages du Deut√©ronome : ¬ę Lorsque vous aurez pass√© le Jourdain, Sim√©on, L√©vi, Juda, Issacar, Joseph et Benjamin, se tiendront sur le mont Garizim, pour b√©nir le peuple[25] ¬Ľ et plus encore ¬ę Et lorsque l‚Äô√Čternel, ton Dieu, t‚Äôaura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, tu prononceras la b√©n√©diction sur la montagne de Garizim, et la mal√©diction sur la montagne d‚ÄôEbal[26] ¬Ľ. On trouve d'autres citations, comme dans le livre des Juges[27] ou dans celui de Josu√©[28].

Pour les Samaritains, Jérusalem aurait donc été imposée par les Israélites du sud, ceux du royaume de Juda, les Judéens (les Juifs à partir de l'époque perse), à l'encontre de cette ancienne sanctification.

Certains éléments factuels semblent s'écarter de la vision samaritaine sur la place prééminente du Mont Garizim dans le culte des anciens Israélites. La construction du temple sur le mont Garizim est en effet en rupture avec la diversité cultuelle ancienne de la Samarie : les lieux de culte de Béthel et de Dan qui dominaient le royaume de Samarie disparaissent. Il est possible qu’il s'agisse d'une influence judéenne, une volonté de répondre à l'exclusion par une autre légitimité.

√Ä l'inverse, il est notable que le Mont Garizim soit connu du Pentateuque (les cinq premiers livres), tandis que la centralit√© de J√©rusalem n'appara√ģt que dans les Livres de Samuel et des Rois, d√©crivant les r√®gnes de David et Salomon (mais r√©dig√©s plusieurs si√®cles apr√®s).

Ainsi, si le Mont Garizim appara√ģt bien comme un ancien lieu sacr√© isra√©lite, il n'√©tait en tout cas pas, √† l'√©poque de l'ancien royaume de Samarie, le centre du culte, ni m√™me le lieu de culte le plus important.

L'origine des Samaritains : thèses historiennes

Historiens et archéologues ont essayé de mettre les thèses religieuses à l'épreuve de l'analyse critique, en particulier en s'appuyant sur des sources textuelles ou archéologiques externes à la Bible. Ces sources étant parcellaires, il existe cependant toujours des interprétations divergentes entre historiens.

Les faits

Sargon II et un haut dignitaire. Bas-relief du palais de Dur-Sharrukin

Les archéologues ont exhumé une bonne partie des archives de l'Empire assyrien. Les chroniques assyriennes de Sargon II, le roi qui a vaincu le royaume de Samarie, indiquent :

¬ę J'ai assi√©g√© et occup√© la ville de Samarie, et ai emmen√© 27 280 de ses habitants captifs. Je leur ai pris 50 chars, mais leur ai laiss√© le reste de leurs affaires[29]. ¬Ľ

Certains traducteurs ne sont pas d'accord avec la pr√©cision apport√©e (¬ę ville de Samarie ¬Ľ), consid√©rant que le texte original laisse planer le doute entre la ville et l'√Čtat de Samarie.

Teglath-Phalasar III, bas-relief provenant de son palais à Nimrud, fin du VIIIe siècle av. J.-C., musée du Louvre

Il y a un point commun avec les Livres des Rois : la d√©portation des Isra√©lites a bien eu lieu. Mais il y a aussi une diff√©rence importante : le nombre des d√©port√©s. Pour le Second livre des Rois, c'est toute la population ou presque qui a √©t√© d√©port√©e. Pour Sargon II, c'est une minorit√©. Les arch√©ologues estiment en effet la population du royaume de Samarie √† 200 000 personnes, d'apr√®s les villes et villages retrouv√©s. Il y avait bien eu une premi√®re d√©portation dix ans plus t√īt, quand le roi assyrien Teglath-Phalasar III avait conquis la Galil√©e. Mais elle aussi a √©t√© chiffr√©e par les textes assyriens. Le total des deux d√©portations atteint environ 40 000 personnes, soit 20 % seulement du total des habitants. Sans doute essentiellement l'√©lite. Les historiens pensent que certains Isra√©lites du Nord seraient √©galement partis en tant que r√©fugi√©s vers le royaume de Juda[30].

L'implantation de colons √©trangers est indiqu√©e plusieurs fois dans le reste du texte[31], mais √† propos d'autres conqu√™tes. Cette politique d'implantation √©tait manifestement courante, et a donc peut-√™tre √©t√© faite en Samarie, comme l'indique le Livre des Rois. On a retrouv√©, √† Gezer et dans les environs, des textes cun√©iformes du VIIe si√®cle av. J.-C. contenant des noms babyloniens. La d√©portation de populations allog√®nes en Samarie (au moins dans certaines zones), affirm√©e par les Livres des Rois, est donc bien confirm√©e. L'arch√©ologie indique par contre que ce repeuplement est loin d'√™tre massif. Les poteries, inscriptions, villages, etc. montrent une grande continuit√© avec la p√©riode ant√©rieure[32]. Le Livre de J√©r√©mie rapporte que 150 ans apr√®s la chute du royaume du Nord, juste apr√®s la chute de J√©rusalem en -586, des Isra√©lites du Nord se sont pr√©sent√©s avec des offrandes pour le temple de J√©rusalem : ¬ę quatre-vingts hommes vinrent de Sichem, de Silo et de Samarie, la barbe ras√©e, les v√™tements d√©chir√©s, la peau taillad√©e d'incisions[33]. Ils apportaient des offrandes de c√©r√©ales et de l'encens pour les offrir dans le Temple de l'√Čternel ¬Ľ[34].

Dernier fait en contradiction avec la Bible : la religion actuelle des Samaritains, strictement fond√©e sur le Pentateuque, ne pr√©sente pas de trace de paganisme. Les trait√©s rabbiniques, datant du d√©but de l'√®re chr√©tienne et pr√©c√©demment cit√©s, indiquent que ce strict monoth√©isme est tr√®s ancien. Au VIe si√®cle av. J.-C., le livre de J√©r√©mie, d√©j√† cit√©, les montre faisant des offrandes au temple. On manque toutefois de sources autonomes pour parler de la religion des Samaritains aux IVe et Ve si√®cles av. J.-C.. Il est donc possible, mais non prouv√©, qu'il y ait eu une p√©riode de quelques si√®cles o√Ļ la religion samaritaine aurait √©t√© un syncr√©tisme pagano-isra√©lite, conform√©ment √† l'accusation des Livres des Rois. Il faut cependant tenir compte du sens spirituel donn√© au mot idol√Ętre ou pa√Įen dans les textes bibliques : le paganisme et l'idol√Ętrie d√©signent le fait de pratiquer l'injustice, le p√©ch√©, l'iniquit√©.

La g√©n√©tique a √©t√© sollicit√©e pour apporter certaines r√©ponses quant √† l'origine des Samaritains. L'√©tude de Shen et al., en 2004[PDF] a ainsi port√© sur la comparaison entre les chromosome Y de 12 hommes samaritains et ceux de 18-20 hommes non samaritains, r√©partis entre 6 populations juives (d'origines ashk√©naze, marocaine, libyenne, √©thiopienne, irakienne et y√©m√©nite) et 2 populations isra√©liennes non-juives (Druzes et Arabes). Les r√©sultats d'analyses pr√©c√©dentes sur des groupes d'Africains et d'Europ√©ens ont √©t√© int√©gr√©s dans l'analyse statistique. L'ADN mitochondrial (h√©rit√© des femmes) a √©galement √©t√© compar√©. L'√©tude conclut que des ressemblances significatives existent entre les chromosomes Y (masculin) juifs et samaritains, mais que l'ADN mitochondrial (h√©rit√© des femmes) diff√®re entre les populations juives et samaritaines. ¬ę √Ä notre surprise, tous les chromosomes Y [donc h√©rit√©s des hommes] des Samaritains non-Cohen [n'appartenant pas √† la famille sacerdotale] appartiennent au groupe Cohen ¬Ľ (une caract√©ristique g√©n√©tique qu'on rencontre majoritairement chez les juifs cohanim, c'est-√†-dire suppos√©s descendre d'Aaron. ¬ę Les donn√©es [‚Ķ] indiquent que les chromosome Y [masculin] samaritains et juifs ont une affinit√© beaucoup plus grande que ceux des Samaritains et de leurs voisins g√©ographiques de longue date, les Palestiniens ¬Ľ. ¬ę Cependant, ce n'est pas le cas pour les haplotypes d'ADN mitochondrial [h√©rit√©s des femmes]. [‚Ķ] les distances entre Samaritains, Juifs et Palestiniens pour l'ADN mitochondrial [f√©minin] sont √† peu pr√®s identiques. De plus, la basse diversit√© [‚Ķ] sugg√®re que le flux de g√®nes maternels dans la communaut√© samaritaine n'a pas √©t√© tr√®s √©lev√© ¬Ľ (peu d'entr√©es de femmes dans la communaut√©).

L'interprétation des faits

La th√®se dominante chez les historiens est plut√īt que 80 % des habitants de l'ancien royaume de Samarie sont rest√©s sur place, et sont devenus les Samaritains (au sens religieux du terme) cit√©s par le Livre des rois[35].

Dans cette optique, les 10 tribus d'Isra√ęl myst√©rieusement disparues ne seraient qu'un mythe invent√© pour justifier l'exclusion des Samaritains de la communaut√© isra√©lite : on ne rompait pas avec d'autres Isra√©lites, on constatait leur disparition myst√©rieuse et leur remplacement par des √©trangers.

Les raisons de cette rupture définitive seraient surtout :

  • la question de la centralit√© du temple du mont Garizim ou de celui de J√©rusalem dans le culte.
  • la place de la Torah orale (plus tard compil√©e dans la Mishna, la G√©mara puis le Talmud) chez les Jud√©ens, et refus√©e par les Samaritains.

L'√©tude pr√©c√©demment cit√©e (Shen et al.[PDF]) tente d'apporter un √©clairage par la g√©n√©tique. Ses auteurs penchent finalement en faveur d'une approche mixte entre remplacement et continuit√© : ¬ę nous supposons que [les caract√©ristiques g√©n√©tiques samaritaines] pr√©sentent un sous-groupe des pr√™tres juifs Cohanim d'origine, qui n'est pas parti en exil quand les Assyriens ont conquis le royaume du Nord [‚Ķ], mais qui ont √©pous√© des Assyriennes et des femmes exil√©es r√©install√©es √† partir d'autres terres conquises ¬Ľ. Il faut cependant noter deux points : d'une part ¬ę La diversit√© √©lev√©e des haplotypes d'ADN mitochondrial chez les Isra√©liens sugg√®re que les fondatrices f√©minines de chaque groupe juif aient √©t√© peu nombreuses et de diff√©rentes ascendances ¬Ľ. La sp√©cificit√© des marqueurs g√©n√©tiques f√©minins samaritains est donc difficile √† interpr√©ter √† la lumi√®re de la sp√©cificit√© des marqueurs g√©n√©tiques f√©minins de chaque groupe juif. D'autre part, l'apparition des sp√©cificit√©s n'est pas dat√©e. Elle peut remonter avant, pendant ou apr√®s la p√©riode de la conqu√™te assyrienne, et ne nous renseigne donc pas forc√©ment sur les √©v√©nements provoqu√©s par celle-ci.

Datation de la rupture

Cyrus II le Grand et les Hébreux

En 586 avant notre √®re, le royaume de Juda tombe √† son tour, et une partie de sa population est d√©port√©e √† Babylone. Apr√®s la lib√©ration des exil√©s par Cyrus II en -537, ceux-ci d√©cident de reb√Ętir le temple de J√©rusalem d√©truit en -586. Les Samaritains proposent alors leur aide :

¬ę Les ennemis de Juda et de Benjamin[36] apprirent que les fils de la captivit√© b√Ętissaient un temple √† l'√Čternel, le Dieu d'Isra√ęl. Ils vinrent aupr√®s de Zorobabel et des chefs de familles, et leur dirent : nous b√Ętirons avec vous ; car, comme vous, nous invoquons votre Dieu, et nous lui offrons des sacrifices depuis le temps d'√Čsar Haddon, roi d'Assyrie, qui nous a fait monter ici. Mais Zorobabel, Josu√©, et les autres chefs des familles d'Isra√ęl, leur r√©pondirent : ce n'est pas √† vous et √† nous de b√Ętir la maison de notre Dieu ; nous la b√Ętirons nous seuls √† l'√Čternel, le Dieu d'Isra√ęl, comme nous l'a ordonn√© le roi Cyrus, roi de Perse. Alors les gens du pays d√©courag√®rent le peuple de Juda ; ils l'intimid√®rent pour l'emp√™cher de b√Ętir[37]. ¬Ľ

L'exil a en effet modifi√© les identit√©s ethno-religieuses. Comme l'√©crit le rabbin Josy Eisenberg ¬ę Le VIe si√®cle av. J.-C. a √©t√© d√©cisif dans l'histoire des Juifs. En fait, on peut dire qu'il en constitue le v√©ritable commencement, car il voit s'op√©rer une mutation fondamentale : la fin du temps des H√©breux et de l'h√©bra√Įsme, la naissance du temps des Juifs et du juda√Įsme[38] ¬Ľ. Pour les anciens exil√©s de Babylone, la terre sainte est mal connue. Les anciennes d√©finitions sont r√©interpr√©t√©es. L'exil √† Babylone a cr√©√© les Juifs au sens actuel du terme[39]. Elle cr√©e donc, par opposition, les Samaritains ¬ę modernes ¬Ľ, rejet√©s du corps isra√©lite.

D'apr√®s la citation du Livre d'Esdras rapport√© ci-dessus, la rupture religieuse avec les Samaritains semble donc consomm√©e d√®s 500 avant notre √®re. Mais de nombreuses incertitudes subsistant sur les dates de r√©daction des textes, l'√©volution de leur contenu et la fa√ßon dont ils √©taient appliqu√©s en pratique ; aucune certitude n'est possible. D'autres sources confirment une rupture d√©finitive vers -330. Ursula Schattner-Rieser indique ¬ę aujourd'hui, la majorit√© des sp√©cialistes en samaritain est d'avis que la ¬ę secte ¬Ľ des Samaritains s'est s√©par√©e du groupe religieux jud√©en √† l'√©poque perse, lors du retour de N√©h√©mie en 445 av. J.-C. et que le d√©but de l'histoire des Samaritains proprement dite se situe √† la veille de l'√©poque hell√©nistique[40] avec la construction d'un temple rival de celui de J√©rusalem, sur le mont Garizim[23] ¬Ľ, √† Sichem, actuelle Naplouse.

La question du Temple semble effectivement importante dans la rupture. Tant le royaume de Juda que celui du Nord avaient maintenu des lieux de culte diversifi√©s. La Bible s'en offusque d'ailleurs, et certains rois du Sud, comme Josias, avaient lutt√© contre. Apr√®s le retour des exil√©s vers -537, le d√©bat est d√©finitivement r√©gl√© : seul le temple de J√©rusalem est l√©gitime. Le refus de ¬ę Zorobabel, Josu√©, et les autres chefs des familles d'Isra√ęl ¬Ľ de laisser les habitants du Nord se lier au Temple les am√®ne in√©vitablement √† cr√©er leur propre centre religieux, et √† parachever la rupture. Ce temple sera construit un peu avant[23] la conqu√™te d'Alexandre le Grand, ou juste apr√®s[41].

Cette rupture n'empêche pas la reprise du Pentateuque, issu de sources diverses, mais compilé dans sa forme définitive dans le Sud, en Judée, vers le VIe siècle av. J.-C. On peut donc la supposer postérieure à cette étape, malheureusement mal datée.

L'origine des Samaritains : conclusions

Des divergences religieuses et politiques croissantes ont d'abord √©loign√© Isra√©lites du Nord et du Sud, comme les accusations bibliques contre les pratiques religieuses du Nord en t√©moignent. On ne sait pas exactement de quand date la rupture d√©finitive entre Juifs et Samaritains. Au plus t√īt, elle se produit vers 520 av. J.-C., lors de la construction du second temple de J√©rusalem par certains des anciens exil√©s juifs √† Babylone. Au plus tard, elle est attest√©e vers 330 av. J.-C..

Quelles que soient les raisons de la rupture entre les communautés, et sa date exacte, les Samaritains et les Judéens (qui donnèrent les Juifs) ne se considèrent plus comme un seul peuple, alors même qu'ils se réclament tous deux de la descendance des Hébreux et qu'ils suivent le Pentateuque.

Après la séparation

Les Samaritains semblent être restés une population assez nombreuse dans le nord de l'actuel territoire israélo-palestinien : au moins quelques centaines de milliers de personnes jusqu'au VIe siècle, certains auteurs[42] allant jusqu'à 1,2 million aux IVe et Ve siècles. Mais ils n'ont jamais plus été un peuple indépendant.

Comme les Juifs, ils sont pass√©s sous le contr√īle des empires qui ont succ√©d√© √† l'Empire assyrien, puis sous la souverainet√© de la dynastie S√©leucide, du royaume juif des Hasmon√©ens, de l'Empire romain, de l'Empire byzantin, de l'Empire omeyyade et de l'Empire ottoman.

Relation avec le royaume séleucide

Le royaume s√©leucide est un royaume de culture hell√©nistique, dirig√© par une dynastie d'origine mac√©donienne succ√©dant √† Alexandre le Grand et r√©gnant sur une partie du Moyen-Orient, plus particuli√®rement sur la zone Syrie-Palestine. Le royaume a affirm√© tr√®s fortement sa culture grecque, ce qui n'a longtemps pas pos√© de probl√®mes particuliers aux Samaritains et aux Juifs vivant en Palestine. La situation change avec Antiochos IV (roi de 175 av. J.-C. √† 163 av. J.-C.). Celui-ci lance en effet, d'apr√®s les livres des Macchab√©es, une campagne d'hell√©nisation forc√©e des populations de son royaume. Cette campagne implique en particulier le culte obligatoire de Zeus, repr√©sent√© sur terre par Antiochos IV. On ne conna√ģt pas les effets de cette politique dans les autres r√©gions du royaume, mais la volont√© de transformer le Second Temple de J√©rusalem en temple de Zeus Olympien en -168 aurait obtenu le soutien de certains juifs : ¬ę Beaucoup d'Isra√©lites acquiesc√®rent volontiers √† son culte, sacrifiant aux idoles et profanant le sabbat ¬Ľ (1M1.43), tout en en poussant d'autres, les Macchab√©es et leurs partisans, √† la r√©volte : ¬ę ils rassembl√®rent une arm√©e, frapp√®rent les p√©cheurs dans leur col√®re et les impies dans leur fureur ¬Ľ (1M2.44).

D'apr√®s les livres des Maccab√©es, des troupes samaritaines se seraient jointes en -166 √† l'arm√©e s√©leucide pour combattre les Jud√©ens lors de la r√©volte des Maccab√©es : ¬ę Apollonius rassembla une troupe importante de Samarie pour faire la guerre √† Isra√ęl[43] ¬Ľ.

D'un point de vue religieux, les Samaritains auraient √©galement accept√© de transformer le temple du mont Garizim en temple hell√©nistique : ¬ę Peu de temps apr√®s, le roi envoya G√©ronte l'Ath√©nien pour forcer les Juifs √† s'√©loigner des lois de leurs p√®res et √† cesser de r√©gler leur vie sur les lois de Dieu pour profaner le Temple de J√©rusalem et le d√©dier √† Zeus Olympien, et pour d√©dier √† Zeus Hospitalier celui du mont Garizim, comme le demandaient les habitants du lieu ¬Ľ (2M6.1-2). D'apr√®s les livres des Maccab√©es, l'acceptation du paganisme grec par les Juifs est partielle et ¬ę forc√©e ¬Ľ, quand celle des Samaritains est demand√©e par ¬ę les habitants du lieu ¬Ľ.

En tout hypothèse, ce ralliement religieux éventuel ne semble pas avoir laissé de trace chez les Samaritains après la fin de la domination séleucide sur la région. Il est donc plausible qu'il ne se soit agi que d'un ralliement politique sans véritable contenu religieux. Mais cette acceptation, qu'elle ait ou non été de pure forme, partielle ou complète, volontaire ou forcée, renforça l'accusation de paganisme déjà portée par le Livre des Rois.

Ainsi, deux si√®cles et demi apr√®s les √©v√®nements, Flavius Jos√®phe rapporte ¬ę Les Samaritains, voyant le traitement inflig√© aux Juifs, cess√®rent de se donner pour leurs parents et de pr√©tendre que le temple du Garizim √©tait celui du Dieu tout-puissant, en quoi ils suivaient leur naturel, que j'ai d√©crit d√©j√† ; mais ils se dirent descendants des M√®des et des Perses, ce qu'ils sont en effet ¬Ľ[44]. Flavius Jos√®phe indique m√™me que les Samaritains auraient √©crit √† Antiochos IV : ¬ę Nous te supplions donc, toi le bienfaiteur et le sauveur, d'ordonner √† Apollonios, sous-pr√©fet, et √† Nicanor, agent royal, de ne pas nous faire de tort en nous accusant des m√™mes crimes que les Juifs, qui nous sont √©trangers par la race comme par les coutumes, et de consacrer notre temple anonyme au culte de Zeus Hell√©nios : ainsi nous ne serons plus molest√©s, et, pouvant d√©sormais vaquer en toute s√©curit√© √† nos travaux, nous te paierons des tributs plus consid√©rables ¬Ľ[44].

La réalité des relations entre les Samaritains et les Séleucides reste difficile à déterminer, puisque les seules sources datant de l'époque sont les livres des Maccabées (Flavius Josèphe écrivant bien plus tard). Mais la période reste importante dans l'histoire des relations entre Juifs et Samaritains, en ce qu'elle a réaffirmé dans la littérature juive le fait que les Samaritains n'étaient pas d'ascendance israélite, qu'ils pratiquaient volontiers le paganisme, et qu'ils étaient prêts à s'allier aux ennemis des Juifs.

Relations avec les Juifs dans l'Antiquité

Une inscription antique en hébreu samaritain.

Les relations avec les Juifs sont globalement restées mauvaises pendant toute l'Antiquité.

Après le succès de la révolte juive contre les Séleucides, le nouveau royaume juif des Hasmonéens, alors dirigé par Jean Hyrcan Ier conquiert Sichem et détruit, vers 108 av. J.-C., le temple samaritain sur le mont Garizim, puis la ville de Samarie.

Les Samaritains deviennent des sujets d'un √Čtat qui ne les consid√®re pas comme juifs. Flavius Jos√®phe indique cependant que jusqu'au procurat romain de Coponius (6-8 ap. J.-C.), les Samaritains pouvaient acc√©der au temple de J√©rusalem.

Les provinces du royaume d'Hérode Ier le Grand, sous protectorat romain, vers -25.

Apr√®s la conqu√™te par les Romains (protectorat d√®s 63 avant notre √®re), la Samarie eut plusieurs rattachements, fluctuants selon les √©poques. L'empereur Auguste la rattache au royaume client d'H√©rode Ier le Grand en -30. Par la suite, la province de Samarie et les villes de la c√īte sont rattach√©es √† la province romaine de Syrie (ou de Ph√©nicie, selon les p√©riodes), et donc √©chappent √† un pouvoir juif. L'Empire romain est tol√©rant avec les religions des peuples conquis, et la situation des Samaritains s'en est donc sans doute trouv√©e am√©lior√©e.

Les relations avec les Juifs restent difficiles. Une crise √©clate ainsi sous le procurat de Coponius (6-8 ap. J.-C.), lorsque ¬ę des Samaritains, entr√©s en secret √† J√©rusalem, jet√®rent des ossements humains sous les portiques[45]. D√®s lors on interdit √† tous les Samaritains l'acc√®s du Temple, ce dont on n'avait pas l'habitude auparavant[46] ¬Ľ.

Le Christ et la Samaritaine (Ňďuvre de Siemiradzki)

Parlant de l'√©poque de J√©sus (dans les ann√©es 30 du premier si√®cle), l'√Čvangile selon Jean t√©moigne encore des mauvaises relations entre Samaritains et Juifs : le dialogue entre J√©sus et la Samaritaine au Puits de Jacob rappelle que ¬ę les Juifs, en effet, n‚Äôont pas de relations avec les Samaritains ¬Ľ[47]. Des Juifs utilisent aussi l'accusation de ¬ę samaritain ¬Ľ contre J√©sus : ¬ę N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un d√©mon ? ¬Ľ[48].

Jésus est ainsi provocateur lorsqu'il développe, devant des docteurs de la Loi, la parabole du Bon Samaritain, mettant en scène un Samaritain agissant plus moralement qu'un prêtre et qu'un lévite.

La Judée romaine sous Trajan (117 ap. J.-C.) et le rattachement de la Samarie au sud de la province de Syrie.

Peu apr√®s la mort du Christ, Jos√®phe rapporte des affrontements arm√©s directs en Galil√©e, sous l'empereur Claude : ¬ę Entre les Samaritains et les Juifs s'√©lev√®rent aussi des haines pour la raison suivante. Les Galil√©ens avaient coutume, pour se rendre aux f√™tes dans la ville sainte, de traverser le pays de Samarie. Alors, pendant qu'ils √©taient en route, des habitants d'un bourg appel√© Ginae, situ√© aux confins du pays de Samarie et de la grande plaine, engag√®rent un combat avec eux et en tu√®rent beaucoup [‚Ķ]. Les Galil√©ens d√©cid√®rent la masse des Juifs √† courir aux armes [‚Ķ]. Ils pill√®rent et incendi√®rent certains bourgs samaritains. Lorsque Cumanus eut connaissance de cet acte, il prit avec lui l'escadron de S√©baste et quatre cohortes de fantassins, fit armer les Samaritains et marcha contre les Juifs ; il les attaqua, en tua un grand nombre [‚Ķ]. Cumanus et les premiers des Samaritains, envoy√©s √† Rome, obtinrent, de l'empereur un jour d'audience pour parler des litiges qui les divisaient [‚Ķ]. Claude [‚Ķ] apr√®s avoir ou√Į les d√©bats, reconnaissant que les Samaritains avaient √©t√© les premiers auteurs de ces maux, ordonna d'ex√©cuter ceux d'entre eux qui s'√©taient pr√©sent√©s √† lui ¬Ľ[49].

Relations avec l'Empire romain

L'arrivée de l'empire dans la région en -63 avait permis aux Samaritains de se libérer progressivement des Juifs. Mais les relations avec l'empire furent cependant parfois conflictuelles.

Pendant le soul√®vement juif de 67-73, l'empereur Vespasien craint de voir les Samaritains rallier les Juifs, car ¬ę ils semblaient √† deux doigts de se r√©volter [‚Ķ]. Il envoya contre eux C√©rialis, l√©gat de la cinqui√®me l√©gion, avec six cents chevaux et trois mille hommes de pied. Le l√©gat [‚Ķ] se borna [‚Ķ] √† cerner avec sa troupe toute la base du mont Garizim [‚Ķ]. Or il arriva que les Samaritains manquaient d'eau [‚Ķ]. C√©rialis [‚Ķ] gravit alors la montagne et, ayant dispos√© sa troupe en cercle autour des ennemis, les invita tout d'abord √† traiter et √† songer √† leur salut : il leur promettait la vie sauve s'ils rendaient leurs armes. Comme il ne put les convaincre, il les chargea et les passa tous au fil de l'√©p√©e, au nombre de 11 600 ¬Ľ[50].

Sous le r√®gne d'Hadrien (de 117 √† 138), ¬ę Juifs et Samaritains auraient √©t√© frapp√©s d'interdiction des sabbats, des f√™tes, de la circoncision, ainsi que des bains rituels. Les chroniques samaritaines attribuent √† Hadrien la destruction de tous leurs livres sacr√©s, √† l'exception du Pentateuque et de la g√©n√©alogie des pr√™tres ¬Ľ[23].

Si les Samaritains ont gard√© un mauvais souvenir d'Hadrien, les Juifs ont eu le sentiment qu'il favorisait ces derniers, au moins en comparaison de son attitude vis-√†-vis des Juifs. Un Midrash raconte ainsi : ¬ę Imiqentron √©crivit √† l'Empereur Hadrien : ¬ę Si ta haine va aux circoncis, il y a aussi les Isma√©lites ; si elle va √† ceux qui observent le Shabbat, il y a aussi les Samaritains. Mais il se trouve que ta haine ne va qu'√† ce peuple, Isra√ęl ¬Ľ[51].

Malgré ces affrontements sporadiques, qui se produisent d'ailleurs régulièrement dans beaucoup de provinces romaines, les Samaritains semblent d'abord avoir bénéficié d'une situation satisfaisante. Ainsi, le temple du mont Garizim détruit par les Hasmonéens vers -108 est reconstruit peu après la révolte avortée juive de Bar-Kokheba (132-135)[41]. Mais l'empire devient chrétien au IVe siècle, et la traditionnelle tolérance romaine prend fin.

Les relations avec l'Empire byzantin

L'Empire romain se scinde d√©finitivement en 395 de l'√®re chr√©tienne. Il y a d√©sormais un Empire romain d'Occident, qui dispara√ģt en 476, et un Empire romain d'Orient, qu'on appelle aujourd'hui ¬ę Empire byzantin ¬Ľ (du nom de sa capitale, Byzance, devenue par la suite Constantinople puis Istanbul).

L'Empire byzantin t√Ęche de convertir de force les minorit√©s (chr√©tiens h√©t√©rodoxes ou non-chr√©tiens) √† sa version du christianisme. Ainsi, les Samaritains exer√ßant des fonctions publiques au sein de l'Empire, en sont interdits √† partir de 438[52].

Justinien.

Ainsi, l'empereur Zénon (né en 427 - règne de 474 à sa mort en 491) s'en prend aux Juifs et aux Samaritains. Sous son règne, le temple samaritain est une seconde fois détruit[52] (en 484, semble-t-il)[41], de façon définitive, sans jamais être reconstruit : révoltes samaritaines (184-572).

À son arrivée au pouvoir, Justinien Ier les prive de certains droits comme celui d'hériter, et fait détruire leurs synagogues[52].

Sous la conduite d'un leader charismatique et messianique, nommé Julianus ben Sabar (en) (ou ben Sahir), les Samaritains se soulèvent en 529[52]. Avec l'aide des Arabes ghassanides (des Chrétiens), l'empereur Justinien écrase la révolte. Des dizaines de milliers de Samaritains sont tués ou vendus comme esclaves. D'autres se convertissent, sans doute pour échapper à la répression. La population d'au moins quelques centaines de milliers de personnes, se reduits rapidement à une petite population résiduelle. L'Empire byzantin est le principal responsable du passage des Samaritains du statut de population occupant un territoire qui lui est propre au statut de petite minorité sur sa propre terre d'origine. Procope de Césarée rapporte :

¬ę Une loi [‚Ķ] fut alors pass√©e contre les Samaritains, qui a jet√© la Palestine dans un trouble indescriptible. [‚Ķ].

Les campagnards, cependant, se r√©unirent ensemble et d√©cid√®rent de prendre les armes contre l'Empereur, en choisissant comme leur candidat au tr√īne un bandit nomm√© Julian, fils de Sabarus. Et pendant un temps ils s'oppos√®rent en propre contre les troupes imp√©riales ; mais finalement, d√©faits dans la bataille, ont √©t√© diminu√©s, ensemble avec leur leader. Dix myriades d'hommes[53] sont dites avoir p√©ri dans cet engagement et le pays le plus fertile sur la terre est ainsi devenu priv√© de fermiers[54]. ¬Ľ

Une autre révolte a lieu en 554, durant laquelle les Juifs s'allient aux Samaritains[52], puis un ultime soulèvement a lieu en 594, sans succès, et a sans doute contribué à achever l'effondrement démographique de la population samaritaine. L'intolérance byzantine, la christianisation puis l'islamisation des populations vivant en Palestine les ont touchés comme elles ont touché les Juifs. Mais, alors que les Juifs ont pu survivre en tant que communauté en diaspora, les Samaritains, restés essentiellement sur le territoire de la Palestine historique, n'ont pu trouver de solutions alternatives.

Des fouilles archéologiques de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) montrent des inscriptions de bénédiction associée aux Samaritains trouvées à Apollonia près de Herzliya et en grec à Tzur Natan, datant du Ve siècle[55].

Les relations avec les empires musulmans

L'arriv√©e des conqu√©rants musulmans au VIIe si√®cle, apr√®s les massacres byzantins du VIe si√®cle, a sans doute √©t√© v√©cue comme une lib√©ration. Les communaut√©s chr√©tiennes ¬ę h√©r√©tiques ¬Ľ (du point de vue byzantin) l'ont en tout cas souvent v√©cu ainsi : les conqu√©rants √©taient sensiblement plus tol√©rants pour ces groupes religieux, auxquels le statut de dhimmi donnait enfin un statut officiel, ce dont ils ne b√©n√©ficiaient pas sous l'Empire byzantin.

Bonnes au d√©part, les relations entre les Samaritains et les pouvoirs en place n'ont cependant pas toujours √©t√© parfaites. Des sources parlent de destructions de lieux de culte juifs et samaritains au IXe si√®cle. Les Mamelouks auraient d√©truit des lieux de culte samaritains √©galement au XIVe si√®cle. Les relations avec les Ottomans auraient √©t√© assez mauvaises, sauf vers la fin : ¬ę Les Samaritains ont d√©crit la p√©riode ottomane comme la plus mauvaise p√©riode de leur histoire moderne. Au cours de cette p√©riode, beaucoup de familles samaritaines ont chang√© leur religion ; plusieurs des familles c√©l√®bres de Naplouse, comme les familles Shakhsheer, Yaish et Maslamany √©taient samaritaines et sont devenues musulmanes pendant cette p√©riode ¬Ľ[56]. En 1596, le grand pr√™tre Pinhas VII fut oblig√© de s'exiler √† Damas, qui ne comptait plus que cent trente-deux Samaritains[23].

En 1841, des oul√©mas musulmans de Naplouse lancent l'accusation selon laquelle les Samaritains ne sont pas des gens du Livre, mais des pa√Įens pouvant √™tre convertis de force. Le grand-rabbin de la Palestine de l'√©poque √©met alors un document attestant qu'ils sont une branche des fils d'Isra√ęl, ce qui met fin √† la crise[57].

En 1867, Naplouse est compos√©e de 4 000 personnes, ¬ę la plupart d'entre eux mahom√©tans ¬Ľ, certains juifs et chr√©tiens, et environ 150 Samaritains[58]. D√©j√† tr√®s affaiblies par les Byzantins, les communaut√©s samaritaines ont donc continu√© √† d√©cro√ģtre lentement, du fait d'un certain nombre de conversions souvent forc√©es au cours des si√®cles √† la religion musulmane ; certains des noms de familles musulmanes d'aujourd'hui, √† Naplouse mais aussi dans le reste de la Cisjordanie, sont li√©s aux Samaritains car leurs anc√™tres √©taient adeptes de cette religion - comme Al-Muslimani, Al-Yaish et d'autres[59]. Ce ph√©nom√®ne de conversion a touch√© l'ensemble des populations du Moyen-Orient, et n'est donc pas sp√©cifique aux Samaritains.

À la fin du XIXe siècle, les Samaritains obtiennent une reconnaissance juridique des autorités ottomanes, et leur communauté est officiellement reconnue comme millet[57].

Au XIXe si√®cle, les voyageurs d√©peignent la petite population samaritaine comme particuli√®rement mis√©rable, form√©e de boutiquiers, de commis et de tailleurs[57]. La Jewish Encyclopedia de 1905 parle de ¬ę lutte pour l'existence, qui peut √† peine √™tre continu√©e ¬Ľ[41].

Les communautés samaritaines connues

Un groupe de Samaritains, vers 1900.

Les Samaritains ont créé, avant ou après la conquête arabe, des communautés hors de l'actuel territoire israélo-palestinien, comme les Juifs, mais beaucoup moins importantes et aujourd'hui disparues, par dissolution dans l'environnement arabo-musulman.

Communautés samaritaines attestées à différentes époques :

L'époque moderne

Le mont Garizim derrière la ville de Naplouse, vers 1900

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Samaritains ne sont plus qu'environ 120, puis 146 en 1917[1]. Leur avenir semble menacé par la consanguinité (il y a un nombre anormalement élevé de handicaps héréditaires au sein de la communauté), la pauvreté et les conversions. Les observateurs de l'époque prédisent souvent leur disparition rapprochée.

Grand prêtre samaritain de Naplouse devant un Sefer Torah samaritain, v. 1920

Apr√®s la fondation en 1920 du foyer national juif en Palestine, les relations avec les sionistes sont bonnes. Ces derniers, largement la√Įcs, ne s'int√©ressent pas aux disputes religieuses, et reconnaissent sans grande difficult√© les Samaritains comme juifs.

Samaritains sur le mont Garizim, vers 1900

Sous l'influence d'Yitzhak Ben-Zvi, futur pr√©sident d'Isra√ęl de 1952 √† 1963 et grand ami des Samaritains, une √©cole moderne financ√©e par les Juifs est √©tablie pour les Samaritains sous le mandat britannique, permettant le d√©but d'une ¬ę modernisation ¬Ľ culturelle de la communaut√©, et favorisant son r√©tablissement √©conomique. Ben-Zvi convainc aussi les Samaritains d'accepter de conclure certains mariages avec des juives (sous r√©serve que celles-ci deviennent samaritaines). Ces mariages mixtes restent tr√®s peu nombreux. Malgr√© ces bonnes relations, les Samaritains restent r√©serv√©s face au projet sioniste tout au long du mandat britannique sur la Palestine (1922-1948). Selon les mots d'un grand-pr√™tre de la fin des ann√©es 1930 ¬ę Je ne suis pas l'ennemi de ce que les Juifs aient de nouveau leur propre royaume. Je suis f√Ęch√© qu'ils doivent s'installer sur la terre qui est Isra√ęl, qui n'a jamais √©t√© √† eux ¬Ľ. L'Isra√ęl ici cit√© est l'ancien royaume d'Isra√ęl, ou de Samarie, qui couvrait le nord de la Palestine mandataire d'alors, et dont les Samaritains se consid√®rent comme les descendants. L'attitude officielle fut cependant en g√©n√©ral moins hostile, pouvant m√™me aller jusqu'√† un ¬ę prudent encouragement ¬Ľ[57].

La religion des Samaritains

Comme pour le juda√Įsme, les Samaritains ont eu des schismes et des disputes religieuses, mais qui sont mal connus. Il n'existe aujourd'hui plus qu'un seul courant religieux.

Théologie et textes sacrés

Un exemple d'hébreu samaritain (ici un pentateuque).

Les Samaritains n'acceptent que l'autorit√© de l'Hexateuque (pentateuque mosa√Įque et Livre de Josu√©). Ils refusent les autres livres de la Bible juive et sa tradition orale (telle qu'exprim√©e dans la Mishna et les Talmuds). Leur pentateuque est en substance identique √† celui des Juifs, mais il s'√©crit en h√©breu samaritain avec l'alphabet samaritain, une variante de l'ancien alphabet pal√©o-h√©bra√Įque abandonn√© par les Juifs.

Au-del√† de la langue, il existe des diff√©rences entre les deux versions du Pentateuque. Les plus importantes portent sur la situation du Mont Garizim comme principal lieu saint en lieu et place de J√©rusalem. Les dix commandements de la Torah samaritaine int√®grent ainsi en dixi√®me commandement le respect du Mont Garizim comme centre du culte[60]. Les deux versions des Dix commandements existant dans le Tanakh juif (celle du livre de l'Exode et celle du Deut√©ronome) ont √©t√© √©galement uniformis√©es[60]. Afin de conserver le nombre des commandements (dix), le 1er commandement juif (¬ę Je suis l'√Čternel (YHWH), ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'√Čgypte, de la maison de servitude ¬Ľ) est consid√©r√© comme une simple pr√©sentation, le premier commandement samaritain √©tant donc le second commandement juif : ¬ę Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face ¬Ľ. Pour les Samaritains, ¬ę les sages juifs ont fait de la pr√©sentation un commandement pour maintenir le nombre de ceux-ci √† dix (le nombre de commandements est mentionn√© dans l'Exode, 34.28), apr√®s avoir corrig√© leur version en en retirant le dixi√®me[61] ¬Ľ relatif au mont Garizim.

Au-delà de ces différences fondamentales, il existe d'assez nombreuses différences portant sur des détails de rédaction entre la Torah samaritaine et la Torah Juive. Exception faite des divergences portant sur le mont Garizim, ces différences rendent le Pentateuque samaritain plus proche de la Septante que du texte massorétique.

¬ę Quant √† leurs croyances, les Samaritains pratiquent une religion qui se veut strictement mosa√Įque. Leur ¬ę credo ¬Ľ est fond√© sur les cinq donn√©es suivantes :
1. L'unité et l'unicité de Dieu.
2. Mo√Įse est le seul proph√®te.
3. Les Livres de l’Hexateuque sont les seuls inspirés, ce qui peut expliquer le rejet de l'ensemble de la littérature biblique et l'attachement au seul Hexateuque écrit en caractères samaritains, dérivant directement de l'écriture phénicienne.
4. Le mont Garizim est le seul lieu choisi par Dieu pour y recevoir un sanctuaire, si√®ge de sa saintet√©, selon Dt 11, 9 et 27, 4 o√Ļ les Samaritains lisent Garizim au lieu d'Ebal.
5. La résurrection des morts pour le Jugement dernier.

[Les Samaritains attendent] l'av√®nement du Taheb, le messie[62] semblable √† Mo√Įse. Il vivra cent dix ou cent vingt ans et fondera un second royaume, qui durera des si√®cles. Ce sera le retour de la Rahouta [la p√©riode de la faveur divine][23]. ¬Ľ

Les Samaritains ont √©galement leur propre corpus de traditions et de livres saints pour interpr√©ter le Pentateuque. On y trouve ainsi un livre de pri√®re et de chants, le Defter, qui joue un r√īle important dans la liturgie. On y trouve surtout le Memar (enseignement) ¬ę qui est plus proche qu'aucun autre livre except√© le Pentateuque du cŇďur du samaritanisme[63] ¬Ľ. Ce dernier livre a √©t√© √©crit en aram√©en samaritain par Marqah (Marcus), un philosophe samaritain du IVe si√®cle de l'√®re chr√©tienne, et montre une forte influence de la philosophie grecque[63]. Le livre est tr√®s divers et comprend une ex√©g√®se biblique, des chants et des pri√®res, une approche philosophique des questions religieuses et enfin une th√©ologie[64].

On peut enfin ajouter le livre des chroniques (Sefer ha-Yamim), Ňďuvre historique mais avec un certain contenu religieux.

Le culte et le clergé

Les Samaritains ne reconnaissent pas la centralit√© du temple de J√©rusalem, et ont leur propre lieu saint, pr√®s de l'actuelle Naplouse, sur le mont Garizim. On ne conna√ģt pas la date √† laquelle les Samaritains ont sanctifi√© le mont Garizim. Celui-ci n'√©tait pas en tout cas au centre de l'ancienne religion des Isra√©lites du royaume de Samarie, qui avaient de multiples sanctuaires. La construction sur le mont d'un temple rival de celui de J√©rusalem, symbole de la centralit√© du mont Garizim, daterait d'un peu avant[23] la conqu√™te d'Alexandre le Grand, ou de juste apr√®s[41].

C'est autour du mont Garizim que doit r√©sider le grand-pr√™tre samaritain. Celui-ci est choisi au sein de la famille (ou ¬ę maison ¬Ľ) sacerdotale ¬ę qui est suppos√©e descendre du fils de Aaron, fr√®re de Mo√Įse. [‚Ķ] La personne la plus √Ęg√©e de la famille [‚Ķ] est habituellement d√©sign√©e pour √™tre le grand-pr√™tre de la communaut√© enti√®re. Dans la religion samaritaine, [‚Ķ] les membres de la famille sacerdotale ne doivent pas travailler, except√© dans les domaines religieux, et le reste des familles samaritaines les aident √©conomiquement [‚Ķ]. Mais de nos jours, [‚Ķ] le nombre des membres de la famille sacerdotale est devenu important [28 % de la communaut√© en 2003], compar√© au reste des Samaritains. [‚Ķ] Les membres de la famille sacerdotale ont commenc√© √† chercher du travail comme n'importe quel autre Samaritain. [‚Ķ].
La famille sacerdotale fournit [‚Ķ] [aussi], le chef des pri√®res (Imam), et les professeurs qui enseignent la langue samaritaine antique (h√©breu)[56] ¬Ľ.
Il existe des pr√™tres op√©rant sous l'autorit√© du grand-pr√™tre. La communaut√© de Holon (Isra√ęl) a ainsi son propre pr√™tre.
Un grand-pr√™tre h√©r√©ditaire existait dans le juda√Įsme du Second Temple de J√©rusalem, mais l'institution sacerdotale a √©t√© abandonn√©e apr√®s la destruction de celui-ci, les rabbins restant les seuls responsables religieux.

Pendant la semaine, les prêtres portent des turbans rouges. Lors du Shabbat, ils portent des turbans blancs.

Les Samaritains n'ont pas de synagogue au sens juif, même s'ils utilisent facilement le terme. Ceux qui vivent à Holon ont un lieu de prière, mais qui n'a pas la même sacralité que leur centre cultuel du mont Garizim.

¬ę Les enterrements ont lieu au sommet du mont Garizim, ou dans la section samaritaine du cimeti√®re de Kiriat Shaul, √† Tel Aviv[56] ¬Ľ.

Fêtes religieuses

Les Samaritains ne c√©l√®brent pas bon nombre de f√™tes religieuses juives, qui ne sont pas prescrites par le pentateuque. Leur f√™te religieuse principale est la f√™te de p√Ęque. Contrairement aux Juifs qui l'ont abandonn√©, les Samaritains ont conserv√© le sacrifice de l'agneau pascal, normalement effectu√© la veille de P√Ęque, sur le mont Garizim.

La p√Ęque n'est cependant pas leur seule f√™te, puisque ¬ę trois fois par an, les p√®lerins isra√©lites-samaritains visitent leur lieu saint sur le sommet du mont Garizim. Le septi√®me jour de la p√Ęque, qui est appel√© le ‚Äúfestival des pains sans levain‚ÄĚ, pour Chavouot (pentec√īte) et le premier jour de la f√™te des tabernacles (Souccot)[65] ¬Ľ. Ces trois p√®lerinages correspondent √©troitement aux trois principaux p√®lerinages juifs, les Sheloshet Haregalim.

Au-del√† des divergences sur les f√™tes, il y a aussi des divergences sur le calendrier religieux. Celui-ci ¬ę remonte √† la premi√®re ann√©e de l'entr√©e du peuple d'Isra√ęl en terre sainte [‚Ķ] [alors que] le calendrier h√©breu juif [‚Ķ] a commenc√© la premi√®re ann√©e de la cr√©ation. [‚Ķ] [ainsi par exemple, l']ann√©e [‚Ķ] 3641 dans le calendrier samaritain, [‚Ķ] [est] parall√®le √† l'ann√©e 5763 dans le calendrier juif et aux ann√©es 2002-2003 dans le calendrier civil ¬Ľ[66]. De plus, les calculs de dates du calendrier samaritain se font sur la base d'un calendrier lunaire assez similaire au calendrier juif (alternance d'ann√©es de 12 ou 13 mois lunaires), mais dont les r√®gles d'alternances sont diff√©rentes. Les c√©l√©brations samaritaines tombent donc parfois aux m√™mes dates que les c√©l√©brations juives √©quivalentes, mais peuvent aussi en √™tre d√©cal√©es de quelques jours ou d'un mois. Les mois sont num√©rot√©s, et n'ont pas de nom, contrairement au calendrier juif. Pour un exemple des f√™tes, des c√©l√©brations et de leurs dates, voici la liste des f√™tes religieuses de 2002[65] :

Fête samaritaine Date samaritaine Fête juive équivalente Date juive
1. Sacrifice de p√Ęque vendredi 26 avril 2002 Abandonn√©e par les Juifs √† l'√©poque de Gamaliel II
2. P√Ęque samedi 27 avril 2002 Pessa'h jeudi 28 mars 2002
3. Sept jours des pains sans levain (Matzoth) samedi 27 avril au vendredi 3 mai 2002 Sept jours de Pessa'h,
ou 'Hag Hamatzot
jeudi 28 mars 2002 au mercredi 3 avril 2002
4. Le jour saint du pain sans levain.
Le premier pèlerinage sur
le sommet du mont Garizim
vendredi 3 mai 2002 Septième jour de Pessa'h mercredi 3 avril 2002
5. Jour M√©morial du Sina√Į
la remise des Dix commandements
mercredi 12 juin 2002 Chavouot vendredi 17 mai 2002
6. Le jour saint de la pentec√īte
le second pèlerinage
dimanche 16 juin 2002 Chavouot vendredi 17 mai 2002
7. Le festival du septième mois dimanche 6 octobre 2002 Roch Hachana
Le nouvel an juif
vendredi 6 septembre 2002
8. Le jour de l'expiation (je√Ľne) mardi 15 octobre 2002 Yom Kippour lundi 16 septembre 2002
9. Le jour saint des tabernacles
le troisième pèlerinage
dimanche 20 octobre 2002 Souccot samedi 21 septembre 2002
10. Les 7 jours de Souccot dimanche 20 au samedi 26 octobre 2002 Hol hamo√ęd samedi 21 au vendredi 27 septembre 2002
11. Le festival du huitième jour
joie de la Torah
dimanche 27 octobre Chemini Atseret
Sim'hat Torah
samedi 28 septembre 2002

Les Samaritains partagent donc avec les Juifs la plupart des f√™tes prescrites dans la Bible, mais ils n'observent ni les c√©l√©brations instaur√©es apr√®s l'exil de Babylone, ni les comm√©morations typiquement jud√©ennes comme les quatre je√Ľnes.

Autres pratiques

Une Mezuzah au-dessus d'une porte samaritaine, plus grande qu'une Mezuzah juive.
La Menorah est considérée par les Samaritains comme leur symbole national.

Au-delà de leurs croyances, de leurs fêtes et de leurs modalités de culte, les Samaritains insistent particulièrement sur 4 pratiques :

  1. Vivre pr√®s du mont Garizim (ce qui est remis en cause par l'installation d'une partie de la communaut√© en Isra√ęl).
  2. La participation obligatoire de toute la communaut√© au sacrifice de p√Ęque, sur le mont Garizim. Cette obligation posa de nombreux probl√®mes aux Samaritains d'Isra√ęl entre 1949 et 1967, lorsque la Cisjordanie √©tait sous autorit√© Jordanienne et que les fronti√®res √©taient ferm√©es. Le roi Hussein et Isra√ęl autorisaient normalement la travers√©e de la ¬ę ligne verte ¬Ľ √† p√Ęque.
  3. La célébration du shabbat (y compris l'interdiction d'allumer la lumière pendant le shabbat).
  4. Le respect des r√®gles de puret√© prescrite par la Torah, pour lesquelles les Samaritains ont une interpr√©tation souvent plus stricte. Ainsi, par exemple, les Samaritains interpr√®tent les r√®gles du L√©vitique 12 comme imposant l'isolement de la femme lors de ses r√®gles ou apr√®s une naissance[67]. Le juda√Įsme demande plus simplement √† la femme de s'isoler de son √©poux.

Les Samaritains utilisent des mezouzot d'un type particulier, beaucoup plus grosses que les mezouzot juives, mais refusent l'utilisation des phylactères, à la manière des anciens Sadducéens.

La Menorah est considérée par les Samaritains comme leur symbole national. L'étoile de David, par contre, n'est pas utilisée, car c'est un symbole spécifiquement juif dont il n'est pas fait mention dans la Bible. Il est semble-t-il apparu bien après la rupture entre Juifs et Samaritains.

La circoncision des enfants m√Ęles est faite le huiti√®me jour apr√®s la naissance, conform√©ment au L√©vitique.

Contrairement aux Juifs, pour lesquels le statut de Juif se transmet par les femmes, le statut de Samaritain se transmet par l'homme, ce qui a permis le d√©veloppement r√©cent et limit√© de mariages d'hommes samaritains avec des femmes ext√©rieures √† la communaut√©. ¬ę Il n'y a aucun rite samaritain de conversion. Ce qui est exig√©, c'est seulement l'acceptation de la foi de la communaut√© et de son mode de vie ¬Ľ[68]. Cette absence de rite de conversion semble d'ailleurs plus due √† une totale absence de conversion aux √©poques historiques qu'√† un quelconque ¬ę lib√©ralisme ¬Ľ. Au contraire, le juda√Įsme admet les conversions dans certaines conditions pr√©cises, et a donc d√©velopp√© des proc√©dures sp√©cifiques. L'absence totale de conversions historiquement prouv√©es chez les Samaritains est confirm√©e par l'absence de proc√©dure sp√©cifique, par les graves probl√®mes de consanguinit√© que conna√ģt la communaut√© et par la g√©n√©tique : ¬ę la basse diversit√© [‚Ķ] sugg√®re que le flux de g√®nes maternels dans la communaut√© samaritaine n'a pas √©t√© tr√®s √©lev√© ¬Ľ (peu d'entr√©es de femmes dans la communaut√©)[69]. L'ouverture actuelle vers l'int√©gration de femmes ¬ę √©trang√®res ¬Ľ au sein du groupe est donc une innovation religieuse remarquable, encore qu'elle ait peut-√™tre aussi √©t√© pratiqu√©e au premier mill√©naire avant l'√®re chr√©tienne, selon une √©tude g√©n√©tique de 2004[70].

Relation avec le juda√Įsme

Les Samaritains ne sont pas reconnus comme juifs par les Juifs orthodoxes en général et par le rabbinat israélien en particulier. Ce refus est fondé sur les accusations des Livres des Rois selon lesquelles les Samaritains sont d'origine non israélite, et pratiquent une religion teintée de paganisme (cf. supra).

Relation avec le christianisme

On note dans le Nouveau Testament, la parabole du bon Samaritain, ainsi que quelques autres allusions indiquant que Juifs et Samaritains ne se fr√©quentaient pas. Ces textes renvoient cependant plus √† la relation entre le samaritanisme et le juda√Įsme qu'√† la relation entre le samaritanisme et le christianisme. Par la suite, il a √©t√© indiqu√© plus haut que l'Empire byzantin (chr√©tien) avait pers√©cut√© les Samaritains, puis les avait pratiquement d√©truits √† la suite de leur grande r√©volte du VIe si√®cle. Au-del√† de ces relations politiques, l'influence religieuse du samaritanisme sur le christianisme ou l'inverse semble faible, voire nulle.

Relation avec l'islam

Les Samaritains sont reconnus comme gens du Livre par l'islam, avec un statut (plus ou moins appliqué selon les époques) de dhimmi. Là aussi, les influences croisées semblent marginales. Le samaritanisme était déjà une religion résiduelle à l'avènement de l'islam, ce qui explique aisément une absence d'influence sur la nouvelle religion. Les Samaritains ayant par contre vécu quatorze siècles sous domination musulmane, une influence inverse était plus envisageable. Mais en pratique, si la culture arabo-musulmane a profondément marqué la culture des Samaritains en tant que peuple, la religion musulmane n'a pas laissé de traces mesurables sur la théologie ou les pratiques religieuses samaritaines.

Les Samaritains aujourd'hui

Carte des deux communautés samaritaines actuelles.

Une r√©cente √©tude interne √† la communaut√© indique que les Samaritains sont ¬ę 654 au 1er janvier 2003, sur lesquels 346 (179 hommes et 167 femmes) vivent √† Holon en Isra√ęl, et 308 (165 hommes et 143 femmes) vivent √† Naplouse, en Cisjordanie[1] ¬Ľ. La communaut√© est tr√®s soud√©e. L'√©tude pr√©c√©demment cit√©e ne compte ainsi que 7 hommes et 15 femmes ayant quitt√© la communaut√© depuis 1938. La natalit√© est moyenne, impliquant une croissance d√©mographique relativement lente : 2,2 √† 2,3 enfants par famille[1]. Cette croissance mod√©r√©e est en partie due au fait que ¬ę Les Samaritains se marient √† un √Ęge plus avanc√©, compar√© √† leurs voisins ; l'√Ęge moyen du premier mariage est de 31,3 ans pour les hommes et de 24,6 ans pour les femmes ¬Ľ[56]. La communaut√© comptait 414 membres en 1969[56].

Apr√®s la guerre de 1948-1949, la fronti√®re avec la Jordanie se ferma, rompant les relations entre les deux branches de la communaut√©. De 1951 √† 1967, le roi de Jordanie autorisa cependant les Samaritains d'Isra√ęl √† venir √† Naplouse (la Cisjordanie √©tait √† l'√©poque annex√©e par la Jordanie) une fois l'an, pour la f√™te de P√Ęque[57]. La quasi-s√©paration fut particuli√®rement mal v√©cue par une communaut√© minuscule d√©j√† au bord de la disparition.

Les Samaritains de Naplouse (Cisjordanie)

Samaritains sur le mont Garizim.

Les Samaritains vivaient quasiment tous, il y a une centaine d'années, dans un quartier de Naplouse.

Le roi Hussein de Jordanie acheta des terres sur le mont Garizim, qu'il remit à la communauté samaritaine. Celle-ci y construisit un village du nom de Kiryat Luza. La zone est le centre de la vie spirituelle de toute la communauté. À ce titre, le grand-prêtre y réside. Pour les Samaritains, la décision de Hussein de Jordanie a donc été particulièrement importante et positive. Le village se trouve près de la ville de Naplouse (l'ancienne Shechem), en Cisjordanie. On y compte des habitations, un centre communautaire, une synagogue. Tous les habitants Samaritains de Naplouse ne vivent pas à Kiryat Luza. Sous la pression des deux Intifada, beaucoup se sont cependant installés dans la zone plus calme du Mont Garizim.

Inscription samaritaine sur une pierre de construction, musée samaritain, Naplouse

Les Samaritains de Cisjordanie parlent arabe dans la vie quotidienne, et utilisent une forme particulière d'hébreu pour la liturgie religieuse : l'hébreu samaritain.

Apr√®s la guerre des Six Jours, l'administration militaire isra√©lienne de la Cisjordanie, sous la pression de la communaut√© des Samaritains isra√©liens, a mis en place une politique favorable aux Samaritains de Naplouse. Tout en en b√©n√©ficiant, ceux-ci ont pris bien soin de ne pas appara√ģtre comme des collaborateurs aux yeux des autres Palestiniens[57], et jouent r√©guli√®rement un r√īle d'interm√©diaire entre la population de Naplouse et l'autorit√© militaire. Apr√®s l'√©clatement des Intifada, les Samaritains ont tent√© de pr√©server une certaine neutralit√©, tout en souffrant des troubles et des couvre-feux[57].

Shalom ben Amram ben Yitzhaq (Saloum Cohen, Salum Is'haq al-Samiri), par ailleurs grand-prêtre des Samaritains depuis 2001, a siégé, de 1996 à sa mort le 9 février 2004, au sein du Conseil législatif palestinien (parlement de l'Autorité palestinienne), les Samaritains y bénéficiant d'un siège réservé[71]. Pour les élections de 2006, ce siège a été supprimé, seuls les sièges réservés aux chrétiens ont été maintenus[72].

Les Samaritains √† Holon (Isra√ęl)

La ¬ę synagogue ¬Ľ des Samaritains de Holon.

√Ä partir de 1905 quelques familles s'install√®rent dans la zone c√īti√®re d'Isra√ęl, originellement √† Jaffa, sous la direction de l'entrepreneur Abraham ben Marhiv Tsedaka. Celui-ci, qui a fait sortir la communaut√© de son isolement g√©ographique et l'a ouverte sur de nouvelles opportunit√©s √©conomiques, a √©t√© appel√© ¬ę la figure samaritaine la plus importante de ce si√®cle ¬Ľ par le journal samaritain A.B. - The Samaritan News. Certains se r√©fugient √† Naplouse pendant la guerre de 1947-1949.

D'autres Samaritains commencent √† venir s'installer en Isra√ęl d√®s 1951, dans le cadre d‚Äôun programme de r√©unification des familles valid√© par la Jordanie et Isra√ęl.

En 1955, sept ans apr√®s la cr√©ation de l'√Čtat d‚ÄôIsra√ęl, plusieurs familles √† la recherche de travail s'install√®rent √† Holon, au sud de Tel-Aviv, dans un quartier ¬ę √©tabli avec la coop√©ration du d√©funt Pr√©sident Yitzhak Ben-Zvi et du d√©funt Yefet B. Avraham Tsedaka, chef des Samaritains ext√©rieurs √† Naplouse ¬Ľ[73].

¬ę Vers la fin des ann√©es 1950, une centaine de Samaritains ont quitt√© la Cisjordanie pour Isra√ęl aux termes d'un accord avec les autorit√©s jordaniennes. Ils ont v√©cu dans [‚Ķ] la r√©gion de Tel Aviv, [‚Ķ] puis sont all√©s √† Holon [‚Ķ] en 1965 ¬Ľ[56].

Progressivement, leur petit groupe a augment√©, et ils comptent environ 350 membres en 2005. Ils vivent autour de leur lieu de culte, rue Ben Amram (du nom du p√®re de Mo√Įse), dans un p√Ęt√© de maisons qui se trouve le long de l'art√®re principale de la ville. Leur niveau de vie et leur niveau d'√©ducation s'av√®re plus important que celui des Samaritains de Cisjordanie.

Les Samaritains de Holon se sont nettement accultur√©s √† la soci√©t√© isra√©lienne, tout en conservant tr√®s fortement leurs sp√©cificit√©s religieuses. Ils parlent h√©breu dans la vie quotidienne, mais utilisent toujours l'h√©breu samaritain pour la liturgie religieuse. Ils ¬ę servent dans l'arm√©e isra√©lienne [‚Ķ], except√© ceux qui sont de la famille sacerdotale, parce que leur religion leur interdit de servir dans l'arm√©e, comme les juifs religieux ¬Ľ[56].

C'est la communauté de Holon qui a créé en 1969 A. B. - The Samaritan News, le premier journal samaritain.

Organisation et rapport avec Isra√ęl

D'un point de vue religieux, les Samaritains sont dirigés par un grand-prêtre résidant à Naplouse. Les prêtres affirment descendre de la tribu sacerdotale de Levi[57]. Après la guerre de 1967, les deux communautés, celle de Naplouse et celle de Holon, ont créé chacune un conseil élu de sept membres. Ces deux conseils s'occupent des affaires civiles de la communauté, et de l'interface sur ces sujets avec les autorités officielles, palestiniennes et israéliennes.

Au plan familial, les Samaritains sont organis√©s en huit ¬ę maisons ¬Ľ patriarcales, dont quatre sont d√©riv√©es d'une grande ¬ę maison ¬Ľ originelle, les Danafis, originaire de Damas, deux autres ‚Äúmaisons‚ÄĚ venant de la ‚Äúmaison‚ÄĚ Marchiv, dont les origines sont √† Gaza et Sarafend (Tzrifin), sur la route Tel Aviv - Ramleh ¬Ľ[1]. Les 8 ¬ę maisons ¬Ľ sont Dom Kaplanski (la maison sacerdotale), Tsedaka Hatsafari, Altif Danafi, Marchiv Marchivi, Sassoni-Sirrawi Danafi, Yehoshua Marchivi, Meshallema Danafi, Shalabi Danafi. Ces deux derni√®res sont r√©siduelles, puisqu'elles ne comptaient qu'une personne chacune en 2003. L'appartenance √† une ¬ę maison ¬Ľ est transmise par le p√®re, et est cens√©e renvoyer √† une tribu particuli√®re de l'ancien royaume d'Isra√ęl. Comme dans beaucoup de soci√©t√©s traditionnelles, les anciens y ont un poids particulier, mais ce ne sont pas des instances de pouvoir officielles, avec la particularit√© que les fonctions religieuses sont r√©serv√©es √† la famille sacerdotale, dont l'homme le plus √Ęg√© est normalement d√©sign√© comme grand-pr√™tre.

La population samaritaine par ¬ę maisons ¬Ľ et par villes, au [1]
Maisons actuelles Maisons d'origine Origine revendiquée des maisons[74] Holon Naplouse Total
Maison sacerdotale Tribu de Lévi 49 137 186
Tsedaka Hatsafari Tribu de Manassé 128 11 139
Altif Danafi Danafis Tribu d'√Čphra√Įm 15 118 133
Marchiv Marchivi Marchiv Tribu d'√Čphra√Įm 54 23 77
Sassoni-Sirrawi Danafi Danafis Tribu d'√Čphra√Įm 58 19 77
Yehoshua Marchivi Marchiv Tribu d'√Čphra√Įm 40 40
Meshallema Danafi Danafis Tribu d'√Čphra√Įm 1 1
Shalabi Danafi Danafis Tribu d'√Čphra√Įm 1 1
TOTAL 346 308 654

La majorit√© des mariages traditionnels se font au sein de la m√™me ¬ę maison ¬Ľ, ce qui n'am√©liore pas les graves probl√®mes de consanguinit√© que conna√ģt la communaut√© : d√©but 2003, 79 couples venaient de la m√™me ¬ę maison ¬Ľ, 51 venaient de 2 ¬ę maisons ¬Ľ diff√©rentes, et 14 incluaient une femme venant de l'ext√©rieur de la communaut√©[1].

Un Samaritain et une Torah samaritaine.

Les Samaritains sont reconnus comme juifs par l'√Čtat d'Isra√ęl, qui leur ouvre le b√©n√©fice de la loi du retour (attribution automatique de la nationalit√© aux Juifs et √† leurs familles). Leur carte d'identit√© indique ¬ę Juifs samaritains ¬Ľ ou simplement ¬ę Juifs ¬Ľ[57]. Ils ne sont cependant pas reconnus comme juifs par le rabbinat orthodoxe isra√©lien. Les relations sont particuli√®rement mauvaises avec les Juifs ultra-orthodoxes, qui les rejettent absolument. En 1992, il a m√™me √©t√© envisag√© de leur retirer le b√©n√©fice de la loi du retour, sous la pression du Shass, un parti religieux ultra-orthodoxe. Mais la Cour supr√™me isra√©lienne a confirm√© en 1994 leur statut officiel de Juifs, donc b√©n√©ficiant de la loi du retour.

Les Samaritains eux-m√™mes ne se consid√®rent pas exactement comme juifs (descendants des Isra√©lites habitant le royaume de Jud√©e), mais plut√īt comme des Isra√©lites (ou des H√©breux), descendants des habitants du royaume de Samarie. Ils reconnaissent les Juifs comme l'autre branche du peuple isra√©lite.

Malgr√© les affrontements r√©currents avec les religieux juifs ultra-orthodoxes, les Samaritains d'Isra√ęl sont progressivement devenus des Isra√©liens presque comme les autres.

Les Samaritains de Naplouse ont obtenu des papiers isra√©liens √† la fin des ann√©es 1990, mais sans √™tre de nationalit√© isra√©lienne au sens strict. Ils continuent aussi √† avoir des papiers palestiniens. Contrairement aux Samaritains d'Isra√ęl, dont l'identification √† l'√Čtat est forte, le rapport √† Isra√ęl et aux Palestiniens des Samaritains de Cisjordanie est plus ambigu[57], et peut varier d'une personne √† une autre :

  • La majorit√© tente d'affirmer sa neutralit√©.
  • Quelques-uns font le choix d'Isra√ęl.
  • D'un autre c√īt√©, le grand-pr√™tre Saloum Imran Ishak (Shalom ben Amram en h√©breu), chef spirituel de la communaut√© des Samaritains d'Isra√ęl et des territoires palestiniens, vivant lui-m√™me pr√®s de Naplouse, et d√©c√©d√© √† 83 ans en 2004, √©tait membre du Conseil national palestinien (CNP, Parlement) depuis 1996. En juillet 2002, des affrontements ont m√™me oppos√© les Samaritains de Naplouse aux soldats isra√©liens, en protestation contre le blocus s√©curitaire de la r√©gion[75].
  • Cas extr√™me, la police isra√©lienne a annonc√© en 2004 avoir arr√™t√© Nadar Tsedaka, un Samaritain de Cisjordanie entr√© dans les rangs du FPLP, une faction palestinienne arm√©e. De fait, les groupes palestiniens, y compris le Hamas, les reconnaissent comme Palestiniens, m√™me si en pratique, les papiers isra√©liens des Samaritains de Naplouse ont tendu la situation.

Problèmes de consanguinité

Jeunes Samaritains en 2006.

Les mariages ¬ę entre cousins produisent le coefficient d'endogamie le plus √©lev√© enregistr√© pour quelque population que ce soit[76] ¬Ľ. Aujourd'hui, les probl√®mes de consanguinit√© sont tels que la plupart des naissances sont pr√©c√©d√©es par des examens g√©n√©tiques √† l'h√īpital Tel HaShomer, en Isra√ęl. Depuis les ann√©es 1920, les Samaritains acceptent d'inclure des femmes juives dans leur communaut√©, afin de r√©soudre ces contraintes. Mais m√™me aujourd'hui, ces mariages posent probl√®me, tant du point de vue des Juifs (le rabbinat isra√©lien a le monopole sur le mariage de tout Juif en Isra√ęl, et il s'oppose aux mariages avec les Samaritains) que du point de vue des Samaritains, qui craignent la dissolution dans un ensemble juif bien plus important. Ces mariages sont donc peu nombreux, mais leur nombre augmente. Au , 14 couples mixtes avec des maris samaritains (et dont les femmes ont rejoint la communaut√©) √©taient recens√©s[1].

Le probl√®me des anomalies g√©n√©tiques √©tant aigu, une impulsion plus forte √† cette politique de mariages mixtes a √©t√© donn√©e. Le grand-pr√™tre Eleazar ben Tsedaka a ainsi autoris√© les mariages avec des femmes non juives (souvent russes) : ¬ę un chef doit penser au futur. [‚Ķ] le nombre des handicap√©s parmi nous atteint 12 %. [‚Ķ] C'est pourquoi j'ai publi√© une directive, indiquant qu'il est possible de prendre une √©pouse de n'importe quelle communaut√©, √† condition que les femmes deviennent samaritaines avant le mariage ¬Ľ[68]. √Ä ce sujet, Haaretz indique que ¬ę devenir samaritain [‚Ķ] n'exige aucun processus sp√©cial. Il n'y a aucun rite samaritain de conversion. Ce qui est exig√©, c'est l'acceptation de la foi de la communaut√© et de son mode de vie ¬Ľ[68], y compris les r√®gles anciennes de puret√©, lesquelles ne sont pas si faciles √† accepter pour des femmes modernes.

Liste des grands prêtres samaritains (depuis 1613)

Lignée d'Eleazar :

  • 1613-1624 Shelemiah ben Pinhas

Lignée d'Itamar :

Yaacov ben Aaharon ben Shalma vers 1900
  • 1624-1650 Tsedaka ben Tabia Ha'abta'ai
  • 1650-1694 Yitzhaq ben Tsedaka
  • 1694-1732 Abraham ben Yitzhaq
  • 1732-1752 Tabia ben Yiszhaq ben Avraham
  • 1752-1787 Levi ben Avraham
  • 1787-1855 Shalma ben Tabia
  • 1855-1874 Amram ben Shalma
  • 1874-1916 Yaacov ben Aaharon ben Shalma
  • 1916-1932 Yitzhaq ben Amram ben Shalma ben Tabia
  • 1933-1943 Matzliach ben Phinhas ben Yitzhaq ben Shalma
  • 1943-1961 Abrisha ben Phinhas ben Yittzhaq ben Shalma
  • 1961-1980 Amram ben Yitzhaq ben Amram ben Shalma
  • 1980-1982 Asher ben Matzliach ben Phinhas
  • 1982-1984 Phinhas ben Matzliach ben Phinhas
  • 1984-1987 Yaacov ben Ezzi ben Yaacov ben Aaharon
  • 1987-1998 Yosseph ben Ab-Hisda ben Yaacov ben Aaharon
  • 1998-2001 Levi ben Abisha ben Phinhas ben Yitzhaq
  • 2001-2004 Shalom ben Amram ben Yitzhaq (Saum Is'haq al-Samiri)
  • 2004-2010 Eleazar ben Tsedaka (consid√©r√© comme le 131e grand-pr√™tre samaritain)
  • 2010-2013 Aahron ben Ab-Hisda ben Yaacov (5 f√©vrier 1927-19 avril 2013)[77]
  • 2013-... Aabed-El ben Asher ben Matzliach[77]

Notes et références

  1. A.B. - The Samaritan News, mars 2003, périodique de la communauté publié sur Internet.
  2. (en) The Samaritan Update : ¬ę Number of Samaritans in the World Today ¬Ľ, thesamaritanupdate.com, consult√© le 8 janvier 2020.
  3. Le nom vient de Chom√®re, ¬ę observer, garder ¬Ľ. Les Samaritains sont des ¬ę observants ¬Ľ de la seule Torah, qui ignorent le reste du Tanakh, et a fortiori le Talmud.
  4. Cette terminologie est récente, et est utilisée par certains Samaritains pour se désigner et se différencier des Juifs. Elle est en effet le corollaire de la vision que les Samaritains ont des Juifs comme Israélites-Judéens (de la Judée).
  5. ¬ę Developed Community ¬Ľ, A.B. The Samaritan News, magazine bi-hebdomadaire de la communaut√©, 1er novembre 2007.
  6. Pour Isra√ęl Finkelstein et Neil Asher Silberman, dans La Bible d√©voil√©e, le royaume unifi√© de Sa√ľl, David et Salomon n'est qu'un mythe. Ils notent qu'aucune archive connue des √Čtats de la r√©gion ne parle de ce royaume. Pour eux, deux royaumes auraient, en fait, toujours exist√©, apparus vers le Xe si√®cle av. J.-C. Cette th√®se suscite toujours de vives controverses chez les sp√©cialistes, mais l'existence d'un royaume de Samarie √† partir du Xe si√®cle av. J.-C., affirm√©e par la Bible, est par contre accept√©e par tous.
  7. La Bible dévoilée, p.180.
  8. La Bible dévoilée, p. 178.
  9. Les hauts lieux sont des lieux de culte installés sur des collines, et très critiqués dans l'Ancien Testament.
  10. On faisait au Moyen-Orient des sacrifices humains d'enfants à Baal, généralement par le feu. Le second Livre des rois accuse les Israélites de Samarie de s'être livrés à cette pratique.
  11. Rois, 17-9 à 17-17.
  12. La Bible dévoilée, p. 196-197.
  13. La Bible dévoilée, p. 199.
  14. La Bible dévoilée, p. 287 et suivantes.
  15. Il est possible qu'il ait existé une première version du Livre des Rois dès la fin du VIIe siècle, qui aurait été complétée au VIe siècle avant notre ère.
  16. Samaritain désigne ici les anciens habitants du royaume de Samarie, pas les Samaritains postérieurs.
  17. 2 rois 17-23 à 2 rois 17-41
  18. Augustin Crampon, La sainte bible tome 2, Paris, √Čd Soci√©t√© de Saint Jean, Descl√©e et Cie. √Čdit. Pontif., , 834 p. (lire en ligne), Tome 2, page 576 versets 34-36.
  19. T.B. 'Houllin 3b.
  20. Yer. Orlah 2:7.
  21. Yer. Avoda Zara 5:4
  22. ¬ę Massecheth Kuthim ¬Ľ, Kirchheim, Septem Libri parvi Talmudici, p. 31-36.
  23. Ursula Schattner-Rieser (Charg√©e de cours d'aram√©en et de grammaire compar√©e des langues s√©mitiques √† l'ELCOA de l'Institut catholique de Paris, et charg√©e de conf√©rences d'"h√©breu qumr√Ęnien et dialectes aram√©ens des premiers si√®cles" √† l'√Čcole pratique des hautes √©tudes en Sorbonne) Des Samariens au bon Samaritain, ou le plus petit groupe ethnico-religieux, septembre 2003.
  24. (en) Alexander Broadie, A Samaritan Philosophy, E.J.Brill, Leiden, 1981, p. 1.
  25. Deutéronome 27:12
  26. Deutéronome 11:29
  27. ¬ę Otham en fut inform√©. Il alla se placer sur le sommet de la montagne de Garizim, et voici ce qu'il leur cria √† haute voix : √Čcoutez-moi, habitants de Sichem, et que Dieu vous √©coute ! ¬Ľ - Livre des Juges, 9:7
  28. ¬ę Tout Isra√ęl, ses anciens, ses officiers et ses juges, se tenaient des deux c√īt√©s de l'arche, devant les sacrificateurs, les L√©vites, qui portaient l'arche de l'alliance de l'√Čternel ; les √©trangers comme les enfants d'Isra√ęl √©taient l√†, moiti√© du c√īt√© du mont Garizim, moiti√© du c√īt√© du mont Ebal, selon l'ordre qu'avait pr√©c√©demment donn√© Mo√Įse, serviteur de l'√Čternel, de b√©nir le peuple d'Isra√ęl ¬Ľ. Livre de Josu√©, 8:33.
  29. ¬ę Grandes inscriptions du palais de Khorsabad ¬Ľ, traduction du docteur Jules Oppert. Voir la version int√©grale en anglais sur le site du projet Gutenberg, ici.
  30. Pierre Razoux, Tsahal, p. 28
  31. Par exemple : ¬ę J'ai transport√© Amris de Tabal √† Assur, avec ses affaires, les membres des familles de ses anc√™tres, et les magnats du pays, ainsi que 100 chars ; J'ai √©tabli des Assyriens, d√©vou√©s √† mon gouvernement, √† leur place ¬Ľ. ¬ę Grandes inscriptions du palais de Khorsabad ¬Ľ, traduction du docteur Jules Oppert. Voir la version int√©grale en anglais sur le site du projet Gutenberg, ici.
  32. La Bible dévoilée, p. 255-256.
  33. en signe de deuil pour la chute de Jérusalem.
  34. Livre de Jérémie, 41-5
  35. La Bible dévoilée, p. 256.
  36. Les tribus de Juda et de Benjamin étaient les deux tribus du royaume de Juda, par opposition aux dix tribus du royaume de Samarie.
  37. Livre d'Esdras 4-1 à Esdras 4-4.
  38. Une histoire des Juifs, P. 53, Le livre de poche, 1970.
  39. Les habitants de la Jud√©e sont les Jud√©ens, en aram√©en Yehouda√Į√©, qui a donn√© Ioudaio en grec, puis Judaei en latin. Cette derni√®re racine a donn√© Juifs en fran√ßais, Juden en allemand, Jud√≠os en espagnol, etc. Les Juifs sont donc les Isra√©lites de Jud√©e, par opposition √† ceux de la Samarie.
  40. Soit vers -350.
  41. D'après l'article Samaritans de la Jewish Encyclopedia publiée entre 1901 et 1906.
  42. Ben Zvi, 1957.
  43. Premier livre des Maccabées, 3-10.
  44. Flavius Jos√®phe, les Antiquit√©s juda√Įques, livre XII
  45. Pour désacraliser le Temple.
  46. Flavius Jos√®phe, les Antiquit√©s juda√Įques, livre XVIII
  47. √Čvangile selon Jean, 4:9
  48. √Čvangile selon Jean, 8:48
  49. Flavius Jos√®phe, les Antiquit√©s juda√Įques, livre XX.
  50. Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, livre III.
  51. Le Midrash Rabba sur l'Ecclésiaste, Nouveaux savoirs, 2005, p. 82.
  52. Catherine Saliou, Le Proche-Orient : De Pomp√©e √† Muhammad, Ier s. av. J.-C. - VIIe s. apr. J.-C., √Čditions Belin, coll. ¬ę Mondes anciens ¬Ľ, , 608 p. (ISBN 978-2-7011-9286-4, pr√©sentation en ligne), chap. 3 (¬ę Polyth√©isme, monoth√©ismes : multiplicit√© des cultes et innovations religieuses ¬Ľ), p. 202-205.
  53. Dix myriades : 100 000 hommes. Le chiffre est rond, et peut donc simplement signifier ¬ę beaucoup ¬Ľ, plus qu'indiquer un recensement pr√©cis. Il faut aussi garder √† l'esprit que l‚Äôhistoire secr√®te est un pamphlet violent contre l'empereur Justinien Ier.
  54. Procope de Césarée, Histoire secrète de Justinien, chapitre 11.
  55. Amanda Bortshel Dan, ¬ę Isra√ęl : Une inscription du Ve si√®cle sur le site d'une r√©bellion samaritaine ¬Ľ, sur The Times of Isra√ęl, (consult√© le )
  56. ¬ę The Socio politics of the Samaritans in the Palestinian Occupied Territories ¬Ľ, par les Dr. Hussein Ahmad Yousef et Iyad Barghouti, An-Najah National University.
  57. Stephen Kaufman, Samaritan Political Identity, thèse de l'université de Tel Aviv, 1998.
  58. (en)Ellen Clare Miller, Eastern Sketches - notes of scenery, schools and tent life in Syria and Palestine. √Čdimbourg : William Oliphant and Company. 1871. Page 171.
  59. (en) Ireton, Sean, ¬ę The Samaritans - A Jewish Sect in Israel - AnthroBase ¬Ľ, sur web.archive.org, (consult√© le )
  60. ¬ę THE SAMARITAN TENTH COMMANDMENT ¬Ľ, The Samaritans, Their History, Doctrines and Literature, par Moses Gaster, The Schweich Lectures, 1923.
  61. The Tenth Commandment in the Pentateuch in the hands of the Israelite Samaritans (page consultée le 29 décembre 2006).
  62. Le Taheb semble en réalité plus proche d'un prophète que d'un messie au sens juif du terme
  63. Alexander Broadie, A Samaritan Philosophy, E.J.Brill, Leiden, 1981, P.3.
  64. A Samaritan Philosophy, P.4.
  65. Benyamim Tsedaka, Samaritan Festivals, 2002 (page consultée le 29 décembre 2006).
  66. Présentation du calendrier samaritain sur le site samaritain The israelite Samaritans
  67. √Ä ce titre, leurs pratiques se rapprochent de celles des Beta Israel d'√Čthiopie.
  68. Lily Galili, ¬ę Leap of Faith ¬Ľ, Haaretz, 27 octobre 2006.
  69. Shen P., Lavi T., Kivisild T., Chou V., Sengun D., Gefel D., Shpirer I., Woolf E., Hille J., Feldman MW, Oefner PJ Reconstruction of Patrilineages and Matrilineages of Samaritans and Other Israeli Populations From Y-Chromosome and Mitochondrial DNA Sequence Variation[PDF].
  70. Cette étude considère que les hommes Samaritains ont un chromosome Y similaire à celui des Juifs, tandis que l'ADN mitochondrial des femmes samaritaines est spécifique : Reconstruction of Patrilineages and Matrilineages of Samaritans and Other Israeli Populations From Y-Chromosome and Mitochondrial DNA Sequence Variation[PDF], une étude de Peidong Shen, Tal Lavi, Toomas Kivisild, Vivian Chou, Deniz Sengun, Dov Gefel, Issac Shpirer, Eilon Woolf, Jossi Hillel, Marcus W. Feldman et Peter J. Oefner.
  71. Glen Rangwala, ¬ę Members of the Palestinian Legislative Council elected in January 1996 and January 2006 ¬Ľ (consult√© le )
  72. ¬ę Electoral System - PLC elections ¬Ľ, Central Elections Commission - Palestine (consult√© le )
  73. Benyamim Tsedaka, Highlights of my life, .
  74. D'après : Ben Zvi, 1957 ; Cazes et Bonné-Tamir, 1984.
  75. , A.B. - The Samaritan News, ao√Ľt 2002.
  76. Bonné-Tamir et al., 1997, cité par Shen et al., 2004[PDF].
  77. Benyamim Tsedaka, ¬ę The High Priest Aaron Ab-Hisda ben Jacob ben Aaron (1927 ‚Äď 2013) is no more ¬Ľ, The Samaritan Update, vol. 12, no 4, mars-avril 2013, p. 1-2. [pdf]; [html]

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Alain David Crown et Jean-Fran√ßois Fa√ľ, Les Samaritains rescap√©s de 2 700 ans d'Histoire, Maisonneuve & Larose, Paris, 2001, (ISBN 2706815353)
  • Jean-Daniel Macchi, ¬ę Les Samaritains : histoire d‚Äôune l√©gende. Isra√ęl et la province de Samarie ¬Ľ (Le Monde de la Bible 30), Gen√®ve, Labor et Fides, 1994.
  • L√©on Poliakov et Gilles Firmin, Les Samaritains, 1991, √©ditions du Seuil, (ISBN 2020121565)
Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplémentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimédias.