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Antiquité tardive

L’AntiquitĂ© tardive est une expression utilisĂ©e pour dĂ©signer une pĂ©riode de l’histoire europĂ©enne et mĂ©diterranĂ©enne qui commence Ă  la fin du IIIe siĂšcle mais dont le terme est beaucoup plus flou. Elle n’est employĂ©e qu’en rĂ©fĂ©rence aux pays ayant appartenu au monde romain : les rĂ©gions d’Europe occidentale, orientale et mĂ©ridionale, d’Asie et d’Afrique autour du bassin mĂ©diterranĂ©en mais se prolonge bien au-delĂ  de la fin de l’Empire romain d’Occident en 476.

Antiquité tardive
Assemblée des Dieux Vergilius romanus, folio 234, Ve ou VIe s., BibliothÚque apostolique vaticane
Dates
DĂ©but
284 (avÚnement de Dioclétien) ou 330 (fondation de Constantinople)
Fin
VIIIe siĂšcle ; 750 (prise de pouvoir des Abbassides) ; 800 (invasions et mise en place de l'Empire byzantin), 809 (fin du rĂšgne d'Harun al-Rachid)[1]
Époques
Précédente
Simultanée
Suivante

L’AntiquitĂ© tardive se caractĂ©rise par un mĂ©lange de traditions antiques, ce que les historiens appellent la « romanitĂ© », d’apports chrĂ©tiens et d’influences « barbares ». Les dĂ©bats thĂ©ologiques, les difficultĂ©s dans les relations entre l’empereur et l’Église et le dĂ©veloppement de l'architecture palĂ©ochrĂ©tienne caractĂ©risent la pĂ©riode. L’AntiquitĂ© tardive constitue une pĂ©riode essentielle pour la transmission de la culture, de la science et plus gĂ©nĂ©ralement de toutes les connaissances accumulĂ©es par les diffĂ©rentes civilisations antiques. Elle intĂ©resse donc au plus haut point les historiens qui ont d’abord vu en elle une Ă©poque de dĂ©cadence, pour la considĂ©rer dĂ©sormais comme une pĂ©riode charniĂšre entre AntiquitĂ© et Moyen Âge.

L’AntiquitĂ© tardive commence avec l’avĂšnement de DioclĂ©tien[2] (r. -), lorsque l’Empire romain, tout en gardant son unitĂ©, est dirigĂ© par quatre empereurs (« TĂ©trarchie ») afin de mieux pouvoir faire face aux menaces d’invasion. En effet, l'Empire est alors gouvernĂ© par deux Augustes, dont un prend la tĂȘte de la Pars Occidentalis (improprement dĂ©signĂ©e Empire romain d'Occident) et l'autre de la Pars Orientalis (improprement dĂ©signĂ©e Empire romain d'Orient), et deux CĂ©sars qui secondent et succĂšdent Ă  leurs Augustes respectifs.

Au dĂ©but du Ve siĂšcle, les invasions germaniques entraĂźnent dans l’ancienne Pars Occidentalis de l’Empire la crĂ©ation d’éphĂ©mĂšres royaumes barbares, mais les anciennes structures Ă©conomiques et sociales subsistent. À l’est, la Pars Orientalis se maintient par de profondes rĂ©formes culturelles, religieuses, politiques et militaires, qui mettront progressivement fin Ă  l’AntiquitĂ© tardive. Ces rĂ©formes dĂ©butent discrĂštement durant le rĂšgne de Justinien le Grand (–). Elles s’accĂ©lĂšrent Ă  partir du rĂšgne d’HĂ©raclius (–) et aboutissent au dĂ©but du rĂšgne de LĂ©on III l'Isaurien (–), Ă  la veille de l’éclatement de la premiĂšre crise iconoclaste en 723. C’est l’aboutissement de plusieurs siĂšcles de transition, par laquelle l’ancienne Pars Orientalis du Bas-Empire romain perd son caractĂšre proprement latin Ă  la suite des invasions arabes et slaves qui l’obligent Ă  se replier sur l’aire de civilisation hellĂ©nique. Cette Pars Orientalis acquiert ainsi un caractĂšre grĂ©co-oriental, et fait entrer de plain-pied l’Orient chrĂ©tien dans la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale : elle sera appelĂ©e « Empire byzantin » Ă  partir de 1557[3].

Un sujet d'études récent

Dans la division traditionnelle de l’histoire en pĂ©riodes, l’AntiquitĂ© s’achevait avec les invasions germaniques et la destitution du dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule, en 476. Au Haut-Empire considĂ©rĂ© comme l’apogĂ©e de la civilisation romaine, succĂ©dait ainsi Ă  partir du IVe siĂšcle le Bas-Empire, considĂ©rĂ© du XVIIIe siĂšcle au milieu du XXe siĂšcle comme une pĂ©riode de dĂ©cadence[4]. Dans cette optique, les invasions germaniques aux IVe et Ve siĂšcles engendrĂšrent un changement dĂ©cisif, balayant la sociĂ©tĂ© romaine et instaurant un nouveau systĂšme social.

Songe de Constantin et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, BibliothÚque nationale de France (Ms grec 510)

Au milieu du XIXe siĂšcle, l’historien français Fustel de Coulanges est le premier Ă  voir une continuitĂ© entre le Ve siĂšcle et les siĂšcles suivants[5]. En 1901, dans un livre Ă©tudiant l’artisanat de l’Empire romain tardif[6], l’historien de l’art autrichien AloĂŻs Riegl rĂ©habilite la pĂ©riode en affirmant qu’elle n’est pas dĂ©cadente et possĂšde son unitĂ© propre. Au XXe siĂšcle, les historiens continuent de revisiter les siĂšcles marquant le passage de l’AntiquitĂ© classique au Moyen Âge. Dans un livre paru en 1937, le mĂ©diĂ©viste belge Henri Pirenne (1862-1935) dĂ©fend la thĂšse d’une continuitĂ© en MĂ©diterranĂ©e du IVe au VIIe siĂšcle[7]. Cette thĂšse est d’abord critiquĂ©e par la majoritĂ© des historiens de l’AntiquitĂ© romaine. Ceux-ci restent en effet trĂšs attachĂ©s Ă  l’idĂ©e de dĂ©clin et de dĂ©cadence et voient encore dans le Haut-Empire un Ăąge idĂ©al corrompu par l’absolutisme impĂ©rial du IVe siĂšcle, le christianisme et les invasions barbares. Le parcours d’Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou (1904-1977) illustre cependant l’évolution des historiens sur le sujet : en 1937, il soutient l’idĂ©e d’une dĂ©cadence de la culture antique, se moulant ainsi dans les schĂ©mas de son Ă©poque[8] ; aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, dans une nouvelle Ă©dition de sa thĂšse, il remet en cause les notions de dĂ©cadence et mĂȘme de fin de la culture antique. Son livre posthume, DĂ©cadence romaine ou AntiquitĂ© tardive ?[9], fait le point sur les ruptures et continuitĂ©s du monde romain. Aujourd’hui, l’étude de l’AntiquitĂ© tardive exige le recoupement de diverses disciplines afin de mieux apprĂ©hender ses Ă©lĂ©ments constitutifs : la mise en place de grands codes juridiques comme le Code ThĂ©odosien et le Code Justinien, la permanence de la culture antique et le dĂ©veloppement du christianisme comme religion d’État[10].

Si les historiens conviennent pour la plupart que l’AntiquitĂ© tardive commence avec la fin de la crise du IIIe siĂšcle et l’avĂšnement de DioclĂ©tien[11], diffĂ©rentes thĂšses s’affrontent sur la date de sa fin. Les historiens s’accordent Ă  dire que les invasions germaniques ne furent pas la rupture radicale que beaucoup avaient cru voir. Comme l’a montrĂ© l’historien Peter Brown, certains traits de la culture antique se perpĂ©tuent au-delĂ  du Ve siĂšcle. L’invasion lombarde de l’Italie en 568 est parfois retenue. Elle correspond Ă  la fin du rĂšgne de Justinien (565) qui a longtemps marquĂ© pour les spĂ©cialistes de l’histoire byzantine le passage de l’Empire romain (d’Orient) Ă  l’Empire byzantin. Toutefois, les GrĂ©co-romains d'Orient ne se sont jamais identifiĂ©s eux-mĂȘmes comme « Byzantins » (ce terme est un nĂ©ologisme introduit par Hieronymus Wolf en 1557) mais bien comme « Romains » (ΒασÎčλΔία áżŹÏ‰ÎŒÎ±ÎŻÏ‰Îœ = Empire des Romains), et ce, au-delĂ  mĂȘme de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 puisque, dans l'Empire ottoman, ils formaient le Milliyet des « Rum », donc des Romains, jusqu'en 1923.

Selon les spĂ©cialistes contemporains, la tradition romaine se perpĂ©tue assez bien dans l’Empire d’Orient jusqu’au VIIe siĂšcle, Ă©poque Ă  laquelle il est amputĂ© d’une grande partie de son territoire sous les coups de boutoir des invasions lombardes, slaves, bulgares et surtout arabes. AprĂšs le VIIe siĂšcle, les situations locales varient grandement dans ce qui fut l'Empire romain : en Orient, l'Empire repliĂ© sur l'Hellade et l'Anatolie devient de plus en plus un État grec mĂ©diĂ©val : l'Empire byzantin ; en Occident, les bases de la civilisation antique subsistent dans la partie continentale de l'ancien Empire, tandis que les Ăźles Britanniques plongent dans les « Âges sombres » (« dark ages » en anglais) dĂšs le IVe siĂšcle. Des travaux gĂ©onomiques rĂ©cents[12] ont montrĂ© que les variations climatiques ont jouĂ© un grand rĂŽle dans ces Ă©volutions, faisant pĂ©ricliter la productivitĂ© agricole de l'Europe du Nord et poussant de nombreuses populations vers le bassin mĂ©diterranĂ©en. En Gaule septentrionale et dans les Ăźles Britanniques, la forĂȘt regagne du terrain Ă  la suite du dĂ©peuplement et il faudra attendre l'amĂ©lioration de l'an mille pour y voir revenir (souvent sous l'impulsion des monastĂšres) des routes et canaux d'irrigation, le blĂ©, la vigne


Les empereurs du Bas-Empire romain (284-717) : d’un monde uni Ă  une romanitĂ© Ă©clatĂ©e

Dioclétien : l'établissement du Dominat, du Bas-Empire et de la Tétrarchie (284-324)

Les Tétrarques, sculpture en porphyre du IVe siÚcle, provenant du palais impérial de Constantinople, aujourd'hui à l'angle de la basilique Saint-Marc de Venise.

Les historiens font habituellement dĂ©buter le Bas-Empire avec le rĂšgne de DioclĂ©tien (284-305). Son action s’inscrit certes dans la lignĂ©e des empereurs AurĂ©lien et Probus, ces empereurs Ă©nergiques du IIIe siĂšcle, mais il a posĂ© avec Constantin les bases d’une monarchie forte (« Dominat »), caractĂ©ristique de la pĂ©riode.

Quelques mois aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, DioclĂ©tien comprend qu’il ne peut diriger seul l’Empire et confie Ă  Maximien le soin de s’occuper de l’Occident en tant que CĂ©sar, puis Auguste. En 293, il donne Ă  Maximien un adjoint qui porte le titre de CĂ©sar, Constance Chlore, et s’en choisit un lui-mĂȘme, GalĂšre. C’est ainsi que les besoins de l’Empire donnent naissance Ă  la tĂ©trarchie, c’est-Ă -dire au pouvoir Ă  quatre oĂč DioclĂ©tien, premier empereur d'Orient, conserve la prĂ©Ă©minence[13]. La stabilitĂ© de cette Ă©quipe pendant vingt ans permet le redressement et la profonde rĂ©forme de l’Empire. Il n’y a pas de partage territorial de l’Empire romain, mais les quatre hommes se rĂ©partissent le commandement des troupes et leurs secteurs d'intervention. Ils dĂ©laissent Rome en tant que capitale au profit de diverses « rĂ©sidences impĂ©riales », plus proches des frontiĂšres Ă  dĂ©fendre. Ainsi, sous la tĂ©trarchie, les rĂ©sidences impĂ©riales traditionnelles sont NicomĂ©die et Antioche pour l'Auguste d'Orient DioclĂ©tien, Sirmium pour le CĂ©sar d'Orient GalĂšre, Milan pour l'Auguste d'Occident Maximien et TrĂšves pour le CĂ©sar d'Occident Constance Chlore.

Cette nouvelle organisation permet d’éliminer les usurpateurs qui semaient le trouble en Gaule, de repousser Ă©galement en Gaule les Francs et Alamans, les Maures en Afrique, les Iazyges et les Carpes sur le Danube, les Perses en Orient. La victoire sur les Sassanides renforce la prĂ©sence romaine en MĂ©sopotamie avec la constitution de cinq nouvelles provinces[14].

La politique intĂ©rieure de DioclĂ©tien est dans la lignĂ©e de celle des empereurs du IIIe siĂšcle. Comme AurĂ©lien, il renforce la divinisation de la fonction impĂ©riale. Comme ValĂ©rien, il veut favoriser le retour aux religions polythĂ©istes traditionnelles dont les dieux ont toujours protĂ©gĂ© l’Empire, mĂȘme s’il est personnellement un adepte du culte de Mithra[15]. À la fin de son rĂšgne, en 297, il dĂ©clenche une persĂ©cution contre les manichĂ©ens, puis en 303 la derniĂšre des grandes persĂ©cutions contre les chrĂ©tiens[16].

En 305, les deux Augustes abdiquent le mĂȘme jour pour laisser la place Ă  leurs CĂ©sars, GalĂšre et Constance Chlore, qui deviennent Ă  leur tour Augustes. Avant de se retirer dans son palais Ă  Split, DioclĂ©tien choisit deux nouveaux CĂ©sars, Maximin II DaĂŻa (ou Daza) et SĂ©vĂšre, Ă©cartant ainsi dĂ©libĂ©rĂ©ment de la succession les fils de Maximien et de Constance Chlore. Ce faisant, il renoue avec la pratique des Antonins consistant Ă  choisir les meilleurs comme hĂ©ritiers mais, en allant Ă  contre-courant de la logique hĂ©rĂ©ditaire, il cause en fait la ruine de son systĂšme[16].

La seconde tĂ©trarchie se heurte en effet aux ambitions de Maxence et Constantin, les fils respectifs de Maximien et de Constance Chlore. Une pĂ©riode d’instabilitĂ© s’ensuit alors, avec jusqu’à sept Augustes au mĂȘme moment. En 313, deux empereurs restent en lice, Constantin et Licinius. Ce dernier est vaincu une premiĂšre fois en 316. Un compromis est trouvĂ© entre les deux hommes, semblant donner naissance Ă  une nouvelle tĂ©trarchie avec deux Augustes et trois CĂ©sars. Mais les CĂ©sars sont les fils de deux Augustes, ce qui remet Ă  l’honneur le principe d’hĂ©rĂ©ditĂ© que DioclĂ©tien voulait justement Ă©viter. Les deux Augustes s’opposent sur la question religieuse. Constantin est le premier empereur ouvertement favorable au christianisme alors que Licinius, sans renouer avec les persĂ©cutions, dĂ©fend la religion traditionnelle. Celui-ci est dĂ©finitivement Ă©liminĂ© en 324. Constantin reste alors le seul souverain.

La dynastie constantinienne : l'adaptation de la TĂ©trarchie Ă  un raisonnement dynastique (324-363)

TĂȘte colossale de Constantin Ier, marbre, 260 cm, IVe siĂšcle, Palais des Conservateurs, musĂ©es du Capitole.

En 324, Constantin le Grand choisit l’ancienne colonie grecque de Byzance, installĂ©e sur la rive europĂ©enne du dĂ©troit du Bosphore, pour fonder une nouvelle capitale qui portera son nom, Constantinople. OrganisĂ©e sur le modĂšle de Rome, elle est inaugurĂ©e en 330.

Quand Constantin meurt en 337, il n’a pas rĂ©glĂ© sa succession. Ses trois fils se proclament Augustes aprĂšs avoir assassinĂ© leurs oncles qui auraient pu ĂȘtre des concurrents. Ils se partagent l’Empire mais finissent par se brouiller. Finalement l’Empire est rĂ©uni sous l’autoritĂ© du second fils de Constantin, Constance II (337-361), qui nomme deux CĂ©sars aux pouvoirs trĂšs rĂ©duits. Le long rĂšgne de cet empereur pĂ©rennise la politique de son pĂšre. Son cousin Julien, CĂ©sar en Gaule, est proclamĂ© empereur en 360. La mort de Constance II, l’annĂ©e suivante, Ă©vite une guerre civile. Julien, qui s'est dĂ©tachĂ© du christianisme par amour de la pensĂ©e grecque, d’oĂč son surnom d'apostat, tente de restaurer les anciennes religions. Sa mort aprĂšs 18 mois de rĂšgne, en 363, rend vaine cette tentative.

La dynastie valentinienne : des migrations pacifiques aux invasions (363-378)

Solidus, or, v. 377, TrĂšves.
Avers : effigie de l’empereur Valens. Revers : Valens et Valentinien Ier en trîne, tenant l'orbe ensemble.

Ses successeurs, Jovien (363-364), dernier reprĂ©sentant des Constantiniens, puis Valentinien Ier en Occident (364-375) et Valens en Orient (364-378), tous chrĂ©tiens, reviennent Ă  la neutralitĂ© religieuse. Valentinien Ier doit faire face aux troubles aux frontiĂšres de l’Empire : les Alamans dans les rĂ©gions rhĂ©nanes, les Quades et Sarmates sur le limes danubien[17]. La Perse reste Ă©galement une menace malgrĂ© les guerres menĂ©es par les empereurs Julien et Jovien. En outre, dĂšs le dĂ©but de son rĂšgne, l’empereur d’Orient Valens, frĂšre de Valentinien Ier, doit affronter les difficultĂ©s engendrĂ©es par la prĂ©sence au-delĂ  du Danube des Goths, convertis au christianisme arien[18]. À la mort de Valentinien Ier, le pouvoir Ă©choit Ă  ses deux jeunes enfants Gratien (367-383) et Valentinien II (375-392). Trop jeunes pour rĂ©ellement gouverner, ils laissent le pouvoir aux mains de leur entourage, famille impĂ©riale et grands personnages de l’État.

En Ăąge de gouverner, Gratien adopte une politique rĂ©solument hostile aux paĂŻens[19]. Il s’efforce, entre autres, de dĂ©gager de la vie publique toute influence polythĂ©iste. Il supprime ainsi toute aide publique aux cultes paĂŻens, mais doit faire face Ă  l’hostilitĂ© de la nobilitas de Rome attachĂ©e Ă  la religion traditionnelle.

L'échec de l'intégration des Goths

En 376, les Huns, chassĂ©s d’Asie centrale par une sĂ©cheresse prolongĂ©e et des hivers trĂšs durs, repoussent devant eux les Goths qui demandent asile Ă  l’Empire romain. Deux-cent-mille d’entre eux sont ainsi Ă©tablis pacifiquement au Sud du Danube, en MĂ©sie[20], en Ă©change de levĂ©es de recrues. L'Ă©chec de l'intĂ©gration de cette immigration, exploitĂ©e par les fonctionnaires romains, incita les Goths Ă  se rĂ©volter et Ă  ravager la Thrace. Tentant de rĂ©tablir l'ordre par les armes, l'empereur d'Orient Valens sera vaincu par les Goths Ă  la bataille d’Andrinople et y trouvera la mort en 378.

La vision classique de la fin de l'Empire romain d’Occident est aujourd’hui battue en brĂšche par certains historiens. Ils avancent l’idĂ©e que ces « invasions » dans la rĂ©gion du Danube sont d’abord des migrations massives dues Ă  des causes climatiques : les Goths, poussĂ©s par les Huns, arrivent ainsi en trop grand nombre et trop rapidement pour que l'Empire puisse les intĂ©grer. Toutefois, mĂȘme en Gaule et en Afrique, la migration et l'installation des peuples germaniques ne sont destructrices que dans un premier temps. Bertrand Lançon, s’inspirant de l’histoire des Boers en Afrique du Sud, parle de « trek » et souligne la volontĂ© d’intĂ©gration des Goths[21]. En effet, l’établissement des nations barbares se fait sur un principe romain en usage depuis le IVe siĂšcle, celui de deux nations distinctes - les Romains et un peuple germain - Ă©tablies sur le mĂȘme sol avec des lois diffĂ©rentes appliquĂ©es pour chaque peuple.

La dynastie théodosienne : l'affaiblissement de l'Occident et le renforcement de l'Orient (378-454)

Les diocÚses de l'Empire en 300 et les préfectures prétoriennes en 395.

Le rÚgne de Théodose le Grand

AprĂšs la mort de l'empereur d'Orient Valens en 378, Gratien, qui ne peut administrer l’Empire Ă  lui seul, choisit un nouveau collĂšgue pour l’Orient, ThĂ©odose le Grand (379-395). Celui-ci rĂ©ussit Ă  conclure un nouveau fƓdus avec les Goths en 382[22], restaurant provisoirement la paix dans l'Empire. En vertu de ce fƓdus, les Goths ont le droit de s’installer en Thrace en conservant leurs propres lois, en ayant leurs propres chefs et en n'Ă©tant pas soumis aux impĂŽts romains. Ils sont donc quasi indĂ©pendants mĂȘme s’ils s’engagent Ă  servir dans l’armĂ©e romaine comme fĂ©dĂ©rĂ©s, c’est-Ă -dire sous le commandement de leurs propres chefs[23]. En fait, la frontiĂšre a Ă©tĂ© modifiĂ©e au bĂ©nĂ©fice des Goths mais le traitĂ© camoufle la rĂ©alitĂ©.

Gratien ayant Ă©tĂ© assassinĂ© par Maxime en 383, ce dernier est reconnu Auguste pour l’Occident mais est vaincu par ThĂ©odose aprĂšs avoir envahi l’Italie dĂ©volue Ă  Valentinien II, le jeune frĂšre de Gratien. Le jeune homme reste alors seul Auguste de l’Occident sous la protection du gĂ©nĂ©ral franc Arbogast, magister militum mis en place par ThĂ©odose. Valentinien II est retrouvĂ© Ă©tranglĂ© en 392 et Arbogast proclame empereur le rhĂ©teur paĂŻen EugĂšne. En 394, ThĂ©odose vainc cet usurpateur Ă  la bataille de la riviĂšre froide, oĂč les deux armĂ©es perdent l’essentiel de leurs forces. Alors que le danger barbare est de plus en plus pressant, les dĂ©fenses de l’Empire sont affaiblies par ces guerres civiles.

Le partage de 395. En rouge, la Pars occidentalis dĂ©volue Ă  Honorius ; en violet, la Pars orientalis qui revient Ă  l’aĂźnĂ© Arcadius. Le long des frontiĂšres de l’Empire, les traits noirs correspondent aux limes.
Division de l'Empire romain...

En 395, ThĂ©odose le Grand, dernier empereur ayant rĂ©gnĂ© seul sur l'Empire romain, meurt aprĂšs avoir partagĂ© l’Empire entre ses deux fils[24]. Arcadius, l’aĂźnĂ©, devient Auguste d’Orient (395-408) et Honorius, le cadet, celui d’Occident (395-423). Mais la Pars Occidentalis connaĂźt une longue pĂ©riode d'« agonie »[25], affaiblie militairement et Ă©conomiquement par les diverses usurpations et les dĂ©sordres engendrĂ©s par les invasions barbares[26], tandis que la Pars Orientalis, elle, conserve une Ă©conomie florissante qui lui permettra de survivre moyennant, au dĂ©but du VIIe siĂšcle, de profondes rĂ©formes qui la verront se transformer en Empire byzantin[27].

Ceci explique en partie pourquoi la date de 395 est restĂ©e symboliquement celle de la division de l’Empire romain. Pourtant, c’est plutĂŽt vers 408 qu’on peut dater la « partitio » dĂ©finitive de l’Empire : cette annĂ©e-lĂ , Stilicon, tuteur des deux jeunes empereurs, dissuade Honorius de prendre la tĂȘte de la partie orientale de l’Empire Ă  la mort de son frĂšre Arcadius, et c’est le fils de ce dernier, ThĂ©odose II, qui rĂšgne sur l’Orient de 408 Ă  450[28].

Pour expliquer la fin de l'unitĂ© impĂ©riale, l'historien Paul Petit revient, dans la conclusion de son PrĂ©cis d'histoire ancienne, sur deux tendances historiographiques. La premiĂšre tendance, avec Ferdinand Lot[29], avance que l'Empire serait mort Ă  bref Ă©chĂ©ance, mĂȘme sans les invasions barbares. La seconde tendance, avec AndrĂ© Piganiol[30], dĂ©fend la thĂšse d'une fin brutale de l'Empire en consĂ©quence directe des invasions barbares. Cette importance des peuples barbares frontaliers de l'Empire pose la question d'ordre gĂ©nĂ©ral du poids rĂ©el des invasions dans la chute de l'Empire romain d'Occident. Ainsi, si le rĂŽle des Grandes Invasions est indĂ©niable pour Paul Petit, il ne suffit pas Ă  expliquer la disparition de la Pars Occidentalis. En 395, le partage entre les fils de l'empereur n'est pas une nouveautĂ©[31] et, en 410, la prise de Rome par Alaric Ier fut certes un Ă©vĂšnement marquant[32], mais n'entraĂźna ni la fin du rĂšgne d'Honorius ni la chute de l'Empire. Pour Paul Petit, la vĂ©ritable rupture eut ainsi plutĂŽt lieu en 408, Ă  la mort de Stilicon, puisque cela a entraĂźnĂ© un phĂ©nomĂšne inĂ©dit : la partitio imperii[33].

Ainsi, cette « partition impĂ©riale » se traduit concrĂštement pour Demougeot par plusieurs Ă©lĂ©ments importants qui ouvrent l'histoire du Ve siĂšcle. PremiĂšrement, il y a le partage de 395 qui est une rĂ©miniscence des partages effectuĂ©s sous la TĂ©trarchie ; c'est une continuitĂ© avec le IVe siĂšcle. DeuxiĂšmement, les institutions au sein des dits Empires romains d'Occident et d'Orient vont commencer Ă  diverger et ainsi annoncer le Ve siĂšcle et surtout le haut Moyen Âge. TroisiĂšmement, le personnage de Stilicon est rĂ©habilitĂ©, montrant par lĂ  le loyalisme des Ă©lites italiennes envers l'empereur (p. 210), mais aussi la complexitĂ© des relations entre les membres de la cour et les patriciens romains italiens et ceux originaires des provinces. Enfin, quatriĂšmement, le tournant dĂ©fendu par une majoritĂ© d'historiens est celui des annĂ©es 406-410 avec le passage du Rhin gelĂ© par les Goths et le conflit entre Alaric et Honorius aboutissant au sac de Rome. Le phĂ©nomĂšne des Grandes Invasions, notamment celle des Huns, s'ouvre avec cette pĂ©riode transitoire.

... Ou la poursuite de l'Empire romain tel qu'il est ?

MalgrĂ© les propos stipulant la division de l'Empire romain en deux autres Empires romains (Occident et Orient), ce partage entre les deux fils de ThĂ©odose n'est pas une division et s'inscrit dans la continuitĂ© des rĂšgnes prĂ©cĂ©dents. Ce partage se veut purement administratif et l’unitĂ© thĂ©orique, juridique et politique de l’Empire est prĂ©servĂ©e. En guise d'illustration, tout acte lĂ©gal de l'Empire romain nĂ©cessitait la signature des deux empereurs et entrait en vigueur sur la totalitĂ© de l'Empire romain et non sur une seule de ses parties.

Ainsi, comme les précédents partages et ce jusqu'à l'empereur Justinien (527-565), celui-ci ne semble guÚre irrémédiable, un empereur pouvant toujours devenir le seul maßtre de l'ensemble de l'Empire romain.

Le soulĂšvement des Goths

En 395, n'Ă©tant plus liĂ©s Ă  la personne de ThĂ©odose, les Wisigoths d'Alaric Ier pillent la MacĂ©doine, la Thessalie et la GrĂšce. Pour s'en dĂ©barrasser, l'empereur d'Orient Arcadius nĂ©gocie Ă  prix d’or leur retrait vers l’Ouest et empĂȘche Stilicon de les y combattre. En 402, alors que les Ostrogoths envahissent les provinces danubiennes, les Wisigoths pĂ©nĂštrent en Italie. En 410, ils saccagent Rome. Cet Ă©pisode est ressenti comme une catastrophe par les Romains. Certains polythĂ©istes y voient la consĂ©quence de l’abandon des dieux traditionnels, les chrĂ©tiens, tels JĂ©rĂŽme de Stridon, le chĂątiment des pĂ©chĂ©s des hommes[34]. Augustin d'Hippone affirme quant Ă  lui qu’il n’y a aucun lien entre le salut et l’Empire, le salut ne pouvant venir que du Christ[35]. L’établissement dĂ©finitif des Wisigoths en Aquitaine seconde et en Espagne met fin Ă  leurs raids.

Les « invasions barbares »

ItinĂ©raires empruntĂ©s par les colonnes d’envahisseurs durant les Grandes invasions.
Chronologie associée.

Mais entre-temps, le , les Vandales, Sarmates, SuĂšves, Alains et Alamans franchissent le Rhin, bientĂŽt suivis par les Burgondes. Ils ravagent la Gaule et menacent l’üle de Bretagne. En 410, cette derniĂšre est dĂ©finitivement abandonnĂ©e par les troupes romaines qui partent dĂ©fendre la Gaule. Le puissant parti anti-barbare prĂ©sent Ă  la cour impĂ©riale obtient une Ă©puration de l’armĂ©e et de l’administration en Italie, la privant de dĂ©fenseurs efficaces et fidĂšles, dont Stilicon[36]. L'empereur d'Occident Honorius, installĂ© Ă  Ravenne, est contraint d’accepter l’installation de nouveaux « royaumes barbares fĂ©dĂ©rĂ©s » en Gaule[37].

En 429, les Vandales envahissent l’Afrique, dont ils font la conquĂȘte en 10 ans. Ils privent l’Italie d’un de ses greniers Ă  blĂ©, leur flotte contrĂŽlant la MĂ©diterranĂ©e occidentale. Ce sont en outre des ariens fanatiques qui persĂ©cutent les Romains orthodoxes[38]. En 435, les Vandales obtiennent Ă  leur tour le statut de fĂ©dĂ©rĂ©s en Afrique orientale[39]. Le roi suĂšve HermĂ©ric crĂ©e un vĂ©ritable royaume autour de sa capitale, Braga, en obtenant un fƓdus en 437-438.

En Occident romain, dans ce chaos, la Pars Occidentalis se rĂ©duit dĂ©sormais Ă  l’Italie, la Dalmatie, une partie de la Gaule et la Tarraconaise (actuelle Catalogne). Les provinces danubiennes, toutes restĂ©es fidĂšles Ă  l’Empire, passent sous l’autoritĂ© de Constantinople.

ParallĂšlement, au Ve siĂšcle, l’Orient romain connaĂźt une longue pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© Ă©conomique. Le trĂ©sor impĂ©rial regorge de numĂ©raires en or[40]. Sous l'empereur d'Orient ThĂ©odose II (408-450), la ville de Constantinople continue Ă  s’agrandir et reçoit une nouvelle enceinte, le mur de ThĂ©odose. Un code juridique est publiĂ©, le Code ThĂ©odosien, applicable dans toutes les parties de l'Empire romain. NĂ©anmoins, la Pars Orientalis est dĂ©stabilisĂ©e par des conflits religieux violents entre orthodoxes et ariens puis, Ă  partir de 430, entre orthodoxes, nestoriens et monophysites. De plus, Ă  partir de 440, les Huns menacent directement la Pars Orientalis. Un tribut et l’octroi d’une dignitĂ© romaine Ă  Attila permettent d’éloigner le danger.

L'éphémÚre redressement de la Pars Occidentalis

Aetius, gĂ©nĂ©ral de Valentinien III, continue Ă  lutter contre les Barbares. Il repousse les Francs vers le Nord, les Wisigoths vers le Sud de la Gaule et l’Espagne. Il bat les Burgondes grĂące Ă  ses contingents huns[41] et les transfĂšre en Sapaudia oĂč, en 443, Valentinien III les autorise Ă  s’installer en tant que peuple fĂ©dĂ©rĂ©. En 451, grĂące Ă  une armĂ©e plus barbare que romaine — elle comprend un fort contingent wisigoth, des Francs et des Alains —, il parvient Ă  repousser Attila Ă  la bataille des champs Catalauniques, prĂšs de Troyes.

La fin de l'Occident romain (454-518)

MalgrĂ© ses succĂšs, Aetius est Ă©gorgĂ© en 454 par Valentinien III lui-mĂȘme, justement jaloux de ces succĂšs. Mais l’empereur est Ă  son tour assassinĂ© par d’anciens officiers d’Aetius, marquant ainsi la disparition de la dynastie des ThĂ©odosiens en Occident. DĂšs ce moment, tout en restant formellement indivisible, l'unitĂ© de l'Empire romain est mise Ă  mal par la disparition des deux derniers reprĂ©sentants des ThĂ©odosiens, l'empereur d'Occident Valentinien III (425-455) et l'empereur d'Orient Marcien (450-457). Mais cet Ă©vĂšnement, qui engendre un Ă©loignement dĂ©finitif des deux parties de l’Empire et entĂ©rine les diffĂ©rences d’évolution Ă©conomique et dĂ©mographique antĂ©rieures, rĂ©sulte surtout d'une mĂ©sentente continue entre les deux cours impĂ©riales.

Ainsi, alors qu'en Orient romain la dynastie des Thraces accĂšde au trĂŽne Ă  l'occasion du couronnement de LĂ©on Ier le Thrace (457-474), devenant le premier empereur d'Orient couronnĂ© par le patriarche de Constantinople, la Pars Occidentalis connaĂźt une instabilitĂ© politique avec des empereurs impuissants Ă  faire face aux pressions barbares, aux usurpations et aux dĂ©sordres. Dans ce contexte, Rome est pillĂ©e en 455 pendant plus d’un mois par les Vandales de GensĂ©ric, tandis que les Barbares s’étendent irrĂ©sistiblement en Gaule malgrĂ© la dĂ©fense d’Ægidius, puis de son fils Syagrius[42] (qui parviendra Ă  rĂ©sister jusqu'en 486).

Dans un tel contexte de crise, la légalité de la dignité impériale reposant sur la reconnaissance par le co-empereur, les empereurs d'Orient ne reconnaissent plus le titre d'Auguste aux « derniers empereurs d'Occident », tous des usurpateurs. Cet état de fait incita les empereurs d'Orient Léon Ier et Zénon (474-491) à intervenir directement dans les affaires de la Pars Occidentalis en vue de soutenir leurs propres candidats au titre d'Auguste d'Occident respectivement Anthémius (empereur d'Occident 467-472) et Julius Nepos (empereur d'Occident 474-480).

En 476, le HĂ©rule Odoacre prend Ravenne et y dĂ©pose le tout jeune empereur-usurpateur Romulus Augustule (475-476), puis envoie les insignes impĂ©riaux Ă  Constantinople en signe de soumission. Durant cette mĂȘme annĂ©e, Syagrius et Odoacre envoient tous deux des dĂ©lĂ©gations Ă  Constantinople en vue de se faire reconnaĂźtre comme patrice d'Italie.

Finalement, ZĂ©non privilĂ©giera Odoacre. Ainsi, le roi des HĂ©rules devient patrice d'Italie, c'est-Ă -dire qu'il est reconnu comme reprĂ©sentant de l'autoritĂ© impĂ©riale en Occident, ce qui le dĂ©finit comme une sorte de vice-roi vassal de l'empereur d'Orient ZĂ©non. NĂ©anmoins, en contre-partie, Odoacre se retrouve dans une situation de double allĂ©geance non seulement envers ZĂ©non mais Ă©galement envers l'empereur d'Occident Julius Nepos (rĂ©fugiĂ© Ă  Salone, en Dalmatie, depuis 475). Cette reconnaissance d'Odoacre en tant que patrice d'Italie engendra deux rĂ©actions. La premiĂšre consiste au transfert par les peuples barbares fĂ©dĂ©rĂ©s (ex : les Francs Saliens de ChildĂ©ric Ier) de leur fƓdus Ă  Odoacre en vue de prĂ©server l'unitĂ© thĂ©orique de l'Empire romain ; la deuxiĂšme, en la formation d'un État romain autonome en rupture avec l'Italie d'Odoacre (pourtant reprĂ©sentant de l'autoritĂ© impĂ©riale en Occident) mais reconnaissant l'autoritĂ© de l'empereur d'Occident Julius Nepos et maintenant l'autoritĂ© romaine effective en Gaule septentrionale.

En 480, à la suite de l'assassinat de Julius Nepos, dernier empereur d'Occident, l'empereur d'Orient Zénon devient le dernier et seul empereur du monde romain et est reconnu comme tel par ses vassaux, à savoir le patrice d'Italie Odoacre, les souverains barbares fédérés et les autorités romaines persistantes en Occident, principalement les Berbéro-Romains, les Britto-Romains et les Gallo-Romains de Syagrius. La disparition du dernier empereur d'Occident permet néanmoins à Odoacre d'exercer l'autorité absolue en Occident, malgré son simple statut de représentant de l'autorité impériale, ce qui lui permet d'annexer l'ancienne Dalmatie romaine, précédemment gouvernée par Julius Nepos. Ayant rompu en 476 avec l'Italie d'Odoacre, Syagrius se retrouve désormais en position de quasi-indépendance alors qu'il continue de se comporter comme un simple gouverneur maintenant l'autorité romaine effective en Gaule septentrionale. Ce qui est perçu comme une « sécession » depuis Constantinople sera résolu en 486 lorsque le Franc Salien Clovis, vassal théorique d'Odoacre et de Zénon, l'écrase lors de la bataille de Soissons avec l'assentiment de Constantinople.

En rĂ©sumĂ©, l'autoritĂ© romaine sur l’Occident n’est que purement thĂ©orique[43], s'exerçant principalement Ă  travers le patrice d'Italie Odoacre qui reprĂ©sente l'autoritĂ© impĂ©riale en Occident, au grand dam des autoritĂ©s romaines persistantes. Mais la puissance d'Odoacre en Italie devient rapidement une menace potentielle pour l'Orient romain. Par consĂ©quent, en 488, ThĂ©odoric, roi des Ostrogoths, conquiert l’Italie d’Odoacre avec un mandat de ZĂ©non[44] qui se considĂšre comme le seul maĂźtre de l’Empire. AprĂšs la prise de Ravenne en 493, la puissance des Ostrogoths s’étend sur l'Italie, la Sicile et la Dalmatie[45].

En sa qualitĂ© de nouveau reprĂ©sentant du pouvoir impĂ©rial en Occident, ThĂ©odoric tente d’étendre son pouvoir sur les autres royaumes barbares, ariens comme lui. Pour ThĂ©odoric, les Goths sont les protecteurs des Romains. Une administration romaine subsiste donc, mais subordonnĂ©e. La culture et le mode de vie romain conservent une grande influence sur les Goths. L’empereur romain confĂšre mĂȘme Ă  ThĂ©odoric le titre de roi. Le royaume ostrogoth d’Italie est un excellent exemple des rapports entre l'empereur de Constantinople et les rois barbares : mandat factice et indĂ©pendance rĂ©elle. Ainsi, les barbares frappent un solidus Ă  effigie impĂ©riale, mais la teneur en or est manipulĂ©e Ă  leur grĂ©.

La guerre contre les Perses reprend sous le rĂšgne d’Anastase (491-518). Devant s'y consacrer, ce dernier fait de Clovis le reprĂ©sentant de l'autoritĂ© romaine sur l'ancienne prĂ©fecture des Gaules en le nommant, vers 500, patrice des Gaules et consul.

La dynastie justinienne : l'Orient romain Ă  la reconquĂȘte de l'Occident (518-602)

Les conquĂȘtes de Justinien. En rouge, l’Empire romain d’Orient Ă  l’avĂšnement de Justinien. En orange les conquĂȘtes de Justinien
Justinien,
mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne (détail), avant 547

Le Sénat choisit ensuite un officier macédonien, Justin (518-527), dont le neveu Justinien gravit tous les échelons de la carriÚre administrative.

DĂ©sormais Auguste, Justinien le Grand (527-565) consacre une grande partie de son rĂšgne Ă  reprendre aux Barbares les terres de la romanitĂ© (Italie, Dalmatie, Afrique, Corse, Sicile, Sardaigne, BalĂ©ares et BĂ©tique). Il pense que toute terre qui a Ă©tĂ© romaine reste inaliĂ©nablement romaine[44] en vertu de l'unicitĂ© et de l'indivisibilitĂ© de l'Empire romain. L’Occident est le premier objectif de Justinien. D'abord, il conquiert l’Afrique sur les Vandales en quelques mois (533-534). Ensuite, il profite de l’affaiblissement des Ostrogoths d’Italie, aprĂšs la mort de son vassal ThĂ©odoric, pour intervenir dans la pĂ©ninsule en 535. La conquĂȘte est plus difficile que prĂ©vu et n’est dĂ©finitive qu’au terme d’une guerre dĂ©vastatrice entre 552 et 554, au cours de laquelle la Provence lui Ă©chappe dans le cadre d'une alliance avec les Francs, partisans de l'orthodoxie chrĂ©tienne[46] et reprĂ©sentants de l'autoritĂ© romaine en Gaule. Enfin, en 554, les Romains font la conquĂȘte d’une partie de l’Espagne wisigothique jusqu’à Cordoue. Les conquĂȘtes de Justinien sont fort coĂ»teuses et l’amĂšnent Ă  nĂ©gliger les menaces perse (qu’il Ă©carte momentanĂ©ment par le paiement d’un tribut) et slave (qui apparait sur le Danube). Il sacrifie ainsi l’avenir de rĂ©gions vitales pour l’Empire romain (bientĂŽt byzantin) afin de poursuivre le rĂȘve d’un empire universel. En outre, il n’arrive pas Ă  rĂ©concilier les tenants de l’orthodoxie et les monophysites.

Cette reconquĂȘte Ă©puise l'Empire et ne s'avĂšrera guĂšre durable : en Italie, les Lombards s'emparent des deux tiers de la pĂ©ninsule et, en 568, seules les Ăźles, les rĂ©gions de Ravenne, Rome et Venise et l'extrĂȘme sud de la pĂ©ninsule sont encore aux mains des Romains. Le reste de l’Italie est partagĂ© en principautĂ©s lombardes, l'Italie est morcelĂ©e pour plus de mille ans. Les derniers territoires romains en Occident sont organisĂ©s en deux exarchats : Ravenne (Italie et Sicile) et Carthage (Afrique, Sardaigne, Corse et BalĂ©ares).

ParallĂšlement, en Occident, les structures politiques et administratives romaines s’affaiblissent Ă  mesure que se consolident les structures chrĂ©tiennes, qu’elles soient Ă©piscopales ou monarchistes. Au VIe siĂšcle, les Ă©vĂȘques exercent les pouvoirs administratifs, financiers et politiques qui revenaient auparavant aux magistrats laĂŻcs. Cette transformation de la citĂ©, avec dĂ©sormais l’évĂȘque Ă  sa tĂȘte, est Ă  l’origine de la citĂ© mĂ©diĂ©vale[47].

La dynastie héraclide : la byzantinisation de l'Orient romain

Processus dĂ©butĂ© discrĂštement sous Justinien, la « byzantinisation » de l'Empire romain prend de l'ampleur dĂšs le dĂ©but du VIIe siĂšcle. Ce processus consiste en la perte progressive du caractĂšre latin de l'Empire romain au profit d'un caractĂšre plutĂŽt grĂ©co-oriental. Ainsi, dĂšs le dĂ©but de son rĂšgne, HĂ©raclius (610-641) abandonne le titre latin d'Auguste pour celui de Basileus, fait du grec la langue officielle et transforme les provinces en thĂšmes. Enfin, sur la fin de son rĂšgne, la « byzantinisation » s'accĂ©lĂšre sous la pression des conquĂȘtes arabo-musulmanes, qui arrachent les riches provinces orientales de l'Empire : Ă  la suite de la bataille du Yarmouk en 636, la Syrie, JĂ©rusalem, l’Égypte et la MĂ©sopotamie sont dĂ©finitivement perdues aprĂšs six siĂšcles de romanitĂ©. C'est ensuite au tour de l'Afrique romaine de passer sous domination arabo-musulmane aprĂšs la chute de Carthage en 698. DĂšs lors, l'Empire romain perd la majeure partie des territoires latinophones de son Empire et doit se recentrer sur les territoires traditionnellement hellĂ©nophones, Ă  l'instar de la GrĂšce et de l'Anatolie principalement, mais aussi de l'Italie du Sud et de la Sicile.

À la veille de l'Ă©clatement de la premiĂšre crise iconoclaste en 723, l'arrivĂ©e au pouvoir de LĂ©on III l'Isaurien (717-741) marque l'aboutissement d'un siĂšcle de transition. DĂ©sormais, en Orient, la romanitĂ© n'est plus reprĂ©sentĂ©e que par les langues romanes orientales, le monde grĂ©co-orthodoxe (dit « byzantin », qui poursuivra et dĂ©veloppera l'hĂ©ritage romain), slave mĂ©ridional et arabo-musulman remplaçant dĂ©finitivement le monde romain. L'Empire byzantin, mĂ©diĂ©val, est nĂ©.

Les instruments du pouvoir

Idéologie et pouvoir

Solidus de Constantin, Ticinum (actuelle Pavie), 313, Cabinet des médailles (Beistegui 233)
Idéologie solaire : Constantin est au cÎté de Sol Invictus, dont il reprend le qualificatif INVICTUS ; son bouclier est décoré du quadrige solaire

La crise du IIIe siĂšcle a transformĂ© le pouvoir impĂ©rial, qui est devenu absolu. Le SĂ©nat n’a plus aucune influence. On est passĂ© du Principat au Dominat. Les empereurs de l’AntiquitĂ© tardive bĂ©nĂ©ficient aussi d’une construction idĂ©ologique qui, peu Ă  peu, assimile les empereurs Ă  des divinitĂ©s vivantes et justifie ainsi leur pouvoir absolu. Pour Constantin comme pour DioclĂ©tien, l’autoritĂ© impĂ©riale est de nature divine[48]. DioclĂ©tien et GalĂšre, son fils adoptif, se prĂ©tendent descendants de Jupiter. Ils prennent le surnom de Jovien, son collĂšgue Maximien ainsi que son co-cĂ©sar Constance, celui d'Herculien. Cette sacralisation du pouvoir impĂ©rial a aussi pour but d’enlever toute lĂ©gitimitĂ© aux usurpateurs Ă©ventuels, puisque seul l’empereur est Ă©lu des dieux et que seul son successeur est lĂ©gitime. Cette idĂ©ologie n’empĂȘche pas Constantin puis Maxence, fils des Augustes mais Ă©cartĂ©s du pouvoir, de contester la nouvelle tĂ©trarchie aprĂšs la mort de Constance en 306.

Constantin, quoique affiliĂ© Ă  la lignĂ©e herculienne des tĂ©trarques, s’en Ă©carte dĂšs qu’il se dĂ©barrasse de Maximien en 310, au profit de la thĂ©ologie solaire d’Apollon et de Sol Invictus. Celle-ci implique un pouvoir unique et suprĂȘme et a la faveur des armĂ©es occidentales, ce qui aide ses ambitions. Les monnaies de Constantin tĂ©moignent de cette idĂ©ologie solaire pendant quelques annĂ©es (voir l’image du solidus). En 312, Constantin intĂšgre le christianisme Ă  son idĂ©ologie et les deux principes monothĂ©istes solaire et chrĂ©tien vont cohabiter jusqu’en 324, lorsque Constantin devient le maĂźtre unique de l’Empire. Selon Paul Petit, la persistance des symboles solaires sur les monnaies de Constantin et le vocabulaire neutre mais monothĂ©iste des panĂ©gyriques paĂŻens de 313 et 321, indĂ©pendamment d’une attitude impĂ©riale trĂšs favorable aux chrĂ©tiens, rĂ©pondaient au souci de mĂ©nager toutes les factions tant que la victoire sur Licinius n’était pas acquise. AprĂšs sa victoire de 324, Constantin Ă©change dans sa titulature le INVICTUS Ă  connotation solaire par VICTOR, tandis qu’une monnaie de cette date le reprĂ©sente avec l’emblĂšme du Christ transperçant un serpent[49].

Du fait de sa conversion[50], Constantin ne cherche pas Ă  affirmer une filiation divine. Il prĂ©tend plutĂŽt avoir Ă©tĂ© investi par le Dieu des chrĂ©tiens pour gouverner l’Empire. Des monnaies de 330 montrent une main sortant du ciel qui lui tend une couronne[49]. La conversion de Constantin pose aussi le problĂšme du cĂ©saropapisme. L’empereur agit comme un clerc dans sa maniĂšre d’exercer le pouvoir. À Constantinople, il construit son palais comme si c’était une Ă©glise ; il affirme avoir reçu une vision du Christ comme s’il Ă©tait un apĂŽtre, il porte d’ailleurs comme les empereurs Ă  sa suite le titre d'isopostole, Ă©gal aux apĂŽtres[51] ; il se prĂ©sente comme « l’évĂȘque de ceux du dehors » (c'est-Ă -dire ceux qui ne sont pas clercs)[49] lors du Concile de NicĂ©e mais il n'a pas cette qualitĂ© d'Ă©vĂȘque[52]. Constantin affirme qu’il est le reprĂ©sentant de Dieu sur la terre. En son intelligence se reflĂšte l’intelligence suprĂȘme[20]. Il s’entoure d’un faste incroyable pour exalter la grandeur de la fonction impĂ©riale. DĂ©sormais la romanitĂ© et la religion chrĂ©tienne sont liĂ©es. EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, reprenant les thĂšses de MĂ©liton de Sardes[53], Ă©labore la thĂ©ologie de l’empire chrĂ©tien dans plusieurs ouvrages, dont son panĂ©gyrique de 335[49]. Pour lui, l’unification politique a permis l’unification religieuse. L’empereur est, dans ce cadre, le serviteur de Dieu et comme l’image de fils de Dieu, maĂźtre de l’univers[54]. L’empereur reçoit aussi la mission de guide vers le salut et la foi chrĂ©tienne. Son intervention grandissante dans les questions religieuses se trouve ainsi lĂ©gitimĂ©e, de mĂȘme que le cĂ©saropapisme.

En Occident, le pouvoir spirituel s’engage vers une autonomie plus grande face au pouvoir politique. Ambroise pose les bases de la thĂ©orie mĂ©diĂ©vale de la sĂ©paration des deux pouvoirs[55], esquissant mĂȘme l’idĂ©e d’une subordination du pouvoir politique au pouvoir spirituel. Il contraint ainsi ThĂ©odose Ă  faire pĂ©nitence et Ă  marcher pieds nus dans la cendre pour expier le massacre de dix mille personnes aprĂšs la rĂ©volte de Thessalonique en 390[53]. En Orient, les empereurs oscillent entre cĂ©saropapisme et subordination au pouvoir spirituel. Ainsi, en 450, l’empereur Marcien est couronnĂ© empereur par l’évĂȘque de Constantinople Anatolius. Son successeur LĂ©on fait de mĂȘme. C’est donc l’évĂȘque qui au nom de Dieu fait le souverain. Une des consĂ©quences de cette idĂ©ologie est la soumission du roi aux dogmes de l’Église. Les empereurs ne renoncent cependant pas Ă  intervenir dans les affaires de l’Église. ZĂ©non publie en 482 l’édit de l'Henotikon, de nature doctrinale, qui vise Ă  apaiser les conflits religieux sur la nature du Christ. Cette volontĂ© du souverain de dire le dogme soulĂšve une opposition en Orient comme en Occident[56]. Justinien, au VIe siĂšcle, va jusqu’à enlever et sĂ©questrer pendant sept ans le pape Vigile pour l’obliger Ă  souscrire aux positions dĂ©fendues par le IIe concile de Constantinople condamnant le monophysisme. Constant II en 653 fait apprĂ©hender et juger le pape Martin Ier, et Justinien II tente la mĂȘme action contre Serge Ier en 692 pour imposer les canons du concile in Trullo. Mais cette fois, les milices romaines dĂ©fendirent le pape.

Le principe dynastique mis en place par Constantin a pour consĂ©quence un affaiblissement du pouvoir impĂ©rial. En effet, Ă  plusieurs reprises, des enfants sont arrivĂ©s au pouvoir Ă  la mort de leur pĂšre. C’est le cas de Gratien et de Valentinien II, d’Arcadius et d’Honorius, de ThĂ©odose II et de Valentinien III en 423. Les mĂšres de ces jeunes empereurs occupent alors un rĂŽle politique important ainsi que certains prĂ©fets du prĂ©toire.

L’armĂ©e

Porta Nigra, symbole de TrĂšves, ville impĂ©riale dans l’AntiquitĂ© tardive

Le nombre de soldats par lĂ©gion est passĂ© de 6 000 Ă  5 000 sous le Haut-Empire Ă  probablement 2 000 au dĂ©but du rĂšgne de DioclĂ©tien[57]. Celui-ci augmente le nombre d'unitĂ©s. On suppose que l’armĂ©e romaine du IVe siĂšcle compte entre 250 000 et 300 000 hommes. Une nouveautĂ© de taille est le recrutement de soldats d’origine barbare pour garder le limes, les frontiĂšres de l’Empire. Ils complĂštent l’armĂ©e de manƓuvre.

Les lĂ©gions de manƓuvre sont de taille plus rĂ©duite — 1 000 lĂ©gionnaires — mais sont plus nombreuses que sous la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elles passent de 39 Ă  60. Elles sont chargĂ©es d’intercepter les Barbares qui ont rĂ©ussi Ă  franchir une frontiĂšre de plus en plus fortifiĂ©e. La nĂ©cessitĂ© de la dĂ©fense de l’Empire justifie l’abandon de Rome comme rĂ©sidence impĂ©riale au profit de villes plus proches des frontiĂšres : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die. Constantin achĂšve la transformation de l’armĂ©e et met en place le comitatus, l’armĂ©e de campagne. Son commandement est confiĂ© Ă  un magister peditum pour l’infanterie et un magister equitum pour la cavalerie[58]. En cas de besoin, des maĂźtres des milices peuvent ĂȘtre crĂ©Ă©s pour une rĂ©gion particuliĂšre comme en Illyrie. Dans les provinces et les diocĂšses exposĂ©s, les troupes peuvent ĂȘtre dirigĂ©es par un comes ou un dux. Cette armĂ©e est particuliĂšrement soignĂ©e par les empereurs.

Anastase ou Justinien triomphant, dĂ©tail de l’ivoire Barberini, Constantinople, dĂ©but du VIe siĂšcle, style thĂ©odosien tardif, musĂ©e du Louvre.

Pour pallier les difficultĂ©s de recrutement, DioclĂ©tien impose de nouvelles rĂšgles. Les propriĂ©taires doivent dĂ©sormais fournir des recrues Ă  l’armĂ©e romaine. Au cours du IVe siĂšcle, ils obtiennent le droit de remplacer les recrues par une somme en or, l'aurum tironicum[59]. Ce systĂšme est supprimĂ© en 375, mais uniquement pour l’Orient. Un nombre significatif de citoyens cherche Ă  fuir l’enrĂŽlement dans l’armĂ©e en partant dans le dĂ©sert, en se coupant le pouce ou en devenant clerc. Les lourdes condamnations envers les dĂ©serteurs, l’hĂ©rĂ©ditĂ© du mĂ©tier de soldat n’évitent pas les difficultĂ©s de recrutement, ce qui pousse les empereurs Ă  faire appel aux barbares.

Outre les soldats de l’armĂ©e de manƓuvre, DioclĂ©tien et Constantin Ier recrutent des auxiliaires d’origine barbare pour veiller sur le limes, les limitanei. Ils ont peu Ă  voir avec l’esprit romain. La distinction entre comitatus et limitanei donne naissance Ă  l’armĂ©e romaine du Bas-Empire. Sous ThĂ©odose, la prĂ©sence barbare se renforce, y compris dans les postes du haut commandement, exercĂ© par des barbares romanisĂ©s tels que Arbogast, Stilicon, GaĂŻnas. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, l’armĂ©e d’Occident comprend thĂ©oriquement 200 000 hommes aux frontiĂšres, presque tous d’origine barbare, et 50 000 hommes dans l’armĂ©e de manƓuvre. Les frontiĂšres sont alors dĂ©fendues par des soldats issus de peuples qui cherchent Ă  envahir l’Empire[60].

Au Ve siĂšcle, l'Empire romain d'Orient connaĂźt plusieurs rĂ©actions anti-germaniques qui aboutissent Ă  l'Ă©limination des chefs barbares (GaĂŻnas en 400, assassinat d’Aspar en 471) et Ă  exclure les Germains des cadres de l’armĂ©e. En mĂȘme temps en 466, les empereurs d’Orient leur substituent une source de recrutement autochtone, avec les montagnards isauriens, sujets de l’Empire, commandĂ©s par ZĂ©non, qui devient le gendre de l’empereur LĂ©on Ier et lui succĂšde[61]. Les derniers fĂ©dĂ©rĂ©s en Orient, dirigĂ©s par ThĂ©odoric, sont envoyĂ©s sur l’Italie en 489, ce qui libĂšre l’Orient de leur pression.

NĂ©anmoins, les Germains demeurent un Ă©lĂ©ment important de l’armĂ©e impĂ©riale, jusqu’au VIIe siĂšcle, mais ils sont recrutĂ©s individuellement comme mercenaires, et encadrĂ©s par des officiers impĂ©riaux[62]. L’abandon du systĂšme des fĂ©dĂ©rĂ©s et la reprise de contrĂŽle des forces armĂ©es permet la survie de l’Empire d’Orient.

Au dĂ©but du VIIe siĂšcle, la crise financiĂšre de l’Empire d’Orient et l’occupation des Balkans par les Slaves et de l’Anatolie orientale par les Perses tarissent les capacitĂ©s de recrutement de mercenaires. HĂ©raclius rĂ©organise alors le recrutement par l'institution de paysans-soldats. Les territoires encore sous domination impĂ©riale sont progressivement organisĂ©s en circonscriptions militaires, commandĂ©es par un stratĂšge, et reçoivent l’appellation des thĂšmes, du nom grec de l’unitĂ© qui y stationne (thema). On y crĂ©e des biens militaires, qui sont attribuĂ©s Ă  titre hĂ©rĂ©ditaire et inaliĂ©nable Ă  des familles, contre un service militaire Ă©galement hĂ©rĂ©ditaire. Cette institution rappelle et gĂ©nĂ©ralise celle des anciens limitanei frontaliers, donne enfin les moyens d’une puissante armĂ©e indigĂšne et dispense de recruter des mercenaires Ă©trangers, coĂ»teux et peu sĂ»rs. Le soldat-paysan s’équipe lui-mĂȘme et se dote d’un cheval, et il ne perçoit qu’une solde minime, ce qui allĂšge encore les charges de l’armĂ©e. L’armĂ©e ne manque alors plus de soldats, la rĂ©sistance du rĂ©duit byzantin est assurĂ©e pour les siĂšcles Ă  venir[63].

L’administration

Flavius Felix, consul en 428, Rome, Ivoire d’élĂ©phant, Ancien trĂ©sor de l’Abbaye Saint-Junien de Limoges, Cabinet des mĂ©dailles de la BNF

Sous DioclĂ©tien, les distinctions entre provinces sĂ©natoriales et provinces impĂ©riales sont supprimĂ©es. En 297, l’empereur les divise en entitĂ©s plus petites, les faisant passer de 47 Ă  plus de 100. Ces nouvelles provinces sont regroupĂ©es en 12 diocĂšses dirigĂ©s par des vicaires Ă©questres qui obĂ©issent directement aux empereurs. Cette multiplication des circonscriptions administratives et des Ă©chelons administratifs est perçue comme Ă©tant plus efficace pour lutter contre les maux de l’Empire. En 312, on compte 108 provinces, 116 en 425[64]. Constantin opĂšre une rĂ©forme de la prĂ©fecture du prĂ©toire qui ne s’occupe plus de l’administration centrale. Il divise l’Empire en grandes circonscriptions dont les limites sont fluctuantes, les prĂ©fectures rĂ©gionales avec Ă  leur tĂȘte un prĂ©fet du prĂ©toire. Les prĂ©fets y ont de grandes prĂ©rogatives civiles et judiciaires[65]. Chaque niveau administratif — prĂ©fecture rĂ©gionale, diocĂšse, province — a sa capitale, ses bureaux, ses fonctionnaires. Le pouvoir impĂ©rial est ainsi plus prĂ©sent Ă  chaque Ă©chelon, mais la masse salariale des fonctionnaires est multipliĂ©e par quatre et les grands pouvoirs qu’ils possĂšdent sont des facteurs d’autonomie et de corruption[66].

Constantin transforme aussi l’organisation du pouvoir central qui Ă©tait demeurĂ©e sensiblement la mĂȘme depuis le Haut-Empire. Le prĂ©fet du prĂ©toire est remplacĂ© par le questeur du Palais sacrĂ© qui rĂ©dige les Ă©dits. Celui-ci dirige le consistoire sacrĂ©, qui remplace le conseil de l’empereur. Le maĂźtre des offices dirige le personnel administratif, les fabriques d’armes et les scholĂŠ de la garde ; le maĂźtre des milices, l’infanterie et la cavalerie ; le comte des largesses sacrĂ©es, le fisc ; le comte de la fortune privĂ©e, la res privata, c’est-Ă -dire la caisse privĂ©e de l’empereur, les revenus personnels de ce dernier Ă©tant issus essentiellement du revenu de ses immenses domaines. La grande nouveautĂ© est cependant la grande augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, de chargĂ©s de mission et agents secrets (les agentes in rebus aussi nommĂ©s curiosi), prĂšs de 1000 fonctionnaires au Ve siĂšcle[67], et d’employĂ©s divers font de l’Empire romain une vĂ©ritable bureaucratie[58]. Cette administration centrale plĂ©thorique contribue Ă  l’isolement de l’empereur du reste de la sociĂ©tĂ©. La vĂ©nalitĂ© des offices, combinĂ©e Ă  la pratique de l'Ă©vergĂ©tisme, de ce que nous appellerions aujourd'hui « emplois fictifs », et au vĂ©ritable « racket » organisĂ© par l'administration, Ă  la fois vis-Ă -vis des administrĂ©s et au sein de celle-ci (des supĂ©rieurs vers les infĂ©rieurs), conduit l'historien Paul Veyne Ă  rejeter l'image d'un Empire comme « merveille d’organisation, d’État de droit et d’ordre », pour plutĂŽt Ă©voquer un empire « du bakchich et du clientĂ©lisme »[68].

Toutes ces institutions demeurent Ă  peu prĂšs les mĂȘmes jusqu’au dĂ©but du VIIe siĂšcle. Pendant longtemps, les empereurs s’efforcent de maintenir la sĂ©paration des pouvoirs civils, confiĂ©s Ă  un gouverneur, et les pouvoirs militaires confiĂ©s Ă  un comes ou un dux, ce dernier s’occupant de plusieurs provinces. Mais Ă  l’époque de Justinien, les rĂ©formes portent en germe la rĂ©union des pouvoirs civils et militaires dans les thĂšmes ou les exarchats de la pĂ©riode byzantine. Justinien regroupe les provinces, seulement pendant quinze ans, il est vrai, entre les mains de proconsuls ou de proprĂ©teurs en leur donnant des pouvoirs militaires, civils et parfois fiscaux. Son objectif est d’enrayer la puissance grandissante de la noblesse.

La fiscalité

SĂ©missis en or Ă  l’effigie d’Anastase Ier, VIe siĂšcle

Les finances sont avant tout destinĂ©es Ă  soutenir l’armĂ©e. L’annone militaire a Ă©tĂ© progressivement mise en place Ă  partir de la dynastie des SĂ©vĂšres. Pour faire face aux dĂ©penses accrues, l’empereur ordonne en 298 que soient recensĂ©es toutes les ressources de l’Empire, hommes, bĂ©tails et autres richesses[69]. Ce recensement, qui a lieu tous les cinq ans[70], sert de base pour Ă©tablir l’assiette d’un nouvel impĂŽt, la capitation. En outre, ils doivent payer la jugatio sur les biens fonciers. Le paiement se fait soit en nature, soit en espĂšces selon une correspondance prĂ©Ă©tablie rĂ©gionalement par un barĂšme de prix. Cette fiscalitĂ© Ă©tablie sur la propriĂ©tĂ© terrienne pĂšse essentiellement sur les habitants des campagnes. Elle est complĂ©tĂ©e d’une rĂ©forme agraire, par l’attribution forcĂ©e des terres abandonnĂ©es Ă  des particuliers, qui en deviennent les colons imposables.

Constantin accroĂźt les dĂ©penses de l’État par son administration nombreuse, ses multiples constructions, les dons Ă  ses protĂ©gĂ©s et Ă  l’Église, les dĂ©penses luxueuses de la cour. Il se procure l’or nĂ©cessaire en imposant ceux que la capitation Ă©pargne : le chrysargyre est levĂ© tous les cinq ans sur les commerçants et les artisans, les curiales sont assujettis Ă  offrir tous les cinq ans l’or coronaire (couronnes en or), les sĂ©nateurs doivent s’acquitter de l’or oblatice (aurum oblaticium, or offert Ă  chaque anniversaire impĂ©rial) et de la collatio glebalis tous les quatre ans[71].

Ces rĂ©formes alignent les finances publiques sur la circulation de l'or, et les restaurent pour tout le IVe siĂšcle malgrĂ© l’augmentation considĂ©rable des dĂ©penses, au prix d’une collusion entre le pouvoir et les classes supĂ©rieures, thĂ©saurisatrices d’or, et de la ruine des classes infĂ©rieures[72].

Sous le rĂšgne de ThĂ©odose, la fiscalitĂ© se durcit encore provoquant des rĂ©voltes (Antioche en 387). En thĂ©orie, les revenus de la res privata doivent subvenir Ă  la cour et Ă  la famille impĂ©riale, mais une part grandissante de cette caisse est dĂ©volue aux immenses besoins de l’État. Anastase dĂ©tache une partie des domaines de la res privata dont les revenus rejoignent ceux du fisc. Il abolit le chrysargyre qui frappait le commerce et l’industrie des villes, et confie la perception de l’impĂŽt des villes Ă  des fonctionnaires, soulageant les curiales ruinĂ©es.

Alors que la circulation monĂ©taire ralentit considĂ©rablement en Occident du fait des grandes invasions, elle augmente en Orient[73] : Anastase impose dĂ©finitivement aux campagnes le payement de l’annone (capitatio et jugatio) en espĂšces, et achĂšte les approvisionnements nĂ©cessaires Ă  l'État Ă  des prix imposĂ©s par le gouvernement. La sĂ©vĂ©ritĂ© fiscale provoqua des rĂ©voltes populaires, mais Ă  la mort d’Anastase, les caisses impĂ©riales renfermaient une rĂ©serve considĂ©rable de 320 000 livres d’or[74].

Le coĂ»t des conquĂȘtes de Justinien provoque un nouveau tour de vis fiscal jusqu’en 550. Le mĂ©contentement est grand. En effet, l’empereur prĂ©lĂšve dans des campagnes orientales affaiblies par les ravages de la peste des impĂŽts trĂšs lourds[38]. Les provinces nouvellement reconquises ont perdu l’habitude de payer de lourds impĂŽts sous l’administration barbare incapable de les prĂ©lever rĂ©guliĂšrement. Elles doivent se soumettre de nouveau Ă  cette obligation alors qu’elles sortent complĂštement ruinĂ©es des guerres de conquĂȘte. AprĂšs 550, du fait de l’augmentation de la population dans l’Empire de Justinien, les prĂ©lĂšvements fiscaux tendent Ă  diminuer[75].

Le christianisme dans le monde romain

Les questions posĂ©es par la christianisation de l’Empire romain

L’histoire de Jonas, mosaĂŻque du IVe siĂšcle, basilique patriarcale d’AquilĂ©e

La progression du christianisme dans l’Empire est sujette Ă  de nouveaux dĂ©bats. En effet, les sources Ă  la disposition des historiens rendent ardue la quantification du dĂ©veloppement du christianisme[76]. Pendant longtemps a prĂ©valu l’idĂ©e qu’au dĂ©but du IVe siĂšcle, les provinces d’Orient sont majoritairement acquises au christianisme. En Occident, les provinces mĂ©diterranĂ©ennes sont plus touchĂ©es par la nouvelle religion que les autres. Mais partout dans cette partie de l’Empire romain, les campagnes restent profondĂ©ment polythĂ©istes[77]. Dans cette optique, la conversion de Constantin en 312 n’aurait Ă©tĂ© qu’un couronnement, et non un tournant de l’histoire de l’Empire[78]. Aujourd’hui l’ampleur de la christianisation de l’Empire est remise en question[79] - [80]. Robin Lane Fox pense que le paganisme est toujours trĂšs bien implantĂ© au dĂ©but du IVe siĂšcle et que le christianisme est encore un phĂ©nomĂšne trĂšs minoritaire[81]. Selon lui les chrĂ©tiens ne reprĂ©sentent en 312, que 4 Ă  5 % de la population totale de l’Empire. Le dĂ©bat est d’autant plus dĂ©licat que, derriĂšre les chiffres, il y a un enjeu idĂ©ologique fort.

Certains points semblent nĂ©anmoins Ă©tablis. L’inĂ©galitĂ© de la christianisation selon les rĂ©gions et le retard de la Gaule en particulier sont admis par tous. À un moindre degrĂ©, la situation est la mĂȘme en Espagne et en Italie, mais avec en plus de fortes diffĂ©rences rĂ©gionales. On pense qu’à Rome, la ville la plus christianisĂ©e d’Italie, peut-ĂȘtre un peu moins de 10 % des habitants sont chrĂ©tiens en 312. L’étude des papyrus Ă©gyptiens permet le chiffre de 20 % de chrĂ©tiens en 312 en Égypte[82]. En Asie Mineure, une proportion d’1/3 de chrĂ©tiens est envisageable, 10 Ă  20 % en Afrique. En 312, les chrĂ©tiens ne sont donc qu’une minoritĂ© dans l’Empire[50].

La question du dĂ©veloppement du christianisme a longtemps Ă©tĂ© posĂ©e en termes d’affrontement avec la culture antique. Le Bas Empire est, dans cette perspective, vu comme une pĂ©riode de triomphe de la foi nouvelle face aux religions traditionnelles ou aux cultes Ă  mystĂšres. Aujourd’hui, l’examen des sources pousse Ă  modifier ce point de vue. Le christianisme s’est nourri de la culture antique et s’en est servi pour se dĂ©velopper : il n’a donc pas dĂ©truit la culture antique[83]. G. Stroumsa explique le passage du paganisme au christianisme dans l’Empire romain par un processus d’intĂ©riorisation du culte. Une partie significative des habitants de l'Empire ne se reconnaĂźt plus dans les religions ritualistes et cherche une croyance qui soit plus personnelle. L’essor des religions du livre grĂące Ă  la gĂ©nĂ©ralisation du codex sert d’accĂ©lĂ©rateur Ă  un nouveau souci de soi prĂ©sent dans l’ascĂšse et la lecture, au passage de la religion civique aux religions communautaires et privĂ©es[84]. Cette thĂšse ne fait pas l’unanimitĂ© parmi les historiens[85].

Le christianisme, en devenant la religion de l’Empire romain au IVe siĂšcle, sert Ă  justifier un ordre politique autoritaire qui s’exerce au nom de Dieu. Il permet aussi, aux yeux des empereurs d’assurer la cohĂ©sion de l’Empire. Il devient un Ă©lĂ©ment essentiel de la civilisation de l’AntiquitĂ© tardive. La consĂ©quence en est l’exclusion de toutes les autres convictions religieuses. Les non-chrĂ©tiens sont dĂ©sormais dĂ©solidarisĂ©s de l’idĂ©al romain[86].

Pour l’Église, romanitĂ© et christianisme sont tellement indissociables que les Ă©vĂȘques trouvent normal de dĂ©fendre l’Empire face aux barbares[87].

La grande persécution

Saint Érasme flagellĂ© en prĂ©sence de l’empereur DioclĂ©tien. Fresque byzantine, milieu du VIIIe siĂšcle, musĂ©e national de Rome.

Au dĂ©but du IVe siĂšcle, avec la TĂ©trarchie, la lutte contre la religion des chrĂ©tiens, en expansion mais encore trĂšs minoritaire[50], donne lieu Ă  une derniĂšre persĂ©cution gĂ©nĂ©ralisĂ©e. En 303, DioclĂ©tien et ses collĂšgues lancent plusieurs Ă©dits contre les chrĂ©tiens donnant naissance Ă  la « Grande persĂ©cution », aprĂšs la quarantaine d’annĂ©es de tranquillitĂ© relative qui ont suivi le rĂšgne de Gallien (260-268) et son Ă©dit de tolĂ©rance de 260[88] qui constitue la premiĂšre lĂ©gitimation officielle du christianisme par les autoritĂ©s romaines[89].

Les gouverneurs et les magistrats municipaux doivent saisir et faire brĂ»ler le mobilier et les livres de culte. Au dĂ©but de l’annĂ©e 304, un Ă©dit ordonne Ă  tous les citoyens de faire un sacrifice gĂ©nĂ©ral pour l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcĂ©s dans les mines. La persĂ©cution est trĂšs inĂ©galement appliquĂ©e sur l’Empire, assez vite abandonnĂ©e en Occident aprĂšs 305, plus longue et sĂ©vĂšre en Orient[49]. En 311 juste avant sa mort, GalĂšre dĂ©crĂšte l’arrĂȘt de la persĂ©cution, demandant aux chrĂ©tiens de prier pour son salut et celui de l’Empire[90]. Cet appel est dans le droit fil de la tradition religieuse romaine, et admet l’utilitĂ© civique des chrĂ©tiens[91].

Une des consĂ©quences de la grande persĂ©cution pour le monde chrĂ©tien est le schisme donatiste Ă  partir de 307. Les donatistes refusent la validitĂ© des sacrements dĂ©livrĂ©s par les Ă©vĂȘques qui avaient failli lors des persĂ©cutions de DioclĂ©tien, position condamnĂ©e en 313 au concile de Rome. Le schisme se poursuit en Afrique romaine jusqu’à la fin du siĂšcle.

Cette derniĂšre persĂ©cution marque plus que les autres la tradition chrĂ©tienne orientale : l’hagiographie situe pendant la persĂ©cution de DioclĂ©tien et ses successeurs le martyre de saints fictifs[92]. Une autre trace de l’impact significatif sur la mĂ©moire chrĂ©tienne est le choix de l’ùre copte ou « Ăšre des Martyrs » qui dĂ©bute Ă  la date d’avĂšnement de DioclĂ©tien.

Les empereurs chrétiens

Saint Ambroise, mosaĂŻque du IVe siĂšcle, basilique de Saint-Ambroise de Milan.

Constantin, initialement adepte de Sol invictus (le Soleil Invaincu), pourrait s'ĂȘtre converti au christianisme lors de sa campagne contre Maxence en 312. Toutefois, certains historiens pensent que Constantin, entre 312 et le dĂ©but des annĂ©es 320, passa dans ses convictions personnelles par une phase intermĂ©diaire et tenta de concilier le christianisme avec la croyance dans une divinitĂ© d'oĂč Ă©maneraient tous les dieux, La DivinitĂ©, identifiĂ©e Ă  partir du milieu du IIIe siĂšcle au Soleil. En effet, dans la pĂ©riode 312-325, des monnaies reprĂ©sentent le Soleil, compagnon de l'empereur, ou confondent son image avec la sienne. Peu de monnaies montrent des symboles chrĂ©tiens (monogramme, labarum) Ă  la fin ce laps de temps[50]. On peut se demander pourquoi Constantin se convertit Ă  une religion encore minoritaire dans l’Empire : pour des raisons personnelles[93], ou pour des raisons idĂ©ologiques. En 313, l’édit de Milan proclame la libertĂ© de culte et prĂ©voit de rendre aux chrĂ©tiens les biens qui leur avaient Ă©tĂ© confisquĂ©s pendant la grande persĂ©cution de DioclĂ©tien. Cette conversion pose le problĂšme des relations entre l’Église et le pouvoir[52]. SollicitĂ© par les Ă©vĂȘques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les Ă©vĂȘques dĂ©cident entre eux. Il convoque[94] et prĂ©side le concile de NicĂ©e en 325 qui reconnaĂźt le Christ comme Dieu et homme Ă  l’unanimitĂ©, mĂȘme Arius acquiesçant Ă  cette doctrine[53]. Mais ce dernier continue sa prĂ©dication et est excommuniĂ©. Constantin le fait exiler, puis le rappelle quelques annĂ©es plus tard. Les ariens adoptent des positions trĂšs favorables au pouvoir impĂ©rial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autoritĂ©. Constantin finit par se rapprocher de cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un Ă©vĂȘque arien, EusĂšbe de NicomĂ©die[14]. Aujourd’hui cette conversion Ă  l’arianisme est contestĂ©e par l’Église catholique et par certains historiens. Son fils, Constance II, est quant Ă  lui un arien convaincu. Il n’hĂ©site pas Ă  persĂ©cuter les chrĂ©tiens orthodoxes plus encore que les polythĂ©istes. MalgrĂ© ses interventions dans de nombreux conciles, il ne parvient pas Ă  faire adopter un credo qui satisfasse Ă  la fois les ariens et les orthodoxes. À l'exception de Valens, ses successeurs, soucieux de paix civile, observent une stricte neutralitĂ© religieuse entre les ariens et les orthodoxes. La dĂ©faite d'Andrinople en 378 face aux Wisigoths ariens permet aux orthodoxes de passer Ă  l’offensive. Ambroise de Milan, voulant dĂ©fendre le credo de NicĂ©e contre les ariens, qualifie l’arianisme d’« hĂ©rĂ©sie » et de « double trahison », envers l’Église et envers l’Empire[95].

Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l’arianisme sous l’influence conjuguĂ©e de son collĂšgue ThĂ©odose Ier[96] et d’Ambroise. L’empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l’édit de Thessalonique, fait du christianisme une religion d’État. Comme son collĂšgue, il promulgue des lois anti-hĂ©rĂ©tiques[97]. Il convoque en 381 le Concile d'AquilĂ©e, dirigĂ© par Ambroise. Deux Ă©vĂȘques ariens sont excommuniĂ©s. À ce moment, l’Église trinitaire est devenue assez forte pour rĂ©sister Ă  la cour impĂ©riale. AprĂšs la mort de Gratien, le parti arien regagne de l'influence Ă  la cour. À son instigation est promulguĂ©e une loi, le 23 janvier 386, qui prĂ©voit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait Ă  la libertĂ© des consciences et des cultes[98]. Ambroise, fort du soutien du peuple et des hautes sphĂšres de Milan, refuse de concĂ©der une basilique extra muros aux ariens. La cour impĂ©riale est obligĂ©e de cĂ©der. GrĂące Ă  des hommes comme Ambroise, l’Église peut ainsi s’émanciper de la tutelle impĂ©riale, surtout en Occident, et mĂȘme revendiquer la primautĂ© du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant Ă  l’empereur ses devoirs de chrĂ©tien. Cependant, les chrĂ©tiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prĂ©valoir leur point de vue. Ainsi Porphyre de Gaza obtient de l’impĂ©ratrice Eudoxie, qu’elle fasse fermer par son Ă©poux Flavius Arcadius les temples polythĂ©istes de Gaza.

Les polythĂ©istes et les « hĂ©rĂ©tiques » deviennent des citoyens de seconde zone, grevĂ©s d’incapacitĂ©s juridiques et administratives[99]. Dans une loi, ThĂ©odose prĂ©cise : « Nous leur enlevons la facultĂ© mĂȘme de vivre selon le droit romain »[100]. Le judaĂŻsme est la seule religion non-chrĂ©tienne Ă  demeurer licite en 380[101], mais, dans l’opinion, la judĂ©ophobie sporadique grĂ©co-romaine[102] se mue en un antijudaĂŻsme systĂ©matique, proprement chrĂ©tien, qui accuse les Juifs d’ĂȘtre « dĂ©icides » et d’avoir rejetĂ© le message Ă©vangĂ©lique. Cela n’empĂȘche pas ThĂ©odose de vouloir imposer Ă  l’évĂȘque de Kallinikon en MĂ©sopotamie de reconstruire Ă  ses frais, la synagogue que ses fidĂšles ont dĂ©truite, Ă  la grande indignation d’Ambroise de Milan[103].

Christianisation et romanité

AprĂšs la conversion de Constantin, le christianisme progresse rapidement dans l’Empire romain, mais toujours de maniĂšre inĂ©gale suivant les provinces. Il s’agit aussi dans bien des cas d’une christianisation superficielle oĂč se mĂȘlent un grand nombre de pratiques paĂŻennes. L’Égypte n’est considĂ©rĂ©e comme chrĂ©tienne qu’à la fin du Ve siĂšcle. L’évangĂ©lisation des campagnes d’Occident ne progresse que trĂšs lentement. En Gaule, l’action de missionnaires dĂ©terminĂ©s joue un rĂŽle non nĂ©gligeable dans l’adoption de la religion du Christ. Martin de Tours reste la figure de proue de l’évangĂ©lisation de la Gaule. Le latin y remplace le grec comme langue liturgique Ă  la mĂȘme Ă©poque, signe de la perte de l’usage du grec dans l'Église d'occident, future Église catholique romaine. La romanitĂ© (et la romanisation des Barbares) se confondent dĂšs lors, en Occident, avec l'Église ; en Orient en revanche, elle disparaĂźt de la liturgie (grecque, armĂ©nienne, Ă©gyptienne ou slavonne) et aussi des institutions (dĂ©sormais byzantines) pour ne subsister qu'Ă  travers les langues romanes orientales, purement vernaculaires.

L’organisation de l’Église

L’Église s’organise en suivant le modĂšle administratif de l’Empire. Le diocĂšse oĂč officie l’évĂȘque, correspond Ă  la citĂ©, sauf en Afrique et en Égypte[104]. Celui-ci est dĂ©signĂ© par les membres de la communautĂ© et les Ă©vĂȘques voisins. L’aristocratie christianisĂ©e occupe souvent les fonctions d’évĂȘque, et ces Ă©vĂȘques patriciens deviennent les premiers personnages de la citĂ© aux Ve et VIe siĂšcles. En Orient, ils deviennent ainsi des partenaires du pouvoir impĂ©rial. Ils reprennent pour l’Église une part de l’évergĂ©tisme dĂ©curional pour l’aide aux pauvres et aux malades. En cas de besoin, ils s’érigent en dĂ©fenseur de leur citĂ© menacĂ©e face aux barbares. À Rome, ils prennent le pas sur les prĂ©fets urbains[105]. En Égypte, par contre, les Ă©vĂȘques sont le plus souvent choisis parmi les moines. Certains cumulent le rĂŽle d’évĂȘque et de supĂ©rieur du monastĂšre comme Abraham d’Hermonthis, vers l’an 600. De nombreux papes coptes viennent du monastĂšre de saint Macaire situĂ© Ă  Wadi El-Natroun. Aujourd’hui, la hiĂ©rarchie de l’Église copte se recrute toujours parmi les moines[106].

À partir du IVe siĂšcle, un personnage nouveau se dĂ©tache de l’évĂȘque : le prĂȘtre. Il obtient peu Ă  peu le droit de baptiser, de prĂȘcher et d’enseigner. Alors que les citĂ©s d’Occident se vident de leur population Ă  cause des difficultĂ©s de ravitaillement et de l’insĂ©curitĂ©, une nouvelle cellule religieuse rurale se dĂ©veloppe au VIe siĂšcle, la paroisse dans laquelle il officie. La paroisse finit par forcer le maillage administratif de base du Moyen Âge. Le prĂȘtre peut encore ĂȘtre un homme mariĂ© et pĂšre de famille, Ă  moins qu'il ne soit moine[107].

Au-dessus des Ă©vĂȘques se trouve l’évĂȘque mĂ©tropolitain qui siĂšge dans le chef-lieu de la province et dont l’autoritĂ© s’entend Ă  l’ensemble de celle-ci. À partir du concile de Constantinople de 381, apparaissent des primats qui regroupent sous leur autoritĂ© plusieurs provinces ; en Occident, Rome et Carthage ; en Orient, Constantinople, Alexandrie et Antioche. Au cours du IVe siĂšcle, le siĂšge de Rome a primautĂ© sur l’ensemble de l’Empire, mais il ne s'agit encore que d'une primautĂ© honorifique, sans pouvoir temporel et sans plus d'autoritĂ© qu'un autre primat. C'est l'empereur Valentinien Ier, qui en 370, dĂ©clare « irrĂ©vocables » les dĂ©cisions du pape dans la ville de Rome. Le pape romain Damase (366-384) est le premier prĂ©lat Ă  qualifier son diocĂšse de siĂšge apostolique[108] car il aurait Ă©tĂ© crĂ©Ă© par l'apĂŽtre Pierre, considĂ©rĂ© comme le chef des apĂŽtres. Toutefois l'autoritĂ© pontificale des Ă©vĂȘques de Rome ne devient vĂ©ritablement souveraine qu’à partir de LĂ©on le Grand vers 450[50], ce qui n'empĂȘchera pas les empereurs (dĂ©sormais d'Orient) d'user de leur autoritĂ© politique pour ramener plusieurs papes de Rome Ă  la thĂ©ologie orthodoxe (qui n'admet ni Purgatoire, ni que le Saint-Esprit puisse procĂ©der d'un autre que Dieu lui-mĂȘme). Durant l’AntiquitĂ© tardive, l’Église n’est pas un ensemble homogĂšne. Chaque citĂ© a ses rites, ses saints, sa langue liturgique, reflet de la diversitĂ© de l’Empire, et les Papes (ou Patriarches) de JĂ©rusalem, Rome, AquilĂ©e, Carthage, Antioche, Alexandrie ou Constantinople la dirigent de maniĂšre collĂ©giale.

Feuillet d’un diptyque reprĂ©sentant le Christ entourĂ© de deux apĂŽtres. Ivoire. Gaule, Ve siĂšcle, musĂ©e du Louvre

Les empereurs donnent aux membres du clergĂ© de nombreux privilĂšges. Ils sont dispensĂ©s des prestations fiscales imposĂ©es aux citoyens. Les Ă©vĂȘques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bĂ©nĂ©ficient du droit d'asile, ce qui leur permet de se soustraire Ă  la justice impĂ©riale. Enfin les clercs Ă©chappent progressivement aux juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placĂ©s au-dessus du droit commun. Constantin donne Ă  l’Église une personnalitĂ© juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d’accroĂźtre sa puissance matĂ©rielle. Au Ve siĂšcle, elle possĂšde d’immenses domaines dont certains dĂ©pendent des institutions charitables de l’Église. Le dĂ©veloppement de ses institutions lui permet d’occuper un vide laissĂ© par les systĂšmes de redistributions polythĂ©istes, en s’intĂ©ressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients[109]. En Orient comme en Occident, l’Église se retrouve cependant confrontĂ©e Ă  un paradoxe ; elle prĂŽne la pauvretĂ© comme idĂ©al, mais est riche, ses clercs sont souvent des aristocrates, et les Ă©glises regorgent d'or, d'argent, de bois prĂ©cieux, d'Ă©toffes chatoyantes et de parfums.

Le monachisme

Durant l’AntiquitĂ© tardive, le monachisme, nĂ© au IIIe siĂšcle connaĂźt un premier essor. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie. Le retrait radical du monde que prĂŽnent les premiers ermites, Antoine[110] et PacĂŽme, est une vĂ©ritable rupture politique et sociale avec l'idĂ©al grĂ©co-romain de la citĂ©. Ceci n’empĂȘche pas l’érĂ©mitisme puis le cĂ©nobitisme de se dĂ©velopper dans les dĂ©serts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cĂ©nobitique soit PacĂŽme. Au dĂ©but du IVe siĂšcle, il Ă©tablit une premiĂšre communautĂ© Ă  TabennĂšse, une Ăźle sur le Nil Ă  mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastĂšres dans la rĂ©gion au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines.

Les clercs occidentaux qui se rendent en Orient propagent Ă  leur retour l’idĂ©al monachiste. Les premiers Ă©tablissements religieux apparaissent Ă  l’Ouest de l’Empire Ă  partir de la fin du IVe siĂšcle : l'abbaye Saint-Martin Ă  Marmoutier, abbaye de LĂ©rins et de multiples fondations Ă  partir du VIe siĂšcle. À partir des premiĂšres expĂ©riences s'Ă©laborent de nombreuses rĂšgles monastiques. Parmi celles-ci, la rĂšgle de saint BenoĂźt est destinĂ©e Ă  un grand avenir en Occident.

Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d'attraction est tel qu'il détourne de l'impÎt et des fonctions publiques une partie des forces de l'Empire, et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l'iconoclasme. En Occident, le monachisme recevra une impulsion décisive sous la dynastie carolingienne. Dans toutes les contrées anciennement romaines, les monastÚres joueront un rÎle précieux de conservateurs de la culture antique.

Mentalités et pratiques religieuses

Croix copte gravĂ©e sur un mur du temple de Philae prĂšs d’Assouan (Égypte)

C’est pendant l’AntiquitĂ© tardive qu’est fixĂ©e l’organisation du calendrier chrĂ©tien. Constantin choisit de fĂȘter la naissance du Christ, NoĂ«l, le 25 dĂ©cembre, jour de la cĂ©lĂ©bration du dieu Sol Invictus, le Soleil Invaincu[111]. PĂąques reste une fĂȘte mobile Ă  l’instar de Pessah. Sa date de cĂ©lĂ©bration est diffĂ©rente d’une communautĂ© chrĂ©tienne Ă  l’autre. Pendant le jeĂ»ne de CarĂȘme qui la prĂ©cĂšde, les catĂ©chumĂšnes, des adultes, se prĂ©parent au baptĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© durant la nuit de PĂąques. Constantin interdit aussi un grand nombre d’activitĂ©s le dimanche, jour consacrĂ© au culte chrĂ©tien. Le calendrier chrĂ©tien[112] avec ses fĂȘtes chrĂ©tiennes, le dĂ©coupage du temps en semaine supplante dĂ©finitivement le calendrier romain Ă  la fin du Ve siĂšcle[113]. Par contre, pendant toute l’AntiquitĂ© tardive, le dĂ©compte des annĂ©es se fait Ă  partir d’un critĂšre antique : la fondation de Rome (753 av. J.-C.), les premiers Jeux olympiques (776 av. J.-C.) ou mĂȘme l’ùre de DioclĂ©tien. Au VIe siĂšcle, Denys le Petit Ă©labore un dĂ©compte chrĂ©tien Ă  partir de l’annĂ©e de naissance du Christ. Ce nouveau comput n’entre en action qu’au VIIIe siĂšcle.

Sur le plan des mentalitĂ©s, le christianisme introduit un grand changement dans la vision du monde divin. Les Romains avaient toujours acceptĂ© sans grande rĂ©sistance les divinitĂ©s non romaines. Le christianisme, religion monothĂ©iste, s’affirme comme Ă©tant la seule vraie foi qui professe le seul vrai Dieu. Les autres divinitĂ©s et religions sont ramenĂ©es au rang d’idoles ou d’erreurs. Cette position a comme corollaire la montĂ©e de l’intolĂ©rance religieuse chrĂ©tienne au IVe siĂšcle, qui serait due aux discours apocalyptiques de certaines communautĂ©s chrĂ©tiennes et Ă  leurs attentes eschatologiques, ainsi qu’au pouvoir politique impĂ©rial[114]. L’Église multiplie les adjectifs pour se dĂ©finir : katholicos, c’est-Ă -dire universelle, orthodoxos, c’est-Ă -dire professant la seule vraie foi[115]. De ce fait, l’Église chrĂ©tienne est amenĂ©e Ă  combattre non seulement les paĂŻens, mais aussi les chrĂ©tiens professant une foi contraire aux affirmations des conciles, qui sont considĂ©rĂ©s Ă  partir du Ve siĂšcle comme des hĂ©rĂ©tiques.

Les historiens se posent la question des changements moraux induits par le christianisme. La morale chrĂ©tienne de l’AntiquitĂ© tardive se concentre avant tout sur la sexualitĂ© et la charitĂ© et ne remet pas en cause la hiĂ©rarchie familiale en place, insistant au contraire sur le nĂ©cessaire respect de l’autoritĂ© du pater familias[116]. Le discours religieux est donc en gĂ©nĂ©ral conservateur. GrĂ©goire de Nysse est le seul auteur chrĂ©tien Ă  avoir condamnĂ© l’esclavage, mais non en raison du triste sort des esclaves. Il est en fait prĂ©occupĂ© par le salut des propriĂ©taires d’esclaves, coupables, selon lui, du pĂ©chĂ© d’orgueil. Augustin dĂ©nonce la torture en raison de son inefficacitĂ© et de son inhumanitĂ©.

Les disputes christologiques

Anastasis
représentation symbolique de la résurrection du Christ. Panneau d'un sarcophage romain, v. 350, Musées du Vatican.

Les premiers siĂšcles du christianisme sont ceux pendant lesquels s’élabore la doctrine chrĂ©tienne. Cette Ă©laboration ne va pas sans divisions et conflits. Outre les conflits de primautĂ©, les querelles dogmatiques sont nombreuses. Le donatisme africain, l’arianisme, le priscillianisme, le pĂ©lagianisme, le nestorianisme, le monophysisme sont autant de doctrines condamnĂ©es comme des hĂ©rĂ©sies par les premiers conciles ƓcumĂ©niques. Contre l’arianisme, deux conciles sont rĂ©unis. En 325 Ă  l’issue du premier concile de NicĂ©e, le Symbole de NicĂ©e, que les latins appellent credo est rĂ©digĂ©[117]. C’est la premiĂšre expression solennelle de l’orthodoxie. Il dĂ©finit Dieu comme un ĂȘtre unique, en trois personnes Ă©ternelles, le PĂšre, le Fils et le Saint Esprit. C’est l’affirmation du dogme de la TrinitĂ©, rĂ©itĂ©rĂ©e lors du concile de Constantinople de 381. JĂ©sus-Christ est dĂ©fini comme : « fils unique de Dieu, engendrĂ© du PĂšre, lumiĂšre de lumiĂšre, vrai Dieu de vrai Dieu, engendrĂ©, non crĂ©Ă©, de la mĂȘme substance (homoousios) que le PĂšre »[118]. Les ariens pensent, eux, que le PĂšre est antĂ©rieur au Fils et au Saint Esprit et qu’il est donc leur crĂ©ateur[119]. L’arianisme a de nombreux partisans en Orient comme en Occident. Les missionnaires ariens convertissent les Goths et les Vandales. Ceci pose des problĂšmes de cohabitation religieuse avec les peuples romanisĂ©s majoritairement nicĂ©ens. VoilĂ  pourquoi l’Église catholique a accordĂ© un tel poids Ă  la conversion et au baptĂȘme de Clovis, roi des Francs, Ă  la fin du Ve siĂšcle. C’est le premier roi barbare Ă  embrasser la foi catholique et Ă  bĂ©nĂ©ficier ainsi du soutien de l’Église romaine.

Au Ve siĂšcle les disputes thĂ©ologiques portent sur la nature du Christ, humaine et/ou divine. Le nestorianisme, dĂ©fendu par le patriarche de Constantinople Nestorius, privilĂ©gie la nature humaine du Christ. Il est condamnĂ© par le concile d’ÉphĂšse de 431 rĂ©uni Ă  l’instigation du patriarche d’Alexandrie Cyrille. À Antioche, on insiste sur le fait que JĂ©sus est certes Dieu parfait mais aussi homme parfait. Il est rappelĂ© que son incarnation, qui maintient la dualitĂ© des natures, est la condition du salut du genre humain et que c’est parce que le Verbe de Dieu (le Christ) s’est fait homme, que l’on peut dire que Marie est mĂšre de Dieu[120]. Les monophysites, suivant les idĂ©es du moine EutychĂšs, nient la nature humaine du Christ. EutychĂšs prĂȘche que dans l’union en JĂ©sus-Christ, la nature divine absorbe en quelque sorte la nature humaine[120]. Dioscore d’Alexandrie neveu et successeur de Cyrille le soutient. Les monophysites sont condamnĂ©s par le concile de ChalcĂ©doine de 451 rĂ©uni Ă  l’initiative du pape LĂ©on le Grand. Celui-ci reprend la thĂšse dĂ©fendue par le concile de NicĂ©e d’une double nature du Christ, Ă  la fois tout Ă  fait homme et tout Ă  fait Dieu. Dans le canon du concile, le Christ est reconnu « en deux natures sans confusion, sans mutation, sans division et sans sĂ©paration, la diffĂ©rence des natures n’étant nullement supprimĂ©e Ă  cause de l’union »[121]. Le pape retrouve la premiĂšre place dans le dĂ©bat religieux. Mais le monophysisme est trĂšs bien implantĂ© en Égypte, en Syrie et dans une partie de l’Asie Mineure. Il rĂ©siste pendant deux siĂšcles en se repliant sur les langues locales, le copte en Égypte et le Syriaque en Syrie. Justinien Ă©choue lui aussi Ă  mettre fin aux divisions religieuses de l’Orient malgrĂ© la rĂ©union du concile des « trois chapitres ». Le rĂŽle des hĂ©rĂ©sies n’est pas Ă  minorer. Les querelles religieuses se poursuivent en Orient jusqu’au VIIe siĂšcle. Le monophysisme des Égyptiens suscite une prise de conscience nationale. La conquĂȘte musulmane est acceptĂ©e favorablement tant le pays dĂ©testait l’emprise impĂ©riale, qui superposait un patriarche et des Ă©vĂȘques byzantins Ă  la hiĂ©rarchie copte[122].

Polythéisme, superstitions et syncrétismes dans un Empire chrétien

Buste de SĂ©rapis. Marbre, copie romaine d’un original grec du IVe siĂšcle av. J.-C. qui se trouvait dans le SĂ©rapĂ©ion d’Alexandrie, musĂ©e Pio-Clementino

MalgrĂ© des restrictions progressives, pendant tout le IVe siĂšcle, les cultes polythĂ©istes traditionnels continuent Ă  ĂȘtre pratiquĂ©s, de mĂȘme que des cultes initiatiques d'origine Ă©gyptienne, orientale ou pythagoricienne dont les plus pratiquĂ©s sont ceux de Mithra, de CybĂšle, d’Isis et de SĂ©rapis. Les textes chrĂ©tiens qui les dĂ©noncent violemment, les dĂ©dicaces, les ex-voto, les attestations de travaux dans les temples en sont autant de tĂ©moignages[50]. ChenoutĂ©, mort vers 466 et abbĂ© du monastĂšre Blanc en Haute-Égypte, rapporte dans ses Ɠuvres sa lutte contre les polythĂ©istes, qu’il appelle « les Grecs »[123]. L’historien polythĂ©iste Zosime nous apprend lui aussi que la nouvelle religion n’était pas encore rĂ©pandue dans tout l’Empire romain, le paganisme s’étant maintenu assez longtemps dans les villages aprĂšs son extinction dans les villes.

Constantin n’intervient guĂšre que pour interdire les rites qui relĂšvent de la superstitio, c'est-Ă -dire des rites religieux privĂ©s, comme les sacrifices nocturnes, les rites d’haruspice privĂ©s et autres pratiques identifiĂ©es Ă  la sorcellerie et la magie. Il manifeste en gĂ©nĂ©ral la plus grande tolĂ©rance vis-Ă -vis de toutes les formes de paganisme[50]. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolĂ©s et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination[124]. L’empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un Ă©dit de tolĂ©rance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrĂ©tiens qui s’étaient emparĂ©s des trĂ©sors des cultes paĂŻens les restituent. Ses successeurs sont tous chrĂ©tiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, Ă  l’instigation possible d’Ambroise, Ă©vĂȘque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au SĂ©nat, est arrachĂ© de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunitĂ©s. Le 24 fĂ©vrier 391, une loi de ThĂ©odose interdit Ă  toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de cĂ©lĂ©brer des sacrifices, « sous peine de mort »[125]. En 392, ThĂ©odose interdit les Jeux olympiques liĂ©s Ă  Zeus et Ă  HĂ©ra, mais aussi Ă  cause de la nuditĂ© du corps des compĂ©titeurs, le culte du corps et la nuditĂ© Ă©tant dĂ©nigrĂ©s par le christianisme. Peu Ă  peu, les temples abandonnĂ©s tombent en ruines. En 435, un dĂ©cret renouvelant l’interdiction des sacrifices dans les temples paĂŻens ajoute : « si l’un de ceux-ci subsiste encore »[124]. Le renouvellement du dĂ©cret prouve que les sacrifices n’ont certainement pas disparu. Ramsay MacMullen pense que les paĂŻens restent malgrĂ© tout trĂšs nombreux[126]. En Égypte, en Anatolie, les paysans s’accrochent Ă  leurs anciennes croyances. Certaines communautĂ©s chrĂ©tiennes font parfois preuve de fanatisme destructeur vis-Ă -vis du paganisme. Elles sont dĂ©savouĂ©es par les grands esprits de leur Ă©poque, comme saint Augustin[127]. L’exemple le plus frappant est celui de la philosophe nĂ©oplatonicienne Hypatie, mise en piĂšces dans une Ă©glise, puis brĂ»lĂ©e par une foule de fanatiques peut-ĂȘtre menĂ©e par le patriarche Cyrille, en 415, Ă  Alexandrie. Des temples sont dĂ©truits comme le SĂ©rapĂ©um d'Alexandrie dĂšs 391, le temple de Caelestis, la grande dĂ©esse carthaginoise hĂ©ritiĂšre de Tanit en 399. Pourtant l’État ne fait pas Ɠuvre de destruction systĂ©matique des temples paĂŻens et de leurs objets d’art. Au contraire, des dĂ©crets officiels tĂ©moignent de la volontĂ© de l’État de conserver ce patrimoine artistique[127]. Plusieurs Ă©dits du rĂšgne de Justinien enlĂšvent aux paĂŻens le droit d’exercer des fonctions civiles ou militaires[128] et d’enseigner, ce qui a comme consĂ©quence la fermeture de l’école philosophique d’AthĂšnes. Un Ă©dit de 529 aggrave encore leur situation en leur imposant la conversion au christianisme[129].

Par ailleurs, le christianisme lui-mĂȘme se trouve imprĂ©gnĂ© des anciens rites paĂŻens. Certaines fĂȘtes traditionnelles romaines sont toujours fĂȘtĂ©es Ă  la fin du Ve siĂšcle, comme la fĂȘte de Lupercales consacrĂ©e Ă  la fĂ©conditĂ© et aux amoureux. Pour l’éradiquer, le pape GĂ©lase Ier dĂ©cide en 495 de cĂ©lĂ©brer la fĂȘte de Saint Valentin, le 14 fĂ©vrier, un jour avant la fĂȘte des Lupercales pour cĂ©lĂ©brer les amoureux. Il s’agit donc bien d’une tentative de christianisation d’un rite paĂŻen. Les Africains continuent de cĂ©lĂ©brer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au VIe siĂšcle, CĂ©saire d’Arles dĂ©nonce dans ses sermons Ă  ses fidĂšles les pratiques paĂŻennes qui subsistent dans le peuple. Le port d’amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n’ont pas disparu de la Gaule mĂ©ridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu’à la fin de l’AntiquitĂ© tardive. En Orient, les attendus du concile in Trullo (Constantinople, 691-692) flĂ©trissent des coutumes qui subsistent : cĂ©lĂ©brations d’anciennes fĂȘtes paĂŻennes, chants en l’honneur de Dionysos lors des vendanges, bĂ»chers allumĂ©s Ă  la nouvelle lune, etc[130].

Pour les populations christianisĂ©es, le manque d'efficacitĂ© de la mĂ©decine antique favorisait les croyances dans les miracles produits par les saints[131]. Les pĂšlerinages se multiplient dans tout l’Empire romain. Au VIe siĂšcle, le tombeau de Martin de Tours draine des foules considĂ©rables[131]. Cette foi en une guĂ©rison miraculeuse correspond bien aux mentalitĂ©s des campagnes et favorise leur adhĂ©sion au christianisme. Les Ă©vĂȘques y voient un moyen d’assurer le rayonnement de leur diocĂšse. Les guĂ©risons miraculeuses sont utilisĂ©es comme un argument pour convaincre les foules simples de la vĂ©racitĂ© de la foi nicĂ©enne. Les miracles censĂ©s avoir Ă©tĂ© accomplis par les saints aprĂšs leur mort sont donc soigneusement rĂ©pertoriĂ©s et diffusĂ©s comme un instrument de conversion. Autour du culte des saints, toute une sĂ©rie de croyances se dĂ©veloppe. Les gens cherchent Ă  se faire enterrer prĂšs des saints car ils pensent que leur saintetĂ© se diffuse Ă  travers la terre sous laquelle ils reposent[132]. Le culte des saints donne naissance aux pĂšlerinages porteurs de prospĂ©ritĂ© pour les villes d’accueil.

L’évolution de l’économie

Amphores au chĂąteau de Bodrum en Turquie.

L’économie romaine est une Ă©conomie essentiellement agricole. La trilogie mĂ©diterranĂ©enne domine la production : blĂ©, vigne (vin), olivier (huile). La Sicile, l’Afrique, l’Égypte, les Gaules et l’Espagne produisent les cĂ©rĂ©ales qui ravitaillent les grandes villes de l’Empire. L’élevage de chevaux, indispensable pour les jeux et pour l’armĂ©e est concentrĂ© en Espagne, en Afrique, en Syrie, en Thrace et en Asie. À cette Ă©poque, deux secteurs de l’économie peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s d’industriels. Il s’agit de l’exploitation miniĂšre et de la production de cĂ©ramique sigillĂ©e. Celle-ci est liĂ©e Ă  l’exportation de produits agricoles. C’est donc dans les grandes rĂ©gions de production qu’on trouve les principaux ateliers de cĂ©ramique. Une quarantaine de fabriques d’armes sont dissĂ©minĂ©es dans l’Empire. Elles font partie des industries de l’État, tout comme les fabriques d’armures, de vĂȘtements pour les soldats et les teintureries[133].

Les routes commerciales sont les mĂȘmes que depuis le dĂ©but de l’Empire romain. Seule la crĂ©ation de Constantinople crĂ©e un nouvel axe de transport. L’Empire romain interdit l’exportation de produits qui pourraient favoriser l’économie de puissances ennemies. L’exportation de mĂ©taux, armes et denrĂ©es alimentaires vers les Germains ou les Perses est interdite. Le commerce international est peu important : des esclaves, de l’encens du YĂ©men, des Ă©pices du monde indien, des parfums et soieries de Chine[134]. Il profite surtout aux villes situĂ©es aux limites de l’Empire : Antioche, Carthage en relation avec les caravaniers de l’Afrique. Le commerce intĂ©rieur redevient trĂšs actif aprĂšs la crise du IIIe siĂšcle.

Pendant longtemps les historiens ont prĂ©sentĂ© l’économie de l’AntiquitĂ© tardive comme Ă©tant en dĂ©clin. Pourtant, de grandes innovations techniques se diffusent au IVe siĂšcle comme la charrue Ă  roue, la moissonneuse gauloise[135] ou le moulin Ă  eau[136]. Les techniques artisanales ne connaissent pas de recul. Ce qui a donnĂ© cette impression de crise Ă©conomique, c’est l’augmentation de terres abandonnĂ©es, surtout en Occident mais aussi en Orient[137]. Des fouilles rĂ©centes et une relecture des textes anciens permettent de croire que le phĂ©nomĂšne des terres dĂ©sertĂ©es et des villages abandonnĂ©s est, en fin de compte, moindre qu’on ne le croyait. Selon Pierre Jaillette[138], la rĂ©gression, causĂ©e notamment par des invasions, des guerres civiles et des razzias de pilleurs, n’est pas aussi gĂ©nĂ©ralisĂ©e, ni aussi continue que le pensaient prĂ©cĂ©demment les historiens.

Antioche, mosaïque du Ve siÚcle, bouquetins (détail), Musée du Louvre

Au IVe siĂšcle, les grandes mĂ©tropoles d’Orient comme d’Occident retrouvent leur dynamisme perdu pendant la crise du IIIe siĂšcle. Le grand commerce des produits de luxe est toujours trĂšs prospĂšre. Le trafic continental semble lui s’ĂȘtre quelque peu Ă©tiolĂ©[139]. TrĂšves sur le limes, devenue rĂ©sidence impĂ©riale, connaĂźt une prospĂ©ritĂ© sans prĂ©cĂ©dent. Cependant on peut constater que la politique monĂ©taire de Constantin creuse les inĂ©galitĂ©s entre les riches et les pauvres. Il maintient le cours des piĂšces en or, les solidus, que seuls les plus aisĂ©s peuvent thĂ©sauriser mais laisse se dĂ©valuer les monnaies de cuivres nĂ©cessaires aux Ă©changes quotidiens ce qui rĂ©duit le pouvoir d’achat des masses populaires[140]. La crĂ©ation d’un tiers de solidus ne permet pas de combler les Ă©carts[141].

En 395, alors que s’amorce le partage dĂ©finitif entre l’Orient et l’Occident, l’économie de l’Occident demeure fragile. Seuls quelques ateliers impĂ©riaux et quelques centres de production de cĂ©ramique conservent encore un rĂ©el dynamisme. Le commerce est tenu par des colonies de marchands juifs et syriens. Les campagnes dĂ©pendent pour leur survie de l’établissement des populations germaniques, ceci particuliĂšrement au nord de la Gaule et en Illyricum. L’économie de l’Orient, par contre, est florissante. C’est le centre Ă©conomique et commercial du monde romain. L’agriculture y est prospĂšre.

Les invasions barbares en Occident ne transforment guĂšre les structures Ă©conomiques. Elles ralentissent le grand commerce et l’économie urbaine mais touchent peu le monde rural. Par contre, la reconquĂȘte de Justinien bouleverse les structures Ă©conomiques et sociales des zones touchĂ©es par les campagnes militaires[44]. Les armĂ©es byzantines ravagent les rĂ©gions conquises. Les terres sont dĂ©vastĂ©es et ne produisent plus rien pendant plusieurs annĂ©es. En Orient, Ă  cĂŽtĂ© de la petite propriĂ©tĂ©, l’économie rurale est aux mains des grands domaines. Les grandes familles, notamment les familles sĂ©natoriales de Constantinople possĂšdent des terres dissĂ©minĂ©es dans tout l’Orient. L’État et l’empereur gĂšrent de vastes domaines qui viennent d’anciens biens de l’État, des biens des familles royales successives et confiscations. Enfin, les Ă©vĂȘchĂ©s et les Ă©tablissements chrĂ©tiens de charitĂ© ont reçu des donations considĂ©rables qui en ont fait des latifundiaires. Mais il existe une grande diffĂ©rence de revenus entre les Ă©vĂȘchĂ©s[142]. AprĂšs 500, l’économie des grands domaines est fragilisĂ©e par la rarĂ©faction de la main d’Ɠuvre, surtout la main d’Ɠuvre servile. Les grandes propriĂ©tĂ©s perdent donc de l’importance au profit de la petite propriĂ©tĂ©.

Les évolutions de la société et des villes

Les classes dominantes

Semis de roses et PhĂ©nix, mosaĂŻque de sol (dĂ©tail), maison de l’Atrium Ă  Antioche, Ve siĂšcle, musĂ©e du Louvre

À partir du IVe siĂšcle les diffĂ©rences dans le droit entre honestiores et humiliores augmentent. Les classes dominantes s’élargissent et se structurent. Au IVe siĂšcle les prĂ©fectures de la ville et du prĂ©toire s’ajoutent au consulat comme charges permettant d’entrer dans la nobilitas. Dans la premiĂšre partie du IVe siĂšcle, la nobilitas connaĂźt un brusque Ă©largissement. Constantin prend la dĂ©cision de supprimer l’ordre Ă©questre dont les membres entrent presque tous dans l’ordre sĂ©natorial. Le nombre de sĂ©nateurs passe de 600 Ă  2 000 membres[143]. Le SĂ©nat crĂ©Ă© Ă  Constantinople compte lui aussi 2 000 membres. L’ordre sĂ©natorial oriental est recrutĂ© parmi les notables des citĂ©s provinciales grecques. Il connaĂźt une croissance rapide sous le rĂšgne de Constance II[144]. La strate supĂ©rieure du SĂ©nat adopte alors le nom de clarissime pour se distinguer de la masse de la noblesse. Les clarissimes sont avant tout des grands propriĂ©taires terriens. Ils font souvent preuve d’une culture raffinĂ©e et participent Ă  la renaissance littĂ©raire de l’époque. Pendant longtemps historiens et archĂ©ologues ont cru, au vu de l’existence de grandes villas de maĂźtres richement dĂ©corĂ©es dans les campagnes, que la nobilitas avait effectuĂ© au IVe siĂšcle un retour Ă  la terre. Les recherches rĂ©centes font apparaĂźtre que la plupart des clarissimes vivent la plus grande partie de l’annĂ©e en ville et ne se rendent qu’à l'occasion dans leurs domaines. Vers 370, dans le vocabulaire juridique, la nobilitas se confond avec le statut sĂ©natorial[145]. L’importance de la bureaucratie est telle qu’au IVe siĂšcle, la carriĂšre administrative a remplacĂ© l’armĂ©e comme moyen de promotion sociale[14].

La nobilitas romaine se caractĂ©rise aussi par sa rĂ©sistance Ă  l’adoption du christianisme. AttachĂ©e au culte des ancĂȘtres, Ă  la culture grĂ©co-romaine, Ă  la philosophie, elle rĂ©pand une nombreuse littĂ©rature anti-chrĂ©tienne[146]. Cependant, au milieu du IVe siĂšcle, les grandes familles romaines se convertissent peu Ă  peu au christianisme.

Les invasions barbares n’empĂȘchent pas l’aristocratie sĂ©natoriale de garder sa richesse fonciĂšre et son influence jusqu’au VIIIe siĂšcle. Elle monopolise les charges de comte et d’évĂȘque[147]. En Gaule et en Espagne, elle se mĂȘle lentement Ă  l’aristocratie germanique aux VIe et VIIe siĂšcles donnant peu Ă  peu naissance Ă  la noblesse mĂ©diĂ©vale.

La dĂ©gradation du statut des citoyens de l’Empire

PĂątres et troupeaux, illustration du livre III des GĂ©orgiques de Virgile. PremiĂšre moitiĂ© Ve siĂšcle. 22 Ă— 22,5 cm. BibliothĂšque apostolique vaticane

L’ordre dĂ©curional connaĂźt des changements sensibles. Le rĂŽle et le statut des curiales semblent s’ĂȘtre dĂ©gradĂ©s. L’effritement des revenus de l’ordre ne permet plus aux dĂ©curions de faire face Ă  leurs obligations. Les citĂ©s souffrent donc du dĂ©clin de l’évergĂ©tisme privĂ© et de celui de leurs ressources propres. Les dĂ©curions deviennent responsables sur leurs biens propres des lourds impĂŽts que l’empereur exige et qu’ils doivent collecter. Cette obligation les rend particuliĂšrement impopulaires. La crĂ©ation d’un corps de percepteur par Valentinien Ier ne suffit pas Ă  les soulager de cette tĂąche difficile[148]. De ce fait, les citoyens fuient les magistratures municipales. Pour recruter des nouveaux dĂ©curions, Constantin change le droit de citĂ© local. Les rĂ©sidents d’une citĂ© qui en ont les moyens doivent devenir dĂ©curions. De plus, la charge dĂ©curionale devient hĂ©rĂ©ditaire[149]. Ceci n’empĂȘche pas la situation financiĂšre des citĂ©s de continuer Ă  se dĂ©grader. Beaucoup de dĂ©curions cherchent Ă  fuir leurs lourdes charges hĂ©rĂ©ditaires, soit en devenant moine ou prĂȘtre, soit en se faisant recruter dans les administrations provinciales, diocĂ©saines ou prĂ©fectorales, soit en se retirant dans les domaines ruraux. Les menaces de confiscation de leurs biens n’y changent pas grand-chose[150].

Les corporations connaissent la mĂȘme Ă©volution. Sous Constantin Ier, l’État intervient directement pour imposer la contrainte et l’hĂ©rĂ©ditĂ©[151]. Les naviculaires ont l’obligation de transporter l’annone militaire sous peine de grave sanction pĂ©nale. Une fois leur service pour l’État assurĂ©, ils ont le droit de se livrer au transport des marchandises pour leur propre compte. L’obligation pour un fils de reprendre le mĂ©tier de son pĂšre est aussi instaurĂ©e pour les ateliers impĂ©riaux. Les condamnĂ©s et les vagabonds sont aussi recrutĂ©s de force. Ce statut d’emploi forcĂ© rapproche les ouvriers de ces ateliers de la condition d’esclaves alors qu’ils sont en thĂ©orie des citoyens[152].

La petite propriĂ©tĂ© continue Ă  rĂ©gresser au IVe siĂšcle. En effet, les petits propriĂ©taires ont de plus en plus de mal Ă  satisfaire les exigences fiscales de l’Empire. Le statut de colon devient courant dans le monde rural. LĂ  aussi, les colons n’ont plus le droit de quitter leur terre et les fils sont obligĂ©s de reprendre l’exploitation paternelle. Comme pour les corporations, cet immobilisme social est liĂ© aux soucis d’avoir des rentrĂ©es fiscales sĂ»res. Peu Ă  peu, le paysan devient attachĂ© Ă  sa terre. Sous ThĂ©odose, quand le maĂźtre vend la terre, il vend le colon avec. La condition des agriculteurs est proche dĂ©jĂ  du servage mĂ©diĂ©val. Mais lĂ  encore, il existe des diffĂ©rences notables entre la partie orientale et la partie occidentale de l’Empire. L’Orient plus peuplĂ© subit moins le colonat. Une paysannerie de petits et moyens propriĂ©taires se maintient un peu partout et semble mĂȘme majoritaire en Syrie[142]. AprĂšs 500, l’attache de colons orientaux Ă  leur terre est moins rigoureuse. Leur condition se rapproche de celle du petit propriĂ©taire. Une nouvelle catĂ©gorie se dĂ©veloppe, celle des « emphytĂ©otes », concessionnaires de terres en Ă©change d’un loyer modique et parfois mĂȘme sans loyer. La consĂ©quence en est l’augmentation du nombre de petits propriĂ©taires en Orient pendant tout le VIe siĂšcle[153].

MosaĂŻque byzantine du Ve siĂšcle, Grand Palais de Constantinople.

Le christianisme ne fait pas disparaĂźtre l’esclavage. Au IVe siĂšcle, Constantin cherche Ă  adoucir la condition servile. L’Église favorise les affranchissements et milite pour un traitement digne des esclaves mais l’esclavage en tant qu’institution n’est pas remis en cause. CĂ©saire d’Arles n’a fait que limiter le chĂątiment d’un esclave Ă  39 coups par jour. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, quand MĂ©lanie la Jeune, une riche Romaine, dĂ©cide d’affranchir tous les esclaves de ses domaines, plusieurs milliers d’entre eux refusent cette largesse. En effet, la condition des petits paysans s’est Ă  cette Ă©poque tellement dĂ©tĂ©riorĂ©e qu’un esclave traitĂ© avec humanitĂ© n’a rien Ă  lui envier[154]. Il n’y a presque plus de diffĂ©rence entre un colon, en thĂ©orie libre juridiquement, et un esclave aux IVe et Ve siĂšcles.

Les pauvres face aux exactions de l’État

Pour faire rentrer les impĂŽts indispensables Ă  l’entretien de l’armĂ©e et de la bureaucratie, les agents du fisc et la police secrĂšte se montrent particuliĂšrement durs envers les plus humbles. Ceux-ci rĂ©clament donc la protection des puissants locaux, les patrons. Alors que sous le Haut-Empire le patron avait pour rĂŽle de permettre des rapports harmonieux entre l’État et les citoyens, Ă  partir du IVe siĂšcle av. J.-C., il fait jouer son influence et son statut social pour soustraire ses clients aux exigences de la loi[155]. De ce fait, il dĂ©tourne Ă  son profit une part de l’autoritĂ© de l’État. On peut voir lĂ  aussi, en genĂšse, se constituer les rapports fĂ©odaux entre les seigneurs et les paysans. Les empereurs, qui voient dans la pratique du patronage une atteinte Ă  l’autoritĂ© de l’État et une perte de revenus, tentent de s’opposer Ă  cette pratique, en vain. Une constitution de 415 place les colons sous la responsabilitĂ© fiscale du maĂźtre, signe d’un glissement de pouvoir.

La rĂ©volte est une autre rĂ©ponse face aux exigences de l’Empire. La collecte des impĂŽts par les dĂ©curions aboutit parfois Ă  des soulĂšvements locaux en Syrie. La rĂ©volte des Bagaudes en Gaule, celle des Circoncellions en Afrique[156] sont autant d’exemples de la contestation des exigences impĂ©riales.

Les barbares dans le monde romain

Diptyque en ivoire représentant Stilicon, avec son épouse Séréna et son fils Euchérius, vers 395, cathédrale de Monza

Depuis le IIIe siĂšcle av. J.-C., l’Empire romain se nourrit des apports barbares. Le rĂŽle fondamental des peuples fĂ©dĂ©rĂ©s dans l’armĂ©e romaine a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©voquĂ©. Ils ont aussi peuplĂ© les rĂ©gions septentrionales de l’Empire menacĂ©es de dĂ©population. Les dĂ©crets de Valentinien Ier interdisant les mariages romano-barbares montrent qu’il existait dĂ©jĂ  un mĂ©tissage non nĂ©gligeable Ă  cette Ă©poque. Les cas d'officiers barbares vivant dans l’Empire et romanisĂ©s sont frĂ©quents au IVe siĂšcle.

Stilicon est un excellent exemple d'assimilation Ă  la sociĂ©tĂ© romaine. Il est Vandale par son pĂšre, sans doute commandant d’escadron de cavalerie sous Valens[157], et romain par sa mĂšre, une provinciale de Pannonie[158]. Il gravit tous les Ă©chelons de l’armĂ©e. Vers 384, il Ă©pouse Serena, fille d’Honorius, fils de ThĂ©odose Ier, et adoptĂ©e par ce dernier lors de la mort de son pĂšre, preuve qu’il fait partie du palais impĂ©rial. AprĂšs la victoire de ThĂ©odose Ă  la bataille de la riviĂšre froide en 394, Stilicon prend le titre de magister peditum. À la mort de ThĂ©odose, il devient le tuteur de deux fils du dĂ©funt mais il est d’abord celui d’Honorius qui n’a que 11 ans en 395. C’est la politique de coexistence avec les barbares et de volontĂ© de garder unies les deux parties de l’Empire qui semble avoir guidĂ© la dĂ©cision de l’empereur. Un barbare peut donc accĂ©der aux plus hautes fonctions sauf revĂȘtir la pourpre impĂ©riale. Gondebaud et Ricimer reflĂštent aussi cette volontĂ© des patrices d’origine barbare de servir l’Empire romain sans ambition impĂ©riale.

Les invasions barbares du Ve siĂšcle ne font pas disparaĂźtre d’un coup les structures romaines de l’Occident. Les Barbares ne reprĂ©sentent en effet que 5 % de la population de l’Occident[159]. L’interdiction des mariages mixtes montre la peur de perdre leur identitĂ©. De fait, mis Ă  part chez les Vandales, les Anglo-Saxons et plus tard les Lombards, la propriĂ©tĂ© de la terre ne change que peu de mains. La conversion au catholicisme des barbares permet la fusion avec les Romains. Cette fusion s’est faite en grande partie en faveur de la romanitĂ©. Les premiĂšres monarchies barbares sont trĂšs respectueuses des institutions romaines qu’elles admirent[160]. À Ravenne, Ă  TolĂšde, les cours gothiques parlent latin. La romanitĂ© survit donc Ă  l’Empire romain.

Les villes

La citĂ© reste le cƓur de la romanitĂ©. Les lieux traditionnels de la vie romaine, les thermes, les cirques et les amphithĂ©Ăątres sont frĂ©quentĂ©s jusqu’à la fin du VIe siĂšcle et mĂȘme au-delĂ  pour Constantinople. Mais bon nombre de monuments anciens se dĂ©gradent car les finances publiques sont insuffisantes pour pourvoir Ă  leur entretien, d’autant plus que la pĂ©riode de l’AntiquitĂ© tardive est riche en tremblements de terre. Quinze constitutions impĂ©riales de 321 Ă  395 sont consacrĂ©es en tout ou en partie au problĂšme de la restauration des Ă©difices anciens. Les villes de l’Empire connaissent des transformations. Elles bĂątissent des remparts aux IIIe et IVe siĂšcles pour se protĂ©ger. La grande nouveautĂ© architecturale est la construction d’édifices chrĂ©tiens, une basilique, un baptistĂšre et la demeure de l’évĂȘque[161], dont une partie de matĂ©riau utilisĂ© provient d’anciens monuments abandonnĂ©s. Les nouvelles rĂ©sidences impĂ©riales : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die bĂ©nĂ©ficient de la prĂ©sence des troupes et des empereurs.

Le rapt d’Hylas par les nymphes, panneau en opus sectile du IVe siùcle provenant de la basilique de Junius Bassus sur l’Esquilin

Cinq grandes villes dominent par le nombre de leurs habitants l’AntiquitĂ© tardive. Il s’agit de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Carthage. Ces trois derniĂšres ont une population estimĂ©e entre 100 000 et 150 000 habitants. À Rome, l’enceinte construite par AurĂ©lien est modifiĂ©e par Maxence puis Honorius pour en amĂ©liorer l’efficacitĂ©. Les aqueducs, les ponts et les routes sont entretenus. L’amphithĂ©Ăątre flavien, victime de la foudre en 320 et de trois tremblements de terre, est rĂ©guliĂšrement rĂ©parĂ©[162]. Les empereurs d’Occident n’ont cependant pas les finances nĂ©cessaires pour entretenir tous les monuments de l’ancienne capitale impĂ©riale. Les nombreux travaux sont insuffisants pour empĂȘcher les monuments anciens de se dĂ©grader. Majorien (457-461) interdit aux fonctionnaires urbains d’autoriser le prĂ©lĂšvement des pierres sur les Ă©difices publics, ce qui prouve que la pratique tendait Ă  se dĂ©velopper. Mais rien n’y fait. AprĂšs la fin de l’Empire romain d’Occident, les monuments anciens servent de carriĂšres aux habitants[163]. Le rĂŽle croissant du christianisme entraĂźne la construction de basiliques comme celle du Latran, de Saint-Pierre ou de Saint-Paul-hors-les-Murs, de catacombes, de baptistĂšres et de palais Ă©piscopaux qui sont enrichis par la pose de marbres, de mosaĂŻques et d’émaux[164]. Jusqu’en 410, Rome compte environ 800 000 habitants. La population tourne autour de 300 000 Ă  400 000 habitants pendant tout le Ve siĂšcle. Ce haut niveau de population peut ĂȘtre maintenu grĂące au bon fonctionnement de l’annone. 40 % de la nourriture des habitants de Rome est assurĂ© par l’État[165]. La perte de l’Afrique en 439 entraĂźne la fin du versement de l’annone Ă  Rome. La population dĂ©croĂźt alors lentement. Au VIe siĂšcle, la guerre gothique entre Justinien et les Ostrogoths la fait tomber Ă  80 000 habitants[166].

Localisation de Sainte-Sophie dans le centre de Constantinople.

Constantinople, inaugurĂ©e par Constantin en 330 est bĂątie sur un site naturel dĂ©fensif qui la rend pratiquement imprenable alors que Rome est sans cesse sous la menace des Germains[75]. Elle est Ă©galement proche des frontiĂšres du Danube et de l’Euphrate, lĂ  oĂč les opĂ©rations militaires pour contenir les Goths et les Perses sont les plus importantes. Enfin, elle est situĂ©e au cƓur des terres traditionnellement grecques. Constantin la bĂątit sur le modĂšle de Rome avec sept collines, quatorze rĂ©gions urbaines, un Capitole, un Forum, un SĂ©nat. Dans les premiers temps, il permet l’implantation de temples paĂŻens mais trĂšs vite la ville devient presque exclusivement chrĂ©tienne[167] et ne comporte que des Ă©difices religieux chrĂ©tiens. En quelques dĂ©cennies, la ville devient une des plus grandes mĂ©tropoles de l’Orient romain grĂące Ă  son rĂŽle politique et Ă  ses activitĂ©s Ă©conomiques et les exemptions fiscales accordĂ©es Ă  ses habitants[168]. DĂšs Constantin, la ville compte 100 000 habitants. Elle atteint 200 000 habitants Ă  la fin du IVe siĂšcle[37]. Constantinople, situĂ©e hors des zones de conflit, voit sa population augmenter. Le nombre de ses habitants est discutĂ© : 800 000 habitants au cours du Ve siĂšcle pour Bertrand Lançon[169], 400 000 Ă  500 000 pour A. Ducellier, M. Kaplan et B. Martin[170]. L’embellissement de la ville est le principal chantier des empereurs Ă  partir de Constantin. Celui-ci y fait construire le palais impĂ©rial, l’hippodrome, le nouveau nom donnĂ© aux cirques romains, l’église de la Sagesse SacrĂ©e (Sainte-Sophie)[171]. La ville s’agrandit ensuite vers l’Ouest. L’enceinte d’origine enserrant 700 hectares ne suffisant plus, ThĂ©odose II l’entoure de nouveaux remparts entre 412 et 414, qui portent la superficie de la ville Ă  1 450 hectares[172]. Le Concile de ChalcĂ©doine de 451, dans son vingt-huitiĂšme canon, donne Ă  la ville de Constantinople le titre de « Nouvelle Rome »[173], ce qui fait de son Ă©vĂȘque, le patriarche de Constantinople, le second personnage de l’Église. Ceci contribue encore Ă  donner Ă  la ville son caractĂšre indĂ©pendant de capitale de l’Empire d’Orient.

La vie intellectuelle et artistique

L’éducation

Au IVe siĂšcle, de nombreuses Ă©coles apparaissent, et ceci dans toutes les rĂ©gions. L’enseignement est fondĂ© sur les savoirs antiques. Le dĂ©veloppement du christianisme ne remet pas en cause les bases de l’enseignement. Les Ă©lĂšves continuent Ă  apprendre Ă  lire et Ă  Ă©crire dans la mythologie grĂ©co-romaine. Les textes d’HomĂšre sont toujours appris par cƓur par des gĂ©nĂ©rations d’élĂšves[174]. Pendant son court rĂšgne, Julien interdit en 362 aux professeurs chrĂ©tiens les fonctions d’enseignement. Il se fonde sur le principe qu’on ne saurait honnĂȘtement expliquer des textes mythologiques auxquels on ne croit pas[175]. Cependant, les chrĂ©tiens pensent que l’enseignement traditionnel est indispensable Ă  la formation de l’esprit d’une religion basĂ©e sur l’écrit. Ils continuent donc Ă  le suivre mĂȘme s’il transmet des connaissances jugĂ©es paĂŻennes. Le parcours de saint Augustin est reprĂ©sentatif de celui du Romain lettrĂ©. Il quitte sa ville natale de Thagaste, pour Madaure afin de suivre l’enseignement d’un grammairien, puis il se rend Ă  Carthage en 370 pour recevoir l’enseignement d’un rhĂ©teur[176]. Les universitĂ©s de Carthage, Bordeaux, Milan et Antioche jouissent d’une bonne rĂ©putation. Les plus renommĂ©es sont celles de Rome et de Constantinople pour la philosophie et le droit, Alexandrie pour les mathĂ©matiques et la mĂ©decine, AthĂšnes pour la philosophie. Les citĂ©s se livrent Ă  une compĂ©tition fĂ©roce pour faire venir les enseignants les plus rĂ©putĂ©s[177].

La fin du bilinguisme gréco-latin

Codex Alexandrinus, Ve siùcle, folio 41, Extrait de l’Évangile de Luc, British Library.

Pendant l’AntiquitĂ© tardive, le bilinguisme grĂ©co-latin du Haut-Empire est battu en brĂšche. Pourtant, durant le IVe siĂšcle, le latin a fait une percĂ©e spectaculaire en Orient du fait de la place grandissante du droit et des techniques administratives. Le grec est quant Ă  lui parlĂ© par les classes cultivĂ©es de l’Occident. Mais Ă  partir de la fin du IVe siĂšcle, la connaissance du grec recule considĂ©rablement Ă  l’Ouest[178]. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, Augustin, considĂ©rĂ© comme le plus grand intellectuel de l’Occident de son temps, n’en a pas l’usage. Pour aider Ă  la comprĂ©hension des textes grecs et Ă  leur traduction, de nombreux glossaires grĂ©co-latins sont copiĂ©s[179]. Dans ce contexte, JĂ©rĂŽme, capable, Ă  la fin du IVe siĂšcle, de traduire en latin les livres de la Bible rĂ©digĂ©s en grec, paraĂźt une exception. Les dĂ©bats christologiques qui traversent l’AntiquitĂ© tardive sont rendus encore plus complexes par la fin du bilinguisme. Les clercs nicĂ©ens doivent trouver la bonne traduction pour que les latinophones comprennent le sens du mot áœÎŒÎżÎżÏÏƒÎčÎżÏ‚ / homooĂșsios, un nĂ©ologisme pour l’époque signifiant littĂ©ralement et en un mot, de mĂȘme : homo, nature : ousios[180]. Les traducteurs trouvent l’équivalent latin, consubstantialis. Les problĂšmes de langue ne font qu’accentuer les querelles religieuses[181]. Ainsi, lors du concile d’ÉphĂšse de 431, un malentendu basĂ© sur la diffĂ©rence entre les termes de « personne » et de « nature » en latin et en grec tourne Ă  l’affrontement violent[182].

En Orient, le latin se maintient comme langue administrative jusqu’à l'Ă©poque justinienne. Le code Justinien de 534 est d’ailleurs rĂ©digĂ© dans cette langue, symbole de la romanitĂ©. Mais Ă  partir de 535 et la publication des premiĂšres novelles, les lois nouvelles voulues par Justinien, la langue utilisĂ©e devient alors le grec, tandis que le latin Ă©volue en roman oriental vernaculaire. Les lois ne sont plus en latin que dans les rĂ©gions romanophones : Dacie aurĂ©lienne, MĂ©sie, Scythie mineure, abords de la via Egnatia, et pour les cadres administratifs et militaires de l’Afrique[183]. Par la suite, au dĂ©but du VIIe siĂšcle, HĂ©raclius fera du grec la langue officielle de l'empire. Ainsi, le partage de l’Empire induit donc un partage linguistique. DĂšs lors, les traductions se multiplient. Elles sont le fait de grands Ă©rudits bilingues : JĂ©rĂŽme, Ă  la fois hĂ©braĂŻste et hellĂ©niste, traduit la Bible en latin Ă  la fin du IVe siĂšcle ; les Ă©crits des mĂ©decins grecs Hippocrate, Dioscoride, Galien, Oribase sont compilĂ©s et traduits aux Ve et VIe siĂšcles. L’AntiquitĂ© tardive voit ainsi les copies et les traductions foisonner pour faire face Ă  la demande des bibliothĂšques publiques, des Ă©vĂȘchĂ©s et des monastĂšres.

À l’intĂ©rieur de ce partage linguistique se dessine une diversitĂ© de langues vernaculaires plus importante qu’il n’y paraĂźt. En Orient, le grec touche principalement les rĂ©gions cĂŽtiĂšres et les villes grĂące Ă  l’administration, le commerce et la religion chrĂ©tienne. Ailleurs, le grec, langue des percepteurs de l’orthodoxie chalcĂ©donienne face Ă  la masse paysanne acquise au nestorianisme ou au monophysisme, est ignorĂ©. En Gaule, par exemple, le dernier Ă©crivain bilingue est le prĂȘtre marseillais Gennade, qui disparaĂźt dans les derniĂšres annĂ©es du Ve siĂšcle[184]. DĂšs la seconde moitiĂ© du IVe siĂšcle les actes officiels doivent ĂȘtre traduits en copte en Égypte. Une littĂ©rature copte se dĂ©veloppe : des rĂ©cits hagiographiques sur les saints les plus vĂ©nĂ©rĂ©s du pays, des textes monastiques comme rĂšgles communautaires
 Les textes des PĂšres de l'Église, rĂ©digĂ©s en grec Ă  l’origine sont eux aussi traduits en copte[182]. Le syriaque donne naissance Ă  une brillante littĂ©rature qui prouve que l’hellĂ©nisation de la Syrie n’est toujours que superficielle aprĂšs huit siĂšcles d’hellĂ©nisme[185].

Culture antique et culture chrétienne

La philosophie grecque est toujours trĂšs importante durant l’AntiquitĂ© tardive. Aristote et Platon exercent toujours une grande influence parmi les Ă©lites intellectuelles. Plotin (205-270) et Porphyre sont les plus illustres reprĂ©sentants du nĂ©oplatonisme. Pour Plotin, l’univers s’explique par « la chaĂźne de l’Être ». Au sommet, il y a l'Un, le Bon, d’oĂč Ă©manent diffĂ©rents degrĂ©s d’ĂȘtres infĂ©rieurs, jusqu’à la matiĂšre. L’homme peut entrer en union avec l’Un dans des moments d’extase[186]. Les lettrĂ©s peuvent recevoir l’enseignement de l’AcadĂ©mie d’AthĂšnes jusqu’en 529, date de sa fermeture par Justinien. GrĂ©goire de Nazianze y cĂŽtoie le futur empereur Julien. Alexandrie reste une grande mĂ©tropole culturelle. De grands intellectuels comme Ammonius ou Hypatie, une femme qui dirige l’école nĂ©o-platonicienne d’Alexandrie, assurent le rayonnement de la citĂ© Ă©gyptienne. Au dĂ©but du VIe siĂšcle, BoĂšce, chrĂ©tien et hellĂ©niste d’éducation, est nommĂ© consul par l’Ostrogoth ThĂ©odoric en 510 et 522. Il essaie de crĂ©er un centre de culture intellectuelle Ă  la cour du roi barbare[187]. Le Moyen Âge, jusqu’au XIIIe siĂšcle, ne connaĂźt Aristote que par ses traductions latines. Le christianisme est influencĂ© par les mouvements culturels et religieux de son temps, comme la gnose ou le manichĂ©isme. Augustin interprĂšte le christianisme Ă  la lumiĂšre du nĂ©oplatonisme[188]. Il ne voit aucune contradiction entre le christianisme et la philosophie de Platon. Il rĂ©concilie le concept platonicien des « idĂ©es Ă©ternelles » avec le christianisme en considĂ©rant celles-ci comme partie intĂ©grante du Dieu Ă©ternel.

Livres et littérature

Saint Augustin
Portrait le plus ancien connu, VIe siĂšcle, fresque du palais du Latran Ă  Rome.

Le codex, apparu au Ier siĂšcle dans l’Empire romain, se gĂ©nĂ©ralise et remplace le volumen, le rouleau Ă  l’emploi difficile[189]. Le livre est devenu un objet maniable, facile Ă  transporter, Ă  ranger, lisible par un seul individu. Mais il reste un objet cher, mĂȘme si le nombre de volumes en circulation augmente considĂ©rablement. L’usage du parchemin, plus solide mais plus coĂ»teux s’étend aux dĂ©pens du papyrus. Le passage du volumen au codex, parfois de taille trĂšs rĂ©duite, a comme consĂ©quence la perte d’une partie des textes antiques qui ne sont plus consultĂ©s[190]. La place de l’écrit dans la sociĂ©tĂ© devient de plus en plus importante. Dans le domaine du droit, les grands codes comme celui de ThĂ©odose et de Justinien ou les compilations des jurisconsultes aux IVe et Ve siĂšcles renforcent encore la lĂ©gitimitĂ© des lois. Contrairement aux religions traditionnelles, le christianisme s'appuie sur la RĂ©vĂ©lation Ă©crite que constitue la Bible judaĂŻque que les adeptes du christianisme s'approprient et augmentent progressivement des Ă©crits nĂ©otestamentaires reconnus canoniquement comme Écritures (graphe)[191]. Certains chercheurs mobilisent volontairement Ă  ce sujet le concept anachronique de « religion du Livre »[191] voire Ă©voquent le « livre de poche » dans la mesure oĂč cette religion encore marginale sait mobiliser de maniĂšre efficace de nouvelles techniques de diffusion du savoir qui aident Ă  sa propagation[192]. En outre, la lecture silencieuse suscite une forme d’intĂ©riorisation de la pensĂ©e et, de ce fait, crĂ©e une nouvelle spiritualitĂ©[193].

La littĂ©rature de l’époque est essentiellement chrĂ©tienne, du moins parmi les textes qui nous sont connus ou parvenus. La correspondance de quelques grands esprits du temps, trĂšs bien conservĂ©e, permet d’avoir une connaissance fine des mentalitĂ©s de l’AntiquitĂ© tardive. En langue grecque, Libanios a laissĂ© 1544 lettres et Jean Chrysostome, 236. En latin, il reste 900 lettres de Symmaque, 225 d’Augustin, 146 de Sidoine Apollinaire, 850 du pape GrĂ©goire le Grand[194]. La rhĂ©torique grecque est utilisĂ©e par les PĂšres de l’Église, que ce soit pour rĂ©diger des sermons, expliquer les textes saints ou tenter de convaincre les non-chrĂ©tiens. L’hagiographie se multiplie. Tout en racontant la vie des saints Ă  la maniĂšre de SuĂ©tone ou Plutarque, elle se concentre sur les vertus chrĂ©tiennes de saints pour en faire des exemples pour le lecteur. Aux VIe et VIIe siĂšcles, le genre hagiographique multiplie les rĂ©cits de miracles, qui l’emportent sur l’exemple moral[195]. Il n’est donc pas Ă©tonnant que l’Ɠuvre majeure de l’AntiquitĂ© tardive soit une Ɠuvre religieuse. Il s’agit de l'Ɠuvre La CitĂ© de Dieu d’Augustin d’Hippone, achevĂ©e en 423. L’auteur rĂ©plique de maniĂšre magistrale aux dĂ©tracteurs du christianisme qui rendaient la religion responsable du sac de Rome de 410. Dans sa thĂ©orie des deux citĂ©s, il dĂ©veloppe l’idĂ©e que Rome est une citĂ© terrestre donc mortelle. La citĂ© des chrĂ©tiens est le royaume de Dieu qui les attend aprĂšs la mort. Ils ne doivent donc pas lier leur foi chrĂ©tienne Ă  l’existence de Rome mĂȘme s’ils doivent servir l’Empire loyalement. La citĂ© de Dieu jouera un rĂŽle essentiel en Occident du Moyen Âge au XVIIe siĂšcle[196].

Les arts

Panneau du Christ et de l’abbĂ© MĂ©na. VIe ou VIIe siĂšcle, provenant du monastĂšre copte de Baouit en Égypte, musĂ©e du Louvre. Peinture Ă  la cire et Ă  la dĂ©trempe sur bois de figuier. Les figures hiĂ©ratiques des deux personnages sont typiques de l’AntiquitĂ© tardive.

Depuis les travaux d’AloĂŻs Riegl et d’Heinrich Wölfflin, les arts romains tardifs, longtemps jugĂ©s dĂ©cadents, ont retrouvĂ© une dignitĂ© Ă©gale Ă  celle du Haut-Empire. La premiĂšre caractĂ©ristique de la pĂ©riode est qu’il n’existe pas un art mais des styles diffĂ©rents selon les rĂ©gions et les siĂšcles. La seconde caractĂ©ristique est que, malgrĂ© l’influence grandissante du christianisme, il n’existe pas d’art palĂ©ochrĂ©tien spĂ©cifique. Les thĂšmes sont certes chrĂ©tiens mais les formes et les techniques sont celles de l’art antique en gĂ©nĂ©ral. L’art copte est par exemple, dans les dĂ©buts, celui des Ă©gyptiens indigĂšnes ou assimilĂ©s, tant paĂŻens que chrĂ©tiens. Il n’est communĂ©ment le fait des chrĂ©tiens qu’à partir du VIe siĂšcle[197].

Le dĂ©veloppement du codex entraĂźne celui de la calligraphie. La mosaĂŻque, qui ornait les riches demeures, devient un art pariĂ©tal dans les Ă©glises et les baptistĂšres Ă  partir du IVe siĂšcle. La basilique Sainte-Constance Ă  Rome mais surtout la Basilique Sant’Apollinare in Classe et le BaptistĂšre des Orthodoxes de Ravenne construits Ă  l’époque de Justinien en sont les exemples les plus accomplis. La sculpture est principalement reprĂ©sentĂ©e par le bas-relief. On les trouve surtout sur les sarcophages. Ceux des riches nobles recĂšlent une grande richesse artistique.

La sculpture, la peinture et l’art de la mosaĂŻque ont des caractĂ©ristiques communes. Ils doivent servir l’empereur et glorifier son pouvoir. AprĂšs le rĂšgne de Julien, les reprĂ©sentations quittent leur caractĂšre de portrait pour reprĂ©senter une figure impersonnelle de l’empereur avec perruque et diadĂšme[198]. DĂ©jĂ  les tĂ©trarques sculptĂ©s en porphyre et conservĂ©s Ă  Venise et au Vatican Ă©taient sculptĂ©s comme des sosies. La reprĂ©sentation symbolique de la fonction devient ainsi plus importante que la personne qui l’incarne. Les artistes prennent l’habitude de reprĂ©senter l’empereur avec tous les attributs de son pouvoir : diadĂšme, nimbe, sceptre. Une des premiĂšres reprĂ©sentations d’un empereur trĂŽnant en majestĂ© nous montre ThĂ©odose Ier assis et nimbĂ© entre ses fils. Cette reprĂ©sentation du dominus sert de modĂšle pour montrer le Christ en majestĂ© dans les mosaĂŻques[199]. L’iconographie chrĂ©tienne utilise toujours Ă  cette Ă©poque les thĂšmes classiques comme OrphĂ©e et sa lyre, les paons, les colombes, les dauphins. Commencent Ă  s’y ajouter les reprĂ©sentations de scĂšnes bibliques. La croix ne devient un thĂšme dĂ©coratif qu’au VIe siĂšcle. Jusque-lĂ , le chrisme, le poisson, le vase et le pain lui sont prĂ©fĂ©rĂ©s[200].

La basilique chrĂ©tienne est la forme architecturale la plus nouvelle. C’est une adaptation de la basilique romaine. Elle possĂšde une nef qui permet d’accueillir les fidĂšles, une abside pour le clergĂ© et parfois un transept devant l’abside[201]. Cependant, chaque rĂ©gion de l’Empire romain tardif conserve ses spĂ©cificitĂ©s dans le domaine artistique. L’église copte du Deir el-Abiad, fondĂ©e en 440 par ChenoutĂ©, qui est aprĂšs PacĂŽme, la plus grande autoritĂ© cĂ©nobitique en Égypte, se prĂ©sente comme une basilique Ă  trois nefs et Ă  abside trĂ©flĂ©e. Elle est prĂ©cĂ©dĂ©e d’un narthex et longĂ©e par un autre narthex. Dans la dĂ©coration, le style de cette pĂ©riode se caractĂ©rise par une facture proche du modelĂ© hellĂ©nistique[202]. La basilique San Lorenzo Maggiore de Milan, oĂč se trouve la chapelle de Sant’Aquilino, est un exemple de plan basilical centrĂ©[201].

La chapelle de Sant’Aquilino reprend le plan octogonal du baptistĂšre construit Ă  l’époque d’Ambroise de Milan. Sa forme originaire a Ă©tĂ© parfaitement conservĂ©e. Le chiffre huit, dans la symbolique des anciens PĂšres de l’Église, indique le jour du Seigneur, qui suit le septiĂšme, c’est-Ă -dire le samedi. Alors que le chiffre sept, lui, rappelle les jours de la crĂ©ation contĂ©s dans la GenĂšse et symbolise la loi donnĂ©e Ă  MoĂŻse dans la partie de la Bible que les chrĂ©tiens appellent Ancien Testament. Le huit se rĂ©fĂšre au Nouveau Testament qui, pour les chrĂ©tiens, complĂšte et dĂ©passe la loi ancienne. Il fait rĂ©fĂ©rence Ă  la venue de JĂ©sus, Ă  sa rĂ©surrection le lendemain de shabbat, le huitiĂšme jour[203].

En GrĂšce, les architectes construisent parfois une coupole surmontant la basilique. Au VIe siĂšcle, les plus beaux Ă©difices de la pĂ©riode justinienne se caractĂ©risent entre autres par de splendides coupoles comme Ă  Basilique Saint-Vital de Ravenne et Hagia Sophia (Sainte Sophie) de Constantinople. L’extĂ©rieur est sans fioritures. L’intĂ©rieur est dĂ©corĂ© de mosaĂŻques somptueuses mettant en scĂšne la gloire de Justinien[201].

Les héritages de l'Antiquité tardive

Miniature représentant Hippocrate
Hippocrate : manuscrit byzantin du XIVe siĂšcle. BnF Gr.2144.

L’AntiquitĂ© tardive est, pour le monde occidental et mĂ©diterranĂ©en, une pĂ©riode charniĂšre entre un monde antique progressivement christianisĂ© et une Ă©poque fĂ©odale dont les structures se mettent difficilement en place aprĂšs le choc des invasions germaniques (IVe et Ve siĂšcles).

En Occident, cette pĂ©riode se caractĂ©rise par l’émiettement du pouvoir politique et un affaiblissement de la notion de l’État, tandis que dans l’Empire romain d'Orient (dit « byzantin » depuis 1557) l’idĂ©e impĂ©riale et le mythe de la restauration de la puissance universelle de Rome se maintiennent jusqu’au VIe siĂšcle. Cette « idĂ©e impĂ©riale » s’incarnera plus tard en Occident, successivement dans l’Empire carolingien en 800 et le Saint-Empire romain germanique d’Otton Ier en 955. Si aprĂšs Justinien l’Empire d’Orient abandonne son projet de reconstruire politiquement l’Empire romain, il perpĂ©tue en revanche son modĂšle politique et juridique, et jusqu’en 1557 il est d’ailleurs appelĂ© Romanie dans les Ă©crits mĂ©diĂ©vaux[204] - [205].

Dans le domaine juridique, les codes ThĂ©odosien et Justinien servent de base aux lĂ©gistes français pour lĂ©gitimer la construction de la monarchie capĂ©tienne. Le principe d’une religion officielle, la religion chrĂ©tienne, composante majeure de l’État[206], instaurĂ©e Ă  partir du IVe siĂšcle structure la vie publique et les consciences jusqu’au XXe siĂšcle en Europe. Le christianisme ne peut s’imposer dans les campagnes qu’au prix d’une lente acculturation et d’un certain syncrĂ©tisme religieux dont le meilleur exemple est le culte des saints et des reliques. Pendant l’AntiquitĂ© tardive apparaissent les divergences qui diviseront le monde chrĂ©tien en catholiques, orthodoxes et coptes. De l’AntiquitĂ© tardive Ă  la fin du Moyen Âge, les principales manifestations de l’art magnifient la religion du Christ.

L’Empire romain d'Orient est le premier gardien de la culture antique : les manuscrits grecs et latins sont conservĂ©s et recopiĂ©s dans ses bibliothĂšques, tandis que ses Ă©coles enseignent la culture antique dans une sociĂ©tĂ© pourtant profondĂ©ment christianisĂ©e. C’est ainsi que la culture antique est remise Ă  l’honneur en Occident au XVe siĂšcle, donnant naissance Ă  l’Humanisme et Ă  la Renaissance. Cette transmission s’est effectuĂ©e par deux canaux rarement mentionnĂ©s dans l’historiographie occidentale : celui de l’Italie byzantine et celui, un peu moins mĂ©connu, de l’Espagne musulmane (par exemple, l’empereur Romain Ier LĂ©capĂšne envoie bibliothĂšques et traducteurs Ă  HasdaĂŻ ibn Shaprut, ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III)[207] - [208] - [209] - [210]. Mais politiquement et, par voie de consĂ©quence, religieusement, une rivalitĂ© s’installe entre d’une part les hĂ©ritiers germaniques de l’Empire romain d'Occident soutenus par la papautĂ©, et d’autre part la Romanie et le christianisme oriental, d’abord affaiblis par la premiĂšre (1204) et ensuite conquis par la seconde prise (1453) de Constantinople, dĂ©sormais capitale de l’Empire ottoman, puissance musulmane. Par ce processus, l’islam qui recule en Occident, progresse en Orient : il parvient aux portes de Vienne en Autriche en 1529 et s’y maintiendra jusqu’en 1699[211].

Notes et références

  1. Peter Brown, Le monde de l'AntiquitĂ© tardive de Marc AurĂšle Ă  Mahomet, Éditions de l'UniversitĂ© de Bruxelles, , 208 p. (ISBN 978-2-8004-1626-7), p. 179
  2. Lançon (1997), p. 4.
  3. Le terme rĂ©trospectif d'« Empire byzantin » est dĂ» Ă  l’historien JĂ©rĂŽme Wolf dans son ouvrage Corpus historiĂŠ byzantinĂŠ : cf. Georges Ostrogorsky, Histoire de l’État byzantin, 1996, p. 27
  4. L’idĂ©e d’une dĂ©cadence de la civilisation romaine est exposĂ©e dans deux ouvrages cĂ©lĂšbres, les ConsidĂ©rations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur dĂ©cadence de Montesquieu en 1734 et, en 1776, le Decline and fall of the Roman Empire d’Edward Gibbon.
  5. Dans La Cité antique, [lire en ligne] rompant ainsi avec la périodisation traditionnelle.
  6. Die spĂ€trömische Kunstindustrie nach den Funden in Österreich.
  7. Dans son Ɠuvre monumentale Mahomet et Charlemagne [lire en ligne].
  8. Dans sa thĂšse Saint Augustin et la fin de la culture antique, Paris, De Boccard, 1937 (derniĂšre Ă©dition chez De Boccard, 2003).
  9. Publié au Seuil, collection Points Histoire.
  10. Lançon (1997), p. 18 et 21.
  11. Pierre Grimal Ă©crit ainsi : « L’Empire subsiste matĂ©riellement, mais Constantin crĂ©e une seconde capitale : Constantinople (330), installĂ©e au centre de l’Orient oĂč s’est formĂ©e et d'oĂč rayonne la pensĂ©e chrĂ©tienne, nourrie de l’hellĂ©nisme et du judaĂŻsme. La civilisation romaine n’est pas morte, mais elle donne naissance Ă  autre chose qu’elle-mĂȘme, appelĂ© Ă  assurer sa survie », La Civilisation romaine, Flammarion, Paris, 1981, rĂ©Ă©ditĂ© en 1998, (ISBN 2-08-081101-0), p. 63.
  12. Monica Rotaru, Michel Steinberg et al., Les climats passés de la Terre Vuibert, Paris 2007, (ISBN 978-2-7117-5394-9)
  13. Michel Christol et Daniel Nony, Des Origines de Rome aux invasions barbares, Hachette, 1974, p. 206.
  14. Paul Petit et Yann Le Bohec, « L’AntiquitĂ© tardive », EncyclopĂŠdia universalis, DVD 2007.
  15. Le site Memo prĂ©cise : « Seuls DioclĂ©tien et les tĂ©trarques, en 305, revendiqueront du dieu un appui qui sera sans lendemain. » Les religions Ă  mystĂšres. Le site Educnet prĂ©cise : « Vers 307 ou 308, DioclĂ©tien, GalĂšre et Licinius attribuent Ă  Mithra le nom de fautor imperii sui, c’est-Ă -dire protecteur de l’Empire Ă  Carnuntum en Pannonie ». Ils espĂšrent ainsi s’assurer la fidĂ©litĂ© des lĂ©gions. Mithra Ă  Rome.
  16. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l’Empire romain, Seuil, 1974, p. 554-556.
  17. Ammien Marcellin, Res gestĂŠ, 28, 2 ; 28, 5 ; 29, 4 ; 29, 6 et 30, 3.
  18. Philostorge, Histoire ecclĂ©siastique, 2 ; Catherine Lheureux-Godbille, « Barbarie et hĂ©rĂ©sie dans l’Ɠuvre de saint Ambroise de Milan (374-397) », Le Moyen Âge, 2003/3-4.
  19. Le terme paganus pour dĂ©signer un paĂŻen pose problĂšme : « comment un terme qui Ă  l’origine dĂ©signe l’intĂ©gration (membre d’un pagus) en vient Ă  signifier l’exclusion du non-chrĂ©tien. Plusieurs thĂšses s’opposent. Dans le cas de "paganus = civil", les chrĂ©tiens se seraient considĂ©rĂ©s comme des soldats du Christ, les paĂŻens seraient alors ceux qui sont exclus de cette armĂ©e. Dans le second cas, "paganus = paysan", les chrĂ©tiens se seraient identifiĂ©s Ă  des citadins. Il est vrai que le christianisme s’est d’abord rĂ©pandu en ville. Paganus ferait son apparition dans la langue littĂ©raire Ă  la fin du IVe siĂšcle, le premier auteur Ă  l’utiliser Ă©tant Marius Victorinus. » B. RibĂ©mont, « Impies et paĂŻens entre AntiquitĂ© et Moyen Âge », Cahiers de recherches mĂ©diĂ©vales, Comptes rendus.
  20. Charles Diehl, Histoire de l’Empire Byzantin, P., Picard, 1920,1;2.
  21. Lançon (1997), p. 110.
  22. Hydace, Chronique, an. 382 ; É. Demougeot, De l’unitĂ© Ă  la division de l’Empire romain, 395-410. Essais sur le gouvernement impĂ©rial, Paris, 1951, p. 22-24.
  23. Christol et Nony, p. 248. La paix a été conclue en 389 ou 390.
  24. Ce partage est considĂ©rĂ© traditionnellement comme la sĂ©paration dĂ©finitive de l’Empire en deux entitĂ©s mais en rĂ©alitĂ© la sĂ©paration est plus ancienne puisqu’en 364 l’empereur Valentinien se voit adjoindre, sous la pression de ses soldats, un collĂšgue, son propre frĂšre Valens. À partir de ce moment, ’Empire ne sera plus jamais rĂ©unifiĂ© si l’on excepte trois mois Ă  la fin du rĂšgne de ThĂ©odose, de fin septembre 394 Ă  janvier 395.
  25. Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou, "La dĂ©cadence de l'antiquitĂ© classique", Publications de l'École française de Rome, 1978, p. 31-47.
  26. Le débat sur les Invasions barbares fut important aprÚs la Seconde guerre mondiale et nombreux ont été les historiens à s'y intéresser. Citons Pierre Riché, Les invasions barbares, P.U.F, 1952. Il faut aussi mentionner l'ouvrage de Demougeot, La formation de l'Europe et les invasions barbares, éditions Aubier, 1969.
  27. Louis Bréhier, Le monde byzantin : vie et mort de Byzance, Albin Michel, 1946 [1969].
  28. Lançon (1997), p. 36.
  29. Ferdinand Lot, Les invasions barbares (1937) La fin du monde antique et le dĂ©but du Moyen Âge (1927)
  30. André Piganiol, Histoire de Rome (1934)
  31. William Seston, Dioclétien et la Tétrarchie, 1946.
  32. Sur le sac de Rome il faut lire la Cité de Dieu de saint Augustin
  33. Emilienne Demougeot, De l'unité à la division de l'Empire romain (395-410), 1951
  34. Saint JĂ©rĂŽme, Lettres, 60, 17.
  35. Saint Augustin, Sermons, 81, B.
  36. Christol et Nony, p. 251.
  37. Memo, le site de l’histoire, Hachette MultimĂ©dia dans
  38. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 19.
  39. Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 17.
  40. Lançon (1997), p. 39.
  41. Aetius a été otage à la cour des Huns pendant son enfance. Il y est devenu un ami du jeune Attila.
  42. Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 19.
  43. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 20.
  44. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 18.
  45. « Le peuple Ostrogoth » sur De l’Aleph Ă  l’@
  46. Les termes de catholiques et d'orthodoxes sont alors interchangeables !
  47. Lançon (1997), p. 107.
  48. Christol et Nony, p. 212.
  49. Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l’Empire romain, Seuil, 1974, p. 575-579 et 582.
  50. Yves ModĂ©ran, « La conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire romain », Association des professeurs d’histoire et de gĂ©ographie Caen.
  51. Anne FraĂŻsse, « Pouvoir de la religion et politique religieuse dans les premiers siĂšcles du christianisme, l’exemple de deux empereurs : Constantin et Justinien », sur UniversitĂ© de Montpellier 3,
  52. Gilbert Dagron, Empereur et prĂȘtre, Ă©tude sur le cĂ©saropapisme byzantin, Gallimard, 1996.
  53. Christianisme et stoĂŻcisme, X-Passion, 2001 dans
  54. EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, La thĂ©ologie politique de l’empire chrĂ©tien, Cerf, 2001.
  55. Christol et Nony, p. 233.
  56. Lançon (1997), p. 64.
  57. Lançon (1997), p. 40.
  58. Christol et Nony, p. 214.
  59. Lançon (1997), p. 41.
  60. Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 16.
  61. Ostrogorsky, op. cit., p. 91.
  62. Ostrogorsky, op. cit., p. 82.
  63. Ostrogorsky, op. cit., p. 121 et 124-127. Toutefois, Paul Lemerle signale des critiques de cette vue, qui considĂšrent qu’il n’y a pas de preuve dĂ©cisive que le systĂšme des biens militaires se soit ainsi Ă©largi dĂšs le VIIe siĂšcle. Paul Lemerle, Histoire de Byzance, coll. Que sais-je ?, no 107, 4e Ă©dition, 1960, p. 73.
  64. Lançon (1997), p. 32.
  65. Christol et Nony, p. 213.
  66. Lançon (1997), p. 33.
  67. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 22.
  68. Sarah Rey, « Le curieux Monsieur Veyne », La Vie des idĂ©es, 2 juin 2015. (ISSN 2105-3030). Voir, pour plus de dĂ©tails, Paul Veyne, « ClientĂšle et corruption au service de l'État : la vĂ©nalitĂ© des offices dans le Bas-Empire romain ». In: Annales. Histoire, Sciences sociales. 36e annĂ©e, N. 3, 1981. p. 339-360. DOI : 10.3406/ahess.1981.282742
  69. Roger Remondon, La crise de l’Empire romain, PUF, collection « Nouvelle Clio – l’histoire et ses problĂšmes », Paris, 1964 (2e Ă©dition 1970), p. 129-130.
  70. En 312, Constantin fait passer le cycle de recensement à 15 ans (période nommée l'indiction) ; Remondon, op. cit., p. 292.
  71. Petit, p. 589-590.
  72. Petit, p. 591.
  73. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 23.
  74. Georges Ostrogorsky, traduction française de J. Gouillard, Histoire de l’état byzantin, Payot, 1977, p. 94-95
  75. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 24.
  76. Pour le problĂšme des sources voir Yves ModĂ©ran, La conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire romain, confĂ©rence pour la RĂ©gionale de l’APHG en juin 2001.
  77. Christol et Nony, p. 233. Aline Rousselle dit que « les chrĂ©tiens Ă©taient une puissante minoritĂ© prĂ©sente dans des lieux et positions clĂ©s (en 312) » in Nouvelle histoire de l’AntiquitĂ©, tome 9, Seuil, 1999.
  78. C’est entre autres le point de vue que le cardinal DaniĂ©lou dĂ©veloppe dans la Nouvelle histoire de l’Église parue au Seuil en 1963. Il Ă©crit : « Au dĂ©but du IVe siĂšcle, les forces vives de l’Empire Ă©taient en grande partie chrĂ©tiennes
 En dĂ©gageant l’Empire de ses liens avec le paganisme, Constantin ne sera pas un rĂ©volutionnaire. Il ne fera que reconnaĂźtre en droit une situation dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©e dans les faits ».
  79. Entre autres par Alan Cameron et Robin Lane Fox aux États-Unis, et Pierre Chuvin et Claude Lepelley en France.
  80. Ramsay MacMullen, Christianisme et Paganisme : du IVe au VIIIe siĂšcle, Les Belles Lettres, 1998 (Perrin, 2011)
  81. Robin Lane Fox, PaĂŻens et chrĂ©tiens : La religion et la vie religieuse dans l’Empire romain de la mort de Commode au Concile de NicĂ©e, Presses Universitaires du Mirail, 1997.
  82. Roger S. Bagnall, Egypt in Late Antiquity, Princeton, Princeton University Press, 1993.
  83. Lançon (1997), p. 60.
  84. Guy Stroumsa, La Fin du sacrifice : Les mutations religieuses de l’AntiquitĂ© tardive, Paris, Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-9021-5), p. 182
  85. Lire le compte rendu de Bruno Delorme sur l’ouvrage de G. Stroumsa en pages 3 et 4 dans Bruno Delorme, « Guy G. Stroumsa - La fin du sacrifice : Les mutations religieuses de l'antiquitĂ© tardive », sur BibliothĂšque UniversitĂ© de Lille 3
  86. A. Momigliano, The Disadvantages of monotheism for an universal state, Classical Philology, t. 81, 1986, p. 285-297.
  87. Balard, GenĂȘt, Rouche.
  88. Sotinel 2019, p. 138-141.
  89. (en) Timothy David Barnes, Early Christian Hagiography and Roman History, Mohr Siebeck, (ISBN 978-3-16-150226-2), chap. III (« The 'Great Persecution' (303-313) »), p. 97
  90. Lactance, De la mort des persécuteurs, XXXIII, 1.
  91. Robert Turcan, Constantin en son temps, Édition Faton, 2006, (ISBN 2-87844-085-4), p. 138.
  92. Par exemple sainte Catherine, saint Georges ou encore la légion thébaine.
  93. C’est la thĂšse avancĂ©e par AndrĂ© Piganiol dans son livre, L’empereur Constantin publiĂ© aux Ă©ditions Rieder en 1932.
  94. EusÚbe de Césarée, Vie de Constantin, III, 6-7.
  95. Ambroise, Lettres, 10, 9-10.
  96. L’empereur d’Orient promulgue des lois qui interdisent les doctrines s’opposant Ă  la foi de NicĂ©e : Code ThĂ©odose, 16, 1, 2 et 16, 5, 4.
  97. Code Théodose, 16, 5, 5.
  98. Code Théodose, 16, 1, 4.
  99. Histoire du droit, 1re année de DEUG, Université Paris X - Nanterre dans Histoire du droit Ire partie, titre 3, chapitre 1, et Esther Benbassa, article antisémitisme, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.
  100. Code Théodose, XVI, V, 7 et XVI, VII, 2
  101. Esther Benbassa, article antisémitisme, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.
  102. Maurice Sartre, « Des rites abominables et des mƓurs effrĂ©nĂ©es », L’Histoire, no 269 (octobre 2002), p. 32-35.
  103. Giovani Miccoli, « Ils ont tuĂ© le Christ
 », L’Histoire no 269 (octobre 2002), p. 36.
  104. Christol et Nony, p. 236.
  105. Lançon (1997), p. 62.
  106. Anne Boud’hors dans « L'Egypte ne devient entiĂšrement chrĂ©tienne qu'au Ve siĂšcle », sur Le Monde de la Bible.
  107. Les royaumes barbares : culture et religion, dans « CHAP 7... L'Europe corolingienne, culture et religion », sur cliohist.net, .
  108. Lançon (1997), p. 84.
  109. Peter Garnsey et Caroline Humfress, L’Évolution du monde de l’AntiquitĂ© tardive, chapitre 4, La DĂ©couverte, 2005.
  110. La lĂ©gende raconte qu’Antoine s’est retirĂ© dans le dĂ©sert Ă©gyptien comme ermite pendant la persĂ©cution de Maximien en 312. Sa renommĂ©e attire auprĂšs de lui un grand nombre de disciples imitant son ascĂ©tisme afin d’approcher la saintetĂ© de leur maĂźtre. Plus il se replie dans une rĂ©gion reculĂ©e et sauvage, et plus des disciples accourent. Ils construisent leurs huttes autour de celle de leur pĂšre spirituel rompant ainsi son isolement. C’est ainsi que serait nĂ©e la premiĂšre communautĂ© monastique, composĂ©e d’anachorĂštes vivant chacun dans leur propre maison.
  111. Lançon (1997), p. 67.
  112. On ignore Ă  partir de quand les chrĂ©tiens prennent l’habitude de fixer le calendrier de leurs fĂȘtes. Le chronographe de 354, communĂ©ment appelĂ© « calendrier de 354 », juxtapose la liste des saints Ă  cĂ©lĂ©brer, PĂąques, la NativitĂ©, la Natalice de Saint Pierre aux fĂȘtes romaines traditionnelles. Voir Jean-Loup LemaĂźtre, « Martyrologes et calendriers dans les manuscrits latins », sur AEDILIS, .
  113. Lançon (1997), p. 69.
  114. Guy Stroumsa, La Fin du sacrifice : Les mutations religieuses de l’AntiquitĂ© tardive, Paris, Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-9021-5), p. 167
  115. Sans doute s’agit-il aussi d’un legs de la philosophie platonicienne et de la volontĂ© du penseur grec d’imposer en politique la VĂ©ritĂ© philosophique comme norme absolue, idĂ©e reprise par le christianisme et sa thĂ©ologie.
  116. Garnsey et Humfress, op. cit., chapitre 5.
  117. Aujourd’hui, ce credo, Ă  une nuance prĂšs, est toujours partagĂ© par les trois confessions chrĂ©tiennes.
  118. Symbole de NicĂ©e de 325. Le concile de Constantinople de 381 ajoute que le Christ a Ă©tĂ© « engendrĂ© du PĂšre avant tous les siĂšcles, ceci pour montrer qu’il est incrĂ©Ă© ».
  119. Lançon (1997), p. 82.
  120. Jacques-Noël PérÚs dans Historia, disponible sur
  121. Dictionnaire universel et complet des conciles du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publiĂ© dans L’EncyclopĂ©die thĂ©ologique de l’abbĂ© Jacques-Paul Migne (1847), tomes 13 et 14.
  122. La religion copte dans Études sur l'Orthodoxie Copte en France.
  123. Le Monde de la Bible, entretien avec Anne Boud’hors dans Le Monde de la Bible, magazine d'histoire des religions - Religion monothĂ©iste.
  124. André Chastagnol, Le Bas-Empire, Armand Colin, 1999.
  125. Pierre Chuvin, Chronique des derniers paĂŻens, Les Belles Lettres, 1994.
  126. Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siĂšcle, les Belles Lettres.
  127. Henri Lavagne, « La tolĂ©rance de l’Église et de l’État Ă  l’égard des Ɠuvres d’art du paganisme dans l’AntiquitĂ© tardive », Études littĂ©raires, 2000.
  128. Code Justinien 1, 5, 12 : « Il est juste de priver de biens terrestres ceux qui n’adorent pas le vrai Dieu. »
  129. « S’ils dĂ©sobĂ©issent, qu’ils sachent qu’ils seront exclus de l’État et qu’il ne leur sera plus permis de rien possĂ©der, bien meuble ou immeuble ; dĂ©pouillĂ©s de tout, ils seront laissĂ©s dans l’indigence, sans prĂ©judice des chĂątiments appropriĂ©s dont on les frappera. » Code Justinien 1, 11, 10.
  130. Georges Ostrogorsky, ouvrage précité, p. 167
  131. Lançon (1997), p. 77.
  132. Lançon (1997), p. 112.
  133. Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec, Histoire romaine, Paris, PUF, 1995, p. 505.
  134. A.H.M. Jones, Le dĂ©clin du monde antique 284-610, Paris, Éditions Sirey, 1970, p. 297.
  135. Cette moissonneuse est connue par deux bas reliefs Ă  Arlon et Montauban-Buzenol et par la description de Palladius au IVe siĂšcle, Opus agriculturae, VII
  136. Ausone cite l’usage du moulin à eau
  137. Sous Honorius en 422, d’importantes surfaces sont rayĂ©es des registres d’impĂŽt comme improductives en Italie, en ByzacĂšne et en Afrique proconsulaire, tandis qu’on ne constate pas de semblable recul en Orient ; Roger Remondon, La crise de l’Empire romain, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problĂšmes, Paris, 1964, 2e Ă©dition 1970, p. 300-301
  138. Dans une intervention prononcĂ©e pendant le colloque international organisĂ© par la Chaire de recherche senior du Canada en interactions sociĂ©tĂ©-environnement naturel dans l’Empire romain dans Drames antiques.
  139. Christol et Nony, p. 219
  140. Anonyme, De rebus bellicis, 2.
  141. Lançon (1997), p. 47.
  142. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 29.
  143. Christol et Nony, p. 221.
  144. Peter Brown, Pouvoir et persuasion dans l’AntiquitĂ© tardive : vers un Empire chrĂ©tien, Seuil, 1998, p. 37.
  145. Voir Badel.
  146. Christol et Nony, p. 234.
  147. Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 28.
  148. Lançon (1997), p. 105.
  149. Christol et Nony, p. 223.
  150. Lançon (1997), p. 106.
  151. Christol et Nony, p. 224.
  152. Christol et Nony, p. 225.
  153. Ducellier, Kaplan et Martin, p. 30.
  154. Lançon (1997), p. 108.
  155. Christol et Nony, Des origines de Rome aux invasions barbares, p. 226.
  156. François DĂ©cret, « L’Afrique chrĂ©tienne, de la « grande persĂ©cution » Ă  l’invasion vandale », BibliothĂšque en ligne, Clio.fr
  157. M. O’Flynn, Generalissims of the Western Roman Empire, The Univ. of Alberta Press, 1983, p. 15
  158. Saint JĂ©rĂŽme, contemporain de Stilicon et nĂ© Ă  Stridon, Ă  la frontiĂšre entre la Dalmatie et la Pannonie, Ă©crit : « la mĂšre de Stilicon semble ĂȘtre Romaine
 ».
  159. Michel Balard, Jean-Philippe GenĂȘt, Michel Rouche, (1973), p. 24
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  161. Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec, Histoire romaine, Paris, PUF, 1995 (1991), p. 501-502.
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Annexes

Articles connexes

Bibliographie

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Sources latines et grecques

Autres sources

Liens externes

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