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Grégoire de Nazianze

GrĂ©goire de Nazianze (en grec ancien : Î“ÏÎ·ÎłÏŒÏÎčÎżÏ‚ ᜁ ΝαζÎčαΜζηΜός), ou « de Naziance », dit « le Jeune », ou encore GrĂ©goire le ThĂ©ologien, nĂ© en 329 en Cappadoce et mort en 390, est un thĂ©ologien et un Docteur de l'Église. Il fait partie avec Basile de CĂ©sarĂ©e et GrĂ©goire de Nysse des « PĂšres cappadociens ».

Grégoire de Nazianze
Saint chrétien
Image illustrative de l’article GrĂ©goire de Nazianze
IcÎne de Grégoire de Nazianze.
Pùre cappadocien, Docteur de l'Église
Naissance 329
Nazianze, Cappadoce Empire romain
DĂ©cĂšs (61 ans)
Nazianze, Empire byzantin
Vénéré à Cathédrale Saint-Georges à Constantinople et République monastique du Mont-Athos.
Docteur de l'Église
par le pape Pie V
VĂ©nĂ©rĂ© par l'Église catholique
Église orthodoxe
FĂȘte 2 janvier en mĂȘme temps que saint Basile dans l’Église catholique romaine, 25 janvier dans l’Église orthodoxe et dans les Églises catholiques orientales
Attributs GrĂ©goire est habillĂ© de paramentique d'Ă©vĂȘque, portant Ă  la main une Bible ou un parchemin. Il est traditionnellement peint chauve et barbu.

Issu d'une famille chrĂ©tienne, GrĂ©goire fait ses Ă©tudes Ă  Alexandrie puis Ă  AthĂšnes, oĂč il rencontre Basile de CĂ©sarĂ©e, qui devient son ami. Il rentre Ă  Nazianze, oĂč il est ordonnĂ© prĂȘtre par son pĂšre. OrdonnĂ© ensuite contre son grĂ© Ă©vĂȘque de Sasimes par Basile de CĂ©sarĂ©e, il ne peut s'Ă©tablir dans cette citĂ© et reste chez son pĂšre, devenant ainsi le premier Ă©vĂȘque auxiliaire de l'Église.

À la mort de son pĂšre, il dĂ©cide de se retirer pour mener une vie cĂ©nobitique. Il est invitĂ© Ă  Constantinople, oĂč il prend part Ă  la lutte contre l'arianisme et contre les divisions de l'Église de Constantinople. Partisan de la doctrine du concile de NicĂ©e, il cherche Ă  dĂ©fendre la place de l'Esprit Saint dans la thĂ©ologie orthodoxe.

L'empereur ThĂ©odose Ier impose GrĂ©goire de Nazianze comme Ă©vĂȘque de Constantinople. Il prĂ©side alors le concile de Constantinople mais dĂ©missionne alors que les dĂ©bats sont loin d'ĂȘtre achevĂ©s. Il retourne Ă  Nazianze, oĂč il Ă©crit de nombreuses lettres et discours en faveur notamment de la thĂšse qui considĂšre l'Esprit Saint comme l'une des personnes de la TrinitĂ©.

La richesse des Ă©crits thĂ©ologiques de GrĂ©goire conduit trĂšs vite Ă  sa reconnaissance dans toute la chrĂ©tientĂ©. Ses Ɠuvres sont traduites en latin, puis dans diffĂ©rentes langues. Il influence significativement la thĂ©ologie de la TrinitĂ© tant des PĂšres grecs que des PĂšres latins.

PĂšre de l'Église, il est introduit dans le brĂ©viaire comme Docteur de l'Église par le pape Pie V en 1568. Il est vĂ©nĂ©rĂ© tant par les catholiques que par les orthodoxes.

Ses reliques, transférées à Rome au VIIIe siÚcle pour éviter leur destruction lors de la querelle iconoclaste, ont été restituées en 2004 par le pape Jean-Paul II au patriarche Bartholomée Ier de Constantinople. Ce geste est à interpréter comme un signe de réconciliation entre catholiques et orthodoxes.

Jeunesse et formation

IcÎne russe du XVIe siÚcle représentant Grégoire de Nazianze.

Enfance

GrĂ©goire de Nazianze naĂźt Ă  Nazianze[A 1] en Cappadoce en 329[Note 1] - [G 1] de GrĂ©goire l'Ancien, un notable rĂ©cemment christianisĂ©[Note 2] assurant la charge d'Ă©vĂȘque de Nazianze, et de son Ă©pouse Nonna dont la famille est chrĂ©tienne depuis longtemps[1]. Il a une sƓur aĂźnĂ©e, Gorgonie, et un frĂšre cadet, CĂ©saire, qui devient par la suite le mĂ©decin de trois empereurs (Constance II, Julien et Jovien) puis questeur en Bithynie pour Valens[2]. Le prĂ©nom « GrĂ©goire » qu'il partage avec son pĂšre a une connotation chrĂ©tienne prononcĂ©e et signifie « le veilleur »[1].

Issu d'une famille trĂšs aisĂ©e et influente de Cappadoce – une rĂ©gion de l'Empire romain dirigĂ©e par quelques clans d'une aristocratie cultivĂ©e au sein desquels sont recrutĂ©s les Ă©piscopes[I 1] – GrĂ©goire est ainsi destinĂ© a priori Ă  succĂ©der Ă  son pĂšre sur le siĂšge Ă©piscopal et reçoit sa premiĂšre formation dans le cercle familial. Il est Ă©duquĂ© dans ses jeunes annĂ©es avec CĂ©saire par un parent de la famille, Amphiloque d'Iconium, et un pĂ©dagogue du nom de CartĂ©rios[3] - [A 2]. CartĂ©rios l'accompagne lorsque, vers l'Ăąge de douze ans, il est envoyĂ© dans la ville de CĂ©sarĂ©e de Cappadoce pour y suivre un enseignement en littĂ©rature grecque dans des Ă©coles locales de grammairiens[F 1] - [G 1]. C'est lĂ  qu'il rencontre Basile de CĂ©sarĂ©e[B 1], qui, Ă  l'Ă©poque, n'est encore qu'un condisciple parmi d'autres[A 3].

TempĂȘte

Vers l'ùge de dix-huit ans, il voyage et visite Antioche et Jérusalem avant de se rendre à Alexandrie[A 4] - [F 1], pour y faire des études supérieures[C 1] - [F 1] . Il y rencontre probablement Athanase d'Alexandrie[G 1]. puis s'en va terminer ses études à AthÚnes[A 4] - [F 1].

Lors d'un voyage entre Alexandrie et AthĂšnes, son bateau est pris dans une tempĂȘte au cours de laquelle il pense mourir. Cet Ă©vĂ©nement marque un tournant dans sa vie[B 2] : le baptĂȘme se pratiquant tardivement Ă  cette Ă©poque[4] et GrĂ©goire redoutant de mourir non baptisĂ©[B 2] - [C 2], il fait alors la promesse de se consacrer Ă  Dieu s'il survit, comme il l'explique dans ses Ă©crits : « À toi j'Ă©tais auparavant, tien je suis maintenant. Pour toi je vivrai si j'Ă©chappe Ă  ce danger ! Ton disciple est tombĂ© dans la tempĂȘte : dissipe ce songe, ou viens marchant sur l'eau et que cette horreur cesse »[B 3] - [D 1].

AthĂšnes

Il arrive à l'Académie d'AthÚnes[B 3] à la fin de 350. Dans cette ville cosmopolite, il suit les leçons du chrétien Prohaérésios et du rhéteur païen Himérios, l'Académie n'étant pas confessionnelle[G 2] - [B 4]. Il apprend la rhétorique, ainsi que la mythologie grecque en étudiant HomÚre, Euripide et Sophocle[F 1].

Il se lie d'amitiĂ© avec Basile de CĂ©sarĂ©e, qui Ă©tudie comme lui Ă  l'AcadĂ©mie. Cette amitiĂ© naĂźt du fait que GrĂ©goire de Nazianze accueille Basile et lui Ă©pargne le rituel de bizutage lors de son entrĂ©e Ă  l'AcadĂ©mie[B 1] - [C 3], consistant en diverses humiliations et railleries[B 1]. Plus tard, lors d'un concours de rhĂ©torique, un groupe d'Ă©tudiants armĂ©niens entend rĂ©duire au silence le nouveau venu qui est prĂ©cĂ©dĂ© par une notoriĂ©tĂ© de dialecticien douĂ©. GrĂ©goire se joint ingĂ©nument aux ArmĂ©niens dans ce concours, avant de se rendre compte de leurs mauvaises intentions et de retourner la situation en faveur de Basile[5]. À propos de cet Ă©pisode, GrĂ©goire rapporte : « Ce fut le prĂ©lude Ă  notre amitiĂ© ; c'est de lĂ  que jaillit l'Ă©tincelle de notre union ; c'est ainsi que nous fĂ»mes touchĂ©s l'un par l'autre »[B 4] - [6].

Durant ses premiĂšres annĂ©es d'Ă©tudes Ă  AthĂšnes, GrĂ©goire joue probablement un rĂŽle de tuteur ou de professeur auprĂšs de Basile[C 3]. Dans ses Ă©crits, il insiste sur le caractĂšre spirituel de leur relation. C'est leur foi en Dieu, dans une Ă©cole oĂč de nombreux paĂŻens Ă©taient prĂ©sents, qui incite les deux Ă©tudiants Ă  se lier d'amitiĂ©. Alors que l'on Ă©tudie principalement les lettres classiques, les deux hommes dĂ©veloppent le mĂȘme goĂ»t pour la vie contemplative et cĂ©nobitique[C 4].

AprĂšs plusieurs annĂ©es, GrĂ©goire a pour Basile une certaine admiration[7], le considĂ©rant alors davantage comme un maĂźtre[B 5] : « Mon devoir est de le suivre, comme l'ombre suit le corps » explique-t-il, affirmant Ă©galement que « Basile Ă©tait supĂ©rieur Ă  tous par sa vie, sa parole, son Ă©thique »[B 5]. Il a pour autre condisciple le futur empereur Julien, dont il fait plus tard un portrait redoutablement critique, lorsque celui-ci interdit aux chrĂ©tiens d’enseigner la culture profane, sous prĂ©texte qu’ils seraient appelĂ©s Ă  enseigner quelque chose Ă  quoi ils ne croyaient pas ! Or, c’était prĂ©cisĂ©ment dans cette culture, qui constituait la formation de l’élite intellectuelle de l’Empire, qu’ils avaient eux-mĂȘmes Ă©tĂ© instruits, aux cĂŽtĂ©s de leurs condisciples paĂŻens, ce contre quoi  Julien ne s’élevait d’ailleurs pas. Nombre de chrĂ©tiens et non des moindres Ă©taient en effet rhĂ©teurs, voire fils de rhĂ©teurs, comme Basile de CĂ©sarĂ©e par exemple. C’est que le systĂšme d’éducation Ă©tait neutre, religieusement parlant, comme si l’unitĂ© culturelle Ă©tait le critĂšre dĂ©terminant d’un tel systĂšme. Or Julien prĂŽne un retour au paganisme.

AprĂšs une solide formation de prĂšs de huit annĂ©es, d'une longueur inhabituelle pour des Ă©tudiants de l'Ă©poque[1], Basile dĂ©cide de rentrer auprĂšs de sa famille[B 6] tandis que GrĂ©goire, alors ĂągĂ© de 30 ans, reste encore quelque temps Ă  l'AcadĂ©mie Ă  AthĂšnes oĂč il est promu professeur de rhĂ©torique[E 1] - [G 2].

Vie religieuse

Illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, anonyme, XIe siÚcle, BNF.

Vers le sacerdoce

À la demande de son pĂšre, GrĂ©goire de Nazianze, qui souhaite se consacrer Ă  la thĂ©ologie et espĂšre vivre une vie cĂ©nobitique ou anachorĂ©tique[C 5] en Ă©tudiant et suivant l'ascĂ©tisme chrĂ©tien, rentre chez lui en 358. En tant que fils aĂźnĂ©, il est l'hĂ©ritier de la famille[B 7], et son pĂšre lui demande alors de prendre la charge de la propriĂ©tĂ© familiale d'Arianze. C'est vers cette Ă©poque que GrĂ©goire[B 7] et Basile semblent avoir Ă©tĂ© baptisĂ©s[1].

La mĂȘme annĂ©e, Basile revient de voyages au cours desquels il a visitĂ© des moines d'Égypte, de MĂ©sopotamie et de Syrie, et fonde Ă  son tour une petite communautĂ© monastique Ă  Anisa[8] dans la rĂ©gion du Pont[E 1]. Si GrĂ©goire dĂ©sire le rejoindre au nom d'une ancienne promesse, il ne peut s'exĂ©cuter. Il Ă©crit Ă  Basile : « J'ai manquĂ©, je l'avoue, Ă  ma promesse : ĂȘtre avec toi et de vivre avec toi en philosophe, voilĂ  Ă  quoi je m'Ă©tais engagĂ© dĂšs le temps de notre sĂ©jour Ă  AthĂšnes, de notre amitiĂ© lĂ -bas et de notre fusion l'un Ă  l'autre — je ne puis employer de terme plus juste que ceux-lĂ . Mais, si j'ai manquĂ© Ă  ma parole, c'est malgrĂ© moi ; c'est parce qu'une loi a prĂ©valu sur une autre : celle qui ordonne de prendre soin de ses parents l'a emportĂ© sur celle de la camaraderie et de l'intimitĂ© »[C 6] - [9].

MalgrĂ© son refus de s'Ă©tablir avec Basile pour seconder son pĂšre, GrĂ©goire rend nĂ©anmoins visite Ă  plusieurs reprises Ă  son ami — avec lequel il entretient par ailleurs une correspondance — dans son monastĂšre[C 7]. Ils y font ensemble des exercices ascĂ©tiques[G 2]. Les journĂ©es se divisent alors entre du jardinage, des pĂ©riodes d'Ă©tudes de la Bible et des Ɠuvres d'OrigĂšne[B 8], ainsi que des moments de priĂšres[G 2]. Du travail sur OrigĂšne naĂźt l'anthologie intitulĂ©e Philocalie[G 2]. GrĂ©goire assiste Basile de CĂ©sarĂ©e dans la rĂ©daction des rĂšgles morales et ascĂ©tiques qui sont Ă  la base de la lĂ©gislation monastique de l'Église orthodoxe[B 9].

AprÚs un temps de réflexion, Grégoire décide de renoncer à la vie anachorétique : « J'étais possédé par le désir des livres divins et par la lumiÚre de l'Esprit qui réside dans la contemplation de la Parole, chose qui ne s'accomplit pas dans le désert et son calme »[B 10].

Son pĂšre le presse de devenir prĂȘtre vers la fin de 361[F 1] - [G 3], ce qu'il vit comme « une tempĂȘte terrible »[B 11], ne se sentant pas digne de l'ordination, ni prĂȘt Ă  remplir cette fonction[G 3]. Il refuse d'autant plus que cette ordination l'empĂȘche d'appartenir Ă  une communautĂ© cĂ©nobitique. Il se rĂ©fugie chez son ami Basile[E 2] qui le convainc d'accepter son presbytĂ©rat. Il dĂ©cide alors de revenir en 362[B 12] et, Ă  l'occasion de PĂąques, il prononce le discours de l'« ApologĂ©tique »[G 3]. Dans ce discours, il dĂ©fend sa fuite et dĂ©veloppe sa conception du sacerdoce[E 2].

Presbytérat

Le presbytérat de Grégoire de Nazianze est constitué en grande partie par l'administration du diocÚse de son pÚre Grégoire l'Ancien[B 13]. Cette période est marquée par l'avÚnement de l'empereur Julien. En 362, celui-ci promulgue un édit qui interdit aux chrétiens d'enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophie[10], soit l'ensemble de l'instruction profane. Grégoire de Nazianze s'oppose alors avec virulence à l'empereur Julien dans deux discours célÚbres Discours contre Julien[B 14].

Quelque temps plus tard, son pĂšre GrĂ©goire l'Ancien signe un acte de foi homoiousien, qui est refusĂ© par une partie de son clergĂ©, principalement les communautĂ©s cĂ©nobitiques[G 3] - [B 15]. Cet acte provoque un schisme au sein du diocĂšse pendant une courte pĂ©riode. GrĂ©goire de Nazianze aide Ă  pacifier la situation par son rĂŽle dans l'administration de l'Ă©vĂȘchĂ©[B 16] - [11]. Le concours de Basile de CĂ©sarĂ©e, qui jouit d'une grande influence auprĂšs des cĂ©nobites de la province, permet d'apaiser les diffĂ©rends au sein du diocĂšse[A 5].

GrĂ©goire a progressivement le rĂŽle non officiel de vicaire gĂ©nĂ©ral de Nazianze en 363. Dans le mĂȘme temps, Basile a un rĂŽle semblable auprĂšs de l'Ă©vĂȘque de CĂ©sarĂ©e, EusĂšbe, avec lequel il entre dĂ©saccord, ce qui le pousse Ă  se retirer dans son monastĂšre. GrĂ©goire de Nazianze Ă©crit alors des lettres Ă  Basile et l'encourage Ă  retourner Ă  sa tĂąche auprĂšs de son Ă©vĂȘque, malgrĂ© la difficultĂ© de leurs relations. Le frĂšre de GrĂ©goire, CĂ©saire de Nazianze, est mĂ©decin au service de l'empereur Julien au grand dĂ©sespoir de sa famille[12] ; GrĂ©goire lui Ă©crit pour l'adjurer de renoncer Ă  sa vie de cour[B 17]. CĂ©saire dĂ©cide alors de rentrer Ă  Nazianze[A 6]. En juin de la mĂȘme annĂ©e, l'empereur meurt, remplacĂ© par Jovien. CĂ©saire retourne auprĂšs du nouvel empereur[A 5] qui le traite en ami. Son successeur, Valens, lui accorde une charge importante liĂ©e au trĂ©sor[2].

CĂ©saire — marquĂ© par le tremblement de terre qui dĂ©truit en la ville de NicĂ©e oĂč il rĂ©side — puis sa sƓur Gorgonie meurent en 369[G 4] - [B 17]. GrĂ©goire leur consacre deux panĂ©gyriques dans lesquels il dĂ©finit ce qu'il entend par la saintetĂ©[B 18].

En 370, l'Ă©vĂȘque EusĂšbe est mourant et Basile, qui veut le remplacer Ă  la tĂȘte du diocĂšse de CĂ©sarĂ©e, cherche Ă  obtenir l'aide de GrĂ©goire dans cette entreprise. Pressentant un refus de GrĂ©goire pour cette mission, Basile lui Ă©crit en affirmant qu'il a besoin de lui de toute urgence et qu'il est mourant[Note 3] - [A 7]. GrĂ©goire, se rendant au chevet de son ami, devine en chemin que celui-ci n'est pas malade en voyant des Ă©vĂȘques se diriger vers CĂ©sarĂ©e afin de prĂ©parer la succession d'EusĂšbe[B 18] - [A 8]. GrĂ©goire de Nazianze se sent alors trahi[G 3] et dĂ©cide de faire demi-tour, Ă©crivant une lettre Ă  Basile[A 9]. Le pĂšre de GrĂ©goire de Nazianze, GrĂ©goire l'Ancien, envoie une lettre en son nom Ă  CĂ©sarĂ©e, afin de favoriser l'Ă©lection de Basile en tant qu'Ă©vĂȘque de la ville[B 18] - [A 10]. En outre, malgrĂ© son Ăąge avancĂ©, GrĂ©goire l'Ancien se dĂ©place Ă  CĂ©sarĂ©e, afin de peser sur l'Ă©lection de l'Ă©vĂȘque, qui s'Ă©ternise[B 19]. Basile devient alors Ă©vĂȘque de la ville qui lui donne son nom.

La lutte pour le siĂšge de Sasimes

D'ùpres différends d'ordre théologique opposent à cette époque les tenants de l'arianisme aux partisans du Credo nicéen, concernant la nature de la subordination du Fils au PÚre. Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée font partie de ces derniers. D'autre part, l'Empire romain est divisé en deux depuis la mort de Jovien en 364. En Occident rÚgne Valentinien Ier, en Orient son frÚre Valens. Celui-ci favorise l'arianisme.

Pour des raisons administratives, en 370, le coempereur d'Orient dĂ©cide de scinder la Cappadoce en deux provinces homonymes[13] en faisant de Tyane la capitale de la seconde Cappadoce[A 11]. Les deux raisons qui motivent cette division sont de pouvoir mieux contrĂŽler les rĂ©gions de l'Empire romain, et ainsi d'augmenter les impĂŽts de façon moins visible, mais aussi de favoriser l'arianisme dans une rĂ©gion oĂč Basile de CĂ©sarĂ©e dĂ©fend l'orthodoxie de NicĂ©e[B 20]. L'Ă©vĂȘque de Tyane devient donc mĂ©tropolite indĂ©pendant de Basile. Les consĂ©quences de cette division sont doubles : la premiĂšre est que les ressources Ă©conomiques du mĂ©tropolite de CĂ©sarĂ©e sont amoindries[B 21] ; la seconde, qu'une partie des Ă©vĂȘchĂ©s prĂ©cĂ©demment sous la responsabilitĂ© de l'Ă©vĂȘque de CĂ©sarĂ©e Ă©chappent dĂ©sormais Ă  son influence. Cela a pour effet de favoriser l'arianisme avec la mise en place d'Ă©vĂȘques qui en sont partisans[B 21] - [I 2].

Basile n'accepte pas cet Ă©tat de fait : il refuse de reconnaĂźtre la nouvelle province et continue Ă  y nommer ses Ă©vĂȘques. En 372, il propose Ă  GrĂ©goire de l'ordonner Ă©vĂȘque de Sasimes[B 22] - [C 8] - [H 1]. MalgrĂ© les rĂ©ticences du thĂ©ologien, liĂ©es au fait qu'il n'a pas encore abandonnĂ© toute vocation anachorĂ©tique, celui-ci accepte au nom de son amitiĂ© avec Basile. Cependant, l'Ă©vĂȘque arien de Tyane, Anthime, l'empĂȘche de prendre possession de son siĂšge Ă©piscopal[F 1]. À la suite de cet Ă©pisode vĂ©cu avec dĂ©goĂ»t, GrĂ©goire accuse Basile de l'avoir nommĂ© dans le cadre d'une lutte de pouvoir[B 23] - [D 2]. Face Ă  l'impossibilitĂ© d'assurer sa charge d'Ă©vĂȘque, il se retire dans le dĂ©sert, en refusant catĂ©goriquement de revenir Ă  Sasimes[A 12]. Il se dĂ©cide finalement Ă  retourner Ă  Nazianze, suivant l'ordre de son pĂšre[A 12]. Le fait que le thĂ©ologien n'ait pas pu s'installer sur son siĂšge Ă©piscopal fait de lui le premier Ă©vĂȘque auxiliaire de l'histoire de l'Église[A 13].

AprÚs la mort de son pÚre en 374, Grégoire se considÚre comme libre de toute obligation[A 14] - [G 4]. Il se retire à Séleucie d'Isaurie[F 1] - [H 1], à plus de cinq cents kilomÚtres de Nazianze. Il y mÚne pendant quatre ans une vie cénobitique[A 14]. Il quitte cependant sa retraite à la suite des changements de gouvernance qui affectent l'Empire d'Orient en 378 : Valens ayant été tué, Théodose Ier devient le nouvel empereur. Une délégation venue de Constantinople, envoyée par sa cousine Théodosie, l'informe des changements de situation et lui demande alors de gagner Constantinople[A 15] - [H 1], afin de participer aux luttes d'influence qui s'y déroulent. AprÚs avoir demandé conseil à Basile, sans doute en lui rendant visite à Césarée, Grégoire de Nazianze rejoint la capitale à la fin de l'année[A 16].

Le premier , Basile de CĂ©sarĂ©e meurt, ce qui peine considĂ©rablement GrĂ©goire. Il Ă©crit alors une lettre cĂ©lĂšbre au frĂšre de son ami, GrĂ©goire de Nysse, oĂč il dit son Ă©motion. Il prononcera plus tard un Ă©loge funĂšbre, dans lequel il donne une description dĂ©taillĂ©e de Basile[14], tĂ©moignant de sa rĂ©conciliation avec son vieil ami.

ÉvĂȘque de Constantinople

Représentation du XIe siÚcle de Grégoire de Nazianze arrivant à Constantinople

Arrivée à Constantinople

C'est pendant cette période qu'il écrit plus de la moitié de ses Discours, une période de deux ans et demi pendant laquelle il rédige également l'essentiel de ses écrits théologiques[B 24].

GrĂ©goire est invitĂ© Ă  Constantinople aprĂšs la mort de Valens (378) afin de participer Ă  un concile. Il s'installe alors chez sa cousine ThĂ©odosie, mariĂ©e Ă  un membre de l'une des plus grandes familles de Constantinople[A 17]. GrĂ©goire y est Ă  la tĂȘte d'une communautĂ© chrĂ©tienne marginale, fidĂšle au premier concile de NicĂ©e, alors que la ville est dirigĂ©e par l'Ă©vĂȘque arien DĂ©mophile[A 18]. Il ouvre dans la ville un petit sanctuaire qu'il appelle sainte Anastasie (du substantif grec anastasis qui signifie rĂ©surrection)[E 2]. L'influence de GrĂ©goire de Nazianze croĂźt peu Ă  peu au cours des annĂ©es 379 et 380[A 18].

Il enseigne publiquement ou Ă  un groupe d'Ă©tudiants dĂšs son arrivĂ©e et au dĂ©but du concile. JĂ©rĂŽme de Stridon, qui bĂ©nĂ©ficie de son enseignement, qualifie plus tard GrĂ©goire d'expert exĂ©gĂšse : « Ses leçons m'ont expliquĂ© l'Écriture »[A 19] - [15] - [16]. GrĂ©goire dĂ©fend la foi en un Dieu trinitaire dĂ©finie par le premier concile de NicĂ©e de 325, en grande partie remise en cause par l'arianisme[A 20]. Ses prĂ©dications ont cependant un caractĂšre limitĂ©, dans la mesure oĂč la majoritĂ© des Ă©glises sont contrĂŽlĂ©es par les ariens[A 21].

La fĂȘte de PĂąque Ă©tait l'occasion des principales professions de foi lors des cĂ©lĂ©brations, les professions de foi Ă©tant alors Ă©noncĂ©es publiquement[A 22]. Lors de la PĂąque 379, GrĂ©goire, qui officie, est accusĂ© d'hĂ©rĂ©sie et est exclu violemment pendant une Divine Liturgie. Cette exclusion marque les divergences existant entre les partisans de l'arianisme et les partisans de NicĂ©e, au cƓur desquelles figurent les dĂ©finitions de Dieu. Il demande dans ses Ă©crits que l'on se souvienne de ses lapidations : « je fus reçu avec des pierres, comme d'autres sont reçus avec des fleurs ». Il est dans le mĂȘme temps accusĂ© d'assassinat, et est acquittĂ© devant le tribunal[B 24]. À la suite de cette agression, il veut fuir Constantinople. Il affirme toutefois avoir Ă©tĂ© convaincu de rester par des fidĂšles qui lui dirent « Ô, PĂšre, en nous abandonnant, vous chassez la TrinitĂ© »[E 3].

Au dĂ©but de l'annĂ©e 380, l'empereur ThĂ©odose le Grand tombe gravement malade. Il dĂ©cide de se faire baptiser et choisit lors de son baptĂȘme la profession de foi issue du premier concile de NicĂ©e. Son baptĂȘme va contribuer Ă  changer radicalement le rapport de force entre les partisans de l'arianisme et ceux du concile de NicĂ©e. ThĂ©odose enjoint, dĂšs , de suivre la foi de NicĂ©e en publiant l'Ă©dit de Thessalonique, qui fait du christianisme et du credo du premier concile de NicĂ©e la religion officielle de l'Empire romain. Cette dĂ©cision condamne l'arianisme. GrĂ©goire est alors de plus en plus Ă©coutĂ© et il reçoit des insignes Ă©piscopaux, Ă©tant reconnu comme Ă©vĂȘque de Constantinople[A 23]. Au cours de cette pĂ©riode, GrĂ©goire Ă©crit cinq discours[17] appelĂ©s Discours thĂ©ologiques, qui sont l'une de ses Ɠuvres maĂźtresses sur la TrinitĂ©[H 2] - [A 24].

GrĂ©goire fait la connaissance de Maxime, un philosophe cynique venu d'Alexandrie[A 25]. Maxime gagne la confiance de GrĂ©goire et part afin de le reprĂ©senter auprĂšs du clergĂ© d'Alexandrie[A 25]. LĂ  il rencontre Pierre, l'Ă©vĂȘque d'Alexandrie et, soutenu par ce dernier[18], trahit GrĂ©goire en se faisant ordonner Ă©vĂȘque de Constantinople par des Ă©vĂȘques Ă©gyptiens, Ă  la place de GrĂ©goire[E 4]. Il revient Ă  Constantinople et cherche Ă  prendre le siĂšge Ă©piscopal. La tentative Ă©choue mais provoque chez GrĂ©goire un vrai traumatisme, Ă  propos duquel il Ă©crit plusieurs Discours[A 26].

Le , l'empereur ThĂ©odose Ier arrive Ă  Constantinople. Le lendemain, il convoque GrĂ©goire de Nazianze et lui demande de remplacer l'Ă©vĂȘque DĂ©mophile Ă  la tĂȘte de Constantinople. Le , tout le clergĂ© n'ayant pas acceptĂ© le symbole de NicĂ©e est considĂ©rĂ© comme hĂ©rĂ©tique[A 27]. Le , GrĂ©goire de Nazianze est installĂ© par l'empereur ThĂ©odose Ier Ă©vĂȘque de Constantinople, dans l'Église des Saints-ApĂŽtres[I 3] - [A 28]. Cette nomination ne va pas sans poser problĂšme, dans la mesure oĂč GrĂ©goire de Nazianze a Ă©tĂ© consacrĂ© Ă©vĂȘque de Sasimes et qu'il n'a donc pas le droit d'ĂȘtre Ă©vĂȘque d'un autre lieu, conformĂ©ment Ă  l'un des canons du concile de NicĂ©e. Sa nomination par l'empereur est considĂ©rĂ©e par beaucoup comme non lĂ©gitime[A 29].

En tant qu'Ă©vĂȘque, GrĂ©goire de Nazianze prĂȘche souvent. La fĂȘte de l'Épiphanie, l'une des principales fĂȘtes chrĂ©tiennes sur le baptĂȘme de JĂ©sus, est l'occasion pour GrĂ©goire de faire sa plus longue homĂ©lie sur la TrinitĂ©[A 30]. Il cherche aussi Ă  favoriser le baptĂȘme des plus jeunes, le baptĂȘme Ă©tant souvent donnĂ© tardivement[A 31]. Il prĂȘche pour que tous les chrĂ©tiens puissent ĂȘtre baptisĂ©s quel que soit leur Ăąge. Au cours d'une homĂ©lie concernant le mariage, GrĂ©goire de Nazianze plaide pour des changements de la lĂ©gislation de l'adultĂšre. L'adultĂšre condamne alors uniquement les femmes, et GrĂ©goire de Nazianze demande que le rĂ©gime soit le mĂȘme pour les hommes[A 32]. De mĂȘme il demande que l'autoritĂ© parentale ne soit pas uniquement rĂ©servĂ©e Ă  l'homme, mais qu'elle soit reconnue Ă©galement aux femmes[A 32].

Premier concile de Constantinople

Représentation d'une homélie de Grégoire de Nazianze du premier concile de Constantinople dans un ouvrage datant de 879-882, BnF (Ms grec 510)

ThĂ©odose Ier dĂ©cide de convoquer le deuxiĂšme concile de l'histoire du christianisme en [A 33]. Le premier concile de Constantinople, plus restreint que le concile de NicĂ©e dans la mesure oĂč aucun Ă©vĂȘque latin n'a Ă©tĂ© invitĂ©[19], a pour vocation de restaurer la foi proclamĂ©e par le symbole de NicĂ©e[A 34]. Au mĂȘme moment, GrĂ©goire, qui a une santĂ© fragile, tombe malade au point qu'il rĂ©dige son testament le [A 35].

La prĂ©sidence du concile revient naturellement Ă  l'Ă©vĂȘque de Constantinople. NĂ©anmoins, le non-respect des canons du concile de NicĂ©e, qui affirme que l'on n'a pas le droit d'ĂȘtre Ă©vĂȘque d'un autre lieu que celui pour lequel on a Ă©tĂ© ordonnĂ©, pose problĂšme, GrĂ©goire de Nazianze Ă©tant Ă©vĂȘque de Sasimes. On choisit donc l'Ă©vĂȘque MĂ©lĂšce Ier d'Antioche, le doyen du concile, comme prĂ©sident. Le concile dĂ©cide alors, sous l'impulsion de ThĂ©odose, de nommer officiellement GrĂ©goire de Nazianze comme Ă©vĂȘque de Constantinople. Quelques jours plus tard, MĂ©lĂšce meurt, et GrĂ©goire de Nazianze est dĂšs lors nommĂ© prĂ©sident Ă  sa place[A 36].

Il se heurte nĂ©anmoins Ă  de fortes oppositions au concile qu'il prĂ©side dĂšs 381. En effet, il n'obtient pas l'adhĂ©sion de la dĂ©lĂ©gation venue d'Alexandrie, qui a ordonnĂ© Maxime comme Ă©vĂȘque de Constantinople. De plus, il doit affronter des problĂšmes de santĂ©. GrĂ©goire dĂ©nonce alors l'ambiance du concile dans ses Ă©crits ; en parlant des membres du concile il affirme :

« Cet immense ramassis de trafiquants du Christ, c'est quand quelqu'un aura su allier au bourbier la bonne senteur d'un parfum immaculé que je le laisserai approcher[A 37]... Les séances dépendaient de qui elles pouvaient, elles dépendaient de tout le monde, autant vaut dire de personne, car l'autorité du nombre, c'est l'anarchie[A 38]. »

Le concile de NicĂ©e avait omis de parler de la nature divine de l'Esprit Saint ; or, lors du premier concile de Constantinople, cette question fait dĂ©bat entre les Ă©vĂȘques, mais surtout pour GrĂ©goire de Nazianze qui veut que l'on reconnaisse la nature divine du Saint Esprit. Sa position doctrinale repose sur la formule de l’homoousios (consubstantialitĂ© du PĂšre, du Fils et du Saint-Esprit, selon le credo de NicĂ©e). Lors du concile, les Ă©vĂȘques utilisent une autre formule, l’ekporeuomenon (expression selon laquelle l'Esprit Saint procĂšde du PĂšre)[A 39]. Cette formule est une vision minimaliste, qui pouvait ĂȘtre fragilisĂ©e par certains thĂ©ologiens ariens. Cependant, mĂȘme si la formule de GrĂ©goire n'est pas consacrĂ©e, le concile de Constantinople reconnaĂźt ouvertement, mĂȘme si c'est de façon minimaliste, la divinitĂ© de l'Esprit Saint.

Face Ă  l'impossibilitĂ© de pouvoir influencer davantage les pĂšres du concile et en raison de la contestation de sa nomination comme Ă©vĂȘque de Constantinople, ainsi que de sa façon de s'acquitter de sa fonction, GrĂ©goire de Nazianze dĂ©cide finalement de dĂ©missionner en 381 du concile[A 40] - [H 1]. En partant, il Ă©crit un discours virulent contre les membres du concile de Constantinople et sur l'importance donnĂ©e Ă  l'apparence[E 5] :

« J'ignorais qu'il fallĂ»t rivaliser avec les consuls, les prĂ©fets et les gĂ©nĂ©raux... J'ignorais qu'il me fallĂ»t prendre le bien des pauvres pour vivre dans le luxe et la bonne chĂšre... et porter aux autels l'odeur des festins. J'ignorais qu'il fallĂ»t me montrer sur les chars... promener par la ville un grand train et forcer la foule craintive Ă  se ranger des deux cĂŽtĂ©s de ma route, comme elle le fait au passage des bĂȘtes[20] ! »

Retraite de Grégoire de Nazianze

À la suite de sa dĂ©mission du concile, il dĂ©cide de retourner Ă  Nazianze en 381. Il semble passer un temps Ă  se reposer et Ă  se soigner[A 41]. Il dirige alors le diocĂšse de Nazianze de maniĂšre intĂ©rimaire, le diocĂšse n'ayant pas encore d'Ă©vĂȘque[A 41].

Il Ă©crit l'Ă©loge funĂšbre de Basile de CĂ©sarĂ©e[E 6] - [21], qui est Ă  la fois un Ă©loge de son ami dĂ©funt et un vĂ©ritable plaidoyer pour la fonction Ă©piscopale. Il fait l'Ă©loge de Basile, qu'il dĂ©crit comme un Ă©vĂȘque profondĂ©ment croyant et priant, qui a suivi la volontĂ© de Dieu, en prĂ©fĂ©rant la suivre Ă  tout prix, et prĂ©fĂ©rant Dieu Ă  tout. GrĂ©goire fait l'Ă©loge de la formation et de la culture de Basile, s'insurgeant contre les ignorants et les borgnes qui se limitent Ă  la formation morale[A 42].

Grégoire de Nazianze profite de cette période pour écrire beaucoup. Non seulement des discours, mais aussi des lettres à ses amis[G 5]. Le concile de Constantinople continue en 382 et en 383, mais Grégoire refuse d'y participer tout en s'y intéressant et en conseillant ses amis pour la suite du concile[A 43]. Il perçoit avec lucidité l'importance que peut avoir la théologie d'Apollinaire de Laodicée, débat par écrit et attire l'attention de son successeur à Constantinople sur les problÚmes que l'apollinarisme peut poser. Il utilise des formules nettes qui sont reprises par les canons orthodoxes, affirmant à propos de la nature de la deuxiÚme personne de la Trinité qu'il y a un seul Fils ayant deux natures : celle de Dieu fait homme et celle d'homme divinisé. :

Il Ă©crit trois petits traitĂ©s dits Lettres thĂ©ologiques, mais aussi des poĂšmes, dont le plus long est son autobiographie. Il remanie ses Ă©crits et ses discours[A 44]. À partir de 389, il se retire de toute vie active Ă  Arianze. Il Ă©crit les discours 44 et 45 et meurt en 390.

Postérité

Homélies de Grégoire de Nazianze. Songe de Constantin et bataille du pont Milvius, dans un ouvrage grec datant de 879-882. BnF (Ms grec 510)

Écrits

GrĂ©goire de Nazianze reste dans la postĂ©ritĂ© du fait de ses nombreux Ă©crits, principalement ses discours thĂ©ologiques. Il a laissĂ© Ă©galement 45 discours, dont la moitiĂ© prononcĂ©e Ă  Constantinople[F 1]. DiffĂ©rents sermons ont Ă©tĂ© distinguĂ©s : cinq discours dits « thĂ©ologiques » (Discours 27 Ă  35), le discours panĂ©gyrique d'Athanase d'Alexandrie (discours 21), les oraisons funĂšbres de son pĂšre GrĂ©goire l'Ancien (discours 18), de son frĂšre CĂ©saire de Nazianze et de sa sƓur Gorgonie (discours 7 et 8), de Basile de CĂ©sarĂ©e (discours 43), et deux discours contre Julien. Il a aussi Ă©crit de nombreux poĂšmes thĂ©ologiques et historiques qui traitent d'Ă©vĂ©nements de sa vie, ainsi qu'un poĂšme autobiographique (le poĂšme 11)[H 2] et une tragĂ©die, la Passion du Christ vĂ©cue au travers du personnage de Marie[I 4]. Une partie de la production poĂ©tique de GrĂ©goire est formellement influencĂ©e par la poĂ©sie Ă©pique — bien qu'il en rejette les thĂšmes — et s'exprime en hexamĂštres dactyliques ainsi qu'en distiques Ă©lĂ©giaques, des formes morphologiques et lexicales puisĂ©es dans le corpus homĂ©rique dont l'usage est Ă  la mode au IVe siĂšcle[22].

Deux cent quarante-deux lettres de Grégoire de Nazianze ont été conservées[G 5], dont certaines ont une grande importance théologique (les lettres 101, 102, 202[23]) contre l'apollinarisme[F 1].

Les oraisons funĂšbres constituent un genre que GrĂ©goire a introduit dans l'Église. Il a christianisĂ© les Ă©loges funĂšbres paĂŻens, crĂ©ant un nouveau genre littĂ©raire[F 1].

La majoritĂ© des Ă©crits qui nous sont parvenus date de la fin de sa vie. DĂšs la fin du siĂšcle, neuf discours de GrĂ©goire de Nazianze sont traduits en latin par Rufin d'AquilĂ©e[A 45]. TrĂšs vite, certains de ses Ă©crits sont traduits en arabe, copte, armĂ©nien, syriaque. Des manuscrits de GrĂ©goire de Nazianze sont rĂ©pertoriĂ©s dĂšs le VIIIe siĂšcle, chose extrĂȘmement rare pour l'Ă©poque[A 46]. Jacques-BĂ©nigne Bossuet puise des Ă©lĂ©ments de l’ApologĂ©tique pour rĂ©diger le Sermon sur l'UnitĂ© de l'Église, ainsi que son panĂ©gyrique de Paul de Tarse[E 2].

La premiÚre édition complÚte des écrits de Grégoire de Nazianze est établie par des bénédictins au XVIIIe siÚcle[Note 4] - [A 46]. Cette édition a été reprise et réimprimée dans la Patrologie grecque publiée sous le Second Empire[A 46] - [24]. Une nouvelle édition critique est en cours de publication[A 47] - [25].

Saint Grégoire de Nazianze évoque ici l'amitié qui le liait à Basile le Grand alors qu'ils étaient tous deux étudiants à AthÚnes[26].

Une seule Ăąme pour deux corps

« Quand, avec le temps, nous nous sommes mutuellement avouĂ© nos aspirations et l'objet de nos aspirations — vivre en philosophes —, alors, Ă  partir de ce moment-lĂ , nous avons Ă©tĂ© tout l'un pour l'autre, partageant mĂȘme toit et mĂȘme table, profondĂ©ment unis, n'ayant qu'un seul et mĂȘme regard, dĂ©veloppant continuellement l'un chez l'autre la chaleur et la fermetĂ© de nos aspirations.

Il y avait une lutte entre nous deux pour déterminer celui qui aurait personnellement non pas la premiÚre place, mais le moyen de céder celle-ci à l'autre, car nous faisions nÎtre la réputation de l'autre. On eût dit chez l'un et chez l'autre une seule ùme pour porter deux corps, et, s'il ne faut pas croire ceux qui disent que tout est dans tout, on doit nous croire quand nous disons que nous étions l'un dans l'autre et l'un aux cÎtés de l'autre. Nous n'avions tous deux qu'une tùche : pratiquer la vertu et vivre en vue des espérances futures, détachés d'ici avant de partir d'ici. Les yeux fixés sur ce but, nous dirigions notre vie et notre activité tout entiÚre, guidés de cette façon par le commandement et nous excitant mutuellement à la vertu, et, si ce n'est pas pour moi trop dire, étant l'un pour l'autre rÚgle et cordeau pour distinguer ce qui est droit de ce qui ne l'est pas.
Pour nous, la grande affaire et le titre suprĂȘme consistaient Ă  ĂȘtre chrĂ©tiens et Ă  en porter le nom. »

— St GrĂ©goire de Nazianze. Discours 43, 19-21, trad. J. Bernardi, Paris, Cerf, coll. « Sources ChrĂ©tiennes » 384, 1992, p. 163-169.

Commentaire des Livres des Maccabées, écrits juifs en langue grecque dont le thÚme est lié à la révolte des Maccabées qui eut lieu dans la Judée de l'époque hellénistique.

Heureux prélude

« Bien peu de gens honorent les MaccabĂ©es, sous prĂ©texte que leur lutte n'a pas eu lieu aprĂšs le Christ, eux qui sont pourtant dignes d'ĂȘtre honorĂ©s de tous parce que leur endurance s'est exercĂ©e pour la dĂ©fense des institutions de leurs pĂšres ! Et que n'auraient fait les hommes qui ont subi le martyre avant la passion du Christ, s'ils avaient Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©s aprĂšs le Christ et l'avaient imitĂ© dans sa mort pour nous ? Car ceux qui, sans l'aide d'un pareil exemple, ont fait preuve d'une si grande vertu, comment ne se seraient-ils pas montrĂ©s plus nobles encore dans des dangers affrontĂ©s aprĂšs cet exemple ?

Voici ÉlĂ©azar[27], prĂ©mices de ceux qui sont morts avant le Christ, comme Étienne l'a Ă©tĂ© de ceux qui sont morts aprĂšs le Christ. C'est un saint homme et un vieillard, aux cheveux blanchis et par la vieillesse et par la prudence. Auparavant il sacrifiait pour le peuple et priait, mais maintenant c'est lui-mĂȘme qu'il offre Ă  Dieu en sacrifice trĂšs parfait, victime expiatoire de tout le peuple, heureux prĂ©lude de la lutte, exhortation parlante et silencieuse. Il offre aussi les sept enfants, l'accomplissement de son Ă©ducation, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire Ă  Dieu (Rm 12, 1), plus splendide et plus pur que tout sacrifice conforme Ă  la Loi. Car il est parfaitement juste et lĂ©gitime de porter au compte du pĂšre les actions des enfants. Imitons ÉlĂ©azar, qui a montrĂ© le meilleur exemple en parole et en acte. »

— GrĂ©goire de Nazianze. Discours 15, 1.3.12, trad. RaphaĂ«lle ZiadĂ©, Les martyrs MaccabĂ©es : de l'histoire juive au culte chrĂ©tien, Leyde, Brill, 2007, p. 301-302, 311.

Le psautier conservĂ© Ă  la BibliothĂšque nationale de France (ms.grec 510, f.30v) reprĂ©sente une Crucifixion dans laquelle on peut se demander si les yeux du Christ sont ouverts ou fermĂ©s. Il est parfaitement droit, et vĂȘtu du colobium (tunique sans manche)[28].

Reliques

Reliquaire de Grégoire de Nazianze dans la basilique Saint-Pierre jusqu'en 2004

Les reliques de GrĂ©goire de Nazianze sont installĂ©es Ă  sa mort dans le caveau familial. Il semble qu'elles aient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es Ă  Constantinople le et installĂ©es solennellement par l'empereur Constantin VII PorphyrogĂ©nĂšte[C 9] - [G 5]. Une tradition veut qu'une partie de ses reliques ait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e dans le MonastĂšre de Vatopaidi au Mont-Athos (GrĂšce)[C 10], oĂč il est actuellement vĂ©nĂ©rĂ©. Face Ă  l'avancĂ©e des invasions musulmanes, une partie des reliques sont transfĂ©rĂ©es Ă  Rome, capitale de la papautĂ©. Elles sont installĂ©es dans la basilique Saint-Pierre par le Pape GrĂ©goire XIII. Jean-Paul II dĂ©cide en 2004, Ă  l'occasion d'un voyage en GrĂšce, de restituer les reliques de GrĂ©goire de Nazianze au patriarche orthodoxe BartholomĂ©e Ier de Constantinople dans une logique de rĂ©conciliation entre orthodoxes et catholiques[C 11] - [29].

FĂȘte

GrĂ©goire est trĂšs vite considĂ©rĂ© comme un saint, mĂȘme s'il n'y a jamais eu de canonisation, cette procĂ©dure naĂźt au Xe siĂšcle. Ses Ă©crits montrent une grande richesse thĂ©ologique. GrĂ©goire de Nazianze est de ce fait reconnu comme l'un des grands thĂ©ologiens qui sont encore actuellement vĂ©nĂ©rĂ©s tant par les Églises orthodoxe que catholique et Ă  ce titre honorĂ© du titre de « Docteur universel ». Il a influencĂ© significativement la thĂ©ologie trinitaire, tant des pĂšres grecs que latins, et est reconnu comme thĂ©ologien trinitaire. Il est considĂ©rĂ© avec Basile de CĂ©sarĂ©e et GrĂ©goire de Nysse comme l'un des trois « pĂšres cappadociens ». Les orthodoxes lui ont donnĂ© l'un de ses titres les plus prestigieux, celui de « GrĂ©goire le ThĂ©ologien ». Il est en outre considĂ©rĂ© comme l'un des trois hiĂ©rarques cappadociens avec Basile de CĂ©sarĂ©e et Jean Chrysostome pour ses Ă©crits thĂ©ologiques[F 1]. Maxime le Confesseur, qui considĂšre GrĂ©goire comme son maĂźtre par excellence, l'appelle dans ses Ă©crits « le didascale ». Il est enfin considĂ©rĂ© comme un PĂšre de l'Église et est proclamĂ© « Docteur de l'Église » par le pape Pie V en 1578.

Le nom de GrĂ©goire de Nazianze est paradoxal dans la mesure oĂč il n'a jamais Ă©tĂ© intronisĂ© Ă©vĂȘque de Nazianze, mais de Sasimes (oĂč il n'est jamais allĂ©) ou de Constantinople (oĂč sa nomination fut trĂšs contestĂ©e). La tradition veut que l'on attache Ă  un Ă©vĂȘque le nom du diocĂšse qu'il a dirigĂ©[A 48]. Les Ă©vĂȘques occidentaux n'ayant pas reconnu son intronisation Ă  Constantinople, et comme il n'a jamais pu aller Ă  Sasimes[A 48], c'est JĂ©rĂŽme de Stridon, qui, Ă©tant passĂ© par Nazianze, a imposĂ© cette vision, voyant GrĂ©goire administrer Nazianze[A 49].

Dans le calendrier liturgique catholique, la fĂȘte de GrĂ©goire de Nazianze est cĂ©lĂ©brĂ©e le 2 janvier. Avant, cette fĂȘte avait lieu le , une tradition rapportant cette date comme le jour de sa mort[30]. L'Église orthodoxe et les Églises catholiques orientales cĂ©lĂšbrent GrĂ©goire de Nazianze deux jours dans l'annĂ©e : le 25 janvier[F 1] pour sa fĂȘte principale, et le 30 janvier, date de la fĂȘte des Trois HiĂ©rarques[F 1].

Théologie

Grégoire de Nazianze, fresque de Kariye Camii, Constantinople

Christianisme et culture

Certains chrĂ©tiens de la rĂ©gion sont mĂ©fiants vis-Ă -vis de la culture essentiellement hellĂ©nique, d'autres soutiennent une incompatibilitĂ© avec les rĂ©cits mythologiques non chrĂ©tiens (Ă©vhĂ©mĂ©risme). De mĂȘme, certains intellectuels sont souvent hostiles au christianisme[A 50]. Cette hostilitĂ© avait eu pour rĂ©ponse une certaine hargne des chrĂ©tiens pour la culture[A 50], Ă  l'exemple de Tatien le Syrien. GrĂ©goire de Nazianze garde quant Ă  lui durant toute sa vie la conviction que le christianisme et la culture ne s'opposent pas, mais sont parfaitement conciliables.

Il s'oppose ainsi vivement Ă  l'empereur Julien qui, dans un Ă©dit, interdit aux grammairiens et rhĂ©teurs chrĂ©tiens d'enseigner les lettres classiques[31]. Bien que Julien ait favorisĂ© les donatistes[32] et qu'il ne se prononce pas dans les querelles ariennes de l'Ă©poque[33], pour GrĂ©goire, cette interdiction va Ă  l'encontre du christianisme et il compare l'empereur Ă  Ponce Pilate. Il concentre ses critiques sur la volontĂ© de Julien de faire des chrĂ©tiens une secte marginale composĂ©e de personnes incultes[B 25]. Pour GrĂ©goire, la sagesse et la culture sont universelles, elles n'appartiennent pas Ă  une civilisation, aux Égyptiens ou aux Grecs, mais viennent Ă  tous puisqu'elles viennent de Dieu. Les chrĂ©tiens doivent donc « dĂ©rober », acquĂ©rir et assimiler toutes les richesses des cultures grecques ou Ă©gyptiennes en rejetant ce qui relĂšve de l'idolĂątrie[B 26] - [34]. L'attitude de Julien, qui vise Ă  exclure les professeurs chrĂ©tiens de l'enseignement et donc Ă  marginaliser l'apprentissage, est fermement dĂ©noncĂ©e[B 25].

Lors de l'Ă©loge funĂšbre de Basile de CĂ©sarĂ©e, GrĂ©goire de Naziance loue la grande culture de son ami. Il justifie ainsi la culture que beaucoup de chrĂ©tiens rejettent[A 42], critiquant les « ignorants et incultes » qui se contentent d'une simple formation morale[A 42]. En dĂ©crivant l'Ă©vĂȘque parfait que fut Basile, GrĂ©goire de Nazianze dĂ©veloppe ainsi la conception qu'il se fait du clergĂ© et de la dignitĂ© d'Ă©vĂȘque. Celui-ci doit avoir, en plus de grandes qualitĂ©s de priĂšre et d'oraison, une culture dĂ©veloppĂ©e, Ă  l'image de la culture grecque de Basile.

Enfin, dans ses nombreux écrits, Grégoire de Nazianze a développé et utilisé toutes les connaissances qu'il a acquises pendant ses études dans les écoles et à AthÚnes. Il a, par ses plaidoyers, oraisons funÚbres et discours d'adieu, utilisé les rÚgles grecques, tout en les christianisant[A 51]. Alors que dans les écoles, les chrétiens apprennent les exemples de mythes grecs ou païens, Grégoire transmet toutes ses rÚgles d'éloquence en utilisant des exemples de foi[A 51].

Philosophie de Dieu

GrĂ©goire de Nazianze ambitionne de devenir philosophe. Pour lui, la philosophie et la thĂ©ologie se confondent[B 27]. Deux mĂ©thodes sont en usage alors afin de parler de Dieu. La premiĂšre, l'apophatisme, consiste Ă  dĂ©finir ce que n'est pas Dieu, Celui-ci ne pouvant ĂȘtre dĂ©fini[35] ; de nature transcendantale, la raison humaine ne peut y accĂ©der. La deuxiĂšme mĂ©thode est la cataphatique ; elle conduit Ă  dĂ©finir positivement Dieu. GrĂ©goire de Nazianze, qui utilise les deux mĂ©thodes, a un point de vue particulier sur la question. Pour lui, la raison humaine ne peut pas permettre de comprendre complĂštement Dieu, mais elle permet seulement de l'esquisser[B 28].

Pour Grégoire, seul celui qui mÚne une vie mystique, c'est-à-dire de priÚre et de recueillement, peut vraiment parler de Dieu. Il définit la théologie comme une ascension mystique, à l'image de Moïse qui, au Mont Sinaï, contemple Dieu, de dos, sans pouvoir réellement le comprendre[A 26]. La véritable connaissance de Dieu découle donc de la méditation et de la vie de priÚre, la raison ne pouvant que partiellement rendre compte de cette réalité. Grégoire s'oppose pendant le premier concile de Constantinople aux débats des théologiens. Il considÚre que bon nombre de théologiens sont en réalité des sophistes du fait qu'ils refusent de vivre une existence mystique.

Cette conception le conduit Ă  s'opposer Ă  Eunome. Celui-ci affirme pouvoir, grĂące Ă  la raison humaine, « connaĂźtre Dieu de la mĂȘme façon qu'il se connaĂźt lui-mĂȘme »[A 28]. Cette confiance dans la rationalitĂ© est incompatible avec la nature humaine pour GrĂ©goire de Nazianze. En effet, mĂȘme s'il ne nie pas l'importance de la raison humaine, il affirme que la connaissance de Dieu est en partie hors de sa portĂ©e[B 29]. Cette connaissance de Dieu nous est rendue impossible du fait de notre corps terrestre, et notre raison est limitĂ©e face Ă  l'infini divin : « Toujours apparaĂźt quelque chose qui lui Ă©chappe, alors, ĂŽ merveille! — cela, pour Ă©prouver, moi aussi, la mĂȘme impression — il enveloppe de stupeur son discours, il appelle une telle rĂ©alitĂ© richesse de Dieu et profondeur et il reconnaĂźt l'incomprĂ©hensibilitĂ© des jugements de Dieu »[B 30] - [36].

Nature de la Trinité

IcÎne dite de la « Trinité » d'André l'Iconographe.

La pĂ©riode qui suivit le Concile de NicĂ©e est marquĂ©e par des discussions sur l'essence divine et l’opposition de diffĂ©rents courants thĂ©ologiques sur la nature divine de la TrinitĂ©[B 31]. La thĂ©ologie trinitaire n'Ă©tant pas alors bien dĂ©finie, le rĂŽle de GrĂ©goire de Nazianze est extrĂȘmement important, car il a permis de la dĂ©finir et de la dĂ©velopper. Ses Ă©crits constituent l'un des fondements de la thĂ©ologie trinitaire de l'orthodoxie.

Les principaux courants, qui sont considĂ©rĂ©s postĂ©rieurement comme hĂ©rĂ©tiques, l'arianisme et le sabellianisme, s’opposent sur la nature de la TrinitĂ©. Le modalisme et le monarchianisme sont deux conceptions du sabellianisme. Pour l’arianisme, la dĂ©finition de la TrinitĂ© ne peut pas ĂȘtre celle qui a Ă©tĂ© Ă©tablie par le concile de NicĂ©e : Dieu Ă©tant premier, il ne peut avoir de principe. La deuxiĂšme personne de la TrinitĂ©, le « Fils », c'est-Ă -dire JĂ©sus Christ, ne peut donc pas ĂȘtre de mĂȘme nature que le PĂšre, puisqu’il est engendrĂ© par Lui[B 32] - [B 33]. Si le Christ est de nature divine, sa nature est infĂ©rieure Ă  celle de Dieu le PĂšre. Le deuxiĂšme courant est reprĂ©sentĂ© par Sabellius[B 34]. Pour lui, la TrinitĂ© ne consiste pas en personnes diffĂ©rentes, mais le PĂšre et le Fils et le Saint-Esprit ne sont que des modes d’actions diffĂ©rents de Dieu[B 34]. Sabellius croit donc en la TrinitĂ©, mais non pas en tant que personnes distinctes, mais comme une seule et mĂȘme personne prenant des noms diffĂ©rents.

Face Ă  l’arianisme et au sabellisme, considĂ©rĂ©s ultĂ©rieurement comme des hĂ©rĂ©sies, GrĂ©goire de Nazianze dĂ©veloppe dans ses Ă©crits la thĂ©ologie d’un Dieu trinitaire. Il dĂ©finit Dieu comme l’égalitĂ© des trois hypostases consubstantielles[B 35], l’hypostase Ă©tant dĂ©finie comme un ĂȘtre premier, concret et personnel. Ainsi le PĂšre, le Fils et le Saint Esprit sont tous les trois de nature divine, donc ce sont trois hypostases[B 35]. La difficultĂ© serait alors de dire qu’il n’existe pas un Dieu, mais trois Dieux, puisqu’il existe trois hypostases. Cependant pour GrĂ©goire, la TrinitĂ© n’est pas l’existence de trois Dieux diffĂ©rents, mais d’un unique Dieu ; les trois hypostases sont donc consubstantielles, c’est-Ă -dire un seul et mĂȘme Dieu[B 35].

GrĂ©goire prĂ©cise ainsi la dĂ©finition de la TrinitĂ©. Il dĂ©fend la monarchie de Dieu, son unitĂ©, sans pour autant nier sa nature trinitaire : « une monarchie constituĂ©e par l’égale dignitĂ© de nature, l’accord de volontĂ©, l’identitĂ© de mouvement et le retour Ă  l’unitĂ© de ceux qui viennent d’elle — ce qui est impossible quand il s’agit de la nature procrĂ©Ă©e ». Les trois personnes de la TrinitĂ© sont, pour GrĂ©goire, profondĂ©ment unies et non distinctes ou divisĂ©es. Il s'oppose en cela Ă  l’arianisme qui considĂšre les trois personnes comme Ă©tant de nature diffĂ©rente, l’une infĂ©rieure Ă  l’autre, ce qui rend difficile leur unitĂ© de pouvoir, leur monarchie, et donc remet en cause la dĂ©finition de Dieu comme principe premier dans la mesure oĂč seul Dieu le PĂšre est premier[B 36].

Rapport des personnes de la Trinité

La conception arienne affirme la divinitĂ© de Dieu, tout en affirmant la nature infĂ©rieure de la dignitĂ© du Christ : le Christ Ă©tant engendrĂ©, il n’a pas toujours existĂ©, il a Ă©tĂ© crĂ©Ă©. GrĂ©goire de Nazianze s’oppose Ă  cette conception. Il affirme que le Fils a Ă©tĂ© engendrĂ© en dehors du temps et d’une maniĂšre inexprimable. Ainsi les objections sur la nature temporelle du Fils n’ont pas lieu d’ĂȘtre pour GrĂ©goire de Nazianze : « Car les mots « quand », « avant cela » et « depuis le commencement » ne sont pas en dehors du temps, si grande que soit la violence que nous leur faisons »[B 37] - [37].

GrĂ©goire de Nazianze dĂ©finit l’existence du Fils et de l’Esprit Saint comme des rĂ©alitĂ©s, non pas temporelles, comme le considĂšre une partie des ariens, mais coĂ©ternelles. Le Christ n’a pas d’existence Ă  partir du moment de sa naissance mais existe dans l’éternitĂ©. Le Fils et l’Esprit Saint ne sont pas liĂ©s par des catĂ©gories ou des principes temporels, du fait de leur nature divine[B 37] - [37].

Théologien de l'Esprit Saint

IcÎne russe du XVIIIe siÚcle, représentant Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze.

GrĂ©goire de Nazianze est avec Basile de CĂ©sarĂ©e l'un des plus grands thĂ©ologiens de l'Esprit Saint. AprĂšs le Premier concile de NicĂ©e, la nature divine de l'Esprit Saint Ă©tait une question ouverte[B 38]. DĂšs sa nomination en tant qu'Ă©vĂȘque, il affirme sa volontĂ© de dĂ©fendre publiquement la divinitĂ© de l'Esprit Saint, afin de la « faire briller pour toutes les Ă©glises »[B 38]. Lors du premier concile de Constantinople auquel il participe, il dĂ©fend systĂ©matiquement la divinitĂ© de l'Esprit Saint en rĂ©pondant aux diffĂ©rentes thĂšses sur ce mystĂšre religieux[B 39].

En analysant les Écritures, GrĂ©goire de Nazianze affirme que l'Esprit Saint est de nature divine dans la mesure oĂč il est dĂ©fini comme un ĂȘtre actif. Cette dĂ©finition implique donc qu'il ne soit pas considĂ©rĂ© comme un attribut de Dieu, comme le prĂ©tendent certains thĂ©ologiens de l'Ă©poque. Comme l'Esprit Saint parle, sĂ©pare, agit, cela signifie donc qu'il est essence. Comme il n'est pas une crĂ©ature de Dieu, et que les chrĂ©tiens affirment ĂȘtre baptisĂ©s en Lui, cela implique donc que nous sommes baptisĂ©s en Dieu, donc que l'Esprit Saint est Dieu[A 40].

Il s'oppose Ă©galement aux thĂ©ologiens qui transfĂšrent les attributs humains Ă  Dieu[B 40], affirmant par ailleurs le caractĂšre masculin de Dieu, « le PĂšre ». Pour GrĂ©goire de Nazianze, toute notion humaine appliquĂ©e Ă  Dieu ne peut ĂȘtre que relative, Dieu Ă©tant d'une nature diffĂ©rente de l'homme. Le divin ne peut ĂȘtre dĂ©fini clairement par l'homme, comme le proposent les thĂ©ories eunomĂ©ennes[B 41]. Celles-ci sont pour GrĂ©goire une « dĂ©formation de la foi et l'anĂ©antissement du mystĂšre » qu'est Dieu.

Face aux thĂ©ologiens ariens qui nient la divinitĂ© de l'Esprit Saint dans la mesure oĂč il n'y a pas d'affirmation de la divinitĂ© de l'Esprit Saint dans la Bible, GrĂ©goire dĂ©fend l'existence d'une rĂ©vĂ©lation progressive des dogmes dans la pĂ©riode post-apostolique[B 42]. Enfin, il montre qu'il existe dans la Bible de nombreux passages parlant de la prĂ©sence de l'Esprit Saint, tant dans la liturgie que dans la narration[Note 5].

Discours théologiques

GrĂ©goire de Nazianze, Docteur de l'Église, est le premier aprĂšs saint Jean Ă  avoir Ă©tĂ© surnommĂ© le « ThĂ©ologien » pour la profondeur de ses discours sur Dieu.

Dieu ne donne rien qui ne soit grand

« FrÚres et bien-aimés, ne soyons pas les mauvais économes des biens que l'on nous a confiés (Lc 12, 41-48), si nous ne voulons pas entendre gronder la voix de Pierre : « Rougissez, vous qui retenez le bien d'autrui. Imitez l'équité de Dieu et il n'y aura plus de pauvres » (1 P 4, 10). Ne nous tuons pas à amasser de l'argent quand nos frÚres meurent de faim, pour ne point nous exposer à de sévÚres remontrances, comme aux paroles du divin Amos : « Prenez garde, vous qui dites : Quand le mois sera-t-il passé afin que nous vendions, et le sabbat écoulé, pour que nous ouvrions nos dépÎts ? » (Am 8, 5). Et il menace encore de la colÚre de Dieu les marchands qui truquent leurs balances.
Imitons cette loi sublime et premiĂšre d'un Dieu « qui laisse tomber sa pluie sur les justes et sur les mĂ©chants et fait lever son soleil sur tous les hommes sans distinction » (Mt 5, 45). Aux crĂ©atures qui vivent sur terre, il octroie d'immenses espaces, des sources, des fleuves, des forĂȘts. Pour les espĂšces ailĂ©es, il crĂ©e l'air et l'eau pour la faune aquatique. Il fournit en abondance pour chacun sa premiĂšre subsistance. Et ses dons ne tombent pas aux mains des forts, ni ne sont mesurĂ©s par une loi, ni partagĂ©s entre des États. Tout est commun, tout est en abondance.
Il ne donne rien qui ne soit grand. Ainsi honore-t-il l'égalité naturelle, par l'égal partage de ses grùces ; ainsi révÚle-t-il l'éclat de sa munificence. »

— Discours 14 sur l'amour des pauvres, 24-25, trad. France QuĂ©rĂ©, « Riches et pauvres dans l'Église ancienne ». Lettres chrĂ©tiennes 2, Migne, Paris, 2011, p. 152-153.

Bibliographie

Éditions

  • Clavis Patrum GrĂŠcorum 3010-3125.
  • Migne, Patrologiae Cursus Completus, Series Graeca, tomes 35 Ă  38, Paris, 1857-1866.
  • Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, tome 46, 1910.

ƒuvres en traduction française

  • Discours (380), trad. no 1 Ă  3 (1978), trad. Marie-Ange Calvet-Sebasti no 6 Ă  12, trad. Justin Mossay no 20 Ă  23, trad. Justin Mossay, no 24 Ă  26 (1981), trad. no 27 Ă  31, trad. Paul Gallay no 32 Ă  37, Claudio Moreschini no 38 Ă  41, trad. Jean Bernardi no 42 et 43, Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes »
  • PoĂšmes et lettres, trad. P. Gallay, Emmanuel Vitte, 1941.
  • Épigrammes, apud Anthologie grecque, t. VI, Les Belles Lettres, 1960.
  • HomĂ©lies, Soleil levant, 1962.
  • Lettres, Les Belles Lettres, 1964.
  • La Passion du Christ : tragĂ©die, Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », 1969.
  • Lettres thĂ©ologiques, Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », 1974.
  • PoĂšme de ma vie, trad. A. Lukinovich et C. Martingay, GrĂ©goire de Nyzianze. Le dit de sa vie, poĂšme autobiographique, GenĂšve, ad solem, 1997.
  • GrĂ©goire de Nazianze, collectif et AndrĂ© Tuilier (Sous la direction de), ƒuvres poĂ©tiques. Tome I, 1re partie : PoĂšmes personnels (II, 1, 1-11), coll. « Collection des universitĂ©s de France SĂ©rie grecque: Collection BudĂ© », , 798 p. (ISBN 978-2-251-00516-4)
  • RaphaĂ«lle ZiadĂ©, Les Martyrs MaccabĂ©es : De l'histoire Juive au culte ChrĂ©tien : Les HomĂ©lies de GrĂ©goire de Nazianze et de Jean Chrysostome, Brill, coll. « Vigiliae Christianae, Supplements », , 398 p. (ISBN 978-90-04-15384-4, lire en ligne)Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Éloge funĂšbre de CĂ©saire, Hachette Livre BNF, coll. « LittĂ©rature », , 126 p. (ISBN 978-2-01-288409-0)

Études sur GrĂ©goire de Nazianze

  • France QuĂ©rĂ©, « RĂ©flexions de GrĂ©goire de Nazianze sur la parure fĂ©minine (Étude du poĂšme sur la coquetterie, I, II, 29) », Revue des Sciences Religieuses, t. 42, no 1,‎ , p. 62-71. (lire en ligne)
  • Jean Bernardi, « GrĂ©goire de Nazianze et le poĂšte comique Anaxilas », Pallas, vol. ÉpopĂ©e - TragĂ©die - AntiquitĂ© tardive, no 31,‎ , p. 157-161. (lire en ligne)
  • Jean Bernardi, Saint GrĂ©goire de Nazianze. Le ThĂ©ologien et son temps (330-390), Éditions du Cerf, Paris, 1995.
  • AndrĂ© Tuilier, « GrĂ©goire de Nazianze », dans Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'AntiquitĂ©, Presses universitaires de France, 2005.
  • Albert Houssiau, « Vie contemplative et sacerdoce selon GrĂ©goire de Nazianze : À propos du livre de Francis Gautier », Revue thĂ©ologique de Louvain, vol. 37ᔉ annĂ©e, no 2,‎ , p. 217-230. (lire en ligne)
  • Justin Mossay, Nazianze et les GrĂ©goire. RĂ©flexions d’un hellĂ©niste retraitĂ©, Bruxelles, Safran (Ă©ditions), coll. « Langues et cultures anciennes, 15 », , 192 p. (prĂ©sentation en ligne).
  • Francis Gautier, La retraite et le sacerdoce chez GrĂ©goire de Nazianze, Turnhout (Belgique), Brepols, coll. « BibliothĂšque de l'École des hautes Ă©tudes, section des sciences religieuses, numĂ©ro 114 », , 457 p. (ISBN 2-503-51354-9)
  • Francis Gautier, « GrĂ©goire de Nazianze. Le miroir de l’Intelligence ou le dialogue avec la LumiĂšre », ThĂ©ologiques, vol. 16, no 2,‎ , p. 31-47 (lire en ligne)
  • PĂšre Philippe Molac (trad. du grec ancien, prĂ©f. Philippe Barbarin), Discours sur le sacerdoce de GrĂ©goire de Nazianze : traduction commentĂ©e, Paris/Perpignan, Lethielleux Éditions, coll. « Art. Christiani. », , 204 p. (ISBN 978-2-249-62587-9)
  • Guillaume Bady, « La LumiĂšre, image de Dieu et nom de l'homme chez GrĂ©goire de Nazianze », Revue des Sciences philosophiques et thĂ©ologiques, vol. 97, no 4,‎ , p. 459-476 (lire en ligne)

Notes et références

Notes

  1. La date de naissance de GrĂ©goire de Nazianze est situĂ©e en 329 et 330. Il affirme quitter AthĂšnes Ă  30 ans, et Ă©tudia en mĂȘme temps que le futur empereur Julien, ce qui fixe sa naissance au plus tĂŽt en 325. Les historiens fixent donc sa naissance plus vraisemblablement vers 329 : (de) Ulmann, GrĂ©goire de Nazianze, le ThĂ©ologien, Darmstadt, .
  2. Appartenant Ă  la secte des « hypsistariens », un culte zoroastrien mĂȘlĂ© de judaĂŻsme, il est baptisĂ© en 325
  3. La raison de cette lettre dans laquelle Basile ne donne pas Ă  GrĂ©goire les raisons rĂ©elles pour lesquelles il doit venir, mais plutĂŽt celle d'une maladie tiendrait, selon Jean Bernardi, au fait que les lettres Ă©taient transmises par des personnes, qui avaient toute libertĂ© pour lire ce qui Ă©tait Ă©crit. Dire toutes les motivations dans une lettre constitue alors Ă  annoncer publiquement la mort prochaine de l'Ă©vĂȘque, allant Ă  l'encontre de la volontĂ© de Basile. C'est cette volontĂ© du secret qui conduit donc Basile Ă  trouver une raison urgence mais fausse, ce qui lui sera vivement reprochĂ© par GrĂ©goire. Jean Bernardi, Saint GrĂ©goire de Nazianze, Édition du Cerf, coll. « Initiations aux pĂšres de l'Église », Paris, mars 1995 p. 260
  4. Le premier tome est publiĂ© en 1778, le deuxiĂšme tome, bien que prĂȘt Ă  la RĂ©volution, est perdu, retrouvĂ© et publiĂ© en 1840.
  5. GrĂ©goire de Nazianze Ă©numĂšre les principaux passages concernĂ©s : Isaie Chapitre 11, verset 2-3 : « L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel. » ; Psaumes 142, 10 ; 50,12-14 ; ÉpĂźtre aux Romains 8,9 ; PremiĂšre Ă©pĂźtre aux Corinthiens 2, 16, Ex 61,1, 2 Co 3, 17 ; Actes des apĂŽtres 2, 3.

Principales sources utilisées

  • Jean Bernardi, Saint GrĂ©goire de Nazianze, Paris, Édition du Cerf, coll. « Initiations aux pĂšres de l'Église », , 368 p. (ISBN 2-204-05099-7)
  1. p. 102
  2. p. 110
  3. p. 111.
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  24. p. 193
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  • Mgr Hilarion Alfeyev (traduit du russe par Alexandre Siniakov), Le chantre de la LumiĂšre, Introduction Ă  la spiritualitĂ© de saint GrĂ©goire de Nazianze, Paris, Édition du Cerf, coll. « ThĂ©ologies », , 416 p. (ISBN 2-204-08031-4)
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  • Justin Mossay, Nazianze et les GrĂ©goires, RĂ©flexions d'un hellĂ©niste retraitĂ©, Bruxelles, Éditions Safran, coll. « Langues et cultures anciennes, 15 », , 192 p. (ISBN 978-2-87457-028-5)
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  5. p. 80
  6. 89
  7. 90
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  9. p. 130
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  • Mgr_C._Lagier1935-1950">Mgr C. Lagier, L'orient chrĂ©tien, Des apĂŽtres jusqu'Ă  Photius, Paris, L'ƒuvre d'Orient, 1935-1950 (rĂ©impr. deuxiĂšme Ă©dition)
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  • J. Bricout, Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, Paris, Librairie Letouzey et Ane, , 1250 p.
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  • J. R. Palanque, G. Bardy, P. de Labriolle, De la paix constantinienne Ă  la mort de ThĂ©odose, Paris, Librairie Bloud & Gay, coll. « Histoire de l'Église », , 536 p.
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  • Marie-Françoise Baslez, Les premiers temps de l'Église, Paris, Gallimard Le Monde de la Bible, coll. « folio histoire », , 843 p. (ISBN 978-2-07-030204-8)
  1. p. 759
  2. p. 762
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Autres sources

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  2. Raymond Le Coz, Les MĂ©decins nestoriens au Moyen Âge : les maĂźtres des Arabes, Ă©d. L'Harmattan, 2004, p. 270, extrait en ligne. ConsultĂ© le 28 avril 2010
  3. John Anthony McGuckin, St. Gregory of Nazianzus : an intellectual biography, Ă©d. St Vladimir's Seminary Press, 2001, p. 34, extrait en ligne
  4. Par une prudence motivĂ©e par le souvenir des persĂ©cutions de la seconde moitiĂ© du IIIe siĂšcle, puis par coutume, le baptĂȘme se pratiquait souvent tardivement, voire Ă  l'article de la mort ; cf. Jean Bernardi, « GrĂ©goire de Nazianze dans la tourmente thĂ©ologique », op. cit.
  5. Jean Bernardi, « Nouvelles perspectives sur la famille de Grégoire de Nazianze », in Vigiliae Christianae, vol. 38, no 4, éd. Brill, 1984, p. 352-359, présentation en ligne
  6. Discours 43, dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes de Jean Bernardi (trad. du grec ancien), Discours 42-43, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », , 336 p. (ISBN 2-204-04595-0) p. 156.
  7. (fr) Benoit_XVI2007">Benoit XVI, « Audience Générale du 8 août 2007, homélie du Pape Benoit XVI en l'honneur de Grégoire de Nazianze », sur vatican.va, Libreria Editrice Vaticana, (consulté le )
  8. Christian Cannuyer, « Les autres moines d'Orient au IVe siĂšcle », dans Les premiers temps de l'Église, Ă©d. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 733.
  9. Lettre 1, 1 de Grégoire de Nazianze à Basile de Césarée, dans Grégoire de Nazianze (Saint), traduction et notes par Paul Gallay, Correspondance Tome I : Lettres I - C., Les Belles Lettres, , 156 p. (ISBN 2-251-00302-9)
  10. Théodoret en témoigne dans son Histoire ecclésiastique : Hist. Eccl. III, 8.
  11. Discours 18, en cours de retraduction « Institut Orientaliste : Centre d'Études sur GrĂ©goire de Nazianze, Rapport d'activitĂ©s 2002 », sur Site de l'UniversitĂ© de Louvain (consultĂ© le ).
  12. Raphaëlle Ziadé, Les Martyrs Maccabées : de l'histoire juive au culte chrétien : les homélies de Grégoire de Nazianze et de Jean Chrysostome, éd. Brill, 2007, p. 145, extrait en ligne
  13. Sophie Métivier, « Constantinople et la province de Cappadoce aux premiers siÚcles de l'Empire byzantin », in revue HypothÚses, 1/1999, p. 189-196, article en ligne
  14. Bien que GrĂ©goire se garde de l'idĂ©aliser, Basile y est prĂ©sentĂ© comme un modĂšle d’évĂȘque, cf. Discours 43, texte grec et traduction en ligne sur le site remacle.org
  15. De Viris inlustribus, 117
  16. Philippe Henne, Saint JérÎme, Cerf, coll. « Histoire », Monts (France), octobre 2009, 62 p. (ISBN 978-2-204-08951-7)
  17. Discours 27 Ă  31 dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes par Paul Gallay (trad. du grec ancien), Discours 27-31, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », (rĂ©impr. 2006), 400 p. (ISBN 2-204-01358-7)
  18. Sophie MĂ©tivier, La Cappadoce, IVe – VIe siĂšcle: une histoire provinciale de l'empire romain d'orient, Publications de la Sorbonne, (ISBN 978-2-85944-522-5, lire en ligne), p. 203
  19. ThĂ©odose n'a pas invitĂ© les Ă©vĂȘques d'Occident dont les juridictions dĂ©pendaient de son collĂšgue Gratien. Steven Runciman, Le schisme d'Orient, Les Belles Lettres, 2005, p. 23.
  20. Extrait du Discours 42, Dernier Adieu, dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes de Jean Bernardi (trad. du grec ancien), Discours 42-43, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », , 336 p. (ISBN 2-204-04595-0)
  21. Discours 43 dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes de Jean Bernardi (trad. du grec ancien), Discours 42-43, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », , 336 p. (ISBN 2-204-04595-0)
  22. Juliette Prudhomme, « Les personnages bibliques, hĂ©ros d’une Ă©popĂ©e grecque chrĂ©tienne dans la poĂ©sie de GrĂ©goire de Nazianze », dans Michele Cutino (Ă©d.), Poetry, Bible and Theology from Late Antiquity to the Middle Ages, De Gruyter, (ISBN 9783110687224), p. 273–288
  23. GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes par Paul Gallay, Lettres thĂ©ologiques, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », (rĂ©impr. 1998), 128 p. (ISBN 2-204-03613-7)
  24. Patrologie grecque, abbé J. -P Migné, (tomes 35, 36,37, 38)
  25. Édition critique bilingue en cours de publication dans la collection « Sources chrĂ©tiennes »
  26. Un regard sur la vie étudiante à AthÚnes au milieu du IVe s. aprÚs J.-C, Jean Bernardi. Persée (portail).
  27. ÉlĂ©azar (vers 167 av. J.C.), ou Rabbi ElĂ©azar, un vieillard qui, sous Antiochus IV Épiphane, aima mieux pĂ©rir que de manger la chair de porc (2 MacchabĂ©es 6).
  28. François Boespflug, La Crucifixion dans l’art : Un sujet planĂ©taire, Montrouge, Bayard Editions, , 559 p. (ISBN 978-2-227-49502-9), p. 80
  29. (fr) « Texte de la cérémonie de remise des reliques sur le site du Vatican », (consulté le )
  30. Calendarium Romanum, Libreria Editrice Vaticana, 1969, p. 84
  31. Ainsi que le rapporte Théodoret de Cyr dans son Histoire ecclésiastique, ch. III, 8, passage en ligne III, 8. Voir également Rufin d'Aquilée, contemporain de Grégoire, dans son Histoire ecclésiastique, ch. I, 32
  32. DÚs son accession, il avait levé les mesures d'exil à leur encontre et leur avait rendu leurs lieux de culte ; cf. Serge Lancel, « Un schisme africain : le Donatisme », dans Les Premiers temps de la Bible, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 684-685
  33. À l'instar de son successeur Jovien dans une attitude qui contribue Ă  la rĂ©surgence du conflit de l'arianisme en Cappadoce ; cf. Sophie MĂ©tivier, « Basile et le combat contre l'arianisme », dans Les Premiers Temps de la Bible, Ă©d. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 701
  34. Discours 45, 20-21, dans In sanctum pascha, 8, PG 36,633,41.
  35. Sa priùre Ô Toi l'au-delà de tout
  36. Discours 28, 21, 1-34, dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes par Paul Gallay (trad. du grec ancien), Discours 27-31, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », (rĂ©impr. 2006), 400 p. (ISBN 2-204-01358-7)
  37. Discours 29 dans GrĂ©goire de Nazianze, traduction et notes par Paul Gallay (trad. du grec ancien), Discours 27-31, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrĂ©tiennes », (rĂ©impr. 2006), 400 p. (ISBN 2-204-01358-7)

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