Accueilūüáęūüá∑Chercher

Nic√©phore II Phocas

Nic√©phore II Phocas (en grec őĚőĻőļő∑ŌÜŌĆŌĀőŅŌā őí Ļ ő¶ŌČőļŠĺ∂Ōā), surnomm√© la mort p√Ęle des Sarrasins (en grec őŅ őĽőĶŌÖőļŌĆŌā őłő¨őĹőĪŌĄőŅŌā ŌĄŌČőĹ ő£őĪŌĀőĪőļő∑őĹŌéőĹ) n√© vers 912 et mort le , est un grand chef de guerre de l'Empire byzantin de la famille Phocas qui acc√®de au tr√īne et devient un empereur contest√©. Il r√®gne de 963 √† 969. Issu d'une illustre famille qui a b√Ęti sa r√©putation et sa fortune sur ses succ√®s contre les Arabes en Anatolie, Nic√©phore Phocas appara√ģt v√©ritablement dans les ann√©es 940 quand, avec son fr√®re L√©on Phocas et son p√®re Bardas Phocas l'Ancien, il m√®ne un grand nombre de batailles contre les Hamdanides d'Alep. Devenu domestique des Scholes d'Orient en 955, il est √† l'initiative d'une strat√©gie de plus en plus agressive qui m√®ne le combat au-del√† de la fronti√®re et favorise l'√©mergence de sa r√©putation de brillant g√©n√©ral. Choisi pour mener la reconqu√™te de la Cr√®te, il s'empare de l'√ģle entre 960 et 961 puis revient mener bataille vers Alep o√Ļ il s'impose √† nouveau.

Nicéphore II Phocas
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Nicéphore II Phocas
L'empereur Nicéphore II Phocas d'après un manuscrit du XVIe siècle conservé à la Biblioteca Marciana de Venise.
Règne
-
(6 ans, 5 mois et 8 jours)
Période Macédonienne
Précédé par Romain II
Co-empereur Basile II (960-1025)
Constantin VIII (962-1028)
Suivi de Jean Ier Tzimiskès
Biographie
Naissance vers 912
Décès (~57 ans)
(Constantinople)
Père Bardas Phocas
√Čpouse Th√©ophano Anastaso

En 963, Romain II meurt et une vacance du pouvoir s'installe alors que les deux empereurs l√©gitimes, Basile II et Constantin VIII, sont trop jeunes. G√©n√©ral le plus prestigieux de son √©poque, Nic√©phore Phocas s'impose comme r√©gent face aux notables de la cour et il s'empare du tr√īne √† l'√©t√© 963. N√©anmoins, il ne remet pas en cause les deux souverains issus de la dynastie l√©gitime mais gouverne en leur nom, en √©pousant leur m√®re, Th√©ophano Anastaso, veuve de Romain II. Comme souverain, il continue sa politique d'expansion en Orient, avec succ√®s. Profitant du d√©litement progressif de la puissance musulmane √† ses fronti√®res, il reconquiert la Cilicie puis reprend Antioche en 968 et contraint de plus en plus l'√©mirat d'Alep √† la vassalit√©. En revanche, en Occident, il est moins heureux. Ne disposant pas des forces n√©cessaires pour intervenir, il ne peut s'opposer √† la fin de la conqu√™te musulmane de la Sicile et peine √† circonvenir les pr√©tentions imp√©riales d‚ÄôOtton Ier, qui tente de s'√©tendre en Italie m√©ridionale. Surtout, il suscite l'intervention de la Rus' de Kiev contre les Bulgares et contribue √† une d√©stabilisation profonde de la situation dans les Balkans.

S'il jouit d'une excellente r√©putation comme militaire, comme en t√©moignent les manuels militaires dont il est l'auteur, l'influenceur ou le commanditaire, il souffre d'une certaine impopularit√© en raison d'une politique fiscale aust√®re et d'une tendance √† privil√©gier ses parents proches aux plus hautes fonctions, au risque de lui ali√©ner certains grands dignitaires. Ainsi, en d√©cembre 969, il est la victime d'une conspiration qui unit sa femme, soucieuse de pr√©server les droits au tr√īne de ses fils Basile et Constantin, √† plusieurs personnages d'importance, dont Jean Tzimisk√®s, longtemps lieutenant de Nic√©phore et qui lui succ√®de, apr√®s l'avoir fait assassiner. La post√©rit√© et le souvenir de Nic√©phore Phocas sont parmi les plus riches de l'histoire des souverains byzantins. Il laisse derri√®re lui l'image d'un grand g√©n√©ral qui participe grandement √† l'expansionnisme byzantin de son temps, ainsi qu'un homme sensible √† la spiritualit√©, qui l'am√®ne √† d√©velopper le monachisme, non sans s'opposer √† un clerg√© qui appr√©cie peu son interventionnisme th√©ologique.

Sources

Le r√®gne de Nic√©phore Phocas est rapport√© par plusieurs grands chroniqueurs byzantins, dont L√©on le Diacre, qui est son contemporain, Jean Skylitz√®s ou encore Michel Psellos, plus tardifs et qui se sont certainement appuy√©s sur un ou plusieurs r√©cits plus ou moins favorables √† Nic√©phore. R. Morris a not√© que la tradition byzantine se partage entre deux visions du r√®gne de Nic√©phore, reproduisant les lignes de fracture de la soci√©t√© face √† la politique de l'empereur[1]. D'un c√īt√©, L√©on le Diacre est g√©n√©ralement acquis √† la cause de celui-ci et si sa chronologie est parfois confuse, son r√īle de t√©moin d'un certain nombre d'√©v√©nements fait de son Histoire la source la plus riche pour analyser la vie de Nic√©phore Phocas. De l'autre, Skylitz√®s, plus tardif, s'appuie plut√īt sur des sources d√©favorables √† Nic√©phore[2]. Le texte de Psellos est plus succinct et s'appuie largement sur celui de L√©on le Diacre, m√™me s'il s'en distingue parfois. Il accorde une place importante √† l'assassinat de Nic√©phore, qu'il d√©crit assez pr√©cis√©ment. Georges C√©dr√®ne est une autre source de valeur m√™me s'il compile les √©crits d'autres chroniqueurs, ainsi que Jean Zonaras, un peu plus tardif et qui d√©livre des √©l√©ments d'analyse absents d'autres chroniques[3]. D'autres sources ext√©rieures byzantines √©clairent plusieurs aspects du r√®gne de Nic√©phore, comme la chronique de YahyńĀ d'Antioche tr√®s centr√©e sur les guerres avec Sayf al-Dawla[4] ou le r√©cit de l'ambassadeur du Saint-Empire romain germanique, Liutprand de Cr√©mone, qui livre un r√©cit vivant de son s√©jour √† Constantinople, bien que tr√®s hostile √† Nic√©phore et qui a d'ailleurs eu un fort √©cho dans le monde occidental en contribuant √† la mauvaise r√©putation de l'Empire byzantin. Parmi les auteurs musulmans, le r√©cit de voyage d'Ibn Hawqal est souvent mobilis√©. D'autres sources plus ou moins directes peuvent √™tre mobilis√©es comme les trait√©s militaires attribu√©s √† Nic√©phore Phocas et qui √©clairent sur le contexte militaire ou bien les novelles (texte l√©gislatif) de son r√®gne qui ont √©t√© conserv√©es[5]. Parmi les sources arch√©ologiques, la numismatique est souvent mobilis√©e et des vestiges d'√©poque attestent notamment de constructions parrain√©es par Nic√©phore ou sa famille[6].

Origines

Carte des provinces de l'Empire byzantin en Anatolie vers 950. Les Phocas sont surtout implantés en Cappadoce.
Fresque du Cycle christologique dans l'église de Tokali à Göreme (Turquie), dont la décoration est financée notamment par Nicéphore Phocas et son frère Constantin.

Fils de Bardas Phocas l'Ancien, Nic√©phore II (pr√©nom qui signifie ¬ę qui porte la victoire ¬Ľ) appartient √† la famille Phocas, originaire de Cappadoce, qui a donn√© √† Byzance plusieurs autres g√©n√©raux. Il est n√© vers 912[7] et rejoint l'arm√©e assez jeune. Son grand-p√®re, pr√©nomm√© aussi Nic√©phore, s'est illustr√© en Italie et en Sicile d'o√Ļ il a chass√© les Maures d'Afrique du Nord sous Basile Ier, et a combattu les Bulgares sous L√©on VI le Sage[8] - [9]. Un de ses fils et oncle de Nic√©phore, L√©on Phocas, a √©t√© domestique des Scholes, commandant en chef des arm√©es dans la guerre contre les Bulgares, s'est r√©volt√© en 919-920 mais moins contre Constantin VII Porphyrog√©n√®te que contre Romain Ier L√©cap√®ne, qui exerce la r√©alit√© du pouvoir[CH 1]. Un autre de ses oncles, du c√īt√© maternel, est saint Michel Male√Įnos, higoum√®ne au mont Kyminas en Bithynie. Le p√®re de Nic√©phore, Bardas Phocas l'Ancien, a men√© diverses campagnes et a particip√© √† la r√©volte qui chasse Romain L√©cap√®ne pour r√©tablir Constantin VII comme seul empereur, lui octroyant une place centrale sous son r√®gne. Finalement, plusieurs √©checs contre les Arabes entra√ģnent son remplacement progressif par ses fils[10].

Nicéphore a deux frères. Le premier, Constantin Phocas, stratège de Séleucie, est fait prisonnier par les Hamdanides en 949 et meurt empoisonné dans un cachot six ans plus tard selon Georges Cédrène. Le second, le curopalate et stratège de Cappadoce, Léon Phocas le Jeune, le remplace comme commandant sur la frontière orientale. Avec les Mélissène et les Sklèroi, la famille des Phocas est donc l'une des plus anciennes et des plus influentes de l'Empire byzantin, régulièrement au premier plan sans pour autant chercher à démettre la dynastie macédonienne, qui conserve le pouvoir depuis Basile Ier le Macédonien. Les Phocas sont plus spécialement actifs le long de la frontière avec la Cilicie car l'essentiel de leurs propriétés sont situés en Cappadoce[CH 2]. Ils sont d'ailleurs connus pour leur mécénat envers les églises et les monastères de la région, notamment dans la région de Göreme. De ce fait, la région de Tarse, à proximité directe de la Cappadoce, devient vite le principal champ d'action de Nicéphore, tant comme général que comme empereur. Les Phocas entretiennent aussi de bonnes relations avec les Ibères, à la différence des Arméniens, plus proches des autres familles byzantines de la frontière byzantino-arabe, comme les Sklèroi ou les Kourkouas et qui sont souvent des rivales des Phocas[11]. Elles se disputent les principales fonctions d'influence au sein du gouvernement de l'Empire mais évitent généralement la confrontation directe et tendent même à se rapprocher à l'époque de Nicéphore Phocas[CH 3].

Personnalité et apparence physique

Photographie de la marge d'une page de manuscrit, montrant l'esquisse du portrait d'un homme barbu et couronné.
Portrait de Nicéphore Phocas dans le mutinensis gr. 122, manuscrit du XVe siècle.

Les chroniqueurs byzantins sont clairement divis√©s sur Nic√©phore II. Certains, comme L√©on le Diacre, lui sont tr√®s favorables alors que d'autres comme Jean Skylitz√®s, Georges C√©dr√®ne ou Jean Zonaras ne m√Ęchent pas leurs mots dans le m√©pris qu'ils ont pour lui. Ainsi Skylitz√®s doute-t-il fortement de son apparente vertu et de son aust√©rit√©. Il raconte l'av√®nement de Nic√©phore II[12] :

¬ę Le 20 septembre [963], levant le masque qu'il avait pris et cessant de jouer la com√©die, il √©pousa en justes noces Th√©ophano. √Ä cette occasion, il prit aussi de la viande alors qu'auparavant il s'abstenait d'en manger depuis que Bardas, le fils qu'il avait eu de sa premi√®re √©pouse, prenant de l'exercice √† cheval dans la plaine avec son neveu Pseul√®s, √©tait mort d'un coup de lance donn√© involontairement. Nic√©phore faisait-il cela par abstinence vraie ou bien jouait-il la com√©die afin de tromper les gens au pouvoir √† l'√©poque ? ¬Ľ

Ces attaques portent aussi sur son aspect physique et sa mani√®re d'√™tre. Ainsi C√©dr√®ne d√©crit Nic√©phore II comme petit, gros, avec de larges √©paules, d'une humeur sombre et taciturne et cependant vou√© aux passions. Ses pan√©gyristes voyaient en lui plut√īt de la sagesse et de la s√©v√©rit√© ainsi qu'un haut sens de la justice. Ainsi L√©on le Diacre √©crit-il que ¬ę Nic√©phore √©tait un juste, un scrupuleux observateur de la loi ¬Ľ. Mathieu d'√Čdesse dans sa Chronique fait l'√©loge de son humanit√© : ¬ę C'√©tait un homme de bien, saint, anim√© de l'amour de Dieu, plein de vertu et de justice, et en m√™me temps brave et heureux dans les combats. Mis√©ricordieux pour tous les fid√®les du Christ, il visitait les veuves et les captifs et nourrissait les orphelins et les pauvres[13]. ¬Ľ Plusieurs chroniqueurs attestent de sa pi√©t√©. Athanase l'Athonite, moine au mont Athos, √©tait tr√®s li√© √† lui et le poussait √† adopter la vie monastique. Il est r√©put√© pour s'habiller modestement et pour dormir √† m√™me le sol ou sur un lit sommaire, en particulier lors des f√™tes religieuses[14].

Cette opposition des historiens est sans doute renforc√©e par le fait que Nic√©phore II accorde, non sans raisons, de nombreux subsides √† l'arm√©e et d√©pouille le S√©nat et les monast√®res. Jean Skylitz√®s fait par ailleurs le r√©cit de sa fin de r√®gne, dans lequel Nic√©phore II passe pour d√©velopper un √©tat d'esprit parano√Įaque. Ainsi √©crit-il que Nic√©phore II fit construire un mur autour du palais et ¬ę une citadelle d'o√Ļ il put exercer sa tyrannie sur les malheureux citoyens. ¬Ľ Il finit par critiquer sa brutalit√© envers les citoyens de Constantinople ‚ÄĒ dont il avait fini par se faire d√©tester ‚ÄĒ ainsi que son avarice[15].

L'évêque lombard Liutprand de Crémone, envoyé comme ambassadeur à Constantinople par l'empereur du Saint-Empire Otton Ier, donne une description peu flatteuse de l'empereur byzantin :

¬ę Ce Nic√©phore me parut un vrai monstre. Il a une taille de Pygm√©e, une grosse t√™te, de petits yeux, une barbe courte, large, √©paisse, entrem√™l√©e de blanc et de noir, un cou fort court, des cheveux fort longs et fort noirs, un teint d'√Čthiopien et capable de faire peur √† quiconque le rencontrerait dans l'obscurit√© de la nuit, de longues cuisses, de courtes jambes, un habit d√©teint et us√©, une chaussure √©trang√®re, une langue piquante et injurieuse, un esprit dissimul√© et fourbe[16]. ¬Ľ

En revanche, un consensus existe autour des talents militaires de Nic√©phore Phocas, g√©n√©ral avant d'√™tre empereur et dont les connaissances militaires sont tr√®s vastes. H√©ritier d'une famille destin√©e au m√©tier des armes, originaire d'une r√©gion proche de la fronti√®re anatolienne, sa vie est vou√©e √† combattre l'adversaire musulman et il gagne notamment le surnom de ¬ę mort p√Ęle des Sarrasins ¬Ľ[17].

Nicéphore a été marié une première fois avec une femme sur laquelle presque rien n'est connu, à part qu'elle appartient à la famille des Pleustai, peut-être issue du Pont, et qu'elle est morte bien avant lui. Le seul fils qu'ils ont eu ensemble, prénommé Bardas, est tué accidentellement par un certain Pleutzès, un parent de Nicéphore[CH 4].

Contexte général

La deuxi√®me moiti√© du Xe si√®cle est une √®re d'expansion pour l'Empire. Gustave Schlumberger l'√©voque comme l'√©pop√©e byzantine, qui s'incarne dans une extension territoriale significative, notamment en Orient. Depuis le temps des invasions musulmanes au VIIe si√®cle, l'Empire s'est recentr√© en Anatolie, devenu le cŇďur de sa puissance et une r√©gion de conflictualit√© intense avec les Arabes, souvent √† l'offensive sous la forme de raids destructeurs. Avec l'affaiblissement du califat abbasside et le renforcement de l'Empire, qui conna√ģt une √®re de stabilit√© sous la dynastie mac√©donienne instaur√©e par Basile Ier un si√®cle plus t√īt, l'initiative change peu √† peu de camp. Les Phocas en g√©n√©ral et Nic√©phore en particulier sont √† l'avant-garde de ce mouvement, participant largement √† la guerre contre les Musulmans dans la r√©gion connue sous le nom de al-tughur, v√©ritable marche militaire du monde islamique, en Cilicie, au nord de la Syrie et en M√©sopotamie d'o√Ļ partent les raids contre l'Empire[18]. Au-del√†, si les empereurs mac√©doniens restent √† la source de la l√©gitimit√© du pouvoir, cela n'emp√™che pas l'√©mergence ponctuelle de figures militaires de premier plan, capables d'exercer des formes de r√©gence plus ou moins affirm√©es, √† l'image de Romain Ier L√©cap√®ne. Elles traduisent aussi les ambitions d'une aristocratie de plus en plus influente, souvent issue des marges mlitaris√©es de l'Empire[19]. En outre, la stabilisation politique de l'Empire est favoris√©e par un dynamisme √©conomique croissant. √Ä l'int√©rieur, la soci√©t√© byzantine s'appuie solidement sur un monde rural militaris√©, incarn√© par les stratiotes. Soldats tout autant que paysans, ils sont l'outil de la d√©fense du territoire et les empereurs de l'√©poque sont attentifs √† les prot√©ger de la croissance d'une classe aristocratique qui s'affirme par la possession de propri√©t√©s fonci√®res toujours plus importantes. Ce mod√®le, souvent cit√© comme au fondement du renouveau byzantin, conna√ģt aussi une lente mutation du fait de n√©cessit√©s politiques et militaires nouvelles.

Premiers exploits militaires

Carte des principales positions de la fronti√®re arabo-byzantine, principal th√©√Ętre des exploits de Nic√©phore Phocas.

L'ascension sur le front oriental (945-960)

Les premi√®res ann√©es de Nic√©phore Phocas sont mal connues. Sous Romain L√©cap√®ne, initiateur de la premi√®re vague d'expansion byzantine en Orient, les Phocas sont dans une forme de disgr√Ęce et sont peu actifs, en tout cas dans des r√īles de premier plan. Avec la chute de L√©cap√®ne en 944, Nic√©phore Phocas conna√ģt une premi√®re promotion, puisqu'il devient strat√®ge des Anatoliques vers 945, l'une des plus importantes provinces militaires de l'Empire. Il reste plusieurs ann√©es √† ce poste, qui lui permet certainement de consolider son exp√©rience militaire. Il accompagne alors certainement son p√®re ainsi que son fr√®re, L√©on Phocas, dans leurs exp√©ditions militaires contre les Hamdanides, principale puissance musulmane √† la fronti√®re de l'Empire. Ainsi, en 953, Bardas est vaincu et bless√© lors de la bataille de Marach face √† Ali Sayf al-Dawla, tandis que Constantin Phocas est fait prisonnier[20] - [21]. Consid√©r√© comme responsable des difficult√©s des Byzantins sur la fronti√®re syrienne, Bardas est remplac√© par son fils Nic√©phore vers 955 comme domestique des Scholes d'Orient, soit le g√©n√©ral en chef des arm√©es asiatiques. Ce choix peut surprendre car L√©on Phocas semble alors se pr√©valoir de succ√®s militaires plus probants, en tout cas mieux rapport√©s par les chroniqueurs de l'√©poque mais peut-√™tre Constantin a-t-il voulu respecter le privil√®ge de l'a√ģnesse dont jouit Nic√©phore ou √©viter de trop promouvoir L√©on, qui pourrait devenir un rival potentiel. De 956 √† 961, Nic√©phore va s'efforcer de r√©tablir la situation militaire face aux Hamdanides, reprenant progressivement l'initiative pour pr√©tendre √† nouveau √† des conqu√™tes territoriales. D√®s 956, il pr√©voit d'envoyer son lieutenant mais aussi neveu, Jean Tzimisk√®s[N 1], pour lancer un raid mais Sayf al-Dawla anticipe et attaque le premier, remportant un succ√®s notable. N√©anmoins, dans le m√™me temps, L√©on Phocas m√®ne une exp√©dition en Syrie et d√©fait le cousin de Sayf al-Dawla, qui est fait prisonnier. En septembre, l'√©mir tente de riposter par un raid autour de M√©lit√®ne mais il est pris √† revers en Cilicie, o√Ļ les Byzantins lancent eux aussi une attaque, soutenue par une flotte conduite victorieusement par Basile Hexamilit√®s[22]. L'√©mir de Tarse, vassal de Sayf al-Dawla, est alors de plus en plus en difficult√©s sur ce qui appara√ģt comme le flanc le plus expos√© de la fronti√®re byzantino-arabe[21].

L'ann√©e suivante, Nic√©phore s'empare de la forteresse d'Hadath et Tzimisk√®s pille la Jazirah, prenant notamment Dara. Il corrompt aussi les mercenaires turcs de l'√©mir qui doit lutter contre leur tentative de soul√®vement[21] L'ann√©e suivante, Nic√©phore Phocas re√ßoit des renforts de Basile L√©cap√®ne et conduit une importante exp√©dition qui prend d'assaut Samosate, d√©j√† attaqu√©e l'ann√©e pass√©e. Sayf al-Dawla tente de s'interposer mais il est vaincu lors de la bataille de Raban, au cours de l'automne, qui consacre le retour en force des Byzantins dans la r√©gion, d√©sormais en mesure de lancer des offensives de plus en plus ambitieuses[23] - [24]. En 959, L√©on Phocas p√©n√®tre jusqu'√† Cyrrhus en mettant √† sac plusieurs forteresses. Si Nic√©phore est bient√īt appel√© sur un autre front, les Byzantins ont largement consolid√© leurs positions et ont pos√© les bases de l'expansion √† venir[25].

L’expédition en Crète (960-961)

Le siège de Chandax représenté dans la Chronique de Skylitzès de Madrid.

Depuis sa conqu√™te par les Arabes en 824, la Cr√®te est devenue la base arri√®re de pirates pillant le pourtour des terres byzantines[26]. Leurs exp√©ditions sont sanglantes et sans piti√©, comme celle de 904 sur Thessalonique racont√©e par Jean Caminiat√®s[27]. D√®s 825, les Byzantins tentent de reprendre l'√ģle, mais toutes les tentatives sont des √©checs. En tout, cinq tentatives ont lieu avant 960 ; la derni√®re, command√©e par Constantin Gongyl√®s, √† la fin du r√®gne de Constantin VII en 949, est un d√©sastre[28]. Les pirates ruinent le commerce des ports byzantins, aussi Joseph Bringas, le parakimom√®ne, chef du S√©nat et vrai d√©tenteur du pouvoir imp√©rial sous Romain II, d√©cide d'une nouvelle exp√©dition. Il place √† sa t√™te Nic√©phore Phocas, alors consid√©r√© comme le meilleur g√©n√©ral de l'Empire. Il rassemble une grande arm√©e, r√©unissant l'essentiel des troupes anatoliennes, soit plusieurs dizaines de milliers d'hommes, qui embarquent √† bord de plusieurs centaines de navires[29]. Un tel d√©ploiement de forces est rendu possible par la paix relative qui r√®gne aux fronti√®res de l'Empire[30].

D√®s le d√©barquement, le 13 juillet 960, Nic√©phore repousse victorieusement les forces arabes et impose un si√®ge √† Chandax, la capitale de l'√ģle, qu'il √©choue dans un premier temps √† prendre d'assaut. Lors du si√®ge, Nic√©phore Phocas est confront√© √† la d√©faite d'un de ses g√©n√©raux, envoy√© dans l'√ģle collecter des vivres et qui s'est imprudemment expos√© √† une attaque[31]. Il d√©cide de renforcer la pression sur Chandax, qu'il coupe compl√®tement du reste de l'√ģle gr√Ęce √† une muraille construite par les Byzantins. Il s'efforce aussi d'obtenir des renseignements sur l'√©tat des forces arabes encore pr√©sentes sur l'√ģle et parvient √† les prendre par surprise alors qu'ils s'appr√™tent √† attaquer les Byzantins. Pour affaiblir le moral des assi√©g√©s, il ex√©cute en masse les prisonniers, √† la vue des d√©fenseurs de Chandax[32] et L√©on le Diacre rapporte une harangue lyrique qu'il adresse √† ses hommes pour les encourager[33]. Pour autant, les assi√©g√©s repoussent un nouvel assaut avant l'hiver. Nic√©phore Phocas fait alors construire plus d'armes de si√®ge pour une nouvelle attaque en mars 961, qui parvient √† mettre √† bas les remparts de la cit√©, qui est prise d'assaut[34]. La ville est soumise √† un intense pillage et un important butin peut √™tre envoy√© √† Constantinople, ainsi que des prisonniers, dont l'√©mir de la Cr√®te, Abd el-Aziz[35].

La prise de Chandax assure aux Byzantins la reconqu√™te de la Cr√®te, qui devient une province dont l'importance strat√©gique est significative et qui fait rapidement l'objet d'une politique de promotion du christianisme apr√®s cent cinquante ans de pr√©sence musulmane. Le pr√™cheur Nikon le M√©tano√©ite se rend rapidement sur l'√ģle pour y r√©tablir le dogme chr√©tien. Si Nic√©phore Phocas √©choue dans sa fondation d'une nouvelle capitale sur l'√ģle, T√©m√©nos, cela ne saurait masquer le succ√®s de cette reconqu√™te, qui assoit encore plus sa r√©putation de g√©n√©ral victorieux[36].

Campagne en Orient

Photographie de la page d'un manuscrit montrant un groupe de cavaliers mettant en fuite un autre groupe de cavaliers.
La bataille d'Andrassos remportée par le frère de Nicéphore, dans la chronique de Skylitzès de Madrid.
Photographie de la page d'un manuscrit représentant la prise d'assaut d'une ville fortifiée.
La prise d'Alep (Berroia) par les Byzantins dans la chronique de Skylitzès de Madrid.

Apr√®s avoir re√ßu les honneurs rares du triomphe romain et avoir √©t√© nomm√© √† nouveau titulaire de la charge de domestique des Scholes d‚ÄôOrient (il remplace son fr√®re L√©on Phocas le Jeune √† ce poste), il retourne dans l'Est avec une arm√©e forte et bien √©quip√©e durant l'hiver 961-962. Dans l'intervalle l'√©mir hamdanide Ali Sayf al-Dawla a lanc√© un raid en terres byzantines mais a essuy√© une lourde d√©faite au cours de la bataille d'Andrassos, le 8 novembre 960. Une fois revenu de Cr√®te, Nic√©phore Phocas peut passer √† l'offensive face √† un adversaire affaibli. Il met notamment √† sac Anazarbe en f√©vrier 962, qui ne peut plus servir de verrou dans le dispositif frontalier musulman[37] - [38]. La destruction de cette cit√© est un exemple typique de la strat√©gie de la terre br√Ľl√©e que n'h√©site pas √† mettre en Ňďuvre Nic√©phore Phocas pour briser les d√©fenses adverses. Le g√©n√©ral byzantin peut d√©sormais lancer ses forces sur la Cilicie du reste de la Syrie. Il s'empare de Marach, Sisum et Manbij d√®s l'ann√©e 962, alors que Sayf al-Dawla tente de renouer les communications avec la Cilicie[39]. Le d√©roulement exact des √©v√©nements reste flou mais Nic√©phore Phocas est en mesure de menacer directement Alep au d√©but de l'hiver 962, alors que les Arabes ne s'attendent pas √† un assaut aussi tard dans la saison. D√©sorganis√©es, les troupes de l'√©mir sont plusieurs fois vaincues ou repouss√©es, notamment par Jean Tzimisk√®s, le lieutenant de Nic√©phore[40]. Finalement, le 23 d√©cembre 962, la ville d'Alep tombe aux mains des Byzantins, alors que Sayf al-Dawla s'est d√©j√† enfui. La capitale des Hamdanides est mise √† sac, √† l'exception de la citadelle qui parvient √† r√©sister. Le succ√®s est consid√©rable pour Nic√©phore, qui peut se retirer avec plusieurs milliers de prisonniers et un important butin[41]. En revanche, l'√©v√©nement provoque un choc dans le monde musulman. Si Sayf al-Dawla revient assez vite √† Alep, il ne peut que constater que ses troupes sont d√©sormais sur la d√©fensive et son autorit√© fragilis√©e alors que la Cilicie semble plus menac√©e que jamais[42].

Accession au tr√īne

Photographie d'un manuscrit montrant un homme alité, agonisant, entouré d'un groupe de témoins.
Romain II sur son lit de mort (chronique de Skylitzès de Madrid).

√Ä la mort de Romain II en dans des circonstances suspectes, un flottement r√®gne au sein de la cour imp√©riale. La r√©gence est alors assur√©e par le parakimom√®ne Joseph Bringas, qui entretient des relations complexes avec Nic√©phore Phocas. Or, d√®s le mois d'avril, ce dernier se rend √† Constantinople, aur√©ol√© de ses succ√®s contre les Arabes, et triomphe dans les rues de la capitale. La suite est quelque peu confuse. Selon Skylitz√®s, Nic√©phore le convainc de ses bonnes intentions, affirmant qu'il veut devenir moine, et Bringas le laisse repartir. En revanche, L√©on le Diacre affirme que le parakimom√®ne tente de s'emparer de lui et que Nic√©phore trouve refuge dans Sainte-Sophie, o√Ļ il gagne le soutien du patriarche Polyeucte, qui cherche surtout √† garantir les droits des enfants de Romain II. Nic√©phore peut alors se rendre devant le S√©nat byzantin pour √™tre confirm√© dans sa charge de domestique des Scholes contre la promesse de ne pas briguer le tr√īne[43]. Selon Anthony Kaldellis, il est peu probable que Bringas ait essay√© de capturer Nic√©phore, tout en soutenant que le S√©nat le confirme dans ses fonctions en √©change d'un serment[44]. Il peut ensuite quitter la capitale et rejoindre ses terres.

Photographie de la page d'un manuscrit dépeignant l'entrée d'un homme à cheval dans une cité.
Entrée de Nicéphore II Phocas à Constantinople (manuscrit Skylitzès).

L√† encore, le doute subsiste sur le d√©roulement des √©v√©nements. Bringas aurait provoqu√© l'encha√ģnement qui conduit √† l'arriv√©e au pouvoir de Nic√©phore Phocas en envoyant une lettre au lieutenant de celui-ci, Tzimisk√®s, lui enjoignant de trahir son chef en √©change du pouvoir supr√™me, ce que Tzimisk√®s aurait refus√©. Il en informe Nic√©phore Phocas, qui rassemble ses troupes en Cappadoce et est proclam√© empereur le devant C√©sar√©e de Cappadoce. Kaldellis estime que le mouvement aurait √©t√© trop risqu√© pour Bringas, tandis que la lettre envoy√©e √† Constantinople par Nic√©phore pour officialiser ses pr√©tentions au tr√īne ne fait mention d'aucun complot contre lui[44]. Dans tous les cas, il dispose de soutiens solides. Au-del√† de l'appui de l'arm√©e, il a des partisans influents dans la capitale, notamment Th√©ophano, la veuve de Romain II. Le soutien de l'imp√©ratrice s'explique par son souhait de pr√©server les droits de ses enfants, en s'alliant √† un commandant influent, capable de r√©fr√©ner les mutineries au sein de l'arm√©e et qui appartient √† une famille fid√®le √† la lign√©e mac√©donienne[CH 5] - [45]. Il re√ßoit aussi l'appui de l'ancien parakimom√®ne Basile L√©cap√®ne, √©vinc√© par Joseph Bringas et qui voit l√† une occasion de se venger en armant ses partisans dans la capitale[46] - [47]. G√©n√©ral parmi les plus prestigieux, Nic√©phore n'a gu√®re de mal √† imposer son autorit√© en Orient. En revanche, les arm√©es occidentales sont plus hostiles. Leur commandant, Marianos Argyre est un alli√© de Bringas mais il ne peut se risquer √† un affrontement direct et pr√©f√®re rester derri√®re les remparts de la capitale, qui demeure le centre du pouvoir[48].

Nic√©phore Phocas s'emploie √† envoyer des hommes pr√®s de Constantinople, pour contr√īler le Bosphore et il envoie une lettre √† Bringas, demandant √† √™tre reconnu comme co-empereur, tout en garantissant ne pas vouloir d√©poser les deux fils de Romain II. C'est v√©ritablement √† ce moment que Joseph Bringas d√©cide de r√©agir par la force. Il tente de s'emparer des proches de Nic√©phore mais Bardas Phocas se r√©fugie dans la basilique Sainte-Sophie, tandis que L√©on Phocas se cache. Bient√īt, Bringas et Argyre sont confront√©s √† l'hostilit√© de la population de la capitale, au point que le deuxi√®me p√©rit lors d'√©meutes[49]. Bringas est contraint √† la fuite, alors que les soutiens de Phocas s'emparent de la ville et envoient une flotte chercher le nouvel empereur. Nic√©phore II Phocas fait son entr√©e dans la ville par la Porte d'Or et y est couronn√© le 16 ao√Ľt au c√īt√© des fils de Romain II[50]. Il prend soin de r√©compenser ses proches et nomme Tzimisk√®s domestique des Scholes d'Orient, √©l√®ve son p√®re √† la dignit√© de c√©sar et nomme son fr√®re curopalate[51]. La promotion de sa famille proche √† des postes √©lev√©s est un fait marquant du r√®gne de Nic√©phore, qui veille en parall√®le √† pr√©venir l'ascension de tout rival potentiel. Le 20 septembre, il √©pouse Th√©ophano, non sans une certaine opposition du clerg√©. Les deux √©poux en sont alors √† leur deuxi√®me mariage, ce qui est mal tol√©r√© par l'√Čglise et impose normalement une p√©nitence de deux ans. Par ailleurs, Nic√©phore serait le parrain de l'un des fils de Th√©ophano, ce qui introduit un lien de filiation de nature √† s'opposer au mariage ; mais, apr√®s que Polyeucte a fait planer la menace d'une interdiction de communion pour le souverain, la cour se rappelle opportun√©ment que c'est Bardas le parrain, ce qui l√®ve la difficult√©[52] - [53]. La nature exacte de la relation entre Th√©ophano et Nic√©phore demeure mal connue. Skylitz√®s pr√©tend qu'ils sont amants quand Phocas c√©l√®bre son triomphe √† Constantinople, ce qui pr√©cipite sa pr√©tention au titre imp√©rial mais il s'agit s√Ľrement d'une vision romanc√©e de la r√©alit√©[45]. Th√©ophano, qui a souvent √©t√© d√©peinte comme une femme aussi belle que dangereuse, a souffert des jugements de ses contemporains. Agissant d'abord pour pr√©server les droits au tr√īne de ses fils, il est probable qu'elle n'ait que peu d'attirance pour Nic√©phore, plus √Ęg√© et peu connu pour sa beaut√©. Quant √† lui, il est possible qu'il ait √©t√© s√©duit par la jeune femme, sans qu'il soit possible d'en savoir beaucoup plus[54].

Politique extérieure

Carte des territoires contr√īl√©s par les Hamdanides, s√©par√©s entre l'√©mirat d'Alep, frontalier de l'Empire byzantin et celui de Mossoul. Faisant figurer les fronti√®res existantes vers 955, les Hamdanides ma√ģtrisent alors toujours la r√©gion autour de Tarse (dite al-thughur), conquise par Nic√©phore Phocas au terme de son r√®gne.

L'engagement militaire en Orient de Nic√©phore Phocas ne change gu√®re avec son accession au tr√īne imp√©rial. Dans la lign√©e de ses succ√®s ant√©rieurs, il continue la pouss√©e byzantine vers l'est face √† Sayf al-Dawla, dont L√©on Bloy a dit de leur rivalit√© qu'elle est ¬ę l'une des plus h√©ro√Įques p√©rip√©ties du Xe si√®cle ¬Ľ[55]. √Ä cet √©gard, le r√®gne de Nic√©phore confirme la transition progressive d'une guerre d√©fensive √† une guerre de conqu√™tes face √† un adversaire musulman d√©sorganis√© et divis√©. Les r√©ussites militaires de Nic√©phore Phocas expliquent que deux manuels fondamentaux de l'histoire militaire byzantine lui sont attribu√©s. D'abord, le De velitatione bellica, souvent traduit en Trait√© sur la gu√©rilla, qui se veut une compilation des principaux fondamentaux de la guerre d√©fensive. Son auteur, qui a pu √™tre un proche ou un officier de Nic√©phore Phocas, entend garder le souvenir des bonnes pratiques d'une conflictualit√© alors obsol√®te[56]. Au contraire, le Praecepta Militaria, r√©dig√© √† la m√™me √©poque, peut-√™tre post√©rieurement, se con√ßoit comme un manuel de la guerre offensive, qui prend certaines campagnes des Phocas comme exemples. Si l'attribution de ces ouvrages √† Nic√©phore Phocas demeure largement hypoth√©tique[N 2], ils illustrent tr√®s bien l'√©volution militaire de l'Empire dans le courant du Xe si√®cle.

De la prise de la Cilicie à la conquête d'Antioche

Photographie des deux faces d'une pièce, représentant des bustes d'hommes.
Nicéphore II Phocas et son beau-fils, le futur Basile II.

D√®s le d√©but de son r√®gne, Nic√©phore II m√®ne le combat contre les √©mirats musulmans frontaliers. Ceux d'Alep et de Tarse tentent de profiter de son arriv√©e sur le tr√īne pour le d√©stabiliser et lancent deux raids √† l'automne 963. Ali Sayf al-Dawla s'avance vers Iconium avant de se replier, g√™n√© par les embuscades. N√©anmoins, c'est bien l'√©mirat de Tarse qui est la cible principale des Byzantins. En d√©cembre, Tzimisk√®s attaque Adana et √©crase une arm√©e ennemie, autour d'une colline surnomm√©e ¬ę La Montagne de sang ¬Ľ[57]. Il poursuit par le si√®ge de Mopsueste mais doit l'abandonner par manque de vivres, non sans d√©vaster les environs des principaux centres urbains de la r√©gion. En f√©vrier 964, il s'est d√©j√† retir√© quand Ali Sayf al-Dawla arrive en renfort[58]. Il semble qu'une tr√™ve est ensuite conclue avec l'√©mir d'Alep, qui pr√©f√®re se concentrer sur ses difficult√©s internes alors que sa sant√© d√©cline de plus en plus. Au-del√†, le foss√© se creuse entre la Cilicie, qui lutte pour sa survie et l'√©mirat d'Alep[59].

Photographie de la page d'un manuscrit montrant un groupe d'hommes sortis d'une cit√© pr√™ter all√©geance devant un souverain sur son tr√īne, lui-m√™me suivi d'un petit groupe de partisans.
Miniature représentant Nicéphore recevant des émissaires de Tarse.

Avec l'affaiblissement de Sayf al-Dawla, Nic√©phore a d√©sormais les mains libres pour s'emparer de la Cilicie. √Ä l'√©t√© 964, il m√®ne plusieurs raids en personne, prenant temporairement Anazarbe mais √©chouant devant Tarse, trop bien fortifi√©e. En d√©cembre, Mopsueste est de nouveau assi√©g√©e, sans r√©sultat. N√©anmoins, la Cilicie musulmane est profond√©ment fragilis√©e[60]. √Ä l'entame de l'ann√©e 965, elle n'est plus en √©tat de r√©sister. L'empereur, assist√© de Tzimisk√®s et de son fr√®re, L√©on Phocas, rejette les offres de soumission de Tarse et de Mopsueste. √Ä l'√©t√©, Mopsueste est attaqu√©e par Tzimisk√®s et Tarse par L√©on Phocas. Le 13 juillet, la premi√®re tombe et une partie de ses habitants est massacr√©e. Le 16 ao√Ľt, c'est Tarse qui capitule, trois jours avant l'arriv√©e d'une flotte de ravitaillement venue d'√Čgypte et chass√©e par les navires byzantins. Les musulmans sont expuls√©s de la ville, repeupl√©e de Romains et d'Arm√©niens. La conqu√™te s'ach√®ve par la prise de Germanic√©e quelques semaines plus tard[61]. La r√©gion est r√©organis√©e en th√®mes et, en octobre, Nic√©phore II revient triomphalement √† Constantinople o√Ļ il organise diverses festivit√©s pour c√©l√©brer son succ√®s. Il exhibe notamment les portes des cit√©s de Tarse et de Mopsueste comme symboles de ses succ√®s. La prise de Tarse, qui a longtemps √©t√© l'une des grandes bases des musulmans pour leurs raids contre l'Empire, constitue un revirement important dans les guerres byzantino-arabes et offre de nouvelles perspectives de conqu√™te. En parall√®le, il est aussi parvenu √† r√©tablir la compl√®te souverainet√© byzantine sur l'√ģle de Chypre, alors soumise √† une sorte de condominium avec les Arabes[N 3]. Il a envoy√© Nic√©tas Chalcoutz√®s d√©truire la flotte musulmane vers 964-965, confirmant la domination retrouv√©e de la marine byzantine sur la M√©diterran√©e orientale[62].

En 966, un nouveau trait√© est conclu avec Sayf al-Dawla, convenant d'un √©change de prisonniers, lors duquel l'√©mir est oblig√© en plus de payer une ran√ßon √©tant donn√© le faible nombre de captifs qu'il d√©tient par rapport au total des prisonniers arabes lib√©r√©s[N 4]. Cet aveu de faiblesse favorise l‚Äôapp√©tit des Byzantins. Pour Nic√©phore, la cit√© d'Antioche, si√®ge d'un patriarcat chr√©tien, devient une cible envisageable[63]. La ville, sous la domination nominale de Sayf al-Dawla, est en fait d√©tenue par un groupe de notables oppos√©s aux Hamdanides et qui propose de c√©der la ville aux Byzantins. Toutefois, en juin 966, Sayf al-Dawla reprend le contr√īle de la cit√©, fournissant le pr√©texte √† Nic√©phore Phocas pour rompre la paix[64].

Comme souvent, la chronologie des √©v√©nements est confuse. Nic√©phore assi√®ge d'abord Manbij en octobre avant de se retirer quand il re√ßoit des d√©fenseurs le keramidion, une relique sacr√©e sur laquelle la figure du Christ aurait √©t√© imprim√©e[65]. Il se concentre ensuite sur Antioche, dont il atteint les murs le 23 octobre. Malgr√© ses contacts avec des partisans pro-byzantins dans la ville, il doit mener un si√®ge. Rapidement, il se rend compte que celui-ci s'annonce long et il pr√©f√®re se replier en Cilicie. Au d√©but de l'ann√©e 967, il quitte l'Orient pour de nombreux mois, sans avoir atteint son but mais alors que la situation des Arabes reste tr√®s pr√©caire, d'autant que Sayf al-Dawla meurt le 8 f√©vrier 967. Son fils, Saad al-Dawla, lui succ√®de mais, √Ęg√© de seulement quinze ans, il n'est pas en mesure de gouverner un √©mirat qui c√®de de plus en plus √† l'anarchie[65].

Photographie de la page d'un manuscrit montrant une ville médiévale prise d'assaut.
La prise d'Antioche en 969, dépeinte dans la chronique de Skylitzès de Madrid.

En 968, Nic√©phore repart en campagne. Le contexte est alors particuli√®rement tendu au Proche-Orient o√Ļ les communaut√©s chr√©tiennes et musulmanes s'opposent de plus en plus. Des repr√©sailles sont parfois men√©es √† l'encontre des Chr√©tiens √† la suite des conqu√™tes byzantines, comme le sort du patriarche Jean VII de J√©rusalem, br√Ľl√© vif √† l'occasion d'√©meutes ou celui d'Antioche, assassin√© pour des suspicions de sympathies byzantines[66]. Dans le m√™me temps, des raids sont men√©s contre la Cilicie nouvellement conquise. S'il a parfois √©t√© rapport√© que Nic√©phore Phocas souhaite conqu√©rir la Terre Sainte, ses ambitions sont plus limit√©es et r√©alistes. Profitant de l'√©tat d'instabilit√© des √©mirats frontaliers des terres imp√©riales, il les r√©duit progressivement soit pour s'en emparer, soit pour les soumettre √† une forme de vassalit√©. En l'occurrence, il r√©duit la plupart des forteresses de Syrie et, apr√®s une victoire devant Alep, Nic√©phore s'empare de Maarat al-Nouman, Kafartab, Shaizar, dont il r√©duit en cendres la grande mosqu√©e, puis Hama et Homs, laquelle est livr√©e aux flammes et dont il ram√®ne une relique de Saint Jean-Baptiste. Apr√®s le saccage de la vall√©e de l'Oronte, le basileus s'approche de la c√īte libanaise et prend Jabl√©, Tell Arqa, Tortose et re√ßoit la soumission de Laodic√©e, mais il ne parvient pas √† investir Tripoli[67] - [68]. L'exp√©dition est un succ√®s et l'empereur retourne √† Constantinople avec un butin consid√©rable et sans doute plusieurs dizaines de milliers de captifs. Il charge son neveu Pierre Phocas et le strat√®ge Michel Bourtz√®s du blocus d'Antioche. √Ä la suite d'une attaque surprise de Michel Bourtz√®s le , la ville est prise d√©finitivement le 1er novembre avec l'intervention de Pierre Phocas et cela m√™me alors que l'empereur avait ordonn√© de ne pas prendre la cit√©. La ville constitue pendant plus d'un si√®cle la place forte de l'empire dans la r√©gion. Si Nic√©phore s'en r√©jouit, il cong√©die Bourtz√®s venu lui annoncer la nouvelle pour le punir d'avoir d√©sob√©i, d'autant qu'il aurait d√©sapprouv√© les destructions op√©r√©es dans la ville. Parall√®lement, il nomme son cousin Eustathe Maleinos comme gouverneur d'Antioche[69] - [70]. En ou , Pierre Phocas prend √† nouveau la ville d'Alep (o√Ļ un usurpateur, Kargouya, a chass√© Saad al-Dwala), √† l'exception de la citadelle, et se contente d'obtenir une promesse de vassalit√© ainsi que de relever toutes les √©glises chr√©tiennes[71].

Pénétration en Arménie

Si Nic√©phore Phocas se concentre surtout sur le front cilicien, il est amen√© aussi √† s'int√©resser √† l'Arm√©nie qui, depuis l'√©poque romaine, constitue une zone tampon entre l'Empire et son rival proche-oriental, d'abord perse, d√©sormais musulman. Si les relations entre les Phocas et les Arm√©niens sont parfois difficiles, l'Empire est de plus en plus actif en terres arm√©niennes, profitant du d√©sengagement des Abbassides. Par un concours de circonstances, l'empereur jette son d√©volu sur le Taron, une principaut√© d√©tenue par une branche des Bagratides et qui √©volue dans une forme de vassalit√© √† l'√©gard de Constantinople depuis d√©j√† plusieurs d√©cennies. Les choses s'acc√©l√®rent en 966, quand ses deux princes, Gr√©goire Taronit√®s et son fils, c√®dent le territoire √† l'Empire, en √©change de terres importantes. S'int√©grant dans l'aristocratie byzantine, ils obtiennent aussi le titre de patrice[72]. Un doute subsiste sur la spontan√©it√© de cette cession, qui pourrait avoir √©t√© en partie contrainte par Constantinople, comme en attesterait le ralliement de Gr√©goire Taronite aux Skl√®ros plut√īt qu'aux Phocas dans les ann√©es 970[73]. Cette acquisition assure une place pr√©pond√©rante des Byzantins dans le jeu politique arm√©nien, de plus en plus soumis aux souverains de Constantinople[74]. Nic√©phore II envoie aussi un de ses g√©n√©raux et neveux, Bardas Phocas le Jeune, intervenir contre l'√©mirat d'Apahounik, l'une des principaut√©s musulmanes situ√©es dans les confins entre les terres imp√©riales et l'Arm√©nie, qui se conclut par la prise √©ph√©m√®re de Manzikert[75] - [76].

Tensions en Italie avec le Saint-Empire

En Italie, l'Empire est confront√© √† plusieurs d√©fis. D'abord, l'√©mirat de Sicile continue de mener r√©guli√®rement des raids contre les possessions imp√©riales au sud de la p√©ninsule. Possession autonome du calife des Fatimides Al-Mu Ņizz li-Dńęn AllńĀh, l'Empire lui paie un tribut annuel en √©change d'une paix pr√©caire mais Nic√©phore refuse de s'y soumettre. En r√©action, les Arabes s'en prennent aux derniers r√©duits de la pr√©sence chr√©tienne sur l'√ģle, et Taormine tombe en 962. En 963, Rometta est assi√©g√©e par le fils du gouverneur local et les chr√©tiens font appel √† Nic√©phore pour les aider. L'empereur envoie une flotte dirig√©e par l'eunuque Nic√©tas Abalant√®s pour intervenir, assist√© du g√©n√©ral Manuel Phocas, cousin de l'empereur, qui dirige les forces terrestres[77]. Ce choix peut surprendre car aucun des deux hommes n'a d'exp√©rience significative ou de succ√®s probants. Il peut traduire soit l'incapacit√© de l'empereur √† priver le front oriental de ses meilleurs g√©n√©raux, soit un choix d√©lib√©r√© de ne pas offrir √† un g√©n√©ral confirm√© l'occasion d'un succ√®s qui pourrait en faire un rival pour le tr√īne. Cette arm√©e d√©barque vers Messine en 964 et se dirige vers Rometta, mais elle est vaincue et la flotte intercept√©e alors qu'elle tente de fuir lors de la bataille du D√©troit[78] - [79]. Nic√©tas est fait prisonnier et, en mai 965, Rometta tombe. Dans le m√™me temps, Nic√©phore Hexakionit√®s, gouverneur de la Calabre et de la Longobardie, restaure les remparts de Tarente, puis tente de r√©quisitionner des navires pour s'opposer aux musulmans de l'√ģle ; mais des habitants s'y opposent, peut-√™tre pour √©viter qu'une guerre n'interrompe le commerce entre les deux rives du d√©troit de Messine[80] - [CH 6]. Le gouverneur m√®ne n√©anmoins une flotte au combat vers 965-966, qui est d√©truite, lui-m√™me p√©rissant dans les combats. Dans l'ensemble, les √©v√©nements ne sont donc gu√®re favorables √† Nic√©phore, qui pr√©f√®re signer une tr√™ve avec les Fatimides en 967, pr√©voyant notamment la lib√©ration de Nic√©tas. Ce trait√© satisfait les deux parties qui ont alors d'autres pr√©occupations, √† savoir la conqu√™te de l'√Čgypte pour les Fatimides[81] - [82]. En parall√®le, Nic√©phore semble entretenir de bonnes relations avec le califat de Cordoue puisqu'il envoie plusieurs artisans de premier plan participer √† l'embellissement de la mosqu√©e de Cordoue, √† la demande d'Al-Hakam II[83].

Sur l'Italie continentale, l'enjeu principal est la lutte d'influence avec le r√©cent Saint-Empire romain germanique. Pour Nic√©phore, le probl√®me vient du couronnement comme Saint-Empereur d'Otton Ier en 962. Celui-ci se pose ainsi directement en concurrent de l'Empire byzantin, qui estime √™tre le seul continuateur l√©gitime de l'Empire romain. Plus encore, Otton aspire √† √©tendre son emprise sur l'Italie, dont il contr√īle le nord, et vise le sud de la p√©ninsule. Il s'allie avec le Pandolf Ier de B√©n√©vent, prince de Capoue et de B√©n√©vent, avant d'attaquer l'Apulie, tenue par les Byzantins, et tente de prendre Bari en 968 mais doit se replier face √† la r√©sistance de la cit√©[84] - [85]. L'empereur germanique envoie aussi son ambassadeur, Liutprand de Cr√©mone, √† la cour de Nic√©phore II o√Ļ il reste de juin et octobre 968. Sa mission est d'obtenir plusieurs concessions de l'empereur, notamment la reconnaissance du titre imp√©rial √† Otton, en √©change de la paix et du maintien de l'Apulie dans l'orbite byzantine. Otton esp√®re aussi organiser son mariage avec une fille du d√©funt Romain II. Cependant, Liutprand rencontre l'hostilit√© des Byzantins, qui lui font subir diverses vexations. Nic√©phore refuse d'abandonner la pr√©tention de l'Empire √† √™tre le seul continuateur de l'Empire romain, persistant √† qualifier Otton de rex (roi) et non basileus ou imperator. Il reproche certainement au souverain germanique l'attaque contre Bari et les Byzantins sont encore ferm√©s √† l'id√©e d'alliances matrimoniales avec des puissances √©trang√®res. Du fait de cet √©chec, le chroniqueur lombard en a tir√© une profonde haine pour Nic√©phore, qu'il critique vivement dans ses √©crits, de m√™me que les Byzantins en g√©n√©ral[86].

En 969, Otton reprend l'offensive en Calabre, sans plus de r√©sultats. Il est repouss√© √† Cassano, puis √† Bovino. Son alli√©, Pandolf, est bient√īt captur√© par le g√©n√©ral byzantin Eug√®ne et envoy√© √† Constantinople. Eug√®ne poursuit jusqu'√† Salerne o√Ļ il est accueilli triomphalement mais il est vite rappel√© dans la capitale, apparemment en raison d'exactions contre la population. Quand Nic√©phore est renvers√©, Otton est en train de revenir √† la charge mais, dans l'ensemble, cette guerre n'aboutit √† aucune confrontation d√©cisive, ni √† un quelconque changement territorial d'importance au sud de l'Italie[87]. En revanche, c'est vers 969, peut-√™tre sous Jean Ier, que le cat√©panat d'Italie est cr√©√©, qui regroupe l'ensemble des possessions byzantines d'Italie sous un m√™me gouverneur[66].

Une politique balkanique erratique

Photographie de la page d'un manuscrit représentant plusieurs scènes de combats.
L'invasion de la Bulgarie par le prince Sviatoslav. Miniature issue de la chronique de Constantin Manassès.

Si l'objectif principal de Nic√©phore reste la lutte contre les musulmans, en Syrie surtout et en Sicile par ailleurs, il entretient des relations complexes avec le Premier Empire bulgare, sur un front qu'il conna√ģt tr√®s mal et dont il ne ma√ģtrise pas compl√®tement tous les enjeux[88]. Cette puissance r√©gionale d'importance constitue un rival p√©riodique de Constantinople, contestant sa domination sur les Balkans tout en √©tant dans son orbite culturelle. Pour les Byzantins, ils constituent parfois des alli√©s et un peuple converti par leurs soins mais ils ont toujours pour ambition de r√©cup√©rer la domination des terres au sud du Danube[89]. Or, depuis le trait√© byzantino-bulgare de 927, Constantinople doit payer un tribut annuel aux Bulgares en √©change de la paix et de la garantie par les Bulgares de s'opposer aux raids des Magyars au sud du Danube. Cette clause assure aux Byzantins de ne pas avoir √† combattre sur deux fronts mais Nic√©phore II la juge d√©shonorante. La s√©quence des √©v√©nements qui suivent, entre 965 et 967, varie selon les auteurs. Souvent, les historiens reprennent la vision de L√©on le Diacre qui affirme que Nic√©phore re√ßoit les ambassadeurs bulgares venus r√©clamer leur tribut avec m√©pris, voire en les insultant. Il aurait ensuite entrepris une br√®ve campagne militaire contre des positions frontali√®res bulgares, avant de se retirer. Jean Skylitz√®s, suivi par Kaldellis[N 5] est plus sobre dans sa description des √©v√©nements, ne faisant r√©f√©rence qu'√† une inspection de la fronti√®re mais soulignant que Nic√©phore reproche aux Bulgares de ne pas s'opposer suffisamment aux raids des Magyars, qui p√©n√®trent parfois en terres byzantines. Par ailleurs, Nic√©phore Phocas estime probablement que les d√©fenses ennemies sont trop fortifi√©es pour une offensive s√©rieuse ou bien craint-il de tomber dans une embuscade, comme plusieurs de ses pr√©d√©cesseurs dans le terrain montagneux complexe des Rhodopes[90] - [91].

Renon√ßant √† l'usage de la force, il use de diplomatie pour susciter un adversaire sur les arri√®res des Bulgares. Il se tourne vers la Rus' de Kiev, une puissance naissante qui domine la steppe ukrainienne et qui a d√©j√† menac√© Constantinople par le pass√©. Il envoie un certain Kalokyros, natif de Cherson, possession de l'Empire en Crim√©e, pour conclure une alliance avec Sviatoslav Ier vers 966-967. Il emporte avec lui une forte somme d'argent pour convaincre son interlocuteur, qu'il sait ambitieux[92]. Pour Nic√©phore, c'est aussi un moyen de le d√©tourner de la ville de Cherson, de plus en plus menac√©e. Apr√®s des n√©gociations dont le d√©tail est inconnu, Sviatoslav accepte et lance en 968 une vaste offensive qui p√©n√®tre imm√©diatement en profondeur dans le territoire bulgare, brisant l'arm√©e du tsar Pierre Ier qui meurt quelques mois plus tard. Le succ√®s est d'ampleur, √† tel point que Nic√©phore craint que l'attaque ne se transforme en v√©ritable invasion. Kalokyros est d'ailleurs soup√ßonn√© d'avoir conclu une alliance avec Sviatoslav, pour devenir empereur √† la place de Nic√©phore[93]. Il est alors possible que Nic√©phore ait d√©clench√© une autre offensive, cette fois par les Petch√©n√®gues, un rival de la Rus', √† moins que ce ne soient les Bulgares qui aient fait appel √† eux. Quoi qu'il en soit, ils menacent bient√īt Kiev et obligent Sviatoslav √† se retirer de Bulgarie, temporairement. Dans l'intervalle, Nic√©phore tente de s'allier avec Boris II, le tsar de Bulgarie depuis janvier 969. Toutefois, d√®s l'√©t√© 969, Sviatoslav reprend sa marche en avant en Bulgarie, qu'il soumet √† une sorte de vassalit√© et dont il incorpore des soldats dans son arm√©e, avec pour ambition de continuer vers le sud et Constantinople[94]. C'est la situation √† la mort de Nic√©phore, qui laisse une situation plus p√©rilleuse qu'√† son arriv√©e sur le tr√īne[95] - [88].

Politique intérieure

Politique fiscale et foncière

Histaménon à gauche et tétartéron à droite. Si les deux monnaies d'or affichent la même valeur faciale, le tétartéron a une composition en or légèrement inférieure.

Empereur g√©n√©ral, Nic√©phore II Phocas consacre l'essentiel de son attention aux affaires √©trang√®res et militaires. Sa politique int√©rieure est avant tout au service de ses ambitions ext√©rieures, dont les co√Ľts sont significatifs surtout avec le passage √† une guerre offensive qui suppose une mobilisation plus constante. Plus largement, sa politique fiscale est parfois d√©crite comme agressive pour financer ses conqu√™tes, avec des taxes plus lourdes, y compris pour les s√©nateurs qui voient leurs privil√®ges se r√©duire[96].

Par ailleurs, Nic√©phore II prend des mesures proches de celles des autres empereurs de l'√®re mac√©donienne, qui cherchent √† contenir la progression de la grande propri√©t√©, aux mains des grands clans aristocratiques[97]. S'il appartient lui-m√™me √† l'une de ces grandes familles, il ne semble pas c√©der √† la tentation de favoriser sa couche sociale et essaie plut√īt de prot√©ger la petite propri√©t√© paysanne, qui forme l'ossature de la soci√©t√© byzantine d'alors[96]. Ce sont ces paysans qui sont mobilis√©s par l'arm√©e byzantine pour d√©fendre le territoire en cas de raids, notamment musulmans. Par cons√©quent, les souverains byzantins privil√©gient la d√©fense de cette cat√©gorie sociale par des mesures qui limitent l'acquisition de nouvelles terres par les plus riches, qui peuvent aussi devenir des concurrents au pouvoir imp√©rial. Par deux novelles (textes l√©gislatifs byzantins) de 967, il limite les cas dans lesquels les puissants peuvent acheter les terres de petits propri√©taires et, dans le cas o√Ļ un puissant aurait construit des b√Ętiments sur des terres qui ne lui appartiennent pas ou qu'il a ill√©galement acquis, il doit rembourser deux fois le prix de la parcelle plut√īt que de d√©truire ce qu'il a construit, pour √©viter que cette l√©gislation n'entra√ģne des destructions inutiles[98]. Cette interdiction d'acheter des terres aux plus pauvres s'√©tend jusqu'au sein du ch√īrion, c'est-√†-dire de la communaut√© villageoise dans laquelle s'applique un principe de solidarit√© et de pr√©emption, qui permet √† un autre membre de la communaut√©, y compris issu de l'aristocratie, d'acqu√©rir plus facilement les propri√©t√©s d'un autre. Si Romain II a prohib√© les acquisitions au sein d'un ch√īrion, par le biais de l'h√©ritage notamment, Nic√©phore II va plus loin en ouvrant le droit √† une r√©troactivit√© de cette prohibition. Dor√©navant, si un puissant est parvenu √† faire jouer son droit de pr√©emption dans un ch√īrion, il doit c√©der les terres acquises[99]. S'il interdit aussi aux plus pauvres d'acheter des terres appartenant aux plus riches, il s'agit d'une r√©ciproque tr√®s th√©orique √©tant donn√© que les propri√©taires les plus modestes n'ont g√©n√©ralement pas les moyens d'acqu√©rir de terres suppl√©mentaires. √Ä cet √©gard, Paul Lemerle parle de satisfaction purement platonique accord√©e aux puissants[100] - [N 6].

Par ailleurs, comme d'autres empereurs, il favorise les déplacements de population pour peupler ou repeupler certaines zones frontalières. Les Arméniens sont particulièrement sollicités en la matière, notamment en Crète, mais aussi en Cilicie[101]. Un décret les concerne d'ailleurs spécialement dans la zone frontière d'Anatolie, plus précisément dans les thèmes dits arméniens qui se constituent au fur et à mesure de la progression byzantine. S'ils assurent à l'Empire des supplétifs indispensables à leur effort militaire, les Arméniens de ces territoires sont parfois rétifs à l'ordre impérial. Nicéphore y impose une législation différente. Ainsi, les stratiotes ne peuvent réclamer leurs terres, données à des réfugiés ou à des soldats en récompense de leur bravoure, que dans un délai de trois ans, ce qui est particulièrement restreint[N 7] - [102]. Par ailleurs, en cas de meurtre, la famille de la victime ne peut recevoir une parcelle de terres appartenant au meurtrier en compensation, à la différence du reste de l'Empire. Dans les deux cas, l'objectif est de stabiliser des contrées frontalières encore fragiles, en incitant les habitants à rester sur leurs terres[103]. Cette novelle traduit aussi la méfiance de Nicéphore et d'une bonne partie de la société byzantine envers les Arméniens[104].

En outre, il lutte aussi contre l'accumulation fonci√®re de l'√Čglise et des monast√®res, qui s'accompagne souvent d'un manque de valorisation des terres acquises. En prohibant les donations de terrains √† ces institutions, il entend les inciter √† exploiter les terres qu'elles poss√®dent d√©j√†, en les mettant en culture par exemple. Cette mesure s'inscrit aussi dans sa vision d'un monachisme frugal, alors que l‚Äô√Čglise est le principal propri√©taire terrien derri√®re l'Empire[105].

Nicéphore face aux émeutiers en 967 dans la chronique de Skylitzès de Madrid.

Une novelle de Nic√©phore a retenu l'attention des historiens, √† propos de la propri√©t√© des stratiotes, c'est-√†-dire des paysans soldats mobilisables en cas de guerre. Pour s'assurer qu'ils disposent des moyens de s'√©quiper, l'Empire leur garantit l'inali√©nabilit√© de leur propri√©t√© √† hauteur de quatre livres[106]. En dessous, ils ne peuvent vendre leur terre, qui doit donc leur √™tre r√©troc√©d√©e si elle a √©t√© acquise par quelqu'un d'autre. Au-dessus, la r√©trocession s'accompagne d'un remboursement de la part du stratiote. Cette mesure protectrice assure aux propri√©taires de disposer du minimum pour un √©quipement militaire de base mais, avec le renouveau des guerres offensives, l'Empire a un besoin accru de troupes lourdement arm√©es, en particulier la cavalerie, bien plus ch√®re. De ce fait, Nic√©phore rel√®ve cette part inali√©nable √† douze livres, une valeur tr√®s importante car peu de propri√©taires peuvent se pr√©valoir d'un tel revenu[107]. Les cons√©quences de cette l√©gislation restent incertaines et des historiens comme Anthony Kaldellis doutent m√™me qu'elle ait √©t√© r√©ellement prise par Nic√©phore Phocas, plaidant pour un faux cr√©√© tardivement[108] - [N 8]. Michel Kaplan estime pour sa part que la mesure prot√®ge un peu plus la moyenne paysannerie, voire les couches un peu plus ais√©es mais prive potentiellement les moins fortun√©s d'une possibilit√© de vendre une partie de leur terre en cas de difficult√©s financi√®res[109]. En revanche, il n'accr√©dite pas l'id√©e que la mesure favorise un recrutement militaire tourn√© vers les plus riches, seuls capables de se payer l'√©quipement des cavaliers lourds. Ostrogorsky y a notamment vu un tournant vers un recrutement de plus en plus √©litiste et une premi√®re √©tape vers le d√©clin de la petite paysannerie militaire de l'Empire[110]. Or, Kaplan rappelle bien que les stratiotes qui poss√®dent pour moins de douze livres de terres ne perdent pas le statut de stratiote. Enfin, la r√©trocession de terres irr√©guli√®rement acquises est limit√©e par un principe de prescription quarantenaire[111]. Une derni√®re cons√©quence de l'√©l√©vation de la valeur des terres inali√©nables est le basculement progressif vers une forme de fiscalisation de la strateia. Ce n'est apparemment pas un objectif de Nic√©phore II mais en accroissant substantiellement le volume des terres li√©es au service militaire, il contribue aussi √† sanctuariser ces propri√©t√©s pour le pr√©l√®vement fiscal. Or, dans les d√©cennies √† venir, le service militaire impos√© par la possession de ces terres tend √† √™tre remplac√© par le paiement de l'imp√īt car les empereurs pr√©f√®rent des troupes professionnelles √† des conscrits peu adapt√©s aux guerres offensives[112] - [113].

De mani√®re g√©n√©rale, si l'Empire byzantin conna√ģt une r√©elle prosp√©rit√© √©conomique qui s'appuie sur des conqu√™tes territoriales apportant de nouvelles sources de richesses, le besoin en num√©raire semble de plus en plus difficile √† satisfaire. L'√©conomie en expansion appelle des √©changes plus nombreux que la monnaie byzantine peine √† suivre. De ce fait, sous Nic√©phore Phocas, une l√©g√®re d√©valuation est d√©cid√©e avec l'introduction d'une nouvelle monnaie d'or, le t√©tart√©ron, √† la valeur l√©g√®rement inf√©rieure de deux carats √† la nomisma classique, dor√©navant appel√©e histam√©non. C'est un tournant notable car la monnaie byzantine jouit d'une tr√®s grande stabilit√©. Initialement, les deux monnaies sont exactement similaires et Nic√©phore utilise le t√©tart√©ron pour payer certaines d√©penses de l'√Čtat, ce qui lui permet donc d'acheter moins cher puisque la valeur faciale est identique. En outre, leurs d√©tenteurs ont la tentation de s'en d√©barrasser, ce qui acc√©l√®re la circulation mon√©taire et favorise les √©changes, au prix d'un m√©contentement grandissant[114] - [115]. Certains historiens ont aussi √©mis l'hypoth√®se que cette nouvelle pi√®ce se rapproche du dinar arabe et favoriserait le commerce international[116].

Politique religieuse

Photographie du b√Ętiment principal d'un monast√®re.
B√Ętiment du monast√®re de la Grande Laure de l'Athos, fond√© sous les auspices de Nic√©phore Phocas
Illustration représentant un vieil homme crucifié, entouré de démons brandissant des arcs et des lances.
Fresque repr√©sentant Athanase l‚ÄôAthonite, dans l‚Äô√©glise de Lavra. Michel Kaplan, Tout l‚Äôor de Byzance (p. 120), collection ¬ę D√©couvertes Gallimard ¬Ľ (no 104).

Si Nic√©phore a d'abord la r√©putation d'un soldat, sa religiosit√© a √©t√© largement soulign√©e par ses contemporains. Son oncle, Michel Male√Įnos, grand religieux de cette √©poque, l'a certainement influenc√©[117], de m√™me qu'Athanase de Tr√©bizonde, qui pourrait avoir particip√© √† son √©ducation. Avant m√™me qu'il soit empereur, Nic√©phore Phocas et ses fr√®res contribuent au d√©veloppement d'√©glises et de monast√®res en Cappadoce. Il aide son oncle Male√Įnos dans la fondation d'un monast√®re sur le mont Kyminas. De m√™me, la nouvelle √©glise de Tokali comprend une inscription pr√©cisant que les d√©corations ont √©t√© lanc√©es √† l'initiative de Constantin Phocas et poursuivies par ses fr√®res. Pareillement, l'√©glise de √áavuŇüin, connue sous le nom de Grand Pigeonnier ou bien d'√©glise de Nic√©phore Phocas, pr√©sente une fresque qui d√©peint l'empereur et plusieurs membres de sa famille, probablement r√©alis√©e vers 964-965, au moment o√Ļ l'empereur se rend en personne dans la r√©gion poursuivre ses conqu√™tes[118] - [119]. Sa figure y est associ√©e √† celle de Josu√©, le personnage biblique qui conquiert la Terre sainte, souvent c√©l√©br√© par les militaires byzantins. Il n'est d'ailleurs pas exclu que les succ√®s de Nic√©phore soient l'une des inspirations √† l'origine du manuscrit byzantin, le rouleau de Josu√©[120]. Sa repr√©sentation fait aussi √©cho √† celle de Constantin le Grand, √©galement peint dans l'√©glise ; le rapprochement entre le souverain r√©gnant et son plus illustre pr√©d√©cesseur √©tant un trait courant de l'iconographie de l'√®re mac√©donienne[121] - [122].

Nic√©phore √©prouve un attrait pour l'asc√©tisme, une valeur forte du monde religieux byzantin et il aurait signifi√© son souhait de devenir moine √† quelques reprises, y compris aupr√®s de Joseph Bringas quand celui-ci exerce la r√©gence apr√®s la mort de Romain II. Charles Personnaz parle ainsi d'une ¬ę tentation du d√©sert ¬Ľ. Athanase lui aurait reproch√© son choix final de la voie du pouvoir et son mariage avec Th√©ophano. Il est possible que Nic√©phore en ait tir√© des remords attis√©s par Athanase, favorisant le patronage qu'il apporte au monast√®re de la Grande Laure du Mont Athos, cr√©√© en 963 et plac√© sous la direction d'Athanase. Il s'agit du premier grand complexe monastique de cette p√©ninsule amen√©e √† devenir l'un des points cardinaux de la spiritualit√© orthodoxe. Il lui conf√®re d'importants privil√®ges par le typikon de 964, accordant une grande autonomie de fonctionnement au monast√®re[123] - [N 9]. Pour Nic√©phore, c'est aussi une fa√ßon de promouvoir un monachisme sobre, consid√©r√© comme un id√©al parfois oubli√© par des monast√®res qui se sont enrichis et ont accumul√© des terres partout dans l'Empire. Il s'inspire, entre autres, des pr√©ceptes de Th√©odore Studite qui, cent cinquante ans plus t√īt, a promu un monachisme similaire. De cette mani√®re, Nic√©phore conjugue une volont√© politique de s'opposer √† une √Čglise trop puissante ou trop riche et un id√©al spirituel fait de labeur, de d√©nuement mais aussi de valorisation du c√©nobitisme, souvent mis au second plan dans la th√©ologie byzantine au profit de l'√©r√©mitisme[123].

Deux photographies d'un coffret en ivoire, la première montrant une croix séparant quatre personnages, avec, au-dessus et en-dessous, trois petits médaillons ; la deuxième montrant une inscription grecque écrite de haut en bas.
Stauroth√®que de l'√©glise San Francesco de Cortone, ayant peut-√™tre appartenu √† Nic√©phore Phocas, qui appara√ģt dans le m√©daillon central, au bas du reliquaire. L'inscription peut se lire ainsi : ¬ę Auparavant, le Christ donna cette croix au puissant Constantin pour son salut. Maintenant, c'est Nic√©phore, par la gr√Ęce de Dieu, qui l'a en sa possession pour refouler les tribus barbares ¬Ľ[124].

Une partie du clerg√© byzantin r√©agit mal aux immixtions religieuses de Nic√©phore Phocas, qu'elle voit comme un moyen de r√©duire son influence[125]. C'est notamment le cas du patriarche Polyeucte dont la vision diff√®re largement de celle de Nic√©phore. Il appr√©cie peu les privil√®ges accord√©s √† la vie monastique et les liens tr√®s forts que Nic√©phore trace entre la guerre et la religion. En effet, l'empereur cherche √† promouvoir au rang de martyrs les soldats morts dans les guerres contre les Musulmans, ce √† quoi s'oppose Polyeucte[126]. En outre, Nic√©phore tente de s'ing√©rer dans la nomination des m√©tropolites, exigeant de donner son accord alors qu'il s'agit d'une pr√©rogative du patriarche. Il va jusqu'√† envoyer des fonctionnaires contr√īler les finances des √©v√™ch√©s quand leur d√©tenteur d√©c√®de et fait saisir des biens en cas de d√©penses excessives[127]. Pour le patriarche, sa r√©sistance permet d'affirmer l'autonomie de l'√Čglise face au pouvoir imp√©rial, traditionnellement tr√®s interventionniste dans la pratique politique byzantine. Surtout quand l'empereur, tel Nic√©phore, est vers√© dans la th√©ologie et d√©fend des convictions tr√®s affirm√©es. Dans l'ensemble, en se heurtant parfois trop frontalement √† la principale autorit√© religieuse de l'Empire, il s'est probablement ali√©n√© des opposants puissants[128].

Enfin, la d√©fense de la foi chr√©tienne et les actes militaires de Nic√©phore sont indissociables. Par ses conqu√™tes, il entend aussi consolider la place du christianisme. L'Empire reprend ainsi le contr√īle d'Antioche, l'une des principales cit√©s chr√©tiennes d'orient. La reconqu√™te de la Cr√®te s'accompagne d'un retour en force du christianisme tandis que les disputes avec Otton en Italie sont aussi l'occasion de r√©affirmer la place de l'√Čglise byzantine au sud de la p√©ninsule. Ainsi, en 968, Otrante est √©lev√©e au rang de m√©tropole[129]. Il fait un large usage des reliques et profite de ses conqu√™tes pour en r√©cup√©rer et les exhiber lors de ses triomphes, √† l'image de croix qu'il ram√®ne de la prise de Tarse. Ainsi, il met la main sur un fragment de la Sainte-Croix, aujourd'hui conserv√© dans un reliquaire de l'√©glise San Francesco de Cortone en Italie, qui comporte d'ailleurs un m√©daillon √† son effigie, indiquant qu'il a pu en √™tre le propri√©taire[130]. Cet expansionnisme met aussi Nic√©phore en contact avec les √Čglises orientales qui ont souvent rompu avec Constantinople et dont les divergences th√©ologiques sont parfois profondes. C'est notamment le cas des monophysites qui vivent aux marges du monde chr√©tien, en Syrie et en Irak. Nic√©phore tente de se les concilier pour affermir ses conqu√™tes et repeupler des terres frontali√®res parfois d√©sert√©es, autorisant la cr√©ation d‚Äô√©v√™ch√©s jacobites[131]. Mais Polyeucte se montre plus intransigeant et il convoque un synode en 969 qui doit conclure l'union entre l'√Čglise jacobite et Constantinople, sans y parvenir. Les eccl√©siastiques ayant refus√© de communier dans la foi orthodoxe sont alors exil√©s[93]. Les relations sont plus tendues avec les chr√©tiens arm√©niens, eux aussi en conflit avec le patriarcat de Constantinople. Le r√®gne de Nic√©phore voit la rupture √™tre consomm√©e avec la d√©cision du catholicos d'Arm√©nie Ananias de rebaptiser les Arm√©niens ayant re√ßu le bapt√™me de rite grec, consacrant la division entre ces deux branches de la chr√©tient√©[132].

Trahison

Les imp√īts trop √©lev√©s et la d√©pr√©ciation de sa monnaie rendent Nic√©phore II de plus en plus impopulaire, d'autant que son fr√®re L√©on se rend coupable de cupidit√©[133]. Par ailleurs, il se pourrait que Nic√©phore ne soit jamais parvenu √† s'int√©grer pleinement √† la soci√©t√© constantinopolitaine, qui ne se reconna√ģt pas toujours dans le militarisme exacerb√© de l'empereur, issu d'une r√©gion frontali√®re o√Ļ la lutte contre les Musulmans constitue le leitmotiv principal de toute action[134]. En 967, lors de jeux organis√©s dans l'Hippodrome de Constantinople, une simulation de combats est pr√©vue mais quand les soldats tirent l'√©p√©e, la panique gagne les rangs des spectateurs et un mouvement de foule meurtrier s'ensuit. Quelques semaines plus tard, l'empereur est pris √† partie pour sa responsabilit√© dans ces √©v√©nements tragiques et il d√©cide de renforcer les d√©fenses du palais de Boucol√©on o√Ļ il r√©side, accroissant le sentiment d'un empereur qui se coupe des Constantinopolitains[CH 7].

Le danger vient surtout d'une alliance entre plusieurs personnalit√©s frustr√©es par le r√©gime de Nic√©phore. D'abord, son √©pouse, Th√©ophano, dont le mariage avec Nic√©phore est uniquement politique et qui craint que son mari ne pr√©voie de c√©der le pouvoir aux enfants de son fr√®re L√©on Phocas, dont il est tr√®s proche. Ensuite, Tzimisk√®s, priv√© de son titre de Domestique des Scholes vers 965 au profit d'un parent de Nic√©phore II, peut-√™tre parce que sa loyaut√© devient suspecte. Celui-ci est de surcro√ģt soup√ßonn√© d'entretenir une relation avec Th√©ophano[135]. Enfin, Basile L√©cap√®ne, toujours ambitieux, que le titre de pro√®dre qui lui est conf√©r√© ne suffit pas √† satisfaire et qui est par ailleurs tr√®s proche de Tzimisk√®s[136]. √Ä ces trois conspirateurs, d'autres personnalit√©s de premier plan se greffent, notamment Michel Bourtz√®s, humili√© apr√®s la prise d'Antioche, ainsi que Isaac Brachamios, lui aussi partie prenante de la campagne syrienne mais qui s'estime insuffisamment r√©compens√©[137] ou des fid√®les de Tzimisk√®s comme L√©on Abalant√©s[CH 8].

Vestiges du palais de Boucoléon dans lequel Nicéphore II est tué.

Conscients que tout soul√®vement arm√© risquerait de se heurter √† la fid√©lit√© des soldats √† l'empereur, les conspirateurs pr√©f√®rent une r√©volution de palais. Les conjur√©s d√©cident donc de supprimer Nic√©phore II Phocas. Les suivantes de Th√©ophano font entrer le un d√©tachement command√© par Tzimisk√®s dans le palais de Boucol√©on, b√Ętiment qui a pourtant √©t√© renforc√© √† la suite des √©meutes de 967, passant semble-t-il par le rempart maritime. Ce groupe est compos√© de huit √† dix hommes, dont Michel Bourtz√®s, L√©on P√©diasomos (un officier proche de Tzimisk√®s), L√©on Abalant√©s, taxiarque, et Th√©odore le Noir. P√©n√©trant dans la chambre imp√©riale, ils sont surpris de ne pas y trouver l'empereur mais un eunuque du palais leur signale qu'il dort dans une autre pi√®ce, √† m√™me le sol, envelopp√© dans la peau d'ours dont lui a fait cadeau son oncle Michel Male√Įnos[138]. L'ex√©cution semble particuli√®rement violente et cruelle et se termine par la d√©capitation de Nic√©phore, dont la t√™te est jet√©e au-devant des gardes palatins. Peu apr√®s, ses restes sont ensevelis discr√®tement aux Saints-Ap√ītres dans un sarcophage sur l'h√©r√īon de Constantin Ier[N 10]. Si ce coup d'√©tat ne suscite pas d'oppositions fortes, √©tant donn√© que Tzimisk√®s peut s'appuyer sur une partie de l'arm√©e, il stup√©fie une partie des contemporains et des chroniqueurs suivants, marqu√©s par la violence de l'√©v√©nement[139]. En revanche, le monde musulman se r√©jouit de la nouvelle de la mort de leur ennemi[140]. Pour les partisans de Nic√©phore comme son fr√®re, L√©on, l'heure est √† la fuite ou √† la soumission[95]. Cependant, ce coup d'√©tat accro√ģt durablement les tensions entre les diff√©rentes familles de l'aristocratie anatolienne, en particulier entre les Skl√®roi, soutiens de Tzimisk√®s, et les Phocas, qui se d√©chirent seulement quelques ann√©es plus tard[CH 9].

La mort de Nic√©phore a √©t√© longuement d√©crite par plusieurs chroniqueurs, dont L√©on le Diacre, Jean Skylitz√®s ou Michel Psellos, qui rivalisent de d√©tails souvent sordides. Le premier nous fournit la trame vivante d'un acte dramatique dans lequel l'empereur p√©rit assassin√© sous le nombre et dont le cadavre est jet√© dans la neige. Skylitz√®s livre un r√©cit similaire en plusieurs points √† l'ex√©cution de L√©on V l'Arm√©nien, lui aussi par un groupe de conspirateurs, dans un lieu sacr√© et se terminant par une d√©capitation apr√®s une ultime demande de gr√Ęce. La richesse de ces t√©moignages d√©montre la gravit√© de l'√©v√©nement mais dit aussi beaucoup de la perception de l'empereur et de son corps dans la vision byzantine. Lieutenant de Dieu sur terre, le souverain est rev√™tu d'une valeur sacr√©e et les outrages qui lui sont faits sont d'autant plus marquants. Mais tous les auteurs s'accordent pour dire que Tzimisk√®s ne donne pas de coups, en tout cas pas le coup fatal, auquel cas, sa l√©gitimit√© imp√©riale aurait gravement souffert d'un tel sacril√®ge. Polyeucte exige d'ailleurs qu'il ch√Ętie le coupable avant d'√™tre couronn√© et c'est Abalant√®s qui est accus√© et condamn√© √† mort, tout comme l'avaient √©t√© par exemple les assassins de L√©on V l'Arm√©nien par Th√©ophile[N 11]. Dans les deux cas, ce sont bien des b√©n√©ficiaires directs du crime qui prononcent la peine. Ces condamnations visent en quelque sorte √† r√©affirmer la saintet√© du corps de l'empereur, m√™me quand celui-ci est fautif[141]. En l'occurrence, √Čvelyne Patlagean souligne que Nic√©phore, √† la diff√©rence d'autres empereurs assassin√©s comme Michel III et L√©on V, ne peut √™tre accus√© d'ivrognerie comme le premier ou d'iconoclasme pour le second. Sa mort violente, qui n'est pas une punition pour des crimes quelconques, rev√™t donc une port√©e plus forte ; elle ouvre la voie √† une post√©rit√© quasi-religieuse[142].

Il reste une incertitude sur les motivations de Th√©ophano Anastaso. Selon certains chroniqueurs, elle a agi pour un motif purement crapuleux ; d‚Äôautres chroniqueurs, tel Constantin Manass√®s, la d√©douanent enti√®rement et parlent de la menace que faisait peser Nic√©phore II et son fr√®re sur les enfants de Th√©ophano. Cette derni√®re, craignant de voir ses fils mutil√©s et exil√©s dans un monast√®re, aurait alors fait appel √† Tzimisk√®s. C'est aussi ce que rapporte Yahya d'Antioche qui mentionne des disputes conjugales √† propos du r√īle de L√©on Phocas, de plus en plus d√©sign√© comme r√©gent de son fr√®re. Selon Lynda Garland, les chroniqueurs ont eu tendance √† exag√©rer le r√īle de Th√©ophano dans ce complot, pour d√©douaner les autres participants, en particulier Tzimisk√®s[143].

Historiographie et postérité

Photographie d'une frégate militaire naviguant sur la mer.
Le Nicéphore Phocas (F466), frégate de la marine grecque en 2014.

√Ä la diff√©rence des chroniqueurs byzantins, les historiens modernes sont globalement tous favorables √† Nic√©phore Phocas, vu comme un g√©n√©ral de talent et un empereur comp√©tent. D√®s le XVIIIe si√®cle, Edward Gibbon est partag√© entre les r√©ussites du g√©n√©ral et une spiritualit√© asc√©tique qui masque une profonde et dangereuse ambition, tout en soulignant que l'avarice qui lui est pr√™t√©e est certainement h√Ętive. Son image a fortement √©t√© influenc√©e par la biographie que lui consacre Gustave Schlumberger √† la fin du XIXe si√®cle, v√©ritable introduction √† son √©pop√©e byzantine qui d√©crit avec lyrisme l'√®re d'expansion de l'Empire sous Jean Ier et jusqu'√† la mort de Basile II en 1025, qu'il d√©crit comme les ¬ę dignes successeurs de Nic√©phore Phocas, le plus grand souverain militaire occidental du Xe si√®cle ¬Ľ[144]. Il va jusqu'√† faire de ses guerres un pr√©lude aux Croisades √† venir, assertion que la plupart des historiens ult√©rieurs r√©futent[145]. Anthony Kaldellis souligne les visions antagonistes de ses contemporains, partag√©s entre la glorification de ses exploits militaires et une politique fiscale impopulaire mais pourtant n√©cessaire √† la conduite de ses op√©rations militaires. Il le d√©crit ainsi comme ¬ę h√©ros militaire qui s'est ali√©n√© de larges pans de la soci√©t√© byzantine ¬Ľ, en particulier √† Constantinople[146]. Louis Br√©hier reprend la figure du moine-soldat, parlant de lui comme d'un ¬ę parfait chef de guerre ¬Ľ, ¬ę au caract√®re taciturne et sombre ¬Ľ, dont toute l'√©nergie est dirig√©e vers le succ√®s de ses exp√©ditions militaires, au point d'exciter les masses face √† une politique fiscale trop rude et parfois injuste[147]. Warren Treadgold dit de lui qu'il convenait parfaitement √† la fonction imp√©riale, m√™lant aux talents militaires des comp√©tences certaines en mati√®re administrative et fiscale et une compr√©hension des intrigues de cour[148]. L'interpr√©tation de Georg Ostrogorsky est plus ambig√ľe. Il reprend l'image r√©pandue du moine-soldat mais estime qu'il reste, en d√©pit de son asc√©tisme, un repr√©sentant du clan des puissants. Son ascension symbolise la victoire de l'aristocratie[149]. L√† o√Ļ les autres empereurs de la dynastie mac√©donienne ont d√©fendu la ¬ę classe moyenne ¬Ľ de l'Empire, incarn√©e par les stratiotes, lui aurait favoris√© une cat√©gorie plus ais√©e[110]. Cette interpr√©tation est aujourd'hui largement remise en cause, en particulier depuis Paul Lemerle[150].

Si Nic√©phore a souffert de contestations qui ont conduit √† sa mort, son souvenir atteste d'une popularit√© au moins partiellement intacte dans la soci√©t√© byzantine. Quelques ann√©es apr√®s sa mort, un po√®me attribu√© √† Jean G√©om√®tre chante ses louanges, celles d'un homme plus tranchant que l'acier, victime d'une femme et du fer et qui se satisfait d√©sormais d'un arpent apr√®s avoir pu pr√©tendre r√©gner sur la terre enti√®re[151] - [152]. Bient√īt, un texte intitul√© Le Dit de l'empereur Nic√©phore Phocas et son √©pouse Th√©ophano atteste d'une l√©gende apparue rapidement autour de l'empereur et transmise initialement par des moines avant d'√™tre apparemment traduite en slavon[153]. Diffus√© largement dans le monde slave, alors que celui-ci conna√ģt une forte influence byzantine, il entretient l'image d'un Nic√©phore Phocas proche de l'id√©al monastique, mort en martyr[154]. Cette figure rejoint celle des saints rois, qui se retrouve dans la culture serbe, √† l'instar de Jovan Vladimir. Derri√®re ces images mythifi√©es se construit l'id√©al-type du souverain id√©al. L‚ÄôApocalypse d'Anastasie, qui traite des aventures d'un personnage fictif, a lui aussi contribu√© √† populariser cette image de l'empereur saint, qui doit servir de mod√®le aux autres monarques. Dans ce r√©cit, l'h√©ro√Įne, une nonne, explore l'Au-Del√† o√Ļ elle rencontre plusieurs √©minentes figures de la chr√©tient√© comme Constantin le Grand ou Nic√©phore Phocas, qui sont autant de mod√®les √† suivre. Mais c'est bien dans la version slave que l'accent est mis sur Phocas[155]. N√©anmoins, dans l'Empire byzantin aussi son souvenir reste vivace. D√®s le XIe si√®cle, un office en son honneur est c√©l√©br√© chaque , le jour de sa mort, qui rappelle son triple statut de martyr, asc√®te et guerrier, ¬ę porteur de la gloire des Romaioi (Romains) ¬Ľ[156]. Et quand l'Empire commence √† vaciller dans la deuxi√®me moiti√© du XIe si√®cle, sa parent√© hypoth√©tique voire l√©gendaire devient un facteur de l√©gitimit√©, expliquant que Michel Attaleiat√®s en fasse un a√Įeul de Nic√©phore III Botaniat√®s[157].

√Ä l'√©poque moderne, il continue d'√™tre c√©l√©br√© pour ses succ√®s militaires. Ainsi, la r√©publique de Chypre a sorti un timbre √† son effigie, comm√©morant la reprise de l'√ģle par les Byzantins en 965. En Gr√®ce, son souvenir est relativement bien conserv√©, √† la diff√©rence d'autres souverains byzantins. L'ancienne commune cr√©toise de Nikif√≥ros Fok√°s, d√©sormais incluse dans la municipalit√© de R√©thymnon, fait √©cho √† la campagne de lib√©ration de l'√ģle de Nic√©phore Phocas. En 2004, la marine grecque a baptis√© l'un de ses navires, la fr√©gate F 466, du nom de Nic√©phore Phocas. Il s'agit du premier b√Ętiment √† √™tre nomm√© en l'honneur d'un personnage byzantin dans la marine hell√©nique[158].

Notes et références

Notes

  1. Tzimisk√®s est le fils d'une sŇďur de Nic√©phore Phocas.
  2. Eric McGeer, qui fait partie des derniers auteurs à avoir édité le manuel en langue anglaise, fournit une démonstration assez fouillée en faveur de l'attribution du Praecepta Militaria à Nicéphore Phocas McGeer 1995, p. 172-181).
  3. Cette situation particuli√®re implique notamment le partage des ressources fiscales de l'√ģle.
  4. Ce traité a pour particularité d'avoir été suivi d'une lettre signée par Nicéphore Phocas à Sayf al-Dawla, qui en confirme les termes et qui est rédigée en arabe par Abou Firas al-Hamdani, alors prisonnier à Constantinople. C'est un rare exemple de missive diplomatique byzantine rédigée directement en arabe, prenant une forme poétique particulièrement populaire dans le monde musulman mais qui ne manque pas de rappeler les ambitions de l'empereur, qui se dit prêt à marcher jusqu'à Bagdad.
  5. Anthony Kaldellis estime que la version de L√©on le Diacre est en partie romanc√©e car il ne croit pas √† une intervention militaire √† une d√©claration de guerre et √† une exp√©dition mont√©e √† la h√Ęte par Nic√©phore Phocas, rompu aux affaires militaires.
  6. Lermele s'oppose en cela à Georg Ostrogorsky, plus critique de cette mesure qu'il voit comme contraire aux intérêts des plus pauvres.
  7. Cette incapacité à récupérer des propriétés occupées par un autre est presque totale pour les Arméniens ayant déserté l'Empire pour la Syrie.
  8. Kaldellis suit la thèse émise par Taxiarchis Kolias dans sa monographie à propos de Nicéphore II Phocas, publiée en 1993 mais d'autres historiens restent convaincus de l'authenticité de la novelle, tels que John Haldon ou de Michel Kaplan.
  9. Selon la tradition byzantine, il aurait aussi fond√© le monast√®re de Panachrantou sur l'√ģle d'Andros, sans certitude.
  10. Voici l'une des traductions du r√©cit de L√©on le Diacre, le plus vivant, de la mort de Nic√©phore. Charles Lebeau, Histoire du Bas-Empire en commen√ßant √† Constantin le Grand, vol. 13, Desaint & Saillant, 1770, p. 98-99 [lire en ligne] : ¬ę La nuit suivante, Tzimik√®s aborde au port de Boucol√©on au pied de la muraille du palais. Il amenait avec lui Burz√®s, celui qui avait pris Antioche et qui en avait √©t√© si mal pay√© de l'empereur, L√©on surnomm√© Balan√®s ou Valens, c'est-√†-dire le Fort, Th√©odore-le-Noir et deux autres capitaines. Les femmes de l'imp√©ratrice, qui les attendaient, leur descendent des corbeilles et les tirent sur le mur. Ils vont sans bruit √† l'appartement de l'empereur. Ceux qu'on avait tenus cach√©s dans la chambre obscure, se joignent √† eux. Th√©ophano avait pris toutes les mesures n√©cessaires pour leur faciliter l'acc√®s sans √™tre aper√ßus. Ne le trouvant pas dans son lit, ils se croient d√©couverts ; ils allaient prendre la fuite et se pr√©cipiter du haut des murs, si un petit eunuque, sortant de l'appartement des femmes, ne les e√Ľt conduits au lieu o√Ļ reposait Nic√©phore. Il s'√©tait retir√© dans la forteresse dont j'ai parl√©, qui communiquait avec le palais, et qui venait d'√™tre achev√©e le jour pr√©c√©dent. Ils le trouv√®rent couch√© par terre sur une peau d'ours. Il venait de s'endormir et ne les entendit pas entrer. Tzimik√®s le r√©veille d'un coup de pied ; et comme il levait la t√™te en s'appuyant sur son coude, L√©on lui fend le cr√Ęne d'un coup d'√©p√©e. On le tra√ģne aux pieds de Zimis√©√®s, qui l'accable d'injures et de reproches, lui arrache la barbe, lui fait briser les m√Ęchoires avec le pommeau des √©p√©es. Nic√©phore endurait ces horribles traitements sans dire autre chose sinon, Mon Dieu, ayez piti√© du moi. Enfin Th√©odore-le-Noir l'acheva d'un coup de lance au travers du corps. Comme les gardes, avertis par le bruit, accouraient au secours, et qu'une foule de peuple s'assemblait au-dehors, on coupe la t√™te au prince expirant, et on la montre par une fen√™tre √† la lueur des flambeaux. √Ä cette vue tous prennent la fuite, et Tzimik√®s demeure ma√ģtre du palais. ¬Ľ
  11. Dans un article sp√©cifiquement consacr√© au r√©cit de L√©on le Diacre sur la mort de Nic√©phore, Athanasios Markopoulos revient sur la description de la fin de l'empereur et des cons√©quences funestes qui attendent les coupables d'un tel acte m√™me si, dans les faits, la plupart ont √©chapp√© aux cons√©quences attendues (Athanasios Markopoulos, ¬ę L'assassinat de Nic√©phore Phocas et la ¬ę mort des pers√©cuteurs ¬Ľ chez L√©on le Diacre ¬Ľ, dans M√©langes Jean-Claude Cheynet, Travaux et m√©moires 21/2 - CNRS, , 375-384 p.)

Références

  • Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations √† Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne)
  1. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę L‚Äôattachement de la dynastie mac√©donienne [‚Ķ] durant le r√®gne de L√©kap√®nos ¬Ľ
  2. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Deux traits majeurs distinguaient [‚Ķ] √† l‚Äôoccasion de victoires byzantines ¬Ľ
  3. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Jusqu‚Äô√† la mort de Romain II [‚Ķ] s‚Äôaccorder sur un candidat unique ¬Ľ
  4. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Plusieurs g√©n√©raux avaient [‚Ķ] gratifiant de domestique des Scholes ¬Ľ
  5. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę La position de l‚Äôimp√©ratrice [‚Ķ] large partie de la population ¬Ľ
  6. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę N¬į 2 P. P. La population de Rossano. [‚Ķ] source Vie de saint Nil le Jeune, p. 101-103. ¬Ľ
  7. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Nic√©phore Phocas ne connut pas [‚Ķ] d‚Äôun coup de main des √©meutiers ¬Ľ
  8. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Les troupes byzantines b√©n√©ficiaient [‚Ķ] servi sous Jean Tzimisk√®s ¬Ľ
  9. Un ouvrage √©lectronique √©tant parfois d√©pourvu de pagination, l'emplacement de la r√©f√©rence est donn√© par ces membres de phrases, qui sont ais√©ment recherchables. ¬ę Les opposants √† Nic√©phore Phocas [‚Ķ] s‚Äôexacerb√®rent jusqu‚Äô√† la haine ¬Ľ


  1. (en) R. Morris, ¬ę The Two Faces of Nikephoros Phokas ¬Ľ, Byzantine and Modern Greek Studies, vol. 12,‚Äé , p. 83-115
  2. Garland 1999, p. 131.
  3. Fattori 2013, p. 8.
  4. Fran√ßoise Micheau, ¬ę Les guerres arabo-byzantines vues par YaŠł•yńĀ d‚ÄôAntioche, chroniqueur arabe melkite du ve /xie si√®cle ¬Ľ, M√©langes offerts √† H√©l√®ne Ahrweiler - Publications de la Sorbonne, (consult√© le )
  5. Fattori 2013, p. 9.
  6. Fattori 2013, p. 10.
  7. Personnaz 2013, p. 17.
  8. Kazhdan 1991, p. 1665-1666.
  9. Jean-Claude Cheynet, ¬ę Les Phocas ¬Ľ, (consult√© le ), p. 476-480.
  10. Cheynet 2008, p. 481-482.
  11. Cheynet 2007, p. 419.
  12. Wortley 2010, p. 250-251.
  13. Matthieu d'Edesse, Chronique de Matthieu d'√Čdesse [962-1136] Continu√©e par Gr√©goire le pr√™tre [jusqu'en 1162], A. Durand, (lire en ligne), p. 4
  14. Personnaz 2013, p. 137-138.
  15. Wortley 2010, p. 261-265.
  16. Liutprandus Cremonensis Episcopus, Relatio De Legatione Constantinopolitana, Xe siècle (extrait en ligne (3.) sur le site de Philippe Remacle).
  17. McGeer 1995, p. VII.
  18. Marius Canard, ¬ę al- ŅAwńĀŠĻ£im ¬Ľ, dans The Encyclopaedia of Islam, New Edition, Volume I: A‚ÄďB, Leiden: E. J. Brill, 761‚Äď762 p. (OCLC 495469456)
  19. Patlagean 2007, p. 119.
  20. Wortley 2010, p. 232-233.
  21. Kaldellis 2017, p. 27.
  22. PmbZ 2013, Basileios Hexamilites (#20972)
  23. Personnaz 2013, p. 72.
  24. Treadgold 1997, p. 493.
  25. (en) Thierry Bianquis, ¬ę Sayf al-Dawla ¬Ľ, dans The Encyclopedia of Islam, New Edition, Volume IX: San‚ÄďSze, Brill, , 103-110 p. (ISBN 90-04-09419-9), p. 107.
  26. (en) Vassilios Christides, ¬ę The Raids of the Moslems of Crete in the Aegean Sea: Piracy and Conquest ¬Ľ, Byzantion, vol. 51,‚Äé , p. 76-111
  27. Kazhdan 1991, p. 545-546.
  28. Voir (en) Christos Makrypoulias, ¬ę Byzantine Expeditions against the Emirate of Crete c. 825‚Äď949 ¬Ľ, Graeco-Arabica, vol. 7-8,‚Äé , p. 347‚Äď362
  29. Sur la logistique d'une telle exp√©dition, voir (en) Lucas McMahon, ¬ę Logistical modelling of a sea-borne expedition in the Mediterranean: the case of the Byzantine invasion of Crete in AD 960 ¬Ľ, Mediterranean Historical Review, vol. 36,‚Äé , p. 63-94
  30. Kaldellis 2017, p. 37.
  31. Talbot et Sullivan 2005, p. 61-63.
  32. Talbot et Sullivan 2005, p. 66-68.
  33. Personnaz 2013, p. 90-91.
  34. Treadgold 1997, p. 493-495.
  35. Personnaz 2013, p. 92-93.
  36. Personnaz 2013, p. 93-94.
  37. Bianquis 1997, p. 108.
  38. Kaldellis 2017, p. 39.
  39. Garrood 2008, p. 133.
  40. Garrood 2008, p. 133-134.
  41. Kaldellis 2017, p. 39-40.
  42. Garrood 2008, p. 134-135.
  43. Personnaz 2013, p. 113.
  44. Kaldellis 2017, p. 41.
  45. Garland 1999, p. 129.
  46. Kazhdan 1991, p. 270.
  47. Sur l'influence de ce personnage, voir (en) Paul Magdalino, ¬ę The House of Basil the Parakoimomenos ¬Ľ, dans Le Saint, le moine et le paysan, Publications de la Sorbonne, , 323-328 p. (lire en ligne)
  48. Treadgold 1997, p. 498.
  49. Cheynet et Vannier 2003, p. 63.
  50. Talbot et Sullivan 2005, p. 97-99.
  51. Personnaz 2013, p. 117.
  52. Personnaz 2013, p. 119.
  53. Garland 1999, p. 130.
  54. Personnaz 2013, p. 118-119.
  55. Personnaz 2013, p. 15.
  56. Edward Luttwak (trad. de l'anglais), La grande stratégie de l'Empire byzantin, Paris, Odile Jacob, , 512 p. (ISBN 978-2-7381-2521-7), p. 360-362
  57. Garrood 2008, p. 136.
  58. Kaldellis 2017, p. 46.
  59. Personnaz 2013, p. 146-149.
  60. Garrood 2008, p. 136-137.
  61. Garrood 2008, p. 137-138.
  62. Kaldellis 2017, p. 47.
  63. Kaldellis 2017, p. 48.
  64. Blanquis 1997, p. 108.
  65. Kaldellis 2017, p. 49.
  66. Kaldellis 2017, p. 61.
  67. Personnaz 2013, p. 185-186.
  68. Kaldellis 2017, p. 61-62.
  69. Kazhdan 1991, p. 318.
  70. Holmes 2005, p. 332-333.
  71. Bréhier 2006, p. 196-197.
  72. Kazhdan 1991, p. 2012-2013.
  73. Jean-Claude Cheynet, ¬ę Les Arm√©nniens dans l'arm√©e byzantine au X√®me si√®cle ¬Ľ, dans M√©langes Jean-Pierre Mah√©, Coll√®ge de France/CNRS - Travaux et m√©moires 18, , 175-192 p. (ISBN 978-2-916716-51-0)
  74. Personnaz 2013, p. 188-189.
  75. Personnaz 2013, p. 189.
  76. Kaldellis 2017, p. 51.
  77. (en) Heinz Halm (trad. Michael Bonner), The Empire of the Mahdi : The Rise of the Fatimids, vol. 26, Leiden, BRILL, , 452 p. (ISBN 90-04-10056-3, lire en ligne), p. 405-406.
  78. Halm 1996, p. 407.
  79. (en) Yaacov Lev, ¬ę The Fatimid Navy, Byzantium and the Mediterranean Sea, 909‚Äď1036 CE/297‚Äď427 AH ¬Ľ, Byzantion, vol. 54,‚Äé , p. 220-252 (OCLC 1188035), p. 235-236.
  80. Ghislaine Noy√©, ¬ę La Calabre entre Byzantins, Sarrasins et Normands ¬Ľ, dans Cavalieri alla conquista del Sud. Studi sull‚ÄôItalia normanna in memoria di L√©on-Robert M√©nager, J.M. Martin, (lire en ligne), p. 7.
  81. Kaldellis 2017, p. 45-46.
  82. Lev 1984, p. 236-237.
  83. Laiou 2002, p. 674.
  84. Kaldellis 2017, p. 59.
  85. Personnaz 2013, p. 160-161.
  86. Kaldellis 2017, p. 59-60.
  87. Kaldellis 2017, p. 60.
  88. Personnaz 2013, p. 171.
  89. Kaldellis 2017, p. 54-55.
  90. Kaldellis 2017, p. 55.
  91. Stephenson 2000, p. 48.
  92. Personnaz 2013, p. 169-170.
  93. Kaldellis 2017, p. 62.
  94. Stephenson 2000, p. 49-51.
  95. Kaldellis 2017, p. 63.
  96. Kaldellis 2017, p. 53.
  97. Fattori 2013, p. 63.
  98. McGeer 2000, p. 97-101.
  99. Michel Kaplan, ¬ę Les hommes et la terre √† Byzance du VIe au XIe si√®cle ¬Ľ, Publications de la Sorbonne, (consult√© le ), paragraphe 178.
  100. Paul Lemerle, The Agrarian History of Byzantium From the Origins to the Twelfth Century, Galway University Press, , p. 102.
  101. G√©rard D√©d√©yan, ¬ę Les Arm√©niens et la Cr√®te (912-969) : un survol ¬Ľ, Afti in√® i Kriti ! Identit√©s, alt√©rit√©s et figures cr√©toises - Publications de la Sorbonne, (consult√© le )
  102. G√©rard D√©d√©yan, ¬ę Reconqu√™te territoriale et immigration arm√©nienne dans l‚Äôaire cilicienne sous les empereurs mac√©doniens (de 867 √† 1028) ¬Ľ, Migrations et diasporas m√©diterran√©ennes (Xe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVIe si√®cles) - Publications de la Sorbonne, (consult√© le ), paragraphe 43.
  103. McGeer 2000, p. 86-89.
  104. Fattori 2013, p. 71.
  105. McGeer 2000, p. 90-96.
  106. Personnaz 2013, p. 174-175.
  107. Patlagean 2007, p. 219.
  108. Kaldellis 2017, p. 53 (note 58).
  109. Kaplan 1998, paragraphe 182.
  110. Ostrogorsky 1996, p. 312-313.
  111. Kaplan 1998, paragraphe 180.
  112. (en) John Haldon, ¬ę Military Service, Military Lands, and the Status of Soldiers: Current Problems and Interpretations ¬Ľ, Dumbarton Oaks Papers, vol. 47,‚Äé , p. 49-50.
  113. Michel Kaplan, ¬ę Les hommes et la terre √† Byzance du VIe au XIe si√®cle ¬Ľ, Publications de la Sorbonne, (consult√© le ), paragraphes 96-99
  114. Personnaz 2013, p. 179-180.
  115. Cheynet 2007, p. 307-308.
  116. (en) Michael F. Hendy, Studies in the Byzantine Monetary Economy c. 300‚Äď1450, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-24715-2), p. 507-509.
  117. Sur les liens entre Michel Male√Įnos et Nic√©phore, voir (en) Angeliki Laiou, ¬ę The General and the Saint: Michael Maleinos and Nikephoros Phokas ¬Ľ, Publications de la Sorbonne, (consult√© le )
  118. Voir par exemple ¬ę Monuments chr√©tiens en Cappadoce ¬Ľ, Orthodoxie - France Culture, (consult√© le )
  119. Jolivet-Lévy 1997, paragraphe 8.
  120. Sans certitude, cette hypoth√®se est notamment d√©fendue par (en) Meyer Schapiro, ¬ę The Place of Josua Roll in the Byzantine History ¬Ľ, La Gazette des Beaux-Arts, vol. 35,‚Äé , p. 161-176
  121. Catherine Jolivet-L√©vy, ¬ę L'image du pouvoir dans l'art byzantin √† l'√©poque de la dynastie mac√©donienne ¬Ľ, Byzantion, vol. 57,‚Äé , p. 441-470
  122. Catherine Jolivet-L√©vy, ¬ę Une grande famille cappadocienne : les Phocas ¬Ľ, La Cappadoce - CNRS √©ditions, (consult√© le )
  123. Personnaz 2013, p. 126-128.
  124. (en) Robert S. Nelson, ¬ę "And So, With the Help of God": The Byzantine Art of War in the Tenth Century ¬Ľ, Dumbarton Oaks Papers, vol. 65-66,‚Äé 2011/2012, p. 184-185.
  125. Personnaz 2013, p. 132-133.
  126. Cheynet 2007, p. 323.
  127. Kaldellis 2017, p. 52.
  128. Kaldellis 2017, p. 51-52.
  129. Personnaz 2013, p. 130.
  130. Personnaz 2013, p. 131-132.
  131. Jean-Claude Cheynet, ¬ę Le gouvernement des marges de l‚ÄôEmpire byzantin ¬Ľ, dans Le pouvoir au Moyen Age, id√©ologies, pratiques, repr√©sentations, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, (lire en ligne), paragraphe 38.
  132. Personnaz 2013, p. 136.
  133. Whittow 1996, p. 350.
  134. Personnaz 2013, p. 193-195.
  135. Garland 1999, p. 131-132.
  136. Kazhdan 1991, p. 1727.
  137. Jean-Claude Cheynet et Jean-Fran√ßois Vannier, ¬ę Les Brachamioi ¬Ľ, Etudes prosopographiques - les √©ditions de la Sorbonne, (consult√© le )
  138. Whittow 1996, p. 354.
  139. Sur les circonstances exactes de la mort de Nic√©phore, voir Rodolphe Guilland, ¬ę Le palais de Bucol√©on : l'assassinat de Nic√©phore Phocas ¬Ľ, Byzantinoslavica, vol. 13,‚Äé 1952-1953, p. 101-136
  140. Kaldellis 2017, p. 64.
  141. √Čric Limousin, ¬ę L'empereur et ses assassins √† Byzance (IXe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXIe si√®cle) ¬Ľ, dans Corps outrag√©s, corps ravag√©s de l‚ÄôAntiquit√© au Moyen √āge, Brepols, (ISBN 2503541518, lire en ligne), p. 489-501
  142. √Čvelyne Patlagean, ¬ę Le basileus assassin√© et la saintet√© imp√©riale ¬Ľ, dans Media in Francia. Recueil de m√©langes offert √† Karl Ferdinand Werner, Maul√©vrier, , p. 350 et suiv.
  143. Garland 1999, p. 133.
  144. Schlumberger 1896, p. 760.
  145. (en) Tia M. Kolbaba, ¬ę Fighting for Christianity : Holy War in Byzantium ¬Ľ, Byzantion, vol. 68,‚Äé , p. 195-196.
  146. Kaldellis 2017, p. 44.
  147. Bréhier 2006, p. 187-189.
  148. Treadgold 1997, p. 499.
  149. Patlagean 2007, p. 120.
  150. Kaplan 1998, paragraphes 175 et 177.
  151. Personnaz 2013, p. 201.
  152. Sur ce po√®me, voir, entre autres, (en) John Burke, ¬ę Nikephoros Phokas as Superhero ¬Ľ, dans Byzantine Culture in Translation, Brill, , 95-114 p..
  153. Smilja Marjanovińá-DuŇ°anińá 2016, paragraphes 2 et 3.
  154. (en) Smilja Marjanovińá-DuŇ°anińá, ¬ę The Byzantine apocalyptic tradition a fourteenth-century Serbian version of the Apocalypse of Anastasia ¬Ľ, Balcanica, vol. 42,‚Äé , p. 31-32.
  155. Smilja Marjanovińá-DuŇ°anińá 2016, paragraphe 33.
  156. Voir √† ce sujet L. Petit, ¬ę Office in√©dit en l‚Äôhonneur de Nic√©phore Phokas ¬Ľ, Byzantion, vol. 13,‚Äé , p. 398-420
  157. Fattori 2013, p. 134-135.
  158. ¬ę HS NIKIFOROS FOKAS ¬Ľ, Site de la marine grecque (consult√© le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Louis Br√©hier, Vie et mort de Byzance, Paris, Albin Michel, (1re √©d. 1946).
  • Jean Skylitz√®s, Synopsis histori√īn, p. 260-283.
  • Jean-Claude Cheynet (dir.), Le Monde byzantin, tome II : L'Empire byzantin (641-1204), PUF, coll. ¬ę Nouvelle Clio ¬Ľ,
  • Jean-Claude Cheynet et Jean-Fran√ßois Vannier, ¬ę Les Argyroi ¬Ľ, Zbornik Radova VizantoloŇ°kog Instituta, vol. 40,‚Äé , p. 57-90.
  • Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu, Le trait√© sur la gu√©rilla de l'empereur Nic√©phore Phocas, CNRS √©ditions, .
  • John Julius Norwich (trad. de l'anglais), Histoire de Byzance, Paris, Perrin, coll. ¬ę Tempus ¬Ľ, (r√©impr. 2002), 503 p. (ISBN 2-262-01890-1)
  • (en) Nadia El-Cheikh, Byzantium Viewed by the Arabs, Harvard CMES, , 271 p. (ISBN 978-0-932885-30-2, lire en ligne)
  • (en) Niccolo Fattori, ¬ę The Policies of Nikephoros II Phokas in the context of the Byzantine economic recovery ¬Ľ, Middle East Technical University, (consult√© le )
  • (en) Lynda Garland, Byzantine Empresses : Women and Power in Byzantium AD 527‚Äď1204, Routledge, , 343 p. (ISBN 978-0-415-14688-3, lire en ligne)
  • (en) William Garrood, ¬ę The Byzantine Conquest of Cilicia and the Hamdanids of Aleppo, 959-965 ¬Ľ, Anatolian Studies, vol. 58,‚Äé , p. 127-140 (JSTOR 20455416).
  • (en) Catherine Holmes, Basil II and the Governance of Empire (976-1025), Oxford, Oxford University Press, , 625 p. (ISBN 978-0-19-927968-5 et 0-19-927968-3, pr√©sentation en ligne).
  • (en) Anthony Kaldellis, Streams of gold, rivers of blood : the rise and fall of Byzantium, 955 A.D. to the First Crusade, New York, Oxford University Press, , 399 p. (ISBN 978-0-19-025322-6, lire en ligne)
  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press, , 1re √©d., 3 tom. (ISBN 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCN 90023208)
  • (grk) Taxiarchis Kolias, NőĻőļő∑ŌÜŌĆŌĀőŅŌā B ŐĀ ő¶ŌČőļő¨Ōā (963-969). O ŌÉŌĄŌĀőĪŌĄő∑ő≥ŌĆŌā őĪŌÖŌĄőŅőļŌĀő¨ŌĄŌČŌĀ őļőĪőĻ ŌĄőŅ őľőĶŌĄőĪŌĀŌĀŌÖőłőľőĻŌÉŌĄőĻőļŌĆ ŌĄőŅŌÖ ő≠ŌĀő≥őŅ [Nic√©phore II Phocas, le g√©n√©ral empereur et ses r√©formes], Vasilopoulos Stefanos D.,‚Äé
  • (en) Angeliki Laiou (dir.), The Economic History of Byzantium, Washington, Dumbarton Oaks, (ISBN 978-0-88402-288-6, lire en ligne)
  • (de) Ralph-Johannes Lilie (en), Claudia Ludwig (de), Beate Zielke et Thomas Pratsch (dir.), Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit Online, De Gruyter, (lire en ligne).
  • Liutprand de Cr√©mone (trad. Jo√ęl Schnapp), Ambassades √† Byzance, Anacharsis, , 101 p. (ISBN 978-2-914777-17-9)
  • Smilja Marjanovińá-DuŇ°anińá, ¬ę L'√©cho du culte de Nic√©phore Phocas chez les Slaves des Balkans ¬Ľ, dans Olivier Delouis, Sophie M√©tivier et Paule Pag√®s (dir.), Le saint, le moine et le paysan : m√©langes d'histoire byzantine offerts √† Michel Kaplan, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. ¬ę Byzantina Sorbonensia ¬Ľ (no 29), , XX-757 p. (ISBN 978-2-85944-972-8, lire en ligne), p. 375-393.
  • (en) Eric McGeer, Sowing the Dragon's Teeth : Byzantine Warfare in the Tenth Century, Washington (D.C.), Dumbarton Oaks, , 405 p. (ISBN 0-88402-224-2 et 0-88402-224-2)
  • (en) Eric McGeer, The Land Legislation of the Macedonian Emperors, Pimms, (ISBN 978-0-88844-288-8)
  • Georg Ostrogorsky (trad. de l'allemand), Histoire de l'√Čtat byzantin, Paris, Payot, , 649 p. (ISBN 2-228-07061-0).
  • √Čvelyne Patlagean, Un Moyen √āge grec: Byzance, IXe ‚Äď XVe si√®cles, Paris, Albin Michel, (ISBN 978-2-226-17110-8)
  • Charles Personnaz, L'empereur Nic√©phore Phocas, Byzance face √† l'Islam, 912-969, Paris, Belin, coll. ¬ę Portraits ¬Ľ, , 217 p. (ISBN 978-2-7011-6446-5)
  • Gustave Schlumberger, L'√Čpop√©e byzantine √† la fin du Xe si√®cle,, (lire en ligne).
  • Gustave Schlumberger, Un empereur byzantin au dixi√®me si√®cle : Nic√©phore Phocas (ouvrage illustr√© de 4 chromolithographies, 3 cartes et 24 gravures, d‚Äôapr√®s les originaux ou d‚Äôapr√®s les documents les plus authentiques), Paris, Firmin-Didot et Cie, (lire en ligne).
  • (en) Paul Stephenson, Byzantium's Balkan Frontier : A Political Study of the Northern Balkans, 900‚Äď1204, Cambridge (GB), Cambridge University Press, , 352 p. (ISBN 0-521-77017-3)
  • (en) Alice-Mary Talbot et Dennis Sullivan, The History of Leo the Deacon : Byzantine Military Expansion in the Tenth Century, Washington, DC: Dumbarton Oaks, , 292 p. (ISBN 978-0-88402-324-1, lire en ligne)
  • (en) Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford, University of Stanford Press, , 1019 p. (ISBN 978-0-8047-2630-6, lire en ligne).
  • (en) Mark Whittow, The Making of Byzantium, 600-1025, University of California, , 477 p. (ISBN 978-0-520-20496-6, lire en ligne)
  • (en) John Wortley (trad. du grec ancien), John Skylitzes : A Synopsis of Byzantine History, 811-1057 : Translation and Notes, Cambridge, Cambridge University Press, , 491 p. (ISBN 978-0-521-76705-7)

Liens externes

Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplémentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimédias.