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Albert Ier (roi des Belges)

Albert, prince de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha et héritier de la couronne belge (de 1905 à 1909), puis roi des Belges (de 1909 à 1934), est né à Bruxelles le et mort dans un accident d'escalade à Marche-les-Dames le .

Albert Ier
Illustration.
Le roi Albert au début de l'année 1915.
Titre
Roi des Belges
‚Äď
(24 ans, 1 mois et 25 jours)
Premier ministre Frans Schollaert
Charles de Broqueville
Gérard Cooreman
Léon Delacroix
Henry Carton de Wiart
Georges Theunis
Aloys Van de Vyvere
Prosper Poullet
Henri Jaspar
Jules Renkin
Prédécesseur Léopold II
Successeur Léopold III
Prince héritier de Belgique
‚Äď
(4 ans et 1 mois)
Monarque Léopold II
Prédécesseur Philippe de Belgique,
comte de Flandre
Successeur Léopold de Belgique,
duc de Brabant
Biographie
Titre complet Voir Titulature
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg et Gotha
Maison de Belgique (fondateur)
Nom de naissance Albert Léopold Clément Marie Meinrad de Saxe-Cobourg et Gotha
Surnom Le Roi Chevalier
Date de naissance
Lieu de naissance Bruxelles (Belgique)
Date de d√©c√®s (√† 58 ans)
Lieu de décès Marche-les-Dames (Belgique)
Père Philippe de Belgique,
comte de Flandre
Mère Marie de Hohenzollern-Sigmaringen
Conjoint √Člisabeth en Bavi√®re
Enfants Léopold III
Charles de Belgique
Marie-José de Belgique
Religion Catholicisme romain
Résidence Palais royal de Bruxelles

Signature de Albert Ier

Albert Ier (roi des Belges) Albert Ier (roi des Belges)
Armoiries jusqu'en 1921, à gauche, et celles à partir de 1921, à droite.
Rois des Belges

Il devient le troisième roi des Belges le , sous le nom d'Albert Ier, après la mort de son oncle Léopold II.

Le , il √©pouse √Člisabeth en Bavi√®re, avec qui il partage une vision humaniste et pacifiste de la soci√©t√©. Le roi et la reine forment un couple tr√®s vite populaire et donnent une image modernis√©e de la monarchie, dont ils renouvellent le style. Issu d'une lign√©e aux racines germaniques et mari d'une princesse allemande, le roi choisit en 1914 de d√©fendre son pays, pourtant cr√©√© neutre, et de combattre contre l'invasion allemande, affirmant le caract√®re belge de sa dynastie.

À partir de la Première Guerre mondiale, Albert devient l'objet d'un véritable mythe dépassant largement le cadre des frontières belges, recueillant les surnoms guerriers de Roi Soldat ou de Roi Chevalier. Après l'armistice de 1918, le roi intervient fréquemment dans les questions politiques belges. En 1919, alors que la Constitution borne ses pouvoirs, il réussit lors de l'entrevue de Lophem à convaincre les hommes politiques belges les plus éminents de la nécessité d'adopter le suffrage universel masculin pur et simple.

Le roi pr√īne l'√©galit√© effective des deux langues nationales, la reconnaissance de la libert√© syndicale, l'extension de la l√©gislation sociale et l'essor des sciences. Sur le plan des relations internationales, il accomplit de longs voyages officiels et priv√©s √† l'√©tranger : les √Čtats-Unis en 1919, le Br√©sil l'ann√©e suivante, les Indes en 1925, sans oublier le Congo en 1928 et en 1932 et enfin la Syrie et la Palestine en 1933.

Passionn√© d'alpinisme comptant √† son actif plusieurs ascensions importantes, il trouve la mort, en 1934, lors d'une escalade dans la vall√©e de la Meuse en Belgique. Son fils a√ģn√© lui succ√®de sous le nom de L√©opold III.

Biographie

Premières années et environnement familial

le prince Albert √Ęg√© de dix ans pose en pied tenant un chapeau √† la main
Albert de Belgique photographi√© par Jean G√ľnther (1885).

Albert L√©opold Cl√©ment Marie Meinrad[N 1] de Saxe-Cobourg et Gotha, plus connu sous le nom d'Albert de Belgique, n√© le [BE 1] au palais de ses parents √† la rue de la R√©gence √† Bruxelles, est le deuxi√®me fils et le dernier des enfants du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre (le fr√®re de L√©opold II) et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen. Son fr√®re, Baudouin, est n√© en 1869 et ses deux sŇďurs, Henriette en 1870[N 2] et Jos√©phine en 1872[BB 1].

Le mariage de ses parents à Berlin en 1867 a été décidé, sous les auspices de la reine Victoria, dans le dessein de raffermir la position du récent royaume de Belgique entouré de deux puissantes voisines : la France et la Prusse. C'est donc une princesse prussienne, dont le père, Charles-Antoine de Hohenzollern, est très influent en Allemagne, qui a été choisie pour épouser le frère du roi Léopold II[BB 2]. Le prince Albert est donc imprégné dès l'enfance par une double influence culturelle : belge et germanique. N'ayant pas connu ses grands-parents paternels, Albert tisse des liens étroits avec sa famille Hohenzollern[BB 3].

La vie familiale du jeune Albert est rythm√©e par des s√©jours r√©guliers au domaine des Amerois situ√© en Ardenne belge m√©ridionale. Cet imposant ch√Ęteau entour√© de plus de six cents hectares de terres, situ√© √† dix kilom√®tres de Bouillon, a √©t√© acquis par le comte de Flandre pour que son √©pouse puisse retrouver une atmosph√®re lui rappelant sa Souabe natale[1]. Les Flandre, parents et enfants, y demeurent durant tout l'√©t√© avant de se rendre durant deux mois environ dans les propri√©t√©s allemandes des grands-parents Hohenzollern : au ch√Ęteau de Sigmaringen ou √† celui de Krauchenwies[BB 4].

√Ä l'instar de ses fr√®re et sŇďurs, Albert re√ßoit une instruction dispens√©e √† domicile. Les horaires des cours sont denses, au point que la reine Victoria recommande √† son cousin Philippe de ne pas trop faire travailler ses enfants[BB 5]. Lors des vacances aux Amerois, le programme scolaire est l√©g√®rement r√©duit, mais la comtesse de Flandre est tr√®s exigeante pour tout ce qui regarde l'√©ducation, l'instruction et la religion. Baudouin √©tant un √©l√®ve appliqu√© et dou√©, Albert, en contraste, donne trop souvent une image de dilettante[BB 6]. Au d√©but de l'ann√©e 1888, Albert est plac√© sous la direction d'un gouverneur militaire : Harry Jungbluth, un protestant dont la philosophie compense quelque peu les id√©es issues de la mouvance catholique tr√®s pr√©sentes chez les Flandre. Jungbluth accompagne Albert dans tous ses d√©placements, notamment lors de sa visite de la tour Eiffel en 1889. L'ann√©e suivante, Albert se prend d'une passion pour la bicyclette qui lui permet de se d√©placer incognito √† la ville comme √† la campagne[TH 1]. Brutalement, l'harmonie familiale est interrompue par la mort soudaine le , des suites d'une pneumonie, du prince Baudouin[BB 7].

Formation et voyages

portrait en buste du prince Albert
Le prince Albert lors de la travers√©e vers les √Čtats-Unis (photographie d'Aim√© Dupont, ).

√Ä la mort de son fr√®re Baudouin, Albert devient l'h√©ritier en second ‚ÄĒ apr√®s son p√®re le comte de Flandre[N 3] ‚ÄĒ du tr√īne de Belgique. Le , un arr√™t√© royal octroie √† Albert et √† l'ensemble de sa famille le titre de ¬ę prince de Belgique ¬Ľ[BB 8] - [N 4]. Le [BB 10], comme son fr√®re avant lui, le prince Albert entre √† l'√Čcole royale militaire. L'ann√©e suivante, il devient sous-lieutenant au r√©giment des grenadiers[VA 1] - [N 5]. Albert appr√©cie favorablement la fr√©quentation des milieux militaires, qui le placent au contact direct des diverses composantes de la population belge et lui offrent une certaine libert√© dont il ne jouit pas chez ses parents. En tant que neveu de L√©opold II, Albert repr√©sente son oncle en Belgique et √† l'√©tranger. Il assiste notamment en au couronnement du tsar Nicolas II apr√®s s'√™tre arr√™t√© √† Berlin pour pr√©senter ses hommages √† l'empereur allemand Guillaume II[BE 2].

De 1893 √† 1909, le prince Albert, en sa qualit√© de s√©nateur de droit, prononce plusieurs discours relatifs √† l'am√©lioration de l'infrastructure navale, ferroviaire et routi√®re du pays. Albert se rapproche de Jules Bosmans, autrefois pr√©cepteur du prince Baudouin. Bosmans, docteur en droit de l'Universit√© de Louvain, devient son confident et son guide ; il sensibilise le prince √† la question sociale[TH 3]. En 1895, Albert r√©dige une petite brochure ‚ÄĒ aujourd'hui disparue ‚ÄĒ dans laquelle il analyse les diff√©rents principes √©conomiques et propose des solutions pour am√©liorer la condition de la classe prol√©taire sans recourir au socialisme[TH 4]. Sa sŇďur Henriette remarque au sujet d'Albert : ¬ę Il a un int√©r√™t passionn√© pour tout ce qui touche l'ouvrier, √† sa vie et √† son bien-√™tre[TH 5]. ¬Ľ En effet, Albert n'h√©site pas √† fr√©quenter une table de cabaret ou √† visiter un charbonnage comme √† Seraing en 1897, o√Ļ il descend dans un puits de mine √† six cents m√®tres sous terre[WI 1].

Au printemps 1898, Albert effectue un voyage en Am√©rique du Nord qui le m√®ne d'abord aux √Čtats-Unis[VA 2] puis au Canada. Ce p√©riple de quatre mois (du au ) le conduit successivement √† Washington, New York, Boston, Philadelphie, Los Angeles, San Francisco, Salt Lake City, Denver, Chicago, Pittsburgh, Toronto, Ottawa, et enfin au Qu√©bec o√Ļ il visite notamment Montr√©al[N 6]. Ce voyage tr√®s formateur offre au jeune homme l'opportunit√© d'acqu√©rir des connaissances nouvelles et de rencontrer une soci√©t√© tr√®s diff√©rente de celle qu'il c√ītoyait en Europe. Il entre en effet en contact avec les milieux politiques et financiers am√©ricains. Il est autant impressionn√© par le degr√© d'industrialisation que par les beaut√©s naturelles des lieux qu'il visite[TH 6].

Mariage avec √Člisabeth en Bavi√®re

Albert et √Člisabeth posent assis une gerbe de fleurs sur les genoux
Fian√ßailles d'Albert et d'√Člisabeth (1900).

Le prince Albert et la future reine √Člisabeth s'√©taient rencontr√©s une premi√®re fois en √† Paris, lors des fun√©railles de la duchesse d'Alen√ßon, morte tragiquement dans l'incendie du Bazar de la Charit√©[N 7]. Toutefois, c'est de la princesse Isabelle d'Orl√©ans qu'Albert tombe amoureux. Imm√©diatement, le roi L√©opold II met son veto √† ce mariage afin de ne pas s'attirer les foudres du gouvernement fran√ßais car Isabelle est la sŇďur de Philippe d'Orl√©ans, le pr√©tendant orl√©aniste au tr√īne de France[BP 1]. L√©opold II envisage que sa petite-fille, l'archiduchesse √Člisabeth-Marie, surnomm√©e ¬ę Erzsi ¬Ľ, √©pouse Albert, mais ce dernier ne le souhaite pas[2].

Lors d'un s√©jour √† Neuilly-sur-Seine chez sa sŇďur Henriette[N 8], Albert rencontre deux princesses en Bavi√®re : √Člisabeth et sa sŇďur Marie-Gabrielle, cousines germaines du mari d'Henriette. La plus jeune est d√©j√† fianc√©e[N 9], mais Albert est libre de demander la main de l'a√ģn√©e. √Člisabeth, d'un an la cadette d'Albert, a pass√© une jeunesse insouciante dans la chaleur familiale du foyer form√© par ses parents : Charles-Th√©odore duc en Bavi√®re et Marie-Jos√®phe infante de Portugal. Homme organis√©, passionn√© par les sciences, le p√®re d'√Člisabeth exerce une influence consid√©rable sur sa fille. Ayant perdu tr√®s t√īt sa premi√®re √©pouse, il a quitt√© ses fonctions d'officier de cavalerie, pour se consacrer √† la m√©decine, Charles-Th√©odore se sp√©cialise en ophtalmologie et r√©alise plus de 5 000 op√©rations de la cataracte. √Člisabeth, au caract√®re vif, a appris plusieurs langues, s'adonne volontiers au tennis et voue une passion pour la musique, encourag√©e par ses parents, qui forment un couple princier atypique[BE 3].

Bien que la princesse soit issue de la maison de Wittelsbach, une des plus anciennes dynasties d'Europe, et qu'elle soit la ni√®ce de l'empereur Fran√ßois-Joseph Ier d'Autriche, du grand-duc h√©ritier de Luxembourg et du duc de Parme, les parents d'Albert ne manifestent aucun enthousiasme pour une alliance de leur fils avec une princesse dont la famille est r√©put√©e excentrique[BE 4]. Toutefois, au printemps 1900, Albert ose faire sa demande en mariage : ¬ę Croyez-vous que vous pourriez supporter l'air de la Belgique ? ¬Ľ. Apr√®s que le roi L√©opold II a donn√© son accord, leurs fian√ßailles sont conclues √† Fontainebleau le . Au terme de plusieurs mois de n√©gociations, un contrat de mariage est sign√© : Albert jouira d'une rente annuelle de 250 000 francs octroy√©e par son p√®re, √† laquelle s'ajoute celle accord√©e par le roi qui se chiffre √† 120 000 francs. Les noces d'Albert et √Člisabeth sont c√©l√©br√©es √† Munich le [BE 4].

Le couple a trois enfants[3] :

L'acte par lequel L√©opold II approuve le mariage du prince Albert ne porte aucun contreseing minist√©riel, contrairement aux prescriptions des articles 85 et 106 de la constitution. En , apr√®s l'accession au tr√īne d'Albert, un avocat gantois, Alfons Jonckx, avance la th√®se que de ce fait, le prince Albert est d√©chu de ses droits au tr√īne[VA 1]. Dans Le Soir du , Auguste Beernaert rectifie les propos de Jonckx en affirmant : ¬ę le consentement du roi intervenant au contrat de mariage n'est pas discutable, le consentement des ministres assistant aux c√©r√©monies ne l'est pas moins ¬Ľ, mais conc√®de qu'il y a en effet eu, √©tant donn√© l'absence d'un arr√™t√© royal, ¬ę un accroc th√©orique √† la lettre de la Constitution ¬Ľ, ajoutant ironiquement que ¬ę personne n'a √©t√© l√©s√© ¬Ľ[4].

Un prince de son temps

le prince Léopold au violon en compagnie de ses parents
La reine √Člisabeth donne une le√ßon de violon au prince L√©opold vers 1909.

Un an apr√®s leur mariage[BP 2], Albert et √Člisabeth quittent le palais du comte de Flandre, o√Ļ ils vivaient provisoirement et ne se plaisaient pas en raison d'un manque d'intimit√©[BP 3], pour s'installer √† l'h√ītel van der Noot d'Assche rue de la Science (occup√© depuis 1948 par le Conseil d'√Čtat). Devenus plus ind√©pendants, Albert et √Člisabeth entretiennent d√©sormais de meilleures relations avec le comte et la comtesse de Flandre[BP 4].

Le couple, rapidement parent de trois enfants, m√®ne une vie simple, sans grand apparat. Les visites d'Albert et √Člisabeth recueillent beaucoup de succ√®s dans le pays. Ce couple jeune et uni forme un contraste singulier et involontaire avec le couple royal. Le comte de Flandre √©crit en juillet 1902 : ¬ę Les visites d'Albert en province font le meilleur effet. Il s'en tire tr√®s bien et avec √† propos et la petite [√Člisabeth] fait bon effet. Qui l'aurait cru ? On [L√©opold II] n'aime pas en haut lieu que les acclamations aillent √† d'autres qu'√† son auguste personne[BP 5]. ¬Ľ D√®s leur plus jeune √Ęge, les enfants d'Albert participent √† des manifestations populaires telles que le ¬ę Longchamps Fleuri ¬Ľ √† Bruxelles[5]. Cette image de bonheur familial constitue l'un des piliers de la popularit√© d'Albert Ier[VA 3].

le prince est monté à bord d'un dirigeable
Le prince Albert au meeting d'aviation d'Anvers s'apprête à voler à bord du dirigeable Zodiac le .

Albert, f√©ru de nouvelles technologies, n'h√©site pas √† emprunter les moyens de transport r√©cemment cr√©√©s. Il acquiert un tricycle √† p√©trole, puis une automobile (en 1901) qu'il conduit avec fougue. En , il profite d'un s√©jour √† Paris pour effectuer une ascension en ballon libre. En , il accomplit un vol au-dessus du terrain d'aviation d'Anvers √† bord d'un dirigeable[6]. Albert et √Člisabeth fr√©quentent peu le roi L√©opold II, qui s√©journe souvent en France et dont ils ne partagent pas les vues en divers domaines, estimant que le roi ne tente rien pour soigner sa popularit√©[TH 7].

Le , le comte de Flandre Philippe meurt ; son fils Albert devient donc l'h√©ritier de la couronne. Cependant, L√©opold II ne le pr√©parant aucunement √† r√©gner, Albert comprend qu'il doit se former dans l'ombre √† ses futures fonctions monarchiques. Il lit √©norm√©ment d'ouvrages relevant de domaines divers : √©conomie politique, statistique, sociologie ou philosophie. √Ä √Člisabeth qui souhaiterait que son mari l'accompagne lors de ses nombreux s√©jours aupr√®s de sa famille ou dans des villes de cure, Albert r√©pond qu'il doit ¬ę travailler jusqu'√† crever pour acqu√©rir [‚Ķ] un savoir suffisant pour exclure du moins le ridicule de la fonction que la fatalit√© doit m'infliger plus tard ¬Ľ[BE 5].

L'une de ses premi√®res initiatives en tant que prince h√©ritier est la cr√©ation en 1906 de l'Ňíuvre royale IBIS, une institution visant √† am√©liorer l'instruction des orphelins de p√™cheurs d√©favoris√©s toujours active en 2020[VA 4]. Le prince Albert s'int√©resse toujours aux questions sociales lorsqu'elles se posent concr√®tement. Ainsi, la prochaine mise en exploitation de gisements houillers dans le Limbourg en 1908 requiert d'accueillir une immigration ouvri√®re massive dans une r√©gion √† faible densit√© de population. Revenant de Birmingham, o√Ļ il a visit√© une cit√©-jardin, Albert se d√©clare partisan de ce type de logements, dont l'√©dification permettrait de r√©soudre la question de la surpopulation qui va se poser sous peu dans le Limbourg[TH 8].

Albert est int√©ress√© depuis des ann√©es par le Congo belge. Passionn√© par les r√©cits de ceux qui s'y sont rendus et interpell√© par les controverses acerbes qui s'√©taient exprim√©es, Albert d√©cide de juger par lui-m√™me de la situation. Il d√©bute donc le un p√©riple de 80 jours au Congo belge. Si la travers√©e de l'Afrique australe constitue plut√īt un voyage d'agr√©ment, √† partir de Broken Hill (Kabwe), le prince accomplit une v√©ritable exp√©dition. Il parcourt pr√®s de 4 000 km √† pied, √† v√©lo et en baleini√®re. Albert d√©sire r√©duire √† leur minimum les formalit√©s protocolaires. Officiellement, il t√©moigne √† son oncle de son ¬ę √©merveillement pour la belle contr√©e dont vous avez fait une colonie belge[TH 9]. ¬Ľ Cependant, dans ses carnets de voyage, il critique violemment la politique d'exploitation de la colonie mise en place par L√©opold II et exprime ses craintes face aux ambitions d'expansion britanniques[7] - [VA 5].

Premières années

le roi à cheval saluant la foule
Le cortège à Bruxelles lors de l'avènement du roi Albert le .

Le le roi L√©opold II meurt d'une embolie foudroyante au ch√Ęteau de Laeken. En pr√™tant le serment constitutionnel, Albert devient le troisi√®me roi des Belges. Il est imm√©diatement confront√© √† un dilemme : le d√©funt roi avait exprim√© la volont√© que seuls Albert et les gens de sa Maison suivent son convoi fun√©raire. Il transgresse les consignes et m√®ne le deuil avec la pompe royale requise lors de fun√©railles solennelles c√©l√©br√©es √† Bruxelles le [TH 10].

Le , la foule pr√©sente √† Bruxelles pour assister aux c√©r√©monies entourant la prestation de serment r√©serve un accueil particuli√®rement chaleureux au nouveau roi. Albert Ier est le premier souverain √† pr√™ter le serment constitutionnel en fran√ßais et en n√©erlandais[VA 6]. Dans le discours qu'il prononce, il d√©finit deux objectifs du nouveau r√®gne : davantage d'humanit√© envers la population congolaise et davantage de justice sociale[TH 11]. Durant les premi√®res ann√©es de son r√®gne, Albert Ier se limite strictement √† son r√īle constitutionnel[VA 7]. Il s'entoure de personnalit√©s de tendance lib√©rale, comme Jules Ingenbleek, son secr√©taire, et Harry Jungbluth, le chef de sa maison militaire[VA 8].

Le roi tente, d√®s le d√©but de son r√®gne, de rapprocher la monarchie du peuple, notamment en supprimant l'escorte arm√©e qui le s√©parait de la foule et en autorisant des journalistes √† l'accompagner dans ses d√©placements. En termes d'image, le couple qu'il forme avec la reine offre une impression de modernit√©. Leurs personnalit√©s sont contrast√©es, mais la r√©serve d'Albert et la spontan√©it√© d'√Člisabeth sont compl√©mentaires. Ils partagent la m√™me vision humaniste de la soci√©t√©. Albert sollicite les encouragements de son √©pouse et lui demande de le seconder : ¬ę Tu as tout pour remplir ce r√īle-l√† : cŇďur, intelligence, tact et gr√Ęce. Fais-le ! C'est vraiment du fond du cŇďur un appel que je t'adresse au nom de l'amour si sinc√®re qui nous unit et qui pourrait trouver des voies nouvelles si f√©condes[BE 5]. ¬Ľ √Ä la reine qui s'implique tout particuli√®rement dans la vie artistique et intellectuelle du royaume, le roi donne une v√©ritable visibilit√© m√©diatique[VA 9].

les rois de neuf pays européens en uniforme d'apparat posent dans un salon
Les neuf souverains √† Windsor lors des fun√©railles du roi √Čdouard VII le - le roi Albert est debout √† l'extr√™me droite (photographie W. & D. Downey).

Apr√®s avoir promptement √©cart√© l'entourage de L√©opold II, Albert met fin √† la politique des grands travaux men√©e par son oncle : la question de la ¬ę Grande coupure d'Anvers ¬Ľ consistant √† redresser un m√©andre de l'Escaut et la cr√©ation d'une ¬ę √©cole mondiale ¬Ľ √† Tervuren sont abandonn√©es d√®s le d√©but du nouveau r√®gne. Le roi entend mener sa propre politique et √©loigne fermement ceux qui s'y opposent. Sous un vernis de timidit√©, Albert dissimule une nature volontaire et jalouse de ses pr√©rogatives[TH 12].

Le , le souverain inaugure l'Exposition internationale et universelle de Bruxelles qu'il cl√īture le [VA 10]. Cette ann√©e 1910 est plac√©e sous le signe des relations internationales car en mai, neuf souverains europ√©ens, dont le roi Albert, se rendent aux fun√©railles du roi √Čdouard VII √† Windsor. En octobre, le roi Albert re√ßoit la premi√®re visite officielle d'un chef d'√Čtat de son r√®gne : l'empereur allemand Guillaume II et l'imp√©ratrice se rendent en Belgique. √Ä cette occasion, les observateurs soulignent la cordialit√© qui r√®gne de nouveau entre les deux maisons souveraines car les relations avec les Hohenzollern s'√©taient quelque peu rel√Ęch√©es √† la fin du r√®gne de L√©opold II[TH 13].

Avant la guerre, Albert Ier, chef d'√Čtat d'un pays neutre, est parfois appel√© pour arbitrer des conflits internationaux, par exemple entre l'Italie et l'Uruguay en 1910 et entre l'Allemagne et Ha√Įti en 1911[VA 11].

Le , le roi renoue avec la tradition des discours du tr√īne, abandonn√©e par L√©opold II. √Ä cette occasion, le roi √† cheval et la famille royale traversent Bruxelles, sous les acclamations de la foule. Sur son parcours, des socialistes distribuent des tracts en faveur du suffrage universel. √Ä son arriv√©e au Parlement, les d√©put√©s socialistes crient : ¬ę Vive le suffrage universel ! ¬Ľ Le discours du roi porte sur l'encouragement des arts, le d√©veloppement de l'enseignement, l'octroi de la personnalit√© civile aux universit√©s libres, les pensions de vieillesse et tout particuli√®rement celles des anciens travailleurs des charbonnages, ainsi que la r√©forme des contrats de travail[VA 12].

Au printemps 1911, le roi et la reine s√©journent incognito en √Čgypte et au Soudan. √Ä leur retour, le pays est en pleine agitation √† la suite du d√©p√īt d'un projet de loi sur l'enseignement, surnomm√©e ¬ę loi du bon scolaire ¬Ľ, par le gouvernement de Frans Schollaert. Ce projet √©manant des catholiques vise, aux dires de leurs opposants, √† √©tendre les subventions aux √©tablissements scolaires qu'ils dirigent et ravive d√®s lors d'anciennes querelles entre catholiques et socialistes en mati√®re d'enseignement[8]. Le roi tente d'abord la mod√©ration en consultant le pr√©sident de la Chambre G√©rard Cooreman et les ministres d'√Čtat Auguste Beernaert et Charles Woeste. Le , il a un entretien assez houleux avec le chef du cabinet Frans Schollaert. Le projet de loi scolaire est abandonn√© le lendemain. Le , le minist√®re remet sa d√©mission[BA 1]. Le roi tente de confier la conduite d'un nouveau gouvernement √† G√©rard Cooreman, avant de faire appel √† Charles de Broqueville[BA 2] - [N 11].

Politique coloniale
 photographie actuelle de la fa√ßade arri√®re du b√Ętiment imposant en pierre claire √† l'arri√®re d'un plan d'eau et de jardins
Le Musée royal de l'Afrique centrale : façade arrière au début du XXIe siècle.

Selon Marie-Rose Thielemans, depuis qu'il s'y est rendu en 1909, le roi est fascin√© par le Congo[TH 14]. Le , il inaugure le Mus√©e du Congo belge dans le domaine de Tervueren (appel√© en 1960, Mus√©e royal de l'Afrique centrale et, depuis 2018, AfricaMuseum)[VA 10] apr√®s le d√©m√©nagement des collections du palais des Colonies attenant. Ce mus√©e devient, d√®s sa cr√©ation, un centre majeur de recherche sur la faune de l'Afrique. Le roi d√©fend √Ęprement la colonie contre les convoitises √©trang√®res[TH 14].

Bien que sous contr√īle belge depuis 1884, les ressources mini√®res du Katanga, province congolaise particuli√®rement riche en cuivre, √©choyaient aux mains des Anglais, qui p√©n√©traient ais√©ment jusqu'aux gisements √† la faveur de leurs chemins de fer performants. Le roi Albert, gr√Ęce √† l'appui de l'industriel Ernest Solvay, envoie successivement deux missions dont les rapports mettent en √©vidence le probl√®me des voies de communication. Au d√©part de l'embouchure du Congo, on ne pouvait atteindre le Katanga qu'en suivant un trajet par voie fluviale et ferroviaire de plus de 3 000 kilom√®tres requ√©rant six transbordements, ainsi qu'une marche de 350 kilom√®tres en caravane. Par cons√©quent, le d√©bouch√© naturel des exportations katangaises √©tait dirig√© vers l'Afrique du Sud au profit des colons anglais. Le roi ne se satisfaisant pas de cette situation exige de son chef de cabinet une explication nette sur l'√©tat exact des concessionnaires de chemin de fer. Gr√Ęce au rapport re√ßu par son ministre, le roi sait d√©sormais √† quoi s'en tenir et r√©ussit √† d√©terminer la voie la plus courte (le chemin de fer du Benguela) pour acheminer le minerai de cuivre et donc recueillir des rendements plus favorables √† la Belgique[TH 14].

En 1911, le roi s'oppose à une proposition de la France, qui suggérait à la Belgique de lui donner à bail la rive gauche du Congo sur plusieurs centaines de kilomètres, en échange de la reconnaissance de la souveraineté belge sur le Congo par le Royaume-Uni, allié de la France[TH 15]. En 1912, un syndicat germano-britannique d'études hydrographiques est fondé dans le but de créer un chenal entre Stanley Pool et Matadi. La création de ce chenal revenait à remettre en mains étrangères le passage vers le Congo. Une fois encore, le roi intervient directement afin de sauvegarder les intérêts belges en Afrique : en , pour contre-peser l'influence allemande, la Belgique, qui ne dispose pas des fonds nécessaires, demande habilement à la France d'entrer dans le capital du syndicat germano-britannique[VA 13].

La Belgique en danger

En Europe, la tension internationale belliciste augmentant, les pays commencent √† conclure des alliances et √† fourbir leurs armes. La comtesse de Flandre, m√®re du roi, meurt le . L'empereur allemand envoie son fils a√ģn√© le Kronprinz pour le repr√©senter lors des fun√©railles qui ont lieu √† Bruxelles quatre jours plus tard. Un t√©moin rapporte la f√Ęcheuse impression laiss√©e par le repr√©sentant allemand : lors de la r√©ception √† l'issue du d√©jeuner donn√© √† Bruxelles, les princes europ√©ens conversent amicalement. Seul le Kronprinz se tient √† l'√©cart, la main sur son sabre, ne parlant √† personne ; alors que durant l'office fun√®bre, il ne cessait, en d√©pit de la proximit√© du roi, de s'agiter et d'adresser la parole √† son voisin le prince Rupprecht de Bavi√®re qui, lui, restait digne[9]. En 1913, le roi Albert se rend en France (en avril) et en Allemagne (en novembre) pour rappeler √† ses voisins la neutralit√© de la Belgique et pour les pr√©venir que s‚Äôils violaient le territoire belge, le pays se d√©fendrait. √Ä l'empereur allemand qui lui rappelle son ascendance germanique, le roi r√©pond : ¬ę Je suis Saxe-Cobourg, je suis aussi Orl√©ans, mais je ne saurais oublier que je suis surtout belge[10] ! ¬Ľ

En , il impose avec l'aide du chef du cabinet Charles de Broqueville l'autonomie du haut commandement de l'arm√©e et, en novembre, le service militaire obligatoire pour tous[VA 14] par extension d'une loi sign√©e par son pr√©d√©cesseur L√©opold II sur son lit de mort en 1909 et qui pr√©voyait le service militaire d'un fils par famille. Cette mesure porte le contingent de l‚Äôarm√©e de 180 000 √† 340 000 hommes. La m√™me ann√©e, une gr√®ve g√©n√©rale est d√©clench√©e en vue d'obtenir le suffrage universel. √Ä cette occasion, une partie de la presse socialiste appelle le roi √† intervenir en faveur de leur lutte (par exemple en dissolvant les chambres), mais le souverain n'agit pas[VA 15].

Prémices

Le , en fin d'apr√®s-midi, trois jours apr√®s la d√©claration de guerre de l'Autriche-Hongrie √† la Serbie, Albert Ier r√©clame devant le Conseil des ministres la mobilisation g√©n√©rale imm√©diate de l'arm√©e, qu'il obtient gr√Ęce au soutien de Prosper Poullet, chef de cabinet, et du ministre Paul Segers[BA 3].

Le soir du , aid√© dans sa r√©daction par la reine, Albert tente une ultime d√©marche et adresse une missive en allemand √† Guillaume II : ¬ę Votre Majest√© et cher cousin, la guerre qui menace d'√©clater entre deux puissances voisines me plonge dans de graves r√©flexions [‚Ķ] les relations de parent√© et d'amiti√© qui unissent √©troitement nos deux familles m'ont inclin√© √† t'√©crire et √† te prier aussi, dans ces heures graves, de me donner, ainsi qu'√† mon pays, la garantie que notre neutralit√© sera respect√©e[BE 6]. ¬Ľ

Le , le Reich adresse un ultimatum √† la Belgique, pays pourtant neutre √† l'instar du Grand-duch√© de Luxembourg voisin : l‚Äôempereur allemand Guillaume II r√©clame le libre passage de ses troupes, faute de quoi la Belgique serait consid√©r√©e comme ennemie. Devant le Conseil des ministres, le roi d√©clare que l'ultimatum est inacceptable et qu'il faut se d√©fendre. La d√©cision de refuser l'ultimatum est prise conjointement par le roi et Charles de Broqueville. Le Conseil de la Couronne se r√©unit peu apr√®s. Les discussions sont anim√©es et plusieurs options sont envisag√©es par les ministres : laisser passer les Allemands, protester pour la forme ou r√©sister. Finalement, dans l'indignation g√©n√©rale et suivant les arguments du ministre d'√Čtat Jules Van den Heuvel, tous se rallient √† l'avis du roi : r√©sister √† l'Allemagne et faire appel aux puissances garantes de la neutralit√© de la Belgique d√®s que les fronti√®res seront viol√©es[VA 16] - [VA 17] - [11].

En m√™me temps, d√®s les premiers jours d'ao√Ľt, le Congo belge est mis en √©tat de se d√©fendre par des transferts de fonds, par la mise en alerte de la Force publique africaine et par l'organisation de communications maritimes ind√©pendantes de la Belgique permettant de maintenir des relations √©conomiques entre le domaine colonial belge et le reste du monde, quelle que soit l'√©volution de la guerre en Belgique. C'est le secr√©taire g√©n√©ral du minist√®re des colonies Pierre Orts qui, de Bruxelles, g√®re autoritairement la politique de d√©fense de la Belgique en Afrique, fort du soutien du roi[12].

Violation de la neutralité belge
Carte surchargée avec des flèches représentant les armées allemandes passant par la Belgique pour foncer ensuite sur Paris.
Schéma montrant l'idée d'ensemble du plan Schlieffen de 1905 (différent de celui appliqué en 1914) : sont indiqués les axes d'offensive des armées, ainsi que les différentes fortifications allemandes (en rouge), belges et françaises (en bleu).

Le , √† 8 heures du matin, les Allemands p√©n√®trent dans le territoire belge. Conform√©ment au plan Schlieffen, l'arm√©e allemande viole la neutralit√© belge. La nouvelle n'est pas encore connue quand, √† 10 heures, le roi, v√™tu d'une tenue de g√©n√©ral de campagne, traverse Bruxelles √† cheval au milieu d'une foule enthousiaste et vient prononcer un discours devant le Parlement : ¬ę Un pays qui se d√©fend s'impose au respect de tous, ce pays ne p√©rit pas. J'ai foi en nos destin√©es. ¬Ľ Il est acclam√© par l'ensemble des d√©put√©s[VA 18] - [VA 17]. Alors que le prince h√©ritier Rupprecht de Bavi√®re, beau-fr√®re du roi, est le commandant en chef des troupes allemandes en Lorraine, la r√©sistance de la Belgique et particuli√®rement de son roi √† l'envahisseur surprend une grande partie de l'Europe, notamment parce que les souverains belges, membres de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha et alli√©s aux maisons de Wittelsbach, de Habsbourg-Lorraine et de Hohenzollern, √©taient toujours consid√©r√©s comme des ¬ę princes allemands ¬Ľ[VA 19].

Apr√®s son discours devant les chambres, le roi rejoint imm√©diatement le grand quartier-g√©n√©ral et prend le commandement effectif de l'arm√©e[VA 20]. L'arm√©e belge r√©siste √† l'attaque allemande, notamment lors de combats men√©s par les troupes de campagne devant les forts de Li√®ge. L'arm√©e belge retient ainsi 150 000 soldats ennemis, privant de la sorte le haut commandement allemand de troupes pour mener pleinement son offensive contre la France. Apr√®s avoir d√Ľ abandonner les forts de Li√®ge et remport√© une victoire √† la bataille de Haelen, l'arm√©e belge se retire √† la fin ao√Ľt dans la place forte d'Anvers, r√©put√©e une des plus efficaces d'Europe gr√Ęce √† ses trois ceintures concentriques de forteresses. Au cours de trois sorties, les troupes de campagne s'appuyant sur les forts parviennent √† tenir l'arm√©e allemande en respect[TH 16].

Sous l'indignation internationale, l'arm√©e allemande, tout au long de sa progression, s√®me la terreur parmi la population belge : des massacres d'hommes, de femmes et d'enfants sont perp√©tr√©s sous le pr√©texte d'attaques de francs-tireurs. La ville de Dinant est mise √† sac lors de violences pr√©m√©dit√©es contre les civils. Les troupes allemandes incendient des maisons et ex√©cutent des civils dans tout l‚Äôest et le centre de la Belgique, y compris √† Aarschot (156 morts), Andenne (211 morts), Seilles (383 morts) et √† Dinant (674 morts). Les 21, 22 et , lors du massacre de Tamines, l‚Äôarm√©e allemande tue, √† coups de ba√Įonnettes, de gourdins et de haches, 613 habitants, avant de se livrer √† un pillage intensif de la ville. Le , l‚Äôarm√©e allemande ravage la ville de Louvain et met le feu √† sa biblioth√®que universitaire riche de 230 000 livres, 800 incunables et 950 manuscrits[13], tandis que 248 habitants sont tu√©s[14]. Ces actions sont fermement condamn√©es dans le monde entier[15].

Pour les prot√©ger, le roi envoie ses enfants en Grande-Bretagne. Ils embarquent avec la reine le 31 ao√Ľt pour Douvres et sont mis √† l'abri chez Lord George Curzon. Une semaine plus tard, √Člisabeth revient aupr√®s du roi. Tout au long de la guerre, elle jouera le r√īle d'interm√©diaire entre son mari et les autorit√©s britanniques lorsqu'elle rendra visite √† ses enfants rest√©s Outre-Manche[BE 6]. Pour √©chapper √† l'encerclement, les renforts promis par le Royaume-Uni n'arrivant pas, le roi Albert ordonne la retraite. Certains auteurs, dont Marie-Rose Thielemans, avancent qu'√† cette occasion le roi avait envisag√© de capituler. Henri Haag affirme le contraire, en se basant sur une riche documentation[VA 16]. Apr√®s avoir d√Ľ √©vacuer Anvers le 10 octobre, l‚Äôarm√©e belge se retranche finalement derri√®re l‚ÄôYser, le . Elle y r√©sistera quatre ann√©es aux c√īt√©s des Britanniques et des Fran√ßais jusqu'√† l'offensive victorieuse qui lib√©rera la Belgique en 1918[RE 1].

Chef des armées
photographie du roi, portant un uniforme d'officier britannique, est entouré d'officiers dont l'un tient un obus à la main
Albert Ier sur un champ de bataille.

Pendant toute la guerre, le roi refuse de suivre le gouvernement belge, qui s'est r√©fugi√© en France √† Sainte-Adresse, dans la banlieue du Havre, et il reste √† la t√™te de l‚Äôarm√©e pour la diriger. Il √©tablit son quartier-g√©n√©ral √† La Panne, o√Ļ la reine le rejoint. Il visite fr√©quemment le front. En tant que commandant en chef de l'arm√©e, il estime pouvoir la diriger sous sa seule responsabilit√©, c'est-√†-dire sans contreseing minist√©riel, en vertu de l'article 68 de la Constitution qui stipule : ¬ę Le roi commande les forces de terre et de mer, d√©clare la guerre, fait les trait√©s de paix, d'alliance et de commerce[TH 17] - [VA 21] ¬Ľ. Le g√©n√©ral de Selliers de Moranville est √©cart√© et son poste de chef d'√©tat-major est supprim√©. Charles de Broqueville n'est pas du m√™me avis et juge qu'en tant que ministre de la Guerre, il est responsable devant le pays des actes pos√©s par le roi, en vertu de l'article 64 (¬ę Aucun acte du roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresign√© par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend responsable ¬Ľ). Cette diff√©rence d'interpr√©tation cause de fr√©quentes dissensions entre le chef du cabinet et l'√©tat-major, voire le roi lui-m√™me[BA 4]. Progressivement un modus vivendi s'√©tablit : le roi prend les d√©cisions militaires en se passant du contreseing minist√©riel, mais il consulte son ministre[VA 21].

photographie de la famille royale : le roi et son fils sont en uniforme, tandis que la reine porte un manteau
Le roi Albert, le prince L√©opold et la reine √Člisabeth durant la Premi√®re Guerre mondiale.

Durant tout le conflit, le roi d√©fend un statut particulier pour la Belgique vis-√†-vis des Alli√©s : selon lui, elle n'√©tait pas un Alli√© en tant que tel, mais un √Čtat neutre secouru par ses garants √† la suite de l'agression allemande, conform√©ment √† ce qui √©tait prescrit par le trait√© des XXIV articles[VA 22]. Cependant, la Belgique se devait d'√™tre fid√®le aux alli√©s britannique et fran√ßais, qui lui avaient port√© secours en tant que garants et, √† ce titre, de rester li√©e √† eux jusqu'√† la lib√©ration de son territoire, √† l'exclusion d'une paix s√©par√©e. C'est ainsi que, d√®s 1914, en application de cette solidarit√©, le roi d√©cide d'envoyer des troupes du Congo belge pour appuyer les Fran√ßais en lutte contre les Allemands au Togo. En 1915 et 1916, agissant en toute ind√©pendance dans l'Ouest de l'Afrique orientale allemande, les troupes coloniales belges remportent les victoires de Tabora et de Mahenge, tandis que les Britanniques s'emparent du Nord et de l'Est[16].

En , le roi Albert autorise son fils le prince L√©opold, √Ęg√© de treize ans, √† s'engager au 12e r√©giment de ligne, o√Ļ il sert comme caporal durant six mois. Cette implication directe de l'h√©ritier du tr√īne en qualit√© de simple soldat et le r√īle d'infirmi√®re que joue durant les quatre ann√©es du conflit la reine aupr√®s des bless√©s de guerre hospitalis√©s dans l'ambulance de l'Oc√©an √† La Panne contribuent √† sceller un lien fort entre la population belge et la dynastie[VA 23].

De bonne heure, le roi se montre partisan de l'√©largissement du gouvernement √† des membres de l'opposition lib√©rale et socialiste. Charles de Broqueville accepte finalement l'entr√©e le des ministres d'√Čtat de l'opposition dans son gouvernement. M√©contents, deux ministres catholiques, Joris Helleputte et Armand Hubert, remettent leur d√©mission au roi, qui la refuse[VA 24]. La m√™me ann√©e, les Allemands, qui occupent les neuf dixi√®mes de la Belgique et y imposent un gouverneur, d√©cr√®tent la scission administrative entre la Flandre et la Wallonie[VA 24]. En 1917, le Conseil de Flandre instaur√© par l'occupant proclame la d√©ch√©ance du roi Albert, suivant les arguments juridiques autrefois avanc√©s par Alfons Jonckx √† propos de la pr√©tendue ill√©galit√© de son accession au tr√īne[VA 25].

Le , des frontistes adressent au roi une lettre ouverte réclamant une réforme linguistique au sein de l'armée. En effet, la langue du commandement était exclusivement le français. Le roi, pourtant convaincu de la nécessité du bilinguisme dans les divers secteurs de la société, n'y donne cependant pas suite, car il estime que cette réforme est impossible à mener en temps de guerre[17].

Vers la paix
photographie du roi en tenue militaire et portant un casque
Le roi Albert Ier en par Richard N. Speaight.

Jusqu'√† la fin de 1918, le roi ne croyait pas certaine la victoire alli√©e car l'√©chec des grandes offensives assorties de leurs h√©catombes inutiles montraient, pensait-il, que la guerre ne pourrait √™tre gagn√©e sur le terrain[TH 18] - [VA 26]. D√©j√†, en 1915-1916, il contacte secr√®tement son beau-fr√®re le comte Hans Veit zu Toerring-Jettenbach, pour conna√ģtre les intentions de l'Allemagne. Des tentatives sont √©galement entreprises par l'entremise du prince Sixte de Bourbon-Parme et de son fr√®re Fran√ßois-Xavier de Bourbon-Parme, cousins germains de la reine et fr√®res de l'imp√©ratrice d'Autriche, qui combattent tous deux dans l'arm√©e belge mais qui ont de la famille dans le camp des empires centraux.

Marie-Rose Thielemans voit dans ces tractations des négociations secrètes de paix. Cependant, aux yeux d'Henri Haag, ces contacts n'ont d'autre objectif que d'évaluer les conditions nécessaires à une paix de réconciliation générale, sans que la Belgique ne prenne aucun engagement, si ce n'est celui d'exiger la reconquête de son indépendance et l'indemnisation des pertes considérables humaines et matérielles que l'invasion allemande avait causées[VA 27].

Le 7 f√©vrier 1916, le roi re√ßoit √† La Panne Lord George Curzon, membre du cabinet de guerre britannique, et sir Douglas Haig, commandant en chef des forces britanniques en France. Tous deux proposent un plan pour reconqu√©rir la Belgique : l'arm√©e belge devrait √™tre solidement encadr√©e par l'arm√©e britannique avant une offensive de choc pour briser la ligne allemande par le pilonnage de la c√īte belge par la Royal Navy qui permettrait de foncer √† travers la Belgique. Le roi Albert, qui esp√©rait convaincre la Grande-Bretagne qu'une paix de compromis valait mieux qu'une longue guerre m√™me victorieuse, s'oppose radicalement √† ce plan[TH 19].

En 1916, Alphonse XIII d'Espagne demande à Albert Ier une audience pour son ambassadeur le marquis de Villalobar. Celui-ci avait reçu du chancelier allemand Bethmann Hollweg une proposition de paix séparée entre l'Allemagne et la Belgique : les troupes allemandes évacueraient la Belgique, lui rendraient son indépendance et l'Allemagne l'indemniserait pour les dommages subis. Le roi refuse, en accord avec son gouvernement, de recevoir le diplomate espagnol, par loyauté envers les Alliés et parce qu'il croit qu'une paix séparée est irréalisable pratiquement[BA 5] - [VA 27]. Durant la guerre, des socialistes des deux camps ennemis, voulant raviver la camaraderie de l'Internationale, avaient établi des contacts à Stockholm, mais sans suite. Le négociateur belge était Camille Huysmans[18].

Le , Charles de Broqueville remet la démission de son cabinet, probablement en raison du mécontentement du roi auquel il a rappelé que le commandement de l'armée est une prérogative gouvernementale et requiert par conséquent le contreseing ministériel[19]. Début , de Broqueville reçoit pourtant un message du roi lui témoignant sa reconnaissance pour les services rendus[BA 6]. Albert Ier charge Gérard Cooreman de former un nouveau cabinet. Celui-ci accepte par devoir patriotique et précise qu'il remettra sa démission dès la fin des hostilités. Contrairement à son prédécesseur, il laisse le roi conduire seul les affaires militaires[BA 7].

Jusqu'en 1918, le roi refuse de rejoindre le commandement unique interalli√© et de participer aux grandes offensives meurtri√®res de la Somme, de Verdun et de Passchendaele. Ce choix permet de limiter le taux de mortalit√© dans l'arm√©e belge √† 1 sur 50, bien diff√©rent, par exemple, de celui de 1 sur 6 dans l'arm√©e fran√ßaise[VA 28]. En , lorsqu'il est enfin convaincu de la victoire finale des Alli√©s √† la suite de leur offensive victorieuse, il accepte, sur l'avis de son conseiller constitutionnel et diplomatique Pierre Orts, le commandement unique interalli√©[TH 18] et ordonne en d'engager l'offensive contre l'arm√©e allemande dans les Flandres. Apr√®s la victoire de la for√™t d'Houthulst et au bout de deux mois de combats qui ont repouss√© l'ennemi jusqu'√† Gand, l'arm√©e belge et le roi entrent dans cette ville, o√Ļ leur parvient la nouvelle que l'Allemagne vient de signer l'armistice de Compi√®gne. Le bilan des victimes humaines belges militaires et civiles s'√©l√®ve entre 75 000 et 130 000, dont 36 000 √† 46 000 tu√©s[20].

Entrevue de Lophem

le roi et la reine à cheval sont entourés par une foule dense à Bruxelles
Retour du roi Albert à Bruxelles (Porte de Flandre, le ).

Le soir du , le roi re√ßoit au ch√Ęteau de Lophem o√Ļ il s'est install√© depuis le 24 octobre chez les barons van Caloen, G√©rard Cooreman, chef de cabinet, Paul-√Čmile Janson, d√©put√© lib√©ral de Bruxelles, et √Čdouard Anseele, d√©put√© socialiste de Gand. Apr√®s le d√©part de Janson et d'Anseele, le roi demande √† Cooreman de convoquer le surlendemain des hommes politiques et des personnalit√©s influentes rest√©s au pays pendant la guerre. Ces personnalit√©s appartiennent presque toutes √† la gauche. √Ä la suite de ces consultations, le roi propose, probablement √† la suite d'une suggestion d'√Čmile Francqui, de confier √† L√©on Delacroix, un catholique inconnu du grand public, b√Ętonnier de l'ordre des avocats, la mission de constituer un gouvernement d'union nationale pour un mandat d'un an renouvelable. Tous les conseillers se rallient √† cette proposition[GE 1].

Apr√®s quarante-huit heures de r√©flexion, L√©on Delacroix accepte sa mission. En faveur du chef de ce nouveau gouvernement, un nouveau titre est √©galement cr√©√© : Delacroix devient le premier Premier ministre de Belgique, puisque jusqu'ici, on utilisait le terme ¬ę chef de cabinet ¬Ľ. Charles de Broqueville re√ßoit le portefeuille de l'Int√©rieur, √† la demande expresse du roi[BA 8]. Ce gouvernement entre en fonctions le . Il re√ßoit pour mission de reconstruire le pays, de r√©former la constitution (instauration du suffrage universel pur et simple √† vingt et un ans) et d'√©tablir un enseignement sup√©rieur en n√©erlandais[BA 9]. Le roi √©tait en effet un partisan du suffrage universel pur et simple avant m√™me le conflit[TH 18].

Le , la famille royale rentre √† Bruxelles, o√Ļ elle est accueillie par une foule enthousiaste. Le roi se rend au Palais de la nation et annonce, dans son discours du tr√īne, que son gouvernement fera adopter le suffrage universel, cr√©era une universit√© flamande, autorisera les coalitions d'ouvriers et √©tendra les lois sociales[BA 10]. Dans son discours, le roi insiste notamment sur l'hygi√®ne sociale, la lutte contre l'alcoolisme et la n√©cessit√© d'une r√©partition plus √©quitable des richesses[VA 29].

Conform√©ment √† ce qui avait √©t√© annonc√© dans le discours royal, le parlement vote le √† l'unanimit√© une ¬ę loi de circonstance ¬Ľ octroyant pour les √©lections suivantes le droit de vote dans les conditions du suffrage universel masculin[N 12] pur et simple pour les citoyens belges √Ęg√©s de 21 ans r√©volus. Les √©lections l√©gislatives suivantes ont lieu le . Cependant, un respect strict de la constitution aurait exig√© que ces √©lections se fassent au suffrage plural et que la nouvelle assembl√©e √©lue r√©vise la constitution afin d'octroyer le suffrage universel. C'est cet √©v√©nement que les catholiques conservateurs ont appel√© ¬ę le coup de Lophem ¬Ľ. En revanche, la cr√©ation d'une universit√© flamande √† Gand est retard√©e jusqu'en 1930[TH 18] - [VA 30].

Le ¬ę coup de Lophem ¬Ľ est d√©nonc√© dans la presse conservatrice, surtout catholique, mais aussi lib√©rale[22], en 1921 et en 1930, √† la suite de r√©v√©lations sur les consultations de 1918. C'est le caract√®re inconstitutionnel de l'octroi du suffrage universel et la cr√©ation de l'universit√© flamande √† Gand qui furent principalement critiqu√©s et attribu√©s √† la peur de troubles. Le , le roi √©crit une lettre publique au Premier ministre Henri Jaspar pour mettre fin √† cette pol√©mique. Il y affirme notamment que ce n'est ni un chantage, ni la peur de troubles qui ont motiv√© les d√©cisions prises √† Lophem. C'est donc anim√© par ses convictions profondes au sujet de la participation des repr√©sentants de la classe des travailleurs au gouvernement qu'il a apport√© son chaleureux appui aux mesures d√©cid√©es, sans c√©der √† quelque pression que ce soit[23]. Par ailleurs, le retard dans la cr√©ation de l'universit√© flamande ali√®ne au roi les extr√©mistes flamands, qui lui reprochent d'avoir promis ce qu'il ne pouvait octroyer[VA 31].

Union nationale de l'après-guerre

carte géographique de la frontière entre la Belgique et l'Allemagne représentant les terrritoires gagnés par la Belgique au détriment de l'Allemagne en 1919
Les cantons de l'Est : Malmedy (vert), Eupen (jaune au nord) et Saint-Vith (jaune au sud).

Après la guerre, le roi Albert intervient plus fréquemment dans la politique. Son prestige acquis pendant le conflit et l'évolution des mentalités lui épargnent d'être accusé d'exercer un pouvoir personnel, contrairement à son prédécesseur. Il consacre également une partie de ses efforts à favoriser la reconstruction et le redressement économique du pays par de multiples initiatives et interventions dans les domaines économique et social[VA 32].

Après les élections de , les premières tenues au suffrage universel, Léon Delacroix remet sa démission au roi, qui lui demande de former un nouveau gouvernement d'union nationale, à l'instar du précédent[24].

√Ä l'issue de la Premi√®re Guerre mondiale, la Belgique est repr√©sent√©e en 1919 √† la Conf√©rence de la paix de Paris par Paul Hymans, √Čmile Vandervelde et Jules Van den Heuvel. √Ä court d'arguments lors des n√©gociations avec les grandes puissances, Paul Hymans, ministre des Affaires √©trang√®res, fait appel au roi en avril. Celui-ci s'appr√™te √† partir pour Londres, mais il d√©cide de se rendre √† Paris sans d√©lai quand il re√ßoit le message de son ministre. Du 2 au 5 avril, il s√©journe dans la capitale fran√ßaise. Le roi r√©clame des indemnit√©s de guerre et la r√©vision du trait√© des XXIV articles concernant le statut de l'Escaut. Il ne semble pas avoir demand√© la possession du Limbourg n√©erlandais, ni celle du grand-duch√© de Luxembourg, ni m√™me les villes d'Eupen et de Malmedy[BA 11] - [VA 33].

La conférence de Paris accorde à la Belgique les cantons de l'Est, région frontalière détachée de l'Allemagne, la tutelle sur le Ruanda-Urundi, soustrait à l'empire colonial allemand (accords Orts-Milner), ainsi qu'une indemnité prioritaire de deux milliards et demi de marks. Le roi tente aussi, mais en vain, de s'opposer à la politique d'humiliation excessive de l'Allemagne. Il se montre réticent quant à la participation de la Belgique à l'occupation de la rive gauche du Rhin. Celle-ci a cependant lieu, de concert avec les Français[VA 33]. Par ailleurs, le roi refuse que la diplomatie belge instrumentalise les atrocités allemandes d', car il estime qu'il ne faut pas accabler l'Allemagne, avec laquelle il serait judicieux de reprendre des relations économiques[TH 18].

le couple royal belge reçoit le couple présidentiel américain
La reine √Člisabeth, Woodrow Wilson, son √©pouse Edith Wilson et le roi Albert Ier, lors de la visite du couple pr√©sidentiel am√©ricain en Belgique le .

Pour la premi√®re fois de l'Histoire, un pr√©sident am√©ricain, Woodrow Wilson, se rend en Belgique en juin 1919. En retour, du au , le roi, la reine et le prince L√©opold sont re√ßus en visite officielle aux √Čtats-Unis[VA 34]. √Ä la demande du roi Albert, la l√©gation am√©ricaine pr√©sente en Belgique depuis 1832 est promue au rang d'ambassade en reconnaissance des services rendus durant la guerre. Le secr√©taire de l√©gation Brand Whitlock qui a Ňďuvr√© durant tout le conflit en faveur de la Belgique[N 13] est d√©sormais √©lev√© au rang d'ambassadeur[26]. Lors d'une visite dans le pueblo indien d'Isleta au Nouveau-Mexique, le roi d√©core de l'ordre de L√©opold le p√®re Anton Docher[27], qui lui offre une croix d'argent et de turquoise faite par les Indiens Tiwas[28]. Au cours des nombreuses r√©ceptions dans diff√©rentes villes (Pittsburgh, Saint-Louis, Cincinnati, Philadelphie, Los Angeles...), l'accueil r√©serv√© aux souverains belges est triomphal[BE 7].

le roi en uniforme serre la main d'un sportif
Le Fran√ßais Joseph Guillemot, champion olympique du 5 000 m√®tres, f√©licit√© par le roi en .

En septembre 1920, la Belgique conclut un accord militaire avec la France. Il s'agit d'un pacte de d√©fense collective contre une √©ventuelle attaque allemande dans l'avenir. Le roi juge cependant que cet accord doit √™tre compl√©t√© par un trait√© similaire avec le Royaume-Uni, faute de quoi le royaume para√ģtrait inf√©od√© √† la France. L'accueil r√©serv√© √† ce pacte divise la population belge : les Wallons √©tant plut√īt favorables √† une consolidation des liens avec la France ; tandis que les Flamands le per√ßoivent comme une majoration de l'influence fran√ßaise en Belgique. Le roi tente donc entre 1920 et 1922 d'obtenir un accord militaire avec le Royaume-Uni, sans succ√®s[VA 35].

C'est également en que le roi Albert Ier fonde l'Académie royale de langue et littérature françaises[VA 36] et assiste à plusieurs épreuves des Jeux olympiques qui se tiennent à Anvers avant de se rendre en visite officielle au Brésil, pays qui avait envoyé une petite flottille dans les mers septentrionales, ainsi que des vivres et des médicaments durant la Première Guerre mondiale. Au Brésil, alors que le roi et la reine souhaitent surtout rencontrer les industriels et les urbanistes qui s'inquiètent du développement des favelas, les souverains sont accablés de cérémonies officielles et de galas. Ils poursuivent leur périple en visitant un institut de médecine tropicale, un jardin botanique, une plantation de café et d'autres lieux plus conformes à leurs centres d'intérêts[29].

Fin , au retour de son voyage au Brésil, Albert reçoit la démission du cabinet Delacroix. Le roi demande à Paul Segers de constituer un gouvernement, mais celui-ci refuse. Albert Ier choisit alors Henry Carton de Wiart[BA 12]. C'est sous le gouvernement de ce dernier que le souverain soutient le ministre du Travail Joseph Wauters quand il fait voter l'élargissement de la loi des huit heures le . Cette loi qui s'appliquait déjà par convention sectorielle dans la sidérurgie et les mines en novembre 1918, limite aussi désormais le temps de travail à huit heures par jour et quarante-huit heures par semaine dans toutes les branches d'activité du secteur secondaire, ainsi que dans le secteur public, sans que les salaires soient diminués[VA 37].

Temps des crises

Après la démission de Henry Carton de Wiart à la suite des élections de , le roi choisit Georges Theunis, ministre des finances du gouvernement démissionnaire et représentant la Belgique lors de la Conférence de la paix de Paris de 1919, comme Premier ministre, sur les conseils de Charles Woeste[30]. En cette même année 1921, en juin, le roi et la reine se rendent en Algérie et au Maroc. Ils reviennent en Europe en avion par la ligne Casablanca-Toulouse sur un vol jugé risqué organisé par le maréchal Lyautey, auquel le couple royal venait de rendre visite à Rabat[WI 2].

En 1923, le gouvernement décide de participer à l'occupation de la Ruhr, contre l'avis du souverain. La Belgique et la France sont fustigées internationalement pour leur politique agressive[GE 2]. En raison de l'occupation de la Ruhr, le roi intervient en faveur de la prolongation du service militaire en écrivant une lettre, qui sera rendue publique, à son ministre de la Défense, Albert Devèze, pour soutenir la proposition de ce dernier[VA 38].

En , Theunis remet sa d√©mission au roi, √† la suite du rejet par le Parlement d'un trait√© de commerce franco-belge. Le roi la refusant, Theunis reste donc Premier ministre apr√®s un remaniement de la composition de son cabinet. Le roi promet √† Theunis de dissoudre les chambres et de convoquer des √©lections d√®s . Apr√®s ces √©lections, Theunis d√©missionne une seconde fois[BA 13]. Le roi charge √Čmile Vandervelde de former un gouvernement. Celui-ci tente de rassembler les socialistes et les plus progressistes parmi les lib√©raux et les catholiques, mais il √©choue. Le roi rappelle Charles de Broqueville, qui abandonne lui aussi la mission apr√®s quelques jours. Albert Ier d√©signe ensuite Aloys Van de Vyvere, qui constitue un gouvernement catholique homog√®ne, renvers√© par le Parlement dix jours apr√®s sa constitution[BA 14]. Le souverain fait finalement appel √† Prosper Poullet, qui r√©ussit √† former un gouvernement catholique-socialiste[BA 15].

le roi et la reine en vêtements clairs posent assis sur un banc en compagnie de deux enfants
Le roi Albert et la reine √Člisabeth aux Indes (1925).

Le jour de ses noces d'argent, le , le couple royal s√©journe depuis plusieurs semaines aux Indes car le roi a offert ce voyage √† √Člisabeth, ravie de rencontrer le po√®te Rabindranath Tagore et de d√©couvrir les beaut√©s de sites tels Bombay ou Calcutta, d'o√Ļ ils adressent une amicale carte postale √† Rudyard Kipling[BE 8]. √Ä leur retour, cent mille Belges les acclament pour c√©l√©brer leur anniversaire de mariage, tandis que la presse publie de nombreux suppl√©ments illustr√©s d√©di√©s au jubil√© royal[VA 39].

Au d√©but de , le gouvernement Poullet pr√©sente sa d√©mission. Le roi demande √† √Čmile Brunet de constituer un gouvernement, mais celui-ci √©choue. La crise √©conomique est particuli√®rement s√©v√®re et le cours du franc belge chute. Le roi convoque au palais de Bruxelles √Čmile Vandervelde, Paul Hymans et Aloys Van de Vyvere et les convainc de soutenir un gouvernement d'union nationale, dont il confie la direction √† Henri Jaspar, afin de rassurer l'opinion conservatrice. Le , peu apr√®s la constitution du gouvernement Jaspar, le roi lui adresse une lettre publique dans laquelle il exprime tous ses vŇďux de succ√®s et appelle la population √† s'unir autour du gouvernement. Cette lettre, suivie de la r√©action unanimement positive de la presse, exerce une influence sur l'opinion publique et assure la l√©gitimit√© du nouveau gouvernement[BA 16] - [VA 40].

Sur le plan priv√©, le , le fils a√ģn√© du roi, L√©opold, √©pouse la princesse Astrid de Su√®de[BE 8]. Quelques mois plus tard, en juillet 1927, le montant de la liste civile est ajust√©. En effet, la constitution (article 77) pr√©voyait que ce montant soit fix√© au d√©but de chaque r√®gne. Or la valeur du franc belge avait √©t√© divis√©e par sept depuis 1909. Les d√©put√©s d√©cident √† l'unanimit√© de l'augmenter sans s'astreindre √† une r√©vision constitutionnelle. Le roi accepte que la liste civile soit multipli√©e, mais seulement par trois : elle s'√©l√®ve d√®s lors √† 9 500 000 francs[VA 41].

Le , lors d'un discours prononc√© √† Tribomont (Grand-Rechain), √Čmile Vandervelde, ministre socialiste des Affaires √©trang√®res, r√©clame la r√©duction du service militaire √† six mois, politique √† laquelle il sait que le roi et Jaspar sont totalement oppos√©s. Le , le souverain devient grand-p√®re pour la premi√®re fois, lors de la naissance de Jos√©phine-Charlotte, premier enfant du duc de Brabant et de la princesse Astrid. En r√©ponse aux d√©l√©gations du Parlement venues le f√©liciter, le roi prononce un discours, contredisant sciemment les vŇďux de Vandervelde, en faveur du renforcement de l'arm√©e. Les propos du roi provoquent le d√©part des socialistes du gouvernement dirig√© par Jaspar. Le , le roi charge de nouveau Jaspar, homme de consensus entre conservateurs et d√©mocrates chr√©tiens[GE 3], de constituer, sans les socialistes, un cabinet bipartite catholique-lib√©ral, mis en place d√®s le lendemain. La c√©l√©rit√© de la formation du nouveau gouvernement laisse pr√©sumer que tout avait √©t√© r√©gl√© √† l'avance[GE 4]. C'est le roi qui √©tablit lui-m√™me le programme du nouveau gouvernement[TH 18].

Visites royales au Congo

le roi et la reine en costume clair saluent une haie de Congolais
Le roi Albert et la reine √Člisabeth au camp militaire de L√©opoldville au Congo (1928).

Du au , le couple royal visite le Congo belge. C'est la premi√®re fois qu'un souverain belge se rend officiellement dans la colonie[31]. Le roi assiste √† l'inauguration du chemin de fer reliant le Bas-Congo au Katanga. √Ä L√©opoldville, il inaugure une statue √©questre de L√©opold II, r√©plique de celle qui se dresse sur la place du tr√īne √† Bruxelles. Lors de son retour √† Anvers, il d√©clare : ¬ę Travailler au sort des populations indig√®nes, c'est travailler √† la prosp√©rit√© de la Colonie. Toutes les nations colonisatrices contractent d'imprescriptibles devoirs vis-√†-vis des collectivit√©s humaines sur les territoires desquelles elles s'installent[RE 2]. ¬Ľ

Du au , le roi se rend une derni√®re fois dans la colonie, mais dans le cadre d'une visite priv√©e √† caract√®re plus scientifique que la pr√©c√©dente, en compagnie du pal√©ontologue Victor Van Straelen. Albert effectue une partie du voyage en hydravion par le nord-est pour visiter la r√©gion de l'Uele et les mines d'or de Kilo-Moto en Ituri. Il rencontre aussi l'herp√©tologue Gaston-Fran√ßois de Witte, qui s'appr√™te √† mener une mission de r√©coltes et d'observations. Le roi escalade le Mont Mikeno dans la r√©gion du parc national qui, depuis sa cr√©ation en 1925, porte le nom ¬ę Parc Albert ¬Ľ, avant de devenir en 1969 le parc national des Virunga. Apr√®s son inspection sur le terrain, le roi demande au gouverneur g√©n√©ral du Congo de d√©signer une personnalit√© de grande envergure pour occuper les fonctions de conservateur du parc. Le choix se porte sur le colonel Henri-Martin Hackars, qui devient garant de la conservation de la faune et de la flore de la colonie belge[32]. Le roi est satisfait par cette derni√®re visite, gr√Ęce √† laquelle se concr√©tisera, √† la fin de l'ann√©e 1934, la cr√©ation de l'Institut des parcs nationaux du Congo belge[VA 24].

Années 1930

le roi et la reine des Belges accompagn√©s du roi d'√Čgypte marchent √† la t√™te d'une d√©l√©gation
Le roi Albert, la reine √Člisabeth et le roi Fouad Ier en √Čgypte (1930).

Au d√©but de 1930, la pol√©mique √† propos de l'entrevue de Lophem rena√ģt dans la presse √† la suite de nouvelles r√©v√©lations. Le roi doit √©crire une lettre publique le pour y mettre fin[VA 42]. En 1930, le roi participe aux nombreuses festivit√©s organis√©es √† l'occasion du centenaire de la Belgique. La m√™me ann√©e, il visite l'√Čgypte et l'Irak (en mars), se rend √† l'Exposition internationale d'Anvers et √† celle de Li√®ge[VA 42] et inaugure dans la Cit√© Ardente les d√©buts des travaux du canal Albert, qui reliera les ports de Li√®ge et d'Anvers. Sur le plan dynastique, la famille royale se renforce par la naissance d'un h√©ritier masculin √† la seconde g√©n√©ration. Le , le roi devient grand-p√®re d'un petit-fils ‚ÄĒ dont il est le parrain ‚ÄĒ, qu'il demande de pr√©nommer Baudouin en hommage √† son d√©funt fr√®re[BB 9].

√Ä partir de 1930, la situation internationale se d√©gradant, le roi use de son influence sur la politique ext√©rieure de la Belgique (laquelle avait perdu son statut de neutralit√© prot√©g√©e apr√®s le trait√© de Versailles en 1919) pour √©viter qu'elle soit entra√ģn√©e dans un conflit au nom de la d√©fense d'un autre √Čtat[VA 43].

Jaspar remet sa d√©mission au roi en 1931, √† la suite de son √©chec dans le dossier du bilinguisme dans l'enseignement. Le roi fait appel √† Prosper Poullet, qui d√©cline l'offre, malgr√© l'insistance du souverain. Celui-ci s'adresse alors √† Jules Renkin[BA 17], qui Ňďuvre depuis des ann√©es pour un regroupement de tous les catholiques y compris flamingants et d√©mocrates chr√©tiens. Cette conception pragmatique vise avant tout √† contrer la domination des socialistes[GE 5].

Le , tandis que se tient la conférence de Lausanne, censée régler la question des réparations de guerre dues par l'Allemagne, le roi écrit à son Premier ministre une lettre, rendue publique, dans laquelle, constatant qu'aucun pays n'étant capable par le jeu de ses propres forces de détourner en sa faveur le cours de l'évolution économique, il estime que seule une action concertée peut porter remède aux problèmes mondiaux. Il appelle donc à la solidarité internationale. Cette vision, favorablement perçue par la presse étrangère[VA 44], porte les germes d'une nouvelle dynamique européenne[33].

Vers , il appara√ģt que les lib√©raux, coalis√©s avec les catholiques, souhaitent la dissolution des Chambres avant le vote d'une s√©rie de mesures √©conomiques impopulaires. Le roi est du m√™me avis et tente de convaincre son Premier ministre Jules Renkin en lui √©crivant plusieurs lettres √† ce sujet. Celui-ci maintient sa position. En , apr√®s les √©lections communales, les lib√©raux r√©clament √† nouveau avec force au Parlement la dissolution. Le souverain adresse √† Renkin une lettre d√©clarant qu'il a perdu sa confiance. Cette missive provoque la d√©mission du Premier ministre, qui ne r√©v√®le cependant pas aux membres du gouvernement la raison de son retrait[TH 18] - [BA 18].

Le roi rappelle au pouvoir Charles de Broqueville, qui obtient du souverain la dissolution du parlement. Le soutien public du roi au gouvernement de Broqueville est décisif. Un événement mineur peut en effet suffire à mettre le gouvernement en minorité au parlement. C'est ainsi que la nomination du bourgmestre d'Hastière contestée par la majorité du groupe libéral parvient à menacer le maintien du gouvernement. Le roi refuse cependant l'offre de démission du cabinet ministériel. Le souverain écrit le une lettre conciliatrice au gouvernement, estimant que ce dernier n'a pas de raison suffisante pour démissionner et que le pays ne comprendrait pas que le sort d'un gouvernement puisse être lié à la validation d'une élection dans un village. Les ministres demeurent donc en place et la Chambre leur accorde sa confiance[34].

Le roi intervient encore dans les affaires publiques sur la question du sort des fonctionnaires qui ont collabor√© avec l'occupant allemand. Ce sujet divise le pays et atteint son point culminant le lorsque des anciens combattants manifestent √† Bruxelles pour faire conna√ģtre leur indignation. Albert Ier re√ßoit une de leurs d√©l√©gations. Le , le roi propose par √©crit √† Charles de Broqueville de confier ce probl√®me √† une commission de trois hauts magistrats, ind√©pendants de l'administration, mandat√©s pour √©tudier les dossiers des agents soup√ßonn√©s d'avoir collabor√© avec l'ennemi. Cette initiative royale est approuv√©e √† l'unanimit√© par le gouvernement le lendemain. Apr√®s la publication de la lettre du roi qui a √©vit√© une crise gouvernementale, les esprits se calment[BA 19] - [VA 45].

En septembre 1933, le chef de cabinet du roi, Louis Wodon, fait parvenir, probablement avec l'assentiment du roi, à certains ministres un document dans lequel il donne une interprétation autoritaire de la constitution. Ce texte souligne que le serment royal jurant de maintenir l'intégrité du territoire est supérieur à toute autre considération. Wodon estime que le système parlementaire n'est plus conforme au droit public et dénonce l'hégémonie de groupes parlementaires trop intrusifs dans les affaires regardant l'exécutif et dont les interventions engendrent des débats parlementaires interminables[GE 6]. Cette vision, favorable à la pré-éminence du roi, permettrait au monarque de mettre fin aux débats parlementaires pour autant que le parlement siège depuis au moins quarante jours, mais elle ne sera pas concrétisée[TH 18].

Mort du roi

photographie contemporaine des rochers de Marche-les-Dames
Le lieu de la chute du roi à Marche-les-Dames : la hauteur de la plateforme au sol est de huit mètres.

L'ann√©e 1934 s'annonce difficile tant du point de vue int√©rieur qu'ext√©rieur. Le roi appara√ģt souvent d√©sabus√© ; pour se distraire, il effectue, lorsque son agenda le lui permet, des randonn√©es en montagne. En pr√©vision de ses futures ascensions dans les Alpes ou les Dolomites, il s'entra√ģne sur les falaises belges. Le , √† 58 ans, Albert parvient √† consacrer, entre les audiences du matin et la c√©r√©monie sportive qui aura lieu le soir √† Bruxelles, quelques heures √† une escalade sur les rochers de Marche-les-Dames, dans la vall√©e de la Meuse, pr√®s de Namur. Il quitte le palais vers midi accompagn√© de son seul valet Th√©ophile Van Dyck et prend le volant de sa Ford vers le Namurois. Parvenu √† Boninne, il laisse sa voiture dans une prairie, demandant √† Van Dyck de l'attendre. Une heure plus tard, le roi est de retour et annonce qu'il va effectuer une seconde ascension. Vers 17 heures, Van Dyck s'inqui√®te de ne pas le voir revenir car il sait que le roi est attendu le soir √† Bruxelles. Albert ne reviendra jamais. Le lendemain, vers une heure et demie du matin, on retrouve son corps[BE 9].

Ses fun√©railles nationales ont lieu le √† Bruxelles, au milieu d'une assistance d'environ deux millions de personnes. Aux c√īt√©s de ses fils et de son gendre Umberto, on reconna√ģt Albert Lebrun, pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, le prince de Galles (futur roi √Čdouard VIII et duc de Windsor), le roi de Bulgarie Boris III, le prince Nicolas de Roumanie, le prince Axel de Danemark, le prince Charles de Su√®de, le prince Paul de Yougoslavie, le prince Cyrille de Bulgarie, le prince-consort Henri des Pays-Bas, le prince-consort F√©lix de Luxembourg, et d'autres membres du Gotha, mais aussi des milliers d'anciens combattants. Il est inhum√© aupr√®s de ses anc√™tres dans la crypte royale de l'√©glise Notre-Dame de Laeken[RE 3].

Le cort√®ge fun√®bre du roi parcourt la ville de Bruxelles, son cercueil est pos√© sur un aff√Ľt de canon tir√© par des chevaux
Les fun√©railles du roi Albert, le . Le cercueil du roi soldat est pos√© sur un aff√Ľt de canon.

Le , Charles de Broqueville prononce un discours de politique internationale qu'il avait pr√©par√© avec Albert Ier juste avant sa mort. Dans ce discours, il d√©clare que face √† la menace du r√©armement allemand, il faut choisir entre la guerre pr√©ventive ou la limitation g√©n√©ralis√©e des armements et qu'il vaut mieux n√©gocier avec l'Allemagne, plut√īt que de subir une nouvelle course aux armements[BA 20].

En , la diplomatie et l'opinion belges sont scandalisées par les propos du militant d'extrême droite britannique Hutchison, qui prétend que le roi ne serait pas mort accidentellement mais aurait été assassiné en raison de son opposition à une éventuelle guerre contre l'Allemagne[35].

Quant √† la reine √Člisabeth, elle est, selon les mots de son fils, ¬ę frapp√©e √† mort ¬Ľ. Elle se r√©fugie dans le bungalow de bois du parc de Laeken, ne re√ßoit aucune visite, ne se montre plus en public et abandonne le violon. Son fils L√©opold III qui succ√®de √† son p√®re forme avec la reine Astrid un couple tr√®s populaire. Cependant, un an et demi apr√®s la mort du roi Albert, la reine Astrid meurt dans un accident de voiture en Suisse. De Naples o√Ļ elle s√©journait depuis plusieurs mois, la reine √Člisabeth revient imm√©diatement √† Laeken. L√©opold confie : ¬ę Elle ne revint √† la vie que lorsque je fus moi-m√™me touch√© par le sort. [‚Ķ] Ma m√®re est venue √† moi disant qu'elle allait se remettre √† vivre : elle se sentait √† nouveau n√©cessaire[BE 10] ¬Ľ.

Le roi alpiniste

Le roi en tenue d'alpiniste escalade une paroi
Le roi Albert dans le massif de Brenta, Trentin-Haut-Adige (1932).

Albert Ier, d'un temp√©rament sportif, manifeste tout au long de sa vie une vive passion pour l'alpinisme. D√®s son enfance, il lit d√©j√† l'Alpine Journal que re√ßoit son p√®re le prince Philippe de Belgique, comte de Flandre[36]. C'est l'ing√©nieur Charles Lef√©bure qui lui fait d√©couvrir ce sport d'endurance lors d'une conf√©rence sur l'alpinisme en 1902[37] - [TH 20]. Pour se familiariser avec cette discipline, Albert Ier commence √† effectuer de nombreuses randonn√©es en montagne dans les Dolomites. De 1905 √† la Premi√®re Guerre mondiale, il se rend d√©sormais chaque √©t√© dans les massifs du Valais et des Dolomites et encha√ģne les ascensions avec ses guides et Charles Lef√©bure. √Ä l'occasion, il n'h√©site pas, en compagnie de ses guides, √† ouvrir de nouveaux itin√©raires d'un niveau de difficult√© √©lev√© et dans la plus grande discr√©tion. La princesse √Člisabeth et plus tard ses enfants l'accompagnent parfois. Apr√®s guerre, il s'oriente de 1919 √† 1921 vers le massif du Mont-Blanc et puis retourne dans les Dolomites. √Ä partir de 1924, il privil√©gie des ascensions sans le concours de guides. Dans les ann√©es 1930, il s'entra√ģne sur les nouveaux itin√©raires d'escalade trac√©s sur les rochers belges, la plupart du temps avec son fils L√©opold III qu'il initie √† la pratique de la varappe[36]. Le , il inaugure le nouveau refuge du glacier du Tour, le refuge Albert-Ier, offert par le Club alpin belge au Club alpin fran√ßais. Albert Ier a √©galement laiss√© son nom au refuge Re Alberto dans les Dolomites, √† l'aiguille Torre Re Alberto (2 827 m) dans les Alpes centrales et √† la pointe Albert (2 816 m) dans le massif du Mont-Blanc[37]. Il √©tait membre du Groupe de haute montagne (GHM)[38].

Le roi a effectué quelque deux cents ascensions majeures, parmi lesquelles les plus notables sont[36] :

Le roi et les sciences

Einstein et le roi posent dans les jardins de Laeken
Albert Einstein et le roi Albert dans les jardins du ch√Ęteau de Laeken (1932).

D√®s son entr√©e √† l'√Čcole royale militaire en 1891, le futur roi marque une pr√©dilection pour les sciences. Au laboratoire de chimie, il se montre particuli√®rement assidu. C'est de cette √©poque que date son attachement pour les sciences, qu'il aime pour elles-m√™mes, pour leur utilit√© pratique et parce qu'il voit en elles un instrument d'union entre les peuples. Il les consid√®re comme un agent de pacification et s'attachera apr√®s la guerre √† favoriser leur essor[RE 4]. En 1910, le roi assiste au congr√®s du XXVe anniversaire de la Soci√©t√© des ing√©nieurs et industriels pr√©sid√© par Ernest Solvay, qu'il conna√ģt personnellement, tandis qu'en 1917 il rend visite √† Marie Curie qui s√©journe √† la fronti√®re belge[43].

Le , le roi prononce un discours dans les grands halls de Cockerill √† Seraing, √† l'occasion du cent-dixi√®me anniversaire de l'usine. Le roi pr√©sente la science non seulement comme un levier pour l'industrie, mais comme un instrument du prestige de la nation. Il d√©crit la pauvret√© des laboratoires belges et lance un appel √† la g√©n√©rosit√© du secteur priv√©. Ce ¬ę discours de Seraing ¬Ľ donne l'impulsion n√©cessaire √† la cr√©ation d'une institution nouvelle, de droit priv√©, au service d‚Äôune science utile, sociale, pacifique et patriotique : le Fonds national de la recherche scientifique. L'id√©e du recours √† des fonds priv√©s pour soutenir la recherche revient √† √Čmile Francqui, mais c'est gr√Ęce au discours royal que la philanthropie permet de collecter plus de cent millions de francs belges. En effet, d√®s le , au palais des Acad√©mies, le roi annonce la constitution du fonds, qui sera cr√©√© en 1928[VA 46].

le roi et la reine entourés de dignitaires quittent l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem)
Le roi Albert et la reine √Člisabeth √† l'√©glise du Saint-S√©pulcre (J√©rusalem) le .

Le roi s'intéresse à la concrétisation des projets conçus par le Fonds de la recherche scientifique en divers domaines. Des expéditions géographiques sont menées au Congo en 1932, année d'une visite royale dans la colonie. Le roi suit de près d'autres initiatives générées par le fonds dans les domaines de l'aérostatique, de la physique ou encore des travaux réalisés en zoologie, botanique ou géologie[VA 46].

Sur le plan arch√©ologique, des fouilles sont entreprises √† Apam√©e en Syrie en 1930. Le roi et la reine s'y rendent trois ans plus tard, au printemps 1933, lors de leur dernier voyage en avion, qui leur permet de d√©couvrir √©galement le Liban et la Palestine. Non sans humour, le roi aimait r√©p√©ter : ¬ę Je fais de l'avion pour y habituer les Belges comme mon arri√®re-grand-p√®re Louis-Philippe prenait le train pour y habituer les Fran√ßais[44]. ¬Ľ

Animés par le désir de partager de nouveaux savoirs, les souverains reçoivent volontiers à Laeken Auguste Piccard, Albert Einstein et d'autres scientifiques. Dans l'esprit du roi, le public ne comprend pas assez que la science pure est la condition indispensable de la science appliquée et que le sort des nations qui négligent la science et les savants est marqué pour la décadence[WI 3].

Opinions politiques

Jacques Willequet, dans sa biographie Albert Ier, roi des Belges, présente le roi comme un aristocrate cosmopolite, ne se sentant pas belge mais lié aux Belges par son serment. Selon lui, guidé par le principe de l'équilibre européen, le roi est favorable à une paix de statu quo ante bellum. Willequet avance aussi qu'Albert, guidé par son désir de mettre fin à la majorité absolue du Parti catholique, plaide pour la formation d'un cabinet d'union nationale et l'introduction du suffrage universel[VA 47].

Marie-Rose Thielemans le d√©crit comme ¬ę un conservateur habile, sachant humer le vent, secret, ne laissant pas percer ses v√©ritables sentiments ¬Ľ et ¬ę un homme d'√Čtat d'envergure, guid√© de bonne foi par ce qu'il consid√®re comme l'int√©r√™t fondamental du pays : la neutralit√© et l'unit√© dans un climat social et linguistique apais√© ¬Ľ[TH 21]. Elle le d√©crit aussi comme un pacifiste, voire un d√©faitiste[TH 21] et rappelle que lors de l'affaire Dreyfus, Albert, encore tout jeune, avait pris fait et cause pour le capitaine en envoyant √† Jules Bosmans, son confident et ancien pr√©cepteur de son fr√®re, une carte postale illustr√©e d'un portrait de Dreyfus portant la mention La v√©rit√© est en marche qu'il signe : ¬ę un Dreyfusard ¬Ľ en 1898[TH 22].

L'historien flamand Luc Schepens avance qu'en matière linguistique, la politique du roi Albert n'est pas claire mais guidée par l'idée de l'unité du pays[VA 16].

Laurence Van Ypersele affirme que les id√©es du roi sont proches de celles des lib√©raux[VA 8]. Le roi n'estime pas la d√©mocratie pour elle-m√™me, mais il la consid√®re comme une contrainte √† laquelle il faut se plier. S'il exerce des pressions en faveur du suffrage universel, il ne le consid√®re pas comme un bien en soi mais plut√īt comme une n√©cessit√© pour la stabilit√© du pays[RO 1] - [VA 48].

Postérité et honneurs

Légende du Roi Chevalier

statue du roi en pied et en uniforme devant un mur de pierres sur lequel sont représentés le coq wallon et le lion flamand
Monument Albert Ier, place du à Saint-Quentin (Aisne, France) par Ernest Diosi.

D√®s le d√©but de la Premi√®re Guerre mondiale, se d√©veloppe une identification entre le peuple belge et son souverain, qui aboutit √† une sorte de culte de la personnalit√© : dans la Belgique occup√©e, des pi√®ces d'or √† son effigie sont utilis√©es comme bijoux. Clemenceau, qui rencontre le roi sur le front pr√®s de Dunkerque le , est s√©duit par la comp√©tence et le bon sens du souverain[45]. Apr√®s la guerre, des porcelaines, des cartes postales, des bo√ģtes de biscuits √† l‚Äôeffigie du roi en uniforme sont produites[TH 23]. D'apr√®s Patrick Roegiers, le roi se pr√™te de son plein gr√© √† l'√©dification de sa l√©gende en posant pour les artistes[RO 2]. Pourtant, le roi n‚Äôaimait pas cette √©pith√®te de ¬ę Roi Chevalier ¬Ľ. En effet, tous ses contemporains s'accordent sur sa modestie[TH 17]. Par ailleurs, Patrick Roegiers pr√©cise qu'il √©tait un cavalier m√©diocre[RO 1].

Selon Laurence Van Ypersele, le mythe du roi Albert est n√© en Belgique d√®s les premiers jours d' : les journalistes et les √©crivains belges le pr√©sentent alors comme l'incarnation de la Belgique, le chevalier de l'honneur, le d√©fenseur du droit. Selon l'historienne, ce n'est qu'ensuite que la propagande fran√ßaise et surtout anglaise reprend le mythe tel quel et le diffuse internationalement. Laurence Van Ypersele a dispens√© un cycle de conf√©rences consacr√© √† la cr√©ation des mythes contemporains et des h√©ros belges de la Premi√®re Guerre, en particulier du roi Albert Ier, au Coll√®ge de Belgique[VA 49]. Quant √† Jacques Willequet, il √©crit : ¬ę Un sp√©cialiste de la psychologie des foules n'aurait aucune peine √† expliquer le nouveau mythe de David et Goliath qui allait jaillir, et avec lui une l√©gende merveilleuse dont chacun des √©l√©ments serait objectivement faux[WI 1]. ¬Ľ

Selon Marie-Rose Thielemans, en revanche, l'utilisation √† des fins de propagande de l'image du roi d√©bute au Royaume-Uni, qui entendait mobiliser sa population pour un motif noble et d√©sint√©ress√© tel que la d√©fense d‚Äôun petit pays inoffensif injustement attaqu√©. Cela permettait surtout d‚Äôocculter les vrais enjeux pragmatiques de leur entr√©e en guerre : arr√™ter l‚ÄôAllemagne qui mena√ßait l‚ÄôEmpire britannique par sa supr√©matie en Europe et par le d√©veloppement de sa Kaiserliche Marine[TH 24]. C‚Äôest ainsi que le Daily Telegraph demanda √† un romancier, Hall Caine, de r√©unir, avant la fin de l‚Äôann√©e 1914, des textes √† la gloire de la Belgique et de son roi dans un livre nomm√© King Albert's Book (publi√© en d√©cembre), auquel collabor√®rent de nombreuses personnalit√©s[TH 24]. C'est √† la suite de cet ouvrage que l'expression ¬ę Roi Chevalier ¬Ľ se r√©pandit[TH 25]. Vicente Blasco Ib√°√Īez, pourtant antimonarchiste notoire va jusqu'√† √©crire : ¬ę Il est un h√©ros sans le d√©sirer, sans chercher √† le devenir ; il est le h√©ros le plus grand et le plus sympathique de tout le vingti√®me si√®cle. Il est le roi-chevalier[TH 25]‚Ķ ¬Ľ

Camille Saint-Sa√ęns dresse ce portrait du souverain : ¬ę Tr√®s grand, svelte, √©l√©gant, r√©serv√©, parlant d'une voix douce avec lenteur, le roi des Belges d√©concerte au premier abord comme une √©nigme [...] Sans rien perdre de sa tranquillit√©, le jeune souverain, connu jusqu'√† pr√©sent comme un diplomate, un savant, un artiste, s'est r√©v√©l√© tout √† coup, √† l'√©tonnement et √† l'admiration du monde, un h√©ros[46]. ¬Ľ

Selon Pierre Orts, pl√©nipotentiaire et conseiller diplomatique et constitutionnel d'Albert Ier de 1917 √† 1919 (il l'a rencontr√© au cours d'une trentaine d'audiences √† La Panne puis √† Bruxelles), l'expression ¬ę Roi Chevalier ¬Ľ ne s'accorde pas du tout avec la personnalit√© d'Albert Ier : ¬ę Le Roi-Chevalier ! Celui qui, le premier, en forme d‚Äôhommage, accola ce vocable au nom d‚ÄôAlbert Ier se rendit coupable d‚Äôun v√©ritable attentat √† sa personnalit√©. Puisse la post√©rit√© ne point le retenir ; ce serait √† d√©sesp√©rer de la v√©rit√© historique. Chevalier, le mot n‚Äô√©voque-t-il pas un aimable m√©lange de panache, de folle bravoure, de soumission √† des servitudes morales p√©rim√©es, voire de frivolit√© ? Et il √©tait tout le contraire de cela. Georges Rency, en insistant sur son ¬ę s√©rieux ¬Ľ, a r√©sum√© en un mot la somme des dons que ce roi mit au service de la fonction royale : la conscience, le sentiment du devoir, la r√©flexion, la prudence, le sens des possibilit√©s, la patience ¬Ľ[47].

Sa mort tragique et inopin√©e va donner une vigueur nouvelle √† la l√©gende : des rues et des places sont nomm√©es en son honneur et de nombreuses statues sont √©lev√©es, de pr√©f√©rence martiales repr√©sentant un roi casqu√© et √† cheval[TH 26]. En 1934, un po√®me de Rodan publi√© par Le Courrier de l'Arm√©e lui donne les qualificatifs suivants : Albert l'Inoubliable, Albert le Modeste, Albert le Charitable, Albert le Sage, Albert le Bon, le Roi Sublime, le Roi Martyr, le Roi Viril, Albert le Grand, Albert le Bien-Aim√©[TH 26]. Pierre Daye, dans Vie et mort d'Albert Ier lui pr√™te un comportement chevaleresque qui confine √† la saintet√©[TH 26]. La France aussi a connu une grande vague de sympathie envers Albert Ier peu apr√®s sa mort : des statues furent √©rig√©es et de nombreuses voies re√ßurent son nom. √Ä cette √©poque, la France craignait une d√©nonciation par la Belgique de l'accord militaire franco-belge de 1920[TH 27]. Ainsi, en hommage √† cette figure, la promotion 1933-1935 de l'√Čcole sp√©ciale de Saint-Cyr porte son nom[48].

Monuments et vitraux

Statue équestre du roi Albert Ier devant la Bibliothèque royale de Belgique au Mont des Arts à Bruxelles par Alfred Courtens (1951).
Buste du roi Albert Ier à Ottignies.

Toponymie

En Belgique, d'innombrables rues, avenues, boulevards, places, squares et lieux divers comme des parcs (Gand, Courtrai ou Bruges), la bibliothèque albertine à Bruxelles ou encore un canal rendent hommage au troisième roi des Belges. Parmi les nombreuses artères du pays, une avenue porte son nom à Maissin, village ardennais belge touché par la bataille des Frontières les 22 et .

La toponymie mémorielle est également très présente en France : une rue et un pont de Dunkerque portent son nom depuis le [53]. On peut emprunter une avenue Albert Ier à Grenoble, au Havre, à Rueil-Malmaison, à Béziers, à Thionville, à Valenciennes, à La Rochelle et à Blois, ainsi qu'un boulevard à Bordeaux et à Nancy. On recense encore par exemple un square Albert Ier à La Roche-sur-Yon, un jardin Albert-Ier à Nice, une place Albert-Ier et des stations de tram du même nom à Montpellier, ainsi qu'un monument au roi soldat à Metz. À Caen, l'avenue longeant l'ancienne caserne, refuge de l'armée belge en 1914, porte son nom, de même qu'une résidence pour seniors située dans la même artère[54].

En Europe et dans le monde entier (particulièrement dans les pays alliés lors de la Première Guerre mondiale), les lieux honorant la mémoire du roi Albert sont légion, sans qu'il soit possible de les énumérer.

Astronomie

(1290) Albertine est un ast√©ro√Įde d√©couvert peu de temps avant la mort du roi (le ) par l'astronome belge Eug√®ne Joseph Delporte.

Filmographie

  • Le Roi Soldat : documentaire de 30 minutes r√©alis√© par Auguste van Calster et produit par Jean S√©fert[55].
  • Albert Ier roi des Belges : documentaire r√©alis√© par William Magnin et Marcel Collet en 1952.
  • Sur les pas du roi Albert et de la reine √Člisabeth, mes grands-parents : ce documentaire de 140 minutes r√©alis√© par Nicolas Delvaulx pour la RTBF en 2014 √©voque la figure du roi Albert, en pr√©sence de sa petite-fille la princesse Marie-Esm√©ralda de Belgique[56].

Philatélie

Au cours de son r√®gne et apr√®s sa mort, l'effigie du roi Albert appara√ģt sur plusieurs timbres-poste[57].

  • 1912-1914 : effigie du roi Albert Ier (type Pellens) : 15 valeurs.
  • 1914-1915 : au profit de la Croix-Rouge : effigie du roi Albert Ier (Mac Donald) : 6 valeurs.
  • 1915-1919 : effigie du roi Albert Ier : 7 valeurs.
  • 1919-1920 : Roi casqu√© : 16 valeurs.
  • 1922-1927 : nouvelle effigie du roi Albert Ier : 25 valeurs.
  • 1921-1925 : s√©rie dite ¬ę Petits Montenez ¬Ľ : 9 valeurs.
  • 1929-1941 : type ¬ę Montenez ¬Ľ : 4 valeurs.
  • 1931-1934 : type ¬ę Albert avec k√©pi ¬Ľ : 10 valeurs.
  • apr√®s 1934 : divers timbres comm√©moratifs.

Phaléristique

Grand ma√ģtre de :

Décoré de[58] - [59] :

Titulature et héraldique

acte extrait des registres de l'état-civil de la ville de Bruxelles mentionnant la naissance du prince Albert
Acte de naissance d'Albert Léopold Clément Marie Meinrad, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, .
  • ‚ÄĒ : Son Altesse Royale le prince Albert, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha.
  • ‚ÄĒ : Son Altesse Royale le prince Albert de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha.
  • ‚ÄĒ : Sa Majest√© le roi des Belges.

Albert Ier porte √† la naissance les titres de duc de Saxe et de prince de Saxe-Cobourg et Gotha. √Ä partir du , un arr√™t√© royal lui octroie, ainsi qu'√† l'ensemble de sa famille, le titre de ¬ę prince de Belgique ¬Ľ[BB 8] et, apr√®s son accession au tr√īne en 1909, il porte le titre roi des Belges. Apr√®s la Premi√®re Guerre mondiale (1914-1918), il d√©laisse l'usage des titres duc de Saxe et prince de Saxe-Cobourg et Gotha, vu leur origine allemande. Toutefois ces titres sont encore pr√©sents sur certains actes officiels (actes de naissance et de d√©c√®s, par exemple).

Blason de Albert Ier (roi des Belges) Blason
De sable, au lion d'or, armé et lampassé de gueules (de Belgique).
Ornements extérieurs
Timbré d'une couronne et entouré du collier de l'ordre de Charles III d'Espagne.
Devise
L'union fait la force.
Détails
Officiel.

Ascendance

Notes et références

Notes

  1. Le r√©dacteur de son acte de naissance orthographie son dernier pr√©nom ¬ę Mainrad ¬Ľ [sic] ; ce pr√©nom se r√©f√®re √† Meinrad d'Einsiedeln, un saint et ermite du IXe si√®cle v√©n√©r√© par la famille de Hohenzollern. Le roi Albert donne √©galement comme cinqui√®me pr√©nom ¬ę Meinrad ¬Ľ √† ses deux fils L√©opold III et Charles.
  2. Henriette avait une sŇďur jumelle pr√©nomm√©e Jos√©phine morte le .
  3. Philippe comte de Flandre est devenu, en 1869, h√©ritier du tr√īne √† la suite de la mort de son neveu le prince L√©opold, fils unique du roi L√©opold II.
  4. Jusqu'en mars 1891, le roi et l'ensemble de la famille royale étaient désignés de manière hétérogène selon les divers actes de l'état-civil. Les titres allemands saxons (prince et princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duc et duchesse en Saxe, voire duc et duchesse de Saxe) étaient usités préférentiellement à la qualité de prince et princesse de Belgique[BB 9].
  5. Le prince Albert est nomm√© lieutenant (1895), puis capitaine (1896) au r√©giment des grenadiers auquel il est rest√© attach√© jusqu'√† son av√®nement au tr√īne. Il avait demand√© en 1894 √† √™tre int√©gr√© dans un autre r√©giment (chez les carabiniers ou au r√©giment de ligne), mais son p√®re le comte de Flandre s'y √©tait oppos√©[TH 2].
  6. Archives du Palais Royal de Bruxelles, Secr√©tariat du prince Albert, lettres du prince Albert √† sa sŇďur la princesse Jos√©phine, mars √† .
  7. La duchesse d'Alen√ßon √©tait la tante d'√Člisabeth en Bavi√®re.
  8. La princesse Henriette a √©pous√© le Emmanuel d'Orl√©ans, duc de Vend√īme et r√©side √† Neuilly-sur-Seine.
  9. La princesse Marie-Gabrielle en Bavière (1878-1912) épouse le le prince-héritier Rupprecht de Bavière.
  10. Le prince Charles aurait épousé le Jacqueline Peyrebrune, mais il n'y a aucune trace de ce mariage.
  11. Les onze (dont deux fois le même, à savoir le baron de Broqueville) Premiers ministres du règne du roi Albert sont tous issus du parti catholique belge.
  12. En Belgique, le droit de vote est accordé aux femmes aux élections communales par la loi du qui leur permet de se présenter aux élections communales et législatives (elles peuvent donc siéger au parlement, mais sans pouvoir en élire les membres) et aux élections législatives par la loi du [21].
  13. Tandis que la plupart des secrétaires des légations étrangères ont rejoint le gouvernement belge au Havre, Brand Whitlock a insisté pour demeurer en poste à Bruxelles. Son maintien en Belgique a évité à Bruxelles une destruction par les Allemands. Tout en protégeant des résidents allemands qui n'avaient pu regagner leur pays, il a sauvé la vie de nombreux Belges. Lorsque a été créé le Comité national de secours et d’alimentation, Whitlock a pris la direction des opérations fournissant vivres et vêtements à de nombreux civils démunis[25].

Références

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Annexes

Articles connexes

Bibliographie

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