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Kilimandjaro

Le Kilimandjaro ou Kilimanjaro est une montagne situ√©e dans le Nord-Est de la Tanzanie et compos√©e de trois volcans : le Shira √† l'ouest, culminant √† 3 962 m√®tres d'altitude, le Mawenzi √† l'est, s'√©levant √† 5 149 m√®tres d'altitude, et le Kibo, le plus r√©cent g√©ologiquement, situ√© entre les deux autres et dont le pic Uhuru √† 5 891,8 m√®tres d'altitude constitue le point culminant de l'Afrique. Outre cette caract√©ristique, le Kilimandjaro est connu pour sa calotte glaciaire sommitale en phase de retrait acc√©l√©r√© depuis le d√©but du XXe si√®cle et qui devrait dispara√ģtre totalement d'ici 2030 √† 2050. La baisse des pr√©cipitations neigeuses qui en est responsable est souvent attribu√©e au r√©chauffement climatique mais la d√©forestation est √©galement un facteur majeur. Ainsi, malgr√© la cr√©ation du parc national en 1973 et alors m√™me qu'elle joue un r√īle essentiel dans la r√©gulation bioclimatique du cycle de l'eau, la ceinture foresti√®re continue √† se resserrer. En effet, la montagne est notamment le berceau des pasteurs maasa√Į au nord et √† l'ouest, qui ont besoin de prairies d'altitude pour faire pa√ģtre leurs troupeaux, et des cultivateurs wachagga au sud et √† l'est, qui cultivent des parcelles toujours plus √©tendues sur les pi√©monts, malgr√© une prise de conscience depuis le d√©but du XXIe si√®cle.

Kilimandjaro
Vue du Kibo depuis le sud en juin 2009.
Vue du Kibo depuis le sud en juin 2009.
Géographie
Altitude 5 891,8 m, pic Uhuru au volcan Kibo[1]
Massif Vallée du Grand Rift
Coordonn√©es 3¬į 04‚Ä≤ 34‚Ä≥ sud, 37¬į 21‚Ä≤ 10‚Ä≥ est
Administration
Pays Drapeau de la Tanzanie Tanzanie
Région Kilimandjaro
District Rombo
Ascension
Première par Hans Meyer, Ludwig Purtscheller, Yohanas Kinyala Lauwo
Voie la plus facile Marangu Route
Géologie
√āge Plioc√®ne
Roches Rhyolite
Type Volcan de rift
Morphologie Stratovolcan
Activité Endormi
Dernière éruption Inconnue
Code GVP 222150
Observatoire Aucun
Géolocalisation sur la carte : Tanzanie
(Voir situation sur carte : Tanzanie)
Kilimandjaro
Le Kilimandjaro vu depuis le parc national d'Amboseli, Kenya. Mars 2012.

Après la surprise engendrée dans le milieu scientifique avec sa découverte pour les Européens par Johannes Rebmann en 1848, le Kilimandjaro a éveillé l'intérêt des explorateurs comme Hans Meyer et Ludwig Purtscheller qui parviennent au sommet en 1889 accompagnés de leur guide Yohanas Kinyala Lauwo. Par la suite, il a constitué une terre d'évangélisation que se sont disputée catholiques et protestants. Enfin, après plusieurs années de colonisation allemande puis britannique, il a vu l'émergence d'une élite chagga qui a été un pilier dans la naissance d'une identité nationale avec comme point d'orgue l'indépendance du Tanganyika en 1961.

Depuis, le Kilimandjaro est devenu une montagne emblématique, évoquée ou représentée dans les arts et symbolisée sur de nombreux produits à vocation commerciale. Elle est très prisée par les milliers de randonneurs qui réalisent son ascension tout en profitant de la grande diversité de sa faune et de sa flore.

Toponymie et étymologie

Le nom utilis√© pour d√©signer la montagne dans son ensemble est orthographi√© ¬ę Kilimandjaro ¬Ľ en fran√ßais et Kilimanjaro en anglais. Elle est aussi appel√©e Ol Doinyo Oibor en maa, soit ¬ę Montagne blanche ¬Ľ ou ¬ę Montagne √©tincelante ¬Ľ[2]. Son nom a √©t√© adopt√© en 1860 et viendrait du swahili Kilima Njaro[3]. ¬ę Kilimandjaro ¬Ľ a t√īt fait l'objet d'√©tudes toponymiques, Johann Ludwig Krapf y voyant la ¬ę Montagne de la splendeur ¬Ľ sans toutefois plus d'explications[4]. En 1884, Gustav Adolf Fischer affirme que Njaro est un d√©mon du froid, id√©e reprise par Hans Meyer lors de son ascension en 1889, mais Njaro n'est connu que des habitants de la c√īte et non de ceux vivant √† l'int√©rieur des terres, qui par ailleurs ne croyaient qu'en des esprits bienfaiteurs[4]. Joseph Thomson est le premier √† supposer, en 1885, qu'il signifie ¬ę Montagne √©tincelante ¬Ľ. Si le diminutif kilima signifie ¬ę colline ¬Ľ, ¬ę petite montagne ¬Ľ, cette th√©orie n'explique pas pourquoi le mot mlima n'est pas utilis√© pour d√©signer de mani√®re moins impropre la ¬ę montagne ¬Ľ si ce n'est pour des raisons affectives ou par d√©formation. Njaro d√©signerait la blancheur, l'√©clat en swahili[4] mais cette entr√©e est absente des dictionnaires anciens ou contemporains de kiswahili et pourrait ne pas √™tre employ√©e dans la langue standard. Par ailleurs, en maa, ngaro ou ngare d√©signe l'eau ou les sources[4]. Mais jaro peut aussi d√©signer une caravane en kichagga et une th√©orie alternative propose les termes kilmanare/kilemanjaare, kilelemanjaare ou encore kileajao/kilemanyaro dont le sens est respectivement ¬ę qui vainc l'oiseau ¬Ľ ou ¬ę le l√©opard ¬Ľ ou ¬ę la caravane ¬Ľ. Cependant, ce nom n'aurait √©t√© import√© qu'au milieu du XIXe si√®cle chez les Wachagga qui avaient pour seule habitude de nommer s√©par√©ment chacun des sommets connus par eux, rendant cette explication anachronique[4].

Le Kilimandjaro est form√© de trois sommets principaux qui sont le Shira, le Mawenzi (en kichagga Kimawenze ou Mavenge signifiant ¬ę sommet fendu ¬Ľ, cette apparence faisant l'objet d'une l√©gende locale[4] - [5]) et le Kibo (en kichagga Kipoo ou Kiboo signifiant ¬ę tachet√© ¬Ľ en raison d'un rocher sombre qui d√©passe des neiges √©ternelles[4], aussi appel√© Kyamwi, ¬ę le lumineux ¬Ľ[5]). Ce dernier abrite le point culminant de l'ensemble, le pic Uhuru (terme swahili signifiant ¬ę libert√© ¬Ľ). Il avait √©t√© baptis√© Kaiser-Wilhelm-Spitze de 1889 √† 1918 en l'honneur de Guillaume II d'Allemagne √† la suite de la colonisation de l'Afrique orientale allemande par signature de trait√©s entre Carl Peters et des chefs locaux, jusqu'au passage du Tanganyika sous administration britannique[6].

Géographie

Situation

Cartes topographiques de la Tanzanie (à gauche) et du Kilimandjaro et du mont Méru (à droite).
Image satellite du Kilimandjaro.

Le Kilimandjaro s'√©l√®ve dans le Nord-Est de la Tanzanie √† 5 891,8 m√®tres d'altitude selon des mesures r√©alis√©es en 2008 par positionnement GPS et gravim√©trie, rempla√ßant la pr√©c√©dente valeur de 5 892 m√®tres obtenue en 1952 par une √©quipe britannique[1]. Son altitude, qui a fait l'objet de mesures depuis 1889 avec des r√©sultats variant de plus de cent m√®tres[7], en fait le point culminant de l'Afrique et donc un des sept sommets. Il se situe non loin de la fronti√®re avec le Kenya qui passe au pied des versants nord et est de la montagne. Il √©merge de mani√®re solitaire de la savane qui l'entoure, la surplombant d'un d√©nivel√© de 4 800 √† 5 200 m√®tres, ce qui en fait la montagne isol√©e la plus haute du monde[8] - [9]. Il couvre une superficie de 388 500 hectares[10]. La montagne est un complexe volcanique de forme ovale de 70 kilom√®tres du nord-ouest au sud-est par cinquante kilom√®tres du nord-est au sud-ouest, √† 340 kilom√®tres au sud de l'√©quateur[11]. Le mont M√©ru se trouve √† 75 kilom√®tres au sud-ouest et le mont Kenya, deuxi√®me sommet d'Afrique par l'altitude, √† 300 kilom√®tres au nord. La ville la plus proche, Moshi, est situ√©e en Tanzanie, au sud de la montagne, et constitue le principal point de d√©part de son ascension. L'a√©roport international du Kilimandjaro dessert depuis 1971, √† cinquante kilom√®tres au sud-ouest du sommet, toute la r√©gion et ses parcs. Dodoma, la capitale, et Dar es Salam se trouvent respectivement √† 380 kilom√®tres au sud-ouest et 450 kilom√®tres au sud-est alors que Nairobi n'est qu'√† 200 kilom√®tres au nord-nord-ouest. La c√īte de l'oc√©an Indien est √† 270 kilom√®tres. Administrativement, le Kilimandjaro se trouve dans la r√©gion de Kilimandjaro, √† cheval sur les districts de Hai, Moshi Rural et Rombo o√Ļ se trouve le point culminant et la majeure partie de la montagne. Il est int√©gralement inclus dans le parc national du Kilimandjaro.

Topographie

Animation représentant le Kibo en trois dimensions.
Le Kilimandjaro formé du Shira (à gauche), du Kibo (au centre) et du Mawenzi (à droite).
Image satellite légendée de la partie sommitale du Kibo.

Le Kilimandjaro est un stratovolcan de forme globalement conique. Il est compos√© de trois sommets principaux qui sont autant de volcans : le Shira √† l'ouest avec 3 962 m√®tres d'altitude, le Kibo avec 5 891,8 m√®tres d'altitude au centre et le Mawenzi avec 5 149 m√®tres d'altitude √† l'est. Le Kibo est couronn√© √† son sommet d'une caldeira elliptique large de 2,4 kilom√®tres et longue de 3,6 kilom√®tres, renfermant un crat√®re appel√©e Reusch Crater de 900 m√®tres de diam√®tre au milieu duquel s'√©l√®ve un c√īne de cendre de 200 m√®tres de diam√®tre nomm√© Ash Pit[8] - [12]. Le pic principal, sur le bord m√©ridional de sa caldeira externe, s'appelle pic Uhuru, les autres points remarquables du Kibo √©tant Inner Cone √† 5 835 m√®tres d'altitude, Hans Meyer Point, Gilman's Point, Leopard Point et Yohanas' Notch, une br√®che nomm√©e en l'honneur du guide qui accompagna la premi√®re ascension de la montagne. Au sud-ouest du sommet, un grand glissement de terrain a donn√© naissance, il y a 100 000 ans, √† Western Breach qui domine la Barranco Valley[9]. Le Mawenzi est parfois consid√©r√© comme le troisi√®me plus haut sommet du continent apr√®s le mont Kenya[12]. Il est fortement √©rod√© et a d√©sormais l'apparence d'un dyke dont se d√©tachent Hans Meyer Peak, Purtscheller Peak, South Peak et le Nordecke. √Ä leur base, plusieurs gorges partent en direction de l'est, en particulier Great Barranco et Lesser Barranco. The Saddle, en fran√ßais ¬ę la selle ¬Ľ, est un plateau de 3 600 hectares entre le Mawenzi et le Kibo. Le Shira, duquel se d√©tache Johnsell Point, est constitu√© par un demi-crat√®re √©gueul√© dont il ne reste que les rebords sud et ouest. Au nord-est de celui-ci, sur 6 200 hectares, la montagne pr√©sente une autre surface en forme de plateau. Environ 250 c√īnes satellites sont pr√©sents de part et d'autre de ces trois sommets sur un axe nord-ouest/sud-est[10].

Hydrographie

Vue aérienne du versant nord-ouest du Kibo avec les glaciers et la double caldeira sommitale en 2004.

La calotte locale du Kilimandjaro est confinée au Kibo. Elle couvrait en 2003 une surface cumulée de km2. Elle est constituée par le glacier Furtwängler sur la partie sommitale, des glaciers Drygalski, Great Penck, Little Penck, Pengalski, Lörtscher Notch et Credner au niveau du champ de glace Nord (en anglais Northern Icefield), des glaciers Barranco (ou Little et Big Breach), Arrow et Uhlig à l'ouest, des glaciers Balletto, Diamond, Heim, Kersten, Decken, Rebmann et Ratzel au niveau du champ de glace Sud (en anglais Southern Icefield) et enfin du champ de glace Est (en anglais Eastern Icefield). La variabilité géographique des précipitations et de l'ensoleillement explique la différence de taille entre les différents champs de glace[13].

Illustration de la régression des neiges et des glaciers au sommet du Kilimandjaro entre le 17 février 1993 (en haut) et le 21 février 2000 (en bas).

Cette calotte √©tait autrefois clairement visible, mais elle est d√©sormais en phase de retrait rapide[14]. Elle couvrait une superficie de 12,1 km2 en 1912, 6,7 km2 en 1953, 4,2 km2 en 1976 et 3,3 km2 en 1996. Au cours du XXe si√®cle, elle a perdu 82 % de sa superficie[13]. Elle a perdu en moyenne 17 m√®tres d'√©paisseur entre 1962 et 2000[15]. Elle est de plus en plus t√©nue, en particulier sur le versant septentrional, o√Ļ le retrait est plus prononc√©, avec environ 30 % de perte en volume et en surface depuis le d√©but du si√®cle, si bien que le glacier Credner s'est totalement d√©tach√© du champ de glace Nord en 2012 et devrait dispara√ģtre en 2030[16], suivi entre 2040 et 2045, au rythme actuel, par les autres glaciers septentrionaux et sommitaux[16] - [17]. La glace sur le versant m√©ridional pourrait perdurer quelques ann√©es suppl√©mentaires en raison de conditions climatiques locales diff√©rentes[17]. La situation actuelle serait comparable √† celle pr√©sente il y a 11 000 ans d'apr√®s des carottages de glace[15].

Aspect acéré caractéristique de la glace au sommet du Kilimandjaro.

La calotte du Kilimandjaro diminue depuis 1850 environ, en raison d'une baisse naturelle des pr√©cipitations de l'ordre de 150 millim√®tres, mais cette tendance s'est sensiblement acc√©l√©r√©e au cours du XXe si√®cle. Le r√©chauffement climatique actuel est le plus souvent mis en cause dans cette rapide disparition[18], le glacier ayant r√©sist√© il y a 4 000 ans √† une s√©cheresse longue de 300 ans[19] - [15]. Ainsi, la temp√©rature moyenne journali√®re aurait augment√© de 3 ¬įC au cours des trente derni√®res ann√©es √† Lyamungu, √† 1 230 m√®tres d'altitude sur le versant m√©ridional[20]. Toutefois, la temp√©rature restant constamment inf√©rieure √† 0 ¬įC √† l'altitude o√Ļ se situent les glaciers, Georg Kaser de l'universit√© d'Innsbruck et Philip Mote de l'universit√© de Washington ont montr√© que la forte r√©gression du glacier est surtout due √† une baisse des pr√©cipitations[21] - [22]. Celle-ci pourrait √™tre li√©e √† une √©volution locale provoqu√©e par la d√©forestation qui se traduit par un resserrement de la couverture v√©g√©tale √©paisse et une diminution de l'humidit√© atmosph√©rique. Un parall√®le est mis en √©vidence entre la diminution de la calotte glaciaire et le taux de recul de la for√™t, surtout intense au d√©but du XXe si√®cle et en voie de stabilisation[13] - [20]. Quoi qu'il en soit, ainsi que le t√©moigne la forme ac√©r√©e caract√©ristique des glaces, le glacier est sublim√© par le rayonnement solaire, apr√®s quelques d√©cennies humides au XIXe si√®cle. Ce ph√©nom√®ne est vraisemblablement acc√©l√©r√© par une faible diminution de l'alb√©do au cours du XXe si√®cle, particuli√®rement dans les ann√©es 1920 et 1930[14]. L'autre ph√©nom√®ne qui entra√ģne la diminution des glaciers est caus√© par l'absorption de chaleur au niveau de la roche volcanique sombre et sa diffusion √† la base des glaciers. Ceux-ci fondent, deviennent instables et se fracturent, augmentant la surface expos√©e au rayonnement solaire[23].

Les cours d'eau issus de la fonte des glaces alimentent significativement deux rivi√®res de la r√©gion mais 90 % des pr√©cipitations sont captur√©es par la for√™t. La disparition des glaciers ne devrait donc pas avoir un impact direct durable sur l'hydrologie locale, contrairement √† la d√©forestation et √† la pression anthropique qui se traduit par une multiplication par quatre des d√©tournements d'eau pour l'irrigation depuis quarante ans. Les for√™ts du Kilimandjaro recevraient 1,6 milliard de m√®tres cubes d'eau par an, dont 5 % par pr√©cipitations n√©ph√©l√©niques (par contact des nuages de brouillard avec la for√™t). Deux tiers retournent vers l'atmosph√®re par √©vapotranspiration. La for√™t joue donc un triple r√īle de r√©servoir : dans le sol, dans la biomasse et dans l'air. Depuis 1976, les pr√©cipitations n√©ph√©l√©niques ont diminu√© en moyenne de vingt millions de m√®tres cubes par an, soit le volume de la calotte actuelle tous les trois ans environ et 25 % de moins en trente ans, ce qui √©quivaut √† la consommation annuelle en eau potable d'un million de Wachagga[18].

Tectonique

Carte géologique simplifiée de la vallée du Grand Rift et des principaux volcans associés.

Au cours du Jurassique et du Crétacé, une érosion se met en place au niveau de la région correspondant à l'actuel Kilimandjaro. C'est alors un plateau composé de gneiss et de granulite datant du Précambrien. Le relief est progressivement aplani : des plaines se forment au nord et à l'est, des inselbergs apparaissent au nord-ouest et au sud-est, les alluvions cristallines sont évacuées vers le sud à partir du Paléocène[24].

La vall√©e du Grand Rift qui parcourt l'Afrique de l'Est du nord au sud na√ģt au Mioc√®ne avec le d√©but de scission de la plaque somalienne √† partir de la plaque africaine. Dans la r√©gion correspondant √† une branche orientale de ce rift, des failles apparaissent au Plioc√®ne et les alluvions s'entassent, recouvrant la plupart des inselbergs. Les failles favorisent l'ouverture de grabens et la remont√©e de magma. Le Kilimandjaro comme le mont M√©ru √©mergent au niveau d'un graben qui prend une orientation ouest-nord-ouest‚ÄĒest-sud-est, formant le seuil d'Amboseli[24].

Orogenèse

Carte géologique simplifiée du Kilimandjaro.

Le volcanisme du Kilimandjaro d√©bute au cours du Plioc√®ne ; la construction de son √©difice se serait d√©roul√©e en quatre grandes phases, durant lesquelles ont √©t√© √©mis 5 000 km3 de roches volcaniques[24]. Les trois derni√®res ont form√© les stratovolcans imbriqu√©s qui constituent le Shira, le Kibo et le Mawenzi. Le rift orient√© ouest-nord-ouest‚ÄĒest-sud-est qui les traverse a √©galement donn√© naissance √† de nombreux c√īnes satellites, r√©partis en approximativement huit zones. Quelques bouches √©ruptives situ√©es au sommet semblent avoir √©t√© actives pendant l'Holoc√®ne[8].

Naissance du paléo-volcan de Kilema

Cette phase, probablement ant√©rieure √† 2,5 millions d'ann√©es, est tr√®s mal connue en raison du faible nombre de datations radiom√©triques effectu√©es sur le volcan et de l'enfouissement des coul√©es sous d'autres plus r√©centes. Trois indices g√©omorphologiques viennent pourtant soutenir son existence[24].

Des strates en inversion de relief sont présentes au niveau des dorsales de Kilema au sud, Kibongoto au sud-ouest et Ol Molog au nord-ouest. La modélisation de l'édifice qui en serait responsable permet de déterminer que les coulées sont issues de rifts et ont comblé les failles principales du graben[24].

À l'ouest, entre les dorsales d'Ol Molog et de Kibongoto, le relief particulier en forme de caldeira ouverte ou de cirque naturel a accueilli le Shira qui l'a rempli en partie. Le produit de l'érosion a été évacué vers l'ouest puis recouvert par le mont Méru. Il est responsable de la singularité d'orientation du rift dans la région[24].

Un relief relativement similaire marqu√© par la d√©pression de Rau est pr√©sent au sud, entre les dorsales de Kibongoto et de Kilema. Il est en partie combl√© par les produits du Kibo, situ√© √† son extr√©mit√© septentrionale. Toutefois, plus au sud, sur les rives du lac Nyumba ya Mungu, des d√©p√īts volcaniques pourraient confirmer l'hypoth√®se d'un √©ventrement du versant m√©ridional du pal√©o-volcan[24].

Au total, le volume émis par ce paléo-volcan pourrait représenter près des deux tiers du volume actuel[13].

Naissance du Shira

Le d√©but de cet √©v√©nement remonte √† entre 2,5 et 2 millions d'ann√©es[12]. Il est caract√©ris√© par d'importantes √©missions volcaniques √† la jonction et le long des dorsales d'Ol Molog (ou Shira Nord) et de Kibongoto, orient√©es grossi√®rement nord / sud. Un volcan bouclier basaltique (trachy-basaltes, ultramafites, n√©ph√©line) relativement allong√© se met en place √† partir de pyroclastites, de tufs et de laves. Parall√®lement, des coupes de terrain mettent en √©vidence une inclinaison accentu√©e des coul√©es, montrant par l√† que l'√©difice prend de la hauteur[24].

Le Shira est caractérisé par une caldeira ouverte vers le nord-est mais dont les remparts sont encore fortement marqués à l'ouest et au sud. Une centaine de dykes, témoins d'une ultime activité du Shira, s'élèvent en son centre. Elle a peut-être été doublée par une caldeira externe dont il reste peu de traces. L'érosion, principalement glaciaire, puis les émissions du Kibo ont fortement modelé le relief du Shira[24].

Naissance du Mawenzi

Le d√©but de cet √©v√©nement remonte √† entre 1,1 et 0,7 million d'ann√©es. Il r√©sulte de la migration vers l'est[12], au niveau de l'ancienne dorsale de Kilema, de l'activit√© volcanique. Celle-ci s'av√®re relativement faible mais continue et se d√©roule en deux √©tapes principales. Dans un premier temps, le Mawenzi conna√ģt des intrusions basaltiques dont la structure est appel√©e Neumann Tower ainsi que des extrusions fines de trachy-basaltes et de trachy-and√©site qui forment des c√īnes et des necks √©rod√©s : South Peak, Pinnacle Col et Purtscheller Peak. L'√©rosion post-volcanique est tr√®s importante et, en raison de la finesse des mat√©riaux (tufs, cendres), le relief prend un aspect chaotique, tr√®s d√©chiquet√©, laissant √©merger des sills. Dans un second temps, vers 0,6 √† 0,5 million d'ann√©es avant notre √®re, une ou plusieurs nu√©es ardentes √©ventrent le rebord nord-est de la caldeira de 65 kilom√®tres de diam√®tre. Un volcanisme de type p√©l√©en se met en place avec des √©missions de pyroclastites et des lahars dont on retrouve les traces jusqu'au Kenya. √Ä la fin de ces √©ruptions, le Mawenzi est soumis √† une seconde √©rosion du fait de l'englacement de la montagne[24].

Naissance du Kibo

Cet √©v√©nement remonte √† entre 0,6 et 0,55 million d'ann√©es et demeure le mieux connu. Cinq √©tapes ont √©t√© identifi√©es jusqu'√† nos jours. Jusqu'√† 0,4 million d'ann√©es avant notre √®re, un stratovolcan de forme conique se forme, comparable au Mawenzi, probablement au-dessus de la dorsale de Kibongoto. Les √©ruptions sont irr√©guli√®res et favorisent une √©rosion et des d√©p√īts morainiques engendr√©s par la premi√®re p√©riode de glaciation. Elles sont constitu√©es de trachytes, de trachy-and√©sites √† oligoclases, de trachy-basaltes et de basaltes √† olivine, avec pr√©sence de ph√©nocristaux de feldspaths. Elles se concluent par un √©v√©nement explosif appel√© Weru Weru, √† base de pyroclastites et de lahars, au sud et sud-ouest de la caldeira, ainsi que par les premi√®res irruptions de c√īnes secondaires dans la zone d'Ol Molog. Entre 0,4 et 0,25 million d'ann√©es avant notre √®re, un nouveau d√īme de trachytes et de phonolites se forme √† 1,6 kilom√®tre au nord-est. Il √©met des coul√©es de lave √† porphyre (Rhomb) qui provoquent l'effondrement de l'√©difice et l'apparition d'intrusions de sy√©nites. La deuxi√®me p√©riode de glaciation provoque une nouvelle √©rosion. Un lac se forme comme l'atteste la pr√©sence de pillow lavas. Entre 0,25 et 0,1 million d'ann√©es avant notre √®re, des explosions de type plinien se succ√®dent. Des retomb√©es se produisent jusqu'au Kenya. L'√©rosion caus√©e par la troisi√®me p√©riode de glaciation entra√ģne un effondrement partiel et la vidange de la caldeira elliptique de 1,9 √ó 2,3 kilom√®tres, notamment par des lahars et des nu√©es ardentes. Entre 100 000 et 18 000 ans, la caldeira et le d√īme actuels se forment √† l'int√©rieur des restes de la pr√©c√©dente. Les traces d'√©ruptions phr√©atiques et d'√©rosion valident l'existence des quatri√®me et cinqui√®me glaciations, entrecoup√©es d'√©pisodes plus humides avec existence d'aquif√®res √† l'Holoc√®ne. Enfin, entre 18 000 et 5 000 ans, le Kibo accueille un lac de lave. Sa vidange cr√©e le Pit Crater en couvrant le sommet de scories[24] et le versant nord de coul√©es de lave[12].

Alors que sa derni√®re √©ruption sommitale remonte √† plus de 500 ans, le Kilimandjaro conna√ģt encore des secousses sismiques et √©met parfois des fumerolles √† base de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre et d'acide chlorhydrique au fond du crat√®re Reusch, dont la temp√©rature en surface atteint 78 ¬įC[24]. Des scientifiques ont conclu en 2003 que du magma √©tait pr√©sent √† 400 m√®tres de profondeur sous le sommet[25]. Du reste, plusieurs effondrements et glissements de terrain ont eu lieu dans le pass√©, l'un d'entre eux cr√©ant la Western Breach (¬ę br√®che occidentale ¬Ľ). Les derni√®res √©ruptions se sont d√©roul√©es le long de la dorsale de Rombo et au maar du lac Chala mesurant 3,2 kilom√®tres de diam√®tre, plus de 90 m√®tres de profondeur et situ√© au sud-est du volcan. Elles sont soit de type strombolien, soit vulcanien, soit hawa√Įen, soit quelquefois successivement l'une ou l'autre ou les trois. Ceci t√©moigne de la complexit√© des cycles d'ouverture du rift et de migration au niveau des dorsales du volcan et de diff√©renciation du magma[24]. Ces √©ruptions ont cr√©√© des c√īnes satellites d'une centaine de m√®tres de hauteur[12].

Composition des sols

Les sols bruns du Pal√©oc√®ne en altitude attestent de la variation de la couverture foresti√®re. Ainsi, le Kilimandjaro a connu des p√©riodes favorables au d√©veloppement de la v√©g√©tation entre -30000 et -40000 et entre -6000 et -8000. Les p√©riodes froides d√©favorables entra√ģnent au contraire une forte √©rosion, notamment par solifluxion. On trouve encore de tels ph√©nom√®nes en marge des glaciers actuels. L'√©tude des sols met √©galement en √©vidence une plus forte saisonnalit√© qu'au Plioc√®ne[13].

Généralités

Le climat pass√© est d√©termin√© en utilisant plusieurs m√©thodes dont l'√©tude des niveaux des lacs, le d√©bit des rivi√®res, les syst√®mes de dunes, l'extension des glaciers ou encore les pollens[26]. Plus on recule dans le temps, plus les signaux deviennent approximatifs. Alors que le climat peut √™tre inf√©r√© pour un endroit sp√©cifique il y a 20 000 ans[27], il faut consid√©rer le climat de quasiment tout le continent africain et ajuster les r√©sultats en utilisant des analogies pour retracer ce qu'il √©tait il y a cinq millions d'ann√©es. Les difficult√©s li√©es √† remonter sur une aussi longue p√©riode comprennent une in√©galit√© de la r√©partition des enregistrements et un manque de v√©g√©tation fossile d√Ľ √† des conditions d√©favorables[26].

Sur de grandes √©chelles de temps, le climat est r√©gi par les cycles de Milankovińá changeant la quantit√© de rayonnement solaire qui atteint la Terre. L'affaiblissement ou le renforcement de la mousson joue √©galement un r√īle important. F. Sirocho et son √©quipe sugg√®rent que la force de la mousson est en lien avec l'alb√©do dans l'Himalaya. Des temp√©ratures plus froides dans l'hiver de l'h√©misph√®re nord entra√ģnent une plus grande r√©flexion des rayons sur la neige et la glace, des moussons d'√©t√© plus faibles et finalement un climat plus sec en Afrique de l'Est[28]. La force de la mousson est li√©e aux cycles de Milankovińá avec un d√©calage d'environ 8 000 ans. G√©n√©ralement, le maximum de la mousson survient 2 500 ans apr√®s un minimum glaciaire et correspond √† un minimum des temp√©ratures de la surface oc√©anique[29].

Depuis le d√©but du Quaternaire, l'h√©misph√®re nord a subi vingt-et-un √Ęges glaciaires majeurs ressentis jusqu'en Afrique de l'Est[26]. Les traces de ces refroidissements climatiques en Afrique de l'Est sont observ√©es au Kilimandjaro, au mont Kenya, dans la cha√ģne du Rwenzori et au mont Elgon. Ce sont toutes des poches isol√©es d'√©cosyst√®mes alpins similaires avec une faune et une flore identiques. Cela signifie que cet √©cosyst√®me a d√Ľ √™tre plus √©tendu, √† faible altitude, et recouvrir chacune de ces montagnes[30]. Cependant, des poches de l'√©cosyst√®me actuel des plaines ont d√Ľ subsister, sans quoi les esp√®ces animales de ce milieu seraient √©teintes[31]. Une explication alternative sugg√®re que sur cette √©chelle de temps de plusieurs millions d'ann√©es, la probabilit√© que des tornades aient transport√© la flore et la faune entre les montagnes est forte[32].

Histoire climatique régionale

Au d√©but de la formation du volcan, il y a 2,5 millions d'ann√©es, survient le premier des vingt-et-un √Ęges glaciaires majeurs du Quaternaire dans l'h√©misph√®re nord. L'Afrique tropicale subit des temp√©ratures plus basses qu'√† pr√©sent. Une p√©riode d'un million d'ann√©es, plus s√®che, s'ensuit, une tendance qui se poursuit globalement aujourd'hui[26].

Il y a 150 000 ans se produit le maximum de la glaciation de Riss, l'avant-derni√®re glaciation majeure, la plus √©tendue du Pl√©istoc√®ne. Elle est suivie par l'interglaciation de Eem, plus humide et plus chaude que l'√©poque actuelle[33]. Ensuite, une phase aride de ‚ąí100 000 √† ‚ąí90 000 est responsable de la formation de dunes jusqu'en Afrique australe[34] remplac√©e par une courte mais intense phase froide de ‚ąí75 000 √† ‚ąí58 000. Vers la fin de cette p√©riode, le premier des √©v√®nements de Heinrich (H6) survient, rel√Ęchant une grande quantit√© de glace dans l'Atlantique Nord[35], entra√ģnant des temp√©ratures plus froides dans l'h√©misph√®re nord et une diminution de l'intensit√© de la mousson[34] - [33]. D'autres √©v√®nements de Heinrich se succ√®dent avec un ass√®chement associ√© du climat est-africain √† -50, -35, -30, -24, -16 et finalement -12 milliers d'ann√©es, au Dryas r√©cent. Selon des donn√©es collect√©es dans le bassin du Congo, la p√©riode de ‚ąí31 000 √† ‚ąí21 000 est s√®che et froide, avec l'√©tagement v√©g√©tal qui s'abaisse. Les esp√®ces foresti√®res pr√©sentes en haute montagne sont de plus en plus des esp√®ces de basse montagne, tr√®s r√©pandues √† faible altitude[26]. Cependant, Lowe et Walker sugg√®rent que l'Afrique de l'Est √©tait plus humide qu'actuellement. Ce d√©saccord peut s'expliquer par la difficult√© d'associer diff√©rents lieux g√©ographiques donn√©s avec les dates[35].

Le dernier maximum glaciaire se d√©roule de ‚ąí23 000 √† ‚ąí14 000 avec une phase tr√®s aride en Afrique, avec des d√©serts s'√©tendant des centaines de kilom√®tres plus au sud que de nos jours[36]. La mousson d'√©t√© est tr√®s faible[37], les temp√©ratures sont de 5 √† 6 ¬įC inf√©rieures aux temp√©ratures actuelles et un retrait g√©n√©ral de la for√™t humide se produit[26] - [27]. Les moraines datant de la fin du dernier maximum glaciaire en Afrique de l'Est montrent que la mousson de sud-est de l'√©poque est plus s√®che que la mousson de nord-est actuelle, d√©j√† relativement peu humide. Les stratus ont pu avoir de larges cons√©quences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[26].

Il y a 13 800 ans, le climat redevient humide et les for√™ts de montagne s'√©tendent de nouveau[35]. La mousson se renforce[37], le niveau des lacs et le d√©bit des rivi√®res en Afrique de l'Est augmentent[35] - [26]. La v√©g√©tation alpine est limit√©e par les temp√©ratures et non plus par la s√©cheresse[37]. Avant le Dryas r√©cent, les temp√©ratures atteignent leurs valeurs actuelles mais la couverture foresti√®re reste incompl√®te, et lorsque cette p√©riode commence, la mousson s'affaiblit et le niveau des lacs d'Afrique de l'Est diminue[35]. Finalement, les for√™ts atteignent leur couverture et leur densit√© actuelles apr√®s le Dryas r√©cent, lorsque le climat redevient humide[28]. Pendant les 5 000 ans suivants, la tendance hygrom√©trique se poursuit globalement malgr√© de nouvelles oscillations[26] - [36] - [38]. Au cours des 5 000 derni√®res ann√©es et jusqu'√† aujourd'hui, la mousson faiblit progressivement[38]. Un minimum des temp√©ratures survient voici 3,7 √† 2,5 milliers d'ann√©es puis durant le petit √Ęge glaciaire, ressenti entre 1300 et 1900, alors qu'un perg√©lisol subsiste sur les montagnes.

Glaciations du Kilimandjaro
Le champ de glace Sud sous la neige.

Les glaciations en Afrique de l'Est sont associées à un climat plus froid et plus sec avec des précipitations plus faibles qui subsistent sous forme de neige. Les stratus qui auraient dominé durant ces glaciations ont pu avoir de larges conséquences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[26].

La datation des glaciations du Kilimandjaro est possible gr√Ęce √† l'√©tude de sa g√©omorphologie : moraines, vall√©es glaciaires, cirques, lacs glaciaires. Ainsi, cinq glaciations ont √©t√© mises en √©vidence sur le Kibo. La plus ancienne remonte √† 500 000 ans et a √©t√© attest√©e au pied du site appel√© Lava Tower, √† l'ouest du sommet. La deuxi√®me glaciation date de 300 000 ans et s'av√®re clairement visible en particulier √† Bastion Stream, pr√®s du site pr√©c√©dent, et un peu partout sur le volcan o√Ļ elle a cr√©√© des vall√©es en auge, en particulier sur le versant m√©ridional. La troisi√®me glaciation remonte √† 150 000 ans et demeure sans doute une des plus importantes de l'histoire du volcan. Elle est suivie par la quatri√®me glaciation entre ‚ąí70 000 -50000 qui voit une forte avanc√©e dans la South East Valley. La cinqui√®me glaciation, il y a 18 000 ans environ, est dat√©e au niveau du crat√®re sommital[13]. Un cycle plus chaud se prolonge depuis 11 700 ans[15] m√™me si d'ultimes s√©ries d'avanc√©es glaciaires mineures se produisent probablement au petit √Ęge glaciaire et laissent des moraines au bas des glaciers actuels. Seules les trois derni√®res glaciations sont visibles au Mawenzi et uniquement la troisi√®me sur le Shira bien que des indices de glaciations plus anciennes sont pr√©sents[13].

Températures et précipitations
Diagramme des précipitations moyennes en sept points situés sur le versant méridional du Kilimandjaro.

Les conditions climatiques varient en fonction des versants du Kilimandjaro. Ainsi, sur le versant m√©ridional, il tomberait 850 millim√®tres de pr√©cipitations par an √† Moshi √† 800 m√®tres d'altitude, 992 millim√®tres √† Kikafu √† 960 m√®tres d'altitude, 1 663 millim√®tres √† Lyamungu √† 1 230 m√®tres d'altitude et 2 184 millim√®tres √† Kibosho √† 1 479 m√®tres d'altitude tandis que sur le versant oriental, il tomberait 1 484 millim√®tres √† Mkuu √† 1 433 m√®tres d'altitude ; ces donn√©es sont toutefois √† prendre avec pr√©caution en raison des diff√©rentes m√©thodes utilis√©es. Le pic altitudinal de pr√©cipitations se situerait entre 2 400 et 2 500 m√®tres d'altitude sur le versant m√©ridional et n'est pas encore d√©termin√© sur les autres versants. Au-del√†, le mod√®le pluviom√©trique se complexifie avec l'apparition de pr√©cipitations par contact, qualifi√©es de ¬ę n√©ph√©l√©niques ¬Ľ, au niveau des for√™ts puis une tr√®s nette diminution[20] avec 1 300 millim√®tres au refuge Mandara √† 2 740 m√®tres d'altitude, 525 millim√®tres au refuge Horombo √† 3 718 m√®tres d'altitude et moins de 200 millim√®tres par an au refuge Kibo au-dessus de 4 630 m√®tres d'altitude[39]. Les √©changes par convection qui constituent le cycle de l'eau entre les diff√©rents √©tages de v√©g√©tation du Kilimandjaro sont tr√®s importants sur le plan bioclimatique[20].

Au pied du Kilimandjaro, la temp√©rature annuelle moyenne est de 23,4 ¬įC alors qu'elle est de 5 ¬įC √† 4 000 m√®tres d'altitude et de ‚ąí7,1 ¬įC au sommet du Kibo. En cons√©quence, son gradient thermique adiabatique est d'environ 0,6 ¬įC tous les cent m√®tres[18].

Variations journalières

Entre 4 000 et 5 000 m√®tres d'altitude, des √©carts thermiques relatifs de 40 ¬įC peuvent se produire entre la nuit et le jour[40] - [41] - [42].

Durant les deux saisons humides, le Kilimandjaro est presque constamment entour√© de nuages et des pr√©cipitations peuvent tomber √† toute heure de la journ√©e. En revanche, durant les deux saisons s√®ches, la montagne subit des variations m√©t√©orologiques journali√®res qui suivent un mod√®le r√©gulier. Le matin est clair et frais avec peu d'humidit√©. La montagne est √©clair√©e directement par les rayons du soleil et les temp√©ratures augmentent rapidement jusqu'√† un pic entre sept heures et dix heures. La diff√©rence est maximale vers 2 800 m√®tres d'altitude. Dans le m√™me temps, les pressions atteignent leur maximum g√©n√©ralement √† dix heures. √Ä basse altitude, des nuages commencent √† se former. Les vents anabatiques caus√©s par l'air chaud ascensionnel entra√ģnent progressivement ces nuages vers le sommet en d√©but d'apr√®s-midi, causant une chute progressive des temp√©ratures √† moyenne altitude. Entre dix heures et quinze heures, l'humidit√© est au maximum entre 4 000 et 5 000 m√®tres d'altitude et le rayonnement solaire au sol est le moins intense. √Ä seize heures, la pression atteint un creux. Les nuages poursuivant leur ascension, atteignent finalement les courants d'air sec de l'est, laissant place √† un temps d√©gag√© √† partir de dix-huit heures. Un autre pic de temp√©rature a alors lieu entre 3 200 et 3 600 m√®tres d'altitude[43].

Système climatique saisonnier
Modèle contemporain
Les cellules de Hadley contr√īlent la zone de convergence intertropicale qui est responsable de la mousson dans l'oc√©an Indien.
En janvier, la zone de convergence intertropicale (ZCIT) est √† sa position la plus m√©ridionale au-dessus de Madagascar. En juillet, sa position la plus septentrionale est au-dessus du Tibet. Lorsqu'elle passe de l'un √† l'autre de ces extr√™mes, le Kilimandjaro conna√ģt une saison humide.

Le Kilimandjaro est soumis √† un climat tropical de savane. Il se caract√©rise par une saison s√®che prononc√©e de mi-mai √† mi-octobre avec des temp√©ratures temp√©r√©es puis une courte saison des pluies de mi-octobre √† fin novembre connue sous le nom de short rains, en fran√ßais ¬ę courtes pluies ¬Ľ, suivie d'une p√©riode chaude et s√®che de d√©but d√©cembre √† fin f√©vrier et enfin une longue saison des pluies de d√©but mars √† mi-mai, les long rains, en fran√ßais ¬ę longues pluies ¬Ľ[44].

La ceinture de basse pression autour de l'√©quateur, connue sous le nom de zone de convergence intertropicale (ZCIT) est responsable de l'alternance des saisons s√®ches et humides[45]. Durant les deux saisons s√®ches, la ZCIT se situe au-dessus de la p√©ninsule Arabique au mois de juillet, puis entre le sud de la Tanzanie et le nord de la Zambie en mars. Lorsque les basses pressions passent d'un extremum √† l'autre, la r√©gion conna√ģt une saison humide. La quantit√© de pr√©cipitation varie d'une ann√©e √† l'autre et d√©pend de la temp√©rature de surface de la mer sur l'oc√©an Atlantique et l'oc√©an Indien ainsi que du ph√©nom√®ne El Ni√Īo[46]. Des eaux chaudes et un El Ni√Īo fort entra√ģnent des pr√©cipitations abondantes[47].

Tout au long de l'ann√©e, except√© en janvier, une basse pression situ√©e au-dessus du Tibet entra√ģne des vents en forme de fer √† cheval depuis l'oc√©an Indien, au-dessus de l'Afrique de l'Est puis jusqu'en Inde. Localement, sur le Kilimandjaro, l'effet donne des vents pr√©dominants de sud-est. En janvier, une inversion se produit avec des vents de nord-est[46]. Le Kilimandjaro, qui s'√©l√®ve abruptement, devient un obstacle majeur √† ces vents dominants. Durant la saison humide, la mousson de l'oc√©an Indien apporte de l'air satur√© en eau, parfaitement stratifi√© et nuageux. Il est la plupart du temps d√©vi√© autour des flancs de la montagne pour finalement l'encercler, en particulier de juin √† octobre.

Les saisons vues par les Wachagga

La diff√©rence majeure entre le mod√®le saisonnal ressenti traditionnellement par les Wachagga et la vision moderne est l'existence d'une cinqui√®me saison appel√©e ¬ę saison des nuages ¬Ľ, d√©duite de leur connaissance de la frange altitudinale basse √† moyenne sur les versants sud et est du Kilimandjaro. Cette saison joue un r√īle majeur pour eux dans les cycles agricoles. En effet, les fortes pr√©cipitations n√©ph√©l√©niques dans les for√™ts de nuage et de brouillard contribuent non seulement √† r√©g√©n√©rer la v√©g√©tation mais √©galement les cours d'eau qui alimentent les canaux d'irrigation en contrebas. Sur le versant oriental, le long de la dorsale de Rombo, entre Tarakea et Mwika, cette cinqui√®me saison est limit√©e de d√©but juillet √† mi-ao√Ľt, d√©pourvue de nuages et soumise √† un fort vent d'est. Cette particularit√© se ressent sur la v√©g√©tation[20].

Les autochtones ressentent les changements bioclimatiques au travers de l'assèchement durable, depuis la fin des années 1960, des rivières présentes dans le passé de manière quasi continue sur le versant oriental. Ce constat est probablement lié à la baisse des précipitations causée par la déforestation, au recul des glaciers et à leurs propres aménagements pour accaparer le peu d'eau qui coule encore une à deux semaines par an[20]. Ces changements provoquent également une baisse du potentiel hydroélectrique, de la pêche, de la culture du riz et de la production de canne à sucre dans les régions alentour[18].

Faune et flore

Carte de l'étagement de la végétation au Kilimandjaro.
Paysage de savane arborée avec le Kilimandjaro en arrière-plan depuis le parc national d'Amboseli, au sud du Kenya.

Plaines

Les lowlands, associ√©es approximativement √† des plaines entourant le Kilimandjaro, se situent entre 800 et 600 m√®tres d'altitude. Le climat y est tr√®s chaud et sec. C'est un milieu ouvert o√Ļ le feu, souvent d√©clench√© et ma√ģtris√© par les pasteurs maasa√Į, joue un r√īle primordial. La v√©g√©tation est principalement compos√©e de savanes constitu√©es de nombreuses esp√®ces d'herbac√©es (Hyparrhenia dichroa, Hyparrhenia rufa, Pennisetum mezianum, Pennisetum clandestinum), de plantes √† fleurs (Trifolium semipilosum, Trifolium usambarense, Parochetus communis, Streptocarpus glandulosissimus, Coleus kilimandschari, Clematis hirsuta, Pterolobium stellatum, Erlangea tomentosa, Biancaea decapetala), du baobab africain (Adansonia digitata), d'arbustes (Commiphora acuminata, Stereospermum kunthianum, Sansevieria ehrenbergii) et d'√©pineux (Acacia mellifera, Acacia tortilis, Commiphora neglecta) que l'on trouve en dessous de 1 400 m√®tres d'altitude √† l'ouest et 1 000 m√®tres d'altitude √† l'est. Ces arbres et arbustes sont utilis√©s par les populations locales √† des fins domestiques (alimentation, m√©decine, chauffage, fourrage, confection de cl√ītures, etc.) ou artisanales (fabrication d'Ňďuvres d'art) ; les parcelles d√©frich√©es sont largement transform√©es en champs √† culture pluviale : mara√ģchage et cultures c√©r√©ali√®res (pois d'Angole, haricot, tournesol, √©leusine, ma√Įs, etc.), bananiers, caf√©iers, avocatiers, eucalyptus[20] - [40].

La végétation des plaines abrite de nombreux oiseaux parmi lesquels le Bulbul des jardins (Pycnonotus barbatus), Cossyphe de Heuglin (Cossypha heuglini), le Coliou rayé (Colius striatus), le Souimanga bronzé (Nectarinia kilimensis) et des mammifères dont Otolemur monteiri, Rhabdomys pumilio, l'Oryctérope du Cap (Orycteropus afer), le dik-dik de Kirk (Madoqua kirki), le sitatunga (Tragelaphus spekeii), le Galago à queue touffue (Otolemur crassicaudatus) et le Daman des arbres (Dendrohyrax arboreus) lui-même chassé par la genette (Genetta genetta)[40] - [48].

√Čtage montagnard

La for√™t tropicale, approximativement situ√©e entre 1 600 et 2 700 m√®tres d'altitude, est d√©coup√©e en quatre zones distinctes. Celles-ci sont fragilis√©es par l'activit√© humaine (d√©boisement au niveau de la limite inf√©rieure, incendies volontaires sur la limite sup√©rieure) et la ceinture qu'elles constituent est de taille tr√®s in√©gale ; elle est ainsi tr√®s r√©duite au nord et √† l'ouest[20]. Le morc√®lement de la for√™t est responsable d'une extinction sensible des esp√®ces de grands mammif√®res[49].

La for√™t abrite les esp√®ces de primates du Cercopith√®que √† diad√®me (Cercopithecus mitis), des Gu√©rezas d'Angola (Colobus angolensis) et du Kilimandjaro (Colobus guereza) ainsi que du Babouin olive (Papio anubis). Parmi les autres mammif√®res, le l√©opard (Panthera pardus pardus), la Mangouste ray√©e (Mungos mungo), le serval (Leptailurus serval), Potamochoerus porcus, le ratel (Mellivora capensis), le Porc-√©pic √† cr√™te (Hystrix cristata) sont difficiles √† observer bien qu'ils s'aventurent fr√©quemment dans la savane[48]. Le Calao √† joues argent (Bycanistes brevis), le Touraco de Hartlaub (Tauraco hartlaubi), le Touraco de Schalow (Tauraco schalowi), le Touraco violet (Musophaga violacea), le Tchitrec bleu (Elminia longicauda), le Tchitrec d'Afrique (Terpsiphone viridis), le Coliou ray√© (Colius striatus) et le Cossyphe de R√ľppell (Cossypha semirufa) sont des esp√®ces d'oiseaux bien adapt√©es √† la vie dans l'√©paisse canop√©e[50] - [48].

La forêt sèche

Elle est rendue fragile par ses longues phases de repos végétatif et n'existe en réalité plus qu'à l'état de vestige ; elle a été presque intégralement remplacée par des cultures de piémont irriguées. Les espèces qui la composaient sont Terminalia brownii, Stereospermum kunthianum et du genre Combretum[20].

La forêt pluviale

Elle est pr√©sente au sud et √† l'est du volcan, sur un vaste croissant de Sanya Juu √† Tarakea. Elle est fortement soumise aux pr√©cipitations n√©ph√©l√©niques mais tol√©rante √† des p√©riodes plus s√®ches. Elle re√ßoit en moyenne 2 300 millim√®tres de pr√©cipitations par an. Sa flore varie en fonction des quantit√©s d'eau re√ßues et de l'altitude. On y trouve le Gen√©vrier d'Afrique (Juniperus procera), Olea europaea subsp. cuspidata, Olea welwitschii, Albizia schimperiana, Terminalia brownii, Ilex mitis, Ocotea usambarensis, Euclea divinorum, Prunus africana, le Bois de rempart (Agauria salicifolia), Croton macrostachyus, Croton megalocarpus, Macaranga kilimandscharica, Impatiens kilimanjari, Viola eminii, Impatiens pseudoviola ainsi que des esp√®ces des genres Combretum, Pittosporum, Tabernaemontana ou encore Rauvolfia. Cette for√™t subit une forte pression d√©mographique, en particulier au sud o√Ļ nombre de plantations ont √©t√© int√©gr√©es au sein des esp√®ces sauvages. Certaines parcelles sont exploit√©es pour la sylviculture et des essences introduites comme le cypr√®s du Portugal (Cupressus lusitanica), lui-m√™me menac√© par l'apparition d'une esp√®ce de puceron du genre Aphis. Alors que des coupes s√©lectives sont cicatris√©es rapidement, des coupes a blanc mettent cinquante ans avant de voir une diversit√© v√©g√©tale r√©appara√ģtre. Cette progression de la limite agro-foresti√®re sup√©rieure est stabilis√©e par le classement en r√©serve de la for√™t et par la prise de conscience des cultivateurs locaux du probl√®me de p√©nuries d'eau et d'acidification des sols. Ces deux facteurs sont parfois responsables de la remont√©e parall√®le de la limite inf√©rieure des plantations qui sont remplac√©es par la savane. La situation n'est pas uniforme : des plans de recolonisation favoris√©s par la bonne connaissance bioclimatique des Wachagga permettent de trouver des √©quilibres biologiques avec des esp√®ces arbor√©es[20] - [51] - [52].

La for√™t de Njoro, au sud de Moshi, est une for√™t sacr√©e depuis plusieurs si√®cles et b√©n√©ficie de surcro√ģt d'un statut de protection. Ce sont sans doute les raisons pour lesquelles elle est la derni√®re for√™t pluviale √† subsister en plaine, m√™me si elle subit un lent recul. Elle est notamment compos√©e de Newtonia buchananii[20].

La forêt de brouillard

Elle est caract√©ris√©e par la pr√©sence de l'esp√®ce Podocarpus milanjianus et de nombreux √©piphytes comprenant mousses et pt√©ridophytes qui recouvrent environ 80 % des arbres. Cette for√™t est pr√©sente sur le versant m√©ridional entre 2 300 et 2 500 m√®tres d'altitude. L'eau est apport√©e presque uniquement par une circulation de l'humidit√© g√©n√©r√©e par l'√©vapotranspiration de la for√™t pluviale, qui cr√©e de fr√©quents brouillards. La saison s√®che y est tr√®s courte mais le captage de l'eau en suspension quasi nul[20].

La forêt de nuage

On y retrouve le Gen√©vrier d'Afrique mais √©galement Afrocarpus gracilior, Hagenia abyssinica, la Bruy√®re arborescente (Erica arborea, principalement dans son stade de d√©veloppement jeune) et quelques mousses et lichens (Usnea articulata). Cette for√™t est pr√©sente dans les escarpements √† l'ouest, au nord et au nord-est, typiquement entre 2 500 et 2 700 m√®tres d'altitude. Contrairement √† la for√™t de brouillard, elle conna√ģt une longue saison s√®che et l'humidit√© n'y circule pas par convection mais par des pr√©cipitations n√©ph√©l√©niques apport√©es par de forts vents d'est sous forme de stratus qui peuvent constituer 60 % de l'apport en eau pour les plantes. Une bonne structuration horizontale et verticale de la for√™t est donc n√©cessaire pour lui permettre de bien filtrer les particules d'eau en suspension[20].

√Čtage alpin

Les landes et maquis

Ils se trouvent entre 2 800 et 4 000 m√®tres d'altitude et re√ßoivent entre 500 et 1 300 millim√®tres de pr√©cipitations par an. Ils pr√©sentent une v√©g√©tation compos√©e de bruy√®res dont la forme arborescente d‚ÄôErica arborea est la plus caract√©ristique aux c√īt√©s de Erica rossii. Ces deux esp√®ces sont pyrophytes, c'est-√†-dire qu'elles colonisent les terrains incendi√©s, pr√©c√©demment occup√©s par la for√™t de nuage. Elles ont ainsi vu leur limite basse descendre de 700 √† 900 m√®tres d'altitude selon les zones sous l'effet de l'anthropisation pastorale du peuple ongamo depuis 200 √† 400 ans en fonction des versants. Lorsque la fr√©quence des feux augmente, seules des herbes des genres Hyparrhenia et Festuca arrive √† se renouveler. On trouve √©galement des plantes √† fleurs comme Protea caffra subsp. kilimandscharica et Kniphofia thomsonii. Dans certaines zones plus abrit√©es, de nouvelles essences naturelles comme Pinus patula arrivent √† se d√©velopper, ce qui fragilise l'√©quilibre du milieu (baisse de la biodiversit√©, appauvrissement des sols), ph√©nom√®ne accentu√© de par leur nature inflammable. La volont√© des autorit√©s du parc de lutter contre les incendies en contraignant les pasteurs et les apiculteurs a un effet pervers : le milieu entre la limite sup√©rieure de la for√™t et les landes n'est plus g√©r√© de mani√®re harmonieuse et les feux ne sont plus contr√īl√©s alors m√™me qu'ils sont n√©cessaires √† la survie de certaines esp√®ces[20] - [52]. Ainsi, entre 1976 et 2005, la superficie de la for√™t d‚ÄôErica arborea est pass√©e de 187 √† 32 km2, ce qui √©quivaut √† une diminution de 15 % du couvert v√©g√©tal total de la montagne[18].

De nombreuses esp√®ces de nectariniid√©s aux couleurs vives peuplent la limite sup√©rieure de la for√™t : Souimanga du Kilimandjaro (Nectarinia mediocris), Souimanga oliv√Ętre (Nectarinia olivacea), Souimanga √† t√™te verte (Nectarinia verticalis), Souimanga √† gorge verte (Nectarinia rubescens), Souimanga am√©thyste (Nectarinia amethystina), Souimanga √† poitrine rouge (Nectarinia senegalensis), Souimanga malachite (Nectarinia famosa), Souimanga de Fraser (Anthreptes fraseri), Souimanga bronz√© (Nectarinia kilimensis), Souimanga tacazze (Nectarinia tacazze) et Sou√Įmanga √† ailes dor√©es (Drepanorhynchus reichenowi). Il en est de m√™me pour l'Aigle huppard (Lophaetus occipitalis)[50]. Rhabdomys pumilio, aussi bien pr√©sente dans la savane, constitue une de ses proies, tout comme Lophuromys aquilus, Dendromus melanotis et le Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber). Par ailleurs, des buffles, des lions, des l√©opards, des √©l√©phants, des √©lands, des c√©phalophes et des hy√®nes transitent parfois √† cette altitude pour relier un point √† un autre de la plaine[48].

L'étage afro-alpin

Ses limites inf√©rieures et sup√©rieures ne sont pas marqu√©es de fa√ßon tr√®s nettes mais on le situe g√©n√©ralement entre 4 000 et 5 000 m√®tres d'altitude. Il se caract√©rise par une atmosph√®re s√®che, avec en moyenne 200 millim√®tres de pr√©cipitations re√ßus par an, et d'importants √©carts de temp√©ratures. Les esp√®ces qui y vivent sont parfaitement adapt√©es au climat rude et certaines sont end√©miques[52]. Ainsi, on trouve Lobelia deckenii, la seule esp√®ce alpine de Lobelia √† vivre sur le Kilimandjaro[53]. Le S√©ne√ßon g√©ant (Dendrosenecio kilimanjari) pousse principalement dans le Barranco, plus humide et abrit√© que le reste de la montagne √† altitude √©gale. Une autre esp√®ce d'ast√©rac√©e est l'immortelle Helichrysum kilimanjari[52]. Quelques herbes √† tussack pars√®ment les quelques prairies humides : Pentaschistis borussica et des esp√®ces des genres Koeleria et Colpodium[54].

Seules quelques esp√®ces de rapaces sont capables d'aller √† cette altitude : la Buse rounoir (Buteo rufofuscus), l'Aigle des steppes (Aquila nipalensis), l'√Članion blac (Elanus caeruleus)[50], le Gypa√®te barbu (Gypaetus barbatus) et l'Aigle couronn√© (Stephanoaetus coronatus)[48] ; ainsi que deux esp√®ces de passereaux : le Traquet afroalpin (Cercomela sordida) et le Bruant cannelle (Emberiza tahapisi)[50].

√Čtage nival

Au-dessus de 5 000 m√®tres d'altitude, presque rien ne vit. Le peu de pr√©cipitations qui tombent s'infiltre quasiment imm√©diatement dans le sol ou s'accumulent sur les glaciers. Toutefois, Helichrysum newii a √©t√© trouv√© pr√®s d'une fumerolle du crat√®re Reusch. Des lichens √† croissance tr√®s lente comme Xanthoria elegans peuvent √©galement vivre plusieurs centaines d'ann√©es jusqu'au sommet[52]. Le seul animal d√©couvert √† ce jour au Kibo est une esp√®ce d'araign√©e[48].

Histoire

Peuplement progressif

Le Kilimandjaro a probablement √©t√© le berceau des pasteurs maasa√Į au d√©but de l'Holoc√®ne, √† une √©poque o√Ļ les pi√©monts √©taient humides et infest√©s par les mouches ts√©-ts√© et o√Ļ les prairies et les cours d'eau d'altitude pouvaient constituer un milieu sain pour les troupeaux[13]. Les premi√®res traces arch√©ologiques de s√©dentarisation autour de la montagne sont dat√©es vers 1000 av. J.-C. avec la d√©couverte de bols en pierre. Les hommes qui les ont fa√ßonn√©s, chasseurs-cueilleurs, ont pu y trouver un avantage avec la pr√©sence d'eau fra√ģche et de nombreux mat√©riaux de base[55]. Le v√©ritable peuplement des versants remonterait aux premiers si√®cles de notre √®re mais aucun t√©moignage oral ne vient le confirmer[5]. Les populations maasa√Į n'ont d√©finitivement migr√© dans la r√©gion qu'√† partir du XVIe si√®cle. Elles sont sans doute la raison principale qui a pouss√© les Ongamo √† se replier vers le nord-est alors qu'ils occupent, selon leurs r√©cits, le versant septentrional de la montagne depuis quarante-quatre g√©n√©rations[5].

Les Wachagga ont √©galement d√©laiss√© le nord du Kilimandjaro. Leur pr√©sence est av√©r√©e au sud depuis le d√©but du XVIIIe si√®cle, bien que la naissance de leur peuple remonte entre les VIIe et VIIIe si√®cles. Leurs traditions √©voquent pour certaines une terre inoccup√©e et pour d'autres une rencontre avec des ¬ę petits hommes ¬Ľ appel√©s Vakoningo ou Vatarimba. Ceux-ci pourraient s'√™tre retir√©s dans des grottes au milieu de la for√™t ou auraient √©t√© assimil√©s avec leur b√©tail et leur bananeraies en formant le clan Swai √† Kimbushi. La distinction est clairement faite avec les Vasi ou Mwasi, un peuple de chasseurs connu en Afrique de l'Est au travers des r√©cits bantous et historiquement attest√© sous le nom de Dorobbo. Il existait une unit√© tr√®s limit√©e entre les Wachagga ; ainsi, pour d√©signer leur ensemble ils employaient le terme wandu wa mdenyi (les ¬ę gens des bananeraies ¬Ľ). Ceci est probablement li√© √† leurs origines diverses : Wakamba, Taitas (Dawida), Maasa√Į (Parakuyo, Kisongo). Leur unit√© sociale de base √©tait le clan patrilin√©aire dont les limites g√©ographiques √©taient g√©n√©ralement constitu√©es par des ravins ou des cours d'eau. Plusieurs centaines ont pu √™tre recens√©s. Les clans ont √©t√© progressivement rattach√©s √† des chefferies (uruka ou oruka) qui ont vu leur importance augmenter avec l'√©mergence de conflits, probablement li√©s au commerce de l'ivoire et des esclaves[5] - [51] - [56].

Découverte et exploration

Durant l'Antiquit√©, quelques rares chroniqueurs comme le marchand et explorateur grec Diog√®ne vers 50 dans Voyage en Afrique orientale ou comme le g√©ographe √©gyptien Ptol√©m√©e au milieu du IIe si√®cle sur une carte o√Ļ il fait figurer les ¬ę monts de la Lune ¬Ľ, selon des informations qu'il a eues de Marinos de Tyr, mentionnent l'existence d'une ¬ę montagne blanche ¬Ľ ou ¬ę neigeuse ¬Ľ au cŇďur de l'Afrique[57] - [58] - [59].

Portrait de Johannes Rebmann.

Par la suite, bien qu'elle ait pu servir de rep√®re aux caravanes des marchands arabes, aucune r√©f√©rence n'est faite √† la montagne pendant plusieurs si√®cles. Ce n'est qu'√† la fin du XIIIe si√®cle que le g√©ographe arabe Aboul F√©da √©voque de mani√®re assez vague une montagne de l'int√©rieur de ¬ę couleur blanche ¬Ľ. √Ä la m√™me p√©riode, un chroniqueur chinois √©crit que le pays √† l'ouest de Zanzibar ¬ę s'√©tend jusqu'√† une grande montagne ¬Ľ[60]. En 1519, le navigateur et g√©ographe espagnol Mart√≠n Fern√°ndez de Enciso pourrait avoir √©t√© le premier dans Suma de Geografia √† v√©ritablement √©voquer le Kilimandjaro : ¬ę √Ä l'ouest [de Mombasa] se trouve l'Olympe d'√Čthiopie qui est tr√®s haut, et plus loin encore se trouvent les monts de la Lune o√Ļ sont les sources du Nil. Dans toute cette r√©gion se trouve une grande quantit√© d'or et des animaux sauvages ¬Ľ[61] - [58]. En 1845, le g√©ographe britannique William Cooley, renseign√© quelques ann√©es auparavant par des √©missaires arabes √† Londres, assure que la montagne la plus connue d'Afrique de l'Est, appel√©e Kirimanjara, est recouverte de corail rouge[57] - [62].

En 1840, la Church Missionary Society d√©cide d'entreprendre l'√©vang√©lisation de l'Afrique de l'Est. C'est ainsi que Johannes Rebmann, un missionnaire allemand form√© √† B√Ęle, est envoy√© √† Mombasa en 1846 dans le but de soutenir Johann Ludwig Krapf, atteint de malaria. Le , il part, accompagn√© de Bwana Kheri et de huit autochtones, √† la d√©couverte du royaume chagga de Kilema dont Krapf et lui ont entendu parler sur la c√īte et que seuls des esclavagistes arabes ont p√©n√©tr√©[57] - [63]. Il d√©couvre alors sans s'y attendre, le 11 mai, √† seulement 28 ans, cette montagne form√©e d'un d√īme blanc :

¬ę Vers 10 heures, je vis quelque chose de remarquablement blanc au sommet d'une haute montagne et crus d'abord qu'il s'agissait de nuages, mais mon guide me dit que c'√©tait du froid, alors je reconnus avec d√©lice cette vieille compagne des Europ√©ens qu'on appelle la neige. ¬Ľ

‚ÄĒ Johannes Rebmann, Church Missionary Intelligencer

Carte datant de 1856, couvrant l'actuelle Tanzanie, appel√©e ¬ę carte limace ¬Ľ et illustrant certaines des d√©couvertes des missionnaires.

Son attention est enti√®rement port√©e sur la pr√©sence de neige dont il s'√©tonne lui-m√™me √† cette latitude. Il s'av√®re que sa nature inconnue est l'objet de nombreuses croyances et attribu√©e de la part des indig√®nes √† des esprits[57] - [63]. Il retourne au Kilimandjaro en novembre et y rencontre des conditions climatiques plus favorables √† l'observation. Il d√©crit alors deux sommets principaux, l'un conique et l'autre plus √©lev√© form√© d'un d√īme, qui s'√©l√®vent au-dessus d'une base commune de 25 milles (40 km) de long et s√©par√©s par une d√©pression en forme de ¬ę selle ¬Ľ de 8 √† 10 miles[64]. Sa d√©couverte, rapport√©e √† Londres en , est toutefois contest√©e[65]. Personne ne veut croire qu'il y a, √† cet endroit d'Afrique, ces neiges √©ternelles malgr√© la confirmation six mois plus tard par Krapf qui a entre-temps d√©couvert le mont Kenya. De virulentes contradictions opposent Cooley √† Rebmann[57].

En 1856, le Kilimandjaro est repr√©sent√© pour la premi√®re fois sur la ¬ę carte limace ¬Ľ trac√©e par Rebmann et Erhardt. La controverse alimente la curiosit√© des g√©ographes et plusieurs exp√©ditions s'encha√ģnent dont celle de John Hanning Speke et Richard Francis Burton en 1858. Ce dernier affirme qu'il faut chercher les sources du Nil dans les environs de la montagne[58]. Henry Morton Stanley confirme m√™me leur d√©couverte par Speke en 1862. Finalement, c'est l'exp√©dition du baron allemand Karl Klaus von der Decken accompagn√© du jeune botaniste britannique Richard Thornton, en 1861, qui permet de confirmer par une observation √† 2 460 m√®tres d'altitude l'existence des neiges sur le sommet. Decken en profite l'ann√©e suivante pour grimper √† 4 260 m√®tres d'altitude et r√©aliser les premi√®res cartes topographiques et hydrographiques du sommet. Elles sont tr√®s approximatives mais permettent pour la premi√®re fois de confirmer la nature volcanique du Kilimandjaro[57] - [66].

Toutefois, pendant plusieurs d√©cennies, l'acc√®s au Kilimandjaro reste difficile. Le chemin de la c√īte √† la montagne est long et sem√© d'emb√Ľches : animaux sauvages, pillards, rudesse du climat. De plus, les caravanes rechignent √† monter en raison de la peur qu'inspirent les guerriers maasa√Į[58] et les guerres incessantes entre Wachagga g√©n√®rent de l'ins√©curit√© comme en t√©moigne la blessure mortelle caus√©e √† Charles New, un missionnaire anglais mandat√© par Decken[66].

Premières ascensions

Explorateur près d'une chute d'eau en 1906, dans l'Afrique orientale allemande, à proximité du Kilimandjaro.

Le scientifique et explorateur √©cossais Joseph Thomson observe en 1883 le versant septentrional depuis le territoire maasa√Į et s'attaque √† l'ascension du sommet mais ne d√©passe pas 2 700 m√®tres d'altitude[66]. Il est suivi du comte hongrois S√°muel Teleki avec l'Autrichien Ludwig von H√∂hnel en 1887 mais ils ne d√©passent pas 5 300 m√®tres d'altitude en raison d'une douleur au tympan ressentie par Teleki. Le , Otto Ehrenfried Ehlers arrive √† 5 740 m√®tres d'altitude bien qu'il ait pr√©tendu atteindre 5 904 m√®tres d'altitude (soit plus que l'altitude r√©elle du sommet)[57] - [67].

Le g√©ologue allemand Hans Meyer, bien que conseill√© par Teleki, √©choue en 1887 dans sa premi√®re tentative √† 5 400 m√®tres d'altitude. Il recommence l'ann√©e suivante, accompagn√© du g√©ographe autrichien Oscar Baumann, mais les deux hommes sont faits prisonniers au cours de la r√©volte d'Abushiri et doivent verser une ran√ßon de 10 000 roupies. Apr√®s ces deux √©checs, Meyer d√©cide de se faire accompagner de son ami Ludwig Purtscheller, un alpiniste autrichien, ainsi que de Yohanas Kinyala Lauwodu, un soldat wachagga de l'arm√©e √† Marangu. L'exp√©dition est h√©berg√©e avant son d√©part par W.L. Abbott, un naturaliste qui a d√©j√† bien √©tudi√© la montagne. Bien pr√©par√©s et soumis √† une discipline tr√®s stricte, ils atteignent enfin le crat√®re du Kibo √† 5 860 m√®tres d'altitude le 3 octobre. L'exp√©rience de Meyer est d√©terminante dans le choix d'√©tablir des camps approvisionn√©s par les porteurs tout au long du parcours afin de pallier le manque de nourriture en cas de tentatives r√©p√©t√©es. Les hommes constatent que, pour escalader le Kaiser-Wilhelm-Spitze (l'actuel pic Uhuru), il leur faut contourner la cr√™te rocheuse. Ils parviennent au sommet le apr√®s avoir pass√© plusieurs heures √† tailler au piolet des marches dans la glace les jours pr√©c√©dents. Ils entreprennent ensuite l'ascension du Mawenzi et passent au total seize jours √† plus de 4 000 m√®tres d'altitude en √©tant confront√©s √† des temp√©ratures proches de ‚ąí14 ¬įC. L'ascension du pic Uhuru n'est reproduite que vingt ann√©es plus tard par M. Lange[57] - [67].

Expédition allemande explorant des grottes au pied du Kibo en 1906.

√Ä l'aube du XXe si√®cle, les Allemands se mettent √† construire des refuges sur la montagne. Parmi ceux-ci, le refuge Bismarck √† 2 550 m√®tres d'altitude et le refuge Peters √† 3 450 m√®tres[67]. Le refuge Kibo est construit en 1932[68].

Le Mawenzi n'est grimpé avec succès que le par les Allemands Fritz Klute et Eduard Oehler[67]. La fragilité de sa roche le rend très difficile à escalader[12]. Les deux hommes en profitent pour réaliser la troisième ascension du pic Uhuru, la première par le versant occidental. Quelques semaines plus tard, Walter Furtwängler et Siegfried König redescendent le Kibo en skis. Frau von Ruckteschell devient la première femme à atteindre Gilmann's Point[67].

La Premi√®re Guerre mondiale met en suspens les ascensions. En 1926, le pasteur Richard Reusch d√©couvre au bord de la caldeira du Kibo un l√©opard gel√© dont il pr√©l√®ve une oreille comme preuve, ce qui inspire une nouvelle √† Ernest Hemingway. L'ann√©e suivante, il descend au fond du crat√®re qui porte ensuite son nom. Il r√©alise au total une quarantaine d'ascensions[57]. En 1927, un trio britannique encha√ģne le Mawenzi et le Kibo, ce qui fait de Sheila MacDonald la premi√®re femme √† gravir le pic Uhuru[67].

Les missions religieuses

L'évangélisation commence à la fin du XIXe siècle dans un contexte de luttes claniques perpétuelles et de colonisation. Les catholiques et les protestants s'évertuent à explorer, entamer des pourparlers, acquérir des terres, enseigner les langues, installer des écoles, des dispensaires et des orphelinats, cultiver la terre et construire des lieux de culte. Les Wachagga semblent friands de lecture et d'écriture. Malgré cela, les missionnaires des deux religions subissent des pertes humaines et matérielles au gré des fluctuations des tensions politiques avec les autorités traditionnelles et coloniales[57].

En 1885, le premier poste protestant est ouvert à Moshi. Mandara, le roi de Moshi, reçoit à sa demande des enseignements chrétiens de la part de l'évêque Hannington de la Church Missionary Society et du Révérend Fitch. Il décide l'année suivante d'autoriser la construction d'une école pour garçons. Cependant, les choses se compliquent pour les missionnaires britanniques, placés entre les autochtones et les forces coloniales allemandes, et ils sont remplacés en 1892 par des luthériens de Leipzig qui deviennent actifs sous le protectorat. Des émeutes en 1893 provoquent l'incendie du poste de Moshi et des pasteurs s'installent tour à tour à Machame, Mamba, Mwika, Old Moshi et finalement Masama en 1906. En 1908, dix ans après les premiers baptêmes, 53 Wachagga ont adopté la religion protestante. Durant la Première Guerre mondiale, les missionnaires allemands sont confinés puis expulsés. Le premier pasteur chagga entre en fonction en 1932[57] - [51].

Les protestants ont quelques rivalit√©s avec les Spiritains, venus de La R√©union et install√©s de part et d'autre √† l'est et √† l'ouest de la montagne, mais entretiennent avec eux des relations respectueuses. Ces derniers ont peu √† peu raison, aupr√®s du Saint-Si√®ge, des Comboniens install√©s dans la r√©gion du Soudan le long du Nil ainsi que des B√©n√©dictins bavarois qui arguaient pourtant de leur adaptation au milieu montagnard[57]. Ceux-ci r√©alisent d'ailleurs de magnifiques gravures repr√©sentant le Kilimandjaro qu'ils publient dans le Nassauer Bote et dans le calendrier de Sainte Odile[69]. Les Spiritains se voient d'abord attribuer la pr√©fecture apostolique du Zanguebar en juin 1863 et s'installent √† Bagamoyo en 1868. Apr√®s plusieurs tentatives infructueuses, ils s'enfoncent √† partir du 1877 en direction des plateaux de l'ouest, pouss√©s par la propagande puis appel√©s par le baron von Eltz √©tablit √† Moshi qui souhaite fonder au Kilimandjaro une colonie de Polonais catholiques et requiert les services d'un pr√™tre. Il s'adresse √† Mgr de Courmont qui entame avec les P√®res Auguste Gommenginger et Le Roy un voyage d'√©tude consid√©r√© comme d√©terminant dans la connaissance de la montagne et comme marquant dans l'implantation de l'√Čglise catholique. Ce dernier √©crira en 1893 Au Kilima-Ndjaro[57]. Courmont r√©alise de nombreuses esquisses, chaque fois que le temps s'√©claircit, et √©crit le 1er mars puis le 1er d√©cembre 1890 :

¬ę Depuis deux ans nous projetions une fondation au Kili. Mais comment y arriver par une r√©gion o√Ļ r√©gnaient toujours les hostilit√©s ? D'autre part, les immenses et fertiles plaines de Tana nous √©taient ouvertes [...] Le R.P. Leroy [est] notre principal entremetteur aupr√®s des indig√®nes dont il parle tr√®s bien la langue. ¬Ľ

¬ę Ainsi sur le Tana insucc√®s ; d√©ception sur le Sobaki. Restait le Kilima Ndjaro.
Je r√©solus d'en faire l'exploration, en compagnie de deux de nos P√®res. Elle fut rapidement men√©e et les circonstances ont voulu que la mission p√Ľt √™tre, sans plus de retard, commenc√©e au mois de septembre.
Ce pays [‚Ķ] est form√© d'un magnifique massif de montagnes, domin√© de deux pics, le Kibo haut de 6 000 m√®tres et le Kima de 5 300. Il est fertile, sain et tr√®s populeux.
Les Washaga, ou noirs indigènes de la région montagneuse, sont intelligents, industrieux, désireux de s'instruire. Leurs enfants nombreux s'empressent autour du missionnaire, sans trop révéler cette nature sauvage qui, après une première curiosité satisfaite, les disperse [...] Nous pouvons donc augurer beaucoup de bien de cette mission, surtout si le Kilima Ndjaro devient, comme il en a été question, un pays d'émigration pour une population laborieuse de paysans catholiques allemands.
Toutefois, l'√©loignement de ce point qui rend difficiles l'organisation et l'exp√©dition de caravanes fait aussi de cette fondation une Ňďuvre qui demandera plus de peines, d'ennuis, de tribulations de toute nature et des d√©penses plus consid√©rables. Mais nous avons confiance en Dieu, et c'est pour cela que nous allons quand m√™me de l'avant. ¬Ľ

‚ÄĒ Mgr de Courmont, Annales apostoliques[70]

Mission de Kilema en 1906.

En 1891, la premi√®re mission catholique est cr√©√©e √† Notre-Dame de Lourdes √† Kilema, au pied du Kibo dont la gr√Ęce est plusieurs fois √©voqu√©e dans les correspondances. Peu √† peu, un r√©seau de paroisses se met en place sur les flancs du volcan avec une majorit√© de missionnaires alsaciens dans un premier temps. Des communaut√©s √† part enti√®re naissent autour de chaque mission, o√Ļ l'√©ducation et le commerce ‚ÄĒ en particulier celui du caf√© ‚ÄĒ sont encourag√©s. Une deuxi√®me mission est implant√©e √† Notre-Dame de la D√©livrance de Kibosho, en 1893, sur un site convoit√© par les protestants, affirmant plus encore leur domination jusqu'au cŇďur de la montagne. Au d√©but du XXe si√®cle, Kibosho accueille r√©guli√®rement 3 000 enfants au sein de 22 √©coles. En 1898, la mission de Rombo (Fisherstadt) na√ģt √† son tour, suivie non loin de l√† de Notre-Dame des Neiges √† Huruma en 1931. Plusieurs annexes sont √©rig√©es en missions ind√©pendantes : Uru en 1912 puis Umbwe, confi√©e aux pr√™tres africains, Narumu et Kishimundu (elle-m√™me filiale d'Uru) en 1947 se s√©parent de Kibosho ; tout comme, √† cette m√™me date, Kirua, Marangu et Maua, la ¬ę mission la plus √©lev√©e du Kilimandjaro ¬Ľ, auparavant rattach√©es √† Kilema ; Mashati devient ind√©pendante de Rombo en 1912 (malgr√© une fermeture entre 1922 et 1926) et Mengwe en 1950[57].

Le , une nouvelle organisation se met en place. La propagande, sur demande de Monseigneur Vogt, érige le nord du vicariat de Bagamoyo en un nouveau vicariat et lui donne le nom de vicariat apostolique du Kilima-Ndjaro[69].

En 1998, parmi les 80 pr√™tres spiritains tanzaniens form√©s √† Moshi, aucun n'est demeur√© sur place. Les anciennes missions ont toutes √©t√© c√©d√©es mais les sŇďurs de la Congr√©gation de Notre-Dame du Kilimandjaro, fond√©e √† Huruma, continuent d'y entretenir une vie religieuse intense. Parmi les protestants, pr√®s de 200 pasteurs nationaux officient encore dans le dioc√®se de Moshi. Au d√©but du XXe si√®cle, des planteurs grecs orthodoxes se sont install√©s pr√®s de la montagne et ont construit des lieux de culte, mais leur pr√©sence a √©t√© temporaire et leur pros√©lytisme limit√©. Leurs installations ont √©t√© c√©d√©es et l'√©glise orthodoxe de Moshi a √©t√© vendue aux Baptistes avec autorisation pour un pr√™tre orthodoxe d'y exercer des offices[57].

La pr√©sence de toutes ces communaut√©s confessionnelles a laiss√© de nombreux ouvrages anciens d√©crivant le Kilimandjaro et a largement contribu√© √† l'alphab√©tisation de la r√©gion. En 1914, seulement 5 % des √©coles √©taient la√Įques et cinquante ans plus tard, lors de l'ind√©pendance, 75 % des √©coles primaires et 50 % des √©coles secondaires avaient √©t√© fond√©es par des missions[57] - [51].

La montagne au cŇďur des enjeux g√©opolitiques internationaux

Carte d'√©poque (1888) de la c√īte de l'Afrique orientale allemande montrant le protectorat britannique de Zanzibar (√† droite) ainsi que la colonie britannique du Kenya (en haut) et o√Ļ appara√ģt le Kilimandjaro (coin sup√©rieur gauche).

Les d√©couvertes de Johannes Rebmann et Johann Ludwig Krapf attisent l'int√©r√™t de l'Empire allemand pour l'Afrique de l'Est, tout comme celui de l'Empire britannique en 1883 : le naturaliste Harry Johnston est officiellement charg√© par la Royal Geographical Society d'escalader le Kilimandjaro et de d√©tailler sa flore et sa faune ; officieusement il travaille pour les services secrets britanniques[66]. Une rivalit√© se met en place, opposant d'abord la Deutsch-Ostafrikanische Gesellschaft (¬ę Compagnie de l'Afrique orientale allemande ¬Ľ) de Carl Peters et l'Imperial British East Africa Company (¬ę Compagnie britannique imp√©riale d'Afrique de l'Est ¬Ľ). Des alliances s'organisent non sans difficult√© avec les chefs locaux, constamment en guerre et approvisionn√©s en armes par les marchands arabes. Dans les ann√©es 1880, les principaut√©s de Kibosho sous le r√®gne de Sina et de Moshi sous celui de Rindi, Mandara puis Meli s'affrontent violemment. Les enjeux impliquent progressivement les √Čtats de mani√®re plus directe avec la conf√©rence de Berlin en 1884 et la signature l'ann√©e suivante d'une lettre imp√©riale de protection de la main d'Otto von Bismarck garantissant les possessions allemandes √† l'ouest de Dar es Salam. Le Kilimandjaro leur √©choit par le jeu des all√©geances et les Britanniques sont repouss√©s au nord. Ils obtiennent Mombasa ¬ę en compensation ¬Ľ le et la fronti√®re r√©sulte en deux segments qui se raccordent en contournant ostensiblement la base du versant septentrional du volcan. La colonisation devient officielle √† partir du , date de cr√©ation d'un protectorat allemand[57]. L'Afrique orientale allemande perdure jusqu'au o√Ļ elle passe sous contr√īle britannique. Elle est scind√©e sept mois plus tard, √† la suite du trait√© de Versailles, et renomm√©e protectorat du Tanganyika qui acquiert le statut de mandat de la Soci√©t√© des Nations en 1922[71].

Le , l'ind√©pendance du Tanganyika est proclam√©e. Le m√™me jour, comme pour r√©pondre √† l'acte similaire de Hans Meyer en 1889 qui signait le d√©but de la domination allemande sur ce territoire, le drapeau du nouvel √Čtat est plant√© avec une torche[68] au sommet et celui-ci est rebaptis√© pic Uhuru, le ¬ę pic de la libert√© ¬Ľ. Ce symbole, voulu par le premier ministre et futur pr√©sident Julius Nyerere, est cens√© marquer la fin des in√©galit√©s raciales et la r√©appropriation de cette figure de l'Afrique. Politiquement, il est en toile de fond de la d√©claration d'Arusha proclam√©e √† ses pieds le par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Tanganyika, et qui d√©finit les grandes lignes de l'Ujamaa. √Čconomiquement, il devient une figure du tourisme national et est repr√©sent√© sur de nombreux produits fabriqu√©s dans le pays. Mais cette image de marque est mal g√©r√©e et les devises √©chappent aux Tanzaniens : les guides et porteurs sont mal pay√©s, les s√©jours sont organis√©s depuis le pays de d√©part par des entreprises √©trang√®res, la client√®le est relativement peu fortun√©e, les prestations ne sont pas √† la hauteur des attentes. Historiquement, la r√©gion est tourn√©e vers la c√īte et le Kilimandjaro est ¬ę oubli√© ¬Ľ au profit des plages de sable fin et des grandes plaines plus faciles d'acc√®s. Le parc national du Kilimandjaro, cr√©√© en 1973, a davantage vocation √† prot√©ger la for√™t et les ressources hydrologiques que de promouvoir le tourisme. Les autorit√©s voient cette manne s'√©chapper vers le Kenya auquel les catalogues touristiques attribuent fr√©quemment la possession du volcan. La rivalit√© avec ce voisin plus prosp√®re conduit en 1977 √† la fermeture des fronti√®res et √† la dissolution de la Communaut√© d'Afrique de l'Est[57].

Population et traditions

Répartition et organisation politique

Carte de la répartition des peuples et tribus autour du Kilimandjaro.
Deux Wachagga au bord de la rivière Weru-Weru.

Les Wachagga sont r√©partis sur les versants au sud et √† l'est du Kilimandjaro. Les premi√®res chefferies sont apparues √† la fin du XVIIIe si√®cle sous la coupe d'hommes influents, en armant de jeunes classes d'√Ęge. Une des premi√®res grandes chefferies qui conquiert tout le versant oriental gr√Ęce aux alliances avec les Wakamba est celle d'Orombo, un Wachagga de Keni, mais elle s'√©croule √† la mort de son leader. Les chefferies de Kilema et Machame, sur le versant m√©ridional, profitent quant √† elles respectivement du commerce avec les Europ√©ens et d'une alliance avec les Maasa√Į. Kibosho atteint son apog√©e en 1870 sous le r√®gne du roi Sina qui commerce avec les Swahilis. Moshi, au d√©but du XXe si√®cle trouve l'appui des missionnaires. Ces alliances et ces conqu√™tes successives ont permis aux Wachagga de se m√©langer. Pourtant, l'unit√© des chefferies a mis longtemps √† se r√©aliser. Ce n'est que dans les ann√©es 1950, avec le d√©veloppement √©conomique collectif et la nomination pour la premi√®re fois de leur histoire d'un chef unique, qu'elle devient une r√©alit√©. Le catalyseur de cette prise de conscience est sans doute √† chercher dans le regard pos√© par les Occidentaux sur ¬ę cette tribu ¬Ľ. Administrativement, les limites des villages (kijiji) sont en partie le reflet des anciens clans et chefferies. Ils sont regroup√©s en districts (mtaa ou mitaa)[51].

Les Ongamo qui se concentrent actuellement dans la r√©gion de Rombo, au nord-est, sont en voie d'assimilation parmi les Wachagga. Ils conservent une tradition apicole et pastorale en lisi√®re sup√©rieure de la for√™t. Les Maasa√Į occupent les pi√©monts au nord et √† l'ouest de la montagne[5]. Leur mode de vie est de plus en plus influenc√© par celui des peuples environnants et ils abandonnent progressivement leurs traditions : s√©dentarisation, acc√®s √† la propri√©t√©, christianisation. Il en r√©sulte une marginalisation des groupes d'agropasteurs ou d'agriculteurs[72].

Linguistique

Le kichagga est en r√©alit√© divis√© en trois langues, le chagga occidental, le chagga central et le chagga oriental ou rombo, comprenant elles-m√™mes plusieurs dialectes. Ils sont plus ou moins homog√®nes entre eux, √† tel point que des locuteurs parlant deux dialectes du chagga occidental diff√©rents auront des difficult√©s √† communiquer et feront face √† une incompr√©hension presque totale avec des locuteurs du chagga oriental. Le chagga occidental est subdivis√© en dialectes siha (√† Kibong'oto), rwa (mont M√©ru, versant ouest du Kilimandjaro), machami (√† Machame) et kiwoso (√† Kibosho) ; le chagga central en dialectes uru, mochi (√† Old Moshi, Mbokomu), wunjo (√† Kilema, Kirua, Marangu, Mamba) ; le chagga oriental en dialectes nord-rombo (Mashati, Usseri) et sud-rombo (Keni, Mamsera, Mkuu). Par ailleurs, les tribus chaggas r√©parties au sud et √† l'est du Kilimandjaro ont des contacts avec des populations √† langues bantoues (Pare, Wataita, Wakamba) et nilotiques (Ongamo, Maasa√Į), ainsi que par le pass√© couchitiques[5].

√Čducation

Les missions religieuses ont largement particip√© √† l'alphab√©tisation des Wachagga et √† leur modernisation. Dans le m√™me temps, un grand nombre d'entre eux ont adopt√© le christianisme. Ainsi, la seule √Čglise catholique peut aujourd'hui revendiquer pr√®s de 570 000 fid√®les dans 39 paroisses et 72 succursales. La premi√®re √©cole pour gar√ßons a ouvert en 1894 √† Machame. Dix ans plus tard, il existe trente √©tablissements luth√©riens qui rassemblent 3 000 √©l√®ves, puis 5 817 en 1909 et 8 583 en 1914 dans une centaine d'√©coles. Du c√īt√© catholique, 2 300 enfants des deux sexes fr√©quentent 22 √©coles en 1909 et deux ans apr√®s plus de 7 000 rien qu'√† Kibosho et Rombo. L'hostilit√© des propri√©taires terriens occidentaux, la concurrence entre les confessions, l'arriv√©e de l'islam ainsi que la Premi√®re Guerre mondiale ralentissent le d√©veloppement des √©coles. Dans les ann√©es 1920, des √©coles la√Įques ouvrent alors leurs portes avec une √©lite chagga √† leur t√™te. En 1944, le nouveau conseil chagga instaure un imp√īt pour financer leur multiplication. L'√©lection de Julius Nyerere, lui-m√™me ancien instituteur, √† la pr√©sidence du pays nouvellement ind√©pendant ne fait qu'acc√©l√©rer la tendance[51] - [56].

Croyances et rituels

Bien que le christianisme soit d√©sormais la religion dominante, un fond de croyances ancestrales demeure dans les zones les plus rurales. Les anciens chagga croient en l'existence des sorci√®res (wusari) ayant la capacit√© de faire pleuvoir. Ils voient dans les r√™ves des pr√©sages. Ils adorent leurs d√©funts en pensant qu'ils ont une influence sur leur destin. Leur dieu s'appelle Ruwa et leur mythologie a de nombreux points communs avec la Bible. Ils reconnaissent le concept de p√©ch√© et pratiquent un genre de confession accompagn√©e de d√©coctions pour √©carter le mauvais sort de la victime. C'est le gu√©risseur qui est charg√© de cet acte, en plus de ses fonctions m√©dicinales. Dans les anciennes traditions, seuls les individus mari√©s sont attach√©s en position repli√©e puis inhum√©s face au Kibo. Les jeunes et mort-n√©s sont enroul√©s dans des feuilles de bananiers et souvent d√©pos√©s au pied d'un arbre. Des sacrifices d'animaux ont lieu durant les neuf jours qui suivent l'enterrement afin d'accompagner l'√Ęme du d√©funt. Il existait un rite de passage relativement violent appel√© ngasi pour marquer le passage des gar√ßons √† l'√Ęge adulte (mbora). Les mariages √©taient arrang√©s par les familles[73].

Habitat et agriculture traditionnels

Une case traditionnelle chaga sur l'itinéraire Marangu.

La propri√©t√© chagga typique est constitu√©e par une concession (muri ou mri) au centre de laquelle se trouve la case (mmba), d√©pourvue de murs et dont le toit √† base de perches de bois, de branchages d'√©pineux et de chaume repose directement sur le sol. Elle est de forme haute et conique √† l'est entre Rombo et Moshi, basse et vo√Ľt√©e √† l'ouest. L'espace du c√īt√© aval est partag√© avec les animaux (ch√®vres, bovins) ; au fond, le c√īt√© amont est r√©serv√© aux humains pour prendre les repas, recevoir les visiteurs, dormir et ranger les ustensiles domestiques. La couche est faite √† base de feuilles de bananier recouvertes par une peau de b√™te. Les deux espaces sont s√©par√©s par des piquets et par le foyer (iriko) au-dessus duquel s√®chent les fruits et le bois de chauffe. Ces cases traditionnelles ont √©t√© remplac√©es par des maisons rectangulaires (nshelu, mtshalo ou mshalo) en briques ou parpaings, cr√©pies et peintes, aux fen√™tres vitr√©es et au toit recouvert de t√īle. La concession est entour√©e par une haie (ndaala ou waatha) de Dracaena steudneri pour en assurer la s√©curit√©. Deux cours entourent l'habitat : une cour ext√©rieure (mboo ou nja) √† laquelle on acc√®de par un portail (ngiri, kichumi ou ksingoni) permet aux enfants de s'amuser ; une cour int√©rieure (kari, kadi, mbelyamba ou kandeni) √† l'arri√®re permet d'extraire les graines de toutes sortes (c√©r√©ales, caf√©). Des annexes peuvent √™tre construites sur la concession : grenier, auvent √† bi√®re ou hutte. Cette derni√®re servait √† abriter le mari apr√®s de longues ann√©es de vie commune mais la pratique a disparu[5] - [51] - [74].

Troupeau de vaches traversant la rivière Weru-Weru au pied du Kilimandjaro.

Du point de vue ancien des Wachagga, les zones cultiv√©es se situent entre la savane (kasa, nuka, mwai) aride, malsaine, vecteur de fi√®vres et arpent√©e par les guerriers maasa√Į d'une part et la for√™t de montagne (nturu, mtsudu, msuthu) d'autre part. L'agriculture est d√®s la p√©riode pr√©-coloniale marqu√©e par un syst√®me productif relativement intensif, caract√©ris√© par l'√©pandage du fumier issu de l'√©levage sur des sols d√©j√† fertiles. Parmi les productions figurent en premier lieu les bananiers introduits depuis l'Asie du Sud-Est probablement par les commer√ßants arabes vers le VIIIe si√®cle. En plus des fruits appel√©s iruu ou irubu, les feuilles et les fibres trouvent de nombreux usages. La banane existe sous sa forme √† manger ¬ę sur l'arbre ¬Ľ, √† cuire ou √† bi√®re, chacune ayant un qualificatif propre montrant par l√† toute son importance. L'arbre et le fruit sont au cŇďur de nombreuses traditions et jalonnent les √©v√©nements tels que mariages, grossesses, naissances et d√©c√®s. La bananeraie se transmet par h√©ritage de p√®re en fils. Les tubercules comme l'igname (kikwa pour l'esp√®ce locale issue de croisements de Dioscorea cayenensis, Dioscorea abyssinica et Dioscorea alata), le taro (esp√®ce commune Colocasia esculenta appel√©e iruma, duma ou ithuma) et plus r√©cemment la patate douce (Ipomoea batatas connue sous le nom de kisoiya) ont √©galement un r√īle essentiel dans l'alimentation chagga. Enfin, deux c√©r√©ales sont cultiv√©es : l'√©leusine (vumbi ou mbeke) est originaire d'une r√©gion entre l'Ouganda et l'√Čthiopie ; le ma√Įs (maimba ou mahemba, termes d'abord associ√©s dans d'autres langues au sorgho) a d'abord √©t√© introduit par les Portugais depuis les Antilles puis remplac√© par une vari√©t√© d'Afrique du Sud au d√©but du XXe si√®cle et voit sa consommation augmenter alors qu'il a longtemps √©t√© absent de l'alimentation chagga. Les parcelles o√Ļ sont cultiv√©es les c√©r√©ales et la plupart des tubercules sont irrigu√©es par de v√©ritables r√©seaux de canaux (mfongo) puis laiss√©es en jach√®re g√©n√©ralement au bout de deux ou trois ans. L'outil de base pour travailler le sol est la houe mais la hache pour d√©fricher et la faucille notamment sont √©galement n√©cessaires. Au sud, l'agriculture s'est modernis√©e (engrais, tracteurs, emploi de main-d'Ňďuvre) alors qu'elle est rest√©e plus traditionnelle et principalement f√©minine √† l'est. Le calendrier est dict√© par les saisons auxquelles est soumis le Kilimandjaro. L'exploitation d'un espace de cueillette en amont des zones habit√©es, √† la lisi√®re sup√©rieure de la for√™t, a disparu[5] - [51].

L'introduction de la culture du café date de la toute fin du XIXe siècle mais son essor n'a lieu qu'à partir des années 1920. Le nombre de cultivateurs, au nombre de 600 en 1922, est multiplié par vingt en l'espace de dix ans sous l'impulsion d'une coopérative de petits producteurs locaux. Dans les années 1950, la hausse du prix du café leur permet de s'enrichir, d'investir notamment dans la construction de nouvelles infrastructures et de prendre plus de poids politique. Ces paysans seront un des piliers de l'indépendance du Tanganyika et en subiront paradoxalement le contrecoup dans l'effort de mise à niveau de l'économie du pays[51].

L'élevage est également essentiel pour les Wachagga. Le bétail, comprenant bovins (des zébus appelés génériquement ng'umbe), caprins (mburu) et ovins (yaanri, ichondi ou irohima) fournit viande, lait et sang frais. Les volailles ont longtemps été culturellement ignorées en Afrique de l'Est[5].

Activités

Protection environnementale

Carte des parcs nationaux et réserves forestières autour du Kilimandjaro et du mont Méru.

La protection environnementale du Kilimandjaro s'est faite en plusieurs √©tapes. Une r√©serve de chasse est d'abord cr√©√©e par les autorit√©s allemandes en 1910. En 1921, elle est transform√©e en r√©serve foresti√®re. En 1973, la zone au-dessus de 2 700 m√®tres d'altitude est class√©e au sein du parc national du Kilimandjaro. Il est ouvert au public quatre ans plus tard. En 1987, la limite du parc est abaiss√©e jusqu'√† 1 830 m√®tres d'altitude et il atteint 75 353 hectares[75]. Il est finalement inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[76] avec comme justification que ¬ę le Kilimandjaro, avec sa cime enneig√©e qui surplombe la plaine de pr√®s de 5 000 m, est le plus grand massif montagneux isol√© qui soit ¬Ľ et que son parc abrite ¬ę une grande diversit√© d'esp√®ces animales et v√©g√©tales rares ou end√©miques ¬Ľ. La r√©serve foresti√®re qui l'entoure est progressivement pass√©e de 89 000[77] √† 92 906 puis 107 828 hectares[75]. L'ensemble prot√®ge 3 000 esp√®ces v√©g√©tales[18].

En parallèle de l'action du parc national, différents projets ont été mis en place à petite échelle dans le but d'améliorer la gestion de la forêt avec l'aide des populations locales et d'initier des programmes de reboisement. Mais les images satellites montrent que le morcèlement continue en raison du manque d'expérience des exploitants sylvicoles et du peu de moyens investis dans la lutte contre les incendies[18].

Un corridor biologique de huit kilom√®tres de large a √©t√© maintenu au nord-ouest du Kilimandjaro, en territoire maasa√Į, afin de relier son parc avec celui d'Amboseli, de l'autre c√īt√© de la fronti√®re avec le Kenya, afin d'aider √† la circulation des vingt esp√®ces communes de grands mammif√®res sur les vingt-cinq pr√©sentes dans les for√™ts de montagne[49].

Randonnée et alpinisme

Carte des itinéraires d'ascension et des refuges.

L'ascension du Kilimandjaro est tr√®s pris√©e par de nombreux randonneurs, notamment par ceux qui se lancent √† l'assaut des sept sommets. Environ 20 000 personnes franchissent l'entr√©e du parc national du Kilimandjaro et tentent l'ascension chaque ann√©e avec un taux d'√©chec d'un tiers[78]. La meilleure p√©riode est de juillet √† octobre ou en janvier et f√©vrier afin d'√©viter les saisons des pluies. La r√®glementation du parc impose les sentiers de randonn√©es, les moyens √† mettre en Ňďuvre pour faire l'ascension (garde‚Ķ) et r√©colte les droits d'entr√©e. Il est conseill√© d'√™tre suivi de porteurs, √©ventuellement d'un cuisinier mais la loi oblige √† √™tre accompagn√© d'un guide homologu√©. Toutes ces ascensions n√©cessitent une bonne condition physique, notamment pour se pr√©munir du mal aigu des montagnes. Si les risques sont faibles, quelques touristes ont cependant perdu la vie lors de cette ascension, par accident ou par manque de pr√©paration. Il convient donc de rester prudent et de s'entra√ģner avant de la tenter puisque seulement 40 % des ascensions sont couronn√©es de succ√®s[79] - [80]. Des gardes sont stationn√©s sur la montagne pour permettre une √©vacuation rapide en cas d'urgence.

En 2021, un projet de t√©l√©ph√©rique imagin√© dans les ann√©es 1960 est retenu par le gouvernement tanzanien. Il permettrait d'augmenter d'au moins 50 % la fr√©quentation touristique, en franchissant selon l'option la plus r√©aliste en vingt minutes, par le biais de quinze cabines d'une capacit√© de six personnes soutenues par six pyl√īnes, le d√©nivel√© entre 1 640 et 3 800 m√®tres, qui n√©cessite habituellement trois jours. Aucune √©tude d'impact sur l'industrie touristique locale (agences, guides, porteurs), sur l'environnement (biodiversit√©, pollution, impact visuel) ni sur les cons√©quences physiologiques (mal des montagnes) n'a cependant encore abouti[81] - [82].

Itinéraires de randonnée

Il faut compter entre six et dix jours pour parvenir au sommet et en revenir. Les sentiers pour le sommet du Kilimandjaro empruntent pour la plupart le versant méridional du volcan ; certains sont très fréquentés. Les itinéraires sur le versant septentrional sont réservés aux alpinistes chevronnés. Il existe sept points de départ (gate) autour de la montagne et plusieurs variantes :

Rongai Route ou Oloitokitok Route
Cet itin√©raire est le plus septentrional et d√©marre √† 1 950 m√®tres d'altitude. Il est peu fr√©quent√©, mieux pr√©serv√©, relativement facile et demande cinq √† six jours d'ascension pour 45 kilom√®tres de marche. Il est privil√©gi√© durant les p√©riodes des pluies car moins arros√©. Le camping est la seule option pour les trois premi√®res nuits. La seconde partie de l'itin√©raire est √©quip√©e de refuges et offre une variante plus directe qui reste plus √©loign√©e du Mawenzi. L'ascension finale passe par Gillman's Point[83] - [84] - [85].
Marangu Gate.
Sentier à travers la forêt de nuage sur Marangu Route.
Porteurs sur la voie Machame.
Porteurs à l'approche du sommet.
Marangu Route
Le d√©part √† la Marangu Gate se situe au sud-est de la montagne, √† 1 870 m√®tres d'altitude, au cŇďur de la for√™t humide. C'est l'itin√©raire le plus ancien, le plus ais√© et le plus r√©gulier, mais aussi le moins spectaculaire et le plus utilis√© des touristes ; peu d'exp√©rience et de mat√©riel sont n√©cessaires. Quatre jours d'ascension et deux jours de descente suffisent pour parcourir ses 36 kilom√®tres et il est possible de passer chaque nuit en refuge. L'ascension finale passe √©galement par Gillman's Point[86] - [84].
Mweka Route
Cet itin√©raire sur le versant m√©ridional est le plus direct mais aussi le plus raide et le plus p√©rilleux. Il n'est plus autoris√© qu'√† la descente. Il aborde le sommet du Kibo √† proximit√© de Stella Point et entame les 22 kilom√®tres jusqu'√† 1 640 m√®tres d'altitude par une cr√™te qui longe la South-East Valley[87] - [88].
Umbwe Route
Cet itin√©raire tr√®s peu fr√©quent√© se situe √©galement au sud du Kibo. Il a √©t√© ouvert en 1963[89]. Il est court, pentu et consid√©r√© comme tr√®s difficile. La rapidit√© d'ascension depuis 1 600 m√®tres d'altitude ne permet pas toujours √† l'organisme de s'acclimater. Depuis la fermeture du tron√ßon Great Western Breach Route, la mont√©e fait d√©sormais 31 kilom√®tres et demande cinq jours de marche[90] - [84].
Machame Route
Le d√©part √† la Machame Gate se situe au sud-ouest de la montagne, √† 1 640 m√®tres d'altitude. Le sentier passe dans le Barranco, puis entre le Shira et le Kibo avant d'atteindre Lava Tower. C'est un des itin√©raires les plus spectaculaires et est en passe de devenir aussi populaire que Marangu Route dans le sens de la mont√©e. Il n'offre en revanche pas beaucoup de possibilit√©s d'abri et s'av√®re relativement difficile en raison des marches plus longues et plus relev√©es, m√™me si la partie interm√©diaire, plus plate, permet de s'acclimater. Il faut entre six et sept jours pour atteindre le sommet et parcourir les 40 kilom√®tres en √©vitant la Great Western Breach[91] - [84].
Lemosho Route
Cet itin√©raire de 49 kilom√®tres (par le Southern Circuit) compl√®tement √† l'ouest de la montagne est relativement difficile et moyennement fr√©quent√©. Le panorama qu'il offre sur le mont M√©ru, avant de contourner le Shira par le nord, est certainement le plus appr√©ci√©. Il d√©marre √† 2 360 m√®tres d'altitude √† Londorossi Gate et n√©cessite entre six et huit jours de mont√©e[92] - [84].
Shira Route
Cet itin√©raire est plus ancien et l√©g√®rement plus au nord que le pr√©c√©dent, sur le versant occidental de la montagne. Il d√©marre √† 3 600 m√®tres d'altitude, beaucoup plus pr√®s de la partie sommitale, en √©vitant une longue marche dans la for√™t. Il demeure relativement ardu et moyennement fr√©quent√© parce que l'acclimatation est difficile les premiers jours. Il faut six ou sept jours pour parcourir ses 34 kilom√®tres par le Southern Circuit[83] - [84] - [93].
Great Western Breach Route
Il s'agit de la seule alternative permettant une approche du pic Uhuru par l'ouest. Elle est naturellement accessible depuis Shira/Lemosho/Machame Route. Son passage permet de franchir un d√©nivel√© de 850 m√®tres en seulement deux kilom√®tres, avec l'aide des mains. Cependant, ses pentes sont instables et ont caus√© la mort de trois grimpeurs en janvier 2006. √Ä la suite de cet accident, les autorit√©s du parc ont d√©cid√© d'interdire son acc√®s durant pr√®s de deux ans. Malgr√© sa r√©ouverture en d√©cembre 2007, cet itin√©raire reste fortement d√©conseill√©[84]. D√©sormais, il est parfois consid√©r√© du domaine de l'alpinisme et c√īt√© I+[94].
Southern Circuit ou Summit Circuit
Cette variante relie Shira/Lemosho/Machame Route, Umbwe/Mweka Route et Marangu/Rongai Route au sud du Kibo. Elle a été la seule possibilité de rejoindre le sommet en venant de l'ouest lors de la fermeture de la Great Western Breach Route et reste conseillée depuis. Elle a l'avantage d'offrir une jolie vue sur les fronts glaciaires du Southern Icefield puis traverse la partie supérieure de la vallée de Karanga[88].
Northern Circuit
Il s'agit du trac√© le plus r√©cent et reste peu fr√©quent√©. C'est une variante qui contourne le Kibo par le nord-ouest et relie Rongai Route √† Shira/Lemosho/Machame Route. Il faut compter neuf jours pour parcourir les 90 kilom√®tres qui m√®nent au sommet en √©vitant la Great Western Breach[95].
Mawenzi & The Saddle
Cette variante relie Rongai Route et Marangu Route en passant au pied du Mawenzi.

Records

Panneau indiquant le sommet du pic Uhuru.

Le , K√≠lian Jornet Burgada bat le double record de l'ascension la plus rapide en 5 h 23 min 50 s, par la voie Great Western Breach, et celui de l'aller-retour en 7 heures et 14 minutes en descendant du sommet par une voie diff√©rente de la mont√©e[96]. Ce second temps est am√©lior√© par le Suisso-√Čquatorien Karl Egloff le [97] en 6 heures 42 minutes et 24 secondes[98]. Pr√©c√©demment, les records √©taient d√©tenus respectivement par l'Italien Brunod qui a √©tabli le temps de 5 h 38 min 40 s, par la Marangu Route, en 2001, et par le Tanzanien Simon Mtuy qui d√©tenait depuis le le record de l'aller-retour le plus rapide en 8 h 27 min en √©tant mont√© par Umbwe Route et redescendu par Mweka Route. Ce dernier a √©galement r√©alis√© le temps le plus rapide sans assistance alimentaire en 9 h 19 min le . Chez les femmes, la Britannique Rebecca Rees-Evans a vaincu le sommet en 13 h 16 min 37 s par le m√™me itin√©raire. La Fran√ßaise Vanessa Morales abaisse le record f√©minin en 11 h 33 en effectuant l'aller-retour sur la Mekwa Route le [99].

Les plus jeunes personnes √† avoir atteint le pic Uhuru sont les Am√©ricains Keats Boyd, le , et Cash Callahan, en 2018, tous deux √† l'√Ęge de sept ans, alors qu'il est normalement interdit de le faire en dessous de l'√Ęge de dix ans[100]. Le , l'Am√©ricaine Montannah Kenney du Texas est devenue la plus jeune fille au sommet, seulement plus vieille de quelques jours que Cash Callahan[100] - [101]. La personne la plus √Ęg√©e √† atteindre le pic Uhuru est, √† 88 ans le , l'Am√©ricain Fred Distelhorst[100] ; chez les femmes, la plus √Ęg√©e, √† 86 ans et 267 jours en 2015, est Angela Vorobeva[100] - [102].

Alpinisme

La roche du Kilimandjaro n'est généralement pas très propice pour l'escalade. Toutefois, les pics du Mawenzi offrent quelques bonnes voies et le recul des glaciers du Kibo contribue à l'apparition de quelques parois verticales ou passages vertigineux sur certains tronçons de l'itinéraire Umbwe en particulier. Des autorisations spéciales et des décharges sont nécessaires pour les emprunter.

Breach Wall
Cette paroi est parfois compar√©e √† la face nord de l'Eiger[94] et propose un d√©nivel√© entre 4 700 et 5 400 m√®tres. La voie directe, la plus naturelle, est appel√©e Messner & Renzler depuis que ces deux alpinistes l'ont ouverte le ; elle emprunte des rochers gel√©s et des couloirs vers les glaciers Balletto et Diamond et est cot√©e VI. D'autres voies moins connues empruntent cette paroi : la voie orientale r√©alis√©e par John Temple et Anthony Charlton les 22 et (V+), la voie Balletto par John Temple et Dave Cheesmond entre le 1er et le (VI) et la voie Lortscher du nom de l'alpiniste qui l'a ouverte les 11 et (V)[103].
Glacier Kersten
Les voies le long de ce glacier peuvent s'av√©rer difficiles √† trouver en raison du relief, des conditions d'enneigement et des chutes de pierres et de glace l'apr√®s-midi. Elles sont cot√©es de III+ √† VI. La premi√®re ascension par la voie originale est r√©alis√©e par Walter Welsch et Leo Herncarek entre le 20 et le . La voie par le c√īt√© droit du glacier est r√©ussie par Mark Savage et Iain Allan les 28 et . Enfin, la voie directe est ouverte les 20 et par Ian Howell, Bill O'Connor et John Cleare[94] - [88] - [103].
Glacier Heim
Cette travers√©e est r√©alis√©e la premi√®re fois par A. Nelson, H.-J. Cooke et D.-N. Goodall en 1957. Elle est cot√©e III+. La partie inf√©rieure peut s'av√©rer glissante si la neige laisse place √† la glace ou √† la roche. La partie sup√©rieure est domin√©e par l'√©peron du Window Buttress o√Ļ il est possible de bivouaquer[94] - [88] - [103]. Une voie directe d√©marrant entre les glaciers Heim et Kersten est ouverte par Robert Barton et David Morris les 29 et . Elle est une des plus difficiles du Kilimandjaro et est cot√©e VI[103].
Glacier Decken
La base du glacier est √©troite et pentue. Des chutes de pierres et de glace peuvent √©galement survenir[94]. Il est gravi pour la premi√®re fois le par E. Eisenmann et T. Schnackig en empruntant la voie originale qui d√©marre √† 4 650 m√®tres d'altitude. La premi√®re en solitaire sur cette m√™me voie est l'Ňďuvre de Ante Mahote en 1964. En une voie est ouverte dans le c√īt√© droit du glacier par M. Tudo, J. Montford, F. Schock et J. Kuhn. Les deux voies sont cot√©es III/IV[103].
Le Mawenzi et The Saddle depuis le refuge Kibo.
Glacier Little Penck
La voie suit des couloirs de neige depuis le bas du glacier √† 4 900 m√®tres d'altitude jusqu'√† 5 700 m√®tres d'altitude avant l'escalade finale du pic Uhuru. Elle est cot√©e III depuis la premi√®re r√©alis√©e le par D. Payne et D. King[94] - [103].
Mawenzi
Le sommet offre deux voies principales permettant de relier le pic Hans Meyer et le Nordecke. La premi√®re, cot√©e II, emprunte une s√©rie de couloirs au-dessus de la partie sup√©rieure gauche des √©boulis de North West Corrie jusqu'√† une ar√™te rocheuse. Elle est ouverte en solitaire par R. F. Davies en . La seconde, cot√©e IV, d√©marre dans des √©boulis entre l'√©peron nord et l'ar√™te nord-est. Une s√©rie d'ar√™tes et de fissures m√®ne au sommet du Nordecke d'o√Ļ il est possible d'atteindre le pic Hans Meyer via un col facile d'acc√®s[88].

Refuges

Les itin√©raires sont √©quip√©s de refuges de montagne de mani√®re in√©gale. Marangu Route dispose des plus confortables (literie, eau, douches, √©lectricit√©, cuisines). Autrement, il existe des camps √† la fin de chaque journ√©e de marche. Plusieurs de ces camps se situent √† l'abri de grottes. Il est interdit de bivouaquer en dehors de ces zones pour des questions de s√©curit√©. Certains camps portent le qualificatif de hut signifiant ¬ę refuge ¬Ľ (Machame Hut, Barranco Hut) mais sont tout juste √©quip√©s de quelques commodit√©s sans toutefois offrir de possibilit√© pour se restaurer ou dormir[89].

Refuge Horombo.
Entrée du refuge Kibo.
Sentier sur Mweka Route vers les refuges Barafu sur la crête.
School Hut ou Outward Bound Hut
Ce refuge est situ√© √† 4 800 m√®tres d'altitude sur Rongai Route. Il √©tait connu sous le nom de Outward Bound Hut avant que ce nom soit abandonn√© par les autorit√©s du parc. Il n'est plus utilis√© comme dortoir en raison de son d√©labrement[89].
Mawenzi Tarn Hut
Ce refuge est situ√© √† 4 315 m√®tres d'altitude sur Rongai Route. Il a √©t√© construit dans les ann√©es 1970 au pied d'un cirque naturel en contrebas du Mawenzi. Il est cependant laiss√© √† l'abandon[89].
Mandara Hut
Ce refuge est situ√© √† 2 700 m√®tres d'altitude sur Marangu Route apr√®s une premi√®re journ√©e de marche. Sa construction date d'avant la Premi√®re Guerre mondiale. Il est d'abord baptis√© Bismarck Hut, du nom du chancelier imp√©rial allemand. Le b√Ętiment d'origine n'existe plus ; il a √©t√© remplac√© par plusieurs refuges en bois avec des fonds norv√©giens. Le principal dispose d'une salle √† manger. Au total, ils disposent de 60 √† 80 lits[89].
Horombo Hut
Ce refuge est situ√© √† 3 720 m√®tres d'altitude sur Marangu Route. C'est le deuxi√®me sur cet itin√©raire. Il dispose de 120 lits r√©partis en plusieurs chalets en bois, soit une capacit√© double par rapport aux autres refuges situ√©s sur cet itin√©raire parce qu'il sert aussi bien √† la mont√©e qu'√† la descente.
Kibo Hut
Ce refuge en pierre est situ√© √† 4 703 m√®tres d'altitude apr√®s la jonction entre Marangu Route et Rongai Route. Il dispose de 60 lits.
Mweka Hut
Ce refuge est situ√© √† 3 100 m√®tres d'altitude sur Mweka Route. Il a √©t√© construit dans les ann√©es 1960. Inutilis√© √† la descente, il est d√©sormais ferm√© depuis que la mont√©e par cet itin√©raire est interdite et se trouve dans un √©tat de d√©labrement avanc√©[89].
Barafu Hut
Ce refuge est situ√© √† 4 673 m√®tres d'altitude apr√®s la jonction entre Mweka Route et Umbwe Route. Il est constitu√© de deux abris tr√®s sommaires √©tablis dans les ann√©es 1960 o√Ļ il est parfois pr√©f√©rable de camper[89].
Moir Hut
Ce refuge est situ√© √† 4 200 m√®tres d'altitude apr√®s la jonction entre Lemosho Route, Shira Route et Machame Route.

Le Kilimandjaro dans la culture populaire

Tableau de 1911 représentant une scène de la colonisation allemande avec pour toile de fond le Kilimandjaro.

Le statut du Kilimandjaro a √©volu√© d'une dimension mythique jusqu'au milieu du XIXe si√®cle, en raison des r√©cits oniriques de l'Antiquit√©, des fantasmes d'Eldorado de la Renaissance, des r√©cits sacr√©s et finalement de la pr√©sence suppos√©e de neige √† son sommet, √† embl√©matique au fur et √† mesure que les missionnaires et les explorateurs sont venus prouver l'existence de glaciers et √©tudier la g√©ographie de la montagne. Il demeure pourtant dans l'imaginaire iconographique et textuel un lieu √©voquant les r√©cits bibliques (grands animaux, image du ¬ę bon sauvage ¬Ľ) et le berceau de l'Humanit√© (d√©couvertes arch√©ologiques). De l√†, il n'y a qu'un pas pour que le randonneur ait l'impression d'effectuer un p√®lerinage vers le ¬ę toit de l'Afrique ¬Ľ en puisant dans ses ressources physiques comme mentales[58].

La littérature évoque l'aspect fantastique du Kilimandjaro :

¬ę Ensuite, ils commenc√®rent √† prendre de l‚Äôaltitude en direction de l‚Äôest, semblait-il ; apr√®s quoi, cela s‚Äôobscurcit et ils se trouv√®rent en pleine temp√™te, la pluie tellement drue qu‚Äôon e√Ľt cru voler √† travers une cascade, et puis ils en sortirent et Compie tourna la t√™te et sourit en montrant quelque chose du doigt et l√†, devant eux, tout ce qu‚Äôil pouvait voir, vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c‚Äô√©tait le sommet carr√© du Kilimandjaro. Et alors il comprit que c‚Äô√©tait l√† qu‚Äôil allait. ¬Ľ

‚ÄĒ Ernest Hemingway, Les Neiges du Kilimandjaro (1936)

Vue ¬ę classique ¬Ľ d'un √©l√©phant avec le Kilimandjaro en arri√®re-plan.

Dans Le Lion de Joseph Kessel (1958), alors que le narrateur s√©journe dans une r√©serve du Kenya peupl√©e de Maasa√Į, la montagne est en toile de fond. Ses dimensions imposantes sont rappel√©es tout au long du roman et ses neiges souvent √©voqu√©es : ¬ę les derniers feux du soleil sur la neige du Kilimandjaro ¬Ľ. Il en est √©galement question par exemple dans Cinq semaines en ballon de Jules Verne (1863).

En chanson, Pascal Danel sort en 1966 Kilimandjaro dont les paroles semblent inspirées de la nouvelle de Hemingway ; c'est un succès international qu'il adapte en six langues différentes et qui sera repris dans plus de 180 versions :

Il n'ira pas beaucoup plus loin
La nuit viendra bient√īt
Il voit là-bas dans le lointain
Les neiges du Kilimandjaro
[...]
Voilà sans doute à quoi il pense
Il va mourir bient√īt
Elles n'ont jamais été si blanches
Les neiges du Kilimandjaro

Jean Ferrat évoque en ces mots le Kilimandjaro, dans un texte du même titre, en 1985 :

Que la vie c'est du terre à terre
Qu'on peut pas être himalayen
Sept jours sur sept et qu'il s'avère
Qu'il faut savoir être moyen
Tu comprends pas c'est ça qu'est triste
Que j'aimerais vivre moins haut
Être un amoureux plus simpliste
Avoir l'altitude à zéro

Pour sa part, Pierre Perret console son ami en l'emmenant ¬ę faire un pique-nique en haut du Kilimandjaro ¬Ľ (Mon p'tit loup) tandis que Michel Sardou fait rimer ¬ę le toit du Kilimandjaro et la montagne Eldorado ¬Ľ (Dans ma m√©moire, elle √©tait bleue). En 1981, Carlos Santana √©crit un morceau instrumental titr√© Tales of Kilimanjaro.

Au cin√©ma, Mino Guerrini r√©alise en 1986 Les mines du Kilimandjaro, un film italien qui raconte l'histoire d'un lyc√©en am√©ricain recherchant des diamants pr√®s de la montagne dans les ann√©es 1930. Il doit affronter les Nazis, des gangsters chinois et des tribus locales. Dans un autre registre, le volcan appara√ģt dans Le Roi lion 2.

Représentation du Kilimandjaro sur un timbre du Kirghizistan émis en 1995.

L'√©volution de l'image du Kilimandjaro dans l'imaginaire collectif accompagn√©e du succ√®s que la montagne acquiert dans les arts √† la suite du si√®cle des Lumi√®res puis du d√©veloppement du tourisme est sans doute responsable de l'engouement dont il b√©n√©ficie au fur et √† mesure que les supports se diversifient : tissus (batiks), estampes, lithographie, gravure sur cuivre et acier, photographie, etc. Pourtant, ses dimensions et les carcans pos√©s par les pratiques artistiques ont longtemps √©t√© un frein √† la diversification de sa repr√©sentation. Il figure souvent en toile de fond de vues compos√©es avec des animaux sauvages, une flore exotique ou des guerriers maasa√Į en premier-plan. Ces repr√©sentations sont principalement le reflet des pr√©jug√©s culturels et des st√©r√©otypes occidentaux sur l'Afrique. Les premiers temps, elles ont un aspect inqui√©tant ; puis elles se font plus romantiques. Une constante est de l'entourer de nuages, d'abord pour √©voquer son c√īt√© myst√©rieux, puis sa dimension spirituelle et enfin sa hauteur. Monseigneur Le Roy est un de ceux qui ont produit le plus de gravures sur le Kilimandjaro (une Ňďuvre remarquable est Le Kilima-Njaro, vue prise du Matcham√©, en 1893). Il est aussi un des premiers, avec J. Chanel, √† prendre des photographies de la montagne dans les ann√©es 1890. La fragilit√© des premi√®res pellicules cause des probl√®mes de surexposition. Ainsi, les difficult√©s inh√©rentes √† cette technique pourtant plus authentique constituent longtemps une de ses faiblesses, mais elle va permettre de diversifier les vues du sommet. La publicit√© s'empare du symbole ; il devient le logotype de marques d'eau min√©rale, de bi√®re[104], de caf√©, de th√©, de cigarettes, d'agences touristiques ou encore de cha√ģnes h√īteli√®res, et est repris dans des slogans : ¬ę Air Tanzania, les ailes du Kilimandjaro ¬Ľ ou ¬ę la Tanzanie, terre du Kilimandjaro et de Zanzibar ¬Ľ (State Travel Service). Il est partag√© par les Tanzaniens et les Kenyans selon que le couple Kibo-Mawenzi est repr√©sent√© dans un sens ou dans l'autre. Il n'√©chappe pas non plus aux pi√®ces de monnaie et aux timbres. Enfin, avec le tourisme de masse, la carte postale semble retrouver le conformisme attendu des premi√®res repr√©sentations artistiques √† deux plans : elle doit dresser les richesses naturelles et l'identit√© de la r√©gion[105] - [106].

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

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Liens externes

Notes et références

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