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Photographie

technique et art graphique utilisant la lumière ou d'autres radiations électromagnétiques pour produire des images

Pour les articles homonymes, voir Photo (homonymie).

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La photographie est l'ensemble des techniques, des procédés et des matériels qui permettent d'enregistrer un sujet en image fixe.

Une photographie de paysage, The Tetons and the Snake River d'Ansel Adams (1942).
Dali Atomicus, photographie de Philippe Halsman mettant en scène Salvador Dalí.
Mère migrante (Migrant Mother), photographie de Dorothea Lange,1936.
Raising the Flag on Iwo Jima, par Joe Rosenthal.

Le terme ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ d√©signe aussi l'image obtenue, phototype[1] (photographie visible et stable qu'elle soit n√©gative ou positive, qu'on obtient apr√®s l'exposition et le traitement d'une couche sensible) ou non.

Le terme désigne également la branche des arts graphiques qui utilise cette technique.

√Čtymologie

Le substantif f√©minin[2],[3],[4],[5] ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ (photography) a √©t√© propos√© par John Herschel d√®s et provient de deux racines d'origine grecque¬†:

  • le pr√©fixe ¬ę¬†photo-¬†¬Ľ (ŌÜŌČŌĄoŌā, photos¬†: lumi√®re, clart√©) ‚ÄĒ ¬ę¬†qui proc√®de de la lumi√®re¬†¬Ľ, ¬ę¬†qui utilise la lumi√®re¬†¬Ľ¬†;
  • le suffixe ¬ę¬†-graphie¬†¬Ľ (ő≥ŌĀőĪŌÜőĶőĻőĹ, graphein¬†: peindre, dessiner, √©crire) ‚ÄĒ ¬ę¬†qui √©crit¬†¬Ľ, ¬ę¬†qui aboutit √† une image¬†¬Ľ.

Litt√©ralement¬†: ¬ę¬†peindre avec la lumi√®re¬†¬Ľ. Le terme plus court de ¬ę¬†photo¬†¬Ľ est tr√®s fr√©quemment utilis√©. Dans le cas o√Ļ l'on parle d'une image photographique, on emploie aussi souvent les termes ¬ę¬†image¬†¬Ľ ou ¬ę¬†vue¬†¬Ľ, et, mais de moins en moins depuis l'av√®nement de la photographie num√©rique, ¬ę¬†tirage¬†¬Ľ ou ¬ę¬†agrandissement¬†¬Ľ.

En fran√ßais, ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ est attest√© d√®s dans le Dictionnaire g√©n√©ral de la langue fran√ßaise de Fran√ßois Raymond mais comme ¬ę¬†description de l'histoire naturelle qui traite de la lumi√®re¬†¬Ľ[3],[6]. Le premier emploi connu de photographie comme ¬ę¬†technique de repr√©sentation de la r√©alit√© et de reproduction d'images √† l'aide de proc√©d√©s fond√©s sur des r√©actions chimiques √† la lumi√®re et de moyens optiques¬†¬Ľ figure dans les Carnets d'Hercule Florence, √† la date du [3],[7].

En allemand, le terme est attesté dès le dans le Vossische Zeitung[3].

Invention de la photographie

Article détaillé : Histoire de la photographie.

Le terme de photographie r√©sulte d'une s√©rie de nombreuses innovations technologiques et techniques dans les domaines de l'optique, de la chimie, de la m√©canique, de l'√©lectricit√©, de l'√©lectronique et de l'informatique. Elle se base sur le m√©canisme biologique de l'Ňďil humain.

Point de vue du Gras, le premier résultat d'une expérience de Nicéphore Niépce. Cette photographie représente une partie de la propriété de Niépce. Elle fut prise en 1827.

Les deux ph√©nom√®nes n√©cessaires √† l'obtention d'images photographiques √©taient pour certains connus depuis longtemps et explicit√©s dans le Trait√© d'optique. Les r√©flexions d'Aristote et les travaux du p√®re de l'optique moderne Ibn al-Haytham, ont permis de mettre la r√©alit√© en bo√ģte¬†; il suffit de percer un ¬ę¬†petit trou¬†¬Ľ (st√©nop√©) dans une chambre noire (en latin¬†: camera obscura) pour voir appara√ģtre une image invers√©e dans le fond blanc de la bo√ģte. D'autre part, les alchimistes savaient que la lumi√®re noircissait le chlorure d'argent. Vers 1780, Jacques Charles, plus connu pour son invention de l'a√©rostat gonfl√© √† l'hydrog√®ne, parvint √† figer, mais de fa√ßon fugitive, une silhouette obtenue par le proc√©d√© de la chambre noire sur du papier imbib√© de chlorure d'argent. Thomas Wedgwood (1771-1805) fit des exp√©riences analogues avec le nitrate d'argent¬†; il en publia un m√©moire en 1802. De son c√īt√©, John Herschel en 1819 d√©crit les propri√©t√©s de l'hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur.

Nic√©phore Ni√©pce, un inventeur de Chalon-sur-Sa√īne, associe ces trois proc√©d√©s pour fixer des images (de qualit√© moyenne et n√©cessitant plusieurs jours de pose) sur des plaques d'√©tain recouvertes de bitume de Jud√©e, sorte de goudron naturel qui poss√®de la propri√©t√© de durcir √† la lumi√®re (1826 ou 1827)¬†; la premi√®re photographie repr√©sente une aile de sa propri√©t√© √† Saint-Loup-de-Varennes en Sa√īne-et-Loire. Nic√©phore meurt en 1833 et Louis Daguerre poursuit l'am√©lioration du proc√©d√©. En d√©couvrant le principe du d√©veloppement de l'image latente, Daguerre trouve le moyen de raccourcir le temps de pose √† quelques dizaines de minutes. En 1839, il promeut son invention aupr√®s du savant et d√©put√© Fran√ßois Arago, qui lui accorde son soutien.

Ainsi, la date conventionnelle de l'invention de la photographie est le , jour de la pr√©sentation par Arago √† l'Acad√©mie des sciences de l'¬ę¬†invention¬†¬Ľ de Daguerre, le daguerr√©otype[8]. C'est en fait une am√©lioration de l'invention de Niepce.

En 1861, Thomas Sutton réalise la première photographie couleur. En 1869, Louis Ducos du Hauron et Charles Cros présentent un procédé à l'origine de la trichromie.

Photographie en couleurs d'Agen en 1877 par Louis Ducos du Hauron.

Catégories de photographie

Il est possible de catégoriser la photographie selon le sujet traité, les conditions de prises de vue, la technique opératoire, la finalité, etc.

Un mode possible de catégorisation est de distinguer d'une part, les photographies réalisées en extérieur, avec un éclairage naturel ou un éclairage public donné, de celles réalisées en intérieur avec un éclairage artificiel modulable, et d'autre part, les photographies ne comportant pas de présence humaine, de celles en comportant une. Ce mode de classification donne quatre catégories de photographies :

  • Les photographies faites en ext√©rieur et ne comportant pas de pr√©sence humaine¬†: photographie de paysage, d'architecture, macrophotographie, photo animali√®re, etc.
Adam et √ąve par Daniel Besson

La photographie de paysage inclut le paysage urbain, comme le travail réalisé sur Beyrouth à l'issue de la guerre[9] par Gabriele Basilico, René Burri, Robert Frank, Fouad El-Khoury, Raymond Depardon et Josef Kouldelka[10].

  • Les photographies faites en int√©rieur (studio, etc.) et sans pr√©sence humaine¬†: nature morte, photographie culinaire, etc.
  • Les photographies faites en ext√©rieur et comportant des √™tres humains¬†: photographie de rue, photographie documentaire, photographie de guerre, etc.
  • Les photographies faites en int√©rieur avec un √©clairage artificiel¬†: portrait, mode, etc.
  • Les photographies faites par contact direct avec la surface photosensible, appel√©es empreintes photographiques. Le sujet est mis au contact direct du support (film ou papier), sous lumi√®re inactinique, sans aucun appareil de prise de vue. La r√©action chimique entre le sujet et le support, suivie par l‚Äôexposition √† la lumi√®re et la cha√ģne r√©v√©lateur-fixateur, cr√©ent la trace d√©sir√©e. L‚Äôempreinte est aux dimensions du sujet (d√©tail ou ensemble) et varie du format carte postale √† des l√©s de 107x200 cm, voire plus si n√©cessaire. Les cr√©ations connues sont relativement r√©centes, avec des Ňďuvres de Patrick Bailly-Ma√ģtre-Grand, Ugo Mulas et Daniel Besson par exemple.
Catégories de photographie possibles
‚ÄĒ Pas de pr√©sence humaine Une pr√©sence humaine
Extérieur Paysage,
architecture, photo animalière

macrophotographie…

Photographie rurale
Photographie urbaine
Photojournalisme
Photographie de guerre…
Intérieur Nature morte,
photographie culinaire…
Portrait,
mode…

Prendre une photographie

Ma√ģtriser la lumi√®re

Article d√©taill√©¬†: √Čclairage (photographie).

On doit distinguer la lumière naturelle de la lumière artificielle.

Il y a deux sortes de lumière naturelle : celle en intérieur et celle en extérieur.

On peut distinguer six sortes de lumière artificielle qui se distinguent par la nature de la source, continue (incandescence, tungstène ou LED) ou discontinue (flash électronique) et par la dimension de la source (allant d'une dizaine de cm de diamètre pour les petits projecteurs Fresnel comme les Mizar ou les Magis, à plus de 3 mètres de diamètre comme les 330 cm du modeleur FP de Broncolor en passant par toute la gamme de modeleurs de Profoto et d'Elinchrom).

  • Une image est faite de contrastes : d'intensit√© (entre noir et blanc), de couleur (bleu et rouge), de texture (fond et visage).

    Une image est faite de contrastes : d'intensité (entre noir et blanc), de couleur (bleu et rouge), de texture (fond et visage).

  • Contre-jour sous-expos√© : le contraste avec le fond lumineux transforme le sujet en une simple silhouette.

    Contre-jour sous-exposé : le contraste avec le fond lumineux transforme le sujet en une simple silhouette.

  • Contre-jour sur-expos√© : le sujet se d√©tache sur un fond satur√© d'une luminosit√© irr√©elle.

    Contre-jour sur-exposé : le sujet se détache sur un fond saturé d'une luminosité irréelle.

  • Plan serr√©, ici sur le Premier ministre n√©erlandais Mark Rutte, largement √©clair√© par des lumi√®res artificielles.

    Plan serré, ici sur le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, largement éclairé par des lumières artificielles.

  • L'√©clairage direct du Soleil provoque des contrastes importants, lesquels brouillent la perception du sujet principal.

    L'éclairage direct du Soleil provoque des contrastes importants, lesquels brouillent la perception du sujet principal.

  • Un r√©flecteur peut √™tre utilis√© pour adoucir les contrastes en √©claircissant les zones d'ombre.

    Un réflecteur peut être utilisé pour adoucir les contrastes en éclaircissant les zones d'ombre.

Comme son nom l'indique, la photographie consiste avant tout à utiliser de la lumière pour enregistrer quelque chose. Ceci suppose d'une part qu'il y ait de la lumière à enregistrer, et d'autre part que cette lumière forme des figures et une image intéressante par ses contrastes : contrastes d'intensités entre noir et blanc, contrastes de couleurs, contrastes de textures, qui par leur disposition restituent le sujet photographié. L'art du photographe consiste avant tout à jouer avec cette lumière, ce qui implique parfois d'organiser l'éclairage pour mieux capturer son sujet.

Il ne suffit pas qu'il y ait de la lumière pour pouvoir faire une bonne photographie, encore faut-il qu'elle soit adaptée au sujet que veut capturer le photographe. Une photo en contre-jour conduit par exemple à un fort contraste entre le sujet et le fond, mais les détails du sujet proprement dit seront souvent peu discernables dans les zones sombres : c'est en cela qu'un portrait pris en contre-jour est souvent considéré comme raté (et nécessite l'usage d'un coup de flash pour déboucher le sujet). Mais ce contre-jour peut constituer par lui-même un effet artistique intéressant, pour mettre en évidence une silhouette abstraite. Inversement, le photographe peut choisir de corriger l'exposition pour saturer le fond, et restituer son sujet dans un halo lumineux.

De m√™me, l'√©clairage direct du soleil cr√©e des zones d'ombre et de lumi√®re, qui peuvent former un fond violemment contrast√©, nuisant √† la lisibilit√© du sujet principal. De ce point de vue, il est beaucoup plus s√Ľr de repr√©senter un sujet dans un √©clairage uniforme ou diffus. C'est pour √©viter ce probl√®me que les studios d'artistes sont de pr√©f√©rence √©clair√©s par des baies ouvrant vers le nord.

Sujet et composition

Article détaillé : Composition picturale.

Par rapport au sujet qu'il veut reproduire, le photographe ajoute un élément essentiel de la photographie : le cadre.

Le cadre √©tablit avant tout une limite entre ce qui sera reproduit sur l'image et ce qui au contraire devra en √™tre exclu. Contrairement au peintre, qui ajoute des √©l√©ments √† sa composition, le premier souci du photographe est d'√©liminer de son cadrage les √©l√©ments inutiles, √©trangers √† l'id√©e qu'il veut faire passer, ou qui d√©tourneront l'attention du spectateur¬†: personnage passant dans l'arri√®re-plan, c√Ęble √©lectrique, avion dans le ciel‚Ķ Selon un proverbe de portraitistes, on doit d'abord s'int√©resser au d√©cor avant de regarder le mod√®le.

Le cadre définit ensuite l'espace dans lequel le sujet sera mis en scène. La photographie doit présenter les différentes parties de son sujet d'une manière qui en rende la perception plaisante et aisée. Les lignes de force de l'image se définissent par rapport au cadre : diagonales, règle des tiers, etc. Pour une scène donnée, c'est par le cadrage que le photographe peut harmoniser ou non sa composition. Le soin à apporter au cadrage est particulièrement critique dans le cas des diapositives, qui ne peuvent pas être recadrées par la suite.

Le ¬ę¬†sujet¬†¬Ľ d'une photographie est tout ce qu'il y a dans le cadre. En dehors de cadrages particuli√®rement ¬ę¬†serr√©s¬†¬Ľ, l'√©l√©ment principal n'occupe souvent qu'une fraction minime de l'image. Le reste forme le d√©cor, souvent en avant plan ou arri√®re-plan, parfois dans le m√™me plan que l'√©l√©ment principal. Une bonne composition doit assurer que le d√©cor met en valeur le sujet d'une mani√®re suffisamment contrast√©e, et ne distrait pas l‚ÄôŇďil par des d√©tails inutiles.

  • Exemple de photographie pr√©sentant un mauvais cadrage : l'image d√©borde inutilement sur les chaises voisines et sur le plancher.

    Exemple de photographie présentant un mauvais cadrage : l'image déborde inutilement sur les chaises voisines et sur le plancher.

  • En dehors des compositions jouant sur la texture, il est rare qu'un sujet occupe l'ensemble du cadre.

    En dehors des compositions jouant sur la texture, il est rare qu'un sujet occupe l'ensemble du cadre.

  • La r√®gle des tiers concerne le rapport harmonieux du sujet √† son cadre.

    La règle des tiers concerne le rapport harmonieux du sujet à son cadre.

  • Un paon faisant la roue √©tablit son propre arri√®re-plan.

    Un paon faisant la roue établit son propre arrière-plan.

  • L'√©l√©ment principal n'occupe souvent qu'une fraction minime de l'image.

    L'élément principal n'occupe souvent qu'une fraction minime de l'image.

  • Une faible profondeur de champ permet de rendre l'arri√®re-plan flou.

    Une faible profondeur de champ permet de rendre l'arrière-plan flou.

Fonctionnement d'un appareil photographique

Fondamentaux de la prise de vue : lentille objectif, obturateur (réglé à 1/25), diaphragme (sur 3). On devine la forme hexagonale du diaphragme à travers l'objectif.

Les fonctions essentielles d'un appareil photographique n'ont pas changé depuis les origines, même si le matériel s'est grandement perfectionné.

L'√©l√©ment central de l'appareil est son objectif. Il joue le r√īle d'une lentille optique convergente, qui forme derri√®re elle l'image des objets situ√©s devant elle. L'objectif est caract√©ris√© par sa distance focale, qui est la distance √† laquelle se forme l'image des points situ√©s √† l'infini. Comme l'indiquent les lois de l'optique g√©om√©trique, cette image est d'autant plus grande que la distance focale est grande¬†: toutes choses √©gales par ailleurs, un objectif de 300¬†mm produira donc une image d'un diam√®tre six fois plus grand qu'un autre de 50¬†mm. H√©ritier de la lentille simple, l'objectif moderne a une conception √©labor√©e conduisant √† une formule optique g√©n√©ralement complexe.

Derrière l'objectif se trouve une surface sensible, qui a pour fonction d'enregistrer l'image formée. Avec la photographie argentique, cette surface était initialement formée par une plaque de verre portant une émulsion photographique, puis par une pellicule photographique. Cette surface est à présent le plus souvent un capteur photographique, avec la généralisation de la photographie numérique.

Une caractéristique essentielle de cette surface est sa sensibilité, c'est-à-dire la quantité de lumière nécessaire pour enregistrer un niveau d'intensité lumineuse donné, typiquement un gris moyen. Plus le capteur est sensible et plus il est possible de prendre des photographies dans des ambiances obscures, ou bien, à condition d'éclairage identique, d'acquérir l'image rapidement. L'autre caractéristique essentielle est la granularité, qui donne la définition à laquelle cette image peut être enregistrée : plus cette définition est grande, plus l'image sera riche en détails et pourra notamment faire l'objet d'un agrandissement.

Pour ne recevoir que la lumi√®re qui passe √† travers l'objectif, la surface sensible est plac√©e au fond d'une Chambre noire dont l'unique ouverture est occup√©e par l'objectif. Bien √©videmment, avant que la sc√®ne ne soit r√©gl√©e, l'objectif est obtur√© et ne transmet pas la lumi√®re¬†; et apr√®s la prise de vue il se referme pour ne pas enregistrer d'√©l√©ment suppl√©mentaire¬†: la prise de vue ne porte que sur un instant d√©fini. C'est le r√īle de l'obturateur que de ne permettre l'arriv√©e de la lumi√®re qu'√† un moment donn√© et pendant une dur√©e d√©termin√©e.

Limite de netteté et profondeur de champ.

La lumière émise par l'objet photographié sera focalisée quelque part par l'objectif, c'est-à-dire que toute la lumière émise par un point donné de l'objet se rassemblera sur un même point de l'image, son point conjugué, dont la distance à l'objectif est donnée par la relation de conjugaison. C'est donc à cette distance de focalisation que la surface sensible doit être placée : si elle est située plus près ou plus loin, les rayons lumineux issu du même point de l'objet ne seront plus focalisés, et seront enregistrés sous la forme d'une tache, d'autant plus large que l'on s'éloigne du point focal.

Pour r√©aliser cette mise au point, qui permet de ramener le point focal sur la surface sensible, l'objectif peut √™tre d'autant plus avanc√© que l'objet photographi√© est proche. La mise au point √©tant faite, tous les objets situ√©s sur le plan conjugu√© du capteur (c'est-√†-dire, situ√©s √† la distance de mise au point) appara√ģtront nets sur la photographie.

Profondeur de champ : les gouttes d'eau reflétant le Soleil sont situées en dehors du champ. L'image de ces points lumineux est alors celle du diaphragme, ici un nonagone.

Lorsque l'objet photographi√© n'est pas plan, certains de ses points verront leur point conjugu√© situ√© au-dessus ou au-dessous de la surface sensible. Leur image sera alors une tache, d'autant plus grande qu'ils seront loin du plan focal, et que l'ouverture de l'objectif sera grande. Tant que cette tache sur l'image finale ne d√©passe pas le pouvoir de r√©solution de l‚ÄôŇďil (pour la distance d'observation de l'image), cet √©talement sera invisible donc sans cons√©quence. De ce fait, la zone de nettet√© ne se limite pas aux seuls points situ√©s √† la distance de mise au point, mais autorise une certaine profondeur de champ. S'il est n√©cessaire d'augmenter cette profondeur de champ, pour un sujet donn√©, il faudra diminuer le diam√®tre des taches, donc diminuer l'ouverture de l'objectif en fermant son diaphragme.

L'effet du diaphragme √©tant de r√©duire les taches en √©liminant la lumi√®re qui traverse la p√©riph√©rie de l'objectif, le flux lumineux qui atteint la surface sensible est d'autant plus faible que le diaphragme sera r√©duit. Pour obtenir une image correcte, il faudra en cons√©quence ajuster le temps de pose, qui devra √™tre d'autant plus long que la sensibilit√© du film est faible, que le diaphragme est ferm√©, et que le sujet est lui-m√™me faiblement √©clair√©. Ce dernier r√©glage est celui de la vitesse d'obturation, qui d√©finit l'intervalle de temps entre le moment o√Ļ la surface sensible est soumise √† la lumi√®re et celui o√Ļ cette exposition cesse. Ce temps d'exposition peut √™tre corrig√© soit en augmentant l'√©clairage (par des projecteurs ou des lampes flash), soit (plus rarement) par un filtre √† densit√© neutre s'il faut augmenter le temps de pose.

Réglages

Plusieurs réglages sont nécessaires à la réalisation d'une photographie. La justesse de ces réglages conditionne la qualité technique de l'image, notamment sa netteté et son exposition. Les appareils photographiques modernes prennent en charge tous ces réglages à l'aide d'automatismes qui sont souvent débrayables.

Contr√īle Description
Sensibilité ISO La sensibilité ISO est la mesure de la sensibilité à la lumière du capteur de l'appareil : plus la sensibilité est élevée, moins il faudra de lumière pour réaliser l'image. Les films photographiques ont souvent des sensibilités comprises entre 100 et 400 ISO, mais on trouve des films de 50 et jusqu'à 3 200 ISO. La sensibilité des capteurs numériques est réglable, car il s'agit de l'amplification du signal du capteur, en général en amont de la conversion analogique/numérique. Sur un réflex numérique, elle varie typiquement entre 100 et plus de 10 000 ISO. Une sensibilité élevée facilite la prise de vue en basse lumière, mais ceci se paye par une forte présence du bruit électronique (en numérique) ou du grain (en argentique).
Mise au point La mise au point consiste en un mouvement des lentilles de l'objectif qui permet d'avoir la meilleure nettet√© √† une certaine distance de l'appareil. Il existe, de part et d'autre du plan de nettet√© optimale, une zone dans laquelle le sujet est rendu avec une nettet√© acceptable. L'√©tendue de cette zone, qu'on appelle profondeur de champ, augmente quand on augmente la distance de mise au point, quand on raccourcit la focale et quand on ferme le diaphragme. On cherche parfois √† ¬ę¬†isoler¬†¬Ľ le sujet par une faible profondeur de champ qui plonge l'arri√®re plan dans le flou. La qualit√© de ce flou d'arri√®re-plan est appel√©e bokeh.
Ouverture L'ouverture est le r√©glage du diam√®tre utile de l'objectif (sa pupille d'entr√©e) √† l'aide d'un diaphragme. Elle s'exprime sous la forme du rapport f/N, o√Ļ f est la focale et N est un nombre sans dimension appel√© ¬ę¬†nombre d'ouverture¬†¬Ľ. Par exemple, un objectif de focale 50¬†mm ouvert √† f/2 a une pupille d'entr√©e de 25¬†mm de diam√®tre. Plus le nombre d'ouverture est petit, plus le diaphragme est ouvert. L'ouverture permet de contr√īler la quantit√© de lumi√®re qui atteint le capteur ainsi que la profondeur de champ. En effet, la profondeur de champ est plus importante lorsque l'on ferme le diaphragme, et elle est r√©duite lorsque l'on ouvre le diaphragme. Elle a aussi un effet sur les d√©fauts optiques de l'objectif (aberrations et manque de contraste, plus prononc√©s quand le diaphragme est tr√®s ouvert) et sur la diffraction (diaphragme tr√®s ferm√©).
Temps de pose Le temps de pose est la dur√©e pendant laquelle le capteur est expos√© √† la lumi√®re. Il est g√©n√©ralement contr√īl√© √† l'aide d'un obturateur m√©canique permettant des r√©glages de 1/4¬†000 de seconde (plus ou moins suivant les appareils) √† plusieurs secondes. Il est typiquement compris entre 1/100 et 1/1¬†000 de seconde pour des photos en ext√©rieur jour. Le temps de pose contr√īle, avec le diaphragme, la quantit√© de lumi√®re qui impressionne le capteur. Il a aussi un effet sur le flou de boug√©¬†: un temps de pose court (dit aussi ¬ę¬†vitesse rapide¬†¬Ľ) est n√©cessaire pour figer un mouvement rapide, alors qu'une vitesse lente permet un boug√© qui peut √™tre utilis√© pour sugg√©rer le mouvement.
Balance des blancs La balance des blancs est le r√©glage de la sensibilit√© relative du capteur √† la lumi√®re rouge et bleue, afin de l'adapter √† la source d'√©clairage. Une lampe halog√®ne, par exemple, a naturellement une teinte jaune orang√© qui peut √™tre compens√©e en augmentant la sensibilit√© au bleu et en diminuant la sensibilit√© au rouge. L'image obtenue a une teinte neutre lorsque la balance des blancs est adapt√©e √† l'√©clairage. Ce r√©glage est un traitement num√©rique qui est g√©n√©ralement fait dans l'appareil, mais qui peut aussi √™tre r√©alis√© en post-traitement si l'image a √©t√© enregistr√©e sous la forme de donn√©es brutes de capteur (format ¬ę¬†RAW¬†¬Ľ).
Exposition L'exposition est le r√©glage de la luminosit√© de l'image par l'effet combin√© de l'ouverture, du temps de pose et de la sensibilit√©. Deux combinaisons qui donnent la m√™me luminosit√© sont consid√©r√©es comme √©tant la m√™me exposition. L'exposition se r√®gle en fonction de la luminosit√© de la sc√®ne mais aussi, dans une certaine mesure, de l'effet recherch√©. Les appareils disposent souvent d'un r√©glage dit ¬ę¬†correcteur d'exposition¬†¬Ľ qui permet au photographe de contr√īler la luminosit√© de l'image sans avoir √† d√©brayer les automatismes d'ouverture, temps de pose et sensibilit√©. Il existe √©galement un mode enti√®rement manuel pour permettre aux photographes exp√©riment√©s d'avoir le contr√īle total sur la luminosit√© de l'image.

Usages de la photographie

Dès son invention, l'usage de la photographie est intimement lié à l'évolution de sa technique. Elle est devenue le premier art réellement populaire.

Photographie artistique

Aux origines, la photographie fut utilisée par les peintres comme aide pour leurs travaux. Puis, elle devint rapidement un moyen d'expression à part entière, de nombreux artistes la pratiquant parallèlement à d'autres modes d'expression ou s'y consacrant exclusivement.

Les peintres appliquaient leur art √† diverses formes d'expression, et se sp√©cialisaient dans les sc√®nes de genre, la d√©coration, la peinture d'histoire ou le portrait¬†; assez vite les photographes explor√®rent diverses voies pour mettre √† profit les nouvelles techniques qui s'offraient √† eux. Et ces applications se multipli√®rent avec les progr√®s et la facilit√© d'utilisation qui s'ensuivirent. Si le portrait se d√©veloppa rapidement d√®s lors que les dur√©es de pose furent limit√©es √† quelques minutes ‚ÄĒ on s'aidait pour cela de si√®ges pourvus d'appuie-t√™te et d'accoudoirs divers ‚ÄĒ les autres genres photographiques prolif√©r√®rent d√®s que l'on put utiliser un mat√©riel relativement transportable et commode d'emploi.

La nature morte et le portrait s'accommodaient bien des contraintes liées aux premiers procédés utilisés, qui nécessitaient de disposer d'un laboratoire attenant au studio de prise de vue, car les émulsions devaient être préparées juste avant l'exposition à la lumière, et le développement devait suivre immédiatement après.

Avant la photographie, c'est la peinture qui avait pour r√īle la repr√©sentation de la r√©alit√©. Mais l'arriv√©e de la photographie bouleverse le monde de la peinture. Elle perd son r√īle de repr√©sentation de la r√©alit√© et doit alors se r√©inventer, se diversifier ou bien dispara√ģtre. Le conflit du dessin et de la couleur qui remonte √† la Renaissance italienne reprend vigueur et s'affirme √† nouveau pour rappeler ce qui distingue la peinture des autres arts¬†:

  • Le dessin¬†: Delacroix cherchera √† effectuer la synth√®se de la couleur et du dessin en dessinant litt√©ralement dans la couleur. Il m√®nera notamment √† l‚Äôimpressionnisme, inspirera Van Gogh, Gauguin, Matisse‚Ķ
  • La couleur¬†: Ingres poursuivra la tradition issue du mod√®le antique en n'h√©sitant pas √† affirmer la pr√©sence de la ligne, en la d√©formant, la stylisant‚Ķ

La peinture deviendra par la suite de plus en plus autonome et questionnera davantage les spécificités de son médium. Les liens entre peinture et photographie seront toujours très étroits, l'une empruntant à l'autre: les genres picturaux en photographie et les qualités visuelles de la photo en peinture, tel l'hyperréalisme qui instituera la photo elle-même comme le sujet de la peinture…

Photographie comme témoin historique

Dans le même temps apparut la possibilité de l'utiliser comme témoignage historique, et se développa la notion de photo reportage. Ainsi, le banquier Albert Kahn tentera de constituer, de 1909 à 1931, les archives de la planète en envoyant des photographes dans cinquante pays du monde.

D√®s les d√©buts de la photographie, le r√©formateur social Jacob Riis a vu en celle-ci un moyen de diriger l'attention du public sur la pauvret√© et la souffrance. En 1880, il a commenc√© √† prendre en photo les quartiers pauvres de New York √† la tomb√©e de la nuit. En guise de flash, il utilisait de la poudre de magn√©sium qu'il faisait br√Ľler dans une po√™le √† frire. Par deux fois, il a mis le feu √† la maison o√Ļ il travaillait, et une autre fois √† ses v√™tements. On dit que ses clich√©s ont motiv√© certaines r√©formes entreprises par Th√©odore Roosevelt √† son arriv√©e √† la Maison-Blanche. D'autre part, la force persuasive d'une s√©rie de photographies de paysages prises par William Henry Jackson a amen√© le congr√®s am√©ricain, en 1872, √† faire de Yellowstone le premier parc national du monde.

Photographie en recherche

La photographie est √©galement devenue √† la fois un outil et un objet de recherche. Guarrigues[11] souligne un parall√®le entre la photographie et les sciences sociales¬†: toutes deux montrent ¬ę¬†quelque chose de l‚Äôhomme¬†¬Ľ tout en r√©v√©lant ¬ę¬†comment l‚Äôhomme s‚Äôinforme sur l‚Äôhomme¬†¬Ľ. En tant qu‚Äôinstrument de recherche, Rongeon[12], en citant Maresca[13], avance que la photographie devient ¬ę¬†une pratique d‚Äôobservation et de visualisation sur le terrain, [et] permet de capter une r√©alit√© donn√©e pour ensuite la r√©v√©ler¬†¬Ľ. La photographie peut √©galement devenir une fa√ßon d'organiser la pens√©e et de raconter des faits sans les paroles, moyennant un protocole syst√©matique, ainsi que le rapporte Laplantine[14]. En tant qu'objet de recherche, l'anthropologie visuelle a contribu√© √† alimenter ces r√©flexions[12].

Objectivité de la technique

La photographie inaugure une nouvelle √®re dans la repr√©sentation¬†; on est √† pr√©sent capable d'avoir une repr√©sentation du r√©el ¬ę¬†objective¬†¬Ľ. L'homme ne repr√©sente plus le r√©el tel qu'il le voit et tel qu'il le peut mais c'est le ¬ę¬†r√©el¬†¬Ľ qui impressionne le support (par l'action directe de la lumi√®re (photon) qui est r√©fl√©chie, ou √©mise, de l'objet √† la surface sensible).

Ainsi, la photographie trouve rapidement son usage dans le reportage, dans l'anthropom√©trie, invent√©e par Alphonse Bertillon. On a l'ambition de r√©aliser un ¬ę¬†inventaire du monde¬†¬Ľ.

Toutefois, cette objectivité a ses limites. La photographie argentique permettait déjà de travestir la réalité, d'ajouter ou de retrancher des éléments d'une image par un patient travail de laboratoire (cf : Photomontage). Mais avec l'avènement de la photographie numérique, ces trucages qui n'étaient auparavant accessibles qu'à des connaisseurs, deviennent presque à la portée de tous.

Un autre point de vue sur la photographie est que le r√©el ne peut simplement pas √™tre repr√©sent√© de fa√ßon objective. La personne qui observe doit aussi choisir un point de vue, la distance √† l‚Äôobjet, le cadrage, etc[12]. (R√©gis Durand, in Le Regard Pensif¬†: ¬ę¬†Et il y a bien un hors-champ photographique qui est la r√©serve de toutes les impostures¬†¬Ľ¬†; Stanley Cavell¬†: ¬ę¬†La pr√©sence virtuelle du reste du monde et son √©viction explicite sont aussi essentielles √† l‚Äôexp√©rience d‚Äôune photographie que ce qu‚Äôelle pr√©sente explicitement¬†¬Ľ¬†; ou encore Pascal Bonitzer¬†: ¬ę¬†[‚Ķ] le mensonge (ou la possibilit√© du mensonge) est li√©e √† l‚Äôexistence d‚Äôun hors-champ¬†¬Ľ), mais aussi du d√©veloppement, du tirage (recadrages), des retouches, etc. La personne qui photographie interpr√®te √† sa fa√ßon le r√©el qui s'offre √† elle. Ainsi, en noir et blanc, une ambiance peut √™tre rendue dramatique par certaines techniques alors que la r√©alit√© ne l'√©tait pas autant (en augmentant la densit√© des nuages par exemple). Le simple fait d'attirer l'Ňďil sur un √©l√©ment, en le photographiant, modifie la perception des spectateurs (r√©cepteurs de l'image) face √† la globalit√© de la sc√®ne qui se voit de plus r√©duite √† une ou plusieurs images. Dans cette m√™me id√©e, le ou la photographe, du fait de sa pr√©sence dans la sc√®ne observ√©e, a une influence plus ou moins grande sur les personnes photographi√©es selon Piette[15]. L'id√©e de Conord[16], reprise par Rongeon[12], va dans le m√™me sens¬†: la question de la mise en sc√®ne pour une photographie m√©rite d'√™tre pos√©e, √† savoir comme les personnes photographi√©es cherchent √† se faire voir et comment la personne derri√®re la cam√©ra r√©agit √† cela.

S'ajoutent à cela les limites technologiques pour représenter les couleurs, les perspectives, les sujets en mouvement, etc. Un appareil photo ne retransmet pas exactement ce que l'observateur voit. Il peut déformer les objets et visages, créer des aberrations chromatiques, faire pencher une église en exagérant la perspective, etc.

Popularisation de la photographie

Un photographe spécialisé dans la photo de mariage s'apprête à immortaliser un jeune couple de nouveaux mariés devant une église de Westmount, à Montréal, en 1945.

Photographie d'amateur

Vers la fin des ann√©es 1880, le co√Ľt et la complexit√© de la photographie dissuadaient encore de nombreuses personnes de s'y essayer davantage. Toutefois, quand en 1888 George Eastman lance le Kodak, un appareil photo portatif tr√®s maniable et dot√© d'une pellicule, la voie s'est d√©gag√©e pour le photographe amateur.

Quand un client avait pris ses photos, il retournait l'appareil entier √† l'usine. La pellicule y √©tait trait√©e, et l'appareil recharg√©, puis r√©exp√©di√© avec des photos d√©velopp√©es, le tout √† un prix relativement bas. Le slogan ¬ę¬†Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste¬†¬Ľ n'avait rien d'exag√©r√©.

Mais ce n‚Äôest pas pour autant que l‚Äôamateurisme s‚Äôest d√©velopp√© aussi rapidement. Au d√©but du si√®cle dernier, la photographie √©tait majoritairement exerc√©e par un professionnel, √† l‚Äôoccasion d‚Äô√©v√®nements importants dans la vie familiale comme le mariage. Les photos r√©alis√©es √©taient alors des photos de groupes, des membres de la famille. La Premi√®re Guerre mondiale a √©t√© un √©l√©ment d√©clencheur de la d√©mocratisation de la photographie sous plusieurs angles. C‚Äôest le plein essor de la photographie individuelle¬†; chaque conscrit √©tait photographi√©. Les photos √©taient alors utilis√©es dans l‚Äôadministration mais cela permettait aussi aux familles d‚Äôavoir une image du soldat alors que la situation politique et militaire √©tait instable. Dans le m√™me temps, des photographies des √©pouses, enfants et nouveau-n√©s sont de plus en plus r√©alis√©es pour √™tre envoy√©es au soldat, sur le champ de bataille. On observe alors une circulation d‚Äôimages, qui est rassurante pour la famille et m√©morable, pour les soldats ayant surv√©cu. Cependant, si la Premi√®re Guerre mondiale a donn√© une impulsion √† la photographie, ce n‚Äôest pas pour autant que l‚Äôon observe un accroissement imm√©diat de la photographie dans la soci√©t√©. La premi√®re photo de soi arrivait, dans les classes bourgeoises, durant l‚Äôenfance (quelquefois √† la naissance pour les familles habitu√©es √† cette technique)¬†; dans les classes paysannes plus pauvres, c‚Äô√©tait souvent plus tard que cette photo apparaissait, √† l‚Äôoccasion d‚Äôun mariage ou d‚Äôune communion, ou encore √† l‚Äôoccasion du service militaire pour les hommes. Le hasard joue aussi un r√īle dans la progression des portraits familiaux dans le milieu paysan gr√Ęce notamment aux photographes professionnels qui proposaient leurs services dans les campagnes. Pour beaucoup, c‚Äôest la photo de classe, mise en place en 1920, qui constitue leur premi√®re photo. La photographie a donc inaugur√© une √©poque o√Ļ l'on pouvait disposer de son portrait ou de repr√©sentations d'objets ou de lieux qui restaient jusque-l√† r√©serv√©s √† une √©lite √©conomique, quand il fallait demander √† un peintre de r√©aliser une image. Cela s'est traduit dans un premier temps par certaines photographies qui s'approchaient beaucoup du portrait peint le plus classique. La photographie a permis d‚Äôintroduire un nouveau concept dans la soci√©t√©¬†: celui de pouvoir voir une personne (son visage, ses traits, son allure g√©n√©rale) sans la conna√ģtre ni ne l‚Äôavoir vue. C‚Äôest le cas notamment des c√©l√©brit√©s, qui paraissent dans des journaux, et des d√©funts parents, que des membres de la famille n‚Äôauraient jamais connu que par un de leurs portraits. La notion de souvenir, et parfois de deuil, peut √™tre associ√©e √† ces clich√©s. √Ä partir des ann√©es 1960, de nombreux appareils photos, automatiques et bon march√©, font leur apparition, entra√ģnant la mise en place d‚Äôune nouvelle pratique amateur de la photographie. Il y a toutefois des avis partag√©s sur cette pratique. Les bourgeois suivent l‚Äô√©lan en r√©alisant eux-m√™mes leurs photographies, par attrait pour la technique et les connaissances. D‚Äôautres, les repr√©sentants de la classe paysanne notamment, sont plus r√©fractaires, pr√©f√©rant avoir recours √† un photographe professionnel le cas √©ch√©ant. Malgr√© cela, l‚Äôappareil photo investit de plus en plus les demeures, √† l‚Äôoccasion de cadeaux par exemple. Les th√®mes photographi√©s √©voluent √©galement. On passe des photos quasi exclusivement familiales, √† des photos de vacances, que l‚Äôon consigne bien volontiers dans un album photos.

Aujourd‚Äôhui, la photo appara√ģt comme un √©l√©ment incontournable dans la vie de tous. On la trouve partout dans son quotidien, traitant de sujets divers et vari√©s. Les milliards de clich√©s (quelque mille deux cent milliards de photographies ont √©t√© prises en 2017)[17] pris chaque ann√©e indiquent que son succ√®s ne s'est jamais d√©menti et que les individus y ont pris une part active. Et aujourd'hui, sa popularit√© s'est accrue gr√Ęce aux appareils num√©riques (le nombre d‚Äôappareils photos produits dans le monde a d√©pass√© 100 millions en 2010[18]) qui offrent une haute d√©finition de l'image se mesurant en millions de pixels (m√©gapixels). Ces appareils sont munis de petites cartes m√©moires pouvant contenir des centaines voire des milliers d'images (photos). On peut m√™me en tirer chez soi des √©preuves √† l'aide d'un ordinateur et d'une imprimante.

Smartphones

Bien que la production d'appareils photo ait diminué jusqu'à descendre en dessous de la barre des 20 millions en 2017, la production de smartphones a atteint les 1,5 milliard cette même année[19],[20]. Les smartphones sont aujourd’hui le moyen le plus simple et le plus utilisé pour prendre des photos. Les nouvelles technologies de la communication permettent un partage presque instantané des clichés, faisant de la photo un moyen de communication[21].

L'acc√®s √† la capacit√© de ¬ę¬†prendre¬†¬Ľ une photo est maintenant g√©n√©ralis√©. La repr√©sentation du monde en a √©t√© transform√©e. Les sociologues √©tudient les pratiques et les r√©sultats de cette photographie populaire.

Le grand public acc√®de √† cet ¬ę¬†art populaire¬†¬Ľ[22] et en produit les artefacts.

Huitième art

Dans la classification des arts d√©riv√©e de celle d'Hegel, la photographie re√ßoit la huiti√®me place (en concurrence avec la radiodiffusion et la t√©l√©vision). Ces trois activit√©s sont parfois regroup√©es en ¬ę¬†arts m√©diatiques¬†¬Ľ.

Article détaillé : Classification des arts.

La photographie est un moyen technique et m√©canique de conserver une repr√©sentation graphique des moments, des objets ou des personnes. Mais c'est aussi un moyen d'expression plus ou moins abstrait, portant la signature de son auteur, le photographe, et dont l'objectivit√© est √©quivalente √† n'importe quelle Ňďuvre artistique. Longtemps enferm√©e dans l'imitation de la peinture (pictorialisme, marines, portraits, etc.), la photographie a trouv√© sa propre voie artistique avec l'apparition du surr√©alisme au milieu du XXe¬†si√®cle. Aujourd'hui, de nombreux artistes exploitent ce medium souvent associ√© √† la ¬ę¬†documentation¬†¬Ľ plus qu'√† l'art en tant que tel, les artistes photographes m√©langeant parfois de nombreux media diff√©rents (peinture, sculpture, maquillage, arts num√©riques) sur une seule image. La photographie, en tant qu'art, permet ainsi, plus que tout autre medium, d'ancrer la r√©alit√© dans une Ňďuvre d'art afin de lui donner une nouvelle dimension[23]. La promotion de la photographie en tant qu'art est souvent difficile en France, des expositions comme celle de Roger Ballen √† la Halle Saint Pierre √† Paris tendant toutefois √† montrer cette facette de la photographie au public du XXIe¬†si√®cle[24].

En France, pour √™tre qualifi√©e ¬ę¬†d'Ňďuvre d'art¬†¬Ľ, une photographie doit √™tre tir√©e par l'artiste ou sous son contr√īle, sign√©e et num√©rot√©e dans la limite de 30 exemplaires, tous formats et supports confondus (article 98A de l‚ÄôAnnexe III du Code G√©n√©ral des Imp√īts)[25]. En effet, la l√©gislation fran√ßaise distingue le statut d' ¬ę¬†artisan photographe¬†¬Ľ et celui d' ¬ę¬†auteur photographe¬†¬Ľ, le premier faisant r√©f√©rence au photographe de reportage ou documentaire, et le second √† l'artiste photographe, habilit√© √† vendre des Ňďuvres d'art telles que d√©finies pr√©c√©demment.

Courants artistiques

La photographie elle aussi conna√ģt diff√©rents courants artistiques tout comme en peinture, les principaux sont¬†:

Bibliographie

  • Pierre-Jean Amar, La Photographie, histoire d'un art, √Čditions Edisud
  • Pierre-Jean Amar, Histoire de la Photographie, √Čditions PUF, coll. ¬ę¬†Que sais-je¬†?¬†¬Ľ
  • Pierre-Jean Amar, L'ABCdaire de la Photographie, √Čditions Flammarion
  • Olivia Colo, Wilfrid Est√®ve et Mat Jacob, Photojournalisme, √† la crois√©e des chemins, co√©dition EMI-CFD/Marval.
  • Hubert Damisch, La D√©nivel√©e - √Ä l'√©preuve de la photographie, √Čditions du Seuil.
  • Jean-Clet Martin, Le Corps de l'empreinte, √Čditions Kim√©.

Années 1960

  • Pierre Bourdieu, Un art moyen, essai sur les usages sociaux de la photographie, √Čditions de Minuit.

Années 1970

  • Andr√© James et Robert Sobieszek, La Photographie primitive fran√ßaise, Ottawa, Galerie nationale du Canada, 1971.
  • Gis√®le Freund, Photographie et soci√©t√©, Seuil, 1974.

Années 1980

  • Roland Barthes, La Chambre claire, Gallimard, 1980
  • Michel Lessard et Francine R√©millard, Photo-histoire au Qu√©bec¬†: 150 ans de proc√©d√©s photographiques monochromes, [y compris] photographie, peinture, gravure, de la vue st√©r√©oscopique √† la carte postale illustr√©e, le kodakisme, Photo-s√©lection, 1987.
  • Susan Sontag, Sur la photographie, √Čditions Christian Bourgois.

Années 1990

  • Serge Tisseron, Le Myst√®re de la Chambre claire, Les Belles Lettres, 1996 (r√©√©dition Champs-Flammarion, 1999)

Années 2000

  • Louis Mespl√©, L'Aventure de la photo contemporaine de 1945 √† nos jours, Ch√™ne, 2006.
  • √Čtienne Mollier, M√©moires d'un inventeur¬†: De la photographie 35¬†mm au r√©troprojecteur, 164 p., √Čd. L'Harmattan (Acteurs de la Science), 2009 (ISBN¬†978-2-296-08369-1)

Années 2010

  • Quentin Bajac, La Photographie¬†: du daguerr√©otype au num√©rique, Gallimard, 2010 (ISBN 9782070130665)
  • Brigitte Govignon, La petite encyclop√©die de la photographie, La Martini√®re, 2011.
  • Pierang√©lique Schouler, David Groison, L'Histoire vraie des grandes photos, Actes Sud, 2014, 88 p. (ISBN¬†978-2-330-03226-5)
  • Michel Poivert, Br√®ve histoire de la photographie. Essai, Hazan, 2015.
  • Tom Ang, Photographie. L'histoire visuelle du Huiti√®me art, DK, 2015.
  • The Georg Eastman House Collection, Histoire de la photographie de 1839 √† nos jours, Taschen, 2016.
  • Fran√ßois Brunet, La photographie histoire et contre-histoire, Presses Universitaires de France, (lire en ligne)

Notes et références

  1. ¬ę¬†D√©finitions¬†: photographie¬†¬Ľ, sur larousse.fr (consult√© le )
  2. ¬ę¬†Photographie¬†¬Ľ, dans le Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales [consult√© le 30 octobre 2017].
  3. D√©finitions lexicographiques et √©tymologiques de ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ dans le Tr√©sor de la langue fran√ßaise informatis√©, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consult√© le 30 octobre 2017].
  4. Entr√©e ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ des Dictionnaires de fran√ßais [en ligne], sur le site des √©ditions Larousse [consult√© le 30 octobre 2017].
  5. Entr√©e ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ, dans √Čmile Littr√©, Dictionnaire de la langue fran√ßaise, t.¬†3¬†: I ‚Äď P, Paris, L. Hachette, , 1 vol., II-1396, gr. in-4o (32¬†cm) (OCLC¬†457498685, BNF¬†30824717, SUDOC¬†005830079, lire en ligne [fac-simil√©]), p.¬†1011, col.¬†2 (lire en ligne [fac-simil√©]) [consult√© le 30 octobre 2017].
  6. Entr√©e ¬ę¬†photographie¬†¬Ľ, dans Fran√ßois Raymond, Dictionnaire g√©n√©ral de la langue fran√ßaise¬†: et vocabulaire universel des sciences, des arts et des m√©tiers, t.¬†2¬†: M ‚Äď Z, Paris, A. Andr√©, N. Crochard et F. G. Levrault, , 1 vol., 784-39-99, in-4o (28¬†cm) (OCLC¬†419238949, BNF¬†32558696, SUDOC¬†020220871, lire en ligne [fac-simil√©]), p.¬†231, col.¬†1 [consult√© le 30 octobre 2017].
  7. Michel Wiedemann, ¬ę¬†Le vocabulaire de la photographie¬†¬Ľ, Cahiers de lexicologie¬†: revue internationale de lexicologie et de lexicographie, vol.¬†43, no¬†2,‚Äé , p.¬†85-116 [consult√© le 30 octobre 2017].
  8. Jean-Louis Marignier, Invention de la photographie, Belin, , p. 74 .
  9. L'Orient Le Jour, 30.III.2015, "Beyrouth en cendres" (1991)
  10. Exposition puis publication d'un ouvrage aux éditions du Cyprès en 1992 : https://www.biblio.com/book/beyrouth-centre-ville-beirut-city-center/d/434220928
  11. Emmanuel Guarrigues, ¬ę¬†Le savoir ethnographique de la photographie¬†¬Ľ, L‚ÄôEthnographie, vol.¬†87-1, no¬†109,‚Äé , p.¬†11-54
  12. Rougeon Marina (2017) "Photographie", in Anthropen.org, Paris, √Čditions des archives contemporaines.
  13. Maresca, Sylvain., La Photographie¬†: un miroir des sciences sociales, Paris/Montr√©al, √Čditions L'Harmattan, , 267¬†p. (ISBN¬†2-7384-4774-0 et 9782738447746, OCLC¬†36592472)
  14. Laplantine, F., ¬ę¬†¬ę¬†Penser en images¬†¬Ľ¬†¬Ľ, Ethnologie fran√ßaise, vol.¬†37, no¬†1,‚Äé , p.¬†47-56
  15. Albert Piette, ¬ę¬†La photographie comme mode de connaissance anthropologique¬†¬Ľ, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, no¬†18,‚Äé , p.¬†129‚Äď136 (ISSN¬†0760-5668, DOI¬†10.4000/terrain.3039, lire en ligne, consult√© le )
  16. Conord, S. (2002), ¬ę¬†De l‚Äôimage photographique au texte en anthropologie¬†¬Ľ, in Barbe N., Chaudat Ph. et Chevalier S. (dir.), Filmer la ville, Besan√ßon, PUFC, p. 51-58.
  17. (en) ¬ę¬†People will take 1.2 trillion digital photos this year ‚ÄĒ thanks to smartphones¬†¬Ľ, sur Business Insider France (consult√© le )
  18. Rapport 2018 de la CIPA (Camera and imaging products association), ¬ę¬†Statistical results & outlook¬†¬Ľ, 2 Mars 2018, [En ligne] [consult√© le 8 mars 2018]
  19. Julien Cadot, ¬ę¬†Les 6 appareils photos les plus utilis√©s sur FlickR sont des iPhone¬†¬Ľ, 22 d√©cembre 2015, [En ligne] [consult√© le 8 mars 2018]
  20. Source documentaire¬†: Christophe Auffry, ¬ę¬†Chiffres cl√©s¬†: les ventes de mobiles et smartphones¬†¬Ľ, 8 f√©vrier 2018, [En ligne] [consult√© le 8 mars 2018]
  21. √Čtude statistique YouGov, 3 et 4 novembre 2016, ¬ę¬†Photographie 2.0¬†: une nouvelle √®re¬†¬Ľ, [En ligne] [consult√© le 26 Mars 2018]
  22. Pierre Bourdieu (dir.), Un art moyen, √Čditions de Minuit, Coll. Le Sens Commun, 1965 (ISBN¬†978-2-7073-0029-4)
  23. Mathieu Degrotte, ¬ę¬†Photographie artistique¬†¬Ľ, sur m-d-art.com
  24. Martine Lusardy, ¬ę¬†Roger Ballen Halle Saint Pierre¬†¬Ľ, sur hallesaintpierre.org
  25. ¬ę¬†Qu‚Äôest-ce qu‚Äôune Ňďuvre d‚Äôart¬†? - ArtPhotoLimited - Photographie - Ňíuvre d‚Äôart¬†¬Ľ, sur artphotolimited.com, (consult√© le )

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes