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Mont Kenya

Le mont Kenya, dont le nom signifie ¬ę montagne de l'autruche ¬Ľ chez les Wakamba, l'une des populations vivant √† son pied, est le point culminant du Kenya et le deuxi√®me plus haut sommet d'Afrique, derri√®re le Kilimandjaro. Les plus hautes cimes culminent √† 5 199 m√®tres √† la pointe Batian, 5 188 m√®tres √† la pointe Nelion et 4 985 m√®tres √† la pointe Lenana. Il se situe au centre du pays, juste au sud de l'√©quateur, √† approximativement 150 kilom√®tres au nord-nord-est de la capitale Nairobi.

Mont Kenya
Soleil levant sur le mont Kenya.
Soleil levant sur le mont Kenya.
Géographie
Altitude 5 199 m, pointe Batian
Massif Vallée du Grand Rift
Coordonn√©es 0¬į 09‚Ä≤ 22‚Ä≥ sud, 37¬į 19‚Ä≤ 05‚Ä≥ est
Administration
Pays Drapeau du Kenya Kenya
Comtés Meru, Tharaka-Nithi, Embu, Kirinyaga, Nyeri
Ascension
Première Septembre 1899 par Halford John Mackinder, César Ollier et Josef Brocherel
Géologie
Roches Syénite
Type Volcan de rift
Morphologie Stratovolcan
Activit√© √Čteint
Derni√®re √©ruption 2,6 ‚Äď 3,1 Ma
Code GVP Aucun
Observatoire Aucun
Géolocalisation sur la carte : Kenya
(Voir situation sur carte : Kenya)
Mont Kenya

Le mont Kenya est un volcan rouge né il y a environ trois millions d'années de l'ouverture du rift est-africain. Il a été recouvert pendant des millénaires par une importante calotte glaciaire qui a fortement érodé ses pentes et lui a donné son relief particulier, avec de nombreuses vallées qui descendent du sommet. Il reste aujourd'hui une douzaine de petits glaciers en phase de retrait rapide, malgré des températures souvent négatives, avec un climat très variable au cours des millénaires et des siècles, des saisons et des jours. La montagne demeure une source d'eau essentielle pour une grande partie du pays.

Le volcan est découvert par les Européens en 1849 avec Johann Ludwig Krapf. La communauté scientifique reste longtemps circonspecte sur l'existence de neige à ces latitudes et l'existence du mont Kenya n'est confirmée qu'en 1883. La première exploration a lieu en 1887 et le sommet est véritablement vaincu en 1899 par l'équipe d'Halford John Mackinder. Aujourd'hui, de nombreux itinéraires et refuges permettent d'effectuer l'ascension vers les principaux pics.

La montagne poss√®de huit √©tages de v√©g√©tation entre le bas et le sommet, avec notamment une vaste couronne de for√™t. De nombreuses esp√®ces sont end√©miques ou tr√®s caract√©ristiques du mont Kenya, comme les lobelias, les s√©ne√ßons ou les damans du Cap. C'est pourquoi une zone de 715 km2 autour du sommet est prot√©g√©e par le parc national du mont Kenya, class√© au patrimoine mondial de l'UNESCO, et re√ßoit plus de 15 000 visiteurs par an.

Toponymie et étymologie

Les croyances et les rituels des tribus locales envers le mont Kenya sont √† l'origine de l'appellation du pays[1] - [2]. Il appara√ģt sous son orthographe d√©finitive apr√®s une s√©rie d'√©volutions cons√©cutives √† son observation par Johann Ludwig Krapf en 1849.

Diff√©rentes tribus ont leurs propres noms pour d√©signer le mont Kenya. Les Kikuyu l'appellent Kirinyaga qui signifie ¬ę montagne blanche ¬Ľ ou ¬ę montagne brillante ¬Ľ, les Embu Kirenia qui signifie ¬ę montagne de la blancheur ¬Ľ, les Maasa√Į Ol Donyo Eibor ou Ol Donyo Egere, soit respectivement ¬ę la montagne blanche ¬Ľ et ¬ę la montagne tachet√©e ¬Ľ[3] et les Kamba Kiinyaa qui signifie ¬ę montagne de l'autruche ¬Ľ. Ce dernier nom renvoie √† la couleur des pics qui sont blancs avec la neige et noirs avec les rochers, ressemblant au plumage du m√Ęle[4] - [5]. Krapf demeure dans un village wakamba lorsqu'il voit la montagne pour la premi√®re fois[6] et lui attribue donc le nom de Kegnia (ňąkiňźnj…ô dans la prononciation phon√©tique en anglais[7]), une d√©formation de Kiinyaa[8].

√Ä l'√©poque, il n'est pas n√©cessaire d'ajouter ¬ę mont ¬Ľ dans le nom de la montagne. On ne commence √† trouver le toponyme actuel ¬ę mont Kenya ¬Ľ qu'en 1894[9], avant qu'il ne devienne officiel en 1920 lorsque la colonie et protectorat du Kenya, pr√©c√©demment protectorat britannique d'Afrique de l'Est, est fond√©e[1]. Pourtant, d'autres orthographes font leur apparition apr√®s cette date, notamment dans l'ouvrage de Dutton en 1929[10] - [11].

Le Kenya obtient son ind√©pendance en 1963 et Jomo Kenyatta est √©lu premier pr√©sident[12]. La co√Įncidence sur l'orthographe de son nom de famille entra√ģne le changement de la prononciation de Kenya[8], qui devient ňąk…õnj…ô dans la prononciation phon√©tique anglaise[7], rejoignant la prononciation fran√ßaise.

Lenana est chef-soigneur des Maasa√Į vers 1890, et fils du pr√©c√©dent chef M'batian. La pointe Lenana est nomm√©e en son honneur par Halford John Mackinder[10].

Les pics du mont Kenya ont obtenu leur nom √† partir de trois sources distinctes. Les pics Batian renvoient au chef soigneur maasa√Į M'batian et √† sa famille : Nelion d'apr√®s son fr√®re Nelieng, Sendeyo pour son fils a√ģn√©, et Lenana pour son second fils et successeur. Ces noms ont √©t√© propos√©s par Mackinder sur une suggestion de Hinde, officier r√©sident du Maasailand[10]. Terere, autre pic Batian, provient d'un autre chef Masa√Į. D'autres pics ont √©t√© nomm√©s d'apr√®s des grimpeurs ou des explorateurs comme Eric Shipton, Sommerfelt, Bill Tilman, Dutton et Arthur. Shipton r√©ussit la premi√®re ascension du Nelion, et Sommerfelt, accompagn√© du m√™me Shipton, la seconde. Tilman a r√©alis√© plusieurs premi√®res avec Shipton en 1930. Dutton et Arthur ont explor√© la montagne entre 1910 et 1930. Arthur Firmin, pour sa part, a donn√© son nom au col Firmin. Humphrey Slade a explor√© la zone des landes, et a probablement r√©alis√© la premi√®re exploration du Sendeyo[13]. Les noms restant proviennent de personnalit√©s k√©nyanes connues, √† l'exception des pointes John et Peter qui √©taient deux disciples du missionnaire Arthur. Pigott √©tait administrateur du protectorat d'Afrique de l'Est √† l'√©poque de l'exp√©dition Gregory. Quatre pics formant un groupe √† l'est des pics principaux sont nomm√©s d'apr√®s des gouverneurs du Kenya et premiers colons : Coryndon, Grigg, Delamere et McMillian[13]. √Čtrangement, la pointe Thomson n'est pas ainsi nomm√©e en l'honneur de Joseph Thomson qui confirma l'existence de la montagne mais d'apr√®s un photographe officiel de la Royal Geographical Society[13].

Géographie

Situation

Le mont Kenya se situe sur les hauts plateaux du Kenya, à l'est de la vallée du Grand Rift, à 150 kilomètres au nord-nord-est de Nairobi[14].
Photo satellite du mont Kenya.

Le mont Kenya s'√©l√®ve √† 5 199 m√®tres d'altitude, au centre du Kenya, √† 150 kilom√®tres au nord-nord-est de la capitale Nairobi. Il est entour√© par les villes de Nyeri au sud-ouest, Nanyuki au nord-ouest et Embu au sud-est. Administrativement, il se trouve √† cheval sur les comt√©s de Meru, Tharaka-Nithi, Embu, Kirinyaga, Nyeri. Le sommet, qui se situe l√©g√®rement au sud de l'√©quateur, est le point culminant du pays et le deuxi√®me d'Afrique, derri√®re le Kilimandjaro situ√© √† 320 kilom√®tres plus au sud, du c√īt√© tanzanien de la fronti√®re[14].

Le mont Kenya forme un complexe volcanique quasi circulaire de 80 √† 100 kilom√®tres de diam√®tre. La route qui en fait le tour √† sa base fait plus de 300 kilom√®tres de longueur. Pourtant, il est presque deux fois moins volumineux que le Kilimandjaro[15].

Topographie

Le Batian à gauche, le Nelion à droite et la pointe Slade au premier plan.

Les pics qui dominent le mont Kenya sont presque tous d'origine volcanique. La majorité est localisée près du centre de la montagne. Ils ont une apparence alpine prononcée par le fait qu'ils sont très découpés et s'élèvent à l'intersection des crêtes[16]. Un peu plus loin, les necks sont recouverts de cendre volcanique et de terre.

Photo satellite commentée centrée sur le sommet du mont Kenya avec la situation des glaciers, des vallées et de quelques pics principaux.

Les plus hautes cimes culminent √† 5 199 m√®tres d'altitude √† la pointe Batian, 5 188 m√®tres √† la pointe Nelion et 4 985 m√®tres √† la pointe Lenana. Les deux premiers sont s√©par√©s par la ¬ę Porte du Brouillard ¬Ľ. La quatri√®me cime par l'altitude est le pic Coryndon avec 4 960 m√®tres d'altitude mais contrairement aux pr√©c√©dents, il ne fait pas partie de la formation centrale. Autour des trois principales cimes, on trouve la pointe Pigott (4 957 m√®tres), la pointe Dutton (4 885 m√®tres), la pointe John (4 883 m√®tres), la pointe John inf√©rieure (4 757 m√®tres), la pointe Slade (4 750 m√®tres) et le pic Midget (4 700 m√®tres) ; tous ont une forme pyramidale prononc√©e. Une cr√™te au sud de la Gorges Valley comporte de nombreux autres pics √©lev√©s. Au nord de la formation principale, le Terere (4 714 m√®tres) et le Sendeyo (4 704 m√®tres) constituent des pics jumeaux et une formation √† part enti√®re.

Hydrographie

Le mont Kenya constitue la principale source de deux des plus larges rivi√®res du pays : le Tana et l'Ewaso Ng'iro. Il fournit de l'eau directement √† deux millions de personnes[17]. Les cours d'eau ont √©t√© nomm√©s d'apr√®s les villages sur les versants de la montagne o√Ļ ils s'√©coulent. La rivi√®re Thuchi forme la fronti√®re entre les districts de Meru et Embu. Le cours du Tana fournissait en 1988 80 % de l'√©lectricit√© du Kenya gr√Ęce √† une s√©rie de sept installations hydro√©lectriques[18].

La Mackinder Valley et les pics principaux en arrière-plan.

La densit√© de cours d'eau est tr√®s importante, sp√©cialement sur les pentes basses qui n'ont jamais √©t√© recouvertes de glaciers. Sur la partie haute, la calotte glaciaire qui couvrait la montagne au Plioc√®ne a √©rod√© de larges vall√©es glaciaires au profil en ¬ę U ¬Ľ qui ne poss√®dent g√©n√©ralement qu'un large cours d'eau[16]. L√† o√Ļ le relief du volcan bouclier a √©t√© pr√©serv√©, les glaciers ont √©rod√© les versants de la montagne pendant des milliers d'ann√©es. Pour cette raison, la partie basse est caract√©ris√©e par de fr√©quentes et profondes vall√©es au profil en ¬ę V ¬Ľ. La transition entre les deux types de vall√©es est clairement visible[19].

Le glacier Lewis est le plus large des glaciers du mont Kenya.

De nombreux ruisseaux du mont Kenya, comme le Keringa et la Nairobi au sud-ouest, se jettent dans le Sagana, affluent du Tana, qu'il rejoint au réservoir de Masinga ou directement en aval de ce fleuve, à l'instar des Mutonga, Nithi, Thuchi et Nyamindi au sud et à l'est. Les cours d'eau qui s'écoulent sur le versant septentrional, telles les rivières Burguret, Naro Moru, Nanyuki, Liki ou Sirimon, se jettent dans l'Ewaso Ng'iro[16] - [19].

Le seul glacier suspendu du mont Kenya se trouve entre le Batian et le Nelion, les autres √©tant des glaciers de vall√©e ou de cirque. L'ensemble des glaciers conna√ģt une phase de retrait rapide. Le Mountain Club of Kenya √† Nairobi poss√®de des photographies de la montagne lors de sa premi√®re ascension en 1899 montrant, par comparaison, un recul prononc√©. Des t√©moignages historiques conseillent de chausser des crampons mais il n'y a d√©sormais plus de glace sur les itin√©raires en question. La neige se fait tr√®s rare en hiver et ne renouvelle plus la glace, m√™me sur le glacier Lewis, le plus grand de tous. La disparition des glaciers est annonc√©e pour le milieu des ann√©es 2030[5]. Leur surface a √©t√© estim√©e √† 0,7 km2 en 1980[20]. On trouve (dans le sens horaire √† partir du nord) les glaciers Northey, Krapf, Gregory, Lewis, Diamond, Darwin, Forel, Heim, Tyndall, Cesar et Josef.

Orogenèse

Le mont Kenya est un stratovolcan √©teint. Sa phase √©ruptive remonte de 2,6 √† 3,1 millions d'ann√©es. Comme son voisin le Kilimandjaro, il a √©t√© cr√©√© par l'ouverture du rift Est-africain[21]. Il a probablement atteint une altitude de 6 500 m√®tres, avec un profil similaire au Kilimandjaro d'aujourd'hui, avant d'√™tre √©rod√© par la calotte glaciaire. Les pics les plus √©lev√©s sont les restes des mati√®res volcaniques les moins friables, solidifi√©es sous l'ancien crat√®re principal[15]. Ils sont constitu√©s d'une roche cristalline, la sy√©nite, une roche magmatique plutonique grenue compos√©e de feldspath alcalin, de n√©ph√©line, de biotite et de hornblende. Autour des pics principaux sont dispers√©s des tufs, des conglom√©rats et des roches issues des coul√©es de lave[22].

Constitution des sols

Les types de sols sur le mont Kenya correspondent grossi√®rement aux diff√©rents √©tages de v√©g√©tation. Ils sont class√©s approximativement en quatre groupes : alpin, des landes √† la zone des bambous, pentes basses et pi√©monts o√Ļ se trouvent les villages entourant la montagne.

Le sol se craquelle en raison des cycles gel-dégel.

Les sols sur le volcan sont g√©n√©ralement tr√®s fertiles en raison de leur origine. Certains ont √©t√© model√©s par l'action √©rosive des glaciers tandis que les autres sont la cons√©quence de millions d'ann√©es d'√©rosion fluviale. Dans les deux cas, ils sont m√©lang√©s √† des cendres volcaniques qui accroissent la fertilit√©. La cendre et les √©jectas se m√©langent √† la terre plus rapidement que les roches volcaniques. Les sols du mont Kenya s'√©rodent facilement mais la v√©g√©tation, y compris la for√™t, les prot√®ge[23]. Quand ce n'est pas le cas, ces sols expos√©s s'√©rodent jusqu'au socle rocheux, notamment en raison de fr√©quents glissements de terrain[24]. En altitude, le probl√®me est moins critique compte tenu de la production r√©guli√®re de mati√®re min√©rale par les glaciers. Ce ph√©nom√®ne est important : malgr√© la fertilit√© des sols, les nutriments sont utilis√©s rapidement et remplac√©s presque aussit√īt[23]. La disparition de la couverture v√©g√©tale est caus√©e par les animaux et par l'homme. Les damans du Cap et les otomys consomment une quantit√© consid√©rable de plantes, sup√©rieure √† la capacit√© de production, notamment en p√©riode de forte d√©mographie[25]. Les touristes gravissant et redescendant la montagne √©rodent et √©largissent les chemins[26] tandis que la population locale vivant autour de la for√™t d√©friche de larges parcelles. La majeure partie de cette d√©forestation est faite ill√©galement[24]. L'√©rosion √©olienne entre alors en jeu[25]. L'√©rosion par solifluxion due √† la formation des aiguilles de glace est fortement acc√©l√©r√©e lorsque le couvert v√©g√©tal est absent. Les petits cours d'eau contribuent √©galement √† l'√©rosion[26].

Le gel a créé des motifs dans le sol, en dessous de Mugi Hill.

Bien que le mont Kenya soit sur l'√©quateur, les temp√©ratures nocturnes entra√ģnent la formation de reliefs p√©riglaciaires. Il existe un perg√©lisol situ√© √† quelques centim√®tres sous la surface. Les monticules, √† l'ouest de Mugi Hill, se cr√©ent par l'action r√©p√©t√©e des cycles de gel-d√©gel, de m√™me que les craqu√®lements du sol en hexagones √† 4 000 m√®tres d'altitude. Ces expansions et contractions √† la surface emp√™chent l'√©tablissement d'une v√©g√©tation[13].

Le groupe correspondant au type de sol alpin, le plus √©lev√©, soit au-dessus de 4 000 m√®tres d'altitude, est influenc√© par les glaciations r√©centes. √Ä partir de 4 600 m√®tres d'altitude, on trouve des loams avec des traces de vie organique dans une pr√©dominance d'√©boulis. En dessous, les sols morainiques et les cr√™tes √©rod√©es sont les plus courants avec des formes de vie organique plus vari√©es mais peu denses. Le fond des vall√©es est constitu√© par ces mat√©riaux qui ont √©t√© d√©pos√©s l√† par l'√©rosion, en majeure partie glaciaire, avec des √©paisseurs variables. Les sols sont ici comparables √† ceux que l'on retrouve sur d'autres montagnes tropicales √©lev√©es si ce n'est leur forte teneur en cendres[23]. Ils sont jeunes, g√©n√©ralement moins de 10 000 ans, et deviennent plus fins en vieillissant[26].

Le second groupe, comprenant les √©tages depuis la zone des bambous jusqu'aux landes, a √©t√© recouvert par la calotte glaciaire au maximum de son avanc√©e[16]. Ces sols sont de nature humique et abritent une vie organique tr√®s vari√©e[23]. Les plus fortes pr√©cipitations caus√©es par les vents anabatiques sur le versant occidental[27] entra√ģnent un lessivage des sols et le limon se d√©pose alors entre les rochers sur les flancs des vall√©es. Le drainage dans le sol n'est pas tr√®s important. Cette zone poss√®de de nombreuses chemin√©es volcaniques secondaires et les sols qui les recouvrent ont une vie organique abondante qui contraste avec les crat√®res secondaires qui contiennent peu de mati√®re d√©compos√©e. √Ä l'ouest et au sud, les tourbi√®res sont nombreuses[23].

Le troisi√®me groupe, correspondant aux pentes basses de la montagne entre 2 000 et 3 000 m√®tres d'altitude, n'a jamais √©t√© recouvert par la calotte glaciaire[16]. Cette zone se trouve essentiellement dans la for√™t ou bien est cultiv√©e. Dans sa partie sup√©rieure, autour de la montagne, une couche d'humus argileux atteint vingt √† quarante centim√®tres d'√©paisseur hormis au nord o√Ļ il y a des landes. Dans sa partie inf√©rieure, les versants est et sud ne sont que partiellement recouverts de v√©g√©tation avec des terrains argileux expos√©s en de nombreux endroits. Le versant nord-ouest est compos√© d'un sol de couleur rouge sombre bien drain√©[23]. Un r√©seau dense de cours d'eau s'est constitu√© sur les pentes basses, dans des vall√©es profondes avec du limon brun au centre, pr√®s du lit des rivi√®res, et de l'argile sur les flancs[23].

Généralités

Le climat pass√© est d√©termin√© en utilisant plusieurs m√©thodes dont l'√©tude des niveaux des lacs, le d√©bit des rivi√®res, les syst√®mes de dunes, l'extension des glaciers ou encore les pollens[28]. Plus on recule dans le temps, plus les signaux deviennent approximatifs. Alors que le climat peut √™tre inf√©r√© pour un endroit sp√©cifique il y a 20 000 ans[29], il faut consid√©rer le climat au-dessus de quasiment tout le continent africain et ajuster les r√©sultats en utilisant des analogies habituelles pour retracer ce qu'il √©tait il y a cinq millions d'ann√©es. Les difficult√©s li√©es √† remonter sur une aussi longue p√©riode comprennent une in√©galit√© de la r√©partition des enregistrements et un manque de v√©g√©tation fossile d√Ľ √† des conditions d√©favorables[28].

Sur de grandes √©chelles de temps, le climat est r√©gi par les cycles de Milankovińá changeant la quantit√© de rayonnement solaire qui atteint la Terre. L'affaiblissement ou le renforcement de la mousson joue √©galement un r√īle important. F. Sirocho et ses coll√®gues sugg√®rent que la force de la mousson est en lien avec l'alb√©do dans l'Himalaya. Des temp√©ratures plus froides dans l'hiver de l'h√©misph√®re nord entra√ģnent une plus grande r√©flexion des rayons sur la neige et la glace, des moussons d'√©t√© plus faibles et finalement un climat plus sec en Afrique de l'Est[30]. La force de la mousson est li√©e aux cycles de Milankovińá avec un d√©calage d'environ 8 000 ans. G√©n√©ralement, le maximum de la mousson survient 2 500 ans apr√®s un minimum glaciaire et correspond √† un minimum des temp√©ratures de la surface oc√©anique[31].

Depuis le d√©but du Quaternaire, l'h√©misph√®re nord a subi vingt-et-un √Ęges glaciaires majeurs ressentis jusqu'en Afrique de l'Est[28]. Le climat pass√© du Kenya fait √©cho √† l'alternance climatique en Europe, entrant et sortant de ces phases froides en m√™me temps[10]. Durant le dernier maximum glaciaire il y a 20 000 ans, l'inlandsis europ√©en aurait d√©tourn√© le climat oc√©anique atlantique au-dessus du Kenya qui aurait ainsi b√©n√©fici√© de conditions climatiques similaires √† celle de l'Europe actuelle[10]. Au cours des 6 000 derni√®res ann√©es, le mont Kenya a connu une s√©rie d'au moins six avanc√©es glaciaires mineures avec la derni√®re √† la fin du petit √Ęge glaciaire en 1900[32].

Les traces de ces refroidissements climatiques en Afrique de l'Est sont observ√©es sur les autres montagnes comme le Kilimandjaro, la cha√ģne du Rwenzori et le mont Elgon. Ce sont toutes des poches isol√©es d'√©cosyst√®mes alpins similaires avec une faune et une flore identiques. Cela signifie que cet √©cosyst√®me a d√Ľ √™tre plus √©tendu, √† faible altitude, et recouvrir chacune de ces montagnes[10]. Cependant, des poches de l'√©cosyst√®me actuel des plaines ont d√Ľ subsister sinon les esp√®ces animales de ce milieu seraient √©teintes[33]. Une explication alternative sugg√®re que sur cette √©chelle des temps de plusieurs millions d'ann√©es, la probabilit√© de tornades transportant la flore et la faune entre les montagnes est forte[34].

Histoire climatique

Au Plioc√®ne, il y a entre 2,5 et 5 millions d'ann√©es, le mont Kenya est un volcan actif[16]. Cinq millions d'ann√©es avant notre √®re, la mer M√©diterran√©e est √† sec[35] et les dunes du Sahara s'√©tendent beaucoup plus au sud ; la r√©gion actuelle du Kenya est une savane aride. Il y a environ 3,7 millions d'ann√©es, le climat devient plus humide qu'il ne l'est actuellement. Une v√©g√©tation riche s'√©tablit en Afrique de l'Est, bien qu'elle variera beaucoup, en termes d'esp√®ces et de distribution selon l'altitude, en fonction des oscillations climatiques. √Ä -2,5 millions d'ann√©es survient le premier des vingt-et-un √Ęges glaciaires majeurs du Quaternaire dans l'h√©misph√®re nord. L'Afrique tropicale subit des temp√©ratures plus basses qu'√† pr√©sent[28]. L'√©tagement v√©g√©tal en √Čthiopie est plus bas[36], et des changements identiques auraient affect√© le Kenya. Une p√©riode d'un million d'ann√©es, plus s√®che, s'ensuit, une tendance qui se poursuit globalement aujourd'hui[28].

Il y a 150 000 ans se produit le maximum de la glaciation de Riss, l'avant-derni√®re glaciation majeure, la plus √©tendue du Pl√©istoc√®ne. Elle est suivie par l'interglaciation de Eem, plus humide et plus chaude que l'√©poque actuelle[37]. Ensuite, une phase aride de ‚ąí100 000 √† ‚ąí90 000 ans est responsable de la formation de dunes jusqu'en Afrique australe[38] remplac√©e par une courte mais intense phase froide de ‚ąí75 000 √† ‚ąí58 000 ans. Vers la fin de cette p√©riode, le premier des √©v√®nements de Heinrich (H6) survient, rel√Ęchant une grande quantit√© de glace dans l'Atlantique Nord[39], entra√ģnant des temp√©ratures plus froides dans l'h√©misph√®re nord et une diminution de l'intensit√© de la mousson[38] - [37]. D'autres √©v√®nements de Heinrich se succ√®dent avec un ass√®chement associ√© du climat Est-africain √† -50, -35, -30, -24, -16 et finalement -12 milliers d'ann√©es, au Dryas r√©cent. Selon des donn√©es collect√©es dans le bassin du Congo, la p√©riode de ‚ąí31 000 √† ‚ąí21 000 est s√®che et froide, avec l'√©tagement v√©g√©tal qui s'abaisse. Les esp√®ces foresti√®res pr√©sentes en haute montagne deviennent des esp√®ces de basse montagne, tr√®s r√©pandues √† faible altitude[28]. Cependant, Lowe et Walker sugg√®rent que l'Afrique de l'Est √©tait plus humide qu'actuellement. Ce d√©saccord peut s'expliquer par la difficult√© d'associer diff√©rents lieux g√©ographiques donn√©s avec les dates[39].

Le dernier maximum glaciaire se d√©roule de ‚ąí23 000 √† ‚ąí14 000 ans avec une phase tr√®s aride en Afrique, avec des d√©serts s'√©tendant des centaines de kilom√®tres plus au sud que de nos jours[40]. La mousson d'√©t√© est tr√®s faible[41], les temp√©ratures sont de 5 √† 6 ¬įC inf√©rieures aux temp√©ratures actuelles et un retrait g√©n√©ral de la for√™t humide se produit[28] - [29]. Les moraines datant de la fin du dernier maximum glaciaire en Afrique de l'Est montrent que la mousson de sud-est de l'√©poque est plus s√®che que la mousson de nord-est actuelle, d√©j√† relativement peu humide. Les stratus ont pu avoir de larges cons√©quences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[28].

Il y a 13 800 ans, le climat redevient humide et les for√™ts de montagne s'√©tendent de nouveau[39]. La mousson se renforce[41], le niveau des lacs et le d√©bit des rivi√®res en Afrique de l'Est augmentent[39] - [28]. La v√©g√©tation alpine est limit√©e par les temp√©ratures et non plus par la s√©cheresse[41]. Avant le Dryas r√©cent, les temp√©ratures atteignent leurs valeurs actuelles mais la couverture foresti√®re reste incompl√®te, et lorsque cette p√©riode commence, la mousson s'affaiblit et le niveau des lacs d'Afrique de l'Est diminue[39]. Finalement, les for√™ts atteignent leur couverture et leur densit√© actuelles apr√®s le Dryas r√©cent, lorsque le climat redevient humide[30]. Pendant les 5 000 ans suivants, la tendance hygrom√©trique se poursuit globalement malgr√© de nouvelles oscillations[28] - [40] - [42]. Au cours des 5 000 derni√®res ann√©es et jusqu'√† aujourd'hui, la mousson faiblit progressivement[42] et le mont Kenya rentre dans des s√©ries d'avanc√©es glaciaires mineures. Un minimum des temp√©ratures se produit voici 3,7 √† 2,5 milliers d'ann√©es puis durant le petit √Ęge glaciaire, ressenti entre 1300 et 1900, alors qu'un perg√©lisol subsiste sur la montagne.

Glaciations

Le mont Kenya a √©t√© recouvert d'une calotte glaciaire qui a √©rod√© ses pentes et expos√© les necks formant le sommet actuel[16] - [9]. Un climat plus froid et une altitude ayant atteint 5 000 √† 6 500 m√®tres en sont les facteurs responsables[9]. Depuis, la montagne a subi une s√©rie de glaciations mais seule la plus r√©cente peut √™tre chronologiquement reconstitu√©e car chacune a √©rod√© les moraines form√©es par la pr√©c√©dente d√®s lors que les glaciers ont avanc√© jusqu'√† elles.

Les glaciations en Afrique de l'Est sont associ√©es √† un climat plus froid et plus sec avec des pr√©cipitations plus faibles mais qui subsistent sous forme de neige. Les stratus qui auraient domin√© durant ces glaciations ont pu avoir de larges cons√©quences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[28]. Des avanc√©es glaciaires mineures sont recens√©es sur le mont Kenya au cours des 7 000 derni√®res ann√©es. La premi√®re s'est d√©roul√©e il y a 6 950 √† 4 500 ans avec une avanc√©e majeure dans la Teleki Valley. Une moraine dans la Hobley Valley est l√©g√®rement plus ancienne encore. Il y a 5 700 ans, les glaciers Cesar et Josef se retirent d√©finitivement du Hausberg Tarn. Ce petit lac de montagne a depuis servi √† d√©terminer le climat pass√© en √©tudiant ses s√©diments[32]. Une s√©rie de retraits et d'avanc√©es s'ensuivent avec des maxima glaciaires vers -3800, -3000, -2800, entre -2400 et -2300, vers -2100, -1200, -900, -50, 750, 1350, 1550 et 1900. Les glaciers form√©s il y a 2 800 √† 2 300 ans ont une base tr√®s froide qui a gel√© sur leur lit et n'ont par cons√©quent pas √©rod√© la montagne[32]. En 1900, lorsque Halford John Mackinder visite le mont Kenya, les glaciers sont proches de leurs moraines frontales du petit √Ęge glaciaire[43]. Ces avanc√©es glaciaires sont vaguement corr√©l√©es aux niveaux minimaux du lac Turkana, dans le nord-ouest du Kenya, vers -2800, -2200, -1700, -1500, -1000, -500, -10 et entre 400 et 600[44].

Depuis 1900, les glaciers ont constamment recul√© et sept sur dix-huit ont totalement disparu[45]. Hastenrath a d√©montr√© que ce ph√©nom√®ne est vraisemblablement d√Ľ √† un r√©chauffement de quelques dixi√®mes de degr√© centigrade en liaison avec une faible diminution de l'alb√©do au cours du XXe si√®cle, particuli√®rement dans les ann√©es 1920 et 1930[45]. La tendance actuelle des dix derni√®res ann√©es montre que les glaciers du mont Kenya auront disparu √† la fin du XXIe si√®cle.

Paléobotanique

La pal√©obotanique repose sur le fait que chaque √©cosyst√®me est caract√©ris√© par certaines plantes, qui √† leur tour jouent un r√īle de marqueur climatique qui renseigne sur le biotope o√Ļ elles se sont d√©velopp√©es. Un carottage effectu√© dans le Sacred Lake, √† 2 400 m√®tres d'altitude sur le mont Kenya, retrace la temp√©rature pass√©e en √©tudiant les pollens trouv√©s dans l'√©chantillon. L'√Ęge peut √™tre d√©termin√© par la m√©thode de datation au carbone 14, consid√©rant un taux de s√©dimentation constant. Le carottage du Sacred Lake, d'une longueur de 13,4 m√®tres, a √©t√© estim√© √† 18 600 ans. Il montre un pic en sp√©cimens de pollen remontant √† 11 000 ans, correspondant √† la phase du Dryas r√©cent en Europe. √Ä cette √©poque, Hagenia abyssinica appara√ģt, cet arbuste √©tant intimement associ√© √† la limite sup√©rieure de l'√©tage subalpin. Au pr√©alable, les esp√®ces des tourbi√®res et des bruy√®res dominent dans le carottage. Plus tard, d'autres esp√®ces d'arbres apparaissent jusqu'√† inclure le lac dans les for√™ts de l'√©tage montagnard, voici 5 000 ans. Cette phase correspond √† un r√©chauffement de 8 ¬įC par rapport au d√©but du carottage alors que le biotope correspondait √† ce qu'il est aujourd'hui √† 3 400 m√®tres, soit 1 000 m√®tres plus haut que le lac[29]. Il faut toutefois pr√©ciser que ces recherches ne s'appliquent qu'√† un endroit pr√©cis de la montagne[33]. Cette √©tude montre que les changements survenus dans le climat du mont Kenya sont corr√©l√©s √† ceux de l'Europe. Une explication alternative aux variations en pollens sugg√®re que le climat est devenu moins humide mais que les temp√©ratures n'ont pas chang√© autant que ce qui est annonc√©[46].

Système climatique saisonnier
Les cellules de Hadley contr√īlent la zone de convergence intertropicale qui est responsable de la mousson dans l'oc√©an Indien.
En janvier, la zone de convergence intertropicale (ZCIT) est √† sa position la plus m√©ridionale au-dessus de Madagascar. En juillet, sa position la plus septentrionale est au-dessus du Tibet. Lorsqu'elle passe de l'un √† l'autre de ces extr√™mes, le mont Kenya conna√ģt une saison humide.

Le mont Kenya, comme la plupart des r√©gions tropicales, conna√ģt deux saisons humides et deux saisons s√®ches r√©sultant de la mousson. De mi-mars √† juin, la saison des pluies abondantes est connue sous le nom de long rains (¬ę longues pluies ¬Ľ). Elle est suivie par la moins prononc√©e des deux saisons s√®ches, qui dure jusqu'en septembre. D'octobre √† d√©cembre se d√©roulent les short rains (¬ę courtes pluies ¬Ľ) puis, de d√©cembre √† mi-mars, a lieu la saison la plus s√®che.

Le mont Kenya chevauche l'√©quateur. En cons√©quence, durant l'√©t√© dans l'h√©misph√®re nord, le soleil est au nord de la montagne. L'altitude et l'aspect des bassins versants et des pics principaux induisent des conditions estivales sur le versant septentrional de la partie sup√©rieure de la montagne. Simultan√©ment, le versant m√©ridional conna√ģt des conditions hivernales. Lors de l'√©t√© dans l'h√©misph√®re Sud, la situation s'inverse.

La ceinture de basse pression autour de l'√©quateur, connue sous le nom de zone de convergence intertropicale (ZCIT) est responsable de l'alternance des saisons s√®ches et humides[47]. Durant les deux saisons s√®ches, la ZCIT se situe au-dessus de la p√©ninsule Arabique au mois de juillet, puis entre le sud de la Tanzanie et le nord de la Zambie en mars. Lorsque les basses pressions passent d'un extremum √† l'autre au-dessus du Kenya, la r√©gion conna√ģt une saison humide. La quantit√© de pr√©cipitations varie d'une ann√©e √† l'autre et d√©pend de la temp√©rature de surface de la mer sur l'oc√©an Atlantique et l'oc√©an Indien, ainsi que du ph√©nom√®ne El Ni√Īo[48]. Des eaux chaudes et un El Ni√Īo fort entra√ģnent des pr√©cipitations abondantes[49].

Tout au long de l'ann√©e, except√© en janvier, une basse pression situ√©e au-dessus du Tibet entra√ģne des vents en forme de fer √† cheval depuis l'oc√©an Indien, au-dessus de l'Afrique de l'Est puis jusqu'en Inde. Localement, sur le mont Kenya, l'effet donne des vents pr√©dominants de sud-est. En janvier, une inversion se produit avec des vents de nord-est[48]. Le mont Kenya, qui s'√©l√®ve brusquement de 1 400 m√®tres √† 5 199 m√®tres d'altitude, devient un obstacle majeur √† ces vents dominants. Durant la saison humide, la mousson de l'oc√©an Indien apporte de l'air satur√© en eau, parfaitement stratifi√© et nuageux. Il est la plupart du temps d√©vi√© autour des flancs de la montagne pour finalement l'encercler, en particulier de juin √† octobre. Le reste de l'ann√©e, il arrive que l'air soit forc√© de monter en altitude, entra√ģnant des pluies orographiques. Dans ce cas, de violents orages peuvent se produire[27].

Variations météorologiques journalières

Durant la saison s√®che, le mont Kenya suit pratiquement toujours le m√™me mod√®le m√©t√©orologique journalier : de larges fluctuations de temp√©ratures quotidiennes se produisent qui ont valu √† Hedberg de s'exclamer ¬ę l'hiver toutes les nuits et l'√©t√© tous les jours ¬Ľ[34]. Il y a des variations dans les temp√©ratures minimum et maximum d'un jour √† l'autre mais l'√©cart type de la moyenne horaire est faible. Un jour ordinaire est clair et frais le matin avec peu d'humidit√©. La montagne est √©clair√©e directement par les rayons du soleil et les temp√©ratures augmentent rapidement jusqu'√† un pic entre neuf heures et midi. Dans le m√™me temps, les pressions atteignent leur maximum g√©n√©ralement √† dix heures. √Ä basse altitude, sur la montagne, entre 2 400 et 3 000 m√®tres d'altitude, des nuages commencent √† se former au-dessus de la zone foresti√®re occidentale en raison de l'humidit√© apport√©e par le lac Victoria[18]. Les vents anabatiques caus√©s par l'air chaud ascensionnel entra√ģnent progressivement ces nuages au sommet dans l'apr√®s-midi. Aux environs de quinze heures, le rayonnement solaire au sol est le moins intense et l'humidit√©, alors √† son maximum, cause une hausse des temp√©ratures r√©elles et per√ßues. √Ä seize heures, la pression atteint un creux. Cette couverture nuageuse quotidienne prot√®ge les glaciers sur le versant sud-ouest qui, sans √ßa, seraient directement expos√©s au rayonnement solaire chaque jour, augmentant leur fonte[45]. Les nuages, poursuivant leur ascension, atteignent finalement les courants d'air sec de l'est, laissant place √† un temps d√©gag√© √† partir de dix-sept heures. Un autre pic de temp√©rature a alors lieu.

√Čtant situ√© sur l'√©quateur, le mont Kenya b√©n√©ficie, √† une minute pr√®s, d'une dur√©e du jour constante sur l'ann√©e avec douze heures de soleil. L'astre se l√®ve √† 5 h 30 et se couche √† 17 h 30[50]. Durant la nuit, le ciel est habituellement clair avec des vents catabatiques soufflant vers les vall√©es. En amont de la zone alpine basse, il g√®le en g√©n√©ral chaque nuit[51].

Températures

La temp√©rature sur le mont Kenya fluctue √©norm√©ment. Cette fluctuation est plus importante sur les pentes basses des landes. L'√©cart moyen des temp√©ratures sur 24 heures est de 11,5 ¬įC √† 3 000 m√®tres d'altitude, 7,5 ¬įC √† 4 200 m√®tres et 4 ¬įC √† 4 800 m√®tres[16]. La fluctuation des temp√©ratures diurnes se r√©duit avec l'altitude, et donc le gradient thermique adiabatique diminue pendant la journ√©e[52]. Ceci implique que ce gradient est plus faible que la moyenne pour de l'air sec durant la journ√©e. Durant la nuit, il est encore plus faible en raison des vents catabatiques provenant des glaciers. Il arrive que les temp√©ratures descendent en dessous de ‚ąí12 ¬įC dans les zones alpines[51]. La fluctuation thermique est moindre pendant la saison humide √©tant donn√© la pr√©sence continue de nuages agissant comme un tampon.

Les variations de temp√©rature sont en relation √©troite avec le rayonnement solaire direct. Il r√©chauffe rapidement de quelques degr√©s le sol, qui r√©chauffe √† son tour l'air au ras du sol. Cet air se refroidit pour atteindre tr√®s rapidement une temp√©rature d'√©quilibre avec l'air ambiant lorsque le ciel se couvre[52]. Les couches d'air sur une hauteur de cinquante centim√®tres du sol, dans les vall√©es, transmettent aussi de la chaleur aux couches d'air sup√©rieures la nuit. Pendant les nuits claires de la saison s√®che, le sol refroidit rapidement, refroidissant √† son tour l'air √† proximit√©. Ces √©changes thermiques permettent la circulation des vents catabatiques depuis les cr√™tes vers les vall√©es, induisant un ph√©nom√®ne d'inversion de temp√©rature. Baker a d√©couvert que la Teleki Valley est r√©guli√®rement plus froide de 2 ¬įC la nuit que les cr√™tes la surplombant[16]. Les plantes, comme les lobelias ou les s√©ne√ßons, ont d√Ľ s'adapter, seuls les sp√©cimens les plus grands subsistant au gel, g√©n√©ralement fatal √† leurs parties vitales[51].

Précipitations

Le record des précipitations sur le mont Kenya survient durant la saison humide de mi-mars à juin mais leur niveau peut varier grandement d'une année sur l'autre[52]. Durant les saisons humides, il est arrosé presque continuellement. La moitié des hauteurs de pluie annuelles tombe pendant les long rains[12], de mi-mars à juin, avec encore un tiers du total entre octobre et décembre pendant les short rains. Quelle que soit la saison, l'endroit le plus arrosé se situe sur le versant sud-est[16] - [52] - [53] en raison de la direction des vents dominants. À l'ouest, les quantités d'eau importantes sont dues aux effets du soleil, lorsque le ciel est dégagé en raison des vents anabatiques dans les vallées, emportant les nuages au sommet de la montagne en début d'après-midi. Sans ce phénomène, il a été démontré que cet endroit serait dans une zone d'ombre pluvieuse[27].

Au-del√† de 4 500 m√®tres d'altitude, la plupart des pr√©cipitations tombent sous forme de neige[54] mais comme l'air est sec, elles sont plut√īt rares. Par cons√©quent, la source d'eau principale dans les zones alpine et nivale est apport√©e par le gel nocturne[51] - [52]. Il joue un r√īle tr√®s important dans l'alimentation des glaciers, bien qu'il n'y ait actuellement aucun moyen pr√©cis de mesurer sa contribution. En aval, pendant la saison s√®che, la ros√©e matinale a un r√īle similaire et il est estim√© que la majorit√© des petits cours d'eau sont aliment√©s de cette mani√®re.

Plaines

Carte de l'étagement de la végétation au mont Kenya.

Les lowlands, associ√©es approximativement √† des plaines entourant le mont Kenya, font partie du plateau Est-africain et se situent autour de 1 000 m√®tres d'altitude. Le climat est tr√®s chaud et sec, et la v√©g√©tation est principalement constitu√©e de savane avec des √©pineux. De nombreuses esp√®ces d'herbes y poussent tandis que les arbres et les arbustes sont utilis√©s par les populations locales √† des fins vari√©es. Le lantanier et des esp√®ces d'euphorbe sont des buissons fr√©quemment utilis√©s dans les haies et les palissades[12]. Il existe des foyers d'essences originelles, domin√©s par des esp√®ces des genres Acacia et Combretum, mais les autres esp√®ces, comme un eucalyptus et les arbres fruitiers, ont √©t√© introduites pour des raisons alimentaires et √©conomiques[12].

Zones cultivées
Les pentes basses du mont Kenya sont très fertiles et la zone est fortement cultivée.

Les pentes basses de la montagne, en dessous de 1 800 m√®tres, ont un fort potentiel agricole et sont intensivement cultiv√©es. Les sols sont humides et tr√®s fertiles gr√Ęce √† l'activit√© volcanique pass√©e[12]. La majeure partie de la zone aujourd'hui cultiv√©e autour du mont Kenya √©tait √† l'origine une for√™t. Malgr√© la d√©forestation entreprise pour fournir des terres cultivables et des p√Ęturages, des arbres ont √©t√© √©pargn√©s. Ils donnent une id√©e des esp√®ces pr√©sentes jadis dans les for√™ts, bien qu'elles ne soient pas repr√©sentatives, √©tant donn√© que certaines ont √©t√© plus volontiers abattues et d'autres conserv√©es pour des raisons sp√©cifiques, telles que leur caract√®re sacr√© avec par exemple le ficus, ou simplement utile[12]. Il est possible de faire pousser certaines esp√®ces d'arbres aux c√īt√©s de culture vivri√®res. Beaucoup de ces arbres ont √©t√© laiss√©s debout lors de la d√©forestation ainsi que les esp√®ces fournissant de l'ombre au b√©tail[12]. Dans le m√™me temps, plusieurs esp√®ces exotiques ont √©t√© introduites comme le pin, l'eucalyptus et le cypr√®s.

Les cultures autour du mont Kenya ont chang√© depuis l'arriv√©e des Europ√©ens et le d√©veloppement des √©changes. Au XIXe si√®cle, les habitants faisaient pousser du millet, du sorgho ou de l'igname, uniquement pour leur propre consommation. D√©sormais ils ont √©t√© largement remplac√©s par des cultures plus rentables[12]. De grandes fermes se sont implant√©es o√Ļ le bl√© et l'orge sont cultiv√©s[17].

La quantit√© de pr√©cipitations variant selon les versants, les cultures diff√®rent autour de la montagne : les pentes m√©ridionales sont plus humides et id√©ales pour le th√©, le caf√©[55] et le riz tandis que les pentes septentrionales sont trop s√®ches pour ces esp√®ces et pr√©f√©r√©es pour les pommes de terre, le ma√Įs, les agrumes et les mangues. Un syst√®me d'irrigation a √©t√© d√©velopp√© pour augmenter la productivit√©[17]. Pourtant, alors que de nombreuses personnes au Kenya sont d√©pendantes de l'eau du volcan, la quantit√© d'eau dans les r√©gions tr√®s en aval a diminu√© et caus√© des s√©cheresses.

Avant 1900, de nombreux animaux sauvages étaient présents dans les régions basses du mont Kenya. Les buffles, les rhinocéros, les lions et de nombreuses antilopes étaient communs, tout comme les hippopotames et les crocodiles autour des rivières. Après 1900, la plupart de ces animaux ont été tués ou ont quitté la région bien que certains, comme les hyènes et les porcs-épics, subsistent encore[12].

Entre 1 800 et 2 500 m√®tres d'altitude, on trouve une for√™t de l'√©tage collin√©en, exploit√©e par les habitants pour les industries sylvicoles comme la scierie, l'√©b√©nisterie et la construction[17] - [56]. Le cheptel est √©lev√© sur les pentes les moins productives du mont Kenya, sp√©cialement pour son lait[12] - [17].

√Čtage montagnard
La forêt de l'étage montagnard possède de nombreuses espèces.

L'aspect des for√™ts autour du mont Kenya varie radicalement en fonction de l'altitude. Leur lisi√®re ext√©rieure commence entre 32 et 40 kilom√®tres du centre de la montagne et des glaciers, et elles ont une √©paisseur d'environ 26 kilom√®tres[57]. Leur limite inf√©rieure se situe entre 2 000 et 2 500 m√®tres[13]. La for√™t de l'√©tage montagnard requiert au moins 1 300 mm de pluie par an. Dans les zones o√Ļ ce niveau est inf√©rieur, comme sur le versant septentrional, elle ne peut pas pousser et est remplac√©e par des landes et des bruy√®res[52].

La for√™t de montagne a √©t√© exploit√©e par les habitants depuis un certain temps. Pour cette raison, elle a quelque peu chang√© et a diminu√© par rapport √† son origine. La population locale avait l'habitude de traverser la for√™t pour collecter du miel, du bois, de l'ivoire et des peaux d'animaux. Elle pr√©levait des plantes, √† la fois pour leurs vertus m√©dicinales et pr√©tendument magiques[12]. Les changements les plus radicaux ont lieu depuis l'arriv√©e des colons europ√©ens dans les ann√©es 1890. Lorsqu'ils r√©alisent la fertilit√© des sols dans les pentes basses du mont Kenya, ils accaparent les terres et des plantes exotiques sont import√©es. Avant cette p√©riode, l'impact √©cologique est n√©gligeable gr√Ęce √† la faible implantation de la population mais lorsque les indig√®nes sont regroup√©s dans des r√©serves, la destruction de la for√™t s'acc√©l√®re[12].

Il existe deux zones distinctes dans la forêt, chacune avec une espèce d'arbre dominante : la forêt humide, au sud et à l'est de la montagne, est dominée par Ocotea usambarensis (une espèce cousine du camphrier), tandis que la zone sèche, au nord et à l'ouest, est constituée principalement de genévriers. Il reste également une petite portion de forêt, au nord-est, s'étalant à travers les plaines en direction de Meru bien qu'elle ait pratiquement été rasée par la déforestation[57].

La for√™t de gen√©vriers est relativement peu perturb√©e car le climat n'est pas suffisamment humide pour supporter des activit√©s agricoles. Pourtant, les Masa√Į, qui font pa√ģtre leur b√©tail dans les prairies environnantes, br√Ľlent souvent l'herbe pour aider les nouvelles pousses √† grandir apr√®s les pluies. Les gen√©vriers ont une essence facilement inflammable et les feux se propagent fr√©quemment dans la for√™t. Pour cette raison, la for√™t s'√©tend vers de plus basses altitudes essentiellement dans les vall√©es arros√©es o√Ļ les feux ne peuvent pas progresser[57]. Sur certaines zones des versants septentrionaux, elle est absente, remplac√©e par les savanes des plaines qui atteignent les landes. L'arbre le plus commun est le gen√©vrier d'Afrique. Il peut atteindre des tailles importantes, jusqu'√† trente 30 m√®tres de hauteur, mais seulement dans des conditions tr√®s favorables au centre de la couronne foresti√®re. Il est utilis√© comme bois tendre et repr√©sente l'esp√®ce la plus pr√©cieuse dans cette partie de la for√™t[57]. Dans les franges ext√©rieures, on trouve Afrocarpus gracilior qui pousse seulement √† faible altitude, souvent dans les langues foresti√®res qui ont surv√©cu le long des rivi√®res. On trouve √©galement Olea europaea subsp. cuspidata, ou olivier brun, un arbre relativement petit[57]. Olea capensis subsp. macrocarpa, un olivier du Kenya, ainsi que Prunus africana, utilis√© dans la fabrication de meubles, sont des arbres fr√©quents au nord et √† l'ouest mais pr√©sents aussi occasionnellement dans la for√™t au sud[57]. Rapanea rhododendroides, appel√©e localement Mugaita, esp√®ce de la m√™me famille que le rhododendron et qui produit du tr√®s bon bois, et Ekebergia capensis, ou Mununga, dont les habitants font des r√©cipients pour le miel, sont des arbustes importants pour la population locale[57].

La forêt humide sur le mont Kenya est très dense.

La for√™t de ¬ę camphriers africains ¬Ľ (Ocotea usambarensis) se rencontre sur les versants m√©ridionaux et orientaux. Elle a connu des dimensions beaucoup plus vastes qu'actuellement mais les Kikuyu en ont d√©bois√© une grande partie afin d'utiliser les sols hautement fertiles pour les cultures. Cette d√©forestation a pris fin quand le Forest Administration Staff a √©t√© form√©. Les Kikuyu ont alors appris √† conserver le milieu afin qu'il survive √† l'avenir et qu'il continue √† apporter du bois[57]. La v√©g√©tation des vall√©es arros√©es est domin√©e par des Cyathea[12]. L'arbre le plus commun de la for√™t est Ocotea usambarensis, ou Mazaiti. Il pousse seulement dans les zones humides de la montagne et repr√©sente l'esp√®ce la plus pr√©cieuse dans cette partie de la for√™t. Il fournit un tr√®s bon bois dur et sert de refuge pour les abeilles. Des branches sont souvent coup√©es des arbres et accroch√©es dans des endroits plus pratiques pour constituer des nids et approvisionner les populations locales en miel[57]. Albizia adianthifolia, ou Mukuruwe, vit dans des climats humides et est donc bien adapt√© aux for√™ts du versant m√©ridional o√Ļ il est relativement commun. Il pr√©sente un grand tronc lisse et une canop√©e plate[57]. Les feuillus sont plus r√©pandus que les conif√®res dans les for√™ts de l'√©tage montagnard bien qu'une esp√®ce soit pr√©sente au mont Kenya : Podocarpus latifolius, un cousin de l'if qui pousse √† haute altitude. √Čtant donn√© son absence pr√®s des pentes cultiv√©es, il n'a pas √©t√© affect√© par la d√©forestation √† la m√™me √©chelle que les autres esp√®ces. Le bois fourni par cet arbre est le plus utilis√© de tous au mont Kenya[57].

La forêt sur les hauteurs de Meru, au nord-est du mont Kenya, se prolonge au pied du volcan plus loin qu'ailleurs. Les plantes trouvées ici sont légèrement différentes[57]. Deux espèces de feuillus, un Muringa (Cordia africana) et le Moru (Vitex keniensis), étaient communes sur le versant sud-est mais, à cause de la déforestation, elles sont cantonnées à cette partie de la forêt. On y trouve également des Mtunguru (Lovoa sp.), le Mukoi (Newtonia buchananii), et un Iroko (Milicia excelsa)[57].

Un bongo du mont Kenya.

De nombreux mammif√®res vivent dans les for√™ts du mont Kenya : des singes, des antilopes, des damans du Cap, des porcs-√©pics et des animaux plus gros comme l'√©l√©phant et le buffle d'Afrique. Ce dernier se cache et se repose dans la for√™t pendant le jour puis √©merge dans les plaines adjacentes pour se nourrir pendant la nuit. Le rhinoc√©ros, qui avait le m√™me comportement, a √©t√© chass√© et √©radiqu√© dans la r√©gion. On trouve √©galement des guibs harnach√©s, des antilopes sing-sing, des taurotragus ainsi que des z√®bres l√† o√Ļ la v√©g√©tation se fait plus √©paisse[57]. Les esp√®ces les plus rares sont l'hyloch√®re, le suni et le bongo[12]. Les plus gros pr√©dateurs sont la hy√®ne, le l√©opard et occasionnellement le lion[19]. Sur l'itin√©raire Naro Moru, √† l'ouest de la montagne, le buffle a √©t√© aper√ßu en train de creuser le sol avec ses cornes pour se nourrir. Ce comportement est probablement li√© √† la pr√©sence de fer, n√©cessaire √† l'adaptation en altitude[58]. Sur le plan ornithologique, des ibis verts, ou Mesembrinibis cayennensis, et des grives √©thiopiennes, ou Zoothera piaggiae, deux esp√®ces tr√®s rares, ont √©t√© aper√ßues √† la station m√©t√©orologique[13].

Zone des bambous

Les bambous annihilent toute autre forme de végétation. Seul le bord des routes permet à d'autres espèces de pousser.

La zone des bambous se trouve entre l'√©tage montagnard et l'√©tage subalpin, entre 2 200 et 3 200 m√®tres d'altitude. On la trouve sur toutes les hautes montagnes d'Afrique de l'Est bien que sur le mont Kenya, elle soit remarquable du fait qu'elle forme une couronne autour de la montagne[59]. Elle est enti√®rement naturelle et non une cons√©quence de la d√©forestation[13]. Le bambou pr√©sent, Yushania alpina, est tr√®s d√©pendant des pr√©cipitations et demande un relief doux et un sol riche. Pour cette raison, cette zone est tr√®s clairsem√©e au nord et enti√®rement absente √† certains endroits. √Ä l'ouest, les bambous peuvent pousser √† plus de neuf m√®tres de hauteur et sur les pentes sud-est humides, √† plus de 15 m√®tres de hauteur[19].

Ils annihilent toute autre forme de végétation et empêchent les jeunes arbres de pousser. Toutefois, quelques grands arbres se trouvent éparpillés autour de la zone des bambous[12] - [57]. Ces arbres ont pu se développer il y a plusieurs décennies lorsque la végétation n'était pas si dense[59]. L'espèce de bambou trouvée au mont Kenya, Yushania alpina, est endémique aux montagnes d'Afrique de l'Est[59] et d'Afrique centrale.

Les bambous étant peu appétissants pour la plupart des animaux, la faune est très pauvre dans cette zone végétale. Cependant, il y a de nombreuses pistes à travers les bambous, pratiquées par de grands animaux comme les buffles ou les éléphants, sur leur chemin entre la forêt et les landes. Parfois, ces derniers mangent quand même les jeunes pousses.

√Čtage subalpin
Les mousses sont des organismes communs dans l'étage subalpin.

La for√™t subalpine se trouve g√©n√©ralement entre 3 000 et 3 500 m√®tres d'altitude bien qu'elle s'√©tende √† des altitudes plus basses sur les pentes les plus s√®ches[13]. Elle est souvent appel√©e zone Hagenia-Hypericum, car ces arbres, relativement petits, y sont les plus nombreux. Certaines esp√®ces, Kniphofia, des Lobelia g√©ants et des violettes africaines, sont des plantes communes dans cette zone[13] - [19].

Les Kniphofia sont un genre de plantes à fleurs que l'on trouve à cheval sur l'étage subalpin et la zone des landes.

Deux espèces de reptiles sont présentes dans la forêt subalpine : le Mabuya irregularis, un scinque vivant dans les bruyères, et le Chamaeleo bitaeniatus, qui évolue entre un et deux mètres au-dessus du sol[60].

Zone des landes et des maquis

La zone des landes et des maquis est moins distincte que son √©quivalent sur le Kilimandjaro et la cha√ģne du Rwenzori[52]. Elle est plus large sur le versant oriental du mont Kenya qui re√ßoit plus d'eau. Dans les vall√©es o√Ļ ce milieu est pr√©sent, le sol est souvent d√©tremp√© en raison de la relative plan√©it√© et du faible drainage. Une partie de l'itin√©raire Naro Moru est connu sous le nom de Vertical Bog (¬ę la tourbi√®re verticale ¬Ľ) et s'√©tale depuis la lisi√®re sup√©rieure de la for√™t jusqu'√† environ 3 600 m√®tres d'altitude[52]. La v√©g√©tation dans la zone des landes et des maquis est facilement inflammable m√™me si elle pousse sur des sols humides, ainsi une grande partie a √©t√© br√Ľl√©e pendant la r√©bellion Mau Mau[12].

Pennisetum purpureum sur l'itinéraire Chogoria.

La zone se trouve entre 3 200 et 3 800 m√®tres d'altitude. Les landes se situent dans les milieux les plus humides tandis que le maquis, ou chaparral, est pr√©sent dans les milieux secs. La plupart des plantes dans cette zone sont des arbustes avec des petites pousses. Dans les landes, les esp√®ces dominantes sont les bruy√®res arborescentes (Erica arborea) qui peuvent atteindre dix m√®tres de hauteur. Dans le maquis, les plantes sont souvent des arbustes plus aromatiques comme Artemisia afra ou Protea caffra subsp. kilimandscharica[13]. Le sol des landes est souvent couvert de carex, de mousses, principalement des sphaignes, et de joncs (Juncus sp.) √† proximit√© des cours d'eau[61]. Toutes sortes d'herbes sont pr√©sentes sur le sol mar√©cageux. Elles poussent entre les bruy√®res g√©antes et sont entrecoup√©es de fleurs. Les plus communes sont Geranium vagans et Kniphofia thomsonii mais aussi Disa stairsii, Gladiolus watsonioides ou encore Dichrocephala chrysanthemifolia var. alpina. On trouve √©galement Lobelia deckenii subsp. keniensis dans les zones humides[52] ainsi que des gentianes et d'autres esp√®ces alpines aux altitudes les plus √©lev√©es[13]. Les sols drain√©s, comme les moraines et les cr√™tes, sont plus propices au chaparrel[52].

Le reptile le plus commun dans les landes et les maquis du mont Kenya est le Mabuya varia, vivant sous les touffes de fétuques et les roches[60]. De manière générale, les animaux dans ce milieu sont un mélange d'espèces forestières et alpines. Il y a très peu de larges animaux résidents à cette altitude mais au contraire des rats, des souris et des campagnols terrestres, associés à leurs prédateurs, les aigles, les buses, milans[19]. Des troupeaux d'élands sont parfois repérés et occasionnellement des lions.

√Čtage afro-alpin
Lobelia telekii peut atteindre 3 m√®tres de hauteur.

L'√©tage afro-alpin se trouve entre 3 800 et 4 500 m√®tres d'altitude. Il se caract√©rise par une atmosph√®re s√®che et t√©nue et d'importants √©carts de temp√©ratures. C'est un milieu isol√©, avec une zone subalpine √† 80 kilom√®tres dans l'Aberdare, mais aucune r√©gion similaire √† proximit√©. C'est donc un √ģlot terrestre avec de nombreuses esp√®ces end√©miques[52].

Un grand nombre de plantes vit dans l'√©tage afro-alpin. Elles se sont toutes adapt√©es de diff√©rentes mani√®res au rude environnement. Certaines sont devenues end√©miques en raison de leur isolement ancien. Les plantes dominantes sont les f√©tuques[62]. Il existe plus de cent esp√®ces de fleur sauvages uniquement dans cette zone, incluant des immortelles, des renoncules, des Asteraceae et Gladiolus crassifolius (un gla√Įeul africain). En raison de leur vari√©t√©, elles sont en fleur tout au long de l'ann√©e. Les immortelles vivent dans les zones s√®ches et ont des fleurs de couleur blanche ou rose tandis que les renoncules pr√©f√®rent les zones humides et sont de couleur jaune[13]. Cependant, les plantes les plus r√©put√©es de l'√©tage afro-alpin sont les s√©ne√ßons g√©ants que l'on ne trouve que sur les montagnes d'Afrique de l'Est. Leurs pousses s'√©l√®vent √† plus de dix m√®tres de hauteur et certains ont de v√©ritables troncs et tiges. L'esp√®ce Dendrosenecio keniodendron se rencontre en haute altitude, entre 3 900 et 4 500 m√®tres[63] alors que Dendrosenecio keniensis est pr√©sent principalement en dessous de 4 000 m√®tres et exceptionnellement jusqu'√† 4 200 m√®tres. Dendrosenecio keniodendron se d√©veloppe en colonies et supprime toute autre forme de v√©g√©tation √† part l'alch√©mille qui pousse √† sa base. En direction des cr√™tes et des vall√©es, le s√©ne√ßon se fait plus rare et les autres plantes arrivent √† survivre[52]. Les vall√©es sont plus abrit√©es mais souvent ombrag√©es et plus affect√©es que les cr√™tes par le cycle gel-d√©gel journalier ; pourtant elles abritent de nombreuses vari√©t√©s de fleurs et d'herbes brout√©es par les damans du Cap. Les cr√™tes sont bien drain√©es au niveau du sol mais plus expos√©es au vent ; les plantes ont donc des difficult√©s √† survivre, si ce ne sont les f√©tuques qui abritent quelques fleurs entre leurs touffes. Les barres rocheuses constituent sous certaines conditions un bon abri et un habitat propice √† de nombreuses esp√®ces de fleurs et de plantes grasses. De plus, la zone afro-alpine poss√®de de nombreux points d'eau o√Ļ toutes sortes de mousses et d'h√©patiques, de fleurs et d'herbes se d√©veloppent[52]. √Ä cause de la formation d'aiguilles de glace toutes les nuits, les plantes sont sujettes √† la solifluxion[64]. Ce ph√©nom√®ne peut d√©terrer les plantes et endommager leurs racines. Certaines ont appris √† vivre sans, comme certains lichens ou Aegagropila linnaei. D'autres, comme Dendrosenecio keniodendron et Lobelia deckenii subsp. keniensis, poss√®dent des parties spongieuses entre les cellules de leurs pousses o√Ļ l'eau peut geler sans dommage[51]. En revanche, au-dessus de 15 ¬įC, leur photosynth√®se est consid√©rablement r√©duite[64] ce qui fait qu'elles sont restreintes √† l'√©tage afro-alpin. Le sol est g√©n√©ralement colonis√© dans un premier temps par les f√©tuques puis dans un second temps par les mousses qui le stabilisent, afin de permettre √† d'autres plantes de s'installer. C'est particuli√®rement vrai dans les √©boulements et les talus instables[52]. Dutton, sur la cr√™te en direction du pic de Shipton, √©crit :

¬ę Une curiosit√© qui attira mon attention fut l'√©tendue de mousses et de lichens qui couvraient les faces de cet √©peron ; ils √©taient partout, ils habillaient m√™me les troncs des s√©ne√ßons et des lobelias g√©ants qui tentaient encore de trouver assez de sol pour supporter leur propre existence ; et dans chaque fissure je tombai sur des foug√®res et des fleurs. Il y avait plus de v√©g√©tation ici que sur n'importe quelle partie de la montagne, d'altitude similaire, que j'avais visit√©e. Les s√©ne√ßons et les lobelias g√©ants semblaient avoir atteint leur maturit√©, malgr√© la pauvret√© √©vidente des sols. ¬Ľ

‚ÄĒ E.A.T. Dutton, Kenya Mountain[57]

  • La flore exotique de l'√©tage afro-alpin sur le mont Kenya
  • Un lobelia g√©ant (Lobelia deckenii subsp. keniensis), entour√© de f√©tuques, √† la limite des landes et de l'√©tage afro-alpin. Il peut atteindre 6 m√®tres de hauteur et est parfaitement adapt√© pour pi√©ger les gouttes d'eau et se pr√©munir du gel.
    Un lobelia g√©ant (Lobelia deckenii subsp. keniensis), entour√© de f√©tuques, √† la limite des landes et de l'√©tage afro-alpin. Il peut atteindre 6 m√®tres de hauteur et est parfaitement adapt√© pour pi√©ger les gouttes d'eau et se pr√©munir du gel.
  • Lobelia telekii, inflorescent, dans les rochers. Il poss√®de des feuilles duveteuses pour isoler ses bourgeons.
    Lobelia telekii, inflorescent, dans les rochers. Il possède des feuilles duveteuses pour isoler ses bourgeons.
  • Des s√©ne√ßons g√©ants (Dendrosenecio keniodendron) dans la Mackinder Valley.
    Des séneçons géants (Dendrosenecio keniodendron) dans la Mackinder Valley.
  • Des s√©ne√ßons g√©ants (Dendrosenecio keniodendron) dans un milieu particuli√®rement d√©sol√©.
    Des séneçons géants (Dendrosenecio keniodendron) dans un milieu particulièrement désolé.
  • Certains s√©ne√ßons conservent leurs pousses mortes autour de leur tronc pour se prot√©ger du froid nocturne.
    Certains séneçons conservent leurs pousses mortes autour de leur tronc pour se protéger du froid nocturne.
  • Dendrosenecio battiscombei a un tronc plus long avec moins de pousses isolantes que les autres esp√®ces √©tant donn√© qu'il vit √† plus faible altitude.
    Dendrosenecio battiscombei a un tronc plus long avec moins de pousses isolantes que les autres espèces étant donné qu'il vit à plus faible altitude.
Les jeunes pousses de Dendrosenecio keniensis constituent une nourriture appréciée des damans du Cap.

Les trois esp√®ces de mammif√®res dominantes dans l'√©tage afro-alpin sont le daman du Cap, un hyraco√Įde, l'Otomys orestes et le c√©phalophe de Grimm. Ils ont √©volu√© de telle sorte qu'ils occupent diff√©rentes niches √©cologiques avec des sources de nourriture diff√©rentes et ne sont donc pas en concurrence, √† moins que celle-ci ne fasse particuli√®rement d√©faut. Les seules fois o√Ļ ces animaux se rencontrent sont lorsqu'ils se d√©placent pour trouver de l'eau ou pour creuser le sol[52]. Les damans vivent entre 3 500 et 4 700 m√®tres d'altitude dans des trous dans les rochers √©rod√©s et stables. Ces trous sont habituellement peu profonds et ne s'enfoncent pas dans le sol. Les damans se nourrissent d'herbes et de mousses et occasionnellement de jeunes pousses de lobelia. Contrairement aux autres esp√®ces d'hyraco√Įdes, ils ont r√©guli√®rement besoin de boire et pratiquent la course entre leur terrier et les points d'eau m√™me s'ils sont couverts par les touffes de f√©tuques. En effet, lorsqu'ils se trouvent loin de leur trou, ils sont une proie pour la buse rounoir[52]. Les damans sont bien adapt√©s √† cette altitude : leur fourrure fait au moins cinq centim√®tres de longueur, √† comparer √† celle des autres esp√®ces du genre qui ne d√©passe jamais 1,5 centim√®tre. C'est probablement le plus gros hyraco√Įde d'Afrique r√©duisant sa perte de chaleur corporelle relative ; ils s'activent principalement le matin pour se r√©chauffer en groupe au soleil, et enfin les femelles ne donnent naissance g√©n√©ralement qu'√† une seule prog√©niture par saison permettant de lui porter plus d'attention et de le nourrir convenablement[52]. Les otomys √©voluent entre 3 300 et 4 300 m√®tres d'altitude dans les prairies de f√©tuques, les vall√©es et pr√®s des lacs. Ils vivent dans des trous sous les Dendrosenecio keniodendron. Le terrier m√®ne √† l'int√©rieur du plant du s√©ne√ßon, o√Ļ ils vivent pr√®s de la base des nouvelles pousses. En vivant ainsi au-dessus du niveau du sol, la temp√©rature est l√©g√®rement plus chaude. Ils se nourrissent de graines et d'herbes[52]. Les c√©phalophes √©voluent entre la lisi√®re sup√©rieure de la for√™t et 4 700 m√®tres d'altitude. Ils sont relativement rares et difficiles √† observer car ils se cachent g√©n√©ralement dans les bois de s√©ne√ßons ou les landes d'Erica. Ils broutent la journ√©e, se nourrissant de petites plantes ligneuses, et n'ont pas de gros besoins en eau[52]. Hormis ces trois esp√®ces, on trouve √©galement des Lophuromys aquilus qui sont omnivores et des Tachyoryctes rex qui se terrent et se nourrissent de racines et de tubercules[52]. Les mammif√®res pr√©dateurs ne font g√©n√©ralement que des incursions dans l'√©tage afro-alpin, retournant dans des r√©gions plus basses la nuit. Le l√©opard, le lycaon, le lion et la mangouste rouge ont tous √©t√© aper√ßus dans cette zone. Les l√©opards vivent dans la plupart des vall√©es, jusqu'√† 4 900 m√®tres d'altitude, et sont tr√®s territoriaux, se nourrissant de damans, d'otomys et de c√©phalophes. Les lycaons chassent en meute, tuant des proies plus grosses, y compris des c√©phalophes, occasionnellement des damans, des z√®bres, des √©lands et des gazelles au nord de la montagne.

Un souimanga sur un lobelia.

De nombreux oiseaux vivent sur les versants alpins du mont Kenya comme des espèces de souimangas, de traquets afroalpins, de sturnidés, de bergeronnettes et de rapaces avec la buse rounoir, le gypaète barbu ou l'aigle de Verreaux. Les plus petits pollinisent certaines espèces de lobelias et de séneçons[64].

À la saison sèche, on trouve des papillons mais l'altitude est en revanche trop importante pour les abeilles, les guêpes, les puces et les moustiques. La truite a été introduite dans les cours d'eau et les petits lacs et se trouve désormais tout autour de la montagne. La grenouille subalpine, le lézard alpin, la vipère de Hind[65] sont quelques-uns des reptiles et amphibiens à vivre à l'étage alpin[13]. L'Algyroides alleni est un lézard des murs commun qui vit dans les fétuques et les broussailles. Il se nourrit de coléoptères et de leurs larves[60]. Les pousses mortes des Dendrosenecio keniodendron constituent un habitat idéal pour les puces, les araignées et les gastéropodes[52].

√Čtage nival

La flore de l'étage nival est pauvre. Les plantes doivent être petites pour supporter le climat, à l'instar de Senecio keniophytum.

L'√©tage nival est la zone d'o√Ļ les glaciers se sont r√©cemment retir√©s. Sur le mont Kenya elle se situe g√©n√©ralement au-dessus de 4 500 m√®tres d'altitude. Ce n'est pas une zone continue, car les glaciers ne s'√©coulaient pas de mani√®re parfaitement r√©partie. Il y a seulement deux glaciers assez larges sur la montagne mais en retrait significatif pour permettre √† ce milieu de s'implanter et d'√™tre √©tudi√©[52].

Comme ce milieu a, par d√©finition, r√©cemment √©merg√© de sous les glaciers, les seules plantes √† vivre ici sont de petites colonies. Elles ont besoin d'√™tre prot√©g√©es des vents soufflant des glaciers. Leur croissance est souvent tr√®s lente. Les plantes les plus communes dans cette zone sont des gramin√©es, des chardons tels que Dipsacus pinnatifidus. On trouve plusieurs types de fleurs dans l'√©tage nival : Mackinder rapporte avoir vu des Helichrysum brownei au sommet du Batian en 1899[52]. La colonisation du milieu est √©vidente autour des glaciers Lewis et Tyndall, plus prot√©g√© des vents froids et autorisant une croissance des plantes plus rapide[52]. La premi√®re esp√®ce √† s'implanter est une petite fleur appel√©e Senecio keniophytum qui pousse √† l'abri des rochers. Elle est tr√®s ramass√©e et poss√®de des longs poils pour se pr√©munir du froid environnant. Les mousses et les lichens sont les suivantes √† appara√ģtre, car les moraines constituent un habitat adapt√© pour eux. Les lichens vivent sur les rochers √©rod√©s avec une surface rugueuse tandis que les mousses se d√©veloppent dans les abris rocheux. Ils stabilisent les sols et permettent √† d'autres plantes de s'installer par la suite[52].

Les damans du mont Kenya vivent jusqu'√† la limite basse de l'√©tage nival, habituellement en dessous de 4 700 m√®tres d'altitude. Des lions et des l√©opards ont √©t√© aper√ßus en train de s'aventurer √† cette altitude, mais c'est tr√®s inhabituel[52].

Le souimanga de Johnston (Nectarinia johnstoni) vit jusqu'aux limites de l'√©tage nival, dans les zones o√Ļ certaines Protea se sont √©tablies. √Ä cet endroit, on trouve √©galement le traquet afroalpin (Pinarochroa sordida). Le martinet √† ventre blanc (Tachymarptis melba africanus), vit au-dessus de 4 900 m√®tres d'altitude. Il est r√©sident et vit en groupes de plus de trente individus. Il se nourrit d'insectes, principalement attrap√©s au ras des cours d'eau et des lacs[52].

Histoire

Peuplement progressif

L'histoire des tribus vivant autour du mont Kenya est complexe. Elle n'a été documentée que récemment alors que leur mémoire était transmise oralement de génération en génération jusqu'à l'intervention des Européens.

La tribu Gumba est la premi√®re occupante connue du mont Kenya. Elle est compos√©e de chasseurs-cueilleurs pygm√©es mais s'est finalement √©teinte[13]. Les pr√©-Kamba, anc√™tres des Wakamba actuels, forment la premi√®re tribu √† immigrer au pied de la montagne. Ils arrivent du sud avant la fin du XIIIe si√®cle. Ils sont suivis √† l'aube du XIVe si√®cle par les Tharaka et les pr√©-Chuka puis au XVe si√®cle par les pr√©-Kikuyu originaires de la r√©gion de Mb√©r√©. Ces derniers se s√©parent et forment la tribu des Embu d'une part et celle des Kikuyu d'autre part. Dans les ann√©es 1730, les pr√©-Meru, appel√©s par la suite Ngaa[66], commencent √† arriver par la c√īte indienne et s'installent d√©finitivement dans les ann√©es 1750[67].

Découverte et exploration

Le volcan est découvert par les Européens en 1849 avec Johann Ludwig Krapf[57].

Le mont Kenya est le second des trois sommets majeurs de l'Afrique √† √™tre d√©couvert par les Europ√©ens, apr√®s le Kilimandjaro et avant le Rwenzori. Il est aper√ßu pour la premi√®re fois par le Dr Johann Ludwig Krapf, un missionnaire allemand de Kitui[68], une ville akamba √† 160 kilom√®tres de la montagne[14]. Sa d√©couverte a lieu le [57], un an apr√®s la d√©couverte du Kilimandjaro. Krapf tient l'existence de la montagne des propos du chef Kitui et entreprend dans la journ√©e de l'observer de ses yeux :

¬ę Il existait une montagne encore plus √©lev√©e √† six journ√©es de Kitui, le Kimaja Kegnia, ajoutant que si je grimpais la colline un peu au-dessus de son village, si le ciel √©tait d√©gag√© je devrais √™tre capable de voir la montagne. Comme la saison des pluies avait d√©j√† commenc√©, la r√©gion de Kegnia √©tait envelopp√©e de nuages‚Ķ Pourtant, il advint qu'en quittant Kitui le 3 d√©cembre 1849 je pus apercevoir le Kegnia plus distinctement et j'observai deux larges cornes ou piliers, pour ainsi dire, s'√©levant au-dessus d'une √©norme montagne au nord-ouest du Kilimandjaro, recouverte d'une substance blanche. ¬Ľ

‚ÄĒ Johann Ludwig Krapf, Travels, Researches and Missionary Labours[68]

La tribu Embu qui vit autour de la montagne raconte au Dr Krapf qu'ils ne sont jamais mont√©s bien haut en raison du froid intense et de la chose blanche qui d√©vale les pentes avec un bruit sourd. Il en conclut que des glaciers existent sur la montagne[68]. Les Kikuyu racontent √† Krapf que le sommet est ¬ę recouvert d'une substance ressemblant √† de la farine blanche ¬Ľ, confirmant que de la neige a √©t√© d√©couverte l√†-bas[68]. Krapf note √©galement que les rivi√®res qui coulent depuis le mont Kenya et d'autres montagnes de la r√©gion telles que le Kilimandjaro ne sont jamais ass√©ch√©es. Ce fait est tr√®s diff√©rent des rivi√®res habituelles en Afrique de l'Est qui se remplissent durant la saison humide et s'ass√®chent compl√®tement apr√®s la fin des pluies. Il en conclut qu'il doit y avoir une source d'eau en haut de la montagne, sous forme de glacier[68]. Krapf, avec Rebmann, son compagnon missionnaire d√©couvreur du Kilimandjaro, a d√©j√† exp√©riment√© d'autres r√©gions montagneuses d'Afrique de l'Est[68].

¬ę Que chacune de ces montagnes est recouverte de neiges √©ternelles est prouv√© par la multitude de cours d'eau s'√©coulant entre les deux. ¬Ľ

‚ÄĒ Johann Ludwig Krapf, Travels, Researches and Missionary Labours[68]

Il s'imagine alors que le mont Kenya est la source du Tana, du Jubba et du Nil Blanc[6].

Lorsque Krapf aper√ßoit pour la premi√®re fois le mont Kenya, les scientifiques en Europe ne reconnaissent toujours pas l'existence des neiges du Kilimandjaro. Aussi, ils accueillent avec beaucoup de doutes la nouvelle de la d√©couverte par le missionnaire allemand d'une montagne semblable dans la m√™me r√©gion[69]. Il essaie alors de convaincre qu'il est possible √† des sommets enneig√©s d'exister sur l'√©quateur en Afrique de l'Est en mentionnant qu'il est commun√©ment accept√© qu'il y a de la neige √† cette latitude en Am√©rique du Sud[45]. Il fait √©galement remarquer que la pr√©sence de neige a √©t√© confirm√©e au Cameroun et en Abyssinie (actuelle √Čthiopie) qui sont tr√®s proches de l'√©quateur[68].

Krapf pense que le mont Kenya est plus élevé que le Kilimandjaro. En effet, il arrive à cette conclusion à travers les informations fournies par la population locale et d'après ses propres observations. Malgré cette erreur d'appréciation, ses descriptions de la forme des deux pics sont d'une grande précision[68].

En 1851, Krapf retourne √† Kitui. Il s'approche de 65 kilom√®tres plus pr√®s de la montagne, sans jamais la revoir. En 1877, l'Allemand Johann Maria Hildebrandt √©tablit des collections botaniques depuis plusieurs semaines dans la r√©gion de Kitui et entend parler du mont Kenya mais ne l'aper√ßoit pas non plus. √Čtant donn√© qu'aucune confirmation ne vient soutenir les propos de Krapf, des suspicions naissent[69].

Finalement, en 1883, soit trente-quatre ans apr√®s sa d√©couverte, l'explorateur √©cossais Joseph Thomson passe pr√®s du versant ouest de la montagne et confirme son existence. Il compare alors sa forme √† celle du Mawenzi au Kilimandjaro et conclut qu'il doit s'agir de la bouche d'un volcan √©teint[69] - [3]. Il d√©tourne son exp√©dition et atteint l'altitude de 2 743 m√®tres sur les versants de la montagne mais doit faire demi-tour en raison de probl√®mes avec les Masa√Į[3] - [70]. Il r√©ussit cependant √† d√©crire la forme du volcan de loin.

¬ę Comme au Kilimandjaro, la nature a tiss√© avec justesse pour sa t√™te sombre une douce couronne de neiges √©ternelles, dont la calme, paisible lumi√®re est √† la fois un merveilleux contraste et une √©trange conclusion √† la fi√®re histoire de la montagne. Les faces des pics sont si abruptes et pr√©cipit√©es qu'en de nombreux endroits la neige est presque incapable de s'accrocher, et en cons√©quence, la roche appara√ģt ici comme autant de points noirs sur un manteau blanc. De l√† son nom Masa√Į de Donyo Eg√®re (la montagne mouchet√©e ou grise). La neige couvre l'ensemble du sommet sup√©rieur, et s'√©tend sur une certaine distance de chaque c√īt√©, atteignant, et de fait incluant la masse accident√©e au nord. Le pic est extr√™mement √©vocateur d'un √©norme cristal blanc ou d'une stalagmite, fix√© sur un socle de suie qui se d√©robe peu √† peu dans le vert √©meraude sombre de la r√©gion foresti√®re autour de la base. ¬Ľ

‚ÄĒ Joseph Thomson, Through Masai Land[3]

S√°muel Teleki est le premier Europ√©en √† poser le pied sur le mont Kenya. Son exp√©dition atteint 4 350 m√®tres d'altitude.

Pourtant, la premi√®re v√©ritable exploration sur la montagne n'est entreprise qu'en 1887, par le comte hongrois S√°muel Teleki et l'Autrichien Ludwig von H√∂hnel. Apr√®s avoir p√©n√©tr√© les for√™ts basses, ils r√©ussissent √† atteindre 4 350 m√®tres d'altitude sur le versant sud-ouest, avant de devoir faire demi-tour en raison d'un manque de nourriture et des souffrances de leurs porteurs[69] - [71]. Durant cette exp√©dition, ils pensent avoir trouv√© le crat√®re du volcan, les pics √©tant selon eux un point √©lev√© du bord de la caldeira. Cette th√©orie est accept√©e davantage que la description de Thomson de la bouche volcanique, √©tant donn√© que Teleki et H√∂hnel sont effectivement all√©s sur la montagne[69]. Pendant leur exp√©dition, ils constituent une collection de plantes alpines du mont Kenya. Elles sont reconnues comme similaires √† celles du Kilimandjaro, et l'id√©e d'√ģles montagneuses isol√©es d√©bute[69]. Teleki pr√©l√®ve des √©chantillons de roche et prouve que le mont Kenya est bel et bien d'origine volcanique[72].

En 1889, le versant oriental du mont Kenya est observ√© par Pigott[69]. La m√™me ann√©e, une exp√©dition dirig√©e par Dundas, Thomson et Hobley tente de gravir le versant m√©ridional mais ne r√©ussit pas √† traverser la for√™t[69]. En 1892, Teleki et H√∂hnel retournent sur le versant oriental mais se voient eux aussi incapables de franchir la for√™t[70]. Von H√∂hnel est mutil√© par un rhinoc√©ros bless√© et les porteurs se mutinent, contraignant l'exp√©dition √† une retraite rapide[3]. Enfin, en 1893, une exp√©dition r√©ussit √† atteindre les glaciers √† 4 730 m√®tres d'altitude. Cette exp√©dition voyage depuis la c√īte jusqu'au lac Baringo dans la vall√©e du Grand Rift et est men√©e par le Dr John Walter Gregory, un g√©ologue britannique. Pour accro√ģtre ses chances de succ√®s, Gregory emploie des porteurs zanzibari qui ont d√©j√† particip√© √† des exp√©ditions au mont Kenya[69]. Il passe de nombreuses heures sur le glacier Lewis malgr√© le refus de son guide de marcher sur cette surface et de l'accompagner.

¬ę Pas plus loin, ma√ģtre ; c'est trop blanc. ¬Ľ

‚ÄĒ Fundi, guide de John Walter Gregory, The Great Rift Valley[69]

Gregory passe environ deux semaines √† √©tudier la flore, la faune et la g√©ologie du mont Kenya. Il confirme l'existence de glaciers et essaie d'√©tablir le d√©bit du glacier Lewis. Il nomme √©galement de nombreux √©l√©ments de la montagne pour les d√©crire plus facilement. Il mentionne que la glace √† l'√©quateur est bien plus dure que celle des Alpes, alors que la neige est beaucoup plus poudreuse[69]. Il doit finalement se retirer en h√Ęte alors que ses porteurs, tr√®s malades, d√©sertent le camp de base. Ils souffrent du froid et de l'altitude, ce qui oblige Gregory √† d√©cider de retourner vers la c√īte le plus vite possible. √Ä son retour en Grande-Bretagne, il publie des journaux acad√©miques et un rapport narratif de ses d√©couvertes[69].

George Kolb, un m√©decin allemand, effectue des exp√©ditions en 1894 et en 1896 et devient le premier √† atteindre les landes sur le versant oriental. Pourtant de nombreuses autres explorations sont accomplies apr√®s 1898 alors que la voie ferr√©e est compl√©t√©e jusqu'√† Nairobi. L'acc√®s √† la montagne devient beaucoup plus facile par l√† que par Mombasa sur la c√īte.

  • Esquisses r√©alis√©es par John Walter Gregory lors de son exp√©dition en Afrique de l'Est en mars 1892
  • ¬ę [Le mont] Kenya depuis les plaines de Kapte √† l'ouest de Machakos ¬Ľ
    ¬ę [Le mont] Kenya depuis les plaines de Kapte √† l'ouest de Machakos ¬Ľ
  • ¬ę Panorama dans la vall√©e de H√∂hnel ¬Ľ
    ¬ę Panorama dans la vall√©e de H√∂hnel ¬Ľ
  • ¬ę Le quart sud-ouest de la partie centrale du [mont] Kenya ¬Ľ
    ¬ę Le quart sud-ouest de la partie centrale du [mont] Kenya ¬Ľ
  • ¬ę Le sommet central du mont Kenya depuis le sommet du [mont] H√∂hnel ¬Ľ
    ¬ę Le sommet central du mont Kenya depuis le sommet du [mont] H√∂hnel ¬Ľ
  • ¬ę Le glacier Lewis ¬Ľ
    ¬ę Le glacier Lewis ¬Ľ
  • ¬ę La pri√®re de Fundi ¬Ľ
    ¬ę La pri√®re de Fundi ¬Ľ
  • ¬ę L'ar√™te occidentale du mont Kenya ¬Ľ
    ¬ę L'ar√™te occidentale du mont Kenya ¬Ľ

Première ascension

Le , le Britannique Sir Halford John Mackinder quitte le site de Nairobi pour une exp√©dition au mont Kenya. Les membres de l'aventure se composent de six Europ√©ens, soixante-six Swahilis, deux grands guides masa√Į et quatre-vingt-seize Wakikuyu. Les Europ√©ens sont Campbell B. Hausberg, commandant en second et photographe, Douglas Saunders, botaniste, C.F. Camburn, taxidermiste, C√©sar Ollier, guide de haute montagne, et Josef Brocherel, guide et porteur, ces deux derniers √©tant originaires de Courmayeur, dans les Alpes[43].

L'exp√©dition rencontre de nombreuses difficult√©s avant m√™me d'atteindre la montagne. Lorsque Mackinder et ses coll√®gues europ√©ens arrivent √† Zanzibar, ils sont avertis que plusieurs autres exp√©ditions recrutent actuellement des porteurs pour des parcours √† l'int√©rieur des terres. Pour cette raison, Mackinder passe plus de temps √† Zanzibar qu'il ne l'aurait fait en temps normal pour recruter les 66 porteurs[43]. L'exp√©dition prend enfin la route pour Mombasa, pour y d√©couvrir qu'une √©pid√©mie de variole fait rage dans la ville. Les porteurs sont isol√©s pendant la nuit et envoy√©s √† Nairobi par train, t√īt le matin suivant. Avant m√™me que l'exp√©dition soit pr√™te √† quitter Nairobi, la ville est √† son tour atteinte par l'√©pid√©mie. Mackinder quitte pr√©cipitamment avant que l'√©tat de quarantaine soit d√©clar√©, sans avoir le temps de compl√©ter sa pr√©paration[43].

Le p√©riple jusqu'au mont Kenya prend trois semaines. L'exp√©dition ne rencontre pas beaucoup de vie sauvage, bien qu'elle soit charg√©e par des rhinoc√©ros et qu'elle ait √† √©viter des hippopotames lorsqu'elle traverse les rivi√®res. Elle aper√ßoit des empreintes de lion sans jamais en rencontrer. La population locale rencontr√©e sur son passage leur fait un accueil variable d√©pendant de l'attitude du chef envers l'exp√©dition[43]. Durant le voyage depuis Nairobi, les porteurs essaient de d√©serter et les Masa√Į disparaissent une nuit, laissant l'exp√©dition sans guide. Lorsqu'ils atteignent finalement la montagne, il leur devient impossible de se procurer de la nourriture pour tous les porteurs. Le chef local avait promis de leur en fournir mais change d'avis. Deux Swahilis sont assassin√©s alors qu'ils tentent une m√©diation aupr√®s de lui[43]. Une √©quipe de secours, dirig√©e par Saunders, est envoy√©e √† Naivasha pour acheter de la nourriture √† l'officier du gouvernement stationn√© dans la ville.

Mackinder continue sa progression en entrant dans la for√™t par le versant sud-ouest, au m√™me point que Gregory. Ils parviennent √† la traverser en une journ√©e, principalement gr√Ęce √† Ollier et Brocherel qui tracent ¬ę la grande route du mont Kenya ¬Ľ, un important chemin vers la lande. Dans cette zone situ√©e √† une altitude de 3 142 m√®tres, ils dressent le camp dans la H√∂hnel Valley. Lors de leur premi√®re excursion vers les pics, un membre l√Ęche une allumette et ils doivent combattre le feu qui s'√©tend et menace de br√Ľler leur camp[43].

Ollier et Brocherel continuent vers la Teleki Valley, o√Ļ ils construisent un refuge en pierre qui doit devenir le camp sup√©rieur. Mackinder entreprend sa premi√®re tentative vers le sommet le 30 ao√Ľt avec Ollier et Brocherel sur la face sud-est. Ils passent la nuit dehors encord√©s √† la falaise et doivent faire demi-tour le lendemain en raison d'une br√®che qu'ils ne peuvent franchir. Ils √©taient alors √† cent m√®tres du sommet du Nelion[43].

Le jour suivant, le 2 septembre, Hausberg, Ollier et Brocherel font un circuit autour des principaux pics afin de prendre des photographies et rechercher une voie accessible vers le sommet. Cet objectif est un échec[43]. Le 5 septembre, Ollier et Brocherel effectuent une ascension du glacier Darwin mais sont contraints de rebrousser chemin à cause du blizzard. La nourriture s'épuise et l'équipe de secours n'est pas revenue. Le même jour, Mackinder donne l'ordre à Hausberg de lever le camp supérieur et de redescendre au camp de base afin de préparer le retour à Naivasha pour le surlendemain. Mais deux heures avant que Hausberg n'atteigne le camp, Saunders fait son apparition accompagné du capitaine Gorges, l'officier du gouvernement, et chargé de vivres. Hausberg, Gorges et la plupart des porteurs retournent à Naivasha alors que Mackinder gravit la montagne pour s'attaquer une nouvelle fois au sommet[43].

De leur c√īt√©, Saunders et Campbell d√©placent le camp de base dans la for√™t afin d'√©tudier une nouvelle zone. √Ä cause du d√©part de plusieurs porteurs, le d√©m√©nagement doit s'effectuer en deux √©tapes et √† leur retour au site originel, ils tombent nez √† nez avec des Andorobbo essayant de s'emparer de ce qu'ils peuvent. Heureusement, ils s'av√®rent incapables de voler la nourriture car elle est emball√©e dans des bo√ģtes en √©tain et l'exp√©dition peut continuer[43].

Le 12 septembre, Mackinder lance une nouvelle tentative avec Ollier et Brocherel. Ils franchissent le glacier Lewis et escaladent la face sud-est du Nelion. Ils passent la nuit pr√®s du Gendarme, cette fois √©quip√©s d'une tente, puis traversent le n√©v√© en surplomb du glacier Darwin √† l'aube avant de tailler des marches en haut du glacier jusqu'√† l'ar√™te sommitale. La progression leur demande trois heures, l√† o√Ļ ils esp√©raient passer vingt minutes, tellement la glace est dure. Pour cette raison, ils l'appellent le glacier Diamant. Ils atteignent finalement le sommet du Batian √† midi du 13 septembre. Les nuages descendent d√©j√† sur les pics. Ne voulant pas √™tre pris dans la temp√™te de l'apr√®s-midi, apr√®s quarante minutes au sommet √† faire des observations et √† prendre des photographies, ils redescendent par le m√™me itin√©raire[43].

Avant de quitter d√©finitivement le mont Kenya, Mackinder, Ollier et Brocherel effectuent un dernier circuit autour de la zone des pics principaux, cette fois √† plus grande distance. Ils y passent trois jours et descendent dans chaque vall√©e, except√©e H√∂hnel Valley, afin de faire des observations. √Ä cette occasion, ils aper√ßoivent Ithanguni, ¬ę la montagne de l'est ¬Ľ. Ils retournent au camp de base le 20 septembre apr√®s avoir pass√© trente-trois jours sur le mont Kenya. Mackinder fait son arriv√©e √† Londres le pour rapporter son exp√©dition.

Chronologie des XXe et XXIe siècles

En 1902, le mont Kenya est déclaré Terre de la Couronne [britannique].

En 1912, la première grande entreprise de bois s'installe sur le versant nord-est et dans les années 1920, des plantations sont créées pour fournir des espèces végétales à croissance rapide.

Apr√®s la premi√®re ascension du mont Kenya, plusieurs exp√©ditions sont lanc√©es en quelque temps. La majorit√© d'entre elles, du moins jusqu'√† la Premi√®re Guerre mondiale, sont l'Ňďuvre de colons du Kenya et n'ont aucun aspect scientifique. Une mission de l'√Čglise d'√Čcosse s'installe √† Chogoria, et plusieurs missionnaires √©cossais tentent l'ascension vers les pics, notamment le R√©v√©rend John W. Arthur, G. Dennis et A. R. Barlow. D'autres encore sont entreprises mais aucune ne r√©ussit √† atteindre le Batian ou le Nelion[73].

De nouveaux itinéraires d'approche sont tracés à travers la forêt, qui rendent l'accès à la zone des pics beaucoup plus aisé. En 1920, Arthur et Fowell Buxton dégagent un itinéraire depuis le sud, alors que d'autres encore sont tracés depuis Nanyuki au nord, mais le plus fréquemment emprunté est celui depuis la mission Chogoria à l'est, construit par Ernest Carr qui supervise la construction des refuges Urumandi et Top Hut, sur des plans fournis par Arthur et Melhuish[74].

Shipton et Russel réalisent la première de la pointe John par le couloir sud-est, en 1929.

Le , la premi√®re ascension du Nelion est r√©alis√©e par Percy Wyn-Harris et Eric Shipton. Ils escaladent la voie normale puis descendent la ¬ę Porte du Brouillard ¬Ľ avant de gravir le Batian. Le 8 janvier, ils renouvellent leur exploit avec G. A. Sommerfelt et en d√©cembre, Shipton r√©alise une nouvelle ascension avec R. E. G. Russell en r√©ussissant notamment la premi√®re de la pointe John. Au cours de l'ann√©e 1929, le Mountain Club of East Africa est cr√©√©[13]. √Ä la fin juillet 1930, Shipton, accompagn√© de Bill Tilman, refait la travers√©e des pics, cette fois dans le sens Batian - Nelion. Ils en profitent pour r√©ussir les premi√®res de nombreux autres pics, y compris la pointe Peter, la pointe Dutton, le pic Midget, la pointe Pigott et soit le Terere, soit le Sendeyo[4].

Au début des années 1930, plusieurs explorations ont lieu dans les landes autour du mont Kenya et plus éloignées des pics. Raymond Hook et Humphrey Slade entreprennent de cartographier la montagne et d'implanter la truite dans plusieurs cours d'eau.

En 1932, la Mount Kenya Forest Reserve est établie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un nouvel √©lan d'ascensions se d√©roule au mont Kenya. Sans doute la plus notable est celle o√Ļ trois prisonniers de guerre italiens, retenus √† Nanyuki, s'√©chappent pour gravir la montagne avant de retourner se faire interner au camp. No Picnic on Mount Kenya raconte l'aventure de ces prisonniers[75].

En 1942, le Forest Act est adopté.

En 1949, le Mountain Club of Kenya se s√©pare du Mountain Club of East Africa et la zone au-dessus de 3 400 m√®tres d'altitude est class√©e en parc national[13]. Une route est construite depuis Naro Moru vers les landes, permettant un acc√®s plus facile.

Au d√©but des ann√©es 1950, le mont Kenya devient un bastion important du soul√®vement Mau Mau, une r√©bellion kikuyu contre l'Empire colonial britannique. L'altitude et les faibles temp√©ratures avec lesquelles ils vivent font qu'ils sont beaucoup mieux acclimat√©s que les opposants qui tentent de les attaquer, et la for√™t est un excellent endroit pour se dissimuler. Il est aussi possible d'y trouver de quoi s'alimenter, comme de la viande de brousse et des plantes, ainsi les Mau Mau ne sont ni affam√©s, ni assoiff√©s puisque l'eau est partout pr√©sente gr√Ęce aux pr√©cipitations importantes.

En 1959, le premier guide du mont Kenya est édité par le Mountain Club of Kenya.

Au début des années 1970, le groupe de secours en montagne du parc national du mont Kenya est formé[4].

En 1978, le mont Kenya est classé réserve de biosphère par l'UNESCO[76].

En 1980, une zone tampon est établie entre la forêt et les terres agricoles pour empêcher l'empiètement progressif des fermiers. Cette zone tampon est transformée en plantations de thé. En 1982, le Forest Act est révisé, interdisant l'exploitation de la forêt à tout usage quel qu'il soit.

En 1997, la montagne est finalement classée au patrimoine mondial de l'UNESCO[77].

Le , un avion immatriculé en Afrique du Sud et transportant douze passagers et deux membres d'équipage s'écrase sur le mont Kenya à la pointe Lenana sans laisser de survivants[78] - [79]. Toutefois, ce n'est pas le premier accident aérien sur la montagne : il existe au moins une épave d'un hélicoptère écrasé avant 1972[80].

Population et traditions

Carte de la répartition ethnique des tribus autour du mont Kenya.
Plusieurs tribus vivant autour du mont Kenya considèrent que c'est une montagne sacrée. Pour cette raison, ils construisent leurs maisons avec la porte face à la montagne.

Les principales tribus vivant autour du mont Kenya sont les Kikuyu, les Embu, les Masa√Į et les Wakamba. La montagne rev√™t un aspect important dans la culture de chacune d'entre elles. Pour beaucoup d'entre eux, elle constitue encore aujourd'hui une source de revenus dans le cadre de l'activit√© touristique. Ils travaillent en tant que guides, porteurs, gardiens de refuge, employ√©s d'h√ītel ou au sein des autorit√©s du parc national du mont Kenya. Traditionnellement, les membres des tribus se cachent dans la montagne afin d'√©chapper aux percepteurs de taxes[10].

Les Kikuyu
Ils vivent dans le district de Kirinyaga, sur les versants sud et est de la montagne[52] - [81]. Ce sont des agriculteurs qui travaillent la terre fertile m√©lang√©e aux cendres volcaniques des pentes basses. Les Kikuyu croient que leur dieu, Ngai, vit sur le mont Kenya[82]. Ils construisent leurs maisons avec la porte face √† la montagne[5] - [4] qu'ils appellent Kirinyaga ou Kilinyaga comme John Walter Gregory l'a mentionn√©[69] ce qui signifie ¬ę la montagne blanche ¬Ľ[4] - [83]. Les soigneurs Kikuyu partent souvent √† l'assaut du mont Kenya afin de trouver des conseils pour des rem√®des aupr√®s de Ngai[83]. Dans la tradition Kikuyu, ¬ę Lorsque la terre fut form√©e, un homme appel√© Mogai cr√©a une grande montagne appel√©e Kere-Nyaga. Une poudre blanche appel√©e Ira recouvrit le sommet, qui √©tait le lit pour le dieu Ngai. ¬Ľ D'importantes c√©r√©monies tribales comme le mariage ou le rite d'initiation se d√©roulent face √† la montagne[52].
Les Embu
Ils vivent sur le versant sud-est de la montagne[52]. Ils partagent les m√™mes croyances et les m√™mes pratiques architecturales que les Kikuyu au sujet du dieu Ngai[5]. Le nom Embu pour le mont Kenya est Kirenia ce qui signifie ¬ę la montagne de la blancheur ¬Ľ[5] - [13] - [4]. Ils ne s'aventurent que rarement sur les hauteurs en raison du froid[81] bien qu'ils les aient explor√©es jusqu'√† l'√©tage afro-alpin. En effet, ils ont appris √† Johann Ludwig Krapf que les eaux de la montagne coulent dans un large lac alimentant le fleuve Tana, les deux seuls lacs pouvant correspondre √† la description √©tant les lacs Michaelson et Ellis, tous deux dans l'√©tage afro-alpin[52].
Les Masa√Į
Ils vivaient auparavant sur les versants nord et nord-ouest mais ont √©t√© d√©plac√©s par les Europ√©ens dans des r√©serves au sud afin que leurs terres soient colonis√©es[52]. Ce sont des tribus nomades qui utilisaient les zones au nord pour faire pa√ģtre leur b√©tail. Ils croient que leurs anc√™tres sont descendus de la montagne √† l'aube des temps[5] - [4]. Les noms Masa√Į pour le mont Kenya sont Ol Donyo Eibor et Ol Donyo Egere qui signifient respectivement ¬ę la montagne blanche ¬Ľ et ¬ę la montagne tachet√©e ¬Ľ[5] - [13] - [4]. En 1899, quand Halford John Mackinder effectue sa premi√®re ascension, la montagne est consid√©r√©e par les Masa√Į comme leur territoire[5]. Il pense que le nom Kenya est une d√©formation du mot masa√Į signifiant ¬ę brouillard ¬Ľ et il appelle donc la br√®che entre le Batian et le Nelion la ¬ę Porte du Brouillard ¬Ľ[13].
Les Wakamba
Ils appellent la montagne Kima Ja Kegnia[52] - [13] - [81] ou Kiinyaa[4] signifiant respectivement ¬ę la montagne de la blancheur ¬Ľ et ¬ę la montagne de l'autruche ¬Ľ. Ce dernier nom renvoie √† la couleur des pics qui sont blancs avec la neige et noirs avec les rochers, ressemblant ainsi au plumage du m√Ęle[5]. Les Wakamba utilisaient √©galement le nom Njalo, ¬ę brillant ¬Ľ, qui a la m√™me racine que Kilima Njaro, le Kilimandjaro[69]. Lorsque Krapf aper√ßoit le mont Kenya pour la premi√®re fois en 1849, il se trouve dans le village wakamba de Kitui[81]. Il est g√©n√©ralement accept√© que le nom moderne Kenya provient de Kiinyaa[5] - [4].
Les autres tribus
Les premiers Europ√©ens √† explorer le mont Kenya emm√®nent souvent avec eux des membres d'autres tribus comme guides et porteurs. La plupart n'ont jamais connu l'exp√©rience du froid ou vu de neige ni de glace auparavant. Leurs r√©actions expriment fr√©quemment la peur et la d√©fiance. Les Meru croient que la montagne est la demeure de leur dieu Ngai[5]. Ils vivent sur le versant nord-est[52] et appellent la montagne Kirimaara, ¬ę la montagne qui brille ¬Ľ[84]. Les Wakuafi vivent sur le versant sud du mont Kenya qu'ils appellent Orldoinio eibor signifiant ¬ę montagne blanche ¬Ľ[81]. Les Wadaicho vivent quant √† eux sur le versant est, dans les for√™ts[81]. √Ä l'√©poque des premi√®res exp√©ditions par les Europ√©ens, aucune tribu ne vivait entre le mont Kenya et le lac Baringo ; la tribu Wasuk vivait au nord de la montagne avec les Masa√Į[81]. Les Andorobbo vivent sur le versant ouest, pr√®s de la base du mont Kenya, dans les for√™ts. Ils chassent le buffle et l'√©l√©phant pour la nourriture et pour vendre l'ivoire[81]. Ils appellent la montagne Doinyo Egeri qui signifie ¬ę montagne noire ¬Ľ, ce qui contraste avec les Masa√Į et les Kikuyu et qui s'explique par le fait qu'ils habitent sur un versant diff√©rent o√Ļ les rochers sont plus pr√©sents et les glaciers moins nombreux[52]. Ils avaient l'habitude d'explorer et parfois de vivre √† l'√©tage afro-alpin mais ils s'aventurent d√©sormais rarement au-del√† de la for√™t[52]. L'exp√©dition de Mackinder, en 1899, rencontre des hommes de la tribu Wanderobo √† environ 3 600 m√®tres d'altitude. Ils sont un exemple de tribu parfaitement adapt√©e √† vivre dans ce milieu[52]. Le nom zanzibari pour le mont Kenya est Meru[69].

Activités

Protection environnementale

Carte des zones protégées du mont Kenya.

La protection environnementale du mont Kenya s'est faite tr√®s progressivement. Une r√©serve est tout d'abord √©tablie en 1932, la Mount Kenya Forest Reserve. En 1942, la protection de la for√™t entourant le volcan est renforc√©e avec l'adoption du Forest Act. En 1949, la zone au-dessus de 3 400 m√®tres d'altitude, soit une surface de 620 km2, est class√©e au sein du parc national du mont Kenya[13]. Une route est construite depuis Naro Moru vers les landes permettant un acc√®s plus facile. En 1978, le mont Kenya est class√© r√©serve de biosph√®re par l'UNESCO. En 1980, une zone tampon est √©tablie entre la for√™t et les terres agricoles pour emp√™cher l'empi√®tement progressif des fermiers, √©tendant les limites du parc national √† 3 200 m√®tres d'altitude et augmentant sa superficie √† 715 km2[15]. Cette zone tampon est transform√©e en plantations de th√©. En 1982, le Forest Act est r√©vis√©, interdisant l'exploitation de la for√™t √† tout usage quel qu'il soit. La r√©serve naturelle entoure et prolonge les limites du parc sur 705 km2. En 1997, le site comprenant le parc et la r√©serve, soit 1 420 km2, est finalement class√©e au patrimoine mondial de l'UNESCO avec comme justification ¬ę l'un des paysages les plus imposants d'Afrique de l'Est avec ses sommets accident√©s couronn√©s de glaciers, ses landes afro-alpines et ses for√™ts d'une grande diversit√©, qui illustrent des processus √©cologiques exceptionnels. ¬Ľ[77]. En 1998, un nettoyage majeur des d√©tritus se d√©roule dans le parc. Aujourd'hui, le parc re√ßoit plus de 15 000 visiteurs par an[17].

La décision de classement en parc national a été décidée par le gouvernement kényan pour quatre raisons : l'importance du tourisme pour les économies locale et nationale, la préservation d'un site d'une grande beauté naturelle, la conservation de la biodiversité et la préservation des sources aquifères pour les régions alentour[17].

Itinéraires de randonnée

Carte des itinéraires de randonnée et des refuges.

Il existe huit itinéraires de randonnée menant aux pics principaux. Il s'agit (dans le sens horaire à partir du nord) des itinéraires Meru, Chogoria, Kamweti, Naro Moru, Burguret, Sirimon et Timau[19] auxquels vient s'ajouter le circuit des pics. Parmi ceux-ci, Chogoria, Naro Moru et Sirimon sont les plus fréquentés et par conséquent sont dotés de points d'entrée. Les autres itinéraires requièrent une permission spéciale du Kenya Wildlife Service[5].

Sirimon Route
Cet itin√©raire commence √† quinze kilom√®tres √† l'est autour de la Mount Kenya Ring Road depuis Nanyuki. Le point d'entr√©e se situe dix kilom√®tres plus loin le long de la piste qui peut √™tre emprunt√©e √† pied ou par des v√©hicules √† deux roues[13]. Le chemin s'√©l√®ve √† travers la for√™t. Il n'y a aucune zone des bambous sur le versant nord de la montagne et la for√™t laisse peu √† peu la place √† des landes couvertes de bruy√®re callune g√©ante. La piste se termine au Old Moses Hut et se transforme en un sentier qui continue jusqu'au sommet de la colline avant de se s√©parer en deux itin√©raires. √Ä gauche, le moins emprunt√© fait le tour du c√īt√© du Barrow jusqu'au Liki North Hut. La v√©g√©tation se fait plus rare, caract√©ris√©e par des lobelias g√©ants et des s√©ne√ßons. Le sentier grimpe le long d'une cr√™te avant de rejoindre le chemin principal qui remonte la Mackinder Valley. On peut d√©couvrir la grotte de Shipton dans la barre rocheuse sur la gauche de l'escarpement juste avant d'atteindre le camp Shipton. Depuis celui-ci, il est possible de gravir la cr√™te directement en face du camp vers le site du Kami Hut, qui n'existe plus d√©sormais, ou de suivre la rivi√®re jusqu'au Lower Simba Tarn et √©ventuellement le col Simba. Ils se situent chacun sur le circuit des pics.
Timau Route
Il s'agit d'un itinéraire restreint[5]. Il démarre très près du Sirimon Route au village de Timau et contourne la lisière de la forêt sur une distance considérable. Il a été utilisé pour se rendre en véhicule au point le plus haut possible de la montagne, mais il a été abandonné depuis de nombreuses années. Depuis l'extrémité de la piste, il est possible d'atteindre les Hall Tarns en quelques heures puis de suivre le Chogoria Route vers le circuit des pics.
Meru Route
Le Temple est un vaste surplomb rocheux dominant le lac Michaelson, près des Hall Tarns.
Cet itinéraire mène de Katheri, au sud de Meru, au lac Rutundu en suivant la rivière Kathita Munyi. Il n'atteint pas les pics mais les landes alpines sur les versants de la montagne[19].
Chogoria Route
Cet itin√©raire m√®ne de Chogoria au circuit des pics. Les 32 kilom√®tres du point d'entr√©e de la for√™t au point d'entr√©e du parc sont souvent parcourus en v√©hicule. Une vie sauvage abondante est pr√©sente dans la for√™t avec des colonnes de dorylus traversant la piste, des singes arboricoles et potentiellement des √©l√©phants, des buffles et des l√©opards. La piste n'est pas en bonne condition et demande de l'attention pour celui qui l'emprunte. Pr√®s du point d'entr√©e du parc, la zone des bambous commence avec des sp√©cimens poussant jusqu'√† douze m√®tres de hauteur. Une fois dans le parc, la piste serpente entre les for√™ts de palissandre avec des lichens suspendus aux branches. √Ä un point pr√©cis, l'itin√©raire se s√©pare en deux sentiers dont le plus petit m√®ne √† un chemin jusqu'aux environs de Mugi Hill et le long du lac Ellis.
Pr√®s de l'extr√©mit√© de l'itin√©raire, un petit pont traverse le ruisseau Nithi. Apr√®s quelques centaines de m√®tres, il aboutit √† la Gates Waterfall. Le sentier atteint une cr√™te au-dessus de la Gorges Valley avec un panorama sur les pics, le lac Michaelson, le Temple et √† l'autre bout de la vall√©e sur le Delamere et les pics Macmillan. Les Hall Tarns sont des petits lacs de montagne situ√©s √† la droite du chemin, au-dessus du Temple, une barre rocheuse de 300 m√®tres de hauteur surplombant le lac Michaelson[13]. Le sentier continue et croise les sources du Nithi, la pente devient alors abrupte. Il se s√©pare en deux pour d√©boucher √† l'ouest sur le col Simba et au sud-ouest sur le Square Tarn, tous deux sur le circuit des pics.
La Gorges Valley est un site remarquable sur l'itinéraire Chogoria.
Kamweti Route
Cet itinéraire suit la Nyamindi West River[19]. Son accès est réglementé, sous réserve qu'il existe encore : il n'est plus mentionné dans le guide officiel publié par le Kenya Wildlife Service et sa praticabilité n'est plus garantie[5].
The Vertical Bog sur le Naro Moru Route
Naro Moru Route
Cet itin√©raire est emprunt√© par beaucoup de randonneurs souhaitant atteindre la pointe Lenana. Il peut √™tre gravi en seulement trois jours et poss√®de des dortoirs √† chaque camp, √©pargnant ainsi un bivouac. Le terrain est habituellement bon, bien qu'une portion soit appel√©e the Vertical Bog (¬ę la tourbi√®re verticale ¬Ľ). La piste commence √† Naro Moru et se dirige via le quartier g√©n√©ral du parc vers la cr√™te entre les Northern et Southern Naro Rivers. √Ä son extr√©mit√© se trouve la station m√©t√©orologique jusqu'√† laquelle il est possible de se rendre en v√©hicule en saison s√®che. L'itin√©raire redescend dans la Northern Naro Moru Valley jusqu'au camp Mackinder sur le circuit des pics.
Burguret Route
Cet itinéraire a un accès réglementé[5]. Il commence à Gathiuru et suit principalement la North Burguret River puis continue jusqu'au Hut Tarn sur le circuit des pics.
Peak Circuit Path
Le circuit des pics serpente autour des pics principaux et se caract√©rise par une distance d'environ dix kilom√®tres et un d√©nivel√© absolu de plus de 2 000 m√®tres. Il peut √™tre parcouru en une journ√©e, plus couramment en deux ou trois jours. Il peut aussi servir pour rejoindre diff√©rents itin√©raires. Il ne n√©cessite pas d'escalade technique[4].

Voies d'escalade

La plupart des pics du mont Kenya ont été vaincus. La majorité d'entre eux impliquent de l'escalade en rocher comme voie la plus facile. Les cotations indiquées se réfèrent à l'échelle d'Afrique de l'Est.

Pic ou paroiAltitudeNom de la voieCotationSaison d'escalade[85]Première
Batian 5 199 m Voie Normale de la face Nord IV+ √Čt√© A.H. Firmin et P. Hicks, [86]
Voie de la crête Sud-Ouest IV Hiver A.H. Firmin et J.W. Howard, [87]
Nelion 5 188 m Voie Normale IV- √Čt√© / hiver E.E. Shipton et P. Wyn-Harris, [88]
Batian - Nelion - Ice Window Route V- √Čt√© P. Snyder, Y. Laulan et B. LeDain, [89]
Diamond Couloir VI √Čt√© P. Snyder et T. Mathenge, 4-[89]
Pointe Pigott 4 957 m Cr√™te Sud III+ √Čt√© / hiver W.M. et R.J.H. Chambers, f√©vrier 1959[13]
Thomson's Flake 4 947 m Thomson's Flake VI L. Hernacarek, W. Welsch et B. Cliff, septembre 1962[13]
Pointe Dutton 4 885 m Face et cr√™te Nord-Est IV S. Barusso et R.D. Metcalf, [13]
Pointe John 4 883 m Couloir Sud-Est III √Čt√© E.E. Shipton et R.E.G. Russel, [13]
Pointe Melhuish 4 880 m Face Sud-Est IV+ R.M.Kamke et W.M. Boyes, d√©cembre 1960[13]
Pointe Peter 4 757 m Couloir et cr√™te Nord-Est III E.E. Shipton et H.W. Tilman, juillet 1930[13]
Window Ridge VI, A1 F.A. Wedgewood et H.G. Nicol, [13]
Pic Midget 4 700 m Couloir Sud IV E.E. Shipton et H.W. Tilman, ao√Ľt 1930[4]

Selon les estimations, aujourd'hui deux cents personnes gravissent chaque année le Nelion, et cinquante le Batian[5].

Refuges

Des gardiens sont présents dans la plupart des refuges[13]. Ces abris se présentent du plus basique (Liki North) avec à peine plus qu'un toit, au plus luxueux avec feu de cheminée et eau courante (Meru Mt Kenya Lodge). La plupart des refuges n'ont ni chauffage ni lumière, mais sont spacieux avec des dortoirs et des pièces communes. Ils offrent également des hébergements séparés pour les porteurs et les guides. Les pièces communes peuvent être utilisées par les campeurs qui souhaitent se mettre à l'abri du mauvais temps, ou stocker des vivres hors de portée des hyènes ou des damans du Cap.

L'Austrian Hut avec le Nelion (5 188 m√®tres d'altitude) en arri√®re-plan.
Austrian Hut / Top Hut (4 790 m)
Ce refuge, situé sur le circuit des pics, est le second plus haut du mont Kenya, après celui du Howell Hut au sommet du Nelion. C'est un bon point de départ pour l'ascension du Lenana, mais aussi pour la pointe Thomson, la pointe Melhuish et la pointe John, ou pour l'exploration de la zone environnante. Enfin, c'est l'étape obligatoire avant d'entamer la Voie Normale du Nelion.
La cr√™te o√Ļ se trouve le refuge offre de nombreuses formations de lave. La faune est pauvre car la cr√™te est recouverte d'√©boulis qui g√®lent chaque nuit et cuisent le jour, mais de petites fleurs arrivent √† pousser. Aucun mammif√®re ni oiseau n'est pr√©sent √† cette altitude.
Two Tarn Hut (4 490 m)
Ce refuge se trouve sur le circuit des pics.
Kami Hut (4 439 m)
Ce site se trouve également sur le circuit des pics. Aujourd'hui, le refuge n'existe plus.
Meru Mt Kenya Lodge (3 017 m)
Il s'agit d'un g√ģte priv√© en bordure du parc national, sur l'itin√©raire Chogoria. Des taxes doivent √™tre acquitt√©es au parc. Le g√ģte se situe √† environ 500 m√®tres du point d'entr√©e du parc et consiste en plusieurs cabanes en rondins avec chacune une chambre, une cuisine, une salle de bain et un salon avec une chemin√©e. Il poss√®de l'eau chaude courante et des lits pour trois ou quatre personnes.
Urumandi Hut (3 063 m)
Ce refuge, sur l'itinéraire Chogoria, a été construit en 1923 et n'est plus en usage aujourd'hui[13].
Minto's Hut (4 290 m)
Ce refuge, également sur l'itinéraire Chogoria à proximité des Hall Tarns, d'une capacité de huit personnes, est réservé à l'accueil des porteurs. Il y a un espace de campement à proximité. L'eau est puisée directement dans ces lacs de montagne mais en l'absence d'exutoire, l'eau stagne et doit être filtrée ou bouillie avant usage.
Warden's Cottage (2 400 m)
Il s'agit de l'ancienne maison des gardiens vétérans du parc jusqu'en 1998, sur l'itinéraire Naro Moru[5]. Elle possède deux chambres, une salle de bain, une cuisine et un salon avec véranda et cheminée avec l'eau chaude courante. La maison se situe à l'intérieur du parc et par conséquent il est nécessaire de s'acquitter des taxes.
La station m√©t√©orologique (3 050 m)
Elle est administrée par le Naro Moru Lodge[5] et propose plusieurs dortoirs et un espace de campement.
Mackinder's Camp (4 200 m)
Il est également administré par le Naro Moru Lodge[5] et propose un grand dortoir et beaucoup d'espace pour camper.
Liki North Hut est un petit abri qui peut accueillir huit personnes pour la nuit.
Liki North Hut (3 993 m)
Il s'agit d'un abri sur l'itinéraire Sirimon permettant de se prémunir du mauvais temps. Il y a un espace pour camper et une rivière à proximité pour l'eau. L'abri peut accueillir huit personnes. Il est situé sur le sentier le moins fréquenté entre le Old Moses Camp et le Shipton's Camp et peut servir comme point de départ pour l'ascension du Terere et du Sendeyo ou comme halte sur le chemin du Shipton's Camp.
Sirimon Bandas (2 650 m)
Ces refuges se situent au point d'entrée de Sirimon, immédiatement à l'intérieur du parc national du mont Kenya. Les bandas ont chacun deux chambres, une cuisine, une salle à manger, une salle de bain et une véranda. Ils possèdent l'eau chaude courante. Les environs abritent une vie sauvage importante, notamment des hyènes, des zèbres, de nombreuses antilopes, des babouins et beaucoup d'espèces d'oiseaux. Des taxes doivent être acquittées au parc. Il y a un espace de campement proche des bandas avec l'eau courante.
Old Moses Camp (3 400 m)
Ce campement sur l'itinéraire Sirimon est administré par le Mountain Rock Bantu Lodge[90]. Il possède des dortoirs et un vaste espace de campement ainsi que des hébergements pour les guides et les porteurs.
Shipton's Camp est l'un des plus grands refuges du mont Kenya. Il est proche du Terere et du Sendeyo, visibles en arrière-plan.
Shipton's Camp (4 236 m)
Ce campement sur l'itin√©raire Sirimon est administr√© par le Mountain Rock Bantu Lodge[90]. Il est le refuge de nombreux damans des rochers ainsi que de lemniscomys, toutes sortes de nectariniid√©s et de cercomela. La v√©g√©tation est domin√©e par des s√©ne√ßons g√©ants mais offre de nombreuses fleurs et √©galement des lobelias. √Ä l'horizon se profilent la pointe Peter et la pointe Dutton, √©clips√©s par le Batian. La pointe Lenana s'√©l√®ve de l'autre c√īt√© du glacier Gregory avec le Thomson's Flake et la pointe Thomson. Face aux pics principaux se situe le Krapf Rognon avec le glacier Krapf en contrebas.
Howell Hut (4 236 m)
Ce refuge, au sommet du Nelion, a √©t√© construit par Ian Howell en f√©vrier 1970. La t√īle ondul√©e fut transport√©e par h√©licopt√®re jusqu'au glacier Lewis et Howell se chargea de la hisser au sommet au cours de treize ascensions en solitaire et de b√Ętir le refuge[13].
Mountain Rock Bantu Lodge
Ce g√ģte est situ√© au nord de Naro Moru et offre des chambres, des tentes et un espace de campement. Il administre le Old Moses Camp et le Shipton's Camp sur l'itin√©raire Sirimon[90].
Naro Moru River Lodge
Ce g√ģte est situ√© pr√®s de Naro Moru et offre des services allant de l'observation des oiseaux √† la location d'√©quipements et l'organisation d'ascensions guid√©es. Il administre les dortoirs de la station m√©t√©orologique et du Mackinder's Camp sur l'itin√©raire Naro Moru.
Serena Mountain Lodge (2 200 m)
Ce luxueux h√ītel se trouve sur les pentes occidentales de la montagne. Il a sa propre source d'eau et organise des randonn√©es guid√©es, des p√™ches √† la truite et des conf√©rences[91].
Naro Moru Youth Hostel
Cette auberge de jeunesse consistant en une ferme rénovée est située entre Naro Moru et son point d'entrée. Elle possède des dortoirs et un espace de campement, avec l'eau chaude, une cuisine et de la location d'équipements.
Castle Forest Lodge (2 100 m)
Ce g√ģte a √©t√© construit par les britanniques √† la fin des ann√©es 1920 comme refuge pour la famille royale[5]. Il se situe sur le versant m√©ridional, dans la for√™t.
Rutundu Log Cabins (3 100 m)
Ce luxueux g√ģte se situe sur le versant septentrional de la montagne.

Annexes

Article connexe

Bibliographie

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Liens externes

Notes et références

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