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Pamir

Le Pamir est un massif de haute montagne centr√© sur l'Est du Tadjikistan avec des prolongements en Afghanistan, en Chine et au Kirghizistan. Situ√© √† la jonction entre plusieurs syst√®mes orographiques d'Asie centrale et du Tibet, il poss√®de trois sommets principaux de plus de 7 000 m√®tres dont le pic Ismail Samani, g√©n√©ralement consid√©r√© comme son point culminant √† 7 495 m√®tres d'altitude, ce qui a valu au massif le qualificatif de ¬ę toit du monde ¬Ľ. Son nom s'applique aussi bien √† un certain type de vall√©e glaciaire plus fertile que les montagnes et les plateaux qui les entourent. Ces derniers sont g√©n√©ralement soumis √† des conditions climatiques extr√™mes, avec des pr√©cipitations tr√®s faibles et des √©carts de temp√©ratures importants, en particulier dans la moiti√© orientale d√©sertique du massif. Toutefois, le Pamir est l'une des r√©gions qui abritent le plus de glaciers en dehors des p√īles, dont le glacier Fedtchenko avec 77 kilom√®tres de long. Ceci lui permet d'√™tre parcouru par un grand nombre de rivi√®res appartenant aux bassins de l'Amou-Daria √† l'ouest et du Tarim √† l'est, et de contenir des centaines de lacs. Alors que la pauvret√© de la flore caract√©rise l'√©cor√©gion unique des toundra et d√©sert d'altitude du Pamir, la faune est tr√®s diversifi√©e. Ainsi, l'Argali de Marco Polo est une esp√®ce tout √† la fois end√©mique et menac√©e de disparition.

Le massif est fr√©quent√© depuis plusieurs mill√©naires. Il s'est trouv√© sur des itin√©raires secondaires de la route de la soie d√®s l'Antiquit√©. Toutefois, seuls les Tadjiks d√®s le IIe si√®cle puis les Kirghizes √† partir du XVIe si√®cle y demeurent. Marco Polo est le premier Europ√©en √† faire mention, au XIIIe si√®cle, de sa travers√©e du Pamir. Rares sont ceux qui suivent ses pas jusqu'au milieu du XIXe si√®cle, lorsqu'il est explor√© et plac√© au cŇďur d'un conflit g√©opolitique, le ¬ę Grand Jeu ¬Ľ, entre l'Empire russe au nord et l'Inde britannique au sud. Le massif retombe dans l'oubli occidental au XXe si√®cle. Au XXIe si√®cle, il est peupl√© par diff√©rentes populations qui se sont adapt√©es √† la montagne : des Tadjiks, √† l'ouest et au sud, et des Kirghizes, au nord et √† l'est. Ces derniers m√®nent une vie semi-nomade, emmenant pa√ģtre leurs animaux dans les quelques pamirs fertiles. Ils ont perp√©tu√© une culture riche de nombreuses traditions particuli√®res.

Le Pamir reste une des régions les plus isolées au monde. Les infrastructures sont peu développées et la population continue à dépendre de l'aide extérieure. Le tourisme, essentiellement axé sur l'alpinisme, le trekking et l'écotourisme peine à se développer, malgré la présence de nombreuses aires protégées, notamment le parc national du Pamir qui est le plus grand d'Asie centrale.

Toponymie

Le moine bouddhiste Xuanzang est le premier √† √©voquer dans ses √©crits, vers 640, Po-mi-lo ou Pho-mi-lo, le plateau du Pamir[2] - [3] - [4] - [5] - [6]. Cette prononciation est tr√®s proche du kirghiz Pamil, le mot pour d√©signer une zone montagneuse[2] - [6]. Le terme est repris sous la forme Pomi au milieu du VIIIe si√®cle sous la dynastie Tang[2] - [6]. Xuanzang le situe au centre du Congling ou Tsoung Ling (ŤĎĪŚ∂ļ), litt√©ralement les ¬ę montagnes Oignon ¬Ľ, qui s'√©tendent sur un p√©rim√®tre plus grand que le Pamir dans son acception g√©ographique habituelle[3] - [4] - [5] - [7].

Portrait d'Alexander von Humboldt, qui généralise la graphie Pamir apparue au XVIe siècle.

Selon Eug√®ne Burnouf, Pamer, Pamere ou Pamier, graphies utilis√©es par Marco Polo au XIIIe si√®cle, puis Mountstuart Elphinstone et Alexander Burnes au XIXe si√®cle, seraient d√©riv√©s par syncope du sanskrit Oupa-M√©rou, c'est-√†-dire le ¬ę pays voisin du Meru ¬Ľ, alors que selon la graphie apparue en 1543, sous la plume du prince de Kashgar Mirza Haidar, puis utilis√©e par John Wood et Alexander von Humboldt, Pamir serait d√©riv√© de Oupa-Mira, autrement dit le ¬ę pays autour du lac ¬Ľ, d√©signant selon lui le lac Zorkul[2] - [6] - [8].

Portrait en costume traditionnel du Dardistan de l'orientaliste britannique Gottlieb Wilhelm Leitner, qui a travaillé sur l'origine du mot pamir.

Gottlieb Wilhelm Leitner rejette ces th√©ories, en rappelant que les personnes fr√©quentant chaque √©t√© les p√Ęturages de ces plateaux ou de ces hautes vall√©es parlent des langues turques, notamment kirghiz et ili turki, et les d√©signent indistinctement sous le nom de pamirs[9]. Ainsi, p√Ę pourrait signifier ¬ę montagne ¬Ľ et ¬ę mira ¬Ľ serait une ¬ę vaste r√©gion ¬Ľ ou un ¬ę plateau ¬Ľ ; selon une explication concurrente, pan ou pai d√©signeraient le ¬ę pied ¬Ľ ou la ¬ę base ¬Ľ et mir la ¬ę montagne ¬Ľ[2], soit le ¬ę pi√©mont de la montagne ¬Ľ ou le ¬ę socle de la montagne ¬Ľ[2] - [10]. Ces pamirs seraient au nombre de sept ou huit, bien qu'une hypoth√®se alternative veuille que le mot ne d√©signe pas un type sp√©cifique de vall√©e mais une vall√©e bien particuli√®re, celle du lac Zorkul[2]. Par extension, les pamirs forment tout √† la fois un vaste pamir et la r√©gion du Pamir[9]. Une alternative linguistique, toutefois peu plausible, veut que Pa-i-michr signifie ¬ę socle du soleil ¬Ľ en ouzbek et qu'il ait √©t√© interpr√©t√© par ¬ę pied de Mithra ¬Ľ, l'√©quivalent du dieu du soleil dans la mythologie indo-iranienne[2].

La situation du massif lui a valu localement, selon Wood, le qualificatif de Bam-i-dunya, le ¬ę toit du monde ¬Ľ en wakhi ou en kirghiz[2] - [9] - [11] - [12]. Il serait d√©riv√© de pay-i-mehr puis Bamyar en persan[2]. Quoi qu'il en soit, l'expression devient courante √† l'√©poque victorienne[3]. Ainsi, en 1876, Thomas Edward Gordon √©crit :

¬ę Nous √©tions d√©sormais sur le point de traverser le fameux Bam-i-dunya, le ¬ę toit du monde ¬Ľ en vertu duquel le nom de la r√©gion √©lev√©e o√Ļ des pistes jusque-l√† relativement inconnues apparaissaient sur nos cartes. [...] Wood, en 1838, √©tait le premier voyageur europ√©en des temps modernes √† visiter le Grand Pamir. ¬Ľ

‚ÄĒ The roof of the world: being a narrative of a journey over the high plateau of Tibet to the Russian frontier and the Oxus sources on Pamir[13]

L'expression est reprise en 1890 par Guillaume Capus[14], en 1911 dans la onzième édition de l’Encyclopædia Britannica[15], en 1929 dans la Brockhaus Enzyklopädie[16], ou encore en 1942 dans l'Encyclopédie Columbia[17].

Les monts Pamir s'√©crivent –ö”Į“≥“≥–ĺ–ł –ü–ĺ–ľ–ł—Ä (KŇęhhoi Pomir) en tadjik, –ü–į–ľ–ł—Ä —ā–ĺ–ĺ–Ľ–ĺ—Ä—É (Pamir tooloru) en kirghiz, ōĪōīō™Ŕá ŕ©ŔąŔá‚ÄĆŔáōßŘĆ ŔĺōßŔÖŘĆōĪ (recht√© kouh-h√Ęy√© p√Ęmir) en persan, ōĮ ŔĺōßŔÖŔäōĪ ōļōĪŔąŔÜŔá en pachto, ŔĺōßŔÖŔČōĪ ō¶ŘźŕĮŔČō≤ŔĄŔČŔÉŔČ en ou√Įghour, ŔĺōßŔÖŘĆōĪ ŕ©ŔąŔáō≥ō™ōßŔÜ (pńĀmńęr kŇęhistńĀn) en ourdou, ŗ§™ŗ§ĺŗ§ģŗ•Äŗ§į ŗ§™ŗ§įŗ•ćŗ§Ķŗ§§ŗ§ģŗ§ĺŗ§≤ŗ§ĺ (pńĀmńęra parvatamńĀlńĀ) en hindi et ŚłēÁĪ≥ŚįĒťęėŚéü (P√†m«ź'ńõr GńĀoyu√°n) en chinois.

Géographie

Situation

Carte administrative de la région du Pamir incluant la division en raions de la province autonome du Haut-Badakhchan.

Localis√©es en Asie centrale, les montagnes du Pamir constituent un nŇďud orographique[18] form√© par la jonction des monts Tian au nord, de la cordill√®re du Kunlun √† l'est, du Karakoram au sud et de l'Hindou Kouch au sud-ouest[3]. Elles sont centr√©es sur la province autonome du Haut-Badakhchan qu'elles occupent int√©gralement[1]. Celle-ci est situ√©e dans l'Est du Tadjikistan et d√©coup√©e en sept raions : Darvaz, Vanch, Rushan, Shugnan, Roshtkala, Ishkashim et Murghab, auxquels s'ajoute la ville de Khorog, capitale de la province autonome[19]. Les montagnes d√©bordent sur une partie de la province de Nohiyahoi tobei Jumhurii, ainsi que sur l'oblasty d'Och au Sud du Kirghizistan, sur la province du Badakhchan au Nord-Est de l'Afghanistan et sur la r√©gion autonome du Xinjiang en r√©publique populaire de Chine[1]. Leur limite m√©ridionale est marqu√©e par le corridor du Wakhan o√Ļ s'√©coule le Wakhan-Daria prolong√© par le Piandj, tandis que leur limite septentrionale est constitu√©e par la vaste d√©pression de la vall√©e d'Ala√Į qui abrite le Kyzyl-Sou, cours sup√©rieur du Vakhch[1]. Leur fronti√®re orientale, avec le Kunlun, est plus controvers√©e, les uns la faisant passer au niveau d'une large faille emprunt√©e par la route du Karakorum, les autres la repoussant √† l'est avec une marge d'acception de 150 √† 200 kilom√®tres[20]. Leurs prolongements occidentaux sont pour leur part relativement flous, le relief diminuant progressivement. Ainsi, la Grande Encyclop√©die sovi√©tique √©crit :

¬ę La question des fronti√®res naturelles du Pamir est discutable. Habituellement, le Pamir est consid√©r√© comme couvrant le territoire du cha√ģnon Trans-Ala√Į au nord, au cha√ģnon Sarikol √† l'est, au lac Zorkul, la rivi√®re Pamir et le cours sup√©rieur du Piandj au sud, √† la section m√©diane de la vall√©e du Piandj √† l'ouest ; au nord-ouest, le Pamir inclut les parties orientales des cha√ģnons Pierre Ier et Darvaz. [...] Certains chercheurs ont restreint cette interpr√©tation, n'y incluant que la partie orientale de ce territoire, alors que beaucoup, inversement, consid√®rent le Pamir plus largement pour inclure les montagnes contigu√ęs √† l'est et diverses autres √† proximit√©[20]. ¬Ľ

Géomorphologie

Le Pamir s'√©tend sur environ 500 kilom√®tres d'est en ouest et 300 kilom√®tres du nord au sud[18]. Malgr√© des limites √† g√©om√©trie variable, il est possible de distinguer deux grands ensembles parmi les montagnes du Pamir : une partie occidentale, constitu√©e par la r√©gion du Badakhchan, avec des montagnes ac√©r√©es et des vall√©es profondes et √©troites, parcourues de torrents, et parsem√©es de petits villages verdoyants perch√©s sur des c√īnes de d√©jection et des terrasses alluviales ; la partie orientale pr√©sente de hauts plateaux isol√©s et d√©sertiques entre 3 500 et 4 500 m√®tres d'altitude, faits de d√©p√īts meubles proluviaux et morainiques, et surmont√©s de sommets comparativement peu √©lev√©s[20] - [21]. La limite entre ces deux ensembles est traditionnellement marqu√©e par la cr√™te de Zulumart puis les cols de Pereval Pshart et Pereval Kara-Bulak[20].

Vue panoramique depuis les hauts plateaux du sud-est du Pamir depuis la route reliant Khorog à Murghab au Tadjikistan.
Image de synthèse représentant depuis l'ouest le Pamir (au centre), les monts Tian (à gauche), l'Hindou Kouch (premier plan à droite), le Karakoram (second plan à droite) et la cordillère du Kunlun (dernier plan à droite).
Image de synthèse représentant depuis l'est le Pamir (au centre), les monts Tian (à droite), l'Hindou Kouch (dernier plan à gauche), le Karakoram (premier plan à gauche) et la cordillère du Kunlun (premier plan en bas).

Au centre du massif se trouve le cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences, qui s'√©tend sur 175 kilom√®tres et culmine √† 7 495 m√®tres d'altitude[18] - [20] au pic Ismail Samani, appel√© successivement pic Staline de 1932 √† 1962 puis pic du Communisme de 1962 √† 1998[22], et contient √©galement le pic Korjenevsko√Į √† 7 105 m√®tres d'altitude, souvent consid√©r√© comme le troisi√®me plus haut sommet du Pamir. Au nord-est se trouve le cha√ģnon Trans-Ala√Į qui s'√©tire d'est en ouest, parall√®lement √† la vall√©e d'Ala√Į et aux monts Ala√Į qui lui font face. Il s'√©l√®ve √† 7 134 m√®tres d'altitude[18] - [20] - [23] au pic L√©nine, anciennement pic Kaufmann de sa d√©couverte en 1871 √† 1928, appel√© officiellement pic Abu Ali ibn Sina depuis au Tadjikistan[24] et parfois improprement pic Atchik Tash au Kirghizistan[25], du nom d'un plateau et de son camp de base √† 3 600 m√®tres d'altitude. Le versant ouest du cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences descend abruptement et se prolonge avec les pi√©monts occidentaux incluant du nord au sud les cha√ģnons Pierre Ier (pic Moscou, 6 785 m), Darvaz (pic Arnavad, 5 992 m), Vanch et Yazgoulem (pic de l'Ind√©pendance, pic de la R√©volution jusqu'en 2006[24], 6 974 m)[18] - [20] - [23]. Au sud, les cha√ģnons Rushan (pic Patkhor, 6 083 m), Shugnan (pic Skalisty, 5 707 m), Roshtkala (5 321 m) et Shakhdara ou Ishkashim (pic Karl Marx, 6 726 m) sont s√©par√©s par de profondes gorges orient√©es globalement d'est en ouest et fr√©quemment combl√©es par des glissements de terrain provoqu√©s par des s√©ismes[18] - [20] - [23]. Ils sont prolong√©s √† l'est par de hauts plateaux d'o√Ļ √©mergent notamment les cha√ģnons Muskol (pic de l'Officier Sovi√©tique, 6 233 m), Murghab ou Alitshur septentrional (5 617 m), Alitshur m√©ridional (pic Kysyldangi, 5 704 m) et Wakhan ou Selsela-Koh-i-WńĀkhńĀn (6 421 m), entre lesquels se trouvent plusieurs lacs dont celui de Kara-Kul √† 3 900 m√®tres d'altitude[18] - [20] - [23] - [26]. Enfin, le cha√ģnon Sarikol, surnomm√© ¬ę Pamir chinois ¬Ľ bien que frontalier avec le Tadjikistan, ferme du nord au sud les plateaux du Pamir aux confins orientaux du massif en culminant au pic Lyavirdyr √† 6 351 m√®tres d'altitude et en faisant face aux Kongur et Mustagh Ata[18] - [20] - [23]. Ces derniers font partie d'un ensemble parfois connu sous le nom de cha√ģnon Kashgar (ou Kandar), alors inclus dans le Pamir, mais plus g√©n√©ralement consid√©r√© comme un prolongement septentrional de la cordill√®re du Kunlun, un large sillon s√©parant celle-ci du Pamir proprement dit[27] - [28].

Vue d'un pamir dans le corridor du Wakhan avec un c√īne de d√©jection typique du massif en arri√®re-plan √† droite.

Les pamirs, de fertiles vall√©es glaciaires ferm√©es par des moraines et naturellement irrigu√©es, mais uniquement parcourues de nomades kirghizes[29] - [30] - [31], sont traditionnellement compt√©s au nombre de sept[32] - [33] ou huit[34]. Le Pamir Taghdumbash, surnomm√© la ¬ę T√™te supr√™me des montagnes ¬Ľ ou ¬ę pamir du sommet de la montagne ¬Ľ, est situ√© entre le cha√ģnon Sarikol au nord et le col Kilik (4 827 m) au sud, dans le Sud-Ouest du xian autonome tadjik de Taxkorgan, en Chine. Il est ferm√© √† l'ouest par le col Wakhjir (4 923 m) qui le s√©pare de la partie amont de la vall√©e du Wakhan-Daria. Il descend vers l'est avant de marquer un coude vers le nord jusqu'√† Taxkorgan, √† environ 3 000 m√®tres d'altitude, pour une distance d'une centaine de kilom√®tres. C'est le seul pamir √† appartenir au bassin du Tarim. Il est peupl√© de Kirghizes, de Sarikolis et de Wakhis[34]. Le Pamir Wakhan se trouve √† l'extr√©mit√© orientale du corridor du Wakhan, en Afghanistan, au nord du Karakoram, en amont de la localit√© de Baza'i Gonbad. Il descend sur une trentaine de kilom√®tres vers l'ouest-nord-ouest. C'est le plus √©troit de tous les pamirs. Il offre de riches p√Ęturages[34]. Le Pamir Khord ou Pamir Kitshik, plus connu sous le nom de Petit Pamir, se situe entre le Selsela-Koh-i-WńĀkhńĀn au nord et le Karakoram au sud, entre le lac Chaqmaqtin et le village de Sarhad, dans la partie centrale du corridor du Wakhan. Il est en contact au nord-est avec la vall√©e de l'Oksu. Il s'√©tend vers le sud-sud-ouest sur une centaine de kilom√®tres[32] - [34]. Le Pamir Kalan ou Pamir Tshong, plus connu sous le nom de Grand Pamir, est comme son nom l'indique le plus long et le plus large de tous les pamirs. C'est une vall√©e en auge qui s'√©tire sur environ 130 kilom√®tres depuis le lac Zorkul vers le sud-sud-ouest, entre les cha√ģnons Alitshur m√©ridional au sud et Selsela-Koh-i-WńĀkhńĀn au nord, et qui abrite le cours de la rivi√®re Pamir[32] - [34]. Un peu plus au nord, le Pamir Alitshur s'√©tend entre les cha√ģnons septentrionaux et m√©ridionaux du m√™me nom. Il contient les lacs Yashilkul, Bulun-Kul et Sasyk-Kul puis se prolonge vers l'ouest par le Shugnan[32] - [34]. Plus au nord encore, le Pamir Sarez (le ¬ę pamir de la piste jaune ¬Ľ) est coinc√© entre les cha√ģnons Alitshur septentrional et Muskol, autour du lac Sarez. Bien que figurant sur plusieurs cartes et ayant vu son existence rapport√©e par des explorateurs, son existence a √©t√© remise en cause par Ney Elias arguant qu'il ne poss√®de aucune des caract√©ristiques habituelles d'un pamir en raison de son relief encaiss√©. Francis Younghusband explique qu'une petite vall√©e fertile d'une quinzaine de kilom√®tres de longueur se trouve plus √† l'est, aux environs de Murghab, et qu'elle a √©t√© mal report√©e sur les cartes[32] - [34]. Le Pamir Rangkul (le ¬ę pamir du lac color√© ¬Ľ) se situe sur quarante kilom√®tres de long autour du lac du m√™me nom, tandis que le Pamir Khargosh (ou Kargush√ģ, le ¬ę pamir du lapin ¬Ľ) se trouve sur trente kilom√®tres de long au sud et √† l'est du lac Kara-Kul[32] - [34] - [35] ; leur existence est toutefois contest√©e[34]. Plusieurs autres vall√©es ont pu pr√©tendre au qualificatif de pamir mais des diff√©rences g√©omorphologiques et des usages locaux peu marqu√©s les ont rejet√©es[34].

Subdivisions principales

Image de synth√®se repr√©sentant le cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences depuis le sud.
Image de synth√®se repr√©sentant le cha√ģnon Trans-Ala√Į depuis l'ouest.

Le tableau ci-dessous liste les principaux cha√ģnons composant le Pamir class√©s par altitude d√©croissante. Le cha√ģnon Kashgar en gris√© est consid√©r√© comme une zone de transition avec le Pamir, voire une partie int√©grante de la cordill√®re du Kunlun[27].

Sommets principaux

Voici un r√©sum√© des principaux sommets par ordre d'altitude composant le Pamir. Les sommets en gris√© font partie du cha√ģnon Kashgar consid√©r√© comme une zone de transition avec le Pamir, voire une partie int√©grante de la cordill√®re du Kunlun[27].

Sommet Altitude Pays Subdivision Remarque
Kongur[1] 7 649 m Drapeau de la R√©publique populaire de Chine Chine cha√ģnon Kashgar / cordill√®re du Kunlun
Kungur Tjube Tagh[1] 7 530 m Drapeau de la R√©publique populaire de Chine Chine cha√ģnon Kashgar / cordill√®re du Kunlun ant√©cime du Kongur
Mustagh Ata[1] 7 509 m Drapeau de la R√©publique populaire de Chine Chine cha√ģnon Kashgar / cordill√®re du Kunlun
Pic Ismail Samani[1] 7 495 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences anciennement pic Staline puis pic du Communisme
Pic L√©nine[1] 7 134 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan

Drapeau du Kirghizistan Kirghizistan

cha√ģnon Trans-Ala√Į anciennement pic Kaufmann, renomm√© pic Abu Ali Ibn Sina au Tadjikistan et parfois pic Atchik Tash au Kirghizistan
Pic Korjenevsko√Į[1] 7 105 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences
Pic de l'Ind√©pendance[1] 6 974 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Yazgoulem anciennement pic de la R√©volution
Pic Russie 6 875 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences
Pic Moscou 6 785 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Pierre Ier
Chakragil[1] 6 760 m Drapeau de la R√©publique populaire de Chine Chine cha√ģnon Kashgar / cordill√®re du Kunlun
Pic Karl Marx[1] 6 726 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Shakhdara
Pic Garmo 6 595 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences
Pic Engels 6 510 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Shakhdara
Pic Lyavirdyr 6 351 m Drapeau de la R√©publique populaire de Chine Chine cha√ģnon Sarikol
Pic de l'Officier Sovi√©tique 6 233 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Muskol
Pic Mayakowski 6 095 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Shakhdara
Pic Patkhor 6 083 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Rushan
Pic Arnavad 5 992 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Darvaz
Pic Skalisty 5 707 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Shugnan
Pic Kysyldangi 5 704 m Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan cha√ģnon Alitshur m√©ridional

Hydrographie

Carte du Pamir mettant en évidence le bassin de l'Amou-Daria, avec le Piandj et le Vakhch et leurs affluents respectifs sur les trois quarts occidentaux du massif ; le quart oriental appartient au bassin du Tarim ; au centre, le bassin endoréique du lac Kara-Kul.

La grande majorit√© des rivi√®res qui arrosent le Pamir appartiennent au bassin de l'Amou-Daria. La plus importante de ces rivi√®res est le Piandj, qui na√ģt de la jonction du Pamir et du Wakhan-Daria et marque les limites sud et sud-ouest du massif, en m√™me temps que la fronti√®re entre le Tadjikistan et l'Afghanistan. Il a pour affluent en rive droite le Gunt, au niveau de la ville de Khorog, lui-m√™me rejoint par le Shakhdara √† l'entr√©e de l'agglom√©ration ; suit le Bartang, appel√© Oksu dans sa partie amont et Murghab (signifiant ¬ę l'eau aupr√®s de laquelle nichent les oiseaux ¬Ľ) dans sa partie interm√©diaire, qui na√ģt √† quelques hectom√®tres des sources du Piandj et traverse pourtant litt√©ralement le Pamir d'est en ouest sur plusieurs centaines de kilom√®tres avant de s'y jeter ; puis viennent le Yazgoulem et le Vanch. Marquant la fronti√®re septentrionale du Pamir sous les noms de Kyzyl-Sou puis Surkhob, le Vakhch se jette √©galement en rive droite du Piandj tr√®s √† l'ouest du massif, aux confins sud-ouest du Tadjikistan, pour former l'Amou-Daria. Le Muksu et l'Obihingou sont des affluents en rive gauche du Surkhob qui drainent les cha√ģnons Pierre Ier et Darvaz. Quelques rivi√®res alimentent le lac endor√©ique de Kara-Kul, dont les Karadzhilga et Muskol. L'ouest du cha√ģnon Sarikol appartient au bassin du Tarim[20] - [36]. Quelque 173 rivi√®res parcourraient le massif, auxquelles s'ajoutent plus de 200 sources min√©rales, dont un tiers de sources chaudes[37].

Vue du cha√ģnon Kashgar se refl√©tant dans un lac du cha√ģnon Sarikol.

Le Pamir abriterait entre 846 lacs pour un total de 1 343 kilom√®tres carr√©s[38] et 1 449 lacs[37], selon les sources. Outre le lac Kara-Kul, qui si√®ge sur 38 000 hectares[38] dans un crat√®re d'impact vieux de 25 millions d'ann√©es[39], dans le nord-est du Pamir, et dont les eaux sont les plus basiques avec un pH compris entre 7,3 et 8,0[38], figurent les lacs jumeaux Rangkul et Shorkul sur le versant occidental du cha√ģnon Sarikol et le lac Zorkul, form√© par une moraine, entre les cha√ģnons Alitshur m√©ridional et Wakhan[20]. Le lac Turumtaikul est le plus √©lev√© avec 4 260 m√®tres d'altitude[38]. Au centre du massif, les lacs lac Yashilkul (le ¬ę lac vert ¬Ľ) et Sarez ont √©t√© cr√©√©s par des glissements de terrain[20] - [38]. Le second, cons√©quence du s√©isme de 1911[40], est naturellement form√© par le barrage d'Usoi, le plus haut au monde. La retenue a une longueur de soixante kilom√®tres et une profondeur pouvant atteindre 500 m√®tres. Elle continue √† s'√©lever √† un rythme de vingt centim√®tres par an, faisant craindre une rupture du barrage et la destruction potentielle de 32 villages imm√©diatement plac√©s en aval dans la vall√©e du Bartang auxquels s'ajouteraient cinq millions de personnes touch√©es dans le bassin de l'Amou-Daria[41] - [42]. Certains lacs g√®lent d√®s novembre jusqu'en mai et peuvent √™tre recouverts d'un m√®tre de glace au milieu de l'hiver[38].

Vue aérienne du bassin collecteur du glacier Fedtchenko, le plus long du massif.

Le Pamir est parcouru par 3 000 glaciers couvrant 8 400 kilom√®tres carr√©s selon des donn√©es des ann√©es 1970[20] et 13 000 glaciers couvrant 12 000 kilom√®tres carr√©s selon des donn√©es plus r√©centes datant de 1990 mais dans les limites g√©ographiques √©tendues du massif[43]. Ils contribuent √† alimenter 60 millions de personnes en eau au Tadjikistan, en Afghanistan, en Ouzb√©kistan, au Turkm√©nistan et au Xinjiang[43]. Parmi ceux-ci, dans le cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences, se situe le glacier Fedtchenko, le plus long de l'ancienne URSS et le plus long glacier en dehors de la r√©gion polaire[43] - [44] avec 77 kilom√®tres de long[20]. Il contient, au d√©but des ann√©es 1960, 200 millions de m√®tres cubes de glace transform√©e en altitude gr√Ęce aux importantes accumulations de neige[18]. Dans les cha√ģnons Pierre Ier, Darvaz, Vanch et Yazgoulem se trouvent les glaciers Grumm-Grzhimailo avec 36 kilom√®tres de long, Garmo avec 27 kilom√®tres, Surgan avec 24 kilom√®tres, de l'Institut de G√©ographie avec 21 kilom√®tres et Fortambek avec 20 kilom√®tres[20]. Le plus long glacier du cha√ģnon Trans-Ala√Į est le glacier du Grand Saukdara avec 25 kilom√®tres, alors que le glacier L√©nine progresse jusqu'√† une vitesse de cent m√®tres par jour et avance parfois de plusieurs kilom√®tres dans les vall√©es[20]. Ces acc√©l√©rations ont √©t√© observ√©es et expliqu√©es aux glaciers Medvezhy (litt√©ralement ¬ę glacier de l'Ours ¬Ľ) et Bivatchny (litt√©ralement ¬ę glacier du Bivouac ¬Ľ) non comme une cons√©quence de l'augmentation de leur volume mais comme celle d'une fonte inhabituelle qui fait que la glace n'a plus la m√™me r√©sistance[45]. Les cha√ģnons Rushan et Alitshur septentrional poss√®dent √©galement des glaciers importants. Toutefois, la superficie occup√©e par les glaciers est nettement inf√©rieure √† celle de la derni√®re glaciation[20], o√Ļ ils formaient une calotte glaciaire commune avec l'Hindou Kouch et le plateau tib√©tain[46]. En raison du changement climatique, ce retrait s'est globalement acc√©l√©r√© au cours des cinquante derni√®res ann√©es, mais de seulement 3 √† 5 % au centre et √† l'est du massif contre 15 % √† l'ouest. Le glacier Fedtchenko a recul√© de plus de 1 000 m√®tres entre 1920 et 2000, dont 750 m√®tres depuis 1958, et a perdu 2 kilom√®tres carr√©s de surface entre cette m√™me date et 2009[43]. Le d√©bit des rivi√®res a augment√© de 2 % au cours des dix √† vingt derni√®res ann√©es en raison de la fonte des glaciers et de la hausse des pr√©cipitations[43].

Géologie

Au Carbonif√®re, la Pang√©e continue sa formation et l'oc√©an Pal√©ot√©thys se referme. Des collisions continentales se produisent, aboutissant √† l'orogen√®se hercynienne qui donne naissance au syst√®me de la cordill√®re du Kunlun incluant la partie septentrionale du Pamir. Une zone de subduction se met localement en place[47] - [48] - [49] - [50]. Dans le m√™me temps, la plaque cimm√©rienne se d√©tache du Gondwana au sud et permet l'ouverture du rift de la N√©ot√©thys au cours du Permien. Les micro-continents cimm√©riens continuent √† d√©river vers le nord et plongent sous Laurasia. La Pal√©ot√©thys dispara√ģt totalement au Trias et l'accr√©tion au niveau des parties centrale puis m√©ridionale du Pamir se termine au Jurassique[48] - [50] - [51] - [52]. Au Cr√©tac√©, la plaque indienne se d√©tache de la plaque africaine et migre vers le nord tandis que la T√©thys se referme √† son tour au niveau d'une nouvelle zone de subduction, au cours de l'orogen√®se alpine qui donne naissance √©galement au Karakoram[49] - [50] - [53]. Lorsque le sous-continent indien entre en contact avec la plaque eurasienne, en donnant naissance √† l'Himalaya durant l'√Čoc√®ne, de nouvelles forces de compression s'exercent vers le nord sur les parties centrale et m√©ridionale du Pamir[48] - [49] - [50]. Ces d√©formations et le soul√®vement associ√© se poursuivent[54] - [55] - [56].

En raison de cette histoire g√©ologique, le Pamir est parcouru par un important r√©seau de failles dispos√©es en arcs de cercles orient√©s vers le nord qui d√©limitent diff√©rents domaines p√©trologiques[20] - [55] - [56] - [57]. La marge septentrionale du massif, correspondant au versant nord du cha√ģnon Trans-Ala√Į, est compos√©e de conglom√©rats, de gr√®s, de schistes argileux, de calcaires et de roches volcaniques datant de la fin du Permien au C√©nozo√Įque, qui ont √©t√© intens√©ment d√©form√©s et sur√©lev√©s d√®s le milieu de l'Oligoc√®ne[20]. Le nord du massif correspond √† l'anticlinal complexe qui s'√©tend du versant m√©ridional du cha√ģnon Trans-Ala√Į √† l'importante faille de Vanch-Akbaital au sud. Il est essentiellement li√© √† l'orogen√®se hercynienne du Permien, m√™me s'il a √©t√© affect√© par les √©v√©nements g√©ologiques du M√©sozo√Įque-C√©nozo√Įque. Sa composition s'√©tend des schistes m√©tamorphiques de la fin du Pr√©cambrien √† des marbres, des gr√®s, de l'argile et de la craie, mais √©galement √† des roches volcaniques du Pal√©ozo√Įque et √† des intrusions de granito√Įdes du Trias au Jurassique moyen[20] - [49] - [58]. Une fine zone de transition compos√©e d'une ceinture d'ophiolites est le t√©moin de l'obduction d'une portion de lithosph√®re oc√©anique au niveau de la faille de Vanch-Akbaital[57]. Au sud, la partie centrale du Pamir est recouverte par une vaste nappe de charriage form√©e de s√©diments du Pal√©ozo√Įque et du M√©sozo√Įque d√©pos√©s sur le plateau continental de l'ancienne T√©thys, avec des traces de roches volcaniques du Mioc√®ne. Ces roches sont fortement d√©form√©es par l'orogen√®se alpine du C√©nozo√Įque[20] - [49] - [59]. Quelques fen√™tres pr√©sentent des schistes faiblement m√©tamorphis√©s de la fin du Pr√©cambrien et des alternances de strates s√©dimentaires, principalement marines mais aussi de bauxites d'origine volcanique, du milieu du Pal√©ozo√Įque au Cr√©tac√© sup√©rieur. Ces roches autochtones ont connu des intrusions de granito√Įdes du Pal√©og√®ne et du N√©og√®ne qui ont pu favoriser un m√©tamorphisme local[20]. La r√©gion du cha√ģnon Rushan et du col de Pereval Pshart est constitu√©e de strates terrig√®nes du Pal√©ozo√Įque sup√©rieur, bascul√©es et disloqu√©es vers le nord. Elles contiennent de la diabase et de la spilite, ainsi que des intrusions de granito√Įdes datant du Jurassique √† l'√Čoc√®ne, li√©es √† l'orogen√®se alpine. Elle est g√©ologiquement proche du sud-est du massif, vaste synclinorium complexe, √©galement compos√© d'√©pais d√©p√īts marins terrig√®nes et d'inclusions de granito√Įdes, auxquels s'ajoutent des flyschs du Trias et du Jurassique ainsi que des gr√®s, des conglom√©rats et des tufs du Cr√©tac√© au Mioc√®ne[20] - [49] - [52] - [58]. Enfin, le sud-ouest du massif, isol√© par la faille de Hunt-Alitshur, est constitu√© de schistes, de gneiss et de marbres du Pr√©cambrien qui ont √©t√© peu affect√©s par les phases orog√©niques successives, √† l'exception, l√† encore, des intrusions de granito√Įdes du Cr√©tac√© et de l'Oligoc√®ne au N√©og√®ne[20] - [49].

Vue d'un échantillon de clinohumite du Badakhchan.

L'√©mission de magma en surface et le m√©tamorphisme ont favoris√© l'apparition de cristaux, de m√©taux rares, de mercure, de bore, de fluorine, de calcite, de lazurite, de spinelle et d'or[20] - [60]. D√©couverte en 1876 sous forme non gemmif√®re au V√©suve par Alfred Des Cloizeaux[61], de la clinohumite a √©t√© d√©couverte en d√©p√īts exploitables en 1983[62], le seul d√©p√īt connu jusqu'√† la mise au jour en 2000 d'un deuxi√®me gisement dans le district dolgano-n√©n√®tse du Ta√Įmyr, en Sib√©rie[63] - [64] puis en 2005 d'un troisi√®me dans les monts Mahenge en Tanzanie[62] - [65].

Image de synthèse représentant la vallée du Vanch, fortement érodée.

La formation des pamirs, dans la partie occidentale du massif, commence au Mioc√®ne sous un r√©gime continental et par l'effet de l'√©rosion fluviale, √† partir de la marge puis en s'√©tendant vers l'est. De ce fait, les vall√©es sont fortement entaill√©es √† l'ouest, moins profondes au centre du Pamir et pratiquement absentes dans la partie orientale[20]. Le Pamir s'est √©lev√© √† un rythme moyen de 2,5 √† 3 millim√®tres par an au cours du dernier million d'ann√©es[66]. Cette dynamique se poursuit avec des mesures atteignant 15 millim√®tres par an dans le cha√ģnon Pierre Ier[54]. Il est parfois d√©crit comme la zone la plus sismique au monde, avec notamment deux tremblements de terre d'une magnitude sup√©rieure √† 7 dans la premi√®re moiti√© du XXe si√®cle, √† Sarez en 1911 et Khait en 1949, chaque fois accompagn√©s de glissements de terrain[67] - [68].

Climat

La partie occidentale du Pamir est soumise à un climat continental, avec des étés tempérés et secs et des hivers longs et froids. Sa partie orientale est aride, avec un taux d'humidité parfois inférieur à 10 %, souvent glaciale, soumise à un intense ensoleillement et à des vents violents[3] - [20] - [21] - [69] - [70]. Situé en zone subtropicale, il est soumis en été à des masses d'air tropicales[20] alors que, à partir d'octobre, une dépression se met en place à l'ouest du massif, qui perdure jusqu'en avril, et apporte des précipitations sur les piémonts occidentaux[18] et retient les masses d'air froid à l'est[20].

Vue d'un vieil homme wakhi au retour de sa collecte de bois au début de l'automne dans le corridor du Wakhan.

Sur l'ensemble du massif, les temp√©ratures moyennes annuelles varient entre 0 et ‚ąí8 ¬įC et entre 2 et 10 ¬įC durant la p√©riode estivale[69]. √Ä l'est en particulier, la temp√©rature moyenne en janvier est de ‚ąí17,8 ¬įC √† 3 600 m√®tres d'altitude et descend fr√©quemment jusqu'√† ‚ąí50 ¬įC en hiver[20]. Elle a d√©j√† atteint ‚ąí63 ¬įC au lac Bulun-Kul, vers 4 000 m√®tres d'altitude, un record national pour le Tadjikistan[3] - [21] - [40]. De ce fait, un perg√©lisol est pr√©sent dans les vall√©es de Murghab et Oksu ou encore dans la d√©pression du lac Kara-Kul, o√Ļ il peut atteindre 80 centim√®tres √† un m√®tre[20] - [71]. L'√©t√©, l'amplitude est parfois sup√©rieure √† 25 ¬įC avec des gel√©es la nuit[3] - [21] - [72] et rarement plus de 20 ¬įC en journ√©e. La temp√©rature moyenne en juillet est de 13,9 ¬įC √† 3 640 m√®tres d'altitude et seulement 8,2 ¬įC au lac Kara-Kul √† 3 960 m√®tres[20] - [72]. Les records d'amplitude en 24 heures atteignent 60 ¬įC[69]. √Ä l'ouest, √† 2 160 m√®tres d'altitude, la temp√©rature moyenne est de ‚ąí7,4 ¬įC en janvier contre 22,5 ¬įC en juillet[20] - [72]. Les temp√©ratures sont sup√©rieures √† 5 ¬įC pendant 223 jours √† Khorog et seulement 140 jours √† Murghab[20].

L'ouest du massif re√ßoit g√©n√©ralement de 90 √† 260 millim√®tres de pr√©cipitations par an, avec un pic en mars et avril et un minimum en √©t√©, alors qu'elles sont comprises entre 60 et 120 millim√®tres √† l'est, avec un maximum l√©g√®rement influenc√© par la mousson en mai et juin et un creux en ao√Ľt[20] - [69]. Ainsi, entre juillet et septembre, le lac Kara-Kul re√ßoit en moyenne 4,8 millim√®tres de pr√©cipitations[70]. En p√©riph√©rie du massif, Garm, sur le cours moyen du Vakhch, √† 1 800 m√®tres d'altitude au nord du cha√ģnon Pierre Ier, re√ßoit 700 millim√®tres par an tandis qu'aux alentours de 3 000 m√®tres d'altitude, les pr√©cipitations peuvent atteindre localement 1 000 millim√®tres dans l'ouest du Pamir. Elles se traduisent sur les sommets par d'importantes quantit√©s de neige, si bien que la station m√©t√©orologique permanente du glacier Fedtchenko, √† 4 169 m√®tres d'altitude, enregistre fr√©quemment des √©paisseurs cumul√©es de vingt-cinq m√®tres[18] - [20]. De ce fait, et gr√Ęce aux nombreux jours de brouillard ou de nuages bas qui limitent la sublimation de la neige, l'√©tage des neiges √©ternelles, situ√© par exemple √† 4 800 m√®tres d'altitude dans les pi√©monts occidentaux et √† 5 500 m√®tres dans le cha√ģnon de l'Acad√©mie des Sciences, est le plus √©lev√© au monde[18]. Vladimir Ratzek rapporte avoir vu une avalanche se vaporiser avant m√™me de retomber au sol et, malgr√© une importante chute de neige, un sol redevenir sec en seulement deux heures apr√®s la r√©apparition du soleil, par sublimation[73].

Faune et flore

Le massif, au sein de l'Asie centrale[20], fait partie de l'écozone paléarctique. L'écorégion de la toundra et désert d'altitude du Pamir définit son écosystème dans le biome des prairies et broussailles de montagnes qui le caractérise[69]. Malgré les conditions climatiques extrêmes, le massif abrite une faune diversifiée tandis que la flore est plus pauvre[74].

Flore

Carte des biomes du Pamir.

Les pr√©cipitations annuelles soutiennent des prairies mais peu d'arbres[3]. Une ceinture foresti√®re est pr√©sente presque exclusivement dans les pi√©monts occidentaux du massif, sur le versant ouest des montagnes, entre 1 500 et 2 800 m√®tres d'altitude. Elle se compose d'√©rables, de noyers, de pruniers et pommiers sauvages, de gen√©vriers, de rhododendrons et de bouleaux ; aucun pin ni √©pic√©a n'est naturellement pr√©sent[18]. Le long des rivi√®res, des saules, des nerpruns, des peupliers, des bouleaux et des aub√©pines forment des fourr√©s (localement tugai)[20]. L'√©tage subalpin survient entre 2 700 et 3 500 m√®tres ; s'il pr√©sente quelques arbustes √©pars souvent sous forme naine, notamment des gen√©vriers de l'esp√®ce Juniperus pseudosabina qui r√©sistent bien √† l'altitude, les pelouses alpines dominent[20] - [75]. On y trouve Saponaria griffithiana, Arabis kokanika, Christolea pamirica, Didymophysa fedtschenkoana, Rosularia radicosa, Astragalus ophiocarpus, Braya scharnhorstii, Oxytropis bella, Astragalus alitschuri, Rhamnus minuta, Hackelia testimudi ou encore Cousinia rava[69]. Il laisse place jusqu'√† 4 400 m√®tres d'altitude √† l'√©tage alpin et ses herbes rases √† base de f√©tuques et Stipa sp.[18] - [20]. Au-dessus de 3 800 m√®tres, les plantes doivent poss√©der des capacit√©s psychrophiles[20]. Au-del√† de 4 500 m√®tres se trouve l'√©tage nival avec une v√©g√©tation naine √©parse voire absente[20].

Dans la partie orientale du massif, le paysage dominant est d√©sertique et rocheux. Aux altitudes les plus basses se d√©veloppent des esp√®ces halophiles telles des salicornes (Salicornia sp.)[69], Saussurea salsa et Polygonum sibiricum[76]. Dans les rares vall√©es humides, les cyp√©rac√©es, les scrophulariac√©es et les rosac√©es forment des prairies[20] - [76]. Dans les steppes ouvertes interm√©diaires, la flore se r√©sume g√©n√©ralement √† des plantes succulentes et √† des plantes en coussin des genres Acantholimon et Oxytropis ; la tanaisie commune (Tanacetum vulgare) est √©galement pr√©sente, tout comme l'absinthe (Artemisia absinthium), des astragales (Astragalus sp.) et des aulx (Allium sp.)[20] - [69]. Des esp√®ces d'iris et de p√Ęturins poussent dans les hautes steppes d'herbes rases[20]. Les autres plantes rencontr√©es dans cette partie du massif sont d'influence tib√©taine : Krascheninnikovia ceratoides, Eurotia prostrata, Acantholimon diapensioides, Tanacetum gracile, Tanacetum xylorhizum, Tanacetum tibeticum, Carex pseudofoetida, Kobresia sp., Juncus thomsonii, Thylacospermum caespitosum, Christolea crassifolia, Oxytropis chiliophylla, Nepeta longibracteata, Dracocephalum heterophyllum et Pedicularis cheilanthifolia[69].

Les quelques lacs abritent des macrophytes : Potamogeton, Chara, Ceratophyllum, Myriophyllum[38] et Bacillariophyta[77].

Faune

Parmi les mammif√®res se trouvent le yanghir (Capra ibex sibirica), le loup (Canis lupus), le Renard roux (Vulpes vulpes), le lynx (Lynx lynx), le Chat de Pallas (Otocolobus manul), la fouine (Martes foina), la Belette de montagne (Mustela altaica), l'hermine (M. erminea), le Li√®vre de Tolai (Lepus tolai), l'Ours Isabelle (Ursus arctos isabellinus), le markhor (Capra falconeri, localement kiik) et l'once (Uncia uncia) dans la partie occidentale, alors que la Marmotte √† longue queue (Marmota caudata), le Li√®vre laineux (Lepus oiostolus), le Pika √† larges oreilles (Ochotona macrotis), le yak (Bos grunniens), l'Argali de Marco Polo (Ovis ammon polii, localement ar-khar), sous-esp√®ce end√©mique du Pamir, sont dans la partie orientale. L'once et l'Argali de Marco Polo sont menac√©s de disparition[3] - [18] - [20] - [21] - [69] - [78]. D'autres mammif√®res carnivores sont pr√©sents : le Chacal dor√© (Canis aureus), le dhole (Cuon alpinus), le Renard des steppes (Vulpes corsac), le Chat sauvage (Felis silvestris), la Loutre d'Europe (Lutra lutra), le Blaireau europ√©en (Meles meles), le Putois des steppes (Mustela eversmannii), la belette (M. nivalis), le Vison de Sib√©rie (M. sibirica), le Putois marbr√© (Vormela peregusna) et l'Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus)[79]. Le sanglier (Sus scrofa), le Cerf √©laphe (Cervus elaphus), le Chevreuil d'Asie (Capreolus pygargus), la Gazelle √† goitre (Gazella subgutturosa), le Grand bharal (Pseudois nayaur) et le kiang (Equus kiang) compl√®tent les grands mammif√®res[79]. Les insectivores sont repr√©sent√©s par le H√©risson oreillard (Hemiechinus auritus), le H√©risson de Brandt (Paraechinus hypomelas), le Crocidure gris-p√Ęle (Crocidura pergrisea), le Crocidure sombre (C. pullata), le Crocidure des jardins (C. suaveolens), le Pachyure √©trusque (Suncus etruscus), l'esp√®ce end√©mique de Musaraigne √† dents longues (Sorex buchariensis), la Musaraigne pygm√©e (S. minutus) et la Musaraigne √† t√™te plate (S. planiceps)[79]. De nombreux rongeurs ont encore √©t√© recens√©s : la Marmotte de l'Himalaya (Marmota himalayana), le Souslik relique (Spermophilus relictus), la Gerboise de Sib√©rie (Allactaga sibirica), le Salpingote de Kozlov (Salpingotus kozlovi), la Gerboise √† pattes rugueuses (Dipus sagitta), le Campagnol des montagnes argent√© (Alticola argentatus), le Campagnol du Bucharian (Blanfordimys bucharicus), le Rat-taupe des monts Ala√Į (Ellobius alaicus), le Rat-taupe de Zaysan end√©mique (E. tancrei), le Campagnol des hauteurs (Microtus gregalis), le Campagnol du Kirghizistan (M. kirgisorum), le Campagnol des gen√©vriers (Neodon juldaschi), le Hamster gris (Cricetulus migratorius), le M√©rione √† queue rouge (Meriones libycus), le M√©rione du Sud (Meriones meridianus), le Mulot pygm√©e (Apodemus uralensis), le Mulot des champs de l'Himalaya (Apodemus pallipes), le Rat √† queue courte (Nesokia indica), le Rat du Turkestan (Rattus pyctoris), le L√©rotin commun (Dryomys nitedula) et le Porc-√©pic indien (Hystrix indica)[79]. Ils sont compl√©t√©s par trois esp√®ces suppl√©mentaires de lagomorphes, √† savoir le Pika de Royle (Ochotona roylei), le Pika roux (O. rutila) et le Li√®vre du d√©sert (Lepus tibetanus)[79]. Enfin, les chauves-souris sont un ordre majeur dont d√©pendent le Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), le Petit rhinolophe (R. hipposideros), l'Oreillard d'Hemprich (Otonycteris hemprichii), la Barbastelle d'Asie (Barbastella leucomelas), la S√©rotine de Botta (Eptesicus bottae), la S√©rotine commune (Eptesicus serotinus), le Vespertilion √† moustaches du N√©pal (Myotis nipalensis), le Petit murin m√©ridional (M. oxygnathus), le Petit murin (M. blythii), le Murin √† oreilles √©chancr√©es (M. emarginatus), le Vespertilion fraternel (M. frater), le Murin √† moustaches (M. mystacinus), la Noctule commune (Nyctalus noctula), la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), le Vesp√®re de Savi (Hypsugo savii), l'Oreillard commun (Plecotus auritus), l'Oreillard gris (P. austriacus), la S√©rotine bicolore (Vespertilio murinus), le Murin de Hutton (Murina huttoni), le Miniopt√®re de Schreibers (Miniopterus schreibersii) et le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis)[79].

Parmi les oiseaux figurent dans la partie orientale du massif la Perdrix de Hodgson (Perdix hodgsoniae), le Syrrhapte du Tibet (Syrrhaptes tibetanus), le Bec-d'ibis tib√©tain (Ibidorhyncha struthersii), le Grand Corbeau tib√©tain (Corvus corax tibetanus), l'Alouette hausse-col (Eremophila alpestris) et le Vautour de l'Himalaya (Gyps himalayensis)[20] ; la Mouette du Tibet (Larus brunnicephalus) et l'Oie √† t√™te barr√©e (Anser indicus) nichent √©galement pr√®s des lacs √† pr√®s de 4 000 m√®tres d'altitude alors que le T√©traogalle du Tibet (Tetraogallus tibetanus) pr√©f√®re les versants rocheux[69] ; le Choucas des tours (Corvus monedula) et la Niverolle alpine (Montifringilla nivalis) ont √©t√© aper√ßus jusqu'√† 6 000 m√®tres d'altitude[78]. Dans la partie occidentale sont pr√©sents le Loriot indien (Oriolus kundoo), le T√©traogalle de l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis), la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), la Pie-gri√®che brune (Lanius cristatus) et le Gobe-mouche de paradis indien (Terpsiphone paradisi)[20]. En dehors de celles-ci, le Fonds mondial pour la nature recense 220 esp√®ces d'oiseaux dont, parmi les plus vuln√©rables ou pr√©occupantes, le Fuligule nyroca (Aythya nyroca), le Pygargue de Pallas (Haliaeetus leucoryphus), le Vautour moine (Aegypius monachus), le Faucon sacre (Falco cherrug), l'Outarde canepeti√®re (Tetrax tetrax), la Grande Outarde (Otis tarda), le Pigeon d'Eversmann (Columba eversmanni), le Rollier d'Europe (Coracias garrulus), le Podoce de Biddulph (Podoces biddulphi) et la Bouscarle √† long bec (Locustella major)[79].

Plusieurs espèces de reptiles ont été identifiées, toutes de l'ordre des squamates, à savoir Laudakia himalayana, Hemorrhois ravergieri, Elaphe dione, Natrix tessellata ou Couleuvre tessellée, Naja oxiana, Eremias nikolskii, Ablepharus deserti, Asymblepharus alaicus, Scincella ladacensis, Gloydius intermedius, Gloydius halys ou encore Macrovipera lebetina[79].

Quelques amphibiens se rencontrent dans les milieux humides, représentés par Pseudepidalea oblonga, Pseudepidalea viridis plus connu sous le nom de Crapaud vert, ainsi que Hynobius turkestanicus[79]. Les seules espèces de poissons, dans les rivières à l'ouest du massif et dans les lacs, sont Triplophysa stoliczkai, Nemacheilus lacusnigri, endémique du lac Kara-Kul, Schizothorax intermedia, Schizopygopsis stoliczkai ainsi que les espèces allochtones Coregonus peled et Carassius gibelio, introduite en 1967[20] - [77]. Cette dernière se nourrit notamment de mollusques et de crustacés, ainsi que de larves de chironomidés qui peuplent les étendues d'eau[77]. Les cladocères sont représentatifs du zooplancton[38].

Des papillons non-identifi√©s ont √©t√© aper√ßus au-del√† de 5 700 m√®tres d'altitude au glacier Vitkovsky, tributaire du glacier Fedtchenko[78]. D'autre part, la pr√©sence de Parnassius autocrator, Parnassius charltonius, Parnassius staudingeri, Parnassius kiritshenkoi, Parnassius simo, Parnassius simonius, Parnassius jacquemontii, Parnassius actius, de Colias wiskotti, Colias marcopolo, Colias eogene, Colias cocandica, de Sphingidae sp., de Satyrinae sp., de Nymphalidae sp., de Lycaenidae sp. et d‚ÄôHesperiidae sp. a √©t√© attest√©e dans les parties septentrionale et orientale du massif[78] - [80]. Aphodius nigrivittis est une esp√®ce de bousier pr√©sente dans les d√©jections de yaks. Parmi les autres col√©opt√®res se trouvent Bembidion pamirium, Bembidion pamiricola[81]. Conophyma reinigi est une esp√®ce de criquet end√©mique des plateaux d√©sertiques ; Conophyma birulai, Sphingonotus caerulans, Sphingonotus rubescens, Sphingonotus mecheriae et Sphingonotus pamiricus sont d'autres esp√®ces d'orthopt√®res pr√©sentes dans le Pamir[81]. Anechura fedtshenkoi et Anechura bipunctata sont deux esp√®ces de dermapt√®res[81]. Odontoscelis fuliginosa, Carpocoris fuscispinus, Mimula maureri, Mimula nigrita, Corizus limbatus, Spilostethus rubriceps, Gonionotus marginepunctatus, Geocoris arenarius, Microplax interrupta, Emblethis verbasci, Stenodema turanicum, Chiloxanthus poloi, Saldula orthochila repr√©sentent les h√©t√©ropt√®res[81]. Enfin, une grande quantit√© d'hym√©nopt√®res et de dipt√®res se rencontre dans le massif[81]. La surface des glaciers abrite √©galement des araign√©es noires dont l'esp√®ce n'a pas √©t√© d√©crite[78].

Population

Carte des ethnies de la région du Pamir.

Le nord du Pamir, comme les monts Tian, est peuplé de Kirghizes[82], un groupe ethnique de langue turcique[83]. Des poches parfois nomades sont également présentes dans le sud-est du massif[18] - [84] - [85]. Ils se distinguent des Kirghizes des plaines sous les appellations Burut, Kara-Kirghiz ou Dikokamenni Kirghiz[86]. Les membres de ces tribus sont des éleveurs de yaks, de moutons et de chèvres[87].

Des Tadjiks dont la langue est tr√®s proche du persan[83] - [88] occupent majoritairement les vall√©es de l'ouest dans des petits villages √©pars appel√©s kishlaks[18] - [84] - [85], alors qu'une pr√©sence russe n'est relev√©e que dans l'agglom√©ration de Khorog[85], √† 2 200 m√®tres d'altitude, au sein de la vall√©e du Piandj qui constitue jusqu'√† Rushan la r√©gion la plus dense du massif[18]. Ces Tadjiks des montagnes ont g√©n√©ralement le teint clair et pr√©tendent descendre des anciens guerriers du Royaume gr√©co-bactrien[89] - [90]. Si la plupart des Tadjiks sont musulmans sunnites, les populations du Pamir sont essentiellement des chiites isma√©liens d'ob√©dience niz√Ęrite reconnaissant pour imam Aga Khan[89] - [90] - [91]. Des communaut√©s zoroastriennes isol√©es subsistent aussi dans les montagnes[91]. Les Tadjiks du Pamir sont divis√©s en six groupes culturellement similaires : les Shugnanis, les Rushanis, les Bartangis, les Yazgouls, les Ishkashimis et les Wakhis[88]. Chaque vall√©e poss√®de son propre dialecte[89]. Les Shugnanis, les Rushanis et les Bartangis, auxquels s'ajoutent notamment les Sarikolis du xian autonome tadjik de Taxkorgan, sont les seuls √† parler des dialectes intelligibles entre eux. Le shugnani est donc utilis√© comme langue franque, si bien que des tentatives de normalisation sur la base de l'√©criture latine ont √©t√© entreprises dans les ann√©es 1920-1930, sans succ√®s[88]. Depuis leur reconnaissance en 1989, un travail de transcription en alphabet cyrillique est en cours sur ces langues[92]. En attendant, le tadjik standard des plaines est donc utilis√© comme langue litt√©raire[88] - [89]. Au milieu du XXe si√®cle, environ 40 000 personnes sont recens√©es comme parlant une langue du Pamir[88], chiffre qui monte √† pr√®s de 100 000 au d√©but des ann√©es 1990[90]. En dehors du shugnani, la situation des dialectes du Pamir, certains parl√©s par √† peine 1 000 locuteurs, est consid√©r√©e comme fragile[92]. En outre, des Tadjiks des montagnes, culturellement similaires √† ceux du Pamir mais religieusement et linguistiquement proches de ceux des plaines, peuplent l'ouest du massif, principalement le raion de Darvaz[93].

Vue de l'intérieur d'une maison traditionnelle du Pamir.

Le peuplier est utilis√© dans la construction et comme bois de chauffage[94]. La maison typique du Pamir, appel√©e localement chid, est un marqueur central de la culture du peuple du Pamir. Elle inclut des √©l√©ments indo-aryens, notamment zoroastriens. Son architecture repose sur des symboles vieux de 2 500 ans. Les murs sont faits de pierre et de mortier ; le toit est plat et permet de faire s√©cher du bois et des denr√©es alimentaires. L'int√©rieur offre deux pi√®ces, une petite pour les repas en √©t√© et pour le repos, qui donne acc√®s √† une seconde, plus grande, arrang√©e selon trois niveaux correspondant aux trois royaumes de la nature (min√©ral, v√©g√©tal, animal) et aux trois niveaux de pens√©e (inanim√©, v√©g√©tatif et cognitif). Elle est support√©e par cinq piliers en bois correspondant aux cinq piliers et √† cinq membres de la famille d'Ali, li√©s par syncr√©tisme √† cinq dieux et d√©esses zoroastriens. Deux poutres relient deux paires de piliers, symbolisant les mondes mat√©riel et spirituel. Plusieurs autres groupes de poutres sont pr√©sents, dont six autour du foyer repr√©sentant les six proph√®tes de l'islam ou les six directions de l'univers zoroastrien, et sept autres pour les sept premiers imams ou les sept principaux astres connus (le Soleil, la Lune, Mercure, V√©nus, Mars, Jupiter, Saturne) ou encore les sept Amesha Spentas. Au plafond, un oculus fait de quatre carr√©s de bois concentriques superpos√©s laisse passer la lumi√®re du jour et symbolise les quatre √©l√©ments. L'int√©rieur allie les couleurs rouge et blanc, respectivement sources de la vie et du bien-√™tre[95].

L'artisanat, en particulier le tissage, joue un r√īle important dans la culture locale, tout comme la danse et la musique traditionnelles, jou√©es sur des tamb√Ľrs, des rubabs, des setors, des dafs[96]. Les bouzkachis sont encore pratiqu√©s dans le district de Murghab[97]. Les Wakhis, qui se nomment entre eux xik[94], pratiquement la culture c√©r√©ali√®re et vivent entre 2 200 et 3 500 m√®tres d'altitude[87].

Vue de la route M41 dans les gorges du Piandj.

Plusieurs des plus hautes routes carrossables au monde traversent le Pamir. Parmi celles-ci figure la route du Karakorum, entre la province de Khyber Pakhtunkhwa au Pakistan et la Chine, qui culmine au col de Khunjerab √† 4 693 m√®tres d'altitude. La seconde est la route M41, dont le tron√ßon est surnomm√© Pamir Highway (Pamirskii Trakt ou ¬ę route du Pamir ¬Ľ) en r√©f√©rence √† la pr√©c√©dente, mais √©galement la ¬ę route de la drogue ¬Ľ, si bien qu'elle n'a √©t√© ouverte aux √©trangers qu'en 1998 et que les contr√īles sont fr√©quents[98]. Ce tron√ßon relie Douchanb√© au Tadjikistan √† Och au Kirghizistan en traversant la r√©gion autonome du Haut-Badakhchan et culmine au col Akbaital √† 4 655 m√®tres d'altitude. Cette derni√®re constitue le principal itin√©raire d'approvisionnement de la r√©gion. Elle alterne entre Murghab et Khorog les portions de mauvais asphalte et de pistes en relativement bon √©tat[99]. Depuis cette derni√®re, l'acc√®s au nord en descendant le cours du Piandj et au sud en quittant la M41 vers Ishkashim se fait sur une √©troite route renforc√©e. Les vall√©es du Yazgoulem, du Vanch et du Shakhdara sont accessibles via des routes en mauvais √©tat[99]. Le col Kulma √† 4 362 m√®tres d'altitude, dans le cha√ģnon Sarikol √† la fronti√®re entre la R√©publique populaire de Chine et le Tadjikistan, a rouvert en mai 2004 et permet de relier la route du Karakorum √† la M41 la seconde quinzaine de chaque mois de mai √† novembre.

Histoire

Peuplement et ouverture sur le monde

Vues d'un √©chantillon de lapis-lazuli d'Afghanistan et joailleries de l'√Čgypte et de la M√©sopotamie antiques.

Pr√®s de cinquante sites de l'√Ęge de la pierre ont √©t√© d√©couverts dans l'est du massif[100]. Plus de 10 000 p√©troglyphes et pictogrammes, repr√©sentant essentiellement des symboles et des po√®mes religieux et des animaux, ont √©t√© recens√©s dans le massif, certains remontant au Pal√©olithique sup√©rieur[101]. Des traces de charbon de bois issu d'un foyer humain ont √©t√© scientifiquement dat√©es dans le Pamir de 9 500 ans[102]. Des repr√©sentations pari√©tales du N√©olithique, reconnues comme les plus √©lev√©es au monde, figurent dans une grotte au sud de Murghab, √† 4 000 m√®tres d'altitude[102]. En revanche, contrairement aux monts Tian, aucune c√©ramique de cette p√©riode n'a √©t√© trouv√©e[103]. Des kourganes ont √©t√© d√©cel√©s dans la vall√©e de l'Aksu et sont attribu√©s aux Sakas mais leur anciennet√© reste d√©battue[104]. Enfin, des restes arch√©ologiques de tombes recouvertes de rondins de bois ont √©t√© mis au jour sur les hauts plateaux de l'est du massif[105].

Des lapis-lazuli du Pamir se retrouvent √† l'√©poque sum√©rienne en M√©sopotamie et sous la civilisation d'Harappa au IIIe mill√©naire av. J.-C.[60], puis au Ier mill√©naire av. J.-C.[106] lorsque √† l'Antiquit√© des caravanes se rendent avec des joyaux destin√©s aux pharaons √©gyptiens[21] - [60]. Plus tard, pendant pr√®s de 2 000 ans, il se retrouve sur la route de la soie, laissant les ruines de forteresses jadis imposantes, mais les tron√ßons qui le traversent ne sont que des sentiers secondaires et vertigineux[21] - [107] - [108]. La dynastie Han parvient √† faire la jonction entre l'Amou-Daria et le Syr-Daria au travers du massif. Des moines bouddhistes chinois traversent le Pamir durant leurs voyages en direction de l'Inde : Faxian vers 400 et Xuanzang dans la premi√®re moiti√© du VIIe si√®cle[109]. Malgr√© ses hautes montagnes et son aridit√©, le massif est alors consid√©r√© comme une zone de passage relativement ais√©e comparativement aux autres massifs environnants[110].

Ni le royaume gr√©co-bactrien entre les IIIe et IIe si√®cles av. J.-C., ni les dynasties Han et Tang ni l'expansion de l'islam sous la dynastie des Omeyyades entre les VIIe et VIIIe si√®cles, ni les Tib√©tains au VIIIe si√®cle, ni l'Empire mongol fond√© par Gengis Khan au d√©but du XIIIe si√®cle ne parviennent √† s'installer durablement dans le Pamir[111]. Seuls les descendants de l'empire ach√©m√©nide perse, les Tadjiks de la Bactriane et de la Sogdiane, dont le nom signifie ¬ę peuple s√©dentaris√© ¬Ľ, demeurent dans le massif d√®s le IIe si√®cle, tout en subissant les diverses influences post√©rieures[90] - [112].

Les premiers v√©ritables t√©moignages de l'histoire r√©gionale sont l'Ňďuvre de l'explorateur v√©nitien Marco Polo, en 1273-1274, √† l'occasion de sa travers√©e des montagnes vers Cathay, autrement dit la Chine, probablement par la vall√©e du Wakhan-Daria et Kashgar, dans les pas de Xuanzang. Il en fait une description √©crite sommaire mais unique pour l'√©poque : il aborde la difficult√© des cols √† traverser, les paysages et la g√©ologie, le climat, la faune, les productions agricoles, les populations, leurs traditions et leur religion[21] - [111] - [113]. Il rapporte aussi l'existence de d√©p√īts de rubis[60]. Il √©crit :

¬ę Par cette plaine on va chevauchant douze journ√©es et elle est appel√©e Pamir. Pendant ces douze journ√©es, on ne trouve ni habitation ni auberge, mais c'est un d√©sert tout le long de la route, et l'on n'y trouve rien √† manger : les voyageurs qui doivent passer par-l√†, il convient qu'ils emportent avec eux leurs provisions. L√† ne sont aucuns oiseaux, √† raison de la hauteur et du froid intense, et pour ce qu'ils n'y pourraient rien trouver √† manger. De plus, sachez qu'√† cause du froid, le feu n'est pas aussi clair et br√Ľlant, ni de la m√™me couleur que dans les autres lieux, et les viandes ne peuvent pas bien cuire. ¬Ľ

‚ÄĒ Marco Polo[107]

En raison de la chute de l'Empire timouride, les routes caravanières deviennent dangereuses, aucun Européen n'y retourne avant Bento de Góis en 1603, lequel n'apporte aucune connaissance véritablement nouvelle sur la région[111] - [114].

Les Kirghizes investissent le nord du massif autour du XVIe si√®cle[82] - [115], ce que ne parviennent pas √† faire les Moghols venus du sud[111]. M√™me lorsque aux XVIIIe et XIXe si√®cles les √©mirats de Boukhara et d'Afghanistan prennent le contr√īle d'une partie du Pamir, ce n'est que sous la forme de d√©pendances vis-√†-vis de seigneurs locaux auxquels sont vers√©s des tributs[90] - [111].

Exploration et occupation occidentale

Peinture de l'officier britannique Thomas Edward Gordon représentant son probable guide wakhi et le lac Zorkul en 1874.

En 1838, le lieutenant John Wood de la British Indian Navy est envoy√© √† la recherche des sources de l'Oxus. Il remonte le Piandj puis son affluent le Pamir jusqu'au lac Zorkul, initialement nomm√© lac Wood[111] puis lac Victoria jusqu'en 1895[116]. En 1841, il r√©dige un rapport intitul√© Voyage aux sources de l'Oxus qui lui vaut une m√©daille de la Royal Geographical Society[117]. Toutefois, malgr√© quelques d√©couvertes g√©ographiques, le compte-rendu n'a que peu d'int√©r√™t du point de vue de la connaissance des populations du massif[111]. Avec la difficult√© d'√©tudier le massif, Thomas George Montgomerie √©met l'id√©e, en 1863, de former et d'utiliser les services d'autochtones afin de cartographier la r√©gion dans le cadre du Great Trigonometric Survey[118]. Le Grec Panagiotis Potagos traverse le massif en 1870[119]. Une seconde mission britannique est lanc√©e en 1874 √† partir de Kashgar et √©tudie notamment le cha√ģnon Sarikol, dans les environs de Taxkorgan. Dans les ann√©es 1880-1890, les connaissances s'enrichissent encore, notamment gr√Ęce aux travaux men√©s ind√©pendamment par Francis Younghusband et George Curzon, mais les Russes les expulsent r√©guli√®rement[120] - [121]. L'explorateur fran√ßais Gabriel Bonvalot, accompagn√© du peintre Albert P√©pin qui r√©alise de nombreuses esquisses et du naturaliste luxembourgeois Guillaume Capus, ainsi que du Russe Bronislav L. Grombtchevsky qui le seconde, traverse le massif depuis Och, des monts Ala√Į √† l'Hindou Kouch en 1887[122] - [123]. Son compatriote Henri Dauvergne lui embo√ģte le pas l'ann√©e suivante et atteint notamment, √† son tour, les sources du Piandj[124]. Les Danois, jug√©s neutres par les Russes, sont autoris√©s √† lancer deux exp√©ditions dirig√©es par Ole Olufsen entre 1896 et 1899. Les connaissances accumul√©es sont parmi les plus importantes de la r√©gion dans les sciences naturelles, humaines et sociales[125].

Vue du monument √† la fronti√®re entre le Kirghizistan et le Tadjikistan sur la route M41 souhaitant la bienvenue dans les montagnes du Pamir ; l'inscription en russe signale que ¬ę les habitants du Haut-Badakhchan vous accueillent ¬Ľ.

Jusqu'√† la fin du XIXe si√®cle, le massif, apparemment pauvre en ressources naturelles et constituant jusque-l√† un int√©r√™t g√©ostrat√©gique faible, reste peu convoit√©[111]. Ce n'est que vers 1870 que le Pamir et le Karakoram deviennent une zone de tension entre l'Inde britannique et l'Empire russe en pleine expansion ; ce conflit est surnomm√© le ¬ę Grand Jeu ¬Ľ[106] - [126]. Les Russes envoient des missions de reconnaissance dans le nord et le centre du massif alors que les populations du sud sont soumises par les autorit√©s britanniques[121] - [126]. Ces derni√®res tentent de persuader la dynastie Qing d'√©tendre son territoire √† l'ouest, afin d'effectuer la jonction avec l'Afghanistan, mais les Russes les devancent et occupent finalement le massif[126]. Les fronti√®res sont fix√©es en 1895 au niveau du corridor du Wakhan, comme sugg√©r√© d√®s 1873[106]. L'Empire russe annexe les possessions de l'√©mirat de Boukhara dans le massif en 1904[90].

Les premi√®res exp√©ditions √† caract√®re v√©ritablement scientifique du XXe si√®cle se passent sous la direction de Willi Rickmer Rickmers. La premi√®re, en 1913, est austro-allemande, envoy√©e √† l'instigation des clubs alpins des deux pays. √Ä cette occasion, Rickmers prend, sans le savoir, la premi√®re photographie du point culminant du Pamir, le pic Ismail Samani. La seconde exp√©dition, germano-sovi√©tique, est envoy√©e au cŇďur du massif en 1928. Rickmers est accompagn√© de Nikolai Petrovich Gorbunov[127] - [128] - [129]. Au cours de celle-ci, Karl Wien, Eugene Allwein et Erwin Schneider en profitent pour √©tablir la premi√®re ascension du pic L√©nine, par la face sud[127].

Malgré la révolution d'Octobre 1917 et une renégociation des traités et alliances, le Pamir retombe progressivement dans l'oubli occidental[106]. Cet isolement est renforcé dès 1929 lorsque la République socialiste soviétique du Tadjikistan est déclarée au sein de l'URSS et que les habitants des montagnes sont appelés dans les champs de coton au sud-ouest[130]. Après la construction de la route M41 en 1931 destinée à désenclaver le massif[98], d'autres missions soviétiques suivent dans la décennie[131]. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, sont construits les premiers villages permanents de la partie orientale du massif, en dehors de Murghab, alors connu sous le nom de Pamirsky Post depuis sa fondation en 1893. L'ouverture d'écoles et la mise en place de kolkhozes peuvent expliquer cette sédentarisation[132].

Apr√®s la guerre, Vladimir Ratzek est charg√© de cartographier le Pamir, qui reste encore largement inexplor√©. √Ä la t√™te de plusieurs exp√©ditions militaires, il en profite pour gravir les plus hauts sommets du massif, notamment les trois de plus de 7 000 m√®tres d'altitude[44]. Les h√©licopt√®res font leur apparition dans les ann√©es 1950 et facilitent l'essor de l'alpinisme[131]. En 1962, Anatoly Ovtchinnikov et John Hunt sont chefs de l'exp√©dition britanno-sovi√©tique au pic Garmo durant laquelle Wilfrid Noyce, membre de la premi√®re exp√©dition √† l'Everest en 1953 avec Hunt, et Robin Smith chutent mortellement lors de la descente. Les crampons des Britanniques ne sont pas adapt√©s √† la neige molle et instable du Pamir. La cord√©e glisse, ne parvient pas √† freiner la chute, percute un monticule de glace et dispara√ģt dans une falaise de 800 m√®tres de hauteur. Leurs compatriotes d√©cident de les ensevelir sur le lieu de l'accident[133]. En 1969, pour le centenaire de la naissance de L√©nine, le congr√®s international d'alpinisme est organis√© au pic L√©nine. Des membres de treize pays sont invit√©s √† se joindre aux Sovi√©tiques pour participer √† une exp√©dition en masse, mais beaucoup manquent d'exp√©rience. Rapidement, les grimpeurs se d√©sorganisent, les abandons et les accidents dont un mortel se succ√®dent ; malgr√© tout, sur la centaine de participants, 86 atteignent le sommet parmi lesquels 30 √©trangers[127]. En 1974, une cord√©e constitu√©e de huit alpinistes f√©minines est tu√©e lors d'une temp√™te alors qu'elle se trouve pr√®s du sommet[127]. En 1990, une avalanche d√©clench√©e par un s√©isme tombe sur le camp II et tue 43 alpinistes europ√©ens et russes. Seul un en r√©chappe ; c'est l'accident le plus meurtrier de l'histoire de l'alpinisme[127] - [134].

Il faut attendre la perestro√Įka, √† la fin des ann√©es 1980, pour que les Pamiris soient autoris√©s √† retourner dans leur r√©gion, puissent reb√Ętir leurs villages en ruines[135] et remettent en culture les 4 000 hectares de terres laiss√©es en friche sur les 16 000 hectares de terres arables[136]. La guerre d'Afghanistan de 1979 √† 1989, durant laquelle le massif sert de base arri√®re secondaire aux combattants, mais surtout la guerre civile tadjike de 1992 √† 1996, qui voit les Pamiris r√©clamer une part d'autonomie vis-√†-vis du pouvoir central communiste, plongent √† nouveau le Pamir dans une zone de tension[106]. Les rares acc√®s routiers sont d√©truits[137]. Entre-temps, toutefois, des projets d'√©tudes sont lanc√©s, notamment par l'Universit√© des Nations unies en accord avec les Acad√©mies des sciences, pour soutenir le d√©veloppement du massif. Des propositions sont √©mises visant √† prot√©ger le patrimoine naturel et √† promouvoir l'√©cotourisme[135].

Activités

La population du Pamir tire ses revenus d'une économie de subsistance, basée sur l'élevage et une agriculture vivrière, et d'activités illégales comme le trafic de drogue ou le braconnage. Le tourisme peine à prendre durablement son essor et l'environnement reste relativement préservé en raison de l'isolement du massif autant que de la création de plusieurs aires protégées.

√Čconomie

Vue de moutons en train de pa√ģtre sur le versant chinois du Pamir, avec le cha√ģnon Kashgar en arri√®re-plan.

L'√©levage de moutons dans les prairies d'altitude reste une source de revenus essentielle de la r√©gion. Leur laine sert notamment √† la confection des djuraby, des chaussettes ou des bas mi-longs √† longs tricot√©s par les femmes selon des coutumes pr√©cises, avec trois aiguilles, et pr√©sentant des motifs √† la fois traditionnels et uniques dont les teintures sont obtenues par le trempage du fil dans des infusions de plantes[138]. Le yak, originaire du Tibet, est localement appel√© kutas. Pouvant peser jusqu'√† 500 kilogrammes, il est √©lev√© pour sa viande et pour son lait qui sert √† produire de la cr√®me et du yaourt. Sa laine et son cuir servent √† confectionner des v√™tements et autres ustensiles. La fermentation de ses bouses permet de produire du carburant. Il est utilis√© dans l'agriculture comme b√™te de somme. Il est capable de tra√ģner des charges importantes, de traverser des torrents et de survivre en haute altitude[139].

La p√™che pr√©sente un potentiel de d√©veloppement important dans les lacs du Pamir. L'esp√®ce Schizopygopsis stoliczkai repr√©sente la quasi-int√©gralit√© des poissons p√™ch√©s, auxquels s'ajoutent Schizothorax intermedia et Carassius gibelio. Les rendements sont tr√®s variables en raison des moyens artisanaux utilis√©s et de l'exploitation irr√©guli√®re. √Ä la fin des ann√©es 1990, 180 tonnes de poissons sont extraites par an, dont 65 √† 94 tonnes dans le seul lac Yashilkul, le lac Turumtaikul √©tant le plus productif avec 34 √† 40 kilogrammes par hectare et des prises moyennes de plus de huit kilogrammes. L'introduction de l'esp√®ce Coregonus peled pourrait faire augmenter sensiblement la production[140].

Vue des piémonts occidentaux au printemps.

De la vigne, des abricotiers, des pommiers, des poiriers, des noyers et des m√Ľriers sont cultiv√©s sur les c√īnes de d√©jection et les terrasses alluviales, bien drain√©s, o√Ļ sont perch√©s les villages[20] - [87]. Les conditions climatiques permettent une unique r√©colte annuelle d'orge, de bl√©, de pomme de terre, de f√®ves et de pois[87]. Les populations sont fortement d√©pendantes de l'irrigation, notamment dans les vall√©es et les plateaux les plus arides dans la partie orientale. L'eau est d√©tourn√©e depuis les r√©gions plus arros√©es ou issue de la fonte des neiges et des glaciers. Au Tadjikistan, depuis l'ind√©pendance, l'agriculture est redevenue vivri√®re[18] afin de contrebalancer les 85 % d'importations alimentaires[136]. Le pavot √† opium (Papaver somniferum) et le chanvre (Cannabis sativa) sont cultiv√©s ill√©galement. Ils s'adaptent bien aux conditions arides et aux sols gel√©s. Le pavot est apparu au XIXe si√®cle et a √©t√© √©radiqu√© par les Sovi√©tiques dans les ann√©es 1940. Depuis l'ind√©pendance du Tadjikistan, les plantes narcotiques ont refait leur apparition en profitant d'une porosit√© des fronti√®res et d'une facilit√© de conservation, faisant de cette activit√© une manne financi√®re dans le Pamir[141]. La tourbe obtenue √† base de plantes appel√©es localement teresken remplace parfois la bouse animale dans la production de carburant[142]. En raison de la rar√©faction et de l'augmentation des prix des imports en charbon et en fioul apr√®s l'ind√©pendance du Tadjikistan, ainsi que de l'absence de d√©veloppement dans les √©nergies renouvelables, le teresken est souvent utilis√© en dernier ressort directement comme combustible, ce qui a men√© √† une d√©sertification de l'est du massif dans les vingt derni√®res ann√©es[143].

L'ouest du massif, notamment la vall√©e du Shugnan et celles adjacentes, pr√©sente des filons de lazurite (localement appel√©e ljadshuar) et des d√©p√īts de rubis qui ont √©t√© exploit√©s respectivement depuis l'Antiquit√© et le Moyen √āge. Entre 500 kilogrammes et une tonne de lapis-lazuli sont m√™me extraits quotidiennement √† la fin du XIXe si√®cle. Des filons sont de nouveau exploit√©s entre 1972 et le d√©but des ann√©es 1990. De la houille et du lignite ont √©t√© extraits en petites quantit√©s dans l'ouest et le centre du massif. Le soufre, le salp√™tre, le sel et le marbre pourraient √™tre exploit√©s de mani√®re rentable si les infrastructures √©taient d√©velopp√©es[60].

Tourisme

Vue d'un camp de base installé sous le pic Ismail Samani.

Un acc√®s facilit√© au cŇďur du massif devient possible dans la seconde moiti√© du XXe si√®cle. En 1978, plus de 300 cols ont d√©j√† √©t√© franchis et r√©pertori√©s par les associations de trekking, dont le plus haut √† 5 970 m√®tres d'altitude, le col Zimovstchikov entre le glacier Fedtchenko et un de ses tributaires, le glacier Vitkovsky, en 1959[131]. La pratique de ce sport trouve vraiment son essor dans le Pamir √† la fin des ann√©es 1980 et au d√©but des ann√©es 1990. √Ä la m√™me √©poque, les hauts sommets du massif sont gravis par 200 √† 400 alpinistes, essentiellement russes, chaque mois de juillet. La guerre civile de 1992 √† 1996 au Tadjikistan met un coup de frein √† ce d√©veloppement touristique[18].

Vue de Khorog, capitale du Haut-Badakhchan et principal centre du tourisme pour le Pamir au Tadjikistan.

Depuis les ann√©es 2000, le massif s'est ouvert au tourisme international, bien qu'un permis sp√©cial soit requis et des taxes vers√©es aupr√®s des autorit√©s tadjikes[144]. En 2003, 1 500 trekkers, principalement occidentaux ont √©t√© recens√©s par l'agence nationale pour le tourisme ; en 2006, √† peine plus de 1 000 personnes se sont rendues √† l'office du tourisme de Khorog[144]. Cette ville abrite le deuxi√®me plus haut jardin botanique au monde[145]. L'agence Sayoh a la responsabilit√© de faire profiter les populations locales des retomb√©es √©conomiques mais s'est vue critiqu√©e en raison des difficult√©s qu'elle oppose aux compagnies priv√©es[144]. Des associations, des fondations et des institutions nationales √©trang√®res et transnationales soutiennent les efforts de d√©veloppement[144]. Malgr√© tout, l'√©cotourisme peine √† s√©duire les touristes, seuls 10 % d'entre eux ayant visit√© le parc national du Pamir[144]. L'alpinisme, dont les infrastructures, y compris les services de secours, ont √©t√© mises √† mal par la chute de l'Union des r√©publiques socialistes sovi√©tiques, conna√ģt un d√©but de regain d'activit√©, surtout √† partir du Kirghizistan[144]. La chasse √† l'argali continue √† √™tre pratiqu√©e avec des prix atteignant 30 000 euros par t√™te, dans un manque de transparence important, mais dont les rentes pourraient d√©passer celles des taxes per√ßues par les autorit√©s[144].

Protection environnementale

Carte des aires protégées de la région du Pamir.

Le parc national du Pamir (ou Pamirsky), aussi appel√© parc national tadjik, est cr√©√© le [40], apr√®s avoir √©t√© imagin√© d√®s 1992[135] - [146]. Il s'√©tend sur 12 260 kilom√®tres carr√©s[147], soit un peu plus de 8 % de la superficie du Tadjikistan. Il comprend dans ses statuts une r√©serve naturelle qui joue le r√īle de zone tampon[40] et porte la superficie de cette aire prot√©g√©e √† 26 000 kilom√®tres carr√©s[148], ce qui en fait la plus grande d'Asie centrale[144]. En 2008, elle est propos√©e pour int√©grer la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO[147] et cette candidature est approuv√©e en 2013[149]. Cette reconnaissance pourrait s'accompagner d'une relance de la fr√©quentation touristique[18]. Elle se base sur un paysage naturel remarquable, comprenant le pic Ismail Samani, le glacier Fedtchenko et le lac Sarez, sur un biome unique caract√©ris√© par un climat aride, sur une altitude √©lev√©e qui pourrait en faire le troisi√®me plus haut site du Patrimoine mondial apr√®s l'Everest et le Nanda Devi, sur une r√©serve hydrologique majeure et sur un relief unique[147].

La r√©serve naturelle d'√Čtat de Dashtidjum (ou Dashtidzumsky), situ√©e au Tadjikistan, au sud-est de la cr√™te Khazratisho et au nord du Piandj[150] sur la marge occidentale du Pamir, est un zapovednik, une r√©serve int√©grale, c'est-√†-dire le plus haut degr√© de protection parmi les aires prot√©g√©es[151] - [152]. Un refuge naturel (zakaznik) a d'abord √©t√© cr√©√© en 1972 sur 533 kilom√®tres carr√©s, avant d'√™tre compl√©t√© par la r√©serve naturelle int√©grale sur 197 kilom√®tres carr√©s[153] en 1983[146] - [152]. Un projet vise √† ajouter 267 kilom√®tres carr√©s de zone tampon au refuge naturel pour porter sa superficie √† 800 kilom√®tres carr√©s[153]. Une zone importante pour la conservation des oiseaux compl√®te depuis 2007 le r√©seau des aires prot√©g√©es de Dashtidjum sur une superficie de 378 kilom√®tres carr√©s[154].

La r√©serve naturelle d'√Čtat de Zorkul (ou Zorkylsky) est situ√©e autour du lac du m√™me nom, le long de la fronti√®re avec l'Afghanistan. Elle a √©t√© cr√©√©e en 1972 sur 165 kilom√®tres carr√©s en tant que refuge naturel[146] - [155] avant d'√™tre promue √† son tour en r√©serve int√©grale en 2000 et agrandie sur 877 kilom√®tres carr√©s[156]. Elle contient un site Ramsar depuis 2001 ainsi qu'une zone importante pour la conservation des oiseaux et pr√©tend √† inclure la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO[156].

Cinq autres refuges naturels se trouvent dans la partie tadjike du Pamir, dont le but premier est la conservation et la reproduction de la faune et de la flore, en particulier celles du yanghir et de l'argali de Marco Polo qui sont chass√©s pour leurs cornes[146] - [151] - [155]. Le refuge naturel Sanvor (ou Sangvorsky)[146] - [157], aussi appel√© Sanglyar (ou Sanglyarsky)[151] - [155], se situe dans le cha√ģnon Pierre Ier. Il a √©t√© cr√©√© en 1970[146] ou 1972[157] et s'√©tire sur 509 kilom√®tres carr√©s[146] - [155]. Le refuge naturel du Pamir inclut le lac Kara-Kul et s'√©tend sur 5 000 kilom√®tres carr√©s[155]. Il comprend le site Ramsar des zones humides du lac Kara-Kul[158]. Le refuge naturel de Muskol (ou Muzkulsky) se situe dans le cha√ģnon du m√™me nom[155] et couvre depuis 1972 un territoire de 669 kilom√®tres carr√©s[146] - [159]. Le refuge naturel Verkhniy Muzhkul[151] se trouve √† l'est de ce dernier[160]. Enfin, le refuge naturel Ishkashim se trouve √† l'extr√©mit√© sud-ouest du Pamir, au niveau du coude form√© par le Piandj[151] - [161]. Pour compl√©ter, un autre site Ramsar prot√®ge les zones humides des lacs Shorkul et Rangkul[162].

La r√©serve faunique Pamir-i-Buzurg se trouve en Afghanistan, √† l'extr√©mit√© occidentale du cha√ģnon Selsela-Koh-i-WńĀkhńĀn, sur son versant septentrional[163] - [164]. Elle a √©t√© cr√©√©e en 1978 et poss√®de le m√™me niveau de protection que les refuges naturels du Tadjikistan[164].

La r√©serve naturelle de Taxkorgan, dans l'Ouest du Xinjiang en r√©publique populaire de Chine, s'√©tend sur 14 000 kilom√®tres carr√©s en partie dans les confins sud-est du Pamir. Elle abrite des loups, des Grands bharals, quelques Ours Isabelle, 150 sp√©cimens d'Argali de Marco Polo et 50 √† 75 onces. Elle est peupl√©e par 7 500 habitants qui chassent les ongul√©s afin de se nourrir et les carnivores pour prot√©ger leurs 70 000 animaux domestiques. Elle a un faible niveau de protection[69] - [165].

Culture

Lorsque Dieu créa le monde et distribua les terres, le représentant des Pamiris fut si discret qu'il faillit être oublié et en eut beaucoup de chagrin. Dieu eut alors beaucoup de remords et lui attribua le Badakhshan qu'il voulait garder comme son propre jardin[166].

Certains auteurs situent dans le Pamir l'√Čden biblique et le mont Ararat, o√Ļ No√© aurait pris pied apr√®s le D√©luge[167].

Selon une légende, Pamir et Alitshur seraient deux frères qui personnifieraient le Grand Pamir et le Pamir Alitshur, tous deux adjacents[9].

Les bouddhistes chinois imaginent que l'un des lacs du Pamir est habit√© par un grand dragon venimeux[168] - [169]. Ses eaux noir-verd√Ętre seraient √©galement remplies de tortues (rouen), de requins (kiao) et de crocodiles (tho)[169]. Jadis, alors que des marchands de passage √©tablirent un camp pour la nuit pr√®s du lac, le dragon entra en col√®re et tua les marchands au moyen de paroles magiques. Lorsque le roi de Pan-tho (ou Ko-pan-tho) en eut √©t√© inform√©, il confia son autorit√© √† son fils et alla dans le royaume d'Ou-tchang o√Ļ il √©tudia les paroles magiques des Brahmanes. Ayant conquis cette science en l'espace de quatre ans, il s'en revint et reprit l'autorit√© royale. √Ä son tour, il lan√ßa des paroles magiques contre le dragon du lac. Celui-ci se changea en homme et, plein de repentir, il vint trouver le roi. Le roi l'exila aussit√īt sur les monts Tsong-ling, √† deux mille lis (200 lieues) de ce lac[169].

La tradition isma√©lienne veut que les philosophes Nasir e Khosraw et Tolib Sarmast aient √©t√© envoy√©s dans le Pamir pour le rendre habitable, au Moyen √āge. Ils construisirent des sentiers √† flancs de montagne. Tolib mourut et fut enterr√© dans le Rushan, o√Ļ poussent deux gigantesques platanes qui seraient issus des b√Ętons des deux hommes plant√©s dans le sol depuis 900 ans. Nasir, continuant son voyage, se retrouva assoiff√©. Devant le refus d'une vieille femme de lui servir de l'eau, il planta son b√Ęton dans le sol d'o√Ļ jaillit une source qui coule encore aujourd'hui. Plus loin, un dragon essaya de le d√©vorer mais Nasir pria et le dragon fut chang√© en un rocher, encore visible pr√®s d'Ishkashim[170].

Selon une autre l√©gende, le Pamir Alitshur √©tait autrefois si fertile que du riz y poussait. Lorsque Ali ibn Abi Talib r√©pandit l'islam dans le Pamir, les habitants de cette vall√©e refus√®rent de se convertir. Ali jeta une mal√©diction et jura que jamais plus des c√©r√©ales n'y pousseraient. Alitschur signifierait le ¬ę fl√©au d'Ali ¬Ľ ou le ¬ę d√©sert d'Ali ¬Ľ. Seule une mare √† l'eau cristalline demeure, appel√©e Ak-balik (litt√©ralement la ¬ę source blanche ¬Ľ). Elle abrite de gros poissons mais quiconque essaierait d'en attraper serait √† jamais frapp√© de mauvaise fortune[171].

Ainsi, le massif abrite de nombreux autels et sites sacrés. Ils sont entourés de nombreuses histoires, de mythes naturels ou liés à des saints. Ils font parfois office de protection et des offrandes y sont déposées. Ils sont généralement faits de pierres gravées et de cornes de yanghirs ou d'argalis[172].

Le Pamir a √©t√© l'un des th√©√Ętres du cin√©ma sovi√©tique, √† une √©poque o√Ļ il restait une r√©gion largement inexplor√©e. Ainsi, en 1927, le r√©alisateur Vladimir Erofeev, sp√©cialiste du genre ethnographique, tourne le film Le Toit du monde : exp√©dition dans le Pamir (KryŇ°a mira: ekspedicija na Pamir), o√Ļ il suit des g√©ologues. L'ann√©e suivante, Vladimir Adolfovitch Chneiderov participe √† une exploration qu'il immortalise dans le film Le Pi√©destal de la mort (PodnoŇĺie smerti). Il s'en inspire, en 1935, pour r√©aliser Djoulbars, un classique d'aventures de l'√®re stalinienne narrant la lutte h√©ro√Įque entre un garde-fronti√®re russe et son chien contre un groupe de brigands d'Asie centrale aux confins montagneux et enneig√©s de l'Empire sovi√©tique[173].

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

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Liens externes

Notes et références

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