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Massif du Tibesti

Le massif du Tibesti est un massif montagneux du Sahara central, situ√© principalement √† l'extr√™me Nord du Tchad, avec une petite extension dans le Sud de la Libye. Son point culminant, l'Emi Koussi, se trouve au sud du massif et constitue avec 3 415 m√®tres d'altitude √† la fois le plus haut sommet du Tchad et du Sahara. Le Bikku Bitti est pour sa part le sommet le plus √©lev√© de Libye. Le tiers central du massif est d'origine volcanique et se compose notamment de cinq volcans boucliers majeurs surmont√©s de vastes caldeiras : l'Emi Koussi, le Tarso Toon, le Tarso Voon, le Tarso Yega et le Tarso Toussid√©. Les importantes coul√©es de lave ont form√© de vastes plateaux qui surmontent des gr√®s du Pal√©ozo√Įque. Cette activit√© volcanique, apparue lors de la mise en place d'un point chaud durant l'Oligoc√®ne, s'est prolong√©e par endroits jusqu'√† l'Holoc√®ne et se traduit encore par des fumerolles, des sources chaudes, des mares de boue ou encore des d√©p√īts de natron et de soufre. L'√©rosion a form√© des aiguilles volcaniques et entaill√© des gorges au fond desquelles coulent des cours d'eau au d√©bit irr√©gulier qui se perdent rapidement dans les sables du d√©sert.

Massif du Tibesti
Carte topographique du massif du Tibesti.
Carte topographique du massif du Tibesti.
Géographie
Altitude 3 415 m, Emi Koussi
Longueur 380 km
Largeur 350 km
Superficie 100 000 km2
Administration
Pays Drapeau de la Libye Libye
Drapeau du Tchad Tchad
Chabiyat
Régions
Mourzouq, Al-Koufrah
Borkou, Tibesti
Géologie
√āge Oligoc√®ne
Roches Basalte, dacite, ignimbrite, trachyte, grès

Le Tibesti, dont le nom signifie ¬ę lieu o√Ļ vivent les habitants des montagnes ¬Ľ, est le domaine des Toubous. Ils vivent essentiellement le long des oueds, dans quelques rares oasis o√Ļ poussent des palmiers et quelques c√©r√©ales, en exploitant l'eau des gueltas accumul√©e dans des cuvettes naturelles lors des √©v√©nements orageux dont la fr√©quence varie fortement d'une ann√©e voire d'une d√©cennie sur l'autre. Les plateaux servent √† faire pa√ģtre les animaux en hiver et √† la r√©colte des graines en √©t√©. Les temp√©ratures sont √©lev√©es, m√™me si l'altitude rend le massif moins d√©sertique que le Sahara. Les Toubous, qui sont apparus dans le massif vers le Ve si√®cle av. J.-C., se sont adapt√©s √† ces conditions et ont fait du massif une forteresse naturelle, qu'ils ont peupl√©e en plusieurs vagues successives, en s'y r√©fugiant en temps de conflit et en se diffusant en temps de prosp√©rit√©, non sans des luttes internes parfois intenses. Ils ont notamment eu des relations avec les Carthaginois, les Berb√®res, les Touaregs, les Ottomans, les Arabes puis les colons fran√ßais qui p√©n√®trent dans le massif, de force, une premi√®re fois en 1914 puis finalement en 1929. L'attitude des Toubous et la situation g√©opolitique r√©gionale a compliqu√© l'exploration du massif et l'ascension de ses sommets, m√™me si l'Allemand Gustav Nachtigal reste depuis 1869 une grande figure en la mati√®re. Les tensions se sont poursuivies apr√®s l'ind√©pendance du Tchad et de la Libye, avec prises d'otages et luttes arm√©es, sur fond de conflits sur le partage des ressources naturelles. Cette situation ainsi que le manque d'infrastructures compliquent l'√©mergence du tourisme.

Même si une flore saharomontagnarde et une faune, dont les représentants sont notamment la Gazelle leptocère et le Mouflon à manchettes, se sont adaptées dans le massif, le climat n'a pas toujours été aussi rude et une plus grande biodiversité a pu exister, comme le prouvent les nombreuses représentations rupestres et pariétales datant de plusieurs millénaires, précédant pour la plupart l'apparition des Toubous. L'isolement du Tibesti a ainsi marqué l'imaginaire culturel, dans l'art et la littérature.

Toponymie

En langue kanuri, tu signifie ¬ę montagne ¬Ľ ou ¬ę rocher ¬Ľ et bu les ¬ę habitants ¬Ľ. Le terme toubou (ou tubu) d√©signe l'ethnie principale occupant ces montagnes. Elle est √©galement connue sous les variantes de tebu ou tibu, qui a donn√© Tibesti, c'est-√†-dire le lieu o√Ļ vivent les habitants des montagnes[1] - [2]. L'hypoth√®se selon laquelle tibu signifierait ¬ę oiseau ¬Ľ, soit parce que les membres de cette ethnie communiquent en sifflant soit parce qu'ils courent rapidement, semble beaucoup moins probable[1]. En outre, Toussid√© signifie ¬ę qui a tu√© les Tous ¬Ľ, autrement dit les Toubous, et indique bien le caract√®re encore actif de son volcanisme[3] - [4].

La plupart des toponymes du massif sont d√©riv√©s de l'arabe et des langues tedaga-dazaga. Le terme ehi se rapporte aux pics et aux collines rocheuses, emi aux larges montagnes et ehra aux caldeiras. Le terme tarso d√©signe un haut plateau ou le versant peu pentu d'une montagne. Ainsi, l'Ehi Mousgou est un stratovolcan de 3 100 m√®tres d'altitude surmont√© d'une petite zone sommitale, pr√®s du Tarso Voon ; l'Era Kohor est aussi appel√© ¬ę Trou au Natron du Koussi ¬Ľ, √† son sommet, mais porte √† confusion avec la caldeira du m√™me nom au Toussid√©[5] - [6] - [7].

Géographie

Situation

Image de synthèse du massif du Tibesti vu depuis le sud avec l'Emi Koussi dans le coin inférieur droit.

Le massif du Tibesti se trouve √† la fronti√®re entre le Tchad au sud et la Libye au nord, respectivement √† cheval sur les r√©gions de Borkou et Tibesti et les chabiyat de Mourzouq et Al-Koufrah, √† environ 1 000 kilom√®tres au nord-nord-est de Ndjamena et 1 500 au sud-sud-est de Tripoli. Il jouxte le Niger et se situe approximativement √† mi-distance de la mer M√©diterran√©e et du lac Tchad, juste au sud du tropique du Cancer[8]. Le rift est-africain na√ģt 1 900 kilom√®tres √† l'est et la ligne du Cameroun est √† 1 800 kilom√®tres au sud-sud-ouest[5]. Le massif s'√©tend sur 380 kilom√®tres de longueur pour 350 kilom√®tres de largeur[9] et 100 000 km2[10] - [11], dessinant un vaste triangle de 400 kilom√®tres de c√īt√©s[8] dont les sommets sont orient√©s au sud, au nord-ouest et au nord-est au cŇďur du Sahara, ce qui en fait le plus grand massif de ce d√©sert[12]. Il est donc l√©g√®rement plus √©tendu que le Massif central, dont il partage quelques caract√©ristiques g√©omorphologiques[13].

Topographie

Image satellite du massif du Tibesti.

Le sommet le plus √©lev√© du massif du Tibesti, √©galement point culminant du Tchad et du Sahara avec 3 415 m√®tres d'altitude, est l'Emi Koussi, √† son extr√©mit√© m√©ridionale[12]. Parmi les autres sommets se trouvent le pic Toussid√© (3 296 m√®tres) et le Timi (3 012 m√®tres) dans sa partie occidentale, le Tarso Yega (2 972 m√®tres), le Tarso Tieroko (2 925 m√®tres), l'Ehi Mousgou (2 849 m√®tres), le Tarso Voon (2 845 m√®tres), l'Ehi Sunni (2 820 m√®tres) et l'Ehi Y√©y (2 774 m√®tres) dans sa partie centrale[14]. Le Mouskorbe (3 070 m√®tres)[15] et le Kegueur Terbi (2 860 m√®tres)[16] sont √©galement deux sommets notables par leur altitude dans la partie nord-est du massif. Le Bikku Bitti (2 267 m√®tres), point culminant de la Libye, se situe √† proximit√© de ces derniers, de l'autre c√īt√© de la fronti√®re. L'altitude moyenne du massif est d'environ 2 000 m√®tres et 60 % de sa superficie d√©passe 1 500 m√®tres[12].

Image de synthèse de l'Emi Koussi vu du sud, mettant en évidence sa forme de volcan bouclier surmonté d'une vaste caldeira, et prolongé vers le nord par le Tarso Ahon.

Le massif est constitu√© de cinq volcans boucliers dont le diam√®tre peut atteindre 80 kilom√®tres, avec une base large mais des sommets plus pentus surmont√©s de vastes caldeiras : l'Emi Koussi, le Tarso Toon qui s'√©l√®ve √† 2 575 m√®tres d'altitude, le Tarso Voon, le Tarso Yega et le Tarso Toussid√© qui culmine au pic du m√™me nom[4] - [11] - [14] - [17]. Le Tarso Yega poss√®de la plus vaste caldeira, avec un diam√®tre de vingt kilom√®tres et une profondeur d'environ 300 m√®tres ; celle du Tarso Voon est la plus profonde, avec environ 1 000 m√®tres pour un diam√®tre de douze √† treize kilom√®tres[14] - [18]. Ils sont compl√©t√©s par quatre vastes d√īmes de lave complexes, hauts de 1 300 √† 2 000 m√®tres et larges de plusieurs kilom√®tres √† plusieurs dizaines de kilom√®tres, tous dans la partie centrale du massif : le Tarso Tieroko, l'Ehi Y√©y, l'Ehi Mousgou et le Tarso Abeki qui culmine √† 2 691 m√®tres d'altitude[14]. Ces √©difices volcaniques sont g√©n√©ralement √©teints mais quatre sont consid√©r√©s comme actifs ou l'ayant √©t√© au cours de l'Holoc√®ne par le Smithsonian Institution[19]. Ainsi, le Tarso Toussid√© est un volcan actif ayant √©mis des coul√©es de lave au cours des deux derniers mill√©naires et d'o√Ļ s'√©chappent encore des fumerolles visibles lorsque l'√©vaporation est faible. Son Trou au Natron, de huit kilom√®tres de diam√®tre et 768 m√®tres de profondeur, est situ√© en contrebas du pic Toussid√© d'environ 1 000 m√®tres[3] - [4] - [14]. Sur le versant nord-ouest du Tarso Voon se trouve le champ g√©othermique de Soborom o√Ļ sont pr√©sentes des mares de boue et des fumerolles d'acide sulfurique. Le soufre et le fer ont color√© les sols en teintes vives[4] - [20]. Des fumerolles s'√©chappent √©galement √† la source de Yi Yerra √† l'Emi Koussi[4]. Enfin, le Tarso T√īh est indiqu√© d'√Ęge Holoc√®ne[19]. L'ensemble du volcanisme se concentre au Tchad, sur environ un tiers de la superficie totale du massif ; il est responsable d'un volume de roches de 5 000 √† 6 000 km3[4] - [5] - [21].

Le reste du massif est constitu√© de plateaux volcaniques tabulaires, appel√©s ¬ę tarsos ¬Ľ en langue tedaga, situ√©s entre 1 200 et 2 800 m√®tres d'altitude, ainsi que de champs de lave et de d√©p√īts d'√©jectas[11] - [14]. Les plus nombreux et les plus vastes se situent √† l'est : le Tarso Emi Chi avec 7 700 km2, le Tarso Aozi avec 6 500 km2, le Tarso Ahon avec environ 3 000 km2 au nord de l'Emi Koussi et le Tarso Mohi avec 1 200 km2. Au centre se trouve le Tarso Ourari avec environ 700 km2. Dans les environs du Tarso Toussid√©, √† l'ouest, se trouvent les petits Tarso T√īh et Tarso Tamertiou, avec respectivement 490 et 98 km2[14]. Ces plateaux sont surmont√©s par des aiguilles volcaniques et sont s√©par√©s par des canyons qui ont √©t√© model√©s par les enneris au d√©bit tr√®s irr√©gulier[13] - [4] - [22]. Le massif est stri√© dans sa partie centrale par un r√©seau de vall√©es s√®ches dont les versants nord et est sont ensabl√©s par les vents dominants. Apr√®s les pluies, toujours violentes, elles accueillent des torrents √©ph√©m√®res et ravageurs. Les versants sud-ouest, sud et ouest du massif sont en pente r√©guli√®re alors que son versant nord est une falaise dominant le grand reg sub-libyen, ou serir Tibesti[23].

Hydrographie

Cinq cours d'eau de la moitié septentrionale du massif s'écoulent vers la Libye et font donc partie du bassin méditerranéen, tandis que la moitié méridionale appartient au bassin endoréique du lac Tchad[12]. Cependant, aucun des cours d'eau ne parcourt de longues distances puisqu'ils se perdent dans le désert et soit leurs eaux s'évaporent soit elles s'infiltrent dans le sol. Elles peuvent toutefois être drainées sur des étendues relativement importantes dans les aquifères et former des nappes souterraines[12].

Les oueds des vall√©es du Tibesti sont appel√©s enneris. L'eau qui y coule provient des orages qui s√©vissent par intermittence sur les montagnes. Le d√©bit est donc tr√®s variable[12]. Ainsi, le plus important enneri de la partie septentrionale du massif, le Bardagu√©, aussi appel√© Enneri Zoumeri dans sa partie amont, pr√©sente en 1954 un d√©bit de 425 m√®tres cubes par seconde. Pourtant, au cours des neuf ann√©es suivantes, il conna√ģt quatre ans de s√©cheresse totale, quatre ans o√Ļ un √©coulement de moins de 5 m√®tres cubes par seconde est relev√© et enfin un an o√Ļ trois d√©bits distincts sont mesur√©s √† 4, 9 et 32 m√®tres cubes par seconde[12]. Cette intermittence est en partie due aux irr√©gularit√©s de la mousson qui peut apporter des pr√©cipitations depuis le sud-ouest jusqu'√† 20 degr√©s de latitude Nord mais qui se retire certaines ann√©es plus t√īt et provoque des s√©cheresses[24] - [12]. Deux autres rivi√®res entaillent notablement le massif : l'Enneri Yebige s'√©coule vers le nord et son lit se perd sur le plateau du Sarir Tibesti, tandis que l'Enneri Touaoul rejoint en direction du sud l'Enneri Ke pour former l'Enneri Misky qui dispara√ģt dans les plaines de Borkou. Leurs bassins respectifs sont s√©par√©s par une ligne de partage des eaux reliant le Tarso Tieroko √† l'ouest au Tarso Mohi √† l'est, √† 1 800 m√®tres d'altitude[8] - [12]. L'Enneri Tijitinga est, avec 400 kilom√®tres de longueur en direction du sud, le plus long de tout le massif. Il prend sa source dans l'ouest du Tibesti et meurt dans la d√©pression du Bod√©l√©, tout comme l'Enneri Misky, un peu plus √† l'est, qui est rejoint par l'Enneri Korom et l'Enneri Aouei[22]. L'Enneri Douanr√© s'√©coule √©galement vers le sud. L'Enneri Torku et l'Enneri Ofoundoui se trouvent au nord ; l'Enneri Ouri, l'Enneri Binem et l'Enneri Modiounga sont √† l'est ; l'Enneri Yeo, l'Enneri Mamar, l'Enneri Tao, l'Enneri Woudoui et l'Enneri Dooz√© sont √† l'ouest[25]. Plusieurs cours d'eau s'√©coulent radialement sur les pentes m√©ridionales de l'Emi Koussi avant de s'infiltrer dans les sables de Borkou puis de resurgir au niveau d'escarpements jusqu'√† 400 kilom√®tres au sud du sommet, en direction du massif de l'Ennedi[22].

Vue de la guelta d'Archei dans le massif de l'Ennedi, comportant quelques similitudes avec les gueltas du massif du Tibesti.

Au fond de nombreux canyons se forment des gueltas, c'est-√†-dire des cuvettes d'eau accumul√©e principalement lors des orages et qui peuvent perdurer une grande partie de l'ann√©e[22]. Au-dessus de 2 000 m√®tres d'altitude, le lit des enneris contient parfois des successions de vasques naturelles qui restent pour la plupart inexplor√©es[22]. L'eau y est renouvel√©e plusieurs fois par an lors des crues et le niveau de salinit√© reste bas[22]. La mare de Zoui est une petite √©tendue d'eau permanente situ√©e √† 600 m√®tres d'altitude dans la vall√©e de l'Enneri Bardagu√©, dans la partie septentrionale du massif, √† dix kilom√®tres au nord de Barda√Į. Elle est aliment√©e par des sources en amont du canyon. En cas de pluies importantes, elle d√©borde et se d√©verse dans des petites zones mar√©cageuses[22].

La source chaude de Yi Yerra se situe sur le flanc sud de l'Emi Koussi[26], √† environ 850 m√®tres d'altitude[27]. L'eau sort √† 37 ¬įC[12]. Une douzaine de sources chaudes jaillissent √©galement du site de Soborom sur le versant nord-ouest du Tarso Voon, entre 22 et 88 ¬įC[12] - [20].

Géologie

Le massif repose sur une vaste zone de soul√®vement tectonique caus√©e, selon l'hypoth√®se la plus r√©cente, par la remont√©e d'un panache mantellique[5] - [12] - [28] pr√©sent sous le craton de la lithosph√®re continentale africaine, d'une √©paisseur de 130 √† 140 kilom√®tres[19] - [29]. Cette p√©riode de stress tectonique aurait pu √™tre accompagn√©e de l'ouverture, finalement avort√©e, d'une zone de rift, puis de sa re-fermeture par subduction[30] - [31]. Le cŇďur du massif se compose de micaschistes ainsi que de basalte et de diorite du Pr√©cambrien, un des six affleurements de roches cristallines aussi anciennes en Afrique du Nord, et plus pr√©cis√©ment de la p√©riode de l'√Čdiacarien. Ils sont surmont√©s de gr√®s de l'√®re du Pal√©ozo√Įque[5] - [12] - [29] puis par les sommets constitu√©s de roches volcaniques.

Le point chaud continental se met en place d√®s l'√©poque de l'Oligoc√®ne, bien que les roches basaltiques de surface actuelles datent pour l'essentiel du Mioc√®ne inf√©rieur au Pl√©istoc√®ne[4] - [11] - [12] - [29] voire localement √† l'Holoc√®ne[19]. En raison de la tr√®s faible vitesse de d√©placement relatif de la plaque africaine, comprise entre 0 et 20 millim√®tres par an depuis l'Oligoc√®ne[32], il n'existe pas de relation entre l'√Ęge des volcans et leurs dimensions ou leur r√©partition g√©ographique ni alignement similaire √† la cha√ģne sous-marine Hawa√Į-Empereur[19]. Ce ph√©nom√®ne comporte des similitudes avec le volcanisme martien, en particulier Elysium Mons[33]. Il est √©galement proche des trapps, les coul√©es basaltiques en altitude pouvant d√©passer plusieurs dizaines de kilom√®tres et leur empilement pouvant atteindre 300 m√®tres d'√©paisseur[4]. Le syst√®me de failles r√©gionales, bien que partiellement masqu√© par le volcanisme, pr√©sente deux orientations distinctes[13], une nord-nord-est/sud-sud-ouest qui pourrait √™tre un prolongement de la ligne du Cameroun[5] - [34] - [35] - [36] et une nord-nord-ouest/sud-sud-est qui pourrait se prolonger jusqu'√† la vall√©e du Grand Rift[5] ; toutefois, la relation entre ces syst√®mes de failles n'est pas d√©montr√©e[5]. De la dacite[5], de l'ignimbrite[5] - [37] - [38] ainsi que de la trachyte et trachy-and√©site[26] - [39] ont √©galement √©t√© √©mises. Cette tendance vers la production de laves plus visqueuses pourrait √™tre le signe d'un tarissement en magma du panache mantellique[19].

Animation représentant les différentes phases de l'activité volcanique dans le Tibesti.
Image satellite du champ volcanique du Tarso T√īh comprenant 150 c√īnes de scories, deux maars et plusieurs coul√©es de lave basaltique.
Image satellite des coulées de lave les plus contemporaines, en noir, du pic Toussidé (au centre) avec le Trou au Natron (en bas à droite).

L'activit√© volcanique s'est d√©roul√©e en plusieurs phases[37]. Elle appara√ģt au centre du massif √† la suite d'un soul√®vement et d'une extension de sa base pr√©cambrienne. Le premier √©difice √† se mettre en place est probablement le Tarso Abeki, suivi du Tarso Tamertiou, du Tarso Tieroko, du Tarso Yega, du Tarso Toon et de l'Ehi Y√©y. Leurs premiers signes d'activit√© ont √©t√© enti√®rement recouverts par les phases ult√©rieures ; il n'en reste que des produits de leur √©rosion[37]. Ensuite, le volcanisme se d√©place vers le nord et l'est, en formant respectivement le Tarso Ourari et la base en ignimbrite des vastes tarsos ainsi que de l'Emi Koussi dans la partie orientale du massif[37]. Par la suite, les vastes √©panchements de lave et d√©p√īts d'√©jectas s'accentuent autour du Tarso Yega, du Tarso Toon, du Tarso Tieroko et du Ehi Y√©y ; leur effondrement favorise la mise en place des premi√®res caldeiras. Cette phase voit aussi la naissance du d√īme Bouna√Į et du Tarso Voon. √Ä l'est, les plateaux du Tarso Emi Chi, du Tarso Mohi et du Tarso Ahon ainsi que l'Emi Koussi prennent de la hauteur[4] - [37]. Les √©v√©nements marquants suivants sont la formation du Tarso Toussid√© et les coul√©es de lave du Tarso T√īh √† l'ouest, l'effondrement de la caldeira et l'√©mission d'√©jectas au Tarso Voon au centre, et la diminution des effusions de lave √† l'est, hormis √† l'Emi Koussi qui continue √† s'√©lever. La fin de cette phase co√Įncide avec le d√©but de l'Holoc√®ne[37]. Le Yirrigu√© √©met des nu√©es ardentes d'ignimbrite dans plusieurs directions jusqu'√† cinquante kilom√®tres, allant jusqu'√† combler certaines vall√©es[4]. L'activit√© volcanique devient alors beaucoup plus localis√©e et diminue sensiblement. Des caldeiras se mettent en place aux sommets du Tarso Toussid√© et de l'Emi Koussi ; les d√īmes Ehi Sosso et Ehi Mousgou apparaissent[37]. Enfin, le pic Toussid√© se forme sur le rebord occidental de la caldeira du m√™me nom d'o√Ļ sont √©mises simultan√©ment de nouvelles coul√©es de lave, tout comme le Timi sur le versant nord du volcan. Ils ont un aspect sombre, jeune et peu marqu√© par l'√©rosion. Les crat√®res du Trou au Natron et du Doon Kidimi sont parmi les ultimes changements g√©ologiques survenus dans le massif. Des coul√©es de lave, des nu√©es ardentes mineures, l'apparition de petits c√īnes volcaniques pr√®s de la zone sommitale et la formation du crat√®re Era Kohor au sein de sa caldeira sont les derniers signes d'activit√© volcanique √† l'Emi Koussi[4] - [37]. Celle-ci se traduit d√©sormais en divers endroits du massif par des sources chaudes et des fumerolles, notamment au niveau du champ g√©othermique de Soborom au Tarso Voon, de la source de Yi Yerra √† l'Emi Koussi et du pic Toussid√©[12] - [19]. Les d√©p√īts de carbonate de sodium au Trou au Natron et √† l'Era Kohor sont √©galement des manifestations r√©centes[4] - [19].

L'√©tude des terrasses alluviales montre une alternance de terrains grossiers compos√©s de sables √©pais et de graviers et de terrains fins compos√©s de limons, d'argile et de sables fins. Cette alternance met en √©vidence des changements r√©p√©t√©s dans le r√©gime √† dominante fluviale ou √† dominante √©olienne au cours du Quaternaire dans les vall√©es du Tibesti. En effet, les phases d'√©rosion et de s√©dimentation sont r√©v√©latrices de changements dans le r√©gime pluviom√©trique, passant de conditions arides √† humides. Ces derni√®res ont favoris√© une pal√©ov√©g√©tation plus dense bien que probablement gu√®re plus diversifi√©e que dans le pr√©sent, √† l'exception de la pr√©sence d'herbac√©es[40]. D'autre part, la pr√©sence sous forme calcifi√©e de charophytes, en particulier de la famille des charac√©es, ainsi que de coquilles fossilis√©es de gast√©ropodes met en √©vidence la pr√©sence d'un lac d'au moins 300 m√®tres de profondeur, √† la fin du Pl√©istoc√®ne, dans le Trou au Natron[41]. Ces √©v√©nements sont associ√©s √† divers changements climatiques, notamment au cours du dernier maximum glaciaire, avec une hausse des pr√©cipitations et une baisse de l'√©vaporation en raison de temp√©ratures plus basses[42]. Ainsi, les eaux du Tibesti ont pu alimenter le bassin de la mer pal√©o-tchadienne jusqu'au Ve mill√©naire av. J.-C.[43].

Climat

Image satellite du Tchad avec le massif du Tibesti en marron au nord traversant la frontière vers la Libye.

Le climat du massif est sensiblement plus humide que celui, d√©sertique, du Sahara qui l'entoure. Les √©v√©nements pluvieux y sont plus courants et toujours intenses mais restent irr√©guliers d'une ann√©e sur l'autre[12]. Il peut m√™me se passer sept √† huit ans entre deux orages. Au sud, cette variation est en grande partie due aux oscillations de la zone de convergence intertropicale qui remonte vers le Nord du Tchad entre novembre et ao√Ľt accompagn√©e de la mousson. Normalement elle repousse l'harmattan, un vent sec soufflant vers le sud-ouest, jusqu'√† 20 degr√©s de latitude Nord et apporte des pr√©cipitations[24]. Il arrive toutefois que le front se retire plus t√īt et produise une ann√©e ou plus de s√©cheresse[12]. Au nord, o√Ļ la mousson n'a que peu d'influence, les orages sont caus√©s par des d√©pressions saharo-soudanaises[12]. Ainsi, √† Barda√Į, entre 1957 et 1968, la hauteur de pr√©cipitations moyenne a √©t√© de 12 millim√®tres mais certaines ann√©es ont √©t√© s√®ches alors que d'autres ont vu 60 millim√®tres d'eau[12]. D'une mani√®re g√©n√©rale, il tombe un peu moins de 20 millim√®tres par an en moyenne sur l'ensemble du massif[24] - [22]. Au-del√† de 2 000 m√®tres d'altitude, les pr√©cipitations moyennes d√©passent 100 √† 150 millim√®tres par an. Lorsqu'elles co√Įncident avec des temp√©ratures basses, il n'est pas rare qu'elles se transforment en neige sur les sommets les plus √©lev√©s[12].

La temp√©rature maximale moyenne est de 30 ¬įC dans les parties les plus basses du massif et de 20 ¬įC sur les hauteurs. La temp√©rature minimale moyenne est de 12 ¬įC dans les vall√©es mais de seulement 9 ¬įC sur la majorit√© des plateaux et peut descendre √† 0 ¬įC sur les sommets les plus √©lev√©s en hiver[44]. √Ä Barda√Į, dans un oued √† 1 000 m√®tres d'altitude au cŇďur du massif, les temp√©ratures moyennes varient entre 4,6 ¬įC et 23,7 ¬įC en hiver, entre 14,4 ¬įC et 34 ¬įC au printemps et entre 19,4 ¬įC et 36,7 ¬įC en √©t√©. Les records minima peuvent atteindre ‚ąí10 ¬įC[12]. √Ä Zouar, la temp√©rature peut monter √† 44 ¬įC l'√©t√© et passer sous 0 ¬įC, voire atteindre ‚ąí19 ¬įC sur les plateaux √† p√Ęturages environnants, en hiver[45].

Relevé météorologique au centre du massif du Tibesti,
√† environ 1 200 m√®tres d'altitude (21¬į 15‚Ä≤ N, 17¬į 45‚Ä≤ E)
Mois jan. f√©v. mars avril mai juin jui. ao√Ľt sep. oct. nov. d√©c. ann√©e
Temp√©rature minimale moyenne (¬įC) 2,6 4,6 8,1 12,4 16,5 18,4 18,8 18,6 17,1 12,9 7,4 4,3 11,8
Temp√©rature moyenne (¬įC) 10,3 12,8 16,5 21,1 25,3 27,3 27,2 26,5 25,1 20,7 15,1 11,6 20
Temp√©rature maximale moyenne (¬įC) 18,1 21,1 25 29,8 34,2 36,2 35,7 34,4 33,1 28,6 22,7 18,8 28,1
Nombre de jours avec gel 24,4 19,3 16 11,4 6,1 2,3 0,4 0,3 0,8 4,7 6,2 21,6 113,5
Source : Global Species[44]

Faune et flore

Le massif du Tibesti fait partie, avec le jebel Uweinat au tripoint de l'√Čgypte, de la Libye et du Soudan, de l'√©cor√©gion des for√™ts claires x√©rophiles d'altitude du Tibesti et du Jebel Uweinat appartenant au biome des d√©serts et terres arbustives x√©riques. Cette √©cor√©gion s'√©tend sur 82 200 km2[46].

Flore

La v√©g√©tation du Tibesti est de type saharomontagnard et m√™le des plantes m√©diterran√©ennes, sahariennes, sah√©liennes et afromontagnardes relativement √©parses et dont la couverture au sol est fortement tributaire des pr√©cipitations[47]. Elle pr√©sente une biodiversit√© et un taux d'end√©misme bien sup√©rieurs aux massifs de l'A√Įr et de l'Ennedi[48]. Le massif abrite quelques oasis regroup√©es autour de rares zones humides form√©es le long du cours des enneris, comme celui de Yebige dont certaines portions pourraient encore √™tre inexplor√©es[22]. Ces oasis, notamment dans l'ouest et le nord du massif o√Ļ elles sont nombreuses, ont une v√©g√©tation naturelle compos√©e des genres Acacia, Ficus, Hyphaene et Tamarix[22]. La plupart des gueltas sont bord√©es de macrophytes incluant Cyperus laevigatus, Equisetum ramosissimum, Juncus fontanesii et Scirpoides holoschoenus[22]. √Ä proximit√© de ces cuvettes d'eau, au sein du massif, pousse Acacia nilotica[22], alors que Myrtus nivellei et Nerium oleander sont pr√©sents entre 1 500 et 2 300 m√®tres d'altitude dans la partie occidentale du massif et Tamarix gallica subsp. nilotica dans sa partie septentrionale[47]. En aval, o√Ļ le courant des enneris est plus faible et o√Ļ leur lit est plus profond, se trouvent des buissons denses de Tamarix aphylla ainsi que Salvadora persica (localement yii). En bordure du massif, √† l'extr√©mit√© des gorges, subsiste le palmier doum d'√Čgypte (Hyphaene thebaica, localement soboo)[22] - [49]. Les rives de la mare de Zoui abritent d'√©paisses colonies de roseau commun (Phragmites australis) et de Typha capensis, ainsi que Scirpoides holoschoenus, Juncus maritimus, Juncus bufonius et Equisetum ramosissimum, alors que des esp√®ces de potamots se d√©veloppent dans ses eaux vives ; son phytoplancton est tr√®s mal connu[22] - [47]. Au sud et au sud-ouest du massif, entre 1 600 et 2 300 m√®tres d'altitude, les oueds abritent l'esp√®ce end√©mique Ficus teloukat ainsi que des esp√®ces ligneuses caract√©ristiques du Sahel : Acacia seyal, Faidherbia albida (localement tari), Acacia laeta, Balanites aegyptiaca, Boscia salicifolia, Cordia sinensis, Ficus ingens, Ficus salicifolia, Ficus sycomorus, Grewia tenax, Gymnosporia senegalensis, Flueggea virosa ou encore Rhus incana. Chrysopogon plumulosus est la poac√©e la plus r√©pandue dans cette zone. D'autres plantes, plus rases, y ont des affinit√©s davantage m√©diterran√©ennes, comme Globularia alypum et Lavandula pubescens, ou davantage tropicales comme Abutilon fruticosum et Rhynchosia minima[47] - [49].

Entre 1 800 et 2 700 m√®tres, sur les versants, la partie amont des oueds et les plateaux se trouve le domaine des formations herbeuses saharomontagnardes. Il est domin√© par Stipagrostis obtusa et Aristida caerulescens avec localement Eragrostis papposa. Sur les pentes sup√©rieures abrit√©es de l'Emi Koussi, se trouve √©galement l'esp√®ce herbeuse end√©mique rase Eragrostis kohorica, du nom du crat√®re qui coiffe le volcan. Quelques arbustes, repr√©sent√©s par Anabasis articulata, Fagonia flamandii et Zilla spinosa, ponctuent ce milieu[47].

Au-del√† de 2 600 m√®tres d'altitude se trouve le domaine des formations arbustives naines sahariennes. Ces plantes ne d√©passent pas un m√®tre de hauteur et se limitent g√©n√©ralement √† 20 √† 50 centim√®tres. Elles sont constitu√©es par Pentzia monodiana, Artemisia tilhoana et Ephedra tilhoana[47]. Enfin, sur les sommets les plus √©lev√©s du Tibesti, dans les crevasses humides form√©es par les anciennes coul√©es de lave, se trouve le domaine des formations √† Erica arborea, la Bruy√®re arborescente, dont le substrat est assur√© par vingt-quatre esp√®ces de mousses diff√©rentes[47].

Faune

Les grands mammifères présents dans l'écorégion sont l'Antilope à nez tacheté (Addax nasomaculatus), la Gazelle dorcas (Gazella dorcas), la Gazelle leptocère (Gazella leptoceros) et le Mouflon à manchettes (Ammotragus lervia)[46]. Toutefois, l'ordre le plus représenté dans cette classe est celui des rongeurs : Gerbille du Baluchistan (Gerbillus nanus), Gerbille de l'Agag (Gerbillus agag), Gerbille champêtre (Gerbillus campestris), Souris épineuse (Acomys cahirinus), Gerboise des steppes (Jaculus jaculus), Mérione de Libye (Meriones libycus), Mérione du désert (Meriones crassus) ou encore Goundi du Mzab (Massoutiera mzabi)[46]. Plusieurs félins, comme le Chat ganté (Felis silvestris lybica), plus rarement le Caracal (Caracal caracal) et le Guépard (Acinonyx jubatus), plusieurs canidés, avec le Chacal doré (Canis aureus), le Fennec (Vulpes zerda) et le Renard famélique (Vulpes rueppellii), ainsi qu'éventuellement la Hyène rayée (Hyaena hyaena) qui fait partie de la famille des hyénidés, occupent le massif[46]. La population de lycaons pourrait s'élever au Tchad à une cinquantaine d'individus menacés de disparition. Cette présence relicte notamment dans le massif pourrait être allochtone, issue de l'agitation provoquée par le conflit du Darfour[50]. Les chiroptères ont également un nombre important de représentants : Oreillard d'Hemprich (Otonycteris hemprichii), Grand rhinopome (Rhinopoma microphyllum), Taphien de Hamilton (Taphozous hamiltoni), Taphien de Maurice (Taphozous mauritianus) ou encore Trident du désert (Asellia tridens)[46]. Le Daman du Cap (Procavia capensis), le Hérisson du désert (Paraechinus aethiopicus), le Lièvre du Cap (Lepus capensis), le Zorille du Sahara (Ictonyx libyca) et le Babouin olive (Papio anubis) sont également des mammifères peuplant le Tibesti[46].

Parmi l'ancienne classe des reptiles, et plus précisément au sein de l'ordre des squamates, se trouvent les geckos Tropiocolotes steudneri, Tropiocolotes tripolitanus, Tarentola annularis, Ptyodactylus hasselquistii et Ptyodactylus ragazzii, les serpents Myriopholis macrorhyncha, Platyceps rhodorachis ou Couleuvre à dos rouge, Cerastes cerastes ou Vipère à cornes, Hemorrhois hippocrepis et Naja nubiae, ainsi que les lézards Uromastyx acanthinura, Varanus griseus ou Varan du désert, Mesalina rubropunctata, Scincus scincus ou Poisson de sable et Agama impalearis[46].

De nombreux oiseaux sont visibles dans le massif, qu'ils y nichent ou s'y abritent au cours de leur migration : l'Agrobate roux (Erythropygia galactotes), l'Aigle ravisseur (Aquila rapax), l'Alouette calandrelle (Calandrella brachydactyla), l'Ammomane √©l√©gante (Ammomanes cincturus), l'Ammomane isabelline (Ammomanes deserti), la Bergeronnette printani√®re (Motacilla flava), le Bruant striol√© (Emberiza striolata), le Bulbul des jardins (Pycnonotus barbatus), la Caille des bl√©s (Coturnix coturnix), le Canard du Cap (Anas capensis), le Canard √† bec rouge (Anas erythrorhyncha), le Canard noir√Ętre (Anas sparsa), la Chev√™che d'Ath√©na (Athene noctua), le Cochevis hupp√© (Galerida cristata), le Corbeau √† queue courte (Corvus rhipidurus), le Corbeau brun (Corvus ruficollis), le Courvite isabelle (Cursorius cursor), le Crat√©rope fauve (Turdoides fulva), l'Engoulevent du d√©sert (Caprimulgus aegyptius), le Faucon cr√©cerelle (Falco tinnunculus), le Faucon lanier (Falco biarmicus), la Fauvette passerinette (Sylvia cantillans), la Fauvette de R√ľppell (Sylvia rueppelli), la Gallinule poule-d'eau (Gallinula chloropus), le Ganga couronn√© (Pterocles coronatus), le Ganga de Lichtenstein (Pterocles lichtensteinii), le Ganga tachet√© (Pterocles senegallus), l'Hirondelle de rivage (Riparia riparia), l'Hirondelle isabelline (Ptyonoprogne fuligula), l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica), l'Hypola√Įs p√Ęle (Hippolais pallida), le Martinet p√Ęle (Apus pallidus), le Moineau blanc (Passer simplex), le Moineau dor√© (Passer luteus), le Monticole merle-bleu (Monticola solitarius), l'Ňídicn√®me criard (Burhinus oedicnemus), l'Outarde nubienne (Neotis nuba), la Perdrix gambra (Alectoris barbara), la Pie-gri√®che m√©ridionale (Lanius meridionalis), le Pigeon biset (Columba livia), la Pintade de Numidie (Numida meleagris), le Pouillot v√©loce (Phylloscopus collybita), le R√Ęle √† bec jaune (Amaurornis flavirostra), le Rollier d'Abyssinie (Coracias abyssinica), le Roselin githagine (Bucanetes githagineus), la Sarcelle hottentote (Anas hottentota), le Sirli du d√©sert (Alaemon alaudipes), le Souimanga pygm√©e (Anthreptes platurus), la Tourterelle rieuse (Streptopelia risoria), la Tourterelle maill√©e (Streptopelia senegalensis), la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur), le Traquet √† queue noire (Cercomela melanura), le Traquet √† t√™te blanche (Oenanthe leucopyga), le Traquet brun (Myrmecocichla aethiops), le Traquet du d√©sert (Oenanthe deserti), le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe), le Vautour oricou (Torgos tracheliotus) ou encore le Vautour percnopt√®re (Neophron percnopterus)[46].

Des poissons peuplent certains cours d'eau en se rassemblant dans les gueltas en cas de sécheresse. Les principales espèces sont Barbus anema, Barbus apleurogramma, Leobarbus batesii, Barbus deserti, Barilius sp., Clarias gariepinus, Tilapia zillii, Labeo annectens, Labeo niloticus, Labeo parvus, Sarotherodon galilaeus borkuanus ou encore Sarotherodon galilaeus[22]. Les amphibiens sont considérés comme absents des zones humides du massif[46].

Population

Les principaux villages du massif sont Barda√Į (signifiant ¬ę froid ¬Ľ en arabe tchadien en raison de ses temp√©ratures nocturnes ; Goumodi en tedaga, litt√©ralement ¬ę col rouge ¬Ľ en raison de la coloration des montagnes au cr√©puscule[51]) approximativement au centre, √† 1 020 m√®tres d'altitude[12], chef-lieu de la r√©gion du Tibesti et qui compte environ 1 500 habitants, Aozou au nord et Zouar √† l'ouest. Ces villages sont implant√©s dans des oasis le long d'enneris[22]. Ils sont reli√©s par une piste passant notamment par le Tarso Toussid√©. Omchi est accessible depuis Barda√Į en passant par Aderk√© ou depuis Aozou en passant par Irbi. Ces pistes grossi√®res se prolongent vers le sud en direction de Yebbi Souma et Yebbi Bou puis en suivant le cours de l'Enneri Misky. Il est possible de rejoindre Barda√Į et Aozou depuis le nord-ouest du massif, en suivant le cours de l'Enneri Bardagu√©. La partie orientale est coup√©e de la moiti√© occidentale puisqu'une piste grossi√®re permet simplement d'atteindre Aozi depuis la Libye en passant par Ouri[49] - [52]. Zouar dispose d'un a√©rodrome[53], tout comme Barda√Į qui abrite √©galement un h√īpital dont l'approvisionnement en m√©dicaments est d√©pendant de la situation politique[51]. Au d√©but des ann√©es 1980, la population du massif est estim√©e √† 8 000 personnes, r√©partie de mani√®re in√©gale entre les vall√©es int√©rieures, les versants ext√©rieurs et les plateaux. Un quart environ se trouve autour de Zouar et Sherda, 18 % au centre et au nord-est, dans la vall√©e de l'Enneri Bardagu√©, o√Ļ de nombreuses palmeraies sont plant√©es, 16 % au nord, vers Aozou et la vall√©e de l'Enneri Yebige, 7 % en plaine. Le tiers restant de la population est dispers√© sur les tarsos[54].

Carte du peuplement toubou en Afrique.
Carte de répartition des clans dans le massif du Tibesti.

La grande majorit√© des habitants sont des Tedas[55], l'une des deux composantes de l'ensemble toubou, population noire semi-nomade[24] - [56] parlant une langue saharienne et dont l'habitat s'√©tend sur les r√©gions d√©sertiques du Tchad ainsi qu'en Libye et au Niger. Les Tedas parlent le tedaga. Certains clans de l'autre grand groupe toubou, les Dazas, ont quitt√© leur habitat traditionnel m√©ridional de plaine pour remonter vers le nord du Tchad[56]. Ces derniers parlent le dazaga, langue proche du tedaga. Malgr√© leur proximit√© culturelle, ces deux groupes n'ont pas le sentiment d'appartenir √† une seule et m√™me ethnie[55]. Les Toubous √©lisent un chef nomm√© Derd√©, toujours issu du clan Tomagra mais jamais deux fois cons√©cutivement d'une m√™me famille[57] - [58]. Il s√©journe √† Zouar depuis Tohorti Tezermi[45]. Il a pour vocation d'exercer une autorit√© religieuse et judiciaire sur l'ensemble du massif[57]. En revanche, toute coop√©ration ex√©cutive et toute alliance guerri√®re semblent vou√©es √† l'√©chec[59]. Les descendants des anciens Derd√© sont nomm√©s Ma√Įna de p√®re en fils ; ils gouvernent des portions de territoires[45]. Les clans rassemblent rarement plus d'un millier de membres et sont dispers√©s[59].

La vie des Toubous est rythmée par les saisons, entre l'élevage des animaux et ses cultures[24] - [60]. Dans les palmeraies, ils habitent encore parfois des cases traditionnelles rondes aux murs de pierres liées au mortier ou à l'argile, ou faits de blocs d'argile voire de sel[61] ; le toit est fait de simples branches arrangées en forme de coupole[24]. Sur les plateaux, les constructions sont en pierre sèche, formant des cercles d'un mètre et demi de diamètre pour un mètre de hauteur, et servent aussi bien d'abri pour les chèvres, que de greniers à grain, ou encore que de refuges et de tours de guet pour les humains[61]. Autrement, ils habitent des tentes qui permettent de se déplacer facilement entre les champs et les palmeraies[55].

Histoire

Peuplement

De nombreuses traces d'occupation humaine remontent √† l'√Ęge de la pierre, favoris√©e par une pal√©ov√©g√©tation plus riche[40]. Les Toubous peuplent la r√©gion d√®s le Ve si√®cle av. J.-C.[62] et √©tablissent des relations commerciales avec la civilisation carthaginoise[63]. √Ä cette √©poque, H√©rodote en fait une description relativement compl√®te et leur pr√™te un mode de vie troglodyte ; il les nomme √Čthiopiens en raison de leur couleur de peau et d√©crit leur langue comme un ¬ę cri de chauve-souris ¬Ľ[8] - [62]. Au XIIe si√®cle, le g√©ographe Al Idrissi parle de ¬ę pays des N√®gres zoghawas ¬Ľ, ou chameliers, convertis √† l'islam. L'historien Ibn Khaldoun d√©crit √©galement ce peuple au XIVe si√®cle et distingue dans Histoire des Berb√®res et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale les Tadjera des Kanem. Aux XVe et XVIe si√®cles, Ahmad al-Maqr√ģz√ģ puis L√©on l'Africain reconnaissent le ¬ę pays de(s) Berdoa ¬Ľ, c'est-√†-dire de Barda√Į, le premier associant ses habitants aux Berb√®res et le second les qualifiant m√™me de numides proches des Touaregs[64].

Cartes de peuplement du massif
Clans tédas considérés comme autochtones.
Clans d'origine dazas du Kanem.
Clans d'origine donzas du Bourkou.
Clans d'origine bediyat de l'Ennedi.
Clans originaires de Koufra et de Cyr√©na√Įque.
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Le peuplement toubou dans le massif s'est fait en plusieurs vagues. G√©n√©ralement les nouveaux venus d√©truisent les clans plus anciens ou les absorbent ; les batailles entre villages sont souvent durables, parfois sanglantes[65]. Les clans tedas consid√©r√©s comme autochtones sont √©tablis autour de l'Enneri Bardagu√©, √† savoir les Cerdegua, les Zouia, les Kosseda ‚Äď surnomm√©s ¬ę yobat ¬Ľ, c'est-√†-dire ¬ę tireurs d'eau de puits ¬Ľ ‚Äď et √©ventuellement les Ederguia, mais dont l'origine pourrait √™tre bideyat et remonter seulement au XVIIe si√®cle. Propri√©taires de palmeraies, ces quatre clans concluent un pacte avec les Tomagra, propri√©taires de chameaux et pratiquant habituellement des rezzous[57]. C'est √† la fin du XVIe si√®cle qu'est instaur√© le pouvoir du Derd√©, l'autorit√© principale du massif, dont la nomination s'est toujours faite au sein du clan Tomagra[57] - [66].

Des traces de peuplement ancien daza sont pr√©sentes sur les hauteurs et dans certains toponymes. Les Goga, Kida, Terbouna et autres Obokina ont √©t√© assimil√©s pour engendrer certains des clans modernes. Les clans dazas actuels, Arna Souinga au sud, Gouboda au centre-ouest, Tchioda et Dirsina √† l'ouest, Torama au nord-ouest et au centre-est, Derdekichia (litt√©ralement ¬ę descendants du chef ¬Ľ, fruits de l'union d'un Arna Souinga et d'une Emmeouia) au nord, seraient apparus plus tardivement, entre les XVe et XVIIIe si√®cles, apr√®s avoir fui le royaume du Kanem-Bornou au sud-ouest, √† la suite de l'alliance des Toubous et des Boulalas[57]. Le Tibesti a alors jou√© le r√īle de forteresse aux montagnes imprenables pour les √©trangers[67]. En fait, des migrations incessantes se sont d√©roul√©es entre le Nord et le Sud-Ouest du Tchad, accompagn√©es d'importants brassages de populations qui ont permis de garder une certaine coh√©sion au sein de l'ethnie. En particulier, des phases d'expansion aux Xe et XIIIe si√®cles et des phases de repli aux XVe et XVIe si√®cles, ont probablement √©t√© accentu√©es par des p√©riodes s√®ches ou humides plus ou moins prononc√©es[57] - [67].

Des clans dont les traditions sont similaires à celles des Donzas du Borkou, au sud du massif, semblent s'être installés aux XVIe et XVIIe siècles : les Keressa et les Odobaya à l'ouest, les Foctoa au nord-ouest et au nord-est, les Emmeouia au nord[57]. Les Mogodi à l'ouest, les Terintere au nord, les Tozoba au centre, les Tegua et les Mada au sud sont des clans dont l'origine bideyat est certaine et qui ont immigré depuis l'Ennedi, au sud-est, à la même époque. Les Mada ont depuis émigré en grande partie vers le Borkou, le Kaouar et le Kanem[57].

Le d√©but du XVIIe si√®cle a √©galement vu l'arriv√©e de trois clans originaires de la r√©gion de Koufra, au nord-est. Les Ta√Įzera se sont install√©s sur les plateaux dans la moiti√© occidentale et le centre du massif. Fuyant probablement la pouss√©e arabe dans l'actuelle Libye, ils ont dans un premier temps √©t√© rejet√©s par les clans d'origine daza et ont d'abord v√©cu isol√©s, avant d'investir les oasis et d'y planter de nombreux palmiers. Les Mahadena ont occup√© le quart nord-est du massif. Ils pourraient √™tre issus de la r√©gion Jalo en Cyr√©na√Įque et √™tre li√©s aux Arabes Mogharba, mais une autre hypoth√®se voudrait qu'ils soient d'origine bideyat. √Ä la suite d'un conflit d'h√©ritage, la branche cadette de ce clan, les Fortena, s'est retir√©e vers la marge occidentale du massif. Les Fortena Mado (¬ę Fortena rouges ¬Ľ) s'y sont install√©s tandis que les Fortena Yasko (¬ę Fortena noirs ¬Ľ) ont pouss√© plus √† l'ouest, notamment vers le Kaouar[57].

Les Touaregs ont également eu des relations avec les clans toubous, en particulier avec les anciens Goga qui ont engendré les Gouboda, puis avec les Arna pour former les Mormorea. Dans les deux cas, ils se sont placés sous l'autorité de clans suzerains, dans la tradition féodale touareg, et ont fini par être assimilés à la majorité toubou[68]. Cependant, dans l'ensemble, les Touaregs ne pénètrent plus dans le massif depuis la signature d'un traité de paix en 1650 accompagné de la reconnaissance mutuelle de leurs territoires, puis confirmé en 1820[45].

Relations régionales et colonisation

L'Empire ottoman entre en contact avec les Toubous en 1560. Leurs relations deviennent clairement conflictuelles √† la fin du XVIIe si√®cle, les Turcs favorisant les Ma√Įna locaux au d√©triment de l'autorit√© du Derd√©[45]. En 1780, ce dernier lance une attaque contre les Ottomans et les repr√©sailles entra√ģnent 60 % de pertes dans la population. Les Tedas lancent alors des assauts contre les caravanes turques, jusqu'√† stopper un temps leur commerce[45]. En 1805, la population du massif met un terme √† la conqu√™te du pacha de Tripoli[45]. En 1890, le Ma√Į Getty Tch√©nim√©mi entame des relations diplomatiques avec l'Empire ottoman et re√ßoit des armes √† feu[45]. En contrepartie, au tournant des XIXe et XXe si√®cles, le Derd√© Chaha√Į s'allie avec la confr√©rie arabe des Senoussi et accepte que le sud du massif lui serve de base de repli dans sa lutte contre l'arm√©e coloniale fran√ßaise[45] - [69]. Le massif est de facto coup√© en deux, ¬ę pro-Ma√Į ¬Ľ au sud-ouest et ¬ę pro-Derd√© ¬Ľ au nord-est[45]. La confr√©rie fonde, avec la b√©n√©diction du Derd√©, une zaou√Įa √† Barda√Į. Cet √©difice religieux favorise rapidement l'islamisation totale du massif[9] - [45]. √Ä l'aube de la Guerre italo-turque, les Senoussi s'allient √† l'Empire ottoman qui, √† la demande du Derd√©, place d√®s quelques garnisons au Tibesti. Lors de leur d√©b√Ęcle, quelques mois plus tard, les troupes turques sont attaqu√©es par les Toubous[69].

Alors que les Italiens occupent le Fezzan, une colonne fran√ßaise dirig√©e par le commandant Loeffleret p√©n√®tre dans le massif d√©but 1914 en provenance du Kaouar[69], bafouant l'accord pass√© avec le Ma√Į l'hiver pr√©c√©dent et for√ßant le Derd√© Chaha√Į √† l'exil[45]. La r√©gion est plac√©e au cŇďur d'un contentieux entre les puissances coloniales[70], avec l'Empire italien au nord et l'Afrique-Occidentale fran√ßaise au sud. Au cours de la Premi√®re Guerre mondiale, la r√©volte senoussiste contraint les Italiens √† se retirer provisoirement du Fezzan et de la partie nord-est du massif[69]. Getty Tch√©nim√©mi s'allie avec les partisans du Derd√© et m√®ne la r√©sistance contre les troupes fran√ßaises, jusqu'√† leur retrait en 1916[45]. Le massif du Tibesti est finalement reconquis par l'Empire colonial fran√ßais en 1929 et passe sous administration de l'Afrique-√Čquatoriale fran√ßaise[8] - [56] - [69]. L'attitude des Toubous face √† l'occupant est changeante et la pacification est lente √† obtenir[69]. Toutefois, le Derd√© voit finalement son autorit√© reconnue voire accrue.

Exploration scientifique et histoire moderne

Portrait de Gustav Nachtigal, découvreur du Tibesti.

En raison de son isolement et de la situation g√©opolitique, le massif du Tibesti est longtemps rest√© inexplor√© par les scientifiques[11]. L'Allemand Gustav Nachtigal, envoy√© par Otto von Bismarck[45], est le premier europ√©en √† √©tudier ‚Äď avec beaucoup de difficult√©s ‚Äď le massif du Tibesti en 1869[71]. Avant lui, un Am√©ricain et deux missionnaires auraient tent√© de p√©n√©trer dans le massif mais auraient √©t√© ex√©cut√©s par un guerrier toubou[45]. Nachtigal apporte une description pr√©cise de la population qui y vit[71]. Cependant, le r√©cit qu'il fait de ses recherches d√©courage toute nouvelle aventure pendant plus de quarante ans[72]. Convaincu d'espionnage pour le compte de Bismarck, il est finalement rel√Ęch√© gr√Ęce √† l'entremise du Ma√Į Arami Tetimi[45]. Des exp√©ditions sont men√©es entre 1920 et 1970 et apportent des informations importantes sur la g√©ologie et la p√©trologie du massif[70]. L'ethnologue Charles le CŇďur (1903-1944) et son √©pouse Marguerite, g√©ographe, s√©journent chez les Tedas du Tibesti entre 1933 et 1935. Il est le premier √† √©tudier ce peuple d'aussi pr√®s mais la Seconde Guerre mondiale ne lui laisse pas le temps de publier sa synth√®se[72]. Le colonel Jean Chapelle publie un ouvrage portant sur les Toubous et leur mode de vie en 1957[72].

Le Tchad devient ind√©pendant en 1960 et, en 1965, impose son administration et ses forces de maintien de l'ordre au Tibesti. Les pouvoirs traditionnels du Derd√© Oueddei Kichidemi lui sont retir√©s. Il part en exil en Libye l'ann√©e suivante, ce qui est consid√©r√© comme l'√©l√©ment d√©clencheur de la Premi√®re Guerre civile tchadienne au Nord. Oueddei Kichidemi devient un symbole national de l'opposition au gouvernement et retourne au pays en 1975[66]. En 1968, l'arm√©e fran√ßaise intervient √† la demande du pr√©sident tchadien Fran√ßois Tombalbaye pour mettre un terme √† la r√©bellion ; elle fait 25 morts dans les rangs des rebelles et 121 parmi les civils, notamment √† Zouar[45]. Le , l'ethnologue Fran√ßoise Claustre, le coop√©rant Marc Combe et le m√©decin allemand Christophe Staewen (de) sont enlev√©s √† Barda√Į, alors que l'√©pouse de Staewen et deux soldats de l'arm√©e r√©guli√®re sont tu√©s. Les otages sont retenus dans le massif du Tibesti par des membres du Front de lib√©ration nationale du Tchad. Ils sont men√©s par Goukouni Oueddei, fils de Oueddei Kichidemi et futur pr√©sident du gouvernement d'union nationale de transition √† deux reprises de 1979 √† 1982, et Hiss√®ne Habr√©, surnomm√© Dougoli Tou (le ¬ę Lion du Tibesti ¬Ľ)[73], futur pr√©sident de 1982 √† 1990. Apr√®s le revirement de Mouammar Kadhafi, qui les avait dans un premier temps soutenus et arm√©s, les rebelles r√©clament une ran√ßon et l'acc√®s aux m√©dias. Bonn c√®de rapidement et Christophe Staewen est lib√©r√©. En pleine campagne pr√©sidentielle, Paris se contente de d√©p√™cher le commandant Pierre Galopin pour mener les n√©gociations. Toutefois, en poste au Tchad de longue date, il est d√©test√© des rebelles qui l'accusent de brutalit√© et m√™me de meurtres. Il est captur√© le 4 ao√Ľt puis ex√©cut√© √† Zoui le √† la suite d'un proc√®s exp√©ditif, apr√®s le refus de la France de livrer des armes. Marc Combe parvient √† s'√©vader le 23 mai. Pierre Claustre, le mari de Fran√ßoise, tente alors de n√©gocier directement avec les rebelles, mais il est enlev√© √† son tour le 26 ao√Ľt. Habr√© menace d'ex√©cuter les √©poux Claustre s'il ne re√ßoit pas 10 millions de francs avant le 23 septembre. Paris c√®de devant la pression de l'opinion publique mais la s√©paration entre Habr√© et Oueddei, ce dernier √©tant de nouveau soutenu par Kadhafi, complique la lib√©ration et prolonge la d√©tention. Le Premier ministre Jacques Chirac est alors envoy√© en Libye. Les √©poux Claustre sont lib√©r√©s le √† Tripoli[74] - [75] - [76].

Carte simplifiée représentant la bande d'Aozou entre la Libye et le Tchad.

D√®s 1973, le Tchad et la Libye s'opposent de plus belle, notamment √† propos des r√©serves d'uranium pr√©sentes √† proximit√© de la fronti√®re, dans la bande d'Aozou, un territoire de 114 000 km2 que la France avait c√©d√© √† l'Italie le . Le conflit dure vingt ans et laisse des milliers de mines[8] - [70]. La recherche scientifique doit alors se faire sur la base de photographies satellites et de la comparaison avec les connaissances accumul√©es sur le volcanisme martien[70]. Jusqu'aux travaux de Gourgaud et Vincent en 2004, aucune √©tude publique n'est men√©e sur le terrain[70] - [77].

Premières ascensions

L'histoire de l'alpinisme débute dans le Tibesti en 1869 avec l'ascension sans difficulté technique du pic Toussidé par Gustav Nachtigal, à l'occasion de son exploration du massif[78]. En 1938, l'Emi Koussi est gravi par Wilfred Thesiger[79] - [80].

Toutefois, la premi√®re ascension √† caract√®re sportif est sans doute celle des pic et aiguille Botoum √†, respectivement, 2 400 et 2 000 m√®tres d'altitude environ, par l'exp√©dition suisse dirig√©e par √Čdouard Wyss-Dunant en 1948[78]. Ce dernier participe, quatre ans plus tard, avec Ren√© Dittert, √† l'installation du camp VII √† 8 380 m√®tres d'altitude sur l'Everest, lors de l'exp√©dition lanc√©e par la Swiss Foundation for Alpine Research. En 1957, P.R. Steele, R.F. Tuck et W.W. Marks de l'universit√© de Cambridge se rendent au Tarso Tieroko[78], que Thesiger a observ√© et qualifi√© quelques ann√©es auparavant de ¬ę probable plus beau pic du Tibesti ¬Ľ, et qui semble offrir des possibilit√©s int√©ressantes d'escalade[81]. Ils partent de l'oued Ybbu Bou, apr√®s s'√™tre offert les services de guides et de dromadaires, et atteignent la montagne apr√®s trois jours de marche. Ils passent la semaine suivante √† explorer le versant m√©ridional et √† gravir des sommets secondaires, The Imposter et Hadrian's Peak, situ√©s sur une cr√™te au nord, depuis un camp √©tabli dans l'oued de Modra, √† l'ouest de ces derniers. Finalement, ils se lancent dans l'ascension du Tieroko, depuis l'oued Paradise au nord-ouest du sommet mais doivent rebrousser chemin √† soixante m√®tres de la cime, en raison de la verticalit√© du passage et de la fragilit√© de la roche qui interdit la pose de piton, et donc le franchissement du ressaut en escalade artificielle[81]. Ils en profitent cependant pour reproduire, dix-neuf ans apr√®s, l'ascension de l'Emi Koussi et pour escalader le pic Wobou, une aiguille entre Barda√Į et Aozou[81]. Ils signalent aussi les opportunit√©s que semble offrir notamment le Tarso Toon[81].

En 1962, les Suisses Ren√© Dittert et Robert Gr√©loz, qui est l'auteur de la premi√®re de la face nord directe de l'aiguille d'Argenti√®re dans le massif du Mont-Blanc avec Bobi Arsandaux en 1930, vainquent Ou Obou, √† 1 640 m√®tres d'altitude[78]. En 1963, une exp√©dition italienne dirig√©e par Guido Monzino, lequel a conduit les campagnes ayant conquis le Cerro Paine Grande en 1958 et le Kanjut Sar en 1959, vient √† bout de la Torre Innominata, une des aiguilles de Siss√© culminant √† 970 m√®tres d'altitude √† l'ouest du Tarso Toussid√©[78]. En raison de la situation g√©opolitique instable, la conqu√™te alpine du massif du Tibesti demeure tr√®s incompl√®te[78].

Activités

Exploitation des ressources naturelles

Vue des d√©p√īts de natron dans l'Era Kohor, le crat√®re de l'Emi Koussi.

Le massif et ses environs pourraient receler des quantit√©s non n√©gligeables d'uranium, d'√©tain, de tungst√®ne, de niobium, de tantale, de b√©ryllium, de plomb, de zinc, de cuivre, de platine, de nickel ; de l'or, des diamants et des √©meraudes ont √©t√© trouv√©s en petite quantit√©[82] - [83] - [84]. Le natron extrait de la caldeira du m√™me nom est utilis√© comme compl√©ment alimentaire pour les animaux[82]. Le champ g√©othermique de Soborom, dont le nom signifie ¬ę eau qui gu√©rit ¬Ľ, est connu des populations locales pour ses vertus m√©dicinales : un des bassins, dont l'eau est √† 42 ¬įC, soignerait les dermatoses et les rhumatismes apr√®s un s√©jour de plusieurs jours[4] - [20]. La source chaude de Yerike est naturellement charg√©e en gaz[20]. Les diff√©rentes sources du site jaillissent entre 22 et 88 ¬įC[12] - [20].

Hormis une oasis perchée sur un plateau, la mare de Zoui et ses environs sont rarement fréquentés[22]. En revanche, dans les plaines de Borkou, sur la marge méridionale du massif, les eaux de résurgence de l'Emi Koussi et les sables humides sont intensivement exploités. Les sources naturelles sont doublées de puits[22].

Agriculture

Vue de palmiers doum d'√Čgypte, esp√®ce autochtone de palmier utilis√©e pour les besoins alimentaires de subsistance.

Les oasis de l'ouest et du nord du massif ont un acc√®s plus ais√©. Quand les moustiques ne pullulent pas, elles abritent plusieurs villages comme Zouar, o√Ļ les esp√®ces v√©g√©tales autochtones ont en grande partie √©t√© remplac√©es par quelque 56 000 palmiers-dattiers (Phoenix dactylifera), pour la production de dattes[22] - [54]. Celles-ci sont cueillies entre fin juillet et d√©but ao√Ľt[55]. L'hiver, lorsque les r√©serves s'√©puisent, il n'est pas rare que les noyaux des fruits et les fibres des arbres soient broy√©es pour en faire une p√Ęte destin√©e √† √™tre consomm√©e[54]. Ces palmeraies permettent de faire pousser √©galement du mil et du ma√Įs, mais les r√©coltes sont in√©gales et parfois emport√©es par des inondations pr√©coces[55]. Les rives des enneris abritent des champs de coloquintes, qui sont ramass√©es en octobre pour en extraire les graines am√®res destin√©es, apr√®s avoir √©t√© lav√©es, √† √™tre broy√©es pour en faire de la farine[54] - [55]. L'horticulture est √©galement pratiqu√©e √† petite √©chelle en employant des m√©thodes d'irrigation traditionnelles[22]. Les ch√®vres et, plus rarement, les moutons repr√©sentent 50 000 t√™tes, tandis que 8 000 dromadaires et 7 000 √Ęnes sont dress√©s[22] - [55] ; des poulets sont √©galement √©lev√©s[84] mais la consommation de viande est rare et g√©n√©ralement sous forme sal√©e[73]. L'essentiel des animaux passe l'hiver sur les plateaux ou dans les hautes vall√©es. Ils redescendent dans les basses vall√©es en f√©vrier, juste apr√®s la semence du bl√©, et y remontent en juin, pour permettre sa r√©colte[55]. Au total, en incluant l'orge, 300 tonnes de c√©r√©ales sont produites, qui sont essentiellement consomm√©es sous forme de cr√™pes (fodack) et de galettes (dogo)[73], et doivent √™tre compl√©t√©es par des gramin√©es sauvages[54]. Les femmes sont charg√©es, en ao√Ľt, de la cueillette des graines sauvages sur les tarsos[55]. La p√™che est possible dans les trous d'eau[22]. Dans les plaines de Borkou, certains champs sont irrigu√©s tandis que les bovins, les caprins et les dromadaires peuvent s'abreuver. Malgr√© les plantations de palmiers-dattiers, les esp√®ces autochtones subsistent, √† l'instar du palmier doum d'√Čgypte (Hyphaene thebaica) dont l'√©corce sucr√©e des noix est broy√©e malgr√© sa faible valeur nutritive[22]. Les productions sont √©chang√©es une fois par an contre des tissus[55].

Tourisme

Le Tibesti dispose d'un bon potentiel touristique, ses principaux attraits étant les palmeraies, ses représentations rupestres et pariétales, ses gorges, ses aiguilles basaltiques et ses volcans, ainsi que ses sources thermales[84] - [85]. Toutefois, ce potentiel est freiné par la très faible capacité de l'aérodrome de Zouar, qui ne peut accueillir que des avions de vingt places et fait grimper le prix du billet depuis Ndjamena à 60 % de la liaison entre la capitale et les principales villes européennes. Les possibilités d'hébergement sont quasiment absentes. En conséquence, la majorité des touristes, dont l'essentiel sont Allemands, transitent par la Libye, achètent sur place des véhicules tout-terrain et des caravanes, avant de franchir la frontière. Les retombées pour l'économie tchadienne se chiffrent donc à une centaine d'euros par personne seulement[86]. D'autre part, la présence de nombreuses mines représente également un danger pour les touristes[8] - [70]. Les offres en matière de trekking depuis le Tchad se limitent généralement à l'extrémité méridionale du massif, avec l'ascension sur trois jours de l'Emi Koussi, le tour de l'Era Kohor et la découverte des sources chaudes de Yi Yerra. Le volcan n'aurait été gravi que par une centaine d'Occidentaux depuis 1957[87] - [88] - [89].

Protection environnementale

La création d'une aire protégée est envisagée dans le massif du Tibesti notamment pour protéger la Gazelle leptocère (Gazella leptoceros)[90] et le Mouflon à manchettes (Ammotragus lervia) dont la population est la plus importante au monde[91]. Toutefois, les conditions actuelles ne permettent pas de financer un tel projet, sur le modèle de la réserve de faune Ouadi Rimé - Ouadi Achim plus au sud du massif[92].

Culture

Le massif du Tibesti est r√©put√© pour ses arts rupestre et pari√©tal datant pour les plus anciens au VIe mill√©naire av. J.-C. et pour l'essentiel du Ve au IIIe mill√©naire av. J.-C.[93] - [94] Environ 200 sites de gravures, r√©unissant quelque 1 800 repr√©sentations diverses, et une centaine de sites de peintures ont √©t√© identifi√©s mais ont subi l'effet du temps, notamment l'action du sable projet√© par le vent[94] - [95]. Pr√©c√©dant de plusieurs si√®cles l'arriv√©e des Toubous, les gravures repr√©sentent des animaux disparus de la r√©gion en raison d'importants changements climatiques, tels des √©l√©phants, des rhinoc√©ros, des hippopotames et des girafes ; d'autres plus r√©centes figurent des autruches et des antilopes, dont la pr√©sence est exceptionnelle aux abords du massif, mais √©galement des gazelles et des mouflons, plus communs. Quelques animaux sont domestiqu√©s, comme les bŇďufs, voire mont√©s comme les dromadaires, dont les repr√©sentations plus tardives et plus grossi√®res ont moins de 2 000 ans. Certaines gravures repr√©sentent des guerriers appel√©s localement owoza arm√©s d'arcs, de boucliers, de sagaies et de couteaux traditionnels, coiff√©s de plumes ou de parures √† pointes, d'autres des sc√®nes de danse[93] - [94] - [95]. Les gorges pr√®s de Barda√Į abritent sur leurs falaises des gravures de plus de deux m√®tres de hauteur, dont celle de l'¬ę homme de Gonoa ¬Ľ, du nom de l'enneri qui parcourt la vall√©e. Elles repr√©sentent essentiellement des sc√®nes de chasse[94]. Les peintures, souvent rouges √† base de Faidherbia albida, √©voquent un tournant, celui de la domestication, puisque les sc√®nes se font plus pastorales[94] - [95]. Cet art poss√®de une originalit√© au Sahara du fait de l'absence d'inscriptions, du manque relatif de chars, ainsi que de la sous-repr√©sentation des dromadaires et des chevaux jusqu'√† une p√©riode r√©cente[94]. Il demeure important pour les Toubous ; ainsi, vers 1200, un d√©nomm√© Yerbou a grav√© une feuille de palmier symbolisant l'amour (nagui en tedaga) qu'il portait √† une femme mari√©e[96].

En 1989, le peintre et sculpteur fran√ßais Jean V√©rame se sert du cadre naturel de l'Ehi Kourn√©, quelques kilom√®tres au sud de Barda√Į, pour r√©aliser des Ňďuvres multidimensionnelles d'inspiration Land art en peignant des rochers. Il b√©n√©ficie du soutien de la pr√©sidence tchadienne et du Programme des Nations unies pour le d√©veloppement, ainsi que des entreprises ou enseignes Total, UTA et Uniprix. Un quart de si√®cle plus tard, le bleu klein est devenu blanc patine et les rouges sont d√©sormais ros√Ętres[97] - [98] - [99].

Les aiguilles volcaniques du massif du Tibesti sont repr√©sent√©es avec un mouflon stylis√© sur un timbre de la r√©publique du Tchad d'une valeur de 20 francs CFA en 1961[100].

Le Tibesti est aussi le cadre de la nouvelle de l'écrivain italien Dino Buzzati parue en 1966, Les Murs d'Anagoor, dans laquelle un guide local propose à un voyageur de voir les murs d'une cité, pourtant absente des cartes, qui vivrait en autarcie et dans l'opulence, sans se soumettre au pouvoir local.

Annexes

Articles connexes

Sources et bibliographie

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Filmographie

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Notes et références

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