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Skopje

Skopje (en mac√©donien –°–ļ–ĺ–Ņ—ė–Ķ, prononc√© [ňąsk…Ē.pj…õ] (skopi√©), en albanais Shkup) est la capitale et la plus grande ville de la Mac√©doine du Nord. Situ√©e au cŇďur des Balkans, au nord du pays, pr√®s de la fronti√®re avec le Kosovo, la ville est √©difi√©e sur les rives du Vardar. Seule m√©tropole mac√©donienne, elle concentre la majeure partie des fonctions administratives, √©conomiques et culturelles du pays.

Skopje
–°–ļ–ĺ–Ņ—ė–Ķ
Blason de Skopje
Héraldique
Drapeau de Skopje
Drapeau
Skopje
De haut en bas, de gauche √† droite : le pont de pierre, le Th√©√Ętre national, le Souli An, le MRT Center, la porte de Mac√©doine, la statue du guerrier √† cheval, la forteresse.
Administration
Pays Drapeau de la Macédoine du Nord Macédoine du Nord
Région Skopje
Commune Ville de Skopje
Maire
Mandat
Danela Arsovska
2021-2025
Code postal 1000
Démographie
Gentilé Skopiote
Population 526 502 hab. (2021)
Densit√© 921 hab./km2
Population de l'agglom√©ration 607 007 hab. (2021)
Densit√© 334 hab./km2
Géographie
Coordonn√©es 41¬į 59‚Ä≤ 48‚Ä≥ nord, 21¬į 25‚Ä≤ 57‚Ä≥ est
Altitude 445 m
Superficie 57 146 ha = 571,46 km2
Superficie de l'agglom√©ration 181 800 ha = 1 818 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Macédoine du Nord
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Skopje
Géolocalisation sur la carte : Macédoine du Nord
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Skopje
Géolocalisation sur la carte : Europe
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Skopje
Liens
Site web skopje.gov.mk

    La ville de Skopje comptait 526 502 habitants au dernier recensement en 2021, soit le quart de la population totale du pays, dont une importante minorit√© albanaise ainsi que des communaut√©s turque et rom. Ses habitants sont appel√©s les Skopiotes (en mac√©donien : C–ļ–ĺ–Ņ—ė–į–Ĺ–ł, Skopjani). La ville de Skopje est ainsi la plus peupl√©e de Mac√©doine du Nord, devant Bitola, deuxi√®me ville du pays avec 74 550 habitants.

    Apr√®s avoir √©t√© le lieu de diverses occupations pr√©historiques, Skopje na√ģt v√©ritablement au Ier si√®cle avec la fondation d'une colonie romaine appel√©e ¬ę Scupi ¬Ľ, qui est rattach√©e √† l'Empire romain d'Orient en 395. La ville antique est d√©truite par un s√©isme en 518. Reconstruite quelques kilom√®tres plus loin et fortifi√©e, elle conna√ģt de nombreuses invasions au cours des Xe et XIe si√®cles, devenant notamment bulgare pendant quelques ann√©es. La domination byzantine s'ach√®ve avec la conqu√™te serbe en 1282, et Skopje devient capitale de l'Empire serbe en 1346. L‚Äô√Čtat s'affaiblit toutefois rapidement et la ville est conquise par les Ottomans en 1392.

    La ville devient alors majoritairement musulmane et sa fonction commerciale est favoris√©e par sa situation entre l'Europe centrale et la mer √Čg√©e. Au XVIIe si√®cle, Skopje est l'une des plus grandes villes des Balkans. Mais elle est incendi√©e en 1689 au cours de la Deuxi√®me Guerre austro-turque et elle p√©riclite par la suite jusqu'au milieu du XIXe si√®cle. L'ouverture d'une voie ferr√©e permet une certaine croissance d√©mographique, et Skopje devient chef-lieu du vilayet du Kosovo en 1877.

    Elle redevient serbe en 1912, puis est intégrée à la Yougoslavie en 1918. Chef-lieu de la banovine du Vardar, l'une des dix régions du royaume de Yougoslavie, elle devient capitale de la République socialiste de Macédoine après la Seconde Guerre mondiale, puis capitale de la Macédoine lorsque celle-ci devient indépendante en 1991. Tout au long du XXe siècle, la croissance démographique est soutenue et la ville s'industrialise. Cet essor est brièvement interrompu par le tremblement de terre de 1963. La ville est presque entièrement détruite, mais la reconstruction est rapide et s'accompagne d'une forte croissance des investissements.

    Les années qui suivent l'indépendance sont difficiles sur le plan économique. Skopje demeure une ville pauvre par comparaison aux autres villes européennes, bien que les Skopiotes aient un meilleur niveau de vie que le reste des Macédoniens. La ville se caractérise par une architecture variée, comprenant plusieurs témoignages de la présence ottomane ainsi qu'un important ensemble de style moderniste édifié après le séisme de 1963. Le centre-ville est depuis la fin des années 2000 le siège d'une vaste opération d'urbanisme, destinée à lui donner un visage plus monumental et affirmer son statut de capitale nationale.

    Géographie

    Topographie

    Photographie des environs de Skopje
    Paysage de la vallée de Skopje près de Bardovtsi, à l'ouest de la ville.

    Skopje (42¬į 00‚Ä≤ N, 21¬į 26‚Ä≤ E) se trouve au nord de la Mac√©doine du Nord, au cŇďur des Balkans et √† mi-chemin entre Belgrade et Ath√®nes. La ville est construite dans la vall√©e de Skopje, orient√©e selon un axe ouest-est correspondant au cours du Vardar, principal fleuve de Mac√©doine, qui se jette dans la mer √Čg√©e. Cette vall√©e couvre environ 2 000 km2[1] et elle est limit√©e par plusieurs massifs montagneux au nord et au sud. Ces massifs limitent l'√©talement urbain de Skopje, qui s'effectue le long des rives du Vardar ainsi que de la Serava, un petit affluent venant du nord. Dans ses limites administratives, la ville fait ainsi plus de 24 kilom√®tres de long[2], mais n'a qu'une largeur moyenne de neuf kilom√®tres[3].

    Skopje se situe √† une altitude d'environ 245 m et couvre 571,46 km2[4]. La surface urbanis√©e se limite toutefois √† 68 km2 environ, avec une densit√© de 65 habitants par hectare[5]. La ville dans ses limites administratives englobe donc bon nombre de terres agricoles ou laiss√©es √† l'√©tat naturel et de tr√®s nombreux villages et localit√©s, comme Dratchevo, Gorno Nerezi ou Bardovtsi. Lors du recensement de 2002, la ville de Skopje, c'est-√†-dire l'agglom√©ration ainsi que les villages inclus dans ses limites, comptait 506 926 habitants, tandis que l'unit√© urbaine stricte en comptait 378 243[6].

    La ville de Skopje touche la frontière avec le Kosovo, qui la borde au nord-ouest. Les municipalités macédoniennes limitrophes sont, dans le sens des aiguilles d'une montre et en partant du nord, Tchoutcher-Sandevo, Lipkovo, Aratchinovo, Ilinden, Stoudenitchani, Sopichté, Jelino et Yégounovtsé.

    Carte de la ville de Skopje
    La ville de Skopje, avec ses limites administratives en rouge.

    Hydrographie

    Le Vardar et le pont de pierre, symbole de la ville.

    Le Vardar, qui arrose Skopje, n'est qu'√† une soixantaine de kilom√®tres de sa source situ√©e pr√®s de Gostivar. Il a un d√©bit moyen de 51 m3/s, avec une amplitude saisonni√®re importante allant de 99,6 m3/s en mai √† 18,7 m3/s en juillet. Le fleuve a une vitesse moyenne de 1,43 m/s et sa temp√©rature oscille entre 4,6 ¬įC en janvier et 18,1 ¬įC en juillet[7].

    Plusieurs cours d'eau se jettent dans le Vardar sur le territoire de la ville. Le plus important est la Treska, qui fait 130 km de long et traverse des gorges avant de rejoindre le fleuve √† l'extr√©mit√© ouest de la ville. Un peu plus √† l'est, c'est le Lepenets, venu du Kosovo, qui rejoint le Vardar au nord-ouest de l'agglom√©ration. La Serava, une petite rivi√®re qui prend sa source √† quelques kilom√®tres au nord de la ville, traversait autrefois le vieux bazar avant de se jeter dans le Vardar pr√®s de l'actuel si√®ge de l'Acad√©mie mac√©donienne. Tr√®s pollu√©e et insalubre, elle a √©t√© d√©vi√©e vers l'ouest dans le cadre des travaux de reconstruction r√©alis√©s apr√®s le s√©isme de 1963 et se jette d√©sormais dans le Vardar pr√®s des ruines de la ville antique de Scupi[8]. Enfin la Markova Reka, qui prend sa source au sud du mont Vodno se jette dans le Vardar √† l'extr√©mit√© orientale de la ville. Ces trois rivi√®res font moins de 70 km de long[3].

    Le Vardar est un fleuve sujet aux crues, et afin de limiter les inondations, son lit fut creus√© √† l'√©poque byzantine et son d√©bit r√©gul√© au d√©but du XXe si√®cle. Malgr√© ces am√©nagements le Vardar sort parfois de son lit comme en 1962[9]. Le fleuve avait alors atteint un d√©bit de 1 110 m3/s, la plus forte crue r√©pertori√©e[7]. D'autres inondations catastrophiques ont d√©vast√© la ville en 1895, 1897, 1935, 1937, 1978 et 1979. Cette ann√©e-l√†, le fleuve avait atteint un d√©bit de 980 m√®tres cubes par seconde et les d√©g√Ęts mat√©riels le long de sa vall√©e avaient √©t√© estim√©s √† 7,4 % du revenu national[10]. En 1994, un barrage et une centrale hydro√©lectrique furent construits en amont de la ville, sur la rivi√®re Treska, tributaire du Vardar, afin de r√©duire encore le risque d'inondations, qui depuis est quasiment nul. Le barrage, situ√© √† une quarantaine de kilom√®tres de la ville, a donn√© naissance au lac de retenue Kozyak, long de 32 kilom√®tres[11]. La ville de Skopje compte sur son sol deux lacs artificiels, plus petits situ√©s √©galement sur la Treska. Il s'agit du lac Matka, lui aussi destin√© √† r√©guler le d√©bit de la Treska, et du lac Treska, √† but r√©cr√©atif[3]. Le premier se trouve √† l'extr√©mit√© des gorges de la rivi√®re, le second quelques kilom√®tres plus bas dans la vall√©e, pr√®s de la limite ouest de l'agglom√©ration de Skopje. Trois petits √©tangs se situent enfin au nord-est de l'agglom√©ration, pr√®s du village de Smilykovtsi.

    Le sous-sol de la ville renferme une nappe phr√©atique contenue par de l'argile et du gravier ; en contact avec le Vardar, elle fonctionne comme une rivi√®re souterraine, coulant dans le m√™me sens que le fleuve. En dessous, se trouve √©galement une aquif√®re compos√©e de marne. La nappe d√©bute √† une profondeur comprise entre 4 et 12 m√®tres et a une √©paisseur allant de 4 et 144 m√®tres. Elle est exploit√©e gr√Ęce √† plusieurs puits, mais l'essentiel de l'eau consomm√©e √† Skopje provient de la source karstique de Rachtch√©, situ√©e √† l'ouest de la ville[5].

    • La rivi√®re Treska dans ses gorges, avant son arriv√©e √† Skopje.
      La rivière Treska dans ses gorges, avant son arrivée à Skopje.
    • Le lac Matka, dans les gorges de la Treska.
      Le lac Matka, dans les gorges de la Treska.
    • Le lac Treska, et au fond, la fin des gorges de la Treska.
      Le lac Treska, et au fond, la fin des gorges de la Treska.
    • La Serava au nord de la ville.
      La Serava au nord de la ville.

    Géologie

    Photographie du mont Vodno vu du pont de pierre
    Le mont Vodno vu depuis le pont de pierre.

    La vall√©e de Skopje est bord√©e √† l'ouest par les monts Char, au sud par la cha√ģne Yakoupitsa, qui culmine √† 2 533 m, √† l'est par des collines qui forment le d√©but des monts Osogovo, qui marquent la fronti√®re entre la Mac√©doine du Nord et la Bulgarie[3]. Au nord, la vall√©e est s√©par√©e du Kosovo et de la Serbie par la Skopska Tsrna Gora, qui culmine √† 1 561 m√®tres d'altitude[3]. Le mont Vodno, point culminant de la ville de Skopje, s'√©l√®ve √† une altitude de 1 066 m√®tres et forme un prolongement septentrional de la Yakoupitsa[3].

    Bien que construite au pied de cette montagne, la ville est plut√īt plate, avec cependant quelques collines, g√©n√©ralement non construites, comme celles de Gazi Baba (325 m√®tres d'altitude), Za√Įtchev Rid (327 m√®tres), les contreforts du mont Vodno (entre 350 et 400 m√®tres pour les plus bas) ou bien le promontoire sur lequel se trouve la forteresse[12].

    Cet environnement de moyennes montagnes conna√ģt r√©guli√®rement des mouvements sismiques. La proximit√© de la faille entre les plaques tectoniques eurasienne et africaine[13], ainsi que la nature poreuse du sol[14] font de Skopje une ville √† risque sismique. De grands tremblements de terre furent ainsi enregistr√©s en 518, 1505 et en 1963[13].

    La vall√©e de Skopje appartient √† la zone g√©otectonique du Vardar, qui est principalement compos√©e de s√©diments du N√©og√®ne et du Quaternaire. Le substratum rocheux est compos√© de s√©diments du Plioc√®ne comprenant du gr√®s, des marnes et des conglom√©rats vari√©s. Ce substratum est recouvert par une premi√®re couche de s√©diments quartenaires sableux et limoneux qui fait entre 70 et 90 m√®tres de profondeur. S'ajoute une deuxi√®me couche de s√©diments, mesurant entre 1,5 et 5,2 m√®tres, apport√©e par le Vardar et compos√©e d'argile, de sable, de limon et de gravier[15]. La nature parfois karstique du sol a entra√ģn√© la formation de ravins creus√©s par des cours d'eau. Ainsi, la Treska, lorsqu'elle entre sur le territoire de Skopje, traverse le massif du mont Vodno √† travers des gorges. Ces gorges sont aussi environn√©es par dix grottes, faisant entre 20 et 176 m√®tres de profondeur[16].

    Climat

    Photographie de la rue de Macédoine sous la neige
    La rue de Macédoine sous la neige.

    La ville conna√ģt un climat continental mais n'a pas un climat m√©diterran√©en car les hivers sont un peu froids pour √™tre qualifi√© de m√©diterran√©en. L'hiver est sec et l'air est r√©chauff√© par le vardarets, un vent qui remonte la plaine du Vardar et apporte de faible pluies[17], bien que des chutes de neige se produisent parfois[18]. Les √©t√©s sont tr√®s chauds et secs, et la chaleur est amplifi√©e par la pr√©sence de nombreuses usines ainsi que par la situation de la ville dans une vall√©e ferm√©e par des montagnes[19].

    Juillet et ao√Ľt, avec une temp√©rature moyenne de 24,2 ¬įC, sont les mois les plus chauds de l'ann√©e, tandis que janvier est le plus froid, avec une moyenne de 0,1 ¬įC. La temp√©rature la plus basse jamais enregistr√©e, ‚ąí25,6 ¬įC, a √©t√© atteinte en janvier 1985, et la plus haute, 47,2 ¬įC, en ao√Ľt 1994[20].

    Skopje est situ√©e dans une r√©gion aride, et avec une moyenne de 448,4 millim√®tres de pluie par an, elle re√ßoit moins de pluie que le reste du pays, dont la moyenne est comprise entre 500 et 1 000 millim√®tres. Le taux d'√©vaporation annuel se situe entre 450 et 580 millim√®tres. Skopje est une ville qui a un ensoleillement exceptionnel tout au long de l ann√©e, m√™me en hiver le soleil brille souvent. La ville conna√ģt environ 2 700 heures d'ensoleillement dans l'ann√©e[18].

    La temp√©rature moyenne √† Skopje a augment√© de 2,2¬įC entre 1900 et 2017[21].

    Données climatiques :

    Skopje-Za√Įtchev Rid 1963 - 2012, sauf ensoleillement (2001-2009)
    Mois jan. f√©v. mars avril mai juin jui. ao√Ľt sep. oct. nov. d√©c. ann√©e
    Temp√©rature minimale moyenne (¬įC) ‚ąí2,8 ‚ąí2,3 3,6 7,4 12 15,7 17,8 18,5 14,6 9,2 5,1 ‚ąí0,8 7,2
    Temp√©rature maximale moyenne (¬įC) 5,5 9,5 19,2 23,5 25,4 30,8 33,4 34,5 30,5 23,8 18,5 6,5 19,3
    Record de froid (¬įC)
    date du record
    ‚ąí25,6
    1985
    ‚ąí21,8
    2012
    ‚ąí10,8
    1987
    ‚ąí5,8
    2003
    ‚ąí1
    1978
    5
    1973
    12
    1974
    10
    1985
    5
    1977
    ‚ąí6,4
    1988
    ‚ąí12,2
    1995
    ‚ąí22,9
    2001
    ‚ąí25,6
    1985
    Record de chaleur (¬įC)
    date du record
    20,7
    2010
    27,7
    1995
    32,8
    2001
    34,4
    1998
    37,2
    2008
    42,1
    2007
    44,8
    1984
    47,2
    1994
    40,3
    2008
    37,6
    1994
    30,2
    1990
    25,1
    2010
    47,2
    1994
    Ensoleillement (h) 123,5 195,7 209,9 236,7 287,1 322,4 355,2 348,6 307,9 242,4 175,5 105,5 2 920,4
    Précipitations (mm) 30 29 38 40 43 54 20 17 27 37 45 48 428
    Source : [20] - [22]

    Nature et environnement

    Photographie de Skopje vue du mont Vodno
    Skopje vue du mont Vodno et les c√Ębles du t√©l√©ph√©rique.

    La vall√©e de Skopje est naturellement couverte de ch√™nes et de bruy√®re mais aussi de steppes arides, tandis que l'√©rable, le fr√™ne et le noisetier poussent sur les pentes des montagnes environnantes. La r√©gion poss√®de aussi une faune riche, avec des pies, des hiboux, des corbeaux, des faucons, des loups, des renards, des sangliers, des martres, des l√©zards et des carpes dans le Vardar, mais elle s'est rar√©fi√©e √† cause de l'extension urbaine et de l'agriculture, qui ont fait dispara√ģtre le cerf, la truite, le lynx et la ch√®vre sauvage. Le mont Vodno, qui surplombe le centre-ville, est la principale aire prot√©g√©e de la ville ainsi qu'une importante destination de loisirs, notamment gr√Ęce au t√©l√©ph√©rique qui permet d'acc√©der au sommet. D'autres espaces prot√©g√©s sont situ√©s dans les faubourgs de la ville, comme ou le lac Matka et son d√©fil√©[5].

    La ville en elle-m√™me compte quelques parcs et jardins qui repr√©sentent ensemble 4 361 hectares. Parmi ceux-ci se trouvent le parc de la Ville (Gradski Park) plant√© par les Ottomans au d√©but du XXe si√®cle, le parc des Femmes, situ√© face au palais de l'Assembl√©e, l'arboretum de l'Universit√© et la for√™t de Gazi Baba. La ville compte enfin un tr√®s grand nombre de rues et boulevards plant√©s d'arbres[23].

    Skopje conna√ģt de nombreux probl√®mes de pollution, et la pauvret√© √©conomique rel√®gue les consid√©rations environnementales au second plan des pr√©occupations des autorit√©s. L'alignement de la l√©gislation mac√©donienne sur celle de l'Union europ√©enne engage toutefois des progr√®s, notamment dans le traitement des eaux, des d√©chets et des √©missions des usines[24].

    L'industrie métallurgique, très importante pour la vie économique de la ville, est responsable de la pollution des sols, qui contiennent des traces de métaux lourds (plomb, zinc, cadmium…), ainsi que de l'air, qui contient des taux élevés d'oxydes d'azote et de monoxyde de carbone[5]. Le trafic automobile est également responsable de la pollution atmosphérique, tout comme les centrales de chauffage urbain à lignite. Les pics ont généralement lieu en automne et en hiver, quand ces dernières fonctionnent le plus, et la pollution a par exemple atteint sept fois le seuil normal fixé par l'Union européenne en décembre 2011[24].

    Des stations d'√©puration sont progressivement construites, mais une part des eaux us√©es est encore d√©vers√©e dans le Vardar sans traitement[5]. Les d√©chets sont quant √† eux laiss√©s dans une d√©charge √† ciel ouvert, compromettant la qualit√© des sols et de l'eau, particuli√®rement dans le cas des d√©chets chimiques et industriels. La d√©charge municipale se trouve √† 15 km au nord du centre et re√ßoit chaque jour 1 500 m√®tres cubes de d√©chets m√©nagers, 400 m√®tres cubes de d√©chets industriels et 1 100 m√®tres cubes de d√©chets provenant des services de la ville. Le taux de mortalit√© √† Skopje est toutefois plus faible que dans le reste du pays, et il n'a pas √©t√© trouv√© de corr√©lation directe entre la mauvaise qualit√© de l'environnement et la sant√© de la population[25].

    Urbanisme

    Morphologie urbaine

    Le plan d'urbanisme de Skopje pour 2002-2020, avec le détail de l'occupation des sols
    Le plan d'urbanisme de Skopje pour 2002-2020 :
    • Centre-ville
    • Habitat collectif dominant
    • Habitat individuel dominant
    • Zones industrielles

    L'urbanisme de Skopje porte la trace profonde du tremblement de terre qui détruisit à 80 % la ville en 1963[13]. Les quartiers ont par exemple été construits de telle sorte que la densité urbaine reste faible afin de limiter les conséquences d'un futur séisme[26].

    La reconstruction après le tremblement de terre a été en grande partie orchestrée par le Polonais Adolf Ciborowski, qui avait déjà planifié la rénovation de Varsovie après la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci a divisé la ville en blocs, destinés à des activités précises. Les bords du Vardar furent ainsi laissés à la nature ou transformés en parcs, les zones situées entre des axes importants furent loties de grands immeubles en béton ou de centres commerciaux, les régions périphériques laissées aux logements individuels et à l'industrie, etc.[9] La reconstruction se devait d'être rapide car il fallait avant tout reloger la population et relancer l'activité de la ville. La ville nouvelle fut également construite dans un souci économique et pour cela, les axes routiers furent multipliés et optimisés et l'extension urbaine future fut anticipée et planifiée[27].

    Photographie de Skopje depuis le satellite Spot
    Skopje vue par le satellite Spot. Le mont Vodno est en bas à gauche de l'image.

    Dans son ensemble, la rive sud du Vardar a principalement accueilli des grands ensembles, notamment les quartiers de Karpoch, constitu√©s de blocs d'immeubles √©pars et d√©velopp√©s au cours des ann√©es 1970 √† l'ouest du centre, tandis qu'√† l'est, la nouvelle municipalit√© d'Aerodrom, plus concentr√©e, a √©t√© con√ßue apr√®s 1980 pour loger 80 000 habitants sur le site d'un ancien a√©roport. Entre les deux, le centre-ville, construit sur des plans du Japonais Kenzo Tange, est entour√© par une s√©rie d'immeubles, le Gradski Zid (¬ę mur de la ville ¬Ľ), qui forme une enceinte avec des voies d'acc√®s[26].

    De l'autre c√īt√© du fleuve, l√† o√Ļ se trouvaient les quartiers les plus anciens, le vieux bazar ottoman a √©t√© en grande partie conserv√© et les nouvelles constructions sont volontairement basses. Autour de la colline de la forteresse, qui domine le bazar, la hauteur des immeubles a aussi √©t√© r√©glement√©e afin que ceux-ci n'√©crasent pas le monument. Enfin, des institutions comme l'universit√© ont √©t√© implant√©es sur la rive nord afin de briser les fronti√®res entre communaut√©s ethniques ; les Mac√©doniens habitent traditionnellement la rive sud et la communaut√© musulmane (Albanais, Bosniaques, Turcs et Roms) la rive nord[9].

    √Ä la fin des ann√©es 2000, le centre-ville a entam√© une profonde transformation. Un projet d'urbanisme, Skopje 2014, a √©t√© adopt√© afin de lui redonner un aspect historique et faire de Skopje une v√©ritable capitale nationale. Plusieurs √©difices disparus en 1963 ont ainsi √©t√© reconstruits, des rues et des places ont √©t√© r√©am√©nag√©es, des immeubles administratifs, des mus√©es et des h√ītels ont vu le jour et de nouveaux ponts ont √©t√© construits sur le Vardar. Cette op√©ration urbanistique a √©t√© contest√©e, tant pour son co√Ľt que pour son style architectural[28]. La minorit√© albanaise, m√©contente parce qu'elle n'√©tait pas repr√©sent√©e dans les nouveaux monuments[29], a lanc√© d'autres projets de son c√īt√©, comme la cr√©ation d'une place au-dessus de la voie rapide qui s√©pare le bazar du reste du centre-ville[30].

    L'urbanisme skopiote est enfin marqué par une certaine anarchie, car il existe bon nombre de maisons ou d'immeubles dont la construction n'a pas été déclarée[31].

    • La rue Nikola Vaptsarov, dans le centre-ville moderne.
      La rue Nikola Vaptsarov, dans le centre-ville moderne.
    • Rue du vieux bazar.
      Rue du vieux bazar.
    • Tours r√©sidentielles de Karpoch 4.
      Tours résidentielles de Karpoch 4.
    • Quartier de Novo Lisitch√©.
      Quartier de Novo Lisitché.
    • Le si√®ge de la police financi√®re et le nouveau minist√®re des Affaires √©trang√®res, √©l√©ments de Skopje 2014.
      Le siège de la police financière et le nouveau ministère des Affaires étrangères, éléments de Skopje 2014.

    Faubourgs et villages

    Photographie du faubourg de Gorno Lissitché
    Le faubourg de Gorno Lissitché, à l'est de l'agglomération.

    En dehors de l'agglom√©ration proprement dite, la ville de Skopje regroupe un grand nombre de villages, plus ou moins gagn√©s par l'urbanisation. C'est notamment le cas de ceux situ√©s sur les routes qui partent vers l'est et relient Skopje √† la Serbie ainsi qu'au centre du pays. Singu√©liŠłĪ compte ainsi plus de 23 000 habitants, et Dratchevo, 19 000[32]. D'autres grands villages se trouvent au nord de la ville, comme Radichani, 9 000 habitants[32], tandis que des plus petits sont situ√©s sur les flancs du mont Vodno, comme Gorno Nerezi. Les localit√©s situ√©es dans la municipalit√© de Sara√Į, qui forme l'extr√©mit√© occidentale du territoire de Skopje, sont plus petites et surtout moins int√©gr√©es au tissu urbain[33].

    Enfin, des localit√©s situ√©es √† l'ext√©rieur des limites administratives de la ville sont elles aussi gagn√©es par l'urbanisation, notamment dans les municipalit√©s de Petrovets et Ilinden, situ√©es √† l'est de la ville. Comme Singu√©liŠłĪ ou Dratchevo, elles profitent de la pr√©sence des grands axes routiers et ferroviaires, ainsi que de l'a√©roport, construit √† cheval sur les deux municipalit√©s[33].

    Sociologie urbaine et logement

    Le quartier de Kapichtets, avec des immeubles des années 1970 et des maisons préfabriquées installées après le séisme de 1963.

    La sociologie urbaine de Skopje dépend avant tout de la diversité ethnique de la ville. En effet, les Macédoniens ne forment que 62 % de la population de la ville, tandis que les Albanais et les Roms représentent respectivement 32 et 4 % de la population[6]. Chaque groupe ethnique se cantonne généralement à des quartiers précis, les Macédoniens vivant surtout sur la rive sud du Vardar, dans les quartiers reconstruits après le tremblement de terre de 1963, et les Roms et les Albanais peuplant la rive nord, moins touchée par le séisme. Ces quartiers nord sont réputés être plus traditionnels, tandis que ceux de la rive sud, construits à l'époque socialiste, évoquent pour les Macédoniens la modernité et la rupture avec le monde rural[34].

    Les quartiers nord sont √©galement plus pauvres, surtout √† Topaana, dans la municipalit√© de Tcha√Įr, et √† Chouto Orizari, les deux principaux quartiers roms de la ville. Ils sont en partie compos√©s de constructions ill√©gales, non raccord√©es au service d'eau et d'√©lectricit√©, et qui se transmettent d'une g√©n√©ration √† l'autre au sein de la m√™me famille. Topaana, situ√© √† proximit√© du vieux bazar, est un site tr√®s ancien, peupl√© par les Roms au moins depuis le d√©but du XIVe si√®cle, et qui regroupe de 3 000 √† 5 000 habitants. Situ√©e en limite nord de l'agglom√©ration, Chouto Orizari est une municipalit√© √† part enti√®re ayant le romani pour langue officielle. Le quartier a √©t√© am√©nag√© apr√®s 1963, afin de reloger les Roms qui avaient perdu leur domicile √† cause du s√©isme[35].

    À l'opposé de ces deux quartiers extrêmement pauvres, il n'y a pas vraiment de quartiers luxueux. Les ambassades se concentrent sur les pentes du mont Vodno, tandis que certains villages périphériques comme Bardovtsi et Zlokoukyani sont connus pour être la résidence de célébrités, mais ils n'offrent pas le confort des quartiers centraux et présentent encore une grande mixité sociale. Il existe cependant plusieurs projets de lotissements de villas sur le versant sud du mont Vodno, notamment dans la municipalité voisine de Sopichté[36].

    Skopje √©tant une ville planifi√©e et construite de fa√ßon rationnelle, a quand m√™me de r√©els probl√®mes de logement, surtout avec la situation pr√©caire des quartiers roms. Par ailleurs, les plans d'urbanisme suivant la reconstruction d'apr√®s 1963 ont souvent surestim√© la croissance d√©mographique de la ville[26]. Ainsi, en 2002, lors du dernier recensement, la ville de Skopje avait un exc√©dent de 17 000 logements par rapport au nombre de foyers. La m√™me ann√©e, il y avait √©galement une moyenne de 19,41 m2 par habitant, avec toutefois des diff√©rences entre quartiers, par exemple 24 m2 √† Tsentar, sur la rive sud du Vardar et seulement 14 √† Tcha√Įr, sur la rive nord, soit seulement un m√®tre carr√© de plus qu'√† Chouto Orizari[6]. Par ailleurs, les logements construits entre 1982 et 1991 ont une moyenne de 67 m√®tres carr√©s[26]. Les moyennes de Skopje, autant pour le nombre de logements vacants que pour le m√®tre carr√© par habitant, sont similaires √† celles du reste du pays[6]. Enfin, Skopje est avec Sarajevo et Podgorica la ville la moins ch√®re des Balkans, avec une moyenne de mille euros le m√®tre carr√© pour un appartement en 2011. La moyenne nationale atteignait alors les 958 euros, et Belgrade et Zagreb, consid√©r√©es comme des villes ch√®res, avaient respectivement une moyenne de 1 200 et 1 700 euros le m√®tre carr√©[37].

    Toponymie

    Photographie du changement de nom à la gare de Skopje en 1912
    En 1912, la Mac√©doine du Vardar est annex√©e par la Serbie et ¬ę √úsk√ľb ¬Ľ devient ¬ę Skoplje ¬Ľ.

    Le nom actuel de la ville vient de ¬ę Scupi ¬Ľ, nom latin d'une colonie romaine qui a donn√© naissance √† la ville. Toutefois, avant la fondation de cette colonie, l'endroit √©tait d√©j√† occup√© par des Illyriens et ce sont probablement eux qui sont √† l'origine de ce nom, dont l'√©tymologie reste obscure[38].

    Apr√®s l'Antiquit√©, la ville est occup√©e par plusieurs peuples qui lui donnent chacun un nom dans leur propre langue. Ainsi, Scupi devient ¬ę Skopi√© ¬Ľ (–°–ļ–ĺ–Ņ–ł–Ķ) pour les Bulgares[39], puis ¬ę √úsk√ľb ¬Ľ (ōßō≥ŔÉŔąō®) pour les Ottomans, nom adapt√© par les Occidentaux en ¬ę Uskub ¬Ľ ou ¬ę Uskup ¬Ľ, tout en utilisant parfois le nom ¬ę Scopia ¬Ľ ou ¬ę Skopia ¬Ľ[40], ¬ę Scopie ¬Ľ en fran√ßais[41].

    Lorsque la Mac√©doine du Vardar √©choit au royaume de Serbie en 1912, Uskub devient officiellement ¬ę Skoplje ¬Ľ (–°–ļ–ĺ–Ņ—ô–Ķ) et ce toponyme est repris par la plupart des autres langues n'ayant pas d'appellation propre pour d√©signer la ville. Cette derni√®re prit son nom actuel, ¬ę Skopje ¬Ľ (–°–ļ–ĺ–Ņ—ė–Ķ), apr√®s la Seconde Guerre mondiale, lorsque la langue mac√©donienne est standardis√©e. La minorit√© albanaise appelle la ville ¬ę Shkup ¬Ľ et ¬ę Shkupi ¬Ľ (forme d√©finie), et les Roms, ¬ę Skopiye ¬Ľ[42].

    Histoire

    Préhistoire

    Photographie d'une statuette du Néolithique conservée au musée de la ville de Skopje
    Statuette du Néolithique conservée au musée de la Ville de Skopje.

    La colline sur laquelle se trouve la forteresse est le premier site occupé par l'homme à Skopje. Elle est habitée à partir du IVe millénaire av. J.-C., soit pendant le Chalcolithique. Les premiers habitants ont laissé des traces de huttes en terre sèche, des objets de culte, ainsi que des puits dans lesquels ils jetaient leurs ordures ou bien entreposaient diverses choses. La présence de nombreuses statuettes en terre cuite et d'outils en os et en pierre suggère l'existence d'une localité importante économiquement[43].

    Cependant, la localit√© est moins grande pendant l'√Ęge du bronze, et se confine √† une petite partie de la colline. De cette √©poque datent des traces de maisons et des morceaux de c√©ramique. Les fouilles arch√©ologiques men√©es sur le site confirment la pr√©sence d'une seule culture locale qui √©volue progressivement, d'abord gr√Ęce aux liens avec les autres cultures des Balkans et du Danube, puis, vers la fin de l'√Ęge du bronze, √† la faveur des contacts avec le monde de la mer √Čg√©e. L'√Ęge du fer a laiss√© quelques traces de maisons en torchis ainsi que des c√©ramiques[43]. Ensuite, le site semble avoir √©t√© d√©sert√©, et seul un puits rituel du IVe si√®cle av. J.-C. a √©t√© retrouv√©[44].

    Cependant, d'autres localit√©s subsistent dans les environs[44], comme Scupi, un village fond√© au Ier mill√©naire av. J.-C. par des Illyriens[45], puis occup√© par les Dardaniens[39]. Ce site se trouve sur la colline de Za√Įtchev Rid, √† environ cinq kilom√®tres au nord-ouest du centre actuel de Skopje et de sa forteresse. Scupi, tout comme Naissus (actuelle NiŇ°, Serbie) est situ√©e sur un axe strat√©gique puisqu'elle est sur la route qui relie la mer √Čg√©e au centre de la p√©ninsule balkanique[46]. Cependant, l'histoire du village avant la conqu√™te romaine est presque inconnue[46]. Seule une des quatre n√©cropoles de la ville romaine conserve des traces de s√©pultures de la fin de l'√Ęge du bronze et du d√©but de l'√Ęge du fer (1200-900 av. J.-C.), mais celles-ci ont √©t√© presque compl√®tement d√©truites par les Romains qui ont r√©utilis√© l'espace pour leurs propres morts[47].

    Antiquité

    Photographie des ruines de Scupi
    Les ruines de Scupi.

    La r√©gion tombe sous la domination des rois de Mac√©doine en 335 av. J.-C. lorsqu'Alexandre le Grand √©tend son √Čtat jusqu'√† la rive sud du Danube[48]. √Ä sa mort, la Mac√©doine entre en d√©cadence et doit faire face √† de nombreuses guerres avec les Romains[49]. Les Dardaniens, un peuple vivant approximativement sur le territoire du Kosovo actuel, menacent √©galement le pouvoir mac√©donien. Les Dardaniens vivent de l'agriculture et de l'√©levage du b√©tail, mais l'influence mac√©donienne leur garantit un certain d√©veloppement[39]. Ils envahissent la r√©gion autour de Skopje au IIIe si√®cle av. J.-C. La Mac√©doine et la Dardanie sont finalement annex√©es √† l'Empire romain lorsque Quintus C√¶cilius Metellus Macedonicus vainc Pers√©e, le dernier roi de Mac√©doine, en 148 av. J.-C. La r√©gion est d'abord incluse dans la province romaine de Mac√©doine, puis rejoint la M√©sie, lorsque la conqu√™te du Nord des Balkans au Ier si√®cle permet la cr√©ation de cette nouvelle province[39].

    Statue de femme nue, cachant son sexe et partiellement sa poitrine avec ses mains
    La Vénus pudique de Scupi, datée du IIe siècle.

    En 13 ou 11 apr. J.-C., pendant le r√®gne d'Auguste, une garnison est install√©e √† Scupi et l'historien Tite-Live, mort en 17, en fait la premi√®re mention √©crite[39]. Le site sert alors principalement √† la pacification de la r√©gion, dont certaines zones sont encore sous contr√īle dardanien[46]. Ensuite, Domitien y installe des v√©t√©rans √† qui il offre des terres en remerciement de leurs services et transforme la garnison en colonie vers 85 apr. J.-C. ; cette colonie est baptis√©e ¬ę Colonia Flavia Scupinorum ¬Ľ, en r√©f√©rence √† la dynastie flavienne √† laquelle l'empereur appartient[47]. Au m√™me moment, l'empereur divise la M√©sie en deux et inclut Scupi dans la nouvelle M√©sie sup√©rieure[39]. La population de Scupi est diverse, et les inscriptions sur les tombes des v√©t√©rans indiquent qu'une minorit√© d'entre eux √©taient originaires d'Italie, tandis qu'un certain nombre venaient de Mac√©doine, de Dalmatie, de Gaule du Sud et de Syrie. Cette mixit√© ethnique explique que le latin soit devenu la langue majoritaire de la cit√©, la seule que tous les habitants aient en commun, au d√©triment du grec, pratiqu√© dans d'autres villes de M√©sie et de Mac√©doine[50].

    La colonie romaine grandit rapidement au cours des si√®cles suivants et, √† la fin du IIIe si√®cle ainsi qu'au long du IVe, elle conna√ģt une longue p√©riode de prosp√©rit√©. Scupi est alors le principal centre religieux, √©conomique, culturel et administratif de la r√©gion[47]. La premi√®re √©glise de Scupi est construite sous le r√®gne de Constantin Ier ; l'√©dit de Milan, sign√© en 313, qui l√©galise le christianisme, permet √† la ville de devenir un si√®ge √©piscopal. Le premier √©v√™que de la ville, Perigorius, participe au concile de Serdica, qui se tient en 343. En 395, lors de la s√©paration en deux de l'Empire romain, Scupi se retrouve dans l'Empire romain d'Orient[39].

    √Ä son apog√©e, Scupi couvre 40 hectares et elle est entour√©e par un mur de 3,5 m√®tres de large[51]. Elle poss√®de de nombreux √©l√©ments caract√©ristiques des villes romaines de l'√©poque, comme quatre n√©cropoles, un th√©√Ętre, des thermes[47], ainsi qu'une basilique pal√©ochr√©tienne, construite au Ve si√®cle et qui faisait 60 m√®tres de long et 16 m√®tres de large[52].

    Moyen √āge

    En 518, Scupi est frapp√©e par un s√©isme[13]. Le tremblement de terre a laiss√© une faille dans le sol qui s'√©tend sur 45 kilom√®tres de long et fait jusqu'√† quatre m√®tres de profondeur, ce qui laisse penser qu'il fut le plus violent qu'ait jamais connu la Mac√©doine[53]. D'apr√®s les √©crits du chroniqueur illyrien Marcellinus Comes, la ville dispara√ģt totalement et ses habitants n'ont la vie sauve que parce qu'ils avaient d√©j√† fui leurs maisons par peur de possibles invasions barbares[54] - [note 1].

    Scupi est toutefois reconstruite sous l'impulsion de l'empereur Justinien Ier, dont le r√®gne est marqu√© par la fondation de nouvelles cit√©s construites en hauteur. C'est le cas de Scupi, qui n'est pas reb√Ętie sur son site initial, mais vers la colline sur laquelle se trouve la forteresse, c'est-√†-dire dans le centre-ville actuel de Skopje[55]. Justinien aurait rebaptis√© la localit√© en ¬ę Justiniana Prima ¬Ľ, mais ce nom reste incertain car selon certaines sources, il aurait plut√īt √©t√© attribu√© √† Carińćin Grad, une ancienne ville du Sud de la Serbie. N√©anmoins, le nom de ¬ę Scupi ¬Ľ dispara√ģt des √©crits jusqu'√† la fin du VIe si√®cle, o√Ļ il est r√©utilis√© avec une variante, ¬ę Scopis ¬Ľ[56].

    √Čgalement √† la fin du VIe si√®cle, selon Th√©ophylacte, Scupi est pill√©e par les premi√®res tribus slaves et des habitants sont pris en otages. Il est probable que la ville tombe d√©finitivement aux mains des Slaves en 695, ann√©e durant laquelle de nombreux r√©fugi√©s des cit√©s de Dardanie s'enfuient √† Salonique[56]. La tribu slave qui fonde une Sklavinie autour de Skopje est probablement celle des Berzites (en)[39], qui occupent toute la haute vall√©e du Vardar[57]. Une fois les Slaves d√©finitivement install√©s dans la r√©gion au VIIe si√®cle, les Grecs et les Valaques sont devenus minoritaires et la Mac√©doine est r√©guli√®rement disput√©e entre les Byzantins et les Bulgares[39]. Aucun √©crit ne mentionne la ville au cours des trois si√®cles suivants[39].

    Photographie d'une tour de la forteresse
    Une des tours de la forteresse de Skopje.

    La forteresse de Skopje ne renferme pas de traces apparentes d'occupation au temps de Justinien, et seuls les restes d'un mur cyclop√©en, non dat√©, peuvent sugg√©rer un am√©nagement byzantin. Il faut attendre le Xe si√®cle pour que la forteresse actuelle voie le jour. Celle-ci, construite avec les meilleures techniques de l'√©poque, englobe toute la ville-haute, et poss√®de un fort potentiel strat√©gique puisqu'elle se trouve au cŇďur de l'Empire que Samuel Ier de Bulgarie a cr√©√© en 976[58]. Pendant le r√®gne de Samuel, Skopje se d√©veloppe et devient un centre de commerce en nouant des liens avec les cit√©s voisines et celles de la c√īte adriatique[39].

    Samuel Ier perd toutefois la ville en 1004, lorsqu'elle est reprise par les Byzantins[39]. Son empire dispara√ģt totalement dix ans plus tard. Les Byzantins, d'abord conciliants avec les vaincus, imposent rapidement un clerg√© grec et des lois fiscales plus contraignantes. En r√©ponse, deux soul√®vements slaves et valaques ont lieu et Skopje se retrouve √† chaque fois au centre des combats. Le premier soul√®vement est conduit par Petrou Deleanou[59] qui rassemble une arm√©e puis prend la ville en 1040, avant de prendre le contr√īle de la Thrace, l'√Čpire et la Mac√©doine[60] En 1041, toutefois, Deleanou est abandonn√© par ses alli√©s et d√©fait par les Byzantins. La seconde insurrection a lieu en 1072 et elle est conduite par Gjorgij Vojteh (en), un notable appuy√© par Mihajlo de Diocl√©e, descendant de Samuel. Apr√®s s'√™tre empar√© de Skopje, Vojteh occupe les r√©gions de Prizren et d'Ohrid, mais les Byzantins le d√©font rapidement[61].

    Ňíuvre d'Alphonse Mucha illustrant le couronnement de Stefan UroŇ° IV DuŇ°an
    Le couronnement de Stefan UroŇ° IV DuŇ°an √† Skopje par Alfons Mucha, 1926.

    La situation reste instable tout au long du XIe si√®cle. En 1081, les Normands de Robert Guiscard, apr√®s avoir d√©log√© les Byzantins de Sicile et envahi les c√ītes grecque et adriatique, arrivent √† Skopje. Ils conservent la ville jusqu'en 1088. Elle est prise en 1093 par Vukan Nemanjińá, un joupan serbe, puis les Normands la r√©cup√®rent quatre ans plus tard apr√®s l'invasion du Polog par Boh√©mond de Tarente, fils de Robert Guiscard et futur meneur de la premi√®re croisade. Cependant, la famine et une √©pid√©mie de peste d√©ciment vite son arm√©e et il est rapidement contraint de restituer les territoires conquis aux Byzantins[62].

    Aux XIIe et XIIIe si√®cles, le d√©clin de l'Empire byzantin permet aux Serbes de constituer un royaume allant jusqu'√† Salonique. Skopje est ainsi conquise en 1282 par le roi Milutin[63]. Sous la dynastie Nemanjińá, Skopje conna√ģt une p√©riode de prosp√©rit√© et la ville s'√©tend autour de la forteresse, de l'emplacement du vieux bazar jusqu'√† l'actuel quartier de Gazi Baba. Cette ville-basse est fortifi√©e √† son tour[58]. √Čglises, monast√®res et march√©s se multiplient : des marchands de v√©nitiens et ragusains s'y installent. La ville profite des caravanes qui apportent des produits du reste de l'Europe, du Moyen-Orient et d'Afrique. Elle devient au XIVe si√®cle un important centre √©conomique, culturel et administratif des Balkans : Stefan UroŇ° IV DuŇ°an y d√©place sa cour puis s'y fait couronner en 1346 ¬ę Empereur des Serbes et des Grecs ¬Ľ[39].

    Apr√®s la mort de Stefan UroŇ° IV DuŇ°an, son empire est disloqu√© par des luttes entre joupans et Skopje se retrouve dans le petit royaume de VukaŇ°in Mrnjavńćevińá, qui r√®gne de 1366 √† 1371[64]. La division des Balkans en petits √Čtats facilite l'invasion ottomane, et apr√®s la bataille de la Maritsa puis la bataille de Kosovo Polje en 1389, la p√©ninsule tombe progressivement aux mains des Turcs. Skopje devient ottomane le [39].

    √āge d'or ottoman

    Photographie de la mosquée Mustafa Pacha vue de la forteresse
    La mosquée Mustafa Pacha vue de la forteresse.

    Apr√®s la conqu√™te ottomane, la forteresse perd son caract√®re urbain et n'est plus qu'un site militaire. L'ensemble est r√©am√©nag√©, des entrep√īts, des baraques et des ateliers d'armes sont construits, mais Skopje perd rapidement son importance strat√©gique, car les fronti√®res de l'Empire ottoman sont sans cesse d√©plac√©es vers le nord, o√Ļ les conqu√™tes se poursuivent. Skopje, rebaptis√©e √úsk√ľb, devient alors le si√®ge d'une petite garnison[65]. L'extension de l'Empire vers le nord permet cependant √† √úsk√ľb de rester sur un grand axe commercial, qui relie la mer √Čg√©e √† Belgrade et la Hongrie. La ville basse conna√ģt un v√©ritable essor commercial jusqu'au XVIIe si√®cle et sa population change profond√©ment. Les conversions √† l'islam sont nombreuses dans les villes des Balkans et de nouvelles communaut√©s s'installent, notamment des Turcs et des Juifs, ces derniers venant surtout de la p√©ninsule Ib√©rique d'o√Ļ ils fuient l'Inquisition. En 1455, √úsk√ľb compte 511 foyers musulmans et 339 foyers orthodoxes, et en 1519, 717 foyers musulmans alors que le nombre de foyers orthodoxes est descendu √† 302[66]. Les chr√©tiens de la ville sont surtout des Mac√©doniens et des Albanais non convertis, mais aussi des marchands arm√©niens et ragusains. Chaque communaut√© vit dans son propre quartier, par exemple les Juifs se concentrent entre le Vardar et la forteresse[67].

    Gravure de Skopje de 1594
    Vue de Skopje en 1594.

    Le bazar est am√©nag√© autour du bezisten, march√© couvert mentionn√© pour la premi√®re fois en 1469, et les principales mosqu√©es de la ville, comme celles de Mustafa Pacha ou du Sultan Murat sont construites des ann√©es 1430 au d√©but du XVIe si√®cle, tout comme les hammams et des caravans√©rails. Ces constructions sont patronn√©es par des dignitaires ottomans locaux comme Mustafa Pacha, Ishak Bey et Yahya Pacha, vizirs, gouverneurs de la ville ou bien issus de l'entourage du Sultan[68]. √úsk√ľb est par ailleurs au cours des XVe et XVIe si√®cles un bastion religieux depuis lequel est organis√©e la conversion de la Serbie et de la Bosnie. Vers 1450, la ville compte 71 imams, 58 muezzins et 377 artisans, dont la grande majorit√© est musulmane[69]. √úsk√ľb est aussi un centre soufi et compte vingt tekkes au XVIIe si√®cle[70]. En 1505, un s√©isme touche √úsk√ľb et d√©truit une partie de la ville ; cependant, elle reprend rapidement son activit√©[13].

    Bien que la premi√®re synagogue connue de Skopje ait √©t√© construite en 1366, la communaut√© juive n'augmente significativement en nombre qu'√† partir de 1481 puis apr√®s son expulsion d'Espagne en 1492. Selon un voyageur italien qui visite √úsk√ľb en 1560, les Juifs d√©passent alors en nombre toutes les autres communaut√©s de la ville. La fondation de la synagogue Bet Ya'akov au XVIIe si√®cle permet √† √úsk√ľb de devenir un centre religieux juda√Įque et elle est visit√©e par Sabbata√Į Tsevi et Nathan de Gaza, alors consid√©r√©s par beaucoup de Juifs comme les nouveaux messies. Nathan de Gaza, qui meurt en 1680, est par ailleurs enterr√© √† √úsk√ľb[71].

    Photographie de la tour du Bey
    La tour du Bey, construite au XVIIe siècle, est l'une des seules constructions ottomanes de la rive sud du Vardar.

    √úsk√ľb est visit√©e par plusieurs voyageurs √©trangers au cours des XVIe et XVIIe si√®cles. Philippe Canaye, dans son Voyage du Levant, publi√© en 1573, d√©crit la ville comme :

    ¬ę une tr√®s grande cit√© plac√©e suivant quelques-uns en Bulgarie, mais √† mon avis en Mac√©doine, si l'on conserve les anciennes fronti√®res, [‚Ķ] l√† passe un fleuve nomm√© Vardar. √Ä l'entr√©e de la ville sont les ruines d'un vieux ch√Ęteau, et √† l'int√©rieur de celui-ci une √©glise grecque. [‚Ķ] Cette ville a une horloge publique qui s'entend de toute la ville et qui sonne les heures √† la fran√ßaise. [‚Ķ] √Ä Scopia r√©side le Beylerbey de Gr√®ce, quand il n'est pas √† Stamboul[72]. ¬Ľ

    De son c√īt√©, Dilger Zede, un Turc, √©crit au XVIIe si√®cle :

    ¬ę J'ai voyag√© pendant longtemps √† travers le pays de Roum√©lie, vu beaucoup de belles villes et √©t√© impressionn√© par la gr√Ęce d'Allah, mais aucune ne m'a autant impressionn√© ni transport√© que cette ville du paradis - √úsk√ľb, √† travers laquelle coule le Vardar[73]. ¬Ľ

    L'√©crivain et voyageur turc du XVIIe si√®cle, Evliya √áelebi, comptabilise 10 160 maisons vers 1670. La population de l'√©poque est estim√©e entre 30 000 et 60 000 habitants[39]. √úsk√ľb est alors, avec Sarajevo et Belgrade, l'une des seules grandes villes sur le territoire de la future Yougoslavie. Par comparaison, Raguse, actuelle Dubrovnik, qui est pourtant un grand port de commerce, compte √† peine 7 000 habitants √† la m√™me p√©riode[74].

    Guerre austro-turque et déclin

    Photographie de la mosquée Murat Pacha
    La mosquée Murat Pacha, construite après l'incendie sur les ruines d'un édifice plus ancien.

    √úsk√ľb est durement touch√©e par la Deuxi√®me Guerre austro-turque. En 1689, l'arm√©e autrichienne, apr√®s avoir oblig√© les Turcs √† lever le si√®ge de Vienne, p√©n√®tre en Mac√©doine. √úsk√ľb, o√Ļ s√©vit une √©pid√©mie de chol√©ra, est d√©serte et sa forteresse en mauvais √©tat : 400 cavaliers suffisent aux Autrichiens pour la prendre le 25 octobre[65]. Le g√©n√©ral Engelberto d'Ugo Piccolomini fait incendier la ville le m√™me jour, pour an√©antir le chol√©ra[39], mais probablement aussi pour venger les d√©g√Ęts faits √† Vienne par les Ottomans[75]. √úsk√ľb continue de br√Ľler pendant deux jours, les d√©g√Ęts sont consid√©rables, surtout dans le quartier juif[71].

    La pr√©sence autrichienne satisfait de nombreux chr√©tiens de Mac√©doine, pour qui elle signifie la fin de l'h√©g√©monie musulmane. Les Autrichiens sont soutenus par de nombreux ha√Įdouks, comme Petar Karpoch, qui profite de la guerre pour mener une r√©bellion contre les Turcs. Mais les Autrichiens quittent rapidement la Mac√©doine et les Turcs √©crasent les rebelles chr√©tiens. Bon nombre de ceux-ci quittent d√©finitivement √úsk√ľb et trouvent refuge dans le Nord des Balkans[39]. Petar Karpoch est arr√™t√© et empal√© par les Turcs sur le pont de pierre[76].

    √úsk√ľb conna√ģt apr√®s la guerre austro-turque une longue p√©riode de r√©cession. La forteresse est reconstruite vers 1700[65], tout comme les √©difices officiels, dont les mosqu√©es et les caravans√©rails[68], mais la ville dans son ensemble n'est plus qu'un conglom√©rat de taudis[71]. Les habitants sont d√©cim√©s √† plusieurs reprises par des √©pid√©mies de peste et de chol√©ra, et un grand nombre d'entre eux √©migrent, par exemple beaucoup de Turcs partent s'installer √† Istanbul, dans le quartier d'Ey√ľp[67]. L'Empire ottoman est alors √©branl√© par de graves crises qui l'affaiblissent et des r√©bellions √©clatent un peu partout en Mac√©doine. Elles sont g√©n√©ralement conduites par des hors-la-loi turcs, qui profitent de la faiblesse de la Sublime Porte pour piller les villages, mais aussi par des janissaires ou des ha√Įdouks, qui r√©clament plus de droits ou de pouvoir[77].

    La r√©cession se poursuit tout au long du XVIIIe si√®cle, puis au cours des premi√®res d√©cennies du XIXe si√®cle. Une estimation faite par des officiers fran√ßais[note 2] vers 1836 indique qu'√úsk√ľb n'a plus que 10 000 habitants, soit √† peine le tiers de sa population du XVIe si√®cle. Selon ces m√™mes estimations, la ville est largement d√©pass√©e par deux autres villes de l'actuelle Mac√©doine du Nord, Bitola (40 000 habitants) et ҆tip (entre 15 000 et 20 000 habitants)[79]. Un recensement ottoman de 1842 indique quant √† lui 1 016 foyers musulmans et 295 foyers non-musulmans[67]. Selon ce m√™me recensement, la ville compte alors 7 305 habitants, dont 5 080 musulmans, 1 475 chr√©tiens et environ 500 Tsiganes et 250 Juifs. La kaza, c'est-√†-dire la ville ainsi que les villages autour, regroupe alors 25 095 habitants[67].

    Renouveau économique et culturel

    Une petite croissance d√©mographique est amorc√©e √† √úsk√ľb apr√®s 1850. Elle est soutenue par l'arriv√©e de petits groupes, comme des Tsiganes venus des environs, ou des Turcs et des Bosniaques fuyant la Serbie et la Bulgarie nouvellement ind√©pendantes et qui s'installent dans le nouveau quartier de Madjir Maalo[67] - [39], mais surtout par l'exode rural de Mac√©doniens. La construction en 1873 d'une voie ferr√©e qui relie la ville √† Thessalonique acc√©l√®re par ailleurs le renouveau √©conomique de la ville. Cette ligne, construite par des entreprises occidentales, est prolong√©e l'ann√©e suivante jusqu'√† Kosovska Mitrovica, puis une bifurcation vers Belgrade est ouverte en 1888[39]. La position de la gare, sur la rive sud du Vardar, entra√ģne le d√©placement progressif des activit√©s commerciales de ce c√īt√© du fleuve, jusque-l√† pratiquement d√©sert[9].

    L'exode rural change sensiblement le visage ethnique de la ville, puisque les Mac√©doniens sont de plus en plus nombreux. Un nouveau quartier chr√©tien comprenant 55 maisons est par exemple construit en 1884[67]. Le renouveau √©conomique de la ville permet l'√©mergence d'une classe ais√©e mac√©donienne parmi laquelle les id√©es nationalistes circulent. Les propri√©taires mac√©doniens les plus riches font construire des √©glises et des √©coles slaves afin de contrer l'h√©g√©monie de l'√Čglise grecque sur les chr√©tiens slaves. Les premi√®res, la cath√©drale de la Nativit√© de la Vierge, l'√©glise de l'Ascension ouvrent en 1835 et en 1836, √† la m√™me p√©riode que l'√©cole municipale. Plus tard, en 1850, sont inaugur√©es une autre √©cole, qui peut accueillir environ 180 √©l√®ves, puis une biblioth√®que[39]. Les principales figures locales du nationalisme slave sont Yordan Hadji Konstantinov-Djinot, professeur expuls√© de la ville en 1857 sous la pression de l'√©v√™que grec, et Th√©odose de Skopje, m√©tropolite rattach√© √† l'exarchat de Bulgarie, mais partisan de la cr√©ation d'une √Čglise orthodoxe mac√©donienne, expuls√© √† son tour en 1892[39]. √úsk√ľb est l'un des cinq principaux foyers de l'Organisation r√©volutionnaire int√©rieure mac√©donienne lorsque cette derni√®re organise l'insurrection d'Ilinden en 1903. Ce soul√®vement nationaliste, qui se d√©roule du 2 ao√Ľt √† mi-novembre, se cantonne toutefois autour de Bitola et Krouchevo, laissant Skopje en dehors du conflit[39].

    Photographie ancienne de couteliers de Skopje
    Des couteliers dans le vieux bazar au début du XXe siècle.

    En 1877, √úsk√ľb se retrouve √† la t√™te du vilayet du Kosovo, nouvellement cr√©√©, qui regroupe notamment le Kosovo actuel, le Nord-Ouest de la Mac√©doine et le Sandjak de Novipazar. Avec environ 32 000 habitants en 1905, c'est la plus grande ville du vilayet, d√©passant toutefois Prizren de peu (30 000 habitants)[40]. En 1898, la ville compte 32 mosqu√©es, 8 medreses, 19 tekkes, une synagogue, quatre √©glises, deux m√©tropolites, une imprimerie, 17 √©coles musulmanes et autant d'√©coles non-musulmanes, huit h√ītels, 75 restaurants, 44 auberges, 32 caf√©s, 69 boulangeries et 1 410 magasins[67]. Selon l'Encyclop√¶dia Britannica de 1911, √úsk√ľb est aussi le si√®ge d'un corps d'arm√©e, d'un archev√™ch√© grec et catholique ainsi que d'un √©v√™ch√© bulgare. Les principales activit√©s √©conomiques sont la teinture, le tissage, le tannage, le travail des m√©taux et la production de vin et de farine. La Banque imp√©riale ottomane ainsi que la Banque de Salonique y ont des bureaux et le fran√ßais est la langue du commerce[40].

    Au d√©but du XXe si√®cle, le gouverneur Afuz Mehmed PaŇüa tente de moderniser et d'occidentaliser la ville en faisant par exemple planter le parc de la Ville et en construisant une √©cole pour enfants pauvres et un lyc√©e. Un th√©√Ętre est √©galement √©difi√© en 1906[39]. L'av√®nement des Jeunes-Turcs apr√®s le renversement du sultan en 1909 permet une premi√®re d√©mocratisation de la Turquie, et donc de la Mac√©doine. Des partis politiques locaux sont cr√©√©s, comme l'Organisation social-d√©mocrate d'√úsk√ľb, qui devient une branche du Parti social-d√©mocrate ottoman. Un premier courant socialiste √©merge √©galement dans la ville[39].

    Certaines mesures prises par les Jeunes-Turcs, comme l'augmentation des imp√īts et l'interdiction des organisations politiques fond√©es √† bases ethniques, m√©contentent cependant les minorit√©s. Les Albanais s'opposent √©galement √† la promotion du nationalisme turc par le mouvement et lancent des r√©voltes locales en 1910 et en mai 1912. Cette derni√®re part d'Albanie et du Kosovo et s'√©tend rapidement jusqu'√† l'est d'√úsk√ľb. Les insurg√©s s'emparent de Kosovska Mitrovica et Pristina puis, le 11 ao√Ľt, font tomber √úsk√ľb, gard√©e par 4 000 soldats ottomans. La prise d'√úsk√ľb est un grand succ√®s pour les insurg√©s, et plusieurs groupes d'Albanais arrivent dans la ville les jours suivants pour y d√©filer. Le mouvement reste calme, cependant, et les habitants ne sont pas menac√©s[80]. Le 18 ao√Ľt, les insurg√©s signent avec les Turcs les accords d'√úsk√ľb qui garantissent l'autonomie d'une province albanaise au sein de l'Empire[80] et ils sont finalement amnisti√©s le 19 ao√Ľt 1912[81].

    Des guerres balkaniques à la Première Guerre mondiale

    Photographie de la visite de Pierre Ier de Serbie à Skopje
    Pierre Ier de Serbie en visite à Skoplje vers 1914

    La Bulgarie, la Gr√®ce et la Serbie veulent expulser d√©finitivement les Turcs des Balkans et forment une alliance en 1912[82]. Les trois pays essaient de partager par avance la Turquie d'Europe, mais ne peuvent se mettre d'accord sur le sort de la Mac√©doine. Alors que la Gr√®ce peut pr√©tendre √† la moiti√© sud, les Serbes et les Bulgares se disputent plusieurs villes, dont √úsk√ľb fait partie[83].

    La Premi√®re Guerre balkanique commence le et dure six semaines. La Serbie, qui a mobilis√© 350 000 soldats, l'emporte rapidement avec la victoire √©crasante de Kumanovo[84] et son arm√©e atteint √úsk√ľb le 26 octobre. L'arm√©e ottomane a d√©sert√© la ville la veille[39]. Les soldats serbes, rejoints par des paysans venus de toute la Serbie pour c√©l√©brer la victoire, massacrent des Albanais de la ville[85], et dans les environs, comme au Kosovo, des villages sont pill√©s et incendi√©s[86]. Le trait√© de Bucarest, sign√© le 10 ao√Ľt 1913, ent√©rine le partage de la Mac√©doine et donc l'appartenance d'√úsk√ľb, d√©sormais ¬ę Skoplje ¬Ľ, au royaume de Serbie. Cette annexion entra√ģne l'exode de nombreux Turcs ; 725 familles turques quittent par exemple la ville le 27 janvier 1913. Un recensement organis√© par les Serbes la m√™me ann√©e fait √©tat de 37 000 habitants √† Skopje[67].

    Lors de la Première Guerre mondiale, la Bulgarie envahit la Macédoine serbe en 1915. La Serbie ralliée à la Triple-Entente, est très vite aidée par la France, le Royaume-Uni, la Grèce et l'Italie. Les armées de ces pays constituent, au nord de la Grèce le front de Salonique, et progressent dans la Macédoine serbe. En 1917, l'Autriche-Hongrie, alliée de la Bulgarie, installe un quartier général dans la forteresse afin de couper la route vers le nord[87]. Le 29 septembre 1918, l'Armée française d'Orient, profitant de la rupture du front parvient aux portes de Skoplje et, sous le commandement de Jouinot-Gambetta, prend la ville par surprise. Une fois Skoplje tombée, la route vers Belgrade et le Danube est ouverte[88].

    Le , les Bulgares demandent l'armistice. La Macédoine serbe est incluse la même année dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui devient en 1929 le royaume de Yougoslavie[39]. Skoplje est alors la plus grande ville de la région la moins développée d'Europe[89].

    Entre-deux-guerres

    Photographie des ann√©es 1920 du th√©√Ętre national et de la forteresse
    Le th√©√Ętre national et la forteresse vers 1920.

    Les Yougoslaves conservent la vocation militaire de la ville et font construire divers édifices dans la forteresse entre 1921 et 1930[87]. Elle retrouve aussi une fonction administrative en 1922, lorsqu'elle devient chef-lieu de l'un des 33 départements du Royaume[90]. En 1931, avec le changement de constitution, les départements disparaissent et Skoplje est faite chef-lieu de la banovine du Vardar, l'une des neuf régions de la Yougoslavie[91].

    Jusqu'√† la Seconde Guerre mondiale, Skoplje conna√ģt une p√©riode de d√©veloppement et une hausse d√©mographique. La population, estim√©e √† 41 066 habitants en 1921, atteint 64 807 habitants dix ans plus tard, et elle est √©valu√©e autour de 80 000 en 1941[67]. Bien que sise dans une r√©gion sous-d√©velopp√©e, Skoplje attire un certain nombre de bourgeois serbes qui y ouvrent des entreprises. Ces derniers, comme le personnel administratif, issus de r√©gions yougoslaves riches, contribuent √† la modernisation et √† l'occidentalisation de la ville. Les plus riches font construire de grandes demeures et le pouvoir central, de son c√īt√©, commande des monuments imposants, comme un mus√©e ethnographique ouvert en 1933 et une nouvelle gare avec une fa√ßade n√©obyzantine[92]. En 1941, la ville compte 45 usines, soit environ la moiti√© de toute l'industrie mac√©donienne[93], et parmi ces usines se trouve l'entreprise Monopol, qui produit 25 % des cigarettes yougoslaves[94]. En 1928, un a√©roport est construit √† trois kilom√®tres du centre-ville, il est r√©guli√®rement desservi par la ligne Vienne-Zagreb-Belgrade-Thessalonique √† partir de 1929[95].

    Photographie des ann√©es 1920 du palais des ńĆitkuŇ°evi
    Le palais des ńĆitkuŇ°evi, construit dans les ann√©es 1920 et d√©truit par le s√©isme de 1963.

    Rebecca West, qui visite le royaume de Yougoslavie en 1937, rend compte des transformations opérées par les Serbes dans la ville :

    ¬ę La gare est situ√©e dans la nouvelle partie de Skoplje, au bout de la rue principale, laquelle ressemble √©trangement √† un quartier commercial de ville industrielle anglaise, il y a une cinquantaine d'ann√©es. [‚Ķ] Il se trouve que, malheureusement, les Yougoslaves, dans leur joie √† expulser les Turcs et devenir ma√ģtres de la Mac√©doine, ont d√©moli la belle mosqu√©e [‚Ķ] et l'ont remplac√© par un Club d'Officiers qui est l'un des b√Ętiments les plus hideux de toute l'Europe. [‚Ķ] Tous les soirs, les Slaves de Skoplje qui appartiennent au monde moderne, comme les fonctionnaires ou les membres des professions lib√©rales, d√©ambulent le long de la Grand-Rue qui va de la gare au pont principal sur le Vardar, tandis que les Slaves qui appartiennent √† l'ancien monde, comme les artisans et les paysans, arpentent un bout du quai. Mais les musulmans et les gitans ont leur corso dans cette partie p√©riph√©rique de la ville, au sommet d'une colline[96]. ¬Ľ

    Seconde Guerre mondiale

    Enveloppe envoyée depuis Skopje en 1941
    Enveloppe envoyée depuis Skopje en 1941, on y voit des timbres bulgares ainsi que le drapeau militaire nazi.

    En 1941, Adolf Hitler pose un ultimatum au roi Pierre II. Soit il signe le traité d'alliance qu'ont déjà signé l'Allemagne, l'Italie et le Japon, soit les nazis envahissent le pays. Le roi temporise. En fin de compte les nazis envahissent la Yougoslavie et la Grèce sans déclaration de guerre et conquièrent rapidement ces deux pays[39].

    Les nazis prennent Skoplje le apr√®s l'avoir bombard√©e deux jours auparavant[39]. Ils poursuivent leur avance vers la fronti√®re grecque et abandonnent la ville aux mains de leurs alli√©s bulgares le 19 avril[97]. Ces derniers font de Skoplje le si√®ge du commandement de l'Arm√©e d'occupation bulgare, du district de police et du commissariat civil pour toute la Mac√©doine[39]. Par ailleurs, ils lancent aussit√īt une campagne de bulgarisation de la r√©gion. Les √©coles serbes sont ferm√©es, les livres serbes interdits[98], et √† Skoplje, le clerg√© est remplac√©[97]. Un grand nombre de professeurs serbes sont arr√™t√©s puis d√©port√©s[98]. Certains √©l√®ves et √©tudiants sont m√™me tu√©s par balle[98]. Les Bulgares ouvrent leurs propres √©coles ainsi qu'un institut d'enseignement sup√©rieur, l'universit√© du roi Boris[99].

    D√®s le d√©but de l'occupation, les Juifs de Skoplje, qui sont environ 4 000 en 1940, subissent des humiliations publiques, leurs magasins sont attaqu√©s. En mars 1943, les nazis et le gouvernement bulgare s'accordent pour les d√©porter en Pologne. Les 10 et 11 mars, des ordres sont envoy√©s √† travers la Mac√©doine et tous les Juifs de la r√©gion sont envoy√©s √† Skoplje o√Ļ ils sont emprisonn√©s dans l'usine de tabac Monopol. √Ä partir du , ils sont finalement d√©port√©s au camp d'extermination de Treblinka[94]. Seuls 2 % des Juifs de Mac√©doine √©chappent √† la mort et la plupart d'entre eux s'installent en Isra√ęl apr√®s la Lib√©ration[100]. En 1946, Skopje compte toutefois encore 452 Juifs, mais ils ne sont plus que 95 en 1952 et cette communaut√© dispara√ģt tout √† fait vers 1958[101].

    Photographie du monument aux Libérateurs de Skopje
    Le monument aux Libérateurs de Skopje.

    Dans la ville, des r√©sistants constituent des r√©seaux antifascistes et antibulgares, principalement dans la mouvance du Parti communiste de Mac√©doine. Le premier d√©tachement de Partisans est cr√©√© en ao√Ľt 1941, alors que des sabotages ont d√©j√† √©t√© men√©s √† l'a√©roport et √† l'atelier de maintenance de locomotives. De nombreux r√©sistants sont pris, meurent en prison ou finissent ex√©cut√©s[39].

    En 1943, les combats de la lib√©ration s'intensifient. Skoplje est bombard√©e le 18 octobre par les avions am√©ricains de la 12th USAAF qui parviennent √† d√©truire des infrastructures ferroviaires et des locomotives[102]. D'autres bombardements strat√©giques ont notamment lieu le [103]. Le , l'Assembl√©e anti-fasciste pour la Lib√©ration du Peuple mac√©donien (ASNOM) tient sa premi√®re session au monast√®re de Prohor Pńćinjski et proclame l'ind√©pendance de la ¬ę R√©publique populaire de Mac√©doine ¬Ľ. D√®s lors, la R√©sistance se fait plus importante et l'Arm√©e populaire de lib√©ration de Mac√©doine, constitu√©e majoritairement de communistes m√®nent des combats de rue dans Skopje √† l'automne. La ville est lib√©r√©e √† l'issue de ces combats, le [39]. Apr√®s la lib√©ration de Tetovo le 19 novembre, la Mac√©doine est totalement libre[104].

    Après-guerre

    En 1945, la nouvelle République socialiste de Macédoine forme l'une des six entités de la Yougoslavie de Josip Broz Tito. Le peuple macédonien et sa langue sont alors pour la première fois internationalement reconnus. Skoplje devient officiellement Skopje[39]. Une Bibliothèque nationale et un orchestre national philharmonique sont créés à Skopje dès 1944, puis la ville reçoit un musée national en 1946. L'université Saints-Cyrille-et-Méthode ouvre sa première faculté en 1946 et un Institut de la langue macédonienne est instauré en 1953. L'Académie macédonienne est finalement fondée en 1967[105].

    Skopje profite de son nouveau statut administratif et des programmes d'industrialisation yougoslaves. Des usines fabriquant du verre et de la laine de verre, du ciment, des freins automatiques pour les trains, des meubles, des pi√®ces automobiles ou encore du textile sont ainsi ouvertes[106]. L'industrie m√©tallurgique est aussi grandement encourag√©e afin de cr√©er des emplois et all√©ger l'exploitation des gisements bosniaques[107]. La Mac√©doine tout enti√®re s'industrialise et l'exode rural est massif, comme dans toute la Yougoslavie. Alors que Skopje comptait 102 600 habitants √† la fin de l'ann√©e 1946, elle en compte 197 300 en 1961[108]. Entre 1931 et 1971, la ville a multipli√© sa population par 4,6, un taux plus fort que celui de Belgrade (3,1) ou Zagreb (3,5), mais toutefois inf√©rieur √† celui de NiŇ° (14,6). En 1971, plus de 30 % de la population mac√©donienne qui ne vit pas de l'agriculture habite √† Skopje[109]. En 1962, la ville concentre 35 % de l'industrie mac√©donienne et produit 43 % des revenus de la R√©publique socialiste de Mac√©doine[26].

    La ville conserve √©galement une forte diversit√© ethnique, et selon le recensement de 1953, Skopje compte alors 122 143 habitants, dont 74 686 Mac√©doniens, 22 562 Turcs, 8 650 Serbes, 7 829 Roms, 3 166 Albanais, 1 351 Croates, 1 064 Mont√©n√©grins, 552 Slov√®nes, 438 Valaques, 784 personnes slaves n'appartenant √† aucun peuple pr√©c√©dent, 203 personnes se d√©clarant comme ¬ę Yougoslaves ¬Ľ et 858 personnes n'appartenant √† aucun groupe[110] - [note 3].

    Tremblement de terre de 1963

    Photographie des troupes américaines à Skopje en 1963
    L'armée américaine dans la ville en ruines.

    Le , √† 5 h 17 du matin, la ville est violemment secou√©e par un s√©isme de magnitude 6,9 sur l'√©chelle de Richter. Il dure 20 secondes et est ressenti surtout dans la vall√©e du Vardar[111]. Son √©picentre se trouve √† 15 kilom√®tres au nord-ouest de la ville, et son foyer entre 10 et 15 kilom√®tres de profondeur. Tout comme le s√©isme de 1960 d'Agadir, celui de Skopje est relativement faible en magnitude, mais a occasionn√© d'√©normes dommages sur une zone restreinte[112].

    Le tremblement de terre tue environ 1 070 personnes et fait 3 300 bless√©s, dont la moiti√© reste handicap√©s √† vie. 16 000 personnes sont ensevelies vivantes dans les d√©combres et 70 % des habitants sont sans toit. La ville est d√©truite √† 80,7 %, 19 √©tablissements scolaires, 32 infrastructures sportives, 9 polycliniques et un grand nombre d'autres institutions disparaissent, comme l'universit√©, dont les laboratoires sont r√©duits en poussi√®re. Les d√©g√Ęts sont √©valu√©s √† un milliard de dollars, soit le budget annuel de toute la Yougoslavie[26]. Le nombre √©lev√© de destructions s'explique surtout par le fait que les architectes avaient largement ignor√© un code de construction anti-sismique promulgu√© en 1948[113], ainsi que par la fragilisation des fondations de certains immeubles √† la suite d'inondations en 1962[26]. Environ un tiers des b√Ętiments rest√©s intacts visuellement doivent √™tre d√©truits[9] et Skopje perd une grande part de sa richesse historique et culturelle. Parmi les √©difices qui disparaissent se trouvent par exemple le Th√©√Ętre national et le Club d'Officiers ainsi que bon nombre d'immeubles construits pendant l'entre-deux-guerres. La forteresse est de son c√īt√© s√©v√®rement touch√©e, comme la plupart des mosqu√©es ottomanes, presque toutes conserv√©es et restaur√©es par la suite. Les voies ferr√©es et les infrastructures souterraines ont globalement √©chapp√© au d√©sastre[9].

    L'√©v√®nement, retransmis par les m√©dias dans le monde entier, suscite un grand √©lan humanitaire : le statut de non-align√© de la Yougoslavie est ce qui facilite principalement son expression. Skopje re√ßoit ainsi de l'aide de 77 √Čtats, sous forme d'argent, de m√©decins, d'√©quipes de reconstruction[9]‚Ķ Les √Čtats-Unis, par exemple, font installer un h√īpital de campagne d'une capacit√© de 120 lits. L'infrastructure, venue de Berlin, est mont√©e dans les vingt-quatre heures qui suivent le s√©isme. Des milliers de maisons pr√©fabriqu√©es sont assembl√©es en attendant la reconstruction[9]. La catastrophe √©meut √©galement des artistes, comme Jean-Paul Sartre ou Pablo Picasso, qui offre √† la ville son tableau T√™te de Femme, expos√© depuis au mus√©e d'art contemporain, lui-m√™me construit par le gouvernement polonais[114].

    Reconstruction

    Photographie d'immeubles des années 1970
    Immeubles de Kapichtets, quartier développé dans les années 1970.

    Pendant les premiers mois qui suivent la catastrophe, un d√©bat a lieu entre les partisans de la reconstruction et ceux qui proposent l'abandon de la ville, car d'autres s√©ismes sont √† pr√©voir sur le site. Apr√®s prospection, aucun endroit s√Ľr en Mac√©doine ne semble toutefois pouvoir accueillir la nouvelle capitale, et le bon √©tat des infrastructures de transport et des usines motive finalement la reconstruction sur le m√™me site. Un comit√© de reconstruction est nomm√© en 1964, il est dirig√© par Adolf Ciborowski, architecte polonais qui avait d√©j√† planifi√© la reconstruction de Varsovie en 1945. Il est second√© dans sa t√Ęche par une soixantaine d'experts internationaux et autant d'experts yougoslaves. Le plan d√©finitif est pr√©sent√© au public en octobre, lors d'une exposition qui attire plus de 10 000 visiteurs en une semaine. Les travaux, rapides, sont aussi tr√®s impressionnants et, lors d'un exercice d'√©criture sur l'√©v√®nement qui avait selon eux le plus marqu√© l'histoire de leur ville, 80 % des enfants skopiotes choisissent la reconstruction plut√īt que le s√©isme lui-m√™me[9].

    Dans les trois √† cinq ans qui suivent le s√©isme, les efforts se concentrent sur le relogement de la population et la remise en marche des entreprises industrielles. La reconstruction a un impact psychologique profond, car elle entra√ģne l'√©clatement des voisinages et la r√©installation al√©atoire des habitants. Les gens ne sont pas familiers de leurs nouveaux logements, des pr√©fabriqu√©s en bois, ils craignent les incendies et n'ont pas le droit de participer eux-m√™mes √† la construction de leurs futures maisons[26]. Les logements se veulent √©galement rationnels et le r√©gime voit dans la reconstruction une mani√®re de r√©√©duquer la population, notamment les minorit√©s. Toutefois, la communaut√© rom, tr√®s r√©ticente √† emm√©nager les nouveaux immeubles, est regroup√©e dans un nouveau quartier au nord de la ville, Chouto Orizari, qu'elle peut construire comme elle le souhaite[9]. Le centre-ville est d'abord laiss√© en ruines, ce qui permet d'y conduire des analyses de sol et d'organiser un concours international pour son red√©veloppement. Ce concours est remport√© par KenzŇć Tange, qui a d√©j√† travaill√© √† Hiroshima[115], ainsi que par un institut croate. Le projet final, une synth√®se du travail des deux laur√©ats, est pr√©sent√© en 1966[26].

    Les travaux sont achev√©s vers 1980, m√™me si certains √©l√©ments ne voient jamais le jour, √† cause de l'√©puisement des fonds et de l'inflation qui s'aggrave en Yougoslavie. Ils font na√ģtre une ville totalement nouvelle, compos√©es d'unit√©s consacr√©es √† des usages bien pr√©cis, comme l'industrie, le commerce, le logement‚Ķ Chaque unit√© de logement doit pouvoir contenir 6 000 personnes et celles-ci habiter √† moins d'un quart d'heure √† pied d'un arr√™t de bus. La gare est l'un des seuls √©difices anciens conserv√©s dans le centre. Laiss√©e partiellement en ruines, son horloge arr√™t√©e sur l'heure du s√©isme, elle a √©t√© transform√©e en mus√©e de la ville de Skopje. Une grande partie du vieux bazar ottoman, sur la rive nord du Vardar, est quant √† elle restaur√©e et conserv√©e[9].

    Depuis 1980

    Photographie de la statue du guerrier à cheval
    La statue du guerrier à cheval, élément de Skopje 2014 érigé en 2011 sur la place de Macédoine.

    Apr√®s la reconstruction, la ville renoue rapidement avec la croissance notamment d√©mographique. La population passe ainsi de 312 300 habitants en 1971 √† 408 100 habitants en 1981[108]. La croissance √©conomique, d'abord soutenue car favoris√©e par les investissements consentis √† la suite du tremblement de terre, va stagner au cours des ann√©es 1980. Toute la Yougoslavie conna√ģt alors une p√©riode de r√©cession et de troubles ethniques, et en Mac√©doine, cela se traduit par l'affrontement entre nationalismes mac√©donien et albanais. Le conflit culturel avec la Gr√®ce se profile √©galement, et de grandes manifestations ont lieu √† Skopje en 1990 pour d√©noncer la situation des Mac√©doniens slaves en Mac√©doine grecque ainsi qu'en Mac√©doine bulgare[116]. Apr√®s l'ind√©pendance de la r√©publique de Mac√©doine en 1991, Skopje devient la capitale d'un √Čtat ind√©pendant, mais la ville et le pays √©prouvent de graves difficult√©s. Le conflit du nom avec la Gr√®ce fait perdre √† la Mac√©doine son principal port d'exportation, Thessalonique, tandis que les guerres de Yougoslavie emp√™chent le commerce avec la Serbie voisine. Le pays voit le volume de son commerce diminuer de 60 % et fr√īle la faillite ; la pauvret√© engendr√©e favorise enfin les activit√©s ill√©gales[117].

    Apr√®s l'apaisement des relations avec la Gr√®ce en 1995, la situation reste difficile, car la transition √† l'√©conomie de march√© aggrave le ch√īmage et le gouvernement peine √† attirer les investissements. Depuis la fin des ann√©es 2000, la ville vit cependant un certain renouveau. Beaucoup de monuments anciens situ√©s dans la vieille ville ont b√©n√©fici√© de r√©novations, comme la forteresse, de grands centres commerciaux voient le jour et d'autres lieux importants, comme le stade national ToŇ°e-Proeski, l'a√©roport, b√©n√©ficient d'agrandissements et de diverses am√©liorations[118] - [119].

    Le centre-ville subit de son c√īt√© une r√©novation totale gr√Ęce au projet Skopje 2014[120]. Il doit permettre au quartier dessin√© par Kenzo Tange de retrouver son aspect historique, notamment par la reconstitution de plusieurs monuments embl√©matiques de la ville, comme le Th√©√Ętre national et le Club d'Officiers. Il doit aussi donner √† Skopje l'allure d'une capitale nationale, avec des statues en l'honneur de figures historiques, de nouveaux mus√©es, de grands h√ītels‚Ķ Cette op√©ration urbanistique ne fait toutefois pas l'unanimit√©, notamment √† cause de son co√Ľt (200 millions d'euros), mais aussi √† cause du caract√®re tr√®s historiciste et nationaliste des projets[28]. La minorit√© albanaise (un quart de la population de la ville) d√©plore aussi le fait qu'elle ne soit pas repr√©sent√©e dans les divers monuments[29]. La fontaine surmont√©e d'une statue √©questre d'Alexandre le Grand, qui a √©t√© install√©e en 2011 sur la place de Mac√©doine a quant √† elle relanc√© le d√©bat autour du nom de la Mac√©doine avec la Gr√®ce et a √©t√© rebaptis√©e en ¬ę statue du guerrier √† cheval ¬Ľ[121].

    Héraldique

    Le blason de Skopje
    Blason de Skopje.

    Les armes de la ville furent adopt√©es dans les ann√©es 1950 et officialis√©es √† nouveau en 1997. Elles reprennent les symboles de la ville ; le Vardar, le pont de pierre, la forteresse et la montagne de ҆ar[122].

    Elles se blasonnent ainsi :

    D'argent ; en pointe, une onde d'azur baignant le pont à deux arches du lieu de carnation maçonné, surmontant trois monts de sinople eux-mêmes surmontés à dextre d'un autre mont au naturel enneigé et à sénestre du fort du lieu ombré de carnation.

    Le drapeau de Skopje utilise ces armes en ombre d'or en canton sur fond de gueules. Le drapeau est parfois horizontal parfois vertical, toutefois, la version verticale fut la première à être utilisée. Le drapeau respecte les proportions 1:2[123].

    Administration

    Statut

    Carte de la Macédoine du Nord avec la Ville de Skopje mise en évidence
    La ville de Skopje, en vert, parmi les municipalités de la Macédoine du Nord.

    En tant que capitale et ville la plus peupl√©e de la Mac√©doine du Nord, la Ville de Skopje a un statut particulier, r√©gi par une loi sp√©cifique. Skopje est ainsi, selon l'article 117 de la Constitution, ¬ę une collectivit√© territoriale √† part, dont l‚Äôorganisation est r√©glement√©e par la loi ¬Ľ. Toujours selon la Constitution, ¬ę la ville de Skopje est ind√©pendante dans l‚Äôex√©cution de ses comp√©tences d√©finies par la Constitution et par la loi, tandis que le contr√īle de la l√©galit√© de ses activit√©s est exerc√© par la R√©publique. La R√©publique peut en adoptant une loi, confier l‚Äôex√©cution de certaines activit√©s √† la ville de Skopje[124]. ¬Ľ

    La dernière loi concernant le statut de Skopje a été promulguée en 2004. Selon celle-ci, la principale spécificité de la Ville de Skopje est sa division en 10 municipalités, qui sont, comme les autres municipalités du pays, dotées d'un maire et d'un conseil. La Ville de Skopje possède elle aussi ces deux fonctions. Les budgets et les administrations de chaque entité sont totalement séparés, mais les élections pour les conseils et les maires de la Ville comme des municipalités ont lieu en même temps[125].

    Les municipalités se chargent des affaires qui ne concernent que leur territoire, tandis que la Ville s'occupe de toutes les compétences qui ne peuvent être scindées entre les municipalités ou de ce qui est important pour la totalité d'entre elles. Comme il existe de fortes disparités de développement humain entre municipalités, certaines étant par exemple à dominante rurale, les besoins de chaque entité sont très différents, et afin de mieux coordonner les actions de la Ville, il existe une assemblée d'harmonisation composée des maires des municipalités et dirigée par le maire de la Ville[125].

    La Ville de Skopje fait partie de la r√©gion statistique de Skopje, qui regroupe √©galement les municipalit√©s de Tchoutcher-Sandevo, Aratchinovo, Ilinden, Petrovets, Zelenikovo, Stoudenitchani et Sopicht√©. Les r√©gions statistiques de Mac√©doine du Nord n'ont aucun r√īle politique ou administratif[125].

    Conseil de la ville

    Skopje est administr√©e par le conseil de la ville. Celui-ci est constitu√© de 45 membres √©lus au suffrage universel direct pour une p√©riode de quatre ans. Le conseil s'occupe principalement des d√©cisions budg√©taires, des grandes orientations et assure les rapports entre le gouvernement national et la ville. Plusieurs commissions se r√©partissent les t√Ęches plus concr√®tes. Il y a ainsi la commission des finances, du d√©veloppement local, de l'urbanisme, de l'environnement.

    Le président du conseil est élu par l'ensemble des conseillers. À la suite des élections locales de 2017, le conseil de la ville de Skopje était composé de la manière suivante :

    Parti/liste Sièges My Parliament2323
    SDSM21
    VMRO-DPMNE17
    DUI3
    BESA2
    AzA1
    Levica1
    Total45

    Maire

    Photographie de la maire de Skopje.
    Danela Arsovska, maire de Skopje depuis 2021.

    Le maire de Skopje est lui aussi élu au suffrage universel direct pour un mandat de 4 ans. Le maire représente la ville de Skopje et il est responsable des activités du Conseil de la Ville auprès des Skopiotes. Il doit également veiller à l'application des actes du Conseil et peut lui-même soumettre des textes aux conseillers. Enfin, c'est lui qui gère les organes d'administration de la ville et ses fonctionnaires et qui nomme ou révoque les directeurs de ces organes[126].

    La maire de Skopje est Danela Arsovska, élue à l'issue des élections municipales de 2021. Elle est la première femme à occuper cette fonction.

    Liste des maires depuis 1991[127]
    P√©riode Identit√© √Čtiquette Qualit√©
    1991 1993 Milan Talevski Indépendant Homme d'affaires
    1993 1995 Goran Nikolovski VMRO-DPMNE
    1995 1996 Jove Kekenovski VMRO-DPMNE Professeur de sciences politiques
    1996 2005 Risto Penov LDP Président du LDP
    2005 2009 Trifun Kostovski Indépendant Homme d'affaires
    2009 2017 Koce Trajanovski VMRO-DPMNE
    2017 2021 Petre Shilegov SDSM Avocat
    2021 en cours Danela Arsovska Ind√©pendante √Čconomiste
    Présidente des chambres de commerce macédoniennes

    Municipalités

    La premi√®re division administrative de Skopje remonte √† 1945 mais c'est en 1976 que sont cr√©√©es les premi√®res municipalit√©s. Elles sont alors cinq : Gazi Baba, Karpoch, Kisela Voda, Tsentar et Tcha√Įr. Apr√®s l'ind√©pendance en 1991, le pouvoir est tr√®s centralis√© et les municipalit√©s perdent presque toutes leurs responsabilit√©s locales et budg√©taires. En 1996, la d√©centralisation commence et les municipalit√©s retrouvent des comp√©tences. Chouto Orizari et Guiortch√© P√©trov, situ√©es en p√©riph√©rie, obtiennent par la m√™me occasion le statut de municipalit√© de Skopje. Apr√®s le conflit ethnique de 2001 entre les forces mac√©doniennes et des rebelles albanais, une loi est promulgu√©e en 2004 pour que Skopje annexe Sara√Į, une municipalit√© voisine √† majorit√© albanaise. Ceci permet aux Albanais de former au moins 20 % de la population de la Ville, seuil n√©cessaire pour faire de leur langue la seconde langue officielle de Skopje, ce qui √©tait l'une des revendications des rebelles[125]. Sara√Į est une municipalit√© essentiellement rurale, mais tr√®s vaste et assez peupl√©e (environ 35 000 habitants), et elle est pr√©alablement fusionn√©e avec l'ancienne municipalit√© de Kondovo[128]. Elle permet √† la Ville de Skopje de gagner pr√®s de 230 kilom√®tres carr√©s. La m√™me ann√©e, la municipalit√© d'Aerodrom est d√©tach√©e de celle de Kisela Voda et Boutel est d√©tach√©e de Tcha√Įr, portant ainsi le nombre de municipalit√©s de Skopje √† dix[125].

    Les municipalités sont administrées par un conseil municipal composé de 23 membres élus au suffrage universel pour 4 ans, par divers départements spécialisés (éducation, finances, culture…) et par un maire, lui aussi élu pour 4 ans et qui s'occupe principalement de la gestion de ces départements[129].

    Nom Superficie
    (en km2)[4]
    Population 2002[6] Population 2011[130] - [note 4]
    Aerodrom2072 009-
    Boutel54,7936 144-
    Chouto Orizari7,4822 017-
    Gazi Baba110,8672 61775 893
    Guiortch√© P√©trov66,9341 63441 915
    Karpoch35,2159 66660 363
    Kisela Voda34,2457 236-
    Sara√Į229,0635 40838 884
    Tcha√Įr3,5264 773-
    Tsentar7,5245 412-
    Ville de Skopje571,46506 926-
    1. Tsentar (–¶–Ķ–Ĺ—ā–į—Ä)
    2. Gazi Baba (–ď–į–∑–ł –Ď–į–Ī–į)
    3. Aerodrom (–ź–Ķ—Ä–ĺ–ī—Ä–ĺ–ľ)
    4. Tcha√Įr (–ß–į–ł—Ä)
    5. Kisela Voda (–ö–ł—Ā–Ķ–Ľ–į –í–ĺ–ī–į)
    6. Boutel (–Ď—É—ā–Ķ–Ľ)
    7. Chouto Orizari (–®—É—ā–ĺ –ě—Ä–ł–∑–į—Ä–ł)
    8. Karpoch (–ö–į—Ä–Ņ–ĺ—ą)
    9. Guiortch√© P√©trov (–É–ĺ—Ä—á–Ķ –ü–Ķ—ā—Ä–ĺ–≤)
    10. Sara√Į (–°–į—Ä–į—ė)

    Budget

    La Ville de Skopje ainsi que ses municipalit√©s sont principalement financ√©es par leurs propres sources de revenus (imp√īts sur la propri√©t√©, taxes diverses‚Ķ), par une partie des imp√īts nationaux et par des dotations de l'√Čtat. Elles peuvent aussi contracter des emprunts et pr√™ter de l'argent[125].

    Les imp√īts sur la propri√©t√©, qui concernent autant les biens immobiliers que les ventes et les successions, rapportent peu √† cause du taux d'imposition tr√®s faible (entre 0,10 % et 0,20 % pour un bien immobilier en 2008[131]). Cependant, du fait de l'immobilit√© des objets tax√©s, ils assurent un revenu s√Ľr sans grands risques d'√©vasion fiscale. La Ville collecte ces imp√īts puis en redistribue des parts tous les mois aupr√®s des municipalit√©s. Ce sont toutefois ces derni√®res qui fixent les taux d'imposition de leurs administr√©s, dans l'assiette d√©finie par l'√Čtat. La ville pr√©l√®ve √©galement les frais administratifs et en redistribue les revenus selon les besoins de chaque municipalit√©[125].

    L'argent des imp√īts sur le revenu, pr√©lev√© par l'√Čtat, revient en partie √† la ville et ses municipalit√©s. Celles-ci se partagent en effet 3 % de la somme collect√©e sur le territoire de Skopje. La TVA, elle aussi r√©colt√©e par l'√Čtat, est en partie revers√©e aux 84 municipalit√©s du pays, qui se partagent 3 % du total. Sur ces 3 %, encore 3 % sont vers√©s √† un fond d'assistance pour les municipalit√©s les plus pauvres, dont sont exclues celles de la ville de Skopje. Sur les 97 % restants, 88 % vont aux municipalit√©s du pays, et 12 % √† la Ville de Skopje. Sur cette derni√®re somme, 60 % sont redistribu√©s aux municipalit√©s de Skopje[125].

    Les municipalit√©s ont par ailleurs h√©rit√© d'un type de taxe qui existait √† l'√©poque yougoslave. Les conseils municipaux, en cas de grand projet, peuvent r√©unir des fonds en levant un imp√īt provisoire qui doit servir ce projet apr√®s avoir obtenu l'accord des citoyens s'exprimant par voie r√©f√©rendaire. Ce genre de proc√©dure est relativement exceptionnel, mais a par exemple √©t√© utilis√©e par la municipalit√© de Guiortch√© P√©trov pour construire une station de traitement des eaux. L'argent ainsi r√©colt√© ne peut en aucun cas revenir √† la Ville ou √† une autre municipalit√©[125].

    Le budget total de Skopje pour l'ann√©e 2012 s'√©levait √† 5 903 415 000 denars, soit plus de 95 millions d'euros. Sur ces 5 milliards de denars, environ 2,5 milliards proviennent des recettes fiscales, 1,2 milliard d'investissements, et 1,3 milliard de la dotation de l'√Čtat, le reste provenant soit d'imp√īts indirects soit de transferts et de donations diverses. Les d√©penses pour la m√™me ann√©e s'√©l√®vent quant √† elles √† 6 630 415 000 denars et elles laissent donc un d√©ficit de 727 000 000 denars, soit plus de 11 millions d'euros. Ce d√©ficit est combl√© par des r√©serves d'argent et par des remboursements de pr√™ts octroy√©s par la ville. Par ailleurs, 11 millions de denars pris sur le budget de l'ann√©e ont √©t√© plac√©s en r√©serve. Le budget sert principalement √† financer la construction et l'entretien d'√©difices publics (1,6 milliard), la r√©mun√©ration du personnel (1,2 milliard), les transports (1 milliard de denars), ou encore √† subventionner des entreprises locales (0,2 milliard)[132]. En 2011, les chiffres concernant le budget municipal √©taient tr√®s semblables, bien que moins √©lev√©s, avec un budget total d'environ 4,6 milliards de denars[133].

    Il existe de grandes disparit√©s de revenus entre les municipalit√©s, celles √† dominante rurale n'ayant par exemple pas les m√™mes besoins ni la m√™me population que celles se trouvant au sein de l'agglom√©ration. De plus, les municipalit√©s situ√©es au nord du Vardar sont globalement plus pauvres que celles situ√©es au sud. Ainsi, Gazi Baba, qui est la municipalit√© la plus peupl√©e, avec 72 000 habitants, n'avait que 730 millions de denars √† disposition en 2012[134], alors qu'Aerodrom, situ√©e sur l'autre rive du fleuve et avec un nombre d'habitants similaire, avait la m√™me ann√©e un budget de plus d'un milliard de denars[135]. La diff√©rence est √©galement grande entre Guiortch√© P√©trov, qui compte environ 41 000 habitants et poss√®de un budget de 900 millions[136], alors que Boutel, avec 36 000 habitants, n'avait que 351 millions √† disposition en 2012[137].

    Justice et sécurité

    Photographie de la Cour suprême
    La Cour suprême.

    Skopje poss√®de deux tribunaux de premi√®re instance, l'un a uniquement autorit√© sur la Ville de Skopje[138], tandis que l'autre est aussi comp√©tent dans les municipalit√©s voisines de Tchoutcher-Sandevo, Sopicht√©, Stoudenitchani, Zelenikovo, Petrovets, Ilinden et Aratchinovo[139]. La ville compte √©galement une cour d'appel, un tribunal administratif et la Cour supr√™me. Cette derni√®re est un tribunal de derni√®re instance et ne doit pas √™tre confondue avec la Cour constitutionnelle de la r√©publique de Mac√©doine du Nord, qui est charg√©e de veiller √† ce que les lois soient conformes √† la Constitution. Skopje poss√®de deux prisons, l'une situ√©e dans le Nord de la ville, √† Chouto Orizari, l'autre dans le village d'Idrizovo, sur la municipalit√© de Gazi Baba. La premi√®re peut accueillir 634 prisonniers, et la seconde est la plus grande de Mac√©doine, avec 1 510 prisonniers et une section pour les femmes[140].

    Parmi les principaux probl√®mes que conna√ģt la ville se trouve la corruption, qui entoure notamment le cadastre et le march√© de la construction[125] et l'existence de nombreux pickpockets, surtout dans le centre-ville. Ceux-ci se servent parfois d'enfants afin de d√©jouer la surveillance des victimes[141] et certains pickpockets sont mineurs[142]. Le taux de criminalit√© en Mac√©doine est tr√®s √©lev√© √† cause de la pauvret√© et de la corruption[143].

    La ville doit √©galement faire face √† un probl√®me de chiens errants. Il y en aurait entre 25 000 et 32 000 et ils deviennent parfois dangereux, surtout en √©t√©, lorsqu'ils ne trouvent plus d'eau √† boire. Leur pr√©sence en groupe dans les parcs et les rues est souvent un r√©pulsif pour les promeneurs, surtout les enfants et les personnes √Ęg√©es. Leur nombre est difficile √† √©valuer car ils se d√©placent souvent entre la ville et les villages voisins. Afin de rem√©dier √† ce probl√®me, la ville op√®re un programme de capture et de mise en fourri√®re ; en 2010, 3 400 chiens ont ainsi √©t√© attrap√©s et 700 ont √©t√© euthanasi√©s. Ce programme, ainsi que les conditions d'enfermement des chiens, d√©clenche cependant la col√®re des organismes de protection des animaux[144] - [145] - [146].

    √Čconomie

    Envergure économique

    Photographie du quartier des affaires de Skopje
    Le petit quartier d'affaires de Skopje.

    Skopje, comme Tirana, est √† l'√©chelle europ√©enne une ville de taille moyenne, mais en raison de leurs fonctions administratives, elles se rapprochent des petites m√©tropoles de la r√©gion que sont Sofia et Thessalonique[147]. En tant que capitale et plus grande ville de la Mac√©doine du Nord, Skopje concentre une grande part des activit√©s √©conomiques du pays. La r√©gion de Skopje, qui regroupe la ville et quelques autres municipalit√©s voisines, produit ainsi 45,5 % du PIB mac√©donien[148]. En 2009, son PIB par habitant s'√©levait √† 6 569 dollars, soit 155 % de celui de la Mac√©doine du Nord[149]. Ce taux est toutefois plus faible que celui de Sofia, 10 106 dollars[150], ou Belgrade, 7 983 dollars[151], mais plus √©lev√© que celui de Tirana, 4 126 dollars[152].

    L'absence d'autres villes de grande envergure en Macédoine ainsi que le centralisme politique et économique font que de nombreux travailleurs habitant dans d'autres régions ont leur emploi à Skopje. Le dynamisme de Skopje encourage aussi l'exode rural. Ces migrants viennent surtout d'autres régions du pays, mais aussi parfois du Kosovo, du Sud de la Serbie et d'Albanie[153].

    Entreprises

    La ville comptait 26 056 entreprises en 2009, mais seules 145 sont de grande taille. Les plus nombreuses sont en fait les micro-entreprises (13 625) et les petites entreprises (12 017). Il y avait la m√™me ann√©e 269 entreprises de taille moyenne[154]. Nombre de ces entreprises (9 758) sont sp√©cialis√©es dans le commerce de biens, 3 839 sont sp√©cialis√©es dans les affaires et l'immobilier et 2 849 sont des entreprises de manufacture. Suivent les services √† la personne, les transports, la construction, l'h√ītellerie-restauration et la sant√©. Les domaines restants (√©ducation, banques, s√©curit√© et administration publique, agriculture, exploitation mini√®re‚Ķ) comptent chacun moins de 500 entreprises[155]. Les grandes entreprises, bien que peu nombreuses, repr√©sentent toutefois 51 % de la production de la ville en dehors de la finance, tandis que les entreprises moyennes produisent 36 %, et les petites, 13 %[33].

    Enfin, en 2008, sur les 29 entreprises qui ont le plus participé au chiffre d'affaires annuel de la Bourse macédonienne, 25 étaient basées à Skopje[156].

    Industrie

    L'industrie de Skopje est domin√©e par l'agroalimentaire, le textile, l'imprimerie et la m√©tallurgie, et repr√©sente 30 % du PIB de la ville[33]. C'est dans la municipalit√© de Gazi Baba, au nord-est du centre, le long du p√©riph√©rique de la ville et des axes routiers et ferroviaires qui la relient √† l'autoroute Belgrade-Thessalonique et √† l'a√©roport que se situent les principales zones industrielles de Skopje[157]. Surtout l'industrie lourde, notamment les aci√©ries ArcelorMittal et Makstil, ainsi que des ateliers de Makedonski ŇĹeleznici, la compagnie ferroviaire nationale. On y trouve aussi la brasserie Pivara Skopje, filiale de Heineken, qui produit notamment la bi√®re locale Skopsko[158].

    D'autres zones industrielles s'intercalent entre les municipalit√©s d'Aerodrom et Kisela Voda, le long de la voie ferr√©e qui relie Skopje √† la fronti√®re grecque. Elles regroupent les usines Alkaloid (produits pharmaceutiques), Rade Konńćar (mat√©riel √©lectrique), Imperial Tobacco, une cimenterie et l'usine d'engrais et pesticides Ohis. Deux zones √©conomiques sp√©ciales ont √©t√© ouvertes pr√®s de Skopje, √† la suite de la mise en place au niveau national d'un imp√īt √† taux unique en 2007[159]. Elles sont proches de l'a√©roport et de la raffinerie Okta. En 2012, sept entreprises s'y √©taient install√©es, notamment Johnson Matthey et Johnson Controls (pi√®ces automobiles) et Van Hool (construction d'autobus)[160].

    La ville compte aussi un important march√© de construction, notamment symbolis√© par les tours Cevahir, en chantier depuis 2012. Ces quatre immeubles r√©sidentiels et commerciaux de 130 m√®tres de haut chacun repr√©sentent un investissement de 300 millions d'euros pour la compagnie turque qui les a command√©s[161]. La construction est √©galement un moyen pour le gouvernement de mod√©rer les effets de la crise financi√®re mondiale, en cr√©ant des emplois tout en am√©liorant les infrastructures[162]. La plus grande compagnie skopiote de construction est Granit Skopje, qui poss√®de des succursales dans divers pays d'Europe de l'Est et emploie plus de 2 000 personnes en Mac√©doine[163].

    Finances, commerce et tourisme

    Photographie d'un étal du Zelen Pazar
    Le Zelen Pazar.

    En plus d'être le principal centre industriel du pays, Skopje en est la capitale économique et financière. Elle est ainsi le siège de la Banque nationale de la république de Macédoine du Nord, qui édite la monnaie nationale et veille à la stabilité financière du pays. La Bourse macédonienne, établie en 1995, comprend trois indices (MBI 10, MBID et OMB) et a pour objectif la sécurisation du marché macédonien et la facilitation des mouvements de capitaux[164]. La ville regroupe également les sièges de plusieurs groupes bancaires, de téléphonie et d'assurances du pays, comme Makedonski Telekom, Komercijalna banka, Stopanska banka, Tutunska banka et TTK Banka, et des filiales de groupes étrangers, comme QBE Makedonija, Alpha Bank et Erste Bank. Les services produisent environ 60 % du PIB de la ville[33].

    √Ä c√īt√© des petits magasins traditionnels, Skopje compte deux grands march√©s, le Zelen Pazar (¬ę march√© vert ¬Ľ) et le Bit Pazar (¬ę march√© aux puces ¬Ľ). Ces march√©s, situ√©s au nord du vieux bazar, sont principalement g√©r√©s par des Albanais et sont devenus des lieux embl√©matiques de la ville[34]. N√©anmoins, depuis les ann√©es 1970, le commerce √† Skopje s'est grandement modernis√© et la ville compte plusieurs grandes surfaces et centres commerciaux. Le plus grand d'entre eux, le City Mall, a ouvert en 2012. Il comprend un hypermarch√© Carrefour ainsi qu'une galerie de 130 magasins et un cin√©ma. L'ensemble emploie 2 000 personnes et a √©t√© construit gr√Ęce √† un pr√™t de la Banque europ√©enne pour la reconstruction et le d√©veloppement qui s'√©l√®ve √† 18,9 milliards d'euros[165].

    Le tourisme a longtemps √©t√© n√©glig√© √† Skopje car la capitale touristique de la Mac√©doine du Nord est plut√īt Ohrid, qui b√©n√©ficie d'un plus riche patrimoine culturel et naturel et se trouve au bord d'un grand lac. N√©anmoins, l'activit√© se d√©veloppe, notamment avec l'op√©ration urbanistique Skopje 2014, qui permet l'ouverture de nouveaux mus√©es et embellit le centre-ville. Ainsi, alors que Skopje n'a accueilli que 111 281 touristes en 2009, ce chiffre est lentement pass√© √† 130 726 en 2011. Enfin, en 2012, Skopje a l√©g√®rement d√©pass√© Ohrid en nombre de touristes √©trangers[166]. Ceux-ci viennent pour moiti√© des pays balkaniques, comme la Serbie, la Gr√®ce, l'Albanie, la Bulgarie ou la Turquie[167].

    Emploi

    51 % de la population active de Skopje travaille dans de petites entreprises. 52 % travaille dans les services et 34 % dans l'industrie, le reste étant principalement employé par l'administration[33].

    Le taux de ch√īmage de la r√©gion de Skopje est tr√®s √©lev√© car il y a beaucoup de probl√®mes √©ducatif et pas assez d'emplois. Il est autour de 35 %. La r√©gion voisine du Polog obtenait un m√™me score que la r√©gion Skopje, mais le Sud-Ouest, demeurait la r√©gion la moins sinistr√©e, avec 22 % de ch√īmage[168]. Le ch√īmage √† Skopje touche surtout les hommes, qui repr√©sentent 56 % des demandeurs d'emplois, ainsi que les personnes qui ont entre 25 et 44 ans (45 % des demandeurs d'emploi). Le ch√īmage concerne particuli√®rement les personnes sans qualification (43 % des demandeurs d'emploi), ainsi que celles qui ont seulement effectu√© un enseignement secondaire (25 %)[33]. Enfin, le ch√īmage touche particuli√®rement les Roms, qui forment 4,63 % de la population de Skopje et sont √† 70 % sans emploi[35].

    Le salaire net moyen mensuel √† Skopje s'√©leve √† 350 euros,soit 120 % de la moyenne nationale[169]. Ce chiffre est plus bas que celui de Sofia, 436 euros[170], et de Belgrade, 440 euros[171].

    Population

    Démographie

    Photographie de passants sur la rue de Macédoine
    Macédoniens sur la rue de Macédoine, principale rue piétonne de la ville.

    La ville de Skopje dans ses limites administratives comptait 526 502 habitants lors du dernier recensement en 2021, tandis que son aire urbaine en comptait alors 607 007[172]. L'aire urbaine est officiellement comprise dans la r√©gion de Skopje, qui regroupe la ville et sept autres municipalit√©s, mais un grand nombre d'habitants de villes plus √©loign√©es comme Tetovo, Kumanovo ou V√©l√®s viennent chaque jour travailler √† Skopje, ce qui donne √† la ville un bassin d'emploi de plus d'un million d'habitants[173]. Une estimation faite en 2006 √©value le nombre d'habitants √† 668 518 dans les limites administratives de la ville[3].

    Skopje concentre donc un quart de la population de la Mac√©doine du Nord et les autres villes arrivent loin derri√®re, Kumanovo, la deuxi√®me commune la plus peupl√©e, comptant 107 632 habitants en 2011[130], avec une unit√© urbaine comptant 76 272 habitants en 2002[6].

    Avant la guerre austro-turque, Skopje √©tait une des plus grandes villes des Balkans, avec une population estim√©e entre 30 000 et 60 000 habitants[39]. Incendi√©e par les Autrichiens en 1689, elle p√©riclite et ne compte plus que 10 000 habitants en 1836[79]. L'ouverture d'une voie ferr√©e et l'industrialisation lui permettent de se red√©velopper √† la fin du XIXe si√®cle et au d√©but du XXe si√®cle. Skopje compte ainsi 32 000 habitants en 1905[40]. Au milieu du XXe si√®cle, Skopje est une des villes yougoslaves dont la population progresse le plus vite, passant de 41 000 habitants en 1921 √† 448 200 en 1971[174]. La croissance d√©mographique reste soutenue au d√©but du XXIe si√®cle, notamment du fait de l'exode rural, Skopje offrant de meilleures conditions de vie que le reste du pays et centralisant une grande part de l'enseignement et des institutions. Cela entra√ģne notamment des probl√®mes de circulation et la saturation des √©coles, et les autorit√©s s'interrogent sur des mesures de restriction, en s'inspirant par exemple de la Slov√©nie, o√Ļ pour vivre dans la capitale, Ljubljana, il faut y justifier d'un emploi ou √™tre propri√©taire[175].

    √Čvolution d√©mographique
    1921 1931 1948 1953 1961 1971 1981 1991 2002
    41 00068 88088 355120 130166 870314 552448 200444 760506 926[note 5]
    2021 - - - - - - - -
    526 502--------
    (Source : [174] - [6] - [172])

    Familles et ménages

    Pyramide des √Ęges de Skopje et de la Mac√©doine du Nord (2002)[6].
    SkopjeClasse d'√ĘgeMac√©doine du Nord
    3,2
    75 et plus
    3,3
    11,9
    60-74
    11,6
    20
    45-59
    18
    21,9
    30-44
    22
    23,3
    15-29
    23,7
    19,5
    0-14
    21

    La population de Skopje ne diff√®re pas de celle du reste du pays en termes d'√Ęge. Elle est plut√īt jeune malgr√© une tendance vieillissante, avec un taux de f√©condit√© de 1,5 enfant par femme[176]. L'accroissement de Skopje est donc surtout tributaire des migrations. Le taux de natalit√© de la ville a par ailleurs constamment chut√© depuis les ann√©es 1990, passant de 9,8 naissances pour mille habitants en 1991 √† 2 naissances en 2005, mais cette baisse est l√©g√®rement moins soutenue qu'au niveau national[125].

    Skopje comptait 129 411 familles en 2002, dont 13 456 vivaient √† plusieurs dans le m√™me foyer. La plupart des √©tudiants n'√©tant pas compt√©s comme r√©sidents de Skopje dans les recensements, leur nombre n'influe pas sur les statistiques familiales. Celles-ci sont tr√®s proches des moyennes nationales, avec 3,45 membres par famille en moyenne (3,58 membres au niveau national), et 10 % de parents c√©libataires (8 % au niveau national). Le nombre de couples non-mari√©s avec enfants est tr√®s faible, comme au niveau national, et 68 % des familles sont des couples mari√©s avec enfants et 19 % des couples mari√©s sans enfants, chiffres identiques √† ceux du reste du pays. Parmi les m√©nages skopiotes, 10,3 % ne comptent qu'une seule personne, contre 9,5 % dans le reste du pays[6]. Il existe enfin de grandes disparit√©s entre communaut√©s ethniques et municipalit√©s, les Roms ayant par exemple des familles plus nombreuses que les Mac√©doniens[35].

    Diversité ethnique

    Composition de la population
    en % (2002)
    [6]
    Groupe :SkopjeMacédoine
    Macédoniens66,764,1
    Albanais20,425,1
    Turcs1,73,8
    Roms4,62,6
    Valaques0,50,4
    Serbes2,81,7
    Bosniaques1,50,8
    Autres1,61
    Total100100

    Skopje, tout comme la Mac√©doine du Nord dans son ensemble, est caract√©ris√©e par une grande diversit√© ethnique. Elle est en effet situ√©e dans la zone de rencontre entre Mac√©doniens et Albanais, et a accueilli au cours de son histoire des Roms, des Turcs, des Juifs ou encore des Serbes. Majoritairement musulmane au d√©but du XIXe si√®cle, la population devient surtout chr√©tienne apr√®s l'annexion de la Mac√©doine du Vardar par la Serbie en 1912. Selon le recensement de 2002, les Mac√©doniens forment le principal groupe avec 338 358 personnes, soit 66,75 % de la population. Ils sont suivis par les Albanais, qui repr√©sentent, avec 103 891 habitants, 20,49 % de la population totale. Viennent ensuite les Roms, 23 475 habitants, soit 4,63 %, puis les Serbes, 14 298 habitants, les Turcs, 8 595 habitants, les Bosniaques, 7 585, et les Valaques, 2 557 habitants, et enfin 8 167 personnes n'appartenant √† aucun des groupes pr√©c√©dents[6].

    Photographie d'une famille albanaise des années 1910
    Famille albanaise de Skopje vers 1910.

    Les Mac√©doniens sont largement majoritaires dans les municipalit√©s d'Aerodrom, Guiortch√© P√©trov, Karpoch, Kisela Voda et Tsentar, toutes sur la rive sud du Vardar. Ils sont aussi majoritaires √† Boutel et Gazi Baba, au nord du fleuve. Les Albanais sont majoritaires √† Tcha√Įr, municipalit√© √©galement sur la rive nord et qui comprend le vieux bazar, ainsi qu'√† Sara√Į, √† l'extr√©mit√© occidentale de la ville et √† dominante rurale. Ils forment une minorit√© importante √† Boutel et Gazi Baba. Chouto Orizari, au nord de la ville, est majoritairement peupl√©e de Roms[6].

    Toutes les communaut√©s qui forment plus de 20 % de la population d'une municipalit√© peuvent obtenir un statut officiel local pour leur langue. Ainsi, les administrations et les √©coles de Tcha√Įr et Sara√Į utilisent l'albanais et celles de Chouto Orizari utilisent le romani[177]. Cette derni√®re municipalit√© est par ailleurs la seule dans le monde √† avoir adopt√© le romani comme langue officielle[35].

    Les rapports entre les deux plus grandes communaut√©s, les Mac√©doniens et les Albanais, sont parfois difficiles, comme dans le reste du pays. Les deux groupes se tol√®rent mais s'√©vitent et vivent plus ou moins dans deux mondes parall√®les[178]. La minorit√© rom, de son c√īt√©, est tr√®s pauvre et particuli√®rement touch√©e par le ch√īmage. Sa taille exacte n'est pas cern√©e pr√©cis√©ment, car beaucoup de Roms mac√©doniens se d√©clarent comme appartenant √† d'autres groupes ethniques ou bien ne sont pas du tout recens√©s. Cependant, les chiffres officiels, m√™me s'ils sont en dessous de la r√©alit√©, font de Skopje la ville avec la plus grande proportion de Roms dans le monde[35].

    Avant la Seconde Guerre mondiale, la ville comptait aussi une communaut√© juive significative, principalement compos√©e de Juifs s√©farades venus d'Espagne au XVIe si√®cle. Ceux-ci vivaient dans leur propre quartier, o√Ļ se trouvait une synagogue, et vivaient principalement de l'industrie laini√®re, du commerce et de la production de fromage kachkaval. La communaut√©, qui comptait 2 414 membres en 1939, a √©t√© d√©cim√©e lors de l'Holocauste et les rares survivants sont partis s'installer en Isra√ęl. Les traces de culture juive (synagogue, cimeti√®re‚Ķ) ont disparu du paysage urbain apr√®s le s√©isme de 1963. Au d√©but du XXIe si√®cle, la Mac√©doine du Nord compte environ 250 Juifs, qui vivent principalement √† Skopje[100] - [101].

    Religion

    Selon le recensement de 2002, Skopje comptait 68,5 % d'orthodoxes, 28,6 % de musulmans, 0,5 % de catholiques et 0,04 % de protestants, tandis que 2,3 % de la population ne se reconnaissait dans aucun des groupes précédents[179]. L'appartenance religieuse est déterminée par l'appartenance ethnique, et c'est par ailleurs un facteur identitaire fort en Macédoine du Nord[180]. Ainsi, les Macédoniens, les Valaques et les Serbes sont orthodoxes, tandis que les Albanais, les Turcs, les Roms et les Bosniaques sont musulmans. Il existe toutefois à Skopje une minorité chrétienne albanaise, dont est par exemple issue Mère Teresa[181].

    En raison de son long pass√© ottoman, Skopje compte plus de mosqu√©es que d'√©glises, respectivement 25 et 17, sans compter celles se trouvant dans les limites administratives de la ville mais hors agglom√©ration. Les communaut√©s religieuses se plaignent r√©guli√®rement du manque d'infrastructures pour accueillir les fid√®les et plusieurs nouveaux lieux de culte sont en projet[182]. Ces constructions sont toutefois un sujet sensible qui ravive les tensions entre Mac√©doniens et Albanais. Ainsi, lorsque les autorit√©s ont annonc√© la construction d'une √©glise sur la place de Mac√©doine, en plein centre-ville, les Albanais ont protest√© afin que l'√©difice soit construit dans un endroit plus discret, tandis que certains ont r√©clam√© la reconstruction d'une mosqu√©e qui existait sur cette place et qui avait √©t√© d√©truite dans les ann√©es 1920[183] - [184]. De m√™me, la construction en 2011 d'un mus√©e ressemblant √† une √©glise dans la forteresse a entra√ģn√© des affrontements entre groupes extr√©mistes[185].

    En tant que capitale de la Mac√©doine du Nord, Skopje est le si√®ge de plusieurs organisations religieuses, comme l'√Čglise orthodoxe mac√©donienne et l'Union religieuse islamique de Mac√©doine du Nord, ainsi que des communaut√©s mac√©doniennes juives, m√©thodistes, vaishnava, ou encore des T√©moins de J√©hovah[186]. La ville compte par ailleurs une cath√©drale orthodoxe, un s√©minaire orthodoxe, des m√©dersas, une cath√©drale catholique, et une synagogue[186], inaugur√©e en 2000[101].

    Skopje compte trois cimeti√®res, ceux de Boutel, Guiortch√© P√©trov et Kamnik. Ils font respectivement 630 000, 170 000 et 55 000 m√®tres carr√©s[187]. Par ailleurs, la ville compte aussi deux cimeti√®res militaires de la Premi√®re Guerre mondiale, l'un fran√ßais, comptant 1 230 tombes, l'autre britannique, avec 124 tombes[188].

    Santé

    La ville compte plusieurs h√īpitaux, publics ou priv√©s, et concentre plusieurs √©tablissements sp√©cialis√©s, comme un h√īpital psychiatrique, deux h√īpitaux de gyn√©cologie et obst√©trique, un h√īpital de g√©rontologie, un institut pour les maladies respiratoires, deux instituts de r√©√©ducation et un institut pour les maladies oculaires[189].

    La proportion de m√©decins par habitant √† Skopje, 1 m√©decin pour 251,6 habitants, est sup√©rieure √† la moyenne nationale (1 m√©decin pour 370,9 habitants). La ville concentre √©galement une proportion de sp√©cialistes l√©g√®rement plus √©lev√©e que le pays entier. Ils repr√©sentent plus de 69 % des m√©decins, contre 64 % au niveau national. Cependant, malgr√© la pr√©sence de nombreuses institutions de sant√©, la ville est sous la moyenne nationale en termes de lits d'h√īpitaux, de dentistes ou encore de pharmaciens, avec un professionnel pour pr√®s de six mille habitants, soit deux fois plus que la Mac√©doine enti√®re (2 970 habitants par pharmaciens)[190].

    Les Skopiotes sont en moyenne en meilleure sant√© que les habitants du reste du pays, mais l'√©cart reste faible. Ainsi, en 2010, le taux de mortalit√© √† Skopje s'√©levait √† 8,6 ‚Äį, alors que la moyenne nationale atteignait 9,3 ‚Äį. La mortalit√© infantile √† Skopje est √©galement tr√®s semblable au niveau national, car le pays obtenait en 2010 un taux de 7,6 ‚Äį et Skopje un taux de 6,8 ‚Äį[190].

    √Čducation

    Photographie du hall de l'Université FON
    Le hall de l'université FON.

    Les Skopiotes ont en moyenne un meilleur niveau d'éducation que les autres Macédoniens. Par exemple, 16 % des Skopiotes ont effectué des études supérieures contre seulement 10 % de tous les Macédoniens. La proportion de personnes avec une éducation incomplète ou bien n'ayant jamais été à l'école est aussi plus faible à Skopje (9 %) que dans le pays entier (17 %). Il y a aussi à Skopje 47 % de personnes ayant seulement effectué des études secondaires et 26 % de personnes ayant quitté le système scolaire après l'école primaire. Par ailleurs, 80 % des Macédoniens possédant un doctorat vivent à Skopje[191].

    La ville compte 21 √©tablissements d'enseignement secondaire, cinq g√©n√©raux et seize √† vocation professionnelle (√©lectronique, comptabilit√©, pharmacie, horticulture, construction, h√ītellerie, secr√©tariat‚Ķ)[192]. La ville compte √©galement plusieurs universit√©s. La plus grande et la plus ancienne est l‚Äôuniversit√© Saints-Cyrille-et-M√©thode de Skopje. Cette universit√© publique a √©t√© cr√©√©e en 1949 et comptait alors 3 facult√©s. Depuis, elle s'est agrandie et regroupe 23 facult√©s, 10 instituts de recherche et compte environ 50 000 √©tudiants, dont 700 sont √©trangers[193]. Depuis l'ind√©pendance du pays en 1991, de nouvelles universit√©s, priv√©es et qui suivent souvent des standards am√©ricains, ont √©t√© ouvertes. Les plus grandes sont l'universit√© europ√©enne, √©tablie en 2001 et qui compte sept facult√©s[194], et l‚Äôuniversit√© FON, cr√©√©e en 2003, qui regroupe neuf facult√©s[195].

    Sports

    En tant que capitale et plus grande ville de Mac√©doine du Nord, Skopje poss√®de plusieurs infrastructures sportives importantes. Ainsi la ville poss√®de trois grandes piscines, dont deux sont √©quip√©es de bassins olympiques. Ces piscines servent particuli√®rement √† l'entra√ģnement des √©quipes de water-polo. Skopje compte aussi de nombreux stades de football, comme celui d'Ilinden, de Tcha√Įr et de Jelezarnitsa, qui peuvent accueillir entre 4 000 et 4 500 spectateurs. Le stade de basket-ball de Kal√© peut lui accueillir 5 000 personnes et celui de Yan√© Sandanski, 4 000 personnes[196].

    Le plus grand stade reste toutefois le stade national ToŇ°e-Proeski. Construit en 1947[197], il conna√ģt une r√©novation totale, commenc√©e en 2009, afin d'atteindre les normes de la FIFA. Il devrait contenir √† terme 33 000 places, et un centre de spa et de fitness[198]. Le centre sportif Boris Traykovski est quant √† lui le plus grand complexe sportif du pays. Ouvert en 2008, il porte le nom du pr√©sident de la r√©publique Boris Trajkovski, mort en 2004. Il comprend des salles affect√©es au handball, au basket-ball et au volley-ball, ainsi qu'un bowling, un espace de fitness et des restaurants. Son grand hall, qui accueille r√©guli√®rement des concerts, peut contenir 10 000 personnes[199]. Skopje poss√®de aussi un a√©rodrome de plaisance et un hippodrome.

    Le FK Vardar et le Rabotnińćki Kometal sont les deux grandes √©quipes de football de la ville ; elles jouent en premi√®re ligue nationale. Leurs entra√ģnements ont lieu au stade national ToŇ°e-Proeski, tout comme ceux de l'√©quipe nationale. Autre sport populaire en Mac√©doine, le basket-ball est notamment repr√©sent√© √† Skopje par le KK Rabotnińćki, le KK MZT et le KK Vardar, qui sont en premi√®re ligue nationale.

    Le handball skopiote est enfin illustr√© par le RK Vardar et le RK Metalurg chez les hommes tandis que le championnat f√©minin a longtemps √©t√© domin√© par le Kometal Guiortch√© P√©trov avant de dispara√ģtre au profit du ŇĹRK Vardar et ŇĹRK Metalurg. En 2013, pour la premi√®re fois dans l'histoire du handball europ√©en, trois clubs d'une m√™me ville sont qualifi√©s pour la Ligue des champions, la plus importante comp√©tition europ√©enne : le ŇĹRK Vardar chez les femmes et le RK Vardar et le RK Metalurg chez les hommes[200].

    Par le pass√©, la ville a accueilli les championnats du monde de cano√ę-kayak slalom 1975 mais aussi, conjointement avec Ohrid, l'Euro 2008 de handball f√©minin[201].

    Médias

    Photographie du siège de la télévision macédonienne
    Le siège de la Makedonska Radio Televizija (MRT).

    Skopje est le plus important centre m√©diatique de Mac√©doine. Sur les 818 journaux recens√©s en 2000 par le minist√®re de l'Information, plus de 600 poss√©daient leur si√®ge √† Skopje. Le quotidien Dnevnik, fond√© en 1996, est avec ses 60 000 tirages par jour le premier du pays. Lui aussi bas√© √† Skopje, Veńćer est tir√© √† 50 000 exemplaires et l'√Čtat poss√®de un tiers de son capital, tout comme Nova Makedonija, tir√© √† 20 000 exemplaires. Les autres journaux importants de Skopje, totalement priv√©s, sont Utrinski Vesnik (30 000 exemplaires), Vest (25 000 exemplaires) et Denes (15 000 exemplaires). Le journal sportif SportFakti est tir√© √† 10 000 exemplaires et le quotidien en albanais Flaka √† 3 000 exemplaires. Les magazines Fokus (12 000 exemplaires), Start (10 000 exemplaires), et Denes (7 500 exemplaires) poss√®dent eux aussi leur si√®ge √† Skopje[202] - [203]. La ville est √©galement le si√®ge de l'agence de presse publique mac√©donienne MIA, et des agences priv√©es Makfax et MIC[202].

    La ville abrite les studios de la Makedonska Radio Televizija (MRT), la compagnie publique de radio et de t√©l√©vision. Fond√©e en 1966, elle op√®re trois cha√ģnes √† diffusion nationale, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les cha√ģnes publiques sont notamment concurrenc√©es par la compagnie priv√©e Sitel, orient√©e vers les sports et les loisirs[202]. Kanal 5 est une autre grande compagnie de t√©l√©vision priv√©e[204]. MRT op√®re √©galement des stations de radio √† couverture nationale ; la station priv√©e skopiote Kanal 77 est la seule √† avoir une telle envergure[202]. Antenna 5 et Metropolis Radio sont deux autres stations priv√©es importantes poss√©dant leur si√®ge √† Skopje[205].

    Transports

    Principales connexions

    Photographie du périphérique de Skopje
    Le périphérique de Skopje.

    Skopje est située à proximité de trois autres capitales, Pristina, distante de 80 kilomètres, Tirana, 160 kilomètres, et Sofia, 170 kilomètres. Par ailleurs, Thessalonique est à 250 kilomètres au sud de Skopje et Belgrade est à 320 kilomètres au nord[206]. La ville se trouve également au carrefour de deux corridors paneuropéens, le corridor 10, qui traverse la Macédoine du Nord du nord au sud en suivant le Vardar et relie la Hongrie à la Grèce, et le corridor 8, qui traverse la péninsule balkanique d'est en ouest et relie la mer Noire en Bulgarie à la mer Adriatique en Albanie. Le corridor 10 permet surtout les liaisons avec Thessalonique au sud et Belgrade au nord, ainsi qu'avec le centre de la Macédoine, tandis que le corridor 8 permet d'atteindre Sofia et Tirana ainsi que plusieurs villes macédoniennes comme Tetovo et Ohrid.

    Le corridor 10 est emprunté par la plus grande autoroute du pays, la M1, qui correspond à la route européenne 75, ainsi que par une voie ferrée qui assure des liaisons avec Belgrade et Thessalonique. Le corridor 8, moins développé, est quant à lui emprunté par la M4 ainsi que par une autre voie ferrée. Skopje étant légèrement désaxée à l'ouest par rapport au corridor 10, elle n'est pas traversée par la M1 et la jonction avec la M4 se fait à une vingtaine de kilomètres à l'est de la ville, près de l'aéroport. Enfin, une troisième autoroute, la M3, part de Skopje et relie la ville à Pristina au Kosovo. Elle est elle aussi secondée par une voie ferrée. Jusqu'à la mise en service d'une rocade en 2008, la M4 traversait la ville d'est en ouest, causant des embouteillages et aggravant la pollution de l'air[207].

    Malgré la proximité géographique de Skopje avec d'autres grandes villes étrangères, les échanges ne sont pas optimisés, surtout à cause du manque d'infrastructures, notamment en direction de l'Albanie, l'autoroute et la voie ferrée n'ayant pas encore été prolongées jusqu'à la frontière. Ainsi, 61,8 % des Skopiotes ne sont jamais allés à Tirana, alors que seulement 6,7 % ne sont jamais allés à Thessalonique et 0 % à Sofia. Par ailleurs, 26 % des Thessaloniciens ne sont jamais allés à Skopje, contre 33 % des Sofiotes et 37 % des Tiranais[206].

    Gares

    Photographie de la gare vue depuis le mont Vodno
    La gare vue depuis le mont Vodno.

    La gare de Skopje est desservie par les trains effectuant la liaison Belgrade - Thessalonique et elle est aussi reli√©e quotidiennement √† Pristina et √† NiŇ°[208]. Apr√®s l'extension de la ligne suivant le corridor 8, la ville sera √©galement reli√©e √† Sofia et Tirana[209]. Par ailleurs, des trains desservent d'autres villes mac√©doniennes comme Kumanovo, Kitchevo, Kotchani, Bitola ou V√©l√®s[208].

    La ville compte √©galement d'autres petites gares situ√©es dans des quartiers p√©riph√©riques, mais les trains qui s'y arr√™tent circulent sur les lignes de chemin de fer importantes, car il n'existe pas de r√©seau ferroviaire propre √† l'agglom√©ration. Sur la voie qui relie Skopje au sud du pays se trouvent ainsi les gares de Dratchevo et de Lissitch√©, tandis que sur la voie qui relie Skopje √† la Serbie se trouve la gare de Madjari. Enfin, en direction de Kitchevo se trouvent Skopje-Nord et les gares de Guiortch√© P√©trov et de Sara√Į. Cette derni√®re ligne, en tr√®s bon √©tat, forme un arc de cercle autour de la ville sur lequel les trains peuvent atteindre 100 km/h. Plusieurs autres gares sont r√©serv√©es au fret[210].

    La gare routière actuelle est ouverte depuis 2005. Elle a été construite sous la gare ferroviaire et elle peut accueillir 450 autocars en une journée[211]. Elle propose bien plus de destinations que la gare ferroviaire (toutes les villes macédoniennes et beaucoup de villes étrangères, comme Istanbul, Sofia, Prague, Hambourg, Stockholm…)[212].

    Transports en commun

    Photographie d'un bus à impériale
    Un bus à impériale de Skopje, conçu pour ressembler à ceux utilisés dans les années 1950.

    Skopje possède un réseau de bus géré par la ville et dont les lignes sont exploitées par trois compagnies. La plus vieille, JSP Skopje, est publique et a été fondée en 1948. En 1990, elle a perdu son monopole et deux compagnies privées sont venues la seconder, Sloboda Prevoz et Mak Ekspres. JSP Skopje a toutefois conservé 67 lignes de bus sur 80. 24 lignes sont considérées comme urbaines et les autres sont considérées soit suburbaines soit rurales[213].

    Le réseau s'est largement détérioré au cours des années 1990, à cause de bus trop vieux et trop lents. Ceux-ci sont cependant renouvelés depuis 2011 par 80 bus standards fabriqués en Ukraine et 220 bus à impériale d'origine chinoise qui rappellent les véhicules utilisés dans les années 1950 et 1960, importés d'Angleterre[214]. Ils sont équipés de systèmes de localisation automatique et les arrêts sont réaménagés[2].

    Le r√©seau de bus devrait √™tre √† terme compl√©t√© par un tramway ; n√©anmoins, sa construction a √©t√© retard√©e √† de nombreuses reprises. L'id√©e avait d'abord √©t√© propos√©e √† la fin des ann√©es 1980, mais les travaux devaient √™tre financ√©s gr√Ęce √† une hausse d'imp√īts et les Skopiotes l'avaient refus√© apr√®s r√©f√©rendum. En 2006, le maire Trifun Kostovski relance le projet et des propositions concr√®tes voient le jour en 2009. Les travaux sont toutefois ajourn√©s apr√®s les √©lections municipales de la m√™me ann√©e, le nouveau maire ne consid√©rant pas la construction du r√©seau comme une priorit√©, mais a remis le projet sur la table en 2010 en lan√ßant un appel d'offres pour que le r√©seau puisse √™tre termin√© en 2019[215].

    Aéroport

    La ville est desservie par l'a√©roport international de Skopje, situ√© √† une vingtaine de kilom√®tres du centre-ville, √† Petrovets. Il est g√©r√© depuis 2008 par une compagnie priv√©e turque, TAV Airports, qui a fait construire un nouveau terminal de 40 000 m2 et qui peut accueillir jusqu'√† 4 millions de passagers par an[216]. TAV Airports esp√®re ainsi faire de Skopje l'une des principales plateformes a√©riennes des Balkans[217]. L'a√©roport a accueilli 759 928 passagers en 2011[218] et la direction souhaite rapidement atteindre les trois millions et demi[217].

    Skopje est reli√©e par avion toute l'ann√©e √† plusieurs villes europ√©ennes comme Vienne, Zurich, Bruxelles, Istanbul, Budapest et Rome, ainsi qu'√† Duba√Į[219].

    Culture

    Photographie de l'int√©rieur du Th√©√Ętre national
    La grande salle du Th√©√Ętre national.

    Skopje est le principal foyer culturel de la Mac√©doine du Nord. La ville compte ainsi la plupart des grands mus√©es du pays et conna√ģt au cours de l'ann√©e plusieurs grands √©v√®nements culturels. Elle est aussi la ville d'origine ou de r√©sidence de nombreux artistes et joue un r√īle d√©terminant pour la culture nationale. L'√©crivain Slavko Janevski y a ainsi publi√© en 1952 le premier roman en langue mac√©donienne standard, Le Village derri√®re les sept fr√™nes. Le romancier skopiote Venko Markovski est lui aussi consid√©r√© comme l'auteur de classiques mac√©doniens. Les peintres skopiotes Petar Gligorovski et Petar Mazev et le couturier Nikola Eftimov (en) sont quant √† eux les figures marquantes de l'art contemporain du pays ; Petar Gligorovski a √©galement √©t√© un pionnier dans la bande dessin√©e et le film d'animation yougoslaves. Skopje est aussi la ville d'origine des po√®tes Slobodan Markovińá et Yahya Kemal BeyatlńĪ, respectivement serbe et turc.

    Musique

    C'est toutefois dans le domaine musical que Skopje compte le plus d'artistes reconnus, comme le pianiste Simon Trpńćeski et le t√©nor Blagoj Nacoski et surtout les anciens groupes de rock Leb i Sol et Aleksandar Makedonski. La sc√®ne skopiote compte ou a compt√© quelques autres groupes aux styles vari√©s, comme les Badmingtons (punk rock), les Cilindar (ska), les Bastion (√©lectro). Les groupes Mizar, Arhangel et Padot na Vizantija se distinguent par des styles originaux, allant du rock yougoslave au post-punk pour les deux premiers, au metal m√™l√© de chants byzantins pour le dernier. La sc√®ne pop, √©galement importante, est repr√©sent√©e par des chanteurs comme Vlado Janevski ou Elena Risteska et le producteur Darko Dimitrov. Une autre voix embl√©matique de Skopje est celle de la chanteuse romani Esma RedŇĺepova.

    Cinéma

    L'industrie cinématographique est enfin représentée par le réalisateur Milcho Manchevski, qui a par exemple réalisé son film Shadows à Skopje en 2007. Le Serbe Emir Kusturica tourna son film Le Temps des Gitans en 1989 à Chouto Orizari, le grand quartier rom de Skopje. La première projection cinématographique à Skopje eut lieu en 1912 et fut organisée par les frères Manákis[220].

    Le Kino Club de Skopje (En mac√©donien –ź–ļ–į–ī–Ķ–ľ—Ā–ļ–ł–ĺ—ā –ļ–ł–Ĺ–ĺ –ļ–Ľ—É–Ī –ĺ–ī –°–ļ–ĺ–Ņ—ė–Ķ, Akademskiot kino klub od Skopje) est une institution cin√©matographique mac√©donienne membre de l'Union internationale du cin√©ma (UNICA), qui organise tous les ans un festival cin√©matographique international dans la ville[221] - [222].

    Institutions

    Photographie de l'Opéra et Ballet macédoniens
    L'Opéra et Ballet macédoniens.

    Skopje est le si√®ge de plusieurs institutions culturelles nationales, comme la Biblioth√®que nationale et universitaire Saint Cl√©ment d'Ohrid, l'Acad√©mie mac√©donienne des sciences et des arts, le Th√©√Ętre national, l'Op√©ra et le Ballet mac√©doniens. Parmi les institutions locales les plus importantes se trouve la Biblioth√®que municipale des Fr√®res Miladinov, fond√©e en 1945 et qui poss√®de un fonds de plus d'un million de documents, r√©partis dans quatre biblioth√®ques centrales et seize infrastructures plus petites, dont des bibliobus. Le Centre d'information culturel de Skopje s'occupe de la mise en place de festivals, d'expositions et de concerts, g√©n√©ralement pr√©sent√©s dans ses propres salles, comme le ¬ę Salon 19.19 ¬Ľ. La Maison de la Culture Kotcho Ratsin poursuit les m√™mes objectifs, mais s'attache aussi au soutien des jeunes talents et √† la promotion de l'art contemporain. Elle organise r√©guli√®rement des performances, des concours de litt√©rature, des d√©bats ou des √©v√©nements po√©tiques dans sa propre salle, la ¬ę Galerie KO-RA ¬Ľ. Le Centre culturel des Jeunes organise quant √† lui des festivals et des animations pour les adolescents, tandis que le Centre culturel Karpoch destine ses activit√©s aux enfants, en s'associant parfois aux √©coles, notamment pour des campagnes de pr√©vention routi√®re[223].

    La ville compte également plusieurs centres culturels étrangers, comme le Goethe-Institut[224], le British Council[225], l'Alliance française[226], l'American Corner[227] et le Club culturel bulgare[228].

    Skopje poss√®de plusieurs th√©√Ętres et salles de spectacle, dont l'Univerzalna Sala, inaugur√©e en 1966 et utilis√©e pour des concerts, des d√©fil√©s de mode, ou encore des congr√®s. Son auditorium a une capacit√© de 1 570 places assises. L'Arena Metropolis, utilis√©e pour les grands concerts, peut accueillir 3 546 spectateurs assis. De son c√īt√©, la salle du Ballet et de l'Op√©ra mac√©doniens peut accueillir 800 personnes, et le Th√©√Ętre dramatique, 333 personnes[229]. La ville compte aussi d'autres salles plus petites, comme celles du Th√©√Ętre albanais, du Th√©√Ętre comique, du Th√©√Ętre des Jeunes et du Th√©√Ętre municipal, et d'autres infrastructures sont en travaux, notamment le Th√©√Ętre national, reconstruit tel qu'il √©tait avant le s√©isme de 1963, mais aussi une grande salle philharmonique[230] et un th√©√Ętre turc[231].

    Musées

    Le mus√©e le plus grand de Skopje est le mus√©e de Mac√©doine. Ses collections, rassembl√©es √† partir du d√©but du XXe si√®cle, pr√©sentent l'histoire du pays depuis la Pr√©histoire. Ses galeries d'ic√īnes sont particuli√®rement riches, tout comme ses collections lapidaires, conserv√©es dans le caravans√©rail voisin de Kourchoumli An[232]. Autre grande institution, la Galerie nationale de Mac√©doine expose dans deux anciens hammams du vieux bazar ses collections de peinture mac√©donienne, couvrant les p√©riodes allant du XIVe au XXe si√®cle. Le mus√©e d'art contemporain de Skopje a √©t√© construit apr√®s le s√©isme par le gouvernement polonais et ses collections enrichies gr√Ęce √† l'aide internationale. Les collections pr√©sentent des cr√©ations nationales et internationales, parmi lesquelles des Ňďuvres de Fernand L√©ger, Andr√© Masson, Pablo Picasso, Hans Hartung, Victor Vasarely, Alexander Calder, Pierre Soulages, Alberto Burri, Christo[233] - [234]‚Ķ

    Install√© dans les ruines de l'ancienne gare, le mus√©e de la ville de Skopje pr√©sente l'√©volution de la ville √† travers quatre d√©partements, l'arch√©ologie, l'ethnologie, l'histoire et l'histoire de l'art[235]. La maison-m√©morial M√®re Teresa est situ√©e √† l'emplacement de l'√©glise o√Ļ la c√©l√®bre Skopiote fut baptis√©e. Cette construction, achev√©e en 2009, poss√®de une architecture tr√®s audacieuse et abrite un mus√©e consacr√© √† la religieuse[236]. N√© gr√Ęce √† l'op√©ration d'urbanisme Skopje 2014, le mus√©e de la lutte mac√©donienne pr√©sente depuis les grands √©v√©nements qui ont marqu√© la naissance de l'identit√© mac√©donienne jusqu'√† l'ind√©pendance du pays en 1991. Il est situ√© pr√®s du m√©morial de l'Holocauste des Juifs de Mac√©doine, lui aussi inaugur√© en 2011, et du mus√©e national d'arch√©ologie, encore en construction. Enfin, le mus√©e mac√©donien d'Histoire naturelle, fond√© en 1926, pr√©sente √† travers 4 000 pi√®ces les richesses naturelles du pays[237]. Il se trouve √† proximit√© du zoo de la ville, qui s'√©tend sur 12 hectares et regroupe environ 300 animaux[238].

    Festivals

    Photographie de jeunes habillés en costumes traditionnels de la région
    Costumes traditionnels de la région de Skopje.

    Le plus important des festivals skopiotes est le Skopje Jazz Festival. Lancé en 1981, il grandit d'année en année et est devenu une institution pour les amateurs de jazz de tous les Balkans. Le festival, qui a lieu en octobre, a notamment accueilli Ray Charles, Youssou N'Dour, Tito Puente, Sierra Maestra, Rabih Abou-Khalil, Gotan Project[239]…

    Le Skopje Summer débute tous les ans le 21 juin, soit le jour de la fête de la musique, et dure jusqu'à la fin du mois de juillet. Créé en 1980, ce festival est l'occasion d'enrichir la vie culturelle de la ville par la mise en place de nombreuses animations, comme des concerts et des expositions qui ont souvent lieu dans des endroits ouverts à tous (rues, parcs, sites touristiques…)[240]. May Opera Evenings existe quant à lui depuis 1972. Le programme inclut généralement des opéras, de la musique symphonique et des récitals[241].

    Le Festival du film de Skopje a lieu tous les ans en mars et une cinquantaine de films sont présentés. Ces films sont principalement macédoniens et européens[242]. Le festival Kota 2023, lancé en 2008, est un autre concours cinématographique, axé sur les courts-métrages irréels et minimalistes[243].

    Parmi les autres festivals qui existent √† Skopje, se trouvent √©galement les Journ√©es de la musique mac√©donienne, le festival folklorique Ora Bez Granici, le S√©minaire international de photographie, l'International Student Folklore Festival, fond√© en 1967, le Young Open Theatre et le Dance Fest[241]. Le Skopje Fest, festival embl√©matique de la ville, fut fond√© en 1968 et exista jusqu'en 1980. Alors l'un des plus grands festivals de musiques actuelles des Balkans, il connut un renouveau en 1994 avant d'√™tre regroup√© au MakFest de ҆tip. Plusieurs tentatives eurent lieu par la suite pour le faire revivre et il se tient √† nouveau chaque ann√©e √† Skopje depuis 2008. Son fonctionnement est toutefois assez particulier puisqu'il sert √† qualifier l'artiste qui repr√©sentera la Mac√©doine du Nord au Concours Eurovision de la chanson[244].

    Personnalités nées dans cette ville

    Personnalités mortes dans cette ville

    Esma RedŇĺepova-Teodosievska (en mac√©donien –ē—Ā–ľ–į –†–Ķ—ü–Ķ–Ņ–ĺ–≤–į-–Ę–Ķ–ĺ–ī–ĺ—Ā–ł–Ķ–≤—Ā–ļ–į, prononc√© [ňą…õsma r…õňąd í…õp…Ēva t…õ…Ēňąd…Ēsi…õvska]), n√©e le 8 ao√Ľt 1943 √† Skopje et morte dans la m√™me ville le 11 d√©cembre 2016, est une chanteuse rom, de nationalit√© yougoslave puis mac√©donienne, √©galement connue pour son engagement humanitaire. Elle est souvent qualifi√©e de reine de la musique tsigane, un titre qui lui a √©t√© donn√© pour la premi√®re fois lors d'un festival en Inde en 1976.

    Architecture

    Malgré les destructions occasionnées par le grand incendie de 1689 et le tremblement de terre de 1963 ainsi que les divers programmes d'urbanisme lancés après la fin de la domination ottomane en 1912, Skopje conserve un important patrimoine architectural qui reflète parfaitement les diverses occupations et influences auxquelles la Macédoine a été soumise au cours de son histoire. Par ailleurs, Skopje possède un des plus grands ensembles urbains ottomans d'Europe, avec un certain nombre d'édifices islamiques encore en activité, et fut aussi au milieu XXe siècle un important champ d'exploration pour l'architecture moderniste. La ville présente ainsi un cas de confrontation entre perceptions anciennes et modernes, progressistes et conservatrices, orientales et occidentales[92].

    Architecture préhistorique, antique et médiévale

    Photographie de l'église de Nerezi
    L'église Saint-Panteleimon de Nerezi, construite à l'époque byzantine, au XIIe siècle.

    Le village n√©olithique de Toumba Madjari, d√©couvert en 1960 dans la banlieue est de Skopje, a √©t√© partiellement mis au jour puis quelques maisons ont √©t√© reconstruites √† proximit√©, selon les techniques de l'√©poque. Ce site s'est d√©velopp√© entre 5800 et 5200 av. J.-C., soit pendant l'√©poque de la culture d'Anzabegovo-Vrchnik, caract√©ris√©e par des habitations en terre et en clayonnage[246]. De l'autre c√īt√© de l'agglom√©ration, le site de la ville antique de Scupi est plut√īt pauvre en vestiges, et il ne reste que quelques fondations du th√©√Ętre, des thermes et de la basilique[47]. L'aqueduc de Skopje, construit approximativement entre le site antique et le centre-ville actuel, est encore tr√®s myst√©rieux puisque son √©poque de construction est inconnue. Il pourrait avoir √©t√© construit autant par les Byzantins que les Ottomans, mais il √©tait d√©j√† √† l'abandon au XVIe si√®cle[72]. Une cinquantaine d'arches sont encore visibles, elles sont construites avec des briques plates et des pierres[247].

    La forteresse de Skopje, qui surplombe le centre-ville, a été réaménagée de nombreuses fois au fil des siècles avant d'être gravement endommagée par le séisme de 1963. Des campagnes de restauration lui ont partiellement redonné son aspect médiéval, avec une large enceinte et des tours carrées. La porte percée dans le mur oriental, qui permet de rejoindre le vieux bazar, date quant à elle du début du XVIIIe siècle[65]. La ville en elle-même ne compte pas d'autres exemples d'architecture médiévale, mais plusieurs églises situées autour de l'agglomération sont de très bons exemples de l'école serbo-byzantine, qui s'est développée dans la région de la fin du XIIIe siècle à la fin du XIVe siècle. Parmi ces églises se trouvent celles des monastères entourant le lac Matka, le monastère Saint-André, le monastère Saint-Nicolas et le monastère de Matka. L'église Saint-Panteleimon de Nerezi, construite sur le flanc du mont Vodno, date du XIIe siècle et elle est représentative de l'architecture de la dynastie byzantine des Comnène. Ses fresques atteignent un niveau d'excellence par l'expression émotive des sujets qui préfigure les Primitifs italiens[248].

    Architecture ottomane

    Photographie de l'intérieur de la mosquée Mustafa Pacha
    Intérieur de la mosquée Mustafa Pacha.

    Les exemples d'architecture ottomane sont concentr√©s dans le vieux bazar, le plus grand des Balkans en dehors d'Istanbul. Ce quartier est un lieu de commerce depuis le XIIe si√®cle, mais il s'est surtout d√©velopp√© pendant la domination ottomane. Il est caract√©ris√© par des rues √©troites et des parcelles tr√®s petites, et les maisons sont g√©n√©ralement √† deux niveaux, avec un magasin en bas et un logement en haut. Le bazar a √©t√© continuellement renouvel√© au cours de son histoire et les constructions pr√©sentent une grande diversit√© de styles et d'√©poques, allant des maisons en bois et en torchis du XVIIIe si√®cle aux moulures en stuc du d√©but du XXe si√®cle. Le quartier a beaucoup souffert du tremblement de terre de 1963 et de travaux intempestifs, mais il est enti√®rement prot√©g√© depuis 2008 et conna√ģt un grand programme de revitalisation[249].

    Comme dans le reste du pays, les mosqu√©es de Skopje ont g√©n√©ralement un plan carr√©, avec une seule coupole et un seul minaret. Elles sont √©galement ouvertes par un portique sur colonnes, comme la mosqu√©e Mustafa Pacha, construite au d√©but du XVe si√®cle. La mosqu√©e Isa Bey, √©galement du XVe si√®cle, se distingue toutefois car elle est compos√©e de deux espaces carr√©s joints, surmont√©s chacun d'une coupole, et poss√®de aussi deux ailes lat√©rales. La mosqu√©e du Sultan Murat date de la m√™me √©poque, tout comme la mosqu√©e Aladja, qui √©tait √† l'origine couverte de fa√Įences. Celles-ci ont √©t√© d√©truites par l'incendie de 1689, mais certaines subsistent sur le turbe attenant. D'autres turbes, mausol√©es de dignitaires ottomans, sont aussi visibles dans les jardins de la mosqu√©e Mustafa Pacha et de la mosqu√©e du Sultan Murat. La mosqu√©e Yahya Pacha, construite au d√©but du XVIe si√®cle, est remarquable pour son minaret, qui culmine √† 65 m√®tres, ce qui en fait le plus haut de ceux construits par les Ottomans dans les Balkans. La mosqu√©e Murat Pacha a quant √† elle √©t√© construite au d√©but du XIXe si√®cle sur les ruines d'un √©difice d√©truit par l'incendie de 1689. Son allure modeste et peu ornement√©e traduit le d√©clin √©conomique de la ville √† cette √©poque[68].

    L'architecture civile est repr√©sent√©e par la tour de l'horloge, √©l√©ment typique des villes ottomanes. Elle a √©t√© construite au XVIe si√®cle et a re√ßu son aspect actuel en 1904, lorsque la partie sup√©rieure en brique coiff√©e d'un bulbe fut ajout√©e[250]. Les deux hammams de Skopje, le Daout Pacha et le Tchift√©, sont doubles, c'est-√†-dire qu'ils regroupaient dans un seul √©difice une partie pour les hommes et une pour les femmes. Ils se caract√©risent par une grande libert√© dans l'aspect ext√©rieur, avec des d√īmes √† la r√©partition in√©gale[68]. Skopje poss√®de aussi une tour de guet du XVIIe si√®cle, repr√©sentative des vigies construites par les propri√©taires terriens de l'√©poque pour surveiller leur propri√©t√©, et trois caravans√©rails. Ceux-ci, le Kapan An, le Kourchoumli An et le Souli An, ont √©t√© construits aux XVe et XVIe si√®cles, et pr√©sentent tous les trois un plan carr√© avec une cour int√©rieure entour√©e de galeries √† deux niveaux ; le rez-de-chauss√©e abritait les magasins et l'√©tage servait d'auberge aux marchands. Enfin, situ√© au cŇďur du vieux bazar, le Bezisten √©tait √† l'origine un march√© couvert. Reconstruit au d√©but du XXe si√®cle, il a perdu son aspect originel et ses all√©es sont d√©sormais d√©couvertes[68].

    Le pont de pierre est un des monuments les plus emblématiques de Skopje. Ses douze arches furent mentionnées pour la première fois en 1469. Il doit son caractère symbolique non pas à son aspect architectural, mais à sa fonction de liaison entre les deux rives du Vardar, avec le vieux bazar et la communauté albanaise au nord et le centre moderne et la communauté macédonienne au sud[251].

    Occidentalisation

    Photographie du palais RistiŠłĪ
    Le palais RistiŠłĪ.

    √Ä partir de la fin du XVIIIe si√®cle, la Mac√©doine conna√ģt une certaine renaissance culturelle slave, qui s'illustre notamment par la construction de nouvelles √©glises. L'√©glise Saint-Sauveur et l'√©glise Saint-Dimitri, les deux seuls √©difices chr√©tiens du bazar, avaient √©t√© construites auparavant, autour de 1700, mais √† l'emplacement d'anciennes √©glises d√©truites par l'incendie de 1689, et devaient rester modestes afin de ne pas surpasser en taille les mosqu√©es. L'√©glise Saint-Sauveur est r√©nov√©e au d√©but du XIXe si√®cle, mais garde une silhouette basse, avec pour seul ornement une petite abside[252]. La premi√®re grande √©glise de Skopje voit le jour en 1835, il s'agit de l'√©glise de la Nativit√© de la Vierge, premi√®re r√©alisation d'Andreja Damjanov, qui dessine ensuite les plans de nombreuses autres √©glises √† travers les Balkans[253]. Cette grande √©glise est une vaste basilique √† plan rectangulaire, avec trois nefs et trois absides. D√©truite par les Bulgares en 1944, elle a √©t√© reconstruite √† l'identique au cours des ann√©es 2000. Une autre grande √©glise, d√©di√©e √† saint M√©nas, fut construite √† proximit√© en 1902 ; disparue en 1963, elle sera elle aussi reconstruite. Enfin, l'√©glise Saint-Dimitri a re√ßu son aspect actuel, un plan rectangulaire et une abside, en 1894[254].

    L'occidentalisation de la ville s'amorce √† la fin du XIXe si√®cle et devient incontournable apr√®s l'annexion de la Mac√©doine du Vardar par la Serbie en 1912. L'apparence orientale de la ville est consid√©r√©e comme appartenant √† un pass√© archa√Įque et le pouvoir serbe s'emploie √† remodeler la ville enti√®rement, notamment en promulguant deux plans d'urbanisme, en 1914 et 1929. Le premier s'inspire du Ring de Vienne et le second du travail du baron Haussmann √† Paris. La ville est r√©orient√©e par des boulevards et des espaces verts et des √©difices publics ponctuent l'espace[255]. L'initiative priv√©e de bourgeois venus de r√©gions plus riches de la Yougoslavie permet √©galement la construction de nombreuses r√©sidences imposantes, comme le palais RistiŠłĪ (en), construit en 1926 sur la place de Mac√©doine, et dont la fa√ßade int√®gre des √©l√©ments art nouveau[92]. Les styles employ√©s sont similaires √† ceux employ√©s dans le reste de la Yougoslavie et sont fortement influenc√©s par l'architecture d'Europe centrale, mais les architectes peuvent √™tre plus audacieux, notamment pour la Maison arabe, construite dans un style mauresque en 1938, ou pour la gare, construite dans un style n√©obyzantin imposant la m√™me ann√©e[92].

    Modernisme

    Photographie des toits de la Grande Poste et du Centre des Télécommunications
    Les toits de la Grande Poste et du Centre des Télécommunications.

    Le style moderniste appara√ģt d√®s 1933, avec la construction du mus√©e ethnographique (actuellement la Chambre de commerce), d'apr√®s des plans du Serbe Milan Zlokovińá. L'h√īpital municipal, un assemblage d'√©l√©ments rectangulaires en b√©ton, voit le jour un an plus tard, et le Bureau des Assurances, construit en 1939, montre des influences du Bauhaus. La plupart des architectes de l'√©poque ne sont pas mac√©doniens mais viennent du Nord de la Yougoslavie, notamment de Serbie et de Croatie[92]. Les plans du palais de l'Assembl√©e, construit en 1938, sont de leur c√īt√© dessin√©s par un Tch√®que. L'√©difice, en pentagone, se distingue par son caract√®re massif et la puret√© des lignes ext√©rieures[256].

    Apr√®s 1945, la ville poursuit une importante croissance d√©mographique et le modernisme s'impose comme le style dominant. Les nouvelles constructions ne prennent toutefois pas toujours en compte le risque sismique, et lors du tremblement de terre de 1963, de nombreux exemples sont perdus. Apr√®s la catastrophe, la ville est reconstruite gr√Ęce √† quelques grands noms de l'architecture, notamment Kenzo Tange, qui dessine la nouvelle gare, pens√©e comme la porte de la ville, les trains passant au-dessus d'un grand boulevard, et le ¬ę Mur de la Ville ¬Ľ, une s√©rie d'immeubles sugg√©rant une enceinte m√©di√©vale autour du centre, cens√©e le prot√©ger d'un nouveau d√©sastre[92].

    Deux architectes mac√©doniens se distinguent √©galement : Georgi Konstantinovski, qui r√©alise le si√®ge des archives municipales en 1968, un bloc rectangulaire surmont√© d'une tour de stockage octogonale, et la r√©sidence universitaire Gots√© Deltchev en 1975, compos√©e de quatre tours reli√©es par des passerelles, ainsi que Janko Konstantinov, qui dessine les plans du Centre des T√©l√©communications et de la Grande Poste, construits de 1974 √† 1989. Ces deux √©difices se distinguent par leur libert√© ornementale, la Poste √©voquant par exemple une fleur tropicale ou la cath√©drale de Brasilia et le Centre des T√©l√©communications √©tant surmont√©s de tubes et de manches √† air en b√©ton. Le centre qui abrite l'Op√©ra et Ballet mac√©doniens date de 1979 et a √©t√© con√ßu par un cabinet slov√®ne. Son allure blanche faite d'√©l√©ments fragment√©s contraste avec l'aspect brutaliste des autres √©l√©ments de la reconstruction[92]. Construite de 1972 √† 1990, la cath√©drale Saint-Cl√©ment d'Ohrid est aussi un monument original, √† cause de son plan en cercle sur lequel s'ajoutent cinq d√īmes[257].

    Après l'indépendance

    La construction de la Croix du Mill√©naire au sommet du mont Vodno en 2002 comm√©more les deux mille ans du christianisme, et la construction d'√©difices √† l'architecture remarquable reprend √† la fin des ann√©es 2000, lorsque le gouvernement et les pouvoirs locaux commencent une vaste r√©novation du centre-ville. Celui-ci, constitu√© de grands immeubles en b√©ton et de vastes zones vides, est r√©put√© pour sa laideur, et les autorit√©s veulent en faire un endroit attractif pour les touristes et les habitants. La maison-m√©morial M√®re Teresa, achev√©e en 2009, est l'une des premi√®res initiatives. Cet √©difice est original pour ses formes audacieuses et son m√©lange de murs recouverts de pierres et d'enduit et son sommet en verre. L'initiative priv√©e permet aussi la construction d'immeubles de bureaux aux fa√ßades de verre, comme le centre d'affaires Soravia et la tour San Marco. Les autorit√©s annoncent par ailleurs en 2006 la reconstruction √† l'identique du Th√©√Ętre national, disparu en 1963, puis en 2009 elles pr√©sentent au public le projet Skopje 2014. Celui-ci pr√©voit de nombreuses constructions, destin√©es aux touristes, comme des mus√©es et des h√ītels, mais aussi aux administrations, Skopje n'ayant par exemple pas de v√©ritable h√ītel de ville et certains minist√®res √©tant install√©s dans des locaux trop √©troits. Enfin, le projet souhaite faire de Skopje une vraie capitale europ√©enne, avec d'innombrables statues comm√©morant l'histoire de la Mac√©doine. La plupart des nouveaux √©difices adoptent des styles baroques ou n√©oclassiques, souvent interpr√©t√©s d'une fa√ßon contemporaine, comme sur le mus√©e national d'arch√©ologie, qui combine des colonnes ioniques sur une fa√ßade en verre. D'autres √©difices sont uniquement contemporains, comme le m√©morial de l'Holocauste des Juifs de Mac√©doine et la salle philharmonique, abrit√©e par deux grandes bulles de verre[258].

    Apr√®s l'annonce du projet, d'autres √©l√©ments sont peu √† peu ajout√©s, comme la reconstruction n√©oclassique du palais du gouvernement, datant des ann√©es 1970. La plupart des fa√ßades en b√©ton situ√©es sur les grandes rues pi√©tonnes seront elles aussi remodel√©es dans des styles anciens. Skopje 2014 ne fait pas l'unanimit√©, et seulement 26 % des Mac√©doniens y sont favorables selon une enqu√™te de 2012[259]. Les principaux reproches concernent le co√Ľt de l'op√©ration et la non-transparence qui l'entoure, l'absence de concertation publique, ainsi que les choix artistiques historicistes qui d√©truisent la ville imagin√©e par Kenzo Tange. Les nombreuses statues cr√©ent aussi des conflits autour de l'ethnicit√© des figures repr√©sent√©es, comme celle d'Alexandre le Grand, qui ranime le conflit avec la Gr√®ce et celles de personnalit√©s du XIXe si√®cle, consid√©r√©es bulgares en Bulgarie[258]. L'importante minorit√© albanaise n'est par ailleurs quasiment pas repr√©sent√©e, et 88 % des Albanais de Mac√©doine sont oppos√©s √† Skopje 2014[259].

    Jumelages

    La ville de Skopje a conclu ses premiers jumelages en 1961, avec Bradford, au Royaume-Uni, et Dijon, en France, alors que la Yougoslavie avait rompu ses relations avec l'URSS. Jusqu'à la chute du bloc de l'Est et l'indépendance de la Macédoine, elle crée des partenariats avec plusieurs villes de l'Ouest ; seules Dresde et Nanchang, respectivement en RDA et en Chine, sont des villes communistes. Après l'indépendance, la municipalité marque une pause dans ses jumelages et ne signe des partenariats qu'à partir de 2001.

    Elle se rapproche alors de grandes villes, comme Pittsburgh et Istanbul, et de capitales de l'ex-Yougoslavie[260]. Skopje a aussi sign√© des programmes de coop√©ration avec Moscou, Bari, Ankara, Tirana, Blagoevgrad, Craiova, Tachkent, Ourmia, Novi Sad, Rijeka, Sarajevo, Stockholm, Bucarest, Saratov, Ath√®nes, Thessalonique, √Čdessa et Melbourne[261] - [262]. Elle est aussi li√©e √† NiŇ° et Sofia, qui font elles aussi partie de l'euror√©gion EuroBalkan[263].

    Voir aussi

    Bibliographie

    Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

    Français

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    Articles connexes

    Liens externes

    Notes et références

    Notes

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    2. Cette estimation fut réalisée par des officiers français avec l'accord des autorités ottomanes[78]
    3. Le faible nombre d'Albanais donn√© par ce recensement s'explique par le fait que beaucoup d'entre eux se d√©claraient en tant que Turcs au cours de la p√©riode yougoslave. De m√™me, lors de certains recensements, un grand nombre de Turcs se d√©claraient comme ¬ę Albanais ¬Ľ.
    4. Le recensement de 2011 a été interrompu par l'Assemblée de Macédoine, à la suite de la démission du comité qui en était chargé à cause d'irrégularités.
    5. Le recensement de 2002 a √©t√© effectu√© avant l'annexion de la municipalit√© de Sara√Į, mais les chiffres donn√©s, republi√©s en 2005, correspondent √† la ville de Skopje dans ses limites actuelles.

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