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Marie Bonaparte

Marie Bonaparte (en grec moderne : őúőĪŌĀőĮőĪ őíőŅőĹőĪŌÄő¨ŌĀŌĄő∑), princesse Bonaparte, puis, par son mariage, princesse de Gr√®ce et de Danemark, est n√©e le √† Saint-Cloud (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine) et morte le √† Gassin (dans le Var), en France. Arri√®re-petite-fille de Lucien Bonaparte et √©pouse du prince Georges de Gr√®ce, c'est une femme de lettres, une m√©c√®ne et une psychanalyste disciple de Sigmund Freud, dont elle a contribu√© √† diffuser le travail en France et en Gr√®ce.

Marie Bonaparte
(el) őúőĪŌĀőĮőĪ őíőŅőĹőĪŌÄő¨ŌĀŌĄő∑
Description de cette image, également commentée ci-après
La princesse Marie vers 1908.
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Issue d'une branche non-dynaste de l'ancienne famille imp√©riale fran√ßaise, Marie Bonaparte devient orpheline de m√®re peu de temps apr√®s sa naissance. √Člev√©e par son p√®re, Roland Bonaparte, et par sa grand-m√®re paternelle, Justine-√Čl√©onore Ruflin, l'enfant grandit au milieu d'adultes plus int√©ress√©s par la fortune qu'elle a h√©rit√©e de sa m√®re, Marie-F√©lix Blanc, que par son intelligence pr√©coce. Atteinte d'une tuberculose b√©nigne √† l'√Ęge de 4 ans, elle est trait√©e en infirme jusqu'√† l'adolescence. Elle re√ßoit, par ailleurs, une √©ducation lacunaire, afin que son esprit n'effraie pas d'√©ventuels pr√©tendants. S√©duite par Antoine Leandri, le secr√©taire de son p√®re, alors qu'elle a √† peine 16 ans, elle est ensuite victime de chantage de sa part jusqu'√† sa majorit√©. Parvenue √† se lib√©rer de l'escroc, elle doit cependant lui verser une forte somme pour r√©cup√©rer les lettres qu'elle lui a √©crites. Par la suite, la princesse se consacre √† ses √©tudes et √† la lecture. D√©sireuse de devenir m√©decin, elle est pourtant pouss√©e au mariage par son p√®re, qui r√©alise son r√™ve en l'unissant √† Georges de Gr√®ce, un prince apparent√© √† la plupart des dynasties europ√©ennes.

Entr√©e dans la maison royale de Gr√®ce, Marie y d√©couvre un style de vie oisif, fait d'innombrables r√©unions familiales auxquelles elle n'est pas habitu√©e et qui l'ennuient. Surtout, elle doit affronter l'homosexualit√© de son √©poux, qui vit une relation amoureuse avec son oncle, le prince Valdemar de Danemark. En d√©pit de la naissance de deux enfants, nomm√©s Pierre et Eug√©nie, et d'une r√©elle affection pour Georges, la princesse se r√©fugie alors dans une succession de liaisons avec des personnalit√©s comme Aristide Briand, Jean Troisier ou Rudolph Loewenstein. Lib√©r√©e de ses s√©jours en Gr√®ce par la Premi√®re Guerre mondiale, moment o√Ļ la rumeur publique la dit pr√™te √† devenir reine des Hell√®nes, et surtout par les √©v√©nements qui accompagnent la guerre gr√©co-turque, Marie fait de Saint-Cloud sa r√©sidence principale. Tr√®s affect√©e par le d√©c√®s de son p√®re en 1924 et de plus en plus consciente de sa frigidit√©, la princesse traverse une crise int√©rieure qui la pousse vers la psychanalyse, alors peu connue en France.

Longtemps proche du m√©decin et sociologue Gustave Le Bon puis du psychanalyste Ren√© Laforgue, Marie trouve en Sigmund Freud un nouveau p√®re de substitution. Sa rencontre avec le vieux praticien se d√©roule √† Vienne, en 1925, et elle donne lieu √† une analyse f√©conde, durant laquelle la princesse prend conscience de l'origine de ses troubles, li√©s √† l'observation d'adultes en pleine relation sexuelle lorsqu'elle √©tait enfant. Prolong√©e jusqu'en 1929, cette analyse ne gu√©rit cependant pas Marie de sa frigidit√©. Elle se tourne alors vers la chirurgie et subit trois op√©rations vaginales aupr√®s du Dr Josef von Halban, sans succ√®s. Revenue √† Paris, la princesse se consacre au d√©veloppement de la psychanalyse en France. Gr√Ęce √† sa fortune, elle contribue ainsi √† la fondation de la Soci√©t√© psychanalytique de Paris et de la Revue fran√ßaise de psychanalyse, en 1926. Elle diffuse √©galement la pens√©e de Freud en traduisant plusieurs de ses ouvrages entre 1927 et 1940, ce qui n'est pas sans causer scandale. Surtout, elle √©crit ses propres textes, dont une psychobiographie d'Edgar Allan Poe, qui rencontre un large succ√®s et constitue son Ňďuvre ma√ģtresse (1933).

La mont√©e du nazisme et l'annexion de l'Autriche par le Troisi√®me Reich en 1938 choquent fortement Marie, qui revient √† Vienne pour sauver Freud et sa famille. La princesse s'acquitte alors de la ran√ßon que les nazis exigent pour laisser ses amis rejoindre le Royaume-Uni et sauve, par la m√™me occasion, environ deux cents intellectuels menac√©s par le r√©gime hitl√©rien. Deux ans plus tard, Marie assiste √† l'invasion et √† l'occupation de la France par les forces allemandes. Avec son √©poux, elle rejoint alors la Gr√®ce, o√Ļ la monarchie a √©t√© restaur√©e en 1935 apr√®s un long interm√®de r√©publicain. Ce s√©jour est cependant de courte dur√©e car la Gr√®ce est √† son tour envahie l‚Äôann√©e suivante. C'est donc en exil en Afrique du Sud que la princesse et sa famille passent l'essentiel de la Seconde Guerre mondiale.

Revenue en Europe √† la Lib√©ration, Marie s'engage dans les grands d√©bats qui divisent les milieux psychanalytiques fran√ßais. Repr√©sentante de l'analyse profane, qu'elle pratique depuis 1928, la princesse offre tout son soutien √† Margaret Clark-Williams, condamn√©e en 1953 pour exercice ill√©gal de la m√©decine, √† la suite d'un proc√®s retentissant. Surtout, Marie entre en conflit avec Jacques Lacan, qu'elle m√©prise pour ses id√©es et sa pratique des ¬ę s√©ances courtes ¬Ľ. En parall√®le, la princesse continue √† √©crire et publie, en 1951, sa seconde Ňďuvre majeure, De la sexualit√© de la femme, qui soul√®ve de nombreuses controverses. Apr√®s la disparition de son √©poux en 1957, Marie se lance dans un combat contre la peine de mort mais √©choue √† sauver le criminel californien Caryl Chessman, ex√©cut√© en 1960. Victime d'une leuc√©mie aig√ľe, la princesse meurt pr√®s de sa r√©sidence de Saint-Tropez en 1962.

Famille

Issue de la branche de Lucien Bonaparte (1775-1840), prince de Canino et Musignano[1], Marie est la fille unique de Roland Bonaparte (1858-1924) et de son √©pouse Marie-F√©lix Blanc (1859-1882)[2]. Par son p√®re, elle est la petite-fille du prince Pierre-Napol√©on Bonaparte (1815-1881) et de sa femme Justine-√Čl√©onore Ruflin (1832-1905) tandis que, par sa m√®re, elle descend de l'homme d'affaires Fran√ßois Blanc (1806-1877) et de sa deuxi√®me √©pouse Marie Hensel (1833-1881)[3].

Les et , Marie Bonaparte √©pouse civilement, √† Paris, puis religieusement, √† Ath√®nes, le prince Georges de Gr√®ce (1869-1957), second fils du roi Georges Ier de Gr√®ce (1845-1913) et de son √©pouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926)[2]. Par son p√®re, le prince est donc un descendant du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnomm√© le ¬ę Beau-p√®re de l'Europe ¬Ľ[4], tandis que, par sa m√®re, il est un arri√®re-petit-fils du tsar Nicolas Ier de Russie (1796-1855)[5].

De l'union de Marie et de Georges naissent deux enfants :

Biographie

Origines et entourage familial

Marie-Félix Blanc (v. 1872) et Roland Bonaparte (1885), parents de Marie Bonaparte.

Arri√®re-petite-ni√®ce de Napol√©on Ier[9], Marie Bonaparte appartient √† une branche non-dynaste de la famille imp√©riale fran√ßaise[10]. Son arri√®re-grand-p√®re, Lucien Bonaparte[11], et son grand-p√®re, Pierre-Napol√©on Bonaparte[12], ont en effet conclu des unions in√©gales, non autoris√©es par les chefs de leur maison[13]. En outre, le p√®re de Marie, Roland Bonaparte, est n√© plusieurs ann√©es avant le mariage civil de ses parents, et Napol√©on III le regardait comme un enfant ill√©gitime[14]. Apr√®s avoir effectu√© de brillantes √©tudes[15], Roland Bonaparte a lui aussi √©pous√© une roturi√®re, Marie-F√©lix Blanc[16], mais celle-ci lui a apport√© une dot consid√©rable, √©valu√©e √† environ 14 500 000 francs[17]. Par sa m√®re, Marie Bonaparte appartient en effet √† une famille de gens d'affaires et son grand-p√®re, Fran√ßois Blanc, a fait fortune gr√Ęce aux jeux d'argents, d'abord √† Hombourg[18], puis √† Monaco[19] - [20].

Marie Bonaparte voit le jour le mais sa naissance se passe difficilement[21] - [22] - [23]. Marie-F√©lix Blanc souffrant d'une tuberculose avanc√©e[24], son travail dure trois jours et sa fille doit √™tre ranim√©e par le m√©decin parce qu'elle a manqu√© d'oxyg√®ne en venant au monde[25]. Les semaines suivant l'accouchement, l'enfant et sa jeune m√®re semblent se r√©tablir et Marie-F√©lix Blanc profite pleinement des joies de la maternit√©[26]. Victime d'une embolie, elle meurt pourtant le , juste apr√®s avoir pr√©sent√© sa fille √† son fr√®re, Edmond Blanc[27]. Apr√®s le d√©c√®s de sa m√®re, Marie Bonaparte est plac√©e sous la responsabilit√© de sa grand-m√®re paternelle, Justine-√Čl√©onore Ruflin (dite ¬ę Nina ¬Ľ), qui vient seconder Roland Bonaparte dans son foyer[28]. La petite fille entretient cependant des relations distantes avec sa grand-m√®re, qui ne ressent gu√®re d'attrait pour les enfants[29], et avec son p√®re, qui se montre mal √† l'aise en sa compagnie et effectue de fr√©quents s√©jours √† l'√©tranger pour ses √©tudes ethnologiques et g√©ographiques[30].

D'abord confi√©e aux soins d'une nourrice, Rose Boulet, avec laquelle elle passe ses trois premi√®res ann√©es[31], Marie Bonaparte est ensuite plac√©e sous l'autorit√© de deux gouvernantes successives : une femme pr√©nomm√©e Lucie (dont elle est s√©par√©e brutalement en 1887)[32] puis Marie-Claire Bernardini (dite ¬ę Mimau ¬Ľ), qui savent l'entourer de leur affection[33]. Largement coup√©e des autres enfants[N 2], la petite fille grandit au milieu d'une cohorte d'adultes, qui jouent des r√īles divers dans son d√©veloppement intellectuel et affectif[34]. Il y a d'abord sa tante paternelle Jeanne Bonaparte, √† la fois source d'√©merveillement et de tourment[35], et l'√©poux de celle-ci, Christian de Villeneuve-Esclapon, personnalit√© brillante et fid√®le soutien[36]. Il y a aussi son oncle maternel, Edmond Blanc, qui joue en m√™me temps le r√īle de subrog√© tuteur et d'interm√©diaire avec les Blanc[37]. On peut √©galement citer Mme Proveux, la lectrice de sa grand-m√®re, qui passe ses journ√©es √† comm√©rer et √† parler politique[38] ; Mme Bonnaud, femme du bras droit du prince, qui a pouss√© Marie-F√©lix Blanc √† tester en faveur de son √©poux avant de mourir et jouit ainsi d'une place particuli√®re[39] dans le ¬ę panth√©on des assassins ¬Ľ qui fascinent la petite Marie[40] ; Mme Escard, √©pouse du biblioth√©caire du prince, en qui la petite fille voit une hypocrite[41]. Viennent finalement le piqueur Pascal Sinibaldi, probable demi-fr√®re de Roland Bonaparte, qui se montre g√©n√©reux avec l'enfant mais compromet sa gouvernante Lucie en la s√©duisant[42], ainsi que le secr√©taire Antoine Leandri, et son √©pouse Ang√®le, qui trahissent Marie √† l'adolescence[43].

Enfance et éducation

Buste d'une vieille femme en tenue de deuil.
Justine-√Čl√©onore Ruflin (v. 1900), grand-m√®re de Marie Bonaparte.

Marie Bonaparte passe ses premi√®res ann√©es √† Saint-Cloud[44], o√Ļ le prince Roland fait racheter, au nom de sa fille, la propri√©t√©[N 3] o√Ļ celle-ci a vu le jour[45]. En , la famille d√©m√©nage cependant dans une maison de style n√©o-Renaissance situ√©e √† Cours-la-Reine, dans la capitale[46]. Plus tard, les Bonaparte s'installent rue Galil√©e[47], avant d'emm√©nager, en 1896, dans un vaste h√ītel particulier construit par le p√®re de Marie avenue d'I√©na[48]. L'√©t√©, la petite fille part en vacances avec sa grand-m√®re, les Villeneuve et les domestiques de la maison, tandis que le prince Roland passe de longues p√©riodes √† l'√©tranger pour ses recherches. Durant son enfance, Marie s√©journe ainsi successivement √† Dieppe[49], √† San Remo[50], √† Malabry[51] et dans la Beauce[52]. De ces voyages et de ses s√©jours √† Saint-Cloud, la princesse conserve, toute sa vie, un grand attrait pour la mer, pour le climat m√©diterran√©en[53] et pour la nature[54].

Portrait d'une petite fille vêtue d'une robe et d'un chapeau
La jeune Marie Bonaparte dans les années 1890.

√Ä l'√Ęge de quatre ans, Marie Bonaparte est victime d'un acc√®s de tuberculose b√©nigne, ce qui terrorise son p√®re et sa grand-m√®re, qui craignent de voir la fortune de l'enfant revenir aux Blanc[55] - [56] - [57] - [58]. Apr√®s cet √©v√©nement, sa famille traite la princesse en invalide, ce qui lui vaut d'√™tre recluse √† domicile[59]. Dans ces conditions, Marie d√©veloppe diff√©rentes phobies (parmi lesquelles une peur des boutons)[60] et devient ensuite hypocondriaque en grandissant[61]. Manquant d'exercice physique, elle finit par ailleurs par devenir vo√Ľt√©e, ce qui l'oblige √† suivre des cours de gymnastique corrective et √† porter un corset de fer[62].

Dot√©e d'une grande intelligence[63], Marie Bonaparte r√™ve, tr√®s jeune, de marcher sur les pas de son p√®re, qu'elle idol√Ętre malgr√© sa froideur[64]. Elle re√ßoit cependant une √©ducation volontairement lacunaire[65] car Roland Bonaparte et Justine-√Čl√©onore Ruflin craignent qu'une princesse trop cultiv√©e soit difficilement mariable, une fois devenue adulte[66]. Ils redoutent, par ailleurs, que l'attrait de l'enfant pour le latin ne la pousse vers la religion catholique, qu'ils m√©prisent[67]. Jusqu'√† l'adolescence, elle re√ßoit donc des pr√©ceptrices de qualit√© assez m√©diocre (parmi lesquelles Mme J√©henne, fille naturelle du com√©dien Joseph Samson[68]), qui d√©veloppent malgr√© tout son go√Ľt pour les langues[69], le th√©√Ętre[70] et la musique[71]. Elle profite en outre des connaissances de son p√®re, qui l'initie au dessin, √† la physique, √† la g√©ographie, √† l'astronomie et √† la botanique[72], et d'Hortense Bonnaud, qui lui fait d√©couvrir la mythologie gr√©co-romaine[73] - [74]. Son √©ducation religieuse, jug√©e n√©cessaire afin de faciliter un futur mariage, est naturellement plus sommaire[75].

Fascin√©e par l'exemple de son p√®re, qui passe de longues heures √† √©crire dans son bureau, Marie Bonaparte se livre, entre l'√Ęge de sept ans et demi et dix ans, √† la r√©daction de cinq cahiers, qu'elle intitule B√™tises. R√©dig√©s en anglais (pour les quatre premiers) et en allemand (pour le dernier), ces textes racontent notamment la tristesse et la solitude de la petite fille face √† une famille qui ne lui pr√™te gu√®re attention. Retrouv√©s par la princesse apr√®s la mort de son p√®re, en 1924, ces cahiers sont plus tard publi√©s par ses soins et comment√©s sous l'angle de la psychanalyse[N 4] - [76] - [77]. Durant sa petite enfance, Marie Bonaparte d√©veloppe par ailleurs une v√©ritable passion pour les assassins, auxquels elle s'identifie √† cause de son histoire familiale. Elle apprend en effet, tr√®s jeune, l'assassinat du journaliste Victor Noir par son grand-p√®re, Pierre-Napol√©on Bonaparte et voit, en outre, dans son grand-oncle Napol√©on Ier un ¬ę assassin monumental ¬Ľ. Cependant, c'est surtout l'histoire de son p√®re, dont la rumeur veut qu'il ait assassin√© Marie-F√©lix Blanc pour s'emparer de sa fortune, qui explique l'√©trange fascination que la princesse voue aux meurtriers[78] - [79] - [80].

Une adolescente meurtrie

L'ann√©e 1896 marque un tournant dans la vie de Marie Bonaparte, qui ne fr√©quentait, jusque-l√†, aucune personne de son √Ęge. Invit√©e √† prendre le th√© chez √Čmile Ollivier, l'ancien Premier ministre de Napol√©on III, la princesse fait en effet la connaissance de sa fille Genevi√®ve, avec laquelle elle se lie d'une forte amiti√©[81]. Un an plus tard, Roland Bonaparte emm√®ne, pour la premi√®re fois, sa fille dans l'une de ses exp√©ditions scientifiques dans les Alpes suisses. Pour Marie, qui voue une grande admiration pour son p√®re et qui se passionne pour son travail sur les glaciers, ce s√©jour constitue un grand moment de bonheur. C'est aussi, pour elle, l'occasion de faire la connaissance de Marie-L√¶titia Bonaparte, veuve du roi Am√©d√©e Ier d'Espagne, qui fait √† ses cousins l'honneur de leur rendre visite √† Saint-Moritz[82].

Portrait en buste d'un homme barbu ayant les bras croisés.
Antoine Leandri (en 1887), s√©ducteur et ma√ģtre-chanteur.

De retour √† Paris, le prince Roland, qui a finalement pris conscience de l'intelligence de sa fille, limoge sa m√©diocre pr√©ceptrice et la remplace par deux professeures du lyc√©e Racine, Mlle Marthe Boutry et Mme Marie-Ad√®le Gr√ľnevald. Avec la premi√®re, Marie Bonaparte approfondit sa connaissance de la litt√©rature tandis qu'avec la seconde, elle apprend √† aimer les math√©matiques, qui la rebutaient auparavant[83]. Motiv√©e par ses progr√®s rapides, la princesse demande alors √† son p√®re et √† sa grand-m√®re l'autorisation de pr√©senter le brevet √©l√©mentaire, mais ceux-ci l'en emp√™chent, pr√©textant la perfidie des r√©publicains, qui pourraient profiter d'un √©chec √† l'examen pour humilier l'ancienne famille imp√©riale[84] - [85] - [86]. Meurtrie par cette interdiction, Marie Bonaparte se replie sur elle-m√™me et n√©glige plus que jamais son apparence physique[87].

Durant l'√©t√© 1898, Roland Bonaparte repart en voyage dans les Alpes avec sa maisonn√©e. Pendant ce s√©jour, Antoine Leandri, le secr√©taire du prince, profite du mal-√™tre et de la maladresse de Marie pour la compromettre, et cela avec la complicit√© de son √©pouse Ang√®le[88] - [89] - [90]. √Ä l'√©poque, la princesse a seize ans et elle n'a strictement aucune exp√©rience de l'amour, m√™me si elle a d√©j√† connu ses premiers √©mois sentimentaux √† l'op√©ra[91]. Avec quelques paroles enj√īleuses et quelques caresses, le secr√©taire corse s'arrange pour obtenir une m√®che de cheveux et un mot d'amour de Marie Bonaparte[92]. Par la suite, lui et sa femme poussent la princesse √† se rebeller contre son p√®re et sa grand-m√®re, accus√©s d'avoir assassin√© Marie-F√©lix Blanc pour s'emparer de sa fortune[93]. Ils renseignent, en outre, la princesse sur la liaison que son p√®re entretient, depuis avant son mariage, avec une dame nomm√©e Eug√©nie Baudry[94].

√Ä la m√™me √©poque, Marie Bonaparte fait ses premiers pas dans le monde. Avec sa grand-m√®re et sa tante Jeanne, la jeune fille rend visite √† la princesse Mathilde et √† l'imp√©ratrice Eug√©nie[95]. Quelque temps plus tard, elle fait la connaissance du prince Louis Murat et de son neveu, qui semblent tous deux int√©ress√©s par sa dot[96]. Sous l'impulsion des Leandri, elle rencontre √©galement sa tante maternelle, la princesse Radziwill, avec laquelle Roland Bonaparte est brouill√© depuis le d√©c√®s de sa belle-m√®re, en 1881[97]. Or, ce rapprochement est v√©cu comme une trahison par le p√®re de Marie, qui interdit √† Antoine Leandri, puis √† son √©pouse, l'entr√©e de sa maison[98]. Le couple n'en reste cependant pas l√† puisqu'il parvient √† √©tablir une correspondance secr√®te avec la princesse, gr√Ęce √† la complicit√© de Miss Hetty, sa professeure d'anglais[99].

Isol√©e de ceux qu'elle consid√®re comme ses amis, Marie fait des sc√®nes quotidiennes √† son p√®re et des rumeurs commencent √† circuler, √† Paris, disant qu'elle est s√©questr√©e par sa famille. Pour les faire taire, Roland Bonaparte donne une grande r√©ception √† l'occasion des dix-sept ans de sa fille[100] - [85]. Sont alors invit√©s plusieurs personnalit√©s du gotha (parmi lesquelles la grande-duchesse de Mecklembourg, le grand-duc de Hesse-Darmstadt ou le prince Henri d'Orl√©ans), ainsi que de nombreux artistes et intellectuels (comme Auguste Bartholdi, Caran d'Ache et Madeleine Lemaire) et des militaires, dont le capitaine Gouraud[100]. L'√©v√©nement mondain ne suffit cependant pas √† calmer Marie Bonaparte, qui exprime sa tristesse en d√©veloppant des maladies imaginaires[101]. Parall√®lement, l'attitude des Leandri devient plus agressive. D√©sormais sans revenu, le secr√©taire corse r√©clame 100 000 francs de d√©dommagement √† la princesse, qu'il menace de compromettre en r√©v√©lant sa correspondance. Terroris√©e par la perspective du scandale, Marie s'arrange pour lui verser 1 000 francs par mois jusqu'√† sa majorit√© par l'interm√©diaire du bras droit de son p√®re, Dominique Bonnaud[102] - [103].

Une hypocondriaque rêvant de devenir médecin

Durant les quatre ann√©es qui suivent, Marie Bonaparte vit dans la hantise de voir Antoine Leandri et son √©pouse r√©appara√ģtre dans son existence[104]. De plus en plus hypocondriaque, la princesse se persuade d'√™tre √† nouveau atteinte de tuberculose et confie ses angoisses dans un carnet qu'elle intitule Journal d'une jeune poitrinaire[105]. Elle n'en n√©glige pas pour autant son √©ducation et poursuit avec acharnement son travail avec les professeures du lyc√©e Racine[106]. Elle profite par ailleurs des enseignements de son p√®re, avec lequel elle herborise durant les vacances[107], et de la multitude d'intellectuels qui gravitent autour de sa famille[108]. La jeune fille se r√©fugie en outre dans la lecture et d√©vore les ouvrages des philosophes des Lumi√®res[109], les classiques russes[110] et les textes d'Edgar Allan Poe[111]. Avec son oncle, le marquis de Villeneuve, elle d√©couvre √©galement la po√©sie de Fr√©d√©ric Mistral, les romantiques allemands et les philosophes de la Gr√®ce antique[112].

Portrait en pied d'une jeune fille aux cheveux attachés, vêtue d'une robe claire.
Marie Bonaparte, en 1905.

Assoiffée de connaissances, la princesse caresse le rêve de devenir médecin et reçoit le soutien inattendu de sa tante Jeanne, qui intervient en sa faveur auprès de son frère. Cependant, Roland Bonaparte continue à s'opposer aux projets de sa fille, parce qu'il les juge incompatibles avec son désir de la voir épouser un membre du gotha européen. Marie en est naturellement affectée, mais les erreurs qu'elle a commises durant l'affaire Leandri la conduisent, de nouveau, à se soumettre à la volonté paternelle[113]. La jeune fille n'en étudie pas moins l'anatomie avec passion, et cela en dépit de la phobie qu'elle nourrit pour les squelettes[114].

√Ä l'aube de ses 21 ans, Marie est recontact√©e par Antoine Leandri, qui lui r√©clame d√©sormais 200 000 francs en √©change de ses lettres[115]. Face √† ce chantage, celle-ci se r√©sout √† confesser ses d√©boires √† son oncle maternel, Edmond Blanc, qui lui conseille alors de se tourner vers Roland Bonaparte. Malgr√© sa honte, la jeune fille obtemp√®re. Or, √† sa grande surprise, le prince reproche surtout √† Marie de ne pas s'√™tre confi√©e √† lui plus t√īt[116]. Il prend ensuite attache avec l'avocat Edgar Demange, d√©fenseur de Pierre-Napol√©on Bonaparte au moment de l'¬ę affaire Victor Noir ¬Ľ[117]. Finalement, le juriste parvient √† un accord avec le ma√ģtre-chanteur corse. En √©change de 100 000 francs, ce dernier accepte de remettre l'int√©gralit√© de sa correspondance √† la princesse. Il renonce par ailleurs √† la tenue d'un proc√®s, qui n'aurait pas manqu√© d'√©clabousser la jeune fille[118] - [119] - [120]. Pour Marie Bonaparte, qui doit en outre rembourser 36 000 francs avec int√©r√™ts √† Dominique Bonnaud (pour l'argent qu'il a vers√© en son nom √† Leandri avant sa majorit√©) et s'acquitter de 10 000 francs de frais d'avocat, ce d√©nouement est un √©norme soulagement[121].

Deux ans apr√®s ces √©v√©nements, en 1905, Justine-√Čl√©onore Ruflin meurt dans la chambre qu'elle occupe dans l'h√ītel-Roland, situ√© avenue d'I√©na[122] - [123]. Pour Marie, qui a toujours entretenu des relations difficiles avec sa grand-m√®re, ce d√©c√®s est surtout l'occasion d'assouvir une fascination morbide pour la mort et les rituels qui l'entourent. Bien plus, il constitue une sorte de lib√©ration, tant la jeune fille a le sentiment d'avoir √©t√© opprim√©e par son a√Įeule tout au long de son enfance et de son adolescence[122]. √Ä la grande d√©ception de la princesse, la disparition de sa grand-m√®re n'est par contre pas l'occasion d'un rapprochement avec son p√®re, qui s'enferme dans la tristesse et se montre toujours aussi distant avec elle[124]. Constamment pr√©occup√© par l'argent, qu'il se plaint de d√©penser en exc√®s pour maintenir sa maison, Roland Bonaparte demande m√™me √† sa fille de tester en sa faveur, ce qu'elle se refuse √† faire[125].

Une princesse difficile à marier

Alors que son cousin le prince Léon Radziwill se marie, en 1905, avec Claude de Gramont[126] et que sa cousine Jeanne de Villeneuve-Esclapon s'unit, l'année suivante, au baron Lucien Leret d'Aubigny[127], Marie Bonaparte se montre peu intéressée par le mariage. Toujours désireuse d'étudier la médecine[128], elle craint également de n'être courtisée que pour son immense fortune[129]. Peu habituée à s'habiller ou à fréquenter le monde, elle mène une vie de recluse et est invitée à son premier bal, chez la princesse Murat, à presque 25 ans[130]. Ses phobies et son hypocondrie la conduisent, par ailleurs, à se comporter de manière étrange, si bien que Roland Bonaparte et Christian de Villeneuve-Esclapon la jugent longtemps immariable[131].

Photos accolées montrant, à gauche, un homme moustachu et, à droite, une femme vêtue d'une robe de soirée
Christian de Villeneuve et Jeanne Bonaparte, oncle et tante de Marie.

Cela n'emp√™che pas les proches de le jeune fille d'√©chafauder des projets matrimoniaux √† son attention. Fid√®le soutien du carlisme, son oncle Christian r√™ve ainsi de l'unir au duc de Madrid[129] - [20]. Fervente catholique, sa gouvernante ¬ę Mimau ¬Ľ imagine la marier au prince h√©r√©ditaire Louis de Monaco, afin d'√©loigner celui-ci d'une vie de p√©ch√©s[129]. D√©sireux de laver la tache de sa propre ill√©gitimit√©, son p√®re cherche, quant √† lui, √† l'unir √† un prince de sang royal[132] et l'imagine fianc√©e √† Hermann de Saxe-Weimar, h√©ritier pr√©somptif du Grand-duch√© de Saxe-Weimar-Eisenach. Parmi tous ces pr√©tendants hypoth√©tiques, seul le prince mon√©gasque trouve gr√Ęce aux yeux de Marie, qui le sait assez riche pour ne pas en avoir apr√®s son or. Cependant, ce dernier ne s'int√©resse pas √† elle et il refuse m√™me de la rencontrer[129] - [133].

C'est finalement d'un autre pays m√©diterran√©en que se pr√©sente le fianc√© de la princesse. Sur les conseils du diplomate Nicolas Delyannis, Roland Bonaparte d√©cide en effet d'unir sa fille au prince Georges de Gr√®ce, apparent√© √† la plupart des dynasties du vieux continent gr√Ęce √† sa filiation avec le ¬ę Beau-p√®re de l'Europe ¬Ľ, Christian IX de Danemark[134]. En , le prince Roland organise ainsi un grand d√©jeuner en l'honneur du roi Georges Ier de Gr√®ce, alors de passage √† Paris[135]. √Ä la suite de cet √©v√©nement, le roi des Hell√®nes fait savoir √† son h√īte qu'il serait ravi d'avoir Marie pour belle-fille[136]. Une rencontre entre les deux jeunes gens est donc organis√©e quelques mois plus tard. Le , le prince Georges se pr√©sente ainsi √† l'h√ītel-Roland en compagnie de son fr√®re a√ģn√©, le diadoque Constantin[137]. C'est le d√©but d'une cour de 28 jours, au bout de laquelle Marie finit par accepter la demande en mariage d'un jeune homme qu'elle trouve s√©duisant et attendrissant mais peu √† son √©coute[138].

Le , les deux jeunes gens se fiancent donc officiellement. Un contrat de mariage est aussit√īt sign√©. Au grand √©tonnement de Roland Bonaparte, Georges de Gr√®ce accepte, avec bienveillance, la s√©paration de biens et refuse tout droit de survie. Il rejette √©galement la dotation que lui propose son futur beau-p√®re. Quant √† Marie, elle re√ßoit du prince Roland l'usufruit de l'h√©ritage de Marie-F√©lix Blanc, estim√© √† 250 000 francs de rente[139], somme qui vient s'ajouter aux 800 000 francs qu'elle percevait d√©j√†[140]. Peu apr√®s, le marquis et la marquise de Villeneuve-Esclapon entament des n√©gociations avec la Papaut√© pour permettre √† Marie d'√©pouser un orthodoxe, consid√©r√© comme schismatique. C'est cependant un √©chec et la jeune fille est excommuni√©e, sans qu'elle en ressente la moindre tristesse, compte tenu de l'ath√©isme qu'elle professe depuis son adolescence[141]. Dans le m√™me temps, Marie fait l'achat, √† la maison Drecoll, d'un √©norme trousseau, qui engloutit la quasi-totalit√© de son revenu annuel[140] - [142].

Un mariage à trois

Photo en noir et blanc d'un couple en tenue nuptiale.
Marie et Georges de Grèce, lors de leurs noces à Athènes (1907).

Le mariage civil du jeune couple est célébré à la mairie du 16e arrondissement de Paris, le . Les témoins de Marie sont ses tantes, les princesses Jeanne Bonaparte et Louise Radziwill ; ceux de Georges sont son frère Nicolas et le diplomate grec Nicolas Delyannis[140]. Afin de ne pas avoir à affronter son ennemi, l'homme politique Elefthérios Venizélos[140], qui l'a combattu lorsqu'il était haut-commissaire de la Crète autonome[143], le prince aurait préféré que la cérémonie religieuse se produise également en France mais le roi des Hellènes ne l'entend pas de cette oreille et le mariage orthodoxe est célébré à Athènes le [140]. Il donne lieu à une longue et imposante cérémonie, durant laquelle Marie se sent proche de défaillir[144].

Les premiers contacts de Marie avec sa belle-famille sont chaleureux[145], m√™me si des frictions se font rapidement jour entre elle et l'une de ses belles-sŇďurs, la grande-duchesse H√©l√®ne Vladimirovna de Russie, connue pour son caract√®re hautain[146]. C'est cependant la personnalit√© du prince Valdemar de Danemark, fr√®re cadet du roi Georges Ier de Gr√®ce, qui attire le plus l'attention de Marie Bonaparte[147]. Son mari lui a, en effet, longuement parl√© de cet oncle, auquel il voue une tendresse toute particuli√®re depuis son adolescence pass√©e dans la marine royale danoise[148]. √Ä son grand d√©sarroi, Marie comprend progressivement que son √©poux est homosexuel et qu'il est passionn√©ment amoureux du prince, que Marie trouve, quant √† elle ¬ę fort ordinaire, pas tr√®s beau, peu intelligent, peu g√©n√©reux et souvent acari√Ętre ¬Ľ[149] - [150] - [151].

Dans ces conditions, la nuit de noces du jeune couple se passe mal. Il faut ainsi toute la persuasion de Valdemar de Danemark, qui a accompagn√© le prince et la princesse dans leur lune de miel, pour que Georges r√©ussisse √† accomplir son devoir conjugal. Le prince de Gr√®ce se montre en outre maladroit et brutal avec sa femme, √† qui il d√©clare, quand il la prend : ¬ę Je hais cela autant que toi. Mais il faut bien, si l'on veut des enfants... ¬Ľ[79] - [152]. En d√©pit de cet √©chec et des nombreux adult√®res r√©ciproques qui le suivent, na√ģt, au sein de ce couple improbable, une profonde amiti√© qui dure jusqu'√† la mort de Georges, en 1957[153] - [154].

Une belle-famille ennuyeuse

Photographie montrant un homme en tenant un autre par l'épaule.
Les princes Georges de Grèce (à droite) et Valdemar de Danemark (à gauche), vers 1900.

Le prince Georges n'ayant presque aucune obligation officielle[155], le couple passe les premi√®res ann√©es de son mariage entre sa r√©sidence ath√©nienne[N 5] - [156], l'h√ītel parisien du prince Roland[157] et la petite ville danoise de Gentofte, o√Ļ le prince Valdemar poss√®de sa r√©sidence d'√©t√©[158]. Marie s√©journe alors de longues semaines en compagnie des descendants du roi Christian IX de Danemark, et cela lui p√®se. Pour elle, qui a toujours v√©cu dans un environnement intellectuellement stimulant, la famille de son √©poux semble d√©sesp√©r√©ment fade et bourgeoise[159] - [160]. Seule la princesse Marie d'Orl√©ans, √©pouse de Valdemar, et le duc de Cumberland, h√©ritier du tr√īne de Hanovre, trouvent gr√Ęce √† ses yeux parce qu'ils apparaissent ¬ę comme deux bougies allum√©es parmi des bougies √©teintes ¬Ľ[161].

Déçue par sa nouvelle vie, Marie Bonaparte envisage un moment de quitter son époux, mais sa grossesse l'en dissuade finalement[162]. Revenue en France pour accoucher, elle vit dans la hantise de mourir en donnant le jour à son enfant, comme sa mère. Cependant, l'arrivée du bébé (un petit garçon né le et prénommé Pierre) se passe bien et rapproche même la princesse de son époux, qui est ravi d'avoir un fils[163]. L'ennui lié au quotidien de la princesse reprend cependant bien vite le dessus[164]. Confrontée à la froideur de Georges, qui lui préfère Valdemar, elle flirte avec l'un des fils de celui-ci, le prince Aage de Danemark[164]. Plus tard, elle entretient une liaison avec l'un des frères de Georges, le diadoque Constantin[165], avant de nouer une relation avec Lembessis, le chambellan de son époux[166] - [167].

En d√©pit de ces √©v√©nements, Marie et Georges poursuivent leur vie conjugale et la princesse devient √† nouveau enceinte. Le , elle accouche, √† Paris, d'une petite fille pr√©nomm√©e Eug√©nie. Or, cette naissance ne r√©jouit pas le prince hell√®ne, qui aurait pr√©f√©r√© avoir un autre gar√ßon[168]. Dans le m√™me temps, ¬ę Mimau ¬Ľ, qui continuait √† vivre avec sa prot√©g√©e depuis son mariage, d√©veloppe un comportement instable et d√©cide finalement de retourner aupr√®s de sa propre famille. Pour Marie, qui voit toujours dans la vieille femme une m√®re de substitution, c'est un cr√®ve-cŇďur, m√™me si leur relation se poursuit √† distance[169].

Un pays en révolution et en guerre

Photographie en noir et blanc d'un groupe de douze personnes d'√Ęges et de sexes diff√©rents et d'un chien.
Le roi Georges Ier et la reine Olga de Grèce entourés de leurs enfants et petits-enfants (1904).

Le , le royaume de Gr√®ce est secou√© par un coup d'√Čtat militaire qui porte bient√īt Elefth√©rios Veniz√©los, l'ennemi jur√© du prince Georges, √† la t√™te du cabinet[170]. Dans le m√™me temps, les fils du roi Georges Ier sont contraints √† d√©missionner de l'arm√©e[171] et l'√©poux de Marie, qui √©tait d√©j√† en disponibilit√© depuis 1906, doit renoncer √† ses fonctions dans la marine hell√©nique[172]. Apr√®s une p√©riode de forte instabilit√©, dont Marie se sert comme excuse pour ne pas rentrer √† Ath√®nes[173], le pays se modernise sous l'action du nouveau Premier ministre. En 1912, l'homme d'√Čtat cr√©tois profite par ailleurs de l'affaiblissement que conna√ģt l'Empire ottoman apr√®s sa guerre contre l'Italie pour nouer des alliances avec les autres royaumes des Balkans, en pr√©vision d'un nouveau conflit[174].

Alors que la guerre approche, les fils du roi des Hell√®nes sont rappel√©s dans l'arm√©e et Marie, Georges et leurs enfants rentrent √† Ath√®nes le . Quelques jours plus tard, le , la Gr√®ce rejoint ses alli√©s, d√©j√† en conflit contre l'Empire ottoman. Marie et son √©poux offrent alors des ambulances √† l'arm√©e, qui n'en disposait gu√®re[174]. Georges est ensuite nomm√© aide de camp g√©n√©ral de son p√®re, tandis que Marie se joint √† la reine Olga et √† ses belles-sŇďurs Sophie, H√©l√®ne et Alice pour organiser les secours aux soldats bless√©s. L'arri√®re-petite-ni√®ce de Napol√©on Ier prend ainsi la t√™te d'un h√īpital improvis√© dans l'√Čcole militaire et du navire-h√īpital Albania, charg√© d'acheminer des bless√©s de Volos et de Salonique jusqu'√† la capitale[175]. En d√©cembre, la princesse re√ßoit en outre la gestion de l'h√īpital d'√Čpire, ce qui l'am√®ne √† faire la connaissance d'un jeune chirurgien suisse nomm√© Albert Reverdin[176]. C'est le d√©but d'une nouvelle liaison, qui dure tout au long de la guerre et qui reprend, plus tard, √† Paris[177].

Revenue dans la capitale hell√©nique √† la mi-, Marie engage une nouvelle gouvernante britannique pour ses enfants. Nomm√©e Violet Croisdale, mais rapidement surnomm√©e ¬ę Croisy ¬Ľ, cette derni√®re joue ensuite un r√īle important dans la vie de la princesse et de sa famille[176]. Peu de temps apr√®s, le , le roi Georges Ier est assassin√© √† Thessalonique et Marie assiste √† ses fun√©railles aux c√īt√©s du reste de la famille royale. Apr√®s cet √©v√©nement tragique, la jeune femme, son √©poux et leurs enfants rentrent en France et, lorsque √©clate la deuxi√®me guerre balkanique, en juin, seul Georges reprend la route de la Gr√®ce[178]. Un mois plus tard, les combats se terminent, laissant le royaume hell√®ne consid√©rablement agrandi et le gouvernement de Veniz√©los affermi[179]. Georges n'ayant plus de raison de rentrer √† Ath√®nes, son √©pouse est d√©sormais libre de mener la vie dont elle r√™ve √† Paris[180].

De Paris à Gentofte

Portrait d'un homme barbu.
Le Dr Gustave Le Bon, ami de Marie, à la fin du XIXe siècle.

Depuis 1909, Marie est l'amie du m√©decin et sociologue Gustave Le Bon, que le prince Roland lui a pr√©sent√©. C√©l√®bre pour ses ouvrages, et notamment pour La Psychologie des foules (1895), le vieil homme jouit d'une r√©putation de penseur et il organise, chaque semaine, des d√©jeuners et des d√ģners durant lesquels il r√©unit toutes sortes de personnalit√©s brillantes[142] - [181]. Rapidement, Le Bon se transforme en p√®re de substitution et en guide intellectuel pour la princesse, qui est fascin√©e par son esprit[182]. Encourag√©e par son idole, elle se remet √† √©crire[167] - [183]. Elle commence √©galement √† recevoir, et accueille notamment les hommes politiques Raymond Poincar√© et Andr√© Tardieu, √† l'occasion de ¬ę petits d√ģners ¬Ľ, durant lesquels elle a la joie de constater qu'elle pla√ģt √† ceux qu'elle admire[173].

Revenue à Paris après la Première guerre balkanique, en , Marie reprend ses invitations et accueille, chez son père, l'écrivain Rudyard Kipling, qu'elle présente à ses enfants. La liaison qu'elle entame, dans les mêmes moments, avec le Président du Conseil Aristide Briand, la guérit toutefois de cette frénésie de réceptions[160] - [180]. De fait, cette nouvelle relation extraconjugale trouble la princesse, qui tombe passionnément amoureuse de l'homme politique, alors qu'elle ne ressentait qu'une forte attraction sexuelle pour ses précédents amants. Cela ne l'empêche cependant pas de continuer à voir Albert Reverdin lorsqu'il séjourne dans la capitale française[184] - [185] - [186].

Marie et sa famille sont encore en France lorsque se produit l'attentat de Sarajevo, qui co√Ľte la vie √† l'archiduc Fran√ßois-Ferdinand d'Autriche et √† son √©pouse, mais l'√©v√©nement ne leur semble pas assez grave pour qu'ils diff√®rent leur s√©jour annuel au Danemark. Arriv√©e √† Bernstorff le , la princesse est bient√īt surprise par le d√©clenchement de la Premi√®re Guerre mondiale, qui l'isole jusqu'en octobre dans le petit royaume scandinave, rest√© neutre[187]. Fervente patriote, Marie se lamente alors de n'√™tre pas √† Paris et publie, avec l'approbation de la famille royale de Danemark, un article (intitul√© ¬ę Victimes ¬Ľ et sign√© ¬ę M. B. ¬Ľ) dans Le Temps pour exprimer son indignation apr√®s l'incendie, par les forces allemandes, de la biblioth√®que de Louvain[188].

Entre Paris et Athènes

Portrait peint d'un homme moustachu
Portrait d'Aristide Briand, premier grand amour de Marie, par Marcel Baschet (1916).

Le royaume hell√®ne √©tant rest√© neutre, Marie et sa famille parviennent finalement √† revenir en France le , gr√Ęce √† leurs passeports grecs. Apr√®s une halte √† l'h√ītel-Roland, ils s'√©tablissent alors dans la demeure o√Ļ la princesse a vu le jour, √† Saint-Cloud[189]. Du fait de son appartenance √† la famille royale de Gr√®ce, Marie ne peut pas s'impliquer, comme elle le voudrait, pour soutenir l'arm√©e fran√ßaise. Elle r√©unit cependant des fonds destin√©s √† la Croix-Rouge et √† un h√īpital tenu par une demoiselle Argyropoulos[190]. La princesse reprend par ailleurs sa liaison avec Aristide Briand[191], qui devient progressivement un intime de la famille. Ador√© par Pierre et Eug√©nie[192], l'homme politique parvient par ailleurs √† se faire adopter par Roland Bonaparte[188] et Georges de Gr√®ce, qu'il √©prouve finalement du remords √† tromper[193].

Le , Georges et Marie retournent √† Ath√®nes, apr√®s avoir mis leurs enfants en lieu s√Ľr au ch√Ęteau de Bonn√©table, chez Lise Radziwill, duchesse de Doudeauville. Le roi Constantin Ier est alors gravement malade et la Gr√®ce traverse de grosses difficult√©s politiques, caus√©es par les divisions entre partisans de la Triple-Entente et des puissances centrales[194]. Marie, qui √©prouve de la sympathie pour Elefth√©rios Veniz√©los depuis les Guerres balkaniques[195], aimerait le voir revenir aux commandes du pays. Elle juge par ailleurs la reine Sophie, sŇďur du kaiser Guillaume II, beaucoup moins pro-allemande que le gouvernement[194].

Revenue en France le suivant[196], Marie commet des imprudences avec Briand et la rumeur de leur liaison se r√©pand rapidement dans la capitale[197]. Le prince Georges en con√ßoit de la tristesse et de la jalousie, mais il r√©agit assez mollement[198]. Il esp√®re, en effet, profiter de la position de l'amant de son √©pouse pour jouer les conciliateurs entre l'Entente et la Gr√®ce, o√Ļ commence, en , l'occupation de Thessalonique par les Alli√©s[196]. Au fil des mois, les tensions croissantes entre le royaume hell√®ne et l'Entente conduisent toutefois le prince Georges √† se montrer plus critique vis-√†-vis du gouvernement fran√ßais, qu'il accuse de vouloir renverser sa dynastie[199]. Dans ce contexte difficile, Marie montre son engagement vis-√†-vis de son pays natal en fondant, √† Thessalonique, un h√īpital destin√© aux soldats du corps exp√©ditionnaire alli√©[200] - [201]. Or, apr√®s la confrontation des forces fran√ßaises et grecques √† Ath√®nes le , Briand propose aux Alli√©s de destituer Constantin Ier, ce qui fait dire √† ses ennemis qu'il d√©sire faire de sa ma√ģtresse la nouvelle reine des Hell√®nes[202]. Cependant, Marie n'a absolument aucune ambition en ce sens[203].

Les derni√®res ann√©es de la guerre ne sont que tristesse et col√®re pour le prince Georges[204] et Marie, qui √©prouve toujours de la tendresse pour son √©poux[205], en souffre d'autant plus que le nom de sa belle-famille est r√©guli√®rement insult√© par la presse fran√ßaise[206]. En , une r√©volution secoue la Russie et contraint le tsar Nicolas II √† abdiquer[207]. Quelques mois plus tard, en juin, Constantin Ier est balay√© du tr√īne par les Alli√©s puis remplac√© par son deuxi√®me fils, le jeune Alexandre Ier[208]. Surtout, de nombreux parents russes du prince hell√®ne, parmi lesquels ses beaux-fr√®res les grands-ducs Paul et Georges, sont assassin√©s par les Bolcheviks[209]. Roland Bonaparte, le p√®re de Marie, souffre lui-aussi des √©v√©nements qui secouent l'Europe mais c'est parce que l'arriv√©e des communistes √† Moscou lui fait perdre la moiti√© de sa fortune, constitu√©e en grande partie d'emprunts russes[203].

Entre Paris et la province

Carte postale souvenir montrant une mère et ses deux enfants.
Marie et ses enfants, Eugénie et Pierre de Grèce (1912).

√Ä la fin de la Premi√®re Guerre mondiale, Marie et Aristide Briand s'√©loignent progressivement, m√™me s'ils restent en bons termes[210]. L'homme politique souffre en effet de la frigidit√© de la princesse, qui peine √† se donner √† lui[211]. Cela n'emp√™che pas celle-ci d'acqu√©rir, en 1918, le ch√Ęteau de Blain, √©troitement li√© √† l'enfance du Pr√©sident du Conseil[212]. Pendant cette p√©riode, la princesse voyage √† plusieurs reprises en province avec ses enfants. Elle se rend ainsi √† Nice pour voir ¬ę Mimau ¬Ľ[213], qui meurt le [214], et s√©journe longuement dans son domaine breton, notamment lorsque la grippe espagnole frappe la capitale[215].

Le , Marie signe un contrat avec les √©ditions Flammarion pour la publication d'un premier ouvrage. Paru dans la collection dirig√©e par Gustave Le Bon, il est intitul√© Guerres militaires et guerres sociales[123] - [216] - [217]. L'√©criture de ce livre est l'occasion, pour la princesse, de se plonger dans l'√©tude de la vie politique. Elle assiste ainsi √† de nombreux meetings socialistes et d√©vore les auteurs communistes, parmi lesquels L√©nine et Trotski[218]. Aboutissement d'un travail de longue haleine, cet ouvrage de m√©ditations sur la guerre refl√®te avant tout, d'apr√®s C√©lia Bertin, la biographe de la princesse, ¬ę l'originalit√© d'esprit et l'individualisme de son auteur ¬Ľ[218].

La princesse consacre par ailleurs beaucoup de temps à ses enfants et les emmène notamment voir leur grand-mère, la reine Olga Constantinovna de Russie, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, en [219]. Mère attentive mais parfois étouffante[220], elle est particulièrement fière de son fils Pierre mais se montre plus négligente vis-à-vis d'Eugénie, qui en conçoit une forte jalousie[220]. Alors que Georges s'occupe de l'éducation religieuse des petits princes[221], Marie supervise leur formation intellectuelle[222]. D'abord confiés aux soins d’un précepteur suisse, Henri Hoesli[223], les enfants étudient plus tard dans des lycées publics, ce qui est, à l'époque, très atypique dans le milieu des familles royales[224].

Pendant ce temps, la belle-famille de Marie continue √† p√Ętir des bouleversements li√©s √† la Grande guerre. Prisonnier des v√©niz√©listes depuis son av√®nement[225], Alexandre Ier meurt subitement apr√®s avoir √©t√© mordu par un singe domestique le [219]. Cet √©v√©nement tragique, qui survient au moment o√Ļ la Gr√®ce est aux prises avec la Turquie √† propos de la domination de l'Asie mineure, permet √† Constantin Ier d'√™tre rappel√© sur le tr√īne. Une succession de d√©sastres militaires conduit cependant le souverain √† abdiquer au profit de son fils a√ģn√©, en 1922[226]. Incapable de r√©tablir la situation, Georges II est bient√īt chass√© du pouvoir et la R√©publique est proclam√©e √† Ath√®nes le [227]. Marie accueille alors, dans une petite maison qu'elle poss√®de √† Saint-Cloud, son beau-fr√®re le prince Andr√© et la famille de celui-ci[228] - [229].

√Čcriture, amour et maladie

Visage d'un homme joufflue, à la grosse moustache.
Roland Bonaparte, vers 1914.

À partir de 1922, la santé de Roland Bonaparte se dégrade[230]. Atteint d'un cancer de la prostate, le prince subit plusieurs opérations et Marie revient vivre avenue d'Iéna pour prendre soin de lui[231]. Très préoccupée par le sort de son père, elle commence la rédaction d'un nouvel ouvrage, dans lequel elle exprime son amour filial. Publié seulement en 1951, il est intitulé Monologue devant la vie et la mort[232]. En parallèle, la princesse rédige un autre livre, aux tonalités pessimistes. Dédié à ses enfants, il est composé d'impressions sur la propriété de Saint-Cloud et de quatre contes. Publié en 1924, il a pour titre Le Printemps sur mon jardin[233] - [234] - [235].

L'√©loignement d'Aristide Briand[236] et la maladie du prince Roland rapprochent Marie du Dr Jean Troisier[237], √©poux de Genevi√®ve Ollivier depuis 1911[166] - [238]. La princesse et le m√©decin partagent en effet le m√™me amour de la musique[239]. Marie est en outre fascin√©e par le savoir de celui qui lui rappelle combien elle aurait aim√© devenir m√©decin[236]. Dans ces conditions, la princesse tombe, une nouvelle fois, amoureuse et Jean Troisier devient son amant en [240]. En d√©pit de la forte amiti√© qui l'unit √† Genevi√®ve Ollivier depuis l'adolescence, Marie n'√©prouve aucun remords vis-√†-vis d'elle. La princesse souffre, par contre, de la frigidit√© qui la bloque, et dont Troisier joue en comparant sa ma√ģtresse √† son √©pouse, avec laquelle il continue r√©guli√®rement √† accomplir son devoir conjugal[241].

√Ä mesure que sa relation avec son nouvel amant devient plus √©troite, la princesse s'√©loigne de Gustave Le Bon, dont l'intellect lui para√ģt d√©sormais bien limit√©. C'est pourtant le vieil homme qui lui fait d√©couvrir Sigmund Freud, en lui conseillant la lecture de l'Introduction √† la psychanalyse, r√©cemment traduite en fran√ßais[242]. Peu de temps apr√®s, le , Marie fait la connaissance du Dr Ren√© Laforgue, correspondant du fondateur de la psychanalyse[243] - [244], qui devient vite son confident[245]. Obs√©d√©e par ses probl√®mes sexuels, la princesse se passionne √©galement pour les travaux du chirurgien autrichien Josef von Halban, dont elle se fait rapidement la propagandiste. En , elle publie ainsi, sous le pseudonyme d'¬ę A.-E. Narjani ¬Ľ, un article intitul√© ¬ę Consid√©rations sur les causes anatomiques de la frigidit√© chez la femme ¬Ľ. √Ä partir de pr√©tendues observations r√©alis√©es sur ¬ę 200 sujets pris au hasard dans la population parisienne ¬Ľ, elle y soutient que la distance entre le clitoris et le m√©at ur√©tral est responsable de l'absence d'orgasme chez certaines femmes[123] - [246] - [247] - [248].

La mort du prince Roland et ses conséquences

Fa√ßade d'un b√Ętiment de style n√©o-classique
L'h√ītel-Roland, actuel Shangri-La Paris, en 2011.

Roland Bonaparte meurt dans son h√ītel particulier de l'avenue d'I√©na, le [249]. La disparition de son p√®re cause un grand trouble dans la psych√© de la princesse. Celle-ci doit, en effet, surmonter l'absence d'un homme qu'elle a toujours adul√© mais qui ne lui a jamais vraiment t√©moign√© son amour[232]. Elle doit, en outre, g√©rer sa succession (estim√©e √† 60 millions de francs) et ¬ę remuer le pass√© ¬Ľ en d√©m√©nageant sa maison, qu'elle ne souhaite nullement habiter et qui regorge de livres, de plantes s√©ch√©es, de min√©raux, de meubles et d'objets de style Empire, qu'elle d√©teste[250]. Bient√īt atteinte de d√©pression, elle est travers√©e de pens√©es suicidaires[251]. Elle d√©veloppe, par ailleurs, une crise de salpingite[252] et se fait, ensuite, op√©rer d'un kyste ovarien, ce qui la laisse dans un √©tat de grande fatigue[253].

Tiraill√©e entre la libert√© √† laquelle elle aspire et ses responsabilit√©s d'altesse royale[224], l'arri√®re-petite-ni√®ce de Napol√©on Ier supporte, en outre, de plus en plus mal de devoir participer aux √©v√©nements mondains organis√©s par la parent√®le du prince Georges. Ses convictions r√©publicaines choquent en effet avec l'atmosph√®re pass√©iste qui lui semble r√©gner autour des familles royales[254]. La princesse vit, par ailleurs, dans la crainte de perdre son amant, de vieillir et de devenir laide[255]. Elle trouve, malgr√© tout, la force de continuer √† √©crire. Elle r√©dige ainsi, durant l'√©t√© 1924, Les Glauques aventures de Flyda des Mers[256]. Publi√©e seulement en 1950, cette Ňďuvre constitue, selon les mots de C√©lia Bertin, un r√©cit maladroit dans lequel se ¬ę devine la profondeur du d√©sespoir ¬Ľ de son auteur[257].

Consciente qu'elle est victime de troubles psychiques, Marie se livre toutefois √† une s√©rie d'op√©rations de chirurgie esth√©tique, durant l'hiver 1924-1925. Le Dr Harold Gillies lui retouche alors les seins[253], avant de rectifier la petite cicatrice qu'elle a √† la base du nez et qu'elle a d√©j√† fait op√©rer √† deux reprises[258]. Quelques mois plus tard, la princesse part effectuer une cure thermale √† Salies-de-B√©arn[259]. Parall√®lement, elle demande au Dr Ren√© Laforgue, avec lequel elle a effectu√© quelques s√©ances qu'elle ne souhaite pas poursuivre[260], d'interc√©der aupr√®s de Sigmund Freud pour qu'il la re√ßoive en analyse[261] - [262]. Contact√© par son disciple en [260], le praticien autrichien se m√©fie d'abord de cette personne c√©l√®bre et mondaine[260] - [263] et refuse, dans un premier temps, de recevoir Marie parce qu'il la soup√ßonne de vouloir le rencontrer pour se divertir. Apr√®s plusieurs √©changes √©pistolaires, il se ravise cependant et rendez-vous est pris, √† Vienne, pour le [261] - [262]. √Člisabeth Roudinesco pr√©cise que Marie Bonaparte ne cherche pas seulement aupr√®s de Freud une r√©solution de ses probl√®mes, mais veut aussi recevoir de sa part une formation didactique[264].

La rencontre avec Sigmund Freud

Sigmund Freud, analyste et ma√ģtre √† penser de Marie (v. 1921).

En d√©pit de l'opposition du prince Georges et de Jean Troisier, Marie se rend donc en Autriche pour y rencontrer le p√®re de la psychanalyse[265]. Jusqu'√† la mi-[266], Sigmund Freud la re√ßoit quotidiennement au cours d'une, puis deux, s√©ances organis√©es dans sa demeure[267]. Une confiance r√©ciproque se noue alors entre l'analysante et le vieux praticien, qui ne tarde pas √† se confier √† la princesse[268] - [269]. Il lui parle ainsi de son cancer de la m√Ęchoire, de ses d√©boires amicaux[268], des deuils familiaux qui l'ont frapp√©[270] et des difficult√©s financi√®res qu'il a travers√©es apr√®s la Premi√®re Guerre mondiale[271]. Il lui explique √©galement qu'avant sa rencontre, il n'esp√©rait plus rien de la vie, mais qu'il voit d√©sormais en elle l'introductrice de la psychanalyse en France[270]. De son c√īt√©, Marie est totalement fascin√©e par Freud[268] et ne ressent aucune difficult√© √† lui confier son intimit√©. Durant l'analyse, elle ne rencontre d'ailleurs qu'une seule vraie r√©sistance, lorsque Freud interpr√®te l'un de ses r√™ves en disant qu'elle a probablement vu des adultes faire l'amour lorsqu'elle √©tait enfant[272] - [273]. Au cours de ses s√©ances, Marie prend de nombreuses notes, qui sont plus tard utilis√©es par Ernest Jones pour √©crire la premi√®re biographie de Freud[274]. √Člisabeth Roudinesco rapporte que la cure de Marie est bien plus longue que celle des autres disciples, s'√©talant par tranches de 1925 √† 1938. Entre 1925 et 1927, elle d√©couvre que son inconscient est une ¬ę b√™te f√©roce, heureusement domin√©e par un g√©nial dompteur ¬Ľ. Freud lui fait appara√ģtre son caract√®re justicier, voulant se venger de son p√®re qu'elle aimait sans qu'il ne lui rende l'amour en retour[275].

Durant son s√©jour viennois, Marie doit par contre affronter les r√©criminations √©pistolaires de son entourage. √Ä Paris, le prince Georges se montre particuli√®rement irrit√© par son absence et il rend la vie difficile aux enfants et √† leur gouvernante, Violet Croisdale, qui menace de d√©missionner. Eug√©nie est en pleine crise d'adolescence et ne supporte plus son p√®re, dont elle souffre de la froideur. De son c√īt√©, Pierre se montre jaloux de la relation que sa m√®re entretient avec Sigmund Freud. Surtout, le marquis de Villeneuve r√©clame sa ni√®ce apr√®s qu'il a √©t√© victime d'une crise d'apoplexie, qui l'a laiss√© √† demi-paralys√©[276]... Au fil de ses ann√©es de mariage, Marie a accumul√© beaucoup d'agressivit√© vis-√†-vis de son √©poux et celle-ci ressort au cours de son analyse. Cependant, Freud rassure la princesse en lui d√©montrant que Georges ne constitue nullement une menace pour son d√©veloppement intellectuel[276]. Finalement, Marie quitte Vienne avec l'espoir d'avoir enfin d√©couvert la cl√© de sa frigidit√© mais aussi d'avoir trouv√© un m√©tier dans lequel elle va pouvoir se r√©aliser[276].

De retour √† Paris, la princesse subit les plaintes de son entourage[266]. Toujours √©prise de Jean Troisier, elle est aussi confront√©e √† son opposition √† ce qu'elle devienne psychanalyste. Cela n'emp√™che pas la princesse de retourner √† Vienne d√®s le [277]. Son analyse fait alors des progr√®s rapides[278]. Ayant confi√© √† Freud les cahiers de B√™tises qu'elle a r√©dig√©s lorsqu'elle √©tait enfant[276] et qu'elle a retrouv√©s en d√©m√©nageant l'h√ītel-Roland[279], celui-ci arrive √† la conclusion qu'elle a √©t√© le t√©moin de relations sexuelles entre sa nourrice, Rose Boulet, et Pascal Sinibaldi, quand elle √©tait enfant. De l√†, la princesse aurait int√©gr√© l'id√©e que le co√Įt est √† la fois une exp√©rience enviable et une agression contre la femme[278]. Parall√®lement √† son analyse, Marie assiste, gr√Ęce √† l'intervention du professeur Julius Wagner-Jauregg, √† des consultations √† la clinique psychiatrique de l'h√īpital g√©n√©ral de Vienne[280]. Elle se lie par ailleurs d'amiti√© avec deux proches de Freud, sa fille Anna[281] et l'Am√©ricaine Ruth Mack[282]. Finalement, la princesse se lance dans la traduction d'un ouvrage de Freud intitul√© Un souvenir d'enfance de L√©onard de Vinci[280].

La fondation de la Société psychanalytique de Paris

Potrait d'un homme moustachu.
Le Dr Jean Troisier (v. 1930), deuxième grand amour de Marie.

Rentr√©e √† Paris le [283], Marie retrouve Pascal Sinibaldi[284], avec lequel sa famille a rompu pour des histoires d'argent plus de 20 ans auparavant[117]. En d√©pit des 82 ans du vieil homme, la princesse n'h√©site pas √† le tourmenter jusqu'√† ce qu'il lui avoue avoir couch√© avec sa nourrice devant elle, lorsqu'elle avait entre six mois et trois ans et demi[275] - [284] - [285] - [286]. Une fois cette confession obtenue, l'arri√®re-petite-ni√®ce de Napol√©on Ier assiste, le , chez Ren√© Laforgue, √† la premi√®re r√©union du groupe qui va donner naissance √† la Soci√©t√© psychanalytique de Paris[287]. Ces √©v√©nements n'emp√™chent pas la princesse de continuer √† vouloir devenir m√©decin, et cela malgr√© l'opposition de ses amis les Dr Jean Troisier et Charles Talamon[288], et surtout de Sigmund Freud lui-m√™me, qui montre ainsi son appui √† l'analyse profane[275] - [289]. De son c√īt√©, le prince Georges continue √† d√©sapprouver son travail et il lui demande solennellement d'y mettre un terme afin de mieux se consacrer √† sa famille, ce qu'elle refuse[290].

La mort en exil de la reine Olga Constantinovna de Russie en est l'occasion, pour Marie et sa parent√®le, d'un voyage en Italie. Apr√®s les fun√©railles royales, la princesse et ses enfants se rendent √† Semmering, o√Ļ Freud passe, chaque ann√©e, ses vacances avec sa famille. La rencontre est un succ√®s, puisque Pierre et Eug√©nie s'attachent sinc√®rement au vieux praticien et √† ses proches[291]. Ce s√©jour est l'occasion, pour Marie, de travailler sur l'origine de ses terreurs enfantines, une fois encore li√©es √† sa d√©couverte pr√©coce de la sexualit√©[292]. En d√©pit de la conversion de la princesse √† la psychanalyse, celle-ci continue √† chercher une r√©ponse physiologique √† sa frigidit√©. Elle profite ainsi d'un passage √† Vienne pour rencontrer le gyn√©cologue Josef von Halban, dont les recherches la fascinent depuis plusieurs ann√©es[293].

Apr√®s un bref retour en France √† la fin de l'√©t√©, Marie revient poursuivre son analyse en Autriche[294]. Elle s√©journe, cependant, √† Paris en pour participer √† la cr√©ation de la Soci√©t√© psychanalytique, qui r√©unit alors 9 membres (parmi lesquels 7 hommes, tous m√©decins, et 2 femmes ¬ę profanes ¬Ľ)[N 6] - [295] - [296]. En parall√®le, la princesse intervient dans la fondation de la Revue fran√ßaise de psychanalyse, dont elle impose, gr√Ęce √† l'importance de ses financements, une partie des statuts, le nom et la mention ¬ę sous le haut patronage du Professeur S. Freud ¬Ľ sur sa couverture[297]. Par la suite, Marie dirige la partie non m√©dicale de la revue[298], pour laquelle elle traduit ou √©crit plusieurs textes[299], dont un sur la meurtri√®re Mme Lef√®bvre[300] - [301] - [302] - [303]. D'apr√®s R√©my Amouroux, la princesse est ainsi √† l'origine d'environ 12 % des textes publi√©s dans la Revue entre 1927 et 1962[304].

Entre difficultés familiales et carrière psychanalytique

Quelques semaines apr√®s ces √©v√©nements, la princesse Eug√©nie est victime d'une pleur√©sie et sa m√®re rentre pr√©cipitamment en France[305]. Depuis la rencontre de Marie avec Sigmund Freud, ses proches se lamentent r√©guli√®rement de son absence[306]. Afin de calmer son √©poux et de s'en lib√©rer, la princesse lui a donc achet√© un h√ītel particulier, situ√© rue Adolphe-Yvon, √† Paris[307]. Elle emm√®ne, maintenant, ses enfants en voyage dans la r√©gion des lacs italiens[308] puis installe Eug√©nie √† Leysin, en Suisse, o√Ļ elle suit un traitement qui dure plusieurs ann√©es[309]. Tout cela n'emp√™che pas Marie de poursuivre ses propres activit√©s. Elle continue son travail psychanalytique tout en envisageant encore des √©tudes de m√©decine[310]. Elle maintient, par ailleurs, sa liaison avec le Dr Jean Troisier et en entame une autre, purement sexuelle celle-l√†, avec le jeune psychanalyste Rudolph Loewenstein[311]. Malgr√© l'opposition de Sigmund Freud, elle se fait par ailleurs op√©rer du clitoris par le gyn√©cologue Josef von Halban, sans que cela r√©solve ses probl√®mes de frigidit√©[312] - [313].

photographie d'un homme dans un parc paysager, il porte des lunettes, un costume et une cravate. Dans sa main droite un porte-cigarette.
Rudolph Loewenstein (v. 1960), amant et ami de Marie.

En , la publication de la traduction, par Marie, d'Un souvenir d'enfance de L√©onard de Vinci provoque un √©norme scandale dans son milieu et Georges reproche √† son √©pouse d'avoir associ√© le nom de la famille royale de Gr√®ce √† un ouvrage qui ¬ę salit ¬Ľ le ma√ģtre italien en lui pr√™tant des pulsions homosexuelles. Cependant, cette pol√©mique ne fait que renforcer Marie dans la conviction que son travail en vaut la peine[314] - [315]. En 1928, la princesse prend en analyse ses trois premiers patients, parmi lesquels Valerio Jahier et sa femme Alice, qui a laiss√© un t√©moignage de ses s√©ances[316] - [317] - [318]. D√®s le d√©part, la pratique de la princesse se r√©v√®le peu orthodoxe : elle fait ainsi venir, avec son chauffeur, les analysants dans sa villa de Saint-Cloud puis les s√©ances se d√©roulent, quand le temps le permet, dans le jardin, o√Ļ la princesse s'adonne au crochet tout en √©tant √©tendue sur une chaise-longue. Plus tard, la princesse emm√®ne m√™me ses patients avec elle en voyage √† Saint-Tropez ou √† Ath√®nes[319] - [320].

En parall√®le, Marie poursuit sa propre analyse avec Freud jusqu'en 1929[321] - [322] - [323]. Par la suite, le praticien autrichien devient surtout son ami et elle prend r√©guli√®rement conseil aupr√®s de lui[324]. En manifestation de sa confiance, Freud lui offre d'ailleurs une bague sertie d'une intaille, bijou qu'il r√©serve √† ses plus proches fid√®les[325]. Cela n'emp√™che pas la princesse de suivre une autre analyse, avec Rudolph Loewenstein, √† partir de 1932[326]. Elle continue par ailleurs √† traduire en fran√ßais l'Ňďuvre de son ma√ģtre √† penser et publie plusieurs de ses √©crits entre 1928 et 1933[327]. Elle produit aussi ses propres textes, souvent issus de son histoire personnelle[324] - [328]. C'est cependant la publication de son √©tude analytique de la biographie d'Edgar Allan Poe, en 1933, qui satisfait le plus Sigmund Freud, qui y voit ¬ę le meilleur de ce qu'[elle a] jamais √©crit ¬Ľ[329]. Gr√Ęce √† son travail, Marie gagne une r√©elle c√©l√©brit√© dans les milieux intellectuels. En 1931, elle est ainsi invit√©e √† faire une conf√©rence √† la Sorbonne √† l'occasion des 75 ans de Freud[330]. Surtout, en 1932, elle fait sa premi√®re communication, √† Wiesbaden, devant le congr√®s de l'Association psychanalytique internationale, qui la charge en outre de superviser la gestion de l'Internationaler Psychoanalytischer Verlag[331]. Dans le m√™me temps, les travaux de la princesse commencent √† √™tre eux-m√™mes traduits en langues √©trang√®res[332].

Ses succès intellectuels ne résolvent pas, pour autant, les troubles intérieurs de la princesse. En , elle subit ainsi une seconde opération avec le professeur Josef von Halban, qui ajoute, cette fois, l'hystérectomie à l'intervention sur son clitoris[333] - [334]. Sa frigidité ne guérissant toujours pas, elle se livre à une troisième chirurgie correctrice sur son vagin en [330], sans plus de succès[335]. La relation de Marie avec le Dr Troisier reste, par ailleurs, orageuse et la princesse multiplie les aventures avec d'autres hommes, comme Raymond de Saussure[336] ou Bronislaw Malinowski[331], pour se venger de lui[336]. Les liens de Marie avec ses enfants restent, eux aussi, complexes. Alors qu'elle voit en Eugénie la seule personne qui la comprenne vraiment, la jeune fille continue à douter de l'amour de sa mère[337]. Surtout, la relation qu'entretiennent Marie et Pierre est perturbée par un désir incestueux mutuel, finalement découragé par Sigmund Freud[338] - [339].

La montée du nazisme et le sauvetage de Freud

Visages de profil d'un homme et d'une femme
Pierre de Grèce et son épouse Irène par Leo A. Robitschek (v. 1941).

Adolf Hitler arrive au pouvoir à Berlin le et, très vite, la montée du nazisme inquiète Marie, qui se préoccupe des conséquences qu'elle pourrait avoir sur Sigmund Freud et les milieux psychanalytiques germaniques[340]. Cela ne l'empêche pas de poursuivre son travail et de se lancer dans des recherches sur la sexualité féminine[341], qui l'amènent à s'opposer aux théories d'autres psychanalystes, comme Helene Deutsch[342], Jeanne Lampl[343], voire Freud lui-même[344]. En 1934, la princesse finance la création de l'Institut de Psychanalyse de Paris, dont le but est de former de nouveaux psychanalystes[345], et devient également vice-présidente de la Société psychanalytique de Paris[346]. Elle rédige, en outre, des commentaires entourant ses cahiers de Bêtises, dans le but de les publier[347]. Des années après avoir appris le grec et le danois[348], Marie se lance, par ailleurs, dans l'apprentissage de la langue et de la culture kikouyous avec Jomo Kenyatta, qui séjourne, en 1935, à Paris avec Bronislaw Malinowski. Elle s'intéresse, en effet, aux rites initiatiques des Africains et, en particulier, à la pratique de l'excision au Kenya[349] - [350].

Les années 1930 sont aussi l'occasion de retrouvailles avec la parentèle du prince Georges, que ce soit à l'occasion de mariages, de funérailles ou de simples rencontres[351]. En 1935, la monarchie est restaurée en Grèce et Georges II reprend le pouvoir, à Athènes[352]. Les portes de la Grèce leur étant à nouveau ouvertes, Marie et sa famille effectuent plusieurs séjour dans leur pays, sans que la princesse en éprouve de déplaisir, comme des années auparavant[353]. Malgré tout, ses proches sont aussi un sujet de préoccupation pour Marie. Certes, la princesse a la joie de voir sa fille Eugénie, guérie depuis 1933[341], faire un beau mariage avec le prince Dominique Radziwill[354] et donner naissance à une petite fille, prénommée Tatiana, en 1939[355]. Elle n'en souffre pas moins du comportement de son fils Pierre, qui épouse, la même année, une femme dont elle se méfie, la divorcée d'origine russe Irène Ovtchinnikova[356]. Pour des raisons très différentes, Marie est aussi blessée par la froideur que lui témoigne son époux après le décès du prince Valdemar de Danemark, survenu la même année[357].

C'est cependant l'annexion de l'Autriche par le Troisi√®me Reich, le , qui bouleverse le plus la princesse[358]. Elle qui avait fait des d√©marches pour que Sigmund Freud re√ßoive le prix Nobel de litt√©rature, deux ans plus t√īt[358], se rend √† Vienne, le , pour organiser sa fuite[358]. Install√©e √† la l√©gation grecque[358], la princesse fait jouer tous ses contacts pour permettre √† Freud et √† ses proches de s'installer √† Londres avec leurs biens et leurs √©conomies[359] - [360] - [361]. Elle avance, en outre, le prix de la ran√ßon que les nazis exigent pour autoriser son ma√ģtre √† quitter l'Autriche et sauve aussi nombre de ses papiers personnels[362] - [363] - [364]. Marie ne se pr√©occupe cependant pas que du sort de la famille Freud. Durant son s√©jour viennois, elle contribue √† sauver pas moins de 200 intellectuels, parmi lesquels Heinz Hartmann et son √©pouse Dora[365]. Elle √©choue, toutefois, √† mettre en lieu s√Ľr les quatre sŇďurs de Freud, qui sont finalement d√©port√©es et assassin√©es[366].

L'invasion de la France et de la Grèce

Portrait d'une femme de trois-quarts, montrant son épaule dénudée.
Portrait de Marie par Philip de Laszlo (1921).

L'année 1939 est marquée par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale après l'invasion allemande de la Pologne[355] et par le décès de Sigmund Freud, aux funérailles duquel la princesse parvient à assister malgré les combats[367]. De manière plus anecdotique, mais pas moins importante pour Marie, 1939 est aussi l'année de la mort de Tatoun, doyen des chiens de la famille princière[N 7] - [355]. Alors que les troupes allemandes s'abattent peu à peu sur l'Europe, Marie est aussi le témoin des fractures qui se dessinent à l'intérieur de la Société psychanalytique de Paris entre partisans d'une stricte orthodoxie freudienne (Rudolph Loewenstein et Marie) et soutiens d'une psychanalyse à la française (René Laforgue et Henri Claude, eux-mêmes très divisés)[368].

L'invasion de la France par la Wehrmacht en mai- laisse la princesse d√©sempar√©e[369]. R√©fugi√©e avec son √©poux √† B√©nodet, en Bretagne, elle n'assiste pas √† l'entr√©e des Allemands dans Paris, contrairement √† son amant, le Dr Jean Troisier[370], avec lequel ses relations se sont apais√©es[371]. De retour √† Saint-Cloud une fois l'armistice sign√©, Marie retrouve sa propri√©t√© pill√©e par l'occupant[370]. Par la suite, le couple princier rejoint Eug√©nie, Dominique et Tatiana Radziwill √† Saint-Tropez[372], o√Ļ Marie a acquis, en 1930, une propri√©t√© mitoyenne de celle de Genevi√®ve Ollivier-Troisier, le Lys de mer[N 8] - [330].

Quelque temps apr√®s ces retrouvailles, les Radziwill informent Marie et Georges de leur d√©sir de s'exiler en Afrique puis quittent la France. N'ayant plus de raison de rester en France apr√®s la dispersion des cercles psychanalytiques parisiens, Marie et Georges profitent finalement de ce que l'Allemagne n'est pas encore en guerre avec la Gr√®ce pour quitter l'hexagone et gagner Ath√®nes, o√Ļ ils arrivent en [373]. Cependant, le d√©clenchement de la bataille de Gr√®ce en oblige bient√īt le couple princier et le reste de la famille royale √† trouver refuge en Cr√®te, puis en √Čgypte[374] - [375].

L'exil africain

Portrait d'une femme aux cheveux courts.
Anna Freud (1956), amie et confidente de Marie.

Arriv√©s √† Alexandrie dans la nuit du [376], Marie et ses proches y restent jusqu'au . √Ä cette date, la famille embarque √† bord du navire hollandais Nieuw Amsterdam, qui les conduit jusqu'√† Durban, o√Ļ ils arrivent le [377] - [378]. Durant son bref s√©jour en √Čgypte, l'arri√®re-petite-ni√®ce de Napol√©on Ier poursuit ses travaux sur la sexualit√© f√©minine. En compagnie du professeur Naguib Pacha Mahfouz, elle rencontre ainsi des femmes victimes de mutilation g√©nitale √† l'h√īpital copte. Cela la conduit √† des conclusions oppos√©es √† celles de Sigmund Freud, persuad√© du maintien du plaisir f√©minin chez les femmes excis√©es[379].

Arriv√©s en Afrique australe, Marie, Georges et leur parent√®le commencent par visiter le parc Kruger et les chutes Victoria. Puis, les exil√©s royaux s'installent au Cap, o√Ļ ils occupent tour √† tour plusieurs maisons[380]. Dans la capitale sud-africaine, Marie se remet au travail. Avec sa belle-famille, elle reprend l'√©tude du grec[381] avant de se lancer dans l'apprentissage du russe[382]. La princesse lit par ailleurs Nietzsche[383], Huxley[384] et Rilke[385]. Elle passe aussi beaucoup de temps √† √©crire, soit pour ses recherches[386], soit pour sa correspondance avec le prince Pierre[378], Anna Freud (qui remplace son p√®re dans son r√īle de confident)[387], Jomo Kenyatta[384], Rudolph Loewenstein[385] ou Anne Berman (son amie et ancienne secr√©taire, dont elle s'inqui√®te de la s√©curit√©)[388]. Enfin, elle fr√©quente quelques intellectuels sud-africains, parmi lesquels l'ancien gouverneur Herbert Stanley et l'√©v√™que anglican Wilfrid Parker[384].

√Ä partir de , Marie donne, en outre, un cours hebdomadaire √† des √©tudiants en psychiatrie de l'Universit√© du Cap[383]. Plus tard, elle organise aussi des conf√©rences, durant lesquelles elle n'h√©site pas √† inviter des personnes dont elle ne partage pas le point de vue, comme l'analyste Wolf Sailer, qu'elle m√©prise pour ses positions non-orthodoxes[389]. La princesse reprend √©galement les cures psychanalytiques[390] et passe de longues heures √† √©tudier le d√©veloppement de sa petite-fille Tatiana[391] - [392] et, bient√īt, de son petit-fils Georges Radziwill (n√© en 1942)[383]. Toutes ces occupations n'emp√™chent pas Marie de se sentir malheureuse en Afrique du Sud[379], o√Ļ sa position d'exil√©e l'encha√ģne √† la famille royale et, en particulier, √† son √©poux, dont la sant√© d√©cline et qui se montre souvent d'humeur maussade[393].

La Libération et ses conséquences

Photographie d'un homme assis à une table.
René Laforgue (v. 1930), introducteur de la psychanalyse en France.

Alors que la France est progressivement libérée du joug allemand[394], Marie et Georges décident de rentrer en Europe, laissant Eugénie et sa famille derrière eux. Embarqués à bord de l'Empress of Scotland en , ils arrivent à Londres le suivant. Peu de temps après, Georges est opéré d'un épithélioma du larynx et, pendant sa convalescence, il apprend le décès soudain, à Monte-Carlo, du prince André, dernier de ses frères encore en vie. Dans la capitale britannique, Marie retrouve son fils Pierre, sa nièce la duchesse de Kent et son amie Anna Freud. Sur un plan plus professionnel, la princesse revoit également John Rodker, son éditeur et celui de Freud[395]. Elle est aussi le témoin des dissensions qui sévissent dans la communauté des psychanalystes britanniques[396] et dont Anna l'a déjà avertie pendant la guerre[382].

Le couple princier quitte finalement le Royaume-Uni pour la France le [395]. De retour √† Paris, Marie retrouve Jean Troisier, qui est en train de mourir d'une longue maladie[397]. Pendant le conflit, la princesse a souvent ressenti la nostalgie de son amant[378] et sa mort, le , l'affecte d'autant plus qu'elle doit prendre sous son aile son amie Genevi√®ve, totalement d√©sempar√©e par la perte de son √©poux[398]. En d√©pit de ces √©v√©nements, Marie retrouve ses coll√®gues de la Soci√©t√© psychanalytique de Paris, tr√®s divis√©s en raison de leurs positions divergentes face √† la collaboration[399]. Ren√© Laforgue, qui a introduit la princesse aupr√®s de Sigmund Freud bien des ann√©es auparavant, est ainsi accus√© par une partie de ses pairs d'avoir voulu travailler avec l'ennemi[400]. Ses finances et sa sant√© ne le lui permettant plus, Marie refuse, par contre, de reprendre la gestion de l'Institut de Psychanalyse de Paris et de la Revue fran√ßaise de psychanalyse. D√©go√Ľt√©e par l'√©volution des milieux psychanalytiques, elle d√©cide de se concentrer sur ses propres travaux[396]. Elle termine ainsi la r√©daction de Mythes de guerre, ouvrage commenc√© en 1939 et publi√© en 1947, dans lequel elle analyse les rumeurs qui se propagent au cours des conflits[401].

Marie, qui a d√©j√† s√©journ√© au Br√©sil avec Eug√©nie en 1936[343], r√™ve depuis son enfance de visiter l'Am√©rique du Nord[401]. Le , la princesse, son √©poux, leur fille et leurs deux petits-enfants embarquent donc pour un voyage qui les conduit au Qu√©bec et sur la c√īte est des √Čtats-Unis[402]. √Ä New York, Marie retrouve ses amis Ruth Mack, Rudolph Loewenstein, Olivier Freud et Raymond de Saussure[403]. Elle fait √©galement la connaissance de Jean-Paul Sartre[404]. √Ä Baltimore, la princesse se rend par ailleurs en p√®lerinage sur la tombe d'Edgar Allan Poe, √©crivain sur lequel elle a tant travaill√© par le pass√©[405]. Malgr√© tout, ce voyage, qui s'ach√®ve le [405], n'est pas aussi r√©jouissant que Marie l'esp√©rait, tant elle reste hant√©e par le souvenir du Dr Troisier[406].

Entre vie familiale et soutien à l'analyse profane

Vue d'une tour et d'une partie de la fa√ßade d'un ch√Ęteau.
Le ch√Ęteau de Blain (2018), ancienne propri√©t√© bretonne de Marie.

De retour en France, Marie est confront√©e, pour la premi√®re fois de sa vie, √† des pr√©occupations financi√®res : elle est encore riche, mais doit d√©sormais surveiller ses d√©penses, et celles de son entourage, si elle veut pr√©server son capital[407]. Dans les ann√©es qui suivent, cette situation in√©dite provoque quelques tensions avec le prince Pierre, qui b√©n√©ficie largement de la g√©n√©rosit√© de sa m√®re[408], mais aussi avec le prince Georges, tr√®s pein√© par la vente du ch√Ęteau de Blain et, surtout, de sa maison de la rue Adolphe-Yvon[409]. Ces probl√®mes d'argent n'emp√™chent cependant pas Marie et son √©poux de continuer √† effectuer de fr√©quents s√©jours √† l'√©tranger. √Ä partir de 1948, le couple passe ainsi chaque hiver √† Ath√®nes, o√Ļ il a conserv√© sa r√©sidence de la rue de l'Acad√©mie[410] - [411]. En d√©pit de ses sentiments ambivalents vis-√†-vis de la politique men√©e par ses neveux les rois Georges II[412] et Paul Ier[413], Marie √©prouve de l'affection pour sa parent√®le grecque et elle met √† profit ses s√©jours dans le royaume hell√®ne pour effectuer des consultations √† l'h√īpital psychiatrique, soigner des l√©preux[410] ou s'entretenir avec son ami le psychiatre et psychanalyste Dimitrios Kouretas[414].

En France, Marie partage son temps entre sa famille et son travail. Grand-m√®re aimante et attentive[415], elle accueille avec beaucoup de plaisir la venue au monde d'un troisi√®me petit-enfant, en 1952[416]. Avec la vieillesse, la princesse s'est beaucoup rapproch√©e de son √©poux, dont elle se plaint quand il est pr√©sent mais qui lui manque d√®s qu'il s'√©loigne[417]. Le vieil homme reconna√ģt d√©sormais l'importance que la psychanalyse a dans la vie de sa femme. Il a, par ailleurs, appris √† avoir de l'estime pour Sigmund Freud et √©prouve une r√©elle affection pour sa fille Anna[418]. Au niveau professionnel, la princesse reprend ses consultations et accueille Pierre M√Ęle parmi ses patients[419]. Elle continue √† √©crire et publie, en 1951, De la Sexualit√© de la Femme, ouvrage qui est ¬ę sans doute son Ňďuvre la plus c√©l√®bre et certainement [‚Ķ] la plus controvers√©e √† la parution ¬Ľ, selon C√©lia Bertin[420]. La princesse favorise, par ailleurs, la publication des lettres de Freud √† Wilhelm Fliess[419], qu'elle a acquises en 1937[421] - [422] - [423].

Célèbre représentante de l'analyse profane, qui a elle-même été plusieurs fois menacée d'être envoyée devant la justice française pour sa pratique de l'analyse[424], Marie offre tout son appui à sa collègue Margaret Clark-Williams lorsqu'elle est poursuivie par l'Ordre des médecins pour exercice illégal de la médecine, entre 1950 et 1953[425] - [426] - [427]. La princesse s'insurge alors contre Sacha Nacht, dont elle a elle-même favorisé la carrière[400] et qui refuse son soutien à Mme Clark-Williams alors qu'il est président de la Société psychanalytique de Paris[428]. Plus tard, en 1952, Marie offre le même appui à Elsa Breuer, poursuivie pour des faits similaires[429] - [430]. Or, après plusieurs rebondissements, les deux analystes finissent par perdre leurs procès et se voir interdire l'analyse, ce qui attriste grandement la princesse[431].

La lutte contre Jacques Lacan

Portrait d'un homme à lunettes, en position trois-quarts.
Jacques Lacan, ennemi de Marie, représenté par Blatterhin.

L'√©puration termin√©e, le milieu psychanalytique fran√ßais reste tr√®s divis√© et Marie est l'une des principales protagonistes des luttes de pouvoir qui s'y d√©roulent[432]. Successeur de John Leuba (dont la princesse √©tait vice-pr√©sidente)[400], Sacha Nacht conserve la pr√©sidence de la Soci√©t√© psychanalytique de Paris durant plusieurs ann√©es. En 1951, il se fait r√©√©lire gr√Ęce au soutien de Jacques Lacan, qui devient alors vice-pr√©sident[433], au grand dam de Marie, qui le m√©prise[434]. De fait, la princesse reproche √† Lacan de ne pas avoir termin√© son analyse avec Rudolph Loewenstein comme il s'y √©tait engag√© avant d'√™tre admis dans la Soci√©t√©[435]. Surtout, elle consid√®re qu'en organisant des ¬ę s√©ances courtes ¬Ľ, celui-ci ne respecte pas le r√®glement de la Soci√©t√©[436].

Comme l'indique √Člisabeth Roudinesco, ¬ę de son c√īt√©, Jacques Lacan n'√©pargne pas [non plus] la princesse ¬Ľ. Dans une lettre √† Loewenstein, il √©crit, √† propos de Marie : ¬ę certes, on peut consid√©rer que l'action de cette personne a toujours √©t√© n√©faste dans notre groupe. Le prestige social qu'elle repr√©sente ne peut qu'y fausser les rapports. Celui qu'elle tire de son r√īle aupr√®s de Freud la fait √©couter par tous avec une patience qui prend figure d'approbation. Le respect d√Ľ √† une femme √Ęg√©e entra√ģne une tol√©rance √† ses avis qui d√©moralise les jeunes aux yeux desquels nous apparaissons dans une suj√©tion ridicule ¬Ľ[437]. Dans cette lutte, Marie est souvent isol√©e[438] et, en 1953, son ennemi est √©lu pr√©sident de la Soci√©t√©[439]. Bient√īt mis en minorit√© √† cause de ses positions sur l'analyse didactique, Lacan doit pourtant d√©missionner de ses fonctions, mais la Soci√©t√© n'en ressort pas indemne. Plusieurs de ses membres font en effet s√©cession et Daniel Lagache, ancien vice-pr√©sident de Lacan, cr√©e la Soci√©t√© fran√ßaise de psychanalyse, concurrente[440]. Moins connu est le combat que m√®ne, sans grand succ√®s, la princesse contre la m√©decine psychosomatique et son repr√©sentant dans l'hexagone, Pierre Marty, au d√©but des ann√©es 1950[441] - [442].

Ces √©v√©nements se produisent dans le contexte de la r√©ouverture, au n¬į 187 de la rue Saint-Jacques, de l'Institut de psychanalyse de Paris, en faveur duquel Marie fait don de 600 000 francs, auxquels viennent s'ajouter des fonds collect√©s aupr√®s de ses amis am√©ricains (2 300 dollars) et, surtout, du baron Guy de Rothschild et de sa m√®re Germaine (900 000 francs). Outre cet argent, la princesse offre √† l'Institut une partie du mobilier de l'ancienne maison de la rue Adolphe-Yvon ainsi que sa biblioth√®que psychanalytique[443]. En d√©pit de cette g√©n√©rosit√©, la direction de la Soci√©t√© de psychanalyse de Paris nomme, dans le comit√© d'honneur de l'Institut, les Dr Jean Delay et Georges Heuyer, ennemis de l'analyse profane, ce qui heurte profond√©ment la princesse, d√©j√† affect√©e par le sort r√©serv√© √† Margaret Clark-Williams[444]. Cela ne l'emp√™che pas d'accepter la pr√©sidence d'honneur de la commission de l'enseignement et du conseil d'administration de l'Institut[445].

Depuis quelques ann√©es, Marie rencontre finalement plus de reconnaissance dans les milieux psychanalytiques internationaux qu'en France. √Ä l'occasion de ses 70 ans, Rudolph Lowenstein publie ainsi un recueil d'articles intitul√© Drives, Affects, Behavior: Essays in Honor of Marie Bonaparte (1952). Y interviennent nombre d'auteurs √©trangers, parmi lesquels Ernest Jones, qui rendent un hommage appuy√© √† son travail[446]. Surtout, la princesse est nomm√©e vice-pr√©sidente de l'Association psychanalytique internationale aux c√īt√©s d'Anna Freud, Jeanne Lampl et Philippe Sarasin[447]. En 1951, elle pr√©side le symposium sur ¬ę les influences r√©ciproques dans le d√©veloppement de l'ego et de l'id ¬Ľ[448]. En 1957, Marie accueille m√™me, dans sa r√©sidence de Saint-Cloud, la r√©union du comit√© central du XXe Congr√®s international de psychanalyse[449]. Dans ces conditions, Lacan, Lagache et leurs disciples voient chacune de leurs demandes d'adh√©sion √† l'Association internationale rejet√©e[450] jusqu'en 1963, date de l'int√©gration de l'Association psychanalytique de France, √† laquelle Lacan n'appartient pas[451].

Dernières années

Photographie d'un homme vêtu d'un uniforme de marin
Le prince Georges dans sa jeunesse (1902).

À partir de 1956, l'état de santé du prince Georges se dégrade et Marie passe de longues heures à le veiller après une opération pour une hernie étranglée[452]. À la mi-novembre, la princesse part cependant pour un voyage en Inde avec Solange Troisier, fille de son amant disparu. À Kalimpong, celles-ci retrouvent le prince Pierre et son épouse Irène, partis étudier les exilés tibétains fuyant l'invasion de leur pays par la Chine[453]. Revenue en France après un séjour d'un mois, la princesse y retrouve son mari atteint d'une bronchite[454]. Durant les mois qui suivent, la santé de son époux s'aggrave[455]. Victime d'une hématurie en , il traverse une longue période d'agonie, mêlée d'angoisses devant la mort. Veillé par son épouse jusqu'à son dernier souffle, il meurt finalement dans la nuit du 24 au [456].

Marie et Georges n'avaient plus de vie intime depuis 1912[209] et la princesse a appris √† accepter son homosexualit√©, qui l'a d'abord fait beaucoup souffrir[149] - [457]. Pendant la nuit qui suit sa mort, elle embrasse son √©poux sur le front afin de respecter son refus de lui donner ses l√®vres[458] - [459]. Par la suite, elle fait placer dans le cercueil du prince une m√®che de cheveux et une photographie de Valdemar de Danemark, ainsi qu'un saint Christophe qu'il lui avait offert. √Ä la n√©cropole royale de Tato√Į, o√Ļ Georges est enterr√© avec faste, la princesse fait √©galement disposer, sur sa tombe, de la terre du domaine de Bernstorff, o√Ļ les deux princes se retrouvaient chaque √©t√©[142] - [458] - [460].

En 1958, Marie publie les deux premiers tomes de ses m√©moires (Derri√®re les vitres closes et L'Appel des s√®ves), mais ceux-ci passent totalement inaper√ßus par la critique. Cela ne l'emp√™che pas de continuer √† √©crire[461] et la suite de son autobiographie est plus tard d√©pos√©e aux archives de la biblioth√®que du Congr√®s, o√Ļ elles ne pourront √™tre consult√©es qu'√† partir de 2030[448]. La princesse poursuit par ailleurs ses recherches et r√©dige de nouveaux articles psychanalytiques[462]. Elle cesse, par contre, de participer aux r√©unions de la Soci√©t√© psychanalytique de Paris[463]. √Ä partir de 1960, un nouveau combat anime toutefois la princesse. Alert√©e sur le sort du criminel am√©ricain Caryl Chessman, dont l'ex√©cution a √©t√© d√©cid√©e par la justice californienne, Marie d√©cide de faire tout son possible pour le sauver[464] - [465]. Sensibilis√©e √† la question de la peine de mort depuis son √©tude du cas de Mme Lef√®bvre, en 1927[466] - [467], la princesse mobilise toutes ses relations du monde culturel et du gotha √† l'occasion d'une p√©tition dirig√©e au gouverneur Pat Brown[468] - [469]. Elle d√©cide, par ailleurs, de prolonger un voyage en Extr√™me-Orient pour se rendre en Californie et y rencontrer le condamn√© √† mort et le gouverneur[470]. Malgr√© l'√©chec de son intervention, Marie continue, apr√®s l'ex√©cution de Chassman, √† se documenter sur la peine de mort[471].

Hospitalis√©e dans une clinique proche de sa r√©sidence de Saint-Tropez √† cause de palpitations et d'une forte fi√®vre le , Marie est diagnostiqu√©e d'une leuc√©mie aigu√ę[472]. Elle meurt quelques jours plus tard, le , et sa d√©pouille est incin√©r√©e √† Marseille, suivant ses derni√®res volont√©s. Ses cendres sont ensuite transport√©es √† Tato√Į et plac√©es dans la tombe du prince Georges, o√Ļ elles reposent encore[473] - [474].

Port√©e de l'Ňďuvre de la princesse

Portrait d'un vieil homme à la longue barbe.
Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci est la première traduction de Freud réalisée par Marie Bonaparte.

Des traductions qui font débat

Marie Bonaparte et ses disciples jouent un r√īle fondamental dans la traduction des 67 Ňďuvres que l'universitaire R√©my Amouroux qualifie de ¬ę textes fondateurs de la psychanalyse ¬Ľ et qui correspondent aux ¬ę travaux d'analystes qui ont occup√© le devant de la sc√®ne pour leurs contemporains ¬Ľ. La princesse est ainsi l'auteure de 12 traductions importantes tandis que son amie et secr√©taire Anne Berman en r√©alise 15 autres et Henri Hoesli, l'ancien professeur du prince Pierre de Gr√®ce, 10[475]. Adoub√©e par Sigmund Freud lui-m√™me, la princesse est en effet longtemps consid√©r√©e comme la traductrice officielle du p√®re de la psychanalyse[476]. Au sein de la Soci√©t√© psychanalytique de Paris, c'est donc elle qui produit le plus grand nombre de traductions de Freud, et c'est aussi elle qui dirige la plupart des activit√©s √©ditoriales de la Soci√©t√©[477].

Cependant, depuis 1988 et la publication des Ňďuvres compl√®tes de Sigmund Freud par Jean Laplanche, Andr√© Bourguignon et Pierre Cotet, la version fran√ßaise due √† Marie Bonaparte a √©t√© peu √† peu abandonn√©e par le monde de l'√©dition et on ne la retrouve plus aujourd'hui que chez quelques bouquinistes[478]. R√©my Amouroux indique en effet qu'¬ę on lui reproche des choix de termes contestables qui ont parfois entra√ģn√© des contresens importants. Odile Bourguignon [sic] qualifie ainsi les traductions de la princesse de Gr√®ce ¬ę d‚Äôacclimatisante ¬Ľ (Bourguignon, 1989, p. 11[N 9]) et ¬ę d‚Äô√©thnocentrique ¬Ľ (Ibid., p. 22[N 10]) ¬Ľ[478]. √Člisabeth Roudinesco juge, quant √† elle, que si sa ma√ģtrise de la langue allemande et ses traductions sont correctes, la princesse manque toutefois de comp√©tences en la mati√®re, sans compter que la signification des concepts lui √©chappe, n'√©tant pas th√©oricienne[477].

Beaucoup moins critique, le psychanalyste Serge Lebovici juge que ¬ę les premi√®res traductions fran√ßaises [de Freud] visent plus √† la francisation du texte qu'√† son exactitude ¬Ľ. Il consid√®re ainsi que ¬ę Marie Bonaparte a voulu que l'Ňďuvre de Freud f√Ľt lisible en fran√ßais, en d√©pit des difficult√©s techniques ¬Ľ[479]. De son c√īt√©, l'universitaire R√©my Amouroux juge la traduction de la princesse moins remplie d'¬ę √©tonnants n√©ologismes ¬Ľ que celle de Jean Laplanche et se demande si elle n'est pas plus intelligible pour le lectorat francophone[478].

Des travaux psychanalytiques longtemps négligés et critiqués

√Člisabeth Roudinesco remarque que ¬ę l'histoire de [la] personne [de Marie Bonaparte] se confond enti√®rement avec l'histoire de la psychanalyse en France ¬Ľ[480]. Pourtant, pendant longtemps, les travaux de la princesse sont √©cart√©s par la communaut√© psychanalytique fran√ßaise. Cette derni√®re se moque en effet volontiers des pr√©tentions de la princesse, surnomm√©e ¬ę Freud m'a dit‚Ķ ¬Ľ par ses d√©tracteurs[481]. Le monde psychanalytique fran√ßais s'en prend par ailleurs √† la ¬ę vision biologisante ¬Ľ de Marie Bonaparte[482] - [483], trop √©loign√©e de la psychanalyse √† la fran√ßaise centr√©e sur la seule figure de Freud[484]. Dans ces conditions, comme l'indique Jean-Pierre Bourgeron √† propos des id√©es de la princesse : ¬ę Si son enseignement des ann√©es trente pouvait √™tre une r√©f√©rence pour les jeunes analystes de cette √©poque, il est difficile de trouver une trace de son influence soixante ans plus tard‚Ķ ¬Ľ[485].

Devanture d'une société entourée d'un cadre bleu.
La création de la Société psychanalytique de Paris doit beaucoup à la princesse.

La publication, en 1982, de la biographie de la princesse par C√©lia Bertin et d'une th√®se de psychiatrie consacr√©e √† elle par Jacqueline de Mitry contribuent toutefois √† donner un √©clairage nouveau sur sa vie et ses travaux[486] - [487]. Le renouveau de la recherche, repr√©sent√© plus tard par Jean-Pierre Bourgeron (√† partir des ann√©es 1990) ou R√©my Amouroux (√† partir des ann√©es 2000), tend par ailleurs √† reconna√ģtre davantage la contribution de Marie Bonaparte √† la psychanalyse[488]. Il reste que la plupart des auteurs insistent sur le caract√®re largement autobiographique de l'Ňďuvre de la princesse[323] - [485] - [489]. Ainsi, pour Germaine de Bissy, ¬ę qu'elle √©voque [‚Ķ] la ¬ę M√©moire de ses disparus ¬Ľ, qu'elle ¬ę analyse ¬Ľ des √©v√©nements anciens, ou qu'elle cherche √† √©lucider les grands probl√®mes qui lui ont toujours tenu √† cŇďur √† travers de grandes √©tudes [‚Ķ], tout t√©moigne de la force pr√©gnante de son pass√© ¬Ľ[489].

En mati√®re purement psychanalytique, l'Ňďuvre de Marie Bonaparte qui conna√ģt la post√©rit√© la plus importante est De la Sexualit√© de la femme (1951)[490]. Ce travail, qui s'appuie principalement sur les th√©ories de Sigmund Freud en mati√®re de sexualit√© f√©minine et sur celles du Dr Gregorio Mara√Īon en mati√®re de biologie, est centr√© sur l'id√©e de bisexualit√© constitutionnelle de la femme[491]. Pour la princesse, la femme souffre ainsi de ne poss√©der qu'un organe sexuel tronqu√© : le clitoris. Tr√®s controvers√©e d√®s sa publication, la th√®se de Marie Bonaparte est fortement critiqu√©e par des auteurs f√©ministes et des psychanalystes femmes comme Julia Kristeva (qui accuse la princesse de ne pas avoir r√©gl√© son complexe paternel) ou √Člisabeth Roudinesco (pour qui Marie Bonaparte confond organe p√©nien et fonction phallique)[490], travestissant ainsi la pens√©e freudienne[492].

Une étude littéraire marquante mais jugée dépassée

Portrait d'un homme frêle à l'air maladif
Edgar Allan Poe (v. 1849), sujet d'étude de Marie Bonaparte.

Fruit de 7 ann√©es de recherche[493], l'ouvrage Edgard Poe, sa vie, son Ňďuvre : √©tude analytique s'inspire de la d√©marche suivie par Sigmund Freud dans Le d√©lire et les r√™ves dans la ¬ę Gradiva ¬Ľ de W. Jensen[494]. Ce travail, dans lequel la princesse soutient la th√®se que Poe incarne le cas typique d'un n√©vros√© aux prises avec les traumatismes de l'enfance[495], re√ßoit un accueil enthousiaste de la part des milieux litt√©raires au moment de sa parution, en 1933. Cette psychobiographie psychanalytique, pr√©fac√©e par Freud lui-m√™me, appara√ģt alors comme un mod√®le du genre[494] - [496]. L'√©crivain Stefan Zweig y voit, par exemple, une d√©monstration brillante du processus qui a conduit l'√©crivain am√©ricain √† sombrer dans l'alcoolisme et la folie[493].

Fr√©quemment cit√© parmi les grandes critiques de Poe, le travail de Marie Bonaparte a ensuite une grande influence sur la r√©ception de l'Ňďuvre de l'auteur. Il est pourtant largement d√©cri√©, aujourd'hui. L'argumentaire de Marie Bonaparte s'appuie en effet sur 3 hypoth√®ses inv√©rifiables : Poe enfant aurait √©t√© mis en pr√©sence du cadavre de sa m√®re ; il aurait √©t√© le t√©moin d'un acte sexuel durant sa petite enfance ; il aurait ressenti inconsciemment la pr√©sence d'un amant. Le professeur de litt√©rature anglo-saxonne Claude Richard en conclut que ¬ę l'introduction biographique de Marie Bonaparte est un tissu d'exag√©rations et de contresens ¬Ľ √† l'origine du ¬ę mythe de la folie ¬Ľ entourant l'√©crivain[497]. De la m√™me fa√ßon, l'historienne de la psychanalyse Pamela Tytell consid√®re, dans La plume sur le divan (1982), que le travail de Marie Bonaparte s'appuie sur ¬ę de pures sp√©culations ¬Ľ[498]. Georges Walter, auteur d'une monumentale bibliographie comment√©e de Poe, se montre lui aussi tr√®s dur vis-√†-vis de l'analyse de la princesse, dont il juge que ¬ę toute nuance lui serait fatale ¬Ľ[499]. Ennemi de Marie Bonaparte, le psychanalyste Jacques Lacan qualifie, quant √† lui, son travail sur Edgar Allan Poe d'¬ę √©lucubrations pseudo-analytiques ¬Ľ dans la le√ßon du du s√©minaire Les probl√®mes cruciaux de la psychanalyse[500].

Dans la culture

Sculptures

Princesse X est une s√©rie de sculptures de forme phallique r√©alis√©es par l'artiste roumain Constantin Brancusi vers 1915. Faites de marbre (pour la version conserv√©e au Sheldon Museum of Art) et de bronze (pour les versions conserv√©es au Philadelphia Museum of Art et au centre Georges-Pompidou)[501], ces Ňďuvres ont √©t√© nomm√©es ainsi en r√©f√©rence √† la princesse Marie Bonaparte, qu'elles sont cens√©es repr√©senter[502].

Un buste en bronze repr√©sentant Marie Bonaparte a √©t√© r√©alis√©, en 1952, par la reine douairi√®re √Člisabeth de Belgique[503].

Exposition

Du au , le mus√©e des Avelines de Saint-Cloud organise une exposition intitul√©e ¬ę Marie Bonaparte, princesse Georges de Gr√®ce (1882-1962) - Portrait d'une femme engag√©e ¬Ľ[504]. L'√©crivain et ministre Fr√©d√©ric Mitterrand en √©voque la visite, en compagnie des souverains belges et de la princesse Tatiana Radziwill, dans La R√©cr√©ation (2013)[505].

Télévision et littérature

En 2004, le r√īle de Marie Bonaparte √† diff√©rents √Ęges de sa vie est interpr√©t√© par les actrices Alenka Brezel, Marie-Christine Friedrich et Catherine Deneuve dans le t√©l√©film fran√ßais en deux parties intitul√© Princesse Marie et r√©alis√© par Beno√ģt Jacquot[506] - [507].

Le personnage de l'arrière-petite-nièce de Napoléon Ier est par ailleurs au centre du roman tiré de ce téléfilm, lui aussi intitulé Princesse Marie et publié par François-Olivier Rousseau la même année[508].

√Čmission de radio

Les et , France Culture diffuse une √©mission consacr√©e √† la princesse et intitul√©e ¬ę Marie Bonaparte (1882-1962), princesse pionni√®re de la psychanalyse ¬Ľ. Ce programme est maintenant disponible en podcast sur le site de la station de radio[509].

Arbres généalogiques

Quartiers de la princesse

16. Charles Bonaparte
8. Lucien Bonaparte
17. Letizia Ramolino
4. Pierre-Napoléon Bonaparte
18. Charles Jacob de Bleschamp
9. Alexandrine de Bleschamp
19. Jeanne-Louise Bouvet de Verneuil
2. Roland Bonaparte
20. Louis Ruflin
10. Julien Ruflin
21. Madeleine-Anne Collinet
5. Justine-√Čl√©onore Ruflin
22. Pierre-Joseph Lucard
11. Justine Bucard
23. √Člisabeth Henry
1. Marie Bonaparte
24. François Blanc
12. Claude Blanc
25. Catherine Salle
6. François Blanc
26. Paul Janin
13. Marie-Thérèse Janin
27. Marie-Catherine Berger
3. Marie-Félix Blanc
28. Jean-Adam Hensel
14. Caspar Hensel
29. Marie-Christine Simon
7. Marie Hensel
30. Christophe Stemler
15. Catharine Stemler
31. Madeleine Achard

Les parentés Bonaparte et Blanc (arbre simplifié)

Lucien,
Pce français
Alexandrine de Bleschamp
Claude Blanc
Marie-Thérèse Janin
Charles-Lucien,
Pce Bonaparte
‚ąě Z√©na√Įde,
Pcesse française
Lætitia,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Thomas Wyse
Antoine,
Pce Bonaparte
‚ąě Anna-Maria Cardinali
Louis-Lucien,
Pce Bonaparte
‚ąě Cl√©mence Richard
Pierre-Napoléon,
Pce Bonaparte
‚ąě Justine-√Čl√©onore Ruflin
Paul,
Pce Bonaparte
Marie Hensel
François Blanc
Madeleine-Victoire Huguelin
Lucien-Louis,
Cardinal de l'√Čglise
Napoléon-Charles,
Pce Bonaparte
‚ąě Cristina,
Pcesse Ruspoli
Julie,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Alessandro,
Marquis de Roccagiovine
Bathilde,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Louis,
Cte de Cambacérès
Louis-Clovis,
Pce Bonaparte
Jeanne,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Christian,
Marquis de Villeneuve
Roland,
Pce Bonaparte
Marie-Félix Blanc
Edmond Blanc
‚ąě Marthe Galinier
Louise Blanc
‚ąě Constantin,
Pce Radziwill
Camille Blanc
‚ąě √Člisabeth Lanxade
Marie,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Enrico Gotti
Eugénie,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Napol√©on,
Pce de la Moskowa
Z√©na√Įde de Cambac√©r√®s
‚ąě Raoul-Napol√©on,
Duc d'Albufera
Léonie de Cambacérès
‚ąě Charles,
Duc de Feltre
Pierre,
Marquis de Villeneuve
‚ąě C√©cile de Courtois
Jeanne de Villeneuve
‚ąě Lucien,
Baron Leret d'Aubigny
Marie,
Pcesse Bonaparte
‚ąě Georges,
Pce de Grèce et de Danemark
√Čdouard Edmond-Blanc
‚ąě Paule,
Pcesse Murat
François Edmond-Blanc
‚ąě Janine Delamare-Deboutteville
Lise,
Pcesse Radziwill
‚ąě Armand,
Duc de Doudeauville
Léon,
Pce Radziwill
‚ąě Claude de Grammont
Louis,
Duc d'Albufera
‚ąě Anne Mass√©na d'Essling
Auguste,
Duc de Feltre
‚ąě Helen Seton
Pierre,
Pce de Grèce
‚ąě Ir√®ne Ovtchinnikova
Dominique,
Pce Radziwill
Eugénie,
Pcesse de Grèce et de Danemark
Raymond,
Pce de Tour et Taxis
√Čl√©onore Edmond-Blanc
‚ąě Guy-Emmanuel,
Cte de La Rochefoucault
Sosthènes,
Duc de Doudeauville
‚ąě Leonor de Saavedra
Armand,
Duc de Doudeauville
‚ąě Esther Milicent Clarke

Héraldique

Blason de Marie Bonaparte Blason
  • D'azur √† la croix al√©s√©e d'argent (de Gr√®ce), sur-le-tout √©cartel√© : √† la croix patt√©e d'argent bord√©e de gueules, qui est le Danebrog, cantonn√©e en I d'or √† neuf cŇďurs de gueules pos√©s en trois pals, √† trois lions l√©opard√©s d'azur arm√©s et lampass√©s de gueules couronn√©s du champ (de Danemark) ; en II d'or √† deux lions l√©opard√©s d'azur arm√©s et lampass√©s de gueules (de Schleswig) ; en III de gueules √† la feuille d'ortie d'argent (de Holstein) ; au IV de gueules √† la t√™te de cheval coup√©e d'or (de Lauenbourg) ; sur-le-tout-du-tout parti d'or √† deux fasces de gueules (de Oldenbourg) et d'azur √† la croix patt√©e au pied fich√© d'or (de Delmenhorst).
  • Partie en II d'azur √† l'aigle imp√©riale sur un foudre le tout d'or.
Ornements extérieurs
Collier de l'Ordre des Saintes-Olga-et-Sophie et timbré de la couronne du Danemark.
Détails
Armes d'alliance entre la famille de Grèce et la famille Bonaparte.

Principales Ňďuvres de Marie Bonaparte

Pour une liste exhaustive des ouvrages et articles publiés par Marie Bonaparte ainsi qu'une présentation de ses différentes archives en France et à l'étranger, se référer à l'étude de Rémy Amouroux (2012)[510] et à sa biographie par Célia Bertin (1982)[511].

Impressions, récits autobiographiques, souvenirs et correspondance

  • Marie Bonaparte, Le Printemps sur mon jardin, Paris, Flammarion, .
  • Marie Bonaparte, Topsy : chow-chow au poil d'or, Paris, Deno√ęl et Steele, .
  • Marie Bonaparte, Monologues devant la vie et la mort, Paris, Imago Publishing Ltd, .
  • Marie Bonaparte, √Ä la m√©moire des disparus : derri√®re les vitres closes, t. 1, Paris, Presses universitaires de France, .
  • Marie Bonaparte, √Ä la m√©moire des disparus : l'Appel des s√®ves, t. 2, Paris, Presses universitaires de France, .
  • Marie Bonaparte et Sigmund Freud (trad. Olivier Mannoni, pr√©f. R√©my Amouroux), Correspondance int√©grale 1925-1939, Flammarion, , 1084 p. (ISBN 2080264575).

Recueil d'aphorismes

  • (fr) Marie Bonaparte, Les Glanes des jours, Paris, Imago Publishing Ltd, .

Contes

  • (fr) Marie Bonaparte, ¬ę Ibb le b√Ľcheron et autres contes ¬Ľ, dans Le Printemps sur mon jardin, Flammarion, .
  • (fr) Marie Bonaparte, Les Glauques aventures de Flyda des Mers, Paris, Imago Publishing Ltd, .

Méditations et essais sur la guerre

Travaux sur la sexualité

  • (fr) A.-E. Narjani, ¬ę Consid√©rations sur les causes anatomiques de la frigidit√© chez la femme ¬Ľ, Bruxelles M√©dical, vol. 27, no 4,‚Äé .
  • (fr) Marie Bonaparte, De la Sexualit√© de la Femme, Paris, PUF, .

Psychanalyse et littérature

  • (fr) Marie Bonaparte, Edgar Poe, sa vie, son Ňďuvre : √©tude psychanalytique (2 volumes), Paris, Deno√ęl et Steele, .

Autres travaux de psychanalyse

  • (fr) Marie Bonaparte, Cinq cahiers : 4 volumes et 5 cahiers en fac-simile, Paris, Imago Publishing Ltd, 1939, 1948 et 1951.
  • (fr) Marie Bonaparte, ¬ę Cahiers d'enfance, s√©quence du Crayon de bouche ¬Ľ, Genesis, no 8,‚Äé , p. 151-158 (lire en ligne).
  • (fr) Marie Bonaparte, La Mer et le Rivage, Paris, chez l'auteur, .
  • (fr) Marie Bonaparte, Chronos, √Čros et Thanatos, Paris, Imago Publishing Ltd, .
  • (fr) Marie Bonaparte, Introduction √† la Th√©orie des Instincts et Prophylaxie infantile des N√©vroses, Paris, PUF, .
  • (fr) Marie Bonaparte, Psychanalyse et Biologie, Paris, PUF, .
  • (fr) Marie Bonaparte, Psychanalyse et Anthropologie, Paris, PUF, .

Traductions de Sigmund Freud par Marie Bonaparte

Bibliographie li√©e √† la vie et √† l'Ňďuvre de Marie Bonaparte

Analyse de la correspondance de Marie Bonaparte

  • (fr) Jean-Pierre Bourgeron, Marie Bonaparte et la psychanalyse, √† travers ses lettres √† Ren√© Laforgue et les images de son temps, Gen√®ve, Slatkine, (ISBN 2051009090).

Biographies de Marie Bonaparte

  • (fr) R√©my Amouroux, Marie Bonaparte : entre biologie et freudisme, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 2753521182).
  • (fr) C√©lia Bertin, Marie Bonaparte : la derni√®re Bonaparte, Paris, Perrin, (1re √©d. 1982) (ISBN 226201602X). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Jean-Pierre Bourgeron, Marie Bonaparte, PUF, coll. ¬ę Psychanalystes d'aujourd'hui ¬Ľ, (ISBN 2130790623). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Philippe Delorme, ¬ę Marie Bonaparte ¬Ľ, dans Les Princesses galantes : Histoire des premi√®res femmes lib√©r√©es, Paris, La Bo√ģte √† Pandore, , 243 p. (ISBN 2874667196).
  • (fr) Annette Fr√©javille, ¬ę Marie Bonaparte, une princesse orpheline ¬Ľ, Perspectives Psy, vol. 47, no 3,‚Äé , p. 290-304 (lire en ligne).
  • (fr) Jacqueline de Mitry, Marie Bonaparte, Cr√©teil, M√©moire pour le CES de Psychiatrie de la Facult√© de Cr√©teil, .
  • (fr) Michelle Moreau Ricaud, ¬ę Eug√©nie Sokolnicka et Marie Bonaparte ¬Ľ, Topique, vol. 115, no 2,‚Äé (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Articles consacrés à Marie Bonaparte et à la psychanalyse

  • (fr) R√©my Amouroux, ¬ę Marie Bonaparte, l‚Äôanalyse pratiqu√©e par les la√Įques et les psychologues ¬Ľ, Bulletin de psychologie, vol. 61/5, no 497,‚Äé , p. 485-493 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (en) R√©my Amouroux, ¬ę Marie Bonaparte, her first two patients and the literary world ¬Ľ, The International Journal of Psychoanalysis, vol. 91, no 4,‚Äé , p. 879-894 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) R√©my Amouroux, ¬ę ¬ę Notre Revue ¬Ľ. Marie Bonaparte et la Revue fran√ßaise de psychanalyse ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, no 76,‚Äé , p. 1151-1165 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Germaine de Bissy, ¬ę La rem√©moration chez Marie Bonaparte et ses cinq cahiers ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 4, no 54,‚Äé , p. 1057-1072 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Germaine de Bissy, ¬ę Marie Bonaparte ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 61, no 2,‚Äé , p. 651-659.
  • (fr) Jean-Pierre Bourgeron, ¬ę Marie Bonaparte ¬Ľ, Genesis, no 8,‚Äé , p. 145-177.
  • (fr) Jean-Pierre Bourgeron, ¬ę Bonaparte, Marie L√©on ¬Ľ, dans Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, Calmann-L√©vy, (ISBN 2-7021-2530-1), p. 219-221.
  • (en) Bodil Folke Frederiksen, ¬ę Jomo Kenyatta, Marie Bonaparte and Bronislaw Malinowski on Clitoridectomy and Female Sexuality ¬Ľ, History Workshop Journal, no 65,‚Äé , p. 23-48. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Serge Lebovici, ¬ę √Ä propos de l'Ňďuvre scientifique de Marie Bonaparte ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 47, no 4,‚Äé , p. 1081-1093 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Alain de Mijolla, ¬ę Quelques aper√ßus sur le r√īle de la princesse Marie Bonaparte dans la cr√©ation de la Soci√©t√© Psychanalytique de Paris ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 52, no 5,‚Äé , p. 1197-1214.
  • (fr) Nata Minor, ¬ę Les mots de passage : √† propos de Marie Bonaparte ¬Ľ, √Čcrit du temps, no 3,‚Äé , p. 93-104.
  • (fr) Michelle Moreau Ricaud, ¬ę Bonaparte, Marie ¬Ľ, dans Sarah Contou-Terquem, Dictionnaire Freud, Paris, Robert Laffont, (ISBN 9782221125458), p. 128-132.

Compte-rendus d'ouvrages consacrés à Marie Bonaparte et à la psychanalyse

  • (fr) Fran√ßoise Rotterdam, ¬ę Marie Bonaparte et la psychanalyse √† travers les lettres √† Ren√© Laforgue et les images de son temps par Jean-Pierre Bourgeron ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 1, no 61,‚Äé , p. 281-288 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Joycelyne Siksou, ¬ę Marie Bonaparte : entre biologie et freudisme de R√©my Amouroux ¬Ľ, Revue fran√ßaise de psychanalyse, vol. 78,‚Äé , p. 1200-1208 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Articles consacrés à Marie Bonaparte et à la littérature

  • (fr) R√©my Amouroux, ¬ę Marie Bonaparte, la psychanalyse et les milieux litt√©raires ¬Ľ, Revue de la Biblioth√®que nationale de France, no 24,‚Äé , p. 62-69.
  • (fr) Pamela Tytell, ¬ę La vie et l'Ňďuvre d'Edgar Allan Poe : l'analyse de la princesse Marie Bonaparte ¬Ľ, dans La plume sur le divan, Paris, Aubier, , p. 85-94. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Ouvrage et articles consacrés à Marie Bonaparte et à la sexualité

  • (fr) Alix Lemel, Les 200 clitoris de Marie Bonaparte, Mille et une nuits, (ISBN 2755505796).
  • (en) Alison Moore, ¬ę Relocating Marie Bonaparte‚Äôs Clitoris ¬Ľ, Australian Feminist Studies, vol. 24, no 60,‚Äé , p. 149-165 (lire en ligne).
  • (en) Nellie L. Thomson, ¬ę Marie Bonaparte's theory of female sexuality: Fantasy and biology ¬Ľ, American Imago, vol. 60, no 3,‚Äé , p. 343-378 (lire en ligne).

Autour de l'exposition ¬ę Marie Bonaparte, portrait d'une femme engag√©e ¬Ľ

  • (fr) Emmanuelle Le Bail et Marl√®ne Cordier, Catalogue de l‚Äôexposition ‚Äď Marie Bonaparte, princesse Georges de Gr√®ce et de Danemark (1882-1962) : Portrait d'une femme engag√©e, Saint-Cloud, Mus√©e d'art et d'histoire de Saint-Cloud, . Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Marcel Turbiaux, ¬ę Marie Bonaparte, princesse Georges de Gr√®ce et de Danemark (1882-1962). Portrait d'une femme engag√©e ¬Ľ, Bulletin de psychologie, vol. 6, no 510,‚Äé , p. 481-488 (lire en ligne). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Sur les Bonaparte

  • (fr) Pierre Branda, ¬ę Marie, la n√©vros√©e ¬Ľ, dans La Saga des Bonaparte, Du XVIIIe si√®cle √† nos jours, Perrin, (ISBN 978-2-262-04890-7), p. 413-434. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (fr) Eug√©nie de Gr√®ce, Pierre-Napol√©on Bonaparte, Paris, Hachette, (ASIN B0014WLARK).

Sur la famille royale de Grèce

  • (es) Ricardo Mateos S√°inz de Medrano, ¬ę La familia del pr√≠ncipe Jorge: una psicoanalista en la familia y un amor entre dos hombres ¬Ľ, dans La Familia de la Reina Sof√≠a, La Dinast√≠a griega, la Casa de Hannover y los reales primos de Europa, Madrid, La Esfera de los Libros, (ISBN 84-9734-195-3), p. 218-242. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (en) Alan Palmer et Michael of Greece, The Royal House of Greece, Weidenfeld Nicolson Illustrated, (ISBN 0297830600).
  • (en) John Van der Kiste, Kings of the Hellenes: The Greek Kings, 1863-1974, Sutton Publishing, (ISBN 0750921471). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Histoire de la psychanalyse

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. Il s'agit l√† d'un titre de courtoisie, non reconnu par les pr√©tendants au tr√īne imp√©rial fran√ßais.
  2. Pendant longtemps, les seuls enfants qu'elle c√ītoie sont ses cousins Villeneuve, et en particulier sa cousine Jeanne (dont elle est tr√®s jalouse), ainsi que la petite Rolande Escard, avec laquelle elle suit des cours √† domicile. Cependant, tous sont nettement plus jeunes que Marie (Bertin 1999, p. 78-79 et 96).
  3. Situ√©e au n¬į 7 de la rue du Mont-Val√©rien, cette maison et son jardin forment un ensemble de 35 000 m2 √† la mort de la princesse. √Ä cette date, ses enfants divisent le domaine en plusieurs parcelles. La maison familiale est d√©molie entre 1968 et 1970 puis remplac√©e par un immeuble, la ¬ę r√©sidence Marie-Bonaparte ¬Ľ. Dans le m√™me temps, le parc est loti, mais il en subsiste une petite partie, qui forme aujourd'hui le ¬ę jardin Marie-Bonaparte ¬Ľ (Le Bail et Cordier 2010, p. 7-9).
  4. Un extrait du fac-simile de ces cahiers annoté par Marie Bonaparte a été publié par la revue Genesis en 1995. Il peut être consulté en ligne (Bonaparte 1995, p. 151-158).
  5. Situ√© dans la rue de l'Acad√©mie, le domicile de Georges et Marie a √©t√© achet√© en 1907. Vendu le , il a √©t√© ras√© l'ann√©e suivante (Mateos S√°inz de Medrano 2004, p. 233). Pour plus de d√©tails et quelques photographies, voir : (el) őíőĪŌÉőĮőĽő∑ őöőĪő∂ő¨őĹŌĄő∂ő∑, ¬ę ő§őŅ őĪőĹő¨őļŌĄőŅŌĀőŅ ŌĄőŅŌÖ ŌÄŌĀőĮő≥őļőĻŌÄőŅŌā őďőĶŌČŌĀő≥őĮőŅŌÖ ŌÉŌĄő∑őĹ őĎőłőģőĹőĪ ¬Ľ, The Royal Chronicle,‚Äé (lire en ligne).
  6. Outre le Dr René Laforgue, qui en devient le premier président, et Marie Bonaparte, les membres de la Société sont, d'une part, les Dr Loewenstein, Allendy, Pichon, Hesnard, Borel et Parcheminey et, d'autre part, Mme Eugénie Sokolnicka (Bertin 1999, p. 278-279).
  7. Adopté par le prince Georges sous l'impulsion de sa fille Eugénie, Tatoun est un chow-chow. Lui et Cheekee sont les parents de Topsy, à laquelle Marie a consacré un ouvrage (Topsy : chow-chow au poil d'or), ensuite traduit en allemand par Sigmund Freud et sa fille Anna, puis en anglais par Eugénie (Bertin 1999, p. 288, 296, 310 et 325).
  8. Situ√©e non loin de la c√īte, au cŇďur d'une pin√®de, le Lys de mer est une maison d'architecture cubiste dot√©e d'un mobilier art d√©co (Le Bail et Cordier 2010, p. 12).
  9. Dans ce passage, les auteurs de l'ouvrage (parmi lesquels ne figure pas Odile Bourguignon) rapportent la ¬ę critique acerbe ¬Ľ adress√©e par Jacques Lacan sur les ¬ę traductions acclimatisantes de Marie Bonaparte et Anne Berman ¬Ľ, mais sans que Lacan, nuancent-ils, ait jamais impos√© ¬ę ni m√™me propos√© une solution pour tel probl√®me technique ¬Ľ de traduction. Voir Andr√© Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et Fran√ßois Robert, Traduire Freud, Paris, PUF, coll. ¬ę Ňíuvres compl√®tes de Freud ¬Ľ, , 379 p. (ISBN 2-13-042342-6), p. 10-11.
  10. Le chapitre des ¬ę Principes g√©n√©raux ¬Ľ [adopt√©s par l'√©quipe de traduction des OCF.P], r√©dig√© par Andr√© Bourguignon, Pierre Cotet et Jean Laplanche, s'ach√®ve sur leur refus d'une traduction ¬ę ethnocentrique ¬Ľ. La note 24, ajout√©e par les auteurs, renvoie √† un exemple d'¬ę ethnocentrisme ¬Ľ. Il s'agit de la note de Marie Bonaparte, p. 8 de sa traduction de L'Avenir d'une illusion, o√Ļ celle-ci √©crit : ¬ę Nous traduirons le plus souvent par la suite le mot culture par celui de civilisation, ce dernier rendant mieux pour le public fran√ßais la notion que Freud entend par culture ¬Ľ. Voir Andr√© Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et Fran√ßois Robert, Traduire Freud, Paris, PUF, coll. ¬ę Ňíuvres compl√®tes de Freud ¬Ľ, , 379 p. (ISBN 2-13-042342-6), p. 22.

Références

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