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Syndrome d'irradiation aiguë

Le syndrome d'irradiation aiguë ou syndrome aigu d'irradiation (SAI)[1], également appelé fiÚvre des radiations ou encore, anciennement, maladie des rayons, désigne un ensemble de symptÎmes potentiellement mortels qui résultent d'une exposition ponctuelle des tissus biologiques d'une partie importante du corps à une forte dose de rayonnements ionisants (rayons X, rayonnements alpha, beta ou gamma, ou encore flux de neutrons).

Symbole indiquant un danger lié aux radiations.

Les sources naturelles de rayonnement ne sont pas assez puissantes pour provoquer le syndrome, de sorte qu'il résulte le plus souvent d'activités humaines : accident nucléaire grave dans un laboratoire ou une centrale nucléaire (accident de criticité par exemple), exposition à une source radioactive puissante (source médicale ou d'instrumentation), explosion atomique (bombardement, essais nucléaires), ou autre pollution nucléaire.

Il se manifeste généralement par une phase prodromique non létale dans les minutes ou heures qui suivent l'irradiation. Elle dure quelques heures à quelques jours et se manifeste le plus souvent par les symptÎmes suivants : diarrhée, nausée, vomissements, anorexie (manque d'appétit), érythÚme (rougeurs de peau). S'ensuit une période de latence, dite Walking Ghost Phase, d'apparente guérison, d'autant plus courte que l'irradiation a été sévÚre ; elle dure quelques heures à quelques semaines. Enfin survient la phase aiguë, potentiellement mortelle, qui se manifeste par un vaste spectre de symptÎmes possibles, dont les plus fréquents sont liés à des troubles hématopoïétiques (production des cellules sanguines), gastro-intestinaux, cutanés, respiratoires ou cérébro-vasculaires.

Histoire et contexte

Si les effets de l'irradiation chronique commençaient Ă  ĂȘtre connus chez les pionniers de la radioactivitĂ© (ex. : Marie Curie) et certains travailleurs du nuclĂ©aire (programme nuclĂ©aire soviĂ©tique), ce n'est que lors des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki que les effets d'une irradiation aiguĂ« ont Ă©tĂ© dĂ©couverts : le syndrome d'irradiation aiguĂ« a Ă©tĂ© directement Ă  l'origine de 5 Ă  15 % des dĂ©cĂšs[2], soit de l'ordre de 7 000 morts sur un total de l'ordre de 70 000 (essentiellement dus aux brĂ»lures et aux chocs consĂ©cutifs Ă  l'explosion). Le drame des hibakusha (« victimes des bombardements ») a vite Ă©tĂ© connu du grand public[3] et a fait l'objet d'Ă©tudes mĂ©dicales[4].

Par la suite, quelques accidents nucléaires et radiologiques provoquÚrent des victimes : accident de criticité lors d'expériences (le cas de Louis Slotin est le plus connu) ou dans des réacteurs nucléaires (catastrophe de Tchernobyl) ; retombées de l'essai nucléaire Castle Bravo du programme américain ; exposition accidentelle à des sources radioactives de stérilisation, radiothérapie ou génération de chaleur.

Dans le cas de Tchernobyl, d'aprÚs les documents de l'Agence internationale de l'énergie atomique le nombre de morts consécutifs à un syndrome d'irradiation aiguë serait environ 28[5].

La défense face à une menace nucléaire majeure a motivé des études sur la prévention et le traitement des maladies[6].

Plus tard ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es la bombe Ă  neutrons, destinĂ©e Ă  rendre le personnel immĂ©diatement inapte au combat par irradiation aiguĂ«, et les bombes salĂ©es (Ă  fortes retombĂ©es) Ă  contaminer des terrains comme technique d’area denial (interdiction de zone).

Impact de l'irradiation sur les tissus

Mesure de l'exposition

La mesure de l'impact d'une exposition aux radiations prend en compte trois facteurs principaux : l'énergie déposée dans un tissu par le rayonnement, l'impact relatif du type de rayonnement, la sensibilité relative du tissu aux rayonnements ionisants.

DosimĂštre, appareil mesurant l'exposition.

Les trois grandeurs principales sont utilisées[7] - [8] :

Les grandeurs physiques mesurant l'impact de l'exposition (équivalent de dose et équivalent de dose efficace) sont traditionnellement définies pour décrire les effets stochastiques de l'irradiation chronique, c'est-à-dire prédire la probabilité de survenue de maladies induites comme les leucémies, cancers ou les complications cardio-vasculaires.

Efficacité biologique

Proportion de survie d'une population de cellules de mammifÚres soumise à une dose radiative unique (noir) ou fractionnée (rouge)[9]

Les facteurs correctifs w, tels que dĂ©finis par la Commission internationale de protection radiologique ne sont cependant pas affinĂ©s pour dĂ©crire les effets de l'irradiation aiguĂ« qui est l'objet de cet article. Plus particuliĂšrement, les efficacitĂ©s biologiques relatives des diffĂ©rents rayonnements tendent Ă  se rapprocher Ă  haute dose : si les risques stochastiques d'une faible irradiation (< 0,1 Gy) par des neutrons nĂ©cessite un facteur de correction wR = 5–20[8], le facteur devient 1,5 pour une dose unique supĂ©rieure Ă  5 Gy[9] — davantage toutefois pour des doses fractionnĂ©es. La figure ci-contre montre l'Ă©tendue de la destruction cellulaire, la principale cause du syndrome (voir section ci-dessous), en fonction de la dose radiative pour des neutrons et des rayons X. À haute dose l'Ă©cart n'est que de 1,5 Ă  2,6 entre les deux types de rayonnement contre plus de 5 pour les faibles doses ; sur la figure ci-contre, il correspond Ă  l'Ă©cart entre les courbes pour les X et les neutrons. Dans la pratique, il existe de grandes incertitudes sur les efficacitĂ©s biologiques relatives de sorte que les diffĂ©rentes Ă©tudes sur le syndrome de radio-exposition aiguĂ« utilisent la dose radiative[10] - [6] en prĂ©cisant, le cas Ă©chĂ©ant, la nature des radiations.

Lorsqu'une dose est délivrée lentement ou de maniÚre fractionnée, son effet est moindre : les mécanismes cellulaires d'autoréparation ont le temps d'agir[9]. Par exemple, lors de l'accident nucléaire de Goiùnia au Brésil (1987) une personne ayant rapporté une source de césium chez lui survécut à une dose de 7 Gy tandis que sa femme mourut des suites d'une exposition à 5,7 Gy : l'un des facteurs est que la femme, restée chez elle, a été irradiée continûment, tandis que l'homme a reçu une dose fractionnée[11].

Effets au niveau cellulaire

Évolution temporelle du taux de mitose (par rapport Ă  la normale) dans une population de cellules Ă©pithĂ©liales de la cornĂ©e du rat aprĂšs une irradiation aiguĂ«[9]. Les doses sont de 8 et 32 R.

L'ADN est une des molécules les plus sensibles de la cellule aux rayonnements ionisants. Les mécanismes de réparation permettent de réparer la plupart des lésions (cassures chromosomiques) quand la dose est administrée de maniÚre suffisamment lente ou de maniÚre fractionnée, mais une dose de 2 Gy ou plus reçue rapidement suffit à tuer une cellule en voie de division ; les cellules matures en revanche sont moins sensibles. Le second effet notable est une inhibition de la mitose (cf. figure ci-contre) dont la durée dépend de l'intensité de l'irradiation[9].

Les effets sur les tissus se manifestent dans les jours aux semaines qui suivent : dĂ©peuplement cellulaire, atrophie et dĂ©gradation des fonctions tissulaires. Par l'interfĂ©rence avec la mitose, ce sont les tissus qui se rĂ©gĂ©nĂšrent le plus rapidement qui sont principalement touchĂ©s : peau (couche basale de l'Ă©piderme, seuil : ~ 6 Gy), moelle osseuse et organes lymphoĂŻdes (seuil : ~ 2 Gy), intestin (revĂȘtement Ă©pithĂ©lial, seuil : 10 Gy), gonades (spermatogonies, seuil : ~ 0,15 Gy, ovocytes, seuil : ~ 1,5–2 Gy), cristallin (Ă©pithĂ©lium antĂ©rieur, seuil : ~ 1–3 Sv), voies respiratoires (seuil : ~ 6–10 Gy). Les embryons sont particuliĂšrement radiosensibles.

Note : D'autres effets des rayonnements ionisants — mutation gĂ©nĂ©tique et altĂ©ration chromosomique — sont des effets stochastiques Ă  long terme qui peuvent aussi se produire Ă  faible dose lors d'une irradiation chronique (en particulier Ă  la suite de l'ingestion de radionuclĂ©ides qui se seraient fixĂ©s dans l'organisme) ; ils ne sont pas l'objet de cet article.

DĂ©roulement de la maladie et risque vital

Le syndrome est déterministe et à effet de seuil : il est systématiquement observé au-delà d'une certaine dose (plus de 2 Gy sur l'ensemble du corps) et ne se manifeste pas en dessous d'un certain seuil (moins de 0,5 Gy). L'irradiation est d'autant plus grave qu'une dose donnée est administrée rapidement, car les tissus n'ont pas le temps de faire intervenir les mécanismes de réparation cellulaire[9].

Pour que le syndrome se dĂ©clare, il faut ou bien qu'une grande partie du corps soit affectĂ©e, ou bien que l'un des organes suivants soit touchĂ© : intestin, moelle osseuse, poumons, cerveau ou peau. À l'exception des affections cutanĂ©es et respiratoires, l'irradiation doit ĂȘtre interne, c'est-Ă -dire dĂ©livrĂ©e par des rayonnements pĂ©nĂ©trants tels que les rayons X ou les neutrons[12].

Note : l'exposition chronique à une radioactivité faible ou modérée ne provoque pas de symptÎmes à court ou moyen terme mais un risque accru de complications à long terme telles que leucémie et cancers ; ces effets stochastiques (probabilistes) sont à distinguer du syndrome d'irradiation aiguë qui apparaßt de maniÚre rapide et certaine au-delà d'une certaine dose de rayonnement (effet déterministe). L'exposition aiguë d'une petite partie du corps (à l'exception du cerveau, des poumons et de la moelle épiniÚre) n'entraßne pas non plus de syndrome d'irradiation aiguë mais un dysfonctionnement potentiellement mortel des organes touchés dans les semaines ou les mois suivant l'incident. Ces deux effets ne sont pas l'objet du présent article.

Phases

Aux trĂšs fortes doses (> 20–50 Gy) le systĂšme nerveux est touchĂ© ; dĂ©sorientation, ataxie (incoordination des mouvements volontaires), dĂ©lire, coma, convulsions, puis mort surviennent quelques minutes Ă  quelques heures aprĂšs l'exposition. Une pĂ©riode de rĂ©cupĂ©ration partielle des capacitĂ©s de quelques heures peut ĂȘtre observĂ©e.

Pour des doses moindres (1–20 Gy), le syndrome se dĂ©roule en trois phases[10] - [9] :

La survenue de la phase prodromale est d'autant plus rapide que l'irradiation est sévÚre ; la durée de la période de latence diminue avec l'importance de la radio-exposition.

Survie et conséquences à long terme

Dose provoquant 50 % de décÚs dans les 60 jours en fonction du type de traitement médical et de la rapidité de l'irradiation pour une exposition à des rayons X[13]
débit de dose 0,2 Gy/h 1 Gy/h 10 Gy/h 100 Gy/h
soins minimaux 4,53,73,33,3
soins intensifs 6,45,85,35,2
+ facteurs de croissance 7,87,36,56,1

Pour une irradiation interne, le dĂ©cĂšs a gĂ©nĂ©ralement lieu dans les deux mois suivant l'irradiation, par infection ou hĂ©morragie interne (1,5–10 Gy) ou par diarrhĂ©e de type dysentĂ©rique. Il est attestĂ© Ă  partir de 1,5 Gy (exposition rapide, sans soins) et est quasi-certain au-delĂ  de 10 Gy. Pour des doses intermĂ©diaires, la survie dĂ©pend de soins intensifs. Dans le cas d'une irradiation externe, par des rayonnements peu pĂ©nĂ©trants, la peau et les voies respiratoires peuvent ĂȘtre spĂ©cifiquement touchĂ©es ; la mort peut alors survenir pour des doses Ă©levĂ©es (> 8–10 Gy) dans les semaines ou mois suivant l'exposition.

En cas de survie, la survenue de maladies cardio-vasculaires, digestives et respiratoires dans les années suivantes est fréquente. La stérilité féminine définitive est possible à partir de 2 Gy. La stérilité masculine temporaire est fréquente, y compris à des doses ne provoquant pas de symptÎmes (à partir de 0,15 Gy).

Les personnes ùgées et les enfants sont particuliÚrement sensibles à une radio-exposition aiguë.

Formes du syndrome d'irradiation aiguë

Il existe cinq principales formes du syndrome[10] - [9] :

  1. La forme cérébro-vasculaire, provoquant la mort en quelques jours, se manifeste pour une exposition supérieure à 20-50 Gy. Elle débute dans les premiÚres heures aprÚs l'exposition aux radiations, et touche le systÚme nerveux ;
  2. La forme gastro-intestinale, mortelle, se manifeste pour une exposition supĂ©rieure Ă  6–10 Gy. Elle dĂ©bute une Ă  deux semaines aprĂšs l'irradiation ;
  3. la forme hĂ©matopoĂŻĂ©tique, potentiellement mortelle, se manifeste pour une exposition supĂ©rieure Ă  1–2 Gy. Elle dĂ©bute deux Ă  trois semaines aprĂšs l'exposition aux radiations et touche la moelle osseuse ;
  4. La forme pulmonaire, potentiellement mortelle, se manifeste pour une exposition supĂ©rieure Ă  6–9 Gy. Elle dĂ©bute deux Ă  huit mois aprĂšs l'irradiation ;
  5. La forme cutanĂ©e, parfois mortelle, se manifeste pour une exposition supĂ©rieure Ă  4–7 Gy. Elle dĂ©bute gĂ©nĂ©ralement dans les semaines suivant l'exposition, dans les cas les plus graves dans la journĂ©e qui la suit.

Ces diffĂ©rentes formes peuvent se produire simultanĂ©ment. Lors de l'exposition Ă  une explosion atomique ou en cas d'accident dans une centrale nuclĂ©aire, le corps est gĂ©nĂ©ralement irradiĂ© de maniĂšre uniforme, de sorte que la forme pulmonaire n'est que rarement observĂ©e : aux doses Ă©voquĂ©es, les formes hĂ©matopoĂŻĂ©tique et gastro-intestinale provoquent la mort avant que ne se dĂ©clarent les troubles pulmonaires. Lors d'incidents en laboratoire (travail sur des sources proches) ou lors d'une irradiation par des rayonnements peu pĂ©nĂ©trants (alpha ou bĂȘta, agissant sur la peau, et les poumons en cas d'inhalation), le corps peut ĂȘtre irradiĂ© de façon non uniforme, privilĂ©giant l'une ou l'autre forme de la maladie des rayons[9].

Formes principales du syndrome d'irradiation aiguë : évolution temporelle typique et doses seuils ; principaux effets sans symptÎmes apparents ; risques à long terme[10] - [9]
dose 1er - 2e jour 1re semaine 2e semaine 3e semaine 2e - 3e mois 4e - 8e mois au-delĂ 
> 20–50 Gy forme cĂ©rĂ©bro-vasculaire
nausées, vomissements, diarrhée, céphalées, délire, ataxie, coma, convulsions
mort inévitable
> 6–10 Gy phase prodromique
nausées, vomissements, céphalées, fatigue, érythÚme, anorexie
forme gastro-intestinale
nausée, vomissements, diarrhée, fiÚvre, érythÚme, prostration
mort inévitable
> 6–9 Gy pĂ©riode de latence forme pulmonaire
toux, dyspnée, fiÚvre, douleurs thoraciques, insuffisance respiratoire
mort possible
> 4–7 Gy forme cutanĂ©e
érythÚme, alopécie, desquamation, nécrose, ulcération
mort possible
ulcĂ©ration (> 10–20 Sv)
> 1–2 Gy forme hĂ©matopoĂŻĂ©tique
asthénie, anorexie, fiÚvre, hémorragies
mort possible
maladies cardio-vasculaires
troubles digestifs
troubles respiratoires
stĂ©rilitĂ© (> 2–5 Sv)
cataracte (> 2 Sv)
cancers ? leucémie ?
maladies héréditaires ?
< 1–2 Gy absence de symptîmes
baisse temporaire du nombre de globules rouges, probabilité accrue d'infections, oligospermie ou azoospermie temporaires

Forme hématopoïétique

Influence du débit de dose sur la mortalité de la forme hématopoïétique en l'absence de soins médicaux[13].
Influence des soins médicaux sur la mortalité de la forme hématopoïétique. La courbe est une moyenne sur les débits de dose rencontrés[14].

Le syndrome hématopoïétique est lié à la destruction partielle ou totale des cellules hématopoïétiques de la moelle osseuse et à celle des lymphocytes périphériques.

Dans les heures suivant l'exposition, la chute de la numération lymphocytaire augmente le risque d'infection. La vitesse et l'ampleur de la chute de la numération sont une indication de la dose reçue et permettent un diagnostic de la gravité de l'irradiation en l'absence de mesure dosimétrique, comme pour la population civile.

La déficience hématopoïétique se traduit en quelques semaines par une chute du taux de granulocytes (immunodépression) et de plaquettes (défaut de coagulation). Cela peut conduire à une infection mortelle ou à des hémorragies internes.

La forme hématopoïétique du syndrome d'irradiation aiguë est celle qui provoque la mort aux plus faibles doses, typiquement entre 1,5 et 10 Gy (irradiation rapide). Le décÚs intervient généralement, s'il a lieu, dans les deux mois suivant l'irradiation. Dans les cas d'irradiation sévÚre (aux environs de 5 Gy sur l'ensemble du corps), la moelle est totalement détruite ; la survie n'est alors possible qu'avec une greffe. En cas d'irradiation non uniforme, les cellules hématopoïétiques survivantes permettent de repeupler la moelle ; la survie est alors possible sans greffe.

Selon la rapidité de l'exposition et le type de soins, une mortalité de 50 % est atteinte pour une dose de 3 à 6 Gy (voir figures ci-dessus).

Forme cérébro-vasculaire

La forme cĂ©rĂ©bro-vasculaire se manifeste gĂ©nĂ©ralement pour des doses supĂ©rieures Ă  50 Gy mais les symptĂŽmes peuvent apparaĂźtre dĂšs 20 Gy[12]. Elle se caractĂ©rise par les symptĂŽmes suivants lors de la phase prodromale (quelques minutes au plus aprĂšs l'irradiation) : agitation extrĂȘme, apathie, ataxie, dĂ©sorientation, troubles de l'Ă©quilibre, vomissement, diarrhĂ©e, perte de connaissance. Durant la pĂ©riode de latence de quelques heures au plus, voire absente, le patient rĂ©cupĂšre partiellement ses capacitĂ©s. La phase symptomatique se manifeste par des convulsions, suivis du coma. Un tableau d'atteinte digestive sĂ©vĂšre diarrhĂ©e est souvent associĂ©.

Le dĂ©cĂšs, gĂ©nĂ©ralement sous trois jours, est le plus souvent provoquĂ© par un effondrement du flux sanguin cĂ©rĂ©bral liĂ© Ă  l'augmentation de la pression dans la boĂźte crĂąnienne (tableau d'hypertension intracrĂąnienne aiguĂ«) (ƓdĂšme cĂ©rĂ©bral, mĂ©ningite, encĂ©phalite).

Forme gastro-intestinale

Dose provoquant 50 % de décÚs par syndrome gastro-intestinal, en fonction des soins et du débit de dose[13]
débit de dose 0,2 Gy/h 1 Gy/h 10 Gy/h 100 Gy/h
soins minimaux 18,715,411,29,7
soins intensifs 17,515,012,111,3
+ facteur de croissance 25,322,215,112,0

Le syndrome gastro-intestinal a lieu pour une dose élevée, typiquement plus de 8 Gy, et entraßne généralement la mort dans les quinze jours. Il se manifeste en une à deux semaines aprÚs l'exposition par des symptÎmes semblables à ceux d'une dysenterie fulminante : diarrhée sévÚre et déshydratation.

Il est causĂ© par une dĂ©gĂ©nĂ©rescence de l'Ă©pithĂ©lium de l'intestin grĂȘle liĂ©e Ă  la destruction des cellules souches de sa surface. La mortalitĂ© Ă  50 % a lieu pour des doses de 9 Ă  12 Gy (irradiation rapide en l'espace de minutes) selon la qualitĂ© des soins mĂ©dicaux.

Forme pulmonaire

Dose radiative (bĂȘta) provoquant 50 % de mortalitĂ© par le syndrome pulmonaire en fonction du dĂ©bit de dose reçu. Les incertitudes sont de plusieurs Gy[10].
débit (Gy/h) dose (Gy)
100,09,6
10,012,2
1,023,4
0,238,1

La forme pulmonaire se dĂ©clare pour des doses importantes, de l'ordre de 6–10 Gy (irradiation rapide) ou plus (irradiation lente ou fractionnĂ©e), pour laquelle une irradiation uniforme du corps par rayonnements pĂ©nĂ©trants provoque gĂ©nĂ©ralement la mort (dĂ©ficience hĂ©matopoĂŻĂ©tique et gastro-intestinale) avant que les symptĂŽmes pulmonaires ne se manifestent. Elle peut toutefois se produire en l'absence des syndromes hĂ©matopoĂŻĂ©tique et gastro-intestinal en cas d'irradiation par des rayonnements peu pĂ©nĂ©trants (alpha ou bĂȘta).

La dose de 9,6 Gy délivrée en quelques minutes est mortelle dans 50 % des cas ; pour une irradiation lente, sur une journée, la dose létale passe à 23 Gy.

La phase aiguë survient dans les quelques mois suivant l'exposition, voire dans les jours suivants en cas d'irradiation massive. On observe dans les années suivantes une morbidité importante chez les survivants.

Forme cutanée

Occurrence des symptĂŽmes du syndrome cutanĂ© en fonction du dĂ©bit de dose (rayonnement bĂȘta[10], )
occurrence 10 % 50 % 90 %
Ă©rythĂšme 4,014,020,0
desquamation 14,020,026,0
nécrose 20,025,035,0

Le forme cutanĂ©e a lieu en prĂ©sence de fortes doses, typiquement > 4 Gy en moins de 24h. Elle se manifeste principalement dans la phase prodromale, quelques heures aprĂšs l'exposition, par un Ă©rythĂšme (rougeur) passager et des dĂ©mangeaisons et, lors d'une irradiation intense, la desquamation. C'est la couche basale de l'Ă©piderme qui est touchĂ©e. AprĂšs une pĂ©riode de latence, ces symptĂŽmes rĂ©apparaissent deux Ă  quatre semaines plus tard avec en plus alopĂ©cie et desquamation, et dans le cas d'une forte dose (10–20 Sv) ulcĂ©ration et nĂ©crose suivies d'une fibrose du derme et du systĂšme vasculaire sous-jacent.

Le syndrome cutanĂ© peut se produire en l'absence des autres formes d'irradiation aiguĂ« en cas d'exposition Ă  des rayonnements peu pĂ©nĂ©trants comme les rayons bĂȘta. Ainsi, le classement de la forme cutanĂ©e dans le syndrome de radio-exposition aiguĂ« est controversĂ© ; certains y voient une affection distincte. Toutefois, l'expĂ©rience indique que les lĂ©sions cutanĂ©es compliquent le traitement du syndrome d'irradiation aiguĂ«, notamment, il est probable que les pertes humaines chez les « liquidateurs » de Tchernobyl auraient Ă©tĂ© moindres en l'absence de symptĂŽmes cutanĂ©s.

Autres complications

Les autres complications consécutives à une irradiation aiguë ne font pas formellement partie du syndrome d'irradiation aiguë mais sont une conséquence directe de la radio-exposition. Ces effets sont déterministes ou apparaissent avec des probabilités élevées.

Proportion de déficience mentale sévÚre aprÚs une radio-exposition aiguë in utero[15].

Stérilité

La stĂ©rilitĂ© fĂ©minine permanente touche 60 % des patientes exposĂ©es Ă  2,5–5 Gy (dont 100 % des plus de 40 ans) et 100 % Ă  partir de 8 Gy. Des effets chez certaines femmes de plus de 40 ans s'observent dĂšs 1,5 Gy.

L'azoospermie (donc stĂ©rilitĂ©) masculine temporaire est observĂ©e chez 100 % des hommes exposĂ©s Ă  0,3–0,5 Gy entre 4 et 12 mois aprĂšs l'irradiation avec une rĂ©cupĂ©ration totale dans les deux ans ; l'oligozoospermie peut s'observer dĂšs 0,1 Gy. Au-delĂ  de 2–3 Gy, l'azoospermie s'observe dĂšs les deux premiers mois suivant l'exposition et dure au moins 3 ans. La stĂ©rilitĂ© permanente est attestĂ©e pour des doses de 5 Ă  15 Gy sur les gonades[9].

Cataracte

La cataracte touche 10 % des patients exposés à 2 Gy, 50 % à 5 Gy et 90 % à 10 Gy.

Effets sur l'embryon

Les fƓtus sont particuliĂšrement radiosensibles ; les risques liĂ©s sont la fausse couche ainsi que la tĂ©ratogenĂšse : microcĂ©phalie, retard mental, malformation, retard de croissance. Ces effets ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s chez les hibakusha. Une exposition Ă  1,4 Gy — dose provoquant un syndrome lĂ©ger chez l'adulte — d'un embryon de 8 Ă  15 semaines provoque 75 ± 20 % (intervalle de confiance : 90 %) de dĂ©ficience mentale grave par la suite ; cette proportion tombe Ă  37 ± 15 % pour un fƓtus ĂągĂ© de 16 Ă  25 semaines[15]. Aucun effet notable n'est observĂ© sur le quotient intellectuel pour un Ăąge gestationnel de plus de 26 semaines ou de moins de 8, ainsi que pour des doses infĂ©rieures Ă  0,1 Gy ; pour une dose de 0,1 Ă  0,5 Gy, la dĂ©ficience moyenne, tous Ăąges confondus, est de 8 ± 6 (intervalle de confiance : 95 %) points de QI[16]. Le retard de croissance est observĂ© chez les sujets exposĂ©s Ă  plus de 1 Gy, il est de l'ordre de 10 cm[16].

Effet stochastiques

Des effets stochastiques à long terme sont aussi observables : maladies cardiaques, respiratoires et digestives. Le risque de mortalité s'élÚve de 14 % par sievert dans les 30 années suivant la radio-exposition avec un seuil de 0,5 Sv[10].

Prévention et soins médicaux

Prévention

Zone d'accÚs contrÎlé en raison du risque d'irradiation ou de contamination.
Confinement d'une source radioactive

La prévention du symptÎme passe par des mesures de radioprotection.

Dans les expériences et manipulations de matiÚre fissile, le strict respect du protocole permet d'éviter l'assemblage involontaire d'une masse critique conduisant à un accident de criticité, comme ce fut le cas par négligence à Tokaimura au Japon (1999).

En cas d'incident, il convient d'éviter l'irradiation ou de minimiser le temps d'exposition, donc la dose reçue ; la surveillance du débit de dose radioactive sur les installations sensibles est essentielle afin que le personnel évite de se rendre sur le lieu de l'incident et/ou se mette à l'abri le plus rapidement possible. Le non-respect d'une telle mesure de sécurité a provoqué la mort d'un opérateur à Soreq en Israël (1986) qui a voulu vérifier de visu le signal contradictoire d'une alarme déclenchée et d'un systÚme de sécurité indiquant une source radioactive correctement confinée.

Enfin, les sources radioactives doivent ĂȘtre strictement surveillĂ©es et confinĂ©es en dehors des pĂ©riodes d'utilisation. Plusieurs cas mortels d'irradiation ont eu lieu Ă  cause d'une dĂ©ficience du systĂšme de confinement des sources dans des usines de stĂ©rilisation, parmi les plus rĂ©cents Ă  Soreq en IsraĂ«l (1986) et Ă  Niasvij en BiĂ©lorussie (1991). Il faut Ă©galement veiller Ă  ce qu'elles n'aboutissent pas entre les mains d'un public non averti, comme ce fut le cas Ă  de nombreuses reprises lors de vols ou de pertes d'isotopes radioactifs sur des installations civiles ou militaires. Le dernier cas en date, en GĂ©orgie (2001–2002), est le vol de sources de gĂ©nĂ©rateur thermoĂ©lectrique Ă  radioisotope par un employĂ© : sept personnes furent irradiĂ©es.

La Commission internationale de protection radiologique émet des recommandations concernant la radioprotection. Elles sont généralement reprises par les législations nationales.

L'Agence internationale de l'énergie atomique est une association affiliée à l'Organisation des Nations unies qui cherche à promouvoir les usages pacifiques de l'énergie nucléaire et à limiter le développement de ses applications militaires. Elle émet des rapports sur chaque accident nucléaire ou radiologique pour en tirer les conséquences en matiÚre de sécurité et de protection civile.

Diagnostic de la gravité de l'irradiation

Dose de rayonnement gamma reçue (dose unique rapide) en fonction de la durée d'apparition des vomissements[17] (Gy)
fréquence durée avant vomissement
< 4 h > 4 h
25 %2,50,5
50 %3,60,9
75 %6,01,7

Une estimation de la dose reçue est nécessaire pour connaßtre la prise en charge nécessaire ; le personnel sur des installations sensibles doit porter à cette fin un dosimÚtre. En l'absence de mesure, la présence, la rapidité d'apparition et l'intensité des symptÎmes prodromaux, ainsi que la numération des lymphocytes dans les deux jours suivant l'irradiation permettent de quantifier la gravité de l'exposition.

Mesure de l'exposition aux gammas

Des outils de diagnostic rapide ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s Ă  des fins de sĂ©curitĂ© civile afin de pouvoir effectuer un tri rapide des personnes. Ils sont destinĂ©s aux accidents Ă  grande Ă©chelle, dans le cas oĂč il s'avĂšre impossible de faire rapidement un examen approfondi de l'ensemble des individus touchĂ©s. La durĂ©e moyenne t (en heures) Ă©coulĂ©e entre une exposition ponctuelle Ă  des rayonnements gamma et le premier vomissement est reliĂ© Ă  la dose reçue D (en grays) par une loi de puissance[17] :

t = (4,47 ± 0,16) D(−0,57 ± 0,04)

Un critĂšre simplifiĂ© est la prĂ©sence de vomissements dans les quatre heures suivant l'exposition : trois quarts des personnes « positives » ont reçu plus de 2,5 Gy, impliquant un risque vital modĂ©rĂ© Ă  Ă©levĂ© ; elles doivent ĂȘtre suivies et examinĂ©es rapidement. Les patients « nĂ©gatifs » ont reçu une dose infĂ©rieure Ă  1,7 Gy (impliquant un risque vital faible) dans 75 % des cas et peuvent attendre quelques jours pour rĂ©examen[6] (voir tableau ci-contre).

Dose reçue en fonction du taux de lymphocytes 8 à 12 heures aprÚs l'exposition[18].
concentration en lymphocytes (mm−3) dose (Gy)
2500< 1
1700–25001–5
1200–17005–9
< 1000> 10

Un bilan sanguin Ă©tabli dans les 8 Ă  48 heures aprĂšs l'exposition permet d'Ă©tablir un intervalle de dose reçue : la numĂ©ration de lymphocytes diminue selon une loi exponentielle dont le temps de demi-attĂ©nuation est corrĂ©lĂ© Ă  la gravitĂ© de l'irradiation. Une lymphocytopĂ©nie de 1 500 mm−3 ou moins dans les 48 heures suivant l'exposition indique une exposition Ă  une dose moyenne de 3,1 Gy. Ces patients nĂ©cessiteront des soins mĂ©dicaux[18]. Une numĂ©ration lymphocytaire dans les 8 Ă  12 heures permet d'obtenir un diagnostic plus prĂ©cis (voir table ci-contre).

Il existe diffĂ©rents moyens de dĂ©terminer la dose par des examens biologiques, toutefois, ces mĂ©thodes sont ou bien onĂ©reuses et coĂ»teuses en main d'Ɠuvre, ou bien en cours d'investigation. La mesure des anomalies au niveau chromosomique est coĂ»teuse en argent et en main-d'Ɠuvre[6]; la dosimĂ©trie par mesure de l'apoptose des lymphocytes[19] est encore expĂ©rimentale. La mesure du taux de radicaux libres ou de marqueurs biochimiques spĂ©cifiques est envisagĂ©e[6].

Mesure de l'exposition aux neutrons

Croquis pour déterminer les doses reçues lors de l'accident de criticité provoqué par Louis Slotin.

La mesure de la radioactivité induite chez les victimes d'une irradiation permet d'estimer la dose reçue. Si M est la masse de l'individu en kilogrammes, K le nombre de coups par minute d'un compteur Geiger posé contre le ventre du sujet, la dose radiative D en gray est donnée par[6] :

D = 100 × 1,1K/M

La relation est calibrée pour un rayonnement de neutrons et/ou de photons gamma.

La mesure du taux de phosphore 32 dans les cheveux ou de sodium 24 dans le sang permet d'estimer la dose de neutrons reçue[20].

Soins

Il n'existe pas de traitement éprouvé des conséquences d'une irradiation (des causes des symptÎmes), mais un traitement symptomatique permet de diminuer la mortalité le temps que les tissus se régénÚrent ou qu'une greffe soit effectuée.

Les connaissances sur la physiopathologie des irradiations accidentelles ont beaucoup progressĂ© au cours de ces derniĂšres annĂ©es. On est ainsi passĂ© du paradigme classique de dĂ©faillance radio-induite d’un organe cible unique (moelle osseuse ou systĂšme gastro-intestinal ou systĂšme nerveux central) au concept de dĂ©faillance multi-organes impliquant les 3 systĂšmes prĂ©cĂ©dents ainsi que la peau, le poumon, le foie et le rein. Ce changement de paradigme a de trĂšs grandes consĂ©quences. La gestion mĂ©dicale devient plus complexe, le patient irradiĂ© ne devant plus ĂȘtre pris en charge uniquement par des spĂ©cialistes d’hĂ©matologie mais par une Ă©quipe pluridisciplinaire rassemblant les grandes spĂ©cialitĂ©s de la mĂ©decine, et ce dĂšs l’évĂšnement initial. Toute la stratĂ©gie thĂ©rapeutique Ă  mettre en Ɠuvre s’en trouve modifiĂ©e.

Un consensus international sur le traitement de l’irradiation accidentelle se dĂ©gage au dĂ©but du XXIe siĂšcle, au moins sur le plan europĂ©en. Le nouveau concept physiopathologique de la dĂ©faillance multi-organes propose que la greffe de moelle ne soit pas pratiquĂ©e en urgence comme cela a souvent Ă©tĂ© le cas dans le passĂ©, mais soit systĂ©matiquement diffĂ©rĂ©e de 2 Ă  3 semaines aprĂšs l’accident, dans l’attente de la vĂ©rification du caractĂšre dĂ©finitif et irrĂ©versible des dommages radio-induits Ă  la moelle osseuse et en l’absence de signes cliniques d’apparition d’une dĂ©faillance multiple des organes[21]. Si l’exposition est hĂ©tĂ©rogĂšne, la greffe de moelle est par nature contre-indiquĂ©e et il faut recourir Ă  une stimulation par des facteurs de croissance de la moelle osseuse prĂ©sente dans les territoires les moins irradiĂ©s.

Prise en charge

Le traitement des blessures (brûlures, traumatismes) est prioritaire sur celui de l'irradiation. Il convient de décontaminer en cas de contact, d'ingestion de radioéléments.

En cas d'accident impliquant la population civile, un suivi psychologique est nĂ©cessaire et certaines personnes dĂ©veloppent des symptĂŽmes caractĂ©ristiques du syndrome d'irradiation aiguĂ« sans avoir Ă©tĂ© exposĂ©es, un effet nocebo ayant Ă©tĂ© observĂ© chez prĂšs de 5 000 personnes lors de l'accident radiologique de GoiĂąnia au BrĂ©sil, en 1987[6].

Les vomissements peuvent ĂȘtre traitĂ©s avec des anti-vomitifs comme les inhibiteurs des rĂ©cepteurs de la sĂ©rotonine[22].

Syndrome hématopoïétique

L'hospitalisation n'est gĂ©nĂ©ralement nĂ©cessaire que pour une dose supĂ©rieure Ă  2 Gy, le risque d'infections nĂ©cessite un placement en milieu stĂ©rile. Dans les autres cas les soins peuvent ĂȘtre prodiguĂ©s Ă  domicile[22]. Le traitement du syndrome hĂ©matopoĂŻĂ©tique fait intervenir la prophylaxie et le soin des infections Ă  l'aide d'antibiotiques, d'antiviraux et d'antimycosiques. La transfusion sanguine et celle de plaquettes permet de rĂ©duire les risques hĂ©morragiques et de lutter contre la lymphocytopĂ©nie.

La stimulation de l'hématopoïÚse à l'aide de facteurs de croissance permet d'augmenter les chances de survie[13], les cytokines n'ont pas reçu l'aval de la Food and Drug Administration pour les cas d'irradiation[6]. La greffe de moelle osseuse, de son cÎté, est d'efficacité et d'emploi limités : pour des doses modérées les cellules hématopoïétiques ne sont pas totalement détruites et repeuplent spontanément la moelle en cas de survie, et l'impact positif de la transplantation n'est clairement établi que de la part d'un jumeau monozygote[6].

Un médicament expérimental destiné à traiter spécifiquement les effets d'une irradiation aiguë, le Neumune[23], est développé conjointement par l'industrie pharmaceutique et l'armée américaine. Testé chez le singe, il diminuerait la thrombocytopénie et l'anémie résultant d'une exposition à des doses modérées et augmenterait les chances de survie à une forte irradiation.

Syndromes gastro-intestinal et cérébro-vasculaire

Ces formes du syndrome d'irradiation aiguĂ« conduisent Ă  une mort certaine. Les patients nĂ©cessitent un traitement palliatif. Des soins symptomatiques peuvent prolonger la durĂ©e de vie. Les forces armĂ©es se sont intĂ©ressĂ©es Ă  des traitements symptomatiques dans les premiĂšres heures d'une irradiation Ă©levĂ©e (20-50 Gy) afin de permettre aux troupes touchĂ©es d'ĂȘtre aptes au combat pendant une pĂ©riode limitĂ©e.

Cas attestés

Le syndrome est attesté aprÚs une explosion atomique. Image du champignon atomique au-dessus d'Hiroshima.
Les retombées de l'essai de Castle Bravo ont provoqué des cas d'irradiation aiguë.
Baie de Vladivostok. 10 août 1985 : l'approvisionnement du réacteur nucléaire du sous-marin K-431 tourne à l'accident et expose 49 personnes à une irradiation aiguë.
Générateur thermo-électrique à radio-isotope : la source puissante peut provoquer une irradiation aiguë, comme à Liya (Géorgie).

Le nombre de décÚs attestés par syndrome d'irradiation aiguë est de 180 dans la période de 1945 à 2004 sur 600 accidents radiologiques recensés[24], hibakusha d'Hiroshima et Nagasaki exclus.

Les quatre principales causes attestées du syndrome sont l'exposition à une explosion nucléaire ou à ses retombées, l'accident sur un réacteur nucléaire, l'accident de criticité lors de la manipulation de matiÚre fissile et l'exposition à une radiosource puissante.

Suites d'une explosion nucléaire

L'explosion nucléaire est sans conteste la cause la plus connue et la plus vulgarisée du syndrome d'irradiation aiguë, notamment via le film Pluie noire qui relate les malheurs des hibakusha à la suite des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki ; un essai nucléaire atmosphérique américain a aussi causé le syndrome par accident :

Accidents sur un réacteur nucléaire

La catastrophe de Tchernobyl en 1986 a vulgarisé le risque représenté par les accidents sur des réacteurs nucléaires. Un accident au bord d'un sous-marin soviétique a aussi connu la célébrité avec le film K-19 : Le PiÚge des profondeurs.

Les neuf accidents attestés ayant entraßné au moins un syndrome d'irradiation aiguë sont :

Accidents de criticité lors de manipulations de produits fissiles

Le cas du physicien Louis Slotin, mortellement irradié en 1946 lors d'une démonstration scientifique au Laboratoire national de Los Alamos a attiré l'attention sur les risques de manipulation de matiÚres fissiles ; son histoire est romancée dans Les Maßtres de l'ombre. C'est aussi le cas de l'accident de Tokaimura (Japon) en 1999 dans une installation nucléaire civile.

Aucun des accidents de criticitĂ© lors de la manipulation de produits fissiles n'a provoquĂ© de syndrome d'irradiation aiguĂ« auprĂšs du public ; dans un seul cas — Tokaimura en 1999 — la population civile a Ă©tĂ© soumise Ă  une exposition supĂ©rieure aux normes.

Liste d'accidents de criticité lors d'une manipulation de matiÚre qui ont provoqué une irradiation aiguë :

  • , Laboratoire national de Los Alamos, États-Unis : accident de criticitĂ© par erreur de manipulation. Harry Daghlian Jr. laisse tomber une brique de carbure de tungstĂšne rĂ©flĂ©chissant les neutrons sur un bloc de plutonium. En plus de la forme habituelle du syndrome il prĂ©sente de graves brĂ»lures aux mains dĂšs les premiers jours suivant l'irradiation (200–400 Gy sur la main droite). Il dĂ©cĂšde trois semaines aprĂšs[26].
  • , Laboratoire national de Los Alamos, États-Unis : accident de criticitĂ© par erreur de manipulation. Le physicien canadien Louis Slotin crĂ©e par accident une masse critique de plutonium lors d'une dĂ©monstration scientifique. Il meurt une semaine aprĂšs des suites d'une irradiation de 10 Gy[26].
  • , Complexe nuclĂ©aire Mayak, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de manipulation. En laboratoire, deux opĂ©rateurs assemblent par mĂ©garde une solution de plutonium critique. L'un d'eux reçoit 10 Gy aux parties infĂ©rieures du corps et survit malgrĂ© un syndrome d'irradiation aiguĂ« grave[26].
  • , Complexe nuclĂ©aire Mayak, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Un opĂ©rateur transvase une solution de nitrate de plutonium dans un rĂ©ceptacle non prĂ©vu Ă  cet effet et est soumis Ă  une dose estimĂ©e Ă  10 Gy lorsque la criticitĂ© est atteinte. Il dĂ©cĂšde 35 jours aprĂšs.
  • , Complexe nuclĂ©aire Mayak, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de conception industrielle. Un rĂ©servoir recevant un prĂ©cipitĂ© provenant d'une solution d'uranium expose un opĂ©rateur Ă  une dose de l'ordre de 30 Gy, qui meurt 12 jours aprĂšs. Cinq autres survivent mais prĂ©sentent un syndrome d'irradiation aiguĂ« avec des doses allant jusqu'Ă  3 Gy.
  • , Complexe nuclĂ©aire Mayak, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Des opĂ©rateurs s'approchent d'un rĂ©servoir d'une solution d'uranium et rĂ©flĂ©chissent suffisamment de neutrons pour crĂ©er une masse critique. Trois opĂ©rateurs meurent dans la semaine aprĂšs avoir reçu 5 Ă  6 Sv ; un quatriĂšme survit au syndrome d'irradiation et devient aveugle dans les annĂ©es suivantes[26].
  • , Oak Ridge, États-Unis : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Un rĂ©servoir contenant une solution d'uranium fuit et est transvasĂ© ; au cours de la manipulation, 5 personnes reçoivent de 2 Ă  4,5 Sv au cours d'un accident de criticitĂ© et tombent malades[26].
  • , Laboratoire national de Los Alamos, États-Unis : accident de criticitĂ© par erreur de manipulation. Un opĂ©rateur assemble par erreur une masse critique d'une solution de plutonium et meurt des suites d'une exposition Ă  90–120 Sv sur le haut du corps[26].
  • , Complexe chimique de SibĂ©rie, URSS : accident de criticitĂ©. L'accumulation d'hexafluorure d'uranium dans une pompe Ă  vide devient critique et soumet un employĂ© Ă  2 Sv. Il dĂ©veloppe un syndrome d'irradiation aiguĂ« lĂ©ger[26].
  • , Sarov, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Des expĂ©rimentateurs manipulent une masse sous-critique de plutonium et un rĂ©flecteur de neutrons crĂ©ant une masse critique. Deux reçoivent 3,7 et 5,5 Sv et survivent au syndrome d'irradiation[26].
  • , Rhode Island, États-Unis : accident de criticitĂ© par erreur de protocole au United Nuclear Fuels Recovery Plant. Une masse critique de combustible fissible est atteinte dans la Wood River Junction facility lors de la manipulation de solutions d'uranium. L'opĂ©rateur meurt deux jours aprĂšs des suites l'irradiation de 10 Sv[26].
  • , URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Deux experts en criticitĂ© assemblent un cƓur d'uranium avec des rĂ©flecteurs de neutrons sans suivre les procĂ©dures de sĂ©curitĂ©. Ils s'exposent respectivement Ă  20–40 Gy et 5–10 Gy et meurent 3 et 54 jours aprĂšs l'accident.
  • , URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Un employĂ© de la Mayak Enterprise crĂ©e temporairement une solution critique de plutonium en transvasant un rĂ©servoir et quitte les lieux aussitĂŽt. Un superviseur dĂ©cide alors de bouger le conteneur incriminĂ© et s'expose Ă  un second accident de criticitĂ© ; il meurt un mois plus tard d'une exposition de 24,5 Sv. L'expĂ©rimentateur (7 Sv) tombe malade et survit aprĂšs amputation des deux jambes[26].
  • , Moscou, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de calcul Ă  l'Institut Kourtchatov. Des expĂ©riences sont menĂ©es sur la criticitĂ© de barres d'uranium plongĂ©es dans l'eau. L'insuffisance des calculs mĂšne Ă  une masse surcritique Ă  la fin d'une expĂ©rience lorsque l'eau est pompĂ©e. Deux expĂ©rimentateurs reçoivent 60 et 20 Sv et meurent 5 et 15 jours aprĂšs. Deux autres reçoivent des doses de 6 Ă  7 Sv et survivent, avec des problĂšmes chroniques de santĂ©[26].
  • , Complexe chimique de SibĂ©rie, URSS : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Deux employĂ©s stockent quatre lingots de plutonium dans un mĂȘme conteneur, crĂ©ant une masse critique : l'un d'eux reçoit 2,5 Gy[26].
  • 17 juin et , Sarov, Russie : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Un expĂ©rimentateur seul assemble un cƓur de plutonium avec un rĂ©flecteur de neutrons en cuivre. L'expĂ©rimentateur est soumis Ă  45 Gy de neutrons et 3,5 Gy de rayonnement gamma lors du second accident et meurt dans la nuit, 66 heures aprĂšs la premiĂšre exposition[32].
  • , Tokaimura, Japon : accident de criticitĂ© par erreur de protocole. Des employĂ©s assemblent par nĂ©gligence une masse critique d'une solution d'uranium dans le centre nuclĂ©aire de Tokaimura. Deux employĂ©s sont exposĂ©s Ă  une dose lĂ©tale[26].

Exposition Ă  une source radioactive

Moins connue en est la possibilité de développer le syndrome aprÚs l'exposition à une source radioactive puissante, dont les emplois militaires mais aussi civils sont nombreux : production stable, pérenne et transportable d'énergie (générateur thermoélectrique à radioisotope), stérilisation, soin du cancer (radiothérapie). Sur les vingt derniÚres années, avec l'augmentation des mesures de sécurité civile au niveau des installations nucléaires, c'est la principale cause du syndrome de radio-exposition aiguë.

L'exposition accidentelle peut rĂ©sulter d'une erreur humaine ou d'un dysfonctionnement sur un site utilisant une radiosource. Il peut aussi s'agir d'une exposition accidentelle de civils lors de la perte ou du vol d'une telle source : dix de ces « pertes » de sources ont conduit Ă  un syndrome d'irradiation aiguĂ« parmi la population, avec un total de 23 dĂ©cĂšs dans la pĂ©riode 1945–2000[30].

Voici une liste chronologique des cas d'irradiation aiguë liés à des radio-sources :

  • 1960, URSS : suicide par exposition Ă  une source radioactive. Un individu se suicide en s'exposant Ă  une source de cĂ©sium 137. Il reçoit 15 Sv[31].
  • 1961, Suisse : exposition Ă  une peinture radioactive. Une personne meurt aprĂšs avoir reçu 3 Sv d'une peinture contenant du tritium[11].
  • 1962, Mexico, Mexique : exposition du public Ă  une source de radiographie industrielle. Quatre personnes sont exposĂ©es Ă  une source de cobalt 60 de radiographie industrielle et reçoivent des doses lĂ©tales allant de 9,9 Ă  52 Gy[30].
  • , Sanlian, Chine : exposition Ă  la suite d'une perte de dĂ©chets nuclĂ©aires. Une source de 60Co est trouvĂ©e dans une dĂ©charge ; deux personnes reçoivent environ 8 Sv et meurent dans les deux semaines[11].
  • 1964, RĂ©publique fĂ©dĂ©rale d'Allemagne : exposition Ă  une peinture radioactive. L'exposition Ă  de la peinture contenant du tritium conduit Ă  la mort d'une personne (10 Gy) et Ă  un syndrome d'irradiation aiguĂ« chez trois autres[11].
  • 1968, Chicago, États-Unis : exposition Ă  une source radioactive. Une personne s'expose Ă  une source d'or 198, reçoit 4 Ă  5 Gy Ă  la moelle osseuse et en dĂ©cĂšde[31].
  • 1971, Chiba, Japon : exposition Ă  la suite de la perte d'une source de radiographie. Une source d'iridium 192 destinĂ©e Ă  de la radiographie industrielle est perdue. Trois ouvriers dĂ©veloppent un syndrome d'irradiation aiguĂ«[30].
  • 1972, Bulgarie : suicide par exposition Ă  une source radioactive[31].
  • 1974, New Jersey, États-Unis : exposition Ă  une source de rayonnement gamma dans une entreprise d'irradiation. Une personne reçoit une dose d'environ 4 Gy et survit au syndrome[30].
  • 1975, Stimos, Italie : exposition Ă  une source de rayonnement gamma dans une entreprise d'irradiation. Une personne reçoit 12 Gy et dĂ©cĂšde.
  • 1977, GyƑr, Hongrie : exposition Ă  une source radioactive. Une personne est exposĂ©e accidentellement Ă  une source industrielle, reçoit 1,2 Sv et prĂ©sente un lĂ©ger syndrome d'irradiation[33].
  • 1977, Rockaway, États-Unis : exposition Ă  une source radioactive. Un employĂ© d'une entreprise d'irradiation reçoit accidentellement 2 Sv d'une source de cobalt 60 et dĂ©veloppe un syndrome d'irradiation aiguĂ«[30] - [33].
  • 1978, AlgĂ©rie : exposition Ă  la suite d'une perte de source d'irradiation industrielle. Quatre personnes dĂ©veloppent le syndrome d'irradiation aiguĂ« et y survivent[30].
  • , Kjeller, Skedsmo, NorvĂšge : exposition Ă  une source d'irradiation industrielle. Un employĂ© d'une usine d'irradiation s'expose accidentellement Ă  une source de cobalt 60. Il tombe malade dans la demi-heure. Il meurt 13 jours aprĂšs, d'une dose estimĂ©e Ă  22 Sv[31].
  • 1983, Ciudad JuĂĄrez, Mexique : exposition Ă  la suite d'une perte d'une source de radiothĂ©rapie. La source de cobalt 60 expose 5 personnes Ă  des doses de 3 Ă  7 Gy et 75 autres Ă  des doses de 0,25 Ă  3 Gy. Certaines dĂ©veloppent le syndrome d'irradiation aiguĂ« et y survivent.
  • 1984, Maroc : Accident de radiation marocain en 1984 : irradiation accidentelle par une source de radiographie industrielle. La source d'iridium 192 provoque le dĂ©cĂšs de 8 personnes du public en raison d'un dĂ©faut du confinement[30].
  • 1986, Kaifeng, Chine : exposition Ă  une source radioactive. Deux individus reçoivent 2,6 et 3,2 Sv d'une source de cobalt 60 et dĂ©veloppent le syndrome d'irradiation aiguĂ«[33].
  • , Soreq, prĂšs de YavnĂ©, IsraĂ«l : exposition accidentelle Ă  une source de stĂ©rilisation industrielle. Un opĂ©rateur d'une entreprise de stĂ©rilisation Ă  Soreq (IsraĂ«l) s'expose par inadvertance Ă  une source radioactive de cobalt 60, et meurt 36 jours aprĂšs[34].
  • 12-27 septembre 1987, Goiania, BrĂ©sil : exposition du public Ă  la suite d'une perte de source de radiothĂ©rapie. Des personnes de Goiania tombent malades et l'on pense au dĂ©but Ă  une maladie tropicale avant de diagnostiquer le syndrome d'irradiation aiguĂ« : elle avait Ă©tĂ© trouvĂ©e et avait circulĂ© entre plusieurs mains. Les doses reçues vont de 1 Ă  7 Gy. Cinq personnes meurent des suites d'une irradiation de 4,5 Ă  6 Gy ; trois prĂ©sentent un syndrome sĂ©vĂšre et six autres des problĂšmes hĂ©matopoĂŻĂ©tiques. Des cas de dĂ©pression sont observĂ©s[11].
  • 1989, San Salvador, Salvador : exposition Ă  une source d'irradiation industrielle. Une personne meurt des suites d'une exposition Ă  8 Gy ; deux autres survivent Ă  2,9 et 3,7 Gy.
  • , Shanghai, Chine : exposition accidentelle Ă  une source de stĂ©rilisation industrielle. Dans une usine de stĂ©rilisation, des ouvriers s'exposent accidentellement Ă  une source de cobalt 60. Deux meurent des suites d'une irradiation de 11-12 Gy ; cinq autres reçoivent plus de 2 Gy et tombent malades[35].
  • , Niasvij, BiĂ©lorussie : exposition accidentelle Ă  une source de stĂ©rilisation industrielle. Un opĂ©rateur d'une usine de stĂ©rilisation s'expose par inadvertance Ă  une dose de 12,5 Sv. Il survit au syndrome hĂ©matopoĂŻĂ©tique grĂące Ă  des soins intensifs mais dĂ©cĂšde au bout de quatre mois[36].
  • 1994, Tammiku, Estonie : exposition Ă  la suite d'une perte de dĂ©chet radioactif. Une personne dĂ©cĂšde des suites d'une irradiation Ă  4 Gy[30].
  • 1999, Istanbul, Turquie : exposition Ă  la suite d'une perte de source de radiothĂ©rapie. 10 personnes dĂ©veloppent le syndrome d'irradiation aiguĂ«[30].
  • , Grozny, Russie : exposition lors d'un vol de source radioactive. Des voleurs dĂ©robent des sources de cobalt 60. Trois meurent dont l'un en une demi-heure, trois autres tombent malades[37].
  • Janvier-fĂ©vrier 2000, Samut Prakan, ThaĂŻlande : perte de source radioactive. Une source mĂ©dicale de cobalt 60 tombe lors d'un transport et est descellĂ©e. Trois employĂ©s meurent et sept autres tombent malades, avec des doses de l'ordre de 2 Sv ainsi que des brĂ»lures graves pour certains[38].
  • Juin-juillet 2000, Mit Halfa, Égypte : perte de sources radioactives. Un employĂ© trouve une source radioactive d'iridium 192 et la ramĂšne chez lui. Sept personnes tombent malades, dont deux meurent ; des dizaines de voisins prĂ©sentent des modifications mineures de la formule sanguine[39].
  • 2001-2002, Liya, GĂ©orgie : vol de sources radioactives. Des sources de strontium 90 servant de gĂ©nĂ©rateur thermoĂ©lectrique Ă  radioisotope sont volĂ©es ; trois personnes dĂ©veloppent le syndrome d'irradiation aiguĂ«[40].
  • 11 mars 2006, Fleurus, Belgique, un ouvrier travaillant Ă  l'irradiation des aliments chez Sterigenics a Ă©tĂ© fortement irradiĂ© par une source au Cobalt-60. Il est entrĂ© dans le local alors que la source n'avait pas Ă©tĂ© mise en sĂ©curitĂ© et a reçu une trĂšs forte dose, Ă©valuĂ©e entre 4,4 et 4,8 grays. Cet accident est classĂ© au niveau 4 de l’échelle INES[41].
  • 2006, L'ancien agent russe Alexandre Litvinenko est empoisonnĂ© avec une source de polonium 210. HospitalisĂ© Ă  Londres, il dĂ©cĂšde le 23 novembre 2006 des suites de son empoisonnement.

Accidents liés aux accélérateurs à particules

  • 1967, Pittsburgh, États-Unis : irradiation dans un accĂ©lĂ©rateur de particules. Trois personnes reçoivent 1 Ă  6 Gy sur le corps entier[30].
  • 1991, Forbach, France : exposition Ă  une source d'irradiation dans un accĂ©lĂ©rateur de particules industriel, par suite de nĂ©gligences de la part de l'employeur. Trois personnes sont irradiĂ©es l'une d'elles reçoit une dose Ă©quivalente comprise entre 100 et 1000 Rem sur le corps entier. En raison de la nature de l'exposition notamment Ă  la tĂȘte (le dosimĂštre Ă©tant portĂ© Ă  la poitrine) cette valeur est probablement beaucoup plus Ă©levĂ©, la dose Ă  la peau relevĂ© Ă©tait comprise entre 4000 et 40000 Rem, elle dĂ©cĂšde 16 ans plus tard de complications mĂ©dicales [42].

Cas dans des Ɠuvres de fiction

Le drame des hibakusha aprĂšs les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki et la menace d'apocalypse qui planait lors de la guerre froide furent une source d'inspiration pour les romanciers et cinĂ©astes. Aussi de nombreuses Ɠuvres de fiction traitent-elles de l'irradiation aiguĂ«, que ce soit sous un jour rĂ©aliste ou fortement romancĂ©.

Les Ɠuvres les plus marquantes sont :

  • USS Charleston, derniĂšre chance pour l'humanitĂ© (On the Beach en anglais) est un roman post-apocalyptique de l'Ă©crivain britannique Nevil Shute, adaptĂ© au cinĂ©ma en 1959 (Le Dernier Rivage) et en tĂ©lĂ©film en 2000. Il dĂ©crit la vie de diffĂ©rentes personnes en Australie qui attendent l'arrivĂ©e d'un nuage radioactif mortel provenant d'une guerre nuclĂ©aire dans l'hĂ©misphĂšre nord. À la fin, tout le monde se suicide ou meurt d'irradiation aiguĂ«. En fait, la durĂ©e de vie du nuage radioactif dans l'ouvrage est exagĂ©rĂ©e.
  • Alas Babylon est un roman des annĂ©es 1960 Ă©crite par Pat Franl, qui dĂ©crit les effets d'une guerre nuclĂ©aire sur une communautĂ© fictive de Fort Repose en Floride.
  • Le film de Lynne Littman Le Dernier Testament (Testament) de 1983 suit une famille de banlieue frappĂ©e d'irradiation aiguĂ« lors d'une attaque nuclĂ©aire soviĂ©tique sur San Francisco.
  • En 1983, Le Jour d'aprĂšs dĂ©crit les effets consĂ©cutifs Ă  une guerre nuclĂ©aire entre les États-Unis et l'URSS, principalement du point de vue des habitants de Lawrence (Kansas). De nombreux personnages y meurent de maladie des rayons, en particulier on y voit la perte des cheveux.
  • Le film Le MystĂšre Silkwood d'Alice Arlen et Nora Ephron (1983) trace le portrait de Karen Silkwood, une mĂ©tallurgiste sur une entreprise de traitement du plutonium qui a Ă©tĂ© sciemment contaminĂ©e, torturĂ©e psychologiquement et peut-ĂȘtre tuĂ©e pour l'empĂȘcher de rĂ©vĂ©ler des violations patentes des mesures de sĂ©curitĂ© sur le site.
  • En 1984, le tĂ©lĂ©film de Mick Jackson Threads suit deux familles de Sheffield et leurs enfants dans les suites d'une attaque nuclĂ©aire soviĂ©tique. De nombreux personnages y meurent d'irradiation aiguĂ«, de cancers et prĂ©sente des malformations. Ceux qui survivent vieillissent de façon prĂ©maturĂ©e.
  • Les scĂ©naristes du tĂ©lĂ©film dramatique Edge of Darkness (BBC, 1985) ont effectuĂ© des recherches sur la maladie des rayons et se sont assurĂ©s que les personnages Ronald Craen (Bob Peck) et Darius Jedburgh (Joe Don Baker) prĂ©sentent des symptĂŽmes rĂ©alistes.
  • Les MaĂźtres de l'ombre (Roland JoffĂ©, 1989) est une dramatisation de l'effort de construction de la premiĂšre bombe nuclĂ©aire par les AmĂ©ricains durant la Seconde Guerre mondiale. Michael Merriman (John Cusack) fut mortellement irradiĂ© lors d'un accident de criticitĂ©. Le personnage se fonde sur l'histoire de Louis Slotin qui est mort des suites d'un accident de criticitĂ© au Laboratoire national de Los Alamos.
  • Le film de Shohei Imamura Pluie noire (1989) traite les suites du bombardement atomique d'Hiroshima. Le titre fait rĂ©fĂ©rence Ă  la « pluie noire » composĂ©e des retombĂ©es nuclĂ©aires qui s'est abattue sur la ville aprĂšs le bombardement. Il se fonde sur le livre Ă©ponyme de Masuji Ibuse.
  • Dans le roman graphique When the Wind Blows de Raymond Briggs, un couple de sĂ©niors est exposĂ© aux retombĂ©es d'une guerre nuclĂ©aire. La seconde partie de l'histoire traite principalement des effets de l'irradiation et de l'interprĂ©tation des symptĂŽmes comme choc post-traumatique.
  • Dans le film de Roberto Pires CĂ©sio 137 - O Pesadelo de GoiĂąnia (1990) qui raconte la vĂ©ritable histoire de la L'accident nuclĂ©aire de GoiĂąnia. À la suite du vol et du dĂ©mantĂšlement par des ferrailleurs d'un appareil de radiothĂ©rapie, 250 personnes sont contaminĂ©es et quatre personnes mortellement irradiĂ©es.
  • Le thriller de Joseph Kanon Los Alamos (1995) propose une version romancĂ©e de l'accident de Harry Daghlian Jr.
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Sept jours pour agir les victimes d'une fuite radioactive dans un sous-marin nuclĂ©aire soviĂ©tique endommagĂ© sont montrĂ©s pĂąles et malades.
  • Dans le feuilleton tĂ©lĂ©visĂ© 24 heures chrono (deuxiĂšme saison), le personnage principal George Mason inhale une dose lĂ©tale de plutonium prĂ©sent dans l'air. Face Ă  une mort imminente, il sacrifie sa vie en dĂ©viant dans le dĂ©sert des Mojaves une bombe atomique dirigĂ©e sur Los Angeles.
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Stargate SG-1, le personnage Daniel Jackson est soumis Ă  une dose radiative massive d'environ 12 Sv en dĂ©samorçant une bombe nuclĂ©aire sur une autre planĂšte. On lui accorde une permission pour retourner mourir du syndrome d'irradiation aiguĂ« sur sa planĂšte.
  • Le film K-19 : Le PiĂšge des profondeurs (Kathryn Bigelow, 2002) montre les Ă©vĂ©nements rĂ©els du sous-marin soviĂ©tique K-19 dont sept membres d'Ă©quipage ont souffert d'empoisonnement radiatif - en passant 10 Ă  20 minutes Ă  rĂ©parer le systĂšme de refroidissement du rĂ©acteur.
  • Le court-mĂ©trage allemand Tag 26 d'Andreas Samland (2002) dĂ©crit la vie de deux survivants d'un dĂ©sastre nuclĂ©aire non spĂ©cifiĂ©, l'un d'entre eux ayant une combinaison percĂ©e le menant Ă  une mort assurĂ©e.
  • Dans le film la Somme de toutes les peurs (Phil Alden Robinson, 2002) adaptĂ© du roman Ă©ponyme (Tom Clancy, 1991), un Arabe et son fils dĂ©couvrent une bombe atomique israĂ©lienne perdue dans le dĂ©sert du SinaĂŻ. Par la suite, le personnage meurt du syndrome d'irradiation aiguĂ« pendant qu'il est interrogĂ© par un agent secret amĂ©ricain.
  • Le film russe Lettres d'un homme mort de Konstantin Lopouchanski (1986, annĂ©e de la catastrophe de Tchernobyl) dĂ©crit le combat de survivants dans un monde post-apocalyptique. La plupart des personnages meurent progressivement du syndrome d'irradiation aiguĂ«.
  • La sĂ©rie de jeux vidĂ©o de rĂŽle Fallout se dĂ©roule dans des États-Unis dĂ©vastĂ©s par une guerre nuclĂ©aire. Les jeux ont la particularitĂ© de gĂ©rer le niveau d'irradiation en tant que statistique du personnage en sus des statistiques traditionnelles comme l'empoisonnement, les fractures, etc. L'irradiation a des consĂ©quences sur les points de vie et les caractĂ©ristiques du personnage, qui peut mourir au-delĂ  d'un certain seuil. Pour la faire baisser, le personnage doit absorber un RadAway, une solution chimique fictive par intraveineuse qui traverse le systĂšme du corps humain et qui finit en Ă©vacuant les radiations via l'urine.
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Dr House, un patient du Dr House souffre du syndrome d'irradiation aiguĂ« et prĂ©sente une immunodĂ©ficience sĂ©vĂšre (saison 2 Ă©pisode 5).
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Battlestar Galactica, des humains laissĂ©s sur une planĂšte aprĂšs une bataille nuclĂ©aire doivent s'injecter des produits anti-radiation afin de survivre.
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Star Trek, l'empoisonnement par radiation d'origine nuclĂ©aire ou autre est un thĂšme rĂ©current. Dans le film Star Trek : Premier Contact, l'humanitĂ© connaĂźt un holocauste nuclĂ©aire aprĂšs la TroisiĂšme Guerre mondiale, dĂ©clenchĂ©e par une coalition de nations ennemies des États-Unis. Six cents millions d'hommes et de femmes sont tuĂ©s et de grandes villes sont dĂ©truites. Une pĂ©riode d'horreur post-atomique s'ensuivra dans certaines rĂ©gions de la planĂšte.
  • Dans la mini-sĂ©rie Chernobyl de 2019, l'histoire relate la catastrophe nuclĂ©aire de Tchernobyl du le 26 avril 1986 et les Ă©vĂšnements qui ont suivi.

Voir aussi

Physique

Effets biologiques

Explosion atomique

Accident nucléaire

Énergie nuclĂ©aire

Ouvrages sur le sujet

Notes et références

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