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Cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille

La cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille de Lille est la cathédrale de Lille, dans le département français du Nord en région Hauts-de-France.

Cathédrale
Notre-Dame-de-la-Treille
Vue de la cathédrale.
Vue de la cathédrale.
Présentation
Culte Catholique romain
DĂ©dicataire Notre Dame
Type Cathédrale
Rattachement ArchidiocĂšse de Lille
DĂ©but de la construction
Fin des travaux 1999
Architecte Charles Leroy
Paul Vilain
Michel Vilain
Pierre-Louis Carlier
Style dominant NĂ©o-gothique
Protection Logo monument historique Inscrit MH (2009)
Site web Paroisse Cathédrale Notre-Dame de la Treille
GĂ©ographie
Pays Drapeau de la France France
RĂ©gion Hauts-de-France
DĂ©partement Nord
Ville Lille
CoordonnĂ©es 50° 38â€Č 23,9″ nord, 3° 03â€Č 44,5″ est[1]

De style néo-gothique, elle est située dans le quartier du Vieux-Lille, à l'emplacement de l'ancienne motte castrale.

ÉlevĂ©e en l'honneur de la Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Treille, du nom d'une statue miraculeuse qui fait l'objet d'une dĂ©votion particuliĂšre Ă  Lille depuis le XIIIe siĂšcle, la cathĂ©drale n'est Ă  l'origine qu'une chapelle votive. Le projet de son Ă©dification, portĂ© par une commission qui rĂ©unit des reprĂ©sentants du clergĂ© et de la haute bourgeoisie industrielle crĂ©Ă©e en 1853 par Charles Kolb-Bernard, vĂ©ritable chef laĂŻc du catholicisme lillois, rĂ©pond Ă  un double objectif.

D'abord, reconstruire une grande Ă©glise au cƓur de la ville, aprĂšs la destruction pendant la RĂ©volution de la collĂ©giale Saint-Pierre qui abritait la statue de Notre-Dame de la Treille depuis plus de six cents ans. Ensuite, promouvoir la crĂ©ation d'un siĂšge Ă©piscopal Ă  Lille, qui appartient alors Ă  l'archidiocĂšse de Cambrai, crĂ©ation jugĂ©e indispensable pour asseoir le statut de capitale religieuse de la ville et disposer des ressources nĂ©cessaires Ă  la moralisation d'une population ouvriĂšre qui ne cesse de croĂźtre sous les effets de la rĂ©volution industrielle. C'est pourquoi l'Ă©difice est conçu d'emblĂ©e par ses commanditaires comme une future cathĂ©drale.

Sa construction, qui s'est étalée sur prÚs de cent cinquante ans, a débuté symboliquement en 1854 par la pose d'une premiÚre pierre et le lancement d'un concours international pour la conception d'un édifice inspiré du « gothique de la premiÚre moitié du XIIIe siÚcle ». Parmi les 41 projets déposés, les deux premiers prix sont attribués à des projets anglais. Mais l'idée de confier la construction d'une église en l'honneur de la Vierge Marie à des architectes étrangers de confession anglicane soulÚve de telles objections que la réalisation du projet échoit finalement à l'architecte lillois Charles Leroy.

Engagée en 1856, la construction de l'église rencontre ensuite de nombreuses difficultés, en particulier pour réunir les financements nécessaires à la poursuite des travaux. Ils sont réalisés par tranche, sous la direction de plusieurs générations d'architectes, de 1856 à 1975, pour s'achever en 1999 par la pose d'une façade trÚs moderne, une partie du programme initial, qui comportait notamment un massif ouest constitué de deux grandes tours encadrant une rosace, ayant été abandonnée.

Simple chapelle Ă  l'origine, Notre-Dame-de-la-Treille se voit confĂ©rer le titre de basilique mineure par le pape Pie X en 1904. Le , aprĂšs plusieurs dĂ©cennies d'activisme des milieux catholiques lillois, l'archidiocĂšse de Cambrai est divisĂ© en deux pour donner naissance au diocĂšse de Lille et Notre-Dame-de-la-Treille devient cathĂ©drale. En 2008, Ă  la suite du remaniement des provinces ecclĂ©siastiques de France engagĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1990, Lille est Ă©levĂ©e au rang d'archevĂȘchĂ© et la cathĂ©drale devient cathĂ©drale mĂ©tropolitaine, siĂšge de l'archevĂȘque qui a autoritĂ© sur les diocĂšses d'Arras, Cambrai et Lille.

Histoire

Le culte de Notre-Dame de la Treille

Photographie en noir et blanc d'une statue de la Vierge couronnée, avec un sceptre et portant Jésus enfant, sur un piédestal au treillis de bois.
Photographie de la statue de Notre-Dame de la Treille (fin XIXe siĂšcle).

La cathédrale doit son nom à une statue de la Vierge du dernier quart du XIIe siÚcle déposée dans la collégiale Saint-Pierre au début du XIIIe siÚcle et qui a fait depuis l'objet d'une dévotion particuliÚre à Lille. La statue est décrite par Charles Bernard, curé de Sainte-Catherine, comme une statue de pierre peinte « d'un peu plus de deux pieds et demi de hauteur ; elle a un sceptre dans la main droite, et de sa gauche, elle soutient l'enfant Jésus sur les genoux ».

Il mentionne que « la statue avec son piĂ©destal est environnĂ©e d'un treillis en bois dorĂ© » et prĂ©cise que l'ancienne grille, ou treille, en fer dorĂ©, a Ă©tĂ© perdue en 1792 lors de la destruction de la collĂ©giale Saint-Pierre[2]. Il fait l'hypothĂšse que la « treille » qui entourait la statue servait Ă  y attacher les vƓux des fidĂšles et lui aurait donnĂ© son nom, mais il est plus vraisemblable qu'il lui vienne de Treola, nom de lieu attestĂ© au IXe siĂšcle Ă  proximitĂ© de ce qui n’était pas encore Lille[V02 1].

Trois séries de faits miraculeux sont associées à la statue, en 1254, de 1519 à 1527 et de 1634 à 1638[3]. Le miracle du est une vertu de guérison pour les malades recourant à son intercession[4]. Ceux du XVIe siÚcle sont trÚs variés. « ParticuliÚrement redoutable aux démons », la Vierge à la Treille délivre des possessions et guérit des maladies incurables, hernies, cécité, paralysie ou peste[5].

DĂšs 1254, une confrĂ©rie de Notre-Dame-de-la-Treille est Ă©tablie canoniquement par le pape Alexandre IV[6] et, en 1269, une procession annuelle en l'honneur de Notre-Dame de la Treille est instaurĂ©e et se perpĂ©tue jusqu'Ă  la RĂ©volution. En 1634, Jean Le Vasseur, mayeur de Lille, consacre la ville Ă  Notre-Dame de la Treille[7] et c'est devant elle qu'en 1667, Louis XIV, qui vient de prendre la Flandre, prĂȘte serment de respecter les libertĂ©s des Lillois[Cat 1].

AprĂšs la destruction de la collĂ©giale Saint-Pierre, fortement endommagĂ©e lors du siĂšge autrichien de 1792 avant d'ĂȘtre livrĂ©e aux dĂ©molisseurs[8], la statue tombe dans l'oubli. Elle est achetĂ©e par un sacristain, Alain Gambier, qui la fait dĂ©poser Ă  l’église Sainte-Catherine entre 1797 et 1802, oĂč elle est relĂ©guĂ©e dans une obscure chapelle[V02 2]. Ce n'est qu'en 1842 que le pĂšre Charles Bernard, devenu curĂ© de la paroisse Sainte-Catherine, rĂ©tablit le culte de Notre-Dame de la Treille et rĂȘve de lui redonner toute sa vigueur : il institue le mois de Marie, patronne de Lille et fait placer la statue dans la chapelle de la TrĂšs Sainte Vierge de l'Ă©glise Sainte-Catherine[9].

La cĂ©lĂ©bration en grande pompe du jubilĂ© sĂ©culaire des premiers miracles de Notre-Dame de la Treille, en 1854, constitue une Ă©tape dĂ©cisive de cette Ɠuvre de restauration[10]. D'autant qu'elle est marquĂ©e par un signe de la Providence, le dĂ©nouement de l'acquisition, « contre toute prĂ©vision humaine », du terrain sur lequel doit ĂȘtre bĂątie une Ă©glise en l'honneur de Notre-Dame de la Treille, qui permet de poser sa premiĂšre pierre avant le terme de l'octave jubilaire, « la veille de l'apothĂ©ose mariale »[11].

Le projet de création d'un diocÚse

Au milieu du XIXe siĂšcle, en dĂ©pit de la dimension de la ville et de l'importance croissante des communes environnantes, Lille n'est pas le siĂšge d'un Ă©vĂȘchĂ© et se trouve appartenir Ă  l'archidiocĂšse de Cambrai. De fait, lorsque, Ă  l'Ă©poque du Bas-Empire romain, des Ă©vĂȘques s'installent dans les civitates d'Arras, Cambrai, ThĂ©rouanne et Tournai, Lille n'existe pas encore. Lors de sa fondation, au XIe siĂšcle, elle relĂšve du diocĂšse de Tournai. Un diocĂšse de Lille aurait pu voir le jour entre 1559 et 1561, lorsque Philippe II dĂ©cide de crĂ©er de nouveaux diocĂšses aux Pays-Bas pour endiguer la RĂ©forme[12]. DĂšs cette Ă©poque, l'importance Ă©conomique et dĂ©mographique de la ville aurait justifiĂ© qu'elle devienne l'un d'entre eux, mais la proximitĂ© de Tournai, amputĂ© des archidiaconĂ©s de Gand et de Bruges Ă©rigĂ©s en diocĂšses indĂ©pendants, ne le permet pas[13].

En 1667, Louis XIV prend Lille et, en 1713, les traitĂ©s d'Utrecht tracent de nouvelles frontiĂšres qui coupent en deux les diocĂšses d'Ypres, Tournai et Cambrai. Pour rĂ©soudre ce problĂšme de juridictions diffĂ©rentes au sein d'un mĂȘme diocĂšse, l'intendant de Flandres, Charles d'Esmangart, propose en 1785 la crĂ©ation d'un Ă©vĂȘchĂ© s'Ă©tendant de Dunkerque Ă  Saint-Amand-les-Eaux, dont le siĂšge serait Ă©tabli Ă  Lille. Les mĂ©moires se succĂšdent jusqu'en 1788, mais la survenue de la RĂ©volution ne permet pas au projet d'aboutir[12] et, en 1790, c'est le diocĂšse de Cambrai, amputĂ© de sa partie belge, qui est profondĂ©ment remaniĂ© pour Ă©pouser les contours du dĂ©partement du Nord crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e[14].

Photographie en noir et blanc d'un homme glabre reprĂ©sentĂ© Ă  mi-corps vĂȘtu d'une redingote un poing sur la hanche.
Le député Charles Kolb-Bernard.

En 1852, le dĂ©putĂ© lillois Charles Kolb-Bernard relance le dĂ©bat en faveur de la crĂ©ation d'un diocĂšse qui couvrirait les arrondissements de Lille, Dunkerque et Hazebrouck dans un rapport public intitulĂ© IntĂ©rĂȘts communaux de la ville de Lille[12]. Anti-rĂ©publicain, lĂ©gitimiste, porte-parole de la haute bourgeoisie protectionniste, vĂ©ritable chef du catholicisme lillois, Charles Kolb-Bernard est liĂ© par alliance Ă  la famille Bernard, l'une des plus anciennes de la grande bourgeoisie lilloise, Ă  laquelle appartient Ă©galement l'abbĂ© Charles Bernard. VouĂ© Ă  la moralisation de la classe ouvriĂšre alors que les tensions sociales s'exacerbent avec l'arrivĂ©e massive d'immigrants belges et la paupĂ©risation d'une part croissante de la population suscitĂ©es par la rĂ©volution industrielle, il voit dans l'Ă©rection d'un Ă©vĂȘchĂ© le moyen privilĂ©giĂ© de « rechristianiser » une population largement privĂ©e du secours de la religion[15].

Si elle gagne en acuitĂ© tout au long du siĂšcle, la question sociale n'est pas nouvelle. DĂšs 1822, dĂ©fendant une dĂ©libĂ©ration sur l'Ă©rection d'un Ă©vĂȘchĂ© Ă  Lille que le conseil municipal adopte Ă  l'unanimitĂ©, son rapporteur, Gaspard Charvet-Defrenne, s'exclame : « NĂ©gociants, voulons-nous jouir en paix du fruit de nos travaux et de notre industrie ? Manufacturiers, voulons-nous que les vastes ateliers qui s'Ă©lĂšvent de toutes parts ne deviennent pas un jour la proie des incendiaires ? Voulons-nous qu'ils soient dirigĂ©s par des agents fidĂšles et incorruptibles ? PeuplĂ©s d'ouvriers sages et soumis ? Appelons la religion Ă  notre secours, multiplions ses ministres afin qu'ils travaillent Ă  civiliser religieusement cette population qui s'accroit, qui arrive en foule des pays voisins sur nos frontiĂšres et qui deviendrait, Ă  la moindre instigation, au moindre mouvement, un foyer de dĂ©sordre et de rĂ©volte »[16].

À cet Ă©gard, l'avocat Armand Prat, qui reprend les arguments dĂ©veloppĂ©s par ses prĂ©dĂ©cesseurs dans un mĂ©moire de 1856 intitulĂ© ConsidĂ©rations sur la crĂ©ation d'un Ă©vĂȘchĂ© Ă  Lille, assure que « dĂ©jĂ  la religion, en multipliant ses moyens d'action, a produit d'heureux rĂ©sultats dans l'arrondissement. Cela est insuffisant. Il n'y aura de garantie sĂ©rieuse et assurĂ©e que lorsqu'elle agira d'une maniĂšre directe et continuelle sur les populations, par le ministĂšre de l'Ă©vĂȘque, son reprĂ©sentant le plus auguste ici-bas. »[17]

Enjeu de reconnaissance du statut de capitale religieuse de la ville, la crĂ©ation d'un siĂšge Ă©piscopal Ă  Lille relĂšve aussi de considĂ©rations linguistiques et financiĂšres. En effet, le diocĂšse de Cambrai, tout en longueur, couvre deux aires linguistiques, le flamand Ă©tant trĂšs prĂ©sent dans la partie nord occidentale, trĂšs Ă©loignĂ©e du siĂšge. Or, « le nombre de familles ouvriĂšres parlant exclusivement le flamand est dĂ©jĂ  trĂšs grand dans l'arrondissement [de Lille] et tend Ă  s'accroitre de plus en plus, au point qu'il importe beaucoup qu'une partie notable du clergĂ© parle cette langue, qui ne peut ĂȘtre apprise dans un Ăąge avancĂ©, et que ne parle pas d'ailleurs la classe dans laquelle le clergĂ© se recrute
 »[18].

De fait, quelques dĂ©cennies plus tard, le dĂ©nombrement de 1896 fait Ă©tat de prĂšs de 25 % de rĂ©sidents Ă©trangers dans l'arrondissement de Lille, ces derniers Ă©tant Ă  plus de 98 % de nationalitĂ© belge[19], dont la plupart viennent de Flandre[20]. DĂšs les annĂ©es 1870, les Flamands reprĂ©sentent deux cinquiĂšmes de la population de Wazemmes et la moitiĂ© dans des quartiers comme Moulins et Fives ou des villes comme Roubaix[21]. Quant au point de vue matĂ©riel, d'une part, « l'accroissement de population qui en rĂ©sulterait, le mouvement considĂ©rable de personnes qu'occasionneraient les retraites ecclĂ©siastiques, les ordinations, les affaires quotidiennes, contribueraient Ă  augmenter de maniĂšre permanente le revenu municipal », tandis que d'autre part « les dĂ©penses seraient en grande partie Ă  la charge du dĂ©partement et de l'État. »[22]

Le projet de construction d'une cathédrale

À la mĂȘme Ă©poque, au dĂ©but de 1853, Charles Kolb-Bernard et son cousin l'abbĂ© Charles Bernard, ancien curĂ© de Sainte-Catherine devenu vicaire gĂ©nĂ©ral de Cambrai en 1845, sont Ă  l'initiative de la crĂ©ation d'une commission, l'« ƒuvre de Notre-Dame-de-la-Treille et Saint-Pierre », dont l'objet est la construction de la plus somptueuse des Ă©glises en l'honneur de Notre-Dame de la Treille. RĂ©unissant des reprĂ©sentants du clergĂ© et de la bourgeoisie industrielle lilloise qui soutiennent vigoureusement le projet d'Ă©rection d'un Ă©vĂȘchĂ© Ă  Lille, la commission conçoit d'emblĂ©e l'Ă©glise votive comme une future cathĂ©drale. En vue de sa construction, elle acquiert un terrain au cƓur mĂȘme du Vieux-Lille, sur le site de l’ancienne motte castrale de Lille rĂ©cemment arasĂ©e, pour la somme de 223 000 francs[15].

Un concours international est lancĂ© en 1854 pour la conception d'un Ă©difice de style nĂ©o-gothique, inspirĂ© du « gothique de la premiĂšre moitiĂ© du XIIIe siĂšcle », dont la premiĂšre pierre est posĂ©e le , au cours des fĂȘtes de cĂ©lĂ©bration du jubilĂ© sĂ©culaire de Notre-Dame de la Treille[23], par Mgr RĂ©gnier, archevĂȘque de Cambrai, en prĂ©sence de dix Ă©vĂȘques, du maire, du prĂ©fet et d'une immense foule, avant mĂȘme qu'un projet architectural n'ait Ă©tĂ© retenu[15]. Le cahier des charges du bĂątiment mis au concours est trĂšs explicite : il s'agit de proposer la cathĂ©drale idĂ©ale du Moyen Âge dans toutes ses dimensions, la construction mais aussi l'ornementation et l'ameublement du futur Ă©difice.

D'une longueur de 100 Ă  110 mĂštres de long, l'Ă©glise Ă©levĂ©e sur un plan en croix latine doit notamment comprendre une ou deux tours surmontĂ©es de flĂšches, trois portails Ă  voussures profondes, trois nefs, un transept, un chƓur, un sanctuaire et des chapelles absidiales sĂ©parĂ©es du sanctuaire par le bas-cĂŽtĂ©. Le budget pour le gros Ɠuvre est fixĂ© Ă  trois millions de francs, non compris le terrain, les verriĂšres et l'ameublement. Les vitraux et la dĂ©coration intĂ©rieure font l'objet de dessins et de devis sĂ©parĂ©s et d'une adjudication particuliĂšre[24].

Photographie en couleurs de la maquette de la cathédrale vue de trois-quarts face présentant deux grandes tours pointues en façade. La maquette est à l'intérieur de la cathédrale.
La maquette du projet de cathédrale.

Le jury constituĂ© par la commission comprend plusieurs personnalitĂ©s françaises et Ă©trangĂšres, parmi lesquelles Adolphe NapolĂ©on Didron, Arcisse de Caumont et August Reichensperger, tous Ă©minents spĂ©cialistes de l’architecture chrĂ©tienne du Moyen Âge. Le concours reçoit 41 projets, en provenance de toute l'Europe (Angleterre et Écosse, France, Allemagne, Belgique, Autriche, Luxembourg, Suisse et Pays-Bas)[V02 3]. En , le premier prix est attribuĂ© aux Anglais William Burges et Henry Clutton, le deuxiĂšme Ă  l'Anglais George Edmund Street tandis que le premier Français, Jean-Baptiste Lassus, ne reçoit que le troisiĂšme prix[25].

Pourtant, la commission ne peut se résoudre à confier la construction de l'édifice aux lauréats britanniques, de surcroßt de confession anglicane, et le révérend pÚre Arthur Martin, membre du jury et farouche adversaire du parti anglais, propose de constituer un « comité de construction » chargé de « franciser » le premier prix[Col14 1]. En , aprÚs bien des hésitations, la commission se résout à confier au pÚre Martin, associé à l'architecte lillois Charles Leroy qui a obtenu une quatriÚme médaille d'argent au concours pour la cathédrale, l'élaboration d'un nouveau projet apportant au premier prix les « changements jugés nécessaires tout en lui conservant sa physionomie et son aspect général »[Col14 2].

Un mois plus tard, sur la base de premiÚres esquisses et en dépit des protestations anglaises, la commission valide la constitution d'un « comité d'exécution des plans » composé du pÚre Martin, de son ami l'abbé Victor Godefroy, curé de la basilique Notre-Dame de Bonsecours à la conception de laquelle Martin a participé, et de Charles Leroy[Col14 3]. Mais peu aprÚs, le , le pÚre Martin décÚde subitement, ne laissant derriÚre lui qu'une vingtaine de dessins dans lesquels on peine à retrouver les grandes lignes du projet primé. L'abbé Godefroy se retire et Charles Leroy se retrouve alors seul responsable du chantier[Col14 4].

Il ne remet pas en cause les plans du pĂšre Martin, mais y apporte dans les mois qui suivent quelques modifications qui donnent plus d'ampleur et de monumentalitĂ© au bĂątiment et le rapprochent finalement de son propre projet prĂ©sentĂ© au concours, selon un plan qui Ă©voque celui de la cathĂ©drale Notre-Dame d'Amiens[Col14 5]. Pour modeste qu'elles puissent paraĂźtre, ces modifications confĂšrent une tout autre dimension au projet du pĂšre Martin, pour en faire « une Ɠuvre Ă  part entiĂšre du gothique archĂ©ologique français » qui emporte mĂȘme l'assentiment de Didron pourtant brouillĂ© avec la commission en raison « des intrigues qui ont failli compromettre son existence et son mĂ©rite ». Mais elles ont aussi un coĂ»t, et le devis initial de 4,5 millions de francs, mobilier compris, passe Ă  16,5 millions de francs[Col14 6].

La construction de l'Ă©difice

Photographie en noir et blanc d'une vue arriÚre de la cathédrale sans transept ni nef.
Notre-Dame-de-la-Treille en 1900.

Les travaux sont engagĂ©s le avec la pose de la seconde « premiĂšre pierre ». CommencĂ©s par la construction du chƓur, ils s'avĂšrent rapidement plus difficiles que prĂ©vu. L'humiditĂ© du sol oblige Ă  creuser profondĂ©ment et Ă  envisager la construction d'une immense crypte, travaux non prĂ©vus initialement, ce qui grĂšve le budget de la commission[Cat 2]. Les fondations du chƓur sont achevĂ©es en et le , Mgr RĂ©gnier, archevĂȘque de Cambrai, inaugure les chapelles de la crypte [Col14 6]. Mais le manque de ressources financiĂšres ralentit le rythme des travaux[26]. Le rendement des souscriptions se rĂ©duit rĂ©guliĂšrement et la commission ne parvient pas Ă  obtenir de subventions publiques[Col14 7].

Une loterie, initialement prĂ©vue pour un montant de 1,5 million de francs, finalement ramenĂ© Ă  450 000 francs, ne rapporte que 170 000 francs en 1861[V02 4]. À partir de 1863, des « pierres commĂ©moratives » destinĂ©es Ă  ĂȘtre posĂ©es dans la crypte sont proposĂ©es Ă  diffĂ©rents tarifs. Si elles rencontrent un vif succĂšs auprĂšs des grandes familles lilloises, souvent au tarif le plus Ă©levĂ© de 10 000 francs, les recettes engendrĂ©es ne suffisent pas Ă  Ă©viter les annĂ©es dĂ©ficitaires et le recours Ă  l’emprunt[Col14 8]. En 1868, les murs du chƓur sont nĂ©anmoins assez Ă©levĂ©s pour recevoir une toiture provisoire et, en , il est inaugurĂ© en prĂ©sence de Mgr Chigi, nonce apostolique Ă  Paris[27].

Aux difficultĂ©s financiĂšres s'ajoutent les relations de plus en plus difficiles que la commission entretient avec son architecte Ă  partir de 1864 et, en 1870, le chantier est pratiquement arrĂȘtĂ©[Col14 9]. Un campanile de brique de 35 mĂštres de haut est bien construit Ă  la hĂąte, entre mai et , pour accueillir les cloches donnĂ©es Ă  l'Ă©glise Ă  l’occasion du couronnement de la statue de Notre-Dame de la Treille[28], dĂ©posĂ©e dans le chƓur le [29], mais c'est la seule avancĂ©e du chantier depuis l'inauguration. En 1875, la commission, devenue sociĂ©tĂ© anonyme de l'ƒuvre de Notre-Dame-de-la-Treille et Saint-Pierre, dĂ©cide de se sĂ©parer de Charles Leroy.

Elle envisage de confier la poursuite des travaux Ă  Jean-Baptiste Bethune, mais Leroy refuse de remettre ses plans Ă  la sociĂ©tĂ©[Col14 9]. Il intente un procĂšs en rĂ©paration qui ne se dĂ©noue qu’en 1880, peu aprĂšs sa mort, et se conclut par la cession des plans par ses fils[30]. Pour autant, la prioritĂ© de la bourgeoisie lilloise reste l’installation de l’universitĂ© catholique engagĂ©e en 1873[Col14 10] et la construction de la cathĂ©drale est mise en veille, seuls les sculpteurs restant sur le chantier[31].

Photographie en noir et blanc d'ouvriers et de blocs de pierre devant les Ă©chafaudages du chantier.
Le chantier en 1907.

En 1889, une nouvelle Ă©poque s’ouvre avec l’arrivĂ©e d’Henri Bernard et de Camille FĂ©ron-Vrau, beau-frĂšre de Philibert Vrau, Ă  la tĂȘte de la sociĂ©tĂ© anonyme. Le , l'architecte Paul Vilain est retenu pour poursuivre les travaux qui ne reprennent effectivement qu'en 1893. La chapelle axiale est alors Ă©rigĂ©e de 1893 Ă  1897. Le , Mgr Monnier, Ă©vĂȘque auxiliaire de Cambrai, consacre l’autel et le , la statue de Notre-Dame de la Treille y est solennellement dĂ©posĂ©e[Col14 11]. Les travaux avancent ensuite rapidement, financĂ©s par des dons mais surtout par des avances bancaires et par les apports personnels de Camille FĂ©ron-Vrau qui atteignent 100 000 francs par an en moyenne entre 1894 et 1904[Col14 11]. La construction des chapelles rayonnantes est particuliĂšrement rapide.

Les autels des chapelles sud sont consacrĂ©s par Mgr Monnier en et ceux des chapelles nord en . De 1904 Ă  1908, ce sont les travĂ©es droites du chƓur et les chapelles latĂ©rales qui sont Ă©rigĂ©es[Col14 11]. Mais en 1908, Ă  la mort de Camille FĂ©ron-Vrau, la situation budgĂ©taire est de nouveau prĂ©occupante. En dĂ©pit de la recherche d’économies, le parti initial d'utilisation de la pierre bleue est finalement conservĂ© pour la construction de la sacristie, mais les travaux sont Ă©talĂ©s et elle n'est inaugurĂ©e qu'en [Col14 12].

De nouveau interrompu par la PremiĂšre Guerre mondiale, le chantier ne se poursuit ensuite que lentement. La construction du transept est dĂ©cidĂ©e en . Elle commence en 1922 par la rĂ©alisation des fondations qui ne sont achevĂ©es qu’en . Le transept nord est Ă©rigĂ© entre 1925 et 1928 et le transept sud entre 1929 et 1934. La direction des travaux est alors confiĂ©e Ă  Michel Vilain, fils de Paul Vilain dĂ©cĂ©dĂ© en 1933. Le portail du bras nord est inaugurĂ© en 1934, mais celui du bras sud, restĂ© inachevĂ©, ne l’est qu’en [Col14 13].

En 1935, l’association diocĂ©saine prĂ©sidĂ©e par Mgr LiĂ©nart rachĂšte une partie de la cathĂ©drale Ă  la sociĂ©tĂ© anonyme, lourdement endettĂ©e, qui en est propriĂ©taire, et dĂ©cide d’entreprendre la construction de la nef. Elle ouvre une souscription diocĂ©saine qui recueille 1,8 million de francs en 1937. Michel Vilain rĂ©alise les Ă©tudes avec pour consigne de rĂ©duire au maximum le coĂ»t de construction. Il est alors dĂ©cidĂ© d’utiliser le bĂ©ton armĂ© pour les murs et les voĂ»tes et de simplifier la partie de la crypte sur laquelle la nef doit ĂȘtre Ă©rigĂ©e[Col14 14].

Les fondations sont entreprises en 1936 et la crypte est achevĂ©e en . Les difficultĂ©s financiĂšres ralentissent ensuite l’avancĂ©e des travaux qui sont bien vite interrompus par la mobilisation[Col14 15]. Ils reprennent toutefois en afin de sĂ©curiser la nef exposĂ©e aux intempĂ©ries. Il s’agit de l’achever Ă  hauteur du triforium et de la couvrir. Mais les difficultĂ©s d’approvisionnement entravent la marche du chantier et la nef ne reçoit son plafond et sa toiture provisoire qu’en 1947. Le de la mĂȘme annĂ©e, elle est inaugurĂ©e en prĂ©sence de Mgr Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII[Col14 15].

À compter de cette date, une façade provisoire de brique est posĂ©e, mettant un terme aux travaux. Finalement, la conception initiale de la cathĂ©drale ne sera jamais entiĂšrement exĂ©cutĂ©e. En 1954, la dĂ©cision est prise de rĂ©duire la hauteur des voĂ»tes et de sacrifier les fenĂȘtres hautes pour les remplacer par une claire-voie de 3,5 mĂštres de hauteur[Col14 16]. En dĂ©pit de cette rĂ©vision drastique du projet initial, le diocĂšse ne dispose que du tiers des sommes nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation des travaux. Une souscription est lancĂ©e en 1955, mais la poursuite du chantier est Ă©maillĂ©e d’interruptions faute de moyens et les parties hautes ne sont achevĂ©es qu’en 1975[Col14 17].

Photographie en couleurs de la vue sud ouest de la cathédrale avec à droite son campanile.
Vue générale de la cathédrale en 2012.

De mĂȘme, la façade ouest devait comporter une rosace et deux grandes tours dont la construction est officiellement abandonnĂ©e en 1991. DĂšs les annĂ©es 1960, le style de l'Ă©difice n'est plus au goĂ»t du jour, au point que le Guide Bleu de 1966 le qualifie de « monumental pastiche gothique, sans intĂ©rĂȘt architectural, restĂ© inachevĂ© »[32]. Tout au long des annĂ©es 1970, des questions se posent quant au devenir de la cathĂ©drale aveugle, « verrue au sein d'un quartier Ă  rĂ©habiliter », « moignon de pierres et de briques » cernĂ© d'un vaste parking, que certains proposent de raser[Col14 18].

AprĂšs plus d'un siĂšcle d'efforts pour la construire, cette option est d'autant moins acceptable par le diocĂšse que le coĂ»t de sa dĂ©molition serait probablement plus important que celui de sa finition[V02 5]. Au dĂ©but des annĂ©es 1980, alors que la ville entreprend de rĂ©nover le Vieux-Lille, plusieurs architectes, comme Jean Pattou, Guy Jourdain ou Maurice Salembier, imaginent des solutions de remplacement du mur façade[Col14 19]. En 1986, Pierre-Louis Carlier, qui participe aux opĂ©rations de rĂ©habilitation de l’ülot de la Treille, propose la construction d’un immeuble de bureau de dix Ă©tages formant façade de la cathĂ©drale. Le projet, accueilli favorablement par le diocĂšse pour des raisons d’économie, soulĂšve une vague de protestations qui l’amĂšne Ă  y renoncer[Col14 20]. En 1990, le mĂȘme architecte est officiellement chargĂ© par Mgr Vilnet, Ă©vĂȘque de Lille, de concevoir un nouveau projet de façade.

Pierre-Louis Carlier s’associe Ă  Peter Rice pour formuler une proposition qui est retenue par l’association diocĂ©saine de Lille en 1991[Col14 21]. D’un coĂ»t total de 40 millions de francs, son financement est assurĂ© pour moitiĂ© par les fonds collectĂ©s auprĂšs de particuliers et d'entreprises par l’Association pour la rĂ©novation du site de la Treille crĂ©Ă©e en 1994[33] par Dominique Roquette[34], patron du groupe Roquette, pour promouvoir l'achĂšvement de la façade, le reste est financĂ© par l’ÉvĂȘchĂ©[26]. La mĂȘme annĂ©e, un concours est ouvert pour la rĂ©alisation du portail. RemportĂ© par Georges Jeanclos, le portail est rĂ©alisĂ© en 1996 et 1997[Col14 22]. Le chantier s'achĂšve deux ans aprĂšs et la façade est inaugurĂ©e le par Mgr Defois qui a succĂ©dĂ© Ă  Mgr Vilnet l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente[35].

Dix ans plus tard, le , la cathĂ©drale fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques[36].

Statut et fonctionnement

Contrairement Ă  la plupart des cathĂ©drales françaises, la cathĂ©drale de Lille n'est pas la propriĂ©tĂ© de l'État ou d'une collectivitĂ© locale. Simple chapelle votive lors de son Ă©dification, elle est Ă  l'origine la propriĂ©tĂ© d'une commission privĂ©e devenue sociĂ©tĂ© anonyme en 1875. Elle reçoit le titre de basilique en 1904, mais reste sans titre paroissial et Ă©chappe ainsi Ă  la nationalisation qui fait suite Ă  la loi de sĂ©paration des Églises et de l'État de 1905. Devenue cathĂ©drale en 1913, elle est ensuite progressivement cĂ©dĂ©e, en 1935 puis en 1974, Ă  une association diocĂ©saine, l'Association diocĂ©saine de Lille, qui en est encore actuellement propriĂ©taire[25].

La quĂȘte d'un statut

DĂšs les dĂ©buts, la commission cherche Ă  doter l'Ă©difice en construction d'un statut qui lui permettrait d'obtenir des subventions de la ville, du dĂ©partement et de l'État et d'avoir le droit de recevoir des dons et des legs. Plusieurs mĂ©moires sont adressĂ©s Ă  l'archevĂȘque de Cambrai entre 1859 et 1864 pour obtenir un statut lĂ©gal Ă  caractĂšre paroissial, succursale, chapelle annexe ou chapelle de secours. Aucun n'aboutit et la commission n'obtient que la dĂ©signation d'un chapelain en 1866, rĂ©munĂ©rĂ© par ses soins, l'abbĂ© Legrand Josson, bientĂŽt remplacĂ©, en 1869, par l'abbĂ© François Quentin[Col14 23]. À la fin de la mĂȘme annĂ©e, l'archevĂȘque de Cambrai dĂ©cide de constituer un conseil de fabrique comprenant le curĂ© de l'Ă©glise Saint-Étienne, le chapelain et trois membres de la commission, au sein duquel l'abbĂ© Quentin est remplacĂ© par l'abbĂ© Henri Delassus en .

Mais ce conseil de fabrique ne peut que gĂ©rer les recettes provenant de la location des chaises, troncs, quĂȘtes et autres dons. Il n'a d'ailleurs qu'un statut officieux, l'archevĂȘque prĂ©cisant au PrĂ©sident de la commission qu'il est « dans la situation d'un chĂątelain relativement Ă  la chapelle de son chĂąteau, tout lui appartient
 »[Col14 24]. En , la commission se transforme en sociĂ©tĂ© anonyme habilitĂ©e Ă  recevoir des legs. En 1882, il est question d'un rattachement au conseil de fabrique de Saint-Étienne, mais Charles Kolb-Bernard s'y oppose fermement et, en 1891, Camille FĂ©ron-Vrau obtient la nomination de deux chapelains supplĂ©mentaires, les abbĂ©s Henri Vandame et Louis Bernot.

Le premier titre officiel n'est obtenu que le , avec l'Ă©rection de Notre-Dame-de-la-Treille en basilique mineure par le pape Pie X. Elle est ainsi dotĂ©e du statut d'Ă©glise de pĂšlerinage mais ne dispose toujours d'aucun statut paroissial. Ce dĂ©faut lui permet d'Ă©chapper aux dispositions de la loi de sĂ©paration des Églises et de l'État de 1905 avant que, le , elle ne devienne cathĂ©drale du nouveau diocĂšse de Lille[Col14 24].

La création du diocÚse de Lille

Au cours des dĂ©cennies qui suivent le lancement du chantier de la cathĂ©drale, Lille s’impose comme l’un des principaux foyers du catholicisme français. Un trĂšs actif ComitĂ© catholique y est crĂ©Ă© en 1871 et une universitĂ© catholique, rĂ©unissant cinq facultĂ©s, y voit le jour entre 1874 et 1877[Col14 25]. Le projet de crĂ©ation d’un Ă©vĂȘchĂ© Ă  Lille reste toutefois au point mort en dĂ©pit d’une nouvelle campagne de presse lancĂ©e par l’abbĂ© Lemire en 1892 qui conduit Ă  la formulation, la mĂȘme annĂ©e, d’un vƓu de crĂ©ation d’un diocĂšse de Lille par l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des catholiques du Nord-Pas-de-Calais[Col14 25]. En 1905, la loi de sĂ©paration des Églises et de l'État ouvre de nouvelles perspectives, l’État n’ayant plus son mot Ă  dire sur les circonscriptions ecclĂ©siastiques. En 1909, le chanoine Vandame publie un rapport intitulĂ© Nouvelles considĂ©rations sur la crĂ©ation d’un Ă©vĂȘchĂ© Ă  Lille qui insiste sur la difficultĂ© d'administrer un diocĂšse trĂšs Ă©tendu dĂ©sormais peuplĂ© de prĂšs de 1,9 million d’habitants.

La mĂȘme annĂ©e, ces arguments sont repris par Mgr HautcƓur dans un rapport intitulĂ© MĂ©moire sur l’érection nĂ©cessaire de nouveaux diocĂšses dans le Nord de la France[Col14 26]. Il dĂ©clenche une rĂ©action de Mgr Delamaire qui publie un Rapport de l’archevĂȘque coadjuteur de Cambrai sur le sectionnement Ă©ventuel du diocĂšse oĂč il rĂ©fute les arguments des tenants d’une scission qu’il va jusqu’à accuser de « chauvinisme lillois » et de « mĂ©galomanie lilloise »[Col14 27]. Mais les activistes lillois disposent de solides appuis Ă  Rome oĂč ils se posent en rempart contre la montĂ©e du modernisme incarnĂ© par l’abbĂ© Lemire, dĂ©putĂ© du Nord depuis 1893, vigoureusement combattu par les autoritĂ©s romaines[Col14 27].

En 1912, aprĂšs de nombreux rapports et avis, Rome prend la dĂ©cision de crĂ©er un vicariat gĂ©nĂ©ral pour les arrondissements de Lille, Dunkerque et Hazebrouck sous l’autoritĂ© d’un Ă©vĂȘque auxiliaire de Cambrai rĂ©sidant Ă  Lille, le chanoine Alexis-Armand Charost. Quelques mois plus tard, en , la mort subite de Mgr Delamaire, devenu archevĂȘque de Cambrai en fĂ©vrier de la mĂȘme annĂ©e, prĂ©cipite la dĂ©cision de crĂ©ation d’un diocĂšse de Lille au pĂ©rimĂštre du vicariat. Il est Ă©rigĂ© le par la bulle Consistoriali decreto, qui fait de la basilique Notre-Dame-de-la-Treille sa cathĂ©drale et de Mgr Charost son premier Ă©vĂȘque[Col14 27].

En 2002, les provinces ecclĂ©siastiques de France sont remaniĂ©es de maniĂšre Ă  coĂŻncider plus Ă©troitement avec les rĂ©gions. Mais la province de Cambrai demeure inchangĂ©e et ce n’est que cinq ans plus tard, le , que la constitution apostolique Ă©rige l’évĂȘchĂ© de Lille en archevĂȘchĂ© mĂ©tropolitain ayant autoritĂ© sur les diocĂšses d'Arras, Cambrai et Lille dont le septiĂšme Ă©vĂȘque, Mgr Ulrich, devient le premier archevĂȘque, et Notre-Dame-de-la-Treille la cathĂ©drale mĂ©tropolitaine[Col14 27].

Le clergé de la cathédrale

Jusqu'Ă  la crĂ©ation du diocĂšse, le service de Notre-Dame-de-la-Treille n'est assurĂ© que par des chapelains, dont le nombre atteint cinq en 1912[Col14 28]. L’érection de l’évĂȘchĂ© est l’occasion de faire revivre un chapitre, Ă  l’image du puissant chapitre de la collĂ©giale Saint-Pierre fondĂ© au XIe siĂšcle par Baudouin V de Flandre et disparu en 1790. InstituĂ© par le pape Pie X, le chapitre cathĂ©dral de Notre-Dame-de-la-Treille est installĂ© par Mgr Charost, premier Ă©vĂȘque de Lille, en [Col14 29]. SĂ©nat du diocĂšse au service de l’évĂȘque, « chargĂ© d’adresser au ciel la priĂšre liturgique, la priĂšre publique au nom de tout le diocĂšse », il veut en faire « le gardien fidĂšle de la tradition et de l’intĂ©gritĂ© de la doctrine ».

Selon les statuts de 1924, il comprend un dignitaire nommĂ© par le pape, le doyen, chef du chapitre aprĂšs l’évĂȘque, et quinze chanoines titulaires, nommĂ©s par l’évĂȘque. D’autres fonctions, chanoine d’honneur, au titre des personnalitĂ©s extĂ©rieures, et chanoine honoraire, distinction sans « voix au chapitre », sont Ă©galement prĂ©vues. Le premier doyen est Mgr Delassus suivi, aprĂšs Mgr Henri FrĂ©maux, de Mgr Vandame, tous deux trĂšs actifs dans la dĂ©finition de l’iconographie de Notre-Dame-de-la-Treille[Col14 30]. En 2002, aprĂšs l’achĂšvement de la cathĂ©drale, le chapitre qui s’est Ă©tiolĂ© au cours des annĂ©es 1990 est reconstituĂ© par Mgr Defois et de nouveaux statuts sont promulguĂ©s. Il a dĂ©sormais pour mission principale d’assurer un office quotidien dans la cathĂ©drale[Col14 31].

Basilique de pĂšlerinage et cathĂ©drale de l’évĂȘque, Notre-Dame-de-la-Treille reste une Ă©glise sans paroissien. La question de l’annexion d’une paroisse Ă  la cathĂ©drale se trouve posĂ©e Ă  plusieurs reprises[Col14 32]. Mais faire de la cathĂ©drale le siĂšge d’une paroisse territoriale soulĂšve de nombreuses objections, qu’il s’agisse de la difficultĂ© Ă  concilier les offices Ă©piscopaux et les pĂšlerinages avec un service paroissial normal, de l’inhospitalitĂ© de la cathĂ©drale inachevĂ©e, en particulier en hiver, ou du risque d’une baisse des offrandes en vue de son achĂšvement dĂšs lors qu’il serait considĂ©rĂ© comme l’affaire des seuls paroissiens[Col14 33]. C’est donc Ă  un recteur, relevant des fonctions du chapitre et nommĂ© par l’évĂȘque, qu’est confiĂ©e la charge de l’animation de la vie interne de la cathĂ©drale et de l’organisation de l’exercice du culte.

Bien qu’en l’absence de paroisse « la charge de curĂ© ne peut exister que d’une façon trĂšs improprement dite », il est dotĂ© du titre de « curĂ© »[Col14 32]. Mais il ne dispose ni d’une communautĂ© de fidĂšles sur laquelle s’appuyer, ni des ressources ordinaires d'une paroisse, comme le casuel (baptĂȘmes, mariages, enterrements
), pour financer le budget de fonctionnement de la cathĂ©drale[Col14 34].

Les Ă©vĂȘques du diocĂšse

Photographie en noir et blanc d'un homme glabre de trois-quarts face en habit ecclésiastique, un cordon autour du cou.
Mgr Liénart en 1939.

Au cours des annĂ©es qui sĂ©parent l’érection du diocĂšse de l’inauguration de la cathĂ©drale achevĂ©e, six Ă©vĂȘques se succĂšdent. Les deux premiers, Mgr Charost jusqu’en 1920 et Mgr Quilliet jusqu’en 1928, sont parfaitement en phase avec le projet iconographique savant, reflĂ©tant une pensĂ©e chrĂ©tienne ancrĂ©e dans un passĂ© mythifiĂ©, qui prend place dans la cathĂ©drale[Col14 35]. Intransigeants, proches de l’Action française, ils sont farouchement opposĂ©s Ă  toutes les formes du modernisme[37] et, s'il a Ă©tĂ© autorisĂ© par Mgr Charost, ce n'est qu'avec rĂ©ticence que Mgr Quilliet laisse le syndicalisme chrĂ©tien, en butte aux attaques virulentes du Consortium de l'industrie textile fondĂ© par EugĂšne Mathon en 1919, se constituer[38]. De l’épiscopat de Mgr Charost, marquĂ© par la PremiĂšre Guerre mondiale, reste par ailleurs son patriotisme et son courage face Ă  l’ennemi, qui lui permet notamment de sauver les cloches de Notre-Dame-de-la-Treille de la rĂ©quisition.

Ce n'est que sous l'Ă©piscopat de Mgr Quilliet, au lendemain de la guerre, que les travaux de la cathĂ©drale reprennent pour engager la construction du transept[39]. Le troisiĂšme Ă©vĂȘque de Lille, Mgr LiĂ©nart, dont le long Ă©piscopat s’étend de 1928 Ă  1968, porte une Ă©volution plus qu’une rĂ©volution, celle engagĂ©e prĂšs de quarante ans plus tĂŽt par LĂ©on XIII et l'encyclique Rerum novarum de 1891, poursuivie par Pie XI. Issu d’une famille de la bourgeoisie lilloise, Mgr LiĂ©nart soutient financiĂšrement et moralement les grĂ©vistes d’Halluin en 1928-1929, puis, dĂšs 1930-1932, l’Action catholique spĂ©cialisĂ©e[40].

Promu cardinal, il devient une figure du catholicisme social des annĂ©es 1930 mais, en 1934 encore, lors des cĂ©lĂ©brations de la consĂ©cration de Lille Ă  Notre-Dame de la Treille, l'Ă©vĂȘque « syndicaliste » fait pavoiser la cathĂ©drale des Ă©tendards des anciennes corporations de la ville[Col14 36]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme toute la hiĂ©rarchie catholique, il reste un indĂ©fectible soutien du rĂ©gime de Vichy, tout en refusant de cautionner le service du travail obligatoire[41]. AprĂšs guerre, il dĂ©fend le mouvement des prĂȘtres ouvriers Ă  Rome, avant de les inviter Ă  se plier Ă  ses dĂ©cisions, puis, dans les annĂ©es 1960, promeut l’ƓcumĂ©nisme[42]. Parmi ses nombreuses activitĂ©s, la construction de la cathĂ©drale de Notre-Dame de la Treille, Ă  qui il consacre son Ă©piscopat en 1928, reste une prioritĂ©[Col14 37].

C’est lui qui dĂ©cide le rachat de la cathĂ©drale par l’association diocĂ©saine de Lille Ă  la sociĂ©tĂ© anonyme de l'ƒuvre de Notre-Dame-de-la-Treille en vue de son achĂšvement, et c’est sous son autoritĂ© que le diocĂšse renonce Ă  la rĂ©alisation complĂšte du projet initial formĂ© par Charles Leroy et ses successeurs pour le rendre possible. Il va jusqu’à approuver une esquisse de façade proposĂ©e par Michel Vilain en 1961, dont la rĂ©alisation, ajournĂ©e, ne voit pas le jour[Col14 38]. Le quatriĂšme Ă©vĂȘque de Lille, Mgr Gand, qui lui succĂšde jusqu’en 1983, doit faire face Ă  la crise religieuse de l’aprĂšs 1968, tĂąche Ă  laquelle il est mal prĂ©parĂ©[43]. Ancien aumĂŽnier d’Action catholique des milieux indĂ©pendants et d’Action catholique ouvriĂšre, il s’engage notamment, dans les annĂ©es 1980, aux cĂŽtĂ©s des mouvements de dĂ©fense des immigrĂ©s[44].

En 1973, il entreprend les travaux d’entretien et d’achĂšvement des parties hautes en rĂ©ponse aux propositions de dĂ©molition de la cathĂ©drale et, en 1983, il est le premier Ă  demander sa protection au titre des monuments historiques[Col14 39]. C’est au cinquiĂšme Ă©vĂȘque de Lille, Mgr Vilnet, qu’il revient de restructurer les paroisses en les regroupant et en rĂ©duisant le nombre des offices[45]. Partisan de l’Action catholique spĂ©cialisĂ©e par milieu de vie, il condamne la nouvelle Ă©vangĂ©lisation et promeut l’ƓcumĂ©nisme[46]. DĂšs le dĂ©but de son Ă©piscopat, l’achĂšvement de la cathĂ©drale est une de ses prioritĂ©s. C’est lui qui dĂ©cide, en 1990, de la doter d’une façade, et qui porte le projet jusqu’à son aboutissement[Col14 37]. C’est toutefois son successeur, Mgr Defois, nommĂ© en 1998, qui inaugure la cathĂ©drale achevĂ©e en 1999 et qui relance, en 2002, la procĂ©dure de protection au titre des monuments historiques[Col14 39].

Architecture

ƒuvre composite, Notre-Dame-de-la-Treille est le produit de son histoire. Une histoire brĂšve mais paradoxale oĂč l’engouement de la bourgeoisie chrĂ©tienne du XIXe siĂšcle pour l’architecture d’un Moyen Âge mythifiĂ© se mĂȘle Ă  la volontĂ© de quelques grandes familles lilloises de ressusciter un culte oubliĂ©. OĂč l’inscription dans la pierre d’une revanche sur la RĂ©volution portĂ©e par quelques-uns rencontre le projet politique d’une bourgeoisie industrielle Ă  la recherche d’une rĂ©ponse Ă  la question sociale.

OĂč l’ambition archĂ©ologique Ă©tayĂ©e par une iconographie savante s’incarne dans des reprĂ©sentations tributaires des enjeux du moment. OĂč le rĂȘve de cathĂ©drale idĂ©ale, d’Ɠuvre totale jamais rĂ©alisĂ©e, mĂšne Ă  la dĂ©rision et Ă  l’opprobre jusqu’à mettre en pĂ©ril son existence. Mais aussi, oĂč l’imitation du passĂ© se trouve placĂ©e entre les mains d’artisans et d’artistes qui mobilisent tous les matĂ©riaux et toutes les techniques Ă  leur disposition en quĂȘte de la parfaite expression d’un art chrĂ©tien. Et oĂč, finalement, se trouvent liĂ©s « l’art « saint-sulpicien » du XIXe siĂšcle et l’art sacrĂ© du XXe siĂšcle, le second Ă©tant le parricide du premier. »[Col14 40]

Extérieurs

La cathédrale est assise sur une crypte semi-enterrée couvrant toute l'étendue de l'édifice qui forme un haut soubassement en grÚs. Construite progressivement d'est en ouest, chaque partie étant achevée avant que ne commence la suivante, l'évolution de la construction suit l'évolution des techniques sur prÚs de 150 ans. Dans les années 1920 les techniques traditionnelles utilisées au début des travaux sont progressivement abandonnées pour faire place à des techniques plus modernes, avec en particulier l'utilisation de l'acier et du béton.

Les Ă©lĂ©vations du chƓur et des chapelles sont ainsi en pierre bleue de Soignies et leurs sculptures, comme celles des portails du transept, en pierre de TercĂ© ou en pierre de Brauvilliers. Le transept et la nef sont en revanche construits en bĂ©ton avec un parement extĂ©rieur en pierre bleue. Les parties hautes sont ensuite Ă©levĂ©es en ciment, en lieu et place de la voĂ»te de pierre sur croisĂ©e d'ogives que prĂ©voyait le projet initial, tandis que la façade utilise des techniques de la fin du XXe siĂšcle. Les couvertures sont en ardoise d'Angers[Col14 41].

La façade principale

Longtemps, la façade de la cathédrale n'a été qu'un mur de bois et de brique. La façade actuelle, conçue par l'architecte Pierre-Louis Carlier, a été inaugurée en 1999. Réalisée sous la direction de l'architecte Raymond Pùques et optimisée par les ingénieurs de l'entreprise Eiffel, la façade est une peau de pierre de Soignies agrafée sur une structure métallique.

Sa partie centrale prĂ©sente une ogive de 30 mĂštres de haut totalement indĂ©pendante du reste de l'Ă©difice. FormĂ©e par une juxtaposition de blocs de bĂ©ton dont l’orientation varie en plan et en Ă©lĂ©vation pour dessiner un volume en forme de coque, elle est tapissĂ©e de 110 plaques de marbre portugais, blanc Ă  l'extĂ©rieur, orangĂ© Ă  l'intĂ©rieur, de 28 millimĂštres d’épaisseur, soutenues par une structure mĂ©tallique conçue par Peter Rice. Les panneaux de marbre translucides ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s et ordonnĂ©s pour que, vus de l'intĂ©rieur, leurs veines rouges s’élĂšvent dans la mĂȘme direction et composent Ă  contre-jour, selon l'image de Mgr Vilnet, « un voile de VĂ©ronique » ou un buisson ardent dont la flamboyance est plus prononcĂ©e au pied[47].

Voile de marbre translucide Ă  l'image du voile de VĂ©ronique.

De part et d’autre de l’ogive centrale, des plats mĂ©talliques insĂ©rĂ©s dans la pierre forment deux ogives qui rĂ©pondent Ă  l’arc central[48].

L'arc central contient un vitrail circulaire de 6,5 mĂštres de diamĂštre, dessinĂ© par Ladislas Kijno, constituĂ© de 20 plaques de verre trempĂ©, insĂ©rĂ©es dans une armature inox[Cat 3]. Les thĂšmes de la Passion et de la RĂ©surrection y sont Ă©voquĂ©s notamment Ă  travers le visage du Christ enseveli dans le tombeau d'oĂč surgit la lumiĂšre de la croix, mais on peut aussi y apercevoir une colombe inscrite dans le triangle trinitaire, un cosmonaute et des ovnis Ă  cĂŽtĂ© de l’arbre de JessĂ©, le vin de la treille qui coule sur le visage de l'homme nouveau
 Sur la face extĂ©rieure de la rosace, des figures thermoformĂ©es dessinent en relief la statue de Notre-Dame de la Treille, un calice et du raisin, la clĂ© de saint Pierre, l’agneau pascal, un poisson avec le chrisme grec Î™Î§Î˜Î„ÎŁ (ICHTYS), la formule E=mcÂČ, l’hĂŽtel de ville de Lille
 L’Ɠuvre est signĂ©e de l'empreinte de trois mains, dont celle de l'artiste, dans la terre sous le tombeau, en rĂ©fĂ©rence aux peintures des grottes prĂ©historiques[Col14 42].

Le portail principal de 5 mĂštres de haut a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en verre et en bronze par Georges Jeanclos. Son dĂ©cor reprend le thĂšme d’une treille de ceps sur laquelle s’accrochent trente groupes de dormeurs tandis que le pilier central porte une Vierge qui ouvre les mains en signe d'accueil[Col14 43]. La façade comprend Ă©galement deux portails latĂ©raux rĂ©alisĂ©s par Maya Salvado Ferrer sur la base des esquisses de Jeanclos dĂ©cĂ©dĂ© trop tĂŽt pour achever le projet[Col14 42].

Le transept

Le transept, particuliÚrement massif, est épaulé par de trÚs robustes contreforts en équerre décorés de tabernacles vides à flÚches pyramidales. Chaque bras présente deux baies latérales cÎté ouest et une seule cÎté est, tandis qu'en façade, deux baies encadrent un portail surmonté d'un gable. Le sommet porte deux initiales entrelacées, inscrites en relief, SJ au nord, pour saint Joseph, et SE au sud, pour saint Eubert[Col14 44]. Les portails, de composition identique, présentent chacun un trumeau central portant une représentation du saint auquel le portail est dédié, des ébrasements portant six statues-colonnes, un tympan à trois registres, trois cordons de voussures composés de quarante-deux personnages et une archivolte décorée de feuillages[Col14 45].

Le portail Nord
Photographie en couleurs du portail vu de face, de l'escalier jusqu'au haut du gable.
Le portail Nord.

AchevĂ© en 1934, le portail est dĂ©diĂ© Ă  saint Joseph, « protecteur particulier de l'ƒuvre ». OrientĂ© au nord, c'est le portail de la prĂ©figuration, celui consacrĂ© Ă  l'Ancien Testament. Les sculptures ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par LĂ©on Carlier, sculpteur attitrĂ© de Notre-Dame-de-la-Treille, assistĂ© d'Auguste Gerrein. Les figures du tympan et des voussures sont taillĂ©es dans la masse en pierre de Brauvilliers[Col14 45].

La statue de saint Joseph, portant l'enfant JĂ©sus qui donne sa bĂ©nĂ©diction en tenant une Bible ouverte, y occupe le pilier central. De chaque cĂŽtĂ© ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es les statues des patriarches, MelchisĂ©dech, Énosh, Adam, Abel, NoĂ© et Aaron[Col14 45].

Le tympan Ă©tablit une correspondance entre les deux testaments en reprĂ©sentant des scĂšnes de la vie de Joseph dans la Bible dans sa partie infĂ©rieure, et, au-dessus, de saint Joseph dans les Évangiles. Dans la partie basse, on reconnait Joseph vendu par les siens et conduit en Égypte, Joseph repoussant les avances de la femme de Potiphar, Joseph expliquant les rĂȘves de pharaon et les rĂ©serves de blĂ© constituĂ©es par Joseph pour le peuple. Ces scĂšnes font Ă©cho Ă  celles du dessus, qui reprĂ©sentent la fuite de la sainte famille en Égypte, la chastetĂ© de Joseph saint gardien de Marie, Joseph recevant en songe le mystĂšre de l'Incarnation et Joseph veillant sur l'enfant JĂ©sus qui distribue des Ă©pis de blĂ©[Col14 46]. La partie supĂ©rieure du tympan cĂ©lĂšbre la gloire du saint[Col14 45].

Les voussures portent quarante-deux figures. Les quarante figures centrales reprĂ©sentent les aĂŻeux du Christ depuis le roi David selon la gĂ©nĂ©alogie dĂ©crite par saint Matthieu. Les deux figurent extrĂȘmes, symboles de la prĂ©figuration, reprĂ©sentent et opposent l’Église triomphante et la Synagogue dĂ©chue les yeux bandĂ©s et l’étendard brisĂ©, laissant Ă©chapper les Tables de la Loi[Cat 4].

Le portail Sud
Photographie en couleurs du portail vu de face, du pied de la statue de saint Eubert Ă  l'archivolte.
Le portail Sud.

InaugurĂ© en 1938, le portail Sud est dĂ©diĂ© Ă  saint Eubert, « apĂŽtre de Lille » et patron secondaire de la ville. OrientĂ© au sud, c'est le portail des progrĂšs de la foi chrĂ©tienne dans la rĂ©gion, celui consacrĂ© au Nouveau Testament[Van 1]. À la diffĂ©rence du portail Nord, les parties sculptĂ©es sont l'Ɠuvre de nombreux artistes. Robert Coin a ainsi rĂ©alisĂ© les statues-colonnes, avec socles et dais, Maurice Ringot, le tympan, Fernand et Madeleine Weerts, les vingt-huit statues des voussures extĂ©rieure et mĂ©diane, et Auguste Gerrein, les douze statues de la voussure infĂ©rieure, dont quatre sont achevĂ©es par Louis Ball aprĂšs la mort de Gerrein en [Col14 47].

La statue du saint, taillĂ©e dans un bloc de quatre tonnes, y occupe le pilier central. Sur les cĂŽtĂ©s, ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es les statues d’autres saints Ă©vangĂ©lisateurs de la rĂ©gion, ÉleuthĂšre de Tournai, saint Quentin, saint Piat, saint Chrysole, Martin de Tours et Éloi de Noyon[Col14 48].

Le tympan reprĂ©sente, dans sa partie infĂ©rieure, la vocation d’Eubert, les miracles posthumes qui lui sont attribuĂ©s et le tombeau du saint sur lequel, selon la lĂ©gende, un tilleul aurait poussĂ©. La partie mĂ©diane reprĂ©sente d'une part la dĂ©couverte et la reconnaissance de son corps par l'Ă©vĂȘque de Tournai en 1230 et d'autre part le prĂ©tendu transfert de ses reliques dans la collĂ©giale Saint-Pierre. La partie supĂ©rieure du tympan cĂ©lĂšbre son apothĂ©ose[Col14 48].

Comme le portail nord, les voussures portent quarante-deux figures, reprĂ©sentant ici des martyrs des dix premiĂšres persĂ©cutions (54-305)[Cat 4], classĂ©s chronologiquement, choisis d'aprĂšs la collection de reliques du trĂ©sor de la cathĂ©drale. En haut, sur le cordon extĂ©rieur Ă  gauche de la clĂ©, saint Achille est reprĂ©sentĂ© sous les traits d'Achille LiĂ©nart, Ă©vĂȘque de Lille de 1928 Ă  1968[Col14 48].

Les chapelles du chƓur

Photographie en couleurs de la statue et d'une partie du faßtage depuis le sol entourés de tabernacles et de gargouilles.
L'archange du chevet de la Sainte Chapelle.

Les chapelles rayonnantes sont chacune dotĂ©e d'un toit indĂ©pendant Ă  quatre pans coupĂ©s trĂšs Ă©tirĂ© en hauteur. Elles sont sĂ©parĂ©es par des arcs-boutants Ă  deux niveaux ornĂ©s de tabernacles dressĂ©s sur des gargouilles de 2,15 mĂštres de long au niveau supĂ©rieur[Van 2]. Les tabernacles des quatre chapelles de l'abside abritent douze statues en pied rĂ©alisĂ©es par Édouard Buisine[Col14 49]. En rapport avec le vocable des chapelles qu'elles couronnent, il s'agit de saint Canut, AdĂšle de Flandre et Pierre l'Ermite pour la chapelle de saint Charles-le-Bon, saint Joachim, Marie sƓur de sainte Anne, Ruth mĂšre d'Obed pour la chapelle de sainte Anne, saint Polycarpe, Électa qui reçoit la deuxiĂšme Ă©pĂźtre de Jean, GaĂŻus qui reçoit la troisiĂšme Ă©pĂźtre de Jean pour la chapelle de saint Jean, Jacques d'Arc, Isabelle d'Arc, Calixte III pour la chapelle de Jeanne d'Arc[Van 2]. RestĂ©s inachevĂ©s, les arcs-boutants ne dĂ©passent pas la deuxiĂšme volĂ©e, au-dessus des chapelles latĂ©rales.

Les fenĂȘtres hautes sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'un passage ouvert protĂ©gĂ© par un garde-corps posĂ© sur une Ă©paisse corniche chanfreinĂ©e[Col14 44].

Le faĂźte de la chapelle axiale est surmontĂ© d'une grande statue de cuivre de l'archange Gabriel, celui qui est venu annoncer Ă  Marie qu'elle serait mĂšre de Dieu, mesurant 3,30 mĂštres des pieds Ă  l'extrĂ©mitĂ© des ailes[Van 3]. Elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en 1897 par la maison Trioullier sur un dessin d'Édouard Buisine. La charpente d'acier de la chapelle est couverte d'un toit d'ardoise couronnĂ© d'un faĂźtage en cuivre repoussĂ© (comme celui de la statue, il a pris une patine vert-de-gris) oĂč alternent le lis des armoiries de Lille, le lion de Flandre et la rose de Marie, Ă©galement rĂ©alisĂ©s par la maison Trioullier.

Tout autour, les douze contreforts portent des pinacles d'oĂč jaillissent des gargouilles et dans lesquels des anges en pierre de TercĂ© aux ailes dĂ©ployĂ©es, dus Ă  Édouard Buisine, prĂ©sentent, sur des banderoles, les vertus de la Vierge Marie. PlacĂ©es prĂšs du sommet des tourelles d'escalier, Ă  la limite des chapelles rayonnantes, les statues du bƓuf de saint Luc, Ă©vangĂ©liste de la Vierge, et de l'aigle de saint Jean, fils adoptif de Marie, ont Ă©tĂ© taillĂ©es en pierre de Soignies par DĂ©sirĂ© Mannier, sculpteur officiel de la Treille jusqu'en 1898, sur des dessins de Buisine[Col14 49].

La salle capitulaire

Photographie en couleurs de la salle capitulaire vue de l'extérieur.
La salle capitulaire.

PlacĂ©e au sud-est du chƓur, la salle capitulaire est reliĂ©e Ă  la cathĂ©drale par la seule aile de cloĂźtre qui ait Ă©tĂ© construite. Elle prĂ©sente deux pignons Ă  crochets et fleurons sommitaux percĂ©s, Ă  l'ouest, d'une petite rose, et, Ă  l'est, d'un triplet inscrit dans un arc brisĂ© surmontĂ© d'une rose. L'Ă©difice est inachevĂ© : fermĂ© au sud par un mur en pierre blanche, ce dernier devait ĂȘtre initialement une paroi interne[Col14 50].

Le campanile Saint-Nicolas

Photographie en couleurs de la face est du campanile de brique rouge.
Le campanile.

ÉrigĂ© face au portail sud afin d'abriter les cloches donnĂ©es Ă  l'Ă©glise Ă  l'occasion du solennel couronnement de la statue miraculeuse, le , le campanile Saint-Nicolas est construit Ă  la hĂąte, en briques avec quelques pierres sur des fondations d'Ă  peine un mĂštre de profondeur. Haut de 35 mĂštres, il comporte quatre niveaux, aveugles pour les premiers, ajourĂ© d'ouĂŻes et de baies jumelĂ©es pour le dernier dont la partie supĂ©rieure est occupĂ©e par les cadrans d'une horloge. Quatre frontons triangulaires forment pignon pour soutenir une terrasse Ă  garde corps en bois[Col14 51].

Au premier étage, sont installés le cylindre de ritournelles et le clavier d'un carillon posé en 1924, au deuxiÚme étage se trouvent les trois cloches aiguës de la sonnerie et le carillon de 42 cloches (dont une manque aujourd'hui) et au troisiÚme étage, les trois cloches graves de la sonnerie[Col14 52]. Manifestement provisoire, le campanile ne doit sa survie qu'à l'abandon de la construction des tours en façade[Col14 51].

Les cloches du campanile[Van 4]

NomMasse (en kg)Note
Marie Pie de Notre-Dame-de-la-Treille3 594La(2)
Marie de saint Pierre2 548Si(2)
Marie de saint Joseph1 780Do#(3)
Marie des PĂšlerins0942Mi(3)
Marie de saint Dominique0519Sol#(3)
Marie du Repos de Notre-Dame0421La(3)

Intérieurs

Plan en noir et blanc de l'implantation au sol.
Plan de Notre-Dame-de-la-Treille.

En forme de croix latine, l'intĂ©rieur de la cathĂ©drale mesure 110 mĂštres de long sur 54 mĂštres de large au transept, 38,80 mĂštres de large au niveau du chƓur et 26,40 mĂštres de large au niveau de la nef. Cette derniĂšre, de six travĂ©es, est pourvue de bas-cĂŽtĂ©s mais ne comprend pas de chapelles. Le transept comporte des collatĂ©raux Ă  l'est et Ă  l'ouest, chaque bras Ă©tant pourvu de trois travĂ©es de part et d'autre d'une croisĂ©e de plan carrĂ©. Une chapelle est mĂ©nagĂ©e dans l'aile nord, son pendant, dans l'aile sud, n'ayant jamais Ă©tĂ© installĂ©e.

Le chƓur comprend cinq travĂ©es droites et un chevet Ă  cinq pans. Il est encadrĂ© par un dĂ©ambulatoire qui dessert quatre chapelles rayonnantes polygonales et une chapelle axiale, plus profonde. Deux autres chapelles latĂ©rales rectangulaires sont installĂ©es de part et d'autre, en amont des chapelles polygonales[Col14 53].

Photographie en couleurs de l'enfilade des quatre derniĂšres travĂ©es de la nef avec au centre le chƓur et au fond la Sainte Chapelle.
La nef de Notre-Dame-de-la-Treille.

L'élévation intérieure comprend trois niveaux, dont seuls les deux premiers sont conformes au projet initial. Les colonnes de la nef sont composées d'un épais noyau circulaire habillé de quatre colonnes portantes et quatre colonnettes décoratives qui soutiennent des arcades en arc brisé. Colonnes et colonnettes sont coiffées d'un chapiteau, à l'exception de la colonne tournée vers le vaisseau qui est simplement baguée et se prolonge jusqu'à la voûte.

Au deuxiĂšme niveau, le triforium est sĂ©parĂ© du vaisseau par une corniche Ă  double rang de feuillage et, au niveau de la derniĂšre travĂ©e seulement, par deux baies jumelĂ©es, dotĂ©es d'arcades en arc brisĂ© soutenues par des colonnettes, inscrites dans une arcade elle aussi en arc brisĂ© percĂ©e d'un oculus en son centre[Col14 53]. Au troisiĂšme niveau, les fenĂȘtres hautes, qui auraient dĂ» ĂȘtre de mĂȘme hauteur que les arcades de la nef, ont Ă©tĂ© fortement rĂ©duites. FormĂ©es de groupes de quatre lancettes, elles sont placĂ©es au fond de niches rectangulaires peu Ă©levĂ©es prĂ©cĂ©dĂ©es d'un garde-corps ajourĂ©. Cette configuration se rĂ©pĂšte dans les collatĂ©raux du transept et tout autour du chƓur. L'ensemble est surmontĂ© d'une voĂ»te en berceau brisĂ© sur doubleaux qui atteint, au niveau de l'arĂȘte de la voĂ»te, 32 mĂštres de hauteur[Col14 54].

Dans l'esprit des initiateurs du projet, une pensĂ©e unique devait prĂ©sider Ă  la conception et Ă  la dĂ©coration de l'Ă©difice[24]. L'iconographie devrait donc ĂȘtre celle de Charles Leroy, architecte de la cathĂ©drale. Elle est en rĂ©alitĂ© plus tardive, la plupart des propositions de Leroy n'ayant finalement pas Ă©tĂ© retenues lors de l'Ă©dification des chapelles[Col14 55]. Conçue Ă  la fin des annĂ©es 1890 et au dĂ©but des annĂ©es 1900 par le chanoine Henri Delassus et l'abbĂ© Henri Vandame, elle fait Ă©cho aux revendications politiques portĂ©es alors par les ComitĂ©s catholiques, pour lesquels l'Ă©glise et la monarchie sont au cƓur d'une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur les principes d'une Ă©conomie chrĂ©tienne paternaliste alors que la RĂ©publique anticlĂ©ricale s'installe, que l'enseignement se laĂŻcise et que des Ă©diles socialistes sont Ă©lus dans la rĂ©gion.

Au point de vue proprement religieux, Delassus et Vandame, tous deux antirĂ©publicains et antirĂ©volutionnaires, sont d'ardents promoteurs du catholicisme intĂ©gral et ont la volontĂ© de faire de Notre-Dame-de-la-Treille « une Bible ouverte ». L'unitĂ© attendue est par consĂ©quent bien prĂ©sente, mĂȘme si elle s'Ă©loigne Ă  certains Ă©gards de ses ambitions archĂ©ologiques initiales, puisque ce programme iconographique imaginĂ© au tournant du XXe siĂšcle concerne toute la dĂ©coration, les vitraux, les mosaĂŻques murales, les pavements et le mobilier liturgique[Col14 56]. Elle ne s'exprime toutefois pleinement que dans les chapelles, le programme complet, constamment prĂ©cisĂ© par l'abbĂ© Vandame, ayant subi de nombreuses altĂ©rations aprĂšs sa disparition en 1937[Col14 57].

Le chƓur

Photographie en couleurs du chƓur vu de face avec au premier plan l'autel octogonal, à gauche la cathùdre et à droite l'ambon.
Le chƓur, en 2013.

Partie la plus ancienne de la cathĂ©drale, le chƓur a connu plusieurs amĂ©nagements. Le dernier date de 1999, aprĂšs que la commission diocĂ©saine d'art sacrĂ© a dĂ©cidĂ© d’amĂ©nager un nouveau chƓur en vue de l'inauguration de la cathĂ©drale achevĂ©e[Cat 5].

Le sanctuaire, placĂ© Ă  la croisĂ©e du transept, est surĂ©levĂ© de cinq marches inscrites dans la base des piliers qui dĂ©limitent un espace de 100 m2 revĂȘtu d'un tapis de marbre. Un autel octogonal de bronze dorĂ© dĂ©corĂ© d'Ă©maux rouges, de 1,5 mĂštre de diamĂštre, rĂ©alisĂ© par le sculpteur Philippe Stopin en remplacement de l’ancien autel de marbre blanc, est placĂ© en son centre. Recouvert d'un brocart, il porte sur chacune de ses faces des aplats lĂ©gĂšrement ondulĂ©s qui symbolisent l'eau, en rappel des origines de la vie.

Une marche supplĂ©mentaire, au pied du pilier nord-est, reçoit la cathĂšdre surmontĂ©e des armes de l'archevĂȘque, en grĂšs rouge, Ă©galement de Stopin, comme l'ambon, surĂ©levĂ© de deux marches au pied du pilier sud-est. Ce dernier porte le bĂąton d'Aaron, en bronze ciselĂ© et poli[V02 6]. Une tapisserie d’Yves Millecamps tissĂ©e Ă  Aubusson, qui Ă©voque le buisson ardent, est placĂ©e derriĂšre l’ambon et un grand lustre en acier inspirĂ© de la Treille, de 800 kg et 10 mĂštres de haut[Col14 58], conçu par Alban Behagle, est suspendu au-dessus du chƓur[Cat 5].

Les six stalles placĂ©es de part et d'autre du chƓur rĂ©alisĂ©es par la maison Buisine entre 1928 et 1930 portent des scĂšnes historiĂ©es sculptĂ©es par Fernand Weerts. « PoĂšme Ă  la gloire de Marie », elles reprĂ©sentent les promoteurs du culte marial (saint Gabriel, sainte Élisabeth, saint Dominique, Simon Stock, Louis XI, sainte Catherine LabourĂ©), les dĂ©finiteurs des dogmes mariaux (saint Athanase, Cyrille d'Alexandrie, Pie IX), les auteurs des antiennes Ă  Marie (saint Fortunat, Hermann Contract, AdhĂ©mar de Monteil, Innocent III, saint Bernardin de Sienne), les instigateurs des fĂȘtes mariales (Denys l'ArĂ©opagite, le pape GĂ©lase, Jean Duns Scot, Urbain VI, Philippe le Bon) et des processions en l'honneur de la Vierge (le pape Sergius, Marguerite de Constantinople, Louis XIII, Louis XIV). Elles portent aussi des illustrations des miracles de Notre-Dame de la Treille et les misĂ©ricordes sont ornĂ©es d'allĂ©gories figurant les pĂȘchĂ©s capitaux et divers dĂ©fauts ou flĂ©aux[Col14 59].

Les neuf verriÚres hautes, réalisées en 1955 et 1956 sur des cartons de Pierre Turpin, représentent le Christ entouré de huit apÎtres[Col14 60].

Les chapelles du chƓur

Le dĂ©ambulatoire du chƓur ouvre sur sept chapelles, deux chapelles latĂ©rales de forme rectangulaire, quatre chapelles absidiales octogonales Ă  sept pans et une chapelle axiale de quatre travĂ©es droites achevĂ©e par un chevet Ă  sept pans. Leur vĂ©ritable originalitĂ© rĂ©side dans les mosaĂŻques, murales et au sol, dont elles sont ornĂ©es. Propres Ă  susciter les dons de fidĂšles, elles s'inscrivent dans le mouvement de renouveau du dĂ©cor de mosaĂŻque initiĂ© par la basilique Notre-Dame de FourviĂšre en 1884 pour s'achever avec la basilique Sainte-ThĂ©rĂšse de Lisieux dans les annĂ©es 1930[V02 7]. Conçues par les chapelains Delassus et Vandame, elles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par Ludwig Oppenheimer Ltd Ă  Manchester et posĂ©es par Louis Coilliot sous la maĂźtrise d'Ɠuvre de Paul Vilain[Col14 61].

Chapelle de saint Joseph
Photographie en couleurs de l'autel vu de face et de la mosaĂŻque murale de la chapelle.
La chapelle de saint Joseph.

AchevĂ©e en 1908, la chapelle de saint Joseph, patron des pĂšres de famille et des travailleurs, lui est plus particuliĂšrement consacrĂ©e en tant que patron de l'Église universelle selon la dĂ©claration officielle du pape Pie IX le . Le traitement iconographique de ce patronage, qui associe dimensions spirituelle et temporelle, tĂ©moigne de l'ultramontanisme et du lĂ©gitimisme de ses concepteurs[Col14 62].

Inscrite dans un cadre en bois, la mosaĂŻque murale porte en son centre une statue de saint Joseph et l'enfant JĂ©sus rĂ©alisĂ©e par Édouard Buisine[V02 8]. Il est entourĂ© de saint Luc et saint Matthieu, les deux Ă©vangĂ©listes qui ont Ă©voquĂ© sa mission, et de saint François de Sales et sainte ThĂ©rĂšse d'Avila, qui ont dĂ©veloppĂ© son culte. La frise infĂ©rieure de la mosaĂŻque reprĂ©sente les « plus importants rouages de la vie humaine et les principales formes de l'activitĂ© contemporaine »[Col14 62]. Ils sont figurĂ©s par des personnages dessinĂ©s Ă  partir de photographies reprĂ©sentant l'Église aux pieds de saint Joseph[Van 5].

On y trouve, au centre, « la hiĂ©rarchie ecclĂ©siastique » incarnĂ©e par le pape Pie IX suivi du cardinal RĂ©gnier, archevĂȘque de Cambrai, et de Mgr Monnier, Ă©vĂȘque auxiliaire de Cambrai, et « la hiĂ©rarchie civile » incarnĂ©e par le « comte de Chambord Â», prĂ©tendant au trĂŽne de France, suivi d'un magistrat, Adrien Gand, professeur Ă  la FacultĂ© de Droit de l'UniversitĂ© catholique, et d'un militaire, le gĂ©nĂ©ral de Sonis. Viennent ensuite, Ă  la droite des clercs, les « travailleurs du cerveau » figurĂ©s par les doyens des cinq facultĂ©s catholiques de Lille et, Ă  la gauche des laĂŻcs, les « travailleurs des bras », allĂ©gories des principaux secteurs d'activitĂ© de la rĂ©gion, le commerce sous les traits de Paul Vilain, l'industrie sous les traits de Charles Leroy, l'agriculture sous les traits de Florent Lefebvre, premier directeur des travaux de la cathĂ©drale, les mines sous les traits d'EugĂšne Lefebvre, deuxiĂšme directeur des travaux de la cathĂ©drale, et la marine reprĂ©sentĂ©e par l'amiral Courbet[Col14 62].

L'autel, inaugurĂ© en 1914, a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par la Maison DesclĂ©e Ă  Tournai/Roubaix[V02 8]. La table de l'autel, qui repose sur trois colonnes, est en granit rose des Vosges, en marbre vert des Alpes et en pierre blanche colorĂ©e. Le bas de l’autel porte les outils du charpentier dans un premier mĂ©daillon et les attributs de la royautĂ© (la couronne, le glaive, le sceptre et le bĂąton de justice) dans un second. Le tabernacle circulaire porte trois mĂ©daillons illustrant les vertus thĂ©ologales (la Foi, symbolisĂ©e par le serpent d'airain ; l’EspĂ©rance, symbolisĂ©e par l'ancre ; la CharitĂ©, symbolisĂ©e par le pĂ©lican)[Col14 63]. De part et d’autre, sont reprĂ©sentĂ©s le quotidien de la Sainte Famille et la mort de Joseph[Cat 6]. L'ensemble est surmontĂ© d'un Christ en croix accompagnĂ© de la Vierge Marie et de saint Jean l'Ă©vangĂ©liste[Col14 63].

Les trois premiĂšres verriĂšres ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par Jean-Baptiste Anglade. La premiĂšre prĂ©sente dans la rosace l'apothĂ©ose de saint Joseph dans le ciel et dix mĂ©daillons qui retracent les principaux Ă©pisodes de sa vie (de gauche Ă  droite et de bas en haut : les fiançailles, le songe de Joseph avec l'ange, l'entrevue avec Marie, le mariage, la NativitĂ©, la fuite en Égypte, le sĂ©jour en Égypte, le retour Ă  Nazareth, le voyage Ă  JĂ©rusalem, JĂ©sus retrouvĂ© dans le temple)[Col14 64]. Les deux suivantes reprĂ©sentent la vie glorieuse du Christ surmontĂ©es pour l'une du Christ jugeant les hommes et pour l'autre des anges recueillant Ă  travers le monde les parcelles de la Vraie Croix[Col14 65]. La derniĂšre, rĂ©alisĂ©e par Camille Wybo, illustre les Ă©pisodes de la RĂ©surrection du Christ[V02 9].

Chapelle de Jeanne d'Arc
Photographie en couleurs d’une chapelle avec trois vitraux avec de part et d'autre une mosaïque murale et en bas la statue de Jeanne d'Arc.
La chapelle de Jeanne d'Arc.

AchevĂ©e en 1901, la chapelle de Jeanne d'Arc est Ă©difiĂ©e au cours des dĂ©bats soulevĂ©s par son procĂšs en bĂ©atification, alors qu'elle a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e vĂ©nĂ©rable mais n'a pas encore Ă©tĂ© canonisĂ©e. La chapelle est dĂ©diĂ©e Ă  la « rĂ©gĂ©nĂ©ration de la France » et Ă  l'ƒuvre des militaires, fondĂ©e en 1842 Ă  Lille et prĂ©sidĂ©e par le comte de Caulaincourt Ă  partir de 1851. Par sa thĂ©matique comme par son iconographie, elle exprime le parti lĂ©gitimiste partagĂ© Ă  cette Ă©poque par l'essentiel des Ă©lites lilloises, clercs et laĂŻcs confondus[Col14 66].

Les mosaĂŻques murales reprĂ©sentent six figures d'hommes Ă  gauche et six figures de femmes sur le cĂŽtĂ© droit. Il s'agit de rois de France (Clovis, Charlemagne, Hugues Capet, Louis IX et Louis XVI) et de reines ou membres de la famille royale (sainte AurĂ©lie, Blanche de Castille, Madame Élisabeth, sainte Clotilde et Hildegarde de Bingen). Ils sont accompagnĂ©s des saints patrons de la monarchie, saint Martin et sainte GeneviĂšve. Les arcatures, de couleur bleue de France, sont dĂ©corĂ©es d'emblĂšmes rappelant le baptĂȘme de Clovis : la crosse de saint Remi et le sceptre du roi des Francs[Van 5]. Les tympans des arcatures portent quinze Ă©cus reprĂ©sentant les anciennes provinces de France[Col14 66].

Les Trois verriĂšres, rĂ©alisĂ©es par Édouard Didron[V02 10], racontent la vie de Jeanne d'Arc : sa mission Ă  gauche, sa carriĂšre Ă  droite et son martyre au centre[Van 6].

Son autel, en forme de chĂąteau-fort sur un dessin de Paul Vilain[V02 11], est en marbre rose des PyrĂ©nĂ©es. Sur le tombeau se trouve un bas-relief en bronze reproduisant un tableau d'Ingres, Le VƓu de Louis XIII, qui reprĂ©sente Louis XIII consacrant le royaume de France Ă  la Vierge en 1638[Col14 67]. Sur la porte du tabernacle est reprĂ©sentĂ© le Bon Pasteur en bronze dorĂ©. L'Ă©pĂ©e d'honneur qui est accrochĂ©e au socle de la statue de Jeanne d'Arc posĂ©e au sommet de l'autel a Ă©tĂ© offerte par les catholiques français en 1907 au capitaine Magniez qui, en 1906, Ă  l'Ă©poque des inventaires prĂ©vus par la loi de sĂ©paration des Églises et de L’État, refuse de faire briser Ă  coups de hache les portes de l'Ă©glise de Saint-Jans-Cappel.

Sur la mosaïque du sol, se trouve la Sainte Ampoule qui servait à oindre le front des rois lors de leur sacre, placée au centre d'un semis de fleurs de lys et de couronnes d'or sur fond blanc[Col14 66].

Chapelle de saint Jean l'ÉvangĂ©liste
Photographie en couleurs d’une chapelle vue de face avec trois vitraux et de part et d'autre une mosaïque murale et en bas la statue de saint Jean.
La chapelle de saint Jean.

Également achevĂ©e en 1901, la chapelle de saint Jean l'ÉvangĂ©liste est la « chapelle des Ă©tudiants », dĂ©diĂ©e au savoir et Ă  l’éducation[Col14 68]. Lille est alors un des fiefs de l'Ă©ducation libre, dotĂ©e d'un rĂ©seau trĂšs dense d'Ă©tablissements confessionnels et d'une universitĂ© catholique complĂšte, Ă©troitement liĂ©e Ă  Notre-Dame-de-la-Treille dont les promoteurs sont les mĂȘmes personnes. L'iconographie de la chapelle rĂ©pond aux affrontements qui suivent la proclamation de la laĂŻcitĂ© et la suppression de l'Ă©ducation religieuse dans l'enseignement public par Jules Ferry en 1882 puis, en 1886, la promulgation de la loi Goblet, qui abolit les derniers vestiges du rĂ©gime de privilĂšge de la loi Falloux et interdit aux religieux d'enseigner dans le public.

La table de marbre rouge de l'autel, dessinĂ© par Édouard Buisine[V02 7], recouvre le sarcophage de Sainte Plinia, jeune martyre dont on ignore tout Ă  l'exception de son Ăąge (18 ans), translatĂ©e des catacombes de Rome au diocĂšse de Cambrai en 1847[Col14 67]. Le retable reprĂ©sente le Christ enseignant aux trois Ăąges de la vie : l'enseignement primaire, oĂč JĂ©sus fait venir Ă  lui les petits enfants, l'enseignement secondaire, avec JĂ©sus parmi les docteurs et, sur la porte du tabernacle, l'enseignement supĂ©rieur, oĂč JĂ©sus donne Ă  ses apĂŽtres la mission d'enseigner[Col14 66]. L'ensemble est surmontĂ© d'une statue de saint Jean l'ÉvangĂ©liste posĂ©e sur un piĂ©destal, derriĂšre l'autel.

De mĂȘme, les verriĂšres, rĂ©alisĂ©es par Édouard Didron[V02 10], figurent chacune six Ă©pisodes de la vie des saints enseignants, Jean-Baptiste de La Salle (enseignement primaire), Louis de Gonzague (enseignement secondaire) et Thomas d'Aquin (enseignement supĂ©rieur)[Col14 66].

Les mosaĂŻques murales se lisent de bas en haut et rappellent les composantes de l'Ă©ducation classique mĂ©diĂ©vale. À gauche, la philosophie, la rhĂ©torique, l'arithmĂ©tique, la dialectique, la grammaire et la gĂ©ographie ; Ă  droite, les sciences naturelles, la peinture, l'architecture, la gĂ©omĂ©trie, la musique et l'astronomie. Ces matiĂšres sont illustrĂ©es de personnages historiques qui les ont incarnĂ©es dans l'Ancien Testament (David), dans l'antiquitĂ© (ArchimĂšde, Aristote, Chilon, Platon, PtolĂ©mĂ©e, Quintilien), au Moyen Âge (le pape Sylvestre II, Fra Angelico, Pierre de Montreuil) et Ă  l'Ă©poque moderne (Volta et Christophe Colomb)[Col14 66]. Les arcatures, de couleur verte, sont dĂ©corĂ©es de figures se rapportant Ă  la science[Van 7].

La mosaĂŻque au sol Ă©voque saint Jean l'Ă©vangĂ©liste triomphant de l’épreuve de la coupe empoisonnĂ©e : c'est un semis de coupes d'oĂč jaillit un petit dragon[49]. Au centre, le tĂ©tramorphe : l'aigle de Jean, le lion de Marc, le bƓuf de Luc et l'ange de Matthieu.

Sainte Chapelle
Photographie en couleurs de la chapelle vue de face et de ses quatre travées du sol à la clé de voute avec au centre l'autel.
La Sainte Chapelle.

Achevée en 1897, la Sainte Chapelle est inspirée de la Sainte-Chapelle de Paris. Elle est fermée par une grille en fer forgé portant des enroulements de feuillages qui évoquent l'idée de la treille.

L’allĂ©e centrale est revĂȘtue d'une mosaĂŻque formant tapis composĂ©e de quatre tableaux en forme d'amande qui prĂ©sentent la citĂ© de Lille dans ses diffĂ©rentes dimensions, « Lille catholique », reprĂ©sentĂ© par les clochers de ses Ă©glises, « Lille littĂ©raire et scientifique », symbolisĂ© par les bĂątiments de l'universitĂ© catholique, et « Lille industriel et commercial », Ă©voquĂ© par ses usines, sur lesquelles rayonne le monogramme de Marie qui s'Ă©tend sur le tout.

Elle est prolongĂ©e par une mosaĂŻque au pied de l'autel, oĂč vingt-huit mĂ©daillons sur fond bleu reprĂ©sentent la CrĂ©ation : les quatre Ă©lĂ©ments sous la forme d'animaux (dauphin, aigle, lion, salamandre), le rĂšgne minĂ©ral (le Soleil, la Lune, les Ă©toiles, la Terre, les mĂ©taux, le corail, les roches et les cristaux) et le rĂšgne animal (huit oiseaux et huit quadrupĂšdes extraits du brĂ©viaire mĂ©diĂ©val)[Col14 68].

Le sanctuaire comporte quatre fenĂȘtres aveugles ornĂ©es de mosaĂŻques et onze grandes verriĂšres, rĂ©alisĂ©es par Édouard Didron[V02 12], sous des voĂ»tes de 17 mĂštres de haut.

Les mosaĂŻques murales des quatre fenĂȘtres aveugles reprĂ©sentent douze prĂ©figurations historiques de Marie dans l’Ancien Testament, chacune alternant avec un symbole des litanies (le buisson ardent-Marie (Myriam), la Source de Vie-Ève, l'arche de NoĂ©-Sara, le chandelier d'or-Anne, l'arche d'alliance-Jahel, la porte du ciel-Rahab, le trĂŽne de la sagesse-BethsabĂ©e, la tour de David-AbigaĂŻl, le jardin fermĂ©-Ruth, le soleil, la lune et les Ă©toiles-la mĂšre des MachabĂ©es, le char de feu-Esther, la citĂ© de David-Judith). Sur les murs, tout autour du sanctuaire, les arcatures soutenues par 64 colonnettes sont ornĂ©es de peintures sur lave reprĂ©sentant des fleurs[Van 8], roses, tulipes, violettes, calcĂ©olaires, chrysanthĂšmes, jasmins, lys, iris, jacinthes et primevĂšres, qui symbolisent les qualitĂ©s de la Vierge[Col14 68]. La partie supĂ©rieure porte en frise les louanges de la Vierge[Van 8].

Photographie en couleurs de l'autel vu de face et de la statue dans son habitacle.
L'autel de la Sainte Chapelle.

Les quatre premiÚres verriÚres, avant le banc de communion, représentent la vie de la Vierge Marie, depuis son immaculée conception jusqu'à son couronnement au ciel. Les deux premiÚres aprÚs le banc de communion présentent les marques de son culte à Lille. Les deux suivantes rappellent les miracles qui lui sont attribués au XVIe siÚcle et au XVIIe siÚcle. Deux vitraux au fond, dans les pans coupés, présentent l'histoire de la patronne de Lille et de son sanctuaire, des premiers miracles en 1254 à la présentation de la basilique nouvelle.

Le vitrail du centre est consacrĂ© Ă  la glorification de Notre-Dame de la Treille : en haut la Sainte-TrinitĂ©, au centre des anges portent la couronne que Pie IX a dĂ©cernĂ©e Ă  la patronne de Lille, au-dessous ceux qui l'ont honorĂ©e et ont dĂ©veloppĂ© son culte, princes et prĂ©lats (Mgr Sonnois), papes et empereurs (Cardinal RĂ©gnier), prĂȘtres et religieux (abbĂ© Bernard), laĂŻques de toutes conditions[Col14 64].

Un piédestal placé derriÚre l'autel est surmonté d'un habitacle qui abrite la statue de Notre-Dame de la Treille. Il s'agit d'une statue moderne réalisée par Marie Madeleine Weerts, l'originale de la statue miraculeuse de Notre-Dame de la Treille ayant été volée en [V02 13]. Elle est portée par trois saints pÚlerins, Thomas Becket, saint Louis et saint Bernard. Aux angles supérieur de l'habitacle, quatre chimÚres soutiennent quatre lampes, tandis que onze autres (soit quinze au total en référence aux mystÚres du rosaire) sont disposées aux pieds de la statue. Le dais, soutenu par quatre groupes de colonnettes en onyx du Brésil, est dominé par un clocheton surmonté d'une flÚche ajourée. Aux angles du clocheton, des anges aux ailes rabattues sonnent de l'oliphant[Col14 69].

Le banc de communion, en bronze dorĂ©, comme l'autel, porte six statues, trois personnages de l’Ancien Testament (MelchisĂ©dech, Ruth et Élie) et trois personnages du Nouveau Testament glorifiant le Sacrifice (sainte Julienne, saint Thomas d'Aquin et sainte Marguerite-Marie)[Van 9]. Sur le tombeau, trois mĂ©daillons de bronze florentin exĂ©cutĂ©s par Jules Blanchard reprĂ©sentent le mystĂšre de l'Incarnation en trois scĂšnes : la Salutation de l'ange, l'Annonciation et l'Accomplissement du mystĂšre[Col14 69]. Le retable, sur lequel sont reprĂ©sentĂ©es deux scĂšnes de la vie de la Vierge Marie, la Visitation et le Miracle des noces de Canaa, Ă©galement de Blanchard, est surmontĂ© d'un calvaire en ronde bosse oĂč Marie et saint Jean l'Ă©vangĂ©liste sont au pied de la croix[Col14 68]. Il porte deux chasses reprĂ©sentant le berceau de JĂ©sus et le tombeau de Marie qui abriteraient, selon une tradition lĂ©gendaire, les reliques de la crĂšche et du suaire de la Vierge Marie[Van 10].

L'ensemble, autel, habitacle, chasses, chandeliers, lampes et ornements, dĂ©corĂ© de pierres prĂ©cieuses, amĂ©thystes, jaspes, malachites, et d'Ă©maux, est l'Ɠuvre des orfĂšvres parisiens Trioullier et fils[Col14 70].

Chapelle de sainte Anne
Photographie en couleurs de la chapelle vue de face avec au centre trois vitraux, de part et d'autre une mosaĂŻque murale et en bas le retable.
La chapelle de sainte Anne.

AchevĂ©e en 1904, la chapelle de sainte Anne, mĂšre de la Vierge et patronne des menuisiers et des couturiĂšres, est dĂ©diĂ©e au travail et met en scĂšne des corporations et confrĂ©ries lilloises. Elle tĂ©moigne de l'attachement d'une partie de la bourgeoisie catholique lilloise au systĂšme corporatif[50] par opposition au syndicalisme qui se dĂ©veloppe sous l’influence des idĂ©es socialistes[Cat 7]. Anti-socialistes mais aussi anti-libĂ©raux, les ComitĂ©s catholiques du Nord rĂ©unis en congrĂšs adoptent Ă  cet Ă©gard un ensemble de rĂ©solutions qui affirment notamment que « la meilleure organisation du travail est la corporation
 soutenue par le concours spontanĂ© des ouvriers et des patrons » et qu'« il est utile de rĂ©pandre, par tous les moyens de propagande, 
 les vraies notions de la science historique sur ces institutions ouvriĂšres qui ont eu de longs siĂšcles de prospĂ©ritĂ©. »[51]

Ce programme, qui se heurte aux réticences d'un patronat naturellement individualiste[52], est notamment assuré par La semaine religieuse de Cambrai, dirigée par le chanoine Delassus[Col14 66]. Soixante-dix corps de métiers sont représentés dans la chapelle, dont trente sont figurés par des saints patrons lillois : trois dans les vitraux, douze dans les mosaïques murales et quinze dans la mosaïque au sol[Van 11].

L'autel, en brÚche violette avec colonnes d'onyx ambré, porte une mosaïque d'émail qui représente l'arche de Noé[Col14 67]. Au centre, sainte Anne est entourée de deux scÚnes également en mosaïque d'émail, sur des dessins de Jean-Baptiste Anglade[V02 10]. La premiÚre symbolise la famille, elle représente Joachim et Anne conduisant leur fille Marie au temple de Jérusalem ; la seconde symbolise le travail, elle représente Joachim et Anne apprenant à leur fille à filer[Van 11].

Les quatre mosaïques murales figurent chacune trois saints patrons dans trois grands médaillons et des artisans dans des médaillons plus petits. Elles évoquent de gauche à droite le bùtiment, l'industrie, l'alimentation et l'habillement. La flore de la frise rappelle des catégories de métiers[Col14 68]. Les arcatures violettes, couleur des saintes femmes, sont décorées d'une allégorie des avantages du travail[Van 12].

Les trois verriĂšres, rĂ©alisĂ©es par Édouard Didron[V02 10], sont dĂ©diĂ©es chacune Ă  un saint patron corporatif majeur de la ville. De gauche Ă  droite, saint Arnould, patron des brasseurs, saint Éloi, patron de l'industrie du fer et saint Nicolas, patron de l'industrie du fil[Van 12].

La mosaïque au sol représente quinze corporations et quatre confréries (les arbalétriers, les archers, les tireurs d'armes et les canonniers) bénies par la main de Dieu (en) au centre de la composition[Col14 66].

Chapelle de saint Charles le Bon
Photographie en couleurs de la chapelle vue de face avec au centre trois vitraux, de part et d'autre une mosaĂŻque murale et en bas le retable.
La chapelle de saint Charles.

Achevée en 1904, cette chapelle est dédiée à ceux qui ont fait la grandeur de la Flandre et en premier lieu à Charles le Bon, participant à la premiÚre croisade de 1096 à 1099[53], assassiné en 1127 et béatifié en 1882. Comme la chapelle Jeanne d'Arc, elle exprime l'attachement du peuple à ses princes et le leur au catholicisme, mais cette fois au niveau régional[Col14 66].

Sous l’autel en marbre de Villefranche, dĂ» Ă  Édouard Buisine[V02 7], le rappel des croisades est figurĂ© par la croix de JĂ©rusalem et, au-dessus de l'autel, par le reliquaire contenant un ossement de saint Louis. Aux quatre coins de son socle, quatre pĂšlerins lĂ©gendaires de Notre-Dame de la Treille sont reprĂ©sentĂ©s : saint Bernard, saint Louis, saint Vincent Ferrier et saint Thomas de CantorbĂ©ry[Col14 71]. Le retable comprend trois bas-reliefs d'argent encadrĂ©s chacun de deux colonnettes d'onyx vert. Ils reprĂ©sentent, au centre, la dĂ©dicace de la ville Ă  la Vierge par Jean Le Vasseur en 1634 et, de part et d'autre, Marguerite de Constantinople offrant Ă  la Vierge le bref de sa confrĂ©rie et le premier chapitre de l'ordre de la Toison d'or tenu Ă  Lille en 1431[Col14 62].

Jean Le Vasseur est également représenté sur les mosaïques murales parmi d'autres personnages illustres, les « cinq principales maisons régnantes » de Flandre (Baudouin V de Flandre, fondateur de Lille, Jeanne et Marguerite de Constantinople, Philippe le Bon, Charles Quint, les archiducs Albert et Isabelle d'Autriche et Louis XIV), trois fondateurs d'hÎpitaux lillois, un clerc (Remy du Laury, prévÎt du chapitre de Saint-Pierre) et un militaire (le maréchal Boufflers)[Col14 62]. Les arcatures, de couleur rouge en rappel du sang versé de Charles le Bon, sont décorées des représentations d'une ville assiégée, d'une treille surmontée d'une étoile et d'une couronne obsidionale en souvenir du siÚge de Lille de 1792, levé le jour d'une neuvaine à Notre-Dame de la Treille[Van 13].

Les vitraux, rĂ©alisĂ©s par Édouard Didron[V02 10], retracent la vie et le martyre de saint Charles le Bon, assassinĂ© par le clan du prĂ©vĂŽt du chapitre Saint-Donatien de Bruges en 1127 (Ă  gauche, sa prospĂ©ritĂ©, au centre son martyre Ă  Bruges, Ă  droite, la conspiration). Les blasons qui relient entre eux les mĂ©daillons historiĂ©s sont ceux de la noblesse de Lille[Van 13].

La mosaïque du pavé porte les 128 blasons des paroisses de l'ancienne chùtellenie de Lille, selon un armorial établi spécialement par le chanoine Théodore Leuridan, archiviste du diocÚse de Cambrai[54]. Ils sont répartis en cinq groupes selon la position topographique des quartiers de la chùtellenie : le Mélantois, le Ferrain, la PévÚle, les Weppes et le Carembault[Van 13].

Chapelle du SacrĂ©-CƓur de JĂ©sus
Photographie en couleurs de la mosaĂŻque murale vue de face.
La mosaĂŻque murale de la chapelle du SacrĂ©-CƓur de JĂ©sus.

AchevĂ©e en 1908, la chapelle du SacrĂ©-CƓur de JĂ©sus est dĂ©diĂ©e, comme la chapelle Saint-Joseph, Ă  l'Église universelle qui rĂšgne ici sur le monde[Col14 62]. Sa dĂ©coration a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e grĂące Ă  une souscription qui a rassemblĂ© prĂšs de 11 500 donateurs[Col14 71]. C'est elle qui contient le baptistĂšre.

La mosaĂŻque murale, montĂ©e dans un cadre en bois, figure toutes les races et tous les Ăąges de la vie adorant le Christ. La partie haute du panneau porte une statue du Christ roi, rĂ©alisĂ©e par Édouard Buisine, entourĂ©e Ă  droite de deux prophĂštes, David et IsaĂŻe, et Ă  gauche de deux apĂŽtres, saint Jean et saint Paul, qui ont Ă©crit sur la royautĂ© du Christ. La frise infĂ©rieure, conçue dans une optique indiscutablement coloniale[V02 14], reprĂ©sente les « quatre grandes races humaines », de gauche Ă  droite la race noire, la race blanche, la race rouge et la race jaune, chacune aux quatre Ăąges de la vie (enfance, adolescence, maturitĂ©, vieillesse). Elles sont entourĂ©es de la vĂ©gĂ©tation Ă  laquelle chacune est associĂ©e (palmier, olivier, fougĂšre et canne Ă  sucre)[Col14 62].

En marbre griotte des PyrĂ©nĂ©es, l'autel, composĂ© de cinq arcatures ornĂ©es de bronze dorĂ©, est dĂ» Ă  la Maison DesclĂ©e Ă  Tournai/Roubaix[V02 8]. Le tombeau de l'autel est dĂ©corĂ© de cinq Ă©maux cloisonnĂ©s reprĂ©sentant le blason de l'apostolat de la priĂšre encadrĂ© des quatre Ă©vangĂ©listes[Van 14]. Le retable porte deux petits mĂ©daillons, l'un qui reprĂ©sente LĂ©on XIII consacrant l'Église au SacrĂ©-CƓur devant la basilique Saint-Pierre de Rome en 1899 et l'autre qui reprĂ©sente le Cardinal Richard accompagnĂ© du gĂ©nĂ©ral Athanase de Charette de La Contrie[V02 14] consacrant la France au SacrĂ©-CƓur devant la basilique de Montmartre, Ă©levĂ©e en expiation des pĂ©chĂ©s de la Commune de Paris[Cat 8].

Chacun est encadré de deux gravures en taille profonde évoquant la vie du Christ, l'étable de Bethléem et la grotte de l'Agonie à gauche, la Résurrection et l'Ascension à droite. Le tabernacle, surmonté d'une coupole garnie d'émaux, est entouré de quatre anges qui représentent les quatre fins de la messe (l'adoration, l'action de grùces, l'obtention du pardon et l'obtention des grùces)[Col14 71].

Les trois premiĂšres verriĂšres ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par Jean-Baptiste Anglade[Col14 64]. La premiĂšre contient dix mĂ©daillons, deux figures bibliques (MoĂŻse frappant le rocher d'Horeb et le sacrifice de l'agneau), deux scĂšnes Ă©vangĂ©liques (saint Jean reposant sur le cƓur du Christ et l'incrĂ©dulitĂ© de saint Thomas), deux apparitions Ă  Marguerite-Marie Alacoque et quatre faits mĂ©morables empruntĂ©s Ă  l'histoire du culte du SacrĂ©-CƓur (Mgr de Belsunce et la peste de Marseille, le vƓu de Louis XVI dans la prison du Temple, les VendĂ©ens et les zouaves pontificaux Ă  Patay et Loigny)[Col14 64]. La rosace figure l'Ă©pisode du centurion, saint Longin, qui a transpercĂ© le cƓur de JĂ©sus de sa lance[Van 15].

Les deux suivantes illustrent les histoires d'Esther et de Daniel avec, dans l'oculus, le creusement de la piscine probatique, et celles de Jonas et des MaccabĂ©es avec, dans l'oculus, la guĂ©rison des malades dans la piscine probatique[Col14 65]. Cette sĂ©rie est complĂ©tĂ©e par une verriĂšre rĂ©alisĂ©e par Camille Wybo en 1934 reprĂ©sentant les histoires de Tobie et de Judith surmontĂ©es d'une scĂšne de l'histoire de la Croix, oĂč les ouvriers jettent l'Arbre de vie dans un marĂ©cage[Col14 72].

Le pavement est décoré d'un semis de roses rouges encadré d'une bordure sur laquelle se détachent des branches de noisetier et des marguerites entrelacées qui évoquent les apparitions à Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial[Col14 68] et, aux quatre angles, l'arche de Noé avec la porte rouge ouverte sur son flanc droit[Van 15].

Le transept

Photographie en couleurs du pavement et de l'autel de la chapelle vu de face.
La chapelle de saint Pierre.

Dans le bras nord, le transept accueille une chapelle, la chapelle de saint Pierre, qui devait avoir pour pendant une chapelle de saint Eubert dans le bras sud qui n'a jamais Ă©tĂ© installĂ©e. AchevĂ©e en 1936, elle retrace la vie de saint Pierre. L'autel, rĂ©alisĂ© par la Maison DesclĂ©e Ă  Tournai/Roubaix, porte trois scĂšnes en lave Ă©maillĂ©e dessinĂ©es par Camille Wybo. Elles illustrent, de part et d’autre du tabernacle, les reniements successifs de Pierre et, sur le tombeau, le pape pilotant la barque de l'Église. Sur le tabernacle, le Christ ressuscitĂ© pardonne Ă  Pierre sa faiblesse[V02 9]. Le sol porte les insignes pontificaux, la tiare et les clefs en sautoir, rappelant que cette Ă©glise, honorĂ©e du titre de basilique mineure, a le privilĂšge de faire figurer les armoiries du Vatican.

Dans le bras sud du transept, un grand retable de plus de trois mÚtres de haut est placé contre le mur est, derriÚre l'escalier donnant accÚs à la crypte. Acquis en 1922, il provient de la collection du comte Van der Cruisse de Waziers conservée au chùteau du Sart. Il réunit des tableaux espagnols d'origines et de périodes diverses, probablement assemblés par un antiquaire au XIXe siÚcle. La partie centrale, représentant une Vierge à l'enfant, est contemporaine de l'assemblage.

Les huit petits panneaux qui l'entourent représentant des saints en pied datent vraisemblablement du XVe siÚcle quand la série de onze panneaux représentant des scÚnes de la vie du Christ et de la Vierge, de la Nativité au Couronnement de Marie, sont de la seconde moitié du XVIe siÚcle. Tout en bas, la représentation du calvaire est datée des années 1500[Col14 73].

La verriÚre de la travée intérieure du bras nord, réalisée par Camille Wybo, figure des épisodes de la vie de saint Pierre. Elle a pour pendant, dans le bras sud, une représentation d'épisodes de la vie de saint Eubert, également par Wybo[V02 9]. Les verriÚres à droite et à gauche du portail nord sont les plus anciennes de la cathédrale. Réalisées par Antoine Lusson à partir de 1855, elles proviennent du chevet de la chapelle du petit collÚge des Jésuites, aujourd'hui disparue[Col14 60]. Celles du portail sud, réalisées par Pierre Turpin en 1946 et 1949, célÚbrent la Passion du Christ[V02 15].

En 1963, Max Ingrand est retenu pour réaliser les vitraux du collatéral ouest du transept. Le premier est inauguré en par le cardinal Liénart. Situé tout au bout du collatéral ouest du bras sud, il illustre des paraboles. Dans la lancette gauche, sont représentés le bon grain et l'ivraie, le grain de sénevé, le levain, le trésor caché et le filet et, dans la lancette droite, différents épisodes de la parabole du fils prodigue[Col14 74]. La baie voisine, à droite, est le produit du regroupement des verriÚres de trois des six lancettes d'une claire-voie du bras nord effectué en 1999, lors du réaménagement de la cathédrale.

Elle reprĂ©sente Adam chassĂ© du paradis, Abraham s'apprĂȘtant Ă  sacrifier Isaac et NoĂ© portant l'effigie de son arche. Trois autres maquettes de verriĂšres destinĂ©es Ă  la cathĂ©drale sont conservĂ©es dans les archives de Max Ingrand mais n'ont jamais Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es faute de donateurs pour les financer[Col14 75]. C'est pourquoi les verriĂšres du mur ouest du bras nord sont trĂšs diffĂ©rentes. De facture contemporaine, elles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es en 1999 par Philippe Loup[V02 16].

La salle du chapitre

InaugurĂ©e en , la salle du chapitre actuelle a Ă©tĂ© conçue pour ĂȘtre la sacristie de la salle capitulaire qui n'a finalement pas Ă©tĂ© construite. On y accĂšde par la seule aile de cloĂźtre qui ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e, situĂ©e au niveau de la quatriĂšme travĂ©e droite du chƓur, Ă  hauteur de la chapelle de saint Joseph. De plan rectangulaire, elle comprend quatre travĂ©es voĂ»tĂ©es d'ogive de 11 mĂštres de haut, soutenues par des colonnes courtes reposant Ă  mi-hauteur sur des culots[Col14 50]. Uniquement Ă©clairĂ©e Ă  l'est et au sud, ses ouvertures en arc brisĂ© sont habillĂ©es de vitraux traitĂ©s en grisaille rĂ©alisĂ©s par Jean-Baptiste Anglade[Col14 65]. Les trois verriĂšres du chevet reprĂ©sentent la Crucifixion, la mort d'Abel et le sacrifice d'Isaac[V02 8]. La salle est meublĂ©e de quatre sĂ©ries de stalles autrefois placĂ©es dans le chƓur et d'un autel qui comprend deux bas-reliefs provenant de l'Ă©glise Notre-Dame-de-Lourdes de Tourcoing, aujourd'hui disparue[V02 6].

Cryptes

Photographie en couleurs de la salle principale vue d'un angle, des piliers de bĂ©ton qui la parcourent et de quelques Ɠuvres.
Le Centre d'art sacré de Lille.

VĂ©ritable cathĂ©drale souterraine, la crypte de 2 500 m2 qui sert d'assise Ă  l'ensemble de l'Ă©difice est l'une des plus vastes d'Europe[Cat 2]. Sa partie la plus ancienne, sous le transept, le chƓur et ses chapelles rayonnantes, est construite en brique et en pierre blanche. Semi-enterrĂ©e, elle est Ă©clairĂ©e par des petites fenĂȘtres en arc brisĂ©. D'une hauteur sous voĂ»te de 5,2 mĂštres sous le chƓur et la chapelle absidiale et de 4,5 mĂštres sous le transept[Van 16], la « crypte nĂ©ogothique » reproduit la configuration de la cathĂ©drale, avec une partie centrale soutenue par d'Ă©paisses colonnes Ă  chapiteaux et des arcades brisĂ©es nervurĂ©es de pierre qui sĂ©parent les travĂ©es du chƓur, ses collatĂ©raux, son dĂ©ambulatoire et l'entrĂ©e des chapelles[Col14 76].

Cette partie abrite la tombe de Mgr Vandame dans la chapelle absidiale et les tombeaux de trois Ă©vĂȘques de Lille (Mgr HĂ©ctor RaphaĂ«l Quilliet, le cardinal Achille LiĂ©nart, et Mgr Adrien Gand) ainsi que ceux de Philibert Vrau et de son beau-frĂšre, Camille FĂ©ron-Vrau, dans les chapelles rayonnantes[Col14 76]. Au chevet de l’abside se trouve la pierre tombale sans corps de Jean Le Vasseur[55], mayeur de Lille qui dĂ©die la ville Ă  la Vierge de la Treille en 1634[Cat 2], dont la dĂ©pouille a Ă©tĂ© exhumĂ©e puis cachĂ©e par les autoritĂ©s rĂ©volutionnaires en 1793[56]. La partie ancienne de la crypte contient aussi prĂšs de 150 « pierres commĂ©moratives », de grande dimension (m x m), de pierre noire avec inscriptions blanches ou de pierre blanche avec inscriptions rouges, pour la plupart historiĂ©es, ou plus petites (1,2 m x 0,6 m), non historiĂ©es, de pierre blanche. Elles Ă©voquent des familles qui ont pour la plupart marquĂ© l'histoire de la ville ou de la rĂ©gion dans les domaines de l'industrie, du commerce, de la politique ou de la culture[57].

La thématique générale de l'iconographie des pierres historiées est « la glorification du martyre », dont les tableaux sont puisés dans les Actes des Martyrs, au choix des familles[Van 17]. On y trouve également quelques bustes, en pierre ou en bronze, dont ceux d'Henri Bernard, de Charles Bernard, du Comte de Caulaincourt, de Charles Kolb-Bernard, de Philibert Vrau et de Camille Féron-Vrau[58]. Sous le transept, la crypte est occupée par le musée diocésain et un magasin d'artisanat monastique[Col14 76]. Le musée diocésain, qui compte une cinquantaine de piÚces classées[59], n'est pas ouvert au public.

En 2015, une idĂ©e prend corps : rouvrir la « crypte nĂ©ogothique » au public. Le chanoine Arnauld Chillon, alors recteur, et Thomas Sanchez, responsable culture et communication de la cathĂ©drale, se lancent dans ce projet ambitieux avec le soutien de Mgr Laurent Ulrich, archevĂȘque de Lille, de François-Joseph Furry, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la fondation Treille-EspĂ©rance, et de l’association des « Amis de la CathĂ©drale ».

AprÚs plus de 25 ans de fermeture, la « crypte néogothique » rouvre ses portes au public le 28 avril 2022 dans le cadre d'une trÚs belle soirée d'inauguration. Nettoyé et assaini, réhabilité et valorisé par une scénographie lumineuse, ce joyau architectural accueillera dans un futur proche le « Trésor cathédral ».

La partie la plus rĂ©cente de la crypte, sous la nef, est en bĂ©ton brut, couverte d'un simple plafond plat. Elle date de 1936 et accueille le Centre d'Art SacrĂ© de Lille qui prĂ©sente des Ɠuvres de la collection « La Passion de Dunkerque - Collection Delaine » sur le thĂšme de la Passion. DonnĂ©e par Gilbert Delaine au diocĂšse de Lille en 1996, elle comprend notamment des Ɠuvres d'Andy Warhol, Georg Baselitz, Robert Combas, Mimmo Paladino, Vladimir Veličković ou Ladislas Kijno[Cat 9]. Le Centre d'Art SacrĂ© de Lille, dont l'entrĂ©e est gratuite, est ouvert au public les samedis et dimanches aprĂšs-midi[60].

Orgues

L'orgue de chƓur

Photographie en couleurs du petit orgue dans le bras nord du transept
Le petit orgue de seize jeux monté sur estrade.

En vue de l'inauguration du chƓur, Henri Bernard prend contact avec Aristide CavaillĂ©-Coll en pour commander un orgue de chƓur[Col14 77]. Sa fabrication ayant pris du retard, un orgue provisoire est livrĂ© pour l'inauguration, en , avant d'ĂȘtre remplacĂ© quelques mois plus tard par l'orgue qui a Ă©tĂ© commandĂ©. Il s'agit d'un orgue de seize jeux, d'excellente facture bien que parmi les modĂšles les plus ordinaires proposĂ©s par CavaillĂ©-Coll, qui est inaugurĂ© en . Initialement situĂ© dans le second collatĂ©ral sud du chƓur, il est dĂ©placĂ© dans le bras sud du transept en 1961 et est relevĂ© Ă  cette occasion[Col14 78].

Il est de nouveau dĂ©placĂ© en 2007 lors de l'installation du grand orgue pour ĂȘtre placĂ© sur une estrade, dans le bras nord du transept.

Composition[61]

I. Grand-Orgue expressifII. RĂ©cit expressifPĂ©dale
Bourdon 16'Cor de nuit 8'Soubasse 16' (emprunt GO)
Principal 8'Viole de gambe 8'Flûte 8' (emprunt GO)
Flûte harmonique 8'Voix céleste 8'Basson 16' (emprunt REC)
Bourdon 8'Flûte harmonique 8'00000Trompette 8' (emprunt REC)
Prestant 4'Flûte octaviante 4'
Plein-Jeu VrgsBasson 8'
Basson 16'
Trompette 8'
Basson-Hautbois 8'
Tremolo

L'orgue se compose de quinze jeux réels (quatre emprunts au pédalier) répartis sur deux claviers de 56 notes et avec les emprunts sur le pédalier de trente notes. Traction mécanique des claviers et des jeux. Accouplements : Réc/GO. Tirasse : GO/Ped, Réc/Ped.

L'orgue de tribune

Photographie en couleurs des trois niveaux de tuyaux suspendus dans le transept, vus de biais.
Le grand orgue.

Au début des années 2000, la cathédrale n'est pas encore dotée d'un grand orgue à la mesure de sa dimension. La question, soulevée dÚs le milieu des années 1990, n'a toujours pas trouvé de réponse lorsque, en 2006, l'opportunité d'acheter le Grand Orgue du studio 104 de la maison de la Radio à Paris se présente, à l'occasion des travaux de réhabilitation de l'immeuble de Radio France[Col14 78]. En , l'association diocésaine de Lille propose de l'acquérir et, en 2007, il est vendu pour un euro symbolique à l'association « Un grand orgue pour Notre-Dame-de-la-Treille », créée pour la circonstance par André Dubois, organiste titulaire de la cathédrale[62].

Sa rĂ©installation Ă  Notre-Dame-de-la-Treille est confiĂ©e Ă  la manufacture d'orgues Johannes Klais de Bonn, en Allemagne, qui le suspend dans le bras sud du transept au moyen d'une charpente mĂ©tallique[Col14 79]. Le coĂ»t de l'opĂ©ration, d'un montant total de 1,5 million d'euros, est financĂ© pour un tiers par la rĂ©gion Nord-Pas-de-Calais[63]. L'orgue est inaugurĂ© en mais, quelques mois plus tard, la commission de sĂ©curitĂ© du Nord constate des faiblesses dans le systĂšme de soutĂšnement et ordonne des travaux de renforcement[64]. S'y ajoutent des problĂšmes de mise aux normes en vue d'obtenir l'autorisation d'organiser des grands concerts qui ne sont rĂ©solus que fin 2011[65].

L'orgue nĂ©oclassique, pesant 41 tonnes, a Ă©tĂ© construit de 1957 Ă  1966 par le facteur d'orgues Danion–Gonzalez, puis relevĂ© par Bernard Dargassies de 1987 Ă  1989. Il est dotĂ© d'une console mobile de 101 jeux, rĂ©partis sur quatre claviers de 61 notes et un pĂ©dalier de 32 notes[66], et compte environ 7 000 tuyaux ce qui en fait le quatriĂšme plus grand de France aprĂšs les trois grandes orgues parisiennes, dans l'ordre suivant, de Saint EustacheNotre Dame et Saint Sulpice. Les titulaires actuels sont Ghislain Leroy et Karol Mossakowski.

Composition[67]

I. Grand-orgueII. PositifIII. RĂ©cit expressifIV. SoloPĂ©dale
Montre 16'Montre 8'Quintaton 16'Bourdon 16'Vox Balenae 64'
Bourdon 16'Flûte creuse 8'Flûte TraversiÚre 8'Flûte harmonique 8'Principal 32'
Montre 8'Bourdon 8'Flûte céleste 8'Principal 8'Soubasse 32'
Flûte 8'Salicional 8'Principal 8'Flûte à cheminée 8'Flûte 16'
Bourdon 8'Prestant 4'Gemshorn 8'Quintaton 8'Contrebasse 16'
Gros Nazard 5' 1/3Flûte 4'Viole de Gambe 8'Flûte harmonique 4'Soubasse 16'
Prestant 4'Nazard 2' 2/3Voix céleste 8'Octave 4'Grande quinte 10' 2/3
Flûte à cheminée 4'Doublette 2'Cor de nuit 8'Quinte 2' 2/3Flûte 8'
Quinte 2' 2/3Larigot 1' 1/3Flûte octaviante 4'Flageolet 2'Principal 8'
Grande tierce 3' 1/5Tierce 1' 3/5Principal 4'Super Octave 2'Bourdon 8'
Doublette 2'SeptiĂšme 1' 1/7Cor de chamois 4'Tierce 1' 3/5Grande tierce 6' 2/5
Tierce 1' 3/5Piccolo 1'Nazard harmonique 2' 2/3Fourniture IVrgsQuinte 5' 1/3
Fournitures VrgsPlein Jeu IVrgsOctavin 2'Plein Jeu IIrgsFlûte 4'
Cymbales IVrgsCymbale Tierce IIIrgsPrincipal 2'Ranquette 16'Octave 4'
Grand Cornet VrgsTrompette 8'Tierce harmonique 1' 3/5RĂ©gale 8'Principal 2'
Basson 16'Cromorne 8'Piccolo harmonique 1'Clarinette 8'Flûte 2'
Trompette 8'Clairon 4'Plein-jeu IV – VrgsChalumeau 8'Mixture Vrgs
Trompette en chamade 8' TremoloBombarde 16' TremoloContre Bombarde 32'
Clairon 4' Trompette 8'Bombarde 16'
Clairon en chamade 4'Basson-Hautbois 8'Basson 16'
  Voix humaine 8' Trompette 8'
  Clairon 4' Basson 8'
 TrĂ©moloClairon 4'
  Trompette en chamade 8'Basson 4'
Clairon en chamade 4'Clairon 2'
Chamade 8'
Chamade 4'

Traction électro-mécanique des claviers et des jeux. Accouplements : Pos/GO, Réc/GO, Solo/GO, Réc/Pos, Solo/Pos, Solo/Réc, Réc 16,4. Tirasses : GO/Ped, Pos/Ped, Réc/Ped, Solo/Ped 8,4. Appel chamade G.O/Réc/Ped. Combinaisons ajustables et Tutti général.

Voir aussi

Bibliographie

Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article : document utilisĂ© comme source pour la rĂ©daction de cet article. Les ouvrages sont classĂ©s par ordre chronologique de date de publication.

  • Charles-Joseph Bernard, Histoire de Notre-Dame de la Treille, Lille, Lefort, , 184 p. (lire en ligne) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Louis-François Capelle, Histoire complĂšte des fĂȘtes cĂ©lĂ©brĂ©es Ă  Lille, en 1854, Ă  l‛occasion du jubilĂ© sĂ©culaire de Notre-Dame de la Treille, patronne de cette ville, , 220 p. (lire en ligne) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Henri Delassus, Histoire de Notre-Dame de la Treille patronne de Lille, Lille, SociĂ©tĂ© Saint-Augustin, DesclĂ©e, De Brouwer et Cie, , 264 p. (lire en ligne)
  • Édouard HautcƓur, Histoire de Notre-Dame de la Treille, patronne de Lille, Lille, Imprimerie Lefebvre-Ducrocq, , 356 p. (lire en ligne) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Édouard HautcƓur, Histoire de Notre-Dame de la Treille dans l'ancienne collĂ©giale de Saint-Pierre et dans la nouvelle basilique Ă©rigĂ©e en cathĂ©drale par Sa SaintetĂ© Pie X le , Lille, SociĂ©tĂ© Saint-Augustin, DesclĂ©e, De Brouwer & Cie, , 488 p. (lire en ligne)
  • Lucien Detrez, Notre-Dame de la Treille, patronne de la ville et du diocĂšse de Lille, Paris, Letouzey et AnĂ©, , 156 p. (lire en ligne) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Henri Vandame, Basilique-cathĂ©drale de Notre-Dame de la Treille, patronne du diocĂšse de Lille, Lille, DesclĂ©e de Brouwer et cie, , 150 p.
  • Henri Vandame, Iconographie gĂ©nĂ©rale (intĂ©rieur et extĂ©rieur) de la basilique-cathĂ©drale Notre-Dame-de-la-Treille. 1634 - 28 octobre - 1934., Lille, S.I.L.I.C., , 334 p. (lire en ligne) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Henri Vandame, Lille, basilique-cathĂ©drale de Notre-Dame-de-la-Treille : le sacrifice dans l'histoire et dans le dogme, Lille, S.I.L.I.C., , 24 p.
  • FrĂ©dĂ©ric Vienne, Notre-Dame-de-la-Treille : du rĂȘve Ă  la rĂ©alitĂ©, Yris, , 312 p. (ISBN 978-2-912215-08-6) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Yohann Travet, Notre-Dame-de-la-Treille. Traditions et nouvelle contemporanĂ©itĂ©, Bayard, , 56 p. (ISBN 978-2-915216-22-6)
  • FrĂ©dĂ©ric Vienne, Histoire du diocĂšse de Lille et de son territoire du Moyen Âge Ă  nos jours, Strasbourg, Éditions du Signe, , 432 p. (ISBN 978-2-7468-2919-0)
  • GĂ©rard Janssen, « CathĂ©drale Notre-Dame-de-la-Treille : hĂ©raldique et Ă©pigraphie », Lille simplement, no 4,‎ , p. 53-68 (ISSN 2258-1413) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Xavier Boniface (dir.), Olivier Liardet (dir.) et FrĂ©dĂ©ric Vienne (dir.), Lille, la grĂące d'une cathĂ©drale : La treille, lumiĂšre du Nord, Strasbourg, La NuĂ©e bleue, , 404 p. (ISBN 978-2-8099-1249-4) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

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  2. « La crypte » (consulté le ).
  3. « La rosace » (consulté le ).
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  • Xavier Boniface (dir.), Olivier Liardet (dir.), FrĂ©dĂ©ric Vienne (dir.), Lille, la grĂące d'une cathĂ©drale : La treille, lumiĂšre du Nord, La NuĂ©e bleue, 2014.
  • Henri Vandame, Iconographie gĂ©nĂ©rale (intĂ©rieur et extĂ©rieur) de la basilique-cathĂ©drale Notre-Dame-de-la-Treille. 1634 - - 1934, S.I.L.I.C., 1934.
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  • Autres sources.
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  66. Serge MĂ©dot, secrĂ©taire de l’association “un Grand-Orgue pour Notre-Dame-de-la-Treille”, « Le Grand-Orgue de Notre-Dame-de-la-Treille », sur sergemedot.over-blog.org (blog de l'auteur) (consultĂ© le ).
  67. « Lille/F, Cathédrale Notre-Dame de la Treille », sur klais.de (consulté le ).
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