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Alpes scandinaves

Les Alpes scandinaves ou Scandes sont une cha√ģne de montagnes s'√©tendant tout le long de la c√īte ouest de la p√©ninsule Scandinave. Elles couvrent l'essentiel de la Norv√®ge, le Nord-Ouest et l'Ouest de la Su√®de ainsi qu'une toute petite partie de l'Extr√™me-Nord de la Finlande. Il s'agit d'une des plus importantes cha√ģnes de montagnes d'Europe, s'√©tirant du sud-ouest au nord-est sur 1 700 km, avec une largeur maximale de 300 km. La cha√ģne poss√®de deux zones de haute altitude, une dans le Sud de la Norv√®ge, autour du Jotunheimen o√Ļ se trouve le Galdh√łpiggen (2 469 m), point culminant de la cha√ģne et du pays concern√©, et une autre dans le Nord de la Su√®de, avec le Kebnekaise (2 102 m), point culminant du pays ‚ÄĒ le point culminant de Finlande se trouve aussi dans la cha√ģne : il s'agit du Halti (1 328 m).

Alpes scandinaves
Carte des Alpes scandinaves.
Carte des Alpes scandinaves.
Géographie
Altitude 2 469 m, Galdh√łpiggen[F 1]
Longueur 1 700 km
Administration
Pays Drapeau de la Norvège Norvège
Drapeau de la Suède Suède
Drapeau de la Finlande Finlande
Géologie
√āge Pal√©og√®ne-N√©og√®ne
Roches Roches magmatiques, métamorphiques, sédimentaires et ophiolites

Les Alpes scandinaves se situent au niveau de l'ancienne cha√ģne cal√©donienne, qui s'est form√©e il y a 400 millions d'ann√©es (Ma) lors de la collision entre les pal√©ocontinents Laurentia (actuelle Am√©rique du Nord) et Baltica (actuelle Scandinavie). Cette cha√ģne avait une ampleur probablement comparable √† l'actuelle Himalaya, mais fut presque enti√®rement aplanie par l'√©rosion dans les millions d'ann√©es qui suivirent sa formation. Le relief actuel est beaucoup plus r√©cent, li√© √† un soul√®vement tectonique de toutes les marges continentales du Nord de l'oc√©an Atlantique au Pal√©og√®ne et N√©og√®ne (c'est-√†-dire √† partir de 60 Ma). Cette p√©n√©plaine rehauss√©e fut ensuite √©rod√©e par les glaciers de l'√®re quaternaire, sculptant le relief actuel. Cette √©rosion fut particuli√®rement importante sur le versant occidental de la cha√ģne, formant de profondes vall√©es glaciaires dont beaucoup descendent sous le niveau actuel de la mer, constituant les c√©l√®bres fjords norv√©giens.

Le climat de la cha√ģne est tr√®s asym√©trique. Sur le versant ouest, il est tr√®s oc√©anique, avec des temp√©ratures tr√®s douces pour la latitude et d'importantes pr√©cipitations, tandis que l'est est plus continental. Ce climat permet la persistance √† l'ouest d'un grand nombre de glaciers, dont plusieurs sont les plus grands d'Europe continentale, tels que le Jostedalsbreen. Ces diff√©rences de climat affectent aussi fortement la v√©g√©tation, avec de riches for√™ts humides de feuillus et de conif√®res sur les pentes occidentales contrastant avec la ta√Įga plus pauvre du c√īt√© oriental. La toundra alpine est caract√©ris√©e par des for√™ts de bouleaux tortueux √† l'√©tage subalpin. C'est le milieu le mieux pr√©serv√© de la cha√ģne, avec en particulier un grand nombre de parcs nationaux et de r√©serves naturelles.

La cha√ģne a √©t√© peupl√©e par les hommes d√®s le retrait des glaciers, il y a environ dix mille ans. Les premiers habitants vivaient essentiellement de la chasse aux rennes. Au sud, avec l'arriv√©e de la culture indo-europ√©enne, ont commenc√© l'agriculture et l'√©levage, avec un sch√©ma de transhumance. Les peuples de la partie septentrionale de la cha√ģne, les Samis, sont rest√©s quant √† eux tr√®s li√©s aux rennes, bien qu'ayant remplac√© la chasse par l'√©levage, eux aussi selon un sch√©ma de transhumance. Avec la formation des nations scandinaves autour de l'an mille, les voies de communication commencent √† se d√©velopper √† travers les montagnes, bien que celles-ci aient un caract√®re effrayant et dangereux aux yeux des populations. Ce sont les gisements de m√©taux de la cha√ģne qui vont peu √† peu amener les gens vers les zones montagneuses et leur permettre d'y d√©velopper les infrastructures. Il faut cependant attendre les XVIIIe et XIXe si√®cles pour que la cha√ģne soit enti√®rement explor√©e et cartographi√©e, ce qui permet les d√©buts du tourisme. Celui-ci est tout d'abord ax√© sur la randonn√©e dans cette nature encore tr√®s sauvage ; s'y ajoute depuis les ann√©es 1950 un tourisme d'hiver en croissance constante. Le XXe si√®cle marque aussi le d√©but de l'exploitation de l'√©nergie hydro√©lectrique, qui compte pour une part tr√®s significative dans la balance √©nerg√©tique de la Su√®de et surtout de la Norv√®ge.

Toponymie

La limite orientale de la cha√ģne n'est pas nette, avec des sommets isol√©s tr√®s √©loign√©s de la cha√ģne comme ici √† Hykjeberg, dans la commune de Mora.

La cha√ģne de montagnes qui s'√©tend tout le long de la p√©ninsule Scandinave n'est per√ßue comme une seule et m√™me cha√ģne que depuis relativement peu de temps[1]. Ceci est en partie li√© au fait que les Alpes scandinaves s'√©l√®vent progressivement depuis les plaines de l'Est scandinave, ne formant pas un mur visible de loin comme d'autres cha√ģnes telles que les Alpes[1]. Elles n'ont ainsi jamais √©t√© per√ßues comme une entit√© unique et seuls des sous-ensembles de la cha√ģne (Jotunheimen, Dovrefjell) et des montagnes individuelles ont donc √©t√© nomm√©s[1]. Par exemple, la partie septentrionale de la cha√ģne entre la Norv√®ge et la Su√®de fut appel√©e Kj√łlen (norv√©gien) ou K√∂len (su√©dois), signifiant ¬ę la quille ¬Ľ, car le profil des montagnes est semblable √† une quille de bateau renvers√©e[2]. De mani√®re g√©n√©rale, les montagnes √©taient simplement appel√©es fjell ou fj√§ll, signifiant litt√©ralement ¬ę montagne ¬Ľ[F 2]. Dans les ann√©es 1940, le g√©ologue su√©dois Erik Ljungner proposa le nom Skanderna, en fran√ßais ¬ę les Scandes ¬Ľ, afin d'avoir un nom similaire √† celui des Alpes ou des Andes[F 2]. Ce nom est devenu courant en su√©dois, mais aussi en fran√ßais ou en anglais par exemple[3]. Les g√©ologues utilisent parfois aussi le nom de ¬ę Cal√©donides scandinaves ¬Ľ, la cha√ģne actuelle s'√©tendant approximativement au m√™me endroit que l'ancienne cha√ģne cal√©donienne[3]. Pour pallier cette absence de nom, un concours fut lanc√© en 2012 par la soci√©t√© norv√©gienne de g√©ologie afin de trouver le meilleur nom pour la cha√ģne[1] - [4]. Le nom s√©lectionn√© parmi plus de 5 000 suggestions est Nordryggen, rygg pouvant signifier cr√™te ou colonne vert√©brale et nord d√©signant la position ainsi que la direction de la cha√ģne[5]. Il faut maintenant attendre un peu pour que le nom s'impose dans la culture populaire[5].

En fran√ßais, plusieurs noms ont √©t√© utilis√©s pour d√©crire la cha√ģne des Alpes scandinaves. Un de ces noms, plus gu√®re utilis√©, est ¬ę monts dofrines ¬Ľ[6], d√©riv√© de celui du massif de Dovrefjell[7]. Les deux noms les plus utilis√©s sont ¬ę Scandes ¬Ľ et ¬ę Alpes scandinaves ¬Ľ[8].

Géographie

Situation

La cha√ģne poss√®de une longue fronti√®re maritime, comme ici dans les √ģles Lofoten.

Les Alpes scandinaves s'√©tendent, selon un axe majoritairement sud-sud-ouest‚Äďnord-nord-est, le long de la c√īte ouest de la p√©ninsule Scandinave dont elles forment en quelque sorte l'√©pine dorsale. Elles se poursuivent en Laponie norv√©gienne √† travers le comt√© de Troms pour se terminer au Finnmark. Une petite portion septentrionale de la cha√ģne se situe cependant sur le territoire finlandais[F 2]. D'une longueur de 1 700 km[9], il s'agit de la deuxi√®me plus longue cha√ģne de montagnes d'Europe apr√®s l'Oural[10]. La cha√ģne est d√©limit√©e au sud, √† l'ouest et au nord par des √©tendues maritimes : le Skagerrak, la mer du Nord, la mer de Norv√®ge et la mer de Barents. En revanche, sa d√©limitation √† l'est est relativement difficile, le relief y changeant de fa√ßon tr√®s progressive[S 1]. En effet, d'ouest en est, le paysage passe d'un paysage alpin √† un paysage pr√©alpin, avec quelques sommets isol√©s, puis √† un paysage ondulant presque jusqu'√† la mer Baltique[S 1]. Parfois, une limite appel√©e odlingsgr√§ns (litt√©ralement ¬ę fronti√®re des cultures ¬Ľ), repr√©sentant la limite entre les terrains cultivables et ceux non cultivables, est utilis√©e comme fronti√®re de la cha√ģne[S 1]. Probl√®mes de d√©finition mis √† part, la cha√ģne couvre la majeure partie de la surface de la Norv√®ge[N 1], ainsi que le Nord-Ouest de la Su√®de (soit 20 % de la surface du pays)[S 1]. Ainsi, la cha√ģne a servi de fronti√®re naturelle entre la Norv√®ge et la Su√®de, ce qui explique que le trac√© de la section septentrionale de la fronti√®re entre ces deux pays passe par ce massif[9].

Géomorphologie

La vall√©e de Gudvangen. La c√īte norv√©gienne poss√®de un relief local tr√®s prononc√©.

Les Alpes scandinaves sont constitu√©es de deux r√©gions de haute altitude (jusqu'√† plus de 2 000 m), une au sud et une au nord, s√©par√©es par une zone de plus basse altitude (jusqu'√† 1 200 m) √† la hauteur du fjord de Trondheim[F 1]. La partie sud, la plus large (jusqu'√† 300 km[F 2]), a une forme de d√īme[11] centr√©e sur le Jotunheimen, qui comprend la plupart des plus hauts sommets de la cha√ģne dont le point culminant, le Galdh√łpiggen (2 469 m)[F 1]. La zone du Jotunheimen est elle-m√™me entour√©e d'autres hauts massifs, tels que Hurrungane, Breheimen, Reinheimen, Dovrefjell et Rondane[F 3]. Cette zone s'√©tend vers le nord-est jusqu'aux massifs de Sylarna et Helagsfj√§llet √† la fronti√®re su√©doise, et au sud vers le vaste plateau de l'Hardangervidda et progressivement jusqu'√† la mer[F 1]. La partie nord des Alpes scandinaves est plus en longueur et culmine aux massifs de Kebnekaise (2 102 m[note 1] - [12]) et Sarek[F 3].

Entre les pics du massif se d√©veloppe un r√©seau de vall√©es pouvant descendre jusqu'√† 300 m au-dessus du niveau de la mer √† l'est mais parfois bien en dessous du niveau de la mer √† l'ouest[F 2]. C'est ainsi que la c√īte ouest norv√©gienne est profond√©ment diss√©qu√©e par un grand nombre de fjords : des vall√©es glaciaires envahies par la mer[F 4]. Le plus grand de ces fjords, le Sognefjord, entre sur pr√®s de 200 km dans les terres[F 4]. Ces fjords et les nombreuses √ģles font que la longueur totale de la c√īte[note 2] est de 83 281 km, soit deux fois le p√©rim√®tre √©quatorial de la Terre[F 4].

Une grande partie de la cha√ģne est constitu√©e de paysages doux et de montagnes arrondies, telles qu'ici dans le parc national de Stora Sj√∂fallet.

La topographie de la cha√ģne est souvent divis√©e en plusieurs cat√©gories de relief bas√©es essentiellement sur le relief local, c'est-√†-dire la diff√©rence d'altitude maximale au sein d'une petite zone. Les zones o√Ļ le relief local est le plus prononc√© (diff√©rences d'altitudes de plus de 700 m) sont qualifi√©es d'alpines : il s'agit en particulier des zones les plus hautes (Jotunheimen, Sarek-Kebnekaise) et de la zone c√īti√®re profond√©ment entaill√©e par les vall√©es et les fjords[F 5]. Le relief local y exc√®de parfois 1 500 m et m√™me bien plus si l'on consid√®re la partie sous-marine des fjords, pouvant alors atteindre 2 800 m dans le Sognefjord[F 5]. Les zones de relief local mod√©r√© (entre 400 et 700 m) forment le type de relief majoritaire en dehors de la zone c√īti√®re[F 5]. Ce paysage est principalement constitu√© de sommets arrondis et de larges vall√©es[F 5]. Enfin, la cha√ģne comprend un certain nombre de plateaux, t√©moins de l'ancienne p√©n√©plaine qu'√©tait la r√©gion avant son soul√®vement tectonique[F 5]. Le plus grand de ces plateaux, le Hardangervidda, est le plus vaste plateau de montagne d'Europe[13]. Dans les zones les plus p√©riph√©riques de la cha√ģne, le paysage se fait ondulant, de type plaine mais avec quelques sommets isol√©s (Monadnock)[F 5].

Subdivisions

Carte des subdivisions des Alpes scandinaves.
Les Alpes de Lyngen.
Innerdalstårnet dans le Trollheimen.

Dans le livre Scandinavian Mountains, Peter Lennon propose de diviser la cha√ģne en six zones subdivis√©es chacune en plusieurs domaines[14]. Ces subdivisions ne couvrent cependant pas l'int√©gralit√© de la cha√ģne, n√©gligeant en particulier sa partie sud-est.

Zone Domaine Point culminant Altitude Légende
Su√®de arctique Kebnekaise Kebnekaise nordtopp 2 097 m [A1]
Parcs nationaux de Padjelanta et Stora Sj√∂fallet Akka Stortoppen 2 011 m [A2]
Parc national de Sarek Sarektj√•kk√• Stortoppen 2 089 m [A3]
Norv√®ge arctique Extr√™me Nord √Ādjit 1 408 m [B1]
Troms et Lyngen Jiehkkev√°rri 1 834 m [B2]
Lofoten et Vester√•len M√łysalen 1 262 m [B3]
Sulitjelma - Bl√•mannsisen - Tysfjord - Narvik Suliskongen 1 908 m [B4]
Svartisen - Saltfjellet - Okstindan - Beiarn Oksskolten 1 916 m [B5]
Hautes terres du Centre B√łrgefjell et montagnes du J√§mtland et V√§sterbotten Norra Sytertoppen 1 768 m [C1]
Groupe de Sylarna Helagsfj√§llet 1 797 m [C2]
Cha√ģne des fjords Trollheimen Store Trolla 1 842 m [D1]
Romsdal Store Venjetinden 1 852 m [D2]
Sunnm√łre et Reinheimen Gr√•h√ł i Lesja 2 014 m [D3]
Jostedal - Breheimen - √Ölfot Hestbrepiggan 2 172 m [D4]
St√łlsheimen et Voss/Mj√łlfjell Stiganosi 1 761 m [D5]
Montagnes centrales Rondane et Dovrefjell Sn√łhetta 2 286 m [E1]
Jotunheimen Galdh√łpiggen 2 469 m [E2]
Hallingskarvet et Filefjell Folarskardnuten 1 933 m [E3]
Hautes terres du Sud Hardangervidda Hardangerj√łkulen 1 861 m [F1]
Rogaland/Setesdal Kistenuten 1 648 m [F2]

Principaux sommets

Les plus hauts sommets des Alpes scandinaves sont énumérés ci-dessous pour chaque pays[15] - [16] - [17].

Le massif de Jotunheimen, point culminant des Alpes scandinaves et de la Norvège.
Norvège
Le massif de Kebnekaise, point culminant de la Suède.
Suède
Vue de la cha√ģne en Finlande avec les principaux sommets du pays.
Finlande
  • 1 324 m : Halti (extr√™me nord)
  • 1 317 m : Ridnitsohkka (extr√™me nord)
  • 1 285 m : Kiedditsohkka (extr√™me nord)
  • 1 242 m : Kovddoskaisi (extr√™me nord)
  • 1 190 m : Loassonibba (extr√™me nord)

Il existe en outre six sommets ultra-pro√©minents dans la cha√ģne, dont certains sont pr√©sents dans une des listes ci-dessus[18] :

Climat

Carte isotherme de la Laponie montrant un fort contraste maritime/continental d'ouest en est. Un isotherme moyenne annuel de +2 ¬įC (r√©duit √† l'altitude de la mer) correspond √† un isotherme de ‚ąí4 ¬įC √† 1 200 m, une r√©gion o√Ļ le perg√©lisol peut √™tre attendu dans les sites expos√©s au vent. Dans les zones au-dessus de 1 600 m√®tres, un perg√©lisol continu est attendu.

Le climat de la cha√ģne pr√©sente d'importants contrastes dus aux effets conjugu√©s de la latitude, de l'altitude et de l'exposition aux influences oc√©aniques. Le climat y est globalement froid, ce qui s'explique par le fait que la cha√ģne est enti√®rement au-dessus du 58e parall√®le nord. Ce ph√©nom√®ne est en partie compens√© en √©t√© par la longueur du jour : en incluant le cr√©puscule, les journ√©es durent vingt-deux heures lors du solstice d'√©t√© √† la latitude d'Oslo, et au nord du cercle arctique, c'est jusqu'√† deux mois de jour continu qui vont r√©chauffer le court √©t√©[F 6]. De plus, certaines sections de la cha√ģne, en particulier le long de la c√īte atlantique, jouissent d'une douceur remarquable en d√©pit de leur latitude, temp√©r√©es par le courant oc√©anique du Gulf Stream[F 6]. L'influence de l'oc√©an sur les temp√©ratures moyennes annuelles est estim√©e √† un apport positif de 12 ¬įC[F 6]. Cet effet est principalement important lors des mois hivernaux : un des exemples les plus flagrants est l'extr√©mit√© sud des √ģles Lofoten, qui est l'endroit le plus septentrional au monde o√Ļ la temp√©rature moyenne est positive toute l'ann√©e[19]. En revanche, la partie orientale de la cha√ģne pr√©sente des √©carts de temp√©rature nettement plus marqu√©s, bien que le climat n'y soit pas encore compl√®tement continental[F 6]. Ainsi, si la temp√©rature moyenne est de 10 √† 12 ¬įC en √©t√©, elle chute en hiver √† ‚ąí16 ¬įC en moyenne, avec un record de ‚ąí52,6 ¬įC enregistr√© √† Vuoggatj√•lme, en Laponie su√©doise[F 7]. La temp√©rature annuelle moyenne attendue aux sommets les plus √©lev√©s est de l'ordre de ‚ąí7 ¬įC, une valeur caract√©ristique des zones √† perg√©lisol continu et d'une √©paisseur consid√©rable[20].

La c√īte ouest norv√©gienne re√ßoit de grandes quantit√©s de pr√©cipitations, ici pr√®s du glacier Bondhusbreen.

La topographie affecte √©galement fortement la temp√©rature avec un effet de foehn assez prononc√© r√©chauffant sensiblement le versant oriental de la cha√ģne[F 6]. Les vents dominants d'ouest apportent de la douceur √† la c√īte norv√©gienne, mais aussi des pr√©cipitations importantes[F 8]. Celles-ci peuvent d√©passer les 2 000 mm annuels sur le versant occidental de la cha√ģne, alors qu'elles sont de l'ordre de 450 √† 550 mm sur les versants orientaux de la Laponie su√©doise du fait de l'ombre pluviom√©trique[F 8]. Ces pr√©cipitations peuvent, du fait des temp√©ratures, tomber sous forme de neige, pouvant atteindre 50 % du total des pr√©cipitations au nord-est[F 9]. Dans ces r√©gions, les premi√®res neiges tombent en octobre et la couverture neigeuse peut durer jusqu'√† juin[F 9]. Sur la c√īte sud, la couverture neigeuse dure moins de cinquante jours[F 9].

Hydrographie

La plupart des cours d'eau des Alpes scandinaves s'√©coulent de part et d'autre de la cha√ģne depuis sa ligne de partage des eaux, tandis qu'√† l'extr√©mit√© sud, les vall√©es forment un r√©seau hydrographique radial[F 10]. La principale ligne de partage des eaux entre l'oc√©an Atlantique et la mer Baltique co√Įncide √† peu pr√®s avec la fronti√®re entre la Norv√®ge et la Su√®de sur toute la partie septentrionale de la cha√ģne[F 10]. Cette ligne √©tait initialement beaucoup plus proche de la c√īte norv√©gienne, le soul√®vement tectonique ayant principalement eu lieu au niveau de la c√īte[F 11]. Cependant, l'√©rosion r√©gressive provoqu√©e par les rivi√®res coulant vers l'ouest √©tait plus importante que celle caus√©e par les rivi√®res coulant vers l'est, de m√™me pour l'√©rosion glaciaire au cours du Quaternaire[F 11]. Par cons√©quent, une capture progressive des ruisseaux s'est effectu√©e, visible en plusieurs endroits avec des cours d'eau de direction principale est-ouest qui rejoignent finalement une rivi√®re √† direction ouest-est[F 11]. Il existe aussi quelques rares exceptions o√Ļ les rivi√®res traversent la cha√ģne, telles que la rivi√®re Altaelva qui cr√©e ainsi un profond canyon[F 11]. Ce ph√©nom√®ne est g√©n√©ralement interpr√©t√© comme une cons√©quence de l'√©rosion par surimposition de la rivi√®re au cours du soul√®vement qui donna naissance aux reliefs alentour[F 11].

Le canyon Sautso form√© par la rivi√®re Altaelva, dans le Finnmark, au nord de la cha√ģne.
Les rivières du versant occidental se précipitent souvent dans de puissantes cascades, telles qu'ici à Kjosfossen.

L'hydrographie est particuli√®rement asym√©trique entre les versants occidentaux et orientaux de la cha√ģne. Les vall√©es √† l'ouest de la cha√ģne sont en g√©n√©ral courtes, profondes et escarp√©es, et les bassins versants y sont en g√©n√©ral peu √©tendus[21]. Du fait des fortes pentes, les rivi√®res du versant occidental forment un grand nombre de chutes d'eau[21], dont plusieurs figurant parmi les plus hautes chutes d'eau du monde, dont en particulier Vinnufossen, la plus haute d'Europe et figurant parmi les dix plus hautes au monde avec 860 m√®tres de d√©nivel√© total[22]. √Ä l'inverse, les vall√©es √† l'est sont plus douces, moins profondes et surtout beaucoup plus longues[F 10]. Malgr√© l'apport plus important des pr√©cipitations sur le versant ouest, cette caract√©ristique topographique explique que les rivi√®res du versant oriental soient celles ayant le plus grand d√©bit[21]. Ainsi, l'essentiel des principaux fleuves de Scandinavie prennent leur source dans les Alpes scandinaves et s'√©coulent vers l'est en vall√©es souvent presque parall√®les. Les principaux fleuves quant au d√©bit sont le Glomma (704 m3/s[23]), le G√∂ta √§lv/Klar√§lven (565 m3/s), le Lule√§lven (506 m3/s), l'√Öngerman√§lven (500 m3/s), l'Indals√§lven (455 m3/s) et l'Ume√§lven (443 m3/s)[24].

Le r√©gime hydrologique de la plupart des rivi√®res est de type nival ou nivo-glaciaire, marqu√© par un d√©bit minimum en hiver et maximal au printemps et au d√©but de l'√©t√© avec la fonte des neiges[21] - [24]. Un second pic, souvent plus faible, appara√ģt avec les importantes pr√©cipitations d'automne[21]. Au niveau de la c√īte sud-ouest norv√©gienne, l'importante humidit√© oc√©anique et la relative douceur entra√ģnent un d√©bit plus constant au cours de l'ann√©e, m√™me en hiver[21].

Le lac Vassbygdevatnet près d'Aurland, non loin de l'Aurlandsfjord.

Un grand nombre de lacs ponctuent les cours d'eau dans les montagnes, ainsi qu'√† leur pied[21]. Certains d'entre eux sont de petits lacs de montagne, diss√©min√©s √† travers la cha√ģne, en particulier dans les grands plateaux[21], mais les plus importants se trouvent dans les grandes vall√©es du pi√©mont oriental, form√©s par un surcreusement glaciaire[F 12]. Les principaux lacs de ce type sont, du nord au sud : le Tornetr√§sk (330 km2), l'Akkajaure (260 km2), le Hornavan (262 km2), le Storsj√∂n (456 km2), le Femunden (203 km2), le Mj√łsa (369 km2) et le Randsfjorden (140 km2)[F 12] - [25] - [26]. Il existe aussi quelques lacs de ce type dans la partie occidentale de la cha√ģne, souvent dans l'alignement du r√©seau des fjords[F 12]. Ils atteignent parfois des profondeurs tr√®s importantes : l'Hornindalsvatnet est le lac le plus profond d'Europe, avec 514 m de profondeur, pour une altitude de 53 m[F 12] - [26], le fond du lac √©tant ainsi √† une altitude d'environ 450 m sous le niveau de la mer.

Les Alpes scandinaves comprennent un grand nombre de glaciers, dont certains sont les plus vastes d'Europe continentale[27] (excluant donc les glaciers d'Islande, du Svalbard et de la Nouvelle-Zemble). La superficie cumul√©e de tous ces glaciers est de 2 900 km2 ; les plus vastes se trouvent sur les sommets pr√®s de la c√īte norv√©gienne, o√Ļ l'alimentation en pr√©cipitations est la plus importante[F 13], en d√©pit des temp√©ratures sup√©rieures[F 14]. Les principaux glaciers de la cha√ģne du point de vue de la superficie sont le Jostedalsbreen (487 km2), le Vestre Svartisen (221 km2), le S√łndre Folgefonna (168 km2), l'√ėstre Svartisen (148 km2), le Bl√•mannsisen (87 km2) et le Hardangerj√łkulen (73 km2)[F 13]. L'√©quilibre entre temp√©rature et quantit√© de pr√©cipitations explique le fait qu'au cours du XXe si√®cle certains glaciers scandinaves aient augment√© en volume durant certaines p√©riodes, l'augmentation des pr√©cipitations compensant l'augmentation de la fonte en raison de la hausse des temp√©ratures due au r√©chauffement climatique[F 14]. Cependant, sur l'ensemble du si√®cle, le retrait des glaciers domine et c'est d'autant plus vrai au XXIe si√®cle o√Ļ il n'y a pas de p√©riode de reprise[27].

  • Le B√łyabreen, une langue glaciaire du Jostedalsbreen.
    Le B√łyabreen, une langue glaciaire du Jostedalsbreen.
  • Le Briksdalsbreen, une autre langue du Jostedalsbreen. Le glacier recouvrait encore enti√®rement le lac en 1997.
    Le Briksdalsbreen, une autre langue du Jostedalsbreen. Le glacier recouvrait encore entièrement le lac en 1997[28].
  • Cascade sur la Briksdalselva, aliment√©e par la fonte du Briksdalsbreen.
    Cascade sur la Briksdalselva, alimentée par la fonte du Briksdalsbreen.

Géologie

L'histoire g√©ologique des Alpes scandinaves est longue et relativement complexe[F 15]. Si le relief actuel est r√©cent (C√©nozo√Įque, environ 60 Ma), la cha√ģne porte distinctement la marque d'une succession d'√©v√®nements ayant d√©but√© il y a plus de 450 Ma[F 15]. Cette histoire peut √™tre divis√©e en six √©tapes : l'√©tape pr√©-orogen√®se cal√©donienne, l'orogen√®se elle-m√™me, une √©tape post-orogen√®se, une phase nomm√©e ¬ę pal√©√Įque ¬Ľ, une phase de soul√®vement tectonique et une phase d'√©rosion glaciaire[F 15].

Cha√ģne cal√©donienne

√Ä la fin du Pr√©cambrien, il y a environ 570 Ma, le pal√©ocontinent Baltica, correspondant entre autres √† l'actuelle Scandinavie, est une p√©n√©plaine[F 16]. Ce continent est baign√© par l'oc√©an Iap√©tus, tout comme entre autres le continent Laurentia, correspondant √† l'Am√©rique du Nord et au Groenland actuels[F 16]. Le premier √©v√®nement notable de l'orogen√®se cal√©donienne, affectant le Nord de la Scandinavie, est l'√©v√®nement appel√© ¬ę Finnmarkien ¬Ľ, dat√© d'environ 505 Ma[29]. Il s'agirait d'une collision de la marge du continent Baltica avec un arc volcanique oc√©anique situ√© dans la mer d'√Ügir (section nord-est de l'oc√©an Iapetus) entre les continents Baltica et Sib√©ria[29]. Cette p√©riode est marqu√©e par un m√©tamorphisme dans un faci√®s √©clogite[29]. Par la suite, les continents Baltica et Laurentia commencent leur rapprochement et une partie de la plaque oc√©anique est obduite sur un petit fragment continental, appel√© Gula, d√©tach√© du continent Baltica, ce qui constitue un deuxi√®me √©v√®nement important nomm√© ¬ę √©v√®nement de Trondheim ¬Ľ, dat√© d'environ 480 Ma[29]. Il est marqu√© par les ophiolites (portions de roches oc√©aniques) au niveau de l'actuelle Trondheim ainsi que par un m√©tamorphisme de type schiste bleu[29]. Entre 470 et 450 Ma se d√©roule une nouvelle phase, appel√©e ¬ę √©v√®nement Taconien[29] ¬Ľ. Il correspond √† une phase de subduction et d'accr√©tion au niveau de la marge du continent Laurentia et √† l'obduction de lithosph√®re oc√©anique coupl√©e √† un m√©tamorphisme de type √©clogite[29]. Bien que celui-ci affecte principalement la marge du continent Laurentia, les roches sont ult√©rieurement d√©pos√©es sur le continent Baltica[29].

La cha√ģne cal√©donienne.

Enfin, entre 420 et 400 Ma, la convergence des plaques Laurentia et Baltica aboutit √† la collision continentale √† proprement parler, appel√©e ¬ę √©v√©nement Scandien ¬Ľ, menant √† l'√©rection de la cha√ģne cal√©donienne[29]. Il s'agit d'une collision oblique, et les dates de collision varient grandement entre les extr√©mit√©s nord et sud de la cha√ģne[29]. Durant la collision, la marge du continent Baltica est partiellement subduite sous le continent Laurentia[29]. En parall√®le, de vastes pans de terrains, appel√©s ¬ę nappes de charriage ¬Ľ, sont d√©plac√©s sur la plaque Baltica[F 16]. Ces nappes sont regroup√©es en quatre complexes en fonction de leur superposition dans la cha√ģne : allochtone inf√©rieur, moyen, sup√©rieur et sommital[F 16]. Les nappes inf√©rieures et moyennes proviennent de la marge du continent Baltica. L'allochtone sup√©rieur est constitu√© de roches ophiolitiques et d'arcs volcaniques, tandis que les allochtones sommitaux proviennent du continent Laurentia[29]. Les nappes inf√©rieures sont avant tout des terrains s√©dimentaires, l√©g√®rement m√©tamorphis√©s[30]. Les nappes m√©dianes, incluant en particulier la nappe de Jotun, sont aussi des roches s√©dimentaires m√©tamorphis√©es, principalement issues de gr√®s avec aussi des dolomies et des tillites[30]. La partie sup√©rieure de ces nappes est entrecoup√©e de dykes thol√©itiques et dol√©ritiques[30]. L'allochtone sup√©rieur regroupe principalement les nappes de Seve et de K√∂li[30]. La premi√®re est constitu√©e de gneiss dans un m√©tamorphisme de faci√®s amphibolite, tandis que la seconde est constitu√©e de roches volcaniques et s√©dimentaires[30]. Enfin, l'allochtone sommital comprend √† la fois le socle gneissique, les couches de s√©diments qui le recouvraient et des ophiolites de la plaque Laurentia[30]. De part et d'autre de ces nappes, on retrouve cependant le terrain pr√©cambrien (granites et gneiss), plus ou moins affect√© par le m√©tamorphisme au cours de l'orogen√®se[30].

Pénéplanation et soulèvement

La cha√ģne cal√©donienne form√©e par cette collision est immense, couvrant les actuelles c√ītes est du Groenland et de l'Am√©rique du Nord ainsi que les c√ītes ouest de Scandinavie, d'Afrique du Nord, l'Irlande et l'√Čcosse[N 2]. L'altitude maximale de la cha√ģne n'est pas connue avec exactitude, mais est estim√©e entre 8 000 et 9 000 m[11], soit une altitude comparable √† l'actuel Himalaya.

Cependant, la cha√ģne subit tr√®s rapidement un effondrement gravitaire entre 405 et 395 Ma[11]. Les failles s'inversent, passant d'un contexte de compression √† un contexte d'extension[31], et la cro√Ľte qui avait atteint une √©paisseur sup√©rieure √† 60 km √† la fin de l'orogen√®se est r√©duite de 15 √† 20 km[11]. Les roches profond√©ment enfouies, caract√©ris√©es par un m√©tamorphisme de haute pression, sont exhum√©es[31]. Le mouvement d'extension continue ensuite plus lentement jusqu'au Permien (250 Ma) et s'√©tend progressivement √† distance de la cha√ģne[11]. S'ajoutant √† l'amincissement de la cha√ģne d√Ľ aux mouvements tectoniques, la cha√ģne subit une d√©nudation par √©rosion[F 16]. La cha√ģne est alors incluse dans le super-continent Pang√©e, dans un climat allant du climat √©quatorial humide √† un climat subtropical aride[F 16].

Le plateau du Hardangervidda est probablement une relique de la surface pal√©√Įque.

Durant la phase suivante, appel√©e phase pal√©√Įque, s'√©talant entre 245 et 50 Ma, l'√©rosion continue, l√† encore en climat chaud, alternant entre humide et semi-aride[F 16]. Le relief est affect√© par plusieurs √©pisodes de soul√®vement tectonique li√©s aux rifts de la mer du Nord[11]. Ainsi, il y a 50 Ma, l'ancienne cha√ģne est r√©duite √† une p√©n√©plaine, souvent appel√©e surface pal√©√Įque[11]. Celle-ci est rest√©e relativement intacte en certains points, tels que le plateau du Hardangervidda, et il est aussi possible de reconstituer la surface par l'enveloppe des zones de fjord et alpines[F 17]. Cette surface pr√©sente encore un certain relief local, avec des sommets dominant les environs de cent √† six cents m√®tres[F 17].

√Ä partir d'environ 60 Ma (C√©nozo√Įque), la p√©n√©plaine scandinave subit un important soul√®vement tectonique[32]. Les r√©centes √©tudes semblent indiquer deux phases distinctes : une durant le Pal√©og√®ne (entre 70 et 40 Ma), et une au N√©og√®ne (25 √† 5 Ma)[N 3]. De m√™me, il semble que ce soul√®vement ait √©t√© maximal au nord et au sud de la cha√ģne, laissant la partie interm√©diaire √† une altitude moindre[N 3]. Ce soul√®vement n'est pas sp√©cifique √† la cha√ģne scandinave, mais semble avoir eu lieu dans toutes les marges de l'Atlantique nord[32]. En parall√®le √† ce soul√®vement, plusieurs bassins subissent au contraire une importante subsidence, tels que la mer du Nord, la mer Baltique et la mer du Labrador[32]. Le soul√®vement pal√©og√®ne semble √™tre li√© √† l'activit√© du panache islandais[32] ou √† l'ouverture de l'oc√©an Atlantique[F 16]. Cependant, les causes du second soul√®vement sont encore plus floues : des compensations isostatiques ont √©t√© sugg√©r√©es, mais les √©tudes r√©centes semblent indiquer que l'importance de ce ph√©nom√®ne est secondaire[F 16]. Dans tous les cas, ce soul√®vement est le principal responsable de l'existence des Alpes scandinaves et de leur altitude actuelle[11].

√Črosion glaciaire

Profil caractéristique d'une vallée en auge, ici celle de Lapporten, en Laponie suédoise.

La morphologie actuelle de la cha√ģne a √©t√© fortement fa√ßonn√©e par deux millions d'ann√©es de glaciations r√©currentes au cours du Quaternaire[F 11]. Durant cette p√©riode, la taille des glaciers varie fortement, commen√ßant par des glaciers de cirques puis √©voluant √† la faveur des refroidissements des climats vers des calottes glaciaires jusqu'√† former un inlandsis lors des maxima glaciaires : une couche de glace d'une √©paisseur allant jusqu'√† trois mille m√®tres d'√©paisseur recouvre alors l'int√©gralit√© de la Scandinavie[S 2]. L'√©rosion glaciaire affecte donc l'ensemble de la cha√ģne, mais de fa√ßon tr√®s in√©gale : l'inlandsis est relativement statique dans les zones de haute altitude au centre de la cha√ģne et plus √† l'est, alors qu'il s'√©coule dans les vall√©es occidentales o√Ļ l'√©rosion est donc maximale[F 11]. Ainsi, c'est dans les zones occidentales de la cha√ģne que la morphologie glaciaire est la plus notable, avec en particulier des vall√©es en auge si profondes que leur fond se situe sous le niveau de la mer, formant les fjords caract√©ristiques de Norv√®ge[F 11] - [F 4]. Cependant, de telles vall√©es se trouvent aussi du c√īt√© est, avec des bassins surcreus√©s occup√©s par des lacs au lieu des fjords[F 12]. Les glaciers qui √©rodent ces vall√©es provenaient le plus souvent de sommets, mais pas n√©cessairement, certains glaciers joignant deux zones de faible altitude[F 12]. Certaines vall√©es glaciaires traversent m√™me la cha√ģne de part en part, franchissant la ligne de partage des eaux[F 12]. Du fait du plus fort pouvoir √©rodant des gros glaciers, les glaciers secondaires forment souvent des vall√©es dont le fond se situe √† plus haute altitude, appel√©es vall√©es suspendues[F 12]. Une grande partie des vall√©es suivent des fractures tectoniques, qui constituent des directions privil√©gi√©es d'√©rosions fluviales puis glaciaires[F 18]. Parmi les autres formes cr√©√©es par les glaciers, on trouve des cirques glaciaires dans toute la cha√ģne, en particulier dans les zones les plus alpines, mais aussi √† proximit√© de la c√īte, √† basse altitude, par exemple dans les √ģles Lofoten, bien qu'ils soient en g√©n√©ral plus petits dans ces zones[F 12]. Les sommets les plus hauts de la cha√ģne, qui sont rest√©s en dehors de la masse de l'inlandsis, ont tout de m√™me subi une √©rosion par le gel, formant des nunataks[F 12].

Les effets de l'√©rosion glaciaire varient selon la nature du terrain. Un des exemples les plus marqu√©s est le contraste entre les hauts pics du Sarek et le paysage ondulant de la zone voisine du Padjelanta. Il s'explique par la diff√©rence de r√©sistance entre les diabases durs du premier et les schistes plus friables du second[33]. Dans la partie septentrionale de la cha√ģne, les sommets les plus √©lev√©s (Kebnekaise, Sarek, Sylarna) sont situ√©s sur la nappe de Seve et ses amphibolites[33], tandis que les hauts sommets du Jotunheimen sont constitu√©s des gabbros de la nappe de Jotun[2].

Le fjord de Geiranger, un des plus célèbres fjords norvégiens.
Le delta de la Rapa√§tno, dans le parc national de Sarek, en Laponie su√©doise : l√† o√Ļ subsistent les glaciers, les deltas continuent √† se d√©velopper.

Les glaciers ont aussi fortement affect√© la composition du sol. Ainsi, dans la partie occidentale de la cha√ģne, l√† o√Ļ l'√©rosion a √©t√© la plus importante, les glaciers ont mis √† nu la roche, tandis que dans la partie orientale ou au fond des vall√©es occidentales, ils ont d√©pos√© de la tillite : des roches de granulom√©trie variable arrach√©es par les glaciers plus en amont[F 19]. Ces s√©diments forment eux-m√™mes une morphologie particuli√®re, telle que des drumlins, des eskers ou encore des moraines de Rogen[F 19], nomm√©es d'apr√®s le Rogen, lac o√Ļ ces formations sont particuli√®rement remarquables[34]. Ces s√©diments glaciaires ont aussi √©t√© d√©pos√©s en grande quantit√© par les puissants torrents qui existent √† l'√©poque de la d√©glaciation[F 12]. Or, l'inlandsis a probablement disparu dans les zones de moyenne altitude avant de dispara√ģtre des vall√©es les plus importantes, et la glace de ces vall√©es a bloqu√© alors le cours des rivi√®res, qui ont form√© des lacs[S 2]. Les s√©diments se sont alors accumul√©s en de vastes deltas √† l'embouchure des rivi√®res dans ces lacs[S 3]. √Ä mesure que le glacier recule, le lac avance, et le delta aussi[S 2]. Les lignes de niveau successives des lacs ainsi que les s√©diments des deltas sont nettement visibles pr√®s du lac Tornetr√§sk par exemple[S 2]. Cette accumulation de s√©diments forme m√™me localement des sandurs, comme dans les montagnes Lunnd√∂rrsfj√§llen, en Su√®de[S 2]. Les torrents des phases de d√©glaciation ont aussi fortement √©rod√© certaines zones, formant des vall√©es en V[F 19] - [F 12]. Malgr√© la courte p√©riode durant laquelle elle a eu lieu, cette √©rosion fluviale en p√©riode de d√©glaciation est bien plus importante que l'√©rosion fluviale ayant eu lieu depuis[F 19].

√Čcosyst√®me

Carte des régions biogéographiques des Alpes scandinaves
  • Zone atlantique
  • Zone alpine
  • Zone bor√©ale
  • Zone arctique

Du fait des grandes variations de latitude, d'altitude et de l'influence oc√©anique plus ou moins marqu√©e, les Alpes scandinaves comprennent des milieux naturels assez vari√©s, des luxuriantes for√™ts de feuillus de la c√īte sud-ouest √† la toundra arctique. Selon le WWF et la Digital Map of European Ecological Regions de l'agence europ√©enne pour l'environnement (AEE), les Alpes sont divis√©es en trois √©cor√©gions : les for√™ts de conif√®res des c√ītes scandinaves le long de la c√īte ouest norv√©gienne ; la ta√Įga scandinave et russe sur le versant est, qui traverse la cha√ģne au niveau des hautes terres du centre pour atteindre la c√īte ouest au niveau du fjord de Trondheim ; et enfin, les prairies et for√™ts de bouleaux des montagnes scandinaves[35]. En revanche, la division en r√©gions biog√©ographiques de l'AEE partage les montagnes en une zone atlantique le long de la c√īte norv√©gienne, une zone bor√©ale √† l'est et une zone alpine[36]. Les deux classifications se recoupent sur la majeure partie de la cha√ģne, exception faite de la pr√©sence de la ta√Įga scandinave sur la c√īte norv√©gienne autour du fjord de Trondheim et des hautes terres du centre. Les fronti√®res des r√©gions biog√©ographiques de l'AEE, corrig√©es et affin√©es par la direction norv√©gienne pour la gestion de la nature sont indiqu√©es sur la carte ci-contre.

Zone boréale

Ta√Įga de montagne dans la r√©serve naturelle de Korpim√§ki, en Dal√©carlie, Su√®de.

La zone bor√©ale commence √† l'est de la cha√ģne scandinave, en de√ß√† de la limite des conif√®res. C'est la plus vaste r√©gion biog√©ographique d'Europe[37], dont une grande partie est constitu√©e par l'√©cor√©gion du WWF ta√Įga scandinave et russe, qui est elle-m√™me la plus vaste d'Europe. Cette r√©gion est largement domin√©e par une for√™t de conif√®res, principalement le pin sylvestre (Pinus sylvestris) et l'√©pic√©a commun (Picea abies)[37].

Sur les versants de la cha√ģne, cette ta√Įga se transforme sensiblement, formant une zone de transition ou √©cotone avec la toundra scandinave[F 20]. De fait, cette r√©gion emprunte ses caract√©ristiques aux deux milieux[F 20]. Comme dans le reste de la ta√Įga scandinave, la for√™t compos√©e en grande majorit√© (80 %) de pins sylvestres et d'√©pic√©as communs. L'√©pic√©a domine les milieux les plus humides, par exemple au centre de la cha√ģne, aux influences oc√©aniques plus marqu√©es, tandis qu'au nord et au sud, c'est le pin qui domine[F 21]. De mani√®re g√©n√©rale, les pins sont aussi majoritaires dans les milieux les plus sujets aux incendies, car ceux-ci √©liminent g√©n√©ralement les √©pic√©as au profit des pins[F 21]. Hormis ces deux esp√®ces, les for√™ts comptent aussi quelques bouleaux pubescents (Betula pubescens), sorbiers des oiseleurs (Sorbus aucuparia), aulnes blancs (Alnus incana) et trembles (Populus tremula)[F 21]. Les sous-bois sont g√©n√©ralement pauvres, avec peu de plantes vasculaires, le sol √©tant g√©n√©ralement couvert de mousses (typiquement des hypnac√©es) et de lichens (typiquement des Cladonias, aussi appel√©s lichens des rennes)[F 21]. Certaines plantes de cette zone sont en revanche plus caract√©ristiques de la toundra alpine, telles que la busserole des Alpes (Arctostaphylos alpinus), l'astragale des Alpes (Astragalus alpinus), etc.[F 21]

Le lac Tärnasjön dans les montagnes de Vindelfjällen, un site Ramsar.

Si la for√™t bor√©ale est dans l'ensemble fortement exploit√©e par l'industrie foresti√®re[37], la ta√Įga de montagne est g√©n√©ralement mieux conserv√©e, avec environ 30 % de for√™t primaire ou quasi-vierge[F 22]. Ceci s'explique en partie par le fait que d√®s le d√©but du XXe si√®cle, la coupe de la partie sup√©rieure de la for√™t est interdite, ces for√™ts ayant √©norm√©ment de mal √† se r√©g√©n√©rer[F 22]. En fait, ces for√™ts sont en partie des vestiges d'une √©poque plus chaude et si elles ont pu se maintenir, elles ne peuvent pas n√©cessairement se r√©g√©n√©rer[F 22]. Ces zones auraient plut√īt tendance √† √™tre remplac√©es par la toundra[F 22]. La situation a sensiblement chang√© avec le r√©chauffement climatique[F 20]. Ces zones de transition sont en effet particuli√®rement sensibles aux variations des conditions climatiques et c'est dans ces for√™ts qu'ont √©t√© observ√©s pour la premi√®re fois avec certitude les effets du r√©chauffement sur la v√©g√©tation, d√®s 1958[F 20].

Outre les forêts, une des principales caractéristiques de la région boréale est la présence de vastes superficies de zones humides[37]. La plupart de ces zones humides sont situées en dehors des montagnes, s'étendant parfois en piémont, comme la Sjaunja qui est le plus vaste ensemble de tourbières intactes d'Europe de l'Ouest[38]. Un grand nombre se retrouve même dans les montagnes, que ce soit dans les vallées ou sur les plateaux[39]. Cependant, le gel et les glissements de terrain défavorisent la production de tourbe et les tourbières se transforment progressivement en prairies humides à des altitudes supérieures[39]. Ces zones humides ont une avifaune riche, avec en particulier nombre d'oiseaux limicoles, les espèces les plus caractéristiques étant le courlis corlieu (Numenius phaeopus), la bécassine sourde (Lymnocryptes minimus) et le phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus)[39].

Zone alpine

For√™t de bouleaux pr√®s de Troms√ł.

Les for√™ts de bouleaux et prairies d'altitude scandinaves forment l'√©cor√©gion dominante des Alpes scandinaves. Elle est d√©finie comme √©tant toute la zone au-dessus de la limite des conif√®res[40]. La limite des arbres se situe √† une altitude d'environ 1 200 m au sud de la cha√ģne, mais rejoint le niveau de la mer √† son extr√©mit√© nord[40]. En revanche, la limite entre les for√™ts de conif√®res et les for√™ts de bouleaux est relativement diffuse[S 4]. Cette √©cor√©gion couvre une superficie d'environ 200 000 km2, avec approximativement une moiti√© (√©tage subalpin) couverte de for√™ts de bouleaux et une autre moiti√© (√©tage alpin) couverte de prairies ou de roches nues[40].

Les bouleaux en question sont une sous-esp√®ce du bouleau pubescent (Betula pubescens) appel√©e bouleau tortueux Betula pubescens ssp tortuosa[S 4]. Ils mesurent en g√©n√©ral moins de 10 m et d√©passent rarement la centaine d'ann√©es, ayant tendance √† facilement pourrir sur pied[S 4]. Ils semblent d√©pendants de l'influence oc√©anique du climat, ce qui explique leur absence dans les cha√ģnes de montagnes plus continentales[S 4]. Bien que le bouleau soit l'esp√®ce d'arbre dominante, quelques autres feuillus sont aussi pr√©sents, tels que le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le merisier √† grappes (Prunus padus), le tremble (Populus tremula) et le saule marsault (Salix caprea)[S 5].

Végétation alpine à la frontière suédo-norvégienne : genévrier commun, saule des Lapons, myrtille et camarine noire.

Ces for√™ts montrent d'importantes variations selon le climat et la richesse du sol[N 4]. Dans les zones les moins humides et au sol pauvre, les sous-bois sont plut√īt clairsem√©s, avec principalement des lichens, en particulier ceux du genre Cladonia, de la camarine noire (Empetrum nigrum) et de l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea)[S 6] - [N 4]. Le type de for√™t de bouleaux le plus typique comprend des mousses et plusieurs esp√®ces de plantes vasculaires, les plus caract√©ristiques √©tant la myrtille (Vaccinium myrtillus), le cornouiller de Su√®de (Cornus suecica), les m√©lampyres et le solidage (Solidago virgaurea)[S 6] - [N 4]. Enfin, dans les zones avec une importante humidit√© (plut√īt √† l'ouest de la cha√ģne) et un bon ensoleillement, les for√™ts constituent un des milieux les plus riches de Scandinavie[S 6] - [N 4]. Les plantes de ces sous-bois peuvent aller jusqu'√† hauteur d'homme, rappelant les for√™ts tropicales[S 6]. En particulier, dans plusieurs zones, de grandes foug√®res se d√©veloppent, mais on trouve aussi des aconits (Aconitum lycoctonum), de la laitue des Alpes (Cicerbita alpina), de l'ang√©lique officinale (Angelica archangelica), du cirse √† feuilles variables (Cirsium heterophyllum), etc.[N 4]

Au-dessus de la limite des arbres, on trouve l'√©tage alpin, lui-m√™me subdivis√© en trois sous-√©tages : alpin inf√©rieur, moyen et sup√©rieur[S 6]. L'√©tage alpin inf√©rieur se compose principalement de prairies et de landes fleuries et buissonnantes[S 6]. La r√©partition de la v√©g√©tation √† cet √©tage est particuli√®rement influenc√©e par l'abondance de la neige, elle-m√™me fortement d√©pendante de la topographie[N 5]. Au pied des monts, la couche de neige est particuli√®rement √©paisse et la p√©riode de v√©g√©tation courte, le sol est souvent nu ou couvert de mousses telles que Polytrichastrum alpinum et de lichens, par exemple Solorina crocea[N 5]. Au contraire, en haut des reliefs, le vent chasse la neige qui ne peut donc s'accumuler, mais ce milieu est aussi difficile pour les plantes qui peinent √† s'accrocher ou se dess√®chent[S 7] - [N 5]. On y trouve quelques plantes r√©sistantes, comme la diapensie de Laponie (Diapensia lapponica) et l'azal√©e naine (Loiseleuria procumbens)[S 7]. C'est donc entre les deux, sur le versant de ces reliefs, l√† o√Ļ l'√©paisseur de neige est moindre mais √† l'abri du vent que la v√©g√©tation est la plus riche[S 7]. Les esp√®ces caract√©ristiques sont alors la myrtille, l'androm√®de bleue (Phyllodoce caerulea), l'√©pervi√®re des Alpes (Hieracium alpinum), le p√©diculaire de Laponie (Pedicularis lapponica), et sur les terrains plus riches en calcaire, les plantes plus riches colorent les prairies : dryade √† huit p√©tales (Dryas octopetala), l'absinthe (Artemisia absinthium), la campanule uniflore (Campanula uniflora), la sil√®ne acaule (Silene acaulis), etc.[N 5]

Plus en altitude se trouve l'√©tage alpin moyen (d√©fini par la limite haute des myrtilles) avec ses landes herbac√©es[S 6] - [N 4]. Enfin, l'√©tage alpin sup√©rieur est pratiquement d√©nu√© de v√©g√©tation, avec seulement quelques plantes isol√©es comme la renoncule des glaciers (Ranunculus glacialis)[S 6]. Bien que la v√©g√©tation soit rare √† cet √©tage, on compte tout de m√™me une quarantaine d'esp√®ces de plantes √† des altitudes sup√©rieures √† 2 000 m dans le massif de Jotunheimen[N 4].

Renne domestique dans le massif du Kebnekaise.

La survie des animaux dans les conditions extr√™mes de la montagne est facilit√©e par leur capacit√© √† se d√©placer, certains quittant les montagnes l'hiver, d'autres pouvant creuser des terriers pour s'y abriter[S 8]. Pour les mammif√®res, la survie est encore facilit√©e par l'isolation que leur procure leur fourrure[S 8]. Un des animaux les plus symboliques des Alpes scandinaves est le renne (Rangifer tarandus) qui peut vivre √† des latitudes et des altitudes extr√™mes, m√™me au Groenland et au Svalbard[S 9]. Cependant, les rennes sauvages ont disparu d'une grande partie de la Scandinavie, et ne se trouvent plus maintenant que dans le sud de la Norv√®ge, en particulier dans le parc national de Hardangervidda[41] - [N 6]. Parmi les grands herbivores figure aussi le bŇďuf musqu√© (Ovibos moschatus), qui avait disparu il y a plusieurs milliers d'ann√©es mais a √©t√© r√©introduit avec succ√®s au d√©but du XXe si√®cle dans le parc national de Dovrefjell-Sunndalsfjella[42]. Quelques-uns de ces animaux se sont aussi implant√©s dans les environs de Rogen, en Su√®de[43]. Les quatre grands carnivores nordiques, le lynx bor√©al (Lynx lynx), le glouton (Gulo gulo), le loup gris commun (Canis lupus lupus) et l'ours brun (Ursus arctos), ne sont pas vraiment des animaux des montagnes, appr√©ciant plut√īt les zones bois√©es[S 9]. Ils fr√©quentent cependant les montagnes √† l'occasion[S 9], et celles-ci constituent m√™me le territoire principal du glouton, qui √©tait dans le pass√© chass√© dans les for√™ts[44]. Un pr√©dateur plus caract√©ristique des montagnes est le renard polaire (Vulpes lagopus), principalement sa variante au pelage blanc, m√™me si la variante dite ¬ę bleue ¬Ľ existe, en particulier dans la partie septentrionale de la cha√ģne[N 7]. Cette esp√®ce est particuli√®rement menac√©e, ayant √©t√© chass√©e jusqu'√† sa protection (d√©cid√©e en 1928 en Su√®de et en 1930 en Norv√®ge) et souffre d√©sormais de la concurrence du renard roux (Vulpes vulpes), m√™me si ce dernier s'aventure moins volontiers dans la zone alpine[45]. Parmi les petits carnivores, la belette (Mustela nivalis), l'hermine (Mustela erminea) mais aussi l'esp√®ce invasive qu'est le vison d'Am√©rique (Neovison vison) figurent parmi les plus courantes[N 8]. La loutre d'Europe (Lutra lutra) a beaucoup r√©gress√© dans les montagnes comme dans le reste de la Scandinavie en raison de la chasse, mais aussi de la pollution et de la r√©gulation des rivi√®res[S 10].

Les montagnes sont aussi le domicile de plusieurs petits rongeurs dont le plus notable est le lemming des toundras de Norv√®ge (Lemmus lemmus)[S 8]. C'est la seule esp√®ce de mammif√®re end√©mique de Scandinavie. Sa c√©l√©brit√© repose notamment sur ses explosions p√©riodiques de population qui sont particuli√®rement importantes pour tout l'√©cosyst√®me[S 11]. En effet, certaines ann√©es, le nombre de ces rongeurs augmente de fa√ßon foudroyante et un grand nombre d'entre eux se d√©placent jusqu'√† envahir de vastes superficies avant de mourir brutalement[S 11]. Des conditions climatiques favorables avec un bon acc√®s √† la nourriture semblent expliquer les brutales augmentations de population. Leur mort massive est moins bien comprise, li√©e peut-√™tre √† la diminution de la v√©g√©tation caus√©e par leur consommation excessive ou √† la propagation d'√©pid√©mies au sein de la population[S 11]. Quelques autres esp√®ces comme le campagnol de Sundevall (Myodes rufocanus) ou le campagnol agreste (Microtus agrestis) pr√©sentent √©galement des cycles de population, mais de moins grande ampleur[S 11]. Cette augmentation de population, ayant lieu en moyenne tous les trois ou quatre ans, mais pas n√©cessairement en m√™me temps dans toute la cha√ģne, constitue une aubaine pour de nombreux pr√©dateurs qui voient alors eux aussi leur population augmenter dans les montagnes[S 11]. Ainsi, durant ces ann√©es fastes, les renards polaires peuvent nourrir des port√©es allant jusqu'√† 20 renardeaux[S 10]. De m√™me, le harfang des neiges (Bubo scandiacus) choisit son site de nidification pr√©cis√©ment en fonction de ces pics de population, et le labbe √† longue queue (Stercorarius longicaudus) ne reste dans les montagnes que durant ces p√©riodes, il retourne vers l'oc√©an dans le cas contraire[S 12].

Lagopèdes alpins dans le massif de Jotunheimen.

Les oiseaux choisissent pour la plupart d'éviter de passer la saison froide dans les montagnes. Les rares espèces y restant l'hiver sont le lagopède alpin (Lagopus muta), le lagopède des saules (Lagopus lagopus), le faucon gerfaut (Falco rusticolus), l'aigle royal (Aquila chrysaetos) et le grand corbeau (Corvus corax)[S 13]. Les lagopèdes peuvent s'enfouir sous la neige en cas de températures trop basses[S 14]. Cependant, la plupart des oiseaux ne se rendent dans les Alpes scandinaves qu'afin d'y nicher durant la belle saison[S 15]. Dès le début du printemps, les premières espèces font leur entrée, avec par exemple le bruant des neiges (Plectrophenax nivalis)[S 15]. D'autres passereaux suivent, tels que la bergeronnette printanière (Motacilla flava), l'alouette hausse-col (Eremophila alpestris), le pipit farlouse (Anthus pratensis), le cincle plongeur (Cinclus cinclus), le gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le sizerin flammé (Carduelis flammea) et le bruant lapon (Calcarius lapponicus)[N 9].

Parmi les grands oiseaux pr√©dateurs, outre le faucon gerfaut et l'aigle royal cit√©s plus haut, les montagnes sont le lieu de nich√©e de la buse pattue (Buteo lagopus), du faucon cr√©cerelle (Falco tinnunculus), du busard Saint-Martin (Circus cyaneus) et du faucon √©merillon (Falco columbarius)[N 10]. L'eau est un √©l√©ment omnipr√©sent dans la cha√ģne, et en cons√©quence, de nombreuses esp√®ces d'oiseaux aquatiques migrent pour passer l'√©t√© dans ses lacs et cours d'eau[S 15]. Les esp√®ces les plus courantes sont le plongeon catmarin (Gavia stellata), le plongeon arctique (Gavia arctica), la grue cendr√©e (Grus grus), le pluvier guignard (Charadrius morinellus), le pluvier dor√© (Pluvialis apricaria), la b√©cassine des marais (Gallinago gallinago), la b√©cassine double (Gallinago media), le combattant vari√© (Philomachus pugnax), le chevalier aboyeur (Tringa nebularia), etc.[N 10] Les principales esp√®ces de poissons des cours d'eau des montagnes sont la truite (Salmo trutta) et l'omble chevalier (Salvelinus alpinus)[N 11]. Les zones humides des montagnes sont √©galement peupl√©es par les larves de plusieurs esp√®ces de moustiques qui, apr√®s leur sortie de l'eau en √©t√©, forment d'importantes nu√©es qui constituent une nuisance importante pour la population humaine, mais aussi pour les animaux[N 11].

Zone atlantique

For√™t humide de feuillus sur la c√īte ouest norv√©gienne.

La zone atlantique correspond √† tout le versant ouest de la cha√ģne situ√© en dessous de la for√™t de bouleaux, ce qui inclut l'√©cor√©gion des for√™ts de conif√®res des c√ītes scandinaves ainsi qu'une partie de la ta√Įga scandinave et russe autour du fjord de Trondheim. Cette zone est avant tout marqu√©e par son climat tr√®s humide et sa relative douceur compte tenu de sa latitude, mais la nature y est tr√®s vari√©e[46].

Contrairement √† ce que le nom des √©cor√©gions laisse penser, les for√™ts c√īti√®res norv√©giennes ne sont pas uniquement des for√™ts de conif√®res : ainsi, dans toute la section sud, jusqu'au fjord de Trondheim, la for√™t est avant tout une for√™t de feuillus et ceci se retrouve en partie au nord de Saltfjellet[46] - [47]. Ces for√™ts peuvent √™tre domin√©es par le tremble (Populus tremula), le saule marsault (Salix caprea) ou le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia)[47], esp√®ces que l'on trouve aussi, minoritaires, dans les for√™ts de bouleaux de la zone alpine. Dans les zones les plus riches du sud de la Norv√®ge, on trouve m√™me du ch√™ne p√©doncul√© (Quercus robur), de l'aulne blanc (Alnus incana), du fr√™ne √©lev√© (Fraxinus excelsior), de l'√©rable plane (Acer platanoides) et du noisetier commun (Corylus avellana)[47]. Certaines de ces for√™ts sont class√©es comme for√™ts humides et sont d'une grande richesse[47].

Forêt de conifères sur le mont Ulriken, près de Bergen.

Naturellement, les for√™ts de conif√®res se trouvent principalement au niveau du fjord de Trondheim, l√† o√Ļ la ta√Įga scandinave rejoint la c√īte atlantique[36]. Ces for√™ts sont avant tout des for√™ts d'√©pic√©a commun (Picea abies), mais le pin sylvestre (Pinus sylvestris) est aussi tr√®s repr√©sent√©[48]. Les for√™ts d'√©pic√©as abritent une communaut√© d'esp√®ces unique avec un grand nombre de mousses et de lichens end√©miques[36]. De telles for√™ts ne se trouvent dans le reste du monde que sur la c√īte pacifique du Canada, √† des latitudes similaires[36]. De ce fait, la Norv√®ge a une responsabilit√© √† l'√©chelle internationale pour la protection de ces for√™ts[46].

La quasi-totalité de ces forêts a été abondamment exploitée, et il ne reste que très peu de forêts anciennes[46]. De plus, à l'heure actuelle, seule une infime partie est protégée[46]. La direction norvégienne pour la gestion de la nature considère ces zones comme de priorité maximale pour la création d'aires protégées[36].

Petits pingouins, cormorans hupp√©s et Guillemots de Tro√Įl pr√®s de St√ł, dans les √ģles Vester√•len.

En ce qui concerne la faune, la principale caract√©ristique de cette r√©gion est la richesse extraordinaire de la c√īte en oiseaux de mer[49] - [50]. Plusieurs zones abritent des colonies d'oiseaux figurant parmi les plus grandes d'Europe, en particulier les √ģles de Runde, des Lofoten et des Vester√•len[50]. Cette grande concentration est due √† la fois √† la pr√©sence d'eaux tr√®s poissonneuses et √† la pr√©sence d'une c√īte rocheuse, avec plusieurs falaises form√©es par les Alpes scandinaves[50]. Ainsi, sur l'ensemble de la c√īte de la mer de Norv√®ge, on d√©nombre 7 500 couples de p√©trels fulmars (Fulmarus glacialis), 2 750 de fous de Bassan (Morus bassanus), 20 000 de grands cormorans (Phalacrocorax carbo), 13 000 cormorans hupp√©s (Phalacrocorax aristotelis), 100 000 d'eiders √† duvet (Somateria mollissima), 75 000 de go√©lands cendr√©s (Larus canus), 100 000 de go√©lands argent√©s (Larus argentatus), 30 000 de go√©lands marins (Larus marinus), 80 000 de mouettes tridactyles (Rissa tridactyla), 20 000 de sternes arctiques (Sterna paradisaea), 5 000 de guillemots de Tro√Įl (Uria aalge), 10 000 de petits pingouins (Alca torda), 15 000 de guillemots √† miroir (Cepphus grylle) et enfin pas moins de 800 000 couples de macareux moines (Fratercula arctica)[50]. La population norv√©gienne constitue ainsi plus du quart de la population mondiale de grands cormorans, de go√©lands bruns, de go√©lands argent√©s, de go√©lands marins et de macareux moines[50].

√Čvolution historique

Pedicularis flammea, une des plantes ¬ę occidentales ¬Ľ unicentriques du nord de la cha√ģne[S 16].

Au cours du quaternaire, la Scandinavie est couverte par un immense inlandsis s'√©talant jusque dans le Nord de l'Allemagne durant les p√©riodes les plus froides[S 16]. Les plantes et une grande partie de la faune sont alors situ√©es au sud du front glaciaire[S 16]. Lors du retrait de ce glacier, les esp√®ces conqui√®rent progressivement les territoires qui se d√©couvrent vers le nord ainsi que vers les hauteurs des cha√ģnes de montagnes europ√©ennes, telles que les Alpes[S 16]. Dans la cha√ģne scandinave, ce sont ainsi dans un premier temps les esp√®ces de la toundra, puis les esp√®ces bor√©ales qui s'installent depuis le sud ou l'est[N 12].

Cette colonisation de la cha√ģne depuis le sud explique le faible nombre d'esp√®ces end√©miques[N 13]. Ainsi, une grande partie des esp√®ces de plantes alpines de la cha√ģne se retrouvent aussi dans les Alpes[S 17]. Cependant, la cha√ģne abrite un petit nombre d'esp√®ces end√©miques, ainsi que plusieurs esp√®ces que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe, mais √©galement pr√©sentes au Groenland ou dans la toundra nord-am√©ricaine[N 13]. De plus, ces esp√®ces qualifi√©es d'¬ę occidentales ¬Ľ se trouvent fr√©quemment seulement dans la moiti√© nord ou la moiti√© sud de la cha√ģne (appel√©es esp√®ces unicentriques), ou dans les deux moiti√©s mais pas au centre (esp√®ces bicentriques)[S 17]. Ces constatations sont difficilement explicables si l'on suppose une migration uniquement depuis le sud. Par cons√©quent, les scientifiques proposent que certaines esp√®ces ont surv√©cu en Scandinavie pendant la p√©riode glaciaire dans des refuges libres de glace[N 12]. Deux types de refuges ont √©t√© propos√©s, en s'inspirant de la situation actuelle du Groenland : un sommet rocheux d√©passant de l'inlandsis (nunatak), ou une zone c√īti√®re demeurant libre de glace[N 12]. Il y aurait eu ainsi deux refuges en Scandinavie : un au sud et un au nord, expliquant les esp√®ces uni- et bicentriques[N 12]. En se fondant sur les zones de plus grande richesse en esp√®ces ¬ę occidentales ¬Ľ, une zone de la c√īte nord du Vestlandet et une zone plus √©tendue de la c√īte du Troms-Finnmark ont √©t√© retenues comme principales candidates[N 12]. Cette proposition suscite un important d√©bat dans la communaut√© scientifique depuis une centaine d'ann√©es, m√™me si des hypoth√®ses alternatives ont √©t√© trouv√©es[51]. En particulier, une grande partie des esp√®ces end√©miques peuvent s'expliquer par sp√©ciation depuis la fin de l'√®re glaciaire[51]. Quant √† la pr√©sence d'esp√®ces ¬ę occidentales ¬Ľ, il a √©t√© propos√© qu'elles aient √©t√© transport√©es sur des icebergs, les deux sites ¬ę refuges ¬Ľ possibles s'av√®rent en effet, du point de vue de la topologie de la c√īte et des courants, √™tre √©galement de bons candidats pour d'importants √©chouages d'icebergs vers la fin de l'√®re glaciaire[51].

La for√™t arrive d√®s le retrait du glacier[F 23]. Les arbres colonisent d'abord les versants des montagnes, les vall√©es √©tant encore sous la glace[F 23]. La limite des arbres est alors environ 400 m au-dessus de la limite actuelle[F 23]. La for√™t de conif√®res venus de l'est a cependant de grandes difficult√©s √† s'installer √† l'ouest de la cha√ģne, du c√īt√© norv√©gien du fait de la barri√®re constitu√©e par les montagnes[52]. Un exemple notable est celui de l'√©pic√©a commun, qui ne parvient √† coloniser l'Ouest norv√©gien qu'autour du d√©but de notre √®re, en passant par les terrains moins √©lev√©s au niveau du fjord de Trondheim (Hautes terres du centre)[53]. Il parvient ensuite √† s'√©tendre jusqu'aux montagnes de Saltfjellet au nord, formant elles aussi une barri√®re, qu'il est en train de franchir progressivement[54].

La limite des arbres est elle aussi dynamique, c'est-√†-dire qu'elle a √©volu√© selon l'altitude et la latitude depuis l'√®re glaciaire. Elle atteint tout d'abord un optimum il y a 9 400 ans, situ√© √† 515 m au-dessus de la limite actuelle[F 23]. Ensuite, la limite des arbres diminue progressivement, avec seulement quelques p√©riodes de hausse[F 23]. Cette diminution est due en partie (30 %) au rebond post-glaciaire qui √©leva le niveau du sol, ainsi qu'au changement climatique, les √©t√©s devenant plus doux et les hivers plus enneig√©s[F 23]. Le petit √Ęge glaciaire (du XVIe si√®cle au XIXe si√®cle) constitue un stress important pour la for√™t de montagne[F 24]. La toundra avance alors tr√®s rapidement et les habitants s'inqui√®tent √©norm√©ment de cette avanc√©e, ce qui explique les mesures de protection prises √† cette √©poque[F 24]. Ces derni√®res ann√©es, la tendance s'inverse, avec une rapide remont√©e de la limite des arbres[F 24].

Population

Vue de Bergen depuis le mont Fl√łyen.

La cha√ģne scandinave est tr√®s peu peupl√©e. La Norv√®ge est le pays le moins dens√©ment peupl√© d'Europe apr√®s l'Islande, avec 16 hab/km2[55], et les zones les plus peupl√©es du pays se trouvant autour du fjord d'Oslo et dans le sud, donc en dehors de la cha√ģne[56]. De m√™me, en Su√®de, seuls 2 % de la population vivent √† proximit√© des montagnes, ce qui se traduit par une densit√© de 1,2 hab/km2[57].

Les zones les plus peupl√©es de la cha√ģne sont situ√©es sur la c√īte norv√©gienne, qui abrite en particulier les villes de Bergen (227 752 hab.), Stavanger/Sandnes (189 828 hab.), Trondheim (160 072 hab.), Troms√ł (55 057 hab.) et √Ölesund (46 471 hab.), respectivement 2e, 3e, 4e, 9e et 11e plus grandes agglom√©rations de Norv√®ge en 2009[58]. Du c√īt√© su√©dois, les seules villes d'importance situ√©es non loin des montagnes sont √Ėstersund et Kiruna avec respectivement 44 327 et 18 148 habitants en 2010[59].

Si la grande majorit√© des habitants de la cha√ģne sont des Scandinaves (Su√©dois et Norv√©giens), ces derniers cohabitent dans la partie septentrionale de la cha√ģne avec le peuple sami (anciennement appel√©s Lapons). Ils sont estim√©s √† environ 40 000 en Norv√®ge, 20 000 en Su√®de et 6 000 en Finlande[60].

Troms√ł, sur son √ģle.

Histoire

De la chasse à la transhumance

Gravure d'un renne dans le site d'art rupestre d'Alta, dans le Nord de la Norvège. Les rennes avaient une place prédominante dans la vie des peuples de l'époque.

L'inlandsis scandinave se r√©sorbe √† partir du XIe si√®cle av. J.-C., lib√©rant rapidement l'ensemble de la c√īte norv√©gienne[61]. En m√™me temps que le front glaciaire recule, le milieu est recolonis√© par la flore et la faune, en particulier les rennes. Ils sont suivis par les peuples de chasseurs-cueilleurs-p√™cheurs[61] de la culture d'Ahrensburg qui colonisent la c√īte norv√©gienne et forment la culture Fosna-Hensbacka, ou culture Komsa dans le Nord[62]. En m√™me temps, des hommes des cultures post-swid√©riennes arrivent depuis l'est, rejoignant la culture Komsa dans le Nord du pays et formant l'actuel peuple sami[62] - [61]. Tous ces peuples sont des chasseurs-cueilleurs-p√™cheurs qui d√©pendent probablement en grande partie de la chasse aux rennes[N 14]. Ils sont nomades et leurs d√©placements sont fortement li√©s aux migrations annuelles des rennes entre la c√īte ou la plaine et la montagne[N 15]. On trouve encore dans tout le pays des traces d'habitations et de pi√®ges datant de l'√Ęge de la pierre, toujours √† proximit√© imm√©diate des rivi√®res et parfois relativement haut dans les montagnes[N 16]. La plupart des habitations ont √©t√© d√©couvertes dans la partie orientale de la cha√ģne, o√Ļ la v√©g√©tation √©tait plus favorable pour les rennes[N 16].

Au cours du N√©olithique, une transition commence √† s'op√©rer vers un mode de vie s√©dentaire pour les peuples du Sud[N 16], d√Ľ √† l'arriv√©e des cultures indo-europ√©ennes[61]. La s√©dentarisation est tr√®s progressive, commen√ßant avec simplement quelques animaux apprivois√©s et quelques parcelles de culture, et il faut environ mille ans pour que le mode de vie s√©dentaire soit d√©finitivement adopt√©[N 16]. Contrairement √† pr√©c√©demment, c'est alors plut√īt √† l'ouest de la cha√ģne que les gens s'installent, typiquement au fond des fjords[N 16]. La chasse et la p√™che deviennent alors des activit√©s secondaires, bien que leur importance soit toujours notable[N 17]. En particulier, la vente des fourrures peut constituer une source de revenus significative[N 18]. En compl√©ment de ces activit√©s, les gens exploitent aussi le fer des marais, qui se trouve facilement dans les montagnes, le plus souvent uniquement pour leurs besoins personnels[N 18].

En parall√®le, plus au nord et √† l'est, les Samis conservent leur mode de vie de chasseur-cueilleur[N 17]. Leur aire de r√©partition descend probablement jusqu'√† l'actuelle R√łros[N 17]. Cela ne les emp√™che pas d'avoir quelques rennes domestiqu√©s d√®s l'√Ęge du fer, principalement comme aide pour le transport[N 17]. Ils conservent ce mode de vie jusqu'au XVIe si√®cle et ce n'est que lorsque le nombre de rennes sauvages diminue fortement qu'ils commencent √† privil√©gier l'√©levage, adoptant alors un sch√©ma de transhumance[N 17].

Chalet d'alpage dans la commune de Stange, dans le Sud-Est de la Norvège.

La transhumance, √©galement pr√©sente dans les autres montagnes europ√©ennes, est aussi pratiqu√©e par les paysans qui ont leur ferme au pied des montagnes[N 19] - [63]. Cette pratique a aussi lieu en dehors des zones montagneuses et la p√Ęture se fait alors dans les for√™ts[64]. La transhumance est pratiqu√©e de fa√ßon certaine depuis l'√Ęge viking (entre 800 et 1000 apr. J.-C.), mais est probablement plus ancienne encore[N 19]. Cette technique permet aux paysans d'avoir plus d'animaux qu'ils ne le pourraient dans leur ferme en utilisant les prairies de montagne comme terrain de p√Ęture compl√©mentaire[N 19] - [63]. Ainsi, les champs du village peuvent √™tre utilis√©s pour nourrir les habitants, ainsi que pour produire le foin n√©cessaire au b√©tail pendant l'hiver[N 19]. En plus de la p√Ęture des animaux, les paysans r√©coltent aussi les grands tapis de lichen des rennes, ainsi que les carex et la√ģches des tourbi√®res qui viennent s'ajouter au foin pour subsister durant l'hiver[N 20]. La moisson des marais ayant tendance √† en modifier l'√©quilibre et √† l'ass√©cher, les paysans ont parfois recours √† de petits barrages pour en forcer l'inondation au d√©but de l'√©t√©[N 20].

L'organisation de la transhumance d√©pend quelque peu des caract√©ristiques g√©ographiques. Ainsi, dans le Sud-Ouest de la Norv√®ge, les fermes disposent en g√©n√©ral d'un seul chalet d'alpage (appel√© Seter en norv√©gien et F√§bod en su√©dois). Dans les parties septentrionale ou orientale de la cha√ģne, il n'est pas rare pour les fermes d'en avoir plusieurs, typiquement un chalet pr√®s de la ferme (Heimseter / Hemf√§bod) et un second plus loin et plus haut dans les montagnes (Langseter / L√•ngf√§bod)[N 19] - [63]. Ainsi, au printemps, les paysans emm√®nent les troupeaux dans le chalet proche, souvent isol√© et voisin de la limite conif√®res-bouleaux, l√† o√Ļ la neige dispara√ģt le plus t√īt[N 19]. En √©t√©, ils se rendent dans le chalet situ√© plus haut dans les montagnes. Ces chalets, souvent regroup√©s en petits villages, sont d√©neig√©s plus tardivement. Au d√©but de l'automne, ils reviennent au premier chalet[N 19]. En g√©n√©ral, hommes et animaux ne rentrent au village qu'au moment des premi√®res neiges[N 19].

Lorsque les chalets sont proches de la ferme principale, les habitants effectuent souvent des allers-retours quotidiens, le chalet n'étant pas habité et le lait étant alors transformé (en beurre et fromage par exemple) dans la ferme[N 19]. Au contraire, en cas d'éloignement plus important, le chalet devient un lieu de vie et on y pratique la transformation du lait[N 19]. Les femmes et les enfants s'installent dans le chalet pour s'occuper du bétail tandis que les hommes restent s'occuper de la ferme au village et ne rejoignent la famille qu'un ou deux jours par semaine[N 20]. Lorsque les paysans résident ainsi dans le chalet, ils consomment beaucoup de bois pour le chauffage et doivent parfois aller à cheval chercher du bois plus bas dans les vallées[N 20].

Des montagnes dangereuses mais riches

Le chemin Pilegrimsleden dans le Dovrefjell, reconverti en sentier touristique.

Depuis leur s√©dentarisation, les habitants vivent principalement en plaine ou sur la c√īte. Ils se rendent rarement dans les montagnes, √† l'exception de celles proches des villages lors de l'estive. Il existe quelques √©changes entre l'est et l'ouest : l'ouest vend le sel, un produit extr√™mement important √† l'√©poque, ainsi que le poisson et le beurre, tandis que l'est vend probablement du fer (fer des marais) en majorit√©[N 21]. Mais autour de l'an 1000, lorsque le royaume de Norv√®ge se constitue[N 21], les besoins en transport augmentent fortement, en particulier pour le roi et sa cour[N 22]. Parmi les premi√®res voies qui sont ainsi cr√©√©es, une des plus importantes est la Pilegrimsleden (litt√©ralement ¬ę la route des p√®lerins ¬Ľ), qui relie Oslo √† Nidaros (l'actuelle Trondheim), alors capitale du pays et abritant le tombeau de saint Olaf[N 22]. Cette route traverse le massif de Dovrefjell, une √©preuve difficile pour les voyageurs[N 22].

De mani√®re g√©n√©rale, les gens de l'√©poque n'osent s'aventurer dans les montagnes[N 23] et celles-ci restent donc largement inexplor√©es, en particulier celles du Nord. Au XVIe si√®cle, le roi de Su√®de Gustave Vasa d√©cr√®te que le royaume s'√©tend jusqu'√† l'oc√©an Arctique et en 1613, lors du trait√© de Kn√§red, la fronti√®re entre la Norv√®ge et la Su√®de est √©tablie le long de la ligne de partage des eaux, qui parcourt le milieu de la cha√ģne[S 18]. Mais du fait des difficult√©s d'exploration, ce n'est qu'en 1751 que la fronti√®re peut √™tre cartographi√©e et valid√©e √† Str√∂mstad[S 18]. La difficult√© de la travers√©e des montagnes est illustr√©e par un √©v√®nement de la grande guerre du Nord, parfois appel√© ¬ę catastrophe d'√ėyfjellet ¬Ľ. En , le g√©n√©ral Carl Gustaf Armfeldt doit rentrer en Su√®de apr√®s la mort de Charles XII de Su√®de √† Fredrikshald, mais durant le voyage, le blizzard s'abat sur les montagnes et provoque la mort de 3 700 hommes, soit plus de la moiti√© de la troupe[S 19].

La ville de R√łros, cr√©√©e autour de la mine.

La d√©couverte de gisements de m√©taux des deux c√īt√©s de la fronti√®re cr√©e un nouvel √©lan au XVIIe si√®cle amenant les populations vers les montagnes. En Su√®de, ceci correspond √† la p√©riode de grandeur, qui voit, de mani√®re g√©n√©rale, un int√©r√™t accru pour le Nord du pays[S 18]. Une des premi√®res mines est la mine d'argent de Nasa, dans la montagne Nasafj√§llet, dont l'exploitation commence en 1630[S 18]. Le pays engage √©norm√©ment d'ouvriers allemands, dont beaucoup meurent √† cause du climat[S 18]. Les Samis sont engag√©s de force dans le travail de la mine : ils doivent transporter le minerai (souvent √† dos de renne) jusqu'√† la fonderie √† S√§dvajaure, situ√©e dans la plaine, √† 50 km de l√†[S 18]. Cependant, cette mine n'est pas rentable et l'exploitation cesse en 1659, les installations √©tant d√©truites par les Norv√©giens dans ce qui constitue la seule attaque ayant jamais eu lieu en Laponie su√©doise[S 18]. Cette attaque permet la reprise des zones perdues par le trait√© de Roskilde en 1658 et le trait√© de Copenhague r√©tablit donc la fronti√®re sur la ligne de partage des eaux en 1660[S 18]. D'autres mines, celles de Kedkevare √† Padjelanta et d'Alkavare √† Sarek, constituent avec la fonderie de Kvikkjokk l'ensemble appel√© Lule√• silververk, dont l'exploitation commen√ßa en 1661[S 19]. La faible concentration du gisement entra√ģne l'arr√™t de la mine en 1702[S 19].

En Norv√®ge, les deux principales mines, qui commencent leur activit√© approximativement √† la m√™me p√©riode, sont les mines d'argent de Kongsberg et la mine de cuivre de R√łros[N 24]. Ces mines favorisent le d√©veloppement de routes permettant d'acheminer le charbon de bois √† la mine et de r√©cup√©rer le minerai[N 24]. Cependant, les charges les plus lourdes sont transport√©es principalement en tra√ģneau sur les lacs et marais gel√©s en hiver[N 24]. Kongsberg devient m√™me au XVIIIe si√®cle la deuxi√®me plus grande ville de Norv√®ge avec dix mille habitants, apr√®s Bergen[N 24].

En Suède, quelques nouvelles tentatives sont faites au siècle suivant. Ainsi, la mine de Nasafjället reprend son activité en 1771 et plusieurs sites sont testés, tels que les mines de cuivre à Sjangeli au sud d'Abisko, à Ljusnedal dans la commune d'Härjedalen ou à Huså dans la montagne Åreskutan[S 20]. Toutes ces mines sont désormais fermées[S 20].

Des expéditions scientifiques au tourisme

Linné dans son voyage en Laponie.

√Ä partir du XVIIe si√®cle mais surtout aux XVIIIe et XIXe si√®cles, un grand nombre d'exp√©ditions scientifiques sont men√©es dans les montagnes dont elles permettent une connaissance accrue. Dans un premier temps, les hommes d'√©glise sont charg√©s des exp√©ditions. Ainsi, un des premiers livres d√©crivant le Nord de la Su√®de et le peuple sami, est Lapponia, √©crit par Johannes Schefferus[S 19]. Mais Johannes lui-m√™me n'a jamais visit√© la r√©gion et le livre est en fait une compilation des r√©cits de pr√™tres qu'il avait envoy√©s l√†-bas[S 19]. En 1695, Olof Rudbeck le Jeune fait lui-m√™me une exp√©dition en Laponie su√©doise, sur ordre royal, et √©tablit ainsi une des premi√®res cartographies scientifiques de la r√©gion[S 19]. Malheureusement, cette Ňďuvre, nomm√©e Lapponia illustrata, est d√©truite dans l'incendie d'Uppsala en 1702[65]. Ce voyage inspire cependant le naturaliste su√©dois Carl von Linn√© qui d√©cide d'explorer √† son tour la r√©gion en 1732[S 19]. Il visite ainsi Kvikkjokk, Padjelanta et continue au-del√† de la fronti√®re jusqu'aux fjords norv√©giens avant de revenir[S 19]. Deux ans plus tard, il fait un nouveau voyage plus au sud, dans les montagnes de Dal√©carlie jusqu'au lac norv√©gien de Femunden[S 19]. Apr√®s ces voyages, il √©crit le c√©l√®bre livre Flora Lapponica qui est le premier livre o√Ļ il utilise le syst√®me de classification qu'il a cr√©√©[66]. Ce voyage devient c√©l√®bre dans les milieux scientifiques et dans les d√©cennies suivantes, beaucoup de botanistes vont dans ces montagnes, sur les traces de l'illustre Linn√©[S 21]. En Norv√®ge, les exp√©ditions commencent principalement apr√®s la demande faite en 1743 √† Copenhague par la fonction publique norv√©gienne dans le but de collecter des informations sur le pays[N 25]. Ainsi, de nombreuses √©tudes sont r√©alis√©es sur la g√©ographie norv√©gienne, notamment sur la faune, la flore, la g√©ologie et les traditions des montagnes[N 25]. Ceci cr√©e un √©lan g√©n√©ral et de nombreuses exp√©ditions sont r√©alis√©es au-del√† m√™me de la demande de 1743[N 25]. Un exemple notable est le livre Histoire naturelle de la Norv√®ge, √©crit par Erik Pontoppidan en 1752[N 25].

Rjukanfossen, le premier grand site touristique de Norvège.

Plusieurs de ces explorations scientifiques permettent de faire conna√ģtre les montagnes au pays et entra√ģnent les premiers d√©veloppements du tourisme montagnard[S 21]. C'est par exemple le cas de l'entomologiste su√©dois Johan Wilhelm Zetterstedt qui r√©alise un voyage tr√®s document√© dans les montagnes d'√Öre et en vante les propri√©t√©s thermales[S 21]. C'est ainsi qu'√Öre devient une station thermale renomm√©e et Fj√§lln√§s, √† proximit√©, devient le premier h√ītel de montagne su√©dois[S 21]. Certains scientifiques peuvent m√™me √™tre consid√©r√©s comme des touristes des montagnes. Ainsi, √† la fin du XIXe si√®cle, Gustav Wilhelm Bucht et Leonard Lind cartographient les montagnes de la Laponie su√©doise, y compris les plus difficiles d'acc√®s[S 21]. Ils √©tablissent en 1879 que le Sarektj√•kk√• est le point culminant de Su√®de, puis peu de temps apr√®s, ils d√©clarent le Kebnekaise comme tel[S 21]. Ce faisant, ils escaladent plusieurs des principaux sommets de la r√©gion[S 21]. Ces cartes pr√©cises permettent aussi le succ√®s ult√©rieur de certains grimpeurs, tels que Charles Rabot qui escalade le Kebnekaise en 1883[S 21]. En Norv√®ge, le tourisme commence aussi au milieu du XIXe si√®cle[N 23]. Un homme y contribue particuli√®rement au d√©veloppement du tourisme : l'Anglais Thomas Bennett[N 26] ; il s'installe en 1849 en Norv√®ge et, √† travers une s√©rie de livres, fait conna√ģtre les montagnes de Norv√®ge aux Anglais, cr√©ant les premiers afflux de touristes √©trangers[N 26].

√Ä l'approche de la fin du XIXe si√®cle, les associations touristiques norv√©giennes (DNT) et su√©doise (STF) sont cr√©√©es, respectivement en 1868 et 1885[N 26] - [67]. Ces deux associations deviennent des acteurs importants dans la promotion du tourisme dans les montagnes de leurs pays respectifs. Du c√īt√© norv√©gien, le premier site est la chute d'eau Rjukanfossen, alors le plus c√©l√®bre site touristique du pays, pr√®s de laquelle la DNT ach√®te sa premi√®re cabane, appel√©e Krokan[N 27]. L'association se concentre ensuite sur la cr√©ation de refuges et de sentiers dans le Jotunheimen et l'Hardangervidda[N 27]. En Su√®de, le premier refuge est cr√©√© pr√®s du massif de Sulitjelma, puis un peu partout dans les montagnes du pays avant de se concentrer sur sa plus grande Ňďuvre : la cr√©ation du Kungsleden, un chemin de randonn√©e traversant toute la partie nord des montagnes su√©doises[67].

Développement des communications

La célèbre Trollstigen, route accrochée à la montagne.

Un √©l√©ment d√©cisif dans le changement de la perception n√©gative des montagnes est l'important d√©veloppement des voies de communications qui a lieu √† partir du XIXe si√®cle. Les progr√®s techniques, en particulier l'invention de la dynamite, sont d√©terminants puisqu'ils permettent de cr√©er des routes √† flanc de montagne[N 28]. Mais les changements s'expliquent aussi par une volont√© politique[N 28]. En Norv√®ge, ce changement est marqu√© par une loi de 1851 (veiloven, ¬ę la loi des routes ¬Ľ) qui donne un nouvel √©lan √† la construction de routes dans le pays, en particulier √† travers les montagnes[N 28]. Ces routes de montagne sont pour une grande partie ouvertes uniquement trois ou quatre mois dans l'ann√©e du fait des conditions climatiques. Mais elles ont cependant nettement favoris√© le d√©veloppement du commerce[N 28]. La Su√®de et la Norv√®ge √©tant dans une union personnelle entre 1814 et 1905 (Su√®de-Norv√®ge), cela permet aussi la cr√©ation de routes entre les deux pays. On peut citer la route construite en 1835 entre √Öre et Trondheim qui suit l'ancienne voie de p√®lerinage (actuelle route europ√©enne 14), ou la route construite entre T√§nn√§s et R√łros[S 21]. L'av√®nement de l'automobile au d√©but des ann√©es 1900 entra√ģne √† nouveau la cr√©ation de routes, en particulier dans le Nord de la Norv√®ge longtemps oubli√© auparavant[N 29]. La volont√© est de pouvoir relier Oslo √† Kirkenes, cette derni√®re n'√©tant alors accessible que par bateau[N 29]. Ces cr√©ations de routes repr√©sentent sept cents kilom√®tres par an[N 29]. Finalement, dans la seconde moiti√© du XXe si√®cle, la priorit√© est donn√©e √† la cr√©ation de routes ouvertes toute l'ann√©e, y compris l'hiver, avec en particulier un grand nombre de tunnels[N 29], tels que le tunnel de L√¶rdal ouvert en 2000, le plus long tunnel routier au monde avec 24,5 km[68].

Un chasse-neige rotatif sur la ligne de Bergen, dans le plateau du Hardangervidda.

Si la construction de routes √† travers les montagnes s'est av√©r√©e difficile, la construction de chemin de fer repr√©sente un v√©ritable d√©fi. Ceci est tout particuli√®rement vrai pour la construction de la ligne de Bergen qui relie les deux plus grandes villes de Norv√®ge : Oslo et Bergen[N 30]. Ces deux villes sont situ√©es de part et d'autre de la cha√ģne, n√©cessitant la travers√©e du plateau du Hardangervidda[N 30]. Il y avait certes d√©j√† des chemins de fer dans d'autres montagnes, telles que les Alpes mais aucune ligne n'√©tait situ√©e au-dessus de la limite des arbres[N 30]. Ainsi, si l'id√©e d'une telle ligne avait √©t√© sugg√©r√©e d√®s 1871, les n√©gociations font rage jusqu'au d√©but des travaux en 1894[N 30]. Le travail est particuli√®rement p√©nible et les seules possibilit√©s d'approvisionnement le sont √† dos de cheval et sur de grandes distances[N 31]. Jusqu'√† 2 200 personnes travaillent sur ce vaste plateau d√©sert[N 31]. Quelques b√Ętiments sont √©difi√©s le long de la ligne pour le confort des travailleurs[N 31]. La construction implique le percement de plusieurs tunnels, dont le plus long mesure 5 311 m, et n√©cessite six ans de travaux[69]. La ligne peut finalement ouvrir en 1909[N 30]. Apr√®s le succ√®s de cette premi√®re ligne, plusieurs autres sont construites : la ligne de Dovre (Oslo-Trondheim) en 1921, la ligne du Nordland (Trondheim-Bod√ł) en 1962[N 31]. Tout comme pour les routes, l'union personnelle entre la Su√®de et la Norv√®ge permet la construction de lignes frontali√®res telles que la ligne de Mer√•ker-Mittbanan entre Hell (Norv√®ge) et Sundsvall (Su√®de) en 1882[70] et la ligne Malmbanan-Ofot, construite en 1903 pour acheminer le minerai de fer des riches mines de Kiruna-G√§llivare vers les ports de Lule√• (Su√®de) et Narvik (Norv√®ge)[71].

Activités

Secteur primaire

Habitation traditionnelle sami à Abisko, en Laponie suédoise.

Le secteur primaire est d'une importance relativement limitée dans les Alpes scandinaves par rapport aux autres zones de montagnes d'Europe[72].

Une grande partie de la surface des Alpes scandinaves est utilis√©e pour l'√©levage des rennes par les Samis (anciennement appel√©s Lapons). Ainsi, la quasi-totalit√© des montagnes su√©doises, les montagnes finlandaises et toute la partie au nord du fjord de Trondheim du c√īt√© norv√©gien sont r√©serv√©es √† la pratique de cette activit√© ancestrale[73] - [74] - [75]. Ce peuple a gard√© relativement intact le mode de vie traditionnel de transhumance entre les for√™ts au pied de la cha√ģne en hiver et les p√Ęturages d'√©t√© dans les montagnes[76]. Cependant, √† partir de la fin du XXe si√®cle, les √©leveurs ont de plus en plus recours √† des techniques modernes telles que les h√©licopt√®res, les motoneiges et autres v√©hicules motoris√©s pour suivre leurs troupeaux[77]. Les rennes sont utilis√©s √† la fois pour leur aide au transport, pour leur lait, leur cuir et leurs bois, mais surtout pour leur viande[77].

Le droit de pratique de l'élevage des rennes dans ces zones est réservé aux Samis, sauf en Finlande[77]. Les droits d'élevage sont organisés en structures appelées villages samis (Sameby) en Suède et unités d'exploitations (driftsenhet) en Norvège : seuls les Samis rattachés à ces structures peuvent pratiquer l'élevage au sein du territoire de la structure[73] - [74]. Certains accords existent entre la Norvège et la Suède concernant les activités transfrontalières d'élevage, certains Samis pratiquant traditionnellement la transhumance entre les deux pays avant l'établissement des frontières[73].

Vue d'une petite exploitation typique de l'Ouest norv√©gien, coinc√©e entre les montagnes et le fjord : Tufto au bord du N√¶r√łyfjord.

En dehors des zones samies, c'est aussi l'√©levage qui domine plus au sud, permettant √† la Norv√®ge d'assurer plus que ses besoins en viande[56]. Une tr√®s faible proportion du territoire norv√©gien est cultiv√©e (environ 3 %[78]), et ces terrains sont principalement situ√©s dans les plaines au sud-est de la cha√ģne ou au niveau des basses-terres du fjord de Trondheim[56]. En fait, les montagnes sont tr√®s peu fertiles, √† l'exception des vall√©es qui ont √©merg√© r√©cemment √† la faveur du rebond post-glaciaire du fait des alluvions d√©pos√©s par la mer[78]. Dans les montagnes, les fermes sont souvent de petite taille, et l'exploitation foresti√®re ou d'autres activit√©s assurent souvent des compl√©ments de revenus[56]. Parmi les zones agricoles importantes des montagnes, les environs du Hardangerfjord comportent des exploitations sp√©cialis√©es dans les arbres fruitiers[56]. Afin d'emp√™cher un exode rural trop important et d'assurer autant que possible une ind√©pendance alimentaire, l'agriculture norv√©gienne est fortement subventionn√©e[78].

La sylviculture est une activit√© tr√®s importante pour les trois pays bordant la cha√ģne, mais c'est avant tout l'exploitation des for√™ts de plaines qui domine : en effet, la majeure partie de la cha√ģne se trouve au-dessus de la limite des conif√®res, et les for√™ts de montagne ont un rythme de r√©g√©n√©ration plus lent, voir nul[79]. Ainsi, si 41 % du territoire norv√©gien est bois√©[80], seul un cinqui√®me de cette for√™t est consid√©r√© comme une for√™t de montagne, dont la moiti√© est class√©e ¬ę for√™t de protection ¬Ľ[79], c'est-√†-dire une for√™t dont l'exploitation est soumise √† des r√®gles tr√®s strictes, soit √† cause de son r√īle protecteur contre les avalanches, soit √† cause de ses difficult√©s de r√©g√©n√©ration[81]. De m√™me, du c√īt√© su√©dois, la partie sup√©rieure de la ta√Įga de montagne est prot√©g√©e contre l'exploitation[F 22]. Ceci n'emp√™che pas la sylviculture d'√™tre une importante source de revenus locale, constituant un compl√©ment important pour les agriculteurs norv√©giens[56] et souvent une des sources principales de revenus pour les communes de montagnes su√©doises[57].

Si l'industrie mini√®re a attir√© dans le pass√© les habitants vers les montagnes, depuis elle a clairement perdu son importance. De nos jours, la Su√®de poss√®de toujours de tr√®s importantes mines, mais elles ne se trouvent pas dans les montagnes, bien que certaines en soient tr√®s proches (telles que les grands gisements de fer de Kiruna et G√§llivare)[82]. Certaines zones au cŇďur m√™me des montagnes font cependant l'objet d'explorations[82]. En Norv√®ge, l'industrie mini√®re √©volue vers une exploitation des min√©raux (tels que l'olivine) plut√īt que des minerais[83]. Ces industries sont le plus souvent situ√©es sur la c√īte[83].

√Čnergie

Zakariasdammen, dans la commune norv√©gienne de Norddal. Comme souvent sur la c√īte ouest, le barrage augmente le volume d'un lac d'altitude servant de r√©servoir et l'eau est achemin√©e vers une centrale au niveau du fjord, exploitant ainsi une grande hauteur de chute.

Les montagnes sont d'une importance consid√©rable pour la production √©lectrique en Su√®de et Norv√®ge par l'utilisation de l'√©nergie hydro√©lectrique. L'hydro√©lectricit√© repr√©sente 96 % de toute l'√©lectricit√© consomm√©e en Norv√®ge, soit 120 TWh[84], et 44 % de l'√©lectricit√© produite en Su√®de, soit 65 TWh[85]. Ainsi, la Norv√®ge est la nation la plus grande productrice d'hydro√©lectricit√© d'Europe et la sixi√®me au monde, voire la premi√®re mondiale si l'on rapporte cette production au nombre d'habitants du pays[86]. Le deuxi√®me producteur europ√©en d'hydro√©lectricit√© n'est autre que la Su√®de[84].

Les premi√®res centrales hydro√©lectriques de Su√®de et de Norv√®ge sont construites dans les ann√©es 1880[87] - [88]. Cependant, en Su√®de, les centrales sont d'abord construites pr√®s des villes[87], et il faut attendre 1910 avec la centrale hydro√©lectrique de Porjus pour que ces d√©veloppements atteignent les montagnes du Nord su√©dois[89]. Cette construction repr√©sente un v√©ritable d√©fi, non seulement du fait du climat et du manque d'infrastructures (en attendant la construction de la ligne de chemin de fer, les mat√©riaux sont transport√©s √† pied sur une cinquantaine de kilom√®tres), mais aussi car l'√©lectricit√© doit ensuite √™tre achemin√©e jusque dans le Sud du pays o√Ļ elle est consomm√©e, entra√ģnant l'utilisation obligatoire de lignes √† haute tension[89].

Le sch√©ma g√©n√©ral des centrales est tr√®s diff√©rent entre l'est et l'ouest de la cha√ģne en raison des diff√©rences de topographie. √Ä l'ouest, le relief est tr√®s escarp√© et les rivi√®res ont en g√©n√©ral un d√©bit mod√©r√©[90]. Les centrales utilisent souvent un lac d'altitude d√©j√† existant, agrandi par un barrage, ce qui permet de cr√©er facilement des r√©servoirs[90]. Ces lacs sont fr√©quemment en aval de glaciers constituant eux-m√™mes d'une certaine fa√ßon des r√©servoirs[86]. L'eau est ensuite achemin√©e par conduite forc√©e vers une centrale situ√©e au niveau du fjord, ce qui permet de profiter d'une hauteur de chute maximale[90]. √Ä l'est, au contraire, les rivi√®res ont un d√©bit sup√©rieur mais des pentes plus mod√©r√©es ; les centrales sont alors plut√īt situ√©es √† m√™me la rivi√®re[90]. En Su√®de, 80 % de la production hydro√©lectrique provient des rivi√®res du Nord du pays, prenant donc leur source dans les montagnes[91]. Du fait de la diminution progressive de l'altitude, les centrales sont r√©parties sur l'ensemble du cours et pas seulement dans les montagnes. Cependant, les montagnes gardent leur importance car c'est l√† que se situent les principaux r√©servoirs du pays, reprenant le plus souvent des lacs de pi√©mont existants sur√©lev√©s par des barrages[92].

Naturellement, la quantit√© d'eau disponible est plus importante au moment de la fonte des neiges au printemps et en √©t√© alors que la consommation √©lectrique atteint son maximum en hiver[84]. Cependant, le volume des r√©servoirs est suffisant pour permettre l'√©quilibre entre production et consommation[84]. Cet √©quilibre est particuli√®rement important au sein du march√© nordique, r√©unissant Su√®de, Norv√®ge, Finlande et Danemark, qui est hautement int√©gr√© au sein de Nord Pool : par exemple le Danemark d√©pend fortement des ressources √©oliennes, fluctuantes[84]. La cha√ģne scandinave pourrait jouer un r√īle crucial dans l'optique d'une grande coop√©ration √©nerg√©tique europ√©enne : c'est en effet la plus grande zone potentielle de stockage d'√©nergie d'Europe gr√Ęce au pompage-turbinage, repr√©sentant la moiti√© de la capacit√© totale estim√©e du continent (soit entre 10 et 20 GW)[84]. Cependant √† l'heure actuelle le pompage-turbinage est relativement marginal, le march√© nordique n'en ayant jamais eu besoin[84].

Si l'hydro√©lectricit√© est actuellement la source d'√©nergie majoritaire des montagnes, l'exploitation de l'√©nergie √©olienne est aussi envisag√©e. C'est en particulier le cas en Su√®de, car les montagnes figurent parmi les zones o√Ļ le potentiel √©olien est maximal[93]. Des probl√®mes environnementaux se posent n√©anmoins, les montagnes √©tant consid√©r√©es comme un milieu particuli√®rement sensible, avec en particulier des menaces importantes pour les oiseaux de proie[94]. Les int√©r√™ts touristiques pourraient √©galement √™tre menac√©s par l'arriv√©e d'√©oliennes[95]. Enfin, la construction dans les montagnes est on√©reuse[96], et le climat froid p√©nalise l'efficacit√© des √©oliennes[97].

Protection environnementale

Carte des aires protégées de Norvège et de Suède. On remarque leur concentration autour des montagnes
  • Parcs nationaux
  • R√©serves naturelles et autres formes de protection

Les pays nordiques sont parmi les premiers d'Europe √† cr√©er des mesures de conservation de la nature[F 25]. Cet √©lan est initi√© par l'explorateur polaire Adolf Erik Nordenski√∂ld, qui en 1880 propose √† la Finlande et √† la Su√®de d'appliquer le concept de parc national r√©cemment cr√©√© aux √Čtats-Unis[F 25]. La Su√®de est la premi√®re √† mettre en Ňďuvre cette id√©e en cr√©ant ses premi√®res lois de protection de la nature et ses premiers parcs nationaux en 1909[F 25]. La Soci√©t√© su√©doise de conservation de la nature est cr√©√©e la m√™me ann√©e, et la Soci√©t√© norv√©gienne de conservation de la nature en 1914[F 25]. Cependant, la notion de protection √©tait tr√®s diff√©rente de celle de nos jours, ignorant en particulier le concept de biodiversit√©[F 25]. Il s'agissait avant tout de prot√©ger des aires naturelles pour la recherche scientifique[F 25]. La conservation de la nature dans son acception moderne, c'est-√†-dire visant √† pr√©server la biodiversit√©, d√©bute dans les ann√©es 1960 en Su√®de et en Norv√®ge, et plus tardivement en Finlande[F 25].

D√®s leur cr√©ation, la plupart des aires prot√©g√©es (tant en nombre qu'en superficie) sont principalement concentr√©es dans les montagnes, qui sont √† la fois les zones les plus sauvages, mais aussi celles o√Ļ les conflits d'int√©r√™ts sont les plus rares[98]. Bien que la cr√©ation des parcs nationaux ou des r√©serves naturelles vise de nos jours √† une plus grande repr√©sentativit√© des paysages du pays, la montagne est toujours sur-repr√©sent√©e, ce qui est en particulier notable en Su√®de[99].

Dans les trois pays, il existe plusieurs types d'aires prot√©g√©es : les parcs nationaux sont le plus haut niveau de protection, r√©serv√© √† de vastes superficies repr√©sentatives de la nature des pays[F 26]. √Ä un niveau de protection inf√©rieur, mais toujours √©lev√©, se trouvent les r√©serves naturelles[F 26]. Enfin, diverses aires prot√©g√©es poss√®dent des objectifs plus sp√©cifiques, mais un niveau de protection moins important[F 26]. La cha√ģne comporte aussi deux sites naturels ou mixtes du patrimoine mondial de l'UNESCO : la r√©gion de Laponie et les fjords de l'Ouest de la Norv√®ge.

En d√©pit du statut de protection √©lev√© de certaines aires prot√©g√©es, les Samis b√©n√©ficient de nombreuses d√©rogations visant √† prot√©ger leur culture[F 26]. Elles se justifiaient √©galement par le tr√®s faible impact de leur mode de vie sur l'environnement ; mais depuis quelques ann√©es, l'utilisation de v√©hicules motoris√©s et l'intensification de la p√Ęture sont per√ßues de plus en plus n√©gativement par les autorit√©s[F 26]. Des discussions sont en cours pour un √©ventuel contr√īle plus important des activit√©s samies[F 26].

Les principales aires protégées par pays, classées du nord au sud, sont énumérées ci-dessous.

Norvège
  • Parc national de Seiland, cr√©√© en 2006, prot√©geant 316,3 km2 d'une grande √ģle de l'Extr√™me Nord norv√©gien.
  • Parc national de √Önderdalen, cr√©√© en 1970, d'une superficie de 125 km2, prot√©geant un paysage c√ītier vari√© domin√© par les montagnes.
  • Parc national de Reisa, cr√©√© en 1986, couvrant 803 km2 autour d'une vall√©e coupant un vaste plateau. L'eau y est un √©l√©ment omnipr√©sent.
Suède
Paysage du parc de Padjelanta.
  • Parc national de Vadvetj√•kka, cr√©√© en 1920, couvrant 26,3 km2 d'une montagne calcaire avec notablement quelques-unes des plus grandes grottes du pays.
  • Parc national d'Abisko, cr√©√© en 1909, couvrant 77 km2 d'une vall√©e couverte d'une for√™t de bouleaux.
  • Parc national de Stora Sj√∂fallet, adjacent de ceux de Padjelanta et de Sarek, cr√©√© en 1909, mais amput√© en 1919 par la construction d'un barrage, s'√©tend sur 1 278 km2.
  • Parc national de Padjelanta, adjacent de ceux, su√©dois, de Sarek et de Stora Sj√∂fallet, et de celui, norv√©gien, de Rago, cr√©√© en 1962, plus vaste parc de Su√®de avec 1 984 km2. Prot√®ge une haute plaine avec ses nombreux lacs et sa v√©g√©tation unique.
  • Parc national de Sarek, adjacent de ceux de Padjelanta et de Stora Sj√∂fallet, cr√©√© en 1909, d'une superficie de 1 970 km2, prot√®ge la zone la plus alpine de Su√®de.
  • Parc national de Pieljekaise, cr√©√© en 1909 prot√©geant 153,4 km2 de for√™t de bouleaux et sa riche faune.
  • Parc national de Sonfj√§llet, cr√©√© en 1909 autour de la montagne isol√©e de m√™me nom. Prot√®ge de ses 104,4 km2 une importante population d'ours bruns, ce qui a permis de sauver l'esp√®ce en Su√®de.
  • Parc national de T√∂fsingdalen, cr√©√© en 1930, d'une superficie de 16,15 km2 dans un terrain d√©sol√© et difficilement accessible.
  • Parc national de Fulufj√§llet, cr√©√© en 2002, couvrant toute la partie su√©doise du plateau de Fulufj√§llet soit 385 km2. Flore unique en Su√®de car c'est l'une des rares montagnes en dehors de la zone de p√Ęture des rennes.
  • R√©serve naturelle de Sjaunja, cr√©√©e en 1986, s'√©tendant sur 2 851 km2 entre les montagnes et le plus vaste r√©seau de tourbi√®res d'Europe occidentale qui s'√©tend √† leurs pieds.
  • R√©serve naturelle de Vindelfj√§llen cr√©√©e en 1974 et d'une superficie de 5 600 km2, ce qui en fait la plus vaste r√©serve naturelle de Su√®de. Prot√®ge une grande diversit√© de paysages caract√©ristiques des montagnes su√©doises.
Finlande

Tourisme

La cascade V√łringfossen, site naturel le plus visit√© de Norv√®ge.

Les Alpes scandinaves jouent un r√īle particuli√®rement important pour le tourisme des trois pays bordant la cha√ģne. Ainsi, en 2002, 43 % des adultes su√©dois avaient visit√© les montagnes su√©doises au moins une fois au cours des cinq ann√©es pr√©c√©dentes[100]. De m√™me, en Norv√®ge, les principales attractions sont la c√īte, dont les fjords, et les montagnes[101]. Plusieurs sites des montagnes norv√©giennes figurent parmi les lieux les plus visit√©s du pays, tels que la ligne de train Fl√•msbana, troisi√®me attraction payante la plus visit√©e du pays avec 501 000 visiteurs en 2007, la cascade V√łringfossen (685 000 visiteurs), la route Trollstigen (590 000), le Geirangerfjord (426 000), le N√¶r√łyfjord (306 000) et le glacier Briksdalsbreen (285 000) qui sont respectivement les premier, deuxi√®me, quatri√®me, sixi√®me et septi√®me sites gratuits les plus visit√©s de Norv√®ge en 2007[102].

Seuls 5 % des visiteurs des montagnes su√©doises[100] et 27 % des touristes en Norv√®ge[103] - [note 3] proviennent de l'√©tranger. Ces faibles nombres sont en grande partie li√©s √† l'√©loignement par rapport aux grands centres de population, la cha√ģne √©tant situ√©e √† la p√©riph√©rie du continent europ√©en[104]. Les visiteurs √©trangers de la cha√ģne proviennent principalement des autres pays nordiques ou d'Allemagne[100] - [105].

Station de sports d'hiver d'√Öre, la plus grande de Scandinavie.

√Ä l'origine, le tourisme dans les montagnes se cantonne principalement √† la saison estivale[106], mais le tourisme d'hiver commence √† se d√©velopper √† partir des ann√©es 1950[107]. Le ski est pratiqu√© depuis plusieurs milliers d'ann√©es en Scandinavie et la Norv√®ge est consid√©r√©e comme le lieu de naissance du ski moderne, certaines r√©gions ayant donn√© leur nom √† des techniques de ski telles que le t√©l√©mark ou le christiania[107]. Les plus grandes stations de sports d'hiver sont √Öre (avec plus d'un million de visiteurs √† l'ann√©e), S√§len et Riksgr√§nsen en Su√®de ainsi que Trysil et Hemsedal en Norv√®ge[107]. Si ces stations sont de taille beaucoup moins importante que la plupart des stations des Alpes europ√©ennes, elles ont l'avantage d'avoir un enneigement important et proposent m√™me parfois des garanties, avec remboursement partiel en cas de manque de neige[107]. En Su√®de, c'est avant tout la partie m√©ridionale de la cha√ģne, plus proche des grandes villes, qui profite de la croissance du tourisme hivernal, tandis que le Nord est pr√©f√©r√© l'√©t√©, en particulier pour ses paysages[100]. La pratique du ski alpin a progress√© au point d'en faire l'activit√© principale[106]. La conduite de motoneiges est aussi en progression constante, tandis que celle du ski de fond stagne, bien que ce sport reste une activit√© importante[106].

Les activités estivales sont avant tout représentées par la randonnée pédestre, que ce soit sur une ou plusieurs journées : les deux pays possèdent des réseaux de sentiers assez extensifs, avec de nombreux chalets disponibles pour passer la nuit[106]. La randonnée reste la principale activité dans les montagnes du Nord de la Suède et dans celles de Norvège[106]. La pêche et la cueillette de baies sont aussi appréciées des touristes estivaux[106].

Notes et références

Notes

  1. Le sommet du Kebnekaise √©tant un glacier, l'altitude a tendance √† d√©cro√ģtre d'ann√©e en ann√©e. En 2010, l'altitude fut mesur√©e √† 2 102 m.
  2. En raison de son caract√®re fractal, la longueur de c√īte d√©pend fortement de la r√©solution √† laquelle on la calcule. Ici, elle est d√©finie comme sommation de segments de 30 m.
  3. Ces chiffres correspondent au nombre de nuitées des étrangers sur le nombre de nuitées totales.

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Annexes

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Articles connexes

Liens externes

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