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RĂ©volution de Mars

La révolution de Mars (MÀrzrevolution en allemand), également dénommée révolution allemande de 1848, est le Printemps des peuples germaniques. Il s'agit de l'ensemble des révolutions qui éclatent entre et la fin de l'été 1849 au sein de la Confédération germanique et dans les provinces et pays sous domination de l'empire d'Autriche (Hongrie et Italie du Nord) et du royaume de Prusse (province de Posnanie).

3 révolutionnaires au centre du tableau se dressent sur les barricades et exultent, 4 Drapeaux allemands sont présents.
RĂ©volutionnaires triomphant sur les barricades le Ă  Berlin.

Le VormÀrz qui précéda est marqué par la restauration politique mise en place par la Sainte-Alliance et en particulier par le chancelier autrichien Klemens Wenzel von Metternich. En outre, le début de la révolution industrielle en Allemagne provoque un appauvrissement des artisans et une aggravation des problÚmes sociaux.

AprĂšs les rĂ©volutions en Italie dĂ©but et en France en fĂ©vrier, les États allemands rejoignent le soulĂšvement europĂ©en. Les rĂ©volutionnaires des États allemands aspirent Ă  l'Ă©tablissement des libertĂ©s politiques ainsi qu'Ă  l'unitĂ© nationale.

La rĂ©volution commence dans le grand-duchĂ© de Bade. Elle se propage en quelques semaines dans les autres États de la ConfĂ©dĂ©ration. Elle force la dĂ©signation de gouvernements libĂ©raux et l'Ă©lection d'un parlement national qui se rassemble dans la ville libre de Francfort. AprĂšs les premiers succĂšs du printemps 1848, le mouvement se fait plus dĂ©fensif Ă  l'Ă©tĂ©. L'automne 1848 et les campagnes pour la reconnaissance de la Constitution de Francfort de mai 1849 connaissent un nouveau pic de soulĂšvements, ayant localement des allures de guerre civile, mais ne peuvent empĂȘcher l'Ă©chec de la rĂ©volution.

Les libĂ©raux et les dĂ©mocrates s'opposent au parlement de Francfort. Les premiers privilĂ©gient la monarchie constitutionnelle ; les seconds donnent plus d'importance Ă  la souverainetĂ© du peuple. Enfin, les plus radicaux revendiquent une rĂ©publique. AprĂšs de longs dĂ©bats, ils s'entendent en sur un ensemble de droits fondamentaux et, en , sur une constitution. Le suivant, le roi de Prusse FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV refuse cependant la couronne impĂ©riale proposĂ©e par la Kaiserdeputation, mettant ainsi fin aux espoirs d'unification. Cette tentative de crĂ©ation d'un État-nation unifiĂ© et dĂ©mocratique est violemment rĂ©primĂ©e en par les troupes prussiennes et autrichiennes. La rĂ©volution de Mars se solde donc par un Ă©chec.

La révolution est suivie par une période de réactions politiques. Les acquis de la révolution ne sont cependant pas négligeables, marqués par la fin de la féodalité et un fort développement de la presse. Elle est aussi souvent considérée comme essentielle pour le développement du mouvement ouvrier et du féminisme en Allemagne.

La révolution de Mars est mise au ban par les régimes qui suivent. Ce n'est qu'à partir de la république de Weimar (1918-1933), qui s'inspire de la constitution de Francfort () pour sa Loi fondamentale, que l'héritage révolutionnaire a valeur de référence politique. Par la suite, l'Allemagne de l'Ouest et celle de l'Est se le disputent.

Causes et signes avant-coureurs

Contexte Ă©conomique et social

Un signe avant-coureur de la révolution de en Europe centrale est la crise de 1847 consécutive à la trÚs mauvaise récolte de l'année précédente. Dans les pays allemands, l'augmentation des prix des denrées agricoles entraßne des famines et des révoltes de la faim presque partout[1]. La fraction la plus pauvre de la population composée des ouvriers, artisans appauvris, travailleurs agricoles, etc., soutient les revendications des cercles démocratiques et libéraux[2]. Une autre conséquence de la crise est la diminution de la valeur de la monnaie dans la commercialisation des produits industriels, ce qui cause, entre autres, le déclin du secteur textile, encore largement dominé par l'artisanat[3].

De nombreux tisserands se tournant vers la gauche oĂč se trouve le propriĂ©taire des ateliers qui les regarde mĂ©chamment.
Les Tisserands silĂ©siens (peinture de Carl Wilhelm HĂŒbner, 1846).
Un homme frappe Ă  la hache sur des barriĂšres et des panneaux de douanes.
L'Éclaircissement d'une futaie, caricature contre le particularisme allemand et ses barriĂšres douaniĂšres, premiĂšre moitiĂ© du XIXe siĂšcle.

Le secteur textile est encore le fait d'un travail Ă  domicile gĂ©nĂ©ralisĂ© : pour un faible salaire, nombreuses sont les familles des campagnes allemandes qui cĂšdent leur production Ă  quelques riches entrepreneurs et propriĂ©taires fonciers. Son dĂ©clin et gĂ©nĂ©ralement celui de l'ensemble de l'artisanat sont aussi dus Ă  la progression de la rĂ©volution industrielle dans toute l'Europe[4], celle-ci bouleversant peu Ă  peu les rapports sociaux, Ă©conomiques et industriels de tout le continent autour du milieu du XVIIIe siĂšcle sous l'effet des inventions techniques venant du Royaume-Uni. De plus, il y a Ă  cette Ă©poque une forte croissance dĂ©mographique Ă  la campagne comme Ă  la ville rĂ©sultant de l'augmentation de la productivitĂ© agricole, tandis que l'industrie ne peut employer un tel volume de main-d'Ɠuvre, ce qui cause un taux de chĂŽmage extrĂȘmement important et l'Ă©mergence d'un prolĂ©tariat. La main-d'Ɠuvre excĂ©dentaire forme une « armĂ©e de rĂ©serve de travailleurs »[5]. Les villes Ă©tant en expansion continuelle, de plus en plus de personnes cherchent du travail dans les manufactures et les usines construites pour la fabrication de produits nouveaux et Ă  bon marchĂ© grĂące Ă  une production en sĂ©rie plus efficace[6].

Les conditions de vie et de travail dans les entreprises industrielles et leur environnement sont, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, des plus mauvaises au XIXe siĂšcle[7]. Les ouvriers connaissent gĂ©nĂ©ralement les conditions misĂ©rables des ghettos et bidonvilles, ayant Ă  peine de quoi vivre, sans couverture sociale, et sont menacĂ©s par le chĂŽmage[8]. DĂ©jĂ  quelques annĂ©es avant la rĂ©volution de Mars se produisent rĂ©guliĂšrement des Ă©meutes locales contre les « barons d'industrie ». Par exemple, la « rĂ©volte des tisseurs[citation 1] » de en SilĂ©sie, une rĂ©volte de la faim des tisserands de Bielawa et de Pieszyce, est considĂ©rĂ©e comme le premier soulĂšvement public significatif du prolĂ©tariat allemand, mĂȘme s'il est rĂ©primĂ© en quelques jours par les troupes prussiennes[5]. La bourgeoisie aisĂ©e se voit, elle aussi, de plus en plus freinĂ©e dans son dĂ©veloppement. En raison de la politique douaniĂšre des principautĂ©s, les possibilitĂ©s de libre-Ă©change sont trĂšs limitĂ©es. Dans les États allemands Ă©galement, les aspirations Ă  une libĂ©ralisation de l'Ă©conomie et du commerce se font entendre de plus en plus dans les premiĂšres dĂ©cennies du XIXe siĂšcle. Le est fondĂ© le Zollverein qui facilite le commerce entre les pays allemands. Cependant, Ă  la fin des annĂ©es 1830, l'essor Ă©conomique global[9] ne profite que peu aux couches de population les plus pauvres[10].

CongrÚs de Vienne et début de la Restauration

Peinture, portrait assis.
Le chancelier von Metternich (1773-1859).

La révolution de Mars a pour moteur l'opposition à la politique de restauration en vigueur depuis le congrÚs de Vienne de 1815, aux traités qui ont suivi, tels le recÚs de Francfort en 1819 et aux décrets de Carlsbad[11] ; restauration principalement incarnée par le diplomate et chancelier autrichien réactionnaire Klemens Wenzel von Metternich[12].

Cette politique de restauration a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par la plupart des États europĂ©ens lors du congrĂšs de Vienne le [13](juste avant la dĂ©faite de la bataille de Waterloo, fatale Ă  NapolĂ©on Bonaparte le ), et doit restaurer les rapports politiques de la « sociĂ©tĂ© d'Ancien RĂ©gime » en Europe, tels qu'ils sont avant la RĂ©volution française de 1789. Cela implique la prĂ©dominance de la noblesse, le rĂ©tablissement de ses privilĂšges, et le maintien d'un Ă©clatement en diffĂ©rents États germaniques, malgrĂ© les dĂ©sirs d'unification apparus durant la lutte contre l'armĂ©e napolĂ©onienne[14] - [15].

Carte
Carte politique de la ConfĂ©dĂ©ration germanique (1815-1866) et ses trente-neuf États fondateurs.

Sur le plan de la politique intĂ©rieure, dans le cadre de la restauration, les exigences de rĂ©formes libĂ©rales ou d'unification nationale sont Ă©touffĂ©es, les mesures de censure renforcĂ©es et la libertĂ© de la presse trĂšs diminuĂ©e[3]. Ainsi en , les Ɠuvres de la Jeune-Allemagne, un groupe de jeunes Ă©crivains rĂ©volutionnaires, sont censurĂ©es ou interdites[16]. D'autres poĂštes sociocritiques ou nationalistes sont censurĂ©s, et pour certains contraints Ă  l'exil, notamment vers la France ou la Suisse[16]. C'est le cas par exemple d'Heinrich Heine, de Georg Herwegh, de Georg BĂŒchner (auteur du libelle « Le Messager des campagnes hessoises » (Der Hessische Landbote) dont le mot d'ordre est « Paix aux chaumiĂšres, guerre aux palais ! » (Friede den HĂŒtten, Krieg den PalĂ€sten![17]) - [16], ou encore d'August Heinrich Hoffmann von Fallersleben (qui Ă©crit le chant patriotique Deutschlandlied).

FĂȘte de la Wartbourg et dĂ©crets de Carlsbad

Les Burschenschaften (sociĂ©tĂ©s Ă©tudiantes) de cette Ă©poque exigent l'unitĂ© nationale ainsi que la reconnaissance de droits dĂ©mocratiques. Le , elles se rĂ©unissent massivement Ă  proximitĂ© du chĂąteau de la Wartbourg Ă  l'occasion du quatriĂšme anniversaire de la bataille de Leipzig et du 300e anniversaire de la rĂ©forme protestante de Martin Luther. C'est pendant cette fĂȘte de la Wartbourg qu'elles dĂ©fendent avec vĂ©hĂ©mence leur revendication d'unitĂ© allemande, recourant Ă  des autodafĂ©s : des participants brĂ»lent des Ɠuvres d'Ă©crivains rĂ©actionnaires qualifiĂ©es d'anti-allemandes, comme la Deutsche Geschichte d'August von Kotzebue, le Code NapolĂ©on, ou encore des Ɠuvres d'auteurs juifs comme la Germanomanie de Saul Ascher, une condamnation du nationalisme allemand[18] - [19] - [20].

Heinrich Heine, aux opinions dĂ©mocrates, est nĂ©anmoins rĂ©servĂ© Ă  l'Ă©gard du nationalisme exacerbĂ© des Burschenschaften, et Ă©nonce Ă  cette Ă©poque une formule prophĂ©tique et devenue cĂ©lĂšbre « Ce n'est qu'un dĂ©but. LĂ  oĂč on brĂ»le des livres, on finit par brĂ»ler des hommes[citation 2]. » Celle-ci fait certes littĂ©ralement rĂ©fĂ©rence Ă  la Reconquista espagnole dans sa piĂšce de thĂ©Ăątre Almansor, mais elle est Ă©galement empreinte d'une expĂ©rience contemporaine, Heine ayant toujours Ă©tĂ© un poĂšte critique Ă  l'Ă©gard de son temps[21].

On voit un étudiant habillé en marron porter un coup de poignard sur Kotzebue.
Représentation de l'assassinat de August von Kotzebue en 1819, qui est la cause des répressions par les décrets de Carlsbad (gravure sur cuivre).

Les frasques de la fĂȘte de la Wartbourg attirent l'attention des autoritĂ©s sur les Burschenschaften qui subissent bientĂŽt une rĂ©pression grandissante. En 1819, cette rĂ©pression prend une forme lĂ©gale : les dĂ©crets de Carlsbad, en rĂ©action Ă  l'assassinat du poĂšte August von Kotzebue par Karl Ludwig Sand, un nationaliste fanatique, membre d'une Burschenchaft[22]. MalgrĂ© l'interdiction et les persĂ©cutions, les membres des Burschenschaften restent souvent actifs dans la clandestinitĂ©. Des organisations se camouflent sous une apparence apolitique, comme le mouvement gymnique allemand (Turnbewegung) du « Turnvater Jahn », oĂč on continue Ă  la fois Ă  dĂ©velopper des idĂ©es libĂ©rales inspirĂ©es des romantiques, mais aussi culturelles et nationales qui portent cependant des aspects contraires aux idĂ©es Ă©mancipatrices et Ă  celles des LumiĂšres[23]. Ainsi, l'antisĂ©mitisme est trĂšs rĂ©pandu dans ces groupes comme dans l'ensemble des Burschenschaften, signes prĂ©curseurs des concepts antisĂ©mites Ă  base de prĂ©jugĂ©s racistes biologiques de la fin des annĂ©es 1870, auxquels Friedrich Ludwig Jahn se reconnaĂźt ouvert. Pendant le VormĂ€rz, l'expression de cette haine des juifs se matĂ©rialise par les Ă©meutes Hep-Hep de 1819. Elles commencĂšrent Ă  Wurtzbourg, mais s'Ă©tendent rapidement Ă  presque tous les États allemands. Ces Ă©meutes dirigĂ©es contre l'Ă©mancipation des Juifs en gĂ©nĂ©ral et contre leur Ă©galitĂ© Ă©conomique en particulier, dĂ©gĂ©nĂšrent en bien des endroits en pogrom[24].

RĂ©volution de 1830

En France, la révolution de Juillet de 1830, pendant laquelle la maison de Bourbon représentée par Charles X est renversée, et au cours de laquelle les forces libérales instituent le « roi des Français » (et non « roi de France ») Louis-Philippe Ier, donne aussi un élan aux forces libérales en Allemagne et dans d'autres régions d'Europe[25]. Cela provoque dÚs 1830 des soulÚvements dans plusieurs principautés allemandes, comme à Brunswick, en Hesse-Cassel, dans le royaume de Saxe et à Hanovre, et conduit à l'adoption de constitutions[26].

Grand cortĂšge avec des drapeaux allemands allant vers le chĂąteau.
La fĂȘte de Hambach de 1832 : le dĂ©filĂ© jusqu'au chĂąteau de Hambach.

Il y a Ă©galement des soulĂšvements en 1830 dans les États italiens ainsi que dans les provinces polonaises de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie (royaume du CongrĂšs) dont le but est l'autonomie d'un État national. Dans le royaume uni des Pays-Bas, la rĂ©volution belge mĂšne au dĂ©tachement des provinces du sud et Ă  la crĂ©ation d'un État belge indĂ©pendant prenant la forme d'une monarchie constitutionnelle[27].

FĂȘte de Hambach et attaque de la Garde de Francfort

Dans l'ensemble, le systĂšme de Metternich se maintient nĂ©anmoins, mĂȘme si des fissures apparaissent dans de nombreux endroits. Ainsi, les dĂ©crets de Carlsbad n'empĂȘchent pas des rassemblements spectaculaires dans la lignĂ©e de la fĂȘte de la Wartbourg, comme la fĂȘte de Hambach en 1832, pendant laquelle on arbore des drapeaux rĂ©publicains tricolores, noir, rouge et or pourtant interdits (comme dĂ©jĂ  en 1817 lors de la fĂȘte de la Wartbourg[18] - [28]).

La garde est au centre de l'image, des soldats tirent en sa direction.
Insurrection de Francfort, gravure de François Georgin.

L'attaque de la Garde de Francfort[citation 3] du est la premiĂšre tentative, menĂ©e par une cinquantaine d'Ă©tudiants, de dĂ©clencher une rĂ©volution dans toute l'Allemagne. L'action vise le siĂšge du Bundestag situĂ© Ă  l'Ă©poque Ă  Francfort-sur-le-Main et considĂ©rĂ© par les dĂ©mocrates comme un instrument de la politique de restauration. AprĂšs la neutralisation des deux postes de police de Francfort, les insurgĂ©s veulent capturer les envoyĂ©s des princes et ainsi favoriser le soulĂšvement de toute l'Allemagne. RĂ©vĂ©lĂ©e avant mĂȘme de commencer, l'action tourne court, dĂšs le dĂ©but, aprĂšs un Ă©change de coups de feu qui fait quelques morts et blessĂ©s[28].

Dessin en noir et blanc. Des hommes portent tous des costumes.
Les Sept de Göttingen. De gauche à droite et de haut en bas : (1) Wilhelm Grimm (2) Jacob Grimm (3) Wilhelm Eduard Albrecht (4) Friedrich Christoph Dahlmann (5) Georg Gottfried Gervinus (6) Wilhelm Eduard Weber (7) Heinrich Ewald. Lithographie de Carl Rohde, 1837.

En Italie, en 1831, le révolutionnaire et patriote Giuseppe Mazzini fonde la société secrÚte Giovine Italia (Jeune Italie). Elle donne naissance à d'autres sociétés en Europe comme Junges Deutschland (Jeune-Allemagne) ou « Jeune Pologne ». Ensemble elles forment en 1834 la société secrÚte supranationale Giovine Europa (Jeune Europe[29]).

En 1834, Georg BĂŒchner et Friedrich Ludwig Weidig diffusent clandestinement le libelle Le Messager des campagnes hessoises (Der Hessische Landbote[30]) avec le mot d'ordre « Paix aux chaumiĂšres, guerre aux palais ! » (Friede den HĂŒtten, Krieg den PalĂ€sten!) dans le grand-duchĂ© de Hesse[16]. En 1837, la lettre de protestation solennelle des Sept de Göttingen (groupe de professeurs d'universitĂ©, libĂ©raux notables, parmi lesquels on comptait les frĂšres Grimm) contre la rĂ©vocation de la constitution du royaume de Hanovre, trouve un Ă©cho dans toute la ConfĂ©dĂ©ration germanique. Les professeurs sont renvoyĂ©s et certains expulsĂ©s du pays[31] - [32].

Guerre du Sonderbund et veille de la révolution de Mars

En 1847, la guerre du Sonderbund Ă©clate en Suisse qui est une confĂ©dĂ©ration d'États peu solidaires et politiquement trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšnes, avant que la constitution fĂ©dĂ©rale de 1848 la transforme en un État fĂ©dĂ©ral libĂ©ral[33] - [34].

Les libĂ©raux et dĂ©mocrates des États allemands aspirent Ă  la mise en place de libertĂ©s politiques par le biais de rĂ©formes dĂ©mocratiques ainsi qu'Ă  l'unitĂ© nationale des principautĂ©s au sein de la ConfĂ©dĂ©ration germanique. Ils soutiennent particuliĂšrement les idĂ©es du libĂ©ralisme[35] - [36].

DĂ©roulement

Prémices

De nombreux diplomates sont assis dans un salon luxueux. Au fond est accroché un tableau montrant l'empereur d'Autriche.
Le congrĂšs de Vienne - gravure d'aprĂšs un dessin de Jean-Baptiste Isabey, 1819.

Le facteur dĂ©clencheur de la rĂ©volution de Mars est la rĂ©volution française de 1848, Ă  partir de laquelle l'Ă©tincelle rĂ©volutionnaire se propage rapidement aux États allemands limitrophes[37] - [3]. Les Ă©vĂ©nements aboutissent en France Ă  la destitution du roi Louis-Philippe Ier qui s'Ă©loigne de plus en plus des idĂ©es libĂ©rales et Ă  la proclamation de la DeuxiĂšme RĂ©publique, ce qui amorce une agitation rĂ©volutionnaire qui tient le continent en haleine pendant plus d'un an et demi[11]. Des mouvements analogues se dĂ©veloppent dans le pays de Bade, le royaume de Prusse, l'Empire d'Autriche, l'Italie du Nord, le royaume de Hongrie, le royaume de BaviĂšre et le royaume de Saxe, tandis que se produisent des soulĂšvements et des rassemblements revendicatifs dans d'autres États et principautĂ©s. À la sortie de l'assemblĂ©e populaire de Mannheim du , pendant laquelle les « revendications de Mars[citation 4] » sont formulĂ©es pour la premiĂšre fois, les principales revendications de la rĂ©volution en Allemagne consistent en « 1. Armement du peuple avec libre Ă©lection des officiers, 2. LibertĂ© de la presse inconditionnelle, 3. Cour d'assises selon l'exemple anglais, 4. Établissement immĂ©diat d'un parlement allemand[38] - [39]. » Les droits fondamentaux avec les « exigences du peuple[citation 5] » sont exigĂ©s durant l'assemblĂ©e d'Offenbourg de 1847 du 12 septembre, oĂč les politiciens badois radicaux-dĂ©mocrates s'assemblent[40]. Le suivant, lors de la rĂ©union d'Heppenheim, les libĂ©raux modĂ©rĂ©s rĂ©digent leur programme politique[41].

Dans certains pays de la Confédération germanique, comme les royaumes de Wurtemberg et d'Hanovre, ou le grand-duché de Hesse, les princes cÚdent rapidement au profit de ministÚres de Mars d'orientation libérale, qui répondent en partie aux exigences révolutionnaires, en instituant notamment des cours d'assises, en abolissant la censure de la presse et en libérant les paysans[citation 6] - [42]. Cependant, il ne s'agit souvent que de simples promesses. Ces concessions rapides aux révolutionnaires permettent à ces pays de connaßtre des années 1848 et 1849 relativement pacifiques[43] - [44].

Au Danemark également, le roi Frédéric VII de Danemark cÚde sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré[45].

DĂšs mai et , les maisons princiĂšres affirment de plus belle leur volontĂ© de restauration, si bien que les rĂ©volutionnaires des pays de la ConfĂ©dĂ©ration germanique se raidissent dans la dĂ©fensive[46]. Au mĂȘme moment, la dĂ©faite Ă  Paris des insurgĂ©s des journĂ©es de Juin constitue une victoire dĂ©cisive pour la contre-rĂ©volution. Elle influence fortement la suite de la rĂ©volution de FĂ©vrier en France ainsi que les Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires dans toute l'Europe[47]. Ce soulĂšvement des ouvriers parisiens en marque aussi historiquement la scission entre le prolĂ©tariat et la bourgeoisie rĂ©volutionnaire[46].

RepĂšres chronologiques

Il est difficile d'Ă©tablir un dĂ©roulement chronologique de la rĂ©volution dans son ensemble, car les Ă©vĂ©nements ne peuvent pas toujours ĂȘtre mis en relation de maniĂšre univoque[48].

Les événements en Allemagne suivent directement ceux en France.
Frise chronologique de la révolution de Mars en 1848 pour la France, la Prusse, l'Autriche, le Grand-Duché de Bade et Francfort.
Le refus de la couronne de Frédéric-Guillaume IV et la campagne pour la constitution sont les événements majeurs de 1849
Frise chronologique de la révolution de Mars en 1849.
La révolution en Italie suit une chronologie par rapport à celle germanique
Frise chronologique de la révolution en Italie.
Carte de l'Europe faisant la synthÚse des différents événements
La révolution de 1848 en Europe.

Fin

La prise de Rastatt par les troupes prussiennes, le marque la fin de la révolution badoise et est traditionnellement considérée comme étant le point final de la révolution allemande de 1848-1849[49].

Théùtres de la révolution de Mars

Grand-duché de Bade

Dessin en noir et blanc, Hecker est représenté sous les traits de Robin des bois à gauche de l'image levant une main au ciel.
Représentation idéalisée de Friedrich Hecker (1811-1881).
Tableau représentant les révolutionnaire, l'armée prussienne et Friedrich von Gagern abattu par un cavalier allemand.
Lithographie contemporaine du combat de Kandern, depuis la perspective des révolutionnaires.
Portrait
Gustav Struve (1805-1870).

Le , une assemblĂ©e populaire se forme Ă  Mannheim qui, par ses revendications, pose les bases de la rĂ©volution Ă  venir[50]. Parmi les rĂ©volutionnaires badois, c'est l'aile radicale-dĂ©mocrate, assez reprĂ©sentative du mouvement, qui rĂ©clame les changements les plus extrĂȘmes[51].

Menés par les avocats Friedrich Hecker et Gustav Struve, les révolutionnaires exigent entre autres la création d'une souveraineté populaire de fait, l'abolition des privilÚges, la fin de la censure, l'armement du peuple et un impÎt sur le revenu progressif ; exigences qui sont reprises ailleurs par tous les mouvements sociaux-révolutionnaires et socialistes[38]. Le , la StÀndehaus du parlement de Bade à Karlsruhe est occupée[52].

Struve et Hecker, en tant que représentants de l'aile gauche au pré-parlement de Francfort (qui doit préparer l'élection d'un parlement chargé de la rédaction d'une constitution) exigent une république allemande fédérative qui conduit à des changements politiques et sociaux. Un programme représentatif publié par Struve est cependant refusé par la majorité du pré-parlement[53].

Le , Hecker et Struve prennent la route en essayant de promouvoir leurs idĂ©es en chemin. En Allemagne du sud-ouest, leur action est appelĂ©e « soulĂšvement d'Hecker »[citation 7]. Ainsi Ă  Constance, ils prĂ©tendent avoir proclamĂ© la rĂ©publique le avec le professeur de facultĂ© de Bonn Gottfried Kinkel et d'autres sympathisants ; cependant, aucun des trois journaux de Constance ne mentionne le discours en question. Le cortĂšge d'Hecker[citation 8], composĂ© d'environ 1 200 hommes, se met en route vers le fossĂ© rhĂ©nan[54], oĂč il veut fusionner avec un cortĂšge, dit « LĂ©gion des dĂ©mocrates allemands[citation 9] », menĂ© par le poĂšte rĂ©volutionnaire de gauche Georg Herwegh et sa femme Emma qui joue le rĂŽle d'Ă©claireuse ; tout cela en vue de marcher sur la capitale badoise Karlsruhe et ainsi d'Ă©tendre Ă  partir de lĂ  la rĂ©publique Ă  tout le grand-duchĂ© de Bade. Mais les deux groupes sont en peu de temps vaincus et dispersĂ©s par l'armĂ©e rĂ©guliĂšre : celui d'Hecker le dans un combat Ă  Kandern et celui de Herwegh, une semaine plus tard, Ă  Dossenbach[53]. Hecker parvient Ă  s'exiler aux États-Unis[55] - [56].

En , Ă  Lörrach, une nouvelle insurrection menĂ©e par Gustav Struve Ă©choue Ă©galement. Avec ses partisans, il tente de proclamer la rĂ©publique le [57], mais est dĂ©fait dĂšs le 24[58]. La suite du dĂ©veloppement rĂ©volutionnaire du grand-duchĂ© de Bade se rĂ©duit aux algarades au parlement de Francfort. Struve est arrĂȘtĂ©[52] et condamnĂ© Ă  une peine d'emprisonnement avec quelques autres rĂ©volutionnaires lors d'un procĂšs pour haute trahison, et n'est libĂ©rĂ© que lors des troubles de .

En , aprĂšs l'Ă©chec du parlement Ă  Francfort, il y eut de nouveaux soulĂšvements dans des États allemands, dont le grand-duchĂ© de Bade, appelĂ©s les « soulĂšvements de mai ». Les dĂ©mocrates veulent ainsi obtenir par la force, dans une constitution impĂ©riale, la reconnaissance de leurs gouvernements respectifs[59].

Le , la garnison badoise se mutine dans la forteresse de Rastatt[60]. Peu de temps aprÚs, le grand-duc Léopold Ier de Bade fuit en Alsace-Lorraine[59]. Le , un gouvernement provisoire dirigé par le politicien libéral Lorenz Brentano prend le pouvoir[61]. Cela mÚne à des combats contre des troupes de la Confédération et l'armée prussienne sous les ordres du « prince de la mitraille[citation 10] - [62] » Guillaume de Prusse, le futur empereur allemand Guillaume Ier. L'armée révolutionnaire badoise cÚde devant la supériorité des troupes prussiennes[49] - [63].

En , les rĂ©volutionnaires badois sont sous les ordres du gĂ©nĂ©ral rĂ©volutionnaire polonais Ludwik MierosƂawski, un stratĂšge et un soldat expĂ©rimentĂ© de la rĂ©volution. Au cours de la rĂ©volution de Mars, il a dĂ©jĂ  conduit des soulĂšvements en Pologne dont, en 1848, le soulĂšvement de la province de Posnanie contre la domination prussienne. MierosƂawski abandonne cependant dĂšs le le commandement des troupes rĂ©volutionnaires badoises ; il est déçu par l'attitude frileuse du gouvernement de Brentano, qui mise sur des nĂ©gociations et retarde l'armement gĂ©nĂ©ral du peuple. Cela mine le moral des troupes, MierosƂawski conclut que la situation militaire ne permet pas la victoire de la rĂ©publique badoise[64] - [65].

Aux cÎtés des révolutionnaires badois, le socialiste Friedrich Engels participe aussi aux combats. En 1848-1849, Engels est rédacteur de la Nouvelle Gazette rhénane (Neue Rheinische Zeitung) publiée par Karl Marx, ainsi qu'un observateur critique et sympathisant de la révolution[66]. Un an auparavant, en , Engels a publié avec Karl Marx le Manifeste du parti communiste. Wilhelm Liebknecht, le futur cofondateur du Parti ouvrier social-démocrate (SDAP), est également adjudant de Gustav Struve et actif aux cÎtés des révolutionnaires[67].

Le , la forteresse de Rastatt tombe aprĂšs trois semaines de siĂšge, ce qui met un terme Ă  la rĂ©volution badoise[49]. 23 rĂ©volutionnaires sont exĂ©cutĂ©s, d'autres comme Gustav Struve, Carl Schurz ou Lorenz Brentano sont purement exilĂ©s. En tout, environ 80 000 Badois quittent leur pays aprĂšs la rĂ©volution, c'est-Ă -dire environ 5 % de la population[49].

La caractéristique majeure de la révolution badoise, par opposition aux autres soulÚvements de la Confédération germanique, est la fermeté avec laquelle la revendication d'une république démocratique est défendue[68]. En effet, dans les commissions et les parlements révolutionnaires des autres principautés de la Confédération germanique, une monarchie constitutionnelle héréditaire est privilégiée[69].

Prusse

De jeunes combattants sur les barricades, en 1848 Ă  Berlin.
De jeunes combattants sur les barricades, en 1848 Ă  Berlin.
Caricature de l'attaque de l'arsenal de Berlin
Caricature de l'attaque de l'arsenal de Berlin.
Des députés se dressent dans la salle blanche du chùteau de Berlin devant les soldats entrant.
La dissolution de l'assemblée nationale prussienne, représentation contemporaine (novembre 1848).

Sous la pression des événements révolutionnaires ayant lieu à Berlin depuis le , le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse fait des concessions dans un premier temps. Il consent à la mise en place d'un Landtag, à introduire la liberté de la presse, à supprimer les barriÚres douaniÚres et à réformer la Confédération germanique. Le , aprÚs la lecture de la loi en question, deux tirs surviennent des rangs de l'armée et dispersent des milliers de citoyens qui sont réunis sur la place du chùteau de Berlin. Cela provoque d'abord un mouvement de panique puis des combats sur les barricades et dans les rues de Berlin entre les révolutionnaires et l'armée réguliÚre prussienne ; les rebelles réussissent dans un premier temps à l'emporter. Le , les troupes sont retirées de Berlin sur l'ordre du roi. Ces combats ont pour conséquence plusieurs centaines de morts et plus d'un millier de blessés, des deux cÎtés[70] - [71] - [72].

Photo montrant une tombe.
Le cimetiĂšre des victimes de Mars, dans le quartier Berlin-Friedrichshain.

Au vu du nombre des victimes, le roi honore les rĂ©volutionnaires tuĂ©s. Le , il s'incline devant les corps exposĂ©s des « victimes de Mars » (MĂ€rzgefallenen), avant qu'ils ne soient enterrĂ©s le au « cimetiĂšre des victimes de Mars[citation 11] », et il se montre en public avec un bandeau aux couleurs de la rĂ©volution (noir, rouge et or). Cette manƓuvre sert surtout Ă  gagner du temps : en utilisant le vocabulaire des rĂ©volutionnaires et en allant dans leurs sens, il s'assure de calmer une rĂ©volution aux consĂ©quences incertaines. Dans un appel Ă  « Mon peuple et la nation allemande », il promit la dissolution de la Prusse dans l'Allemagne[citation 12]. Le , un ministĂšre de Mars libĂ©ral est mis en place, qui ne peut cependant pas s'imposer face Ă  la noblesse et Ă  l'armĂ©e. Le , le premier ministre Ludolf Camphausen prĂ©sente sa dĂ©mission. Son ministre des finances David Hansemann est alors chargĂ© de former un nouveau gouvernement dont le ministre-prĂ©sident est Rudolf von Auerswald. Ce gouvernement dure jusqu'au , date Ă  laquelle est appelĂ© Ernst von Pfuel, militaire de formation, Ă  la tĂȘte du gouvernement[73].

Fin , lorsque les troubles se sont un peu calmés, le roi entreprend un revirement réactionnaire. Le , avec « l'attaque de l'arsenal[citation 13] », le bouillonnement révolutionnaire reprend : le peuple prend les armes de l'arsenal[74]. Le , le général Frédéric Guillaume comte de Brandebourg est nommé ministre-président de Prusse[75] - [76]. Une semaine plus tard, les troupes royales entrent à Berlin[77]. Le député conservateur Otto von Bismarck se trouve parmi les personnes qui participent activement à cette contre-révolution ; il devient plus tard ministre-président de Prusse, puis chancelier impérial de l'Empire allemand, fondé en 1871[78]. Les négociations de l'assemblée nationale prussienne, menées depuis le pour l'obtention d'une constitution (promise sans cesse depuis 1815 par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV et ses successeurs), sont infructueuses. L'ébauche de constitution présentée en , la charte Waldeck, qui prévoit quelques réformes libérales-démocrates, est rejetée aussi bien par les députés conservateurs que par le roi[79].

Les 10 et , le roi fait disperser par l'armĂ©e l'assemblĂ©e nationale prussienne[77]. Le , il ordonne la dissolution de l'assemblĂ©e nationale, qu'il a fait dĂ©placer Ă  Brandebourg et accorde le jour-mĂȘme une constitution, bien en dessous des revendications de la rĂ©volution de Mars[75] - [80]. Le pouvoir royal reste ainsi intact. Le roi s'octroie un droit de veto suspensif contre chaque dĂ©cision du Landtag prussien, aussi bien que le droit de dissoudre le parlement Ă  tout moment. Le gouvernement prussien[citation 14] n'est pas responsable devant le parlement, mais seulement devant le roi. NĂ©anmoins, la constitution dite « octroyĂ©e » contient quelques concessions libĂ©rales tirĂ©es de la charte Waldeck, qui sont cependant modifiĂ©es dans les mois suivants[76] - [81].

À la fin du mois de , l'assemblĂ©e nationale est remplacĂ©e par la deuxiĂšme chambre des dĂ©putĂ©s prussienne. Un systĂšme des trois classes est mis en place, afin d'assurer la suprĂ©matie des grands propriĂ©taires. Ce droit de vote inĂ©galitaire reste en vigueur jusqu'en 1918[82] - [83].

Cette rĂ©action aboutit avant tout Ă  des mouvements de protestation dans les provinces occidentales de Prusse[59]. Dans les anciennes circonscriptions Ă  dominante libĂ©rale ou catholique de la province de RhĂ©nanie et de la province de Westphalie, de multiples dĂ©putĂ©s dĂ©mocrates sont Ă©lus Ă  la chambre des dĂ©putĂ©s prussienne. Les troupes du roi ont cependant, au plus tard en , repris le dessus sur la rĂ©volution, avec l'Ă©chec du soulĂšvement d'Iserlohn en Westphalie et de celui de l'attaque de l'arsenal de PrĂŒm en RhĂ©nanie[84].

Posnanie et Pologne

Carte représentant la division de la Pologne aprÚs le congrÚs de Vienne.

Le grand-duchĂ© de Posnanie, la rĂ©gion la plus peuplĂ©e de Pologne, est en 1848 une province prussienne. L'ancien État lituano-polonais est dĂ©jĂ  au XVIIIe siĂšcle le jouet politique des grandes puissances europĂ©ennes. AprĂšs plusieurs partages de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, l'État cesse d'exister en 1795[85].

Au dĂ©but du XIXe siĂšcle, il n'y a un État polonais qu'entre 1807 et 1815, en tant qu'État vassal sous protection napolĂ©onienne : le duchĂ© de Varsovie du duc FrĂ©dĂ©ric-Auguste Ier de Saxe, qui est Ă©galement roi de Saxe. AprĂšs la victoire des alliĂ©s (Russie, Prusse et Autriche) sur NapolĂ©on Ier, le duchĂ© de Varsovie est partagĂ© en 1815 entre la Russie et la Prusse au congrĂšs de Vienne, mais reconnaissent une obligation de garantir l'identitĂ© polonaise des habitants.

Par la suite, de plus en plus de conjurations se forment dans les rĂ©gions polonaises de Russie, de Prusse et d'Autriche, dans le but d'Ă©tablir de nouveau une Pologne autonome. À la suite de la rĂ©volution de Juillet de 1830 en France, il y a une insurrection dans la partie russe, qui est cependant un Ă©chec[34].

En 1846, un soulĂšvement polonais prĂ©parĂ© secrĂštement dans le grand-duchĂ© de Posnanie est dĂ©couvert et Ă©touffĂ© dans l'Ɠuf[34]. Son meneur, le rĂ©volutionnaire polonais Ludwik MierosƂawski, est fait prisonnier et condamnĂ© Ă  mort en au procĂšs polonais[citation 15] de Berlin, mais ensuite graciĂ© avec sept autres personnes le , et sa peine est convertie en dĂ©tention Ă  vie[86].

AprĂšs les combats des 18 et Ă  Berlin, quatre-vingt-dix rĂ©volutionnaires polonais, dont MierosƂawski et Karol Libelt, sont relĂąchĂ©s de la prison de Moabit[87]. Au premier stade de la rĂ©volution de Mars, qui est ressentie en Europe comme le Printemps des peuples, une attitude pro-polonaise prĂ©domine encore parmi les rĂ©volutionnaires, qui salue et encourage les insurrections en Posnanie[88]. Peu aprĂšs sa libĂ©ration, en avril et , MierosƂawski se place Ă  la tĂȘte du soulĂšvement de la Posnanie contre la domination prussienne, qui est Ă  prĂ©sent ressentie comme Ă©trangĂšre[65]. Le soulĂšvement se dirige contre l'intĂ©gration des rĂ©gions majoritairement polonaises aux votes pour l'Ă©lection du parlement de Francfort, et ainsi contre l'incorporation d'une partie de la Pologne au sein d'un État national allemand. Un objectif plus lointain est la rĂ©unification de toute la Pologne[89]. À cet Ă©gard, la rĂ©volution en Posnanie vise Ă©galement la libĂ©ration du royaume de Pologne, nommĂ© Royaume du CongrĂšs, qui est depuis 1831 une province sous la domination indirecte de la Russie[90].

Au cours du dĂ©roulement de la rĂ©volution en Prusse, oĂč les forces conservatrices ont de nouveau progressivement gagnĂ© une position dĂ©terminante, l'enthousiasme initial pour la Pologne se mue en une position nationaliste[88]. En outre, le roi de Prusse FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV ne veut pas risquer une guerre avec la Russie Ă  cause du soulĂšvement en Posnanie[91]. Le 9 mai 1848, l'insurrection en Posnanie est Ă©crasĂ©e par les troupes prussiennes, largement supĂ©rieures, et MierosƂawski est de nouveau arrĂȘtĂ©. Sur intervention de la France rĂ©volutionnaire, il est amnistiĂ© peu aprĂšs et expulsĂ© en France — jusqu'Ă  ce que, en juin 1849, il soit appelĂ© par les rĂ©volutionnaires badois qui veulent le placer Ă  la tĂȘte de leur armĂ©e rĂ©volutionnaire (voir ci-dessus[86]).

AprĂšs la rĂ©volution de 1848, les Polonais de Prusse reconnaissent qu'un soulĂšvement violent ne conduit jamais au succĂšs. Comme mĂ©thode pour maintenir leur cohĂ©sion nationale et en parade Ă  la politique de germanisation de la Prusse, le « travail organique[citation 16] » prend une importance toujours grandissante au sein du dĂ©sormais État prussien constitutionnel[92].

Autriche

Une foule se tient devant une place forte.
Le 25 mai, les étudiants de la Légion académique, des gardes nationaux et des ouvriers élÚvent plus de 160 barricades dans le centre de Vienne. Barricade sur la Michaelerplatz dans la nuit du 26 au , toile d'Anton Ziegler, 1848.
On voit des Ă©tudiants en arme. Au fond se trouve un drapeau allemand.
Les étudiants sont les ressorts de la révolution et l'aula de la vieille université (aujourd'hui Académie des Sciences) est de plus en plus le centre du mouvement révolutionnaire. Poste de garde des étudiants de la Légion universitaire de la vieille université en 1848, toile de Franz Schams.

Dans l'Empire des Habsbourg et l'État plurinational de l'Empire d'Autriche, la monarchie n'est pas menacĂ©e uniquement par de violents soulĂšvements en Autriche, c'est-Ă -dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles rĂ©volutionnaires, comme en BohĂȘme, en Hongrie ou en Italie du Nord[93]. Le royaume de Sardaigne soutient militairement les rĂ©volutionnaires. Alors que les soulĂšvements hongrois, bohĂ©miens et italiens visent entre autres Ă  l'indĂ©pendance vis-Ă -vis de la domination autrichienne, la rĂ©volution autrichienne a pour objectif un changement libĂ©ral et dĂ©mocratique de la politique du gouvernement, et la fin de la Restauration[94] - [95] - [96].

Metternich est représenté en costume d'apparat terrorisé prenant la fuite sur un petit ùne.
Caricature contemporaine de la fuite de Metternich ().
texte
La promesse d'une Constitution de Ferdinand Ier du .

1847-1848 est pour l'Autriche un hiver de famine pour les plus dĂ©favorisĂ©s[97]. Dans les milieux ouvriers Ă©galement, la colĂšre contre le systĂšme politique devient trĂšs forte. Des Ɠuvres comme Nouveaux esclaves[citation 17] d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres[citation 18], ainsi qu'un poĂšme de Karl Isidor Beck donnent une image parlante de la colĂšre et du dĂ©sespoir qui rĂšgnent dans la population.

Finalement, la rĂ©volution Ă©clate en Autriche le avec l'attaque de la StĂ€ndehaus Ă  Vienne et des attentats de rĂ©volutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs[98]. La chanson Ce qui nous vient d'en haut[citation 19], oĂč « haut (Höh) » dĂ©signe la police et les casernes, devient la chanson de la rĂ©volution. Elle est chantĂ©e aujourd'hui encore par diverses fraternitĂ©s d'Ă©tudiants pour commĂ©morer la participation de la lĂ©gion acadĂ©mique. Avant l'attaque de la StĂ€ndehaus, la colĂšre contre le systĂšme policier et les revendications des rĂ©volutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© exprimĂ©es le dans un discours rĂ©digĂ© par le chef nationaliste hongrois Lajos Kossuth[50].

Le soir du , le chancelier Metternich, ùgé de 74 ans, détesté par les socialistes et les réformateurs, démissionne[93] et s'enfuit en Angleterre. Cet événement inspire notamment Hermann Rollett, qui écrit le poÚme Le Tilleul de Metternich[citation 20].

Le , l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche fait ses premiÚres concessions : il consent à l'établissement d'une garde nationale et lÚve la censure. Le lendemain, il précise à ce sujet qu'il a « octroyé une totale liberté de la presse[citation 21] » et il promet également par décret une constitution[99].

Le , le premier gouvernement est formĂ© ; son ministre de l'intĂ©rieur Franz von Pillersdorf esquisse une constitution Ă  laquelle on donne son nom par la suite[citation 22], et qui est rendue publique pour l'anniversaire de l'empereur, le [93]. Cette constitution ne va pas assez loin selon les rĂ©volutionnaires. Le bicamĂ©risme et le systĂšme Ă©lectoral pour l'Ă©lection du Reichstag publiĂ© le provoquent notamment l'indignation, et mĂšnent ainsi Ă  de nouvelles perturbations (rĂ©volution de mai). En raison de la pĂ©tition du , cette constitution est rĂ©amĂ©nagĂ©e : le Reichstag ne doit plus ĂȘtre constituĂ© que d'une seule chambre et celle-ci doit ĂȘtre dĂ©clarĂ©e « constituante », c'est-Ă -dire qu'elle a la charge d'Ă©tablir une constitution dĂ©finitive[100] - [101]. La constitution de Pillersdorf reste en vigueur de façon provisoire. L'empereur, dĂ©passĂ© par les Ă©meutes qui s'intensifient, part se mettre en sĂ©curitĂ© Ă  Innsbruck[100] - [93].

Le , le Reichstag constituant autrichien, composé de 383 délégués venus d'Autriche et des pays slaves, est ouvert par l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. On y décide, entre autres, la libération des paysans de la féodalité le [102] - [103].

Les événements qui ont lieu en Hongrie à partir du , pendant lesquels le soulÚvement hongrois dirigé par Lajos Kossuth mÚne à un affrontement contre les troupes impériales puis par la suite à l'assassinat du ministre de la Guerre autrichien Theodor Baillet von Latour le , provoquent à Vienne la troisiÚme phase de la révolution autrichienne, appelée insurrection viennoise d'octobre 1848. Au cours de son développement, les citoyens, étudiants et travailleurs viennois parviennent à prendre la capitale aprÚs que les troupes du gouvernement s'enfuirent. Mais les révolutionnaires ne peuvent la garder en leur pouvoir que pendant une courte période[100] - [96].

Le , Vienne est encerclĂ©e par des troupes contre-rĂ©volutionnaires venant de Croatie, sous les ordres du Ban Josip Jelačić, et de Prague, sous les ordres du marĂ©chal Alfred de Windisch-Graetz. MalgrĂ© la rĂ©sistance farouche quoique dĂ©sespĂ©rĂ©e de la population viennoise, la ville est reprise par les troupes impĂ©riales en une semaine. Quelque 2 000 insurgĂ©s sont tuĂ©s. D'autres meneurs de l'insurrection viennoise d'octobre sont condamnĂ©s Ă  mort ou Ă  de longues peines de prison[104] - [79].

Des hommes debout entourent un homme agenouillé au centre.
L'exécution de Robert Blum, toile de Carl Steffeck, 1848-1849.

Parmi les victimes des exĂ©cutions sommaires, figure notamment le dĂ©putĂ© populaire gauche-libĂ©ral et rĂ©publicain du Parlement de Francfort, Robert Blum, qui est exĂ©cutĂ© le en dĂ©pit de son immunitĂ© diplomatique et est ainsi Ă©levĂ© au rang des martyrs de la rĂ©volution[79]. Cet Ă©vĂ©nement est repris dans la Chanson de Robert Blum qui est surtout chantĂ©e dans les États allemands en dehors de l'Autriche.

Le , il y a en Autriche une passation du pouvoir impĂ©rial. Les Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires ont mis en Ă©vidence les faiblesses de l'empereur Ferdinand Ier. À l'initiative du ministre-prĂ©sident autrichien, le marĂ©chal-prince de Felix zu Schwarzenberg, l'empereur Ferdinand abdique et cĂšde le trĂŽne Ă  son neveu ĂągĂ© de 18 ans, qui prend pour nom d'empereur François-Joseph Ier d'Autriche[105].

C'est ainsi que la révolution en Autriche est matée. La constitution élaborée en mars n'entre jamais en vigueur[79]. Cependant, les événements qui suivent en Hongrie et en Italie demeurent un obstacle à la prétention de François-Joseph d'imposer son pouvoir dans l'ensemble de l'Empire des Habsbourg[106].

L'annĂ©e 1848 est marquĂ©e par l'abolition de courte durĂ©e de la censure. En consĂ©quence, on publie une multitude d'Ɠuvres, les magazines se multiplient puis disparaissent et la culture Ă©crite se modifie radicalement. La Presse libre ![citation 23] de Friedrich Gerhard, Le Censeur mort[citation 24] de Moritz Gottlieb Saphir, Police secrĂšte[citation 25] de Ferdinand Sauter ou Chanson du censeur[citation 26] permettent de dresser un tableau de cette ambiance de renouveau. On critique aussi sĂ©vĂšrement le systĂšme existant. On en trouve des exemples dans certaines Ɠuvres de Johann Nestroy comme LibertĂ© Ă  KrĂ€hwinkel[citation 27], dans les poĂšmes politiques d'Anastasius GrĂŒn ou dans les Ă©crits de Franz Grillparzer.

BohĂȘme

Six gravures représentant de nombreux soldats et des barricades.
Série d'images représentant des scÚnes du soulÚvement de Prague.

La BohĂȘme est Ă©galement touchĂ©e par la vague rĂ©volutionnaire. Le , FrantiĆĄek PalackĂœ, l'une des figures du nationalisme tchĂšque, refuse de s'associer aux rĂ©volutionnaires allemands dans une lettre adressĂ©e au Parlement de Francfort. Il adopte cette position au nom de l'austroslavisme, Ă  savoir la crĂ©ation d'un État confĂ©dĂ©ral dont Vienne sera la capitale. Il Ă©crit ainsi que « si l'Empire d’Autriche n'existait pas depuis longtemps, il faudrait l'inventer, dans l'intĂ©rĂȘt mĂȘme de l'Europe et dans celui de l'humanitĂ© »[107]. Puis, entre le 2 et le se tient le congrĂšs panslave auquel assistent 350 participants tchĂšques, polonais, moraves, croates, serbes et slovaques[108], sous la prĂ©sidence de PalackĂœ. Ils rĂ©clament la conversion de la « Monarchie du Danube » en un État confĂ©dĂ©ral garantissant l'Ă©galitĂ© des droits entre les peuples. La revendication d'un État national tchĂšque est expressĂ©ment rejetĂ©e, les Moraves (des Allemands) craignant de se retrouver en minoritĂ© face aux TchĂšques ; Ă  la place, ils demandent seulement des droits d'autonomie vis-Ă -vis du gouvernement central autrichien et refusent l'intĂ©gration dans un État allemand[95]. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche refuse strictement chacune de ces revendications. Ainsi le , les rĂ©volutionnaires tchĂšques commencent leur soulĂšvement Ă  Prague contre la suprĂ©matie autrichienne. L'insurrection est Ă©crasĂ©e le par les troupes autrichiennes menĂ©es par Alfred de Windisch-Graetz[109].

Hongrie

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu, appuyé sur une carte.
Lajos Kossuth (1802-1894), Lithographie de Jacott.

En Hongrie, les nouvelles de la rĂ©volution Ă  Vienne arrivent le . Lajos Kossuth fait alors une dĂ©claration devant le parlement hongrois pour rĂ©affirmer ses revendications libĂ©rales[110]. Le , une dĂ©lĂ©gation hongroise se rend Ă  Vienne y transmettre ses souhaits[111]. Le lendemain, le Stadthalterbeirat (l'organe administratif suprĂȘme de la partie hongroise de l'empire d'Autriche), impressionnĂ© par 20 000 manifestants, satisfait les « douze points » de revendication des intellectuels hongrois radicaux rassemblĂ©s autour de SĂĄndor PetƑfi (notamment un ministĂšre et un parlement hongrois indĂ©pendants de Vienne, le dĂ©part de toutes les troupes autrichiennes de Hongrie, la mise en place d'une armĂ©e nationale hongroise et la crĂ©ation d'une banque nationale) et fait ainsi rĂ©ellement du royaume de Hongrie un État indĂ©pendant[71]. Lajos Kossuth succĂšde le au ministre-prĂ©sident libĂ©ral Lajos BatthyĂĄny. Les rĂ©volutionnaires hongrois empĂȘchent, Ă  la suite des Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires autrichiens, l'empereur Ferdinand Ier d'ĂȘtre reconnu roi de Hongrie[96].

Fin aoĂ»t, Josip Jelačić est nommĂ© gouverneur de Croatie. Le , il dĂ©clare la guerre Ă  la Hongrie. Le 29, ses troupes sont repoussĂ©es Ă  PĂĄkozd par les Hongrois[112].

Le décret impérial octroyant la constitution de Mars pour la Hongrie comme pour l'Autriche débouche le sur un soulÚvement pour l'indépendance[113]. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz, marche sur la Hongrie. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps franc et des émigrants polonais, elle se retire le .

Le , la DiÚte de Hongrie annonce son indépendance vis-à-vis de la maison de Habsbourg-Lorraine et proclame la république[114]. Lajos Kossuth est alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs[115].

Cependant, les autres États europĂ©ens ne reconnaissent pas l'indĂ©pendance de la Hongrie. Ainsi, les troupes russes prĂȘtent assistance Ă  l'armĂ©e autrichienne et, ensemble, elles Ă©crasent la rĂ©volution hongroise[106]. Le , les derniĂšres unitĂ©s hongroises capitulent Ă  VilĂĄgos[116]. Dans les semaines qui suivent, plus de cent meneurs du soulĂšvement hongrois sont exĂ©cutĂ©s Ă  Arad. Le , les derniers rĂ©volutionnaires hongrois capitulent face aux Autrichiens dans la forteresse de KomĂĄrom[117]. Le , au jour anniversaire de la rĂ©volution d'octobre Ă  Vienne, l'ancien ministre-prĂ©sident BatthyĂĄny est exĂ©cutĂ© Ă  Pest[118] - [117].

Lajos Kossuth, le représentant politique le plus important du mouvement de libération hongrois, s'exile en . Jusqu'à sa mort à Turin en 1894, il plaide pour l'indépendance de la Hongrie[115].

Provinces et États italiens

Au XIXe siĂšcle, aprĂšs la fin de l'hĂ©gĂ©monie napolĂ©onienne en Europe et dans les principautĂ©s italiennes, l'Italie est composĂ©e de diffĂ©rents États. Les rĂ©gions d'Italie du Nord (Lombardie, Émilie (duchĂ©s de Parme et Plaisance et de ModĂšne et Reggio), grand-duchĂ© de Toscane et rĂ©publique de Venise) sont sous domination autrichienne. À partir des annĂ©es 1820 a lieu les soulĂšvements du Risorgimento, mouvement qui aspire Ă  un État unitaire italien et s'oppose ainsi Ă  la domination autrichienne en Italie du Nord[96]. À la suite de la rĂ©volution de Juillet, dans les annĂ©es 1830, plusieurs soulĂšvements sont initiĂ©s dans diffĂ©rentes rĂ©gions italiennes par des groupes clandestins comme ceux gravitant autour des groupes radicaux-dĂ©mocrates partisans du Risorgimento de Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi ; cependant, tous Ă©chouent[29].

À l'Ă©poque de la rĂ©volution de Mars, ces rĂ©volutionnaires jouent Ă©galement un rĂŽle important en Italie. Les thĂšses de Mazzini d'une Italie unie et libre au sein d'une Europe des peuples libĂ©rĂ©e des dynasties monarchiques, qui sont diffusĂ©es par le journal interdit Giovine Italia, n'ont pas seulement une influence sur les rĂ©volutions des États italiens, mais sont aussi significatives pour les courants radicaux-dĂ©mocrates dans de nombreuses autres rĂ©gions d'Europe[29].

De nombreuses personnes dans une grande salle. Des hommes discourent au centre. Un drapeau allemand est Ă©galement visible.
Le premier détachement de volontaires à l'ancienne gare-sud de Vienne (Gloggnitzer Bahn), avant leur départ pour apporter un soutien à l'armée de Radetzky en Italie. Départ des volontaires pour l'Italie le , toile d'Alois Schönn.

Les événements révolutionnaires de 1848 ont un fort retentissement, non seulement en Italie du Nord, mais aussi dans d'autres provinces d'Italie. En déjà, de premiers soulÚvements de combattants pour la liberté ont lieu en Sicile, à Milan, à Brescia et à Padoue contre la suprématie des Bourbons au sud et des Autrichiens au nord, qui s'intensifient le à Venise et à Milan le 18. Les combats durent cinq jours dans la capitale lombarde. Finalement, les révolutionnaires déclarent l'indépendance de la Lombardie vis-à-vis de l'Autriche, et son rattachement au royaume de Sardaigne. Cette situation mÚne à la guerre entre le royaume de Sardaigne et l'Autriche[119].

Le , le roi Charles-Albert de Sardaigne a dĂ©jĂ  concĂ©dĂ© dans son État une constitution reprĂ©sentative d'inspiration française, avec laquelle il introduit une monarchie constitutionnelle, de façon Ă  tirer profit de l'Ă©lan rĂ©volutionnaire pour unifier l'Italie sous son rĂšgne. Le , malgrĂ© leurs premiers succĂšs, les troupes du roi Charles-Albert sont dĂ©faites par les Autrichiens menĂ©s par le marĂ©chal Joseph Radetzky lors de la bataille de Custoza[114] - [96]. Selon l'armistice du , la Lombardie doit retourner Ă  l'Autriche et seule Venise demeure insoumise. Les rĂ©volutionnaires italiens ont dĂ©clarĂ© la ville indĂ©pendante le et proclamĂ© la rĂ©publique de Saint-Marc, dirigĂ©e par Daniele Manin[119].

Hommes sur des gondoles qui fĂȘtent la proclamation. En arriĂšre-plan, une grande foule et la place Saint-Marc.
Proclamation de la république de Saint-Marc devant le palais des Doges, le , lithographie de Sanesi, vers 1850.

En , lorsque les insurgĂ©s fomentent un putsch contre le grand-duc LĂ©opold II de Toscane de la maison des Habsbourg, la guerre est relancĂ©e. Celle-ci tourne de nouveau en faveur des Autrichiens menĂ©s par Radetzky, lors de la bataille de Novare contre l'armĂ©e de Sardaigne[114] - [113], forte de 100 000 hommes. Le mouvement d'unification italien est ainsi momentanĂ©ment anĂ©anti, et la prĂ©dominance autrichienne en Italie du Nord est, pour l'essentiel, de nouveau restaurĂ©e. Le roi Charles-Albert de Sardaigne abdique au profit de son fils, Victor-Emmanuel II, et part en exil au Portugal. Le nouveau roi conclut le Ă  Milan un traitĂ© de paix avec l'Autriche[119].

Le , la république révolutionnaire de Venise, dernier bastion des soulÚvements italiens de 1848-1849, est écrasée. Joseph Radetzky reçoit de l'empereur la charge de gouverneur général, civil et militaire du royaume de Lombardie-Vénétie[120].

Dans de nombreuses rĂ©gions non-autrichiennes d'Italie, il y a Ă©galement en 1848-1849 des troubles rĂ©volutionnaires ; dans le royaume des Deux-Siciles par exemple, oĂč les soulĂšvements de poussent le roi Ferdinand II Ă  se doter d'une constitution le [96].

En , le pape Pie IX fuit Rome et abandonne les États pontificaux devant les troubles qui s'intensifient. Il se replie Ă  GaĂšte, sur la cĂŽte du royaume des Deux-Siciles. Le , les rĂ©volutionnaires romains menĂ©s par un triumvirat comprenant Giuseppe Mazzini proclament la RĂ©publique romaine dans les États pontificaux. Le , la rĂ©volution romaine est Ă©crasĂ©e par les troupes françaises essentiellement, mais aussi espagnoles et autrichiennes[121] aux ordres des gouvernements de partis clĂ©ricaux, ce qui provoque, cependant, des protestations en France, comme Ă  Lyon. Par la suite, le pouvoir du comitĂ© exĂ©cutif est transfĂ©rĂ© aux cardinaux. Ce n'est qu'en 1850 que le pape revient ; il annule une grande partie de ses rĂ©formes de 1846 et met en place des mesures particuliĂšrement rĂ©actionnaires dirigĂ©es contre les libĂ©raux[96].

BaviĂšre

À partir du , il y a en BaviĂšre une recrudescence de troubles et de soulĂšvements Ă  visĂ©e dĂ©mocratique et libĂ©rale. Le roi Louis Ier de BaviĂšre cĂšde le Ă  certaines revendications des rĂ©volutionnaires et convoque un cabinet plus libĂ©ral. Cependant, le roi se trouve dans une situation dĂ©licate en raison d'une liaison non conforme Ă  son rang avec la prĂ©tendue danseuse espagnole Lola Montez, qui lui fait dĂ©laisser en partie les affaires d'État. Cette affaire expose Ă©galement Louis aux critiques des camps conservateur et catholique. Le , Lola Montez est bannie de Munich. Il y a de nouveaux troubles lorsque le bruit court que la danseuse est de retour. À la suite de cela, le , le roi abdique au profit de son fils Maximilien II de BaviĂšre[122] - [52].

AprÚs l'échec de la Constitution de Francfort, survient en Rhénanie-Palatinat (qui appartenait autrefois à la BaviÚre) le soulÚvement palatin de . Au cours de ce soulÚvement, la Rhénanie-Palatinat est temporairement séparée du pouvoir bavarois. Cependant l'insurrection est rapidement écrasée par l'armée prussienne[59].

Saxe

Dans le royaume de Saxe il y a, à la suite des événements révolutionnaires, un changement de ministres et quelques réformes libérales[123]. AprÚs que le roi de Saxe refuse la constitution de l'empire votée à Francfort le , il y a un soulÚvement à Dresde le [124].

La figure centrale de ce soulĂšvement d'environ 12 000 insurgĂ©s est l'anarchiste russe MikhaĂŻl Bakounine[124]. La Saxe est un bastion des dĂ©mocrates radicaux, organisĂ©s au sein des « associations de Mars »[citation 28], le drapeau rouge flotte donc au cĂŽtĂ© de celui noir-rouge-or[125]. Comme le dĂ©clare Stephan Born, la lutte pour la constitution est secondaire, la souverainetĂ© du peuple est plus importante Ă  ses yeux[126].

AprÚs que le roi fuit la ville pour se réfugier dans la forteresse de Königstein, que les chambres sont dissoutes et que les ministres se retirent, les révolutionnaires forment un gouvernement provisoire. Les troupes saxonnes sont pour la plus grande partie dans le duché de Holstein. Le gouvernement saxon en fuite se tourne vers la Prusse pour obtenir de l'aide. Les troupes prussiennes et les unités militaires réguliÚres saxonnes restées sur place écrasent l'insurrection le aprÚs des combats de rue acharnés[124].

Holstein et Schleswig ; premiĂšre guerre dano-allemande

Dans la ville, un grand groupe de cavaliers en uniforme bleu se dirige au galop vers les barricades au fond.
Prise d'assaut des barricades par l'armée prussienne sur la Konstablerwache à Francfort le . Lithographie de E. G. May d'aprÚs un dessin de Jean Nicolas Ventadour.

Fin , un soulĂšvement allemand national se produisit dans les duchĂ©s nordiques de Schleswig et de Holstein, aprĂšs que le roi FrĂ©dĂ©ric VII de Danemark, sous l'influence des nationaux-libĂ©raux danois, a voulu faire adopter une constitution commune au Royaume de Danemark et aux duchĂ©s de Schleswig et de Holstein. Ces duchĂ©s dĂ©pendent Ă  l'Ă©poque du roi danois en sa qualitĂ© de duc. Le Holstein, en tant que fief allemand, est cependant membre de la ConfĂ©dĂ©ration germanique depuis 1815, tandis que le Schleswig est un fief du Royaume de Danemark. Les nationaux-libĂ©raux allemands craignent l'incorporation du Schleswig dans le Danemark et forment un gouvernement provisoire. Il est reconnu par le Bundestag de la ConfĂ©dĂ©ration germanique Ă  Francfort avant mĂȘme l'ouverture du Parlement de Francfort, toutefois l'absorption formelle du Schleswig dans la confĂ©dĂ©ration est Ă©vitĂ©e. À la suite de la formation du gouvernement nationaliste, la premiĂšre guerre dano-allemande commence. À la demande de la confĂ©dĂ©ration, les troupes prussiennes, dirigĂ©es par le Generalfeldmarschall FrĂ©dĂ©ric von Wrangel, parviennent jusqu'au Jutland[127].

Cette manƓuvre conduit Ă  une pression diplomatique sur la Prusse de la part de la Russie et du Royaume-Uni qui menacent de soutenir militairement le Danemark. La Prusse cĂšde et le roi Guillaume IV conclut l'armistice de Malmö avec le Danemark le [128]. Le retrait des troupes de la ConfĂ©dĂ©ration germanique du Schleswig et du Holstein ainsi que la dissolution du gouvernement provisoire de Kiel y sont prĂ©vus[129].

Cette action arbitraire de la Prusse conduit Ă  une crise au sein du Parlement de Francfort, qui a commencĂ© entre-temps Ă  siĂ©ger. Il devient clair que les moyens et l'influence du Parlement sont minimes. Il est soumis au bon vouloir de la Prusse et de l'Autriche. Puisque le Parlement ne dispose d'aucun moyen de poursuivre la guerre contre le Danemark sans la Prusse, il se voit contraint d'approuver l'armistice le [129]. Cette approbation a pour consĂ©quence de nouveaux troubles dans toute l'Allemagne, et plus particuliĂšrement Ă  Francfort. Puis, les troupes prussiennes et autrichiennes sont envoyĂ©es Ă  Francfort contre ce qui dĂ©gĂ©nĂšre en combats de barricades. Lors de ces affrontements, il n'est plus tellement question du Schleswig-Holstein pour les insurgĂ©s, mais dĂ©sormais, et de maniĂšre grandissante, de la dĂ©fense de la rĂ©volution elle-mĂȘme[130].

Le , le Danemark adopte une constitution Ă©tablissant une monarchie constitutionnelle ainsi qu'un parlement Ă  deux chambres Ă©lu au suffrage universel[34].

Le parlement de Francfort

Voir description précédente
Un débat au Parlement de Francfort pendant un discours de Robert Blum.

Formation du parlement

AprĂšs que Friedrich Daniel Bassermann a exigĂ© le au parlement de Bade[citation 29] une reprĂ©sentation populaire au sein du Bundestag de la ConfĂ©dĂ©ration germanique[131], cette revendication se propage au-delĂ  du parlement et ainsi, le , l'assemblĂ©e d'Heidelberg se conclut par une invitation Ă  un prĂ©-parlement[citation 30] constituant[39]. AprĂšs que le Bundestag de la ConfĂ©dĂ©ration germanique a rĂ©agi Ă  la pression publique en accordant la libertĂ© de la presse, il essaie aussi de regagner sur-le-champ la souverainetĂ© de la constitution et de la reprĂ©sentation parlementaire en reconnaissant la nĂ©cessitĂ© d'une rĂ©vision de l'Acte confĂ©dĂ©ral allemand et de la mise en place du comitĂ© des dix-sept afin d'Ă©laborer une nouvelle base Ă  la constitution pour une Allemagne unie[131]. Le « prĂ©-parlement », au sein duquel les libĂ©raux ont le dessus sur la gauche radicale, dĂ©cide dans les premiers jours d'avril de travailler en commun avec la ConfĂ©dĂ©ration germanique et d'amorcer avec elle les Ă©lections pour une assemblĂ©e nationale constituante afin de donner un cadre juridique au mouvement[39]. Le comitĂ© des cinquante est mis en place pour reprĂ©senter le mouvement rĂ©volutionnaire auprĂšs du Bundestag, et celui-ci appelle les États de la ConfĂ©dĂ©ration germanique Ă  mettre en Ɠuvre l'Ă©lection de l'assemblĂ©e nationale. Elle se rĂ©unit pour la premiĂšre fois le en l'Ă©glise Saint-Paul de Francfort et Ă©lit le libĂ©ral modĂ©rĂ© Heinrich von Gagern comme prĂ©sident[37].

L'assemblée nationale établit le pouvoir central provisoire le , un gouvernement faisant office d'exécutif pour le parlement, et reprend le pouvoir étatique du Bundestag[132]. Le poste de chef de l'exécutif (régent impérial) est attribué à Jean-Baptiste d'Autriche, connu pour ses opinions libérales. Le prince Charles de Linange est nommé ministre-président de ce nouveau « ministÚre de l'empire »[133].

Structure et constitution du parlement

Évolution des diffĂ©rentes fractions au sein de l'hĂ©micycle[134].

Le parlement de Francfort doit prĂ©parer l'unitĂ© allemande et Ă©laborer la constitution de l'empire[128]. Au sein de ce parlement, la plupart des membres sont issus de la bourgeoisie : de grands propriĂ©taires cultivĂ©s, de hauts fonctionnaires, de professeurs, d'officiers, de magistrats, d'avocats, etc. Pour cette raison, le parlement est affublĂ© de surnoms peu flatteurs par le peuple goguenard : « parlement des notables » ou « parlement des professeurs »[135] - [136]. Dans le cadre du travail parlementaire, diffĂ©rents groupes parlementaires se forment bientĂŽt. Ils sont baptisĂ©s en fonction des cafĂ©s oĂč leurs membres se rencontrent aprĂšs ou entre les sĂ©ances pour convenir de leurs propositions et de leurs idĂ©es. À l'exception d'un grand groupe de dĂ©putĂ©s qui n'appartiennent pas aux factions (33 % des dĂ©putĂ©s en ), deux ailes idĂ©ologiques et deux partis centristes se constituent. Leur rĂ©partition au sein du parlement est la suivante en : la gauche dĂ©mocratique[citation 31], le centre gauche, le centre droit et la droite conservatrice[137] - [138]. La premiĂšre, Ă©galement appelĂ©e die Ganzen Ă  l'Ă©poque, est composĂ©e des fractions du Deutscher Hof (8 %), du Donnersberg (7 %) auxquels se joint en novembre le NĂŒrnberger Hof. À partir de dĂ©but 1849, elle est globalement rĂ©unie au sein de l'Association centrale de Mars duquel naquit le parlement croupion allemand[citation 32]. Le deuxiĂšme groupe est celui de centre gauche parlementaire-libĂ©ral[citation 33], Ă©galement appelĂ©e die Halben. Il est composĂ© du WĂŒrttemberger Hof (6 %) et du Westendhall (7 %), puis du Augsburger Hof (7 %) Ă  partir de septembre. Il s'unit avec le centre droit en fĂ©vrier 1849 au sein du groupe Weidenbusch. Le troisiĂšme groupe est le centre droit constitutionnel-libĂ©ral[citation 34] : Ă  partir d'aoĂ»t, avec le dĂ©tachement du Landsberg (6 %), il est absorbĂ© par la grande fraction Casino (21 %). Avec le centre gauche, il forme la liberale Mitte (centre libĂ©ral), connu sous le nom die Halben. DĂ©but 1849, une partie de la fraction Casino fusionne avec les fractions de droite pour former le Pariser Hof. Enfin, la droite conservatrice[citation 35] est principalement composĂ©e de conservateurs protestants. Ils siĂšgent au dĂ©part dans la Steinernen Haus, puis ils sont connus Ă  partir de septembre comme la fraction du CafĂ© Milani (6 %).

DĂ©bats

Ils sont en train de coudre une carte de l'Allemagne et sont habillés en tisserand.
Caricature de la crĂ©ation d'un État national. De gauche Ă  droite : Heinrich von Gagern, Alexander von Soiron, Carl Theodor Welcker et Friedrich Daniel Bassermann.

Le parlement de Francfort voit s'opposer les libéraux, die Halben, et les démocrates, die Ganzen. Les premiers, plus modérés, acceptent le compromis avec les monarques et privilégient la monarchie constitutionnelle héréditaire adoptant soit la solution petite-allemande (sans l'Autriche), soit la solution grande-allemande (avec l'Autriche) ; tandis que les seconds plus intransigeants donnent plus d'importance à la souveraineté du peuple et donc à un régime fortement parlementaire. Les plus radicaux d'entre eux revendiquent la mise en place d'une république. Les libéraux redoutent dans ce cas une « république rouge », l'anarchie et une nouvelle terreur[139]. La solution grande-allemande a les faveurs des démocrates[137].

Les groupes parlementaires débattent vivement sur le droit de veto à accorder à l'exécutif sur les décisions du parlement. La majorité souhaite un veto suspensif, mais certains libéraux comme Friedrich Christoph Dahlmann souhaitent attribuer un veto absolu pour faciliter l'acceptation du titre impérial au roi de Prusse. Un autre débat concerne le suffrage, les plus radicaux réclamaient le suffrage universel masculin direct secret, tandis que les libéraux, par peur des démagogues, lui préféraient un suffrage censitaire[140] - [141] - [142].

Le désaccord des députés paralysant le parlement, il vient à manquer un pouvoir exécutif capable de faire appliquer les décisions (qui échouent souvent en raison des initiatives individuelles de l'Autriche ou de la Prusse[135]). Cela mÚne à plusieurs crises, comme la guerre contre le Danemark au sujet de la question du Schleswig-Holstein.

Vote de la constitution, puis refus de la couronne impériale

Schéma montrant des relations entre des concepts de politique
SchĂ©ma de la structure de l'État allemand unifiĂ© prĂ©vue dans la Constitution du Parlement de Francfort de 1849.

MalgrĂ© tout, le parlement se prononce le pour un ensemble de droits fondamentaux[143], puis, le , vote la Constitution de Francfort avec une majoritĂ© de 42 voix. Pour ce vote, les libĂ©raux du centre-droit s'allient Ă  ceux du centre-gauche, on parle de « pacte Simon-Gagern[citation 36] - [134] ». Elle prĂ©voit une monarchie constitutionnelle hĂ©rĂ©ditaire, une unification avec la solution petite-allemande dont le roi de Prusse sera l'empereur, le suffrage universel direct et secret, ainsi qu'un veto suspensif[33].

Le , lorsque le roi de Prusse FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV refuse la dignitĂ© d'empereur que lui propose la dĂ©putation impĂ©riale[citation 37], le Parlement de Francfort est de fait un Ă©chec[129] - [144]. Vingt-neuf des États de moyenne puissance approuvent la Constitution. L'Autriche, la BaviĂšre, la Prusse, la Saxe et Hanovre la refusent. Les dĂ©putĂ©s prussiens et autrichiens quittent le Parlement lorsqu'ils sont rĂ©voquĂ©s par leur gouvernement[59].

Fin du parlement et de la révolution

Dessin en noir et blancs ; des militaires Ă  cheval menacent une foule Ă  pieds de leurs sabres.
Dissolution du « parlement croupion » le à Stuttgart : des dragons wurtembergeois dispersent la manifestation des députés maintenus dehors (illustration d'un livre de 1893).

Afin de faire toutefois aboutir la Constitution dans les LĂ€nder isolĂ©s malgrĂ© le renforcement de la contre-rĂ©volution, il y a en mai 1849 dans certains centres rĂ©volutionnaires des « soulĂšvements de mai » dans le cadre de la campagne pour la Constitution du Reich[citation 38]. Ces soulĂšvements crĂ©ent un deuxiĂšme sursaut rĂ©volutionnaire radicalisĂ© qui prend des proportions semblables Ă  une guerre civile dans certaines rĂ©gions de la ConfĂ©dĂ©ration, par exemple le pays de Bade et le royaume de Saxe[145]. Le Parlement de Francfort perd la plus grande partie de ses membres en raison des rĂ©vocations et d'autres dĂ©fections, et se retire Ă  Stuttgart le sans les dĂ©putĂ©s prussiens et autrichiens sous la forme d'un parlement croupion[citation 32]. Il reste 130 dĂ©putĂ©s[146]. Le , ce parlement est violemment dissous par les troupes du Wurtemberg. C'est avec la dĂ©faite des derniers combats rĂ©volutionnaires du Ă  Rastatt que la rĂ©volution de Mars est dĂ©finitivement mise en Ă©chec[59] - [49].

Répercussions et conséquences en Allemagne

Conséquences immédiates

Friedrich Jucho, l'administrateur du domaine de l'Assemblée nationale, en fuite. Caricature au tournant de l'année 1849/1850
Caricature. Sur une carte de l'Europe on voit Christian du Danemark, Napoléon III, Frédéric-Guillaume IV et la reine Victoria.
La dĂ©route du Printemps des peuples en 1849 caricaturĂ©e par Ferdinand Schröder dans le DĂŒsseldorfer Monatshefte sous le titre de Panorama de l'Europe en aoĂ»t MDCCCXLIX, (1849).

AprÚs l'échec de la révolution, une contre-révolution réactionnaire triomphe. Dans la décennie qui suit 1848, appelée « Úre réactionnaire », s'établit de nouveau une période de Restauration, qui ne prend cependant pas tout à fait les proportions de la répression de Metternich pendant le VormÀrz[147] - [148].

En dehors de la Confédération germanique, la révolution est aussi écrasée. En France, la République se maintient jusqu'en 1851-1852[149]. Les constitutions ne se maintiennent durablement qu'au Danemark, en Prusse et au royaume de Sardaigne[150]. La constitution du royaume de Sardaigne est la base du royaume d'Italie unifié en 1861 (voir Risorgimento).

AprĂšs son Ă©chec provisoire lors de la confĂ©rence d'OlmĂŒtz de 1850[151], l'idĂ©e d'une union de la petite Allemagne est imposĂ©e et rĂ©alisĂ©e « d'en haut » par les puissances conservatrices dominantes menĂ©es par la Prusse sous la direction d'Otto von Bismarck en tant que ministre-prĂ©sident de Prusse Ă  partir de 1862, aprĂšs les trois guerres d'unification allemande menĂ©es par la Prusse contre le Danemark, contre l'Autriche et contre la France. En 1871, Ă  la suite de la victoire de la Prusse sur la France, le roi Guillaume de Prusse est couronnĂ© premier empereur allemand Ă  Versailles sous le nom de Guillaume Ier et l'Empire allemand est proclamĂ© ; jusqu'en 1890, le chancelier impĂ©rial Bismarck joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans sa politique[152]. L'influence de la rĂ©volution dans le processus d'unification est indĂ©niable[148].

Acquis de la révolution

L'échec des objectifs nationalistes de la révolution de Mars[153] détourne souvent l'attention des succÚs certains et des progrÚs durables qui sont atteints dans les années de la Révolution et sur lesquels la contre-révolution victorieuse ne peut revenir, comme en premier lieu la fin définitive de l'ordre féodal[147]. Une grande partie de la population rurale et paysanne adhÚre aux revendications d'abolition du servage héréditaire et des redevances féodales, ce qui la conduit à participer aux mouvements de , en particulier en Autriche[154].

Un autre succÚs certain des années révolutionnaires est l'abolition de la justice inquisitrice secrÚte des périodes de la Restauration et du VormÀrz. L'exigence du caractÚre public de la juridiction répressive et de la cour d'assises fait partie des revendications fondamentales de Mars. Sa mise en place conduit à une amélioration durable de l'équité juridique. La Constitution prussienne est également un acquis certain[148].

Caricature en noir et blanc suivi de textes.
PremiĂšre Ă©dition du magazine satirique Kladderadatsch ().

De plus, pendant la RĂ©volution, Ă  la suite de l'assouplissement de la censure, une presse plus ou moins pluraliste Ă©merge. Le nombre de journaux politiques passe ainsi de 118 en 1847 Ă  184 en 1850. En Autriche, il n'y a que 79 journaux avant la rĂ©volution, contre 388 ensuite. Dans toute l'Allemagne, le nombre de journaux a atteint 1 700 en 1848[155]. Ceux de gauche comme de droite gagnent en influence sur les actualitĂ©s politiques. À gauche, on peut citer par exemple le journal publiĂ© par Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette rhĂ©nane), qui est interdit le [156]. Le centre modĂ©rĂ© est entre autres reprĂ©sentĂ© par la Deutsche Zeitung (Journal allemand) et la droite par la Neue Preußische Zeitung (Nouvelle Gazette prussienne) Ă  la crĂ©ation de laquelle Otto von Bismarck est associĂ©[157]. C'est avec le Kladderadatsch (Patatras) que voit le jour le l'un des premiers grands magazines satiriques d'Allemagne[158] - [159].

Influences sur les différentes mouvances politiques et associatives

Le rĂ©tablissement de la libertĂ© associative en Allemagne a pour consĂ©quence la formation de nombreuses associations, politiques notamment. Elles peuvent ĂȘtre classĂ©es en associations ouvriĂšres, dĂ©mocratiques, constitutionnelles, catholiques, rurales, et groupes d'intĂ©rĂȘt citoyens[160], les associations conservatrices Ă©tant peu dĂ©veloppĂ©es[161]. Les premiĂšres, rassemblĂ©es dans la fraternitĂ© gĂ©nĂ©rale des travailleurs allemands fondĂ©e le Ă  Berlin[162] - [163], sont au nombre de 170, pour un total de 15 000 membres au dĂ©but de 1849[164]. C'est la premiĂšre organisation de travailleurs prĂ©sente dans plusieurs rĂ©gions en Allemagne : elle a notamment un rĂŽle important dans l'Ă©mergence des syndicats[165]. Les associations dĂ©mocratiques, Ă©galement nommĂ©es « populaires[citation 39] », sont Ă  leur apogĂ©e, au nombre d'environ 200 pour 200 000 membres[166]. DĂ©but 1849, elles se rassemblent pour former l'Association centrale de Mars qui, en mars, compte 950 associations et 500 000 adhĂ©rents[167]. Les associations constitutionnelles, appelĂ©es aussi « patriotiques[citation 40] », rassemblent les libĂ©raux[168]. Elles sont moins importantes en nombre d'adhĂ©rents que les associations populaires[169], leur association nationale rassemble ainsi, en , 160 associations locales[168]. Les associations catholiques, dites aussi « Pi », sont aussi trĂšs rĂ©pandues : dans le seul pays de Bade, il y a 400 associations pour 100 000 membres[170]. Les associations rurales[citation 41], prĂ©sentes seulement en SilĂ©sie, se regroupent en aoĂ»t 1848 dans le Hauptristikalverein. Elles sont au nombre de 200, pour 200 000 membres[171]. Enfin, le mouvement ouvrier est naissant[172].

Les nouveaux mouvements rĂ©clamant une Ă©mancipation, en particulier le mouvement ouvrier et les fĂ©ministes, n'ont pas eu un poids important dans la rĂ©volution. Ils ne sont pas directement reprĂ©sentĂ©s au parlement, tout au plus la gauche libĂ©ral-dĂ©mocrate bourgeoise dĂ©fend leurs intĂ©rĂȘts. La rĂ©volution a cependant fortement influencĂ© leur dĂ©veloppement[173].

En ce qui concerne les fĂ©ministes, le la journaliste et avocate du droit des femmes Louise Otto-Peters fonde le journal politique Frauen-Zeitung (Journal des femmes), oĂč elle appelle au regroupement des ouvriĂšres au sein d'associations afin de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts[174] - [175].

Une pĂ©riode de rĂ©action suit directement la rĂ©volution, marquĂ©e par les procĂšs contre les dĂ©mocrates et les communistes, et par la censure et le contrĂŽle de l'administration[176]. Elle laisse cependant rapidement la place Ă  une Ăšre plus libĂ©rale dite Neue Ära entre 1849 et 1866. Elle voit notamment les forces libĂ©rales se renforcer et se rassembler en 1861 dans le premier parti politique allemand : le parti progressiste allemand[177]. Toutefois, Wolfgang Siemann note que toutes ces associations politiques prĂ©figurent les partis politiques modernes. Il faut par ailleurs dĂ©finir avec prĂ©cision le terme de « parti » pour dĂ©terminer quel est le premier parti allemand[178].

La plupart des dĂ©mocrates radicaux, quand ils n'ont pas Ă©tĂ© emprisonnĂ©s ou exĂ©cutĂ©s, se sont exilĂ©s[179]. Les annĂ©es 1848-1849 voient une vague d'Ă©migration massive. Pendant les annĂ©es 1847, 1848 et 1849, respectivement 78 800, 59 000 et 61 700 Allemands Ă©migrent, surtout vers les États-Unis[180]. Les Ă©migrants y sont dĂ©signĂ©s par le nom de Forty-Eighters ce qu'on peut traduire par « quarante-huitards ». Beaucoup de ces Ă©migrĂ©s s'impliquent dans la vie dĂ©mocratique locale[49]. Ainsi ils sont nombreux Ă  soutenir Abraham Lincoln lors des Ă©lections prĂ©sidentielles amĂ©ricaines, Ă  combattre l'esclavage ou Ă  prendre part Ă  la guerre de SĂ©cession au cĂŽtĂ© des États du Nord de 1861 Ă  1865. Certains font Ă©galement une carriĂšre politique comme Lorenz Brentano[181] ou Carl Schurz (ministre de l'intĂ©rieur de 1877 Ă  1881[182]).

Les autres démocrates radicaux, qui sont restés en Allemagne ou qui y sont revenus aprÚs l'amnistie de 1862, rejoignent massivement le mouvement ouvrier et la social-démocratie[183].

Historiographie

La peinture met en scÚne des anges et un démon.
Allégorie de la défaite de la révolution de 1848, peinture d'Alfred Rethel, 1849.

Postérité de la révolution

D'abord mis au ban, par le royaume de Prusse notamment[184], l'Empire allemand se considÚre comme l'aboutissement de la révolution de Mars, mais en sous-estime l'influence et ne suit pas son esprit. Ainsi le parlement national et une partie de la constitution sont repris des acquis de la révolution de Mars[185]. Toutefois les droits fondamentaux ne sont pas inscrits dans la constitution mais seulement assurés au moyen de lois[186].

La République de Weimar est fidÚle à la révolution de Mars et remet en avant ces événements. Sa Loi fondamentale est fondée sur le projet de constitution élaboré dans l'église Saint-Paul de Francfort[187] - [188].

Adolf Hitler dĂ©tourne la rĂ©volution Ă  des fins expansionnistes, y trouvant une justification pour l'Anschluss. Finalement, aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, les deux États allemands se disputent l'hĂ©ritage rĂ©volutionnaire : la RFA se prĂ©vaut de la libertĂ© d'expression, de presse et de circulation rĂ©clamĂ©e en 1848 ; la RDA, de sa tradition rĂ©volutionnaire[188]. Au XXe siĂšcle, un grand nombre de mouvements politiques allemands, surtout en Allemagne de l'Est, de la gauche radicale aux nationalistes en passant par les dĂ©mocrates, se rĂ©clament de la rĂ©volution de 1848[189].

Causes de l'Ă©chec

Les causes de l'Ă©chec de la rĂ©volution ont longtemps Ă©tĂ© analysĂ©es[139]. PĂȘle-mĂȘle, on peut citer le dualisme Autriche/Prusse qui empĂȘche toute Ă©volution ; la division entre les libĂ©raux et les dĂ©mocrates ; le rejet de la rĂ©volution par les bourgeois et les libĂ©raux de peur de la voir se transformer en nouvelle Terreur française[139] ; le manque de soutien des autres grandes puissances europĂ©ennes ; le choix personnel du roi de Prusse FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV qui est trop vu comme l'homme providentiel ; la rapide victoire en Mars qui donne aux dĂ©putĂ©s des attentes irrĂ©alistes comme la crĂ©ation simultanĂ©e d'un État-nation, la proclamation des droits fondamentaux et d'acquis sociaux. Botzenhart dit rĂ©sumer la pensĂ©e de Dieter Langewiesche, Hans-Ulrich Wehler et Siemann en disant qu'il y a trop de problĂšmes Ă  rĂ©gler. Il ajoute que les difficultĂ©s de la RĂ©volution française, alors que lĂ -bas la situation est plus simple, montre combien la tĂąche est difficile[148]. Nipperdey quant Ă  lui expose les « pour » et les « contre » de la politique des libĂ©raux, puis conclut que la faute n'est Ă  imputer ni aux dĂ©mocrates ni aux libĂ©raux, car leur mĂ©sentente est inĂ©vitable. Il conclut que les Ă©lĂ©ments contraires sont trop nombreux[139].

La rĂ©pression de la RĂ©volution et la victoire des rĂ©actionnaires engendrent un dualisme spĂ©cifiquement allemand entre les idĂ©es de « nation » et de « dĂ©mocratie » qui marque pour longtemps l'histoire allemande et qui est encore sensible au XXIe siĂšcle. À la diffĂ©rence de la France, des États-Unis ou d'autres pays oĂč, Ă  la suite de rĂ©volutions victorieuses, « nation » et « dĂ©mocratie » sont plutĂŽt vues traditionnellement comme une unitĂ© et oĂč l'adhĂ©sion Ă  la nation inclut en gĂ©nĂ©ral Ă©galement l'adhĂ©sion Ă  la dĂ©mocratie, en Allemagne la relation entre nation et dĂ©mocratie est encore de nos jours (2019) un objet de dĂ©bats polarisants, controversĂ©s et souvent trĂšs empreints d'une dimension Ă©motionnelle (voir Sonderweg[35]).

Notes et références

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Voir aussi

Bibliographie

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