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Satyricon

Le Satyricon, Ă©galement orthographiĂ© Satiricon, la forme au pluriel « les Satyrica » est prĂ©fĂ©rable, est un roman satirique Ă©crit en latin attribuĂ©, sans certitude absolue, Ă  PĂ©trone. Le roman, considĂ©rĂ© comme l'un des premiers de la littĂ©rature mondiale, mĂȘle vers et prose, latin classique et vulgaire. Il est constituĂ© par un rĂ©cit-cadre (titrĂ© gĂ©nĂ©ralement les « Aventures d'Encolpe ») et trois rĂ©cits enchĂąssĂ©s : L'ÉphĂšbe de Pergame, La Matrone d'ÉphĂšse et le Festin chez Trimalcion, autant d'intrigues Ă  la vaste postĂ©ritĂ© littĂ©raire.

Satyricon
Image illustrative de l’article Satyricon
Georges-Antoine Rochegrosse : la rencontre de Pannychis avec Giton (chapitre XXV).

Auteur PĂ©trone
Pays Italie
Préface Alfred Ernout
Genre roman
Version originale
Langue Latin
Titre Satyricon liber
Éditeur Antonius Zarotus
Lieu de parution Milan
Date de parution 1482
Version française
Traducteur Alfred Ernout
Éditeur Les Belles Lettres
Date de parution 1950
Nombre de pages 371
ISBN 978-2-251-01138-7

Le rĂ©cit conte les aventures, dans une Rome dĂ©cadente (trĂšs certainement avant la fin du Ier siĂšcle), de deux jeunes gens, Encolpe et Ascylte, ainsi que du jeune amant du premier, l'adolescent Giton. Encolpe a Ă©tĂ© frappĂ© d'impuissance par le dieu Priape alors que son ami et rival, Ascylte, convoite l'amour de Giton. Au cours de leurs pĂ©rĂ©grinations, ils sont invitĂ©s Ă  un splendide festin organisĂ© par un riche affranchi, Trimalcion, de chez qui ils parviennent Ă  s'enfuir. AprĂšs une nouvelle dispute entre Encolpe et Ascylte au sujet de Giton, ils se sĂ©parent. Giton part avec Ascylte, mais retrouve ensuite Encolpe qui a alors rencontrĂ© le poĂšte Eumolpe. Ils embarquent et font naufrage, Ă  la suite d'une tempĂȘte, prĂšs de Crotone. Encolpe fait ensuite la rencontre de CircĂ©, une habitante de Crotone, mais, frappĂ© de nouveau d'impuissance, il dĂ©cide d'aller se faire soigner chez ƒnothĂ©a, prĂȘtresse de Priape. Le rĂ©cit est suivi de plusieurs fragments, de tailles inĂ©gales.

L'identitĂ© de l'auteur du Satyricon demeure l'objet de polĂ©miques. Tour Ă  tour identifiĂ© Ă  un proche de NĂ©ron, au secrĂ©taire de Pline le Jeune ou Ă  un Massaliote, voire Ă  plusieurs auteurs diffĂ©rents, l'autoritĂ© de PĂ©trone sur le Satyricon est remise en cause par l'Ă©tude du contexte social et politique du roman. Puisant aux sources de la tradition romanesque grecque, et notamment dans le genre milĂ©sien, le Satyricon prĂ©figure le roman picaresque. Il constitue une innovation littĂ©raire pour l'AntiquitĂ©, si bien qu'il a pu ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le premier roman europĂ©en. L'histoire du texte est complexe : le Satyricon actuel est issu de plusieurs manuscrits dont les cheminements sont encore obscurs. L'Ă©dition princeps du Satyricon est publiĂ©e, sous le nom d'auteur de « Petronius Arbiter », Ă  Milan en 1482, mais la premiĂšre Ă©dition complĂšte du roman est publiĂ©e Ă  Amsterdam en 1669.

L'identification générique, et l'héritage de Pétrone, se reconnaßssent dans le titre du roman. Celui-ci est en effet une dérivation du latin satura, qui signifie « mélange, pot-pourri », mais qui qualifie aussi des histoires de satyres. Le double sens fait à la fois du Satyricon un roman de la débauche sexuelle et morale et le réceptacle de récits enchùssés qui préfigure le roman moderne. En dépit de plusieurs incohérences narratives, le Satyricon est écrit dans un latin populaire qui témoigne de la recherche esthétique et sociologique de Pétrone.

L'intrigue est essentiellement fondĂ©e sur la fuite et l'errance des personnages. Ces derniers, et en particulier le trio des protagonistes, sont dĂ©peints comme des jeunes marginaux, objets de la violence de la sociĂ©tĂ© et des femmes. Roman de l'homosexualitĂ© Ă©galement, les dĂ©tails que fournit PĂ©trone ont permis de mieux comprendre les mƓurs romaines. Le Satyricon est pensĂ© comme un message Ă  la civilisation : par la description de la dĂ©cadence et de la vie en marge, son auteur tĂ©moigne de la dĂ©shĂ©rence de la jeunesse romaine, en proie Ă  la violence et Ă  la duplicitĂ©. ConsidĂ©rĂ© Ă©galement comme le roman des affranchis, l'observation satirique se double d'une parodie constante faite aux grands textes classiques grĂ©co-romains, et notamment Ă  l'OdyssĂ©e.

Pétrone décrit le monde, les comportements et la vie quotidienne romaine à la maniÚre d'un naturaliste. Ses personnages surtout, dans leurs psychologies et leurs relations interpersonnelles, atteignent une dimension moderne. Plusieurs traductions existent, et, parmi elles, celle, classique, de Louis de Langle ou celle, plus triviale, de Laurent Tailhade font autorité. Le Satyricon a profondément influencé la littérature mondiale et a été adapté au cinéma, notamment par le réalisateur italien Federico Fellini en 1969, en bande dessinée et à l'opéra.

Résumé et organisation

Résumé

Restes du temple d'HĂ©ra non loin de Crotone, en Calabre.

L'histoire du Satyricon, plus précisément de sa version éditée, peut se diviser, selon Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille[1], en cinq parties qui scandent le récit.

Les « premiĂšres aventures » (chapitres I Ă  XXVI) dĂ©couvrent une action se passant d'abord dans une ville cĂŽtiĂšre de la Campanie, peut-ĂȘtre Pouzzoles. AprĂšs avoir Ă©coutĂ© le rhĂ©teur Agamemnon, tenant divers propos sur l'Ă©loquence et l'Ă©ducation, le narrateur, Encolpe, s'Ă©gare dans un lupanar, puis se retrouve dans une caupona crapuleuse oĂč il retrouve Ascylte, avec qui il se bat pour la propriĂ©tĂ© exclusive du jeune Giton. Encolpe et Ascylte, qui ont volĂ© un manteau, essayent de le revendre au marchĂ©. Ils aperçoivent entre les mains d’un des marchands une vieille tunique qu’ils avaient perdue auparavant et dans la doublure de laquelle ils ont dissimulĂ© leurs piĂšces d’or. Ils tentent alors d'Ă©changer le manteau contre la tunique. Par mĂ©garde, ils interrompent ensuite l'esclave de la prĂȘtresse de Priape[note 1] en train d'exĂ©cuter un sacrifice. De retour chez eux, oĂč Giton les attend pour souper, PsychĂ©, la servante de la prĂȘtresse de Priape Quartilla, vient les accuser d’avoir troublĂ© le sacrifice que sa maĂźtresse avait offert Ă  Priape et, ainsi, d'avoir offensĂ© le dieu. Quartilla se prĂ©sente ensuite et demande rĂ©paration. Elle les fait fouetter en leur faisant jurer de taire les mystĂšres qu'ils ont surpris dans le temple du dieu. Elle oblige alors Giton Ă  dĂ©florer une jeune fille de sept ans du nom de Pannychis, sous ses yeux, et sur un tapis posĂ© Ă  mĂȘme le sol par sa servante[2]. Le trio d'amis parvient Ă  s'Ă©chapper puis un esclave d’Agamemnon vient leur rappeler qu’ils sont invitĂ©s Ă  dĂźner chez Trimalcion.

Vient ensuite le « festin chez Trimalcion » (Cena Trimalcionis, chapitres XXVII Ă  LXXVIII) : le trio se retrouve invitĂ© chez le Syrien affranchi Trimalcion, qui possĂšde une somptueuse demeure, dĂ©crite en dĂ©tail par le narrateur. Le repas est Ă©galement minutieusement dĂ©crit, Ă  la fois les diffĂ©rents plats et les propos de leur hĂŽte et des convives. Plusieurs divertissements Ă©gayent la soirĂ©e : des danses, des Ă©quilibristes et des lectures de rĂ©cits divers se succĂšdent. Lorsque le marbrier Habinnas fait son entrĂ©e, toute la salle est ivre. AprĂšs l'arrivĂ©e des esclaves, Trimalcion fait la lecture de son testament et dĂ©crit son monument funĂ©raire. Puis, tous les convives se retrouvent au bain, oĂč Trimalcion fait le rĂ©cit de sa vie d'ancien esclave devenu affranchi. Ascylte profite du sommeil d'Encolpe pour sodomiser Giton, et parvient Ă  le dĂ©cider de partir avec lui. Se rendant compte de la disparition de Giton, Encolpe quitte lui aussi la demeure de Trimalcion[3].

Le dieu Priape représenté sur une fresque, à Pompéi.

Le troisiÚme mouvement du récit relate l'« infidélité et le retour de Giton » (chapitres LXXIX à XCIX) : Giton accompagne Ascylte ce qui provoque le désespoir d'Encolpe. Ce dernier fait la rencontre, dans une galerie de tableaux (pinacotheca) du poÚte de bas étage Eumolpe. Ils s'entretiennent à propos de certains tableaux dont le sens lui échappe. Le poÚte lui rétorque des discours surannés et pessimistes, puis lui récite un poÚme sur la prise de Troie. Encolpe retrouve Giton, et, avec Eumolpe, ils embarquent sur le premier navire en partance[3].

Lors de la quatriĂšme partie du texte, « la navigation » (chapitres C Ă  CXXV), les trois amis apprennent que le navire appartient Ă  Lichas, l'ancien maĂźtre d'Encolpe et de Giton. La femme du capitaine, TryphĂšma, s'empare de Giton et en fait son amant. Giton veut s'Ă©masculer et alors que Lichas, le capitaine du navire, discourt sur les illusions du monde et la doctrine d'Épicure, ils tentent donc de lui Ă©chapper mais sont repris. AprĂšs une bagarre gĂ©nĂ©rale, tous font la paix. Ils Ă©coutent la fable de La Matrone d'ÉphĂšse narrĂ©e par Eumolpe. Mais bientĂŽt une tempĂȘte Ă©clate et le navire fait naufrage. Les trois amis sont rejetĂ©s sur une plage prĂšs de la ville de Crotone. Ils apprennent que les captateurs de testaments y sĂ©vissent. IntĂ©ressĂ©s par ce moyen aisĂ© de gagner de l'argent, ils dĂ©cident d'en apprendre davantage. Eumolpe rĂ©cite par la suite un poĂšme sur la guerre civile romaine[4].

La derniĂšre partie raconte les aventures d'Encolpe et de CircĂ©. Pour gagner sa vie Ă  Crotone, Encolpe se prostitue. Il fait la rencontre d'une patricienne et habitante de Crotone, CircĂ© (chapitres CXXVI Ă  CXLI) : leurs entrevues amoureuses sont dĂ©crites en dĂ©tail, ainsi que la dĂ©faillance sexuelle d'Encolpe et les reproches de CircĂ©. Croyant ĂȘtre victime d'un sortilĂšge de la part de Priape, Encolpe demande conseil Ă  ProsĂ©lĂ©nos, prĂȘtresse de ce dieu. Elle le bat avec son balai aprĂšs avoir rĂ©citĂ© une litanie mais le charme ne se rompt pas. Encolpe dĂ©cide ensuite d'aller se faire soigner chez ƒnothĂ©a, Ă©galement prĂȘtresse de Priape. Cette derniĂšre lui enfonce dans l'anus un fascinum[note 2] en cuir enduit d'huile et de poivre puis elle bat son sexe avec une botte d'orties vertes. Encolpe voit son sexe de nouveau revigorĂ©[5].

Des fragments, trÚs décousus, font suite à ces aventures et reviennent sur l'épisode des captateurs de testaments, à Crotone. On ignore cependant de quelle maniÚre se termine le roman[5].

Organisation

Le Satyricon constitue un « agrĂ©gat de fragments dissĂ©minĂ©s ou fabriquĂ©s au grĂ© de la traduction manuscrite[6]. » Selon Louis de Langle, le texte que nous possĂ©dons se compose de trois parties : la premiĂšre et la derniĂšre racontent les aventures d'Encolpe et de ses amis, la seconde, qui est « un hors-d'Ɠuvre » en quelque sorte, dĂ©crit un banquet donnĂ© par l'affranchi Trimalcion[7]. Cependant, note Pierre Grimal, le texte Ă©ditĂ© aujourd'hui sous le nom de Satyricon « n'est pas l'Ɠuvre entiĂšre, mais une collection de fragments, transmis par diffĂ©rents manuscrits et disposĂ©s selon des critĂšres de vraisemblance de façon Ă  reconstituer, tant bien que mal, la suite du roman et Ă  dĂ©gager une intrigue. » Le plus considĂ©rable de ces fragments est le festin chez Trimalcion (ou Trimalchion), qui suffit seul Ă  fonder la rĂ©putation de PĂ©trone[8].

Le rĂ©cit se passe d'abord en Campanie, dans une ville non identifiĂ©e prĂšs de Naples, peut-ĂȘtre PompĂ©i ou Oplontis, voire Herculanum, puis Ă  Cumes et enfin Ă  Crotone[9].

Auteur

La « quaestio Petroniana » (c'est-à-dire le débat sur l'identité de Pétrone et sur l'attribution à celui-ci du Satyricon) a produit nombre d'hypothÚses. Selon André Daviault, les recherches tendent en majorité à montrer que le Pétrone auteur du Satyricon est bien Titus Petronius Niger. Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille soulignent le fait que « la personnalité de Pétrone est aussi mal connue que l'époque à laquelle il a vécu[10]. » Deux hypothÚses majoritaires existent à ce propos : une premiÚre situe Pétrone, auteur du Satyricon, sous le rÚgne de Néron, alors que la seconde le place aprÚs cet empereur, soit sous l'époque flavienne (69-96), soit sous celle des Antonins. L'édition révisée du Gaffiot distingue, dans sa rubrique « Auteurs et ouvrages cités en abrégé », entre Titus Pétronius, courtisan de Néron et Pétrone Arbiter, auteur du Satyricon[11].

Pétrone de l'époque néronienne

Le Satyricon par Tacite[12]

« Mais, sous les noms de jeunes impudiques et de femmes perdues, il traça le récit des débauches du prince, avec leurs plus monstrueuses recherches, et lui envoya cet écrit cacheté, puis il brisa son anneau, de peur qu'il ne servßt plus tard à faire des victimes. »

Buste de l'empereur Néron sous le rÚgne duquel Pétrone aurait rédigé son Satyricon.

Plusieurs personnes de prestige du nom de « PĂ©trone » existent au Ier siĂšcle dans l'empire romain, Ă©poque de rĂ©daction supposĂ©e du roman. Il semble toutefois que l'Ă©crivain, qui signe son texte du nom de « Petronius Arbiter », soit trĂšs probablement un certain Caius (ou Titus parfois) Petronius Niger (ou mĂȘme : GaĂŻus Petronius selon Jean-Claude FĂ©ray[13]), gouverneur de Bithynie, puis consul suffect en 61 ou 62, selon Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille. PĂ©trone Arbiter est citĂ© chez Tacite (Annales, livre XVI, 18-19) qui le dĂ©peint comme un personnage « voluptueux, plein de raffinement et d'insouciance » ; devenu l'ami et le protĂ©gĂ© de NĂ©ron, il passe Ă  la cour pour un « arbitre des Ă©lĂ©gances », elegantiae arbiter en latin. L'expression signale une personnalitĂ© esthĂšte. Toujours selon Tacite, il semble que, par la suite, PĂ©trone ait Ă©tĂ© disgraciĂ© auprĂšs de NĂ©ron par un rival, le prĂ©fet du prĂ©toire Tigellin, jaloux de lui. AprĂšs avoir dictĂ©, lors d'un voyage de NĂ©ron en Campanie, un rĂ©cit des dĂ©bauches de l'empereur, PĂ©trone semble s'ĂȘtre suicidĂ© Ă  Cumes, en 67, en adoptant une attitude dĂ©sinvolte et ce, fidĂšlement Ă  sa rĂ©putation. Il passe pour s'ĂȘtre ouvert les veines dans son bain, aprĂšs avoir fait parvenir son rĂ©cit satirique Ă  NĂ©ron[9]. Selon Tacite en effet, avant de mourir, PĂ©trone a composĂ© une description fleurie des dĂ©bauches de NĂ©ron et la lui a envoyĂ©e sous pli cachetĂ©. L'identitĂ© entre ce personnage historique et l'auteur du Satyricon est prĂ©sentĂ©e comme une certitude au XVIe siĂšcle par Pierre Pithou[13] et reste l'hypothĂšse dĂ©fendue par la majoritĂ© des spĂ©cialistes modernes. Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille considĂšrent que PĂ©trone a bien vĂ©cu sous les Julio-Claudiens et que le Satyricon a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© Ă  la fin du rĂšgne de l'empereur NĂ©ron[10]. Pierre Grimal soutient lui aussi cette hypothĂšse : « toutes les allusions contenues dans le Satyricon nous reportent Ă  l'Ă©poque des empereurs julio-claudiens. L'explication de Tacite (XVI, 19) fait rĂ©fĂ©rence Ă  un ouvrage de dĂ©bauches, souvenir assez dĂ©formĂ© du Satyricon. » Il ajoute que, selon toute vraisemblance, l'ouvrage a dĂ» ĂȘtre mis Ă  l'Index et qu'il Ă©tait de fait inaccessible au temps de Tacite. Il pourrait ĂȘtre une satire des mƓurs du prince NĂ©ron censurĂ©e sous son rĂšgne[8].

PĂ©trone de l'Ă©poque flavienne

L'hypothĂšse de RenĂ© Martin (suivie et confortĂ©e par S. Ratti), qui veut que l'auteur ait vĂ©cu aprĂšs l'Ă©poque nĂ©ronienne, se prĂ©sente comme sĂ©rieuse[14] car elle se fonde sur les Ă©lĂ©ments romanesques prĂ©sents dans le Satyricon. Ses rĂ©cits, et surtout le Satyricon, en raison du contexte social et politique qu'il prĂ©sente, sont en outre les seules preuves de son existence. Pour lui, le Satyricon pourrait vraisemblablement ĂȘtre une parodie de Silius Italicus (26-101), auteur des Punica, thĂšse cependant rejetĂ©e par François Ripoll[15]. En Ă©tudiant les Ă©lĂ©ments mĂ©triques constituant le poĂšme du Bellum ciuile du Satyricon, Wei-jong Yeh a en effet montrĂ© que PĂ©trone est l'hĂ©ritier de Silius ; il situe donc le roman Ă  l'Ă©poque de Domitien[16]. PĂ©trone rĂ©cupĂšre la tendance littĂ©raire de l'Ă©popĂ©e flavienne et en premier lieu celle des Punica de Silius[17]. Cette hypothĂšse permettrait de dater sa rĂ©daction du milieu voire de la fin de l'Ă©poque flavienne. Selon Martin toujours, PĂ©trone aurait vĂ©cu sous les Flaviens, et il aurait Ă©tĂ© un affranchi, ou le fils d'un personnage consulaire, lui-mĂȘme ancien affranchi. Le Satyricon se dĂ©roule en effet sous Claude ou NĂ©ron, mais il n'atteste toutefois pas que PĂ©trone ait Ă©tĂ© un Ă©crivain de cette pĂ©riode de l'histoire romaine, l'Ă©poque du rĂ©cit pouvant ĂȘtre diffĂ©rente de celle de sa rĂ©daction.

Autres hypothĂšses

Le festin de Trimalcion, par Lovis Corinth (1909).

Le dĂ©bat sur l'identitĂ© de l'auteur est liĂ© Ă  d'autres controverses, Ă  savoir : celle portant sur la pĂ©riode dĂ©crite dans le roman, celle liĂ©e Ă  la date de rĂ©daction et de sa publication[18]. Selon RenĂ© Martin, le Satyricon pose plus de questions qu'il n'en rĂ©sout, si bien que le critique littĂ©raire, ainsi que le lecteur, doivent ĂȘtre prudents vis-Ă -vis de ce texte[19]. L'un des premiers traducteurs français de PĂ©trone, Jean-Nicolas-Marie Deguerle, a par exemple intitulĂ© le commentaire qu'il lui consacre : « Recherches sceptiques sur le Satyricon et sur son auteur »[20]. RenĂ© Martin Ă©met en 1975 l'hypothĂšse que la rĂ©daction du rĂ©cit est issue du contexte flavien, et plus prĂ©cisĂ©ment faite sous Domitien[21]. On trouve dĂ©jĂ  chez Voltaire des doutes Ă  ce propos[13].

D'autres hypothĂšses, plus marginales, existent[22]. Celui qui signe le roman du nom de « Petronius Arbiter » ne serait qu'un anonyme, et non Petronius Niger. Les partisans de la thĂšse selon laquelle l'auteur n'est pas PĂ©trone s'appuient aussi sur plusieurs Ă©lĂ©ments historiques ou littĂ©raires. D'une part, le rĂ©cit se dĂ©roulant sous le rĂšgne de NĂ©ron, il semble que PĂ©trone ait disparu depuis plus de cinquante ans. Le portrait de l'auteur Ă©ventuel, d'aprĂšs ses apparitions fugitives dans le roman, est celui d'un homme bien introduit dans le monde littĂ©raire de cette Ă©poque mais probablement d'origine servile (ou alors un affranchi) car il utilise un langage familier et a des prĂ©occupations propres Ă  cette catĂ©gorie sociale. Il est possible qu'il s'agisse d'un de ces affranchis qui servent de lector (« lecteur », « secrĂ©taire » d'un maĂźtre) aux personnages importants de Rome. Une hypothĂšse rĂ©cente, proposĂ©e par RenĂ© Martin et reprise par l'historien Maurice Sartre, considĂšre que l'auteur du Satyricon est le secrĂ©taire de Pline le Jeune (environ 61-114), dĂ©crit par ce dernier comme une personne Ă  la fois sĂ©rieuse et fantaisiste. Le lector de Pline s'appelle en effet, et curieusement, Encolpe, comme le narrateur du Satyricon, nom pour le moins assez rare Ă  cette Ă©poque. Il est donc possible que le vĂ©ritable auteur du Satyricon soit cet Encolpe, affranchi au service de Pline le Jeune[23]. Une autre thĂšse Ă©laborĂ©e par Sidoine Apollinaire, auteur du Ve siĂšcle, fait de l'auteur un habitant de Marseille, un Massaliote. « Cette ville est en effet connue Ă  l'Ă©poque pour ses mƓurs pĂ©dĂ©rastes », et le rĂ©cit semble y prendre cadre. Jean-Claude FĂ©ray y voit l'hypothĂšse la plus plausible quant Ă  l'identitĂ© de l'auteur du Satyricon[24]. Cette thĂšse est Ă©galement soutenue par l'un des traducteurs de PĂ©trone en français, Louis de Langle : Ă  partir du cadre gĂ©ographique du rĂ©cit et notamment celui d'un « court fragment d'un livre perdu [il a] Ă©tabli qu'au moins un des Ă©pisodes du roman avait cette ville pour thĂ©Ăątre »[25]. Louis de Langle va cependant plus loin : le Satyricon, ensemble de fragments que l'histoire a rapprochĂ©s, serait l'Ɠuvre de plusieurs auteurs diffĂ©rents. Il identifie au moins trois instances auctoriales, en particulier dans les « aventures d'Encolpe », qui prĂ©sentent des « morceaux d'inspiration et de valeur bien diffĂ©rentes » ; les chapitres relatifs au culte de Priape, Ă  l'histoire de Quartilla, et peut-ĂȘtre celle de la prĂȘtresse ƒnothĂ©a seraient d'un auteur relativement rĂ©cent[26].

Poétique

Inspiration milésienne

Page de l'édition princeps des Métamorphoses d'Apulée du XVe siÚcle, roman antique proche du Satyricon.

Avec le Satyricon de PĂ©trone, « le latin vulgaire accĂšde massivement au statut de langue Ă©crite » expliquent Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille[27]. Les cinq romans grecs conservĂ©s jusqu'Ă  aujourd'hui (ChĂ©rĂ©as et CallirhoĂ© de Chariton, Les ÉphĂ©siaques de XĂ©nophon d'ÉphĂšse, Daphnis et ChloĂ© de Longus, Les Éthiopiques d'HĂ©liodore d'ÉmĂšse, et Les Aventures de Leucippe et Clitophon d'Achille Tatius, parmi les principaux conservĂ©s[28]) sont de dates voisines Ă  celle supposĂ©e au Satyricon — voire postĂ©rieurs Ă  l’Ɠuvre de PĂ©trone[29]. Toutefois, les plus anciens papyrus d'un roman grec (Ă  savoir les quatre fragments du Roman de Ninos) sont datĂ©s du Ier siĂšcle de notre Ăšre[30]. Le fondateur de la lignĂ©e est considĂ©rĂ© ĂȘtre l'Ă©crivain grec Aristide de Milet (environ 100 av. J.-C.), auteur des Fables milĂ©siennes (fabulae Milesiae), traduites en latin par Sisenna (peut-ĂȘtre l'historien Lucius Cornelius Sisenna). PĂ©trone tirerait ainsi son idĂ©e d'enchĂąsser des rĂ©cits (comme La Matrone d'ÉphĂšse) directement de l'ouvrage d'Aristide[10]. Le caractĂšre pornographique de certains Ă©pisodes tiendrait quant Ă  lui de la tradition des Priapea, poĂšmes latins consacrĂ©s Ă  Priape, dieu qui apparaĂźt en effet dans le roman[31]. Aldo Setaioli mentionne la possibilitĂ© que le fragment, dĂ©couvert en 2009, nommĂ© « Le Roman d’Iolaos » soit un « Satyricon grec » auquel PĂ©trone se serait rĂ©fĂ©rĂ©[32].

AndrĂ© Daviault a montrĂ© en quoi l'auteur du Satyricon a assimilĂ© la tradition milĂ©sienne ; le texte est en effet « un rĂ©cit emblĂ©matique de la fable milĂ©sienne, types de rĂ©cits d'Aristide de Milet au IIe siĂšcle av. J.-C. et dont on sait par divers tĂ©moignages qu’ils consistaient en courtes histoires Ă©rotiques, racontĂ©es sur le mode licencieux et destinĂ©es Ă  divertir, qu’on publiait collectivement dans un recueil. Le conte de « La Matrone d’ÉphĂšse » de PĂ©trone est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme l’échantillon le plus reprĂ©sentatif de ce genre de littĂ©rature »[33]. Maryline Parca parle de la « constante ambiguĂŻtĂ© du Satyricon, sa participation simultanĂ©e au sĂ©rieux et Ă  la parodie, au rĂ©alisme et Ă  la fantaisie ». À partir de ce trait, elle considĂšre que le roman est l'hĂ©ritier de plusieurs traditions littĂ©raires. Ainsi, les contes de L'ÉphĂšbe de Pergame et de La Matrone d'ÉphĂšse permettent d'Ă©tablir un lien entre le rĂ©cit de PĂ©trone et le modĂšle dit « milĂ©sien », dont les Fables milĂ©siennes (ÎœÎŹÎ·Ï€Î±Ï‡ÎŹ) forment le prototype[34]. Le Satyricon fournit les traits gĂ©nĂ©riques propres au modĂšle d'inspiration grecque : l'intĂ©rĂȘt pour le populaire, le goĂ»t des aventures Ă©rotiques, la briĂšvetĂ© de la forme et la finalitĂ© exclusivement comique[35]. Le modĂšle milĂ©sien lui-mĂȘme est parodique : il se plaĂźt Ă  dĂ©tourner certains Ă©pisodes des MĂ©tamorphoses d'Ovide, sous la forme de petits contes immoraux et salaces, caractĂ©ristique qui se retrouve Ă©galement chez ApulĂ©e. Macrobe compare d'ailleurs PĂ©trone Ă  ApulĂ©e[36]. Maryline Parca conclut que l'influence de ce modĂšle sur PĂ©trone tient surtout dans l'absence, dans le cours du rĂ©cit, de prĂ©occupation morale. Dans son « exploitation cynique de la propension humaine aux aventures Ă©rotiques », le Satyricon est l'hĂ©ritier de la tradition du roman d'amour grec[37].

Roman antique

ScÚne de banquet représentée sur une coupe attique (vers 480 av. J.-C., musée du Louvre).

Le Satyricon tient au genre littĂ©raire que Macrobe paraphrase par l'expression : « argumenta fictis casibus amatorum referta » (« des rĂ©cits remplis d’aventures imaginaires arrivant Ă  des amants », dans son Commentaire au Songe de Scipion, 1, 2, 8). Il s'agit donc d'un roman mĂȘlant aventures et passades. Cependant, la dĂ©nomination de « roman » est, note Michel Dubuisson, anachronique puisque « on l’emploie traditionnellement Ă  propos d’un ensemble d’Ɠuvres grecques trĂšs stĂ©rĂ©otypĂ©es, trĂšs artificielles »[38]. Selon Aldo Setaioli, il serait plus pertinent de nommer ce genre la « littĂ©rature narrative antique »[32]. Plusieurs Ă©lĂ©ments, en plus de sa filiation milĂ©sienne, laissent cependant penser Ă  un roman authentique, quoiqu'ancien. Le Satyricon, et notamment la scĂšne du festin chez Trimalcion, prĂ©figure, selon Paul Thomas, le roman picaresque[39]. Erich Auerbach, en analysant le concept de reprĂ©sentation de la rĂ©alitĂ© dans la littĂ©rature grĂ©co-latine, considĂšre PĂ©trone comme « le paradigme maximal du rĂ©alisme dans l'AntiquitĂ© ». Il cite particuliĂšrement l'Ă©pisode du festin chez Trimalcion, moment de la littĂ©rature antique le plus proche de la reprĂ©sentation moderne de la rĂ©alitĂ© selon ses mots[40]. A contrario, Florence Dupont considĂšre que l'esthĂ©tique du Satyricon est une rĂ©Ă©criture du Banquet de Platon, sur un mode fantastique et mĂȘme « fantasmatique »[41]. Enfin, la mise en scĂšne de personnages de condition extrĂȘmement modeste et la langue utilisĂ©e, trĂšs populaire, fait aussi songer au genre grec du mime tel qu'il apparaĂźt dans les Mimiambes d’HĂ©rondas, aux thĂšmes proches de ceux de PĂ©trone[31].

La poĂ©tique du Satyricon se fonde sur les thĂšmes typiquement romanesques de l'errance et de la perte de repĂšres. La maison de Trimalcion, qui est assimilĂ©e Ă  un labyrinthe[42], semble par exemple fonctionner dans le roman comme la mĂ©taphore de l’Ɠuvre entiĂšre, comme le dĂ©dale dans lequel « le lecteur, enfermĂ© de concert avec le narrateur, peine Ă  trouver une sortie[43] ». PĂ©trone « revisite le passĂ©, c’est-Ă -dire emprunte Ă  tous les genres littĂ©raires prĂ©existants, mais il le fait avec ironie. Il joue Ă  « dĂ©construire » par la parodie les systĂšmes de valeurs que ces diffĂ©rents genres proposent, mais ne semble guidĂ© en cela par aucune idĂ©ologie propre » car aucune morale de rechange n'est proposĂ©e. Le hĂ©ros Encolpe ne permet pas l'identification minimale du lecteur et tout est fait pour ne proposer aucun accompagnement au lecteur type[44]. Cette image implicite du supposĂ© PĂ©trone, G. B. Conte l'appelle l'« auteur cachĂ© »[45]. Selon Eugen Cizek, le Satyricon n'est pas seulement la synthĂšse d'expĂ©riences structurales prĂ©cĂ©dentes, il en est aussi le dĂ©passement ; il constitue en ce sens une innovation littĂ©raire de l'AntiquitĂ© romaine[46]. D’aprĂšs AndrĂ© Daviault, PĂ©trone pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le premier romancier europĂ©en[47].

Forgerie : parodie et dépassement

Pour les auteurs antiques, le rĂ©cit narratif Ă©tait dĂ©signĂ© comme appartenant au roman d'amour. À la fin du XIXe siĂšcle, Richard Heinze (Petron und der griechische Roman, 1899) voit dans le Satyricon une parodie des romans Ă©rotiques grecs. Selon lui, PĂ©trone cherchait Ă  dĂ©sacraliser les thĂšmes et topoĂŻ grecs. Il en vient Ă  supposer l’existence d’un roman parodique grec prĂ©cĂ©dant PĂ©trone et Ă  partir duquel ce dernier aurait structurĂ© le Satyricon[48]. Macrobe, comme l'empereur Julien, font en effet des Ă©crits de PĂ©trone et d'ApulĂ©e des romans d'amour. La dĂ©finition de Macrobe a Ă©tĂ© « forgĂ©e par rĂ©fĂ©rence aux romans Ă©rotiques grecs. Macrobe appelle les histoires racontĂ©es par PĂ©trone et ApulĂ©e « intrigues pleines d’aventures imaginaires d’amoureux » » rappelle Aldo Setaioli[49]. PĂ©trone a sans doute puisĂ© aux sources grecques et latines le prĂ©cĂ©dant, mais il a forgĂ© une Ɠuvre inĂ©dite, remettant en question la poĂ©tique traditionnelle. Le roman de PĂ©trone est donc bien plus qu’une simple parodie ; il est « plutĂŽt un chef d’Ɠuvre littĂ©raire absolu, qui [
] n’a aucun parallĂšle prĂ©cis dans l’antiquitĂ©. [
] La parodie et la dĂ©sacralisation sont des Ă©lĂ©ments fondamentaux de cette Ɠuvre unique », affirmation cependant Ă  nuancer[50]. La parodie du genre narratif est clairement reconnaissable dans le Satyricon, mais la dĂ©gradation des modĂšles de la grande littĂ©rature (tragĂ©die et Ă©popĂ©e, dans le sens aristotĂ©licien) en est insĂ©parable[51]. Plusieurs scĂšnes le laissent Ă  penser, mais c'est surtout l'amour homosexuel des deux protagonistes, qui « est l'une des diffĂ©rences notables entre PĂ©trone et les romans grecs » qui permet Ă  Aldo Setaioli de faire du roman d’amour grec « l’anti-modĂšle, ou du moins un anti-modĂšle de l’Ɠuvre de PĂ©trone »[52].

Texte : évolution et caractéristiques

ƒuvre fragmentaire

Une page du Satyricon de Pétrone illustrée par Georges-Antoine Rochegrosse.

L'Ɠuvre de PĂ©trone est longtemps restĂ©e ignorĂ©e[27]. Le texte entier n'est plus lu intĂ©gralement depuis Isidore de SĂ©ville mais de larges extraits ont circulĂ© au Moyen-Âge[53]. Plusieurs manuscrits indiquent que les segments ayant survĂ©cu constituaient les livres XIV Ă  XVI, ce qui permet de supposer que le Satyricon Ă©tait une Ɠuvre plutĂŽt vaste[54]. William Arrowsmith (en) rĂ©plique que les indications des manuscrits sont tardives et sont invĂ©rifiables mais reconnaĂźt que le roman devait ĂȘtre d'une longueur sans prĂ©cĂ©dent[55]. Pierre Grimal suppose mĂȘme que l'Ɠuvre de PĂ©trone comptait XXIV livres, en rĂ©fĂ©rence Ă  l'OdyssĂ©e d'HomĂšre souvent reprise, ce qui fait que seul un huitiĂšme de l'ouvrage est conservĂ©[56]. Le texte publiĂ© est donc constituĂ© d'extraits plus ou moins substantiels. La partie nommĂ©e le « festin chez Trimalcion » n'a Ă©tĂ© dĂ©couverte, dans sa version complĂšte, qu'en 1650, grĂące Ă  un manuscrit retrouvĂ© Ă  Trau en Dalmatie (actuelle Trogir, en Croatie), conservĂ© depuis 2011 Ă  la BibliothĂšque nationale de France[1]. L'histoire du texte et de ses manuscrits et Ă©ditions est complexe mais ses grandes lignes peuvent ĂȘtre tracĂ©es assez prĂ©cisĂ©ment[57]. Avec « l'Ɠuvre de PĂ©trone, il faut raisonner en termes de piĂšces et de fragments, un peu comme si l'on avait affaire Ă  un magnifique vase de porcelaine brisĂ© : de nombreux morceaux ont conservĂ© un motif d'une complĂ©tude suffisante pour ĂȘtre admirĂ©s et reproduits isolĂ©ment ». Ainsi, le conte de La Matrone d'ÉphĂšse a fait l'objet de plusieurs Ă©ditions diffĂ©rentes de mĂȘme que le rĂ©cit du festin chez Trimalcion, alors que le poĂšme sur la guerre civile a Ă©tĂ© publiĂ© isolĂ©ment Ă  Leipzig en 1500 et en France par l'abbĂ© Marolles en 1654 puis par Jean Bouhiers en 1737[58]. Le Satyricon est donc une Ɠuvre composite, dont les fragments ont Ă©tĂ© rapprochĂ©s en raison de leurs correspondances thĂ©matiques et stylistiques.

Sources et cheminement des textes

Tous les manuscrits existants dĂ©rivent d'un codex appelĂ© « ω », attestĂ© au IXe siĂšcle au monastĂšre d'Auxerre, en pleine renaissance carolingienne. Ce codex, aujourd'hui disparu, a donnĂ© lieu Ă  quatre traditions philologiques : « O », « L », « H » et « φ ». Le codex Bernensis 357 B (source « O ») est de la main du moine Heiric d'Auxerre († vers 876), et il a Ă©tĂ© retrouvĂ© au XIXe siĂšcle. Dans ce document, c'est la premiĂšre fois que le nom de PĂ©trone est citĂ© au Moyen Âge[59]. La source dĂ©signĂ©e « L » a prĂ©servĂ© les aventures d'Encolpe en haute mer alors que celle nommĂ©e « H » conserve le festin chez Trimalcion. Le Florilegium Gallicum (φ) compilĂ© Ă  OrlĂ©ans Ă  la moitiĂ© du XIIe siĂšcle a quant Ă  lui conservĂ© la majeure partie de l'intrigue. ParallĂšlement Ă  ces quatre traditions, et de maniĂšre indĂ©pendante, le conte de La Matrone d'ÉphĂšse ainsi que le poĂšme sur la guerre civile De bello ciuili ont circulĂ©. AprĂšs le XIIe siĂšcle, le statut du texte de PĂ©trone devient confus. L'humaniste Jean de Salisbury l'Ă©voque dans sa Polycraticus, et il semble avoir connaissance des traditions « O », « L » et « H », notamment de la Cena[53]. Un manuscrit du XIIIe siĂšcle apparaĂźt, de la main d'Elias Rubeus de Thriplow ; il est conservĂ© au Trinity College de Dublin. Puis les copistes ont ensuite ajoutĂ©, retranchĂ©, interpolĂ© et honorĂ© d'apocryphes l'ouvrage[60]. En 1420, Poggio Bracciolini, un collectionneur de la Renaissance passionnĂ© de littĂ©rature Ă©rotique, fait parvenir Ă  son correspondant, en Angleterre, du nom de Niccolo Niccoli, un long fragment du Satyricon, dĂ©signĂ© « σ » et qui semble de tradition « O ». En 1423, Ă  Cologne, il prĂ©sente un autre fragment contenant l'Ă©pisode du Festin chez Trimalcion, de tradition « H ». C'est le manuscrit de Bracciolini, copiĂ© Ă  Florence en 1423 et 1425, qui permet la diffusion de nombreuses versions publiĂ©es, Ă  savoir : l'Ă©dition princeps du Satyricon, publiĂ©e Ă  Milan en 1482 par Francesco dal Pozzo, celle de Venise en 1499 et celle de Paris en 1520. Le manuscrit retrouvĂ© Ă  Trau en 1650 en est issu[61]. Le premier fragment du Satyricon, publiĂ© en français, est La Matrone d'ÉphĂšse traduit par un moine en 1475.

DĂšs lors, le texte du Satyricon entre dans la littĂ©rature connue. Jacques Cujas le mentionne en 1562, puis Adrien TurnĂšbe (1512–1565), dans son Adversaria, explique que Henri de Mesmes le tient sous clĂ© en raison de l'obscĂ©nitĂ© de son auteur. Joseph Justus Scaliger (1540–1609) et Jean Detourne (1539–1615), en rĂ©unissant les traditions « O » et « L », prĂ©sentent des Ă©ditions qui en doublent la longueur[62]. En 1603, le franco-Ă©cossais[63] John Barclay publie son Euphormionis Satyricon, roman satirique en latin, au succĂšs important. Il n'a cependant pas empruntĂ© Ă  PĂ©trone[27] bien qu'il ait eu connaissance du texte. En 1650, c'est le juriste et savant Marino Statileo qui dĂ©couvre le manuscrit dit de Trau (rĂ©fĂ©rencĂ© « Codex Parisenus lat. 7989 olim Traguriensis »). Cette dĂ©couverte du texte du festin chez Trimalcion en entier permet la rĂ©unification de toutes les traditions philologiques selon H. F. Carver, dans l'Ă©dition de Paolo Frambotto publiĂ©e Ă  Padoue, en 1664. La premiĂšre Ă©dition complĂšte, mais encore peu fiable, du Satyricon est celle publiĂ©e Ă  Amsterdam en 1669 par Ioan BlĂŠu et Michel Hadriandes[64]. John Dryden, dans son Discourse on Satire (1693) loue cette version complĂšte de l'Ɠuvre de Petronius Arbiter, dont il compare la verve satirique Ă  celle de Varron. D'autres Ă©ditions voient le jour par la suite : celle de Pierre Linage en 1673 et surtout celle de François Nodot en 1691 (il publia une Traduction entiĂšre de PĂ©trone en 1693), qui intĂšgre de nouveaux fragments qu'il aurait dĂ©couvert en 1688 Ă  Belgrade[65]. Cependant, bien que souvent reprise postĂ©rieurement, jusqu'Ă  la traduction de Tailhade, le style mĂ©diocre, les impropriĂ©tĂ©s linguistiques ainsi que les gallicismes trahissent selon plusieurs observateurs, dont Leibniz (Epist. XIX), une supercherie littĂ©raire et un faussaire[64]. En 1862, BĂŒcheler publie deux Ă©ditions critiques qui sont considĂ©rĂ©es comme les premiĂšres valables[66]. Le philologue classique suisse Konrad MĂŒller analyse dans diffĂ©rents ouvrage la filiation de la plupart des traductions actuelles[67] - [68] - [69].

Censure

Au XVIIIe siÚcle surtout, en France, le Satyricon subit la censure[70]. Accusé d'immoralité, d'« anarchie morale et sexuelle », le sort du roman illustre les attaques répétées que la bourgeoisie assÚne à la philologie naissante et à son travail de redécouverte. En 1800, La Porte du Theil accepte que sa traduction soit détruite. En 1823, Louis XVIII interdit qu'elle soit reprise au sein de la Bibliotheca classica latina élaborée par N.-E Lemaire. La Réserve des livres rares de la BibliothÚque nationale de France en conserve cependant un exemplaire[71]. Selon Dominique Lanni, à travers la condamnation du Satyricon et de sa traduction par La Porte du Thiel, c'est la condamnation d'une méthode, d'une conception de l'érudition en plus de celle d'une vision de la romanité qui transparaßt[72].

RĂ©daction

Les interrogations subsistent quant Ă  la pĂ©riode de rĂ©daction du Satyricon. Il existe de nombreux parallĂšles entre le texte de PĂ©trone et des auteurs tels Martial, Tacite et Pline le Jeune, qui rĂ©digent tous leurs Ɠuvres sous les Flaviens ou au dĂ©but de la dynastie des Antonins. Or Martial cite gĂ©nĂ©ralement ses modĂšles et ne mentionne Ă  aucune reprise PĂ©trone et le Satyricon. Il paraĂźt aussi difficile de croire que des Ă©crivains comme Tacite ou Pline aient copiĂ© des passages d'un rĂ©cit aussi salace. Il est par consĂ©quent plus que probable que c'est le Satyricon qui parodie ces divers auteurs et non l'inverse. En revanche, en 120, c'est Juvenal qui pastiche Ă  son tour le Satyricon (au livre 3 de ses Satires), ce qu'il ne fait pas dans les deux premiers livres parus en 116. Cela donne comme pĂ©riode de rĂ©daction probable les annĂ©es allant de 116 Ă  120[73]. Pour Nicole Fick cependant, le roman a Ă©tĂ© Ă©crit entre la fin du rĂšgne de NĂ©ron (en 68) et le dĂ©but du rĂšgne de Domitien (vers 90)[74] alors que Michel Dubuisson localise sa rĂ©daction plus prĂ©cisĂ©ment. La rĂ©fĂ©rence au populisme de NĂ©ron qui s'appuyait sur les basses classes, ainsi que celle faite Ă  l’épicurisme de l’époque oĂč SĂ©nĂšque est Ă©cartĂ© des affaires, vers la fin du rĂšgne de l'empereur, permettent de laisser penser, selon lui, que le Satyricon ait Ă©tĂ© destinĂ© Ă  ĂȘtre lu Ă  la cour de NĂ©ron dans l'annĂ©e 63 ou 64[75]. Pour RenĂ© Martin, Ă©tant donnĂ© la longueur et l'Ă©rudition du Satyricon, sa rĂ©daction aurait pu prendre de nombreuses annĂ©es ; elle aurait commencĂ© sous les Flaviens et se serait achevĂ©e sous les Antonins[15].

Les rĂ©Ă©critures constantes, ainsi que la mĂ©thode comparative avec d'autres textes dont les dates sont mal Ă©tablies font que pour Jean-Claude FĂ©ray, le Satyricon est impossible Ă  dater sans analyser son originalitĂ© littĂ©raire[13]. L'Ă©tude de cette derniĂšre montre sa proximitĂ© avec les romans grecs parvenus Ă  ce jour. Les patronymes grecs des personnages, le cadre hellĂ©nique, les motifs de tradition littĂ©raire grecque (navigation en mer, description des tempĂȘtes, scĂšne de rencontre au sein de lieux de culte et Ă©pisodes de prĂ©monition, entre autres), et enfin les techniques narratives utilisĂ©es (comme les analepses de rĂ©cits introduites au sein de dĂ©clamations ou de monologues) sont autant d'indices qui font que le Satyricon est issu d'un « noyau grec » repris par un voire plusieurs auteurs latins[76]. Ces Ă©lĂ©ments conduisent Michel Dubuisson Ă  voir dans le Satyricon une Ɠuvre iconoclaste, originale et inclassable, formĂ©e d'une « Ă©trangetĂ© qui frappe dĂšs la premiĂšre lecture et qui [
] ne rĂ©sulte pas d’une erreur de perspective de notre part, mais correspond Ă  quelque chose de profondĂ©ment voulu »[77]. Michel Dubuisson parle d'« un dynamitage des genres traditionnels, une intention dĂ©libĂ©rĂ©e de se situer en dehors des genres reçus » ; il classe par consĂ©quent le Satyricon dans le genre de la paralittĂ©rature[78].

Époque et lieux du rĂ©cit

Le temps du roman semble se situer à l'époque des Flaviens selon l'universitaire René Martin, donc bien aprÚs la mort de Néron et de Pétrone. Quelques détails vont en effet en ce sens. L'allusion, lors du banquet de Trimalcion, à sa fortune amassée dans une période passée alors que le marché du vin est au plus haut de son cours permet de rapprocher l'action du roman au rÚgne de Néron mais aussi de celui des Flaviens. La mention faite au personnage de Scaurus est également un indice car il s'agit d'un proche de Pline le Jeune qui a vécu sous Domitien et Trajan[79]. C'est la référence au contexte politique, au chapitre XLVII surtout, qui laisse à penser que le récit se déroule avant la fin du Ier siÚcle, avant le rÚgne de Caracalla, et plus précisément avant l'édit (212) qui porte son nom et qui permet à un esclave d'acheter son affranchissement. Le chapitre CXVIII, qui présente le poÚme d'Eumolpe sur la guerre civile entre César et Pompée est un autre indice contextuel en faveur de cette hypothÚse : cette allusion renverrait, selon René Martin, aux Puniques de Silius Italicus (26-101)[80].

Le rĂ©cit se passe d'abord en Campanie, dans une ville souvent identifiĂ©e au port de Pouzzoles, dans la baie de Naples, peut-ĂȘtre PompĂ©i ou Oplontis, voire Herculanum, ensuite en mer sur le bateau de Lichas puis le long de la cĂŽte Ă  l'entrĂ©e du golfe de Tarente ou Cumes et enfin Ă  Crotone[9]. Plusieurs analepses relatent des Ă©pisodes antĂ©rieurs perdus qui ont pour cadre la ville de Rome et la station balnĂ©aire de BaĂŻes[81] - [82]. Selon AndrĂ© Daviault, le roman a d'abord pour cadre la citĂ© de Marseille[83].

Titre

« À peine arrivĂ©s, cet homme tire sa bourse d'une main, et de l'autre
 L'infĂąme ! il ose marchander mon dĂ©shonneur au poids de l'or. DĂ©jĂ  la digne hĂŽtesse de ce lieu avait reçu le prix d'un cabinet ; dĂ©jĂ  notre satyre me pressait d'un bras impudique. Sans la vigueur de ma rĂ©sistance, mon cher Encolpe, vous m'entendez
 ! »[84] (le Satyre au repos de PraxitĂšle, copie romaine conservĂ©e au musĂ©e du Capitole Ă  Rome).

Le titre de l'Ɠuvre est un gĂ©nitif pluriel en latin[note 3] - [85] ; il s'agit donc de « satyrica », c'est-Ă -dire d'histoires satiriques ou d'histoires de satyres car les deux significations sont prĂ©sentes en filigrane dans le mot[1]. Intituler le roman les « Satirica » au lieu du « Satyricon » est de plus en plus Ă©tabli au sein du milieu de la recherche[14] - [86]. Les deux Ă©tymologies, qui conditionnent les graphies des Ă©ditions (« Satyricon » ou « Satiricon ») ouvrent un dĂ©bat quant Ă  la finalitĂ© du texte attribuĂ© Ă  PĂ©trone. La graphie « Satyricon » fait toutefois l'unanimitĂ© aujourd'hui ; elle sous-entend le mot « liber » (Satyricon liber donc), soit : « livre des Satyriques »[57] ou « les Satiriques »[31]. La premiĂšre hypothĂšse concernant le sens du titre le rapproche d'autres ouvrages romains inspirĂ©s d'ouvrages grecs : de mĂȘme que les Bucoliques sont un livre relatif aux bergers (ÎČÎżÏ…ÎșÏŒÎ»ÎżÎč en grec) et que les GĂ©orgiques sont un livre relatif aux cultivateurs (ÎłÎ”Ï‰ÏÎłÎżÎŻ), le Satyricon serait un ouvrage sur les satyres (ÏƒÎŹÏ„Ï…ÏÎżÏ‚), allusion mythologique dĂ©signant en rĂ©alitĂ© les comportements licencieux des personnages[87].

Dans le cas de la graphie concurrente (« Satiricon »), l'allusion Ă  la satura[note 4] (ou satira) est toutefois une autre piste de lecture. La satura lanx est, chez les Romains, une recette culinaire caractĂ©risĂ©e par le mĂ©lange des denrĂ©es, traduite par « Pot-pourri » ou « macĂ©doine », et dont le nom est Ă©galement utilisĂ© pour dĂ©signer un bassin rituel rempli de toutes sortes de fruits, chez Horace notamment[89]. Par analogie, la satura caractĂ©rise un « genre composite qui mĂȘle prose, poĂ©sie, tragĂ©die, comĂ©die en un dĂ©licieux enchevĂȘtrement de tons et de genres » selon GĂ©raldine Puccini[90]. L’adjectif « satiricus », donnant le français « satirique », n’apparaĂźt en latin qu’au dĂ©but du IVe siĂšcle, chez l’écrivain chrĂ©tien Lactance ; il est donc trĂšs peu vraisemblable qu’une forme hellĂ©nisĂ©e de ce mot ait pu servir de titre Ă  une Ɠuvre du Ier ou IIe siĂšcle, sauf si PĂ©trone fut le pionnier et que nous n’en avons pas de traces — par consĂ©quent le titre paraĂźt renvoyer Ă  l'idĂ©e de mĂ©lange littĂ©raire plutĂŽt qu'aux ĂȘtres mythologiques Ă  pieds de bouc[87]. L'hypothĂšse selon laquelle le titre proviendrait du mot satyreium (satureum), citĂ© dans le roman (chapitre VIII), et dĂ©signant une drogue aphrodisiaque, est peu probable[91].

Langue

Le Satyricon n'est pas une Ɠuvre Ă©crite dans un style Ă©levĂ©, au contraire : le texte est rĂ©digĂ© dans le style de la satura. Ces personnages parlent en effet un latin familier, empreint de barbarismes, adaptĂ© Ă  leurs cultures et aux circonstances ; cependant, PĂ©trone en exploite habilement les ressources. Certaines parties, surtout celles en vers, utilisent une langue plus noble mais « ampoulĂ©e » (celle des Ă©coles, prĂ©cisent Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille). Plusieurs groupes de personnages reprĂ©sentent le passage d'un style Ă  un autre : Agamemnon, Eumolpe et CircĂ© parlent par exemple un latin quotidien, de conversation courante alors que Trimalcion adopte un langage plus familier, d'autres personnages, comme ses convives, sont quant Ă  eux vulgaires[27]. Les dialogues sont caractĂ©ristiques de deux groupes sociaux : les affranchis et les personnages cultivĂ©s[92]. La tirade du chapitre CXIII est particuliĂšrement travaillĂ©e. Encolpe y dĂ©clare sa jalousie et annonce ne pas savoir in petto qui prĂ©fĂ©rer, entre TriphĂšne ou Giton. L'auteur semble l'avoir composĂ©e par pure volontĂ© stylistique, autour d'une antimĂ©tabole[93].

Longtemps qualifiĂ©e de « vulgaire », car Ă©tant celle de la classe des affranchis, la langue du Satyricon paraĂźt au contraire une innovation antique. Elle contient en effet de nombreux hapax, c’est-Ă -dire des termes qui ne sont attestĂ©s qu’une fois et dont, par consĂ©quent, le sens exact est parfois difficile Ă  dĂ©terminer. Ces hapax sont si nombreux qu'ils ont fait l'objet d'une Ă©tude spĂ©cifique menĂ©e par Giovanni Alessio[94], Ă  tel point que Michel Dubuisson parle de PĂ©trone comme d'un « San-Antonio latin »[95]. Nombre de traducteurs ont tentĂ© de restituer au mieux l'inventivitĂ© de PĂ©trone en matiĂšre lexicale.

Incohérences

Le traducteur Louis de Langle, dans sa prĂ©face du Satyricon de 1923, explique que « nul ouvrage, peut-ĂȘtre, n'a plus besoin de commentaire. » Il ajoute : « c'est une tĂąche impossible actuellement de rĂ©soudre seulement les plus essentielles des innombrables questions que soulĂšve le Satyricon[96]. » En plus de l'identitĂ© de son auteur et de sa date de rĂ©daction, de nombreuses incohĂ©rences inhĂ©rentes au rĂ©cit interrogent les spĂ©cialistes, si bien qu'Émile Thomas a pu parler de « chausse-trapes »[97].

Plusieurs indices laissent à penser que le texte original a été enrichi et poursuivi par d'autres auteurs que le premier. La déchéance du personnage de Giton, pourtant central au début, à partir du chapitre C, et l'attitude soudainement bisexuelle d'Encolpe dévoilent selon Jean-Claude Féray une incohérence narrative manifeste. Celle-ci est maximale au chapitre CXL dans lequel la description pornographique constitue une interpolation du goût romain[98]. C'est cet épisode du naufrage qui marque l'interruption du roman grec perdu depuis, récupéré par l'auteur présumé et continué par la suite, dans une mentalité romaine. Le travail des copistes a également pu participer à la constitution du texte actuel. Certaines incohérences de style, « certaines transitions défectueuses, certaines faiblesses de style révÚlent le travail plus ou moins adroit d'un abréviateur qui a copié fidÚlement divers morceaux, qui en a sauté d'autres, qui en a enfin résumé » note Louis de Langle[99].

Les contes insérés

Le Satyricon, dans son Ă©dition actuelle, prĂ©sente trois passages insĂ©rĂ©s dans le rĂ©cit-cadre des « aventures d'Encolpe ». Louis Callebat les nomme des « rĂ©cits enchĂąssĂ©s »[100], typiques de la tradition des romans grecs. Le Satyricon prĂ©sente toutefois d'autres exemples de rĂ©cits « interpolĂ©s, expansions du rĂ©cit de base, dĂ©veloppements non seulement soumis au cadre premier, mais ayant avec lui une relation rĂ©ciproque. Telles sont l'histoire du loup-garou[note 5] racontĂ©e par NicĂ©ros (chapitre LXI) et celle des stryges rapportĂ©e par Trimalcion (chapitre LXIII)[102]. » L’insertion dans cette intrigue d’excursus, comme le discours sur la dĂ©cadence et l’éloquence, d'histoires Ă  tiroirs (Ă  la façon, plus tard, du Don Quichotte ou des Mille et une Nuits) et mĂȘme d'un passage en vers hexamĂštres Ă  propos de la guerre civile entre CĂ©sar et PompĂ©e sont autant d'Ă©lĂ©ments romanesques[103].

L'Éphùbe de Pergame

Cette histoire, insĂ©rĂ©e au sein du rĂ©cit au moyen d'une rencontre hasardeuse, prĂ©sente « un cas de corruption » et semble constituer une illustration des malheurs d'Encolpe. Elle prĂ©sente donc un lien avec l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent mais, surtout, elle annonce « le long dĂ©veloppement sur la dĂ©cadence des temps »[104]. Il semble que ce conte soit un emprunt littĂ©raire Ă  une source grecque non identifiĂ©e[98]. Selon Aldo Setaioli toutefois, PĂ©trone parodie une histoire racontĂ©e chez Achille Tatius en se centrant non sur le couple principal du roman, mais sur le cousin de Clitophon, hĂ©ros du roman de Tatius, Clinias. L'histoire « met en scĂšne un amour pĂ©dĂ©rastique comme celui que raconte Eumolpe. Clinias est si gĂ©nĂ©reux qu’il fait cadeau Ă  son aimĂ©, ChariclĂšs, d’un cheval qu’il avait achetĂ© pour lui ; mais ce mĂȘme cheval provoquera plus tard la mort de ChariclĂšs. Le thĂšme tragique se trouve dĂ©gradĂ© en parodie risible chez PĂ©trone, oĂč le cheval n’existe pas, et oĂč il n’est pas mĂȘme rĂ©ellement promis, mais seulement Ă©voquĂ© par Eumolpe dans le but d’obtenir les faveurs du garçon, dont il pourra encore jouir de façon rĂ©pĂ©tĂ©e mĂȘme une fois qu’il est devenu Ă©vident que le cheval ne se matĂ©rialisera jamais[105]. » Le peintre Ă©rotique Gaston Goor a illustrĂ© le rĂ©cit dans son Ă©dition moderne de 90 dessins en couleurs.

La Matrone d'Éphùse

« Il y avait Ă  ÉphĂšse une dame en si grande rĂ©putation de chastetĂ©, que les femmes mĂȘmes des pays voisins venaient la voir par curiositĂ©, comme une merveille »[106] (scĂšne du rĂ©cit La Matrone d'ÉphĂšse par Wenceslas Hollar).

La Matrone d'ÉphĂšse est un conte licencieux qui narre l'histoire d'une jeune veuve qui succombe finalement, malgrĂ© la pĂ©riode de deuil, Ă  la tentation de la chair. Elle va mĂȘme jusqu'Ă  sacrifier le corps de son Ă©poux pour sauver son amant. Selon Louis de Langle il « n'est peut-ĂȘtre mĂȘme qu'une MilĂ©sienne rĂ©cente qui se serait glissĂ©e tardivement dans le recueil »[107]. Cette histoire existait avant PĂ©trone, Ă©tant donnĂ© qu’elle apparaĂźt dans une des fables de PhĂšdre[108]. Le conte connaĂźt plusieurs reprises aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles en France. La piĂšce PhĂšdre et quelques textes de Saint-Évremond y font allusion. Antoine Houdar de La Motte s'en inspire dans La Matronne d'ÉphĂšse ainsi que Fatouville dans Arlequin Grapignan (1682). Le conte a Ă©tĂ© Ă©galement repris par Jean de La Fontaine au livre XII des Fables (fable 26). Dans l'Ă©conomie gĂ©nĂ©rale du rĂ©cit, « son histoire illustre la seule relation hĂ©tĂ©rosexuelle heureuse du Satyricon et fournit au roman un ton d'optimisme ainsi qu'une foi nouvelle en la fertilitĂ© de la vie »[109]. Dans ce roman (le rĂ©cit de la Matrone d'ÉphĂšse selon Gaston Boissier) « si peu moral, il est souvent question de morale, et il n’est pas rare d’y trouver des pages qu’on croirait empruntĂ©es aux Ă©pĂźtres de SĂ©nĂšque »[110]. La Matrone d'ÉphĂšse donne lieu Ă  de multiples adaptations thĂ©Ăątrales si bien que selon Dominique Lanni le succĂšs de PĂ©trone se situe d'abord, pour la pĂ©riode moderne, sur les planches[111].

Festin chez Trimalcion

L'Ă©pisode des agapes lors du festin chez Trimalcion est le cƓur de l'Ɠuvre ; son rĂ©cit reprĂ©sente un tiers de l'ouvrage. Cet Ă©pisode, nommĂ© aussi le « Banquet chez Trimalcion », vient « couper » les aventures d'Encolpe et constitue « un Ă©pisode bien distinct et fort long, qui formait trĂšs probablement Ă  lui seul un livre complet, le XVe, et, en consĂ©quence, la suite des aventures d'Encolpe Ă  partir de sa rencontre avec Eumolpe (Ă  la fin du chapitre CXL) se trouvait trĂšs vraisemblablement dans le livre XVI » signale Louis de Langle[7]. Il met en lumiĂšre les mĂ©canismes sociaux de la sociĂ©tĂ© romaine de l'Ă©poque. L'ancien dominus (« maĂźtre ») de Trimalcion, auquel ce dernier est reconnaissant, a voulu faire de son ancien esclave un hominem inter homines, un homme parmi les hommes. Or pour Antonio GonzalĂšs, l'affranchissement d'esclaves Ă©tait exceptionnel Ă  cette Ă©poque, ce qui fait de l'histoire du personnage de Trimalcion une « success-story Ă  l'antique »[112] mĂȘme si sa rĂ©ussite est permise par ses compĂ©tences sexuelles surtout selon Paul Veyne[113]. Selon Nicole Fick, tout dans ce festin est excessif : « on y passe du choquant au risible, de l'appĂ©tissant au nausĂ©eux, des propos de comptoirs aux calembours. » Par cet Ă©pisode, PĂ©trone joue sur les contrastes et rĂ©vĂšle ainsi le dĂ©calage entre la culture romaine et le monde des affranchis[114].

Pour Erich Auerbach, l'Ă©pisode chez Trimalcion reprĂ©sente un cas unique de rĂ©alisme au sein de la littĂ©rature antique. Il compare mĂȘme PĂ©trone Ă  Émile Zola : « On trouverait difficilement dans la littĂ©rature antique, un passage qui montre avec autant de force le mouvement intĂ©rieur de l'histoire. [
] [PĂ©trone] s'est avancĂ© de la sorte jusqu'Ă  l'extrĂȘme limite du rĂ©alisme antique » et l'Ă©pisode du festin chez Trimalcion est « d'une peinture prĂ©cise, nullement schĂ©matique, du milieu social, sans aucune stylisation littĂ©raire[115]. » L'auteur a en effet, en plus de l'effet de rĂ©el cherchĂ© dans la prĂ©sentation des convives et de leur relation entre eux, Ă  imiter, par cette scĂšne, l'exercice rhĂ©torique de la recitatio, qui consistait en des lectures publiques. Un calcul a montrĂ© que cette cena (ce « repas ») lue Ă  voix haute dure en effet environ une heure, soit la durĂ©e normale d’une recitatio[116].

ThĂšmes et personnages

Intrigue

Extrait du chapitre XXXIX, « le festin chez Trimalcion »[117]

« Trimalchion interrompit cet agréable entretien. On avait déjà enlevé le second service, et, le vin excitant la gaieté des convives, la conversation était devenue générale. Alors notre hÎte, les coudes appuyés sur la table :
— Égayons notre vin, mes amis, et buvons assez pour mettre Ă  la nage les poissons que nous avons mangĂ©s. »

La jalousie d'Encolpe, personnage-narrateur du rĂ©cit en fournit le ressort dramatique. Les motifs centraux du roman grec Ă  l'origine du Satyricon semblent ĂȘtre la possessivitĂ© et la jalousie pĂ©dĂ©rastique[118]. Bien plus, ce sont les relations amoureuses et sexuelles des personnages entre eux qui constituent la diĂ©gĂšse du Satyricon car toutes les actions en dĂ©pendent. L'embarquement sur un navire, par exemple, puis la fuite devant la vengeance de Lichas s'expliquent par le comportement passĂ© d'Encolpe, jadis amant de Lichas, et qu'il a dĂ©shonorĂ© en devenant celui de sa femme, TriphĂšne[119]. Les fuites constantes des personnages font du Satyricon le « rĂ©cit de la vie vagabonde de quelques aventuriers »[120]. Selon Danielle Van Mal-Maeder, « l’action romanesque rĂ©vĂšle des discordances par rapport aux discours tenus, de sorte que la caractĂ©risation se situe, de façon ironique, Ă  la croisĂ©e des mots et des actes[121] », ce qui procure au roman un caractĂšre Ă  la fois Ă©difiant et ambivalent.

La diĂ©gĂšse est destinĂ©e Ă  plaire au lecteur : selon Jean-Claude FĂ©ray, les « rivalitĂ©s entre hommes et doutes jalonnent la narration, lui permettent de rebondir lorsque menace le calme plat du bonheur parfait, gĂ©nĂ©rateur d'ennui – pour le lecteur. » Deux rivaux successifs se prĂ©sentent : Ascylte puis Eumolpe[122]. Le rythme de l'intrigue s'articule autour de trois temps forts, qui vont crescendo, au sein de l'histoire du trio de personnages. D'abord, Ascylte tente de violer Giton, ce qui contraint Encolpe ensuite Ă  essayer de le fuir et de rompre toutes relations avec son ancien amant. Le paroxysme est constituĂ© par la dĂ©cision prise par Giton de suivre Ascylte de son plein grĂ©[123]. Les Ă©pisodes sont autant d'atellanes (petites piĂšces bouffes latines) insĂ©rĂ©es dans le rĂ©cit principal, celui des aventures d'Encolpe prĂ©cise Henry de Montherlant[124]. « Du point de vue moderne, l’Ɠuvre produit donc une impression bizarre. Elle ressemble assurĂ©ment Ă  un roman : elle comporte, d’abord, une intrigue. Nous avons du mal, Ă  vrai dire, Ă  la cerner exactement, puisque non seulement nous n’avons que deux livres d’un ensemble plus vaste, mais encore que ceux-ci sont eux-mĂȘmes dans un Ă©tat extrĂȘmement lacunaire. La lecture du Satiricon est donc trĂšs irritante, parce qu’au moment oĂč le lecteur a enfin rĂ©ussi Ă  retrouver le fil », son sens se dĂ©robe[77].

Personnages

Fresque érotique de Pompéi.

Les personnages principaux de PĂ©trone n'appartiennent pas Ă  la bonne sociĂ©tĂ© romaine. Par exemple, Trimalcion et ses invitĂ©s sont des affranchis (missus) d'origine orientale ou punique, reprĂ©sentĂ©s comme de « sots incultes malgrĂ© leur richesse apparente ». La fortune de Trimalcion s'explique en effet par le fait que son maĂźtre, avant de mourir, lui a lĂ©guĂ© tous ses biens, en plus d'en faire un homme libre[125]. Sous l'« apparente vulgaritĂ© bonhomme de Trimalcion s'organise, de fait, une vĂ©ritable rĂ©sistance Ă  la romanitĂ©[126]. » D'autres personnages sont des marginaux ; c'est le cas d'Encolpe, Giton et Ascylte, caractĂ©risĂ©s par leurs mƓurs douteuses, alors qu'Agamemnon et Eumolpe sont respectivement un rhĂ©teur et un poĂšte de bas Ă©tage[27]. Encolpe est le narrateur du rĂ©cit principal ; son Ă©ducation et la culture en font, par moments, le reprĂ©sentant ou l'Ă©gal de PĂ©trone selon Paul-Marie Veyne[127]. Polyaeanos (en grec Ï€ÎżÎ»ÏÎ±ÎčÎœÎżÏ‚ / polyainos : « trĂšs digne d'Ă©loges ») est le nom qu'il prend dĂšs le chapitre CXXVI[128]. Eumolpe reprĂ©sente l'antithĂšse d'Encolpe : il croit en le dĂ©tachement des Ăąmes (c'est le sens du rĂ©cit de L'ÉphĂšbe de Pergame), face Ă  la souffrance sentimentale d'Encolpe. Le poĂšte fait figure de vieux sage, d'Ă©picurien dĂ©tachĂ© de la maladie d'amour, et capable de la transformer en un langage poĂ©tique Ă©difiant[118].

Chacun porte un message mais les couples de personnages rĂ©vĂšlent davantage la finalitĂ© de l'auteur. Ainsi, lors de sa premiĂšre apparition, le poĂšte Eumolpe condamne un monde dominĂ© par l'argent et ne tĂ©moignant aucun intĂ©rĂȘt pour ce qu'il nomme le « gĂ©nie » ; il est alors dĂ©peint comme un « paria » selon Maryline Parca[129]. Or, cette prise de position d'Eumolpe sur la poĂ©sie fait Ă©cho Ă  l'opinion d'Agamemnon quant aux causes de la dĂ©cadence de la rhĂ©torique. Les deux personnages condamnent « les prĂ©occupations matĂ©rialistes de leurs contemporains et ne peuvent survivre que s'ils nĂ©gligent leurs propres intĂ©rĂȘts et servent ceux des autres. » Les personnages deviennent par consĂ©quent des symboles de la façon de mener son existence dans un monde dĂ©cadent et, tandis qu'Agamemnon est prĂȘt Ă  faire des concessions, Eumolpe s'accroche Ă  ses convictions morales et Ă  son amour de la poĂ©sie[130]. Ils Ă©voluent dans « un univers qui leur est Ă©tranger, pour ne pas dire hostile, la plupart du temps dans le brouillard ou dans l’obscuritĂ©, et cette errance semble ĂȘtre une mise en abyme de celle du lecteur »[131]. De maniĂšre schĂ©matique, la structure actantielle, de facture classique, est distribuĂ©e autour du trio des personnages principaux : Encolpe, Ascylte et Giton, les deux premiers s'opposant pour la personne de Giton, objet des relations interviriles entre eux. Le schĂ©ma classique est cependant parodiĂ© : l’ami fidĂšle, qui est Ă©galement un personnage traditionnel du roman grec, reprĂ©sentĂ© par Ascylte « est certainement bien diffĂ©rent de Polycharme chez Chariton, de CnĂ©mon chez HĂ©liodore, ou de Clinias chez Achille Tatius ; et quand un compagnon plus ĂągĂ©, le poĂšte Eumolpe, prend la place d’Ascylte, il se montre bien Ă©loignĂ© du personnage vĂ©nĂ©rable du vieux Calasiris dans le roman d’HĂ©liodore »[132]. Subsidiairement apparaĂźt parfois une autre structure, celle formĂ©e autour du couple amant/maĂźtresse, symbolisant le couple amour/haine[133]. Le motif triangulaire oblige les personnages Ă  vivre leur relation sur le mode agonique et, de fait, « l’amour entre les jeunes gens est systĂ©matiquement corrĂ©lĂ© Ă  la violence[134]. »

Relations sexuelles

Illustration de la scĂšne du festin chez Trimalcion par Georges-Antoine Rochegrosse.

Le Satyricon est considĂ©rĂ© comme un roman pornographique et pĂ©dĂ©rastique[135], dĂšs ses dĂ©buts. Jean-Claude FĂ©ray montre que le texte a toutefois Ă©tĂ© Ă©dulcorĂ© par les versions et Ă©ditions successives et qu'il faut remonter Ă  la traduction de François Galaud de Chasteuil (1625–1678), conservĂ©e Ă  la BibliothĂšque nationale de France, pour lire celle qui est la plus respectueuse de l'original[136]. Il est par ailleurs envisageable que le texte actuel « rĂ©sulte de l'enrichissement et de l'expansion d'un noyau primitif plus authentiquement pĂ©dĂ©rastique[76]. » Cette expansion serait en revanche parodique ; le topos du couple des amants se comporte, par exemple, Ă  l’inverse du couple des hĂ©ros des romans Ă©rotiques grecs traditionnels[132].

Plusieurs indices laissent Ă  penser que le texte relate les aventures de jeunes homosexuels romains. Le trio des personnages principaux est significatif : Encolpe aime Giton, Ă©galement apprĂ©ciĂ© d'Ascylte, ancien compagnon du premier. Encolpe accuse son rival Ascylte d'ĂȘtre un leno (un « entremetteur » de jeunes personnes) et le qualifie de doctior (« trĂšs savant ») car il joue une part active dans la sĂ©duction[129]. Les personnages, et en particulier Eumolpe et Encolpe, appartiennent donc Ă  une communautĂ© exclusivement homosexuelle[137] - [138] ou sont clairement bisexuels selon RenĂ© Martin[139]. Le personnage de Giton, qui passe pour ĂȘtre un adolescent de seize ans, est ambivalent. Selon Jean-Claude FĂ©ray, il est beaucoup plus jeune et les incohĂ©rences relevĂ©es Ă  son propos s'expliquent par des manipulations du texte au fil des siĂšcles, Ă  partir d'un original grec plus cru[140]. Le Satyricon « traduit Ă©galement une sorte de renversement dans la prĂ©sentation de l'« idĂ©al fĂ©minin » [
], Ă  savoir que dans cette Ɠuvre les femmes ne manifestent pas les talents domestiques, les qualitĂ©s de rĂ©serve, soumission et besoin de protection que l'on attend d'elles mais que ces traits sont l'apanage de Giton[104]. » Pour John Patrick Sullivan enfin, dans The Satyricon of Petronius: A Literary Studies (1877), le rĂ©cit contient des Ă©lĂ©ments sexuels qui peuvent, dans une optique psychanalytique, ĂȘtre apparentĂ©s Ă  une « nostalgie de la boue »[141].

Peinture de la quotidienneté

Le Satyricon fournit un ensemble d'informations sur la vie quotidienne Ă  Rome, entre le Ier et IIIe siĂšcles — pĂ©riode supposĂ©e de rĂ©daction du texte. La nourriture offerte par Trimalcion, lors du banquet qu'il organise chez lui, les gestes superstitieux des convives ou les scĂšnes de magie ont intĂ©ressĂ© les historiens de la cuisine romaine[27]. Le « cave canem » (mise en garde qu'un chien protĂšge la demeure) que dĂ©couvre Encolpe Ă  son entrĂ©e chez Trimalcion est semblable Ă  celui reprĂ©sentĂ© sur une mosaĂŻque de PompĂ©i[116], mĂȘme si, dans le roman, il s'agit davantage d'une peinture en trompe-l'Ɠil[142]. L'Ă©tude des objets, des peintures, de l'organisation de la demeure et de sa statuaire ont permis d'en savoir davantage sur la vie quotidienne Ă  cette Ă©poque. Par consĂ©quent, « les recoupements archĂ©ologiques ou ceux que fournissent d'autres sources littĂ©raires garantissent la part importante d'observation qui entre dans la façon de PĂ©trone[143]. » Ainsi, selon Gaston Boissier, « l’intĂ©rĂȘt du roman de PĂ©trone est moins dans le piquant de l’intrigue ou dans l’agrĂ©ment du style que dans les souvenirs qu’il renferme de l’époque oĂč il a Ă©tĂ© Ă©crit[144]. »

Décadence et marginalité

Le Marché aux esclaves par Gustave Clarence Rodolphe Boulanger (1882).

L'ÉphĂšbe de Pergame, insĂ©rĂ© au sein du rĂ©cit, « illustre l'une des plus profondes convictions d'Eumolpe, celle qui concerne la dĂ©cadence du monde contemporain. » Ce passage semble Ă  relier Ă  l'invective du chapitre LXXXVIII, qui prĂ©sente une large critique de l'art, de la morale, de la politique et de la religion[129]. Le Satyricon est donc, pour Louis de Langle, « quelque chose comme l'Ă©popĂ©e de la crapule durant la dĂ©cadence romaine » mais l'Ɠuvre primitive dont il est inspirĂ© « Ă©tait, Ă  en juger par les fragments qui en restent, quelque chose de plus Ă©levĂ©, de plus dĂ©licat, et [
] de plus moral : il s'agissait de la dĂ©cadence des lettres envisagĂ©e comme consĂ©quence de la dĂ©cadence des mƓurs »[145]. Selon G. B. Conte, « Encolpe reprĂ©sente tous les travers du scholasticus, celui qui passe le plus clair de son temps dans les Ă©coles et les lieux de dĂ©clamation au point de tomber victime de ses propres expĂ©riences littĂ©raires et qui, naĂŻvement, s’exalte en s’identifiant aux modĂšles hĂ©roĂŻques sublimes », ceux de l’épopĂ©e et de la tragĂ©die[146]. Cette marginalitĂ© des personnages se manifeste par le fait qu’ils sont sans domicile fixe et qu’ils errent tout le long du rĂ©cit. « Au dĂ©but du roman le narrateur, privĂ© du sens de l’orientation, est incapable de retrouver le chemin qui le mĂšnera Ă  l’auberge : « Mais je ne me rappelais pas exactement la route, et ne savais pas oĂč Ă©tait notre auberge. Aussi je ne faisais que revenir sans cesse sur mes pas. » dit-il »[42]. Cette dĂ©cadence se manifeste surtout par la maĂźtrise de la duplicitĂ© de la part des personnages principaux, en particulier lors de l’épisode sur le bateau de Lichas et TriphĂšne[147]. PĂ©trone prĂ©sente Ă©galement comme cause de la dĂ©cadence l'abandon de l'Ă©loquence au sein de la scolaritĂ© romaine. Il reprend par lĂ  la thĂšse de Messalla, rapportĂ©e dans le Dialogue des orateurs de Tacite. « Les correspondances que ce dernier texte prĂ©sente avec celui de PĂ©trone sont si nombreuses qu’elles ont Ă©tĂ© utilisĂ©es soit pour complĂ©ter telle lacune dans le Dialogue des orateurs, soit comme argument pour une datation tardive du Satyricon » selon Danielle Van Mal-Maeder[148].

Pour Émile Thomas, les petites gens (populus minutus) sont omniprĂ©sents dans le Satyricon, roman de la plebicula (« sociĂ©tĂ© des pauvres »). Cette couche de la population est composĂ©e par beaucoup d'anciens esclaves affranchis qui mettent en scĂšne, lors de banquets grandioses, l'opulence de leurs anciens maĂźtres. En effet, l'argent ne leur procure pas les mĂȘmes droits civiques que les ingenui, et ces fĂȘtes sont « un moyen d'Ă©chapper au dĂ©terminisme de leur ancien statut », reprĂ©sentant une sorte de saturnales mĂȘme[149]. PĂ©trone dĂ©peint par ce roman les ravages d'une « morale du profit »[150]. Le rĂ©alisme lui sert pour reprĂ©senter cette dĂ©cadence et cette instabilitĂ© du cosmos. Pour PĂ©trone « le monde est agitĂ© d'un mouvement incessant, oĂč rien n'est sĂ»r, surtout la richesse et la situation sociale sont choses extrĂȘmement instables »[151].

Jeunesse et violence

Statue d'un jeune Romain en toge, 20-30 ap. J.-C (GlyptothĂšque de Munich).

Johana Grimaud fait remarquer que les trois jeunes protagonistes ne sont pas du mĂȘme Ăąge, mais qu'ils appartiennent tous les trois Ă  la catĂ©gorie plus globale de la iuuentus (la « jeunesse »). « Le Satyricon livre une reprĂ©sentation d’une jeunesse en quĂȘte de repĂšres. Si le thĂ©Ăątre latin reprĂ©sente la premiĂšre Ă©tape de l’individualisation de la jeunesse dans la littĂ©rature, il semble que PĂ©trone en marque le dernier palier[152]. » RenĂ© Martin prĂ©sente quant Ă  lui les principaux personnages du roman comme des jeunes, « typiquement des dĂ©classĂ©s, des marginaux »[153], qui traduisent une crise plus profonde au sein de la sociĂ©tĂ© romaine, crise que plusieurs passages illustrent particuliĂšrement. Par exemple, le poĂšme insĂ©rĂ© dans le rĂ©cit, le Bellum Ciuile chantĂ© par Eumolpe, « pose les origines de la sociĂ©tĂ© du Satyricon, qui n’est qu’une continuitĂ© de cette sociĂ©tĂ© rĂ©publicaine dĂ©litĂ©e, oĂč la crise des valeurs est profonde. » La jeunesse, le mot mĂȘme, est en effet absent de l'Ɠuvre de PĂ©trone, et cela Ă  deux niveaux : « d’abord la communautĂ© disparaĂźt en elle-mĂȘme, Ă©tant Ă©clatĂ©e et dĂ©sormais n’existant qu’au travers de destins isolĂ©s, ce que le trio disparate du roman illustre d’ailleurs », trio formĂ© d'un puer (Giton), d'un adulescens (Encolpe) et d'un iuuenis (Ascylte), mais la jeunesse disparaĂźt aussi en tant que groupe social, possĂ©dant un rĂŽle sur la scĂšne politique, puisque « PĂ©trone prĂ©sente des jeunes gens sans place dans la sociĂ©tĂ©, des marginaux dĂ©risoires »[42].

Le mĂ©lange du quotidien le plus trivial et grotesque, vĂ©cu par des jeunes personnages en marge, et qui adoptent un comportement Ă©rudit mais en dĂ©calage constant avec leur situation tragique « crĂ©e un Ă©cart comique qui donne aux Ă©vĂ©nements vĂ©cus par les personnages un caractĂšre ridicule. La modernitĂ© du Satyricon tient, selon Johana Grimaud, dans cette reprĂ©sentation d’une jeunesse dĂ©gradĂ©e, qui dessine l’image d’une sociĂ©tĂ© en plein dĂ©litement »[134]. La violence constitue leur rapport au monde et celle-ci est avant tout sexuelle. Les relations des personnages principaux avec les femmes « n’échappent pas Ă  la violence de la domination sexuelle ». En effet, la femme est souvent la puella dura (« femme dure »), motif rĂ©current chez Properce. « Au cours de leurs aventures, le trio masculin est confrontĂ© Ă  plusieurs femmes dĂ©lirantes qui les malmĂšnent rudement » : Quartilla, prĂȘtresse de Priape, CircĂ© dans l’épisode de Crotone, la sorciĂšre ProsĂ©lĂ©nos et enfin ƒnothĂ©a, prĂȘtresse de Priape Ă©galement. Pour Johana Grimaud, « l’impuissance d'Encolpe matĂ©rialise cette dĂ©faillance passive du hĂ©ros » et ce dernier « se rĂ©vĂšle castrĂ© », suscitant la colĂšre des femmes[154].

Roman idéologique

Le primat de l'argent dans l'affirmation de la libertĂ© des affranchis et dans les relations entre ingenui (ceux nĂ©s libres) et liberti (les affranchis) est au cƓur des tensions qui traversent les personnages du Satyricon. Encolpe, le narrateur, est l'envers de la sociĂ©tĂ© fantasmatique que reprĂ©sente Trimalcion. Ce dernier symbolise l'exagĂ©ration et l'hyperbole sociale alors qu'Encolpe, les couches les plus dĂ©munies de la sociĂ©tĂ© romaine. L'auteur a le projet de reprĂ©senter la marginalitĂ© et la pauvretĂ© qui contrastent avec l'Ă©conomie globalisĂ©e de l'Empire romain de son Ă©poque[155]. Les thĂšmes visĂ©s par la critique de PĂ©trone sont nombreux et, outre l'Ă©conomie et le social, la rhĂ©torique est la cible de sa plume. Les personnages, dans leurs comportements, constituent en effet une critique de l'Ă©ducation classique romaine. Selon G. B. Conte, Encolpe, par exemple, porte sur ses aventures un regard de scholasticus pĂ©tri de rhĂ©torique romaine mais il dĂ©clame ses discours appris plus qu’il ne les raconte[156]. Ils « miment, dans leur quotidien, des comportements empruntĂ©s Ă  l’univers livresque, dont ils ont Ă©tĂ© saturĂ©s lors de leurs Ă©tudes rhĂ©toriques : leur identification se manifeste non seulement dans leur propension au lyrisme dĂ©clamatoire, dont le style ampoulĂ© du narrateur est un symptĂŽme, mais elle conditionne Ă©galement une certaine sensibilitĂ© Ă  l’égard des Ă©vĂ©nements » pour Johana Grimaud[157].

PremiĂšre page de l'Ă©dition de 1709 du Satyricon.

Pour Alberto Pietro Arciniega, la finalitĂ© du Satyricon est nettement idĂ©ologique : il s'agit de montrer, par la peinture du comportement public peu Ă©difiant des affranchis, que la raison est toujours dĂ©tenue par leurs anciens maĂźtres. L'affranchissement ne retire pas aux maĂźtres romains leur pouvoir, dominica potestas. Ainsi, le Satyricon est « un bon reflet du systĂšme esclavagiste de cette Ă©poque, sa colonne vertĂ©brale, le festin chez Trimalcion, Ă©tait destinĂ© principalement Ă  perpĂ©tuer le systĂšme en essayant de fixer les esclaves libĂ©rĂ©s et les affranchis dans l'imaginaire collectif ». La scĂšne oĂč le plat principal, un sanglier coiffĂ© d'un bonnet d'affranchi (pileus), est prĂ©sentĂ© aux convives marque le meilleur exemple de l'idĂ©ologie du rĂ©cit selon lui[128]. Le festin chez Trimalcion tĂ©moigne de la difficultĂ© qu'Ă©prouve la sociĂ©tĂ© romaine d'absorber ses affranchis notamment. « Sous ce carnaval, PĂ©trone suggĂšre, Ă  touches discrĂštes, que le mĂ©tissage de la sociĂ©tĂ© romaine est Ă  inventer pour revigorer un monde qui fait se cĂŽtoyer dans le mĂȘme amoralisme un trĂšs riche affranchi inculte et un jeune marginal cultivĂ© que son Ă©ducation n'empĂȘche pas de mal faire et de jouer les parasites[158]. »

Satyricon et Ă©vangile selon Marc

L'Ă©vangile de Marc (papyrus 45).

Venant aprĂšs d'autres, les recherches de littĂ©rature comparĂ©e du professeur italien Ilaria Ramelli montrent que le Satyricon de Petrone, Ă©crit selon elle vers 64–65, contient une parodie de l'histoire de JĂ©sus, en particulier de la scĂšne que les chrĂ©tiens appellent souvent « l'onction de BĂ©thanie » (Nouveau Testament, Évangile selon Marc, 14, 1-9). Dans celle-ci, une femme, souvent identifiĂ©e Ă  Marie la magdalĂ©enne ou Ă  « la femme adultĂšre », casse une fiole et verse sur la tĂȘte de JĂ©sus le prĂ©cieux parfum qui y Ă©tait contenu, puis JĂ©sus justifie son acte en disant qu'elle a prĂ©parĂ© son embaumement et il annonce donc sa mort quelques jours aprĂšs. De la mĂȘme façon, dans le passage citĂ© du Satyricon, Trimalcion fait porter par ses serviteurs une fiole de nard (un prĂ©cieux onguent) dont il asperge ses commensaux et il les exhorte Ă  faire comme s’ils avaient Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  ses funĂ©railles[159] - [160].

L'expression « ampullam nardi » (au chapitre LXXVIII,3) se retrouve telle quelle dans l'une des plus anciennes versions latines de l'Ă©vangile selon Marc, le Catabrigiensis, du Ve, qui reproduit la Vetus latina, une ancienne version des Ă©vangiles en latin. Il y a d'autres points de contact entre le banquet de Trimalcion et l'Ă©vangile, comme le chant du coq (chapitre LXXIV, 1-3) qui annonce un mauvais prĂ©sage. l'allusion Ă  la rĂ©surrection dans le rĂ©cit de la matrone d'ÉphĂšse (CXI, 5-6) qui parle du cadavre d'un crucifiĂ© enlevĂ© aprĂšs sa mort. Au chapitre CXLI, l'un des protagonistes du roman promet qu'il laisse tout son patrimoine Ă  ceux qui mangent sa chair, ce qui constitue selon Ramelli une raillerie de l'eucharistie. Cette derniĂšre en tire la conclusion que l'Ă©vangile selon Marc a Ă©tĂ© Ă©crit avant 64 et que sa langue initiale Ă©tait le latin[note 6]. Cela est vivement rejetĂ© par l'ensemble des spĂ©cialistes car l'Ă©vangile attribuĂ© Ă  Marc, comme les trois autres Ă©vangiles canoniques ont Ă©tĂ© Ă©crits en grec. De plus, le processus d'Ă©criture de l'Ă©vangile selon Marc commence peut-ĂȘtre, au plus tĂŽt, vers 65, mais certains estiment qu'il aurait pu s'Ă©taler sur plusieurs dĂ©cennies pouvant aller jusqu'Ă  115[159].

Stylistique

Observation satirique

« Pétrone promÚne sur toutes choses un regard d'observateur et prend plaisir à des descriptions précises et humoristiques » selon Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille. La minutie satirique de son regard se retrouve, par exemple, dans la description faite de la demeure de Trimalcion, qui est comparable à celles communes à Pompéi et qui est fidÚle à l'esthétique et aux habitudes domestiques de la fin du rÚgne d'Auguste. Au temps de Pétrone, une telle description avait donc vocation à provoquer le ridicule[27]. Certains passages présentent une critique sociale quant à l'ouverture du monde romain vers les étrangers qui s'enrichissent. Cette xénophobie se double d'un sentiment d'infériorité, présent de maniÚre constante en filigrane du Satyricon[155]. Selon Antonio GonzalÚs, ce que la satire nous montre dans le Satyricon c'est un condensé des divers pans de la société des affranchis à Rome. Le Satyricon est donc le drame de cette soudaine liberté obtenue à la suite de l'affranchissement[125].

Le Satyricon est un mĂ©lange de prose et de vers et, en ce sens, il se rattache Ă  l'une des satura romaine, spĂ©cifiquement Ă  celle des Satires MĂ©nippĂ©es de Varron et de l'Apocoloquintose de SĂ©nĂšque. Selon Pascal Quignard, la satura est Ă  l'origine liĂ©e aux vers fescennins, du nom du poĂšte Avienus et aux ludibrium[note 7] qui ont cours lors des jeux sarcastiques qui accompagnent la procession du fascinus[note 8] de Liber Pater, commĂ©morations Ă  caractĂšre pornographique par consĂ©quent[5]. L'intention parodique, les thĂšmes et la teneur pornographique du texte le rattachent en effet Ă  cette tradition littĂ©raire. Les situations et notamment la scĂšne de l'auberge (chapitre XCIX) sont exagĂ©rĂ©es « au point que rien n’est crĂ©dible et que tout, au bout du compte, prend la forme d’une farce », ce qui a pour finalitĂ© et pour rĂ©sultat de mettre Ă  distance la violence des relations interpersonnelles. Le comique accentue par consĂ©quent la matĂ©rialitĂ© du monde reprĂ©sentĂ©[163]. Cette manifestation de la violence des relations humaines « pose l’image d’une sociĂ©tĂ© malsaine, dans laquelle l’autre est toujours potentiellement un agresseur ou un traĂźtre. Le rapport amoureux est ainsi dĂ©gradĂ© en trio de comĂ©die, les rapports hĂ©tĂ©rosexuels parodient le thĂšme de la puella dura, et tous les rapports sont exagĂ©rĂ©s dans le sens d’une dĂ©gradation ridicule[154]. »

Descriptions

Représentation de deux masques de femmes (fresque de la maison du bracelet d'or, à Pompéi).

Selon Jean-Christian Dumont, lors de l'Ă©pisode du festin chez Trimalcion, PĂ©trone dĂ©peint une « illusion de maison » ; en effet : « il l'a mise en place plus selon la technique du dĂ©cor de thĂ©Ăątre que selon celle de l'architecte ». Par l'intermĂ©diaire de la narration Ă  la premiĂšre personne, la description semble, tout au long du roman, une dĂ©ambulation qui sĂ©lectionne les dĂ©tails caractĂ©ristiques. Le narrateur, Encolpe, emploie par exemple de maniĂšre systĂ©matique le verbe latin notaui (« remarquer, noter »)[164]. Cependant, ces descriptions sont le fruit d'une subjectivitĂ©, celle d'Encolpe, narrateur du rĂ©cit principal. Le lecteur est donc « invitĂ© Ă  prendre ses distances vis-Ă -vis d’un tel narrateur, si peu digne de confiance, et Ă  rire du dĂ©calage entre la rĂ©alitĂ© triviale de son parcours et ses tentatives ridicules de sublimation » que sont ses descriptions du monde alentour[165]. Il faut donc, et c'est lĂ  un message de l'Ɠuvre, « ĂȘtre dĂ©tachĂ© des apparences selon PĂ©trone » explique Nicole Fick[166].

L'espace textuel du Satyricon est trĂšs marquĂ© par l'urbanitĂ©. Selon JoĂ«l Thomas, « il y a une correspondance Ă©troite entre la ville et le thĂšme de la duplicitĂ© » des personnages[167]. Pour Johana Grimaud la ville mĂ©taphorise l'univers de l’artifice, prĂ©dominant, si bien que le Satyricon puisse ĂȘtre qualifiĂ© de « fable urbaine ». Laissant peu de place Ă  la nature, « les thermes, les ruelles, les portiques, la villa de Trimalcion, crĂ©ent un dĂ©cor minĂ©ral, gĂ©omĂ©trisĂ©, d’oĂč est exclue la souplesse du vĂ©gĂ©tal »[147]. Il s'agirait peut-ĂȘtre du « premier regard fantasmatique portĂ© sur l’antiquitĂ© », l’ancĂȘtre du peplum en somme[78].

Procédés

PĂ©trone use de nombreux procĂ©dĂ©s littĂ©raires destinĂ©s Ă  rendre davantage vivantes les scĂšnes du Satyricon. Lors du festin chez Trimalcion, il recourt par exemple au rĂ©cit indirect. Ce procĂ©dĂ© est visible lorsque Encolpe, pour se faire expliquer une scĂšne qu’il ne comprend pas, s’adresse Ă  son voisin ce qui permet, par consĂ©quent, « de renseigner le lecteur sur les gens de ce milieu [les affranchis] tant par sa propre façon de parler que par les indications qu’il fournit[168] ». PĂ©trone joue constamment sur les lieux communs de la culture grĂ©co-latine. En effet, la majoritĂ© des topoĂŻ littĂ©raires du roman d'amour grec, modĂšle sĂ©rieux supposĂ© du Satyricon, s'y retrouvent parodiĂ©s : tentatives de suicide, tempĂȘte en mer et naufrage, procĂšs, rivaux amoureux, mort apparente, monologues, ekphrasis, sentences, assemblĂ©es populaires, double songe et seconde rencontre entre personnages[169].

D’une certaine maniĂšre, le Satyricon est, selon Michel Dubuisson, un roman Ă  clĂ©[75] - [note 9]. Il ajoute : « au-delĂ  d’un premier niveau de lecture, ce texte oblige constamment Ă  un dĂ©cryptage qui dĂ©cĂšle Ă  la fois des Ă©lĂ©ments non conventionnels et des Ă©chos des polĂ©miques de l’époque. Donc une chose en tout cas est claire : ne pas prendre le Satiricon au sĂ©rieux, sous prĂ©texte qu’à toute premiĂšre vue il pourrait apparaĂźtre comme un rĂ©cit d’aventures sans prĂ©tention autre que de divertir, serait une erreur grave[78]. »

La stylistique de PĂ©trone procĂšde surtout par contrastes. La critique du style dĂ©clamatoire portĂ©e par le personnage d'Encolpe (face au professeur de rhĂ©torique qu'est Agamemnon notamment) a pour but de faire ressentir le « fossĂ© sĂ©parant la rĂ©alitĂ© du forum et l’univers fictionnel des dĂ©clamations »[148]. La composante thĂ©Ăątrale occupe une place Ă©minente dans le Satyricon, comme l’a montrĂ© Costas Panayotakis ; les termes thĂ©Ăątraux y sont utilisĂ©s pour indiquer la fiction et l’illusion[171].

Les jeux de mots constituent Ă©galement une ressource stylistique innovante chez PĂ©trone. De nombreux mots, existant auparavant dans la langue ou hapax forgĂ©s par l'auteur parsĂšment le Satyricon, tissant un rĂ©seau sĂ©mantique riche en Ă©chos. Par exemple, le terme embasicoetas est un mot grec qui ne semble ĂȘtre attestĂ© que chez PĂ©trone ; le jeu de mots serait peut-ĂȘtre : « celui sur lequel on se couche, qui sert de couche », allusion au succube, et dĂ©signant dans l'espace textuel le « dĂ©bauchĂ© », le « mignon ». Le terme cinaedus (cinĂšde) signifie « effĂ©minĂ© », « dĂ©bauchĂ© » et qui renvoie Ă  un univers culturel et social complexe[172].

Intertextualité

« Pour moi, bouche bĂ©ante, j’admirais tout cela, quand, Ă  la gauche de l’entrĂ©e, prĂšs de la loge du portier, j’aperçus un Ă©norme dogue enchaĂźnĂ©, au-dessus duquel Ă©tait Ă©crit, en lettres capitales : « GARE, GARE LE CHIEN ! » Ce n’était un dogue qu’en peinture ; mais sa vue me causa un tel effroi, que je faillis tomber Ă  la renverse et me casser les jambe »[173].

Allusions culturelles et littéraires

Les allusions sont courantes dans le Satyricon. Le poĂšme sur la prise de Troie reprend en sĂ©naires iambiques le sujet traitĂ© auparavant par Virgile au second livre de l'ÉnĂ©ide. Le second poĂšme, portant sur la guerre civile, fait Ă©cho quant Ă  lui Ă  celui du livre I de la Pharsale de Lucain[174]. Les plats inventifs lors du festin chez Trimalcion sont aussi des allusions mythologiques[175]. Plusieurs Ă©pisodes sont des parallĂšles mythologiques : par exemple, la disparition de Giton, par la manƓuvre d'Ascylte, est dĂ©crite par Encolpe comme l'enlĂšvement d’Europe ou celui de GanymĂšde[176]. Le roman renferme aussi des allusions Ă  la culture sĂ©mitique Ă  travers le personnage de Trimalcion, si bien que c'est dans le Satyricon « que l’on trouve l’un des catalogues les plus complets de poncifs antijuifs » explique Michel Dubuisson[78]. Il est par consĂ©quent plus que certain que le public auquel s'adresse PĂ©trone est un public cultivĂ© et connaisseur en allusions culturelles et littĂ©raires[80]. Entre autres exemples, le rĂ©cit du festin chez Trimalcion prolonge sur un mode ironique la tradition issue du Banquet de Platon[174]. Cette ironie du texte « suppose un lector doctus, douĂ© de perspicacitĂ©, de finesse, d’intelligence mĂȘme et d’une solide Ă©ducation littĂ©raire : elle est Ă©litiste » selon G. B. Conte[177].

Les parallÚles littéraires, nombreux, visent un message social et politique. Les poÚmes insérés dans le court du récit sont en particulier explicites sur ce point :

OĂč l’or est tout-puissant, Ă  quoi servent les lois ?
Faute d’argent, hĂ©las ! le pauvre perd ses droits.
À sa table frugale, en public, si sĂ©vĂšre,
Le cynique, en secret, met sa voix à l’enchùre ;
ThĂ©mis mĂȘme se vend, et sur son tribunal
Fait pencher sa balance au grĂ© d’un vil mĂ©tal[178].

L'auteur vise par ce court poĂšme la justice corrompue, lieu commun de la littĂ©rature latine. Danielle Van Mal-Maeder a montrĂ© qu'il fait rĂ©fĂ©rence, pour le thĂšme de la corruption et de la vĂ©nalitĂ© de la justice, aux textes de Varron, JuvĂ©nal et Martial[179]. Le Satyricon fait enfin allusion Ă  divers auteurs de la philosophie romaine, et en premier lieu Ă  SĂ©nĂšque. Des passages des Lettres Ă  Lucilius sont en effet repris et parodiĂ©s. L'objectif de l'auteur est de porter un regard critique sur la sociĂ©tĂ© romaine de son temps, mĂȘme s'il demeure difficile de comprendre la motivation rĂ©elle de PĂ©trone : le Satyricon « contient aussi des allusions Ă©picuriennes, qui ont Ă©tĂ© diversement interprĂ©tĂ©es : tantĂŽt on a fait de PĂ©trone un Ă©picurien, tantĂŽt on a vu en lui l’auteur d’un violent manifeste contre l’épicurisme, qu’il aurait cherchĂ© Ă  ridiculiser en le faisant dĂ©fendre par des personnages mĂ©prisables », commente Michel Dubuisson[75].

Parodie de l'Odyssée

Le rapt de Giton par Ascylte est dĂ©crit par Encolpe de la mĂȘme maniĂšre que l'enlĂšvement d’Europe dans la mythologie grecque (fresque de PompĂ©i).

Pour Olivier Sers, comme pour RenĂ© Martin, le Satyricon serait une parodie homĂ©rique, ce qui leur permet de supposer de la longueur originelle du texte, qui aurait Ă©tĂ© composĂ© de vingt-quatre livres au total[56]. Huit livres ont Ă©tĂ© conservĂ©s Ă  ce jour, dont six de maniĂšre incomplĂšte, soit un quart du texte intĂ©gral supposĂ© parodiant l'OdyssĂ©e. Selon Olivier Sers, le Satyricon est vraisemblablement plus long que le texte des MĂ©tamorphoses d'ApulĂ©e[180]. Plusieurs Ă©lĂ©ments renvoient Ă  l'Ă©popĂ©e d'HomĂšre. D'abord, le style satirique de l'auteur rabaisse ses personnages principaux au statut d'anti-hĂ©ros. Contrairement au rusĂ© Ulysse, Encolpe est un fuyard pleutre. L'intrigue principale est une parodie directe de celle de l'OdyssĂ©e : de mĂȘme que PosĂ©idon poursuit Ulysse, dans le Satyricon c'est Priape qui traque Encolpe (toutefois, selon Aldo Setaioli, le rĂŽle central de Priape dans le Satyricon a Ă©tĂ© mis en doute par divers savants[181]). L'allusion Ă  la magicienne CircĂ© est Ă©galement explicite[128]. Plusieurs Ă©pisodes tournent en dĂ©rision les pĂ©ripĂ©ties d'Ulysse : celui de la tempĂȘte est ainsi une parodie du chant V d'HomĂšre[174]. La signification et la visĂ©e des allusions est en somme souvent satirique et iconoclaste. Les scĂšnes homĂ©riques peintes sur les murs de la demeure lors de l'Ă©pisode du festin chez Trimalcion contribuent en effet « au grandissement Ă©pique qui fait du parvenu un hĂ©ros »[182], de mĂȘme que certains Ă©pisodes comme celui oĂč Ascylte arrive Ă  l’auberge, Ă  la recherche de Giton. Pour lui Ă©chapper, celui-ci se cache sous le lit et s’accroche au sommier pour Ă©viter d'ĂȘtre dĂ©couvert (allusion directe Ă  la maniĂšre dont Ulysse sort de la caverne du Cyclope, suspendu de mĂȘme Ă  un mouton, au chant IX)[168].

DĂ©sacralisation et innovation

Aldo Setaioli voit dans le Satyricon une entreprise de dĂ©sacralisation de la veine des romans d'amour grecs sĂ©rieux. Plusieurs scĂšnes parodiques le laissent Ă  penser. L'usage parodique de l’épisode de Didon (repris de celui de l'ÉnĂ©ide) au chapitre CXXXII et l’histoire de la veuve d’ÉphĂšse (CXI et CXI), sont davantage que de simples allusions. Il en est de mĂȘme de la composition poĂ©tique entiĂšre situĂ©e dans l’épisode de CircĂ© (chapitre XXXIV), qui est une dĂ©sacralisation d'un Ă©pisode du livre XIV de l’Iliade (la scĂšne d’amour entre Zeus et HĂ©ra sur le mont Ida). Autre exemple : en mentionnant les personnages tragiques qui s’adressent Ă  leurs propres yeux, PĂ©trone, au chapitre CXXXII ridiculise l'ƒdipe roi de Sophocle mais « surtout des Ă©crivains comme Chariton et comme les auteurs de l’Histoire d’Apollonios et des fragments de KalligonĂ©, qui imitent la tragĂ©die en mettant en scĂšne des personnages qui, de façon parfaitement sĂ©rieuse, s’adressent Ă  leurs propres yeux[183]. » Si les Ă©lĂ©ments parodiĂ©s sont rĂ©els, et s'ils participent Ă  une remise en cause des modĂšles traditionnels, il semble que PĂ©trone ait cependant aussi voulu donner Ă  son Satyricon une tournure sĂ©rieuse. Le Satyricon ne peut reposer uniquement sur la simple imitation humoristique ; PĂ©trone fait parvenir un message inĂ©dit pour l'AntiquitĂ©. Le thĂšme qui ne semble pas parodiĂ© chez PĂ©trone est « la scĂšne dans laquelle Giton et Encolpe se prĂ©parent Ă  mourir dans les bras l’un de l’autre au milieu de la tempĂȘte en furie[184]. » Il en est de mĂȘme pour les tentatives thĂ©Ăątrales de suicide et pour l'amour homosexuel des personnages principaux, autant d'Ă©lĂ©ments qui font que « PĂ©trone a exploitĂ© de la façon la plus habile toutes les suggestions offertes par un thĂšme romanesque rĂ©pandu pour monter un Ă©pisode rĂ©jouissant, dont la valeur artistique va bien au-delĂ  de la simple parodie, mĂȘme si elle est Ă  la base du processus littĂ©raire mis en Ɠuvre[185]. »

Psychologie des personnages

Illustration d'une scĂšne du Satyricon par Norman Lindsay.

La description psychologique des personnages est fine, Ă  tel point que l'on peut parler Ă  ce propos d'Ă©thopĂ©es[186]. La description de la jalousie d'Encolpe est particuliĂšrement notable. Celle-ci est dĂ©peinte au chapitre XCIII, sur fond de farouche rivalitĂ© entre Encolpe et Ascylte pour l'amour de Giton. Le chapitre abrite un monologue intĂ©rieur qui signale l'introspection d'Encolpe quant Ă  son sentiment jaloux[118]. Les patronymes des principaux personnages Ă©clairent leurs psychologies ; ils ont en effet une signification en grec ancien selon Louis de Langle : « Ascylte est l'« infatigable » Ă  cause de sa valeur amoureuse. Encolpe veut dire celui qui est tenu dans le sein, dans les bras. Entendez : « le chĂ©ri ». Giton signifie « voisin », Eumolpe, « harmonieux ». Trimalcion, comme le Trissotin de MoliĂšre, veut dire probablement « triple brute » », TryphĂšne signifie « vie de dĂ©lices » c'est-Ă -dire dĂ©bauchĂ©e, Aenothea vient du mot « vin »[187]. Michel Dubuisson explique que le nom de Giton fait plutĂŽt rĂ©fĂ©rence au « mignon » en argot (il a d'ailleurs donnĂ© par antonomase, le mot français giton) alors qu'Encolpos signifie, en grec, « enculĂ© »[77]. Le mĂ©lange des langues des personnages marque non seulement leurs origines (ethniques ou sociales) mais aussi leurs psychologies (hĂ©tĂ©roglossie) et notamment pour caractĂ©riser chaque convive lors du festin chez Trimalcion[188]. Ce sont donc des personnages ambigus et difficiles Ă  dĂ©finir. Contrairement aux personnages hĂ©roĂŻques comme Achille, Ulysse ou ÉnĂ©e, la description des personnages du Satyricon « est faite d’un mot [et] on ne peut trouver Ă  propos d’Encolpe aucune Ă©pithĂšte analogue ; il ne se laisse pas qualifier aussi aisĂ©ment »[189].

Selon Johana Grimaud, la fuite caractĂ©rise le trio des personnages principaux ; « leur itinĂ©raire n’obĂ©it donc pas Ă  la cohĂ©rence de la quĂȘte, mais Ă  l’arbitraire de la fuite. Leur seul repĂšre est l’auberge, lieu interlope oĂč ils se rĂ©fugient. » Par consĂ©quent, « l’errance dans l’espace est une matĂ©rialisation symbolique de l’errance sociale des jeunes gens, qui n’ont d’autre moyen de survie que voler ou tromper », comme c'est le cas dans l’épisode du manteau volĂ©, ou celui de Crotone. Par ailleurs, ils n’ont pas d’état civil. Seule leur sexualitĂ© ou leurs dĂ©boires passĂ©s les caractĂ©risent : Encolpe aurait Ă©tĂ© gladiateur (il est qualifiĂ© de gladiatore obscene) et il aurait commis un crime alors qu'Ascylte est dĂ©peint comme un « prostituĂ© aux complaisances fĂ©minines, dont le souffle mĂȘme est souillĂ© d’impuretĂ© », autant de classes sociales infĂąmes dans la sociĂ©tĂ© romaine[157]. Peter George considĂšre que les deux amants Encolpe et Ascylte sont des personnages « intensely literary », c'est-Ă -dire qu'ils manifestent une tendance quasi-pathologique Ă  la dramatisation et Ă  la thĂ©Ăątralisation des rĂ©actions[190]. Cette caractĂ©risation psychologique des personnages a semble-t-il influencĂ© la tradition littĂ©raire du hĂ©ros et Encolpe, par exemple, a pu servir de modĂšle aux modernes Gil-Blas et Figaro d'aprĂšs l'historien Gabriel de La Porte du Theil[191].

Roman moraliste

Des critiques contemporains dĂ©nient Ă  PĂ©trone le statut de moraliste, dans le sens oĂč ce dernier dĂ©crirait une rĂ©alitĂ© pour dĂ©tourner les lecteurs du vice. Pour Henry de Montherlant, « le message social est inexistant dans le livre »[192]. Au contraire de Varron dans ses Satires MĂ©nippĂ©es, PĂ©trone paraĂźt en effet dissimuler la nature de ses intentions. Certains voient dans le Satyricon une entreprise de dĂ©rision et de subversion des valeurs romaines, une critique de la nobilitas (la « noblesse ») aussi, alors que d'autres font de l'ouvrage un « jeu littĂ©raire, un divertissement humoristique »[174]. Pour Pascal Quignard, le Satyricon est le rĂ©cit des dĂ©bauches (stupri) de NĂ©ron et de sa cour[9]. PĂ©trone s'y amuserait Ă  exercer ses dĂ©tournements de la langue latine. Cependant, la satura en prose Ă©tant peu connue encore, et mal documentĂ©e historiographiquement, il n'est pas possible de conclure clairement sur ce point. Pour Gaston Boissier, PĂ©trone marque « le point culminant de l’immoralitĂ© romaine, puisque Tacite nous dit qu’à partir de Vespasien les mƓurs devinrent plus rĂ©glĂ©es et la vie plus honnĂȘte »[193]. Pour l'Ă©rudit du XVIIe siĂšcle Burmann, PĂ©trone est, a contrario, « un homme trĂšs saint »[124].

Les aventures d'Encolpe, partie la plus longue du texte, paraĂźt « l'Ɠuvre d'un romancier naturaliste qui peint avec une exactitude scrupuleuse les mƓurs et les usages de son temps, mais qui se rĂ©vĂšle assez inhabile dans l'analyse des caractĂšres », alors que le festin chez Trimalcion semble ĂȘtre le travail d'« un psychologue enjouĂ© et profond et d'un moraliste sceptique, nourri des maximes d'Épicure et tout spĂ©cialement prĂ©occupĂ© des rapports qu'il entrevoit entre la dĂ©cadence des mƓurs et celle des arts et des lettres »[194]. Dans les deux contes insĂ©rĂ©s (L'ÉphĂšbe de Pergame et La Matrone d'ÉphĂšse), « le personnage principal montre l'envers du comportement social dont il se faisait le champion », ce qui laisse sous-entendre, pour Maryline Parca, que PĂ©trone les utilise pour mieux tourner en dĂ©rision certains principes moraux. Elle conclut en signalant que l'auteur « n'impose pas son propre point de vue au lecteur. Son silence est le gage d'une sensibilitĂ© aiguĂ«, de l'intelligence souple d'un ĂȘtre qui connaĂźt les hommes et les comprend, d'un ĂȘtre dont la rĂ©serve combine assurĂ©ment les qualitĂ©s d'artiste et de moraliste[195]. » Bien plus, PĂ©trone se jouerait de cette ambivalence. Pour Pierre Grimal en effet, « PĂ©trone serait une sorte de nihiliste dĂ©vastateur qui camperait des personnages prĂȘchant le suave mari magno de LucrĂšce[note 10] tout en mettant en scĂšne une « nef des fous », non pas en prenant parti pour ou contre l’épicurisme, mais en se frottant les mains et en riant de façon sarcastique »[196] - [75].

Traductions, éditions illustrées et apocryphes

Traductions françaises

Portrait de Laurent Tailhade par FĂ©lix Vallotton (1896).

Le Satyricon donne lieu tout au long du XVIIIe siÚcle à de multiples traductions et commentaires érudits : d'abord par Burmann en 1709, puis par son fils en 1743, par Conrad Anton en 1781 et par Bipontine en 1790. La Porte du Theil a pour but de produire une traduction savante et pour cela, il effectue un « laborieux travail philologique » qui se voit cependant censuré[6]. En 1677 Michel de Marolles publie, sous anonymat, la premiÚre traduction intégrale du Satyricon[197].

En 1910, Laurent Tailhade, journaliste et homme de lettres libertaire, traduit le Satyricon en respectant la langue familiĂšre de l'original. Celle-ci, qui repose sur la lecture d'une version du Satyricon enrichie au XVIIe siĂšcle, inclut en effet les solĂ©cismes et impropriĂ©tĂ©s et, mĂȘme, invente des nĂ©ologismes tels : « mĂ©rĂ©trice », « engeigner » ou « vĂ©rĂ©condie ». Il a Ă©galement ajoutĂ© ou retirĂ© des termes latins et employĂ© des tournures archaĂŻques dĂ©rivĂ©es du latin mais en usage dans la littĂ©rature fin-de-siĂšcle moderne, si bien que l'on peut parler d'une traduction fondĂ©e sur un « anachronisme lexical »[198] - [199]. En raison de ce travail de redĂ©couverte, la traduction de Tailhade a Ă©tĂ© la plus reproduite.

Louis de Langle produit également une traduction notable, en 1923. Selon lui, la traduction du Festin chez Trimalcion a été la plus difficile parce que ce texte « est écrit suivant une syntaxe plus incertaine, dans une langue plus corrompue, plus faisandée » alors que les aventures d'Encolpe sont écrites dans une langue « plus latine et plus élégante, [avec un] style plus fin et plus serré[194]. »

Jean-Claude Féray propose, en 2000, une traduction différente dans Encolpe et Giton. Refusant d'y inclure le Festin chez Trimalcion, il met l'accent sur le langage truculent et populaire des personnages. Il reproduit également, à la fin de l'ouvrage, une traduction anonyme et inédite de la fin du XVIIe siÚcle[200].

Éditions illustrĂ©es

Encolpe vu par l'illustrateur australien Norman Lindsay.

En français

En 1910, l'éditeur Louis Conard publie à faible tirage (171 exemplaires) une nouvelle édition de la traduction de Tailhade, contenant quatre illustrations de Georges-Antoine Rochegrosse. Le texte est orné d'encadrements baroques en couleurs à toutes les pages.

Une Ă©dition du Satyricon de 1941 et reprenant la traduction de Tailhade, chez Émile Chamontin, prĂ©sente dix planches gravĂ©es en couleurs coloriĂ©es au pochoir de la main de Georges Lepape, affichiste et graveur des annĂ©es 1930, renommĂ© pour ses dessins de mode et ses couvertures de Vogue[201].

Toujours avec la mĂȘme traduction, le Club français du livre publie une Ă©dition illustrĂ©e de dessins d'AndrĂ© Derain[202].

En anglais

La traduction de W. C. Firebaugh (1922) est illustrée par Norman Lindsay.

Autres traductions et recherches

Le Satyricon a été traduit dans la majorité des langues officielles[203]. En langue anglaise, la premiÚre traduction est opérée par William Burnaby en 1694 ; elle a été révisée de nombreuses fois et ce jusqu'en 1964. Celle de Walter R. Kelly (1854) est également notable. Oscar Wilde passe pour avoir traduit le Satyricon dans l'édition de Charles Carrington (1902) sous le pseudonyme de Sebastian Melmoth. Cependant cette attribution a été mise en doute[204].

De nombreuses autres traductions en anglais se succĂšdent et, parmi elles, la plus fidĂšle au texte d'origine demeure celle de J. P. Sullivan, en 1965 chez Penguin[205]. En allemand, Franz BĂŒcheler propose une traduction fidĂšle et annotĂ©e, en 1862. Le travail critique du philologue classique suisse Konrad MĂŒller[67] - [68] - [69] est Ă©galement notable. En italien, le latiniste Ettore Paratore a traduit fidĂšlement le Satyricon en 1933 ; Federico Fellini s'est notamment appuyĂ© sur son travail. Une autre traduction, de G. A. Cesareo, revue et commentĂ©e par Nicola Terzaghi, en 1950, existe Ă©galement. On signale aussi une traduction italienne du XVIIe siĂšcle (anonyme), transmise en forme manuscrite et en toute vraisemblance destinĂ©e Ă  la circulation clandestine[206].

Pour continuer à étudier le cheminement des manuscrits du Satyricon, Schmeling fonde en 1969 la Petronian Society, qui publie une Newsletter[141]. Elle édite des articles et des séminaires sur Pétrone et le Satyricon.

Apocryphes

Nombre d'auteurs ont Ă©crit des suites au Satyricon, afin d'en achever l'intrigue.

JosĂ© Antonio GonzĂĄlez de Salas (1588–1654) publie une Ă©dition du Satyricon en 1629, republiĂ©e en 1643 et incluant un portrait. Salas a comblĂ© les lacunes originelles en insĂ©rant des passages qu'il dit tenir d'une Ă©dition parisienne. Ces passages sont des pseudĂ©pigraphes, actuellement disponibles dans la traduction de W. C. Firebaugh (1922).

En 1690, le Français François Nodot, dit tenir d'un certain Du Pin, officier français, un manuscrit inédit achevant le Satyricon, retrouvé lors du sac de Belgrade en 1688. Publiée en 1693, la version proviendrait de Pieter Burmann le Jeune. L'Espagnol José Marchena Ruiz de Cueto, attaché à l'armée napoléonienne, pour les besoins de son étude sur la sexualité antique, a fabriqué un faux supplément au Satyricon, en latin. Il le traduit en français sous le titre Fragmentum Petronii (1800).

L'Allemand H. C. Schnur publie en 1968 un apocryphe directement traduit. Ellery David Nest publie une édition du Satyricon contenant de nouveaux épisodes prétendument retrouvés à Morazla par Reinhardt Struch de l'université d'Oberhausen et intitulée : The New Satyricon : The Recovered Books (2003). Enfin, Andrew Dalby a édité un épilogue du Satyricon constituant en un récit d'un banquet se déroulant à Massilia vingt années aprÚs la fin originelle du texte de Pétrone[207].

Réception et postérité

Henry de Montherlant, lecteur passionné de Pétrone[124]

« Il y a des Ɠuvres qui sont des clairiĂšres
 Les clairiĂšres de Watteau s'ouvrent pour les dĂ©parts nostalgiques et tendres, la clairiĂšre de PĂ©trone sur une libĂ©ration volontiers crue, mais celle-ci et celle-lĂ  nous parlent d'une vie plus vraie qui rend putride notre vie officielle, et que nous avons Ă  regretter, Ă  sauvegarder ou Ă  conquĂ©rir »

RĂ©ception

Les rĂ©ceptions du texte attribuĂ© Ă  PĂ©trone sont diverses. Ainsi, l'abbĂ© Marchena, en 1800, a critiquĂ© le « laxisme des peuples antiques » qui transparaĂźt Ă  travers le Satyricon ainsi que celui des ecclĂ©siastiques chrĂ©tiens qui ont conservĂ©, en dĂ©pit de son immoralisme, le texte malgrĂ© sa dĂ©bauche. Pour Menendez y Pelayo, en 1875, le Satyricon porte les abominations de la sociĂ©tĂ©[80]. Jean Racine cite souvent le Satyricon dans sa correspondance. Gaston Boissier mentionne par exemple cette remarque du dramaturge, Ă©logieuse pour PĂ©trone : « C’est un air Ă  prĂ©sent, disait un des traducteurs du Satiricon, et particuliĂšrement entre les personnes de qualitĂ©, que d’aimer PĂ©trone et d’en savoir les beaux endroits »[208]. Au XIXe siĂšcle, le critique et romancier français Edmond de Goncourt avoue aimer le caractĂšre dĂ©cousu du texte ainsi que sa filiation obscure[209] alors que Gustave Flaubert dit n'avoir rien Ă©prouvĂ© Ă  sa lecture, mais en recommande la lecture et prĂ©dit un regain d'attention du roman[note 11]. L'Ă©diteur de Charles Baudelaire a proposĂ© au poĂšte, grand admirateur de PĂ©trone, de traduire le Satyricon, mais le projet n'a jamais vu le jour[211]. Oscar Wilde Ă©voque le roman dans Le Portrait de Dorian Gray (1890)[212]. Joris-Karl Huysmans, dans son roman À rebours (1884) Ă©voque longuement le roman de PĂ©trone, « tranche dĂ©coupĂ©e dans le vif de la vie romaine » selon lui[213]. Ernest Renan dans L'AntĂ©christ y voit un MĂ©rimĂ©e antique, au ton froid et exquis, miroir du temps de NĂ©ron[214]. Le poĂšte T. S. Eliot, pourtant conservateur chrĂ©tien, est un admirateur de l'Ɠuvre de PĂ©trone[215] ; son poĂšme The Waste Land porte en prĂ©face une citation de Trimalcion Ă  propos de la Sibylle de Cumes[216].

PremiĂšre page de l'Ă©dition de 1587 par Pierre Pithou.

Selon Henry de Montherlant, « le Satyricon est, par sa date, le pĂšre du roman latin, et, si l'on excepte les Ă©popĂ©es, les grandes fables, le pĂšre du roman tout court. Il est aussi, et de beaucoup, le plus rĂ©ussi des romans grecs et latins ; par sa drĂŽlerie, son invention toujours rebondissante, la peinture vivace des caractĂšres et des mƓurs, le style croustillant sans ĂȘtre grossier, oĂč chaque personnage parle selon sa condition. MalgrĂ© Martial et Catulle, la littĂ©rature latine ne serait pas ce qu'elle est sans PĂ©trone[60]. » Ce dernier cite, dans l'histoire, deux personnalitĂ©s fascinĂ©es par PĂ©trone et son Satyricon : Louis II de Bourbon-CondĂ©, qui a pensionnĂ© un lecteur spĂ©cialement chargĂ© de lui lire et relire le texte, et l'abbĂ© de RancĂ© qui a commencĂ© Ă  le traduire, de concert avec Bussy-Rabutin mais qui s'en est finalement dĂ©tournĂ© pour fonder la Trappe[192].

Postérité

Le thĂšme du banquet chez un riche affranchi apparaĂźt dans d'autres Ɠuvres de la littĂ©rature romaine, sans doute inspirĂ©es du Satyricon. Horace (Satires : 2, 8) dĂ©crit le banquet de NasidĂšne, parvenu riche mais ignorant alors que JuvĂ©nal (Satires : 24, 29) prĂ©sente l'agape de Vierron au cours duquel clients et affranchis se querellent. SĂ©nĂšque (ÉpĂźtres : 27, 5) fait le portrait du riche mais ignorant Calvitius[217].

L'abbĂ© Marchena est l'auteur d'un pastiche du Satyricon intitulĂ© Fragmentum Petronii (1800)[218] et dans lequel il accentue les descriptions pornographiques ainsi que le langage cru des personnages, et insĂšre un chapitre de son invention ; c'est donc un faux littĂ©raire[98]. Le texte inspire le roman de Fernand Kolney : Le Salon de Madame Truphot, ou Le moderne satyricon publiĂ© en 1927. Les rĂ©Ă©critures sont multiples, en particulier les contes insĂ©rĂ©s. Henryk Sienkiewicz, dans son roman Quo vadis ? (1895) fait apparaĂźtre PĂ©trone et lui fait rencontrer les pĂšres de l'Église, Paul et Pierre[219]. Philippe Mudry note que « la fortune littĂ©raire de PĂ©trone, en particulier celle du conte de la Matrone d’ÉphĂšse, a Ă©tĂ© et reste immense. L’histoire traduite, adaptĂ©e ou transformĂ©e, se retrouve chez une multitude d’auteurs »[47]. Ainsi, L'École des veuves de Cocteau (1936) « trouve son origine dans le conte mythique La Matrone d'ÉphĂšse, tel qu’il est racontĂ© par PĂ©trone au milieu du Ier siĂšcle apr. J.-C., aux chapitres CXI et CXII du Satyricon »[220]. Dans son roman Gatsby le Magnifique (1925), F. Scott Fitzgerald caractĂ©rise explicitement son personnage principal Ă©ponyme sous les traits de Trimalcion (au chapitre VII notamment). L'Ă©dition de Cambridge est mĂȘme sous-titrĂ©e : « Trimalchio »[221].

L'esthétique de Pétrone et en particulier celle du Satyricon a influencé nombre d'écrivains tels : Henry de Montherlant[222], Laurence Sterne (Tristam Shandy, 1760), l'auteur de romans picaresques Tobias Smollett et Henry Fielding[223]. La veine littéraire du roman comique du XVIIe siÚcle, certains romans du XVIIIe comme Joseph Andrews ou Histoire de Tom Jones, enfant trouvé de Fielding, la satire critique de Jean Barclay, ou encore l'Histoire amoureuse des Gaules (1665) de Roger de Bussy-Rabutin sont les héritiers de l'esthétique du Satyricon[14].

Uderzo et Goscinny, dans Astérix chez les HelvÚtes mettent en scÚne une orgie à la premiÚre case de la page 7 qui est une allusion parodique au festin chez Trimalcion[224].

Adaptations

Arts graphiques

La bande dessinée Péplum de Blutch, datant de 1996, est librement inspirée du Satyricon de Pétrone. Plusieurs éléments du texte original (le personnage de Giton et le thÚme de l'impuissance sexuelle) sont exploités, autour d'une trame différente cependant : l'histoire d'amour entre un homme et une femme prise dans les glaces, empruntée à un ballet de Roland Petit.

Dans la sĂ©rie Murena, scĂ©narisĂ©e par Dufaux et dessinĂ©e par Delaby puis Theo, PĂ©trone est un ami du hĂ©ros (fictif) Ă©ponyme. Le dĂ©but du tome 10, intitulĂ© Le Banquet (2017), se rĂ©fĂšre explicitement au Satyricon : lors d'un festin chez Trimalcion, PĂ©trone a une relation avec un Ă©phĂšbe nommĂ© Encolpe qui, venant lui-mĂȘme d'Ă©crire un texte qui est une citation du Satyricon, conseille au poĂšte d'immortaliser de genre d'orgie.

Satyricon de Polidoro

Le Satyricon a Ă©tĂ© adaptĂ© Ă  l'Ă©cran par Gian Luigi Polidoro en 1968[225]. Le film est beaucoup plus fidĂšle au texte de PĂ©trone que celui de Fellini mais il prĂ©sente une esthĂ©tique mĂ©lancolique. En dĂ©pit de certains scĂšnes obscĂšnes censurĂ©es qui gĂȘnent sa distribution, le film rĂ©alise des entrĂ©es apprĂ©ciables[226]. Polidoro a achetĂ© les droits de l'Ɠuvre de PĂ©trone, ce qui explique que Fellini, qui commence le tournage la mĂȘme annĂ©e, a intitulĂ© son film Fellini-Satyricon, non sans avoir entraĂźnĂ© une querelle juridique entre les deux hommes[227].

Satyricon de Fellini

Federico Fellini en 1969 adapte le Satyricon au cinĂ©ma[228]. Selon Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille[27], ce film rĂ©vĂšle les fantasmes du cinĂ©aste (goĂ»t du monstrueux et du morbide) plutĂŽt que l'esthĂ©tique de PĂ©trone. Fellini dit avoir lu le Satyricon alors qu'il Ă©tait au lycĂ©e ; il raconte avoir Ă©tĂ© marquĂ© par les illustrations chastes de l'Ă©dition qu'il possĂ©dait. Lors de la rĂ©alisation de son film, Fellini (qui a utilisĂ© la traduction latine de Ettore Paratore, 1933) a comblĂ© les lacunes du texte en inventant des scĂšnes. Il a aussi tenu Ă  travailler une esthĂ©tique dĂ©nuĂ©e de mentalitĂ© chrĂ©tienne notamment la reprĂ©sentation du pĂ©chĂ©. Cependant, le film a une finalitĂ© rĂ©flĂ©chie : Fellini affirme que son Satyricon (dont le titre original italien est Fellini Satyricon) est une Ɠuvre prĂ©chrĂ©tienne pour l'Ăšre post-chrĂ©tienne. Son scĂ©nariste, Bernardino Zapponi, considĂšre le Satyricon comme Ă©tant une histoire de science-fiction pour son Ă©poque[229]. Dans son film, Fellini prĂ©sente une AntiquitĂ© dans laquelle toutes les valeurs se sont Ă©croulĂ©es et oĂč plus personne ne se comprend. La sexualitĂ© y est le seul moteur existentiel, si bien que l'on peut y voir une critique de la sociĂ©tĂ© de consommation contemporaine. Le rĂ©alisateur a cependant adaptĂ© trĂšs largement l'histoire originale. Par exemple, il choisit comme cadre Rome et non la GrĂšce, remplace Encolpe par Agammemnon lors du festin chez Trimalcion, invente une longue scĂšne chez Habinnas et, mĂȘme, insĂšre des Ă©lĂ©ments anachroniques[230].

Opéra

Le Satyricon de PĂ©trone a Ă©galement inspirĂ© Ă  Bruno Maderna un opĂ©ra en un acte intitulĂ© Satyricon, inachevĂ©, et qui a fait l'objet de trois versions (la crĂ©ation au Festival de Scheveningen en 1973, la version tĂ©lĂ©visĂ©e et celle radiophonique). Maderna a souhaitĂ© respecter scrupuleusement le texte original mais il en compose le livret Ă  partir de la scĂšne du Festin chez Trimalcion, scĂšne qui dĂ©termine l'unitĂ© d'action, de lieu et de temps et auquel il adjoint cependant des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs ou inventĂ©s comme : le rĂ©cit de La Matrone d'ÉphĂšse par Habinna, le dialogue entre Fortunata (la femme de Trimalcion) et Eumolpe, et enfin un passage sur l'argent extrait des fragments du roman. L'opĂ©ra de Maderna ne suit pas la chronologie du roman de PĂ©trone ; il cherche Ă  Ă©tablir des relations entre diffĂ©rents fragments du texte, relations qui n'existent pas dans le roman original. L'esthĂ©tique rĂ©aliste ainsi que la satire du monde social sont conservĂ©es, mĂȘme si Maderna porte un regard bienveillant sur le personnage de Trimalcion[231].

Notes et références

Notes

  1. Le dieu Priape (Priapus en latin) est reprĂ©sentĂ© gĂ©nĂ©ralement sous la forme d’une borne avec un sexe en Ă©rection peint en rouge (dit « ithyphallique »), surmontĂ©e d’une tĂȘte barbue et qui est utilisĂ©e pour Ă©carter le mauvais Ɠil mais aussi pour protĂ©ger les cultures agricoles.
  2. Le fascinum est une amulette phalloïde qui était accrochée au cou des enfants pour les protéger des sorts.
  3. La terminaison « -icon », plus prĂ©cisĂ©ment « -icƍn », qui vient du suffixe grec -ÎčÎșός dĂ©signe en latin « quelque chose qui est relatif Ă  » et qui en est son gĂ©nitif pluriel pour s’accorder au mot liber ou libri que l’on ajoute souvent aux titres des Ɠuvres latines.
  4. La satura est un genre poĂ©tique latin, Ă  l'origine une piĂšce en vers mĂȘlant des mĂštres variĂ©s, une sorte de farce tournant en dĂ©rision une personne ou une situation[88].
  5. Le conte inséré dans le Satyricon évoquant le loup-garou est la premiÚre source littéraire attestant de ce mythe fantastique[101].
  6. Preuschen, qui au dĂ©but du XXe siĂšcle avait dĂ©jĂ  notĂ© quelques analogies significatives, entre le passage de l’Évangile de Marc qui relate « l’onction de BĂ©thanie » et une scĂšne du dĂźner de Trimalcion (LXXVII – LXXVIII), estimait au contraire que la ressemblance entre les deux descriptions est due au fait que le texte de Marc dĂ©pend de celui de PĂ©trone.
  7. Le mot « ludibrium » désigne en latin la moquerie, la risée ou encore la farce[161].
  8. Le mot « fascinus » désigne en latin le charme, le sortilÚge[162].
  9. Le roman à clés décrit des personnages et des événements réels sous des noms fictifs et des circonstances modifiées. Ils sont cependant reconnaissables pour un public d'initiés, et ce grùce à certains indices[170].
  10. L'expression mari magno (« grande mer ») en latin désigne un poÚme de LucrÚce, dans De natura rerum, qui est une métaphore de l'agitation du monde des hommes.
  11. « Je te jure bien, quant à moi, que ce livre ne m"a jamais rien fait », dans Lettre à Louise Colet (1927)[210]. Cependant, dans d'autres lettres, il indique avoir beaucoup souffert à sa lecture en janvier 1845, prédit le regain en 1852, conseille le roman en juin 1857, se plaint que l'académicien Sacy ne l'ait pas lu en juin 1874 (Pierre Laurens 2014, p. 243).

Références

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  20. Louis de Langle, 1923, p. 2.
  21. Antonio GonzalĂšs, 2008, Note 1, p. 273.
  22. La liste des identitĂ©s prĂȘtĂ©es Ă  l'auteur du Satyricon est non exhaustive, voir : Gareth L. Schmeling et Johanna H. Stuckey, 1977, p. 77-125.
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  26. Louis de Langle, 1923, p. 20-21.
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  29. Aldo Setaioli, 2009, p. 8.
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Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

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Éditions du Satyricon en français

La traduction utilisée (par qui ?) est celle de Charles Héguin de Guerle (1861).

Monographies et usuels

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