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Montagnes de Wicklow

Les montagnes de Wicklow, en anglais : Wicklow Mountains et en irlandais : Sl√©ibhte Chill Mhant√°in, sont un massif montagneux situ√© en Irlande, dans la province du Leinster, essentiellement dans le comt√© de Wicklow qui leur a donn√© leur nom. Elles se trouvent sur la c√īte orientale de l'√ģle, au sud de la capitale, ce qui leur vaut √©galement le nom de montagnes de Dublin dans leur partie septentrionale. Elles constituent la plus vaste r√©gion continue de plateaux d'Irlande et culminent √† 925 m√®tres d'altitude au Lugnaquilla, le plus haut sommet de la province. Le massif s'est form√© durant l'orogen√®se cal√©donienne, au cours du D√©vonien, et se compose principalement de granites avec, en p√©riph√©rie, des micaschistes ainsi que des quartzites plus anciens, form√©s au cours de l'Ordovicien. La glaciation du Pl√©istoc√®ne creuse des cirques, des lacs et des vall√©es en auge, ou glens. √Ä leur extr√©mit√©, sous l'action des nombreux fleuves et rivi√®res du massif, parmi lesquels le Liffey, le Dargle, le Slaney et l'Avoca, se forment parfois de profondes gorges.

Montagnes de Wicklow
Carte topographique des montagnes de Wicklow.
Carte topographique des montagnes de Wicklow.
Géographie
Altitude 925 m, Lugnaquilla[1]
Massif Cha√ģne du Leinster
Longueur 66 km
Largeur 43 km
Superficie 3 000 km2
Administration
Pays Drapeau de l'Irlande Irlande
Province Leinster
Comtés Dublin, Wicklow, Wexford, Carlow
Géologie
√āge D√©vonien
Roches Granites, micaschistes, quartzites

Le massif est peupl√© depuis le M√©solithique et conserve de nombreux t√©moignages arch√©ologiques, √† l'instar des tombes √† couloir du N√©olithique. Le monast√®re de Glendalough, fond√© au VIe si√®cle par saint Kevin, a √©t√© un centre important du christianisme irlandais. Les vall√©es d'acc√®s difficile ont servi √† plusieurs reprises au cours de l'histoire d'abri et de place forte aux clans irlandais face aux invasions et aux r√©pressions. La construction par les Britanniques d'une route militaire met fin aux soul√®vements au d√©but du XIXe si√®cle. Dans le m√™me temps, la g√©ologie du massif a permis l'exploitation successive du fer, du plomb et du cuivre mais √©galement du soufre et de l'or, de l'argent et du zinc en petites quantit√©s, ce qui a m√™me provoqu√© une br√®ve ru√©e vers l'or √† la fin du XVIIIe si√®cle. Le granite a pour sa part √©t√© exploit√© dans des carri√®res pour la construction de nombreux b√Ętiments dans l'agglom√©ration dublinoise. L'apparition du chemin de fer permet l'√©mergence d'une activit√© touristique au XIXe si√®cle.

Les montagnes de Wicklow pr√©sentent un fort int√©r√™t historique et naturel, que permettent de d√©couvrir notamment des sentiers de grande randonn√©e. Toutefois, l'√©cosyst√®me dominant de tourbi√®res et de landes, dont le d√©veloppement a √©t√© possible gr√Ęce au climat oc√©anique temp√©r√©, est fragilis√© et a d√Ľ √™tre prot√©g√© notamment au sein du parc national des montagnes de Wicklow cr√©√© en 1991 afin de pr√©server la biodiversit√©.

Toponymie

Les montagnes de Wicklow, en anglais Wicklow Mountains tiennent leur nom du comté de Wicklow, établi en 1606 par la scission du comté de Dublin[2], d'après la ville du même nom.

Wicklow est la manière dont les anglophones nomment la ville d'après celle qu'utilisaient les Vikings installés en Irlande ou y commerçant[3]. C'est sous la forme Wykinglo que ce nom circulait dans le monde anglo-scandinave, de ce fait, c'est ainsi que les Normands qui ont envahi l'Irlande connaissaient la ville et ont fini par l'imposer, avant qu'il ne soit repris à l'époque de la domination anglaise qui l'a fait évoluer phonétiquement en Wicklow au XVe siècle[4]. Elle est en effet attestée sous les formes Wykinglo en 1173, Wygingelow en 1185, Wykinglo en 1192, Wykinglowe en 1355[4] - [5].

L'hypoth√®se courante voit dans Wicklow un compos√© norrois du type *V√≠kingal√≥[3], bas√© sur V√≠kingr ¬ę viking ¬Ľ ou nom de personnage, et l√≥ ¬ę pr√©, champ ¬Ľ, soit le ¬ę champ des Vikings ¬Ľ[6] ou ¬ę le pr√© des Vikings ¬Ľ[3] ou ¬ę le pr√© de Viking ¬Ľ, Viking √©tant un nom de personne dans ce cas[7]. L'existence du nom de personne Uiginn qui se retrouve dans les patronymes irlandais √ď hUiginn et Mac Uiginn (anglais O'Higgins et Maguigan) renforce la th√®se du ¬ę pr√© d'un personnage nomm√© Viking ¬Ľ[5].

Le nom irlandais de ce massif est Sl√©ibhte Chill Mhant√°in[8], c'est-√†-dire les ¬ę montagnes de l'√Čglise de Mantan ¬Ľ, d'apr√®s un disciple de saint Patrick[9]. Elles sont localement connues sous l'appellation de montagnes de Dublin, ou Sl√©ibhte Bhaile √Ātha Cliath en irlandais[8].

La r√©gion enti√®re a auparavant √©t√© appel√©e Cualu[10]. D'autres noms se sont rapport√©s √† des territoires montagneux de taille vari√©e tenus par des clans locaux : la r√©gion entre le Nord du comt√© de Wicklow et le Sud de celui de Dublin a √©t√© connue en tant que Cualann alors que le Glen of Imaal prend son nom du territoire appel√© Hy Mail[9]. Un des septs de la famille O'Byrne, le Gaval Rannall, poss√©dait la zone autour du Glenmalure, connue en tant que Gaval-Rannall ou Ranelagh[9]. Au Moyen √āge, la r√©gion √©tait appel√©e ¬ę montagnes du Leinster ¬Ľ par l'administration anglaise[11].

Géographie

Situation

Image de synthèse en couleur des montagnes de Wicklow en brun sur une dominante verte
Image de synthèse des montagnes de Wicklow à l'aplomb de la mer d'Irlande avec Dublin et son agglomération à l'arrière-plan à droite.

Les montagnes de Wicklow se trouvent dans le quart Sud-Est de l'√ģle d'Irlande, en r√©publique d'Irlande, au sud de la capitale Dublin. Le massif s'√©tend selon un axe nord-nord-est/sud-sud-ouest[12] dans la province du Leinster, depuis le comt√© de Dublin vers celui de Wexford en passant par ceux de Wicklow et de Carlow[13]. Il constitue la plus vaste r√©gion de plateaux d'Irlande avec 500 km2 continus √† plus de 300 m√®tres d'altitude[14] - [15]. Les limites m√©ridionales du massif se trouvent aux pieds de Croghan Kinsella[16], le point le plus √©lev√© des comt√©s de Wicklow et de Wexford, et de Stooken, au niveau du cours du Slaney. Il se prolonge au sud-ouest par les monts Blackstairs. Au nord, il se termine par Saggart Hill[17] et Montpelier Hill. Tinoran Hill[18] et Collon Hill[19] sont respectivement ses points le plus occidental et le plus oriental.

Géomorphologie

Le massif est formé de plusieurs groupes de montagnes distincts : celui du Kippure au nord, à la frontière entre les comtés de Dublin et de Wicklow, ceux de Djouce, Tonelagee, Camaderry et Lugnaquilla au centre, ceux de Church Mountain et Keadeen à l'ouest, et celui de Croghan Kinsella au sud[12] ; à l'est, séparé du reste du massif par le plateau de Vartry, se trouve le groupe comprenant le Great Sugar Loaf, le Little Sugar Loaf et Bray Head[12].

La vallée du Glenmalure, dans l'est des montagnes de Wicklow, est la plus encaissée du massif au nord-est du groupe de Lugnaquilla. Légèrement au nord, toujours dans la partie orientale, se trouve le Glendalough et ses vallées satellites, le Glenmacnass et le Glendasan. Le Glencree est dominé par le Kippure au nord-est du massif. À l'ouest des crêtes principales se situe le Glen of Imaal, utilisé en grande partie comme terrain d'artillerie par les Forces de Défense irlandaises.

Photographie couleur du Lugnaquilla avec des ombres qui se projettent sur un vaste cirque glaciaire
Vue de Lugnaquilla, plus haut sommet du massif.
Photographie couleur du Mullaghcleevaun avec des landes brun√Ętres et un petit lac glaciaire en contrebas du sommet
Vue de Mullaghcleevaun, deuxième haut sommet du massif.
Photographie couleur du  Tonelagee dans le prolongement d'une route bitumée
Vue de Tonelagee, troisième plus haut sommet du massif.
Photographie couleur du Cloghernagh derrière un lac sombre
Vue de Cloghernagh, quatrième plus haut sommet du massif.

Lugnaquilla est le point culminant des montagnes de Wicklow et le treizi√®me plus haut d'Irlande avec 925 m√®tres d'altitude[1]. C'est aussi le sommet le plus √©lev√© de la province du Leinster et le seul munro d'Irlande situ√© en dehors du Munster[20]. Mullaghcleevaun est le deuxi√®me plus haut sommet √† 847 m√®tres d'altitude. Kippure, √† 757 m√®tres d'altitude, est le point culminant du comt√© de Dublin[21]. Trente-neuf sommets d√©passent 600 m√®tres d'altitude[22] ; seuls trois cols permettent de franchir les montagnes en dessous de cette altitude, ce qui fait de Sally Gap (498 m) et de Wicklow Gap (478 m) les plus hauts cols routiers du pays[23].

Sommets principaux

Le tableau ci-dessous dresse la liste des vingt plus hauts sommets des montagnes de Wicklow.

Rang Sommet Altitude
1 Lugnaquilla 925 m
2 Mullaghcleevaun 849 m
3 Tonelagee 817 m
4 Cloghernagh 800 m
5 Corrigasleggaun 794 m
6 Slievemaan 759 m
7 Camenabologue 758 m
8 Kippure 757 m
9 Conavalla 734 m
10 Djouce 725 m
11 Seefingan 724 m
12 Duff Hill 720 m
13 Gravale 718 m
14 Barnacullian 714 m
15 Moanbane 703 m
16 Table Mountain 701 m
17 Camaderry 698 m
18 Silsean 698 m
19 Benleagh 689 m
20 War Hill 686 m

Hydrographie

Les montagnes de Wicklow sont la source de plusieurs bassins hydrographiques importants. La fine couche de tourbe ne pouvant pas retenir de grandes quantités d'eau, la plupart des rivières ont un régime pluvial très prononcé[24].

Photographie couleur de la cascade Powerscourt qui descend des montagnes au milieu d'arbres épars
Vue de la cascade Powerscourt à la source du fleuve Dargle.

Le fleuve Liffey na√ģt entre les montagnes Kippure et Tonduff, au Liffey Head Bog (litt√©ralement ¬ę tourbi√®re principale de Liffey ¬Ľ)[25]. Un de ses principaux affluents, la rivi√®re Dodder, prend sa source pr√®s du versant nord du Kippure[26]. La King's River na√ģt au Mullaghcleevaun et rejoint le Liffey pr√®s de Blessington[9].

Le fleuve Vartry prend sa source entre les pentes de Djouce et du Great Sugar Loaf[9]. Le fleuve Dargle jaillit non loin de l√†, entre Djouce et War Hill, sous la forme de la cascade Powerscourt, la plus haute chute d'eau d'Irlande avec 121 m√®tres[27] le long d'une falaise form√©e par un glacier au point de contact entre les granites et les micaschistes du massif[28]. Les chutes d'eau en amont des vall√©es de Glendalough, Glenmacnass et Glendasan se forment √©galement au niveau de cette jonction[29], comme le fait la cascade Carrawaystick dans le Glenmalure[30].

Photographie couleur de l'Upper Lake à Glendalough enserré dans des montagnes boisées avec une petite plage en graviers
Vue de l'Upper Lake à Glendalough.

Le Slaney prend sa source dans le cirque glaciaire de North Prison au nord-ouest de Lugnaquilla et serpente √† travers le Glen of Imaal vers l'ouest o√Ļ il est rejoint par les rivi√®res Leoh, Knickeen et Little Slaney[31], avant de s'orienter vers le sud pour aller se jeter dans la mer d'Irlande √† Wexford apr√®s 72 kilom√®tres. Un autre de ses affluents, la rivi√®re Derreen, na√ģt sur le versant m√©ridional de Lugnaquilla[32].

Chacune des branches du fleuve Avoca ‚Äď l'Avonmore, l'Avonbeg et l'Aughrim ‚Äď trouve son origine dans des cours d'eau secondaires dont la plupart prennent leur source dans les montagnes de Wicklow[9]. Les rivi√®res Glenealo, Glendasan et Annamoe confluent pour former l'Avonmore pr√®s de Laragh[9]. L'Annamoe elle-m√™me na√ģt pr√®s de Sally Gap et grossit apr√®s sa jonction avec le Cloghoge Brook entre les lacs Lough Tay et Lough Dan puis celle avec le ruisseau Inchavore au sein de ce m√™me Lough Dan[9]. L'Avonbeg prend sa source sur Table Mountain au niveau des Three Lakes (litt√©ralement ¬ę Trois lacs ¬Ľ)[9]. L'Avonmore et l'Avonbeg confluent au Meeting of the Waters (litt√©ralement la ¬ę Rencontre des eaux ¬Ľ) dans le Vale of Avoca, c√©l√©br√© par la chanson de Thomas Moore, The Meeting of the Waters[24]. L'Avoca est rejoint par l'Aughrim √† Woodenbridge, site parfois surnomm√© Second Meeting of the Waters[9]. L'Aughrim est form√© par les eaux de la Derry Water et de la rivi√®re Ow, cette derni√®re naissant au Lugnaquilla[9].

Photographie couleur du réservoir supérieur de Bohernabreena avec un ponton métallique reliant une tour au milieu du lac
Vue du réservoir supérieur de Bohernabreena dans la vallée de Glenasmole.

Des barrages ont √©t√© construits sur le cours de plusieurs de ces rivi√®res dans le but de constituer des r√©servoirs destin√©s √† l'alimentation en eau potable de Dublin et ses environs. La premi√®re a √©t√© le fleuve Vartry, endigu√© dans les ann√©es 1860 afin de cr√©er le r√©servoir du m√™me nom pr√®s de Roundwood[33]. Un second barrage y est ajout√© en 1924 pour accro√ģtre sa capacit√©[33]. La rivi√®re Dodder alimente les deux r√©servoirs Bohernabreena, sur les pi√©monts septentrionaux des montagnes de Wicklow, √† Glenasmole dans le comt√© de Dublin, qui sont construits entre 1883 et 1887 pour fournir de l'eau √† l'ancien bailliage de Rathmines[34]. Le r√©servoir Poulaphouca, sur le fleuve Liffey pr√®s de Blessington, est cr√©√© entre 1938 et 1940[35]. Deux barrages hydro√©lectriques, construits dans les ann√©es 1940, sont √©galement pr√©sents √† Poulaphouca[36]. Une centrale √† pompage-turbinage est construite √† Turlough Hill entre 1968 et 1974[37]. En 2010, elle reste la seule centrale hydro√©lectrique de ce type en Irlande[38]. L'eau est pomp√©e dans le Lough Nanahangan, un lac naturel, et revers√©e dans un r√©servoir artificiel au sommet de la montagne, puis rel√Ęch√©e en cas de pointe de consommation √©lectrique[39] - [40].

Géologie

Les montagnes de Wicklow sont essentiellement composées de granite et, en périphérie, de couches de micaschistes et de roches plus anciennes telles que des quartzites. Ces dernières appartiennent au groupe de Bray incluant Bray Head, le Little Sugar Loaf et le Great Sugar Loaf[41]. Elles ont été métamorphisées à partir de grès formés dans les eaux profondes du paléo-océan Iapétus au cours du Cambrien (542 à 488 millions d'années BP)[42]. Les strates de sédiments ont ensuite formé, le long du plancher océanique, des ardoises et des schistes mélangés à des roches volcaniques remontées alors que Iapétus commence à rétrécir par subduction au cours de l'Ordovicien (488 à 443 millions d'années BP)[43]. Ces roches sont désormais enfouies sous la pénéplaine du plateau de Vartry, entre le groupe de Bray et la partie principale du massif[44].

Photographie couleur du Djouce, pointu, et de War Hill, arrondie, derrière un paysage de landes
Vue de Djouce, à gauche, et War Hill, à droite, mettant en évidence les différences de relief en fonction de la géologie des sommets.

L'oc√©an Iap√©tus se referme totalement √† la fin du Silurien (443 √† 415 millions d'ann√©es BP) et les montagnes de Wicklow se soul√®vent pendant la phase principale de l'orogen√®se cal√©donienne au d√©but du D√©vonien (415 √† 358 millions d'ann√©es) lorsque les continents de Baltica et Laurentia entrent en collision[45]. Il en r√©sulte un large batholite de granite identifi√© sous le nom de cha√ģne du Leinster, la plus vaste zone de granite continue des √ģles Britanniques, qui court de D√ļn Laoghaire sur la c√īte de la mer d'Irlande √† New Ross dans l'Ouest du comt√© de Wexford et comprend, outre les montagnes de Wicklow, les monts Blackstairs[46] - [47]. La chaleur produite par la collision m√©tamorphise les ardoises et les schistes en marge des granites en micaschistes[48]. Les processus d'√©rosion ont fait dispara√ģtre la plus grande partie des micaschistes du sommet des montagnes et ont mis √† nu le granite jusque-l√† sous-jacent[49]. Quelques traces subsistent notamment au sommet de Lugnaquilla[48]. De forts contrastes g√©omorphologiques existent, par exemple entre War Hill, granitique et arrondie, et Djouce, constitu√© de micaschistes et √† l'aspect ac√©r√©[50]. Le massif a √©t√© affect√© par le soul√®vement tectonique d'une grande partie des marges continentales de l'Atlantique Nord au cours du C√©nozo√Įque. Ces transformations auraient √©t√© provoqu√©es par des mouvements de mati√®re en fusion dans la lithosph√®re ou l'asth√©nosph√®re, ou bien par un rebond isostatique d√Ľ au retrait de l'inlandsis du p√īle Nord. Il en a r√©sult√© √† l'√Čoc√®ne plusieurs syst√®mes de failles dans le Sud-Est de l'√ģle[15] - [51].

Photographie couleur des Loughs Bray sup√©rieur et inf√©rieur de forme ovo√Įde, refl√©tant un ciel azur, en contre-plong√©e
Vue des Loughs Bray supérieur et inférieur depuis les pentes du Kippure.

Le dernier √©v√©nement g√©ologique majeur √† avoir affect√© le massif est la glaciation du Pl√©istoc√®ne (2,58 millions √† 11 700 ans BP)[52]. La calotte glaciaire creuse et mod√®le les vall√©es en ¬ę U ¬Ľ caract√©ristique des glens de Wicklow, √† l'instar de celui de Glendalough ou du Glenmacnass[53]. Alors que la glace fond, de petits glaciers subsistent dans des cirques o√Ļ des moraines constituent des barrages naturels, formant des lacs comme Loughs Bray et Nahanagan[53]. Certains cirques sont d√©pourvus de lacs, comme North Prison et South Prison au Lugnaquilla[54]. Les eaux de fonte entaillent de profondes gorges en plusieurs endroits, notamment le Glen of the Downs, le Devil's Glen et The Scalp[44]. Des lacs glaciaires rubaniformes, tels que le Lough Dan et les lacs du Glendalough, se forment √©galement[55].

Climat

Les montagnes de Wicklow, comme le reste de l'Irlande, connaissent un climat oc√©anique temp√©r√© avec des √©t√©s doux et humides et des hivers frais et arros√©s[56]. Les mois de juin et juillet sont g√©n√©ralement les plus secs[57] ; d√©cembre et janvier sont les plus arros√©s[58]. La hauteur annuelle de pr√©cipitations est comprise entre 1 300 mm √† faible altitude[58] et 2 400 mm sur les sommets les plus √©lev√©s, les plus occidentaux √©tant les plus arros√©s : par exemple, Djouce, √† l'est, re√ßoit 1 630 mm de pr√©cipitations par an contre 1 950 mm pour Duff Hill, √† l'ouest[59]. Il pleut 175 √† 200 jours par an[58]. La couverture neigeuse peut se maintenir pendant un mois en hiver sur les plus hauts sommets[57] - [60]. L'ensoleillement moyen annuel est de quatre heures par jour, favoris√© par la localisation du massif au Sud-Est de l'√ģle[57]. Les forts vents √† dominantes sud et ouest sont un facteur important dans l'√©rosion des sols tourbeux sur les sommets[59]. Des rafales de 234 kilom√®tres par heure ont √©t√© mesur√©es au sommet de Kippure[60]. Les temp√©ratures descendent rarement en dessous de 0 ¬įC en journ√©e et seules des conditions anticycloniques associ√©es √† des vents continentaux d'est peuvent apporter des p√©riodes de gel en janvier et f√©vrier[57]. La temp√©rature moyenne est de 1 ¬įC en janvier et de 13 ¬įC en juillet[58]. Elle peut atteindre 25 ¬įC en l'absence de vent et de pr√©cipitations mais les sommets ont un d√©ficit de temp√©ratures de 5 √† 10 ¬įC[57].

Faune et flore

Cartographie couleur des milieux végétaux des Wicklows
Carte des milieux végétaux.

L'habitat originel des hauteurs est constitu√© de landes et de tourbi√®res. Ces derni√®res se mettent en place il y a 4 000 ans avec la combinaison d'un changement climatique et de l'intensification de l'activit√© humaine[61]. Auparavant, les montagnes √©taient couvertes de for√™ts temp√©r√©es de conif√®res[61]. L'humidification et le r√©chauffement du climat conduisent √† l'engorgement en eau et au lessivage des nutriments des sols menant √† la formation de tourbe[62]. Les tourbi√®res de montagne se trouvent au-del√† de 200 m√®tres d'altitude, dans des zones o√Ļ des pr√©cipitations surviennent plus de 175 jours par an[62]. La contribution la plus importante pour leur mise en place vient des sphaignes[63]. Les plantes carnivores comme les esp√®ces pr√©sentes de dros√©ras et de grassettes sont sp√©cifiques de ce milieu alors que la Narth√©cie des marais (Narthecium ossifragum) et la Linaigrette √† feuilles √©troites (Eriophorum angustifolium) y sont √©galement communes[62]. La pr√©sence d'eau est essentielle dans la reproduction des anisopt√®res et des zygopt√®res. Les tourbi√®res du massif abritent aussi parmi les insectes des esp√®ces de gerrid√©s, de gyrins, de notonectes, de n√©matoc√®res, d'√©ph√©m√©ropt√®res, de pl√©copt√®res, le Petit paon de nuit (Saturnia pavonia), ainsi que la Grenouille rousse (Rana temporaria), le L√©zard vivipare (Zootoca vivipara) et le Triton ponctu√© (Lissotriton vulgaris)[63] - [62]. Certains oiseaux limicoles tels les b√©cassines, courlis et Pluviers dor√©s (Pluvialis apricaria) se nourrissent pr√®s des mares[64]. Des tourbi√®res sont encore en d√©veloppement sur certains sites, en particulier celle du Liffey Head Bog[62].

Toutefois, en raison du drainage des eaux des tourbi√®res r√©sultant de l'activit√© humaine dans le massif, la plupart se sont tellement ass√©ch√©es que les sphaignes n'ont plus pu se d√©velopper, si bien qu'elles ont √©t√© remplac√©es par des landes[65]. La Bruy√®re callune (Calluna vulgaris) et la Bruy√®re cendr√©e (Erica cinerea) sont les esp√®ces de plantes les plus communes de ce milieu, avec la Myrtille commune (Vaccinium myrtillus, localement appel√©e fraughan), la Linaigrette √† feuilles √©troites et la Molinie bleue (Molinia caerulea)[65]. Parmi les oiseaux figurent le Lagop√®de d'√Čcosse (Lagopus lagopus scoticus), le Pipit farlouse (Anthus pratensis) et l'Alouette des champs (Alauda arvensis)[66]. Les cr√©cerelles, le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), le Faucon √©merillon (Falco columbarius) et le Faucon p√®lerin (Falco peregrinus), celui-ci √©tant une esp√®ce prot√©g√©e[67], sont des rapaces fr√©quentant les hauteurs[64]. Les montagnes sont propices au p√Ęturage des moutons et les landes sont p√©riodiquement √©cobu√©es pour ma√ģtriser la croissance des bruy√®res et faciliter celle des plantes herbac√©es[68].

Photographie couleur d'hybride de Cerf élaphe et de Cerf Sika avec le corps de profil et la tête tournée de face, accompagné de deux autres animaux de dos
Hybride de Cerf élaphe × Sika sur les pentes du mont Camaderry.
Photographie couleur d'une chèvre sauvage avec de longues cornes recourbées, sur un rocher
Chèvre retournée à l'état sauvage dans la vallée de Glenealo.

Le Cerf √©laphe, autrefois indig√®ne des montagnes de Wicklow mais chass√© jusqu'√† son extinction, est r√©introduit sur les terres de la propri√©t√© Powerscourt au cours du XVIIIe si√®cle[69]. Le Cerf Sika, ou Cerf du Japon, a √©galement √©t√© import√© √† cette occasion et s'est crois√© avec le Cerf √©laphe[69]. Tous les cerfs pr√©sents au d√©but du XXIe si√®cle dans le massif sont des descendants de la harde de Powerscourt et sont soit des Cerfs Sika soit des hybrides des deux esp√®ces[70]. Les autres mammif√®res sont repr√©sent√©s par la ch√®vre domestique retourn√©e √† l'√©tat sauvage, le Li√®vre variable (Lepus timidus), le Blaireau europ√©en (Meles meles), l'hermine (Mustela erminea), des loutres, l'√Čcureuil roux (Sciurus vulgaris), l'√Čcureuil gris (Sciurus carolinensis) et des chauves-souris[71]. Le megaloceros, ou ¬ę √©lan irlandais ¬Ľ, est une esp√®ce √©teinte de cerf ayant v√©cu dans le massif il y a 11 000 ans environ dont les restes ont √©t√© d√©couverts en grande quantit√© dans des tourbi√®res, notamment celle de Ballybetagh pr√®s de Glencullen[72]. Le loup (Canis lupus) a √©galement peupl√© jadis les montagnes mais a √©t√© extermin√© dans l'√ģle par les chasseurs : le dernier sp√©cimen du massif a √©t√© abattu dans la vall√©e de Glendalough en 1710[73].

Une d√©forestation extensive commence d√®s l'√Ęge du bronze et se poursuit jusqu'au d√©but du XXe si√®cle[74]. Des programmes de reboisement sont mis en place dans les ann√©es 1920 et s'acc√©l√®rent dans les ann√©es 1950 avec la plantation de vastes for√™ts de conif√®res, notamment en lieu et place des landes d'altitude jusque-l√† consid√©r√©es comme impropres √† la pousse d'arbres[75]. L'esp√®ce dominante est l'√Čpinette de Sitka (Picea sitchensis), repr√©sentant 58 % des for√™ts artificielles[76], accompagn√©e du Pin tordu (Pinus contorta), de l'√Čpic√©a commun (Picea abies), du Pin sylvestre (Pinus sylvestris) et du Pin d'Oregon (Pseudotsuga menziesii)[77]. La biodiversit√© dans ces plantations est pauvre en raison de l'origine allochtone de ces esp√®ces de conif√®res[77]. Les plantations de feuillus sont rares, repr√©sentant moins de 10 % des for√™ts[76], et sont domin√©es par le Ch√™ne rouvre (Quercus petraea) avec, dans les couches inf√©rieures et interm√©diaires de la v√©g√©tation, le houx (Ilex aquifolium), le Sorbier des oiseleurs (Ilex aquifolium), le Fr√™ne √©lev√© (Fraxinus excelsior) et le Noisetier commun (Corylus avellana). Elles se concentrent en partie dans le Glendalough, vall√©e qui √©tait enti√®rement bois√©e il y a 7 000 ans mais a √©t√© totalement exploit√©e entre les XIIIe et XVIIIe si√®cles[78].

Les rivières dans la partie supérieure des glens servent de frayères pour le Saumon atlantique (Salmo salar) et la Truite fario (Salmo trutta fario)[79]. L'Omble chevalier (Salvelinus alpinus), isolé dans les lacs du massif depuis la fin de la dernière glaciation[80], a naguère été recensé dans le Lough Dan et les lacs de Glendalough mais pourrait s'être éteint depuis[79]. Un programme de réintroduction dans l'Upper Lake, à Glendalough, a débuté en 2009[81].

Population et infrastructures

Photographie couleur de Sally Gap sous la neige avec une voiture, phares allumés, passant au niveau d'un panneau indiquant plusieurs directions et distances
Vue du croisement entre la route régionale R759 et l'ancienne route militaire R115 à Sally Gap.

Les principales villes en bordure des montagnes de Wicklow sont Blessington avec 4 018 habitants, Enniskerry avec 1 881 habitants, Baltinglass avec 1 735 habitants ou encore Rathdrum qui en compte 1 405[82]. De nombreux petits villages souvent isol√©s se trouvent au cŇďur du massif.

Trois routes r√©gionales permettent de franchir le massif d'est en ouest : la R759 qui passe par Sally Gap, la R756 qui passe par Wicklow Gap et la R747 au sud qui relie Baltinglass √† Arklow. L'ancienne route militaire R115 (en anglais : Military Road, en irlandais : An B√≥thar M√≠leata) traverse toute la partie septentrionale des montagnes de Wicklow en partant de la banlieue sud de Dublin pour rejoindre Laragh. La route r√©gionale R755 est √©galement orient√©e du nord au sud jusqu'√† Rathdrum et globalement parall√®le aux cr√™tes principales, √† une dizaine de kilom√®tres √† l'est. La route nationale secondaire N81 contourne le massif par l'ouest, en reliant notamment Blessington √† Baltinglass, tandis que la route nationale primaire N11 l'√©vite par l'est en longeant la c√īte de la mer d'Irlande, en reliant Dublin √† Arklow[83].

Histoire

Peuplement

Les premiers habitants des montagnes de Wicklow arrivent probablement de Grande-Bretagne d√®s 7000 av. J.-C. Ce sont des nomades chasseurs-cueilleurs du M√©solithique utilisant des outils en pierres taill√©es[84]. La plus ancienne trace d'activit√© humaine √† l'int√©rieur du massif remonte √† 4300 av. J.-C. environ[85]. Les tombes √† couloir du N√©olithique sont les √©l√©ments les plus pr√©coces et les plus remarquables d'une civilisation irlandaise pr√©historique dans les montagnes de Wicklow[86]. Elles sont b√Ęties sur de nombreux sommets occidentaux et septentrionaux entre Saggart et Baltinglass, dans le comt√© de Wicklow, √† l'instar de Seefin et Seefingan[87]. L'arch√©ologue Geraldine Stout a √©mis l'hypoth√®se qu'elles pouvaient avoir une fonction de marqueur territorial, comme les bornes fronti√®res contemporaines[88]. Les autres formes d'art pr√©historique pr√©sentes sur les hauteurs comprennent des cromlechs, des menhirs, des cairns et de l'art rupestre[89] - [84] - [90]. La pr√©sence de pierres dress√©es en altitude sugg√®re qu'elles aient pu servir de bornes routi√®res[91]. Le plus vaste complexe de forts des collines (similaires √† des oppidums ou des castros) se trouve pr√®s de Baltinglass[91]. Parall√®lement, √† la fin de l'√Ęge du bronze, des routes sont trac√©es dans le fond des vall√©es afin de faciliter les √©changes entre les communaut√©s[92].

Carte postale ancienne pr√©sentant le village de Glendalough √† la fin du XIXe si√®cle, dans un vallon vert avec un petit lac au fond
Carte postale représentant le village de Glendalough à la fin du XIXe siècle.

Les premi√®res tribus connues √† avoir contr√īl√© les montagnes de Wicklow sont les D√°l Messin Corb, les U√≠ Mail, les U√≠ Theig et les U√≠ Bri√ļin[93]. Un des membres des D√°l Messin Corb est saint Kevin, qui fonde le monast√®re de Glendalough √† la fin du VIe si√®cle[93]. Kevin voyage depuis Hollywood et traverse les montagnes par Wicklow Gap[94]. Au VIIIe si√®cle, Glendalough est d√©j√† devenu un village significatif de 500 √† 1 000 habitants ainsi qu'un important lieu d'apprentissage et de p√®lerinage[95]. Les monast√®res sont r√©guli√®rement attaqu√©s, en particulier en p√©riodes d'√©pid√©mies et de famines, et la prosp√©rit√© de Glendalough en fait une cible fr√©quente pour les tribus locales et, plus tard, pour les invasions vikings[96]. Le monast√®re perd de l'importance apr√®s l'arriv√©e des Normands au XIIe si√®cle et son annexion post√©rieure par l'archidioc√®se de Dublin[97]. Il est incendi√© par les Anglais en 1398 mais le village reste habit√© jusqu'√† la fin du XVIe si√®cle[97]. D'importants sites des d√©buts de l'√Čglise d'Irlande sont √©galement pr√©sents dans les pi√©monts pr√®s de Dublin, √† Rathmichael et Tully[98].

En 1170, au cours de l'invasion normande de l'Irlande, Richard FitzGilbert de Clare dit ¬ę Strongbow ¬Ľ et Diarmait MacMurrough dressent avec succ√®s le si√®ge de Dublin en suivant un parcours √©lev√© √† travers les montagnes de Wicklow, √©vitant les d√©fenses militaires le long de la voie normale √† l'ouest du massif[99]. L'invasion provoque le d√©placement de deux clans ga√©liques importants du comt√© de Kildare, les O'Byrne et les O'Toole, respectivement vers l'est et vers l'ouest des montagnes de Wicklow[100]. Depuis leurs forteresses naturelles, chacune des familles m√®ne une campagne incessante de harc√®lements contre les envahisseurs et le massif obtient le qualificatif de terra guerre, par opposition √† terra pacis des plaines pacifi√©es[101]. La vall√©e de Glenmalure fournit un refuge pratiquement imprenable pour les clans. Les forces arm√©es anglaises subissent de lourdes d√©faites, d'abord en 1274 puis en 1580 durant la bataille de Glenmalure[102] - [103]. Au cours de cette derni√®re, les rebelles irlandais sont men√©s par Fiach McHugh O'Byrne, qui dirige plusieurs attaques contre les Anglais et participe √† l'√©vasion de nombreux otages retenus pour s'assurer de la loyaut√© des clans[104]. Un de ces otages est Hugh Roe O'Donnell, qui s'√©chappe du ch√Ęteau de Dublin la nuit du en compagnie d'Art O'Neill[103]. Les deux hommes franchissent les montagnes en plein blizzard et mettent le cap sur le Glenmalure[103]. Art O'Neill meurt d'hypothermie avant d'atteindre leur objectif tandis que Red Hugh doit se faire amputer de plusieurs orteils en raison de gelures[105]. Une croix et une plaque comm√©morative au nord du mont Conavalla marquent l'endroit o√Ļ Art O'Neill a p√©ri. Une marche se d√©roule chaque ann√©e en suivant les pas des deux hommes[106]. La domination des O'Byrne et des O'Toole prend fin avec l'Act for the Settlement sign√© en 1652 qui impose la confiscation de leurs terres par le Commonwealth d'Angleterre[107].

Une p√©riode de paix durable r√®gne sur les montagnes de Wicklow de la fin de la conqu√™te cromwellienne de l'Irlande jusqu'√† la r√©bellion irlandaise de 1798[108]. Bien que les principaux acteurs de celle-ci soient rapidement d√©faits, une fois encore des rebelles irlandais se r√©fugient dans le massif et s'en servent de place forte pour attaquer les forces loyalistes pendant plusieurs ann√©es[109]. Parmi eux figurent Michael Dwyer, natif des montagnes de Wicklow et plus pr√©cis√©ment du bailliage de Camara dans le Glen of Imaal, et Joseph Holt[110]. Les deux hommes finissent par se rendre et sont exil√©s en Australie[110]. D√©termin√© √† √©viter tout nouveau soul√®vement √† l'avenir, le gouvernement britannique propose la construction √† travers les montagnes d'une route militaire, similaire √† celles trac√©es dans les Highlands d'√Čcosse pour r√©primer les r√©voltes jacobites, afin d'y permettre le d√©ploiement rapide de troupes militaires[111]. La Wicklow Military Road (litt√©ralement ¬ę route militaire de Wicklow ¬Ľ, d√©sormais R 115 sur une grande partie de sa longueur) est construite entre 1800 et 1809. Elle relie Rathfarnham dans le comt√© de Dublin √† Aghavannagh dans celui de Wicklow en passant par le Glencree, Sally Gap et Laragh[112]. Une s√©rie de casernes et de postes de police sont b√Ętis le long de la route malgr√© leur usage restreint. Ils tombent rapidement √† l'abandon alors que le massif cesse d'√™tre un noyau d'agitations √† la suite de l'ach√®vement des travaux[112].

Le recensement de 1841 consigne une population de 13 000 habitants dans les hauteurs de Wicklow parmi les 126 143 du comt√© dans son ensemble[113]. Cinquante ans plus tard, apr√®s la Grande famine, la population du comt√© de Wicklow a chut√© √† 62 136 habitants selon un nouveau recensement, avec un d√©clin encore plus prononc√© dans les montagnes en raison de la d√©sertion des terres les plus recul√©es[114].

L'apparition du chemin de fer au XIXe si√®cle entra√ģne le d√©veloppement du tourisme dans le massif[114]. Les touristes sont transport√©s en v√©hicules hippomobiles depuis la gare de Rathdrum jusque dans les montagnes[114]. Le Glendalough devient rapidement la destination la plus populaire, si bien qu'un service de train est envisag√© en 1897 mais la proposition n'aboutit √† rien[115]. Le potentiel touristique de la Wicklow Military Road est identifi√© peu apr√®s son ach√®vement et le guide Tours in Ireland, sign√© en 1822 par G. N. Wright, est l'un des premiers √† pr√©senter les sites le long de son parcours[116].

Prospection

Photographie couleur des vestiges d'un village de mineurs pr√®s de Glendalough avec un ruisseau serpentant entre les anciennes b√Ętisses et des √©boulis, avec une v√©g√©tation tr√®s pauvre
Vue des vestiges d'un village de mineurs dans le Glendalough.

La zone de collision entre les plaques continentales qui a men√© √† la formation des montagnes de Wicklow a aussi entra√ģn√© la min√©ralisation et la formation d'une des plus remarquables ceinture m√©tallif√®re d'Irlande[117]. Les plus importants sites de prospection se trouvent √† Avoca et √† Glendalough. L'activit√© mini√®re s'est implant√©e √† Avoca d√®s l'√Ęge du bronze (2500 √† 600 av. J.-C.)[118]. L'extraction du minerai de fer s'y d√©roule du XIIe au XVIIe si√®cles, avant d'y √™tre remplac√©e par celle du plomb jusqu'au milieu du XVIIIe si√®cle[119]. La principale activit√© de 1720 √† la fermeture de la derni√®re mine en 1982 consiste en l'extraction du cuivre[120]. Du soufre a √©galement √©t√© extrait √† certaines p√©riodes, ainsi que de l'or, de l'argent et du zinc en petites quantit√©s[121]. L'exploitation du plomb a repr√©sent√© la principale activit√© √©conomique dans la vall√©e de Glendalough et celles voisines de Glendasan et Glenmalure. Ce m√©tal a d'abord √©t√© d√©couvert dans le Glendasan au d√©but du XIXe si√®cle et son exploitation a plus tard suivi les veines √† travers la montagne Camaderry jusqu'au Glendalough[122]. L'extraction a √©t√© plus r√©duite au Glenmalure[123]. Ce minerai est exp√©di√© √† Ballycorus pour y √™tre trait√©[124]. La derni√®re mine ferme en 1957[125].

En 1795, un instituteur de la r√©gion d√©couvre de l'or dans la rivi√®re Aughatinavought, un affluent de la rivi√®re Aughrim depuis renomm√© Gold Mines River et s'√©coulant sur les pentes de Croghan Kinsella[126]. Au cours de la ru√©e vers l'or cons√©cutive, des prospecteurs locaux extraient de la rivi√®re quelque quatre-vingt kilogrammes de ce m√©tal pr√©cieux, dont une p√©pite de 682 grammes, le plus gros √©chantillon jamais d√©couvert dans les √ģles Britanniques[126]. Les travaux sont ensuite r√©gis par le gouvernement britannique, pour le compte duquel 300 kilogrammes d'or sont encore d√©couverts[126]. Diverses tentatives de localisation du filon principal ont √©t√© r√©alis√©es sur Croghan Kinsella mais sans succ√®s[126].

Le granite du massif a √©t√© utilis√© comme mat√©riau dans la construction de nombreux b√Ętiments √† Wicklow et Dublin, voire au-del√†. Les carri√®res de Ballyknockan ont fourni la pierre pour des √©difices comme les Chambres du Parlement irlandais, abritant au College Green de Dublin la Bank of Ireland depuis le d√©but du XIXe si√®cle, le phare de D√ļn Laoghaire ou encore la cath√©drale de Liverpool[127]. De m√™me, les chantiers pour la construction du General Post Office d'O'Connell Street et de la Chambre de commerce et d'industrie sur Kildare Street, √† Dublin, s'approvisionnent aupr√®s des carri√®res de Glencullen[128]. Les autorit√©s de la ville se sont fournies en pav√©s √† Barnacullia, sur les pentes de Three Rock Mountain[129]. La carri√®re de Dalkey a procur√© le granite pour le port de D√ļn Laoghaire et pour les digues de la Tamise[23].

Activités

Agriculture et industrie

Cartographie couleur des activités économiques des Wicklow
Carte des activités économiques.

Le p√Ęturage des moutons repr√©sente la principale forme d'activit√© agricole sur les hauteurs, employant essentiellement des √©levages de race cheviot. La moiti√© environ des terres du parc national des montagnes de Wicklow est soumise √† une licence renouvel√©e chaque ann√©e du 1er avril au 31 octobre par les autorit√©s du parc aupr√®s des bergers pour faire pa√ģtre leurs animaux[130]. L'√©cobuage, destin√© √† fertiliser les sols, est interdit du 1er mars au 31 ao√Ľt[130]. La sylviculture et l'exploitation de la tourbe sont √©galement pratiqu√©es[131]. Cette derni√®re est obligatoirement manuelle dans les limites du parc et r√©serv√©e √† un usage domestique. Les parcelles anciennement exploit√©es sont visibles en grand nombre pr√®s de Sally Gap[130].

Tourisme

L'ensemble de la r√©gion est tr√®s fr√©quent√©, sp√©cialement les week-ends, du fait de la proximit√© imm√©diate de l'agglom√©ration dublinoise. Le tourisme et les activit√©s r√©cr√©atives sont incontournables dans les montagnes. Il existe quantit√© de possibilit√©s d'h√©bergement[132]. Le Glendalough, en accueillant environ un million de visiteurs par an, est la destination la plus populaire[133]. Un jardin sensoriel, destin√© en premier lieu aux personnes handicap√©es, y a √©t√© install√© en 2003[134]. Le massif abrite le site monastique m√©di√©val fond√© par saint Kevin et la cascade Powerscourt, la plus haute d'Irlande. Il offre de tr√®s nombreux lieux de promenades[135] et sites de p√™che[136]. Les sports les plus pratiqu√©s sont la randonn√©e, l'escalade et le cyclisme[137]. Le trial, en particulier √† moto, et l'√©quitation sont r√©glement√©s au sein du parc ; la chasse et les sports d'eau m√©caniques, par exemple le jet ski, y sont interdits[137] - [136] - [138]. Il est possible de nager dans certains lacs, notamment l'Upper Lake, et de pratiquer le cano√ę-kayak dans les rivi√®res en p√©riph√©rie des aires prot√©g√©es[138]. La randonn√©e en montagne a √©t√© popularis√©e dans le massif en premier lieu par J. B. Malone par le biais d'une chronique hebdomadaire dans le journal Evening Herald[139]. Il joue plus tard un r√īle important dans la cr√©ation du Wicklow Way, le premier sentier de grande randonn√©e (localement National Waymarked Trail) en r√©publique d'Irlande, qui ouvre en 1980 et traverse les montagnes de Wicklow sur 129 kilom√®tres et 3 320 m√®tres de d√©nivel√© positif de Rathfarnham au nord √† Clonegal au sud[139] - [140]. Il est depuis compl√©t√© par le Dublin Mountains Way et le Saint Kevin's Way, ce dernier √©tant aussi un chemin de p√®lerinage[141] - [142]. En revanche, aucun √©quipement, que ce soient des refuges ou de simples points d'eau courante, n'est pr√©sent pour les randonneurs au sein du parc[137].

Protection environnementale

Photographie couleur du bureau d'information du parc national des montagnes de Wicklow √† Glendalough, b√Ętiment d'aspect r√©cent √† la fa√ßade blanche et aux volets verts, dans un paysage lui-m√™me verdoyant
Vue du bureau d'informations du parc national des montagnes de Wicklow dans le Glendalough.
Cartographie couleur des zones protégées dans les montagnes de Wicklow
Carte des zones protégées.

En 1990, pr√©occup√© par la d√©gradation de l'environnement et le d√©veloppement sauvage des montagnes de Wicklow, le gouvernement annonce la cr√©ation du parc national des montagnes de Wicklow afin de prot√©ger la biodiversit√© et les paysages de la r√©gion[143]. Le parc est officiellement √©tabli l'ann√©e suivante sur une superficie de 2 900 hectares. Il couvre d√©sormais pr√®s de 20 000 hectares discontinus √† la suite d'acquisitions successives et continue √† s'√©tendre au fur et √† mesure des acquisitions[144]. Les principaux axes de travail qui sont men√©s concernent la restauration des tourbi√®res, le contr√īle de l'√©rosion, la gestion des populations de cerfs et de ch√®vres, la gestion des for√™ts, la protection des esp√®ces et l'√©valuation de l'impact des p√Ęturages[145].

En compl√©ment, le massif est class√© en zone sp√©ciale de conservation sous la directive habitats et en zone de protection sp√©ciale sous la directive oiseaux de l'Union europ√©enne[130]. La ZSC repr√©sente 32 500 hectares en comptant les parcelles du parc national qu'elle recouvre[146] - [147]. Elle s'est port√©e candidate au statut de zone de patrimoine naturel (Natural Heritage Area en anglais)[146]. Deux r√©serves naturelles existent √©galement depuis 1988, dans la vall√©e de Glenealo et dans le Glendalough[146] - [147]. Toute activit√© humaine nuisible, notamment polluante, est prohib√©e dans ces aires prot√©g√©es[146].

Les piémonts près de Dublin sont gérés par le Dublin Mountains Partnership, une association fondée en dans le but d'améliorer l'agrément des touristes[148]. Ses membres incluent des représentants des agences nationales, des autorités locales et des usagers[148]. Le DMP a restauré des chemins existants, développé des sentiers de randonnée, mis en place des courses d'orientation et des courses de vélo tout terrain[149].

Dans la culture

Cinéma et télévision

En 1975, Stanley Kubrick tourne le d√©but du film Barry Lyndon dans la propri√©t√© Powerscourt, le sc√©nario se d√©roulant au XVIIIe si√®cle. En 1981, le Lough Tay et la cascade Powerscourt servent de d√©cors √† quelques sc√®nes d‚ÄôExcalibur. En 1989, une partie de My Left Foot, avec Daniel Day-Lewis, est tourn√©e dans les environs de Bray Head. En 1994, Le Cheval venu de la mer se passe pour l'essentiel dans les montagnes de Wicklow ; la m√™me ann√©e, des sc√®nes de Braveheart, r√©alis√© par Mel Gibson qui tient √©galement le r√īle principal, sont tourn√©es √† Sally Gap et √† Turlough Hill. En 1998, bien que l'essentiel du film se d√©roule dans le comt√© de Donegal, Sally Gap et les montagnes de Wicklow en g√©n√©ral servent de d√©cors √† une partie des Moissons d'Irlande, avec Meryl Streep ; Le G√©n√©ral se d√©roule aussi en partie dans le massif ; toujours la m√™me ann√©e, des sc√®nes d‚ÄôOrdinary Decent Criminal sont film√©es au Lough Tay et plus largement dans les montagnes de Wicklow. En 2000, les environs de Sally Gap et de l'ancienne route militaire R115 apparaissent dans Mon cher ennemi. En 2001, c'est Wicklow Gap qui accueille une sc√®ne du R√®gne du feu avec Christian Bale et Matthew McConaughey. En 2003 a lieu une partie du tournage d‚ÄôAsylum, sorti deux ans plus tard, dans le Glenmacnass et √† Sally Gap ; ce dernier abrite la m√™me ann√©e une sc√®ne d‚ÄôUne affaire de cŇďur avec Pierce Brosnan et Julianne Moore ; enfin, Powerscourt, le Glenmalure et Turlough Hill servent de d√©cors √† une partie du Roi Arthur. En 2006, Sally Gap abrite une sc√®ne de P.S. I Love You dans lequel joue Hillary Swank ; les montagnes de Wicklow servent aussi de d√©cors √† The Tiger's Tail. Entre 2006 et 2009, les montagnes de Wicklow servent de d√©cors √† de nombreuses sc√®nes de la s√©rie Les Tudors. Toujours en 2009, Donne-moi ta main se passe en partie dans le Glendalough et le Glen of Imaal. En 2010, une autre s√©rie t√©l√©vis√©e, Camelot, est tourn√©e en partie dans le massif, notamment √† Sally Gap et √† Powerscourt. Les villes de la r√©gion ont abrit√© des sc√®nes de nombreux autres films ; enfin, les studios Ardmore, √† Bray accueillent de plus en plus de films depuis la fin des ann√©es 1980[150].

Arts plastiques

La cascade de Powerscourt est représentée sur une toile de George Barret, Sr. datant d'environ 1760 intitulée View of Powerscourt Waterfall[151]. Il a également peint des gorges de l'Avoca sur A View near Avoca[152]. Vers 1816, George Petrie a réalisé un dessin à l'encre et au crayon intitulé The Upper Lake, Glendalough, County Wicklow[153].

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

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Liens externes

Notes et références

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