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Jack Kerouac

Jean-Louis KĂ©rouac ou Jean-Louis Lebris de KĂ©rouac dit Jack Kerouac (/ʒak ke.ʁwak[1] ; en anglais /dÊ’ĂŠk ˈkɛÉčuĂŠk/[2]), nĂ© le Ă  Lowell, dans le Massachusetts, et mort le Ă  St. Petersburg, en Floride, est un Ă©crivain et poĂšte amĂ©ricain.

Jack Kerouac
Description de cette image, également commentée ci-aprÚs
Jack Kerouac par Tom Palumbo vers 1956.
Nom de naissance Jean-Louis KĂ©rouac
Alias
Jack Kerouac
Naissance
Lowell (Massachusetts)
DĂ©cĂšs
St. Petersburg (Floride)
Activité principale
Distinctions
Honoris Causa posthume délivré par l'université de Lowell (Massachusetts)
Descendants
Auteur
Langue d’écriture Français et anglais
Mouvement Beat Generation
Genres

ƒuvres principales

ConsidĂ©rĂ© comme l'un des auteurs amĂ©ricains les plus importants du XXe siĂšcle, il est mĂȘme pour la communautĂ© beatnik le « King of the Beats »[3]. Son style rythmĂ© et immĂ©diat, auquel il donne le nom de « prose spontanĂ©e », a inspirĂ© de nombreux artistes et Ă©crivains et en premier lieu les chanteurs amĂ©ricains Tom Waits[4] et Bob Dylan[5]. Les Ɠuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route (considĂ©rĂ© comme le manifeste de la Beat Generation), Les Clochards cĂ©lestes, Big Sur ou Le Vagabond solitaire, narrent de maniĂšre romancĂ©e ses voyages Ă  travers les États-Unis. Le genre cinĂ©matographique du road movie est directement influencĂ© par ses techniques et par son mode de narration.

Jack Kerouac a passĂ© la majeure partie de sa vie partagĂ© entre les grands espaces amĂ©ricains et l'appartement de sa mĂšre. Ce paradoxe est Ă  l'image de son mode de vie : confrontĂ© aux changements rapides de son Ă©poque, il a Ă©prouvĂ© de profondes difficultĂ©s Ă  trouver sa place dans le monde, ce qui l'a amenĂ© Ă  rejeter les valeurs traditionnelles des annĂ©es 1945-1950, donnant ainsi naissance au mouvement beat. Ses Ă©crits reflĂštent cette volontĂ© de se libĂ©rer des conventions sociales pour lui Ă©touffantes de son Ă©poque et de donner un sens Ă  son existence. Un sens qu'il a cherchĂ© dans des drogues comme la marijuana et la benzĂ©drine, dans l'alcool Ă©galement, dans la religion et la spiritualitĂ© — notamment le bouddhisme — et dans une frĂ©nĂ©sie de voyages.

« Jazz poet », comme il se dĂ©finit lui-mĂȘme, Kerouac vante les bienfaits de l'amour, proclame l'inutilitĂ© du conflit armĂ©, quel qu'il soit, et considĂšre que « seuls les gens amers dĂ©nigrent la vie ». Jack Kerouac et ses Ă©crits sont vus comme prĂ©curseurs du mode de vie de la jeunesse des annĂ©es 1960, celle de la Beat Generation, « qui a Ă©branlĂ© la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine dans ses certitudes. Elle a directement inspirĂ© aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition Ă  la guerre du ViĂȘt Nam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribuĂ© Ă  enrichir le mythe amĂ©ricain. Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, Ă  l’épopĂ©e vers l’ouest, Ă  la dĂ©couverte de mondes nouveaux »[6].

Biographie

Famille et origine

NĂ© Jean-Louis, affectueusement surnommĂ© « Ti-Jean »[7] KĂ©rouac le Ă  Lowell aux États-Unis, de deux parents quĂ©bĂ©cois, LĂ©o-Alcide KĂ©roack (Saint-Hubert-de-RiviĂšre-du-Loup 1899-1946) et Gabrielle-Ange LĂ©vesque (Saint-PacĂŽme 1895-1973[8]), Jack Kerouac est issu par son pĂšre d'une famille quĂ©bĂ©coise originaire de Bretagne et installĂ©e dans la ville textile de Lowell, dans le Massachusetts.

Son pÚre Léo est patron et directeur d'une publication théùtrale de Lowell et Boston[9]. « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répÚte depuis son enfance son pÚre.

L'origine du patronyme « Kerouac » pris par le pĂšre lors de son arrivĂ©e aux États-Unis, et du nom « Lebris de KĂ©rouac » revendiquĂ© par le fils, est « Kervoach » : l'unique ancĂȘtre des Kirouac, Keroack, Kerouac, etc. en Nouvelle-France est en effet Urbain-François Le Bihan de Kervoach, fils de notaire royal, nĂ© Ă  Huelgoat en Bretagne. Il s'est identifiĂ© et a signĂ© « Maurice-Louis-Alexandre Le Bris de Kervoach », lors de son mariage avec Louise Bernier, le 22 octobre 1732, Ă  Cap-Saint-Ignace, au QuĂ©bec. Cette origine est restĂ©e Ă©nigmatique jusqu'Ă  la fin des annĂ©es 1990[note 1].

Imprimeur, son pÚre est apparenté au frÚre Marie-Victorin (Conrad Kirouac), écrivain et botaniste canadien.

Sa mÚre, Gabrielle-Ange Lévesque, appelée aussi « MémÚre » par l'écrivain, est cousine issue de germain du Premier ministre québécois de 1976 à 1985, René Lévesque.

Ses parents se sont mariés le 25 octobre 1915[10] à Saint-Louis-de-Gonzague (en) de Nashua. Une série documentaire radiophonique de Gabriel Anctil et Jean-Philippe Pleau d'une durée de quatre heures produite par Radio-Canada, Sur les traces de Kerouac, se penche sur les origines bretonnes et québécoises de Jack Kerouac, ainsi que sur sa relation avec la langue française[11].

Jusqu'Ă  l'Ăąge de six ans, Jack Kerouac ne parle qu'un dialecte de français canadien, le joual, et ce n'est qu'Ă  l'Ă©cole qu'il apprend l'anglais, comme seconde langue[12]. À quatre ans, il assiste Ă  la mort de son frĂšre aĂźnĂ© GĂ©rard, alors ĂągĂ© de neuf ans, atteint d'une fiĂšvre rhumatismale. Cette mort est comme « une plaie qui ne se refermera jamais »[13] et qui, plus tard, le conduit Ă  Ă©crire Visions de GĂ©rard en janvier 1956 (publiĂ© en 1963).

Memorial stone of the author Jack Kerouac in the city of Lowell, Mass. (États-Unis)
Plaque commémorative en l'honneur de Jack Kerouac, dans sa ville natale, Lowell, dans le Massachusetts.

GrĂące Ă  l'activitĂ© de son pĂšre, Jack Kerouac est introduit dans le milieu culturel et littĂ©raire de la ville et Ă  treize ans, il est Ă  l'origine d'une chronique[14]. Il assiste ainsi Ă  plusieurs projections de films dans son cinĂ©ma local[14]. Il se lie d'amitiĂ© avec un employĂ© de son pĂšre, Armand Gautier, qui lui apprend toutes les subtilitĂ©s du bras de fer, discipline dans laquelle Kerouac excelle toute sa vie[15]. Il passe aussi des heures dans l'atelier d'imprimerie, apprenant Ă  taper Ă  la machine. Il acquiert ainsi une grande dextĂ©ritĂ© qui forme l'une des composantes principales de son Ɠuvre et rend unique son Ă©criture. En effet, Kerouac Ă©crit rapidement, rĂ©digeant souvent des chapitres entiers d'une seule traite et corrigeant peu ses brouillons. Le tapuscrit de Sur la route, Ă©crit sur un seul rouleau de papier, tĂ©moigne de cette dextĂ©ritĂ©[16] - [17].

À neuf ans, Jack Kerouac entre Ă  l'Ă©cole publique anglophone Barlett. L'enfant a beaucoup de mal Ă  communiquer en anglais et il ne devient bilingue qu'Ă  l'Ăąge de quinze ans. C'est durant cette pĂ©riode qu'il perd son diminutif de « Ti-Jean » pour le prĂ©nom plus amĂ©ricain de « Jack ». Cependant, en famille, les Kerouac continuent Ă  parler français. En dĂ©pit de ce qu'avance l'un des biographes de l'Ă©crivain, Gerald Nicosia, auteur de Memory babe, il est peu probable, selon Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner, que les Kerouac parlent breton, la pratique de la langue ayant disparu depuis quelques gĂ©nĂ©rations dĂ©jĂ [16]. À dix ans, ses parents dĂ©mĂ©nagent pour le quartier de Pawtucketville[18].

Jack dispose d'une grande mĂ©moire, mais il est Ă©galement trĂšs douĂ© pour le sport, le baseball et la course Ă  pied avant tout. Son professeur d'anglais le dĂ©clare « brillant » et, Ă  onze ans, Kerouac Ă©crit un petit roman, dans la veine de Huckleberry Finn, intitulĂ© Mike Explores the Merrimack[19]. La nuit cependant l'angoisse et, trĂšs tĂŽt, Kerouac se rĂ©fugie dans l'Ă©criture[20]. DĂšs onze ans, alors pĂ©tri de polars radiophoniques, il produit des bandes dessinĂ©es humoristiques et des dessins[note 2] dans lesquels il prĂȘte vie au « Docteur Sax », qui est son double fabuleux, sans ses peurs nocturnes. Mais celles-ci s'accentuent Ă  mesure que les affaires de son pĂšre pĂ©riclitent. Ce dernier se met en effet Ă  boire et Ă  jouer. La famille dĂ©mĂ©nage dĂšs lors sans cesse, influençant considĂ©rablement ce qui devient plus tard le caractĂšre itinĂ©rant de Kerouac[20]. Sa mĂšre enfin se fĂąche avec Caroline, la sƓur de Jack, qui se marie trĂšs jeune et quitte le domicile familial.

À quatorze ans, Jack se retrouve seul Ă  la maison. Il est adorĂ© par sa mĂšre. Il devient aussi un athlĂšte accompli, mais reste renfermĂ© et introverti. Il a des rapports souvent conflictuels avec ses camarades de classe et de stade. À cet Ăąge, Kerouac ambitionne d'Ă©crire, ce qui provoque la risĂ©e de tous, alors qu'une carriĂšre sportive s'ouvre Ă  lui. Ses prouesses athlĂ©tiques en font une « star » de son Ă©quipe locale de football amĂ©ricain vers l’ñge de 16 ans[21]. Alors qu'il joue Ă  Nashua, dans le New Hampshire, il est remarquĂ© par un recruteur de l'universitĂ© de Boston, Franck Leahy. Son pĂšre s'en mĂȘle, comptant faire monter les tractations. Le jeune homme part finalement Ă©tudier Ă  l'universitĂ© Columbia, Ă  New York[22] - [14].

Rencontres

En 1939, Jack Kerouac entre donc Ă  l'universitĂ© prestigieuse de Columbia. Il a dĂšs son arrivĂ©e la secrĂšte pensĂ©e de pouvoir, grĂące au sport, accĂ©der Ă  un emploi de journaliste dans un quotidien new-yorkais. Il lit Ă©galement beaucoup. L'Ă©crivain Thomas Wolfe est son modĂšle Ă  l'Ă©poque. Cependant, Jack ne peut ĂȘtre directement admis Ă  l'universitĂ© ; il doit en effet effectuer une annĂ©e prĂ©paratoire au collĂšge Horace Mann[14], dans le nord de Manhattan, oĂč il obtient de bons rĂ©sultats scolaires, et se distingue surtout sur le terrain, si bien qu'il a droit Ă  des articles dans des journaux locaux[23], et est chroniqueur du New York World Telegram[24]. Il aide certains Ă©tudiants, et Ă©crit pour le Horace Mann Quarterly en tant que « critique », titre qu'il ironise, ainsi que pour le Columbian Spectator.

Cropped screenshot of Count Basie from the film Stage Door Canteen.
Count Basie, modĂšle musical de Kerouac, en 1943, dans le film Stage Door Canteen.

Il frĂ©quente, par ses amis, le milieu des bourgeois juifs de la ville[25]. Il fait ainsi la connaissance du Londonien Seymour Wyse qui lui fait dĂ©couvrir le jazz, musique qui est pour Jack une vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation. Il frĂ©quente les caves de Harlem oĂč se produisent les stars du jazz, Charlie Parker[note 3] et Dizzy Gillespie notamment, et en particulier son idole, Count Basie. Le jazz devient pour lui une religion. Il est « le premier Ă  entrevoir comment le jazz peut influer sur la vie, ĂȘtre le moteur d'une Ă©criture. Plus tard, il Ă©crira comme on souffle dans un saxophone, d'une traite », expliquent Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner[25]. Jack dĂ©cide de crĂ©er une rubrique musicale dans le journal de son collĂšge, The Scribbler’s. Il interviewe des jazzmen cĂ©lĂšbres et frĂ©quente assidĂ»ment les clubs improvisĂ©s, fume Ă©galement sa premiĂšre cigarette de marijuana, prĂ©lude Ă  une longue descente dans la drogue et l'alcool[26].

À dix-huit ans, il entre vraiment Ă  l'universitĂ© Columbia. Il obtient une bourse grĂące Ă  son succĂšs au football amĂ©ricain, mais lors d'une rencontre, il subit une fracture au tibia qui l'empĂȘche de terminer la saison sportive. ForcĂ© de se reposer, il lit abondamment et va au cinĂ©ma. Il Ă©crit aussi et rĂȘve de hĂ©ros vagabonds en marge de la sociĂ©tĂ©. Kerouac goĂ»te aussi Ă  la drogue et Ă  la prostitution ; selon Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner, « on voit se mettre en place, alors qu'il vient d'avoir dix-huit ans, les anges et les dĂ©mons de toute la vie de Kerouac »[26]. Il frĂ©quente Mary Carney, avec qui il entretient une relation platonique dont il tire le sujet de son roman Maggie Cassidy. Kerouac rencontre SĂ©bastien Sampas, dit « Sammy », un Grec immigrĂ© avec qui il parle longuement de littĂ©rature et de religion et qui a une influence notable sur son Ă©criture, d'aprĂšs Ann Charters[27].

La Beat Generation

Copie d'une des derniÚres pages d'un des carnets préparatoires de Sur la route intitulé « Notes nocturnes et diagrammes pour Sur la route » (novembre 1949), exposée au musée des lettres et manuscrits de Paris en 2012.

Ne pouvant jouer au football en raison de sa blessure, Jack Kerouac dĂ©cide de partir voyager Ă  travers les États-Unis. Il achĂšte un billet de Greyhound (le rĂ©seau d'autobus national), en direction du Sud. Cependant, il abandonne une fois parvenu Ă  Washington et retourne Ă  Lowell passer l'hiver 1941–1942. Il travaille comme pigiste au journal local, Ă  la rubrique des sports, et frĂ©quente les bars. Las de cette vie terne, Kerouac s'engage dans la marine marchande au printemps 1942[28]. Il embarque ainsi Ă  Boston sur le SS Dorchester, Ă  destination de Mourmansk en mer Blanche soviĂ©tique. Kerouac croit ainsi renouer avec ses origines de marin breton, mais la traversĂ©e est dĂ©cevante, hormis une escale au Groenland et une rencontre avec un Inuit dans un fjord. C'est au cours de cette pĂ©riode qu'il Ă©crit son premier roman, The Sea Is My Brother (La Mer est mon frĂšre). Le manuscrit de ce roman a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme perdu avant d'ĂȘtre trouvĂ© par le beau-frĂšre de Jack Kerouac et d'ĂȘtre Ă©ditĂ© en 2011[29]. En dĂ©cembre 1942, il est de retour Ă  New York[30].

Ayant signé un contrat d'engagement avec l'US Navy avant son départ, il doit effectuer un temps sur un navire militaire. Il simule la folie afin d'échapper à cette obligation et il passe ainsi quelques semaines en hÎpital psychiatrique. Il est donc renvoyé de la marine pour cause d'« indifférence caractérisée »[31].

Allen Ginsberg, Frankfurt Airport, 1978.
Allen Ginsberg, ami et autre fondateur de la beat generation en 1978.

De retour Ă  la vie civile, il dĂ©pense sa solde entiĂšre dans les bars et refuse de jouer dans l'Ă©quipe de l'universitĂ© Columbia. DĂšs lors, tout espoir de vivre du sport s'Ă©vanouit et Kerouac entame sa descente dans le milieu interlope new-yorkais. Il consomme des drogues (la marijuana et la benzĂ©drine) et frĂ©quente des prostituĂ©es. Il a aussi des relations homosexuelles. Cependant, il rencontre aussi des personnes qui marquent sa vie entiĂšre. Par l'entremise d'Edie Parker, jeune femme originaire de Grosse Pointe dans le Michigan qui deviendra son Ă©pouse, Kerouac fait la connaissance de Lucien Carr, qui le fascine, Ă  qui il dĂ©dicace Old Angel Midnight[32]. Lucien Carr prĂ©sente Allen Ginsberg Ă  Jack Kerouac ; ils entretiendront une relation ambiguĂ«, tour Ă  tour amants puis amis, de maniĂšre irrĂ©guliĂšre. Il rencontre aussi un autre Ă©crivain, William Burroughs, qui est Ă  New York pour suivre un traitement psychanalytique aprĂšs avoir quittĂ© la Vienne nazie. La bande frĂ©quente ainsi un appartement de la 11e rue, dans Greenwich Village, oĂč se mĂȘlent drogue, sexe, alcool et littĂ©rature[33].

Photo d'engagement dans la Naval Reserve (1943).

Au printemps 1943, il s'engage de nouveau dans la marine marchande pour des missions périlleuses, sur le SS George Weems, qui relie Boston à Liverpool. L'idée lui vient alors de retrouver ses racines familiales et bretonnes. Entre ses voyages maritimes, Kerouac séjourne à New York avec ses amis de l'université Columbia. Il commence son premier roman, Avant la route (The Town and the City), publié en 1950, qui lui vaut une certaine reconnaissance en tant qu'écrivain. Ce roman, qui a demandé trois ans d'efforts, conserve une structure conventionnelle et raconte la vie d'un jeune homme dans une petite ville trÚs semblable à Lowell et l'attrait qu'exerce sur lui la métropole new-yorkaise[34].

En aoĂ»t 1944, Jack Kerouac aide Lucien Carr Ă  dissimuler le corps d'un professeur de gymnastique, David Kammerer, qu'il a tuĂ© Ă  coups de couteau. Kerouac est inculpĂ© de complicitĂ© et placĂ© en dĂ©tention. Les parents d'Edie Parker paient sa caution Ă  la seule condition que Jack Ă©pouse leur fille. Kerouac se marie donc Ă  Edie Parker le 22 aoĂ»t 1944[35]. Pour le journaliste David J. Krajicek, Kerouac aurait aidĂ© Lucien Carr Ă  dissimuler l'arme du crime uniquement[36]. Ils s'Ă©tablissent non loin de DĂ©troit, Ă  Grosse Pointe. Kerouac travaille, grĂące au pĂšre de sa femme, comme vĂ©rificateur de roulements Ă  billes. Mais, secrĂštement, Kerouac continue Ă  Ă©crire et il entrevoit trĂšs vite que cette vie ne le comble pas et nuit mĂȘme Ă  sa crĂ©ativitĂ©. Il retourne sans prĂ©venir quiconque Ă  New York au cours de l'hiver 1944-1945. Kerouac rejoint une petite communautĂ©, rassemblant Allen Ginsberg, William Burroughs, Joan (une amie d'Edie Parker qui l'invite Ă  la colocation), Haldon Chase (surnommĂ© « Chad King » dans Sur la route) et Herbert Huncke, situĂ©e dans la 115e rue, prĂšs d'Ozone Park[37].

Le sac de voyage de Jack Kerouac exposé au musée des lettres et manuscrits de Paris en 2012.

À 24 ans, Kerouac renoue avec une vie dissolue, frĂ©quentant chaque nuit les bars de la ville, en compagnie de ses deux amis Ginsberg et Burroughs qui sont homosexuels. Ils frĂ©quentent aussi la pĂšgre. L'Ă©tat physique de son pĂšre, LĂ©o Kerouac, se dĂ©grade fortement et, dĂšs lors, il est incapable de faire du sport[38]. Au printemps 1946, LĂ©o meurt[39] d'un cancer du pancrĂ©as — de l’estomac d’aprĂšs Allen Ginsberg[40] — Ă©pisode relatĂ© dans Avant la route ; il sera enterrĂ© prĂšs de Gerard, frĂšre de Jack mort d'une fiĂšvre rhumatismale Ă  l’ñge de 9 ans[41]. Cette annĂ©e-lĂ , il emmĂ©nage avec William Burroughs et Edie Parker Ă  New York. Selon HervĂ© QuĂ©mĂ©ner et Patricia Dagier, Kerouac devient dĂšs cette annĂ©e « de plus en plus Kerouac », continuant de se nourrir de tonnes de livres. Ses Ă©crits deviennent davantage autobiographiques, il travaille frĂ©nĂ©tiquement au tapuscrit de Sur la route[note 4] - [42] Ă  partir de ses nombreux carnets de notes prĂ©paratoires[17]. Il Ă©crit beaucoup durant cette pĂ©riode[note 5]. Cette « Ă©criture introspective l'amĂšne Ă  s'interroger sur les fondements de son mal de vivre » et Kerouac se rend compte qu'il a « un dĂ©sir subconscient d'Ă©chouer, une sorte de vƓu de mort ». Ses allĂ©es et venues au domicile de sa mĂšre Gabrielle s'amplifient. À chaque contrariĂ©tĂ©, Kerouac consulte sa mĂšre, ce qui a pu contribuer Ă  l'empĂȘcher de vivre avec une femme[43].

En compagnie de ses amis, Kerouac expĂ©rimente d'autres formes d'Ă©critures. Avec William Burroughs, il teste l'Ă©criture Ă  quatre mains, dans Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines alors qu'avec Haldon Chase, il stimule sa crĂ©ativitĂ© en se concentrant sur les personnages, au point de les faire vivre en imagination, puis d'Ă©crire dans la foulĂ©e (c'est la mĂ©thode de la « prose spontanĂ©e »). C'est d'ailleurs en raison de ce mode d'Ă©criture que Kerouac rĂ©dige le manuscrit de Sur la route sur des rouleaux de papier reliĂ©s les uns aux autres par du scotch, atteignant des longueurs incroyables, prĂšs de 35 mĂštres[44] - [17]. Il voit aussi dans ces rouleaux le symbole de la route sans fin[45].

Sur la route

En 1947, du fait de sa consommation effrĂ©nĂ©e de drogues, Kerouac fait une thrombophlĂ©bite. La communautĂ© vit par et pour la drogue, au point que Burroughs falsifie les ordonnances des mĂ©decins pour obtenir de la morphine. Ce dernier et Joan, devenue sa femme, quittent la colocation pour le Texas. Kerouac rencontre grĂące Ă  Haldon Chase le jeune Neal Cassady, un maniaque de la vitesse et des automobiles qui lui narre ses pĂ©ripĂ©ties lors de ses dĂ©placements Ă  travers le pays. FascinĂ©, Kerouac dĂ©cide de partir Ă  l'aventure. Le 17 juillet 1947, au petit matin, il marche pendant plusieurs kilomĂštres. Il compte se dĂ©placer en auto-stop. Il se perd Ă  la limite de l'État de New York et subit une pluie violente qui l'oblige Ă  rebrousser chemin. Cet Ă©pisode forme l'incipit de son roman Sur la route. Il rentre chez sa mĂšre[46] qui lui donne de l'argent pour repartir, cette fois-ci par autobus, jusqu'Ă  Chicago. DĂšs lors, l'aventure commence rĂ©ellement. De lift en lift[note 6], il rallie Davenport dans l'Iowa, puis les rives du Mississippi, puis enfin Des Moines. Un des lifts prĂ©fĂ©rĂ©s de Kerouac, dont l'Ă©pisode est rapportĂ© dans Sur la route, est celui menĂ© sur la plate-forme d'un camion, au sein d'une communautĂ© de trimardeurs[47].

Jack Kerouac's trips around America.
Carte des voyages de Kerouac Ă  travers les États-Unis et le Mexique, Ă  l'origine de la rĂ©daction de Sur la route[note 7].
  • 1947
  • En rouge : itinĂ©raire de 1947,
  • 1949
  • en bleu : itinĂ©raire de 1949,
  • 1950
  • en vert : itinĂ©raire de 1950.

    Kerouac arrive Ă  Denver ; il y retrouve Haldon Chase, devenu chercheur universitaire. Il y retrouve aussi Neal Cassady et Allen Ginsberg qui sont amants. Voulant « poursuivre plus loin son Ă©toile », il reprend la route pour San Francisco oĂč il entre en contact avec Henri Cru, un Français rencontrĂ© Ă  New York, qui lui propose de travailler avec lui dans un foyer militaire pour recalĂ©s de l'immigration en attente de reconduite Ă  la frontiĂšre. Kerouac y travaille quelques semaines, mais abandonne au bout du compte. Il regagne Los Angeles et, dans le bus, rencontre une Mexicaine dont il tombe amoureux, BĂ©a Franco, avec qui il vit quelque temps. Puis, grĂące Ă  de l'argent envoyĂ© par sa mĂšre, il rallie Pittsburgh puis New York en autobus, en automne 1947. Il demeure peu de temps Ă  New York, car il dĂ©cide de suivre Neal Cassady, au volant de sa voiture. Les deux hommes font des allers-retours Ă  toute vitesse entre la Virginie et New York, puis, en janvier 1949, ils se rendent en Louisiane, Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans, rendre visite Ă  William Burroughs[48].

    Puis, avec LuAnne, la femme de Neal, ils poursuivent leur route vers la Californie, ponctuĂ©e d'escales chez des amis. GrĂące Ă  l'argent inespĂ©rĂ© d'une pension du DĂ©partement des Anciens Combattants (pour avoir servi durant la guerre sur les navires de ravitaillement des troupes en Europe), Kerouac retourne Ă  New York oĂč il avance l'Ă©criture de Sur la route. Il repart ensuite avec Neal en Cadillac pour Plymouth, Denver puis Chicago. Lors d'un rapide retour Ă  New York en 1950, il apprend avec plaisir que son premier livre, Avant la route (The Town and the City), est publiĂ©. Ce premier ouvrage vaut Ă  Kerouac quelques critiques favorables, mais les tirages restent faibles. En 1996, La Nouvelle Revue française publie un numĂ©ro sur Kerouac et ses Ă©crits français, notamment sur La nuit est ma femme[49]. De 2001 Ă  2006, le travail des archivistes de la bibliothĂšque publique de New York, oĂč se trouve le fonds d'archives de Jack Kerouac, confirme l'existence d'un manuscrit complet de 56 pages intitulĂ© La nuit est ma femme, rĂ©digĂ© entre fĂ©vrier et mars 1951[50]. Ce roman, constituĂ© de courtes nouvelles autobiographiques de cinq ou six pages est entiĂšrement Ă©crit en français phonĂ©tique et prouve pour la premiĂšre fois que Jack Kerouac ĂągĂ© alors de 29 ans avait bel et bien Ă©crit en français. L'instrument de recherche du fonds d'archive indique aussi la prĂ©sence de plusieurs autres textes en français[51], ainsi que des textes bilingues, y compris deux des carnets qui forment un court roman d’une centaine de pages intitulĂ© Sur le chemin rĂ©digĂ© Ă  Mexico en dĂ©cembre 1952. En 2004, dans sa biographie de Kerouac, Kerouac: his Life and Work, l'Ă©crivain Paul Maher Jr. aborde l'histoire et les personnages du rĂ©cit Sur le chemin[52]. Ces deux Ă©crits en langue française, en plus de 14 autres plus courts, ont Ă©tĂ© transcrits, Ă©tablis, et prĂ©parĂ©s par Jean-Christophe Cloutier, professeur de littĂ©rature Ă  l'UniversitĂ© de Pennsylvanie[53], et publiĂ©s en 2016 sous le titre La vie est d'hommage[54] aux Ă©ditions du BorĂ©al de MontrĂ©al (Qc).

    À compter de cette date, et jusqu’en 1957, Kerouac est rejetĂ© rĂ©guliĂšrement par les maisons d'Ă©dition. Ses correspondances laissent sur ce point apparaĂźtre un rĂ©el dĂ©couragement alors mĂȘme que son existence prend une tournure de plus en plus chaotique (ses revenus sont trĂšs faibles et sa dĂ©pendance Ă  l’alcool et aux amphĂ©tamines atteint un paroxysme). À plusieurs reprises, Kerouac envisage alors de cesser d’écrire[55]. Kerouac n'en perd pas pour autant l'Ă©nergie d'Ă©crire Ă  un rythme frĂ©nĂ©tique. À l’exception de Les Clochards cĂ©lestes et de Big Sur, la plupart de ses ouvrages majeurs sont Ă©crits avant 1957.

    Fin 1950, il quitte de nouveau New York, pour le Mexique cette fois, avec Neal Cassady et Franck Jeffries. Ils y retrouvent William Burroughs qui a fui le Texas, pourchassĂ© par la justice. AprĂšs quelques semaines, Kerouac rentre Ă  New York et fait la connaissance de Joan Haverty, sa seconde femme. Le 16 fĂ©vrier 1952 naĂźt sa fille, Janet Michelle dite « Jan » (dĂ©cĂ©dĂ©e en 1996). Kerouac ne la reconnaĂźt pas, et ce jusqu'Ă  sa mort[56] - [57]. Il quitte Mexico dĂ©but septembre 1955 ; il y a « vĂ©cu un des moments les plus intenses de sa crĂ©ation poĂ©tique »[58]. Kerouac y Ă©crit en effet Mexico City Blues qui paraĂźt en 1959. De Los Angeles, il rejoint ensuite San Francisco en empruntant le « FantĂŽme de Minuit », un train mythique, trĂšs utilisĂ© par les chĂŽmeurs de la crise de 1929. Lors de ce voyage, Kerouac rencontre le premier « clochard cĂ©leste » de ses aventures, Ă©pisode repris dans l'Ɠuvre du mĂȘme nom.

    Durant cette pĂ©riode, le tapuscrit de Sur la route, transmis pour lecture Ă  partir de 1952, est rejetĂ© par l'ensemble des Ă©diteurs amĂ©ricains contactĂ©s. Il a Ă©tĂ© publiĂ© dans une version allĂ©gĂ©e en 1957. Toutefois, Kerouac bĂ©nĂ©ficie progressivement de l’intĂ©rĂȘt mĂ©diatique pour les acteurs de la contre-culture gravitant autour du monde du jazz et de mouvements poĂ©tiques californiens et new-yorkais. Il apparaĂźt ainsi sous le nom de « Pasternak » dans Go, publiĂ© par John Clellon Holmes en 1952, et participe en tant que spectateur trĂšs actif Ă  la lecture du 7 octobre 1955 qui propulse sur le devant de la scĂšne ses amis poĂštes de la beat generation[17].

    DesolationPeakBed.jpgInterior of Desolation Peak Lookout, with Bed and Firefinder.
    La vigie du pic Desolation oĂč Kerouac passe 63 jours seul.

    Kerouac est Ă  San Francisco Ă  l'automne 1955 ; il participe Ă  l'un des moments fondateurs de la Beat Generation : la lecture publique Ă  la Six Gallery du poĂšme Howl d'Allen Ginsberg, considĂ©rĂ©, avec Sur la route, comme l'un des manifestes du mouvement. Kerouac y fait la rencontre d'un personnage important dans sa vie : Gary Snyder, passionnĂ© de randonnĂ©es et de philosophie japonaise. « Ensemble, Jack et Gary vont inventer ce qui sera quelques annĂ©es plus tard le mode de vie des hippies : un couchage dans le sac Ă  dos, quelques maigres provisions, la toilette dans les torrents, la nuditĂ© en groupe et l'errance d'un lieu Ă  un autre en toute libertĂ© »[59]. En compagnie d'un libraire de Berkeley, John Montgomery, les deux hommes font une expĂ©dition Ă  3 600 mĂštres d'altitude, dans le parc national de Yosemite et jusqu'au pic Matterhorn. Kerouac s'initie Ă  la mĂ©ditation et aux haĂŻkus, ces courts poĂšmes japonais qui Ă©voquent un sentiment, une situation, une atmosphĂšre[60]. La rencontre avec lui-mĂȘme et avec la simplicitĂ©, l'absence d'excĂšs et de drogues ou d'alcool fait que Kerouac se dĂ©cide Ă  commencer une « vie nouvelle ». Il voit dans les prĂ©ceptes chinois et zen le refus de la sociĂ©tĂ© de consommation et ce qu'il nomme dans Les Clochards cĂ©lestes (The Dharma Bums, 1958), la « grande rĂ©volution des sacs Ă  dos »[61].

    AprĂšs cette excursion, fin 1955, il se rend en Caroline du Nord oĂč vit sa mĂšre, chez qui il passe quelque temps. Il Ă©crit du 1er au un ouvrage autobiographique, centrĂ© sur l'histoire de son frĂšre mort, Visions de GĂ©rard, puis se rend dans l'État de Washington oĂč Gary Snyder lui a trouvĂ© un poste de garde forestier pendant la saison des feux de forĂȘt, au pic Desolation, dans l'actuel Parc national des North Cascades. Il commence le 25 juin, alors que Gary part pour le Japon pour plusieurs annĂ©es, et demeure reclus dans une vigie durant 63 jours. L'expĂ©rience de garde forestier est pour lui un dĂ©sastre, relatĂ©e dans Anges de la dĂ©solation. Il s'ennuie et souffre de solitude, expĂ©rience dont il tire le roman Le Vagabond solitaire. Kerouac met cependant fin Ă  toutes ses bonnes rĂ©solutions inspirĂ©es par Gary Snyder. De retour Ă  San Francisco, il apprend qu'il est de plus en plus lu par la jeune gĂ©nĂ©ration et que son nouvel opus, Sur la route, est en passe d'ĂȘtre Ă©ditĂ©[62].

    La célébrité et la déchéance

    En 1957, son roman Sur la route est Ă©ditĂ© par Viking Press. TrĂšs vite, le succĂšs du roman provoque des tensions entre Kerouac et ses amis[note 8]. Le succĂšs est en effet immĂ©diat, Ă  tel point qu’en fĂ©vrier 1957, le poĂšte Kenneth Rexroth Ă©crit Ă  son sujet qu’il est « le plus cĂ©lĂšbre auteur « inĂ©dit » en AmĂ©rique ». Kerouac obtient ainsi progressivement le soutien de deux figures importantes du monde des Lettres amĂ©ricaines, Malcolm Cowley, Ă©diteur chez Viking Press et cheville ouvriĂšre de la gĂ©nĂ©ration perdue, et Kenneth Rexroth, moteur de la « Renaissance de San Francisco ». Cowley est Ă  l’origine de la publication par Viking de Sur la route et il en orchestre le succĂšs[note 9].

    Dans Sur la route, Kerouac, qui a amassĂ© une somme considĂ©rable de notes de voyage formant la matiĂšre premiĂšre de ses futures Ɠuvres, crĂ©e un genre nouveau, reflet du mode de vie prĂŽnĂ© par la beat generation. La publication de Sur la route marque par ailleurs un tournant considĂ©rable dans la vie de Jack Kerouac, lui apportant la reconnaissance publique et un confort financier qu’il n’avait jamais connu, sans pour autant le rendre riche[note 10]. Elle est cependant Ă  l’origine d’une formidable incomprĂ©hension entre Kerouac, son public et la critique. Le roman l’impose en effet comme porte-parole, si ce n’est comme chef de file, d’une gĂ©nĂ©ration qui a grandi dans l’aprĂšs-guerre en rejetant les valeurs traditionnelles morales et religieuses amĂ©ricaines, la beat generation ; Sur la route est « la bible du mouvement »[63]. Toutefois l’ouvrage apparaĂźt davantage comme un tĂ©moignage, le livre d'une gĂ©nĂ©ration, que comme une Ɠuvre littĂ©raire majeure, jugement que partage d’ailleurs pleinement son Ă©diteur. Ann Charters, qui s'est procurĂ© le rapport de Malcolm Cowley favorable Ă  la publication, relĂšve ainsi toute l'ambivalence de son jugement dĂšs l'origine : « Ce n'est pas un grand livre ni mĂȘme un livre qu'on peut aimer, mais il est rĂ©el, honnĂȘte, fascinant, tout entier pour le plaisir, la voix d'une nouvelle gĂ©nĂ©ration »[64]. Il reste que les articles, Ă©tudes, analyses et mĂȘme, du vivant de Kerouac, les thĂšses universitaires, abondent rapidement aprĂšs la publication[65].

    The original manuscript of Jack Kerouac's 'On The Road': a 120-foot scroll, 2007.
    Le manuscrit original de Sur la route, composĂ© d'un seul rouleau de papier de 36,5 mĂštres de longueur (le rouleau se prĂ©sente sous la forme d’un trĂšs long paragraphe, sans virgules), dĂ©voilĂ© lors d'une exposition Ă  Lowell, Massachusetts, en 2007[66].

    Le personnage principal de Sur la route, Sal, parcourt les États-Unis en auto-stop (et se rend Ă©galement au Mexique) avec son ami Dean Moriarty, inspirĂ© par Neal Cassady. Il noue des amitiĂ©s informelles, a des expĂ©riences amoureuses et des mĂ©saventures. Le style de vie non matĂ©rialiste des protagonistes (Kerouac dĂ©crit en effet ce roman comme Ă©tant « the riotous odyssey of two American drop-outs, by the drop out who started it all » (« L'odyssĂ©e turbulente de deux marginaux, racontĂ©e par le marginal qui a lancĂ© l'aventure »)) est Ă  l'origine de nombreuses vocations parmi les Ă©crivains amĂ©ricains et le transforme en mythe vivant. Selon la lĂ©gende que Jack Kerouac a forgĂ©e lui-mĂȘme, le roman est Ă©crit en trois semaines, lors de longues sessions de prose spontanĂ©e, alors qu'il est travaillĂ© de 1948 Ă  1957 Ă  partir de carnets que Kerouac a sur lui[67].

    En fĂ©vrier 1957, Kerouac embarque sur un navire de transport Ă  destination de Tanger, au Maroc, oĂč il retrouve William Burroughs, puis via Marseille, il fait un court sĂ©jour Ă  Paris au mois d'avril, d'oĂč il retourne Ă  New-York via Londres. Ce voyage lui inspire l'Ă©criture de la nouveIle Grand voyage en Europe. Il rentre Ă  Lowell chez sa mĂšre, et avec elle, dĂ©mĂ©nage plusieurs fois.

    De retour de Mexico, le 5 septembre 1957, il apprend que son roman Sur la route est un franc succĂšs. Il est « promu incarnation de la Beat Generation » par le New York Times[68] - [69]. Mais cette notoriĂ©tĂ© lui pĂšse et il boit davantage (prĂšs d'un litre de whisky par jour). Il s'Ă©loigne aussi de ses amis Ă©crivains comme Allen Ginsberg et, dans une moindre mesure, William Burroughs. Il reproche Ă  Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit « beat ». MĂȘme lorsqu'il a besoin d'argent, il ne se tourne plus vers eux et ne rĂ©pond plus aux invitations des mĂ©dias. Il est Ă©galement irritĂ© par le dĂ©veloppement d'un bouddhisme de mode, qu'il se sent en partie responsable d'avoir crĂ©Ă© avec ses romans, et se dĂ©clare en rĂ©action « fervent catholique »[70].

    Alcoolique notoire, Kerouac a des crises de delirium tremens que n'arrangent pas les virulentes critiques dont il est la cible : il est en effet publiquement exposĂ© depuis la publication de Sur la route. Des Ă©crivains portent de sĂ©vĂšres critiques Ă  l'encontre du style peu acadĂ©mique de Kerouac. Le premier, Truman Capote, dĂ©clare que ses textes Ă©taient « tapĂ©s et non Ă©crits ». Ce lien entre la mĂ©thode d’écriture de Kerouac, la Prose SpontanĂ©e, qu'il codifie, et la qualitĂ© stylistique de son Ă©criture, blesse Kerouac, mais ne le perturbe pas. Ce dernier fait d’ailleurs souvent rĂ©fĂ©rence, avec une grande ironie, Ă  la formule de Capote. Le journaliste et essayiste Donald Adams, du New York Times, n'est guĂšre plus enthousiaste (mĂȘme si son opinion Ă©volue par la suite[note 11]) car il fustige surtout un manque de recherche et de finesse chez l’auteur. Il Ă©crit ainsi, dans sa chronique littĂ©raire « Speaking of Books » du : « Relisant Sur la route et Les Souterrains de M. Kerouac, je n'arrive pas Ă  me souvenir d'autre chose que d'un ivrogne de bar volubile et insistant, bavant dans votre oreille ». Les attaques personnelles sont Ă©galement nombreuses[68].

    D’un cĂŽtĂ©, il est dĂ©noncĂ© comme le chantre d’un groupe amoral sapant les bases de la civilisation. Norman Podhoretz, futur thĂ©oricien nĂ©oconservateur, Ă  l’époque encore influencĂ© par le marxisme et ayant connu Kerouac Ă  l'universitĂ© Columbia, rĂ©sume bien cette critique quand il Ă©crit dans l’édition du printemps 1958 de Partisan Review : « la bohĂšme des annĂ©es 1950 est hostile Ă  la civilisation ; elle vĂ©nĂšre le primitivisme, l’instinct, l’énergie, le « sang » ». De l’autre cĂŽtĂ©, son apolitisme et son pacifisme revendiquĂ©s, son goĂ»t de l’art pour l’art et son attachement Ă  un certain imaginaire de l’homme amĂ©ricain sont rapidement critiquĂ©s par la plupart de ses soutiens initiaux qui attendent de lui une position plus engagĂ©e socialement et politiquement. Le poĂšte Kenneth Rexroth dĂ©clare ainsi en 1958 que Kerouac est une sorte de « Tom Wolfe insignifiant » puis s’attaque trĂšs durement Ă  lui Ă  de nombreuses reprises. Allen Ginsberg, son ami du dĂ©but, critique Ă©galement Kerouac vers la fin de sa vie. Kerouac refuse en effet tout apparentement politique et regarde mĂȘme avec une suspicion toute particuliĂšre l’anarchisme des intellectuels de la cĂŽte ouest liĂ©s Ă  la Beat Generation, rappelant Ă  chaque occasion : « Je n’ai rien Ă  faire avec la politique, particuliĂšrement avec la gauche cĂŽte ouest de la malveillance avec futur sang dans la rue » [sic][71].

    Photographed by Doug Dolde along the Big Sur coastline in California, 2006.
    La plage de Big Sur, en Californie, oĂč Kerouac passe quelques semaines seul.

    Deux Ă©lĂ©ments viennent compliquer la situation. Tout d’abord, la personnalitĂ© de Kerouac lui attire l’inimitiĂ© de nombreux chefs de file de la gauche contestataire et de certains de ses amis. Ainsi en novembre 1958, au cours d’une confĂ©rence particuliĂšrement houleuse Ă  la Brandeis University, Kerouac est copieusement sifflĂ© par le public, qu'il traite en retour de « communistes merdeux ». L'Ă©vĂ©nement a un grand retentissement et nuit gravement Ă  son image publique. Il s’en prend en outre violemment Ă  James Wechsler, figure centrale de la gauche radicale amĂ©ricaine et Ă©diteur au New York Post, qui devient de fait son ennemi dĂ©clarĂ©[72].

    Kerouac reconnaĂźt lui-mĂȘme dans ses lettres que la consommation abusive d’alcool a bien souvent aggravĂ© la situation. Par ailleurs, fort de son succĂšs d’édition, il souhaite publier les romans et poĂšmes Ă©crits entre 1950 et 1957, principalement ceux de la LĂ©gende de Duluoz, textes pour la plupart beaucoup plus expĂ©rimentaux que Sur la route. Or, son Ă©diteur, Viking, n’y est absolument pas favorable, prĂ©fĂ©rant un retour Ă  des formes narratives plus conventionnelles et Ă  la fiction. Kerouac, de son cĂŽtĂ©, refuse toute modification de ses textes visant Ă  les rendre plus accessibles. Certains Ă©crits sont nĂ©anmoins retouchĂ©s ou rĂ©digĂ©s dans un style plus accessible par Kerouac lui-mĂȘme[73]. Seuls Les Souterrains, publiĂ©s dans la foulĂ©e de Sur la route, ne sont pas retouchĂ©s. Pour Les Clochards cĂ©lestes, pourtant Ă©crits Ă  la demande de Cowley dans une forme narrative classique, Kerouac signale avoir dĂ» payer de sa poche les remises en l’état du tapuscrit aprĂšs correction par Viking[74]. À partir de 1959, l'Ă©diteur Malcolm Cowley rejette tous les nouveaux manuscrits, si bien que Kerouac doit changer Ă  plusieurs reprises d’éditeur, passant chez Avon, puis chez McGraw Hill ou encore chez F. S. Cudahy[75].

    DerniÚres années

    La publication en 1959 des Clochards cĂ©lestes renforce la dĂ©fiance Ă  son Ă©gard. Ce livre, Ă©crit aprĂšs la publication de Sur la route, dans un style volontairement plus conventionnel pour satisfaire ses Ă©diteurs, est reçu comme une Ɠuvre de commande par la critique qui, majoritairement, l'ignore. Seul l'Ă©crivain Henry Miller dĂ©fend activement l’ouvrage et son auteur. Mais il est surtout largement critiquĂ© par les tenants du bouddhisme amĂ©ricain, qui voient en Kerouac un fidĂšle Ă  cet enseignement fort peu convaincant. Alan Watts publie un article trĂšs critique avant mĂȘme la publication des Clochards cĂ©lestes sous le titre « Beat Zen, Square Zen and Zen », dans lequel il note que la formule de Kerouac, « Je ne sais pas. Je m'en fiche. Et cela ne fait pas la moindre diffĂ©rence », renvoyant selon l'Ă©crivain au prĂ©cepte du « non-agir » (Wou-Tchen) zen, rĂ©vĂšle en rĂ©alitĂ© « une agressivitĂ© [
] qui rĂ©sonne d'une certaine auto-justification »[76]. Kerouac vit difficilement cet accueil alors mĂȘme qu’il peine Ă  dĂ©fendre ses ouvrages plus anciens et sa poĂ©sie.

    L'Ă©crivain se rend ensuite en Californie et, sur l'invitation d'un ami, passe quelque temps sur la cĂŽte Pacifique afin de faire le point, loin de la presse. La confrontation Ă  l'Ă©lĂ©ment maritime lui inspire un roman : Big Sur (qui comprend le long poĂšme La Mer, Bruits de l'ocĂ©an Pacifique Ă  Big Sur), du nom de la plage au sud de San Francisco oĂč il passe l'Ă©tĂ© 1960. Il y dĂ©peint notamment la poĂ©tesse Lenore Kandel sous les traits du personnage de Romana Swartz. De retour Ă  New York, James Whechsler l'attaque vivement dans un livre intitulĂ© RĂ©flexion d’un Ă©diteur en colĂšre entre deux Ăąges, lui reprochant son « irresponsabilitĂ© politique et [son] encombrement de la langue amĂ©ricaine avec la PoĂ©sie ». La publication de l’interview d'Al Aronowitz achĂšve de ternir son image, tout en augmentant les tensions avec ses amis comme Allen Ginsberg ou Gregory Corso. À la publication de Big Sur, en 1962, le Times dĂ©livre une critique particuliĂšrement virulente, s’en prenant non au texte en lui-mĂȘme mais Ă  l’auteur qualifiĂ© de « panthĂ©iste en adoration » et ayant dĂ©couvert la mort Ă  41 ans[77].

    House where Jack Kerouac lived with his mother, at 1418 Clouser Avenue in the College Park section of Orlando, Florida.
    DerniĂšre demeure de Jack Kerouac Ă  St. Petersburg, en Floride.

    Toujours plus accablĂ© par la cĂ©lĂ©britĂ©, Kerouac, tant bien que mal, participe Ă  des spectacles tĂ©lĂ©visĂ©s et enregistre mĂȘme trois albums de textes lus[note 12]. Il prend par ailleurs position en faveur de la guerre du ViĂȘt Nam et se dĂ©clare nationaliste et « pro-amĂ©ricain », et ce afin d'Ă©viter toute identification au mouvement hippie, envers lequel il se montre toujours mĂ©fiant[78]. L'Ă©criture de Kerouac se focalise dĂšs lors sur son passĂ©. Avec Visions de GĂ©rard, publiĂ© en 1963, il s'interroge sur son frĂšre mort alors qu'il Ă©tait trĂšs jeune, le peignant mĂȘme comme un saint. En juin 1965, il effectue un voyage en Europe, sur la trace de ses origines bretonnes, Ă©pisode qui donne naissance au roman Satori Ă  Paris (1966)[note 13]. La recherche de cet ancĂȘtre demeure en effet pour lui une lubie et Kerouac s'imagine beaucoup de choses Ă  son sujet[note 14]. Il fait Ă©galement la rencontre du chanteur breton Youenn Gwernig, rĂ©cemment immigrĂ© aux États-Unis, avec lequel il se lie d'amitiĂ©[note 15]. La mĂȘme annĂ©e est publiĂ© l'un de ses premiers romans, Anges de la DĂ©solation, datant de l'Ă©poque de Sur la route.

    En 1968, il met la derniĂšre main Ă  son roman VanitĂ© de Duluoz, publiĂ© l'annĂ©e mĂȘme, et passe la fin de sa vie en compagnie de sa troisiĂšme femme Stella Sampras et de sa mĂšre, loin de ses amis de la Beat Generation, et dans une situation financiĂšre dĂ©plorable (Ă  sa mort il lĂ©guera 91 dollars Ă  ses hĂ©ritiers). Son dernier roman, Pic, n'est publiĂ© qu'en 1971.

    Mort

    Jack Kerouac meurt le , à l'hÎpital Saint-Anthony de St. Petersburg, Floride, à l'ùge de 47 ans, d'un ulcÚre gastro-duodénal, la « mort des alcooliques »[79]. La cirrhose alcoolique massive dont souffrait Kerouac avait causé une fibrose hépatique avancée, qui a engendré une hémorragie digestive fatale[80] - [81].

    ƒuvre

    Une partie du tapuscrit de Sur la route exposé au musée des lettres et manuscrits de Paris, en 2012.

    L’Ɠuvre publiĂ©e de Jack Kerouac peut se diviser en cinq ensembles correspondant Ă  des formats et des modes de production distincts[note 16]. Son proche ami, William Burroughs dit ainsi : « Kerouac Ă©tait un Ă©crivain, c’est-Ă -dire qu’il Ă©crivait. Les romanciers cherchent Ă  crĂ©er un univers dans lequel ils ont vĂ©cu, dans lequel ils aimeraient vivre. Pour Ă©crire, ils doivent y aller, Ă©prouver et subir toutes les conditions qu’ils n’ont pas imaginĂ©es. Quelquefois, et c’est le cas de Kerouac, l’effet produit par un Ă©crivain est immĂ©diat, comme si une gĂ©nĂ©ration entiĂšre attendait d’ĂȘtre Ă©crite »[82]. Il est important de noter que Kerouac rejetait la sĂ©paration traditionnelle entre poĂ©sie d'une part et prose d'autre part, affirmant que la totalitĂ© de ses Ă©crits relevait de cette derniĂšre. Cette distinction semble nĂ©anmoins pertinente dans la mesure oĂč elle fut retenue par ses Ă©diteurs et qu'elle structure de fait son Ɠuvre telle qu’elle est accessible aux lecteurs dans sa forme publiĂ©e. Jack Kerouac a Ă©galement Ă©crit des essais, des articles ; il a aussi donnĂ© des entretiens tĂ©lĂ©visĂ©s ou radiophoniques. Sa correspondance est Ă©galement trĂšs importante. Enfin, la majoritĂ© de ses Ă©crits sont en langue anglaise, mais quelques lettres adressĂ©es Ă  sa mĂšre et quelques priĂšres (dont le Notre PĂšre, sa priĂšre prĂ©fĂ©rĂ©e), des nouvelles et surtout deux courts romans, La nuit est ma femme et Sur le chemin (110 pages) sont Ă©crits en français. Ces textes français, incluant On the Road Ă©crit en français, sont dans le recueil La vie est d'hommage[83].

    Romans et nouvelles

    La troisiÚme résidence de Kerouac, à West Centralville, Lowell.

    Écrits entre 1946 et 1969, les textes en prose de Kerouac sont appelĂ©s par lui les « romans Ă  histoire vraie » ou « aventure narrative », l'auteur refusant la dĂ©nomination « roman » qui induisait Ă  ses yeux une dimension scĂ©naristique et imaginaire[84]. Ces ouvrages appartiennent presque tous au cycle autobiographique intitulĂ© LĂ©gende de Duluoz, « Duluoz » Ă©tant le pseudonyme de Kerouac. Ce cycle a pour sujet central la vie de l’auteur et de ses proches sur une pĂ©riode allant de 1922 (Ă©poque qui est la trame du roman Visions de GĂ©rard) Ă  1965 (avec Satori Ă  Paris)[85]. Kerouac, dans la prĂ©sentation de sa bibliographie ou dans ses Ă©changes avec ses Ă©diteurs, excluait gĂ©nĂ©ralement son premier roman publiĂ©, The Town and the City (rebaptisĂ© par la suite pour des raisons commerciales Avant la route) de la LĂ©gende de Duluoz alors mĂȘme que le sujet et les protagonistes de ce rĂ©cit l’intĂ©graient pleinement dans sa chronologie biographique[86]. Ce roman diffĂšre toutefois de son cycle autobiographique par le fait que Kerouac est encore nettement influencĂ© par le style naturaliste de Thomas Wolfe et surtout par son intrigue partiellement imaginaire. En ce sens, la LĂ©gende de Duluoz se dĂ©finit Ă  la fois par une unitĂ© de sujet : la vie de l’auteur constituĂ©e en mythe - et de forme : l’utilisation de la prose spontanĂ©e surtout.

    Le dernier roman Ă©crit par Kerouac est publiĂ© en 1971 de maniĂšre posthume. Pic marque une tentative de retour au roman de fiction, longtemps annoncĂ©e par l’auteur comme devant survenir au terme de la rĂ©daction de son cycle biographique. De mĂȘme, en 1999 sont publiĂ©s des textes de jeunesse compilĂ©s dans un recueil intitulĂ© A Top and Underground, dont une traduction partielle est parue aux Éditions DenoĂ«l en 2006 ; certains textes en prose n’avaient pas encore Ă©tĂ© publiĂ©s, certains manuscrits ayant Ă©tĂ© rejetĂ©s ou non terminĂ©s, comme ceux intitulĂ©s Memory Boy[87], Zizi‘s Lament[88], ou encore The Sea is my Brother. D’autres ont Ă©tĂ© perdus ou endommagĂ©s. Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines[89], collaboration avec William Burroughs, traite du meurtre du professeur de gymnastique David Kammerer par Lucien Carr en 1946, qui s'est toujours opposĂ© Ă  des publications traitant de ce sujet. Kerouac finit toutefois par intĂ©grer Et les Hippopotames furent bouillis vifs dans leurs piscines aux derniers chapitres de VanitĂ© de Duluoz, et il servit de matĂ©riau Ă  plusieurs reprises Ă  William Burroughs. Penguin Books a publiĂ© le texte en octobre 2008. Deux inĂ©dits ont par ailleurs Ă©tĂ© Ă©ditĂ©s : Vraie Blonde et Vieil Ange de minuit, Ă©crits Ă  la fin des annĂ©es 1950, dĂ©couverts dans le catalogue d'une petite maison californienne[5]. Jean-SĂ©bastien MĂ©nard effectue en 2006 des recherches sur les textes français de Kerouac. En 2007 et 2008, le journaliste quĂ©bĂ©cois Gabriel Anctil publie une sĂ©rie d'articles dans le journal montrĂ©alais Le Devoir, qui dĂ©voilent au grand public l'existence de ces manuscrits[90] - [91] - [92]. Une sĂ©rie documentaire radiophonique de Gabriel Anctil et Jean-Philippe Pleau, Sur les traces de Kerouac, d'une durĂ©e de quatre heures et produite par Radio-Canada, se penche sur les origines bretonnes et quĂ©bĂ©coises de Jack Kerouac, ainsi que sur sa relation avec la langue française[11]. Un livre numĂ©rique de Gabriel Anctil et Marie-Sandrine Auger accompagne Ă©galement la sĂ©rie[93]. Les textes français de Kerouac ont Ă©tĂ© Ă©tablis et rassemblĂ©s en 2016 dans le recueil La vie est d'hommage (Éditions du BorĂ©al, 2016) par le quĂ©bĂ©cois Jean-Christophe Cloutier[94]. Certains Ă©crivains et penseurs ont voulu faire de Jack Kerouac un « Ă©crivain quĂ©bĂ©cois » ; ainsi Victor LĂ©vy-Beaulieu voyait en lui « le meilleur romancier canadien-français de l’Impuissance » et invitait Ă  annexer son Ɠuvre Ă  la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise[95].

    Avant la publication de Sur la route un certain nombre d’extraits de textes de Kerouac furent publiĂ©s dans des revues littĂ©raires Ă  l’instigation de ses deux principaux soutiens dans le monde de l’édition, Malcolm Cowley et Keith Jennison[96]. Ces textes furent toutefois repris par la suite en tant que chapitres d’ouvrages publiĂ©s et ne constituent donc pas des Ɠuvres indĂ©pendantes. Les principaux extraits Ă©crits par Kerouac sont « Jazz Excerpts », publiĂ©s par la revue New World Writting en 1954. Ce texte fut le premier extrait publiĂ© par Kerouac aprĂšs la publication de son roman Avant la route. Il attira l’attention de Donald Allen et permit de relancer chez Viking Press l’idĂ©e d’une publication de Sur la route roman rejetĂ© par tous les Ă©diteurs. « La Fille mexicaine », publiĂ© en 1955 dans Paris Review et repris dans l'anthologie The Best American Short Stories en 1956 est un extrait de Sur la route. « Un voyage tourbillonnant dans le monde » est un autre extrait publiĂ© en juillet 1957 dans le numĂ©ro 16 de la revue New Direction in Prose and Poetry. Enfin, « Neal and the tree stooges » est un extrait de Visions de Cody, publiĂ© dans New Edition numĂ©ro 2, en 1957 Ă©galement[97].

    Enfin, Kerouac a également écrit une piÚce de théùtre, intitulée Beat Generation, jamais représentée et découverte par hasard par Stephen Perrine, rédacteur en chef de Best Life. Elle se compose de trois actes et se concentre autour du personnage de Jack Duluoz, au milieu de personnages légendaires de la Beat Generation comme Allen Ginsberg et Neal Cassady[98].

    Poésies et textes religieux

    Un extrait de Sur la route gravĂ© dans le quartier chinois de San Francisco (Californie), dans la Jack Kerouac Alley (coordonnĂ©es GPS : 37° 47â€Č 51″ N, 122° 24â€Č 23″ O).

    En parallĂšle Ă  son Ɠuvre en prose, Kerouac a rĂ©digĂ© de nombreuses poĂ©sies. Il fut trĂšs tĂŽt en contact avec les groupes dominants de la scĂšne poĂ©tique amĂ©ricaine des annĂ©es 1950 et 1960, comme l'« École de Black Mountain » reprĂ©sentĂ©e notamment par des auteurs comme Charles Olson, Robert Duncan et Robert Creeley), et comme la scĂšne poĂ©tique de la « Renaissance de San Francisco » gravitant autour de Kenneth Rexroth (Michael McClure, Gary Snyder, Philip Whalen, Lawrence Ferlinghetti), enfin avec la scĂšne new-yorkaise qui comptait nombre de ses amis (notamment Allen Ginsberg, Gregory Corso, Joyce Glassman)[99].

    La premiĂšre influence poĂ©tique de Jack est Walt Whitman, qu'il lit depuis l’ñge de 18 ans ; Ă  cette Ă©poque, en 1940, il fonde une sociĂ©tĂ© avec des amis afin d’écrire des piĂšces, radiophoniques entre autres[100]. Sa poĂ©sie en fut largement influencĂ©e tant du point de vue du style que des sources d’inspiration. Elle se caractĂ©rise par l’utilisation de formes extrĂȘmement libres, le recours Ă  une syntaxe propre, Ă  un vocabulaire et Ă  des sujets crus, relevant parfois volontairement de l'obscĂ©nitĂ© ou du trivial, ainsi que par un rythme fondĂ© sur la musique jazz, et que Kerouac nomme tour Ă  tour « chorus » ou « blues »[101]. L’influence des travaux de Charles Olson et de ses amis poĂštes beat est sur ce point manifeste. Au contact de la poĂ©sie californienne, il Ă©volua vers les formes et les thĂšmes poĂ©tiques bouddhistes, le SĆ«tra du Diamant l’ayant fortement impressionnĂ©[102]. Mais c’est le bouddhisme Zen et la forme du HaĂŻku, dĂ©couvert avec Gary Snyder et Lew Welch qui l’influença le plus fortement. Il Ă©crivit avec ce dernier de nombreux poĂšmes courts publiĂ©s aprĂšs la mort des deux auteurs, crĂ©ant le genre des « haĂŻkus amĂ©ricains », qui diffĂšrent selon lui du genre poĂ©tique japonais : « Le Haiku amĂ©ricain n'est pas exactement comme le japonais. Le HaĂŻku japonais doit faire strictement 17 syllabes. Mais la structure des deux langages est si diffĂ©rente que je ne pense pas que le HaĂŻku amĂ©ricain devrait s'inquiĂ©ter des pieds parce que le langage amĂ©ricain est quelque chose qui est toujours prĂȘt Ă  exploser »[103]. À partir d'une image originelle, qu'il nomme « jewel center » Kerouac Ă©crit un haĂŻku dans un Ă©tat de « semi-transe », utilisant la technique, prĂ©cisĂ©e par Ed White, du sketching : le haĂŻku doit « esquisser » et suggĂ©rer une atmosphĂšre en quelques mots. Son thĂšme rĂ©current est l'image d'animaux Ă©voluant dans l'immense nature[104].

    Quelques haĂŻkus (traduits) de Jack Kerouac[105]

    In the morning frost
    the cats
    Step slowly.

    Dans le givre du matin
    les chats
    Avancent lentement.

    Aurora Borealis
    over Hozomeen –
    The void is stiller.

    Aurore Boréale
    sur l'Hozomeen –
    Le vide est encore plus calme.

    Listening to birds using
    different voices,
    I lose my perspective of history.

    Écoutant les oiseaux utiliser
    différentes voix,
    je perds ma perspective de l'histoire.

    Bien qu’un texte de Jack Kerouac, que Charles Olson jugea trĂšs positivement[106], fut inclus dans l’anthologie The New American Poetry 1945-1960 publiĂ©e en 1960 par Donald Allen, son Ɠuvre poĂ©tique ne reçut pas le mĂȘme accueil que ses premiers romans publiĂ©s. Lawrence Ferlinghetti refusa ainsi Ă  plusieurs reprises de publier Mexico City Blues qu’il considĂ©rait comme une forme de prose[107]. Quelques poĂšmes furent nĂ©anmoins publiĂ©s dans des revues Ă  partir de 1957. En revanche, peu d’ouvrages furent imprimĂ©s et leurs tirages restĂšrent trĂšs infĂ©rieurs Ă  ceux d'autres poĂšmes beat comme Howl et Kaddish d'Allen Ginsberg ou A Coney Island of the Mind de Lawrence Ferlinghetti[108].

    Les trois principaux recueils de poĂ©sie publiĂ©s du vivant de Jack Kerouac sont ainsi Mexico City Blues[note 17], Le Livre de rĂȘve et L’Écrit de l’ÉternitĂ© d’Or. Le roman Big Sur contient en outre, dans sa derniĂšre partie, un long poĂšme sur la mer dont la rĂ©daction est elle-mĂȘme l’objet d’une partie du roman. La majoritĂ© des poĂšmes fut publiĂ©e de maniĂšre posthume et sont pour certains non traduits en français. Il s’agit parfois de compilations de textes n’ayant pas Ă©tĂ© conçues sous cette forme par l’auteur. En 1997 un recueil de rĂ©flexions rĂ©digĂ©es entre 1953 et 1956 mais non publiĂ©es fut Ă©ditĂ© sous l’intitulĂ© Some of the Dharma (Dharma dans l’édition française). Il mĂ©lange essais, poĂšmes, priĂšres et rĂ©flexions diverses dans leur forme de rĂ©daction initiale. Il est fortement marquĂ© par un bouddhisme assez naĂŻf et les difficultĂ©s existentielles de l’auteur[109].

    Essais, articles et interviews

    À partir de 1957 et de la publication de Sur la route, la cĂ©lĂ©britĂ© et le positionnement mĂ©diatique de Kerouac comme porte-parole d’une gĂ©nĂ©ration amenĂšrent certaines revues grand public ou littĂ©raires Ă  lui commander des articles originaux, des extraits ou des nouvelles encore non publiĂ©es. La plupart des nouvelles furent en effet Ă©ditĂ©es par la suite sous forme de recueils, certains du vivant de l’auteur comme Le Vagabond Solitaire (1960), d’autres aprĂšs sa disparition, comme Vraie Blonde et Autres (1993) (sous la direction Ă©ditoriale de John Sampa). Les articles permirent Ă  Jack Kerouac d’exposer sa mĂ©thode d’écriture et plus gĂ©nĂ©ralement son rapport Ă  la littĂ©rature, mais aussi ses positions politiques et sa vision de la beat generation, tels : « Croyance et technique pour la prose moderne »[110] qui prend la forme d’une liste de principes (faisant Ă©cho Ă  une lettre adressĂ©e Ă  Arabelle Porter, Ă©ditrice de New World Writting, en rĂ©ponse Ă  des critiques aprĂšs la publication de « Jazz Excerpts » en 1954) ou « Principes de la Prose SpontanĂ©e »[111]. La sĂ©rie d'articles « Non point Lion mais Agneau »[112], « Contrecoup : la philosophie de la Beat generation »[113] et « Sur les origines d’une gĂ©nĂ©ration »[114] concernent la position de Kerouac vis-Ă -vis de la beat generation. Dans la plupart de ces articles, il tente de donner une signification spirituelle au mouvement beatnik et le restitue dans son contexte historique, soit dix annĂ©es avant la publication Ă  succĂšs du roman fondateur Sur la Route. Il espĂ©rait ainsi contrecarrer l’image nĂ©gative et dĂ©linquante associĂ©e aux beatniks, dont il rejetait la paternitĂ©. Plus profondĂ©ment, il tentait aussi de prendre le contrepied de certains auteurs, parmi lesquels son ami de longue date John Clellon Holmes, mais aussi Norman Mailer ou Kenneth Rexroth, qui souhaitaient positionner le mouvement sur un terrain politique ou dĂ©nonçaient au contraire sa superficialitĂ© et son Ă©gocentrisme[115]. Anne Charter signale Ă  ce sujet qu’Allen Ginsberg lui conseilla de laisser « tomber les discours sur la beat gĂ©nĂ©ration [
] de laisser [
] Holmes broder lĂ -dessus »[116].

    Kerouac a Ă©galement rĂ©digĂ© des chroniques comme celles, bimensuelles, pour la revue Escapade, la premiĂšre en date d’avril 1959 consacrĂ©e Ă  la naissance du be-bop, la derniĂšre d’avril 1960[117]. Kerouac Ă©crivit en outre quelques notices autobiographiques (reprises pour la plupart en français dans Vraie Blonde et Autres et dans la prĂ©face de VanitĂ© de Duluoz) et des entrĂ©es de dictionnaires. Il rĂ©alisa en 1959 la prĂ©face d’un ouvrage de photographies de son ami Robert Frank (The Americans), ainsi que le compte rendu d’un voyage en Floride avec celui-ci pour le magazine Life. Ce texte ne fut pas publiĂ© de son vivant, mais en janvier 1970 Evergreen Review (no 74) le publia Ă  titre posthume sous l’intitulĂ© « On the road to Florida ». En 1959, Kerouac avait aussi rĂ©alisĂ© une anthologie de la littĂ©rature de la Beat generation pour l’éditeur Avon Books. Sa publication devait ĂȘtre pluriannuelle et contenir pour sa premiĂšre Ă©dition, entre autres, de nombreuses correspondances avec Neal Cassady, John Clellon Holmes, Philip Whalen, Gary Snyder, Allen Ginsberg et des textes de Gregory Corso ou Michael Mac Clure. Elle ne fut cependant jamais publiĂ©e par Avon Books, passĂ© entre-temps sous le contrĂŽle de W.R Hearst, peu favorable au projet. En 1960 Kerouac tenta sans succĂšs de la faire publier par la maison d'Ă©dition de Lawrence Ferlinghetti, City Lights[118].

    Kerouac participa Ă©galement Ă  quelques interviews. La plus connue est celle rĂ©alisĂ©e sur le plateau d'Al Aronowitz, pour le journal New York Post en 1959 et extraite d'une sĂ©rie de douze articles consacrĂ©s Ă  la Beat gĂ©nĂ©ration, comportant notamment une interview de Neal Cassady. Elle fut publiĂ©e en 1970 par la revue US, The Paper Back Magazine (no 3), sous le titre « Feriez-vous une fugue pour devenir un beatnik si vous saviez que l’homme qui a Ă©crit Sur la Route vit chez sa mĂšre ». Ce texte fut repris en français, en 1971, aux Ă©ditions de l’Herne, dans un carnet consacrĂ© Ă  Jack Kerouac et Ă©ditĂ© par William Burroughs et Claude PĂ©lieu[119].

    Correspondance

    Reproduction d'une note de Jack Kerouac pour le film de Walter Salles, écrite sur un papier journal et exposée au musée des lettres et manuscrits de Paris, en 2012.

    La correspondance de Jack Kerouac est extrĂȘmement riche, tant par le nombre de lettres Ă©crites que par la qualitĂ© de ses correspondants, qui regroupent toutes les figures de la Beat gĂ©nĂ©ration : en premier lieu William Burroughs et Allen Ginsberg, mais aussi John Clellon Holmes, Gregory Corso, Neal Cassady, ou encore Gary Snyder. ÉditĂ©es par Ann Charters avec l’accord de l'Ă©crivain, de sa famille et de ses correspondants, les lettres choisies ont Ă©tĂ© regroupĂ©es en deux volumes, l'un compilant la pĂ©riode 1940 Ă  1956 et l'autre celle allant de 1957 Ă  1969. Elles permettent d’éclairer, sous un angle parfois anecdotique, les relations entre les membres de la Beat gĂ©nĂ©ration et de comprendre le caractĂšre dĂ©pressif et cyclothymique de Jack Kerouac. Elles portent aussi tĂ©moignage de son travail d’écrivain, tant dans la prĂ©paration de ses textes, souvent soumis au jugement de ses amis, que dans leur prĂ©sentation et leur dĂ©fense auprĂšs des Ă©diteurs et des critiques. Kerouac avait apportĂ© un soin tout particulier Ă  la conservation de ses correspondances et souhaitait vivement les voir publiĂ©es[120].

    Disques et films

    La salle Jack Kerouac, dans le Beat Museum de San Francisco.

    Jack Kerouac donna de nombreuses lectures de ses textes et des textes de ses amis, bien qu’il reconnĂ»t volontiers ĂȘtre mal Ă  l’aise dans cet exercice, d'autant plus qu’il le fit le plus souvent sous l’emprise de l’alcool. Le cycle de lectures rĂ©alisĂ©es au Village Vanguard en dĂ©cembre 1957 et sa participation Ă  l’émission de Steve Allen en 1958 sont parmi les plus connus. Des enregistrements de lectures sont aujourd’hui Ă©ditĂ©s de maniĂšre posthume[121] - [122].

    De son vivant, en mars 1958, Jack Kerouac réalisa un disque de lectures accompagné par Steve Allen au piano, intitulé Poetry for the Beat Generation (Hanover Record HML 5000). Blues and Haikus fut enregistré en 1958, en collaboration avec les saxophonistes Al Cohn et Zoot Sims ; Kerouac y récite de courts poÚmes avec, en fond sonore, des solos improvisés de saxophone. Une lecture en solo Readings by Jack Kerouac on the Beat Generation fut enfin enregistrée en 1960. Les principaux morceaux ont été compilés dans une discographie : Kicks Joy Darkness, édité chez WMI, en 2006[123].

    Jack Kerouac participa au scĂ©nario et Ă  la rĂ©alisation d’un film expĂ©rimental de Robert Frank sur la Beat gĂ©nĂ©ration en 1959. Le scĂ©nario et le titre Ă©taient initialement prĂ©vus pour une piĂšce de thĂ©Ăątre, mais seul le troisiĂšme acte, plus ou moins improvisĂ©, fut utilisĂ© pour le film. Il devait initialement s’appeler Beat Generation, mais l’utilisation de ce titre par la Metro-Goldwyn-Mayer pour un film commercial contraignit Kerouac Ă  le rebaptiser Pull My Daisy. Le film, produit par Charles F. Haas, est sorti en juillet 1959 aux États-Unis. Kerouac fut extrĂȘmement contrariĂ© de ne pas avoir Ă©tĂ© consultĂ© par la MGM pour obtenir l'autorisation d'utiliser cette expression qu'il avait pourtant inventĂ©e. Il tenta d'engager un procĂšs, en vain[124]. Le film fut diffusĂ© en 1959 au MusĂ©e d’Art Moderne de New York et il reçut un certain succĂšs. Le scĂ©nario fut publiĂ© en 1961 par Grove Press. Bien qu’il eĂ»t longtemps espĂ©rĂ© pouvoir vendre les droits de Sur la route Ă  Hollywood, notamment Ă  Marlon Brando, le projet de Jack Kerouac n'aboutit pas. Francis Ford Coppola, dĂ©tenteur des droits du roman, entreprit de l'adapter en 1994 et en aurait proposĂ© la rĂ©alisation Ă  Jean-Luc Godard, mais le projet Ă©choua[5]. Une seule des Ɠuvres de Kerouac fut finalement adaptĂ©e de son vivant au cinĂ©ma : Les Souterrains sous le titre Les Rats de caves, rĂ©alisĂ© par Ranald MacDougall en 1960). Il existe cependant des projets d'adaptation des Clochards cĂ©lestes et de Big Sur par la maison de production Kerouac Films[125]. Par ailleurs, 2012 vit la sortie de l'adaptation cinĂ©matographique de Sur la route (On the Road), rĂ©alisĂ© par Walter Salles, avec dans les principaux rĂŽles Sam Riley (Sal), Garrett Hedlund (Dean) et Kristen Stewart (Marylou)[126].

    Écriture et thùmes

    La prose spontanée

    Les 30 principes de la prose moderne selon Jack Kerouac (extrait)[127]
    .
    1. Carnets secrets, couverts de gribouillis, et pages follement dactylographiées, pour votre propre plaisir.
    2. Soumis Ă  tout, ouvert, Ă  l’écoute.
    3. Soyez amoureux de votre vie.
    4. Ce que vous ressentez trouvera sa propre forme.
    5. Pas de temps pour la poésie, mais exactement ce qui est.
    6. Éliminez l’inhibition littĂ©raire, grammaticale et syntactique.
    7. Travaillez Ă  partir du centre de votre Ɠil, en vous baignant dans l'ocĂ©an du langage.
    8. Acceptez la perte comme définitive.
    9. Écrivez de façon que le monde lise, et voie les images exactes que vous avez en tĂȘte.
    « Soudain, comme dans une vision, j'ai vu Dean, Ange de feu, frissonnant, effroyable, venir à moi tout palpitant sur la route, s'approcher comme un nuage, à une vitesse énorme, me poursuivre dans la plaine tel le Voyageur au suaire, et fondre sur moi. »

    — Sur la route[128]

    DouĂ© d'une grande mĂ©moire Ă  tel point que ses amis le surnommaient « memory babe » (le « mĂŽme mĂ©moire »), Kerouac possĂšde un style d'Ă©criture unique, fondĂ© sur la vitesse de frappe Ă  la machine, inspirĂ© du rythme jazz. Il dĂ©finit les principes de sa « prose spontanĂ©e » dans l'article « Essentials of Spontaneous Prose » de la façon suivante : « Pas de pause pour penser au mot juste mais l'accumulation enfantine et scatologique de mots concentrĂ©s »[129]. La spontanĂ©itĂ© rĂ©side dans un rapport immĂ©diat avec l'Ă©crit : « tap from yourself the song of yourself, blow! -- now! -- your way is your only way -- ’good’ -- or ‘bad’ -- always honest, (‘ludicrous’) spontaneous, ‘confessional’ interesting, because not ‘crafted’ » explique-t-il[130]. Kerouac cherche Ă  reproduire l'ambiance de ses voyages et de ses rencontres ; pour cela il se dĂ©tourne des descriptions de la littĂ©rature conventionnelle, caractĂ©ristiques selon lui d'une « langue morte ». Son style lui est en partie inspirĂ© par son amour des mouvements jazz et du Be Bop et de ses improvisations. Le manuscrit de Sur la route a Ă©tĂ© dactylographiĂ© d'un seul jet sur des feuilles de papier Ă  calligraphie japonaise collĂ©es bout Ă  bout avec du scotch tape et non sur un rouleau de papier Ă  tĂ©lĂ©type. Kerouac explique plus tard qu'il dĂ©testait avoir Ă  changer de feuille lorsqu'il se sentait inspirĂ©, et qu'ainsi il pouvait presque Ă©crire « les yeux fermĂ©s »[131].

    En rĂ©alitĂ©, l'Ă©criture de Kerouac est plus proche de la poĂ©sie, par son rythme Ă©vocateur (qu'il nomme la « Great Law of timing »), sa cadence proche de celle du jazz aussi. Kerouac explique ainsi son ambition : « Je vois Ă  prĂ©sent la CathĂ©drale de la Forme que cela reprĂ©sente, et je suis tellement content d'avoir appris tout seul (avec un peu d'aide de messieurs Joyce et Faulkner) Ă  Ă©crire la Prose SpontanĂ©e, de sorte que, mĂȘme si la LĂ©gende [de Duluoz] court pour finir sur des millions de mots, ils seront tous spontanĂ©s et donc purs et donc intĂ©ressants et en mĂȘme temps, ce qui me rĂ©jouit le plus : Rythmiques »[132]. Le jazz et le Be-bop ont fascinĂ© trĂšs tĂŽt Kerouac, qui s'en inspire pour Ă©crire, la technique de la Prose SpontanĂ©e permettant une sorte de sorcellerie Ă©vocatoire comme celle du jazz. Alain Dister dit ainsi que Kerouac « se laisse prendre aux cliquetis de la machine comme un razzmatazz de batterie, [il] s'accorde au beat de la frappe, en rythme avec un jazz intĂ©rieur (la grande musique des mots, le swing des syllabes, le jazz des phrases) le beat, la pulsion mĂȘme du roman »[133].

    Kerouac et la Beat generation

    La contribution de Jack Kerouac Ă  la naissance du mouvement littĂ©raire et artistique de la Beat generation est capitale. Cependant, dans les annĂ©es 1950, Kerouac ne se reconnaĂźt plus dans cette philosophie de la vie qu'il a pourtant contribuĂ© Ă  forger. D'une part, Kerouac propose son propre sens au terme « beat », forgĂ© par John Clellon Holmes, qui en explicite la signification dans son article « This the Beat Generation », paru dans le New York Times de novembre 1952[134] : « ĂȘtre dans la rue, battu, Ă©crasĂ©, au bout du rouleau »[note 18]. Pour Kerouac, la sonoritĂ© du mot est Ă  rapprocher du terme français « bĂ©at » : « It's a Be-At, le beat Ă  garder, le beat du cƓur », puis il ajoute : « C'est un Être Ă , le tempo Ă  garder, le battement du cƓur », le rapprochant d'une expression utilisĂ©e par le jazzman Charlie Parker[135] - [note 19]. Kerouac voit en effet dans la Beat generation, et davantage Ă  la fin de sa vie, un effort pour abandonner le confort matĂ©riel et pour se pĂ©nĂ©trer de spiritualitĂ© ; le beatnik se devant de demeurer passif Ă  la façon zen. Dans Vraie blonde, et autres, Kerouac explique ainsi l'origine de cette dimension mystique de la Beat generation : « À Lowell, je suis allĂ© dans la vieille Ă©glise oĂč je fus confirmĂ© et je me suis agenouillĂ© [
], et brusquement j'ai compris : beat veut dire bĂ©atitude, bĂ©atitude ».

    Mais c'est surtout avec son roman Sur la route que Kerouac entre comme chef de file du mouvement de la Beat generation. En 2001, la rĂ©daction de l’American Modern Library inclut en effet le roman comme 55e dans sa liste des 100 meilleurs romans du XXe siĂšcle en langue anglaise[136]. Le rĂ©cit dĂ©finit les Ă©lĂ©ments d'un renouveau spirituel, axĂ© autour du voyage et de la rencontre avec l'autre. La dĂ©bauche y est un thĂšme central Ă©galement ; l'Ă©crivain y voit une des conditions de la libertĂ©[137].

    PortĂ© par l’engouement du public pour la Beat gĂ©nĂ©ration et la mode beatnik, mais ayant Ă©chouĂ© Ă  s’imposer comme un auteur Ă  part entiĂšre, Kerouac fut victime dĂšs 1957 d’une surexposition mĂ©diatique qu’il n’avait pas recherchĂ©e. Comme l'Ă©crivait Kerouac lui-mĂȘme Ă  Holmes en 1962 avant la publication de Big Sur, faisant rĂ©fĂ©rence aux auteurs phares du mouvement beat : « Ils sont tous Ă©cƓurĂ©s et fatiguĂ©s de cette salade Beatnik »[138]. De plus, il se brouilla avec ses amis. La notoriĂ©tĂ© aidant, Kerouac continua nĂ©anmoins Ă  pouvoir publier malgrĂ© des tirages de plus en plus faibles, ces derniers ouvrages devenant mĂȘme nettement dĂ©ficitaires. À la diffĂ©rence de certains autres membres de la Beat gĂ©nĂ©ration, tels Allen Ginsberg ou Gregory Corso, et de ses proches comme Gary Snyder ou Neal Cassady, Jack Kerouac ne participa pas au mouvement hippie. Il fut dĂšs lors quasiment ignorĂ© de la critique et perdit son audience mĂ©diatique et populaire auprĂšs de la jeunesse, peinant mĂȘme Ă  faire rĂ©imprimer Sur la route. Dans les derniĂšres annĂ©es, Kerouac refuse d'ĂȘtre l'incarnation de la Beat generation, ne se reconnaissant ni dans le mouvement beatnik ni dans la norme sociale de l'Ă©poque. Kerouac se dit en effet « Bippie-in-the-Middle » et il en vient mĂȘme, dans un Ă©lan nationaliste, Ă  voir dans les hippies de dangereux communistes[139].

    La quĂȘte spirituelle

    Dans un haïku, Jack Kerouac explique la dimension mystique de sa génération :

    La Beat Generation
    est un groupe d'enfants
    sur la route
    qui parlent de la fin du monde.

    Admirateur d'Arthur Rimbaud[140] (il a en effet rĂ©digĂ© une biographie du poĂšte français), « L'homme aux semelles de vent » en qui il voit le premier « clochard cĂ©leste », Kerouac appelle Ă  la redĂ©couverte de la spiritualitĂ© et de la mystique par la libertĂ© de voyager. Fervent catholique (il dessinait des pietĂ  dans ses journaux et Ă©crivait des psaumes), l'Ă©crivain a cependant trouvĂ©, avec l'aide de Neal Cassady, dans le bouddhisme une philosophie de la quĂȘte de soi. Cette quĂȘte est en effet le thĂšme central de la majoritĂ© de ses Ɠuvres, mĂȘme si c'est par la lecture de Thoreau, premier Ă©crivain amĂ©ricain Ă  s'intĂ©resser aux enseignements spirituels de Shakyamuni, que Kerouac dĂ©couvre les paroles du Bouddha. En 1953, Allen Ginsberg lui fait dĂ©couvrir les Essais sur le bouddhisme zen de Daisetz Teitaro Suzuki[141].

    Les Clochards cĂ©lestes (The Dharma Bums), plus que tous ses autres Ă©crits, fait l'apologie d'un style de vie inspirĂ© par le bouddhisme Zen. Les voyageurs sont dĂ©peints comme des moines itinĂ©rants recherchant la puretĂ© et des expĂ©riences spirituelles pouvant mener Ă  l'illumination. Dans son autre roman, Le Vagabond solitaire, le personnage principal y entreprend, entre autres, une retraite solitaire de plusieurs mois en tant que guetteur de feux pour l'Office canadien des forĂȘts (inspirĂ© par la propre expĂ©rience de Kerouac dans un emploi semblable dans l'État de Washington), Ă  la façon d'un ermite cherchant la purification. Ses romans permettent ainsi, selon les mots de Kerouac lui-mĂȘme, de parcourir la « carte de la crĂ©ation »[142].

    Les allusions et rĂ©flexions mystiques et thĂ©ologiques[143] sont trĂšs prĂ©sentes dans l'Ɠuvre de Kerouac, de maniĂšre syncrĂ©tiste cependant. Bien que catholique, Kerouac parle de mĂ©tempsycose, de koans zen, des cultes des Indiens d'AmĂ©rique, et d'animisme dans Big Sur notamment. Se dĂ©finissant comme un « strange solitary crazy Catholic mystic », il compare son roman Sur la route Ă  l'une des plus grandes Ɠuvres de la quĂȘte spirituelle chrĂ©tienne, Pilgrim's Progress de John Bunyan (1678)[144]. Kerouac fait de Sur la route un rĂ©cit initiatique qui s'ancre dans le mythe amĂ©ricain des grands espaces et de l'American way of life, avec une vĂ©ritable volontĂ© pour lui d'en dĂ©crire les rouages et la sociologie[145].

    Influence et hommage

    Panneau annonçant l'entrée dans la Jack Kerouac Alley, à San Francisco.

    Musique et radio

    Le thĂšme du voyage et le roman Sur la route ont influencĂ© nombre d'auteurs et compositeurs comme Bob Dylan (On the Road Again en 1965, album Bringing It All Back Home), Canned Heat (On the Road Again en 1968, album Boogie with Canned Heat), Mike Scott / The Waterboys (Long Strange Golden Road, en 2015, album Modern Blues[146]), Francis Cabrel (Les chemins de traverse, en 1979, album Ă©ponyme), Ray Charles (Hit the Road Jack), Bernard Lavilliers (On the Road Again, en 1989, album du mĂȘme nom), GĂ©rald de Palmas (Sur la route, 1990, album La DerniĂšre AnnĂ©e), le groupe TĂ©lĂ©phone (Sur la route, 1976) ou encore RaphaĂ«l (Sur la route, 2003, album La RĂ©alitĂ©). Bob Dylan est devenu fan de Kerouac dĂšs 1959, Ă  la lecture de Mexico City Blues, comme d'autres chanteurs tels : Jerry Garcia (fondateur de Grateful Dead), Tom Waits, Jim Jarmusch, Dennis Hopper, Thomas McGuane, Roy Harper, Ben Gibbard, Blake Schwarzenbach, Jim Morrison, Richard Hell, mais aussi Bruce Springsteen, Janis Joplin ou encore Kurt Cobain[5] - [147].

    Le titre du roman de Kerouac Satori Ă  Paris a Ă©tĂ© rĂ©cemment repris comme nom par un groupe de hip-hop. De mĂȘme, le personnage principal de Sur la route, Dean Moriarty, a inspirĂ© un groupe de country blues international qui en a fait son nom. Michel Corringe a titrĂ© son album et Ă©crit en 1975 une chanson en l'hommage de l'Ă©crivain, Kerouac Jack qu'il nomme le « papa des beatniks »[148]. Jack Kerouac a par ailleurs donnĂ© son nom Ă  la seconde scĂšne du festival des Vieilles Charrues, se tenant chaque annĂ©e Ă  Carhaix-Plouguer dans le FinistĂšre. Rendant hommage Ă  son Ɠuvre, en langue française, on peut citer Ă©galement et de maniĂšre non exhaustive : ValĂ©rie Lagrange avec la chanson Kerouac, le QuĂ©bĂ©cois Sylvain LeliĂšvre avec Kerouac.

    France Culture a réalisé un feuilleton radiophonique de 20 épisodes de Sur la route, dans le cadre de l'émission Feuilleton, diffusé du lundi 25 avril au 20 mai 2005. Christine Bernard-Sugy a dirigé l'atelier de création alors qu'une nouvelle traduction a été réalisée par Catherine de Saint Phalle[149].

    Littérature

    Les Ă©crits et le style de Kerouac ont profondĂ©ment influencĂ© la littĂ©rature amĂ©ricaine et mondiale. L'Ă©crivain et reporter Hunter S. Thompson, crĂ©ateur du « journalisme gonzo » et Barry Gifford, le premier biographe de Kerouac, auteur de Sailor et Lula sont ainsi des admirateurs de son Ɠuvre. Thomas Pynchon, Tom Robbins (qui a Ă©crit une piĂšce de thĂ©Ăątre intitulĂ©e Beat Angel Ă©voquant la vie de Kerouac[150]), Richard Brautigan, Ken Kesey, Tom Wolfe, le japonais Haruki Murakami sont Ă©galement dans la continuitĂ© de son style littĂ©raire. Pour l'Ă©crivain Pradip Choudhuri, les auteurs Carl Weissner et Ango Laina en Allemagne, Gerard Belart en Hollande, Claude PĂ©lieu, JosĂ© Galdo et Sylvie Guibert en France, sur Pier Vittorio Tondelli en Italie, doivent beaucoup aux thĂšmes de la Beat generation dĂ©peints par Kerouac[151] - [152].

    Romain Gary fut Ă©galement un lecteur et admirateur de Kerouac[153].

    Cinéma

    Kerouac est une icĂŽne du monde cinĂ©matographique. Il a ainsi inspirĂ© le style de Marlon Brando dans le film The Wild One en 1953 et James Dean dans The Rebel without a Cause en 1955, figurant des hĂ©ros de la route, Ă©prouvĂ©s par la vie et en lutte contre la sociĂ©tĂ© conformiste[154]. Heart Beat, un film de John Byrum, sorti en 1980, Ă©voque la vie de Jack Kerouac, avec Nick Nolte dans le rĂŽle de Neal Cassady et John Heard dans le rĂŽle de l'Ă©crivain voyageur. Le scĂ©nario est Ă©crit par Carolyn Cassady[155]. De nombreux films mettent en scĂšne le personnage de Jack Kerouac : Lives and Deaths of the Poets (2011) jouĂ© par Benjamin Kingsland, Howl (2010, Todd Rotondi), Neal Cassady (2007, Glenn Fitzgerald), Luz del mundo (2007, Will Estes), Beat Angel (2004, Doug Phillips), Book of Blues (adaptation du roman du mĂȘme nom, 2001, Jack Graham), Beat (2000, Daniel MartĂ­nez), The Source: The Story of the Beats and the Beat Generation (tĂ©lĂ©film de 1999, Johnny Depp), The Fifties (tĂ©lĂ©film de 1997, Fisher Stevens), On the Road (tĂ©lĂ©film de 1992, Tom Kurlander) et Kerouac, the Movie (1985, Jack Coulter). Kerouac est aussi au centre de l'Ă©pisode no 40 intitulĂ© Rebel Without a Clue (1990) de la sĂ©rie Code Quantum[156].

    Le genre cinĂ©matographique du road movie moderne est directement nĂ© du roman Sur la route. D'aprĂšs l'universitaire français spĂ©cialiste du road movie StĂ©phane BenaĂŻm, le « cinĂ©ma de l'errance » amĂ©ricain, reprĂ©sentĂ© en France par AgnĂšs Varda, avec Sans toit ni loi, Raymond Depardon avec Une Femme en Afrique, ou encore Patrice Leconte avec Tandem, doit beaucoup Ă  l'Ă©criture beat de Kerouac et Ă  ses thĂšmes de voyage. Kerouac a lui-mĂȘme Ă©crit un road movie pour le cinĂ©ma, rĂ©alisĂ© par Robert Frank, qui a lui-mĂȘme contribuĂ© au mouvement beat, pratiquant la traversĂ©e des États-Unis en compagnie de Jack Kerouac, intitulĂ© Pull My Daisy, en 1959[157]. Le film Into the Wild, de Sean Penn (2007), qui narre l'aventure solitaire de Christopher McCandless dans sa volontĂ© de se dĂ©tacher de la sociĂ©tĂ© de consommation peut Ă©galement ĂȘtre lu comme une Ɠuvre beat proche de Sur la route[158].

    En 2012, Walter Salles réalise une adaptation de Sur la route avec Garrett Hedlund (Dean Moriarty), Sam Riley (Sal Paradise) et Kristen Stewart (Marylou).

    Hommages

    Une rue porte son nom à San Francisco (la Jack Kerouac Alley), et le bar le Vesuvio, réputé comme fréquenté par Jack Kerouac, est toujours en activité[159].

    Un imposant parc thĂ©matique lui a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© au centre de la ville de Lowell dans le Massachusetts. On y retrouve des stĂšles de granit oĂč sont gravĂ©s des extraits de ses romans.

    Le Festival des Vieilles Charrues Ă  Carhaix-Plouguer en Bretagne Ă©rige, chaque annĂ©e en juillet, une scĂšne qui porte son nom sur le site de Kerampuilh oĂč se dĂ©roule l'Ă©vĂ©nement.

    Un monument Ă  son nom a Ă©tĂ© Ă©rigĂ© en 2000 au lieu-dit de « Kervoac » Ă  Lanmeur, Bretagne. À noter qu'Ă  Lanmeur, « Kervoac » se prononce « Kerouac », comme le nom de l'Ă©crivain.

    En 1974, la Jack Kerouac School of Disembodied Poetics est fondée en son honneur par Allen Ginsberg et Anne Waldman à l'université de Naropa, une institution bouddhiste privée à Boulder, dans le Colorado. En 2007, Kerouac reçoit de maniÚre posthume un honoris causa de l'université de Lowell dans le Massachusetts[160].

    A la sortie de son album Â« Au raz des pĂąquerettes Â» en 2009, Alain Souchon lui rend hommage dans la chanson « C’était menti Â».

    En 2010, la premiÚre édition d'un festival consacré à Jack Kerouac s'est déroulée le 27 mars en Bretagne à Lanmeur, commune d'origine de la famille Kerouac.

    En 2015[161], un cratÚre de la planÚte Mercure est nommé Kerouac en son honneur[162].

    En 2021, Kim Jones fait rĂ©fĂ©rence Ă  l'auteur, lors du dĂ©filĂ© Dior Homme Automne 2022 Ă  Londres. Le podium de 80 m est constituĂ© d'un fac-similĂ© qui reprend les paragraphes de l'ouvrage On the road[163].

    Marquant le centiÚme anniversaire de sa naissance, On the road est traduit en tibétain par Gedun Rabsal[164] et en breton sous le titre War an hent par Kristian Braz[165].

    Depuis le 23 mai 2022, l'astéroïde (442721) Kerouac porte son nom[166].

    Publications

    Romans

    • Avant la route (The Town and the City) publiĂ© en 1950 (Ă©crit de 1946 Ă  1948), La Table Ronde, 1998 (ISBN 978-2-710-30765-5), rĂ©Ă©dition, La Table Ronde, 2022.
    • Sur la route (On the Road), publiĂ© en 1957 (Ă©crit de 1948 Ă  1956), Gallimard, Folio, 1976 (ISBN 978-2-070-36766-5).
    • autre Ă©dition: Sur la route : Le rouleau original, Gallimard, (texte original non censurĂ© et non retravaillĂ©, Ă©dition Ă©tablie par Howard Cunnell).
    • Les Souterrains (The Subterraneans), publiĂ© en 1958 (Ă©crit en octobre 1953), Gallimard, Folio, 1985 (ISBN 978-2-070-37690-2).
    • Les Clochards cĂ©lestes (The Dharma Bums), publiĂ© en 1958 (Ă©crit en novembre 1957), Gallimard, Folio, 1974 (ISBN 978-2-070-36565-4).
    • Docteur Sax (Doctor Sax), publiĂ© en 1959 (Ă©crit en juillet 1952), Gallimard, Folio, 1994 (ISBN 978-2-070-38876-9).
    • Maggie Cassidy (Maggie Cassidy), publiĂ© en 1959 (Ă©crit en 1953), Gallimard, Folio, 1986 (ISBN 978-2-020-09302-6).
    • Tristessa (Tristessa), publiĂ© en 1960 (Ă©crit de 1955 Ă  1956), Gallimard, Folio, 1982 (ISBN 978-2-070-45179-1).
    • Visions de Cody (Visions of Cody), publiĂ© en 1960 (Ă©crit de 1951 Ă  1952), Christian Bourgois, 1993 (ISBN 978-2-267-01173-9).
    • Le Vagabond solitaire (Lonesome Traveller), recueil de nouvelles, Gallimard (ISBN 978-2-070-23607-7).
    • Big Sur (Big Sur), publiĂ© en 1962 (Ă©crit en octobre 1961), Gallimard, Folio, 1979 (ISBN 978-2-070-37094-8).
    • Visions de GĂ©rard (Visions of Gerard), publiĂ© en 1963 (Ă©crit en janvier 1956), Gallimard, Monde entier, 1972 (ISBN 978-2-070-28144-2).
    • Anges de la DĂ©solation (Desolation Angels), publiĂ© en 1965 (Ă©crit de 1956 Ă  1961), traduction Pierre Guglielmina, DenoĂ«l, Romans Traduits, 1998, Cynthia Liebow (dir.) (ISBN 978-2-207-24532-3) (PremiĂšre traduction en français : Les Anges vagabonds, traduit par Jean Autret, Éditions Gallimard, Folio (Gallimard), 1973 (ISBN 978-2-070-36457-2)), rĂ©Ă©dition, Éditions DenoĂ«l, 2022
    • Satori Ă  Paris (Satori in Paris), publiĂ© en 1966 (Ă©crit en 1965), Gallimard, Folio, 1993 (ISBN 978-2-070-38599-7), rĂ©Ă©dition, Folio bilingual Ă©dition, français anglais, 2022.
    • VanitĂ© de Duluoz (Vanity of Duluoz), publiĂ© en 1968 (Ă©crit en 1968), 10/18, 1995 (ISBN 978-2-264-02206-6).
    • Pic (Pic), publiĂ© en 1971 (Ă©crit de 1951 Ă  1969), La Table Ronde, Miroir de la Terre, 1988 (ISBN 978-2-710-30347-3).
    • Vieil Ange de Minuit (Old Angel Midnight), Gallimard, Infini (ISBN 207-0-74764-6).
    • OrphĂ©e Ă  jour (Orpheus Emerged), nouvelle prĂ©cĂ©dĂ©e d'une sĂ©lection de rĂ©cits Ă©crits entre 1936 et 1943 et rassemblĂ©s sous le titre Atop an Underwood. L'ensemble, traduit par Pierre Guglielmina, est publiĂ© sous le titre Underwood Memories, DenoĂ«l, 2006 (ISBN 2-207-25680-4)
    • Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (And the Hippos Were Boiled in Their Tanks), Ă©crit en 1944, traduit par Pierre Guglielmina, Gallimard, 2012 (ISBN 978-2-07-012455-8).
    • Sur le chemin, Ă©crit en dĂ©cembre 1952 en français Canuck, 110 pages, inclus dans le recueil La vie est d'hommage, textes inĂ©dits Ă©tablis et prĂ©sentĂ©s par Jean-Christophe Cloutier, Éd. BorĂ©al, 2016.
      repris en 2016 dans le recueil The Unknown Kerouac (Library of America).
    • La nuit est ma femme, Ă©crit en fĂ©vrier-mars 1951 en français Canuck, 56 pages, inclus dans le recueil La vie est d'hommage, textes inĂ©dits Ă©tablis et prĂ©sentĂ©s par Jean-Christophe Cloutier, Éd. BorĂ©al, 2016.
      repris en 2016 dans le recueil The Unknown Kerouac (Library of America).
    • L'ocĂ©an est mon frĂšre, version originale : The sea is my brother 2011, repris par les Éditions Gallimard, 2022

    Essais, poĂšmes et correspondances

    • Beat Generation, Ă©crit en collaboration avec William Burroughs, Allen Ginsberg et Brion Gysin, Flammarion, Mille et une pages, 2001 (ISBN 978-2080687821).
    • RĂ©veille-toi. La vie du Bouddha (Wake Up. A life of the Buddha), prĂ©sente une biographie de Siddhartha Gautama, Ă©crite de 1954 Ă  1955, d'abord publiĂ©e dans la revue bouddhiste Tricycle, puis par Viking Books, 2008, traduit par Claude et Jean Demanuelli, Paris, 2013, Gallimard, Du monde entier, 224 p. (ISBN 978-2-07-012486-2).
    • Dharma (Dharma), traduction de Pierre Guglielmina, recueil de notes accumulĂ©es entre 1953 et 1956, se prĂ©sentant comme un fac-similĂ© de tapuscrit, avec une mise en page originale, Fayard, 1999 (ISBN 978-2213606125).
    • Autre Ă©dition : traduction de Pierre Guglielmina, Paris, Fayard, 2000, 419 p. (ISBN 2-213-60612-9).
    • Mexico City Blues (Mexico City Blues) publiĂ© en 1959, Ă©crit durant l’étĂ© 1955 en trois semaines Ă  Mexico, en compagnie de William Burroughs, Points, PoĂ©sie, 2006 (ISBN 978-2757800287), PoĂ©sie Gallimard, 2022.
    • Le Livre des rĂȘves (Book of Dream), Ă©crit entre 1952 et 1960, Ă  partir de notes prises au rĂ©veil, publiĂ© en 1960, Flammarion, 1977, L'Imaginaire Gallimard, 2022.
    • L’Écrit de l'ÉternitĂ© d'or (The Scripture of the Golden Eternity) considĂ©rĂ© comme un texte religieux par Jack, Ă©crit en mai 1956 sur les conseils de Gary Snyder qui lui suggĂ©ra d’écrire une sutra, publiĂ© en 1960, Éditions de La DiffĂ©rence, Coll. Minos, 2003 (ISBN 978-2729114749).
    • PoĂšmes (Scattered Poems), publiĂ© en 1971, Seghers, PoĂ©sie d'abord, 2002 (ISBN 978-2-232-12212-5).
    • Le Livre des haĂŻkus (The Book of the haikus), La Table Ronde, Divers, 2006 (ISBN 978-2710327523), rĂ©Ă©dition La Table Ronde, 2022.
    • Trip Trap. HaĂŻku on the road, publiĂ© en 1963, Ă©crit avec Albert Saijo et Lew Welch), Grey Fox Press, 2001 (ISBN 978-0-912-51604-2).
    • Heaven and Other Poems, publiĂ© en 1977, Grey Fox Press, 2001 (ISBN 978-0912516318).
    • San Francisco Blues, Penguin USA, 1995 (ISBN 978-0-146-00118-5).
    • Poems Of All Sizes, City Lights Books, Pocket Poets, 1992 (ISBN 978-0872862692).
    • Book of Blues, DenoĂ«l, 2000 (ISBN 978-0140587005), recueil de 8 longs poĂšmes ou « chorus ».
    • Arthur Rimbaud, City Lights Books, 1970 (ISBN 978-0-872-86028-5).
    • Livre d'esquisses (Book of Sketches), Ă©crit en 1952-1954, traduit par Lucien SuelParis, 2010, La Table Ronde, 384 p. (ISBN 978-2-710-33117-9), rĂ©Ă©dition, La Table Ronde, 2022.
    • Book of blues, traduction Pierre Guglielmina, Paris, DenoĂ«l, 2000, 283 p. (ISBN 2-207-25035-0).
    • Vraie blonde, et autres (Good Blonde and Others), Ă©crit avec William Burroughs, traduit par Pierre Guglielmina, Paris, Gallimard, Du monde entier, 1988 (ISBN 2-070-74742-5).
    • Lettres choisies. 1940-1956 (Selected letters. 1940-1956), traduction Pierre Guglielmina Paris, Gallimard, 2000, 563 p. (ISBN 2-070-74643-7).
    • Lettres choisies. 1957-1969 (Selected letters. 1957-1969), traduction Pierre Guglielmina, Paris, Gallimard, 2007, 551 p. (ISBN 978-2-070-76663-5).
    • Journaux de bord. 1947-1954 (Windblown World: The Journals of Jack Kerouac 1947-1954), Ă©ditĂ©s et prĂ©sentĂ©s par Douglas Brinkley (en), traduction Pierre Guglielmina, Paris, Gallimard, 2015, 571 p. (ISBN 978-2-07-077668-9).
    • La vie est d'hommage, recueil de textes en français prĂ©sentĂ©s et Ă©tablis par Jean-Christophe Cloutier, publiĂ© en 2016, Éd. BorĂ©al (ISBN 978-2-7646-2431-9).
    • PoĂšmes dispersĂ©s, premiĂšre Ă©dition amĂ©ricaine de 1971 sous le titre : Scattered Poems. Nouvelle Ă©dition Éditions Seghers, Bilingual edition, 2022

    Notes et références

    Notes

    1. Selon l'association des familles Kirouac, c'est la dĂ©couverte au QuĂ©bec de documents d'archives signĂ©s de ces deux noms qui a permis de rĂ©soudre l'Ă©nigme. De nouvelles recherches gĂ©nĂ©alogiques ont permis Ă  Patricia Dagier d'expliquer les raisons du changement de patronyme de l'ancĂȘtre de Jack Kerouac et de mettre un terme Ă  la confusion qui entourait cette question. Elles ont Ă©galement expliquĂ© le fait que Jack Kerouac, nĂ© et baptisĂ© « Jean-Louis Kerouac », avait lui-mĂȘme optĂ© pour un changement de nom en dĂ©clarant s'appeler « Le Bris de Kerouac ». Cette information, jusqu'alors ignorĂ©e de la plupart de ses biographes, donne un Ă©clairage nouveau sur l'Ă©crivain et une partie de son Ɠuvre et forme la trame de la biographie Jack Kerouac, Breton d'AmĂ©rique, de Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner.
    2. Kerouac peint toute sa vie durant.
    3. Jack Kerouac consacre un grand nombre de poĂšmes Ă  Charlie Parker, en particulier le 239e Chorus de Mexico City Blues.
    4. Le 22 mai 1951, l’écrivain explique dans une lettre Ă  son ami Neal Cassady que « Du 2 avril au 22, j'ai Ă©crit 125 000 mots d'un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. [
] L'histoire traite de toi et de moi sur la route. [
] J'ai racontĂ© toute la route Ă  prĂ©sent. Suis allĂ© vite parce que la route va vite [
] Ă©crit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mĂštres de long (du papier-calque
). Je l'ai fait passer dans la machine Ă  Ă©crire et en fait pas de paragraphes [
]. Je l'ai dĂ©roulĂ© sur le plancher et il ressemble Ă  la route [
] ».
    5. Hervé Quéméner et Patricia Dagier parlent de « graphomanie », ajoutant qu'il ne se sépare jamais de ses carnets dans lesquels il note tout.
    6. « Lift » désigne dans le jargon de la Beat Generation les phases d'auto-stop.
    7. Pour plus de détails sur les itinéraires de Kerouac, relatés dans ses divers romans, voir la (en) carte interactive de ses voyages.
    8. Dans certaines lettres d'avant 1957, Kerouac laisse exploser sa rancƓur Ă  l'Ă©gard de ses amis. Il Ă©crit ainsi le 8 octobre 1952 Ă  Allen Ginsberg : « Tu crois que je ne me rends pas compte Ă  quel point tu es jaloux et comment toi et Holmes et Solomon vous donneriez votre bras droit pour ĂȘtre capable d'Ă©crire Sur la route », dans Ann Charters, p. 347.
    9. Dans une lettre à Gary Snyder de mai 1956, Kerouac note ainsi, à propos d'un différend l'opposant à Rexroth : « je n'ai aucune raison de le détester plus que quelqu'un comme Malcom Cowley, mon pÚre littéraire », dans Ann Charters, p. 535.
    10. La majeure partie de l'argent gagnĂ© avec la publication de Sur la route a Ă©tĂ© investie dans l'achat d'une maison pour sa mĂšre Ă  Northport, État de New York, d'une valeur de 14 000 dollars payĂ©s en un an.
    11. Dans sa chronique du 26 octobre 1958, Adams modÚre ses propos et admet que « lorsque Kerouac se concentre, il peut décrire le monde de l'expérience physique mieux que quiconque depuis Ernest Hemingway ».
    12. Ces trois albums lus par Kerouac sont : Poetry For The Beat Generation (1959), avec Steve Allen au piano ; Blues and Haikus (1959), avec Al Cohn et Zoot Sims et Readings by Jack Kerouac on the Beat Generation (1960).
    13. Le « satori » désigne l'illumination, en japonais ; Kerouac l'assimile à la recherche de son origine généalogique, but de son séjour breton.
    14. L'identitĂ© de son aĂŻeul est enfin Ă©lucidĂ©e en 2000 : une dĂ©pĂȘche de l'Agence France-Presse annonce en effet le 11 fĂ©vrier 2000 qu'Urbain-François Le Bihan de Kervoac, fils d'un notaire du Huelgoat, parti immigrer au QuĂ©bec en 1725, est l'ancĂȘtre de Jack Kerouac.
    15. Voir Ă  ce propos l'interview de Youenn Gwernig Ă  propos de Jack Kerouac : http://www.ina.fr/video/RXF10007542.
    16. Pour une liste des Ɠuvres de Kerouac traduites en français, et des Ă©tudes sur l'auteur et ses Ă©crits, voir Rod Anstee, Maurice Poteet et HĂ©lĂšne BĂ©dard, « Bibliographie de Kerouac », Voix et Image, vol. 13, no 3,‎ , p. 426-434 (lire en ligne [PDF]).
    17. (en) Extraits consultables en ligne, sur googlebooks.
    18. John Clellon Holmes dit ainsi : « The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself », dans « This the Beat Generation ».
    19. Dans « Sur les origines d’une gĂ©nĂ©ration », paru dans Playboy en juin 1959, Kerouac explique qu’il ne faut pas comprendre le mot « beat » dans le sens d'« abattu », mais dans un sens positif, quasi religieux, proche du mot « enthousiasme », Ă©tymologiquement « touchĂ© par Dieu », c'est-Ă -dire dans un sens chrĂ©tien : « Je suis Beat, c’est-Ă -dire que je crois en la bĂ©atitude et que Dieu a tellement aimĂ© le monde qu’il lui a sacrifiĂ© son fils unique. » ».

    Références

    1. Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API.
    2. Prononciation en anglais amĂ©ricain retranscrite selon la norme API. Écouter sur dictionary.com.
    3. (en) William E. Schmidt, « Beat Generation Elders Meet to Praise Kerouac », (consulté le ).
    4. (en) « Hobo sapiens », (consulté le ) : 'It spoke to me', he says simply. 'I couldn't believe that somebody'd be making words that felt like music, that didn't have any music in it, but had music all over it.
    5. Pascal Dupont, « Les vies sabotĂ©es de Jack Kerouac », lexpress.fr,‎ (lire en ligne, consultĂ© le ).
    6. Élisabeth Guigou, « La beat generation et son influence sur la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine », La revue des anciens Ă©lĂšves de l'École nationale d'administration, no hors-sĂ©rie « Politique et littĂ©rature »,‎ (lire en ligne).
    7. Kerouac 1999, p. 57
    8. Ann Charters, Samuel Charters, Brother-Souls: John Clellon Holmes, Jack Kerouac, and the Beat Generation, University Press of Mississippi, 2010, p. 113.
    9. Guglielmina 2006, p. 9.
    10. Hervé Quéméner et Patricia Dagier, p. 20-22.
    11. « Sur les traces de Kerouac » (consulté le )
    12. Propos recueillis par Mathilde GĂ©rard, « "Sur le chemin", un inĂ©dit de Jack Kerouac Ă©crit en français », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consultĂ© le ).
    13. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 23.
    14. Guglielmina 2006, p. 10.
    15. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 24.
    16. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 25.
    17. « Sur la route de Jack Kerouac : L'épopée, de l'écrit à l'écran », sur museedeslettres.fr (consulté le ).
    18. Guglielmina 2006, p. 35.
    19. (en) R. J. Ellis, « Jack Kerouac », sur The Literary Encyclopedia (consulté le ).
    20. Hervé Quéméner et Patricia Dagier, p. 26.
    21. Guglielmina 2006, p. 10 et 11.
    22. Hervé Quéméner et Patricia Dagier, p. 27.
    23. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 37.
    24. Guglielmina 2006, p. 11.
    25. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 38.
    26. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 39.
    27. Ann Charters, Préface.
    28. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 53.
    29. « Un inĂ©dit de Jack Kerouac publiĂ© 40 ans aprĂšs sa mort », LibĂ©ration,‎ (lire en ligne).
    30. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 105-107.
    31. Voir : Rodolphe Christin, « La piste de Jack Kerouac », sur larevuedesressources.org, (consulté le ) à propos des deux attitudes de Kerouac. Gerald Nicosia signale en effet que les services psychiatriques ont diagnostiqué une tendance psychotique, tendance acceptée par Kerouac comme le prouve sa lettre du 7 avril 1943 destinée à George J. Apostolos. Il évoque la complexité de son esprit divisé en deux parties, se définissant en outre par une énumération surprenante : « arriÚre de football - amateur de putains - buveur de biÚre - roi de la plonge - paquet de nerfs - critique de jazz - un moi qui appelle une Amérique puissante et coriace ; qui exige la compagnie de complices fougueux à sang chaud (...) ».
    32. Kerouac 2009, p. 4.
    33. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 55.
    34. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 107-109.
    35. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 56.
    36. (en) David J. Krajicek, « Where Death Shaped the Beats », The New York Times,‎ (lire en ligne).
    37. William Lawlor, p. 57.
    38. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 57.
    39. Vies parallĂšles 1993, p. 105
    40. Vies parallĂšles 1993, p. 74-75
    41. Vies parallĂšles 1993, p. 21
    42. En 2010, la version originale de Sur la route, intitulée Sur la route. Le rouleau original, non censurée et non retravaillée paraßt chez Gallimard, dans Marie Le Douaran, « Aux origines de la Route de Kerouac », sur lexpress.fr (consulté le ).
    43. Jack Kerouac cité par Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 58.
    44. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 141.
    45. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 50.
    46. Gerald Nicosia, Memory Babe, Verticales, 1998, p. 265.
    47. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 71.
    48. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 75.
    49. « La Nouvelle Revue française - La Nouvelle Revue française », sur La Nouvelle Revue française (consulté le ).
    50. « archives.nypl.org -- Jack Kerouac Papers », sur archives.nypl.org (consulté le ).
    51. « L’autre Kerouac », sur Mouvement MontrĂ©al français (consultĂ© le ).
    52. (en) Paul Maher, Kerouac: The Definitive Biography, Taylor Trade Publications, (ISBN 9780878333059, lire en ligne).
    53. « Jack Kerouac, écrivain bilingue | Chantal Guy | Livres », sur La Presse (consulté le ).
    54. « La vie est d'hommage », sur www.editionsboreal.qc.ca (consulté le ).
    55. Le 23 janvier 1955, aprÚs avoir fait le bilan amer du rejet de tous ses manuscrits par les maisons d'édition susceptibles de publier ses textes, Kerouac écrit à Sterling Lord : « Je crois que le temps est venu pour moi de reprendre mes manuscrits et d'oublier l'idée de publier », in Ann Charters, p. 429.
    56. William Lawlor, p. 184.
    57. William Lawlor, p. 184-186.
    58. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 87.
    59. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 89.
    60. « Sans aucun doute, le haĂŻku fut pour Jack ce qui correspondait le plus Ă©troitement Ă  ses attentes de spontanĂ©itĂ©, de fraĂźcheur et de simplicitĂ© dans le cadre de sa quĂȘte spirituelle » explique Bertrand Agostini (prĂ©face du Livre des haĂŻkus de Jack Kerouac, Ă©dition bilingue, La Table Ronde, 2006 (ISBN 271032752X)).
    61. Cité par Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 92.
    62. Il faillit tomber dans la folie, d'aprÚs Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 95.
    63. Hendrik van Gorp et alii, Dictionnaire des termes littéraires, Champion Classiques, 2005, p. 62.
    64. Ann Charters, p. 34 et la note de bas de page.
    65. (en) exhaustive bibliographie critique sur Kerouac et ses ouvrages, Ă©tablie par la bibliographe de la revue Literary Kicks, Sherri.
    66. (en) Christophe Dorny, « Kerouac : un manuscrit qui tient la route » », plume-mag.com, no 43,‎ (lire en ligne).
    67. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 140.
    68. Hervé Quéméner, Patricia Dagier, p. 142.
    69. (en) Gillbert Millstien, « Books of the Times », New York Times,‎ , p. 27 (lire en ligne [PDF]).
    70. (en) « He became increasingly devoted to Catholicism » explique Levi Asher dans la revue littéraire américaine Literary Kicks.
    71. Lettre Ă  Allen Ginsberg du 8 janvier 1958, dans Ann Charters, p. 129.
    72. Kerouac relate cet événement dans le détail dans une lettre du 6 novembre 1958 à John Montgomery, dans Ann Charters, p. 194.
    73. Une lettre Ă  Sterling Lord en date du 4 mars 1957 rĂ©sume sa position Ă  ce sujet, avant mĂȘme la publication de Sur la route : « Cette horrible entreprise de castration par Don Allen [
] est une violation du caractĂšre sacrĂ© de la prose », dans Ann Charters, p. 36.
    74. Dans un entretien filmĂ© donnĂ© Ă  A. Aranowitz, Kerouac revient longuement sur ce fait : « ils ont foutu 3 000 virgules ! [
] ils ont trafiquĂ© les phrases, tout — alors j'ai remis les choses en place, et ils m'ont envoyĂ© une facture de 500 dollars ! », dans Burroughs, Kerouac, PĂ©lieu, p. 37.
    75. Ann Charters, p. 37-38.
    76. L'article d'Alan Watts fut publiĂ© en mĂȘme temps qu'un extrait des Clochards cĂ©lestes et que des textes de Philip Whalen et de Gary Snyder, dans le numĂ©ro d'Ă©tĂ© 1958 de Chicago Review, consultable en ligne.
    77. Lawrence Ferlinghetti écrit le 15 septembre 1962 une lettre de protestation au Times pour défendre Kerouac, lettre qui ne fut cependant jamais publiée, dans Ann Charters, p. 383.
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    84. « Je travaille furieusement sur une nouvelle aventure narrative (je n'écris pas de « romans », comme vous le savez) [...] » explique-t-il dans une note à Sterling Lord, enregistré le 31 mai 1957 et publiée dans Ann Charters, p. 68.
    85. Ann Charters, p. 69.
    86. « La Légende de Duluoz, à laquelle appartiennent tous mes livres à l'exception du premier roman naturaliste The Town and the City » dit-il dans sa lettre à Malcolm Cowley du 4 février 1957, publiée dans Ann Charters, p. 34.
    87. Jack Kerouac y fait allusion dans sa lettre à Patricia Macmanus du 15 octobre 1957, publiée dans Ann Charters, p. 92.
    88. Lettre à Allen Ginsberg du 18 octobre 1957, publiée dans Ann Charters, p. 93.
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    96. « C'est Cowley qui m'a aidĂ©, j'ai donc Ă©crit Ă  Cowley pour le remercier, et il a rĂ©pondu en disant : « peut ĂȘtre qu'un Ă©diteur prendra Sur la Route maintenant » » explique Kerouac dans une lettre Ă  M. Cowley du 23 aoĂ»t 1954, publiĂ©e dans Ann Charters, p. 399.
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    100. Guglielmina 2006, p. 67 et 70.
    101. « Un blues est un poÚme complet écrit sur une page de carnet, de taille moyenne ou petite, de 15 à 20 lignes habituellement, connu sous le nom de chorus » commente Kerouac, dans Book of Blues, Denoël, 2000.
    102. Gary Snyder et Philip Whalen jouĂšrent incontestablement un rĂŽle important dans la dĂ©couverte par Kerouac du bouddhisme, mĂȘme s'il s'Ă©tait dĂ©jĂ  familiarisĂ© avec les textes sacrĂ©s de cette religion dĂšs 1954, notamment les SĆ«tras Mahayanna, sous l'impulsion de Malcolm Cowley. Voir notamment la lettre Ă  Malcolm Cowley du 6 aoĂ»t 1954, publiĂ©e dans Ann Charters, p. 397.
    103. Jack Kerouac, dans American Haikus, Montclair, NJ, Caliban Press, 1986, non publié en français.
    104. William Lawlor, p. 176.
    105. Cités par Bertrand Agostini et Christiane Pajotin, in Jack Kerouac et le haïku, itinéraire dans l'errance, Paroles d'Aube, 1998, (ISBN 2-84384-003-1).
    106. Ann Charters mentionne une lettre de 1957 de Charles Olson : « vous considérant [...] comme un poÚte sur la base de cette pavane à la Major Hoople [...] c'est une forme serrée - délicieuse ». Kerouac selon ses propres termes avait « plastronné comme un dindon » à la réception de ce courrier, in lettre à Charles Olson 12 octobre 1957, publié dans Ann Charters, p. 92.
    107. Les relations avec Lawrence Ferlinghetti furent à ce sujet houleuses. Kerouac, ayant besoin de City Lights comme éditeur, resta toujours modéré dans ses échanges avec lui. Avec d'autres correspondants, il se montrait beaucoup plus critique, allant jusqu'à l'accuser, à mots à peine voilés, de plagiat : « (...) et voilà que paraissent ses nouveaux poÚmes chez New Directions utilisant toutes mes images et mon style » proteste-t-il dans une lettre à Lawrence Ferlinghetti du 8 janvier 1958, publiée dans Ann Charters, p. 126. Voir aussi la lettre à Gary Snyder du 19 juin 1958, in Ann Charters, p. 161.
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    114. Jack Kerouac, « Sur les origines d’une gĂ©nĂ©ration » (The Origins of the Beat Generation), dans la revue Playboy, juin 1959, lire en ligne.
    115. Holmes écrivit en novembre 1957 un article intitulé « The Philosophy of the Beat Generation » sur lequel Kerouac se montra plutÎt réservé. Les deux hommes demeurÚrent toutefois en bons termes. Les relations avec Kenneth Rexroth furent beaucoup plus conflictuelles, comme en témoigne la lettre de Kerouac à John Clellon Holmes du 8 novembre 1957, publiée dans Ann Charters, p. 103.
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] « tu vois, Ian, la dĂ©bauche est la libĂ©ration des contraintes qu’un homme s’impose. En un sens, chaque moment de dĂ©bauche est une insurrection privĂ©e de brĂšve durĂ©e contre les conditions statiques de la sociĂ©tĂ©. ».
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    Annexes

    Bibliographie

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