AccueilđŸ‡«đŸ‡·Chercher

FĂ©e

Une fĂ©e est un ĂȘtre lĂ©gendaire, gĂ©nĂ©ralement dĂ©crit comme anthropomorphe et fĂ©minin, d'une grande beautĂ©, capable de confĂ©rer des dons aux nouveau-nĂ©s, de voler dans les airs, de lancer des sorts et d'influencer le futur. L'idĂ©e que l'homme se fait des fĂ©es varie selon les cultures et les pays : revenantes, anges dĂ©chus, Ă©lĂ©mentaires ou mĂȘme humaines, minuscules ou immenses, toutes sont Ă©troitement liĂ©es aux forces de la nature et au concept de monde parallĂšle. La Befana, la Dame blanche, les sirĂšnes, les nymphes, Morgane, Viviane et une grande variĂ©tĂ© d'ĂȘtres et de crĂ©atures gĂ©nĂ©ralement fĂ©minines peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des « fĂ©es ». Les Anglo-Saxons utilisent le nom fairies pour dĂ©signer les fĂ©es, mais Ă©galement toutes les petites crĂ©atures anthropomorphes du folklore paĂŻen telles que les lutins, les nains et les elfes.

FĂ©e
La peinture montre une fĂ©e regardant vers le peintre. Elle est habillĂ©e d'une robe dĂ©colletĂ©e et des ailes sont visibles dans son dos. Sur sa tĂȘte, des papillons multicolores forment un bandeau. Ses longs cheveux dorĂ©s sont bouclĂ©s. Elle tient entre ses mains un sachet
Peinture d'inspiration prĂ©raphaĂ©lite reprĂ©sentant une fĂ©e. Take the Fair Face of Woman, and Gently Suspending, With Butterflies, Flowers, and Jewels Attending, huile sur toile, Sophie Anderson (1823–1903), collection privĂ©e, Londres.
Créature
Groupe Créature du folklore
Habitat Nature


Issues des croyances populaires et de mythologies anciennes, de la littérature inspirée du folklore et des contes celtiques ainsi que d'anciennes divinités, les fées sont une création de l'Occident médiéval. Elles jouent des rÎles trÚs variés. Si certaines aident, soignent, guident des personnes ou leur fournissent des armes enchantées, d'autres fées sont plus connues pour leurs « tours », leur habitude de danser en cercle et d'enlever des personnes, en particulier les nouveau-nés humains qu'elles remplacent par un changelin. Douées de facultés magiques, elles se déguisent et modifient l'apparence de ce qui les entoure.

DĂšs le XIIe siĂšcle, deux grandes figures fĂ©eriques se distinguent dans la littĂ©rature d'Europe de l'Ouest : la fĂ©e marraine et la fĂ©e amante. Bien connues de la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale, les fĂ©es disparaissent des rĂ©cits Ă  l'arrivĂ©e de la Renaissance, pour rĂ©apparaĂźtre sous de nouvelles formes dans Le Songe d'une nuit d'Ă©tĂ© de William Shakespeare, et les contes merveilleux qui modifient leur taille, leur apparence et leur symbolique. Les petites fĂ©es anglo-saxonnes sont popularisĂ©es durant l'Ă©poque victorienne, notamment par la peinture fĂ©erique. Les fĂ©es font toujours partie intĂ©grante des croyances populaires dans les rĂ©gions de culture celte, en Islande et dans toute la Scandinavie, oĂč des prĂ©cautions Ă  tenir envers elles sont popularisĂ©es par le folklore. Elles restent connues des folklores allemand, français et wallon, bien que les croyances aient largement reculĂ© au XXe siĂšcle. De tous temps, des personnes ont affirmĂ© voir les fĂ©es, communiquer avec elles et invoquer leur aide ; en Angleterre, l'affaire des fĂ©es de Cottingley entraĂźne un long dĂ©bat sur la rĂ©alitĂ© de leur existence.

Les fĂ©es sont dĂ©sormais des personnages incontournables de la littĂ©rature fantastique et fantasy et du cinĂ©ma, entre autres grĂące Ă  Walt Disney qui les a largement popularisĂ©es aux États-Unis, et Ă  des films comme Dark Crystal. Elles intĂ©ressent des chercheurs comme Katharine Mary Briggs, des illustrateurs tels que Cicely Mary Barker, Brian Froud et Alan Lee, ainsi que des conteurs comme l'elficologue Pierre Dubois Ă  qui l'on doit, en France, la redĂ©couverte du folklore qui leur est liĂ©.

Étymologie, terminologie et expressions populaires

Le dĂ©cor de la peinture est une petite cascade qui circule dans une forĂȘt. Au centre de la peinture, une femme nue est assise sur une pierre et ses pieds touchent Ă  peine l'eau.
Le kelpie, fée Unseelie et métamorphe issue du folklore écossais, personnifiant les dangers de l'eau. The kelpie de Herbert James Draper, 1913.

Le mot « fĂ©e » (prononcĂ© [fe] ) provient du latin Fata, nom du genre fĂ©minin qu'il ne faut pas confondre avec le pluriel neutre de fatum, dĂ©signant une dĂ©esse de la destinĂ©e[1] (une Parque)[2] et de genre fĂ©minin. D'aprĂšs Alfred Maury, le vocable fata, utilisĂ© par les Gallo-romains pour dĂ©signer les anciennes divinitĂ©s, est restĂ© dans la mĂ©moire populaire. Fata a donnĂ© « fĂ©e » en langue d'oĂŻl, fadas en occitan et hadas en gascon[3]. Cette racine latine est directement issue des trois Parques de la mythologie romaine, Ă©galement connues sous le nom de fatae[4], dont l'Ă©quivalent dans la mythologie grecque est le groupe des trois Moires, divinitĂ©s gardiennes du Destin (moĂŻra en grec ancien, signifiant « lot », « part qui revient Ă  chacun »). Ce dernier terme est dĂ©rivĂ© d'un verbe signifiant Ă  la fois « recevoir sa part » et « ĂȘtre sĂ©parĂ© de »[5]. L'Ă©tymologie latine et grecque laisse Ă  penser que la fĂ©e est liĂ©e au destin, ou bien possĂšde une capacitĂ© Ă  l'influencer, ainsi qu'un don de prĂ©diction.

En français moderne, « fée » possÚde un genre grammatical féminin qui accentue la caractéristique sexuée féminine. Dans d'autres cultures occidentales, « fée » est traduit par un mot sans lien avec la racine latine fata. En effet, les cultures irlandaises et scandinaves utilisent respectivement les racines alfr (gaélique) et Àlf (norrois)[Note 1] ; cette derniÚre racine étant celle du mot « elfe ». On constate alors que la définition de la nature et du rÎle des fées est beaucoup moins restrictive, autant dans l'étymologie que dans le folklore féerique, et peut englober toutes les créatures du petit peuple.

D'aprĂšs Alfred Maury, le terme « fĂ©e » Ă©tait autrefois utilisĂ© comme adjectif. Issu du latin fatum et du bas latin fatatus, il est devenu « faĂ© »[Note 2] sous la forme mĂ©diĂ©vale en ancien français, puis « fĂ© »[Note 3], signifiant « destinĂ© » et « enchantĂ© »[3]. On l'utilisait pour qualifier tout lieu, objet ou ĂȘtre surnaturel[6], l'adjectif prenant alors le sens « d'enchantĂ© », c'est-Ă -dire touchĂ© par une magie, ou selon le dictionnaire d'Antoine FuretiĂšre de 1694, comme une « chose enchantĂ©e par quelque puissance supĂ©rieure, des armes fĂ©es, qui ne peuvent ĂȘtre percĂ©es »[7]. Cet usage s'est perdu et ne subsiste que dans quelques langues rĂ©gionales, mais l'anglais l'utilise encore avec le vocable faery[6], Ă©galement orthographiĂ© fairy . On utilisait Ă©galement le verbe « fĂ©er » dans le sens d'« enchanter » ou « ĂȘtre enchantĂ© »[Note 4].

De nombreuses Ă©pithĂštes sont utilisĂ©es pour dĂ©signer les fĂ©es, telles que « bonnes », « bonnes-dames » et « bonnes et franches pucelles » en français[8], « bon peuple », « peuple des FĂ©es » (wee folk, good folk, people of peace, fair folk
) ou d'autres euphĂ©mismes en langue anglaise[9], laissant Ă  supposer qu'il est dangereux ou irrespectueux de prononcer leur nom[10].

Les fées sont par ailleurs à l'origine de nombreux proverbes et expressions populaires liés à leurs qualités supposées, comme leur habileté manuelle: « avoir des doigts de fée »[11], une « fée du logis »[12], un « travail/ouvrage de fée »[12].

Caractéristiques

La photo montre un homme barbu assis de profil.
Pierre Dubois, spécialiste français du petit peuple, dédicace l'un de ses albums en dessinant une fée au festival Trolls et Légendes de Mons, avril 2011.

La notion de « fĂ©es » a donnĂ© naissance Ă  des mythes, des histoires et des Ă©tudes sur une trĂšs longue pĂ©riode[13]. Elles sont majoritairement vues comme des ĂȘtres anthropomorphes dotĂ©s de pouvoirs magiques, qui interviennent dans la vie des humains[2]. Cependant, l'oubli ou l'assimilation des divers folklores ont crĂ©Ă© une confusion entre des crĂ©atures aux noms et aux caractĂ©ristiques opposĂ©es, issues de langues et de traditions distinctes. Les fĂ©es sont donc multiformes et de nombreuses classifications ont Ă©tĂ© Ă©tablies Ă  leur sujet.

Créatures décrites comme « fées »

Pierre Dubois dans La Grande Encyclopédie des fées

Ce sont les dĂ©itĂ©s des lieux, des sources, des montagnes, des prĂ©s et des bois, les maĂźtresses de nos songes, les Reines d'Avallon, les Serpes de l'obscur, les Nymphes de l'aurore ; celles qui font et dĂ©font les saisons. Mais ces « Puissantes », dont certains hĂ©sitent Ă  prononcer le nom, possĂšdent un cƓur de femme que brise le moindre manquement[10].

Le nom « fée » désigne des créatures différentes en fonction des pays et des racines linguistiques.

Conception française et germanique

FĂ©e telle que popularisĂ©e par les contes merveilleux, ici, sur une image d'Épinal illustrant L'Oiseau Bleu.

Selon la conception française et germanique des fĂ©es, ce sont des ĂȘtres fĂ©minins dotĂ©s de pouvoirs surnaturels influant sur la destinĂ©e humaine. Laurence Harf-Lancner propose la dĂ©finition de « femme surnaturelle, habitante d'un Autre Monde qui dĂ©laisse son lointain royaume pour s'intĂ©resser de prĂšs aux affaires des mortels et diriger leur destinĂ©e »[14]. Le Dictionnaire Bouillet les prĂ©sente au XIXe siĂšcle comme jouissant d'un pouvoir surhumain, mais soumises quelquefois Ă  des lois Ă©tranges et humiliantes.

L'elficologue Pierre Dubois, spĂ©cialiste français du sujet et auteur de La Grande EncyclopĂ©die des fĂ©es parue en 1996, les prĂ©sente comme des marraines, devineresses et enchanteresses reprĂ©sentant les forces de la nature, bien distinctes des elfes et des lutins, esprits masculins, souvent farceurs pour ces derniers[Note 5]. Il distingue les fĂ©es qui contrĂŽlent le ciel, par exemple en faisant tomber la neige, la pluie et l'orage, ou qui annoncent les saisons telles le printemps et la pĂ©riode de l'Avent, la Befana et la Guillaneu Ă©tant des exemples[15]. Les « fĂ©es du foyer » sont celles qui vivent dans les demeures humaines qu'elles protĂšgent, mais peuvent aussi terroriser les habitants ou mettre le dĂ©sordre, telles les gianes et les martes[16]. Cette distinction avait Ă©tĂ© dĂ©jĂ  envisagĂ©e par Katharine Mary Briggs[17]. Il distingue ensuite les fĂ©es venues d'autres mondes, souvent nocturnes, comme les dames blanches, les banshees et les lavandiĂšres de nuit[18]. Restent les fĂ©es des eaux, celles de la vĂ©gĂ©tation, et les fĂ©es aĂ©riennes liĂ©es au rĂȘve comme Margot, Morgane et Viviane[19]. Bien qu'il voie les fĂ©es comme fĂ©minines, il mentionne aussi des hommes-fĂ©es (ou « fĂ©etauds ») dont parlait Paul SĂ©billot, le plus illustre reprĂ©sentant Ă©tant le roi ObĂ©ron[20].

Dans les croyances germaniques, elles-mĂȘmes influencĂ©es par des emprunts Ă  la littĂ©rature celtique et romane, Claude Lecouteux distingue trois types d'ĂȘtres surnaturels : les gĂ©ants, les nains et les fĂ©es[21].

Conception anglo-saxonne

La notion de fĂ©e dans le monde anglo-saxon est diffĂ©rente de celle qui prĂ©vaut dans la Francophonie. Le terme français « fĂ©e », repris en langue allemande, ne dĂ©signe pas toujours le mĂȘme type de crĂ©ature que les termes anglais « fairies » et « faeries ». Pour la spĂ©cialiste anglaise Katharine Mary Briggs, le mot fairies (« fĂ©es ») peut dĂ©crire toute crĂ©ature magique (un cheval-fĂ©e, une biche-fĂ©e, etc.), l'ensemble du petit peuple, ou un type spĂ©cifique de crĂ©atures plus Ă©thĂ©rĂ©es[22]. Certaines crĂ©atures anglo-saxonnes dĂ©crites comme fĂ©es possĂšdent le pouvoir de se mĂ©tamorphoser, c'est le cas des selkies (peuple des phoques) et des kelpies (chevaux ondins). Les chiens noirs, eux aussi « fĂ©es », semblent plus constants dans leur forme[23]. Le nom de « fairies » concerne le petit peuple issu de la mythologie celtique dans son ensemble, incluant les lutins, les nains et les elfes du folklore germanique, les trolls, les gnomes, les korrigans, etc.[17]. Dans la culture anglo-saxonne ainsi que la germanique, c'est la « fĂ©e des dents » qui remplace les dents de laits perdues par les enfants par de l’argent. En Italie, ce personnage coexiste avec la petite souris[24].

Archétypes féeriques

L'Ă©tude du folklore et de la littĂ©rature ont permis de distinguer les diffĂ©rents rĂŽles attribuĂ©s aux fĂ©es, notamment via les travaux des universitaires Katharine Briggs (An Encyclopedia of Fairies[25]) et Laurence Harf-Lancner (Le Monde des fĂ©es dans l'Occident mĂ©diĂ©val[26]). Selon elle, deux grands archĂ©types fĂ©eriques peuvent ĂȘtre identifiĂ©s dĂšs le Moyen Âge : celui de la fĂ©e dite « fata », ou fĂ©e marraine, et celui de la fĂ©e amante. Ils semblent s'ĂȘtre diffĂ©renciĂ©s au XIIe siĂšcle, par le biais de la littĂ©rature inspirĂ©e du folklore et des contes celtiques, alors qu'ils Ă©taient auparavant fondus en un seul[27]. Les deux Ă©taient connues du folklore vers l'an mille, ainsi que le rapporte Burchard de Worms[4]. Cette distinction ne fait toutefois pas l'unanimitĂ© chez les spĂ©cialistes, notamment en ce qui concerne les fĂ©es de la lĂ©gende arthurienne, dont les rĂŽles sont multiples[Note 6]. Les contes merveilleux ont popularisĂ© la fĂ©e marraine et son antithĂšse, la fĂ©e Carabosse.

Durant le Moyen Âge germanique et selon Claude Lecouteux, les fĂ©es peuvent se faire tour Ă  tour anges gardiens, mĂ©decins, guides et Ă©ducatrices, possĂšdent des objets merveilleux et des dons magiques, ainsi qu'une capacitĂ© Ă  surgir Ă  point nommĂ© pour aider les hĂ©ros (fonction adjuvante)[21]. Dans certains textes mĂ©diĂ©vaux tels Artus de Bretagne, les fĂ©es sont le « double tutĂ©laire d'un hĂ©ros assurant le cycle saisonnier »[28]. Lecouteux a examinĂ© la croyance mĂ©diĂ©vale du double, dont il semble voir des rĂ©miniscences issues d'un chamanisme primitif dans le lai de Lanval[29].

Fée fata ou fée marraine

Au centre de la photo, un enfant est couché dans un berceau décoré de longs tissus blancs. Trois fées debout autour du berceau observent l'enfant.
FĂ©es marraines autour du berceau de La Belle au bois dormant, scĂšne du ChĂąteau d’UssĂ© en Indre-et-Loire.

Selon Laurence Harf-Lancner, la fĂ©e fata, ou fĂ©e marraine, est vraisemblablement issue d'un mĂ©lange entre la figure des trois Parques de la mythologie romaine et des triades tutĂ©laires celtiques liĂ©es Ă  la fertilitĂ© et l'abondance, dont le souvenir est demeurĂ© vivace au Moyen Âge. Cette crĂ©ature tutĂ©laire se penche sur le berceau d'un nouveau-nĂ© pour apporter protection et grĂąces magiques, c'est une fĂ©e « matrone » comme dans le conte La Belle au bois dormant et sa forme plus ancienne, Perceforest. Elle Ă©tait semble-t-il vĂ©nĂ©rĂ©e vers l'an mille[4]. Ces fĂ©es maternelles Ă©lĂšvent et Ă©duquent de jeunes hĂ©ros, avant de leur remettre des armes merveilleuses[30].

FĂ©e amante

« Belles Ă  nulle autre pareille, et qui plus est enchanteresses, et qui plus est Ă©ternelles ! À qui d'autre peut mieux rĂȘver le rĂȘveur de rĂȘves qui n'a que le rĂȘve pour aimer et ĂȘtre aimĂ© au-dessus de ses moyens ? Qui d'autre pour lui entrouvrir l'or des aventures, des serments d'immortalitĂ©, accomplir ses espĂ©rances d'enfance lorsqu'il se voulait chevalier, chasseur de dragon, amant pour toujours d'une fĂ©e belle Ă  nulle autre pareille ? »

— Pierre Dubois, Lanval[31]

Une femme à la longue chevelure rousse et habillée d'une robe rouge se tient sur un cheval noir. Elle se penche vers un chevalier en armure, probablement pour l'embrasser. Ils se tiennent dans un pré et sont entourés de collines.
Des histoires de chevaliers tombant amoureux de fées se retrouvent partout. La Belle Dame sans merci, peinture de Frank Bernard Dicksee.

Burchard de Worms met en garde contre la croyance selon laquelle des femmes de la forĂȘt sorties de nulle part viennent donner du plaisir aux hommes, puis disparaissent : ce tĂ©moignage aux alentours de l'an mille est l'un des plus anciens concernant la fĂ©e amante[27]. Elle est dĂ©crite comme une magnifique jeune femme surnaturelle qui Ă©veille chez les chevaliers et les hĂ©ros un dĂ©sir d'amour immĂ©diat. Des histoires oĂč les hommes hĂ©roĂŻques se font aimer de telles crĂ©atures fĂ©minines se retrouvent partout dans le monde, aussi bien en GrĂšce antique que chez les Inuits ou les AmĂ©rindiens[2]. La fĂ©e amante est toutefois une crĂ©ation littĂ©raire occidentale du XIIe siĂšcle[4]. Ses amours sont toujours assujetties Ă  une condition (dans le lai de Lanval, il s'agit de ne pas en parler et dans la lĂ©gende de MĂ©lusine, de ne pas chercher Ă  la voir le samedi). Si l'interdit n'est pas respectĂ©, la fĂ©e peut se venger cruellement, allant jusqu'Ă  donner la mort Ă  ses amants[2]. La Belle Dame sans merci, hĂ©roĂŻne d'un poĂšme de John Keats, la reine des fĂ©es dans Thomas le Rhymer et celle de Tam Lin sont des exemples de fĂ©es amantes piĂ©geant les hommes par leur amour.

Vieille fée et mauvaise fée

La Befana, vieille fée de Noël qui apporte des cadeaux aux enfants italiens.

Les contes ont popularisĂ© la figure de la fĂ©e Carabosse, ou vieille fĂ©e, antithĂšse de la fĂ©e marraine, qui maudit les nouveau-nĂ©s. Cependant, les vieilles fĂ©es se rencontrent Ă©galement dans le folklore français, oĂč si elles semblent Ă©ternellement vieilles[32], elles ne se rĂ©vĂšlent pas toujours malĂ©fiques. Pierre Dubois en cite plusieurs en Europe, comme la Befana[33], tante Arie[34] et les trottes-vieilles, qui apportent les cadeaux de NoĂ«l. Toutefois, la plupart sont malĂ©fiques, telles la chauchevieille[35], Meiga[36], et les fĂ©es dĂ©chues (Fausserole, Teugghia)[37], parfois issues de la diabolisation des esprits du terroir. Les Sluagh sont souvent dĂ©crites comme des fĂ©es mortes-vivantes. Au Maroc, AĂŻcha Kandicha, sorte de fĂ©e ogresse de la culture musulmane, est comparable Ă  la fĂ©e Carabosse[38].

Esprits élémentaires et forces de la nature

Bon nombre de fĂ©es personnifient des forces de la nature et peuvent avoir pour fonction de la protĂ©ger ou de symboliser ses attraits comme ses dangers[39]. Il est universellement reconnu que les fĂ©es ne sont jamais liĂ©es aux zones urbaines, mais plutĂŽt Ă  la nature, et particuliĂšrement aux forĂȘts, collines et points d'eau[40]. Gaston Bachelard, notamment, a attribuĂ© aux ÉlĂ©ments naturels une existence autre que physique, ayant trait Ă  leur symbolisme, Ă  leur cĂŽtĂ© poĂ©tique et aux crĂ©ations imaginaires qu'ils suscitent, comme celle des fĂ©es[41]. Certains cultes Ă  la nature sont Ă  l'origine de croyances fĂ©eriques, un peu partout dans le monde[42].

FĂ©es des eaux
Du cÎté gauche de la peinture se tient une sirÚne. Assise sur une berge, elle observe une fillette nue qui vient vers elle du cÎté droit. En arriÚre-plan se trouve une paroi rocheuse.
Les sirÚnes font partie des fées aquatiques selon Pierre Dubois. Ici, The Land Baby de John Collier, 1899.

Les fĂ©es des eaux sont universellement connues, et incluent les sirĂšnes, les nixes, les ondines, la vouivre, les Marie Morganes[43], la Rusalka, Vila, et mĂȘme MĂ©lusine, Morgane ou la Dame du lac Ă  l'origine. Claude Lecouteux cite un grand nombre d'ĂȘtres anthropomorphes cachĂ©es sous les eaux Ă  guetter le passage d'imprudents pour les dĂ©vorer, dans le folklore germanique[21]. Il semblerait que les naĂŻades, les NĂ©rĂ©ides et les sirĂšnes de la mythologie grecque soient aussi Ă  l'origine de la « fĂ©e des eaux »[44]. La folkloriste Françoise Morvan a Ă©tudiĂ© ces crĂ©atures fĂ©minines qui, depuis des siĂšcles, hantent les traditions populaires et donnent naissance Ă  des rĂ©cits Ă©tranges, qui ont eux-mĂȘmes servis de source au romantisme europĂ©en[45]. La mer primordiale Ă©tant un Ă©lĂ©ment fĂ©minisĂ©, la perception symbolique des riviĂšres, sources et lacs est alors la mĂȘme, celle d'un Ă©lĂ©ment fĂ©minin qui influence la reprĂ©sentation des fĂ©es aquatiques comme superbes femmes Ă  la longue chevelure flottante. Les fĂ©es des eaux ont toutes Ă©tĂ© diabolisĂ©es par le christianisme mĂ©diĂ©val[46].

Fées des végétaux
Wistman's Wood, dans la forĂȘt du Dartmoor, est un lieu que l'on dit frĂ©quentĂ© par les fĂ©es.

Les fĂ©es des vĂ©gĂ©taux, de la minuscule pillywiggin anglaise protectrice des fleurs Ă  la dame verte de Franche-ComtĂ©[47], sont trĂšs nombreuses. Le culte des arbres est attestĂ© avant la christianisation, preuve que le rĂšgne vĂ©gĂ©tal est personnifiĂ© et considĂ©rĂ© (en quelque sorte) comme « fĂ©e » depuis l'AntiquitĂ©[48]. Alfred Maury assure que le respect religieux avec lequel les anciens Celtes pĂ©nĂ©traient dans les forĂȘts est dĂ» Ă  leur considĂ©ration comme demeure des divinitĂ©s[49]. Les dryades et hamadryades, Ă  l'origine divinitĂ©s mineures du culte des arbres et de la forĂȘt dans la mythologie grecque, sont parfois vues comme des fĂ©es[50]. La blanche biche des lĂ©gendes mĂ©diĂ©vales, qui apparaĂźt au milieu des forĂȘts et pousse les hommes Ă  la suivre, est encore une fois liĂ©e aux fĂ©es[51] puisque dans ce type de lĂ©gende, la poursuite d'un gibier blanc (biche, cerf, liĂšvre ou sanglier) en pleine forĂȘt mĂšne Ă  leur royaume[52].

Cette association des fĂ©es aux forĂȘts est due au fait qu'il suffit d'entrer dans une forĂȘt pour ressentir l'impression de « s'enfoncer dans un monde sans limite », d'aprĂšs Gaston Bachelard. Pierre Dubois interprĂšte cette sensation comme une ouverture aux rencontres fĂ©eriques[53].

La croyance populaire associe les forĂȘts de Huelgoat, de Fouesnant, de BrocĂ©liande (la forĂȘt de Paimpont), du Dartmoor et du Devon (Wistman's Wood), ainsi que les landes Ă©cossaises et Irlandaises (telles Glendalough) aux demeures des fĂ©es, assurant que ces crĂ©atures s'y trouvent encore[52].

Changelings

Un changeling (ou changelin) est un ĂȘtre fĂ©erique substituĂ© Ă  un enfant, dont la lĂ©gende est connue dans toute l'Europe de l'Ouest. Les raisons d'un tel Ă©change sont multiples, il peut s'agir d'un tour jouĂ© par les fĂ©es, du paiement d'une dette contractĂ©e par les parents de l'enfant ou de la fascination des fĂ©es pour les bĂ©bĂ©s humains.

Classifications

Selon l'illustrateur et spĂ©cialiste anglais Brian Froud, « la classification des fĂ©es est notoirement difficile parce que les fĂ©es sont des ĂȘtres fluides et se mĂ©tamorphosent, changeantes comme l'humeur ou les pensĂ©es de qui les observe »[54]. Ce serait mĂȘme dangereux selon Pierre Dubois, qui affirme que tenter de classifier le petit peuple serait « la plus grave des impolitesses »[55]. De nombreuses classifications ont toutefois Ă©tĂ© Ă©tablies depuis celle de Paracelse : l'Allemand Karl GrĂŒn, auteur des Esprits Ă©lĂ©mentaires paru en 1891[56], classe ainsi les fĂ©es en « dĂ©esses du Destin » (Ă  l'origine des personnages qui visitent les demeures au Nouvel An), esprits Ă©lĂ©mentaires fĂ©minins des forĂȘts, collines, rochers et eaux (MakrĂąlle, Dame Abonde
), et « femmes rĂ©putĂ©es ĂȘtre des fĂ©es », devenues des apparitions aĂ©riennes ou des sorciĂšres[57].

L'une des classifications les plus influentes chez le petit peuple est la division entre la Cour Seelie (ou parfois « Cour de l'Eté » ou « des LumiÚres ») et la Cour Unseelie (ou parfois « Cour de l'Hiver » ou « des TénÚbres »), d'aprÚs le folklore écossais et dont parle Brian Froud[58]. Cette distinction accentue l'étrangeté de ces créatures, et se différencie d'une distinction plus manichéenne présente dans les folklores scandinave et écossais, qui transposent sur le petit peuple les valeurs d'une morale humaine (bien et mal) et différencient créatures « bienveillantes » et « malveillantes »[17].

Paracelse

L'alchimiste Paracelse associe un certain nombre de créatures féeriques aux quatre éléments, dans Astronomia magna et Le livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits[59]. Il voit dans les nymphes des habitantes des eaux et dans les sylphes ceux de l'air.

« Le mot inanimatum dĂ©signe six familles d'hommes sans Ăąme
 Ces hommes sans Ăąme sont d'abord ceux des quatre familles qui habitent les quatre ÉlĂ©ments : les nymphes, nymphae, filles de l'eau ; les fils de la terre, lĂ©mures, qui habitent sous les montagnes ; les esprits de l'air, gnomi ; les gĂ©nies du feu, vulcani. Les deux autres familles sont composĂ©es d'hommes qui sont Ă©galement nĂ©s sans Ăąme; mais qui, comme nous, respirent en dehors des ÉlĂ©ments. Ce sont d'une part les gĂ©ants et d'autre part les nains qui vivent dans l'ombre des forĂȘts, umbragines
 [
] Tous ces ĂȘtres sans Ăąme sont produits Ă  partir de semences qui proviennent du ciel et des ÉlĂ©ments, mais sans le limon de la terre
 Ils viennent au monde comme les insectes formĂ©s dans la fange [par gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e]. »

— Paracelse, La grande astronomie[60]

Seelie

Les fĂ©es Seelie sont vues comme plus gentilles envers les humains. « Seelie » signifie « bĂ©ni » ou « saint », il est semblable au mot allemand « selig » et au mot de vieil anglais « sĂŠlig » (l'ancĂȘtre du mot anglais « silly » : « joyeux », « inoffensif » ou « bĂ©nĂ©fique »). En irlandais, le mot s'Ă©pĂšle « seleighe ». Elles rechercheraient l'aide des humains, mettant en garde ceux qui les ont offensĂ©es involontairement et rĂ©pondant en retournant des faveurs. Pourtant, une fĂ©e qui appartient Ă  cette cour se venge des insultes et demeure capable de malice[61]. Selon Briggs, elles apprĂ©cient jouer des tours, mais restent dans le fond trĂšs gentilles et gĂ©nĂ©reuses[62]. Le meilleur moment de la journĂ©e pour les voir serait le crĂ©puscule[58]. Le hobgoblin est l'une des fĂ©es Seelie les plus communes (Puck du Songe d'une nuit d'Ă©tĂ© de Shakespeare est probablement le plus connu). Le brownie, les selkies et les leprechauns sont aussi des fĂ©es Seelie.

Unseelie

Les fées Unseelie (du gaélique Seelie, béni, avec le préfixe privatif un) sont les plus malintentionnées envers les humains. Généralement hideuses, solitaires, capables d'attaquer des personnes sans raison, elles se soumettent rarement à une quelconque autorité[63]. La nuit, ces fées formeraient des bandes pour attaquer les voyageurs : projetés dans les airs, ils sont battus et forcés à tirer des projectiles elfiques vers des troupeaux de vaches[58] - [64]. Tout comme les fées Seelie ne sont pas toujours bienveillantes, les fées Unseelie ne sont pas toujours mauvaises, mais lorsqu'elles ont le choix, elles préfÚrent blesser les humains plutÎt que de les aider. Les Fuathan, le Red Cap, les boggarts et les buttery spirits font partie des fées Unseelie[65].

Trooping fairies et solitary fairies

Carterhaugh, en Écosse, serait le lieu oĂč la troupe des fĂ©es de la lĂ©gende de Tam Lin vient Ă  passer.

William Butler Yeats a partagĂ© les fĂ©es en solitary fairies « fĂ©es solitaires » et en trooping fairies « fĂ©es en troupe » dans Fairy and Folk Tales of the Irish Peasantry (1888)[66], toute sa conception de l'univers fĂ©erique Ă©tant basĂ©e sur cette classification, qui n'avait jamais Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par les folkloristes irlandais auparavant[67]. James Macdougall (dans Folk Tales and Fairy Lore) et Katharine Mary Briggs mentionnent cette distinction. Les fĂ©es qui apparaissent en groupe pourraient constituer des colonies[17]. Katharine Mary Briggs a fait remarquer qu'un troisiĂšme classement pourrait ĂȘtre nĂ©cessaire pour les « fĂ©es domestiques » qui vivent dans les maisons, mĂȘme si elles se joignent Ă  d'autres fĂ©es pour danser par exemple[68]. L'aristocratie du monde fĂ©erique appartient aux trooping fairies[58]. Leur nom provient du fait qu'elles circulent en de longues processions (des troupes), telle celle dont Tam Lin a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©[69]. Une fĂ©e de ce groupe peut ĂȘtre grosse ou petite, amicale ou sinistre[68]. Au contraire des trooping fairies, les solitary fairies vivent seules et sont rĂ©putĂ©es mauvaises et malicieuses, les brownies exceptĂ©s puisqu'ils aideraient aux tĂąches mĂ©nagĂšres[68].

FĂ©es issues de cultures non-occidentales

La fĂ©e est originellement spĂ©cifique Ă  l'Europe de l'Ouest, mais l'utilisation du nom et la symbolique attachĂ©e font que le mot « fĂ©e » a pu ĂȘtre utilisĂ© pour dĂ©signer des crĂ©atures issues de cultures diffĂ©rentes, remplissant les mĂȘmes fonctions. En Malaisie, sous le nom de pari-pari (en Malais) ou peri (en IndonĂ©sien), on retrouve des crĂ©atures exquises, ailĂ©es, entre les anges et les esprits malĂ©fiques, qui visitent parfois le royaume des mortels, viennent en aide aux personnes dotĂ©es d'un cƓur pur et sont liĂ©es Ă  la nature. Walter Scott dit, sans certitude, qu'elles Ă©taient originellement des fĂ©es dans son ouvrage DĂ©monologie et sorcellerie, paru en 1832[70]. Les crĂ©atures liĂ©es Ă  la mythologie Shinto et au folklore japonais, telle que le kappa, sont Ă©galement trĂšs proches des fĂ©es et remplissent les mĂȘmes fonctions[71], tout comme Matergabia et les Poludnitsa de la mythologie slave, ou encore les Suchi du Pakistan.

Apparence et nature des fées

La peinture montre une petite fĂ©e aux ailes de libellules dont la tĂȘte cache en partie le Soleil. Elle se tient dans un dĂ©cor brumeux.
Dans le folklore anglais influencĂ© par l'Ă©poque victorienne (et contrairement au folklore français), les fĂ©es sont perçues comme de petits ĂȘtres ailĂ©s. Spirit of the Night de John Atkinson Grimshaw, 1879.

L'apparence et la nature supposĂ©es des fĂ©es ont largement Ă©voluĂ© au fil du temps, et prĂ©sentent des diffĂ©rences en fonction des pays. L'Ă©crivain C. S. Lewis a notĂ© que celles-ci peuvent ĂȘtre perçues comme des revenantes, une forme de dĂ©mon, une espĂšce totalement indĂ©pendante des humains, ou mĂȘme des anges[72].

Dans la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale française, les fĂ©es sont des femmes parfaites qui ne prĂ©sentent aucun attribut physique diffĂ©rent des humains : celles du XIIe siĂšcle apparaissent grandes, blondes, et d'une beautĂ© sans Ă©gale. Elles sont distinguĂ©es davantage par leurs habitudes et occupations que par leur physique. Les ailes et la baguette magique sont des ajouts des auteurs de l'Ă©poque classique[6]. Le Dictionnaire Bouillet, au XIXe siĂšcle dit qu'on les reprĂ©sente tantĂŽt sous la figure d'une femme jeune, belle, couverte d'habits magnifiques, tantĂŽt comme une vieille ridĂ©e et couverte de haillons, parfois armĂ©es d'une baguette magique, instrument de leur puissance surnaturelle. Enfin, sans ĂȘtre immortelles, elles ont une existence de plusieurs milliers d'annĂ©es, mais pour J.M. Barrie, « Chaque fois qu'un enfant dit : « Je ne crois pas aux fĂ©es. », il y a, quelque part, une petite fĂ©e qui meurt. ». La plupart du temps, les fĂ©es semblent porter des vĂȘtements correspondant Ă  leur Ă©poque, toutefois, les lais des XIIe et XIIIe siĂšcles les prĂ©sentent dĂ©vĂȘtues, en relation avec l'Ă©rotisme de la fĂ©e amante[32]. En Angleterre, les vĂȘtements des fĂ©es sont verts[73], tout comme ceux des dames vertes en Franche-ComtĂ©.

À la gauche de la photo, un chevalier qui semble blessĂ© est supportĂ© par une femme, les deux Ă©tant assis par terre. À la droite, une fĂ©e en position debout brandit une baguette.
La présence d'ailes et d'une baguette magique chez les fées est attestée dÚs le XVIIIe siÚcle, et en est devenue une caractéristique populaire. ScÚne du film de 1918 Queen of the Sea.

Dans les croyances germaniques, les fĂ©es peuvent ĂȘtre trĂšs laides et possĂ©der des attributs monstrueux tels que des Ă©cailles et des cheveux en soies de porc, ou alors se rĂ©vĂ©ler comme des femmes d'une beautĂ© incomparable[21]. Dans la culture populaire anglo-saxonne (notamment en Angleterre), les fĂ©es sont souvent dĂ©peintes comme de jeunes femmes, parfois ailĂ©es et gĂ©nĂ©ralement de petite taille (un hĂ©ritage du XVIe siĂšcle et notamment du Songe d'une nuit d'Ă©tĂ© qui a popularisĂ© cette idĂ©e[74]). Elles Ă©taient Ă  l'origine reprĂ©sentĂ©es trĂšs diffĂ©remment, de la grande crĂ©ature lumineuse et angĂ©lique Ă  la petite crĂ©ature ratatinĂ©e Ă  l'allure de troll. Leur taille va du minuscule, comme les pillywiggins qui mesureraient un centimĂštre, Ă  celle d'un enfant humain[75]. Toutefois, cette petite taille est le rĂ©sultat de leur magie plutĂŽt qu'une caractĂ©ristique naturelle[76]. Les ailes, qui sont un Ă©lĂ©ment si commun dans les reprĂ©sentations d'artistes Ă  l'Ă©poque victorienne, et plus tard un attribut indissociable de la fĂ©e anglo-saxonne, sont trĂšs rares dans le folklore. Les fĂ©es, mĂȘme de trĂšs petite taille, sont censĂ©es voler grĂące Ă  la magie, parfois sur des tiges de sĂ©neçon ou sur le dos des oiseaux[77]. Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, ces fĂ©es sont souvent reprĂ©sentĂ©es avec des ailes d'insecte ordinaire, comme le papillon.

Il existe aussi dans le folklore français quelques attestations de fées mùles (ou « féetauds[78] » au masculin), en particulier d'aprÚs Paul Sébillot.

Revenantes

À la gauche du dessin, un homme malade ou mourant est allongĂ© dans un lit. Au centre, une femme s'Ă©loigne Ă  la course d'une femme masquĂ©e et habillĂ©e en blanc qui se tient Ă  la droite du dessin.
La dame blanche est à la fois vue comme une fée et comme un fantÎme (Apparition d'une dame blanche au chevet d'un mourant, Labeauce et Minne, 30 septembre 1857).

Une croyance populaire, rapportĂ©e par Katharine Mary Briggs, dĂ©crit les fĂ©es comme une forme de revenantes[79]. La banshee irlandaise, bean sĂ­ en gaĂ©lique irlandais et bean shĂŹth en gaĂ©lique Ă©cossais, est quelquefois dite ĂȘtre une fĂ©e, d'autres fois un fantĂŽme[80], tout comme la dame blanche[81] qui prĂ©dit la mort des rois[39]. Le Cauld Lad of Hylton du Nord de l'Angleterre, dĂ©crit comme un petit garçon assassinĂ©, est un autre esprit de la maison semblable aux brownies[82], apparaissant la plupart du temps sous la forme d'un Barghest ou d'un elfe[83]. Un conte mentionne un homme, capturĂ© par les fĂ©es, et qui constate un jour, alors qu'il en regarde une fixement, que la fĂ©e est l'un de ses voisins morts[84]. Cette conception de la fĂ©e en tant que revenante serait l'une des plus courantes dans les pays anglo-saxons, bien que la plupart des personnes s'Ă©tant exprimĂ©es sur le sujet aient Ă©galement mentionnĂ© leurs doutes[85]. Il existe d'Ă©troites similitudes entre le monde fĂ©erique, tel qu'il est perçu par le folklore, dans lequel s'Ă©lĂšvent des chĂąteaux et vivent des fĂ©es en tous points semblables Ă  des femmes magnifiques, et le sidh de la mythologie celtique, que l'on nomme Ă©galement l'« Autre Monde », et oĂč les morts sont en tous points semblables aux ĂȘtres humains[86].

ÉlĂ©mentaires

FĂ©es transparentes et Ă©thĂ©rĂ©es sur une peinture. Formant une file, leur attention est attirĂ©e vers la gauche d'oĂč sort une lumiĂšre.
Les fĂ©es peuvent ĂȘtre vues comme des esprits de l'air ou des ĂȘtres Ă©thĂ©rĂ©s (Fairies Looking Through A Gothic Arch par John Anster Fitzgerald).

Une autre perception des fées en fait une espÚce distincte des humains et des anges, dotée d'intelligence[87]. En alchimie, tout particuliÚrement, on trouve la mention d'élémentaires comme les gnomes et les sylphes, tels qu'ils ont été décrits par Paracelse[88]. Cette conception est rare dans le folklore, mais quelques occurrences décrivant les fées comme des esprits de l'air ont connu une certaine popularité[89].

Le rĂ©vĂ©rend Robert Kirk de la paroisse d'Aberfoyle, Ă  Stirling en Écosse, a Ă©crit un ouvrage majeur consacrĂ© aux connaissances fĂ©eriques en 1691, La RĂ©publique mystĂ©rieuse des elfes, faunes, fĂ©es et autres semblables, dans lequel il les dĂ©crit en tant qu'Ă©lĂ©mentaires :

Fée ailée volant sur le dos d'un insecte.
FĂ©e anglaise volant sur le dos d'un insecte (illustration pour Princess Nobody par Richard Doyle, vers 1884).
Robert Kirk dans La République mystérieuse des elfes, faunes, fées et autres semblables Traduction française

These Siths or Fairies they call Sleagh Maith or the Good People [
] are said to be of middle nature between Man and Angel, as were Daemons thought to be of old; of intelligent fluidous Spirits, and light changeable bodies (lyke those called Astral) somewhat of the nature of a condensed cloud, and best seen in twilight. These bodies be so pliable through the sublety of Spirits that agitate them, that they can make them appear or disappear at pleasure[90].

Ces Sith ou fées, on les appelle Sleagh Maith ou Bonnes Gens [
] seraient de nature intermédiaire entre l'homme et l'Ange, comme les anciens le pensÚrent des démons ; d'esprits intelligents et curieux, de corps légers et fluides (comme ceux dits astrals), quelque peu de la nature d'un nuage condensé, et plutÎt visibles au crépuscule. Ces corps sont tellement souples de par la subtilité des esprits qui les agitent, qu'ils peuvent se faire apparaßtre ou disparaßtre à volonté[91].

Anges ou démons

« Entre le bien et le mal, l'archange et le daymon, la lĂ©gende dĂ©couvre un ĂȘtre. Cet ĂȘtre, c'est la FĂ©e. Entre l'Eden et les Enfers, la lĂ©gende rĂȘve d'un monde. Ce monde est peuplĂ© par les FĂ©es. Entre la lumiĂšre et les tĂ©nĂšbres, la lĂ©gende crĂ©e un crĂ©puscule. Ce crĂ©puscule devient la FĂ©erie. »

— Pierre Dubois, La Grande EncyclopĂ©die des fĂ©es[92]

Une autre croyance voit dans les fées une classe particuliÚre d'anges déchus[93]. Cette croyance peut expliquer la tradition selon laquelle les fées ont dû payer une dßme à l'enfer, parce qu'elles étaient considérées comme des anges déchus, mais pas tout à fait comme des démons[94]. L'association des fées aux anges, moins courante qu'avec les revenants, a cependant acquis une certaine popularité, en particulier dans les cercles théosophiques tel que le rapporte l'anthropologue et théosophe Walter Evans-Wentz[95] - [96]. Les sources décrivant la nature des fées ont parfois soutenu les deux thÚses d'ange déchu (troisiÚme point de vue) et de démon (quatriÚme point de vue) simultanément, ou bien ont noté que la question est controversée[95].

Nature humaine

Deux fées se prélassent sur l'herbe en bordure d'un cours d'eau.
Les Huldres, fées réputées d'origine humaine. Huldra's Nymphs par Bernard Evans Ward.

Une croyance plus rare voit dans les fĂ©es des ĂȘtres humains, mais cachĂ©s. Un conte populaire dit comment une femme avait cachĂ© certains de ses enfants au regard de Dieu, puis se mit Ă  les chercher en vain car ils Ă©taient devenus le peuple des fĂ©es. L'histoire des Huldres scandinaves prĂ©sente un fort parallĂšle, bien qu'elle soit plus dĂ©veloppĂ©e[97]. En Irlande, les fĂ©es seraient les enfants qu'Adam et Ève n'ont pas prĂ©sentĂ©s Ă  Dieu[70].

Pouvoirs et attributs

DiffĂ©rents petits ĂȘtre luminescents, probablement des fĂ©es, font la danse sous l'Ɠil attentif d'un ĂȘtre plus grand.
« Come, now a roundel », illustration de la danse des fées vue par Arthur Rackham en 1908 pour Le Songe d'une nuit d'été.
Dans un champ alors que le Soleil semble se lever, plusieurs ĂȘtres fĂ©eriques se tiennent par la main en exĂ©cutant des mouvements complexes. En arriĂšre-plan de la peinture, un cavalier les observe.
ÄngsĂ€lvor (Elfes dans un prĂ©) par Nils BlommĂ©r, 1850.

Habitudes et comportements

Les habitudes des fĂ©es sont connues depuis les premiers Ă©crits du Moyen Âge, en passant par la matiĂšre de Bretagne, les contes de fĂ©es et le folklore plus rĂ©cent. Ainsi, la rencontre fortuite avec une fĂ©e ne se rĂ©vĂ©lerait pas toujours bĂ©nĂ©fique. L'un de leurs passe-temps favoris est de jouer des tours inoffensifs, par exemple en emmĂȘlant les cheveux des dormeurs (les nƓuds de fĂ©e), en volant de petits objets ou en conduisant un voyageur Ă  s'Ă©garer. Des comportements beaucoup plus dangereux leur sont attribuĂ©s : l'enlĂšvement par des fĂ©es provoquerait une forme de mort subite, et le cadavre de la victime demeurerait dans les bois avec l'apparence de la personne enlevĂ©e[98]. Les fĂ©es sont Ă©galement rĂ©putĂ©es forcer de jeunes hommes et femmes Ă  danser toute la nuit, jusqu'Ă  ce qu'ils dĂ©pĂ©rissent par manque de repos. Ce tour Ă©tait considĂ©rĂ© alors comme l'une des causes de la tuberculose[99]. Celles qui chevauchent des animaux domestiques (comme les vaches, les porcs ou les canards) pourraient provoquer chez eux l'apparition de mystĂ©rieuses maladies ou mĂȘme de paralysies[100].

Monde parallĂšle et enlĂšvements

Les fĂ©es sont Ă©troitement liĂ©es au concept de monde parallĂšle, tel qu'il est Ă©voquĂ© dans la mythologie celtique et Ă  travers le mot irlandais sidh. Elles peuvent habiter de merveilleux palais, le plus souvent situĂ©s au fond des eaux ou sur une Ăźle, telle la mythique Avalon[86]. Dans les rĂ©cits Ă  leur sujet, ces lieux merveilleux de l'Autre Monde peuvent ĂȘtre dĂ©couverts par un homme lors d'un voyage ou d'une quĂȘte, mais les fĂ©es peuvent aussi enlever des humains pour les y conduire. Selon le folklore, personne n'est Ă  l'abri d'un enlĂšvement fĂ©erique et celui-ci peut ne durer qu'un temps ou pour toujours, et se rĂ©vĂ©ler plus ou moins dangereux pour le kidnappĂ©. Une femme qui venait de donner naissance et ne s'Ă©tait pas encore rendue Ă  l'Ă©glise Ă©tait considĂ©rĂ©e comme particuliĂšrement vulnĂ©rable[101]. Les histoires divergent quant au sort des captifs : certains mĂšnent une vie joyeuse, d'autres sont Ă  l'inverse tourmentĂ©s, d'autres enfin dĂ©sirent ardemment revoir leurs vieux amis[102]. Au XIXe siĂšcle, dans Lady Isabel and the Elf Knight, le chevalier-elfe est un avatar de Barbe-Bleue et Isabel doit le tuer afin de sauver sa vie. Tam Lin rĂ©vĂšle que le personnage-titre, bien que vivant au milieu des fĂ©es et possĂ©dant leurs pouvoirs, est en fait un « chevalier terrestre » qui mĂšne une vie agrĂ©able mais craint que les fĂ©es lui fassent payer la dĂźme de l'enfer[103]. Sir Orfeo raconte comment la femme de ce dernier est enlevĂ©e par le roi de Faerie, et parvient Ă  s'Ă©chapper par la ruse, grĂące Ă  son excellent jeu de harpe. Sir DegarĂ© raconte l'histoire d'une femme qui vient Ă  bout de son amant fĂ©erique, lequel est dĂ©masquĂ© comme un mortel dans les versions ultĂ©rieures de l'histoire. Dans Thomas le Rimeur, Thomas s'Ă©chappe avec moins de difficultĂ© mais passe sept ans au pays des elfes[104].

Dans un bois, une fillette vĂȘtue de blanc aux cheveux longs est prĂ©cĂ©dĂ©e d'un troll monstrueux, et un autre troll ferme la marche.
Dessin de John Bauer représentant deux trolls en compagnie d'un enfant humain qu'ils ont enlevé.

Une part considérable des légendes associées aux fées mentionne les histoires de changelings, leurre ou enfants de fées que ces derniÚres abandonnent à la place de bébés humains qu'elles enlÚvent dans leur royaume[105].

Nourriture

Une croyance partagĂ©e dans bon nombre de folklores veut que consommer la nourriture des fĂ©es scelle l'impossibilitĂ© de quitter leur royaume, tout comme dans le mythe de PersĂ©phone et HadĂšs. Cette consigne est souvent donnĂ©e aux captifs qui se libĂšrent du pouvoir des fĂ©es grĂące Ă  d'autres personnes venues les dĂ©livrer : s'ils ont consommĂ© la nourriture des fĂ©es, ils ne peuvent pas ĂȘtre libĂ©rĂ©s[106]. Dans le lai de Guingamor, ce dernier semble pouvoir quitter le royaume des fĂ©es bien qu'il y ait mangĂ©, mais lorsqu'il mange une pomme aprĂšs avoir franchi la riviĂšre qui sĂ©pare les deux royaumes, les trois siĂšcles qui se sont Ă©coulĂ©s sur Terre le rattrapent[107].

Distorsion temporelle

L'un des aspects les plus dangereux du séjour en contrées féeriques réside dans le fait que le temps s'y écoule différemment. Dans la mythologie celtique, Oisín est mis à mal non par son séjour, mais par son retour : quand il descend de cheval, les trois siÚcles qui sont passés dans le monde réel le rattrapent, le faisant tomber en poussiÚre[108]. Le roi Herla (Herla cyning), originellement un aspect d'Odin christianisé sous les traits d'un roi, dans un conte de Walter Map, rend visite à un nain dans sa demeure souterraine et en revient trois siÚcles plus tard. Bien que certains de ses hommes soient tombés en poussiÚre lorsqu'ils mirent pied à terre, Herla et les hommes qui restÚrent en selle furent condamnés à ne jamais pouvoir descendre. Ce conte est l'une des origines de la chasse sauvage du folklore européen[109] - [110]. On retrouve ce thÚme dans le lai de Guingamor[107], et de nombreuses autres légendes.

MĂ©tamorphoses et illusions

Une caractĂ©ristique commune Ă  toutes les fĂ©es est l'utilisation de la magie afin de dĂ©guiser leur apparence et celle de ce qui les entoure. L'or des fĂ©es est universellement connu pour ĂȘtre peu fiable, apparaissant comme de l'or quand il est donnĂ© en paiement, puis se rĂ©vĂ©lant comme des feuilles, des ajoncs, des fleurs, des Ă©pices, des gĂąteaux ou une grande variĂ©tĂ© d'objets inutiles[111]. L'illusion est Ă©galement implicite dans le conte Fairy Ointment et ses variantes frĂ©quentes en Europe du Nord[112] - [113], qui racontent comment une femme humaine est convoquĂ©e pour assister Ă  une naissance fĂ©erique, ou parfois Ă  l'accouchement d'une femme mortelle capturĂ©e par les fĂ©es. Invariablement, elle se fait remettre une pommade pour les yeux de l'enfant et on lui demande de l'oindre. Par hasard, ou quelquefois par curiositĂ©, la femme utilise la pommade sur l'un de ses yeux, parfois les deux. À cet instant, elle prend conscience que tout autour d'elle n'Ă©tait qu'illusion, qu'elle n'assiste pas une riche dame dans une maison cossue, mais sa propre servante qui s'Ă©tait enfuie, dans une grotte misĂ©rable. Elle s'enfuit sans rĂ©vĂ©ler sa nouvelle capacitĂ©, mais trahit tĂŽt ou tard le fait qu'elle soit capable de voir les fĂ©es. Ces derniĂšres se vengent en la rendant aveugle de l'Ɠil clairvoyant, ou des deux si elle a utilisĂ© la pommade sur les deux[114]. L'onction serait pratiquĂ©e par les fĂ©es afin de guĂ©rir certaines maladies, notamment la folie[115].

Dissuasion

La photo montre un bĂątiment en pierre d'un Ăąge certain. Au milieu du bĂątiment se trouvent les restes d'une roue en bois.
Les meuniers écossais protégeaient leur moulin et leur four des pillages nocturnes en répandant la rumeur qu'ils sont de connivence avec les fées. Ici, un moulin à eau restauré sur les Orcades.

La fĂ©e peut aussi ĂȘtre invoquĂ©e pour protĂ©ger certains lieux. Le meunier, considĂ©rĂ© comme « peu futĂ© » par les Écossais, avait toutefois la capacitĂ© de contrĂŽler les forces de la nature, comme le feu dans le four et l'eau durant la cuisson, par le biais de plusieurs machines. Les communautĂ©s superstitieuses ont cru que le meunier Ă©tait de connivence avec les fĂ©es, qui en Écosse sont souvent malicieuses et Ă  craindre. Personne n'osait mettre le pied au moulin ou au four durant la nuit car il est bien connu que les fĂ©es apportent leur blĂ© Ă  moudre dĂšs la nuit tombĂ©e. Tant que les gens du pays croyaient cela, le meunier pouvait dormir tranquille, sachant que personne n'oserait tenter de le voler. John Fraser, le meunier de Whitehill, prĂšs d'Hamilton, a affirmĂ© s'ĂȘtre cachĂ© et avoir vu les fĂ©es essayer en vain de moudre. Il a dĂ©cidĂ© de sortir de sa cachette et de les aider, lĂ -dessus, l'une des femmes-fĂ©e lui aurait donnĂ© un gowpen (une double poignĂ©e de grain) et lui dit de la mettre dans son girnal (magasin) vide, car les rĂ©serves resteraient alors pleines pendant une longue pĂ©riode, quoi qu’il en sorte[116].

Lieux réputés fréquentés par les fées

Les fĂ©es sont associĂ©es Ă  bon nombre de lieux qu'elles frĂ©quenteraient, ou mĂȘme qu'elles auraient bĂąti. Le cercle des fĂ©es[117], en rĂ©alitĂ© un phĂ©nomĂšne mycologique, a longtemps Ă©tĂ© attribuĂ© Ă  la danse des fĂ©es qui s'y dĂ©roulerait. On nomme chemin des fĂ©es (fairy path) les passages qu'elles empruntent, et fort de fĂ©es les castros circulaires que les fĂ©es habiteraient en Irlande. En Bretagne, le monument mĂ©galithique La Roche-aux-FĂ©es aurait Ă©tĂ© bĂąti par elles et vĂ©nĂ©rĂ© en consĂ©quence[118], il est le sujet du conte La FĂ©e des Houx. Bon nombre de dolmens Ă©taient, jusqu'Ă  une Ă©poque rĂ©cente, rĂ©putĂ©s ĂȘtre leur demeure[119]. Paul SĂ©billot a relevĂ© un nombre impressionnant de « grottes aux fĂ©es », « pierres des fĂ©es », « chambres des fĂ©es » ou « trous des fĂ©es » d'un bout Ă  l'autre de la France, tĂ©moignant d'anciennes croyances[120]. La croyance populaire associe toujours les forĂȘts de Huelgoat, Fouesnant, BrocĂ©liande (administrativement forĂȘt de Paimpont), du Dartmoor et du Devon ainsi que les landes Ă©cossaises et Irlandaises Ă  des demeures fĂ©eriques[52]. Le Val sans Retour serait le domaine de la fĂ©e Morgane. Plusieurs lieux sont revendiquĂ©s comme Ă©tant le domaine de la fĂ©e Viviane, notamment le lac du chĂąteau de Comper. Lieu traditionnel du surnaturel, souvent nĂ©faste, le carrefour est un lieu traditionnellement favorable Ă  la rencontre avec des fĂ©es, parfois malfaisantes

Recommandations et protection contre les fées

La photo montre un arbre de l'espĂšce Sorbus aucuparia, ou sorbier des oiseleurs, dont les fleurs sont rouges.
Le sorbier des oiseleurs, arbre sacré des fées et protection contre elles.

Bon nombre de recommandations visent Ă  Ă©viter soigneusement les lieux que les fĂ©es sont rĂ©putĂ©es frĂ©quenter, et une grande partie du folklore consacrĂ© aux fĂ©es Ă©voque les moyens de se prĂ©munir de leur malice ou de les conjurer. Les objets en fer forment le charme de protection le plus rĂ©pandu (le fer agit comme un poison sur les fĂ©es et elles fuient ce mĂ©tal)[117]. Elles sont Ă©galement rĂ©putĂ©es gĂȘnĂ©es par les personnes portant leurs vĂȘtements Ă  l'envers, mais aussi par l'eau courante, le millepertuis perforĂ©, le trĂšfle Ă  quatre feuilles et le son des cloches, en particulier celles des Ă©glises[96].

Certaines croyances sont contradictoires, comme celle Ă  propos du sorbier des oiseleurs qui dans certains cas forme une protection contre les fĂ©es, mais dans d'autres est sacrĂ© pour elles. Le rĂŽle des cloches est tout aussi ambigu, alors qu'elles sont censĂ©es protĂ©ger contre les fĂ©es, celles qui montent Ă  cheval — telle la reine des fĂ©es — ont souvent des cloches sur leurs harnais. Ce pourrait ĂȘtre un trait distinctif de la cour Seelie, qui les utiliseraient pour se protĂ©ger contre la cour Unseelie[121]. Une autre part ambiguĂ« du folklore concerne le chant du coq, censĂ© chasser les fĂ©es alors que certains contes racontent que ces crĂ©atures Ă©lĂšvent des volailles[122]. De nombreuses histoires rĂ©vĂšlent comment empĂȘcher les fĂ©es de voler les bĂ©bĂ©s et de les remplacer par un changeling, ou encore d'enlever les personnes ĂągĂ©es de la mĂȘme maniĂšre[98]. Les hommes et femmes qui voient des fĂ©es sont bien avisĂ©s de ne pas les regarder de trop prĂšs, parce qu'elles sont trĂšs susceptibles quant aux atteintes Ă  leur vie privĂ©e[123]. C. S. Lewis parle d'un chalet plus redoutĂ© pour ses fĂ©es que son fantĂŽme[124].

Creuser dans les collines des fĂ©es est particuliĂšrement imprudent. Des propriĂ©taires ont fait abattre le coin d'un mur de leur maison parce qu'il bloquait le chemin des fĂ©es[125]. Des chalets ont Ă©tĂ© construits avec les portes avant et arriĂšre alignĂ©es, de sorte que les propriĂ©taires puissent, au besoin, les laisser ouvertes afin que la troupe des fĂ©es passe durant la nuit[126]. Des sites tels que les forts de fĂ©es sont laissĂ©s intacts : mĂȘme la coupe de broussailles y est rĂ©putĂ©e causer la mort de ceux qui ont accompli l'acte[127]. Les arbres des fĂ©es, tels que l'aubĂ©pine, sont dangereux Ă  abattre. L'un de ces arbres a Ă©tĂ© prĂ©servĂ© en Écosse, empĂȘchant l'Ă©largissement d'une route pendant 70 ans[128]. Pour Ă©viter les fĂ©es des eaux tels que Peg Powler et Jenny Greenteeth, il suffit de fuir les plans d'eau qu'elles habitent[58].

RĂŽle du pain et du sel

En Terre-Neuve, la protection la plus connue est le pain, allant du pain rassis Ă  la tranche de pain frais maison. La croyance en les vertus du pain est ancienne, associĂ© Ă  la maison et au foyer, ainsi qu'avec l'industrie et la domestication de la nature, il semble ĂȘtre dĂ©testĂ© par certains types de fĂ©es. Toutefois, dans la plupart des folklores celtes, les produits de boulangerie sont une offrande traditionnelle comme le sont la crĂšme et le beurre[96]. Dans le comtĂ© de Wexford, en Irlande, la croyance selon laquelle un enfant qui sort avec un morceau de pain emballĂ© dans ses vĂȘtements est protĂ©gĂ© de la sorcellerie ou du mal Ă©tait courante en 1882[129].

« Le prototype de la nourriture, et donc un symbole de vie, le pain était l'une des protections les plus répandues contre les fées. Avant de sortir dans un lieu habité par des fées, il était d'usage de mettre un morceau de pain sec dans sa poche. »

— Katharine Mary Briggs, An Encyclopedia of Fairies. Hobgoblins, brownies, bogies and other supernatural creatures[130]

Traditionnellement, les fĂ©es sont considĂ©rĂ©es comme Ă©ternelles ou immortelles, toutefois cette immortalitĂ© peut ĂȘtre mise Ă  mal par le sel, rĂ©putĂ© pour ses vertus exorcisantes et apotropaĂŻques. Une fĂ©e baptisĂ©e devient mortelle lorsque le sel touche ses lĂšvres selon Paul SĂ©billot, et peut alors subir des infirmitĂ©s, vieillir et mourir[32].

Recommandations envers les fées du foyer

D'autres actions sont rĂ©putĂ©es offenser les fĂ©es. Les brownies sont traditionnellement chassĂ©s si on leur donne des vĂȘtements ; certains contes rapportent qu'ils sont vexĂ©s par la qualitĂ© infĂ©rieure des vĂȘtements donnĂ©s, d'autres qu'ils sont ravis de ce cadeau et partent simplement en l'emportant[131]. D'autres brownies quittent des foyers ou des fermes parce qu'ils ont entendu une plainte, ou un compliment[132]. Une maison bien tenue Ă©vite qu'ils ne commettent des actions malveillantes : s'ils ne trouvent pas la maison assez propre, ils pincent les gens dans leur sommeil. La nĂ©cessitĂ© de ne pas offenser les fĂ©es peut crĂ©er des problĂšmes : un agriculteur a constatĂ© que les fĂ©es avaient battu son blĂ© pour lui, mais le battage continua et le blĂ© de ses voisins disparut bientĂŽt. Il en conclut que les fĂ©es volaient ses voisins, ce qui lui laissait le choix entre les dĂ©noncer et les offenser, ce qui est dangereux, ou alors profiter du vol[133].

Origine des fées

Des fées. August Malmström.

Plusieurs thĂ©ories, plus ou moins sĂ©rieuses, coexistent pour expliquer l'origine des fĂ©es. La plus largement reconnue par les folkloristes, historiens, ethnologues, archĂ©ologues et Ă©crivains voit dans les fĂ©es la survivance des divinitĂ©s et esprits mentionnĂ©s dans les croyances paĂŻennes, notamment greco-romaines et celtiques, dont la fonction s'est trouvĂ©e modifiĂ©e avec la venue du monothĂ©isme et surtout du christianisme en Europe[134] - [70], diabolisant ou rationalisant ces ĂȘtres.

Ainsi, dĂšs le VIe siĂšcle, Martin de Braga dit que les esprits des arbres et des eaux sont des dĂ©mons chassĂ©s du ciel[70]. L'Ă©rudit Alfred Maury explique qu'Ă  son Ă©poque, les auteurs faisaient descendre les fĂ©es des nymphes, des Parques et des druidesses[135]. Walter Scott fait des sylvains, satyres et faunes, crĂ©atures sylvestres et champĂȘtres des mythologies, les ancĂȘtres des fĂ©es Ă©cossaises :

« Ces sylvains, ces satyres et ces faunes, dont la superstition peuplait les rives touffues et les bois Ă©levĂ©s de cette contrĂ©e romantique, furent obligĂ©s de faire place Ă  des dĂ©itĂ©s dont le caractĂšre ressemblait beaucoup au leur, et qui probablement tiennent quelques-uns de leurs attributs de leurs prĂ©dĂ©cesseurs classiques [
] nous voulons parler des fĂ©es [
]. »

— Walter Scott, Histoire de la dĂ©monologie et de la sorcellerie[136]

Les diffĂ©rentes thĂ©ories ne sont pas forcĂ©ment exclusives, le mĂ©lange de certaines d'entre elles peut expliquer l'origine de divers personnages fĂ©eriques en Europe de l'Ouest. Conteurs et Ă©crivains ont parfois livrĂ© leurs propres visions, souvent poĂ©tiques, de l'origine des fĂ©es. C'est le cas de J. M. Barrie qui raconte dans un chapitre du roman The Little White Bird au sujet de Peter Pan, en 1902, que « lorsque le premier bĂ©bĂ© rit pour la premiĂšre fois, son rire Ă©clata en un million de fragments qui se dispersĂšrent en tous sens. Ce fut le commencement des fĂ©es »[137]. D'autres auteurs restent dans le domaine mythologique, tel l'Irlandais William Butler Yeats pour qui les Tuatha DĂ© Danann devinrent les fĂ©es lorsqu'ils furent vaincus, certains se faisant invisibles, d'autres gagnant Tir Na Nog et les derniers se cachant sous les tertres[71]. Pierre Dubois remonte Ă  la cosmogonie de la mythologie nordique, oĂč le gĂ©ant Ymir, dĂ©membrĂ©, donne naissance aux alfes (alfes sombres, alfes noirs et alfes lumineux), qui eux-mĂȘmes engendrent tout le petit peuple[3].

Christianisation et oubli de divinités païennes

La peinture montre une femme peu vĂȘtue, assise au centre d'un arbre.
Les dryades, à l'origine divinités mineures des arbres dans la mythologie grecque, sont vues comme des fées. Peinture par Evelyn De Morgan.

La thĂ©orie la plus rĂ©pandue veut que les fĂ©es aient Ă  l'origine Ă©tĂ© les divinitĂ©s, majeures ou mineures, de plusieurs panthĂ©ons paĂŻens qui, avec la venue du christianisme, ont vu leurs pouvoirs et leur fonction diminuer ou changer et sont passĂ©es de la religion au folklore populaire, et Ă  la littĂ©rature. Une preuve rĂ©side dans le fait que bon nombre d'ĂȘtres fabuleux dĂ©crits comme des divinitĂ©s dans les anciennes lĂ©gendes et les mythologies sont dĂ©sormais dĂ©peints comme des fĂ©es, en particulier dans les Ă©crits plus rĂ©cents[134]. Ainsi, Pierre Dubois inclut-il Lamastu et les dryades Ă  sa Grande EncyclopĂ©die des fĂ©es[138], expliquant : « les dĂ©esses trop vives pour rester statufiĂ©es dans le marbre sont descendues du Parnasse pour gagner les campagnes »[92]. De plus, la confusion entre fĂ©es et dĂ©esses est frĂ©quente au Moyen Âge[139], les fĂ©es de rĂ©cits mĂ©diĂ©vaux ressemblent fortement Ă  la dĂ©esse antique VĂ©nus et surtout Ă  Diane qui partage bon nombre de leurs attributs et notamment le lien Ă  la nature, mais aussi aux nymphes, aux dryades, et aux dames de la mythologie celtique telles que Niamh. Le savoir attribuĂ© aux fĂ©es (divination, guĂ©rison, etc.), est indĂ©niablement d'origine divine[140]. Claude Lecouteux voit dans les Valkyries et les femmes-cygnes l'origine d'une partie des fĂ©es germaniques[21].

Divinités du Destin

Alfred Maury et Laurence Harf-Lancner voient dans les divinitĂ©s liĂ©es au Destin, Parques, Nornes et Sybilles, les ancĂȘtres des fĂ©es françaises[140] - [3], de mĂȘme que les auteurs du Dictionnaire des symboles pour qui « cette filiation n'est guĂšre discutable »[141], Karl GrĂŒn dans Les Esprits Ă©lĂ©mentaires (1891) affirme que les fĂ©es allemandes sont Ă©galement issues des trois Nornes[57] et Claude Lecouteux cite la Fylgja, incarnation fĂ©minine du destin des hĂ©ros, comme origine possible des fĂ©es scandinaves[21].

Personnification de forces naturelles

La peinture montre une femme Ă  la longue chevelure se tenant debout prĂšs du jet d'eau vertical d'une fontaine.
Undine (1872, huile sur toile) par John William Waterhouse.

Quelques chercheurs tels que Claude Lecouteux, Alfred Maury et Laurence Harf-Lancner font remonter l'origine d'au moins une partie des fĂ©es Ă  la personnification de l'eau[3]. Des crĂ©atures proches de l'archĂ©type de la « fĂ©e des eaux » sont en effet universellement prĂ©sentes dans la mythologie d'Europe de l'Ouest, et ont pour particularitĂ© d'habiter des demeures semblables Ă  celles des hommes mais situĂ©es sous les eaux, d'oĂč le lien Ă  la notion de monde parallĂšle[86]. Les textes mĂ©diĂ©vaux Ă  propos des fĂ©es ne cessent de mentionner cet Ă©lĂ©ment, que ce soit la fontaine de Barenton ou la riviĂšre prĂšs de laquelle Lanval rencontre deux fĂ©es, dont l'une l'emmĂšne dans l'Ăźle mythique d'Avalon[142]. Les crĂ©atures de l'eau issues de la mythologie germanique, telles que les ondines et les nixes, sont clairement Ă  l'origine des fĂ©es germaniques selon Claude Lecouteux, et seraient elles-mĂȘmes issues de la crainte et de la terreur des hommes envers cet Ă©lĂ©ment, conduisant Ă  son anthropomorphisation. Il cite pour preuve le trĂšs grand nombre d'ĂȘtres surnaturels censĂ©s vivre sous les eaux[21].

Durant l'époque victorienne, l'explication des mythologies voulait que toutes les divinités soient des personnifications de forces naturelles[143]. Suivant cette théorie, les fées sont à la fois des personnifications de la nature et des allégories de concepts abstraits tels que l'amour et la victoire, déifiés dans le panthéon des différents animismes qui forment les plus anciennes religions en Europe de l'Ouest[144]. Pierre Dubois reprend également cette théorie, ajoutant que le regard posé par l'homme sur la nature pour y percevoir des présences cachées est une manifestation de son subconscient[92].

Culte des morts

Une derniĂšre thĂ©orie, popularisĂ©e par Katharine Mary Briggs et Lady Wilde, mĂšre d'Oscar Wilde[70], lie les fĂ©es au souvenir d'un type de culte des morts. Elle s'appuie sur la confusion, dans un certain nombre de croyances et de lĂ©gendes, entre les fantĂŽmes et les fĂ©es, sur le Sidhe considĂ©rĂ© comme un tertre funĂ©raire, sur le fait qu'il est dangereux de manger de la nourriture en pays de fĂ©erie tout comme dans le royaume d'HadĂšs, et sur le sĂ©jour des morts et de bon nombre d'ĂȘtres du petit peuple sous terre[145].

Druidesses

Une croyance ancienne voyait dans les fĂ©es un souvenir des druidesses. Au XIXe, Collin de Plancy l'assurait, ajoutant que l'on chargeait de cultes Ă  la nature, et Ă  qui l'on a plus tard attachĂ© des demeures au fond de puits, prĂšs des torrents, ou dans les cavernes. Jules Garinet pensait que les fĂ©es sont les femmes des druides[146] et Olaus Magnus parle de divinitĂ©s de la forĂȘt rĂ©sidant dans des antres obscurs, qui se montrent Ă  ceux qui viennent les consulter, et disparaissent soudainement : ce seraient originellement des druidesses, devenues des fĂ©es[147].

Peuple caché

Une idĂ©e rĂ©pandue parmi les nations celtiques parle d'un peuple de petite taille peu Ă  peu chassĂ© par d'autres hommes, et condamnĂ© Ă  vivre dans la clandestinitĂ©. Ils en seraient venus Ă  ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme une autre race, des fĂ©es, voire des esprits. Ils sont rĂ©putĂ©s vivre sous terre, cachĂ©s dans les collines (notamment les tumuli), ou encore de l'autre cĂŽtĂ© de la mer, Ă  l'ouest[105]. Certains archĂ©ologues du XIXe siĂšcle pensĂšrent qu'ils avaient trouvĂ© des chambres souterraines dans les Orcades ressemblant au pays des elfes dans Childe Rowland[148]. Selon le folklore populaire, les pointes de flĂšches en silex de l'Ăąge de la pierre sont fabriquĂ©es par les fĂ©es qui s'en servent pour lancer l’elf-shot[58]. La rĂ©action des fĂ©es face au fer a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e comme la peur de ce peuple supposĂ© face Ă  des envahisseurs portant des armes en fer, tandis que les fĂ©es Ă©taient seulement armĂ©es de silex et facilement vaincues lors des batailles physiques. Les vĂȘtements verts et les demeures souterraines attribuĂ©s aux fĂ©es sont vus comme une rĂ©ponse Ă  leur besoin de se cacher des humains hostiles, et leur utilisation de la magie comme le dĂ©veloppement d'une compĂ©tence nĂ©cessaire pour lutter contre un peuple possĂ©dant un armement et une force physique supĂ©rieurs[105].

Selon les croyances de l'époque victorienne, le cannibalisme des « ogres » a été attribué au souvenir d'époques plus sauvages, lors desquelles des peuples primitifs le pratiquaient aux cÎtés de peuples plus évolués qui l'avait abandonné[149]. Les selkies, décrits dans les contes comme un peuple féerique métamorphe capable de se changer en phoque, ont été décrits comme le souvenir de peuples primitifs voyageant en kayak et portant des peaux de phoques[105]. Suivant ces théories, les pygmées africains sont mis en avant comme l'exemple d'un peuple qui vivait autrefois sur de grandes étendues de territoire, mais qui deviennent rares et presque mythiques au fil du temps, et du développement d'autres peuples[150]. En 1932, le célÚbre écrivain américain Howard Phillips Lovecraft consacre un court texte d'analyse à une thÚse similaire : « Quelques origines du royaume des fées » (Some backgrounds of Fairyland)[151].

Les chercheurs, entre autres Claudine Glot, accordent peu de crédit à ces théories qui prouvent surtout, selon eux, que « le conte est inséparable de la fée »[70].

Science et croyances

J. R. R. Tolkien durant la conférence On fairy tales

Rien n'est plus absurde que de croire les elfes, fĂ©es, trolls et dragons des ĂȘtres surnaturels[152].

Bien que l'existence des fĂ©es n'ait jamais Ă©tĂ© admise scientifiquement, la croyance en ces ĂȘtres est Ă©voquĂ©e bien des fois au cours de l'Histoire, par les croyances populaires, des alchimistes, des mĂ©diums ou des thĂ©osophes affirmant en voir et communiquer avec eux[39], de grandes familles mĂ©diĂ©vales les ont mĂȘme revendiquĂ©es pour ancĂȘtres. L'historien et membre du cercle zĂ©tĂ©tique Paul-Éric Blanrue considĂšre que les fĂ©es n'ont pas d'existence physique et qu'il faut ĂȘtre spirite pour accrĂ©diter une telle idĂ©e. Pour lui, les fĂ©es « vivent dans nos rĂȘves, c'est la raison de leur immortalitĂ© »[153]. La croyance aux fĂ©es a perdurĂ© grĂące au folklore populaire, entre autres par la voie orale des contes, qui se transmettent parmi le peuple depuis la nuit des temps[154]. DĂšs 1843, l'Ă©rudit Alfred Maury a notĂ© que « Les fĂ©es occupent incontestablement l'un des premiers rangs dans les traditions populaires de notre contrĂ©e »[155].

Les religions ont diffĂ©rents points de vue quant aux fĂ©es. Si les monothĂ©ismes ont tous beaucoup ƓuvrĂ© pour diaboliser le petit peuple[156], les religions animistes, spiritualistes et nĂ©opaganistes acceptent beaucoup mieux les croyances fĂ©eriques.

Au Moyen Âge

Bien que de nombreuses Ă©tudes rĂ©centes existent Ă  ce sujet, il est difficile de savoir quelle place tenait la fĂ©e dans le folklore populaire mĂ©diĂ©val, les seules informations figurant dans les textes des clercs qui les dĂ©noncent comme des inepties et des mensonges. Cela peut suggĂ©rer que la fĂ©e ait Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sente dans la culture populaire[157] et bien connue des paysans et des « vilains », mais ne permet pas d'Ă©valuer Ă  quel point ces derniers y croyaient[158]. Laurence Harf-Lancner note qu'elles sont omniprĂ©sentes durant cette pĂ©riode et incarnent « dans l'imagination des hommes du Moyen Âge, tous les fantasmes liĂ©s Ă  la fĂ©minitĂ©, Ă  l'animalitĂ©, Ă  l'altĂ©ritĂ© »[159]. L'empereur Charlemagne a rĂ©digĂ© en son temps des capitulaires interdisant aux sylphes d'apparaĂźtre dans le ciel pour enlever des personnes[39].

Persistance des cultes paĂŻens

L'Exil des fées

Au vieux temps du roi Arthur, celui dont les Bretons parlent avec grand respect, tout ce pays-ci Ă©tait plein de fĂ©erie. La reine des fĂ©es avec sa gaie compagnie dansait bien souvent dans plus d'une prairie verte. C'Ă©tait lĂ  l'ancienne croyance, d'aprĂšs ce que je lis
 Il y a bien des siĂšcles de cela. Mais maintenant on ne voit plus de sylphes. Car la grande piĂ©tĂ© et les priĂšres des moines mendiants et autres saints frĂšres qui, aussi nombreux que les atomes dans un rayon de soleil, fouillent toutes les terres et tous les cours d'eau, bĂ©nissant les salles, les chambres, les cuisines, les chaumiĂšres, les citĂ©s, les bourgs, les grands chĂąteaux et les tours, — font qu'il n'y a plus de fĂ©es. Geoffrey Chaucer, XIVe siĂšcle, traduction de Victor Hugo[160].

D'aprĂšs Alfred Maury, les fĂ©es sont d'origine celte et sont issues de la personnification de forces naturelles. TrĂšs tĂŽt, les capitulaires condamnent comme sacrilĂšges ceux qui continuent Ă  allumer des feux et des lumiĂšres prĂšs des arbres, des pierres et des fontaines et qui adressent leurs vƓux aux divinitĂ©s paĂŻennes. Dans son allocution pastorale aux Belges, saint Éloi dĂ©fend de placer des luminaires et des offrandes auprĂšs des rochers, des sources, des arbres, des cavernes et des carrefours. Toutefois, il semble que le culte se soit conservĂ© longtemps[161], mais de maniĂšre discrĂšte, notamment dans les forĂȘts[162]. Dans le Lancelot en prose, le narrateur rapporte que la fontaine des fĂ©es et la Dame du Lac sont dites fĂ©es selon la vox populi, c'est-Ă -dire d'aprĂšs les contes et les gens qui habitent la forĂȘt[158].

Pour Antoine Le Roux de Lincy, le rituel néonatal que décrit, dans la deuxiÚme moitié du XIIe siÚcle, le roman de Guillaume au court nez, est répandu dans plusieurs provinces françaises : « dans certaines provinces, on mettoit devant la cheminée une petite table couverte de linge trÚs fin ; sur cette table, trois coupes, un pot de vin ou d'Hypocras, trois pains de fleurs de farine et deux flambeaux qui restoient allumés durant la nuit. Ce repas frugal étoit destiné aux fées, qui, d'aprÚs les croyances, devoient venir répandre leurs dons sur le nouveau-né »[163].

Protectrices et ancĂȘtres tutĂ©laires

La mĂ©daille montre un homme barbu aux cheveux longs, portant une couronne sur la tĂȘte.
Médaille en bronze représentant le roi Mérovée, dont l'existence réelle est controversée, et dont le pÚre serait d'origine féerique.

Aux XIIe et XIIIe siĂšcles, les rois et les nobles Ă©prouvent le besoin d'attribuer Ă  leur lignĂ©e une origine exceptionnelle, et les fĂ©es deviennent des ancĂȘtres tutĂ©laires ou les protectrices de certaines familles. Les ducs d'Aquitaine, les PlantagenĂȘt et la famille normande d'Argouges affirment tous descendre d'une fĂ©e[164]. MĂ©rovĂ©e, premier de la lignĂ©e des MĂ©rovingiens, serait nĂ© du viol de la reine ThĂ©odelinde par un ondin[164]. Ces lĂ©gendes sont souvent parallĂšles Ă  celles des naissances cĂ©lĂšbres dues Ă  des incubes ou des succubes[165].

Position de l'Église et des autoritĂ©s chrĂ©tiennes

Si les thĂ©ologiens et l'Église du Haut Moyen Âge intĂšgrent les fĂ©es au surnaturel chrĂ©tien, ils assimilent cependant les dames des lacs et des forĂȘts Ă  des dĂ©mons[107] - [159], tout comme Burchard de Worms au XIe siĂšcle[21]. Les autoritĂ©s chrĂ©tiennes des XIIe et XIIIe siĂšcles, pĂ©riode d'optimisme, se montrent tolĂ©rantes envers ce personnage aux attributs proches de ceux d'une dĂ©esse[166], et ne tentent pas de le diaboliser[167] (contrairement au dragon[164]), sans doute parce qu'« il est difficile de rĂ©soudre le problĂšme d'une croyance Ă  une figure surnaturelle Ă  la fois bĂ©nĂ©fique et Ă©trangĂšre au christianisme »[6]. Au cours du XIIIe siĂšcle toutefois, les fĂ©es sont vues de plus en plus comme dĂ©loyales et emplies de luxure[168]. La mise en valeur de la chastetĂ© comme premiĂšre des vertus fait que le rĂŽle autrefois Ă©chu aux personnages fĂ©eriques de la littĂ©rature devient celui des anges Ă  la fin du Moyen Âge[164]. Le caractĂšre fĂ©erique de ces personnages tend Ă©galement Ă  s'estomper, et leurs figures littĂ©raires Ă  devenir celles de sorciers et d'enchanteresses[169] qui tiennent leurs savoirs de longues Ă©tudes, du fait de la rationalisation[164], Ă  partir du XIVe siĂšcle[170]. Ainsi, les « dames du lac », fĂ©es qui rĂšgnent sur un merveilleux palais sous-marin, voient leur royaume devenir une Ăźle[86]. Les fĂ©es n'Ă©chappent pas non plus Ă  la diabolisation[171].

La religion chrĂ©tienne est Ă  l'origine de diverses thĂ©ories Ă  propos des fĂ©es. Selon certains textes apocryphes, dont le Livre d'HĂ©noch, lorsqu'une partie des anges se rĂ©voltĂšrent contre Dieu, ce dernier ferma les portes du Paradis. Les ĂȘtres qui Ă©taient demeurĂ©s Ă  ses cĂŽtĂ©s devinrent les anges, ceux qui avaient suivi Satan aux enfers devinrent les dĂ©mons, quant Ă  ceux qui n'avaient pu se dĂ©cider entre le bien et le mal, ils devinrent les fĂ©es[172]. Claude Lecouteux prĂ©cise que ceux qui rejoignirent l'eau devinrent des ondins, celles qui tombĂšrent dans les sources devinrent des nymphes et celles qui tombĂšrent dans les forĂȘts devinrent les dianes[21]. Une version similaire veut que les ancĂȘtres des fĂ©es aient Ă©tĂ© boutĂ©s hors du Paradis parce qu'ils n'Ă©taient pas assez bons, et que l'Enfer les ait refusĂ©s car ils n'Ă©taient pas assez mauvais[173], ou encore que les fĂ©es aient Ă©tĂ© les enfants d'anges dĂ©chus qui firent commerce charnel avec des mortelles[174].

De la fin du XVIe siĂšcle au milieu du XVIIe siĂšcle, les procĂšs des sorciĂšres fĂ©eriques de Sicile prouvent que cette cohabitation entre le folklore fĂ©erique et la religion chrĂ©tienne ne s'est pas dĂ©roulĂ©e sans heurts. Avec la montĂ©e du puritanisme, la vision des fĂ©es en tant qu'ĂȘtres dĂ©moniaques a gagnĂ© en popularitĂ©[175] - [176]. Ainsi, le hobgoblin, qui Ă©tait Ă  l'origine un esprit amical de la maison, est devenu un gobelin malveillant[177]. PrĂ©tendre faire commerce avec les fĂ©es Ă©tait Ă  cette Ă©poque considĂ©rĂ© comme une forme de sorcellerie et sĂ©vĂšrement puni[17]. C'est peut-ĂȘtre pour dissocier les fĂ©es des dĂ©mons qu'ObĂ©ron, dans la piĂšce Songe d'une nuit d'Ă©tĂ©, observe soigneusement que ni lui ni sa cour ne craignent les cloches de l'Ă©glise[178].

Robert Kirk et La République mystérieuse

En 1691, le rĂ©vĂ©rend Ă©cossais Robert Kirk Ă©crit un ouvrage majeur consacrĂ© Ă  la connaissance des fĂ©es : La RĂ©publique mystĂ©rieuse : Des elfes, faune, fĂ©es et autres semblables publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1815. Il y prĂ©sente les fĂ©es sous un jour assez inquiĂ©tant, comme Ă©tant des ĂȘtres invisibles et parfois trĂšs dangereux. C'est en s'installant sur la lande des trossachs qu'il va se confondre avec « l'esprit des lieux » et Ă©crire son ouvrage qui, plus tard, devient presque mythique. Il y dĂ©crit non seulement l'apparence des fĂ©es « telles qu'elles apparaissent Ă  ceux qui ont la seconde vue », mais aussi leurs demeures, leurs croyances et leurs occupations avant sa mort en 1691, Ă  l'Ăąge de 42 ans. Cette mort le fait entrer dans la lĂ©gende, car il se dit que les fĂ©es se sont vengĂ©es parce qu'il a trahi leurs secrets, ainsi que le racontent Walter Scott et Pierre Dubois[179].

Époque contemporaine

En France, des Ă©tudes ethnologiques[Note 7] aprĂšs la Seconde Guerre mondiale ont relevĂ© la persistance de ces croyances, notamment Ă  la campagne, chez les personnes ĂągĂ©es. La Bretagne et l'Alsace, en raison peut-ĂȘtre d'une survivance des langues rĂ©gionales, ont conservĂ© de nombreuses traces du petit peuple, dans leurs traditions orales et leurs toponymies[180]. En Angleterre, la croyance aux fĂ©es est fortement liĂ©e Ă  l'Ă©crivain Lewis Carroll et Ă  ses Ă©crits, comme Les Aventures d'Alice au pays des merveilles[181]. À Nottingham, la Fairy Investigation Society a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour chercher des traces ainsi que des tĂ©moignages Ă  propos des fĂ©es[182]. L'animisme du Japon (shintoĂŻsme) est trĂšs proche des croyances europĂ©ennes aux fĂ©es, ce qui explique l'attrait des Japonais pour ces crĂ©atures, de mĂȘme que la persistance des croyances aux esprits fĂ©eriques dans les rĂ©gions rurales du Nord du Japon[71]. Il existe d'ailleurs un « musĂ©e des fĂ©es » Ă  Kaneyama[183].

Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, la croyance en l'existence (physique ou spirituelle) des fĂ©es perdure ; il est admis qu'elles ne sont pas qu'une affaire de folklore et de contes. Dans les pays scandinaves, elle est fortement ancrĂ©e et en Islande, le tracĂ© d'une autoroute fut dĂ©viĂ© afin d'Ă©viter un lieu rĂ©putĂ© habitĂ© par les fĂ©es[184]. Christine Lynch, fille de Frances Griffiths rĂ©sidant en Irlande du Nord dans une rĂ©gion oĂč le folklore fĂ©erique reste trĂšs prĂ©sent, dĂ©clare en 2009 que les Ă©poques de crises rendent les personnes plus rĂ©ceptives Ă  « la magie des fĂ©es », et par lĂ  plus portĂ©es Ă  y croire[185].

TĂ©moignages

Photographie d'une maison circulaire fabriquée en bois et surmontée d'un toit en pente.
Une maison du Findhorn Ecovillage, lieu ayant la rĂ©putation d'ĂȘtre frĂ©quentĂ© par les fĂ©es qui auraient influĂ© sur la croissance des plantes.

Conan Doyle croyait fermement en l'existence des fĂ©es, tout comme son pĂšre, Charles Altamont Doyle, qui les dessinait et assurait en voir dans ses derniĂšres annĂ©es, alors qu'il avait sombrĂ© dans l'alcoolisme et la folie[186]. Des clairvoyants comme Geoffrey Hodson ont dĂ©clarĂ© pouvoir dĂ©crire leurs mƓurs et activitĂ©s avec une grande prĂ©cision[39]. Peter Caddy, crĂ©ateur du Findhorn Ecovillage, en Écosse, a affirmĂ© avoir atteint son haut degrĂ© de maĂźtrise du jardinage biologique grĂące Ă  ses pratiques spirituelles et la communion avec les Devas et d'autres esprits de la nature[39]. Des tĂ©moignages d'observations de fĂ©es sont recensĂ©s partout dans le monde, mĂȘme chez des personnes qui n'ont jamais manifestĂ© le moindre signe de croyance auparavant[187]. Pierre Dubois pense qu'on ne peut totalement ignorer ces multiples tĂ©moignages, la question Ă©tant de savoir si on peut « se permettre de douter de la sincĂ©ritĂ© de ces clairvoyances »[182].

Les fées de Cottingley

Photo d'une cascade avec en arriĂšre-plan une bĂątisse.
La riviĂšre Beck Ă  hauteur de Cottingley, oĂč Frances et Elsie Griffiths affirment ĂȘtre entrĂ©es en contact avec le petit peuple.

Au sortir de la PremiĂšre Guerre mondiale, la population anglaise est ouverte au merveilleux et l'affaire des fĂ©es de Cottingley en 1917 donne lieu Ă  un long dĂ©bat sur l'existence du petit peuple. Arthur Conan Doyle est persuadĂ© de l'authenticitĂ© d'une sĂ©rie de cinq photographies prises par Elsie Wright et Frances Griffiths Ă  Cottingley dans le Yorkshire au Royaume-Uni en 1917. Il publie en 1922 The Coming of the Fairies aprĂšs deux articles trĂšs sĂ©rieux dans le Strand Magazine montrant ces clichĂ©s des deux filles en compagnie d'ĂȘtres du petit peuple. Soixante ans plus tard, en 1983, les deux auteurs admettent qu'il s'agissait d'une supercherie, mais Frances maintient qu'elle avait bien vu des fĂ©es. L'affaire des fĂ©es de Cottingley amĂšne de nouvelles pistes de rĂ©flexion Ă  travers de nombreux tĂ©moignages de personnes affirmant « jouer avec des elfes » ou « danser avec des fĂ©es » dans la rĂ©gion du Yorkshire, entre autres vers Skipton[188].

Théosophie

D'aprĂšs les enseignements de la thĂ©osophie, les Devas, l'Ă©quivalent des anges, sont considĂ©rĂ©s comme vivant dans l'atmosphĂšre de la planĂšte ou Ă  l'intĂ©rieur du Soleil, et sont censĂ©s agir sur la nature, par exemple sur le processus de la croissance des plantes. Certains Devas sont plus petits et moins importants en degrĂ© d'Ă©volution, ils sont nommĂ©s « esprits de la nature », « Ă©lĂ©mentaux » et « fĂ©es »[189]. La croyance en la rĂ©alitĂ© des fĂ©es de Cottingley a Ă©tĂ© forte chez les thĂ©osophes, donnant lieu Ă  bon nombre d'explications quant Ă  ces ĂȘtres : les esprits de la nature, Ă©lĂ©mentaires, gnomes, ondines, sylphes, salamandres et fĂ©es peuvent ĂȘtre observĂ©s lorsque le troisiĂšme Ɠil est activĂ©. Les thĂ©osophes maintiennent que les ĂȘtres moins Ă©voluĂ©s n'ont jamais Ă©tĂ© incarnĂ©s auparavant comme ĂȘtres humains, et sont considĂ©rĂ©s comme une lignĂ©e distincte de l'Ă©volution spirituelle humaine, appelĂ©e « l'Ă©volution deva » : si leur Ăąme progresse, ils peuvent se rĂ©incarner en tant que Devas. Les thĂ©osophes affirment que tous ces ĂȘtres possĂšdent un corps Ă©thĂ©rique composĂ© de « matiĂšre Ă©thĂ©rique », substance plus fine et plus pure que celle que l'on trouve sur le plan terrestre[190]. Le thĂ©osophe Edward Gardner a effectuĂ© de longues recherches concernant le folklore fĂ©erique et entendu de multiples tĂ©moignages relatant des observations d'ĂȘtres fabuleux et, dans The Coming of the Fairies, Conan Doyle met en avant le nombre Ă©levĂ© de rapports d'observations de fĂ©es[191] ou encore le fait que son ami William Riley cite le Haut-Airedale et le Wharfedale comme des lieux oĂč sont consignĂ©es des observations de pixies comme autant d'arguments en faveur de leur existence[192]. D'aprĂšs lui, le petit peuple est aussi nombreux que la race humaine, et pourrait vivre Ă  la surface de la Terre, sĂ©parĂ© par une diffĂ©rence vibratoire.

NĂ©o-paganisme

Dans la culture moderne, une preuve de la pérennité des croyances féeriques (ou une résurgence) réside dans les cultes néopaganistes ou néodruidiques. Une branche de la Wicca, nommée Faery Wicca, accorde une importance primordiale aux fées, aux gnomes, aux esprits de la nature et au petit peuple de maniÚre générale, mais aussi au folklore qui leur est lié, aux relations qu'ils entretiennent avec la nature, et à la magie qu'ils sont censés utiliser. Cette branche a été fondée par Kisma Stepanich et suivie par quelques autres auteurs comme Edain McCoy, en s'appuyant sur les traditions irlandaises[193].

Psychanalyse, philosophie et symbolique des fées

Une fée se tient à la verticale en déployant ses ailes de papillon. Elle semble marcher sur les herbes qui l'entourent.
Une petite fée aux ailes de papillon, selon la représentation classique que l'on s'en fait au début du XXIe siÚcle. Lily Fairy par Luis Ricardo Falero, 1888.
FĂ©e
MaĂźtresse de la magie, elle symbolise les pouvoirs paranormaux de l'esprit ou les capacitĂ©s prestigieuses de l'imagination. Elle opĂšre les plus extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les dĂ©sirs les plus ambitieux. Peut-ĂȘtre reprĂ©sente-t-elle les pouvoirs de l'homme de construire en imagination les projets qu'il n'a pas pu rĂ©aliser[141]
Dictionnaire des symboles

Plusieurs Ă©crivains tels Charles Athanase Walckenaer (Lettres sur les contes de fĂ©es attribuĂ©s a Perrault, et sur l'origine de la fĂ©erie, 1826) et Alfred Maury (Les FĂ©es du Moyen Âge : recherches sur leur origine, leur histoire et leurs attributs) en France, Johann Wilhelm Wolf et Sanford Schreiber en Allemagne, Lucy Allen Paton (Studies in the Fairy Mythology of Arthurian Romance) et Walter Evans-Wentz, (Fairy Faith in Celtic Countries) dans les pays anglo-saxons se sont livrĂ©s Ă  de savantes recherches sur la symbolique des fĂ©es. Freud, avec L'InterprĂ©tation des rĂȘves (1900), fut le premier Ă  proposer une interprĂ©tation symbolique des contes de fĂ©es, expliquant ensuite dans L'Homme aux loups que le conte de fĂ©es offre Ă  l’enfant un mode de pensĂ©e qui correspond Ă  sa reprĂ©sentation de lui-mĂȘme[194]. La fĂ©e est donc une image de l'enfant Ă©voluant dans un monde d'adultes et capable de pouvoirs de transformation par son imagination. Le psychanalyste Bruno Bettelheim a proposĂ© une version psychanalytique des contes de fĂ©es[195] dans laquelle il montre que la fĂ©e est une figure soit positive (la bonne fĂ©e) soit nĂ©gative (la mauvaise fĂ©e) de la mĂšre. Pour le psychanalyste GĂ©za RĂłheim, dans The Psychoanalytic Study of the Child, le conte de fĂ©es se rapproche du symbolisme onirique[194].

Pour Marie Louise von Franz, principale continuatrice du psychiatre Carl Gustav Jung, le conte de fĂ©es symbolise le processus qui permet Ă  la personnalitĂ© de se construire de maniĂšre harmonieuse[196]. Elle souligne que ces contes sont l’expression la plus pure et la plus simple des processus collectifs inconscients. Ainsi, chaque actant du conte de fĂ©e reprĂ©sente l'un de ces processus psychiques Ă  l'Ɠuvre dans la personnalitĂ©. La jeune fĂ©e symbolise la part la plus intime et la plus intuitive de la femme, celle encore proche de la nature intĂ©rieure[197] alors que pour Carl Gustav Jung, la figure de la vieille fĂ©e reprĂ©sente l'archĂ©type de la « Grande-mĂšre », projection mythique de l'expĂ©rience fĂ©minine dans toutes les civilisations[198].

L'Ă©crivain et essayiste Michel Le Bris voit dans les fĂ©es « l'Ăąme du monde », des ĂȘtres crĂ©Ă©s par les hommes pour peupler la nature et leurs rĂȘves et ainsi pouvoir les habiter, mais aussi et surtout, des ĂȘtres intermĂ©diaires entre le monde et l'humanitĂ©[199].

Dans les arts et la littérature

Sur la peinture, trois ĂȘtres se trouvent dans ce qui semble un chĂąteau: un garde Ă  la gauche, un noble au milieu et une femme prenant son bain dans une piĂšce fermĂ©e. La femme possĂšde des ailes et une queue de serpent.
Mélusine en son bain, épiée par son époux Raimondin. Roman de Mélusine par Jean d'Arras, vers 1450-1500. BNF Fr.24383, f.19

La fĂ©e telle qu'on la connaĂźt est une crĂ©ation de l'Occident mĂ©diĂ©val[14] - [159], Ă©poque qui voit la naissance littĂ©raire de la fĂ©e Morgane, la fĂ©e Viviane, et MĂ©lusine. D'abord prĂ©sente dans la littĂ©rature grĂące Ă  des auteurs comme Marie de France et ChrĂ©tien de Troyes, elles connaissent Ă  nouveau une vague de popularitĂ© grĂące au Songe d'une nuit d'Ă©tĂ© de William Shakespeare Ă  la fin du XVIe siĂšcle, puis dans les contes de fĂ©es des XVIIe et XVIIIe siĂšcles[171]. Au XIXe, le folklore du petit peuple s'accorde avec les Ă©lans vers la nature du romantisme littĂ©raire, et les fĂ©es profitent de la renaissance celtique (Celtic Revival). La collecte des traditions folkloriques, l'intĂ©rĂȘt pour les mythes, contes et lĂ©gendes gagnent toute l'Europe[200], de mĂȘme que les crĂ©ations originales incluant des personnages fĂ©eriques[201]. L'Ă©poque victorienne voit la naissance de la peinture fĂ©erique. Le XXe siĂšcle et ses productions « d'une extraordinaire richesse »[202] incluent notamment la fĂ©e Clochette, devenue une icĂŽne de la culture populaire, mais aussi de nombreux films des studios Disney. Les romans de Tolkien Ă©veillent chez la gĂ©nĂ©ration Ă©tudiante de l'Ă©poque un intĂ©rĂȘt tout particulier le petit peuple et Ă  sa suite, les premiers ouvrages rĂ©pertoriant Ă©tudiant ces crĂ©atures connaissent le succĂšs Ă©ditorial : Katharine Briggs, Brian Froud et Alan Lee en Angleterre, Pierre Dubois, Édouard Brasey et Marie-Charlotte Delmas en France. Quelques auteurs des littĂ©ratures de l'imaginaire et bon nombre d'illustrateurs de fantasy incluent dĂ©sormais les fĂ©es Ă  leur rĂ©pertoire.

Dans le monde anglo-saxon, le terme consacré de fairy tale (« conte de fées »), ambigu, est fréquemment remis en cause par les folkloristes : ils lui préfÚrent celui de « wonder tale » (« conte merveilleux »), qu'ils distinguent des tales about fairies (contes à propos de fées, faisant réellement intervenir des fées)[203].

Notes et références

Notes

  1. Informations lexicographiques et étymologiques de « Elfe » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales ; à rapprocher de la racine indo-européenne *albh (« blanc », « clair ») ayant donné en latin albus.
  2. Littré : « XIIe s. Atant es vous Auberon le faé, Huon de Bordeaux, v. 3855. XIIIe s. Moult ont Jason entr'eus loé ; Bien dient tous qu'il est faé, Du Cange, fadus. ».
  3. LittrĂ© : « En normand, on dit aussi au masculin « fĂ© » : le fĂ© amoureux, hĂ©ros d'une lĂ©gende populaire. — Dans le Chablais, « fighe », « fie » ; dans le Jura français, « fau » ou « fĂ© » ; dans le canton de Vaud, « fatha » ou « fada », en provençal : fada. »
  4. LittrĂ© : « Douer de propriĂ©tĂ©s magiques. Les vieux contes disent souvent : Je vous fĂ©e et refĂ©e. Mais qu'au combat oĂč rien ne sert armure, OĂč rien ne sert qu'on ait fĂ©Ă© la peau
, Deshoul., Rondeau redoublĂ© au duc de St-Aignan ».
  5. Les elfes et les lutins font l'objet de deux autres encyclopédies de Pierre Dubois : La Grande Encyclopédie des elfes et La Grande Encyclopédie des lutins.
  6. Claudine Glot remarque que la fée Viviane est la fois l'amante de Merlin et la marraine de Lancelot, par exemple.
  7. Voir la série d'ouvrages inachevés de Paul-Yves Sébillot, Le Folklore de France, publiés chez Maisonneuve et Larose.

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu de l’article de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « fairy » (voir la liste des auteurs).
  1. Gaffiot, Dict. Lat.
  2. Borges et Guerrero 2007, p. 121.
  3. Dubois 2008, p. 9
  4. Laurence Harf-Lancner dans Le Bris et Glot 2002, p. 19
  5. Margaret Visser (trad. Michel Buttiens), Au-delà du destin, Presses Université Laval, (ISBN 9782763783208), p. 37.
  6. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 12
  7. Charles Perrault, Contes, Le Livre de Poche Classique, Introduction, notices et notes de Catherine Magnien.
  8. Maury 1843, p. XXXIII–XXXVII.
  9. Briggs 1976, p. 127.
  10. Dubois 2008, p. 6
  11. Jean Baptiste Prudence BoissiÚre, Dictionnaire analogique de la langue française: répertoire complet des mots par les idées et des idées par les mots, , 3e éd. (lire en ligne), p. 678.
  12. Larousse: fée
  13. (en) Terri Windling, « Fairies in Legend, Lore, and Literature », sur endicott-studio.com (consulté le ).
  14. Laurence Harf-Lancner dans Le Bris et Glot 2002, p. 18
  15. Dubois 2008, p. 15
  16. Dubois 2008, p. 37
  17. Briggs 1976, p. 409-412
  18. Dubois 2008, p. 67
  19. Dubois 2008, p. 143
  20. Dubois 2008, p. 92
  21. Claude Lecouteux dans Le Bris et Glot 2002, p. 24
  22. Briggs 1976, p. 11
  23. Briggs 1967, p. 71
  24. NarvĂĄez 1997, p. 406-447
  25. Briggs 1967
  26. Harf-Lancner 2003
  27. Laurence Harf-Lancner dans Le Bris et Glot 2002, p. 20
  28. Ferlampin-Acher 2002, p. 136
  29. Ferlampin-Acher 2002, p. 122-123
  30. Ferlampin-Acher 2002, p. 54-55 ; 136
  31. Centre de l'Imaginaire Arthurien et Chagford Filmmaking group, Lanval, La Gacilly, Artus,
  32. Ferlampin-Acher 2002, p. 424
  33. Dubois 2008, p. 28
  34. Dubois 2008, p. 30-31
  35. Dubois 2008, p. 29
  36. Dubois 2008, p. 48-49
  37. Dubois 2008, p. 60-61
  38. GeneviÚve Dubois, Imaginaire et thérapie du langage, vol. 13 de Collection d'orthophonie, Elsevier Masson, 2001, (ISBN 9782294006593), p. 82
  39. Brasey 1998, p. intro
  40. Brasey 2005, p. 42
  41. Brasey 2005, p. 23
  42. Brasey 2005, p. 32
  43. Dubois 2008, p. 95
  44. Brasey 2005, p. 26
  45. Morvan 1999, p. intro
  46. Sandra Gorgievski, Le mythe d'Arthur: de l'imaginaire mĂ©diĂ©val Ă  la culture de masse, Collection Travaux & thĂšses, LittĂ©rature comparĂ©e, Éditions du CEFAL, 2002, (ISBN 9782871301189), 232 pages, p. 116-117
  47. Dubois 2008, p. 119
  48. Dubois 2008, p. 121
  49. Alfred Maury, Les fĂ©es au Moyen Âge citĂ© dans Brasey 2005, p. 33
  50. Dubois 2008, p. 124-125
  51. Dubois 2008, p. 140-141
  52. Brasey 2005, p. 44
  53. Dubois 2008, p. 120
  54. Brian Froud dans Le Bris et Glot 2002, p. 207
  55. Pierre Dubois (ill. Claudine et Roland Sabatier), La Grande Encyclopédie des lutins (1re éd. 1992) [détail des éditions] p. 5
  56. GrĂŒn 1996
  57. MĂ©rindol 2009, p. 46-52
  58. Froud 1978
  59. Paracelse 1998
  60. Paracelse (trad. Pierre Deghaye), La grande astronomie ou La philosophie des vrais sages, philosophia sagax: Clé de tous les mystÚres du grand et du petit monde [« Astronomia magna »], Dervy, (1re éd. 1537), 379 p. (ISBN 9782844540218), p. 159-160
  61. « Seelie Court » Briggs 1976, p. 353
  62. Briggs 1976, p. 100
  63. (en) Briggs, 1976, p. 419
  64. Silver 1999, p. 174
  65. Briggs 1976
  66. Yeats 2010
  67. Mary Helen Thuente, W.B. Yeats and Irish folklore, Barnes & Noble, 1981, (ISBN 9780389201618), 286 pages, p. 83
  68. Briggs 1967, p. 412
  69. (en) Francis James Child, The English and Scottish Popular Ballads
  70. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 17
  71. Kimie Imura dans Le Bris et Glot 2002, p. 210
  72. Lewis 1994, p. 122
  73. Briggs 1967, p. 7, 8, 23, 26, 110
  74. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 44
  75. Briggs 1976, p. 98
  76. Yeats 1988, p. 2
  77. Briggs 1976, p. 148
  78. Édouard Brasey, La Petite EncyclopĂ©die du merveilleux, Paris, Éditions le prĂ© aux clercs, , 435 p. (ISBN 978-2-84228-321-6), p. 54
  79. Lewis 1994, p. 136
  80. Briggs 1976, p. 15
  81. Dubois 2008, p. 80-81
  82. Briggs 1976, p. 68–69
  83. (en) Henry Tegner, Ghosts of The North Country, Butler Publishing, , 80 p. (ISBN 9780946928408)
  84. Briggs 1967, p. 15
  85. Briggs 1967, p. 141
  86. Le Bris et Glot 2002, p. 30
  87. Lewis 1994, p. 134
  88. Silver 1999, p. 38
  89. Briggs 1967, p. 146
  90. Kirk et Lang 2007, p. 39
  91. MĂ©rindol 2009, p. 400
  92. Dubois 2008, p. 10
  93. Lewis 1994, p. 135-136
  94. Briggs 1967, p. 9
  95. Briggs 1967, p. 143-47
  96. Evans-Wentz 1990, p. 167, 243, 457
  97. Briggs 1967, p. 143–147
  98. Briggs 1976, p. 25
  99. Briggs 1976, p. 80
  100. Evans-Wentz 1993, p. 85
  101. Silver 1999, p. 167
  102. Yeats 1988, p. 47
  103. (en) Francis Child, The English and Scottish Popular Ballads, Courier Dover Publications, , 544 p. (ISBN 9780486431451, lire en ligne)
    Les ballades Lady Isabel and the Elf Knight et Tam Lin figurent dans deux chapitres de ce livre
  104. (en) « Thomas le Rhymer », sur Sacred textes (consulté le )
  105. Silver 1999, p. 47
  106. Briggs 1976, p. 62–66
  107. Le Bris et Glot 2002, p. 22
  108. Briggs 1967, p. 104
  109. Briggs 1967, p. 50-51
  110. (la) Walter Map, De Nugis Curiallium, Londres, F. Tupper & M.B Ogle (Chatto & Windus,
  111. Lenihan, Lenihan et Green 2004, p. 109-110
  112. (en) Rosalind Kerven, Northumberland Folk Tales, Antony Rowe Ltd, , p. 532
  113. NarvĂĄez 1997, p. 126
  114. Briggs 1976, p. 156
  115. Thierry Revol, ReprĂ©sentations du sacrĂ© dans les textes dramatiques des XIe – XIIIe siĂšcles en France, H. Champion, coll. « Nouvelle bibliothĂšque du Moyen Âge » (no 51), , 577 p. (ISBN 9782745301185), p. 296
  116. (en) E. Gauldie, The Scottish Miller 1700-1900, Édimbourg, John McDonald, , 254 p. (ISBN 9780859760676), p. 187
  117. Briggs 1976, p. 335-336
  118. Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, nouvelle édition, t. 1, Rennes, entrée Essé, , p. 271.
  119. Paul SĂ©billot, Croyances, mythes et lĂ©gendes des pays de France - La PrĂ©histoire. CitĂ© dans Édouard Brasey (ill. Jean-Luc Boivent), Le guide du chasseur de FĂ©es, Le prĂ© aux clercs, , 140 p. (ISBN 9782842282295), p. 66
  120. Paul SĂ©billot, Croyances, mythes et lĂ©gendes des pays de France - Le Monde souterrain. CitĂ© dans Édouard Brasey (ill. Jean-Luc Boivent), Le guide du chasseur de FĂ©es, Le prĂ© aux clercs, , 140 p. (ISBN 9782842282295), p. 29, 66
  121. Briggs 1976, p. 20
  122. Briggs 1967, p. 74
  123. Briggs 1976, p. 233
  124. Lewis 1994, p. 125
  125. Silver 1999, p. 155
  126. Lenihan, Lenihan et Green 2004, p. 146-147
  127. Lenihan, Lenihan et Green 2004, p. 125
  128. Silver 1999, p. 152
  129. (en) Iona Opie et Moira Tatem, A Dictionary of Superstitions, Oxford University Press, , 494 p. (ISBN 9780192115973), p. 38
  130. Briggs 1976, p. 41
  131. Briggs 1976, p. 46
  132. Briggs 1976, p. 34
  133. Briggs 1976, p. 115
  134. Yeats 1988, p. 1
  135. Maury 1843, p. VIII
  136. Walter Scott, cité dans Brasey 2005, p. 26
  137. (en) J. M. Barrie, Peter Pan in Kensington Gardens and Peter and Wendy, Oxford Press, , 288 p. (ISBN 9780192839299), p. 32
  138. Dubois 2008, p. 46, 124-125
  139. Ferlampin-Acher 2002, p. 132
  140. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 14
  141. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, (1re éd. 1969) [détail des éditions] p. 430-430
  142. Maury 1843, p. XXVI–XXXII
  143. Silver 1999, p. 44
  144. (en) « The Religion of the Ancient Celts: Chapter XI. Primitive Nature Worship » (consulté le )
  145. Silver 1999, p. 40-41
  146. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal et Jules Garinet, La Sorcellerie en France, cités dans Brasey 2005, p. 27
  147. Olaus Magnus cité par Collin de Plancy dans Brasey 2005, p. 27-28
  148. (en) Jane Yolen, Magic Touch, (ISBN 0-87483-591-7), p. 49
  149. Silver 1999, p. 45
  150. Silver 1999, p. 50
  151. (en) Howard Phillips Lovecraft, « Some backgrounds of Fairyland » dans Marginalia, Arkham House, 1944, p. 174-181
  152. J. R. R. Tolkien, On fairy tales dans Le Bris et Glot 2002, p. 217
  153. Paul-Éric Blanrue, « Les fĂ©es de Cottingley : Conan Doyle contre Sherlock Holmes », Cercle zĂ©tĂ©tique (consultĂ© le )
  154. Terri Windling dans Le Bris et Glot 2002, p. 48
  155. Maury 1843, p. VII
  156. Brasey 1999, p. 29
  157. Ferlampin-Acher 2002, p. 16
  158. Ferlampin-Acher 2002, p. 26
  159. Harf-Lancner 2003, p. intro
  160. Victor Hugo et William Shakespeare, ƒuvres complùtes de W. Shakespeare, Pagnerre, (lire en ligne), p. 20-21
  161. Maury 1843, p. XI–XV
  162. Maury 1843, p. XVI–XX
  163. Antoine Le Roux de Lincy, « Introduction », dans anonyme, Les Caquets de l'accouchée, Paris, P. Jannet, (lire en ligne), v-xxxii
  164. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 11
  165. Ferlampin-Acher 2002, p. 53-54
  166. Claudine Glot dans Le Bris et Glot 2002, p. 10
  167. Le Bris et Glot 2002, p. 13
  168. Harf-Lancner 1984, p. 273
  169. Briggs 1976, p. 132
  170. Ferlampin-Acher 2002, p. 19
  171. Le Bris et Glot 2002, p. 23
  172. Briggs 1976, p. 319
  173. Yeats 1988, p. 9-10
  174. Dubois 2008, p. 11
  175. Lewis 1994, p. 137
  176. Briggs 1976, p. 320
  177. Briggs 1976, p. 223
  178. Lewis 1994, p. 138
  179. Pierre Dubois dans Le Bris et Glot 2002, p. 54-55
  180. Gaby Sarazin-Heidet, Légendes d'Alsace et de Franche-Comté, DerniÚres Nouvelles d'Alsace, (ISBN 9782716500623)
  181. Turner 2003, p. 174
  182. Dubois 2008, p. 12
  183. (en) Personnel de rédaction, « Fairy Museum », Kaneyama Town Offical Web site, (consulté le )
  184. Documentaire EnquĂȘte sur le monde invisible, Jean-Michel Roux, 2002
  185. (en) « Cursed by the Fairies », express.co.uk, (consulté le )
  186. Jean-Pierre Croquet dans Le Bris et Glot 2002, p. 152-153
  187. Michell, Rickard et Rickard 2000, p. 121
  188. Doyle 1922, p. 73-76
  189. Geoffrey Hodson, Kingdom of the Gods (ISBN 0-7661-8134-0)
  190. (en) A.E. Powell, The Solar System, Londres, The Theosophical Publishing House, , A Complete Outline of the Theosophical Scheme of Evolution
  191. Doyle 1922, p. 40, 55
  192. Doyle 1922, p. 54
  193. Voir les ouvrages traitant de la Faery Wicca tels que McCoy 1994 et Reidling 2005
  194. Carina Coulacoglou, 2006.
  195. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Robert Laffont éd., Paris, 1976 (1976) rééd.1999 (ISBN 2266095781)
  196. Marie Louise von Franz a publié trois ouvrages sur les contes de fées : La Femme dans les contes de fées (Jacqueline Renard), Albin Michel, 1993 ; L'Interprétation des contes de fées (Jacqueline Renard), réed. Albin Micel, 2007 ; L'Ombre et le mal dans les contes de fées (Jacqueline Renard), Albin Michel, 2002.
  197. Marie Louise von Franz (trad. Jacqueline Renard), L'ombre et le mal dans les contes de fées, Albin Michel, , p. 12-25.
  198. Carl Gustav Jung (trad. Etienne Perrot et Yves Le Lay), Les racines de la conscience : Études sur l'archĂ©type, LGF, coll. « Livre de Poche », (ISBN 978-2253062509), p. 140-141.
  199. Michel Le Bris dans Le Bris et Glot 2002, p. 217
  200. Le Bris et Glot 2002, p. 77
  201. Briggs 1967, p. 165–167
  202. Michel Le Bris dans Le Bris et Glot 2002, p. 132
  203. Ruth Bottigheimer, Oral Transmission in a Literate Word, in A Companion to the Fairy-Tale, Ă©d. Hilda Ellis Davidson & Anna Chaudhri, Boydell & Brewer, Rochester NY, 2003 (ISBN 978-1-84384-081-7).

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article : document utilisĂ© comme source pour la rĂ©daction de cet article.

Ouvrages fondateurs

  • Bibliographie sĂ©lective de la BNF Ă  propos des contes de fĂ©es
  • Robert Kirk, La RĂ©publique mystĂ©rieuse des elfes, faunes, fĂ©es et autres semblables
 et (en) Robert Kirk et Andrew Lang, The Secret Commonwealth of Elves, Fauns and Fairies, Aberfoyle, Forgotten Books, coll. « Easy Reading Series », (ISBN 1605061859, lire en ligne), « 1. Of the subterranean inhabitants ». Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (en) Thomas Keightley, The Fairy Mythology : Illustrative of the Romance and Superstition of Various Countries, Forgotten Books, (1re Ă©d. 1828) (ISBN 9781605061887)
  • (en) Thomas Keightley, The World Guide to Gnomes, Fairies, Elves and Other Little People, Avenel Books, , 560 p. (ISBN 9780517263136)
    Ouvrage compilé à partir des travaux philologiques et littéraires de Keightley
  • Alfred Maury, Les fĂ©es du Moyen Âge : recherches sur leur origine, leur histoire et leurs attributs : pour servir Ă  la connaissance de la mythologie gauloise, Ladrange, , 101 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « FĂ©e » dans Dictionnaire universel d’histoire et de gĂ©ographie, (lire sur Wikisource)
  • (en) William Butler Yeats, « Fairy and Folk Tales of the Irish Peasantry », dans A Treasury of Irish Myth, Legend, and Folklore, Gramercy, (1re Ă©d. 1888) (ISBN 0-517-48904-X)
  • Karl GrĂŒn, Les esprits Ă©lĂ©mentaires, G. TrĂ©daniel, (1re Ă©d. 1891), 243 p. (ISBN 9782857077312)
  • (en) Walter Evans-Wentz, The Fairy-Faith in Celtic Countries, New York, Citadel, (1re Ă©d. 1911) (ISBN 0-8065-1160-5) et l'Ă©dition en ligne : (en) Walter Evans-Wentz, The Fairy-Faith in Celtic Countries, Forgotten Books, (1re Ă©d. 1911) (ISBN 9781605061924, lire en ligne)
  • (en) Sir Arthur Conan Doyle, The Coming of the Fairies, New York, Toronto, Londres, (lire en ligne) et son Ă©dition française enrichie : Sir Arthur Conan Doyle et Sylvie Marion, Les fĂ©es sont parmi nous, J.-C. LattĂšs, le Grand livre du mois, , 212 p. (ISBN 9782702809846, prĂ©sentation en ligne)
  • (en) Geoffrey Hodson, Fairies at Work and at Play, Kessinger Publishing, (1re Ă©d. 1925), 128 p. (ISBN 9780766158337, prĂ©sentation en ligne)
    Ce livre contient les observations faites par le médium clairvoyant Geoffrey Hodson sur des brownies, elfes, gnomes, ondines et autres esprits de la mer, fées, sylphes, etc.
  • Paracelse (trad. Sylvie Paris), Le livre des nymphes, des sylphes, des pygmĂ©es, des salamandres et de tous les autres esprits [« Liber de Nymphis, sylphis, pygmaeis et salamandris et de caeteris spiritibus, in Philosophia magna »], NĂźmes, Lacour, (1re Ă©d. 1535), 107 p. (ISBN 2-84406-026-9, BNF 37026784)

Études et essais

  • Lucie FĂ©lix-Faure Goyau, La Vie et la mort des fĂ©es; essai d'histoire littĂ©raire, Perrin, , 430 p. (lire en ligne)
  • (en) Katharine Mary Briggs, The fairies in tradition and literature, Chicago, University of Chicago Press, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article et sa rĂ©Ă©dition : (en) Katharine Mary Briggs, The fairies in tradition and literature, Routledge classics, , 324 p. (ISBN 9780415286015, lire en ligne)
  • Laurence Harf-Lancner, Les fĂ©es au Moyen Âge: Morgane et MĂ©lusine, Slatkine, , 474 p. (ISBN 9782051005838)
  • Simone Bernard-Griffiths et UniversitĂ© de Besançon. Institut d'Ă©tudes comtoises et jurassiennes, Images de la magie: fĂ©es, enchanteurs et merveilleux dans l'imaginaire du XIXe siĂšcle, Presses Univ. Franche-ComtĂ©, (ISBN 9782251605043)
  • (en) C. S. Lewis, The Discarded File: An Introduction to Medieval and Renaissance Literature, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-47735-2). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Claude Lecouteux, FĂ©es, sorciĂšres et loups-garous au Moyen Âge: histoire du double, Imago, , 2e Ă©d., 227 p. (ISBN 9782902702701)
  • Édouard Brasey, EnquĂȘte sur l’existence des fĂ©es et des esprits de la nature, vol. 4753, J'ai lu, coll. « Aventure secrĂšte », (1re Ă©d. 1996), 381 p. (ISBN 9782290047538)
  • (en) Peter NarvĂĄez, The Good People: New Fairylore Essays, University Press of Kentucky, , 530 p. (ISBN 9780813109398)
  • Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fĂ©es, Pocket, , 476 p. (ISBN 978-2266095785)
  • Françoise Morvan, La douce vie des fĂ©es des eaux, vol. 397 de Babel (Arles), Actes Sud, , 339 p. (ISBN 9782742724062)
  • Édouard Brasey, FĂ©es et Elfes, Pygmalion, (ISBN 9782857045755)
  • (en) Carole B. Silver, Strange and Secret Peoples: Fairies and Victorian Consciousness, Oxford University Press, (ISBN 0-19-512199-6). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Claude Lecouteux, La maison et ses gĂ©nies, Imago, , 202 p. (ISBN 9782911416415)
  • Christine Ferlampin-Acher, FĂ©es, bestes et luitons : croyances et merveilles dans les romans français en prose (XIIIe – XIVe siĂšcles), Presses Paris Sorbonne, (ISBN 9782840501930, lire en ligne). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Michel Le Bris (dir.) et Claudine Glot (dir.), FĂ©es, elfes, dragons & autres crĂ©atures des royaumes de fĂ©erie, Paris, HoĂ«beke, , 226 p. (ISBN 2-84230-159-5). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
    Ouvrage présentant l'évolution historique de la féerie, avec des articles de nombreux universitaires comme Claude Lecouteux
  • Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fĂ©es dans l'Occident mĂ©diĂ©val, Paris, Hachette, , 286 p. (ISBN 2-01-235418-1)
  • (en) Alice K. Turner, Snake's Hands: The Fiction of John Crowley, Wildside Press LLC, , 408 p. (ISBN 9781592240517, lire en ligne), p. 174 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Marie-Charlotte Delmas, Sur la trace des fĂ©es, GlĂ©nat, (ISBN 9782723447386)
  • Édouard Brasey, L'Univers fĂ©erique, Pygmalion, (ISBN 9782756401881)
  • Audrey Cansot et Virginie Barsagol (ill. Magnus Blomster), Le Guide des fĂ©es, Actusf, coll. « Les Trois Souhaits », (ISBN 9782917689127)
  • IsmaĂ«l MĂ©rindol, TraitĂ© de FaĂ«rie, Le prĂ© aux clercs, (ISBN 978-2842283599). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Anne Chassagnol, La Renaissance fĂ©erique Ă  l'Ăšre victorienne, Berne, Peter Lang, , 380 p. (ISBN 978-3-03911-757-4, prĂ©sentation en ligne)
  • (en) Jean N. Goodrich, « Fairy, Elves and the Enchanted Otherworld », dans Albrecht Classen (dir.), Handbook of Medieval Culture : Fundamental Aspects and Conditions of the European Middle Ages, vol. 1, Berlin, De Gruyter, coll. « De Gruyter Reference », , X-696 p. (ISBN 978-3-11-026659-7 et 3110266598), p. 431–464.

Encyclopédies et dictionnaires

Contes et légendes

  • (en) William Butler Yeats, Irish Fairy and Folk Tales, Digireads.com Publishing, , 198 p. (ISBN 9781420935134, lire en ligne)
  • (en) Eddie Lenihan, Edmund Lenihan et Carolyn Eve Green, Meeting The Other Crowd: The Fairy Stories of Hidden Ireland, (ISBN 1-58542-206-1)
  • Violette Sicre, L'arbre fĂ©erique, 2014 (ISBN 9782322036837)

Articles de presse

  • (en) Robert Scheaffer, « Do Fairies Exist ? », The Zetetic,‎
  • Carina Coulacoglou, « La psychanalyse des contes de fĂ©es : les concepts de la thĂ©orie psychanalytique de Bettelheim examinĂ©s expĂ©rimentalement par le test des contes de fĂ©es », Le Carnet PSY, no 110,‎ , p. 31-39 (lire en ligne)

New Age

  • (en) Edain McCoy, A witch's guide to faery folk: reclaiming our working relationship with invisible helpers, Llewellyn Worldwide, coll. « New Age Series », , 369 p. (ISBN 9780875427331, lire en ligne)
  • (en) Kisma Reidling, Faery Initiations, AuthorHouse, , 316 p. (ISBN 9781420835830, prĂ©sentation en ligne)

Autres

  • (en) John Michell, Bob Rickard et Robert J. M. Rickard, Unexplained Phenomena: A Rough Guide Special, Rough Guides, , 390 p. (ISBN 9781858285894, lire en ligne). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (en) Brian Froud (ill. Alan Lee), Faeries, Peacock Press/Bantam, (ISBN 0-553-01159-6), traduction française :
  • Brian Froud (trad. Pierre Alien, ill. Alan Lee), Les FĂ©es, Albin Michel, (ISBN 9782226064769)
  • Édouard Brasey (ill. Jean-Luc Boivent), Le guide du chasseur de FĂ©es, Le prĂ© aux clercs, , 140 p. (ISBN 9782842282295). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Brian Froud, Le Monde de Faerie, Fetjaine, , 172 p. (ISBN 9782354251666)
Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplĂ©mentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimĂ©dias.