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LĂ©on Degrelle

LĂ©on Degrelle, nĂ© le Ă  Bouillon (Belgique) et mort le Ă  Malaga (Espagne), est un journaliste, Ă©crivain, et directeur de presse engagĂ© dans la mouvance catholique belge. Il entama ensuite une carriĂšre politique, en fondant le mouvement Rex, au dĂ©part parti nationaliste proche des milieux catholiques, qui devint rapidement un parti fasciste, puis durant la Seconde Guerre mondiale, se rapprocha du national-socialisme, pour finir dans la collaboration avec l'occupant allemand. Combattant sur le front de l'Est avec la 28e division SS Wallonien, il termina la guerre en tant que SS-SturmbannfĂŒhrer et VolksfĂŒhrer der Wallonen. ExilĂ© en Espagne en 1945 et naturalisĂ© en 1954, il y vĂ©cut pendant prĂšs de cinquante ans, construisant sa propre lĂ©gende et s'Ă©rigeant en ardent dĂ©fenseur du nazisme et des thĂšses nĂ©gationnistes. Il s'imposa comme une rĂ©fĂ©rence de l'extrĂȘme droite.

LĂ©on Degrelle
LĂ©on Degrelle
LĂ©on Degrelle en 1943.

Nom de naissance LĂ©on Joseph Marie Ignace Degrelle
Naissance
Bouillon, Belgique
DĂ©cĂšs (Ă  87 ans)
Malaga, Espagne
Origine Drapeau de la Belgique Belgique
Allégeance Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Arme Waffen-SS
Grade SS-StandartenfĂŒhrer
AnnĂ©es de service 1941 – 1945
Commandement 28e division SS Wallonie (1944-1945)
Conflits Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Front de l'Est
Distinctions Croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chĂȘne
Autres fonctions Homme politique
Journaliste belge
Fondateur du rexisme
Famille Marié à deux reprises, cinq enfants issus de son premier mariage

Enfance et jeunesse

carte postale de 1906 en noir et blanc montant une vue de Bouillon
Bouillon, vers 1906.

LĂ©on Joseph Marie Ignace Degrelle est nĂ© Ă  Bouillon, dans l'Ardenne belge, le . Son pĂšre, Édouard Degrelle, brasseur en France, s'Ă©tait expatriĂ© en Belgique en 1901 en rĂ©action Ă  l'expulsion des JĂ©suites de France et au « sectarisme anticlĂ©rical », selon Robert Brasillach. L'historien Alain Colignon envisage une hypothĂšse oĂč Édouard Degrelle aurait quittĂ© par intĂ©rĂȘt la France pour la Belgique oĂč il a repris une brasserie florissante[1]. Son Ă©pouse, Marie-Louise Boever est la fille du chef de file de la droite luxembourgeoise[2]. AprĂšs sa naturalisation, Édouard Degrelle se lance en politique au sein du Parti catholique[alpha 1] ; Ă©lu au conseil provincial du Luxembourg, il en devient dĂ©putĂ© permanent en 1925[3]. LĂ©on est le cinquiĂšme enfant du couple, aprĂšs les naissances de Marie, Édouard (mort Ă  vingt mois), Jeanne, Madeleine et avant celles de Louise-Marie, d'Édouard et de Suzanne[4]. La famille est marquĂ©e par un catholicisme fervent : priĂšre du soir, messe et communion quotidiennes, prĂ©sence Ă  quatre offices le dimanche[5].
LĂ©on va Ă  l'Ă©cole maternelle — appelĂ©e Ă©galement Ă©cole gardienne en Belgique — avec sa sƓur Louise-Marie, sa cadette de treize mois, chez les Religieuses de la doctrine chrĂ©tienne[6].

AprĂšs avoir entamĂ© ses Ă©tudes secondaires Ă  l'institut Saint-Pierre de Bouillon, en section grĂ©co-latine[7], LĂ©on Degrelle entre, en 1921, au CollĂšge Notre-Dame-de-la-Paix Ă  Namur tenu par les JĂ©suites : « il y fait des Ă©tudes irrĂ©guliĂšres, tantĂŽt brillantes, tantĂŽt mĂ©diocres suivant les annĂ©es[3] ». PassionnĂ© par la littĂ©rature et notamment par Charles PĂ©guy, il se met Ă  Ă©crire des poĂšmes et collabore Ă  des journaux et revues de la province Ă  l'Ăąge de quinze ans[3]. À cet Ăąge, il est dĂ©crit comme « un adolescent costaud, plutĂŽt rĂąblĂ©, pas trĂšs communicatif, avec une volontĂ© de dominer, de commander, une certaine insolence et une sensibilitĂ© presque maladive [...] il a un penchant trĂšs prononcĂ© pour les professions de foi, les phrases pleines, les mots ronflants[8] ». À dix-sept ans, il entretient une correspondance suivie avec le cardinal Mercier, primat des Belges, et est Ă©galement remarquĂ© par le dirigeant socialiste Émile Vandervelde qui publie l'un de ses articles dans Le Peuple et lui manifeste sa sympathie[9].

Pendant sa scolaritĂ© au collĂšge, il dĂ©couvre la pensĂ©e de Charles Maurras, dont il devient un fervent partisan et « dont il retient essentiellement l'antiparlementarisme et le culte de la monarchie[9] ». En raison de sa proximitĂ© avec l'Action française, Degrelle conçoit Ă©galement une profonde admiration pour l'Ɠuvre de LĂ©on Daudet, et « c'est de toute Ă©vidence Ă  son contact qu'il acquiert son style polĂ©mique et vigoureux[9] ». En 1924, Ă  dix-huit ans, Degrelle entame des Ă©tudes de droit Ă  la facultĂ© catholique de Namur : c'est durant cette premiĂšre annĂ©e universitaire qu'il organise une vigoureuse campagne de soutien Ă  Maurras, en rĂ©ponse Ă  un sondage lancĂ© par les cahiers de la jeunesse catholique sur la question : « Parmi les Ă©crivains des vingt-cinq derniĂšres annĂ©es, lequel considĂ©rez-vous comme votre maĂźtre ? » La campagne est particuliĂšrement efficace et Maurras arrive largement en tĂȘte des votes[9]. Degrelle rate ses examens et entame ensuite des Ă©tudes de lettres et de philosophie thomiste Ă  l'UniversitĂ© catholique de Louvain ; aprĂšs deux annĂ©es brillantes, il s'inscrit en droit et sciences politiques, « oĂč il devient moins heureux dans ses examens. Il les passe de maniĂšre assez pĂ©nible, et, de toute façon, il ne parviendra jamais Ă  la licence. [
] Si ses Ă©checs en droit sont eux-mĂȘmes indĂ©niables, ils tiennent plus Ă  ses multiples activitĂ©s extra-universitaires qu'Ă  une prĂ©tendue faiblesse intellectuelle[10] ». L'un de ses professeurs, le vicomte Charles Terlinden, estime qu'il s'agit d'un Ă©tudiant mĂ©diocre dont « la pauvretĂ© culturelle alimentait avec peine, aux examens, une langue pourtant bien pendue[11] ».

Écrivain et journaliste

En octobre 1927, avant la fin de ses Ă©tudes, et Ă  l'initiative de Louis Picard, l'aumĂŽnier gĂ©nĂ©ral de l'Action catholique de la jeunesse belge (ACJB), Degrelle prend la direction de L'Avant-Garde, le journal des Ă©tudiants de l'universitĂ© de Louvain : son activitĂ© Ă  la tĂȘte de ce pĂ©riodique « lui fait atteindre des tirages extraordinaires pour ce genre de publication (10 000 exemplaires)[10] ». En janvier 1928, il participe au saccage d'une exposition de l'Union des rĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques organisĂ©e Ă  Bruxelles, en dĂ©clarant, Ă  propos des communistes : « Ils veulent anĂ©antir ce qui nous est le plus cher : l'Église, le Pays, l'ordre social et familial. [...] Ni platitudes ni politesses aux gens de Moscou. Il faut seulement leur dire trois mots : À la porte[12] ! » De 1928 Ă  1930, Degrelle Ă©crit Ă  la fois des poĂšmes (Les Tristesses d'hier, recueil paru en 1930), des ouvrages parodiques comme Jeunes plumes et vieilles barbes de Belgique (1928) puis Les grandes farces de Louvain, des livres politiques et polĂ©miques (Les Flamingants en 1928, oĂč il prĂŽne « la nĂ©cessitĂ© d'une meilleure comprĂ©hension entre les deux communautĂ©s nationales ») et Furor teutonico oĂč il soutient les autoritĂ©s catholiques contre les milieux anticlĂ©ricaux[13]. En 1929, l'abbĂ© Norbert Wallez l'engage comme rĂ©dacteur au VingtiĂšme SiĂšcle, oĂč dĂ©bute Ă©galement HergĂ©[13]. Sa sĂ©rie d'articles sur les taudis, particuliĂšrement peu tendres pour les propriĂ©taires, lui vaut une lettre de fĂ©licitations du premier ministre Henri Jaspar ; lorsqu'ils sont publiĂ©s dans un recueil, celui-ci est prĂ©facĂ© par le ministre du Travail[13].

photographie en noir et blanc d'un groupe d'une vingtaine de Cristeros.
Un groupe de Cristeros.

AprĂšs l'assassinat du prĂ©sident du Mexique Álvaro ObregĂłn, par JosĂ© de LeĂłn Toral, un jeune Ă©tudiant catholique opposĂ© Ă  la politique anticlĂ©ricale du gouvernement, Degrelle publie un article dans le VingtiĂšme SiĂšcle approuvant le meurtre d'ObregĂłn et se clĂŽturant par « À chaque nouveau Toral, nous nous Ă©crierons de tout cƓur bravo ! », article qui dĂ©clenche un vaste scandale[14]. Mis au dĂ©fi par la presse de gauche de se rendre au Mexique pour aller voir de lui-mĂȘme ce qui s'y passe, Degrelle s'y rend dans des circonstances rocambolesques, qu'il amplifie et romance dans son ouvrage Mes aventures au Mexique[14]. AprĂšs un sĂ©jour au milieu des Cristeros, et grĂące au produit de la vente de ses articles Ă  un Ă©diteur amĂ©ricain, il visite ensuite rapidement les États-Unis, d'oĂč il envoie des bandes dessinĂ©es Ă  HergĂ©[15], et le Canada, avant de rentrer en Belgique en . Il publie, cette mĂȘme annĂ©e, une brochure de 37 pages intitulĂ©e Histoire de la guerre scolaire. 1879-1884, plaquette « sur la couverture de laquelle apparaissent le dessin suggestif d'un crucifix violemment barrĂ© de rouge et les noms de l'auteur et de l'illustrateur, en haut Degrelle, en bas HergĂ©. [...] Cette collaboration n'entraĂźnera chez le dessinateur « aucun regret, aucun remords »[16] ».

Degrelle, Rex et le rexisme

Une maison d'Ă©dition catholique

En , Degrelle est nommĂ© directeur de la modeste maison d'Ă©dition Christus-Rex, spĂ©cialisĂ©e dans la publication des brochures de l'Action catholique, appelĂ© Ă  ce poste par Louis Picard. « CrĂ©Ă©e par l'Église en 1921, cette association [...] est animĂ©e par un sentiment religieux exubĂ©rant et, bien qu'elle demeure en dehors de la politique, elle forge une nouvelle gĂ©nĂ©ration de catholiques engagĂ©s qui rejettent avec mĂ©pris les manƓuvres et les compromis du parti catholique[17] ». « SitĂŽt entrĂ© dans la place, Degrelle dĂ©cide que ça va changer »[18] ». Il se lance dans la publication de brochures d'actualitĂ© vendues un franc et dans celles de plaquettes pour chaque Ă©vĂ©nement pouvant intĂ©resser de nombreux catholiques ; il participe au lancement, le de l'hebdomadaire SoirĂ©es qui connaĂźt un certain succĂšs et dont les Ă©ditions Rex prennent le contrĂŽle en [18]. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 1932, Degrelle est chargĂ© d'une partie de la campagne Ă©lectorale du parti catholique lors de laquelle il montre ses rĂ©els talents de propagandiste, en diffusant d'aprĂšs ses dires, 1 900 000 brochures et 430 000 affiches, « vrais chefs-d'Ɠuvre de psychologie simple, de goĂ»t et d'art[18] - [alpha 2] ». Au cours de cette campagne, Degrelle utilise Ă©galement une affiche rĂ©alisĂ©e par HergĂ©, sur laquelle figure une tĂȘte de mort protĂ©gĂ©e par un masque Ă  gaz, avec le slogan « Contre l'invasion, votez pour les catholiques », et en lieu et place de la signature d'HergĂ©, la mention « le studio des Ă©ditions de Rex » ; l'utilisation de cette affiche suscite l'opposition d'HergĂ©, pour des raisons qui ne sont pas politiques mais purement artistiques. Le crĂ©ateur de Tintin est « tout prĂȘt Ă  travailler avec Degrelle, mais s'agissant de ce dessin comme de n'importe quel autre, il n'envisage pas de le signer sans l'avoir mĂ©ticuleusement revu, achevĂ© et dĂ©finitivement mis au point[20] ».

De 1932 Ă  1933, Degrelle lance successivement quatre nouvelles publications, Rex, Vlan, Foyer et Crois[18]. À ses dĂ©buts, Rex est conçu comme un supplĂ©ment littĂ©raire de 16 pages Ă  SoirĂ©es[alpha 3], l'aspect politique Ă©tant confiĂ© Ă  Vlan. En annonçant dans Rex le premier numĂ©ro de Vlan, Degrelle ne cache pas ses objectifs : « Notre journal politique va y aller carrĂ©ment. [...] Nous servirons le Parti catholique de toutes nos forces, en le critiquant ou en l'encourageant, en attendant de le conquĂ©rir[18] ». Les rĂ©sultats de l'enquĂȘte sur le Parti catholique publiĂ©s dans le Vlan du confirment que la critique prend le pas sur les encouragements : dans le numĂ©ro de Rex du , Degrelle avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© trĂšs clair :

« Rex est avant tout un mouvement, un organisme de combat. Nous voulons, en quelques annĂ©es, conquĂ©rir bastion par bastion, muraille par muraille, toutes les forteresses du pays... Parce que nous avons un idĂ©al et qu'on voit que nous serons un jour les maĂźtres, nous rencontrerons des ennemis. D'abord, naturellement des catholiques. Ceux-lĂ  peuvent ĂȘtre certains qu'ils jouiront toujours, en nous attaquant, de l'immunitĂ© la plus complĂšte »

— Rex, [21]

Le , Degrelle devient propriétaire des éditions Rex grùce à des interventions financiÚres familiales[22], et à la souscription par les pÚres norbertins de l'abbaye d'Averbode de six cents parts de la nouvelle société[23]. Cette prise de contrÎle se traduit à nouveau par une débauche d'activités et de nouvelles publications : lancement d'une collection de romans à la portée de tous, édition de livres d'hommes politiques catholiques, de brochures tirées à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires sur les apparitions de la Vierge à Beauraing et à Banneux[22].

Rupture et ascension

L'action de Degrelle prend une tournure de plus en plus politique Ă  partir de 1934 : sa volontĂ© d'organiser le un congrĂšs de presse des jeunes catholiques, dont le vĂ©ritable but est de lui fournir une publicitĂ© personnelle, suscite une rĂ©action de l'Ă©vĂȘque de Tournai, Gaston-Antoine Rasneur qui lui fait savoir qu'il trouve cette initiative inopportune[24]. Degrelle tourne ce discret dĂ©saveu Ă  son avantage en publiant dans Rex et SoirĂ©es, le , un article intitulĂ© Au service de l'Église dans lequel il Ă©crit notamment qu'« aujourd'hui, nous allons changer. Et voici pourquoi : d'abord parce qu'un Ă©vĂȘque nous en exprime le dĂ©sir. Et cela seul dĂ©jĂ  suffirait. Nous sommes ici-bas pour servir le catholicisme [et qu'il conclut par] Pour le Christ ! Avec le Pape ! Avec nos Ă©vĂȘques ! Rex vaincra[24] ! » Cet article vaut Ă  Degrelle une lettre de remerciements de l'Ă©vĂȘque de LiĂšge, Louis-Joseph Kerkhofs[24].

Cet acte de soumission ne rassure les autoritĂ©s catholiques qu'un temps. À la suite de l'activisme de Degrelle, Louis Picard, l'aumĂŽnier gĂ©nĂ©ral de l'Association catholique de la jeunesse belge, fait part au cardinal Joseph-Ernest Van Roey de ses inquiĂ©tudes : « M. Degrelle veut disposer d'une puissance d'opinion. [...] Une seule chose est certaine, c'est qu'il a une ambition immense et qu'il rĂȘve de gouverner son pays, comme il dit. Impulsif comme il est, dans un moment de trouble social, il est capable des pires imprudences[24] ». Bien qu'il ait Ă©tĂ© convoquĂ© Ă  l'archevĂȘchĂ© de Malines pour dissiper la confusion entre Rex et l'Action catholique, Degrelle poursuit ses meetings politiques[24]. Le , c'est le pas de trop. Lors du congrĂšs annuel de la fĂ©dĂ©ration des associations et cercles catholiques, Ă  Courtrai, il fait bloquer les issues par trois cents jeunes rexistes et se livre Ă  une violente diatribe contre le parti catholique allant jusqu'Ă  traiter le sĂ©nateur Philips[24], ou le ministre d'État Paul Segers « d'excrĂ©ment vivant[25] ». Le « Coup de Courtrai » est suivi par un dĂ©cret Ă©piscopal du cardinal Van Roey, le « qui condamne le mouvement [rexiste] sans Ă©quivoque, quoique de maniĂšre modĂ©rĂ©e[24] », ce qui vaut au cardinal d'ĂȘtre traitĂ© par Degrelle de « RhinocĂ©ros de Malines » et de « cardinal Van Grenouille »[26]. Le « coup de Courtrai » et le blĂąme Ă©piscopal qui en rĂ©sulte, marquent la fin d'une pĂ©riode du rexisme[24].

Dans la perspective des Ă©lections lĂ©gislatives du , sous la plume de Degrelle, le ton de Rex, se fait de plus en plus virulent et divers hommes politiques catholiques, auparavant soutenus par Rex, se font traiter « d'aristocrate-banquier, de traĂźtre de la dĂ©valuation », d'Ă©ternel ratĂ© et d'homme qui a son avenir derriĂšre lui » ; mĂȘme un Ă©vĂȘque, comme Joseph Schyrgens, est dĂ©crit comme « un clown et un prĂȘtre de foire[27] ». AprĂšs le blĂąme Ă©piscopal, ces tirades amĂšnent Ă  une rupture dĂ©finitive avec le parti catholique qui annonce, le , la fin des contacts avec Degrelle et interdit Ă  ses membres de collaborer au mouvement rexiste[27]. L'entrĂ©e en politique de Rex de maniĂšre indĂ©pendante entraĂźne une profonde transformation du mouvement : si la plupart de ses cadres sont encore de jeunes catholiques militants, Rex devient « le point de ralliement d'une coalition disparate de mĂ©contents du statu quo, regroupant pĂȘle-mĂȘle, des vĂ©tĂ©rans de la guerre 14-18, des membres des ligues patriotiques de droite, des boutiquiers et commerçants. » [...] Un peu de la mĂȘme maniĂšre que le boulangisme de 1888-1889 ou le poujadisme des annĂ©es 1950 en France, [Rex] devient rapidement un fourre-tout de la protestation[28] ».

Dans son journal, Le Pays rĂ©el, fondĂ© le [29], Degrelle mĂšne une virulente campagne contre les scandales de corruption dans lesquels des politiciens de tous bords Ă©taient, selon lui, impliquĂ©s, se prĂ©sentant comme « le grand Ă©purateur » du puissant parti catholique dont il ambitionne de prendre la tĂȘte ; « Ă  partir de lĂ , la carriĂšre tortueuse de Degrelle ne prĂ©sente qu'une constante : la marche vers la conquĂȘte du pouvoir. Le mouvement, dans son entier, fut mis au service des tendances dictatoriales de Degrelle, tendances qui sont un des traits dominants de tous les dirigeants fascistes[25] ». Les scandales dĂ©noncĂ©s par Degrelle sont parfois imaginaires et, « plus que d'escroquerie ou de dĂ©lits, il s'agit le plus souvent de l'utilisation de procĂ©dĂ©s sans grandeur, de trafics d'influence, d'irrĂ©gularitĂ©s diverses qui, en fait, ne sont passibles d'aucune sanction lĂ©gale[30] ». Il n'empĂȘche, la campagne orchestrĂ©e par Degrelle frappe l'opinion : des rexistes porteurs de balais[alpha 4] dĂ©filent dans les rues aux alentours des permanences catholiques, le terme de « bankster » connaĂźt un grand succĂšs et la violence du ton de Degrelle ne connaĂźt plus de limites : Ă  propos de Paul Segers, il Ă©crit : « Nous en avons plein les bottes de ces salauds, des aventuriers et de pourris. Ils s'en iront tous. Ne comptez pas sur leur puanteur, Segers, pour camoufler la vĂŽtre[30] ». Degrelle fonde Ă©galement sa campagne sur l'antiparlementarisme et le rejet des partis traditionnels[30]. Le mouvement rexiste fonde sa campagne sur les scandales politico-financiers et sur la nĂ©cessitĂ© d'assainir l'atmosphĂšre politique. « Parant au plus pressĂ©, LĂ©on Degrelle et ses lieutenants s'approprient alors certains Ă©lĂ©ments du programme fasciste et national-socialiste. Pas de vĂ©ritable programme donc, mais une prodigieuse improvisation s'adaptant d'une maniĂšre adĂ©quate aux difficultĂ©s rencontrĂ©es, n'arrĂȘtant pas de se crĂ©er elle-mĂȘme et tĂ©moignant par son efficacitĂ© mĂȘme, d'une remarquable vitalitĂ©[31] » :

« Tous les partis corrompus se valent. Ils vous ont tous volés, ruinés, trahis [...].
Si vous voulez voir des scandales nouveaux empester le pays, si vous voulez ĂȘtre Ă©crasĂ©s par la dictature des banksters, [...] suivez alors, comme des moutons, les politiciens profiteurs ! Vous aurez, vous-mĂȘmes, signĂ© votre condamnation Ă  mort. »

— LĂ©on Degrelle, Le Pays rĂ©el[32].

Fac-similé d'un ticket pour le meeting rexiste du 21 mai 1936
Ticket pour le meeting rexiste du .

« Les qualitĂ©s de tribun de LĂ©on Degrelle et son dynamisme juvĂ©nile, combinĂ©s Ă  la dĂ©nonciation d'une classe dirigeante impopulaire, parviennent Ă  fĂ©dĂ©rer un grand nombre de mĂ©contents dans cette atmosphĂšre troublĂ©e de la Belgique des annĂ©es 1930[33] ». Avec 271 491 suffrages[34] lors des Ă©lections du [alpha 5], le parti rexiste obtient 11,5 % des voix, 21 dĂ©putĂ©s et douze sĂ©nateurs[25]. « Qu'un mouvement politique inexistant en 1935, soit parvenu Ă  rallier plus de 11 % des suffrages aprĂšs une campagne de six mois, voilĂ  qui bouleverse les donnĂ©es traditionnelles et les habitudes Ă©lectorales belges »[34]. Rex obtient mĂȘme plus de 15 % des voix dans les provinces de LiĂšge, du Luxembourg, de Namur et en rĂ©gion bruxelloise dĂ©passant les 20 % dans le canton Ă©lectoral d'Ixelles et Ă  Saint-Josse-ten-Noode[34]. Comme les autres dirigeants des partis politiques belges, Degrelle est reçu par le roi LĂ©opold III, pendant prĂšs d'une heure et demie, le . Durant cette entrevue, « le chef de l'État a droit Ă  un meeting privĂ©. Un torrent de paroles, une trombe de mots s'abat sur lui. Il dĂ©couvre un phĂ©nomĂšne : un jeune dĂ©bordant de vitalitĂ© et d'allĂ©gresse, agitateur, hĂąbleur, bluffeur[35] ». À l'issue de cet entretien, au cours duquel Degrelle a rĂ©clamĂ© le ministĂšre de la Justice avec des pouvoirs Ă©tendus et qui ne dĂ©bouche sur rien, le roi dĂ©clare Ă  l'un de ses conseillers que Degrelle s'est rĂ©vĂ©lĂ© comme un ĂȘtre « suffisant et insuffisant[36] ». Degrelle, qui ne s'est pas prĂ©sentĂ© aux Ă©lections est et reste le chef incontestĂ© du parti rexiste dont il nomme les principaux dirigeants sans aucun processus dĂ©mocratique interne. Il n'entend en aucune maniĂšre partager son autoritĂ©.

« Parlementaires, dirigeants rexistes, quel est celui qui aurait été quelque chose si je n'avais pas été là pour le prendre et en faire un homme.
Je ne leur dois rien, ils me doivent tout... Je ne suis lié à personne. Je puis me débarrasser demain de n'importe qui comme d'un chapeau flétri ou de souliers troués. »

— LĂ©on Degrelle, discours du [37]

Degrelle n'a toujours pas de rĂ©el programme politique et ses positions varient. Si, aprĂšs le dĂ©part en grĂšve de 10 000 dockers anversois, il rĂ©clame des sanctions contre le bourgmestre d'Anvers « complice des Ă©meutiers », dans Le Pays rĂ©el du , dix jours aprĂšs, il apporte son soutien aux grĂ©vistes : « contre l'hypercapitalisme inhumain, contre les politiciens profiteurs, pour le pain et la dignitĂ©, travailleurs de toutes les classes, unissons-nous[38] ! »

Degrelle recherche le soutien de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste. D'aprÚs Maurice De Wilde, il s'est déjà rendu en Allemagne avec deux de ses collaborateurs (Guido Eeckels et Jean Denis), du au , les billets de train et visas étant gratuitement fournis par l'ambassade allemande à Bruxelles. « Il ne fait aucun doute que Degrelle, pour arriver à ses fins, n'a refusé l'aide financiÚre ni de l'Italie, ni de l'Allemagne[25] ». Jusqu'en 1936, Degrelle ne semble pas avoir entretenu d'autres relations avec l'Allemagne[25] ce qui semble contradictoire avec les articles de la presse rexiste en 1933 et 1934, dont le numéro de Soirées du , consacré à « la terreur hitlérienne, reportage hallucinant[39] ». Fort de sa victoire électorale, Degrelle réussit à se faire inviter en Italie. Le , il rencontre à Rome Mussolini et son ministre des affaires étrangÚres, Ciano, qui lui accorde une aide financiÚre substantielle[25]. Le , il est reçu à Berlin par Adolf Hitler et Joachim von Ribbentrop ; une fois encore, cette entrevue est suivie d'une aide financiÚre[40]. Degrelle admire sans conteste Hitler et « l'anticommunisme, l'anticapitalisme, l'antiparlementarisme, le corporatisme sont autant de points communs [entre rexisme et nazisme] »[41]. Rex et Le Pays réel condamnent cependant fortement la politique religieuse de l'Allemagne nazie et son esprit antichrétien[41]. Degrelle dénonce également le mécanisme de l'apparente unanimité populaire qui rassemble les Allemands autour d'Hitler et s'inquiÚte de la politique de réarmement menée par celui-ci[41].

L'accord entre Rex et le VNV

Parmi les élus de Rex, on relÚve deux militants wallons notoires : Paul Collet, membre de l'Assemblée wallonne qui rompt avec Rex dÚs 1939, et Joseph Mignolet, écrivain d'expression wallonne, qui reste chef de Rex-LiÚge jusqu'en 1943 et qui participe dÚs lors activement à la collaboration intellectuelle au sein de la Propaganda Abteilung. Le , Degrelle signe avec Staf De Clercq un accord secret entre Rex et le Vlaamsch Nationaal Verbond, secret dévoilé dans Le Soir deux jours plus tard[42]. Le Pays réel annonce que l'accord a été encouragé par le premier ministre Paul Van Zeeland et par le roi Léopold III, ce qui entraßne un démenti laconique et cinglant du secrétariat du souverain : « Il est à peine besoin de dire que ce stupide racontar ne mérite aucune créance. Le fait affirmé est faux[43] ».

Reproduction en couleurs de l'emblÚme du VNV. Sur un fond orange, un triangle aux contours bleu est inséré dans un cercle blanc
EmblĂšme du VNV.

Pour Els Witte et Jan Craeybeckx, cet accord Ă©tait purement tactique entre un nationaliste flamand et un nationaliste belge, obligĂ© cependant de composer avec la dualitĂ© fonciĂšre du pays[44]. Selon ces auteurs, l'accord ne fut pas du goĂ»t des patriotes belges parmi lesquels Rex comptait de nombreux sympathisants[45]. Pour les deux historiens, le succĂšs de Rex « reposait pour une grande part sur un malentendu. Somme toute, le nombre de fascistes convaincus n'Ă©tait pas avant 1940, dans notre pays, aussi important que ne pouvait le laisser supposer le nombre de siĂšges obtenus par Rex en 1936. De nombreux votes rexistes provenaient de membres patriotes et anti-allemands de la classe moyenne, victimes de la dĂ©pression, qui s'estimaient Ă©galement victimes des politiciens. En fait ces Ă©lecteurs Ă©taient plus soucieux de stabilitĂ© que d'agitation. Il n'y avait pas de place aux cĂŽtĂ©s du Roi, incarnation de la patrie, pour un dictateur. Telles Ă©taient les limites du fascisme, du moins du fascisme bruxellois et wallon[46] ». Quant aux vĂ©ritables sentiments de Degrelle, ils ne furent jamais ceux d'un militant wallon. « Dans l'espoir de convaincre Hitler de lui confier la direction de la Belgique, Degrelle, qui n'Ă©tait pas un fĂ©dĂ©raliste, se rangea pendant la Seconde Guerre mondiale aux cĂŽtĂ©s des nazis. Il rĂ©ussit, non sans mal, Ă  se faire accepter. Il crĂ©a la LĂ©gion Wallonie et se rendit lui-mĂȘme au front de l'est. Degrelle, jadis admirateur du fascisme latin, se mit Ă  proclamer que les Wallons et les Français du Nord, bien que romanisĂ©s, Ă©taient en fait, eux aussi, des Germains [
] La collaboration belgiciste et wallonne avait un caractĂšre trĂšs explicitement fasciste. Il ne pouvait Ă©videmment y ĂȘtre question de ressentiment contre la Belgique. Le « mouvement wallon » avait plutĂŽt cherchĂ© son inspiration Ă  gauche. Aussi les collaborateurs wallons ne peuvent-ils pratiquement pas compter, Ă  ce jour sur la comprĂ©hension de leur communautĂ©[46] ».

L'accord entre Rex et le VNV n'eut qu'une brÚve existence : il est suspendu par le VNV le , puis résilié le [47].

La chute et la radicalisation

AprĂšs avoir prĂ©parĂ© une marche sur Bruxelles interdite par les autoritĂ©s, Degrelle annonce la participation de 250 000 rexistes Ă  la commĂ©moration Ă  Bruxelles, le , de la bataille de l'Yser[48]. Cette annonce fracassante ne se traduit dans les faits que par la prĂ©sence de trois Ă  cinq mille rexistes et Degrelle termine la journĂ©e au poste de police[48]. « L'effet produit par cette manifestation ratĂ©e est assurĂ©ment dĂ©plorable. Indiscutablement, elle constitue une des grandes fautes politiques qui ont contribuĂ© Ă  dĂ©considĂ©rer le mouvement dans l'esprit des Belges[48] ». Par contre, en , Degrelle organise au palais des sports de Bruxelles, les six jours de Rex ; bien que ces meetings soient payants, ils rassemblent chaque soir de douze Ă  quinze mille personnes[48].

Photographie en noir et blanc de Hitler lors d'un congrÚs du parti nazi à Nuremberg en 1935. Debout dans une voiture décapotable, il fait le salut nazi à ses partisans qui défilent
Hitler lors d'un congrĂšs du parti nazi Ă  Nuremberg en 1935.

FascinĂ© par la conquĂȘte du pouvoir par Adolf Hitler au fil d'Ă©lections successives, il fait dĂ©missionner, en , le dĂ©putĂ© rexiste bruxellois Alfred Olivier et tous les supplĂ©ants pour forcer une Ă©lection lĂ©gislative partielle anticipĂ©e, « donnant Ă  son Ă©lection un tour particuliĂšrement spectaculaire, ce qui, dans son esprit, obligera ensuite le Roi Ă  dissoudre la Chambre[49] ». La manƓuvre de Degrelle qui espĂšre affronter plusieurs candidats et diviser les votes est immĂ©diatement dĂ©jouĂ©e : Ă  l'initiative du parti socialiste, les trois composantes du gouvernement de coalition regroupant socialistes, catholiques et libĂ©raux, dĂ©cident de prĂ©senter un candidat unique, le premier ministre Paul Van Zeeland, qui reçoit mĂȘme le soutien des communistes[49]. Relativement courte, la campagne Ă©lectorale des deux camps mobilise des moyens considĂ©rables et au slogan rexiste « Van Zeeland = Kerenski » s'oppose celui de « Rex=Hitler »[49]. Lors de la campagne Ă©lectorale, Degrelle commet l'erreur de dĂ©clarer que le silence du cardinal Van Roey, primat de l'Église catholique de Belgique, reflĂšte la sympathie de l'Église envers la cause rexiste[50]. Le , une dĂ©claration Ă©piscopale condamne fermement le vote rexiste et dĂ©courage l'abstention.

« [la lettre Ă©piscopale] vise formellement Rex et elle condamne ses mĂ©thodes et ses principes fondamentaux ; au sujet de Rex, nous sommes convaincus qu'il constitue un danger pour le pays et pour l'Église. Par consĂ©quent, le devoir de tout catholique loyal dans l'Ă©lection du 11 avril est clair et toute abstention doit ĂȘtre rĂ©prouvĂ©e »

— Malines, le , Joseph-Ernest Van Roey, cardinal archevĂȘque[51].

Le , Degrelle subit un revers face Ă  Paul Van Zeeland : il n'obtient que 69 000 voix, soit 19 %, contre 276 000, soit 76 % Ă  son adversaire[49].

Outre les questions d'analyse Ă©lectorale, « c'est le manque de sĂ©rieux du rexisme qui est apparu le plus Ă  l'Ă©lecteur moyen[49] » ; il dĂ©coule Ă©galement de l'ambition dĂ©mesurĂ©e de Degrelle qui n'a pas pris la mesure et les limites de son succĂšs de 1936 et espĂšre passer en un an de 18 Ă  plus de 50 % des voix Ă  Bruxelles[49]. Si ce net recul est dĂ» Ă  la mobilisation contre Degrelle de tous les partis dĂ©mocratiques, il provient aussi du dĂ©part de nombreux membres du mouvement, choquĂ©s par l'accord passĂ© avec le VNV et par la radicalisation de Rex, de plus en plus ouvertement fasciste[42] - [alpha 6]. L'Ă©chec Ă©lectoral de 1937 et l'Ă©rosion du nombre de membres de Rex font perdre quasiment tout intĂ©rĂȘt, aux yeux des Allemands, Ă  la personne de Degrelle[53].

« Le chef est celui qui a la passion de commander et un appétit insatiable de réussite PERSONNELLE [...]
Le chef est celui qui sait ĂȘtre dur, non seulement pour lui-mĂȘme, mais aussi pour les autres [...]
Le chef est celui qui n'admet jamais qu'on lui dise qu'il s'est trompé [...]
À Hitler, à Mussolini, il a fallu DIX ans pour arriver enfin à pied d'Ɠuvre et enfin pouvoir commencer à travailler [...]
Le vrai conquérant n'accepte jamais la défaite, ni la victoire »

— Affiche de Rex Le chef[54]

Cette radicalisation se marque par l'apparition de deux thÚmes récurrents et nouveaux dans la presse rexiste : l'antisémitisme et le racisme d'une part et un pacifisme qui se singularise du neutralisme dominant dans les milieux politiques belges, d'autre part[55].

Dans Rex et Le Pays rĂ©el, les attaques contre les Juifs et les Ă©trangers se multiplient[55] : Ă  propos des Juifs, un article de Rex affirme qu'« ils ont envahi la Belgique en conquĂ©rants, se jetant avec aviditĂ© sur une terre propice au pillage » [et que les responsables de l'antisĂ©mitisme] « sont les Juifs eux-mĂȘmes qui, par leurs exactions, leur outrecuidance, leur parasitisme social se sont rendus odieux dans maints pays qui avaient admis leur prĂ©sence »[56]. LĂ©on Degrelle Ă©crit que « leur gĂ©nie s'Ă©prend tout particuliĂšrement de ce qui est malsain[57] ». À Anvers, le , Degrelle dĂ©clare que « [pour] la dĂ©fense du commerce, les Juifs doivent ĂȘtre mis au pas ou Ă  la porte »; pour G.-F. di Muro, LĂ©on Degrelle fit, « des annĂ©es durant, de l'organe officiel du mouvement rexiste, un champion de l'antisĂ©mitisme le plus sournois, le plus nocif, celui qui se donne des allures rationnelles, Ă  savoir l'antisĂ©mitisme Ă©conomique[58] ». Le Pays rĂ©el passe de l'antisĂ©mitisme Ă  la xĂ©nophobie en titrant Ă  la une, sur deux colonnes : « La Belgique aux Belges. Des milliers de Belges n'ont pas de travail et l'Internationale introduit chez nous des Ă©trangers prĂȘts Ă  tous les sales coups »[59].

Face Ă  l'expansion de l'Allemagne nazie, Degrelle manifeste son inquiĂ©tude pour le maintien de la neutralitĂ©, voire de l'indĂ©pendance de la Belgique : aprĂšs l'invasion de la TchĂ©coslovaquie, il Ă©crit dans Le Pays rĂ©el du : « OĂč Hitler s'arrĂȘtera-t-il ?
 Bruxelles n'est guĂšre plus loin d'Aix-la-Chapelle que Prague ne l'Ă©tait de Dresde[55] ». Cette inquiĂ©tude ne l'empĂȘche pas de considĂ©rer « la dĂ©faite tchĂšque [comme une] dĂ©faite terrible des Rouges en Europe[60] » et que « malgrĂ© tout ce qu'on peut penser d'Hitler, on n'a pas le droit, en toute Ă©quitĂ©, d'oublier que si le communisme est maintenant refoulĂ© Ă  la frontiĂšre russe, c'est parce que les Chemises brunes l'y ont rejetĂ© et parquĂ©[61] ». Fervent partisan des accords de Munich, Degrelle est persuadĂ© que la mĂȘme situation se reproduira pour la Pologne et que celle-ci ne rĂ©sistera pas[55].

Lors des Ă©lections lĂ©gislatives du , si Degrelle est rĂ©Ă©lu dĂ©putĂ© Ă  Bruxelles, son parti ne retrouve que 4 de ses 21 dĂ©putĂ©s[53] et quatre de ses douze sĂ©nateurs[62]. Contre les 271 491 suffrages soit 11,5 % des votes en 1936, Rex n'obtient que 103 821 votes, soit 4,43 %[62]. De plus, Rex n'atteint des rĂ©sultats significatifs que dans la province de Luxembourg, Ă  Bruxelles et dans les arrondissements de LiĂšge, Verviers et Dinant-Philippeville : dans le reste du pays, le mouvement est complĂštement marginalisĂ©[62]. « Aussi les Ă©lections de 1939 sont-elles rĂ©ellement le signe de la fin du rexisme, le mouvement ne pouvant plus dĂ©sormais que survivre difficilement Ă  sa dĂ©faite »[62]. Ce n'est qu'aprĂšs cette dĂ©route Ă©lectorale que Degrelle tente de se dĂ©barrasser de sa rĂ©putation de pro-allemand, ce qui ne l'empĂȘche pas de solliciter une nouvelle aide financiĂšre de l'Allemagne nazie en , requĂȘte partiellement acceptĂ©e par l'ambassadeur allemand Ă  Bruxelles, mais qui ne se concrĂ©tisa pas[53]. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, « ses outrances de langage, ses inconsĂ©quences, ses mensonges rĂ©pĂ©tĂ©s l'avaient dĂ©jĂ  marginalisĂ©[63] ».

La guerre et la collaboration

La défense de la neutralité de la Belgique

Pendant la drĂŽle de guerre, Degrelle approuve la politique de neutralitĂ© de LĂ©opold III, partageant sur ce point l'opinion de la majoritĂ© des hommes politiques belges[64]. « DerriĂšre les protestations de soutien au roi et au gouvernement » [...] « Degrelle attribue la responsabilitĂ© quasi entiĂšre des origines du conflit Ă  la France et Ă  la Grande-Bretagne, et plus spĂ©cialement aux forces occultes de la franc-maçonnerie et de la finance juive[65] ». S'il condamne l'attaque de la Finlande par l'Union des rĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques, il applaudit Ă  l'invasion de la NorvĂšge qui est selon lui, le juste chĂątiment des AlliĂ©s, qui ont honteusement provoquĂ© Hitler, dĂ©claration qui entraĂźne la dĂ©mission de deux dĂ©putĂ©s rexistes[64]. Contrairement Ă  certaines accusations, les rexistes ne constituent pas une cinquiĂšme colonne et les deux affaires d'espionnage dont sont accusĂ©s des rexistes se rĂ©vĂšlent illusoires[64]. AprĂšs guerre, Degrelle affirme que « Rex ne fut [pendant la drĂŽle de guerre] l'objet de la plus petite intervention, si discrĂšte fut-elle, venant d'un Allemand ou d'un Ă©missaire quelconque des Allemands », ce qui est paradoxalement exact puisque c'est Degrelle lui-mĂȘme qui contacta les Allemands en afin d'obtenir un soutien pour crĂ©er un nouveau journal, Le journal de Bruxelles[64]. Il n'y a non plus, de la part des rexistes aucune tentative de dĂ©moralisation des troupes. Le mouvement rexiste survit difficilement pendant cette pĂ©riode, une bonne partie de ses cadres ayant Ă©tĂ© mobilisĂ©e, ce qui n'est pas le cas de Degrelle. Celui-ci demande Ă  ĂȘtre incorporĂ© dans l'aviation, pour laquelle il n'a aucune qualification particuliĂšre, mais cette demande est refusĂ©e par le ministĂšre de la DĂ©fense nationale[64].

Captivité et retour en Belgique

Photographie en noir et blanc du cimetiĂšre et du monument du camp du Vernet
Le cimetiĂšre et le monument du camp du Vernet.

Le , le ministre de la Justice, Paul-Émile Janson ordonne, sur la base de la loi du relative Ă  la dĂ©fense des institutions nationales[66], l'arrestation de cinq Ă  six mille personnes[66] suspectĂ©es de former une cinquiĂšme colonne, parmi lesquels figurent des rĂ©fugiĂ©s juifs et allemands, des trotskistes, des anarchistes, des nationalistes flamands, des communistes fidĂšles au pacte germano-soviĂ©tique mais aussi des rexistes, dont LĂ©on Degrelle. Les dĂ©tenus sont transfĂ©rĂ©s dans des prisons Ă  l'ouest de la Belgique, puis en France. Dans la confusion gĂ©nĂ©rale et la panique suscitĂ©es par les succĂšs allemands, les prisonniers belges sont considĂ©rĂ©s par leurs gardiens français comme des agents de l'ennemi et, le , Ă  Abbeville dans le nord de la France, vingt et un d'entre eux, dont Joris Van Severen [...] et un vieux militant rexiste sont exĂ©cutĂ©s par des soldats français[67] - [alpha 7]. Degrelle, que beaucoup pensent ĂȘtre au nombre des victimes, est sĂ©parĂ© des autres prisonniers et incarcĂ©rĂ© et interrogĂ©, avec passage Ă  tabac et simulacre d'exĂ©cution, Ă  Dunkerque[66].

Son pĂ©riple de prison en prison le mĂšne notamment aux prisons de Lisieux et de Caen. Les mauvais traitements dont il fait l'objet dans les prisons françaises feront l'objet d'un jugement, et trois surveillants de prison normands feront office de boucs-Ă©missaires. En effet, Degrelle est Ă  nouveau passĂ© Ă  tabac lors de son passage Ă  Caen en 1940 par trois gardiens : Georges Bihoreau, Pierre Laignel et Louis Philippe. Le , alors que la France a capitulĂ© et aprĂšs avoir portĂ© plainte contre ceux-ci pour mauvais traitements, Degrelle obtiendra gain de cause devant un tribunal militaire allemand. À la suite des dĂ©positions de leurs collĂšgues[68], les deux premiers avouent, tandis que Louis Philippe refuse de se reconnaĂźtre coupable de tous les faits reprochĂ©s. Bihoreau sera condamnĂ© Ă  trois ans de prison ferme qu'il purgera dans plusieurs prisons allemandes, Laignel Ă  deux ans et demi, purgĂ©s Ă  Sarrebruck et Francfort, et Philippe Ă  deux ans[69] - [68]. Les deux premiers reviendront vivants, tandis que Philippe, dĂ©portĂ© le dans la prison-forteresse de Mannheim y meurt moins d'un an plus tard[70].

Degrelle est finalement localisĂ© au camp du Vernet et libĂ©rĂ© le [71]. AprĂšs un passage Ă  Paris, oĂč il recherche le soutien des autoritĂ©s allemandes via Otto Abetz, Degrelle rejoint Bruxelles le [72]. Il y met fin aux tergiversations qui agitent les cadres du mouvement rexiste et engage rĂ©solument celui-ci dans la voie d'une collaboration avec le rĂ©gime nazi : « il paraĂźt peu probable que, sans son chef de file, Rex ait pu s'enfoncer si loin et si spectaculairement dans le bourbier de la collaboration[73] ».

Les premiĂšres tentatives de collaboration

Au cours du mois d', Degrelle recherche en vain le soutien du roi LĂ©opold III, en rencontrant son secrĂ©taire, le comte Capelle le [74] ; et celui du cardinal Van Roey, mais il n'arrive pas Ă  s'imposer dans la nouvelle donne politique en Belgique. « Le chef de Rex demeure un personnage solitaire, ignorĂ© par les diplomates allemands — avant tout conservateurs — et les officiers de la Wehrmacht, autant que par la classe politique et sociale belge[75] ». Cet « Ă©chec est aussi la consĂ©quence de son manque personnel de crĂ©dibilitĂ©, qui le fait considĂ©rer par un conseiller du roi comme une outre gonflĂ©e de vanitĂ© dont les prĂ©tentions sont inversement proportionnelles Ă  ses capacitĂ©s[75] ». Degrelle s'attelle alors Ă  relancer Le Pays rĂ©el et le mouvement rexiste, dotĂ© d'une organisation paramilitaire, les « Formations de combat », crĂ©Ă©e le et qui rassemble environ 4 000 hommes Ă  la fin de l'annĂ©e[76]. MalgrĂ© ses efforts, ni Rex, ni Le Pays rĂ©el ne parviennent Ă  trouver un large Ă©cho[77]. Pour les occupants, Degrelle est considĂ©rĂ© comme insignifiant. IgnorĂ©, sur l'ordre de Goebbels, par la presse nazie, il est Ă©vitĂ© par les rares fonctionnaires allemands avec lesquels il parvient Ă  entrer en contact[77]. Alexander von Falkenhausen, gouverneur militaire de la Belgique occupĂ©e et responsable en titre de la MilitĂ€rverwaltung refuse toute rencontre avec Degrelle[78]. Pour son adjoint, Eggert Reeder, la stratĂ©gie de Degrelle relĂšve d'une improvisation constante et pas toujours heureuse (ein fortgesetzes, nicht immer glĂŒckliches Improvisieren) ; « ses dĂ©clarations pro-allemandes impulsives et ses promesses imprudentes de prendre bientĂŽt le pouvoir ont aggravĂ© les problĂšmes crĂ©Ă©s par le choix malheureux de ses conseillers et le traitement maladroit des rivalitĂ©s personnelles[79] ». MalgrĂ© le Heil Hitler Ă  la fin de l'Ă©ditorial du Pays rĂ©el du [74] et lors d'un meeting au Palais des Sports de LiĂšge le [80], le seul rĂ©sultat concret de la volontĂ© de celui-ci de collaborer avec les autoritĂ©s allemandes consiste en l'engagement de 300 volontaires au sein du NSKK, alors que Degrelle s'Ă©tait fait fort de trouver 1 000 chauffeurs[78]. Cette prise de position entraĂźne en outre de nombreuses dĂ©fections et « les sympathisants de la premiĂšre heure, partisans de la politique prudente de 1940, laissent la place Ă  des impatients pressĂ©s de se lancer dans une collaboration exaltĂ©e[81] ».

Fin , Rex reste un groupement marginalisĂ© en Belgique et ignorĂ© par les autoritĂ©s d'occupation : « En Belgique, il y aurait peut-ĂȘtre Ă  faire le bilan de ce qui s'est passĂ© depuis un an. Mais il ne s'est rien passĂ©. [
] On tue le temps en attendant que vienne enfin l'heure de l'action[82] ».

Au sein de la Wehrmacht

L'invasion de l'Union soviĂ©tique, le , permet aux rexistes de concrĂ©tiser leur volontĂ© de collaboration. Pendant que Degrelle cherche le soutien d'Otto Abetz Ă  Paris, dont la proche collaboratrice Ă  Paris Ă©tait l'une de ses cousines[alpha 8] - [83], son lieutenant Fernand Rouleau[alpha 9], prend contact avec la MilitĂ€rverwaltung en lui proposant de constituer une unitĂ© de volontaires pour aller combattre sur le front de l'Est[84]. DĂšs son retour Ă  Bruxelles, Degrelle reprend l'idĂ©e Ă  son compte et dĂ©but juillet, Degrelle et Rouleau obtiennent l'accord des autoritĂ©s allemandes, annoncĂ© lors d'une rĂ©union des Formations de combat le [85]. Alors que mi-juillet, la premiĂšre campagne de recrutement est un Ă©chec absolu, avec guĂšre plus de 200 volontaires, Degrelle cherche Ă  obtenir le soutien du roi LĂ©opold III : malgrĂ© l'absence de rĂ©action du monarque, approchĂ© lors d'une rĂ©union entre l'envoyĂ© de Degrelle, Pierre Daye, et le comte Capelle, Degrelle et Rouleau affirment que le souverain a approuvĂ© la crĂ©ation de la LĂ©gion wallonie[86]. Dans un premier temps, Degrelle ne semble pas avoir l'intention de partir pour le front, comme en tĂ©moigne son discours du : « Je voudrais ĂȘtre libre et avoir 20-25 ans comme vous autres. Jamais un tel avenir n'a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  la jeunesse... Je n'ai qu'une peur, c'est que vous arriviez quand il sera trop tard... Il semble que si j'Ă©tais dans votre cas, ce serait dans mon Ăąme un dĂ©chirement terrible d'y manquer[87] ». Mais, lors d'un rassemblement Ă  LiĂšge, le , Degrelle annonce qu'il s'engage dans la lĂ©gion comme simple soldat[86]. Ce sont finalement 850 volontaires, dont 730 militants rexistes, qui quittent Bruxelles pour un camp d'entraĂźnement de Meseritz en Allemagne, le , sous la direction de Fernand Rouleau[86], le commandeur en titre de la lĂ©gion Ă©tant un officier de l'armĂ©e belge, le major Jacobs[88]. Degrelle a promis aux volontaires qu'ils porteraient un uniforme belge, seraient placĂ©s sous un commandement intĂ©gralement belge et seraient assurĂ©s d'ĂȘtre employĂ©s en seconde ligne, promesses qui sont rapidement dĂ©menties par les faits[89]. Contrairement aux volontaires flamands de la Vlaams Legioen, embryon de la future 27e division SS de grenadiers volontaires Langemarck, qui sont incorporĂ©s Ă  la Waffen-SS, les membres de la lĂ©gion Wallonie dĂ©pendent de la Wehrmacht.

Reproduction en couleurs du drapeau de la LĂ©gion wallonie, arborant une croix de Bourgogne rouge sur un fond noir
Drapeau de la 28e division SS « Wallonie » arborant la croix de Bourgogne.

Le conflit latent entre Degrelle et Rouleau Ă©clate rapidement, Degrelle ne supportant pas les excellents contacts de Rouleau avec les officiers allemands et ses voyages Ă  Berlin : fin , dans des circonstances peu claires, Rouleau quitte la LĂ©gion Wallonie et Rex[86] et fin 1941, le major Jacobs, en conflit avec Degrelle est remplacĂ© par le capitaine Pauly[90]. Fin , malgrĂ© le manque de prĂ©paration de l'unitĂ©, Degrelle insiste, auprĂšs du commandant des forces italiennes du secteur, le gĂ©nĂ©ral Luigi di Michele, pour que la lĂ©gion soit le plus vite possible envoyĂ©e sur le front[91]. La reprise en main de la lĂ©gion par Pauly, « qui fait preuve d'un rĂ©el dĂ©sĂ©quilibre mental » et « fait massacrer ses hommes en dĂ©pit du bon sens », suscite Ă  nouveau un conflit avec Degrelle et conduit au remplacement de Pauly par le capitaine Georges Tchekhoff, russe exilĂ© et ancien officier des armĂ©es blanches[92]. Tchekhoff est assistĂ© par le 1er lieutenant Lucien Lippert et par LĂ©on Degrelle qui, malgrĂ© son grade d’Oberfeldwebel (adjudant-chef), se fait muter Ă  l'Ă©tat-major[92].

En , Degrelle, toujours sur le front, ordonne le lancement d'une nouvelle campagne de recrutement au sein de Rex. Il se rend également à Berlin pour examiner la possibilité de recruter au sein de la légion des prisonniers de guerre belges[93], dont seuls 140 s'engagent dans la légion[94]. Le , 450 volontaires sont rassemblés sur la Grand-Place de Bruxelles[95]. Parmi eux, des membres des Gardes wallonnes et 150 adolescents des Jeunesses rexistes, dont certains ne sont ùgés que de 15 ou 16 ans, sous le commandement de John Hagemans, prévÎt des Jeunesses rexistes et ancien membre du Verdinaso. Degrelle insiste personnellement pour que ces jeunes volontaires soient envoyés sur le front, alors que leur recrutement avait été présenté comme un « tour de propagande » qui devait se terminer avec la fin des vacances scolaires[95].

Faisant preuve d'un rĂ©el courage sur le front, Degrelle est dĂ©corĂ© de la croix de fer et nommĂ© Feldwebel (adjudant) en , aprĂšs que la LĂ©gion a perdu 63 % de ses effectifs en rĂ©sistant Ă  une offensive russe[96]. En , nouveau changement Ă  la tĂȘte de la lĂ©gion dont Lucien Lippert, avec qui Degrelle entretient d'excellents rapports, devient le commandeur. Durant l'annĂ©e 1942, la lĂ©gion ne connaĂźt que peu de rĂ©pit sur le sanglant front de l'est oĂč elle est frĂ©quemment Ă  la pointe des offensives allemandes ; en octobre, malgrĂ© les renforts arrivĂ©s de Belgique, elle ne compte plus que deux cents hommes en Ă©tat de combattre[97].

« En dix mois, Degrelle s'était vu confronté à une série de problÚmes personnels, politiques et militaires. Usant d'une patience qui ne lui était pourtant pas coutumiÚre, mais dictée par les impératifs du moment, à chaque fois, il était parvenu à redresser la situation à son avantage personnel[98] ».

Au sein de la Waffen-SS
Reproduction en couleurs d'une affiche de recrutement de la division SS « Wallonie »
Affiche de recrutement de la division SS « Wallonie ».

Le , Degrelle prend contact avec le SS-ObergruppenfĂŒhrer Felix Steiner, commandant de la 5e Panzerdivision SS Wiking afin de prĂ©parer l'intĂ©gration de la LĂ©gion Wallonie Ă  la Waffen-SS. Afin de faciliter cette intĂ©gration, il donne l'ordre Ă  son remplaçant Ă  la tĂȘte de Rex en Belgique, Victor Matthys[alpha 10], de proclamer la germanitĂ© des Wallons, ce que fait celui-ci lors d'un discours, le . Avec le soutien de Steiner, il se rend ensuite Ă  Berlin pour obtenir l'accord des responsables allemands. Le , il rencontre plusieurs membres de l'entourage d'Heinrich Himmler, dont Gottlob Berger ; conscient de l'influence croissante de la SS au sein du rĂ©gime nazi, « il a senti le parfum enivrant du pouvoir[99] ». Dans la nuit du 23 au , Degrelle rencontre, pour la premiĂšre fois, Himmler, rencontre dont il donne, dans ses Ă©crits d'aprĂšs-guerre, « un compte-rendu hautement extravagant » ; si Himmler fait quelques concessions mineures, comme le maintien des officiers et de l'aumĂŽnier catholique belge et du français comme langue de commandement, c'est Degrelle qui fait des concessions politiques majeures, en acceptant que le seul but de toute activitĂ© politique en Wallonie soit la prĂ©paration du retour de la race wallonne dans le Reich[100], abandonnant ainsi de fait sa volontĂ© de restaurer un empire bourguignon, proclamĂ©e lors d'un discours du [101]. Le , la lĂ©gion Wallonie passe dans les rangs de la Waffen-SS, sous la dĂ©nomination de SS-Freiwillingen-Brigade Wallonien[alpha 11] - [102].

Courant novembre 43, Degrelle entre en conflit avec l'officier de liaison, le SS-ObersturmbannfĂŒhrer Albert Wegener et avec le successeur de FĂ©lix Steiner, le SS-GruppenfĂŒhrer Herbert Otto Gille : pour ces deux officiers, il apparaĂźt « que le niveau d'instruction au sein de l'unitĂ© n'autorise pas encore un engagement de type offensif ». Degrelle, au contraire, veut engager l'unitĂ© dans des actions offensives et ne pas la confiner dans des actions dĂ©fensives sans Ă©clat. En , lors de la bataille de Tcherkassy, Degrelle insiste auprĂšs du gĂ©nĂ©ral Gille pour participer Ă  une offensive dans la forĂȘt de Teklino : Degrelle avait fait fi de la rĂ©ticence de Lippert, qui, mieux que quiconque, savait que la brigade n'Ă©tait pas assez Ă©toffĂ©e pour affronter les forces soviĂ©tiques retranchĂ©es dans la forĂȘt. [...] Teklino Ă©tait une sorte de quitte ou double. Échouer eĂ»t signifiĂ© voir la brigade absorbĂ©e complĂštement par la division Wiking avec Ă  sa tĂȘte des officiers allemands. [...] La dĂ©cision de Degrelle Ă©tait un acte politique dans lequel Lippert n'intervint pas. Les combats sont particuliĂšrement fĂ©roces du 18 au et Lippert trouve la mort sur le front le . Durant la bataille de Tcherkassy, Degrelle n'exerce pas de commandement militaire spĂ©cifique et est affectĂ© comme officier Ă  la 3e compagnie, sans responsabilitĂ© particuliĂšre. Lors d'un dĂ©nombrement des effectifs, le , sur les 1 700 membres de la brigade qui ont pris part Ă  la bataille, seuls 632 sont encore en Ă©tat de combattre[103].

AprĂšs un intĂ©rim assurĂ© par le major Hellebaut, Degrelle est nommĂ© Kommandeur der SS Freiwillige Grenadier Brigade Wallonien et promu SS-HauptsturmfĂŒhrer, le [104].

EnvoyĂ© Ă  Berlin par avion et cĂ©lĂ©brĂ© par la machine de propagande nazie, Degrelle, le , est reçu par Adolf Hitler qui le dĂ©core de la croix de chevalier de la croix de fer, une des plus hautes distinctions allemandes, lors « d'un entretien d'une heure au cours duquel aucun sujet d'importance n'est abordĂ© »[105]. Il s'agit de la deuxiĂšme rencontre entre les deux hommes, aprĂšs celle du . « Entre les deux, en dĂ©pit de ce que raconte Degrelle, narrant Ă  l'envi ses conversations multiples avec Hitler, c'est plus que le flou artistique, c'est le vide intĂ©gral. En tout cas vide de preuves. Quand on connaĂźt la minutie administrative du Reich, particuliĂšrement au plus haut niveau, quand on sait que chaque rĂ©ception du FĂŒhrer avec qui que ce soit faisait l'objet d'un compte-rendu dĂ©taillĂ©, quand on sait enfin qu'aucune relation n'existe d'une visite de Degrelle Ă  Hitler entre les deux citĂ©es, on est en droit de se demander s'il y en eut rĂ©ellement une seule entre ces deux lĂ , s'il n'y a pas lĂ  une vaste mythomanie, un puissant besoin de prendre ses dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s. [...] Ajoutons-y cette Ă©trange vĂ©ritĂ© : Degrelle n'a jamais su parler allemand[106] ».

Photographie en noir et blanc de LĂ©on Degrelle Ă  Charleroi. Degrelle est Ă  la gauche de l'image. En uniforme allemand et portant une casquette, il serre la main de l'un de ses hommes
LĂ©on Degrelle Ă  Charleroi.

AprÚs son séjour à Berlin, Degrelle fait son retour en Belgique. Le , il prend la parole lors d'une réunion organisée en toute hùte au Palais des Sports de Bruxelles : la grande salle est pleine et, « au milieu d'acclamations sincÚres mais disciplinées, Degrelle prononce, avec sa verve habituelle, un discours qui ne contient que des expressions de fidélité éternelle à la cause nazie »[105].

Le 5 mars 1944, LĂ©on Degrelle s'adresse Ă  la LVF lors d'un meeting Ă  Paris oĂč Fernand De Brinon, Jacques Doriot, Marcel DĂ©at, Joseph Darnand et Otto Abetz font partie de l'assistance[107]. Lors de son discours, il fait rĂ©fĂ©rence Ă  Charles Maurras sans le nommer, lui reprochant de ne pas adhĂ©rer au projet europĂ©en nazi.

« Et puis, il y a le vieux nationalisme restrictif, celui de « la France seule ». Avoir, Ă  vingt ans, embrassĂ© les colonnes roses de l’Acropole, avoir, Ă  vingt ans, criĂ© : « je suis Romain », ĂȘtre d’AthĂšnes et de Rome, ĂȘtre de Provence ou de Paris, tout cela aurait dĂ» conduire Ă  ĂȘtre d’Europe. Un Français ne peut pas ĂȘtre aujourd’hui de France seule. »[108]

AprĂšs d'autres meetings Ă  Charleroi, Ă  LiĂšge, c'est la consĂ©cration : le , les lĂ©gionnaires survivants de la bataille de Tcherkassy, en tenue de combat, se rassemblent sur la Place de la Ville-Haute de Charleroi, oĂč certains d'entre eux sont dĂ©corĂ©s par Sepp Dietrich, commandant le Ier SS-Panzer Korps. À bord de vĂ©hicules prĂȘtĂ©s par la 12e SS Panzerdivision « Hitlerjugend », ils paradent ensuite Ă  Bruxelles : « triomphant, accompagnĂ© de ses jeunes enfants, Degrelle arbore un large sourire, juchĂ© sur un blindĂ©, Ă  la tĂȘte de ses hommes ». Ce dĂ©filĂ© d'une unitĂ© collaborationniste en tenue de combat dans sa patrie d'origine est un Ă©lĂ©ment unique en Europe occupĂ©e[105].

Lors de sa derniĂšre rencontre avec Hitler, le , il reçoit la croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chĂȘne. AprĂšs la guerre, Degrelle prĂ©tend que Hitler lui aurait dit : « Si j'avais eu un fils, j'aurais aimĂ© qu'il fĂ»t comme vous »[109]. Cette affirmation est contestĂ©e par Jean-Marie FrĂ©rotte qui souligne que Degrelle « n'a jamais fait Ă©tat de cette rĂ©flexion du vivant d'Hitler, comme s'il avait pu redouter un dĂ©menti cinglant » et selon qui Degrelle aurait dĂ©clarĂ© en sortant de l'entrevue : J'ai « vu dans ses yeux qu'il me regardait comme son fils[110] ». Selon Alain Colignon, mi 1944, Degrelle, « pour ses protecteurs nazis, demeurait un instrument de propagande, apte Ă  jouer le rĂŽle d'un agent recruteur pour le front oriental et Ă  pourvoir le collaborationnisme francophone d'une face avenante. Les conseillers du FĂŒhrer envisageaient bien de l'utiliser, sous contrĂŽle, Ă  la tĂȘte d'un Reichsgau wallon, dans la perspective d'une annexion imminente[111]. » Lors d'une rencontre entre Hitler et Himmler, le , au cours de laquelle est Ă©voquĂ© le remplacement de la MilitĂ€rverwaltung par une administration civile, le chef de la SS ne propose aucun rĂŽle pour Degrelle et en parle en des termes peu Ă©logieux, critiquant son manque de sĂ©rieux politique par rapport aux collaborateurs flamands. Pour les dirigeants de la SS, Degrelle manque de crĂ©dibilitĂ© en tant que futur dirigeant politique d'importance[112].

Promu SS-SturmbannfĂŒhrer en [113], Degrelle est Ă  la tĂȘte d'une brigade de 4 150 hommes, loin des 8 000 nĂ©cessaires pour constituer une division : « Techniquement, cette division Ă©tait impossible Ă  mettre sur pied. Degrelle [...] s'en souciait peu, la reconnaissance sur le papier et le titre de commandeur lui suffisant[114]. » La campagne de recrutement menĂ©e par Degrelle au cours de l'Ă©tĂ© 1944 auprĂšs des travailleurs belges en Allemagne ne rencontre qu'un maigre succĂšs[115].

Lors de la bataille des Ardennes, Degrelle, qui espÚre participer à la « libération » de la Belgique, est cantonné à l'arriÚre du front avec un petit détachement motorisé et ne prend aucune part aux combats.

NommĂ© VolksfĂŒhrer der Wallonen (chef des Wallons) par Hitler le , il reçoit, le , « les pleins pouvoirs pour les affaires civiles, politiques et militaires pour les Wallons sĂ©journant dans les territoires occupĂ©s par les troupes allemandes »[116] et dĂ©crĂšte aussitĂŽt la mobilisation des classes 1924 et 1925 pour tous les ressortissants belges qui se trouvent sur le territoire du Reich[117].

La 28e division SS Wallonie participe à sa derniÚre campagne en Poméranie en , avec un seul régiment opérationnel, dont « les hommes se battirent avec un héroïsme et un courage indéniables face à une suprématie écrasante en matériel et en effectifs[118]. » La derniÚre unité constituée, qui ne compte plus que deux cents hommes, se rend aux Américains à Schwerin, le .

Degrelle affirme avoir rencontrĂ© Himmler, par hasard, le [alpha 12], et Ă  cette occasion, avoir Ă©tĂ© nommĂ© verbalement au grade de SS-OberfĂŒhrer[119].

« LimitĂ©es dans le temps et dans l'espace, l'action et l'existence de la LĂ©gion Wallonie n'avait pas d'autre raison d'ĂȘtre que celle de servir les desseins politiques de LĂ©on Degrelle en Belgique[120] ».

La collaboration rexiste en Belgique

À partir de son dĂ©part pour la LĂ©gion Wallonie, Degrelle dĂ©laisse de plus en plus les activitĂ©s de Rex en Belgique. Le , il dĂ©signe Victor Matthys pour diriger Rex en son absence, avec JosĂ© Streel, comme conseiller politique[121]. Durant l'automne 1941, la militarisation de Rex s'accentue avec la crĂ©ation des Gardes wallonnes, intĂ©grĂ©es Ă  la Wehrmacht, notamment chargĂ©es de garder des sites stratĂ©giques dans la zone de juridiction de la MilitĂ€rverwaltung.

Degrelle revient de temps Ă  autre en Belgique. Son discours du au Palais des sports de Bruxelles constitue, selon Martin Conway, le point culminant de la collaboration : marquĂ© par « une fresque Ă©clatante de l'hĂ©ritage germanique supposĂ© de la Wallonie », Ă©vasif sur les futures relations entre celle-ci et l'Allemagne, ce discours ĂŽte toute limite Ă  la collaboration ; pour Degrelle, « la politique nazie sera, par dĂ©finition, aussi celle de la Wallonie et le peuple wallon devra une fidĂ©litĂ© inconditionnelle aux leaders du IIIe Reich; » Cette adhĂ©sion inconditionnelle au nazisme entraĂźne le dĂ©part de nombreux militants rexistes[122]. « Le discours du est Ă©galement synonyme de rupture pour Rex qui cesse d'ĂȘtre un mouvement authentiquement belge pour devenir une excroissance du national-socialisme allemand. [...] Bien qu'il en demeure le leader incontestĂ©, LĂ©on Degrelle ne s'intĂ©resse plus beaucoup aux dĂ©veloppements de l'organisation rexiste en Belgique. [...] LĂ©on Degrelle devient ainsi un aventurier solitaire Ă  la recherche de miettes de prestige et de pouvoir dans un Reich de plus en plus dĂ©cadent[123] ».

Le , il provoque un grave incident, lors de la messe dominicale en l'Ă©glise Saint-Charles de Bouillon, lorsque la communion lui est refusĂ©e alors qu'il porte l'uniforme allemand[alpha 13]. Degrelle et quelques rexistes sĂ©questrent le doyen, l'abbĂ© Michel Poncelet, pendant plusieurs heures dans la cave Ă  vin de la maison familiale et l'ecclĂ©siastique est finalement libĂ©rĂ© par les Allemands. Cette voie de fait lui vaut d'ĂȘtre excommuniĂ©, sentence qui est levĂ©e sur le front en novembre 43[125].

Si courant 1943, Degrelle se tient Ă  distance des activitĂ©s du mouvement, il apparaĂźt Ă  plusieurs rassemblements rexistes lors desquels « ses discours ne sont que de simples appels Ă  l'optimisme Ă©maillĂ©s de mises en garde contre les consĂ©quences d'une victoire communiste ou alliĂ©e[126] ». Cela ne l'empĂȘche pas d'ambitionner de donner Ă  Rex et Ă  lui-mĂȘme un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant en Belgique : fin 1943, il Ă©crit Ă  Adolf Hitler pour dĂ©noncer la politique anti-nazie du responsable de la MilitĂ€rverwaltung, Reeder, et pour proposer au FĂŒhrer de placer la Belgique sous administration civile et d'y nommer un Höherer SS- und PolizeifĂŒhrer[126]. Si rien n'atteste que Hitler ait reçu la lettre, Reeder en reçoit lui une copie, ce qui lui fournit l'occasion, une fois de plus de marquer sa dĂ©fiance Ă  l'Ă©gard de Degrelle, qui peu de temps auparavant, lui avait envoyĂ© une lettre de louanges et un grand bouquet de fleurs : dans un courrier Ă  Wilhelm Keitel, Reeder dĂ©nonce l'inconstance intellectuelle et la fantaisie (geistigen Beweglichkeit und Phantasie) de Degrelle[126]. Le projet de Degrelle n'aboutit pas et le , il quitte Ă  nouveau la Belgique pour le camp d'entraĂźnement de la LĂ©gion, puis pour le front de l'est[126].

Au printemps 1944, Degrelle tente de relancer un mouvement rexiste en Flandre. Reeder interdit immédiatement les rassemblements pro-Degrelle en Flandre et adresse à ses supérieurs à Berlin un rapport cinglant[127].

« Il est apparu de façon constante que Degrelle, dans la mesure oĂč il s'agit de questions politiques, est versatile, facilement influençable, souvent maladroit et peu fiable en tant qu'homme de caractĂšre... Sous l'effet de son tempĂ©rament et de certains traits de caractĂšre, apparaissent souvent chez Degrelle des phantasmes et des exagĂ©rations politiques, qui n'ont rien Ă  voir avec un optimisme sain, ni mĂȘme avec des considĂ©rations de rĂ©alisme politique »

— Rapport de Eggert Reeder, chef de la MilitĂ€rverwaltung[127].

Afin de favoriser le recrutement de soldats pour la 28e division SS Wallonie parmi les travailleurs belges en Allemagne, Degrelle ordonne, dans le courant de l'Ă©tĂ© 1944, Ă  Victor Matthys, de dresser une liste de 40 000 noms, liste Ă  transmettre aux autoritĂ©s allemandes afin de faciliter la dĂ©portation des ouvriers au sein du Reich. Seuls six Ă  sept mille individus sont rĂ©pertoriĂ©s et les listes ne sont pas transmises aux Allemands en raison de l'avance alliĂ©e[115].

Le , Édouard Degrelle, le frĂšre de LĂ©on, pharmacien Ă  Bouillon est assassinĂ© par des rĂ©sistants, alors qu'il ne joue qu'un rĂŽle tout Ă  fait secondaire dans le mouvement rexiste. À titre de reprĂ©sailles, le lendemain, trois rexistes assassinent un pharmacien bouillonnais, et sont briĂšvement arrĂȘtĂ©s par la police allemande. Revenu en Belgique Ă  l'annonce du meurtre de son frĂšre, le , LĂ©on Degrelle rĂ©clame Ă  Heinrich Himmler l'exĂ©cution immĂ©diate de 100 otages et dĂ©signe personnellement trois otages supplĂ©mentaires aux personnes dĂ©jĂ  arrĂȘtĂ©es. Les trois otages dĂ©signĂ©s par Degrelle sont abattus par la police allemande le [128]. S'il informe Himmler « qu'il est de son devoir de rester auprĂšs de ses hommes en Belgique », cela ne l'empĂȘche pas de se rendre Ă  Paris puis de quitter Bruxelles pour rejoindre le front en Estonie[129]. Le , il Ă©crit Ă  Matthys et l'assure « qu'un renversement de situation reste possible[129] ». RĂ©fugiĂ©s en Allemagne, Degrelle, Matthys et son adjoint, Louis Collard, mettent officiellement fin Ă  l'existence du mouvement rexiste, le [130].

En Belgique, les rexistes sont l'objet de frĂ©quentes attaques de la RĂ©sistance et nombre d'entre eux sont abattus, le phĂ©nomĂšne s'amplifiant en 1944. Rex crĂ©e, aprĂšs les « Formations de combat » et les « Gardes Wallonnes », de nouvelles unitĂ©s comme le « DĂ©partement SĂ©curitĂ© et Information », en mars 1943, et les « Formations B », dĂ©but 1944, qui s'engagent activement dans la lutte contre les rĂ©sistants ou supposĂ©s tels mais aussi dans des actions de pur banditisme. La campagne de terreur rexiste dĂ©bute ouvertement avec l'assassinat du gouverneur de la province de Namur, le libĂ©ral et franc-maçon François Bovesse, le [131]. Le l'exĂ©cution par la RĂ©sistance d'Oswald Englebin, bourgmestre rexiste du Grand Charleroi, dont la femme et le fils pĂ©rissent dans l'attentat, entraĂźne des reprĂ©sailles des membres des Formations B qui commettent la « tuerie de Courcelles », du 17 au 18 aoĂ»t, faisant 27 victimes[132]. À Bruxelles, ils assassinent le bĂątonnier de l'ordre des avocats Louis Braffort[133].

« Degrelle qui, mĂȘme lorsqu'il est au front de l'Est, ne peut ignorer ce que font les rexistes en Belgique, n'aura jamais un mot de blĂąme pour leur activitĂ©. [
] Il couvrira de son autoritĂ© tous les meurtres et tous les sĂ©vices perpĂ©trĂ©s par les rexistes. Certes Degrelle n'est pas un criminel de guerre [
], il n'en reste pas moins qu'il a laissĂ© se faire en son nom et au nom de son mouvement une politique passablement immonde[134]. »

L'exil et la construction du mythe

Exil en Espagne

Photographie en noir et blanc de l'appareil utilisé par Degrelle pour atteindre l'Espagne, échoué sur une plage
Le bombardier bimoteur Heinkel 111 écrasé sur la plage.

CondamnĂ© Ă  mort par contumace par le Conseil de guerre de Bruxelles, le [134], Degrelle gagne, fin , le Danemark puis la NorvĂšge, deux pays toujours sous contrĂŽle allemand ; il atteint Oslo, oĂč il rĂ©quisitionne un bombardier bimoteur Heinkel 111, et il finit, aprĂšs avoir survolĂ© une grande partie de l'Europe, par atterrir en catastrophe sur une plage de Saint-SĂ©bastien dans le nord de l'Espagne[130]. Sa prĂ©sence embarrasse le rĂ©gime de Francisco Franco, qui hĂ©berge dĂ©jĂ  Pierre Laval[130]. Un correspondant de guerre belge, R. A. Francotte, lui rend visite Ă  l'hĂŽpital oĂč il constate qu'il est sĂ©vĂšrement gardĂ©. Lors de cette rencontre, Degrelle affirme qu'il est prĂȘt Ă  revenir en Belgique pour y ĂȘtre jugĂ©, Ă  condition qu'une amnistie totale soit accordĂ©e aux anciens combattants du front de l'Est, qu'il puisse s'y prĂ©senter « revĂȘtu de son glorieux uniforme Ă  cocarde belge, porteur des dĂ©corations gagnĂ©es au front » et qu'il assure sa dĂ©fense lui-mĂȘme, le procĂšs devant recevoir une large publicitĂ© dans la presse et Ă  la radio[135].

Le chargĂ© d'affaires de Belgique en Espagne, Jacques De Thier, entame dĂšs 1946 des nĂ©gociations avec les autoritĂ©s espagnoles pour le refoulement de Degrelle vers la France ou Gibraltar, sa livraison aux Nations unies ou aux autoritĂ©s d'occupation en Allemagne, alors qu'une demande d'extradition doit encore ĂȘtre examinĂ©e par la justice espagnole. Ces tentatives Ă©chouent en raison du manque de soutien des gouvernements et diplomates britanniques et amĂ©ricains et des rĂ©ticences du ministre espagnol des affaires Ă©trangĂšres qui estime « que depuis l'affaire Laval[alpha 14], nous ne devons plus livrer d'autres prisonniers politiques[136] ». Le , les autoritĂ©s espagnoles font savoir Ă  De Thier que « le Conseil d'État est opposĂ© Ă  l'extradition, [parce que] les crimes qui sont imputĂ©s Ă  Degrelle sont politiques ou connexes Ă  une activitĂ© politique ». Cette rĂ©ponse suscite un violent discours du ministre belge des affaires Ă©trangĂšres, Paul-Henri Spaak, le , au cours duquel il rĂ©itĂšre sa demande d'extradition et menace de porter l'affaire devant le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies, ce qui est fait dans les jours qui suivent. Dans un climat de plus en plus tendu, le gouvernement espagnol accepte de rĂ©gler l'affaire Degrelle Ă  trois conditions : la Belgique doit retirer sa plainte devant l'ONU, donner l'assurance que Degrelle serait jugĂ© conformĂ©ment aux lois et dĂ©clarer que le rĂšglement de l'affaire Degrelle contribuerait Ă  rĂ©tablir des relations diplomatiques normales avec l'Espagne. Pour Spaak, ces trois conditions sont inacceptables : « il est indĂ©cent de nous demander une assurance que Degrelle sera jugĂ© conformĂ©ment aux lois » et il n'accepte « pas de marchandage entre la livraison de Degrelle et la reprise des relations normales avec l'Espagne »[137].

AprĂšs une nouvelle proposition espagnole, qui rĂ©itĂšre Ă  peu de chose prĂšs les conditions fixĂ©es prĂ©cĂ©demment, mais cette fois sous la forme d'un communiquĂ© commun publiĂ© par Bruxelles et Madrid, et qui essuie un nouveau refus de Spaak, De Thier est informĂ© le au matin que Degrelle a reçu un ordre de quitter le territoire et qu'il a Ă©tĂ© mis en libertĂ© surveillĂ©e pour pouvoir s'y conformer. Pour De Thier, les complicitĂ©s espagnoles dans la disparition de Degrelle ne font pas de doute : Degrelle quitte l'hĂŽpital le Ă  huit heures du matin dans un taxi Ă  bord duquel l'attendent deux passagers, la police locale refuse d'entamer des recherches et le jour mĂȘme, vers dix heures du soir, les ministĂšres des affaires Ă©trangĂšres et de l'intĂ©rieur notifient Ă  la police de Saint-SĂ©bastien que l'affaire est terminĂ©e[138]. De nouvelles tentatives pour obtenir l'extradition de Degrelle sont effectuĂ©es en 1958, aprĂšs la mort de son fils[139], en 1970[140], et en 1983, Ă  l'initiative du dĂ©putĂ© socialiste Willy Burgeon[141], mais elles butent sur le fait qu'il a acquis la nationalitĂ© espagnole. En marge de ces dĂ©marches officielles, il fait l'objet de plusieurs projets de rapatriement de force en Belgique, en 1946, 1958 et 1961, qui ne connaissent jamais le moindre dĂ©but de concrĂ©tisation[142].

DĂ©chu de sa nationalitĂ© belge, Degrelle est naturalisĂ©[130] par adoption en 1954, sous le nom de LĂ©on JosĂ© de Ramirez Reina[143]. DĂšs 1947, il fait partie des fondateurs d'une association d'extrĂȘme droite, le Secours international pour les victimes du nazisme, aux cĂŽtĂ©s d'anciens membres de la Waffen-SS et de la Gestapo[144]. Il rĂ©apparaĂźt en public lors d'une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e Ă  la mairie de Madrid en pour la remise de dĂ©corations Ă  d'anciens combattants sur le front de l'Est et donne, Ă  la mĂȘme Ă©poque, une interview au journal El Español[145]. Si aucun Ă©lĂ©ment n'atteste que Degrelle ait quittĂ© l'Espagne entre 1945 et sa mort, on le voit ou l'imagine tour Ă  tour en partance pour l'Argentine[146], ou rĂ©fugiĂ© au Portugal ou en Équateur[147], en Uruguay[148], en Égypte[149], voire en sĂ©jour en Belgique[150]. Sa naturalisation permet Ă  Degrelle de multiplier les apparitions publiques : en 1962, il marie sa fille aĂźnĂ©e, Chantal, en « grand uniforme de fantaisie, arborant ses dĂ©corations allemandes[151] » ; en 1970, c'est au tour de sa cadette, Marie-Christine : Degrelle est cette fois en civil mais porte Ă  la boutonniĂšre les insignes de « feuilles de chĂȘne »[152]. Parmi ses familiers se trouve notamment Otto Skorzeny[153]. Dans la nuit du 22 au , Degrelle participe pendant deux heures Ă  la veillĂ©e funĂšbre du corps de Franco, et est ensuite victime d'un malaise cardiaque[154].

Degrelle se remarie, le avec Jeanne Brevet Charbonneau (1922-2014), la niÚce de Joseph Darnand divorcée d'Henry Charbonneau, avec laquelle il vivait depuis plusieurs années et connaßt une vie prospÚre, notamment grùce à l'entreprise de travaux publics qu'il dirige et qui participe à la construction de bases aériennes américaines en Espagne[155] aprÚs une tentative infructueuse d'importation de matériel agricole d'Argentine, une société de blanchissage, puis un commerce d'objets d'art[156].

Dernier dirigeant en vie d'un mouvement pro-nazi d'une certaine importance, il devient une rĂ©fĂ©rence pour les mouvements nĂ©o-fascistes europĂ©ens, les partis d'extrĂȘme droite et les mouvements intĂ©gristes, rĂŽle qu'il cultive avec soin[155] - [143]. Il est proche du Front national et est « un admirateur et un ami de son dirigeant, Jean-Marie Le Pen »[155]. Lors d'une Ă©mission du Droit de savoir, sur TF1, le , Le Pen dĂ©clare : « je connais LĂ©on Degrelle comme je connais un certain nombre d'hommes politiques mondiaux. [...] C'est un monument de la Seconde Guerre mondiale et un personnage historique tout Ă  fait extraordinaire. Mais c'est un vieux monsieur qui s'attribue une influence qu'il n'a pas[157]. » « Dans toute une sĂ©rie de livres et d'interviews, il tisse autour de ses faits de guerre toute une mythologie, racontant en dĂ©tail ses relations privilĂ©giĂ©es avec les dirigeants nazis et se prĂ©sentant comme l'hĂ©ritier de la tradition du national-socialisme europĂ©en. Les imprĂ©cisions historiques des rĂ©cits historiques de Degrelle ne sont pas difficiles Ă  relever »[155]. Certaines publications de Degrelle suscitent de vifs dĂ©bats en Belgique. Les deux Ă©diteurs belges de sa Lettre Ă  Jean-Paul II Ă  propos de Auschwitz, sont condamnĂ©s Ă  un et deux ans de prison ferme[158], et la publication de la sĂ©rie de Wim Dannau, Ainsi parla LĂ©on Degrelle, entraĂźne un vif dĂ©bat Ă  la Chambre oĂč une interdiction est envisagĂ©e.

Mort

LĂ©on Degrelle meurt Ă  l'Ăąge de 87 ans dans la soirĂ©e du jeudi Ă  Malaga, Ă  la clinique Parque San Antonio oĂč il avait Ă©tĂ© admis le en raison d'insuffisance cardiaque. Il est incinĂ©rĂ© le lendemain. S'exprimant dans le cadre du documentaire Degrelle ou la FĂŒhrer de vivre[159], Jean Vermeire, ancien officier de la lĂ©gion Wallonie, dĂ©clare qu'il a dispersĂ© les cendres de celui-ci Ă  Berchtesgaden. Ce tĂ©moignage n'a pas Ă©tĂ© remis en cause lors du dĂ©bat qui a suivi la diffusion du documentaire ou dans la presse[160].

La construction du mythe

Photographie en noir et blanc de Hitler et Mussolini, se tiennent ensemble sur un stand de révision lors de la visite officielle de Mussolini à Munich.
Hitler et Mussolini durant une visite officielle de Mussolini Ă  Munich.

Dans La Cohue de 1940, premier ouvrage Ă©crit lors de son exil et publiĂ© en Suisse en 1949, Degrelle affirme avoir reçu l'aval du roi LĂ©opold III pour reprendre ses activitĂ©s politiques Ă  partir de [161] : « c'est l'opposĂ© qui est vrai. DĂ©cidĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer le temps perdu, Degrelle ne cherche aucun conseil avant de plonger dans la mĂȘlĂ©e politique[162] ». Pour Charles d'Ydewalle, cet ouvrage « nous fournit, Ă  travers plus de cinq cents pages, le sujet le plus utile Ă  l'Ɠil d'un psychiatre. Tout s'y retrouve depuis la verbositĂ© la plus Ă©tincelante jusqu'Ă  la platitude la plus sordide, en passant par des accĂšs de mĂ©galomanie qui, rĂ©pĂ©tons-le, mĂ©ritent l'Ă©tude avertie d'un spĂ©cialiste. [
] Degrelle ne manque jamais l'occasion de se mettre Ă  la tribune sur le mĂȘme plan qu'Adolf Hitler, Benito Mussolini et Francisco Franco. Sa pathologie est ici Ă©minemment intĂ©ressante[163]. » Du mĂȘme auteur, proche de Degrelle au dĂ©but des annĂ©es trente, Ă  propos de La campagne de Russie, deuxiĂšme ouvrage d'exil publiĂ© lui aussi en 1949 : « Degrelle fait du roman. Son pouvoir d'affabulation est tel qu'il peut raconter n'importe quoi Ă  n'importe qui ». Et d'Ydewalle de poursuivre en soulignant que le livre est dĂ©diĂ© aux 2 500 morts de la lĂ©gion Wallonie, qui d'aprĂšs les rapports allemands a comptĂ© 1 200 morts ou disparus et 1 300 blessĂ©s Ă©vacuĂ©s du front[164].

Hitler pour mille ans, publiĂ© en 1969, est tout aussi rĂ©vĂ©lateur des affabulations de Degrelle et de son admiration persistante pour Hitler. Pour le premier aspect, Degrelle affirme tour Ă  tour qu'aprĂšs sa premiĂšre entrevue avec Hitler en 1936, celui-ci aurait dit et rĂ©pĂ©tĂ© Ă  Joachim von Ribbentrop qu'il n'avait jamais vu de tels dons chez un gars de cet Ăąge[165], qu'en 1939, le soir, il allait parfois retrouver le roi LĂ©opold III Ă  son palais de Laeken, « oĂč le souverain le recevait dĂ©tendu, en culotte de cheval » et oĂč ils jetaient « ensemble les bases des campagnes de la presse rexiste »[165] ; toujours selon Degrelle, en prĂ©paration Ă  l'invasion de la NorvĂšge, « Hitler lui-mĂȘme avait Ă©tĂ© auparavant rĂŽder secrĂštement en bateau tout au long de la cĂŽte Ă  investir et connaissait chaque crique du dĂ©barquement[165]. » Bien qu'il n'ait rencontrĂ© Hitler qu'Ă  trois reprises, il proclame « : Moi je l'ai connu tout au long de ces dix annĂ©es, connu de tout prĂšs au moment de sa gloire, comme au moment oĂč, autour de lui, l'univers de ses Ɠuvres et de ses rĂȘves basculait. Je sais. Je sais qui il Ă©tait : le chef politique, le chef de guerre, l'homme, l'homme tout cru, l'homme tout court[165]. » Quant au second aspect, Degrelle nie la Shoah tout en exaltant les rĂ©alisations du nazisme : « On a publiĂ©, dans un gigantesque tapage, cent reportages, souvent exagĂ©rĂ©s, parfois grossiĂšrement mensongers, sur les camps de concentration et les fours crĂ©matoires, seuls Ă©lĂ©ments que l'on veuille bien mentionner dans l'immense crĂ©ation que fut, pendant dix ans, le rĂ©gime hitlĂ©rien[166]. » Il termine son ouvrage en Ă©crivant « qu'il est malheureux qu'au XXe siĂšcle Hitler ait ratĂ© l'affaire [l'unification de l'Europe] Ă  son tour [aprĂšs NapolĂ©on]. Le communisme eĂ»t Ă©tĂ© balayĂ©[166] » et que « Hitler disparu, le monde dĂ©mocratique s'est rĂ©vĂ©lĂ© incapable de crĂ©er du neuf dans le domaine politique et social, ou mĂȘme de rafistoler du vieux[166] », allant jusqu'Ă  prĂ©tendre que Hitler a inspirĂ© Nasser, de Gaulle, Tito et Castro[166].

Jusqu'Ă  son dernier souffle, LĂ©on Degrelle exalte les rĂ©alisations d'Hitler et du rĂ©gime national-socialiste. Il s'inscrit en outre dans la mouvance nĂ©gationniste, niant en particulier l'existence et la matĂ©rialitĂ© de l'holocauste, notamment dans sa Lettre Ă  Jean-Paul II Ă  propos de Auschwitz, publiĂ©e en 1979. « Hormis une tendance grandissante Ă  la mĂ©galomanie et l'auto-glorification, son discours reste le mĂȘme depuis 1945. Le tempĂ©rament de LĂ©on Degrelle, le tempĂ©rament de celui qui a raison, qui a toujours raison, qui a raison tout seul, sa tendance – quel faible mot Ă  en rajouter systĂ©matiquement, toujours et dans tout, voilĂ  qui fait de ses dĂ©clarations, affirmations ou dĂ©nĂ©gations un buisson d'Ă©pines dont il est bien malaisĂ© de faire un fagot ; le temps, mais encore plus la rĂ©pĂ©tition, enjolive les histoires, les dĂ©pouille souvent de leurs aspects dĂ©sagrĂ©ables et gĂȘnants[167]. » Pour Marc Magain, en Espagne, Degrelle « s'exercera parallĂšlement Ă  une activitĂ© littĂ©raire abondante, Ă  peaufiner de lui-mĂȘme une image oĂč l'histoire, la lĂ©gende et le dĂ©sir de justification se conjuguent et souvent se contredisent, au grand dam de ceux qui cherchent Ă  retracer et Ă  dĂ©couvrir la rĂ©alitĂ©[168] ».

Comme le prĂ©cise JosĂ© Gotovitch, Ă  l'Ă©poque directeur du Centre d'Ă©tudes et de recherches historiques de la Seconde Guerre mondiale et professeur Ă  l'UniversitĂ© libre de Bruxelles, dans sa prĂ©face Ă  l'ouvrage de Martin Conway, « s'est construit le mythe Degrelle, dont l'une des expressions les plus grotesques fut bien celle qui attribuait le prĂ©tendu refus belge de son extradition Ă  la peur des rĂ©vĂ©lations qu'il tenait en rĂ©serve. Or s'il est un mythe Degrelle [
] c'est prĂ©cisĂ©ment le mythe de son importance, de son poids dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique »[169].

L'homme et le tribun

Le , Léon Degrelle épouse Marie-Paule Lemay, de cinq ans sa cadette, d'origine française et appartenant à la bonne bourgeoisie tournaisienne[170], avec qui il a cinq enfants : Chantal[alpha 15] (1934), Anne (1936), Godelieve (1938), Léon-Marie[alpha 16] (1939) et Marie-Christine (1944)[alpha 17]. Le mariage est célébré par Louis Picard, et sur le faire-part, Degrelle s'y présente comme docteur en droit[172].

En 1943, « soucieux d'assurer l'avenir des siens, il s'empare d'une sociĂ©tĂ© juive « aryanisĂ©e », « Les parfumeries de Bruxelles », tout en procĂ©dant Ă  l'acquisition d'un terrain Ă  Cannes. Ces tractations, ainsi que les aspects les plus Ă©quivoques de sa vie sentimentale, particuliĂšrement agitĂ©e en cette annĂ©e 1943, furent connues par la RĂ©sistance qui en fit ses choux gras[111] ». On attribue Ă  cette Ă©poque Ă  Degrelle un certain nombre de maĂźtresses Ă  Berlin, Ă  Paris et Ă  Bruxelles, alors que sa femme entretient une liaison avec un officier de la Luftwaffe, le SonderfĂŒhrer Hellmuth Pessl, qui meurt dans des circonstances peu claires[173] - [alpha 18] Toujours en 1943, Degrelle crĂ©e une nouvelle publication L'Avenir, qui connaĂźt un succĂšs populaire et financier : en 1944, L'Avenir rĂ©alise un bĂ©nĂ©fice mensuel de 600 000 francs, « alimentant les coffres dĂ©jĂ  bien garnis de Degrelle[174] ». GrĂące Ă©galement Ă  la richesse de sa belle-famille, « il mĂšne un train de vie fastueux et meuble sa demeure de la forĂȘt de Soignes d'antiquitĂ©s de valeur[174] ».

AprÚs la guerre, son épouse[alpha 19] est condamnée à dix ans de prison et en purge cinq[175]. Lors de son procÚs, elle déclare que « la guerre était nécessaire contre le bolchevisme, c'était un grand danger[176] ». AprÚs sa libération, elle décide de ne pas rejoindre son mari en Espagne[175]. Elle meurt à Nice, le , sans jamais avoir revu son époux depuis 1945[156].

GĂ©nĂ©ralement souriant, Degrelle plaĂźt aux femmes, chaleureux, il « arrive Ă  nouer les contacts les plus inattendus avec les hommes les plus diffĂ©rents[177] » : le , prisonnier Ă  Cholet, il est sauvĂ© du lynchage par onze dĂ©tenus communistes[177]. Il fait preuve d'un rĂ©el courage physique, tant dans les annĂ©es 1930 durant lesquelles Ă  diffĂ©rentes reprises, il sera ramenĂ© sur une civiĂšre de rĂ©unions oĂč il Ă©tait allĂ© porter la contradiction, que pendant la guerre sur le front de l'Est[177]. Il est surtout un orateur exceptionnel, capable d'enflammer son auditoire. « Il a un redoutable sens de la repartie, et quelques mots lui suffisent Ă  ridiculiser ses adversaires[177] », Ă  l'exception de Paul-Henri Spaak[177]. Il traite tour Ă  tour le cardinal van Roey d'« anthropophage » et de « troglodyte ensoutanĂ© », le sĂ©nateur Philips de « requin d'argent pourri jusqu'aux mĂ©tacarpes », le ministre du Bus de Warnaffe de « Gugusse de Warnaffe » et de « cagot dĂ©bile », le premier ministre van Zeeland de « pillard larmoyant » et Winston Churchill de « dĂ©bris bruyant[alpha 20] ». Comme le souligne M. Conway, « devant un auditoire, Degrelle est certainement l'un des plus remarquables tribuns de sa gĂ©nĂ©ration en Europe. [...] Il subjugue ses auditoires par ses dĂ©nonciations passionnĂ©es des fautes de la classe politique dirigeante, mĂȘlant un vocabulaire romantique, voire poĂ©tique, avec un langage populaire Ă©maillĂ© d'expressions patoisantes. Ce talent ne l'abandonnera jamais, et, mĂȘme dans les jours les plus sombres du rexisme, les grands discours de Degrelle conservent une force Ă©motionnelle qui ranime le moral et la foi des rexistes et parfois mĂȘme gagne quelques rares convertis Ă  sa cause[179] ».

Le courage de Degrelle sur le front est soulignĂ© par Jean-Marie FrĂ©rotte et par Eddy de Bruyne. « La prĂ©sence de Degrelle au front ? Quand ses nombreux dĂ©placements Ă  Berlin et ailleurs le lui permettaient, il mettait un point d'honneur Ă  apparaĂźtre au milieu de ses hommes et mĂȘme d'y prendre des risques physiques Ă©vidents » ; « Degrelle a Ă©tĂ© blessĂ© Ă  plusieurs reprises. Aucune de ses cinq blessures ne fut de nature Ă  nĂ©cessiter une hospitalisation, toutes furent exploitĂ©es Ă  des fins de propagande personnelle[180] ».

« D'une ambition démesurée, Degrelle est desservi par une imagination trÚs fantasque et par une véritable mégalomanie. [...] Il manque absolument du sens de la mesure. On peut parfois se demander s'il n'est pas atteint d'une véritable « folie des grandeurs »[177] ».

Historiographie

Degrelle suscite dĂ©jĂ  de nombreuses publications en 1936 et 1937, qui Ă©manent de ses partisans ou de ses adversaires et sont rĂ©digĂ©es sur un ton hagiographique ou polĂ©mique. Pour le dĂ©putĂ© rexiste Pierre Daye, « LĂ©on Degrelle a un talent d'orateur prestigieux, un remarquable talent d'Ă©crivain, un Ă©quilibre des nerfs magnifique, le sens du commandement, de l'organisation, l'autoritĂ© naturelle du chef[181]. » Robert Brasillach est totalement sĂ©duit : « Peut-on rĂ©sister Ă  LĂ©on Degrelle, Ă  sa prĂ©sence, Ă  sa camaraderie immĂ©diate, au rire d'enfant qui s'empare de lui ? [
] Tout de suite, auprĂšs de lui, on est saisi de cette confiance qui fait l'agrĂ©ment juvĂ©nile du rexisme, on croit tout ce qu'il dit, tout ce qu'il va dire. [
] Degrelle a cette jonction supĂ©rieure de son esprit et de son sang Ă  l'esprit et au sang d'une Ă©poque, sans laquelle il n'est peut-ĂȘtre pas de meneur d'hommes[182]. » Le portrait dressĂ© en 1936 par Robert du Bois de Vroylande, jusqu'alors rĂ©dacteur en chef de la sociĂ©tĂ© d'Ă©dition REX et qui venait de rompre avec le rexisme, est d'une toute autre nature : « Du talent ? Oui si on appelle talent l'art de gueuler, les poings sur les hanches, comme au marchĂ© aux poissons, de faire passer des limandes pour des soles, les adversaires pour des requins et un pauvre type pour une sorte de gĂ©nie. [
] De la franchise ? Oui, si l'homme franc affirme blanc aujourd'hui et noir demain. De l'attachement Ă  ses principes ? Oui, si l'attachement Ă  ses principes est dans le fait de les piĂ©tiner chaque jour. De l'idĂ©al ? Oui, si c'est en avoir que d'en changer comme de chemise[183] - [alpha 21]

Il n'existe pas de bibliographie complĂšte de LĂ©on Degrelle rĂ©pondant aux critĂšres des historiens de mĂ©tier, Ă  l'exception de celle contenue dans la biographie rĂ©sumĂ©e d'Alain Colignon publiĂ©e dans La Nouvelle Biographie nationale. Pour les annĂ©es trente, l'ouvrage fondateur est celui de Jean-Michel Étienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940, relativement peu connu en dehors des milieux universitaires. Pour la pĂ©riode de la collaboration, les ouvrages de Martin Conway sont fondamentaux : « La premiĂšre Ă©tude impartiale et systĂ©matique de la collaboration de LĂ©on Degrelle et des rexistes avec l'occupant nazi de 1940 Ă  1945 vient seulement de paraĂźtre et on la doit Ă  un Anglais ! [
] Un ouvrage capital et captivant[184]. » La traduction de cet ouvrage en nĂ©erlandais, contemporaine de celle en français, est saluĂ©e par le Vlaams Nationaal Weekblad : « C'est une Ă©tude solide et sĂ©rieuse, la premiĂšre qui traite le sujet de maniĂšre approfondie et avec un souci d'objectivitĂ© et qui donc comble une lacune[185]. »

Le livre de Pol Vandromme, Le Loup au cou de chien : Degrelle au service de Hitler, fait l'objet d'une large couverture dans la presse belge, qui souligne son caractÚre salutaire mais aussi son ton pamphlétaire et son manque de documentation[186]. Fondé sur plus de 150 témoignages et sur plusieurs entretiens avec Degrelle, le livre de Jean-Marie Frérotte, Léon Degrelle, le dernier fasciste, qui couvre toute la vie de Degrelle, est favorablement accueilli par la presse belge[187], malgré l'absence d'appareil critique et de mention des sources.

Degrelle apparaĂźt pour la premiĂšre fois Ă  la tĂ©lĂ©vision belge dans le cadre de la sĂ©rie L'ordre nouveau de Maurice De Wilde, diffusĂ©e par la BRT, chaĂźne publique flamande, en 1981. Cette Ă©mission brise Ă  la fois un tabou sur la collaboration en Belgique et sur le fait de diffuser une interview de Degrelle Ă  la tĂ©lĂ©vision nationale. Cette interview est critiquĂ©e dans son principe avant mĂȘme sa diffusion[188]. LĂ©on Degrelle est longuement interviewĂ© par des journalistes de la RTBF en 1977, en prĂ©paration d'une Ă©mission en cinq Ă©pisodes, dont la diffusion est prĂ©vue pour 1978. Le conseil d'administration de l'institution tĂ©lĂ©visuelle dĂ©cide de reporter le projet considĂ©rant que l'impact de Degrelle, malgrĂ© les critiques des historiens, Ă©tait encore trop fort. La sĂ©rie prĂ©vue en 1978 est finalement ramenĂ©e Ă  trois Ă©pisodes et diffusĂ©e du 17 au , chaque Ă©pisode Ă©tant suivi d'un dĂ©bat. Elle suscite des rĂ©actions diverses, dont de violentes critiques qui estiment qu'on a offert une vĂ©ritable tribune au symbole de la collaboration francophone en Belgique[189].

Le , la RTBF diffuse un nouveau documentaire de 104 minutes, Degrelle ou la FĂŒhrer de vivre, qui rencontre un rĂ©el succĂšs d'audience, avec 464 000 spectateurs pour le documentaire et 280 000 pour le dĂ©bat qui lui fait suite[190]. Son auteur est l'historien français Korenthin Falc'hun, dont les travaux de thĂšse de doctorat ont servi de base au film, et sa rĂ©alisation est dirigĂ©e par Philippe Dutilleul, journaliste belge rĂ©putĂ© pour son ton avant-gardiste et dĂ©calĂ© et dont plusieurs Ă©missions ont suscitĂ© de vifs dĂ©bats en Belgique francophone. MĂȘme s'il fait l'objet de polĂ©miques[191] - [192], ce documentaire « dĂ©coiffe » et brise un tabou[193]. À la diffĂ©rence de ses prĂ©dĂ©cesseurs, le film ne fait appel ni Ă  la « voix off », ni aux commentaires d'historiens ou de spĂ©cialistes[194], le choix Ă©tant de « privilĂ©gier l'intelligence des gens[195] ». En s'appuyant sur de nombreuses archives inĂ©dites, ce documentaire dĂ©livre de nouveaux Ă©lĂ©ments biographiques, particuliĂšrement en ce qui concerne l'exil espagnol, en prĂ©sentant les tĂ©moignages « bruts » de personnes ayant connu Degrelle. « DĂ©nuĂ© de commentaire et d'Ă©clairages historiques, volontairement truffĂ© de zones d'ombres, ce long portrait parcellaire et impressionniste laisse ainsi s'Ă©panouir, pour mieux la dĂ©noncer, la folie mĂ©galomaniaque de ce symbole du fascisme europĂ©en, qui, aprĂšs sa condamnation Ă  mort par contumace, coula des jours paisibles en Espagne jusqu'en 1994[192]. »

Notes et références

Notes

  1. Il se présentera sur la liste de Rex en 1936.
  2. Le plus cĂ©lĂšbre de ces « chefs-d'Ɠuvre de goĂ»t » reprĂ©sentait une petite fille priant au pied de son lit, qu'un socialiste dĂ©guenillĂ© s'apprĂȘtait Ă  poignarder dans le dos[19].
  3. Le titre devient indépendant comme bimensuel en janvier 1933, puis, aprÚs avoir absorbé Vlan, comme hebdomadaire en mars 1934.
  4. Le symbole du balai a été réutilisé lors d'une campagne électorale du Vlaams Blok dans les années 1990.
  5. Sur les suites de cette Ă©lection, voir Jean Vanwelkenhuyzen, 1936, LĂ©opold III, Degrelle, van Zeeland et les autres, Bruxelles, Racine, 2004.
  6. M. Conway estime que Rex est un mouvement de droite, antidĂ©mocratique et qu'il doit ĂȘtre considĂ©rĂ© selon ses propres spĂ©cificitĂ©s plutĂŽt qu'en tant que variante de quelque modĂšle standardisĂ©[52], ce qui ne l'empĂȘche pas d'utiliser frĂ©quemment le qualificatif de fasciste dans le reste de son ouvrage.
  7. Le sergent-chef Mollet, qui a commandé la fusillade, et le lieutenant Caron, qui y a assisté sans intervenir, seront condamnés à mort par les Allemands et fusillés au Mont-Valérien le .
  8. La fausse comtesse belge « Slissy », prétendue fille de général, membre du parti rexiste, qui avait épousé Herbert Lucht (de), membre de la Propaganda-Abteilung à Paris dirigée par Werner Naumann.
  9. Trafiquant d'armes pendant la guerre d'Espagne, Fernand Rouleau ne rejoint Rex qu'en 1940, oĂč sa connaissance de l'allemand et des rouages du rĂ©gime nazi sont fort utiles. AprĂšs son dĂ©part de la lĂ©gion Wallonie, il travaille comme agent du SD Ă  Tunis, puis combat, Ă  la fin de la guerre, en Hongrie dans une division de cavalerie SS. AprĂšs la fin du conflit, il se rĂ©fugie en Espagne, oĂč il meurt en 1984, Ă  81 ans.
  10. ÂgĂ© de 27 ans, Matthys est l'un des proches collaborateurs de Degrelle depuis prĂšs de dix ans. Sans diplĂŽme, de santĂ© fragile et piĂštre orateur, il est un bon administrateur et un admirateur sans rĂ©serves du rĂ©gime nazi. Il est condamnĂ© Ă  mort pour sa participation aux crimes rexistes en Belgique occupĂ©e et exĂ©cutĂ© Ă  Charleroi en novembre 1947.
  11. Sur l'évolution des dénominations, voir ici.
  12. MĂȘme si cette affirmation, qui n'est Ă©tayĂ©e par aucune source, Ă©tait exacte, Himmler ne disposait, depuis le , d'aucun pouvoir.
  13. Dans sa lutte contre les partis d'« ordre nouveau », l'épiscopat belge a pris trois mesures strictes en 1941 : interdiction de funérailles solennelles aux rexistes et aux V.N.V. , refus de la communion aux membres de ces groupements porteurs d'uniforme et défense de toute propagande « totalitaire » dans les collÚges catholiques[124].
  14. Livré par l'Espagne à La France, le , Laval est condamné à mort le et exécuté le suivant.
  15. AprÚs que celle-ci a été brûlée à la gorge en avalant un acide, Degrelle fait publier sa photographie dans Le Pays réel, avec pour légende « sur son lit de douleur, la fille du Chef souffre pour la Cause »[171].
  16. LĂ©on-Marie meurt en 1958 lors d'un accident de voiture en Espagne oĂč il Ă©tait allĂ© rejoindre son pĂšre[47].
  17. Degrelle a exploité les nombreux épisodes de sa vie familiale afin d'impressionner la foule, on se souvient encore des récits émouvants répandus par sa presse au sujet de la petite Chantal, Le Soir, .
  18. Officiellement, Pessl s'est suicidĂ© prĂšs de la maison de Degrelle. Mais il a succombĂ© Ă  deux blessures par balle, Ă  la tĂȘte et au cƓur, et les autoritĂ©s allemandes dĂ©cident de ne pas enquĂȘter plus avant.
  19. Le pĂšre et le beau-frĂšre de Degrelle meurent en prison, et plusieurs de ses sƓurs sont Ă©galement incarcĂ©rĂ©es.
  20. Pierre Assouline voit dans ces termes une parenté avec le langage fleuri du capitaine Haddock[178].
  21. ArrĂȘtĂ© par la Gestapo, prisonnier politique au fort de Breendonk, il est successivement dĂ©portĂ© dans les camps de Buchenwald, Dora et Ellrich, oĂč il meurt Ă  quelques mois de la libĂ©ration.

Références

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  178. Assouline, p. 253.
  179. Conway, p. 30.
  180. De Bruyne 1991, p. 163 et 176.
  181. Pierre Daye, LĂ©on Degrelle et le Rexisme, Paris, Fayard, 1937 (di Muro, p. 20).
  182. Brasillach, p. 62 et 84.
  183. Vroylande 1936 Quand Rex
, p. 8-9.
  184. La libre Belgique, , Ă  propos de la version anglaise Collaboration in Belgium : LĂ©on Degrelle and the Rexist Movement.
  185. « Het is een degelijke en ernstige studie, de eertste die het onderwerp vrij grondig en met zin voor objektiviteit behandelt en dus een leemte vult » in Vlaams Nationaal Weekblad, .
  186. Revue de presse de novembre 1976, consultée au CEGES.
  187. Le Soir, , La derniĂšre Heure, .
  188. AndrĂ© Lange, « Contre Degrelle, Ă  nouveau », La Wallonie,‎ .
  189. Sur ce sujet, voir Jocelyn GrĂ©goire, « Analyse de l'Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e (RTBF, mars 1988) sur LĂ©on Degrelle : face et revers Ă  travers la presse », Édition spĂ©ciale du bulletin trimestriel de MĂ©moire d'Auschwitz, no 20-21, Bruxelles, 1989, p. 17-108.
  190. « Audiences: Degrelle a fait fureur »(Archive.org ‱ Wikiwix ‱ Archive.is ‱ Google ‱ Que faire ?), TĂ©lĂ©-Moustique, .
  191. Droit de réponse, La Revue Nouvelle, mai-juin 2009, no 5-6.
  192. LĂ©on Degrelle ou la FĂŒhrer de vivre divise le Figra, TĂ©lĂ©rama, .
  193. « La RTBF réveille Degrelle pour mieux en finir », sur lesoir.be, .
  194. Film et débat sur Degrelle à la RTBF, RésistanceS, .
  195. Le Soir, .

Bibliographie

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Écrits et Ɠuvres

  • Les Flamingants, Louvain, À l'Avant-Garde, 1928
  • Jeunes Plumes et Vieilles Barbes de Belgique, Louvain, À l'Avant-Garde, s.d. 1928
  • Furore teutonico ou l’histoire des balustrades de la bibliothĂšque de Louvain. Louvain, Cahier de la Jeunesse Catholique (s-d) (vers 1928).
  • La Belle vie Ă  Louvain, Louvain, À l'Avant-Garde, 1928
  • Mon pays me fait mal, Louvain, À la Nouvelle Équipe, 1928
  • Les Taudis, Louvain, Éd. Rex, 1930
  • Les Tristesses d'hier, Louvain, Éd. des jeunes auteurs, 1930
  • Les Grandes Farces de Louvain, Louvain, Éd. Rex, 1930
  • Histoire de la guerre scolaire 1879-1884, Louvain, Éd. Rex, 1930
  • Contre l'incinĂ©ration ; va-t-on, chez nous, rĂŽtir les morts ?, Louvain, Éd. Rex, 1931
  • MĂ©ditations sur Louis Boumal, Louvain, Éd. Rex, 1931
  • Vive le Roi ! Pour le centenaire de notre dynastie, Louvain, Éd. Rex, 1931
  • Mes aventures au Mexique, Louvain, Éd. Rex, 1933
  • PriĂšre Ă  Notre-Dame de la Sagesse, Louvain, Éd. Rex, 1934
  • Rex et la Flandre, Bruxelles, Éd. Rex, 1936
  • Philips, sĂ©nateur catholique, commandeur de l'Ordre de Saint Gregoire-le-Grand, banquier louche et faussaire dĂ©masquĂ©., Kessel-Loo, Éd. Degrelle, 1936
  • Le Message de Rex, Bruxelles, B.D.C.I., 1936
  • Face au danger, Bruxelles, Éd. Rex, 1936
  • MƓurs de banksters rouges. Les 300 millions de la Banque du Travail, Coll. « J'accuse » no 3, 1936
  • Les Voleurs de la banque nationale, Bruxelles, Éd. Rex, 1937
  • Franck, Barmat, Van Zeeland, Bruxelles, Éd. Rex, 1937
  • État d'Ăąme, Bruxelles, Éd. Rex, 1938
  • RĂ©volution des Âmes, Paris, Les Éditions de France, 1938
  • L'Affaire Sindic : que rĂ©pond Degrelle ?, Bruxelles, Éd. Rex, 1939
  • J'accuse Marcel-Henri Jaspar, menteur, pilleur et faussaire, Bruxelles, Éd. Rex, 1939
  • Degrelle avait raison, Bruxelles, Éd. Rex, 1941
  • La Guerre en prison, Bruxelles, Ignis, 1943
  • Feldpost, Bruxelles, Éd. Rex, 1944
  • La Cohue de 1940, Lausanne,
  • La Campagne de Russie, 1941-1945, Le Cheval AilĂ©, 1949 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Les Âmes qui brulent, À la feuille de ChĂȘne, 1964
  • Front de l'est, 1941.1945 (rĂ©Ă©dition de La Campagne de Russie), La Table Ronde, 1969
  • Hitler pour mille ans, Paris, La Table Ronde, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Tintin mon copain, Éditions du PĂ©lican d'or, 1994
  • Lettre Ă  Jean-Paul II Ă  propos de Auschwitz, 1979
  • Appel aux jeunes europĂ©ens, Avalon, 1992
  • Lettre Ă  mon cardinal, Ă©ditions de l'Europe RĂ©elle, 1975
  • Mon chemin de Saint Jacques, Ă©ditions de l'Homme Libre, 2002
  • Le fascinant Hitler !, Ă©ditions de l'Ă©toile mystĂ©rieuse, 2006
  • Le SiĂšcle de Hitler, 1986-2007. Selon la quatriĂšme de couverture du premier livre, la sĂ©rie « Le SiĂšcle de Hitler » prĂ©voyait 20 volumes. Dans le troisiĂšme livre, Les Tricheurs de Versailles, le nombre de volumes est ramenĂ© Ă  9, dont 5 ont Ă©tĂ© publiĂ©s : I- Hitler, nĂ© Ă  Versailles (Le traquenard de Sarajevo, 1986 / La pseudo-guerre du droit, 1987 / Les Tricheurs de Versailles, 1988) et II- Le Hitler de la paix (Hitler dĂ©mocrate, 2 tomes, 2002 / Hitler, unificateur des Allemands, 2007).

Recueil de textes de Degrelle

  • Wim Dannau Ainsi parla LĂ©on Degrelle, 13 volumes, 1973 (Ă©diteur responsable : H. De Graer-81 Obberg-Wemmel)

Ouvrages historiques

  • Pierre Assouline, HergĂ©, Paris, Gallimard, (1re Ă©d. Plon, 1996), 820 p. (ISBN 2-07-040235-5). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (nl) Bruno Cheyns, LĂ©on Degrelle. De FĂŒhrer uit Bouillon - Biografie, Anvers, Uitgeverij Vrijdag, ( voir la recension par Alain Colignon)
  • Alain Colignon, « LĂ©on Degrelle », dans Nouvelle biographie nationale, vol. VI, Bruxelles, AcadĂ©mie royale des sciences, de lettres et des beaux-arts, (lire en ligne), p. 111-122. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Martin Conway, Degrelle : les annĂ©es de collaboration : 1940-1944 : le rexisme de guerre, Ottignies (Belgique), Quorum, , 398 p. (ISBN 2-930014-29-6). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Alain Dantoing, « La hiĂ©rarchie catholique et la Belgique sous l'occupation allemande », dans Revue du Nord n°237, Lille, , p. 311-336. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Eddy De Bruyne, Les Wallons meurent Ă  l'Est : la LĂ©gion Wallonie et LĂ©on Degrelle sur le front russe 1941-1945, Bruxelles, Didier Hatier, , 191 p. (ISBN 2-87088-740-X). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Eddy De Bruyne, « La Difficile Naissance d'une lĂ©gion perdue », dans Francis Balace (dir.), Jours de Guerre, t. VIII, Bruxelles, CrĂ©dit communal, , p. 111.
  • Eddy De Bruyne, Dans l'Ă©tau de Degrelle : le service du travail wallon 1944-1945, ou, de l'usine Ă  la Waffen-SS, Jalhay, Belgique, Foxmaster, (ISBN 2-930011-11-4).
  • Eddy De Bruyne, La Collaboration francophone en exil (septembre 1944 – mai 1945), 1997.
  • (en) Eddy De Bruyne et Marc Rikmenspoel, For Rex and for Belgium : LĂ©on Degrelle and Walloon political & military collaboration 1940-45, Solihull, West Midlands, England, Helion, , 299 p. (ISBN 1-874622-32-9).
  • Eddy De Bruyne, LĂ©on Degrelle et la LĂ©gion Wallonie : La fin d'une lĂ©gende, LiĂšge, 2011, Éditions Luc Pire, (ISBN 9782875420107).
  • Arnaud de la Croix, Degrelle : 1906-1994, Bruxelles, Éditions Racine, , 224 p. (ISBN 978-2-87386-982-3).
  • Jacques De Thier, Un diplomate au XXe siĂšcle, Bruxelles, Le Cri, (ISBN 2-87106-032-0). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Maurice De Wilde (trad. du nĂ©erlandais de Belgique), L'Ordre nouveau, Gembloux, Duculot, , 191 p. (ISBN 2-8011-0484-1). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Giovanni F. di Muro, LĂ©on Degrelle et l'Aventure rexiste : 1927-1940, Bruxelles, Éditions Luc Pire, coll. « Voix de l'histoire », , 205 p. (ISBN 2-87415-519-5, OCLC 63177287, lire en ligne). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Jean-Michel Étienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940, Paris, Armand Colin, coll. « Cahiers de la fondation nationale des sciences politiques » (no 195), . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Jean-Marie FrĂ©rotte, LĂ©on Degrelle, le dernier fasciste, Bruxelles, Paul Legrain, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Didier Pirlot (prĂ©f. Jo GĂ©rard), Rex - Photos d'hier et d'aujourd'hui, Bruxelles, Phigi, coll. « enquĂȘtes - reportages », , 103 p..
  • J. GĂ©rard-Libois, JosĂ© Gottovitch, L'an 40. La Belgique occupĂ©e, Bruxelles, CRISP, 1971 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Marc Magain, LĂ©on Degrelle, un tigre de papier : le choc du Pays rĂ©el contre la presse belge (1930-1940), Bruxelles, Didier Hatier, , 176 p. (ISBN 2-87088-616-0). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Dirk Martin et Francis Balace (dir.), « Abbeville : la bavure », Jours de Guerre, Bruxelles, CrĂ©dit communal, t. III,‎ , p. 69-81. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Flore Plisnier, Ils ont pris les armes pour Hitler : la collaboration armĂ©e en Belgique francophone, Bruxelles, Renaissance du Livre, , 253 p. (ISBN 978-2-507-00361-6 et 2-507-00361-8). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Pol Vandromme, Le loup au cou de chien : Degrelle au service de Hitler, Bruxelles, Labor, 1978 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Jean Vanwelkenhuyzen, 1936 : LĂ©opold III, Degrelle, van Zeeland et les autres, Bruxelles, Racine, , 333 p. (ISBN 2-87386-319-6). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (nl) Pieter Jan Verstraete, LĂ©on Degrelle, Soesterberg, Aspekt, coll. « biografie », , 158 p. (ISBN 978-90-5911-802-7).
  • Els Witte et Jan Craeybeckx, Histoire politique de la Belgique, Bruxelles, Labor, .
  • Charles d'Ydewalle, Degrelle ou la triple imposture, Bruxelles, Pierre de Meyere, .

Livres de contemporains

  • LĂ©on Allard, administrateur de la FĂ©dĂ©ration nationale des jeunes gardes socialistes, LĂ©on Degrelle, pirate de l'Ă©lectricitĂ©, Charleroi, FNJGS, 1936
  • Gautier Borain, Un coco de gĂ©nie, LĂ©on Degrelle, Anvers, Impr. Jos & John Wils, 1937
  • Robert Brasillach, LĂ©on Degrelle et l'avenir de Rex, Paris, Plon, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • F. Daniel, LĂ©on Degrelle, mĂ©galomane. PrĂ©face dĂ©diĂ©e spĂ©cialement Ă  toute la classe moyenne, Mons, Ă©d. Salvator, 1937
  • Pierre Daye, LĂ©on Degrelle et le Rexisme, Paris, Fayard, 1937
  • FrĂ©dĂ©ric Denis, Rex est mort!, Bruxelles, Labor, 1937
  • Robert de Vroylande, LĂ©on Degrelle pourri, Louvain, Lovanis, 1936
  • Robert de Vroylande, Quand Rex Ă©tait petit, Louvain, Lovanis, . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Ferdinand Godefroid, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration Nationale des Jeunes Gardes Socialistes, Degrelle tout nu! Degrelle vendu Ă  Hitler!, Charleroi, FNJGS, 1936
  • Usmar Legros, Un homme, un chef : LĂ©on Degrelle, Bruxelles, Rex, s. d.
  • Paul Muysers, Degrelle sera-t-il dictateur? Quand et comment?, LiĂšge, E.D.A., 1937
  • Streel JosĂ©, La rĂ©volution du XXe siĂšcle (rĂ©Ă©dition du livre paru en 1942 Ă  la NSE Ă  Bruxelles), prĂ©face de Lionel Baland, DĂ©terna, Paris, 2010.

Essai

Filmographie

  • Philippe Dutilleul, Isabelle Christiaens et Korentin Falc'hun, LĂ©on Degrelle ou la FĂŒhrer de vivre, Bruxelles, RTBF, , documentaire tĂ©lĂ©visĂ©.
  • Les Collaborateurs des nazis, LĂ©on Degrelle, du rexisme au nazisme, France, Histoire, 2012 — documentaire.

Annexe

Articles connexes

Liens externes

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