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La Horde sauvage (film, 1969)

La Horde sauvage (The Wild Bunch) est un film américain réalisé par Sam Peckinpah et sorti en 1969. Ce western met notamment en scÚne William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmond O'Brien, Warren Oates, Jaime Sånchez et Ben Johnson.

La Horde sauvage
Description de cette image, également commentée ci-aprÚs
Sam Peckinpah (Ă  gauche) et William Holden sur le tournage du film en 1968.
Titre original The Wild Bunch
RĂ©alisation Sam Peckinpah
Scénario Sam Peckinpah
Walon Green
Musique Jerry Fielding
Acteurs principaux
Sociétés de production Warner Bros.-Seven Arts
Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre western
DurĂ©e 145 minutes
Sortie 1969

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le film, dont l'action se déroule sur la frontiÚre entre le Texas et le Mexique, relate les derniers jours d'une bande de bandits tentant d'exister dans un monde moderne qui ne leur correspond plus. Controversé à cause de sa violence, il est célÚbre pour sa mise en scÚne trÚs dynamique et complexe, utilisant des effets de multi-angle, des plans trÚs courts et des ralentis alors révolutionnaires en 1969.

PrĂ©sentĂ© par Sam Peckinpah comme Ă©tant « simplement ce qui arrive quand des tueurs se rendent au Mexique », La Horde sauvage fait en rĂ©alitĂ© Ă©cho aux images de la guerre du ViĂȘt Nam qui divise alors l'AmĂ©rique. C'est une Ă©popĂ©e de la dĂ©faite et de toutes les valeurs, y compris religieuses. À partir d'un scĂ©nario de western, Peckinpah dĂ©peint un monde pessimiste et immoral, oĂč le progrĂšs s'avĂšre destructeur, et dont la violence n'Ă©pargne rien ni personne, pas mĂȘme les enfants.

Le film obtient plusieurs distinctions, dont deux nominations aux Oscars en 1970 et une pour Sam Peckinpah aux Directors Guild of America Awards. La valeur patrimoniale de La Horde sauvage est reconnue Ă  partir de la fin des annĂ©es 1990, lorsque l'Ɠuvre est ajoutĂ©e au National Film Registry pour ĂȘtre conservĂ©e Ă  la bibliothĂšque du CongrĂšs, ou lorsqu'elle est mentionnĂ©e dans plusieurs classements des meilleurs films de l'histoire du cinĂ©ma.

Initialement amputé par la MPAA qui trouve le film trop violent, puis à nouveau par les distributeurs, à sa sortie en salles, car jugé trop long, La Horde sauvage est disponible depuis 1995 en DVD et en Blu-ray, dans une version plus proche de celle voulue par Peckinpah.

Synopsis

Contexte général

Des hors-la-loi, menĂ©s par Pike Bishop, attaquent les bureaux d'une compagnie de chemins de fer avant de s'enfuir dans un Mexique en pleine rĂ©volution. Mais l'ancien frĂšre d'armes de Pike, Deke Thornton, n'a d'autre choix que de les traquer. Il doit les tuer s'il veut pouvoir lui-mĂȘme retrouver la libertĂ©.

Synopsis détaillé

1913[Note 1], États-Unis, Texas. DĂ©guisĂ©s en soldats, Pike Bishop (William Holden) et sa bande de hors-la-loi – son bras droit Dutch (Ernest Borgnine), les frĂšres Lyle (Warren Oates) et Tector Gorch (Ben Johnson), Angel (Jaime SĂĄnchez), Clarence « Crazy » Lee (Bo Hopkins) et Buck (Rayford Barnes) – cherchent Ă  s'emparer de la paie des ouvriers du chemin de fer dans la ville frontaliĂšre de Starbuck[Note 2]. Ils croisent sur leur chemin une bande d'enfants qui s'amusent de la mort de scorpions qu'ils ont confrontĂ©s Ă  des fourmis rouges.

Photographie montrant une des berges du fleuve Rio Grande, dans un cadre naturel de verdure et de forĂȘt.
La horde s'enfuit au Mexique en traversant le Rio Grande.

En ville, la bande tombe dans le piĂšge que leur a tendu Harrigan (Albert Dekker), le dirigeant de la Compagnie de chemins de fer. Celui-ci a condamnĂ© Deke Thornton (Robert Ryan), l'ancien frĂšre d'armes de Pike, Ă  prendre la tĂȘte d'une bande de chasseurs de primes pour tuer ses anciens compagnons, sous peine de retourner en prison dans les 30 jours (un flashback le montre en prison, subissant des coups de fouet)[Note 3]. Les hors-la-loi rĂ©ussissent Ă  prendre la fuite dans un bain de sang, en profitant d'un dĂ©filĂ© de la Ligue de tempĂ©rance. Le massacre est provoquĂ© en grande partie par les chasseurs de primes Ă  la solde de Harrigan, qui tuent mĂȘme des civils. Pike abandonne sur place « Crazy » Lee, qui est abattu un peu plus tard par Harrigan, et doit lui-mĂȘme achever Buck, aveuglĂ© par une blessure au visage.

Cependant, Deke et ses chasseurs de primes sont sur leurs traces. Pike et ses hommes s'enfuient au Mexique en traversant le Rio Grande. Une fois à l'abri, ils retrouvent le membre le plus ùgé de la bande, Sykes (Edmond O'Brien). Les frÚres Gorch contestent la part du vieil homme et celle d'Angel. La tension monte, provoquant une impasse mexicaine, mais la bande constate que leur « butin » n'est constitué que de rondelles de métal sans valeur[Note 4]. Leur déception est vite chassée par l'alcool et les blagues grossiÚres. Le soir, autour d'un feu de camp, Pike et Dutch discutent de leur absence d'avenir pendant qu'Angel joue doucement de la guitare. Un souvenir commun à Pike et à Deke montre que les deux hommes sont autrefois tombés dans une embuscade dans un bordel, mais que Pike s'est enfui en abandonnant son compagnon.

Le lendemain, ils repartent et Sykes, voulant les guider, fait tomber les hommes et leurs chevaux dans une dune. Furieux, Tector veut abattre le vieil homme, mais Pike l'en empĂȘche. Lorsque ce dernier remonte Ă  cheval, son Ă©triviĂšre casse et il chute lourdement. Souffrant de la jambe Ă  cause d'une vieille blessure, il se remet difficilement en selle, sous le rire goguenard des frĂšres Gorch. Heureux que Pike ait pris sa dĂ©fense, le vieux Sykes vient discuter avec lui et lui apprend incidemment que « Crazy » Lee Ă©tait son petit-fils. Pike cache son trouble, lui demandant pourquoi il ne lui avait jamais parlĂ© de cette parentĂ©. Devant l'insistance de Sykes, Pike, Ă©voquant le hold-up ratĂ©, dit de maniĂšre lapidaire que le jeune homme a « Ă©tĂ© bien », sans indiquer son rĂŽle dans sa mort. La bande arrive au village d'Angel, le seul Mexicain parmi eux. Le doyen du village, Don JosĂ© (Chano Urueta), apprend Ă  Angel que son pĂšre a Ă©tĂ© pendu par le « gĂ©nĂ©ral » Mapache (Emilio FernĂĄndez), un tyran local Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e de fĂ©dĂ©raux. Mapache a pillĂ© le village et sĂ©duit Teresa (Sonia Amelia), la fiancĂ©e d'Angel. Le jeune homme noie son chagrin dans l'alcool et fomente des projets de vengeance que Pike tente de dĂ©samorcer. Pendant ce temps, le village accueille les membres de la horde comme des hĂ©ros lors d'une grande fĂȘte. MĂȘme les brutaux frĂšres Gorch jouent gentiment avec une jeune fille[Note 5]. Le lendemain, le dĂ©part de la horde est saluĂ© par un chant d'adieu des villageois et la remise de petits cadeaux.

La bande se rend au repaire de Mapache, dans la ville d'Agua Verde. Ils voient arriver le gĂ©nĂ©ral en automobile, au grand Ă©tonnement de toute la horde, qui ne connaissait pas ce moyen de locomotion. Un peu plus tard, Angel retrouve sa fiancĂ©e, qui le repousse en riant et le nargue en se jetant dans les bras de Mapache. BlessĂ© dans son orgueil par les frĂšres Gorch qui se gaussent de la situation, et fou de rage, il la tue. Ce faisant, il met en pĂ©ril ses compagnons, car Mapache pense avoir Ă©tĂ© victime d'une tentative d'assassinat. Lorsqu'il comprend qu'il n'Ă©tait pas visĂ©, Mapache Ă©clate de rire, mais fait prisonnier Angel. Pour calmer le jeu, Pike accepte, pour le compte du gĂ©nĂ©ral et de son conseiller militaire allemand Mohr (Fernando Wagner), d'attaquer un convoi d'armes de l'armĂ©e amĂ©ricaine contre 10 000 dollars en or. L'appĂąt du gain est en effet plus fort que la morale qui pourrait les empĂȘcher d'Ɠuvrer pour le compte d'un tyran. Angel, dont Pike a exigĂ© le retour, commence par refuser de participer Ă  cette expĂ©dition, qui fournirait des armes destinĂ©es Ă  dĂ©truire son peuple. Il finit par accepter grĂące Ă  l'intervention de Dutch, qui suggĂšre Ă  Pike que le jeune Mexicain puisse rĂ©cupĂ©rer une caisse d'armes du convoi pour son village. En Ă©change, Pike demande Ă  Angel sa future part de l'or. Pendant ce temps, les frĂšres Gorch prennent du bon temps et se baignent, totalement ivres, dans une cuve Ă  vin en compagnie de prostituĂ©es.

Photographie montrant un train ancien composé d'une locomotive à vapeur et de son wagon tender.
Pour voler les armes, la horde attaque un train.

Plus tard, sur la route, Pike raconte Ă  Dutch qu'il a aimĂ© une femme mariĂ©e, mais que celle-ci a Ă©tĂ© tuĂ©e par son mari, revenu par surprise. L'Ă©poux jaloux a Ă©galement gravement blessĂ© Pike Ă  la jambe. Pendant ce temps, Deke, toujours sur la piste de la horde, se doute que le train transportant les armes va ĂȘtre attaquĂ©. Il obtient de Harrigan de se mĂȘler avec sa bande de chasseurs de primes aux jeunes soldats inexpĂ©rimentĂ©s chargĂ©s de protĂ©ger le convoi. Deke n'arrive cependant pas Ă  empĂȘcher la bande de Pike de voler le chargement, dont une mitrailleuse. En effet Pike, Dutch, Angel et Lyle attaquent le train. Angel dĂ©croche le wagon oĂč se tiennent Deke et ses hommes. Pike lui-mĂȘme prend les commandes de la locomotive. Syke et Tector attendent plus loin avec un chariot, oĂč ils chargent les caisses volĂ©es dĂšs que Pike arrive. Deke, toujours Ă  leur poursuite, se retrouve avec sa bande dans la riviĂšre en voulant traverser un pont que la horde fait sauter Ă  son passage. Pike et ses compagnons fĂȘtent leur rĂ©ussite en se partageant une bouteille d'alcool que Tector offre Ă  Pike avec le sourire. La bouteille passe de mains en mains et arrive vide aux mains de Lyle, ce qui fait Ă©clater de rire toute la bande. De son cĂŽtĂ©, Deke et ses hommes ont rĂ©ussi Ă  sortir de la riviĂšre et se remettent Ă  leur poursuite aprĂšs un bref repos. Pendant ce temps, Mapache est attaquĂ© par les troupes de Pancho Villa. Il a un besoin urgent des armes volĂ©es par la horde et aimerait les rĂ©cupĂ©rer sans leur verser leur dĂ».

Mais Pike, mĂ©fiant, a piĂ©gĂ© le chariot transportant les caisses avec de la dynamite, et lorsque les troupes de Mapache encerclent la bande, il menace d'allumer la mĂšche. Les fĂ©dĂ©raux, menĂ©s par Herrera (Alfonso Arau), sont donc forcĂ©s de les laisser partir et d'accepter que Pike applique ses propres rĂšgles pour les tractations concernant l'Ă©change entre les armes et l'or promis. Le soir mĂȘme, alors que la bande fait relĂąche, des Indiens des montagnes viennent chercher la caisse qu'Angel a dĂ©tournĂ©e pour leur compte. Le lendemain, les Ă©changes ont lieu : Pike se prĂ©sente seul auprĂšs de Mapache, lui indique oĂč se trouvent quelques caisses, et repart avec sa rĂ©compense. Il offre aussi la mitrailleuse au gĂ©nĂ©ral par l'intermĂ©diaire des frĂšres Gorch. Mapache tient Ă  l'essayer sans la fixer sur son trĂ©pied et sĂšme la terreur dans son camp avec l'arme incontrĂŽlable, ce qui l'amuse beaucoup.

Tout se passe bien jusqu'à ce qu'Angel se présente à son tour ; la mÚre de sa fiancée l'a dénoncé aprÚs le meurtre de sa fille, et Mapache sait donc qu'il a volé une caisse d'armes pour son village. Angel essaye désespérément de s'enfuir, mais Mapache le fait prisonnier sur le champ. Dutch, qui accompagnait Angel, l'abandonne et rejoint le reste de la horde avec sa part de l'or. Il leur dit simplement qu'Angel a joué le jeu jusqu'au bout. Lyle admire le courage du jeune homme qui, en gardant le silence lors de sa capture, n'a pas compromis la horde. L'idée de retourner sauver le jeune Mexicain est émise, mais Pike décrÚte que c'est impossible. Cependant, la bande est en bien mauvaise posture et se retrouve, sans eau, cernée par les hommes de Deke, qui blessent Sykes. Abandonnant aussi le vieil homme, Pike et ses trois hommes survivants partent en désespoir de cause se réfugier dans le camp de Mapache, qui célÚbre dans la débauche la remise des armes.

Photographie montrant une voiture cabriolet de 1913, de couleur rouge vif.
Mapache utilise sa voiture, symbole de son pouvoir, comme engin de torture, en traßnant Angel attaché à son pare-choc.

LĂ , ils assistent au supplice d'Angel, abominablement torturĂ© et traĂźnĂ© Ă  travers Agua Verde attachĂ© derriĂšre la voiture du gĂ©nĂ©ral. Pike, Ă©cƓurĂ© par cette vision, propose de le racheter Ă  Mapache, mais l'argent n'intĂ©resse pas celui-ci. Pike et ses hommes partent alors passer la nuit avec des prostituĂ©es pour se changer les idĂ©es. Seul Dutch reste dehors, visiblement taraudĂ© par le remords d'avoir abandonnĂ© Angel Ă  son sort. En effet, celui-ci lui avait sauvĂ© la vie lors de l'attaque du train. Le rĂ©veil des hommes est triste : les frĂšres Gorch se disputent avec la prostituĂ©e qu'ils se sont partagĂ©e, refusant de la payer, et Pike est accablĂ© de remords. AprĂšs avoir cherchĂ© en vain le rĂ©confort dans l'alcool, il prend sa dĂ©cision. Les quatre hommes cheminent Ă  pied Ă  travers la foule des soldats encore abrutis de leurs excĂšs de la veille, et arrivent devant l'abri du gĂ©nĂ©ral. LĂ , Pike demande calmement Ă  Mapache de lui rendre Angel.

AprÚs avoir fait mine d'accepter et de le libérer, Mapache égorge sauvagement, devant eux, le jeune homme moribond. De rage, Pike et Dutch abattent alors le général. Les hommes de Mapache, stupéfaits, ne bougent pas, et Dutch éclate de rire. Mais Pike tire alors sur le commandant Mohr, le conseiller du tyran, ce qui déclenche un terrible massacre. La horde, suicidaire, entraßne dans la mort une bonne partie des fédéraux, ravageant leurs rangs à la mitrailleuse, au poste de laquelle les hommes se relaient tour à tour. Les frÚres Gorch meurent en premier, suivis de Pike. Celui-ci est blessé par une prostituée qu'il avait épargnée et achevé par un enfant-soldat. Dutch est le dernier à mourir, aux cÎtés de Pike, l'appelant plusieurs fois par son nom avant de rendre l'ùme.

Arrivant bien plus tard à Agua Verde, Deke et ses hommes ne trouvent que des cadavres, auxquels s'attaquent déjà les vautours. Laissant les chasseurs de primes repartir en chantant[Note 6] avec leur macabre butin, Deke reste sur place, adossé à un mur, plongé dans ses souvenirs[Note 7]. Des coups de feu dans le lointain lui apprennent que ses hommes sont tombés dans une embuscade. Quelque temps plus tard, Don José et les Indiens munis des armes fournies par Angel arrivent, menés par Sykes. Celui-ci propose à Deke de se joindre à cette nouvelle horde. Dans un éclat de rire amer, Deke accepte, tandis qu'en surimpression défilent les visages hilares des défunts membres de la bande de Pike.

Fiche technique

Distribution

Production

DĂ©veloppement

Photographie montrant des soldats mexicains debout et alignĂ©s, vĂȘtus d'uniformes beige, passĂ©s en revue par un gradĂ© montĂ© Ă  cheval.
Troupes fédérales pendant la Révolution mexicaine.

Pendant le tournage de Morituri (1965), Walon Green, présent en tant que répétiteur, cherche à écrire un western. Roy Sickner, un cascadeur, lui présente alors un projet comportant une attaque de train et une bataille finale[5]. Walon Green, sans connaitre l'histoire du gang de Butch Cassidy, appelle ce scénario La Horde sauvage. Il le montre à Lee Marvin, qui s'intéresse au script et envisage à ce moment-là d'interpréter le personnage de Pike Bishop. Lee Marvin fait parvenir cette ébauche à Sam Peckinpah qui la retravaille. Ayant pris connaissance du projet, le producteur Phil Feldman le propose à son tour à Kenneth Hyman, un des dirigeants de Warner Bros.-Seven Arts. Celui-ci, appréciant le scénario, entame les négociations[6] - [7] et impose Peckinpah comme metteur en scÚne pour réaliser cette « Horde sauvage »[8]. Sam Peckinpah n'a alors réalisé que trois films et souffre d'une trÚs mauvaise réputation, née en grande partie lors du tournage catastrophique de Major Dundee en 1964[9] - [10] - [Note 11].

Walon Green s'inspire du personnage d'Howard dans Le Trésor de la Sierra Madre pour créer celui de Sykes[Note 12] - [C 1]. Peckinpah adore ce film, selon lui « un des meilleurs films jamais réalisé[11] ». Il rend aussi hommage au Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, à travers la scÚne du chariot plein d'explosifs sur le pont[12].

Walon Green a révélé plus tard sa maniÚre de trouver des noms pour ses personnages :

« J'ai appelĂ© Thornton d'aprĂšs le nom d'un gamin avec lequel j'Ă©tais Ă  l'Ă©cole[Note 13]. Pike est un nom que j'ai toujours voulu utiliser, c'est une sorte de poisson carnivore[Note 14] et il suggĂšre quelqu'un qui est dur et avide. Dutch est un nom chaleureux et confortable qui sonne, et je voulais indiquer que cet homme possĂšde quelques qualitĂ©s. Les Gorch ont Ă©tĂ© [nommĂ©s] d'aprĂšs une famille de vrais dĂ©chets que je connaissais. Je ne sais plus comment j'ai trouvĂ© Lyle, mais Tector Ă©tait un gars avec lequel je nettoyais les piscines en Virginie Occidentale. Angel est assez Ă©vident, c'est le bon gars. Mapache signifie « raton laveur » en espagnol, et il me semblait que c'Ă©tait appropriĂ©, pour un paysan s'Ă©tant nommĂ© lui-mĂȘme gĂ©nĂ©ral, d'ĂȘtre ainsi dĂ©signĂ© par un animal intelligent, mais rusĂ© et sournois. Coffer a Ă©tĂ© nommĂ© d'aprĂšs un cascadeur que je connaissais, nommĂ© Jack Coffer, qui a Ă©tĂ© tuĂ©. Jack m'a inspirĂ© car c'Ă©tait le genre de gars qui Ă©tait vraiment sauvage et fou. Les hommes travaillant aux chemins de fer Ă©taient souvent irlandais. Harrigan a un nom Ă  consonance irlandaise dure qui me semblait juste pour ce genre d'homme[C 2]. »

— Walon Green

Au grand Ă©tonnement de l'Ă©quipe de repĂ©rage envoyĂ©e sur place au Mexique, Walon Green dĂ©crit dans son scĂ©nario la ville de Parras, dĂ©cor parfait pour le film, sans jamais s'y ĂȘtre rendu[13].

« je venais de lire le livre de Barbara Tuchman Le TĂ©lĂ©gramme Zimmerman, Ă  propos des efforts des Allemands pour entrainer les AmĂ©ricains dans une guerre avec le Mexique pour les garder en dehors de l'Europe
 J'avais aussi vu ce documentaire Ă©tonnant, Memorias de Un Mexicano, qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© alors que la rĂ©volution se passait rĂ©ellement[14]. »

— Walon Green

Il s'inspire aussi d'un autre documentaire appelé Cuando Viva Villa Era la Muerte. Il regarde ces deux documentaires avec Peckinpah, qui, impressionné par ces images, dit : « OK, maintenant je sais à quoi tout ceci doit ressembler[15] ».

Photographie montrant Pancho Villa, figure célÚbre de la révolution mexicaine, sur un cheval un galop, suivi de ses hommes
Avant La Horde sauvage, Sam Peckinpah s'était déjà intéressé à Pancho Villa (ici en 1914).

Peckinpah retravaille le scénario de Walon Green, creusant le caractÚre des personnages et intensifiant leur cÎté dramatique[16]. C'est également lui qui ajoute les références bibliques et introduit le rÎle symbolique des enfants dans l'histoire[17]. Avant le tournage, Peckinpah vend à la Paramount un scénario qui est porté à l'écran par Buzz Kulik en 1968 sous le nom de Pancho Villa. Racontant le ralliement d'un aviateur américain au révolutionnaire mexicain Pancho Villa, cette histoire semble un premier jet de La Horde sauvage[8].

Sergio Leone pense avoir inspiré Sam Peckinpah :

« je continue Ă  penser que sans mes films [
] Peckinpah n'aurait pas fait La Horde sauvage. Parce qu'il y a une façon de montrer au grand jour ce qui Ă©tait hypocritement cachĂ© qui est nouvelle. C'Ă©tait la fiction totale. La mort est une chose sĂ©rieuse qu'il faut montrer et qui doit faire peur[18]. »

— Sergio Leone

Distribution des rĂŽles

Sam Peckinpah pense à de nombreux acteurs célÚbres pour le rÎle important de Pike Bishop. Lee Marvin, d'abord pressenti, est déjà pris par La Kermesse de l'ouest, et du reste, son agent lui déconseille de jouer dans un film trop violent. Peckinpah pense alors à Burt Lancaster, James Stewart, Charlton Heston, Gregory Peck et James Coburn avant de choisir William Holden[6], car il avait beaucoup aimé Le Pont de la riviÚre Kwaï[19].

Les deux premiers choix de Sam Peckinpah pour Deke Thornton sont Richard Harris (qui apparaissait déjà dans Major Dundee) et Brian Keith (qui a travaillé avec Peckinpah dans The Westerner (1960) et New Mexico (1961)). Harris n'est jamais formellement approché ; Keith l'est, mais abandonne. Robert Ryan est finalement engagé aprÚs que Peckinpah l'a vu dans le film d'action sur la Seconde Guerre mondiale Les Douze Salopards (1967). Les autres acteurs envisagés pour le rÎle sont Glenn Ford, Arthur Kennedy, Henry Fonda, Ben Johnson (qui joue en fin de compte Tector Gorch) et Van Heflin[20] - [21].

AprĂšs avoir envisagĂ© Steve McQueen, George Peppard, Jim Brown, Alex Cord, Robert Culp, Sammy Davis, Jr., Charles Bronson et Richard Jaeckel pour le rĂŽle de Dutch Engstrom, Ernest Borgnine est suggĂ©rĂ© par Ken Hyman, Ă  la suite de sa performance dans Les Douze Salopards[21]. Sam Peckinpah est au dĂ©part rĂ©ticent : il veut que Dutch soit plus jeune d'une dizaine d'annĂ©es que Pike[6], et il n'a pas aimĂ© la prestation de Borgnine dans La flotte se mouille. En fin de compte, l'acteur se rĂ©vĂšle ĂȘtre « un des meilleurs gars avec lequel [il] a jamais travaillĂ©[21] ». La claudication de Borgnine dans le film n'est pas feinte : il s'est cassĂ© le pied pendant le tournage de Le crime, c'est notre business (1968) et doit porter un plĂątre[20] - [21].

Photographie montrant l'équipe de tournage, composée de cinq hommes, maniant une caméra montée sur un véhicule léger. Ils filment trois acteurs en costume de soldats américains, montés sur des chevaux.
L'arrivée de la horde à Starbuck. De gauche à droite : Warren Oates (Lyle), William Holden (Pike) et Ernest Borgnine (Dutch).

Robert Blake est choisi Ă  l'origine pour jouer le jeune Mexicain Angel[22], mais il demande trop d'argent[23]. Peckinpah, qui a vu Jaime SĂĄnchez dans le film de Sidney Lumet Le PrĂȘteur sur gages, est impressionnĂ© et exige qu'il soit engagĂ©[23].

Pour Freddie Sykes, Sam Peckinpah pense tout d'abord à Jason Robards, sur une suggestion de Phil Feldman, son producteur. Finalement, il engage Edmond O'Brien, qu'il avait dirigé dix ans auparavant dans un épisode de Zane Grey Theater[24]. L'acteur n'est ùgé que de 53 ans, et il faut trois heures de maquillage chaque jour pour qu'il en fasse vingt de plus que William Holden[25].

Warren Oates joue Lyle Gorch. Il a déjà travaillé avec Peckinpah sur la série télévisée L'Homme à la carabine et ses films précédents, Coups de feu dans la Sierra (1962) et Major Dundee (1965)[23].

Mario Adorf, qui apparaissait dans Major Dundee, est contacté pour le rÎle de Mapache, mais il refuse en lisant dans le script qu'il doit égorger un jeune homme[C 3]. Il regrette son choix par la suite en voyant le film[20]. Le rÎle échoit à Emilio Fernåndez, un réalisateur et acteur mexicain ami de Peckinpah, qui, tel le général Mapache, vit entouré de jeunes femmes[26] - [27].

Albert Dekker, acteur de théùtre et de cinéma, joue Harrigan. Il meurt le à Los Angeles, pendant le tournage de La Horde Sauvage, son dernier film[28].

Le rÎle de Clarence « Crazy » Lee est donné à Bo Hopkins, engagé aprÚs que Peckinpah l'a vu à la télévision[26].

Budget du film

Le budget initial allouĂ© Ă  La Horde sauvage est de 3 451 420 dollars, comprenant 68 580 mĂštres de pellicule (225 000 pieds)[29], mais les exigences de Peckinpah, en particulier sur le nombre de camĂ©ras[30] et de figurants, le font exploser. En dĂ©pit des plaintes incessantes de son producteur qui le supplie de diminuer les frais[31], La Horde sauvage totalise 333 000 pieds de pellicule, soit environ 101 498 mĂštres[32]. Le budget final s'Ă©lĂšve Ă  6 224 087 dollars[33].

Tournage

Le tournage débute le [25] - [29]. Il se déroule au Mexique, dans les lieux suivants : Coahuila, Durango, El Pomeral, El Rincon del Montero, Torreón et Parras de la Fuente[2]. Ces lieux ont été le théùtre de véritables batailles lors de la Révolution mexicaine[Note 15]. La ville d'« Agua Verde » est filmée à la Hacienda Ciénaga Del Carmen, une hacienda en ruines dotée d'un aqueduc du XVIIIe siÚcle. Le lieu a depuis été rénové pour devenir une attraction touristique[34]. 70 jours sont prévus pour tourner les 541 scÚnes décrites dans le scénario[35].

L'équipe utilise six caméras qui filment à des vitesses différentes : 24, 30, 48, 60, 90, et 120 images par seconde, afin de réaliser les effets des ralentis[36].

Lucien Ballard, chef-opérateur qui avait déjà travaillé avec Sam Peckinpah sur la série The Westerner, devient son opérateur favori.

« C'est un grand seigneur, Ă©lĂ©gant, racĂ©, mais qui n'hĂ©site pas pendant les tournages Ă  prendre tous les risques, techniques (absence de lumiĂšre) comme physiques : il se bagarre littĂ©ralement, fait des prouesses de cascadeur [
] monte Ă  cheval comme pas un, pour ĂȘtre complĂštement dans l'action[37]. »

— Sam Peckinpah

Une improvisation constante

Sam Peckinpah improvise de nombreuses sĂ©quences tout le long du tournage[15]. Celle du jeu cruel des enfants avec les scorpions et les fourmis est suggĂ©rĂ©e Ă  Peckinpah par Emilio FernĂĄndez (Mapache), qui jouait Ă  ce jeu en Ă©tant enfant. Trouvant la mĂ©taphore excellente, Peckinpah se fait livrer 2 000 fourmis et 50 scorpions pour pouvoir ajouter cette sĂ©quence d'introduction[38] - [20] - [25].

À l'inverse d'un Alfred Hitchcock qui planifie ses films dans les moindres dĂ©tails[39], Peckinpah a pour habitude d'assembler les Ă©lĂ©ments d'une scĂšne un par un, jusqu'Ă  parvenir Ă  un rĂ©sultat jugĂ© satisfaisant[36]. Ainsi, la cĂ©lĂšbre « DerniĂšre Marche » est improvisĂ©e pendant le tournage. À l'origine, la scĂšne devait commencer avec les quatre hommes quittant le bordel, et enchaĂźner immĂ©diatement avec la confrontation avec Mapache. Une fois la dĂ©cision prise de prolonger la scĂšne, un grand nombre de figurants mexicains sont disposĂ©s et dirigĂ©s tandis que la scĂšne se dĂ©roule[20] - [25]. Le dĂ©part du village d'Angel (avec le chant des villageois et leurs cadeaux aux membres de la horde) est improvisĂ© suivant le mĂȘme principe[25]. Cette scĂšne a Ă©tĂ© tournĂ©e en moins d'un jour, et Peckinpah en dit ceci : « je pense que c'est le tournant du film en ce qui concerne l'humanitĂ© de la horde. Si vous pouvez chevaucher avec eux et le ressentir, vous pouvez mourir avec eux et le ressentir[40]. »

Il laisse également L. Q. Jones et Strother Martin s'approprier leurs personnages et donner un cÎté comique décalé, teinté d'homosexualité, à leurs personnages de chasseurs de primes[36] - [25].

ProblĂšmes techniques et humains

L'équipe de tournage loge à Parras. Tous les jours, acteurs comme techniciens doivent faire un trajet inconfortable de 45 minutes, sur un chemin sableux en plein désert, pour rejoindre le lieu de tournage, sur lequel il n'y a ni électricité ni eau courante[41].

Le tournage dĂ©bute avec la scĂšne oĂč les bandits retrouvent le vieux Sykes et se rendent compte que leur butin n'est constituĂ© que de rondelles de fer. Les acteurs ne connaissent pas leur texte, et Peckinpah menace de tous les renvoyer s'ils ne l'apprennent pas dans les 20 minutes[42] - [25].

Pendant le tournage, Sam Peckinpah ne dĂ©roge pas Ă  sa rĂ©putation de rĂ©alisateur difficile en renvoyant 22 techniciens[43]. Il provoque la Warner en engageant de vĂ©ritables prostituĂ©es mexicaines, payĂ©es avec l'argent de la production, pour la scĂšne orgiaque oĂč les frĂšres Gorch s'Ă©battent dans une cuve Ă  vin. Il a aussi rĂ©ellement saoulĂ© Warren Oates et Ben Johnson avant de tourner cette scĂšne[20] - [44] - [45].

Des accrochages ont lieu au sein de l'Ă©quipe. William Holden et Ernest Borgnine sermonnent Jaime SĂĄnchez qui, sur le plateau, s'amuse de maniĂšre enfantine avec son pistolet. Les deux acteurs ĂągĂ©s envient cependant l'Ă©nergie du jeune homme[C 4]. Robert Ryan et Ernest Borgnine menacent tour Ă  tour de casser la figure au rĂ©alisateur : le premier parce que Peckinpah, lui certifiant que sa prĂ©sence est indispensable, lui interdit de se dĂ©placer et le fait patienter dix jours, maquillĂ© et en costume, sans le faire figurer dans le moindre plan ; le second, parce qu'il ne supporte plus que sa voiture s'enlise dans la poussiĂšre du lieu de tournage. À William Holden qui admire que Borgnine ait obtenu gain de cause, en l'occurrence deux arroseuses, celui-ci lui rĂ©torque : « j'ai juste dit la formule magique[46]. »

William Holden refuse catĂ©goriquement de se laisser pousser la moustache, estimant que cela nuirait Ă  son image : il porte un postiche tout le long du film[20] - [23]. Il s'inspire de l'autoritĂ© et de la fragilitĂ© qu'il ressent chez Sam Peckinpah lui-mĂȘme pour interprĂ©ter Pike[36], imitant mĂȘme sa voix et ses gestes[47].

Le réalisateur Sam Peckinpah, au premier plan, est photographié dans la cour d'une hacienda en ruine remplie de figurants.
Tournage de La Horde Sauvage à la Hacienda Ciénaga Del Carmen. Sam Peckinpah est à droite.

Mise en scĂšne d'un massacre

Le massacre final démarre avec la scÚne de l'assassinat d'Angel. Jaime Sånchez est équipé d'un tube perforé collé le long de sa gorge et dissimulé par du maquillage. Lorsqu'Emilio Fernåndez fait mine de l'égorger avec son couteau en caoutchouc, un technicien fait jaillir le faux sang en direct avec une pompe[48].

Les acteurs principaux ont sept costumes identiques, qui sont tous détruits lors de la réalisation du film[29]. Le réalisateur se retrouve à court de cartouches et de faux sang dÚs le premier jour de tournage[49].

Le budget de dĂ©part prĂ©voit 63 figurants et 23 chevaux[50]. Au total, 230 acteurs et figurants en costume, 56 chevaux et 239 armes sont employĂ©s, et 90 000 cartouches Ă  blanc sont tirĂ©es pendant la bataille finale, plus que pendant toute la RĂ©volution mexicaine d'aprĂšs la Warner[49]. Cette sĂ©quence nĂ©cessite 12 jours de travail Ă  elle seule, faisant passer la durĂ©e du tournage Ă  81 jours. Comme Peckinpah ne dispose pas d'un nombre suffisant de figurants, les uniformes des « tuĂ©s » sont rapiĂ©cĂ©s au fur et Ă  mesure, et les acteurs retournent « mourir » plusieurs fois devant la camĂ©ra[51] - [25]. Les cascadeurs amĂ©ricains dĂ©guisĂ©s en soldats mexicains effectuent les cascades les plus dangereuses. En revanche, toutes les « troupes » impliquĂ©es dans la fusillade finale au siĂšge de Mapache sont de vĂ©ritables soldats mexicains. La sociĂ©tĂ© de production embauche un rĂ©giment de cavalerie[52] - [25] qui, d'aprĂšs Ernest Borgnine, a commencĂ© la scĂšne en tirant Ă  balles rĂ©elles, car personne n'avait dit aux soldats de tirer Ă  blanc[C 5].

Sam Peckinpah dĂ©clare que l'un de ses objectifs pour ce film est de donner au public « une certaine idĂ©e de ce que c'est d'ĂȘtre abattu. » Un incident mĂ©morable a lieu sur le tournage. Insatisfait du son des pĂ©tards que son Ă©quipe utilise pour simuler les coups de feu, Peckinpah, exaspĂ©rĂ©, s'Ă©crie : « Ce n'est pas ce que je veux ! Ce n'est pas ce que je veux ! » Il saisit alors un revolver chargĂ© avec de vraies balles et tire dans un mur Ă  proximitĂ©. Une fois l'arme vidĂ©e, Peckinpah aboie Ă  son Ă©quipe stupĂ©faite : « C'est l'effet que je veux[53] - [20] - [54] ! » Il insiste aussi pour que chaque acteur soit Ă©quipĂ© de pĂ©tards, projetant du faux sang et des morceaux de viande, de face et de dos, afin de simuler l'effet de balles traversant les corps[54]. Il filme au ralenti et demande Ă  ses acteurs d'exagĂ©rer leurs gestes pour crĂ©er un « ballet chorĂ©graphique morbide »[55].

La scĂšne du train et l'explosion du pont

La scĂšne du train est tournĂ©e en une seule journĂ©e. Peckinpah insiste pour que William Holden conduise lui-mĂȘme le train. Celui-ci ne freine pas Ă  temps et heurte le wagon, garĂ© plus loin, sur lequel est posĂ© le matĂ©riel de tournage[56]. Par miracle, personne n'est blessĂ©, et Warren Oates, assis Ă  l'avant de la locomotive, en est quitte pour une belle frayeur[C 6].

La derniĂšre scĂšne Ă  ĂȘtre tournĂ©e est l'explosion du pont, sur la riviĂšre Nazas (Ă  la place du Rio Bravo). Le studio, craignant que la construction du pont ne retarde le tournage, veut que Walon Green modifie le scĂ©nario, mais Peckinpah est furieux Ă  cette idĂ©e. Pour le couvrir le temps qu'il rĂ©alise la sĂ©quence qu'il dĂ©sire et faire patienter la Warner, Green Ă©crit une scĂšne de substitution trĂšs complexe, qui bien Ă©videmment n'est pas tournĂ©e[15]. Le pont truquĂ© comporte une trappe basculante destinĂ©e Ă  prĂ©cipiter les cavaliers dans une riviĂšre profonde de 6 mĂštres, au courant violent[25]. La destruction du pont est filmĂ©e en une seule prise, le Ă  13 h 55[25]. Le technicien chargĂ© des explosifs est un dĂ©butant, Peckinpah ayant renvoyĂ© l'artificier chevronnĂ©[57]. Une des six camĂ©ras est perdue dans l'eau lors de l'explosion[58]. La sĂ©quence n'emploie ni maquettes ni miniatures. Les cascadeurs, rembourrĂ©s, portent des casques sous leurs chapeaux de cow-boy, pour les protĂ©ger des ruades des chevaux qui nagent frĂ©nĂ©tiquement vers la rive. Un des cascadeurs remercie Peckinpah pour la conception de la cascade la plus grandiose Ă  laquelle il ait jamais pris part ; un autre, assommĂ© par le choc[58], le maudit et quitte le plateau[36]. Selon le cascadeur Bill Hart, un des chevaux est mort noyĂ© car il a reçu un dĂ©bris sur la tĂȘte[59].

Un tournage Ă©reintant

Sam Peckinpah, conscient que ce retour à la réalisation est inespéré, ne veut pas gùcher sa chance. Il impose un rythme épuisant à son équipe, qu'il séduit et terrorise[25] - [60]. Jaime Sånchez raconte avoir été impressionné par le feu qui anime le réalisateur, qui oblige ses acteurs à se surpasser :

« Sam inspirait les acteurs sans parler durement ; il les incitait Ă  donner leur vie pour lui. [
] Il y a une intensitĂ© que vous sentez dans les gens comme lui, comme Elia Kazan. Ils ont un feu que vous pouvez voir dans leur visage quand ils vous parlent, ce sont des gens presque effrayants. Sam Ă©tait une source d'inspiration pour chacun de nous ; nous avons tous travaillĂ© comme si c'Ă©tait le film de tous les temps. Il ne vous laissait jamais rĂ©ellement savoir si vous Ă©tiez bien, pour obtenir de vous encore davantage, pour que vous soyez sur le fil : « Est-ce que j'Ă©tais bon ? Est-ce que je n'Ă©tais vraiment pas bon ? » Sam donnait Ă  tout le monde le sentiment que vous deviez jouer le tout pour le tout. Ne pas y aller sans jouer le tout pour le tout Ă©tait un acte de dĂ©shonneur[C 7]. »

— Jaime Sánchez

Sam Peckinpah visionne les rushes chaque soir et ne dort que 3 à 4 heures par nuit[54]. Il s'endort souvent avec le scénario à la main[25]. Le tournage se termine le [2], aprÚs 81 jours de travail[25]. Peckinpah s'assoit alors et pleure[61] - [62] - [25].

Le montage initial

Lou Lombardo, le monteur du film, est choisi par Peckinpah parce qu'il avait rĂ©alisĂ©, dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Brigade criminelle, un Ă©pisode intitulĂ© My Mommy Got Lost oĂč un personnage criblĂ© de balles tombait au ralenti[63]. Peckinpah est aussi un grand admirateur d'Akira Kurosawa qui a rĂ©alisĂ© des sĂ©quences similaires dans Les Sept SamouraĂŻs[12]. Aucune scĂšne au ralenti n'est dĂ©crite dans le scĂ©nario de Walon Green[12].

ÉchaudĂ© par la mauvaise expĂ©rience de Major Dundee, Peckinpah monte son film au fur et Ă  mesure et prĂ©sente au producteur des scĂšnes complĂštes, et non de simples rushes dĂ©sordonnĂ©s[64]. Peckinpah compte terminer son film par l'image de Deke Thornton assis contre la porte d'Agua Verde aprĂšs le massacre, mais Phil Feldman lui suggĂšre de finir sur des plans de la horde. Au grand Ă©tonnement du producteur, le rĂ©alisateur lui dit qu'il a raison[65].

AprĂšs un premier montage de 5 heures, le film est ramenĂ© Ă  2 h 40. Il obtient alors son visa d'exploitation. Cependant, Peckinpah continue Ă  retravailler son Ɠuvre en supprimant des scĂšnes qu'il juge trop violentes[38]. Le but est de rĂ©duire la violence de la scĂšne du hold-up ratĂ© afin de ne pas dĂ©tourner les spectateurs de l'histoire, et de donner un caractĂšre paroxystique Ă  la fin par comparaison[60].

L'intervention de la MPAA

photographie montrant une colleuse, outil de montage composé d'un socle et de parties mobiles destinées à maintenir la pellicule.
Une colleuse 35 mm, utilisĂ©e pour assembler les morceaux de pellicules formant un film.

Pour satisfaire la Motion Picture Association of America (MPAA), le producteur Phil Feldman supprime encore des scĂšnes avec l'aide de Lou Lombardo. Ainsi, celle oĂč un Tector avinĂ© compare la taille du tĂ©ton d'une prostituĂ©e Ă  son pouce disparait totalement[66]. La scĂšne de l'Ă©gorgement d'Angel, jugĂ©e « inacceptable » par la MPAA, est raccourcie jusqu'Ă  n'ĂȘtre plus que suggĂ©rĂ©e. De mĂȘme, des plans de son corps tirĂ© par l'automobile et de son visage meurtri sont coupĂ©s. La scĂšne oĂč Buck est achevĂ© par Pike est montĂ©e de maniĂšre que Buck soit seulement vu de dos, avec deux flashs trĂšs courts sur son visage ensanglantĂ©. Phil Feldman parvient nĂ©anmoins Ă  conserver la bataille finale en arguant qu'elle s'apparente plus Ă  un ballet qu'Ă  un vĂ©ritable massacre[67]. En revanche, Feldman veut supprimer la sĂ©quence d'introduction des enfants qui jouent avec les scorpions, car il pense qu'elle va rebuter le public dĂšs le dĂ©but du film. Peckinpah doit longuement parlementer afin de la conserver[68].

Un nombre record de plans

Le film est ramenĂ© Ă  2 h 25 avant d'ĂȘtre enfin projetĂ© en salle. La Horde sauvage contient alors 3 643 plans (2 721 sans le gĂ©nĂ©rique), ce qui est un record pour l'Ă©poque et Ă©tablit une durĂ©e moyenne de 3 secondes par plan, certaines coupes Ă©tant imperceptibles Ă  l'Ɠil nu[20]. La scĂšne de « la bataille du porche sanglant » compte 325 plans pour 5 minutes d'action, ce qui Ă©quivaut Ă  des plans d'une seconde[46]. La variĂ©tĂ© des angles de prise de vue et les changements de vitesse dans le dĂ©roulement de l'action distordent le temps, et donnent l'impression que la sĂ©quence est beaucoup plus longue qu'elle ne l'est en rĂ©alitĂ©[69].

Les coupes des distributeurs

AprĂšs le montage, Peckinpah, qui en a terminĂ© Ă  ce moment-lĂ  avec le tournage d'Un nommĂ© Cable Hogue, s'accorde quelques jours de repos[60]. Pendant ce temps, Kenneth Hyman est remplacĂ© Ă  la tĂȘte de la Warner par Ted Ashley[65], qui exige le retrait de 10 minutes supplĂ©mentaires Ă  la suite de plaintes de propriĂ©taires de cinĂ©ma qui trouvent le film trop long[36]. Le producteur Phil Feldman prend sur lui de faire les coupes et retire tous les flashbacks (Deke en prison, le retour sur « Crazy Lee » et la conversation entre Pike et Sykes Ă  son sujet, la scĂšne du bordel avec Pike et Deke, et Pike et sa maĂźtresse) et des scĂšnes de la rĂ©volution mexicaine oĂč l'armĂ©e de Mapache combat Pancho Villa, ceux-ci sans le consentement de Peckinpah[38] - [20]. Le rĂ©alisateur ne le lui pardonnera jamais[65].

Comme les copies ont déjà été distribuées, les exploitants américains coupent directement dans la pellicule afin de faire une séance de plus par jour[38]. AprÚs quelques semaines circulent ainsi plusieurs versions différentes du film, aussi bien en termes de longueur que de coupes. Aucune ne correspond à la vision de Peckinpah, et aucune ne contient les flashbacks nécessaires à la compréhension de la relation entre Pike et Deke[36]. Ce n'est pas pour sa violence que le film est ainsi mutilé, mais uniquement pour des motifs économiques[38]. En Europe circule cependant une version presque complÚte, à laquelle ne manque que le flashback concernant Pike et sa maßtresse[9].

Reprise et retour Ă  la version originale

En 1993, la Warner Bros. prĂ©sente Ă  nouveau La Horde sauvage Ă  l'Ă©valuation de la MPAA. À la surprise du studio, le film Ă  l'origine notĂ© R (Restricted, signifiant que les mineurs de moins de 17 ans doivent ĂȘtre accompagnĂ©s d'un adulte) reçoit un NC-17 (No One 17 and under admitted, c'est-Ă -dire interdit aux moins de 17 ans), retardant sa rĂ©Ă©dition jusqu'Ă  ce que la dĂ©cision soit dĂ©libĂ©rĂ©e en appel[70]. La controverse est liĂ©e aux 10 minutes supplĂ©mentaires rĂ©intĂ©grĂ©es dans l'Ɠuvre, mĂȘme si aucune de ces images ne contient de violence graphique. En 1995, Martin Scorsese obtient la rĂ©Ă©dition du film dans sa version originale, proche de celle voulue par Sam Peckinpah[71] - [43] (mais toujours sans les plans retirĂ©s par la MPAA), bien aprĂšs la mort du rĂ©alisateur, disparu en 1984.

Bande originale

The Wild Bunch
Photographie montrant un groupe de musiciens mexicains vĂȘtus de tenues traditionnelles et coiffĂ©s de sombreros.
Sam Peckinpah voulait simplement enregistrer des mariachi pour créer une ambiance authentique.

La musique est composĂ©e et dirigĂ©e par Jerry Fielding et orchestrĂ©e par Greig McRitchie, Al Woodbury et Art Beck. Les sĂ©ances d'enregistrement se dĂ©roulent le , le 7, 27 et , les 6, 7, 14, et les 7, 14 et au studio d'enregistrement Warner Bros. de Burbank, en Californie[73]. Jerry Fielding travaille trĂšs rĂ©guliĂšrement avec Peckinpah dans les annĂ©es 1960 et 1970 : il a composĂ© les musiques de Junior Bonner, le dernier bagarreur, Apportez-moi la tĂȘte d'Alfredo Garcia, Tueur d'Ă©lite, celle de Noon Wine pour la tĂ©lĂ©vision et crĂ©Ă© une bande originale non utilisĂ©e pour Guet-apens[74].

Peckinpah dĂ©sire pour La Horde sauvage une approche trĂšs minimaliste : un peu de guitare jouant des musiques mexicaines et du folk amĂ©ricain, et un groupe de mariachi pour crĂ©er une musique qui soit authentiquement locale. Il demande que ce soit Julio Corona, un guitariste qu'il a rencontrĂ© au Mexique, qui joue la musique. Jerry Fielding est d'accord, mais pour lui la violence des personnages et des scĂšnes d'actions nĂ©cessitent un contrepoint musical, et donc un orchestre[75]. Il enregistre Corona, dont le jeu de guitare est mis en avant sur le thĂšme La Adelita[76]. Il rencontre quelques difficultĂ©s, car le guitariste mexicain ne sait pas lire une partition et fait des pauses frĂ©quentes pour s'enivrer de tequila. Mais finalement Jerry Fielding lui-mĂȘme est Ă©bloui par le rĂ©sultat, qu'il juge authentique[77].

« La Horde sauvage m'a donné la chance de montrer à l'industrie du divertissement public que si on donne à un compositeur une réelle liberté de création, il peut produire une partition qui ne ressemble à aucune autre jamais écrite[C 8]. »

— Jerry Fielding

Le film est rythmĂ© par sa bande originale. La musique mĂȘle haute virtuositĂ© orchestrale (pour la « musique de fosse », extradiĂ©gĂ©tique), revisitant de maniĂšre trĂšs personnelle la musique de western[78], et musique populaire mexicaine, pour la « musique d'Ă©cran »[79], diĂ©gĂ©tique, dont les accents soulignent le poignant de la scĂšne. L'arrivĂ©e de la horde se fait en fanfare (celle de la procession). La Golondrina, composĂ©e par Narciso Serradell vers 1850, « chant d'adieu Ă  l'oiseau qui s'en va[40] », accompagne ainsi la horde Ă  la sortie du village, et pour son dernier voyage. David Weddle rapporte que la chanson a rĂ©ellement Ă©tĂ© jouĂ©e pendant que les acteurs tournaient la scĂšne de la sortie du village, afin de les plonger dans cette ambiance mĂ©lancolique[80]. Par ailleurs, la gaitĂ© de certains morceaux mexicains contraste volontairement avec l'horreur de la situation, comme lorsqu'Angel est torturĂ© sur une musique festive[73].

Une grande place est aussi accordĂ©e aux sons. La « pulsation respiratoire[81] » de la locomotive rythme la scĂšne du vol du train. Tout le film est portĂ© par la partition des cris des hommes, des bĂȘtes, et des coups de feu, contrepoints sonores Ă  la musique[81].

La bande originale de 1969 est nommĂ©e aux Oscars[82] - [73]. Une nouvelle Ă©dition, comprenant l'ensemble des musiques du film ainsi que des prises alternatives, intitulĂ©e End of the Line Edition, est sortie en 2013 chez FSM en Ă©dition limitĂ©e Ă  2 000 exemplaires[83] - [84].

Sortie et accueil

Sortie du film et box-office

Le film sort aux États-Unis le et en France le [2].

Mal distribuĂ© Ă  cause de la controverse que les mĂ©dias entretiennent[1], La Horde sauvage rapporte tout de mĂȘme 10,5 millions de dollars au box-office amĂ©ricain en 1970 pour un budget de 6 224 087 dollars. En 1995, la sortie de la version restaurĂ©e aux États-Unis rapporte 638 641 dollars, portant le total Ă  11 138 641 dollars[85].

En France, le film totalise 1 803 062 entrĂ©es lors de sa sortie en 1969, dont 682 861 entrĂ©es Ă  Paris[86].

Aux États-Unis

La confĂ©rence de presse accompagnant la sortie de La Horde sauvage est particuliĂšrement houleuse. Le film est projetĂ© Ă  prĂšs de 350 critiques le Ă  Freeport aux Bahamas lors du festival international du film organisĂ© par Warner Bros.-Seven Arts, qui y prĂ©sente six nouveaux films. Certaines personnes quittent la salle, d'autres ferment les yeux, d'autres encore huent et sifflent[87]. Nombre de journalistes amĂ©ricains, choquĂ©s, s'en prennent Ă  Sam Peckinpah, l'accusant de se complaire dans la violence gratuite[88]. À une femme qui se plaint, demandant « pourquoi tout le monde saigne autant ? » Ernest Borgnine rĂ©pond « Madame, avez-vous dĂ©jĂ  vu quelqu'un se faire tirer dessus sans saigner[87] ? » William Holden lui-mĂȘme trouve le film trop violent en le voyant terminĂ©. Quand Phil Feldman explique que le prochain film de Peckinpah sera une comĂ©die[Note 16], Rex Reed du journal Holliday rĂ©torque : « j'ai hĂąte de le rater ! ». Roger Ebert du Chicago Tribune prend alors la dĂ©fense du film et dit Ă  Sam Peckinpah : « je suppose que vous avez l'impression que votre film n'a aucun dĂ©fenseur. C'est faux ! Plusieurs d'entre nous pensons que c'est un grand film. Un chef-d'Ɠuvre[88]. »

The New York Times admire « un trĂšs beau film, plein de violence [
], une brutalitĂ© chorĂ©graphiĂ©e [
] magnifiquement photographiĂ©e par Lucien Ballard.[
] [Le film] est plus intĂ©ressant dans sa description presque joyeuse du chaos, de la corruption, et de la dĂ©faite. Toutes les relations du film semblent en quelque sorte perverties, dans un mĂ©lange bizarre de noble sentimentalitĂ©, de cupiditĂ© et de luxure[89]. »

En France

Homme de 65 ans, visage assez rond, cheveux blancs, lunettes, Ă©charpe blanche.
Bertrand Tavernier, ici en 2006, a assuré en France la promotion de La Horde sauvage.

En France, la promotion du film est assurée par Bertrand Tavernier[90].

Dans la presse française, les critiques sont divisĂ©s Ă  la sortie du film, et l'encensent ou le dĂ©noncent avec la mĂȘme passion.

Parmi les critiques positives, Robert Benayoun, dans Positif, s'enthousiasme : « Peckinpah est Ă  la fois un peintre Ă  fresque, un analyste, un poĂšte et un pamphlĂ©taire [
] le film est pris entre deux parenthĂšses fabuleuses, escalades dans le massacre, oĂč le nombre des angles, la direction des figurants, le dĂ©coupage, et l'invention pure du dĂ©tail dĂ©passent l'anthologie pour devenir d'ores et dĂ©jĂ  classiques [
] les massacres, fort loin de la bagatelle, semblent vouloir se surpasser mutuellement, en une surenchĂšre orgiaque qui une fois encore, paraphrase Piero de Cosimo : tous contre tous, jusqu'Ă  extermination gĂ©nĂ©rale et prĂ©visible[91]. ».

Pour L'Express, Claude Veillot admire « Cette horde d'anarchistes tragiques [
] Sam Peckinpah dĂ©crit son Ă©popĂ©e suicidaire avec une tension brutale, mais sans jamais en tirer d'effets sadiques. La maĂźtrise de son art est totale, et c'est la beautĂ©, finalement, qui surgit de cette interprĂ©tation sublimĂ©e de l'horreur. Ce film a visiblement Ă©tĂ© fait dans un climat passionnel[92]. »

D'aprĂšs Michel Mardore, dans Le Nouvel Observateur, « les westerns ont vieilli de vingt ans[93] - [88] ». Michel Duran, dans Le Canard enchaĂźnĂ©, relĂšve « des scĂšnes Ă©piques, hautes en couleur [
] un chant tragique et funĂšbre [
] Les quelques survivants du dernier massacre reprendront les chemins de plus en plus Ă©troits de l'ouverture, vivre un jour de plus Ă©tant leur seul horizon, leur seule victoire. Jouer avec la mort leur seule raison de vivre[94] ».

Parmi les critiques négatives, Jean de Baroncelli, dans Le Monde, dénonce un « grand-guignolesque qui frise la provocation gratuite[95]. » Selon Henry Chapier, dans Combat, « la violence n'est qu'un euphémisme pour dénoncer cette boucherie atroce et l'on se demande s'il ne faut pas expliquer La Horde sauvage comme un véritable rÚglement de comptes entre Sam Peckinpah et Hollywood, entre un cinéaste de la révolte et l'Amérique moderne[96] - [88]. »

Reconnaissance actuelle

Voir aussi les sections « Classements et listes » et « Postérité ».

Le film fait dĂ©sormais quasiment l'unanimitĂ© chez la critique, celle-ci reconnaissant son importance esthĂ©tique et sa postĂ©ritĂ©[55]. Aux États-Unis le Baltimore Sun prĂ©sente La Horde sauvage comme ayant Ă©tĂ© « pour les cinĂ©astes en 1969 ce qu'Ă©tait Citizen Kane pour les amoureux du cinĂ©ma en 1941[97]. » En France, Antoine de Baecque dans LibĂ©ration parle, Ă  propos de Sam Peckinpah et de ce film en particulier, de « Cet anarchiste [qui] siffla le chant funĂšbre du western mais aussi l'air de renouveau du cinĂ©ma amĂ©ricain[98]. ». La Horde sauvage fait de plus l'objet de nombreuses Ă©tudes (voir la rubrique « bibliographie »).

La Horde sauvage compte 91% de critiques positives, avec une note moyenne de 8,8/10 et sur la base de 65 critiques collectĂ©es, sur le site Rotten Tomatoes. Le consensus des critiques est le suivant : « The Wild Bunch est la ballade choquante et violente de Sam Peckinpah dans un monde ancien et un genre en voie de disparition[99]. » Sur Metacritic, il obtient une note moyenne de 98⁄100 pour 20 critiques[100].

RĂ©compenses

Nominations

Classements et listes

En 1999, le National Film Registry, le comité de préservation du patrimoine cinématographique américain, sélectionne La Horde sauvage pour le conserver dans la BibliothÚque du CongrÚs en tant que film « culturellement, historiquement et esthétiquement important »[102].

À partir de 1998, l'American Film Institute place le film dans plusieurs de ses listes des « 100 ans de cinĂ©ma » :

Le film est également classé à la 94e place sur la liste établie en 2008[103] par le magazine Empire des 500 plus grands films de tous les temps[104].

En 2009, la Online Film & Television Association inscrit La Horde sauvage dans son Hall of Fame[101].

Différentes versions et éditions en vidéo

Les différentes versions du film

  • La version europĂ©enne originale de 1969, durant 145 minutes et comportant un entracte (Ă  la demande du distributeur et situĂ©e avant l'attaque du train).
  • La premiĂšre version amĂ©ricaine originale de 1969, durant 143 minutes.
  • La seconde version amĂ©ricaine de 1969, durant 135 minutes, le film ayant Ă©tĂ© raccourci, contre la volontĂ© de Peckinpah, pour permettre plus de projections dans une mĂȘme journĂ©e.
  • La rĂ©Ă©dition de 145 minutes de 1995, identique Ă  la version europĂ©enne de 1969 (sans l'entracte), Ă©tiquetĂ©e « director's cut ».

Éditions en vidĂ©o

Aux États-Unis, une version Ă©tiquetĂ©e « Director's Cut » sort le en DVD et le en disque Blu-ray[105].

En France, une Ă©dition collector double DVD sort le . Elle comprend le film lui-mĂȘme, des commentaires audio de Nick Redman, Paul Seydor, Garner Simmons et David Weddle (non sous-titrĂ©s), des scĂšnes inĂ©dites en bonus, et trois documentaires :

  • L'Ouest selon Sam Peckinpah : L'HĂ©ritage d'un hors-la-loi Ă  Hollywood ;
  • A Simple Adventure Story: Sam Peckinpah, Mexico and the Wild Bunch (extrait du documentaire de Nick Redman) ;
  • The Wild Bunch, An Album in Montage de Paul Seydor.

Le film sort en version Blu-ray Ă©tiquetĂ©e « Director's Cut » le [106]. Les bonus et la version du film sont les mĂȘmes que sur l'Ă©dition collector double DVD[107].

Analyse

Contexte historique

Photo montrant des cadavres de femmes et d'enfants vietnamiens massacrés par les Américains pendant la guerre.
Les massacres dans La Horde sauvage rappellent les exactions commises pendant la guerre du ViĂȘt Nam, contemporaine de la rĂ©alisation du film, comme le massacre de Má»č Lai.

Alors que le western tĂ©moignait jusqu'alors de l'Histoire et des valeurs qui avaient constituĂ© les États-Unis (instaurer l'ordre tout en repoussant les frontiĂšres de la colonisation, de la culture et de l'Ă©levage), ces valeurs s'essoufflent avec la dĂ©couverte de la rĂ©alitĂ© de la colonisation et du massacre des AmĂ©rindiens. Peckinpah met en scĂšne un Ouest sale, violent et intolĂ©rant, dont les habitants sont dĂ©peints de maniĂšre fĂ©roce et pittoresque[108].

Dans La Horde Sauvage, sorti en 1969, en pleine guerre du ViĂȘt Nam, les allusions aux exactions de la colonisation sont lĂ©gion. Ce n'est pas par hasard que Pike (identifiĂ© dĂšs le gĂ©nĂ©rique Ă  Peckinpah[109]) dit : « Nous partageons trĂšs peu de sentiments avec notre gouvernement » et « Il y a des gens qui ne peuvent pas supporter d'avoir tort », Dutch rĂ©pondant « par fiertĂ© ». Il ne fait aucun doute qu'il fait allusion Ă  ceux qui continuent Ă  soutenir l'action amĂ©ricaine dans une guerre qui s'enlise[110] - [111]. La pĂ©riode choisie, l'action se dĂ©roulant vers 1913, n'est pas une coĂŻncidence : Ă  cette Ă©poque, les États-Unis, soucieux d'Ă©largir encore leur territoire, Ă©taient en guerre contre le Mexique. Peckinpah dĂ©crit un Mexique mythique, allĂ©gorique[Note 17] et chaotique, « prĂ© carrĂ© de l'AmĂ©rique interventionniste[112] ». Il prĂ©sente d'un cĂŽtĂ© un village verdoyant sans dĂ©fense, idyllique et utopique, dĂ©vastĂ© par la guerre (aux habitants pauvres mais nobles et purs), et de l'autre Agua Verde, dĂ©sertique, violente et surarmĂ©e, corrompue, repaire de l'envahisseur Ă  la richesse malsaine (l'argent destinĂ© Ă  payer les prostituĂ©es et le vol du train)[113]. Ainsi, lorsque la horde propose ses services au gĂ©nĂ©ral Mapache, tortionnaire local, Peckinpah dĂ©nonce le soutien au dictateur, et non au peuple mexicain martyrisĂ©[38]. La prĂ©sence auprĂšs de Mapache de conseillers allemands rappelle que le gouvernement huertiste, Ă  l'Ă©poque, avait effectivement reçu des armes de fournisseurs allemands[114].

Une vision pessimiste et violente

EsthĂ©tiquement, on retrouve dans ce film les deux caractĂ©ristiques des films de Sam Peckinpah, les ralentis et le montage trĂšs dĂ©coupĂ© des scĂšnes d'action, qui sont une maniĂšre d'exprimer le dĂ©sordre et la violence, et non une dĂ©monstration de virtuositĂ©[115]. Avec La Horde sauvage, Sam Peckinpah semble entraĂźner le western classique vers la sortie, dans une vision pessimiste[116]. Ce film est avant tout une Ă©popĂ©e de la dĂ©faite, et de toutes les valeurs[117], de « morts qui marchent qui dĂ©cident de leur fin »[118] pour Ă©chapper Ă  un monde qui n'est plus le leur. Sam Peckinpah montre des hommes en mouvement, mais qui n'ont nulle part oĂč aller. Le pont dĂ©truit symbolise l'impossible retour en arriĂšre[119] - [120]. Les personnages se dĂ©pouillent littĂ©ralement tout le long du film. D'abord prĂ©sentĂ©s dĂ©guisĂ©s en soldats Ă  cheval, ils chevauchent ensuite dans leurs costumes de hors-la-loi, et terminent par une derniĂšre marche, Ă  pied, oĂč ils sont intĂšgres pour la premiĂšre (et derniĂšre) fois[9].

« J'ai fait ce film parce que j'Ă©tais trĂšs en colĂšre contre toute une mythologie hollywoodienne, contre une certaine maniĂšre de prĂ©senter les hors-la-loi, les criminels, contre un romantisme de la violence [
]. C'est un film sur la mauvaise conscience de l'AmĂ©rique[121]. [
] La Horde sauvage est simplement ce qui arrive lorsque des tueurs vont au Mexique. L'Ă©tonnant est que vous ressentez une perte immense quand ces tueurs atteignent la derniĂšre ligne droite[122]. »

— Sam Peckinpah

ProgrĂšs et destruction

Dans La Horde sauvage, le progrÚs technique est synonyme de destruction et de mort. La voiture devient un instrument de torture, le train transporte des armes et l'apparition d'une mitrailleuse couronne le tout, bien loin des classiques duels au pistolet, celui de Pike restant ironiquement dans son étui lors du massacre final[123]. L'étonnement des membres de la horde en voyant arriver une voiture est explicite : ils sont en décalage avec un monde qu'ils ne comprennent plus et dans lequel ils n'ont déjà plus leur place[124]. L'automobile comme symbole de progrÚs négatif apparait aussi dans les films de Sam Peckinpah Coups de feu dans la Sierra et Un nommé Cable Hogue[125].

La violence

Chez Peckinpah la violence n'est pas un spectacle. Elle est crue, sauvage, hystĂ©rique[61] ; les personnages sombrent dans la violence car ils n'arrivent pas Ă  accomplir leurs desseins, dans une dialectique de convoitise et de frustration[126] (la horde est prĂȘte Ă  attaquer un train en Ă©change d'or, et Angel, frustrĂ© d'avoir perdu sa compagne, la tue). Peckinpah renvoie le spectateur Ă  « l'ambiguĂŻtĂ© du dĂ©sir[127] » en le forçant Ă  ĂȘtre tĂ©moin de la laideur de la violence[36] - [C 9]. Le cinĂ©aste se double d'un moraliste, « contraignant le spectateur Ă  ĂȘtre conscient de son goĂ»t naturel pour la violence[128] ». Fondamentalement sceptique et anti-rousseauiste, le cinĂ©aste ne croit pas Ă  « l'empreinte profonde de la civilisation sur notre nature[127] », et pour lui l'homme nait fonciĂšrement mauvais[129]. En fin de compte, la violence des personnages est aussi dirigĂ©e contre eux-mĂȘmes[130].

Peckinpah critique tout aussi violemment la violence institutionnalisĂ©e. Ainsi la Compagnie de chemins de fer, organisme d'État (« nous reprĂ©sentons la loi », dit Harrigan), engage des chasseurs de primes pour protĂ©ger ses fonds, ce qui gĂ©nĂšre une boucherie et entraine la mort de citoyens innocents[131] - [132], tandis que le « gĂ©nĂ©ral » Mapache n'est qu'un bandit alcoolique en uniforme[126]. Selon Peckinpah, « la violence est une rĂ©flexion sur la situation politique du monde d'aujourd'hui[C 10] »

Peckinpah utilisait la violence comme catharsis : il croyait qu'il pourrait en purger son public en lui infligeant cette violence de maniĂšre explicite via l'Ă©cran. Par la suite, il reconnut son erreur, expliquant ĂȘtre troublĂ© par le fait que son public soit venu savourer la violence de ses films au lieu d'en ĂȘtre horrifiĂ©[30] - [133].

Armes et sexualité

Photo représentant une mitrailleuse
De nombreuses armes, comme cette mitrailleuse Browning 1917, jouent un rĂŽle symbolique.

Dans La Horde sauvage, le rapport aux armes est aussi intense que la sexualitĂ© et les sentiments. Juste avant l'attaque par la horde des bureaux des Chemins de fer, au dĂ©but du film, Coffer embrasse son arme dans un geste intime[134]. Lorsque Mapache reçoit la mitrailleuse, il entame avec elle une vĂ©ritable « danse de mort »[134]. Les armes sont un moyen d'expression : lors du hold-up manquĂ©, Pike et Deke, impuissants Ă  se combattre, font exprĂšs de dĂ©vier leur tir (Deke abat un musicien Ă  cĂŽtĂ© de Pike, et Pike un des chasseurs de primes[134]). AprĂšs le massacre final, Deke rĂ©cupĂšre soigneusement le colt de Pike, comme une relique Ă  conserver[135]. Enfin, lors de ce mĂȘme massacre final, la mitrailleuse entraine la jouissance de ceux qui l'utilisent. Le cri de Lyle ne laisse planer aucun doute[136], et l'image qui la montre pointĂ©e vers le haut, Pike mort affalĂ© derriĂšre, est trĂšs symbolique, en contrepoint avec la scĂšne prĂ©cĂ©dente qui montrait les Gorch et Pike insatisfaits de leur nuit avec des prostituĂ©es. Les personnages trouvent ainsi la plĂ©nitude et l'extase dans un bain de sang suicidaire[137], associant « petite mort » (c'est-Ă -dire, la jouissance sexuelle) et grande mort[138] - [139].

Les rapports hommes-femmes sont faussĂ©s, entre duperie et Ă©chec. En effet, la premiĂšre femme Ă  apparaĂźtre dans le film (une dame ĂągĂ©e que Pike heurte par inadvertance, et Ă  qui il donne ensuite galamment le bras) sert de ruse pour entrer dans le bureau de la Compagnie de chemins de fer sans attirer l'attention[122]. Seules les prostituĂ©es, femmes rĂ©prouvĂ©es par la sociĂ©tĂ©, sont accessibles Ă  ces hommes eux-mĂȘmes en marge[140]. L'Ă©rotisme est prĂ©sentĂ© du point de vue masculin, et les sentiments ne sont pas Ă©talĂ©s[141]. Le seul amour de Pike Ă©tait une femme mariĂ©e dont il a entraĂźnĂ© la mort. Arrivant en retard au rendez-vous fixĂ©, il se fait gifler par sa compagne qui l'attendait depuis deux jours, avant d'ĂȘtre surpris par le mari de retour Ă  l'improviste. Pike ressasse son passĂ©, cet amour perdu pour Aurora que sa blessure Ă  la jambe, qui n'a rien d'hĂ©roĂŻque, lui rappelle sans cesse[142]. Lors de la fĂȘte au village d'Angel, il refuse de danser et reste assis, le visage fermĂ©, sans prĂȘter la moindre attention Ă  la jeune femme qui s'intĂ©resse Ă  lui[143]. Il demande Ă  Angel de se remettre de la perte de son amour, chose qu'il a lui-mĂȘme Ă©tĂ© incapable de faire. Dans la bataille finale, Pike est aussi griĂšvement blessĂ© par une prostituĂ©e qu'il avait tout d'abord Ă©pargnĂ©e, les femmes faisant preuve de la mĂȘme violence que les hommes[139] - [144].

Le commentaire de Don JosĂ© (« pour [Angel], Teresa Ă©tait une dĂ©esse, Ă  adorer de loin, Mapache, lui, a vu qu'elle Ă©tait une mangue mĂ»re »), suggĂšre que le jeune homme n'a jamais eu de relation sexuelle avec sa fiancĂ©e. Celle-ci a rejoint de son plein grĂ© Mapache, qui lui propose une relation charnelle, alors qu'Angel vit un amour courtois, romantique et passionnĂ©[145]. La jeune femme est en effet comparĂ©e Ă  un fruit mĂ»r Ă  point, prĂȘt Ă  ĂȘtre cueilli, ce que Mapache a fait, la considĂ©rant comme une femme, et non comme une dĂ©esse inaccessible[146] - [147]. Faute de la possĂ©der, et voyant l'objet de sa vĂ©nĂ©ration perverti par l'assassin de son pĂšre, Angel assassine son ex-fiancĂ©e d'un coup de feu. Une autre lecture de la scĂšne suggĂšre que Teresa, tout comme Angel, a quittĂ© le village pour une vie meilleure, et qu'elle s'est fourvoyĂ©e (en devenant une prostituĂ©e). Angel l'assassine alors car il voit en elle ses propres erreurs[148]. Mapache, qui avait corrompu la jeune femme[149], n'est pas chagrinĂ© par sa mort, allant mĂȘme jusqu'Ă  chasser le cortĂšge funĂ©raire[150].

L'enfance et la perte de l'innocence

Pour Peckinpah, « l'enfant est dĂ©jĂ  un homme, et l’homme encore un enfant[151]. » Dans la Horde sauvage, les enfants sont Ă  la fois confrontĂ©s Ă  la violence et acteurs de celle-ci[139]. Les enfants rient de faire s'affronter les scorpions et les fourmis (mĂ©taphore du carnage Ă  venir), et de mettre le feu au tout. L'innocence est en ruine, et ce drame nietzschĂ©en se rejoue tout le long du film[152]. AprĂšs le massacre de l'attaque ratĂ©e du bureau de la Compagnie de Chemin de fer, ils reproduisent la scĂšne en riant et en mimant les coups de feu dans les rues[115].

Le premier plan de l'arrivĂ©e Ă  Agua Verde montre une Mexicaine donnant le sein Ă  son bĂ©bĂ©, le torse sanglĂ© d'une cartouchiĂšre, mĂ©taphore de la violence nourriciĂšre[149]. Lorsque les enfants aggravent le supplice d'Angel en se jetant sur son dos alors qu'il est traĂźnĂ© par la voiture, « ils se montrent d'une violence digne de celle des adultes, rendue encore plus Ă©pouvantable par la clartĂ© de ces jeunes visages sur lesquels coexistent, mĂȘlĂ©s, l'innocence et la cruautĂ©, la joie et la barbarie, l'idĂ©alisme et la soif de sang[119]. » Quand Mapache se bat contre Pancho Villa, il refuse courageusement de se mettre Ă  l'abri, se sachant admirĂ© par un enfant tĂ©lĂ©graphiste habillĂ© en militaire, qui forme comme une version miniature de lui-mĂȘme[149]. C'est enfin un enfant-soldat, reprĂ©sentant les gĂ©nĂ©rations futures, qui abat Pike[153] - [154].

« L'enfant est Dieu et le Diable Ă  la fois, et en lui se trouvent mĂȘlĂ©es la cruautĂ© et une extrĂȘme bontĂ©. Il suffit que les enfants soient tĂ©moins de certaines choses pour qu'ils deviennent trĂšs vite des adultes, des ĂȘtres aussi vicieux, aussi mĂ©chants que nous. [
] Tout un systĂšme de morale, d'Ă©ducation nous empĂȘche de regarder en face un certain nombre de vĂ©ritĂ©s, par exemple qu'il existe dĂ©jĂ  chez l'enfant tout ce cĂŽtĂ© sombre de l'homme[129]. »

— Sam Peckinpah

Ce n'est que dans la parenthĂšse enchantĂ©e qu'est le village d'Angel que les enfants sont vraiment des enfants, innocents dans leur nature profonde, qui rient et jouent dans un dĂ©cor paradisiaque[113]. Les frĂšres Gorch eux-mĂȘmes, sans la moindre once de violence, s'amusent comme des enfants avec une jeune fille qui leur montre un jeu de ficelles[155] - [120].

Lorsque Don JosĂ© dit « Nous rĂȘvons tous de redevenir des enfants, mĂȘme les pires d'entre nous, surtout les pires », il Ă©voque le dĂ©sir profond de la horde (l'accĂšs Ă  la fĂ©licitĂ©[156]), ainsi que la perte de l'innocence d'Angel, qui vient de perdre son pĂšre et son amour idĂ©alisĂ©[145].

Les adultes s'amusent de maniÚre enfantine. Lyle joue comme un enfant à l'avant de la locomotive volée, riant et actionnant un sifflet imaginaire[157]. La horde marche à sa perte comme si c'était un jeu, consciente, comme les enfants, « de la gravité morbide inhérente à toute forme de jeu[156] ». De leur cÎté, les chasseurs de primes font semblant d'abattre Deke en mimant un revolver et en imitant le son d'un coup de feu, tout comme les enfants mimaient le carnage au début du film[158].

Des animaux et des hommes

Photo représentant un scorpion.
Un scorpion, symbole de la horde.

Durant le générique de début du film, la horde passe devant des enfants qui jouent à affronter des scorpions et des fourmis dans une petite arÚne en bois. Les scorpions se défendent comme ils peuvent, mais meurent, vaincus par la supériorité numérique de leurs adversaires. Cette métaphore renvoie plus tard à plusieurs séquences. Lorsque la horde rentre dans Agua Verde, les hommes de Pike sont filmés en plongée à travers des barreaux qui rappellent cette arÚne. Les enfants leur jettent des cailloux, tout comme les enfants du générique martyrisaient les scorpions avec un morceau de bois. Lorsque Herrera essaye de leur extorquer les armes, son armée est postée en hauteur dans une « arÚne » naturelle, et cerne la horde en contrebas. La bataille finale se déroule aussi dans un lieu clos, les hommes de Pike se battant contre une multitude de soldats, apparentant clairement la horde aux scorpions et l'armée aux fourmis[159] - [50].

Ce mĂȘme gĂ©nĂ©rique se fige en plans fixes pendant que l'action continue Ă  se dĂ©rouler. Le nom de Robert Ryan apparait ainsi sur une image de chemin de fer, signalant non seulement l'engagement de Deke auprĂšs de Harrigan, mais aussi que sa « voie » est dĂ©jĂ  tracĂ©e. Son nom est aussi accolĂ© Ă  une image de la horde vue de dos, exactement dans une situation de poursuite, puisqu'il est littĂ©ralement derriĂšre eux[159].

Photo reprĂ©sentant un vautour urubu, noir avec la tĂȘte rouge, perchĂ© sur un poteau avec les ailes dĂ©ployĂ©es.
Un urubu Ă  tĂȘte rouge, mĂ©taphore des vautours que sont les chasseurs de primes.

Les noms d'Edmond O'Brien (Sykes), Warren Oates (Lyle), Ben Johnson (Tector) et Jaime SĂĄnchez (Angel), qui sont les « enfants » pas vraiment innocents de la horde, sont inscrits sur les visages de ceux qui s'amusent avec les scorpions et les fourmis[109]. Les noms de Strother Martin (Coffer), L. Q. Jones (T. C.), Emilio FernĂĄndez (Mapache) et Albert Dekker (Harrigan) sont superposĂ©s aux scorpions et aux fourmis entremĂȘlĂ©s[109].

Les noms de Dub Taylor (le révérend Wainscoat) et de Bo Hopkins (« Crazy » Lee) sont apposés à une image de la Ligue de tempérance[Note 18], le premier la dirigeant, le deuxiÚme en tuant certains membres. Le nom de Sam Peckinpah apparait à cÎté du visage de Pike, signalant que son point de vue est celui du personnage[159].

Avant le massacre final, Tector joue avec un petit oiseau attaché à une ficelle, montré ensuite agonisant sur le sol, ce qui rappelle le supplice d'Angel, trainé derriÚre la voiture de Mapache avec une corde[160]. Enfin, aprÚs le massacre, les vautours, au sens propre (les oiseaux) comme métaphorique (les chasseurs de primes) profanent les corps[161].

Le groupe et le sentiment d'appartenance

Les membres de la horde, tout comme Peckinpah lui-mĂȘme, sont des « anarcho-individualistes[162]. » Ces hommes vivent librement, car ils sont en dehors de tout systĂšme. Deke, nĂ©mĂ©sis de Pike, contraint de se soumettre Ă  la loi et de rentrer dans le rang, survit physiquement, mais son esprit est mort[163].

Pike est un homme fatiguĂ©, qui rĂȘve de faire un « dernier coup » avant de se retirer[164]. Il prĂȘche sur l'importance d'ĂȘtre ensemble, et Dutch lui est fidĂšle jusqu'Ă  la fin, venant mourir Ă  ses cĂŽtĂ©s. Les frĂšres Gorch, qui le raillaient aprĂšs sa chute de cheval, et qui remettaient en cause son autoritĂ© aprĂšs le dĂ©sastre de Starbuck, se rallient Ă  lui aprĂšs l'attaque rĂ©ussie du train[165] (Tector scelle cette rĂ©conciliation en partageant une bouteille avec Pike). Pike est Ă  la fois conciliant, dur et protecteur avec Angel[166], essayant de rĂ©frĂ©ner son dĂ©sir de vengeance qui met en pĂ©ril la sĂ©curitĂ© du groupe entier (« ou tu t'en remets, ou on te laisse ici[167] »). Il intervient aussi lors des retrouvailles entre Angel et Teresa et tente de calmer le jeune homme en l'entraĂźnant Ă  l'Ă©cart. Enfin, il le sauve une premiĂšre fois des mains de Mapache, aprĂšs l'assassinat de Teresa. Cependant, il abandonne par ailleurs plusieurs de ses hommes, et lorsqu'il dĂ©cide de retourner Ă  Agua Verde, ce n'est pas au dĂ©part pour Angel (ayant dĂ©crĂ©tĂ© que son sauvetage Ă©tait impossible), mais pour Ă©chapper Ă  Deke[161].

Comme le relĂšve Adela Pineda Franco, « Angel, [lui], Ă©volue avec la horde, mais aussi en dehors. [Et en fin de compte] il n'appartient pas complĂštement Ă  la horde (qui n'a pas un regard pour son Mexique[Note 19]) et inversement, dans son village, personne ne connaĂźt son lien avec la horde »[168]. Personnage bilingue, Angel crĂ©e un lien entre la horde et son pays, le Mexique, en parlant anglais et espagnol (le seul autre personnage Ă  parler espagnol dans la horde est Dutch, mais il ne connait visiblement que quelques mots[169]). Son nom aussi est victime de cette double appartenance, prononcĂ© Ă  l'amĂ©ricaine par la horde, et Ă  l'espagnole par les Mexicains[Note 20]. Angel demande Ă  la horde de respecter sa famille en emmenant Pike et ses hommes dans son village, faisant passer, comme lors du vol des fusils pour Mapache, son peuple avant la horde (« Mes compatriotes, mon village, Mexico »). Mexicain avant tout, le massacre de Starbuck le laisse insensible (« ce n'Ă©taient pas des gens de ma race »[170]). C'est la dualitĂ© profonde entre son patriotisme et sa loyautĂ© envers la horde[Note 21] et surtout Pike (« je viens avec toi, jefe[Note 22] »), et son incapacitĂ© Ă  faire passer les intĂ©rĂȘts du groupe avant les siens, qui va entrainer sa perte et celle de tout le groupe[166].

À l'intĂ©rieur de la horde, les frĂšres Gorch sont insĂ©parables, autant dans leurs actions (allant jusqu'Ă  se partager les mĂȘmes femmes) que dans leurs paroles (« moi et Tector on se disait que
 »)[169].

Sykes, le membre le plus ĂągĂ© de la horde, est dĂ©fendu par Pike qui justifie sa prĂ©sence en Ă©voquant ses faits d'armes passĂ©s. C'est un personnage qui incarne la nostalgie des temps rĂ©volus[168] (Pike : « Il Ă©tait avec Thornton et moi
 »). Sykes est raillĂ© par les autres hommes qui ne tolĂšrent pas sa dĂ©crĂ©pitude, son apparente inutilitĂ© et son incompĂ©tence dans tous les domaines (« aujourd'hui, il tue avec son foutu cafĂ© », dit Dutch en recrachant le breuvage apparemment infĂąme que Sykes lui a servi). Étonnamment, c'est Ă  lui que sont confiĂ©s les chevaux devant permettre la fuite de la horde aprĂšs l'attaque de Starbuck, prĂ©sageant d'emblĂ©e que celle-ci est « sans issue[171]». Ironie de l'histoire, il sera le seul survivant de la bande[171] - [Note 23].

À l'inverse, Deke Thornton se retrouve contre son grĂ© Ă  faire partie d'un groupe de chasseurs de primes qu'il dĂ©teste et mĂ©prise[171] (« ce sont des hommes que nous poursuivons, et je donnerais cher pour ĂȘtre avec eux ! »). Il mange Ă  part et n'Ă©tablit donc aucun lien social avec ses hommes, qu'il laisse repartir Ă  la fin sans lui. Il sourit en entendant les coups de feu qui lui apprennent qu'ils se sont fait massacrer[171]. Il a Ă©tĂ© brisĂ© en prison et agit comme un zombie, revivant les souvenirs qui le liaient Ă  Pike[36] dans une relation ambiguĂ« d'amitiĂ© déçue et de respect toujours intact[118] (« il est le meilleur, il ne s'est jamais fait prendre », dit-il, Ă  la fois admiratif et ironique, Ă©voquant la scĂšne du bordel oĂč il a Ă©tĂ© fait prisonnier pendant que Pike prenait la fuite[172] - [173]). AprĂšs le massacre final, il reste seul, adossĂ© Ă  un mur, plongĂ© encore une fois dans ses pensĂ©es, d'oĂč le sortira Sykes pour crĂ©er une nouvelle horde de substitution[174], une nouvelle fratrie[175] (« ce n'est pas comme avant, mais on fera avec », lui dit Sykes). Thornton les rejoint, non par idĂ©ologie rĂ©volutionnaire, mais parce qu'il n'a nulle part oĂč aller[176].

La trahison, l'abandon et la morale

C'est un des thĂšmes majeurs du film. Deke Thornton, ancien membre de la horde, travaille maintenant pour le compte de la Compagnie de chemins de fer. Il a donnĂ© sa parole Ă  Harrigan de ramener les corps de ses anciens partenaires. L'Ă©vocation de cet acte juste aprĂšs l'abandon d'Angel provoque une dispute entre Dutch et Pike (Pike : « Il a donnĂ© sa parole » Dutch : « ce qui compte, c'est Ă  qui on la donne ! »), Dutch ne supportant pas l'absence de remise en cause[177], et s'interrogeant sur le principe mĂȘme de la loyautĂ©[168]. Dutch, en dĂ©pit de sa fidĂ©litĂ© irrĂ©ductible Ă  Pike, n'est pas d'accord non plus lorsque Pike compare la bande Ă  Mapache (« Non Monsieur Bishop, nous, nous ne pendons personne ! ») Ă©tablissant une distance entre les actes de la horde, et ceux d'un homme qui tue pour son plaisir[166] - [120].

Alors que la horde s'apprĂȘte Ă  aller attaquer le train contenant les armes qui seront utilisĂ©es contre le peuple d'Angel, les hommes se dĂ©tendent dans un sauna. La camĂ©ra est sans pitiĂ© pour les corps dĂ©nudĂ©s, prĂ©sentĂ©s vieillissants et meurtris. C'est Ă  ce moment qu'Angel fait appel Ă  leur conscience, littĂ©ralement mise Ă  nu[178].

Photo représentant des caisses en bois dont une est ouverte et contient des fusils.
Le vol des caisses d'armes soulĂšve une question morale au sein de la horde.

Les personnages souffrent moralement. Lorsqu'ils reviennent pour tenter de sauver Angel aprĂšs l'avoir abandonnĂ©, c'est un moyen de se racheter aprĂšs avoir violĂ© leur propre code d'honneur quand ça les arrangeait. Pike a beau clamer « Il faut que l'on reste ensemble, si on abandonne ses amis, on n'est plus un homme, mais un animal », il est le premier Ă  abandonner Clarence « Crazy » Lee lors de l'attaque de la banque, pour couvrir la fuite du reste de la horde. Plus probablement, « Crazy » Lee, par sa folie, reprĂ©sente un danger pour la horde[179]. Pike n'a pas hĂ©sitĂ© non plus dans le passĂ© Ă  abandonner Deke Thornton pour sauver sa peau. « Être sĂ»r, c'est mon mĂ©tier », avait-il dit, inconscient du danger, Ă  Deke. De fait, s'il fustige les gens « qui ne savent pas tirer parti de leurs erreurs », il ne prend pas les bonnes dĂ©cisions[69]. Pike dĂ©cide d'abandonner dans le dĂ©sert Sykes, le patriarche du groupe, qui est blessĂ© ; Dutch trahit Angel, en l’abandonnant aux mains de Mapache[168]. De son cĂŽtĂ©, Mapache aussi s'estime trahi par Angel, son compatriote qui a ƓuvrĂ© contre lui[180].

D'aprĂšs Adela Pineda Franco, « Il faut souligner l'importance de ces membres trahis, finalement les porteurs symboliques des principes mĂȘmes qui auraient garanti la survivance du groupe[168]. » François Causse insiste sur le fait que « l'abandon d'Angel, martyr du groupe, seul personnage (au nom symbolique), qui incarne une forme d'intĂ©gritĂ©[181] » (en refusant de voler des fusils destinĂ©s Ă  massacrer son peuple), va provoquer un revirement de la horde. Pour David Weddle, « comme celui de Lord Jim de Conrad, l'hĂ©roĂŻsme de Pike Bishop a pour moteur le sentiment Ă©crasant de sa culpabilitĂ© et un dĂ©sir de mort dĂ©sespĂ©rĂ©[182] ». Comme le relĂšve aussi Jean-Philippe Costes, « leur but n’est pas de sauver un compagnon en dĂ©tresse mais de mettre un terme Ă  leurs souffrances[126]. » Ce sacrifice n'est pas inutile, puisque ces hommes, jusque-lĂ  individualistes, se mettent de maniĂšre dĂ©sintĂ©ressĂ©e au service d'une cause : la lutte contre l'oppression du pouvoir[166]. La horde marche Ă  la mort au nom de sa conscience[118], trouvant un but dans l'autodestruction[183]. Cependant, tout en se sacrifiant pour une cause, ces hommes se transforment en machines Ă  tuer sans pitiĂ©[184].

L'alcool et le rire

Selon Michael Bliss, « l'alcool est prĂ©sentĂ© comme un moyen de rassemblement et d'unification », par exemple aprĂšs le hold-up ratĂ©, et aprĂšs l'attaque rĂ©ussie du train. Mais les personnages tentent aussi en vain d'utiliser ce moyen pour apaiser leur chagrin ou leur anxiĂ©tĂ©. Pike qui discute avec Dutch se rend compte qu'il n'a nulle part oĂč aller, Angel saoul rumine des idĂ©es de vengeance lorsqu'il apprend l'assassinat de son pĂšre et la tromperie de sa fiancĂ©e, enfin la culpabilitĂ© de Pike est dĂ©cuplĂ©e lorsqu'il boit aprĂšs sa nuit avec la prostituĂ©e. Lyle Gorch, frĂ©nĂ©tique coureur de jupons, annonce ses « fiançailles » aprĂšs son sĂ©jour dans une cuve Ă  vin avec des prostituĂ©es[185]. Lorsque Mohr invite la horde Ă  venir boire avec Mapache, il essaye de crĂ©er un lien qui ne prendra jamais effet[186]. L'alcool rend aussi le gĂ©nĂ©ral Mapache encore plus dĂ©testable, car son Ă©tat symbolise sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence despotique[149].

Comme l'alcool, le rire permet l'unification, désamorçant une situation tendue aprÚs le hold-up raté[120]. Le rire, marque de l'« optimisme tragique nietzschéen[187] », symbolise la part d'enfance de la horde. Lorsque les frÚres Gorch jouent au village d'Angel avec la jeune fille, ils retrouvent un rire d'enfants innocents, ce que Pike et Don José ne manquent pas de relever[145].

Par contraste, lorsqu'Angel est capturé et entouré par la foule d'ennemis, comme l'écrit François Causse, « leurs rires sont une promesse de souffrance et de mort »[188] - [134]. Toujours selon François Causse, le rire de Mapache, lorsqu'il comprend qu'Angel a voulu tuer sa fiancée infidÚle, « transgresse un interdit en associant la joie à la mort »[134].

L'Ă©clat de rire de Dutch avant le carnage final marque l'acceptation de la horde face Ă  la mort Ă  venir[189].

Le rire de Thornton qui rejoint la nouvelle horde est un rire de libĂ©ration, il abandonne son passĂ© et il rejoint l'Ă©tat d'esprit de la horde[167]. En Ă©cho Ă  son rire et celui de Sykes, une sĂ©rie de flashbacks montre les membres de la horde aprĂšs leur mort, riant lors de moments heureux de leur vie prĂ©caire[190], rappelant, selon GĂ©rard Camy, qu'ils « Ă©taient avant tout des ĂȘtres humains, et non de simples produits de l'usine Ă  mythes qu'est la sociĂ©tĂ©[191] », et, selon Fabrice Revault, qu'ils sont dans l'au-delĂ  « rĂ©jouis du tour [
] jouĂ© non seulement Ă  la sociĂ©tĂ©, Ă  l'humanitĂ©, mais encore Ă  la vie, Ă  l'existence[192] ».

La religion

Pour Sam Peckinpah, religion et violence sont indissociables[193]. La Horde sauvage dĂ©bute alors que la horde arrive dans une ville oĂč va bientĂŽt se dĂ©rouler un dĂ©filĂ© de la ligue de tempĂ©rance, qui chante un cantique[Note 24]. Ce chant religieux confĂšre au massacre « la dimension d'un sacrilĂšge »[174]. Le nom de la ville elle-mĂȘme, Starbuck, est une rĂ©fĂ©rence au personnage pieux de Moby Dick d'Herman Melville[194]. Lorsque Pike achĂšve un de ses hommes blessĂ© au visage, les frĂšres Gorch s'indignent qu'il soit laissĂ© sans sĂ©pulture. Dutch retire son chapeau, propose de chanter un cantique (allusion ironique au massacre qui vient de se produire)[170], et Angel fait un signe de croix. Le chasseur de primes Coffer porte de maniĂšre blasphĂ©matoire autour du cou un Ă©norme crucifix, oĂč le Christ est remplacĂ© par une balle. Lorsque Coffer arrive sur le champ de bataille oĂč s'entassent les corps, il s'exclame que c'est le « paradis »[174].

Angel, l'idĂ©aliste[147] qui appartient au divin[190](« angel » signifiant « ange » en anglais), est « littĂ©ralement sacrifiĂ© sur l'autel de l'argent[118] » et donc du matĂ©rialisme[195]. Il est trahi par Dutch, qui accepte sa part de l'or, et repart en le laissant dans les griffes de Mapache. Selon François Causse, « Dutch apparait comme une sorte de Judas de ce Christ-lĂ  (mĂȘme si c'est la dĂ©nonciatrice, la mĂšre de Teresa, qui est traitĂ©e de Judas) »[196]. Pike demande Ă  Mapache de « racheter » le jeune homme, suggĂ©rant que Dutch, en abandonnant Angel et en gardant le silence sur l'implication de la horde dans le dĂ©tournement des fusils, l'a effectivement vendu[161]. Au moment d'ĂȘtre Ă©gorgĂ© par Mapache, Angel Ă©carte les bras comme s'il Ă©tait crucifiĂ©[197].

Tableau représentant les villes bibliques de Sodome et Gomorrhe en feu.
Agua Verde, ville de débauche, évoque Sodome et Gomorrhe (tableau de Pieter Schoubroeck).

La jeune prostituĂ©e Ă  l'enfant, avec laquelle Pike passe sa derniĂšre nuit, rappelle les reprĂ©sentations de la Vierge Ă  l'Enfant, ce qui est accentuĂ© par la prĂ©sence de la croix sur le mur[198]. La mĂȘme jeune femme apparaĂźt juste avant le meurtre de Teresa par Angel, habillĂ©e d'une simple robe bleue et blanche (couleurs associĂ©es Ă  la Vierge dans les reprĂ©sentations de l'Église catholique). Entre en scĂšne Teresa, vĂȘtue d'une onĂ©reuse et clinquante robe blanche de satin. Selon Michael Bliss, c'est d'une « prodigieuse ironie. La jeune prostituĂ©e est rĂ©ellement virginale dans sa nature authentique, alors que Teresa, qui Ă©tait le symbole de la puretĂ© incorruptible pour Angel, est devenue selon les mots de Don JosĂ© « la putain de Mapache » »[199].

Enfin, si le village d'Angel a les apparences d'un paradis perdu[139], avec sa vĂ©gĂ©tation luxuriante et ses villageois souriants et accueillants[Note 25], Starbuck dont les habitants sont tristement vĂȘtus de noir est une ville corsetĂ©e dans des principes moraux et religieux [143]. Pour finir, Agua Verde, lieu froidement minĂ©ral[Note 26] et de dĂ©bauche[113] (Mapache et ses gradĂ©s sont prĂ©sentĂ©s entourĂ©s de jeunes prostituĂ©es) Ă©voque Sodome et Gomorrhe[166], villes bibliques dĂ©truites par « une pluie de feu », ici dĂ©clenchĂ©e par la mitrailleuse maniĂ©e par la horde.

Dualité et répétition

Le film montre un affrontement entre deux bandes de Mexicains (les hommes de Mapache, corrompus, et les hommes du village d'Angel) ainsi que deux figures masculines rivales (Pike et Deke) qui dirigent deux bandes moralement opposées et composées d'associés hétéroclites, contenant chacune un couple comique aux réactions enfantines : les frÚres Gorch d'un cÎté, T. C. et Coffer de l'autre[200]. Le film présente aussi deux personnages ùgés (Don José et Sykes) et deux oppresseurs (Mapache et Harrigan)[201]. Angel, l'homme d'un seul amour, est opposé à Mapache le dépravé[149], qui tue deux personnes dans sa vie, l'une de maniÚre littérale (son pÚre) et l'autre de maniÚre symbolique, transformant Teresa, la jeune femme pure qu'il aime, en « putain »[202]. Deux personnages détiennent un secret mortel mais l'utilisent différemment : la mÚre de Teresa, qui dénonce Angel pour se venger alors que les fusils vont servir à libérer son peuple opprimé[185], et Angel, qui garde le silence pour ne pas impliquer le reste de la horde dans le détournement des armes[203].

La horde mĂšne deux attaques, contre les bureaux du chemin de fer et contre le train[204]. Angel est fait deux fois prisonnier par Mapache. Deux massacres ouvrent et ferment le film, le premier motivĂ© Ă©goĂŻstement par l'appĂąt du gain, le second altruiste, destinĂ© Ă  venger Angel et Ă  servir son idĂ©al rĂ©volutionnaire[200]. La mitrailleuse est utilisĂ©e deux fois, d'abord par Mapache et ses hommes (les oppresseurs, qui ne savent pas s'en servir correctement), puis par Pike et les siens (les libĂ©rateurs, qui vont l'utiliser pour massacrer toute une armĂ©e)[203]. Il y a aussi deux triangles amoureux qui se terminent avec la mort de la femme infidĂšle : d'un cĂŽtĂ© la maĂźtresse de Pike, qui est tuĂ©e par son mari revenu par surprise ; de l'autre Teresa, qui est tuĂ©e par Angel quand il la voit dans les bras de Mapache[146]. Les images de la scĂšne oĂč la horde quitte le village d'Angel, accompagnĂ©es de la chanson La Golondrina, sont aussi reprises Ă  la toute fin, accompagnant une derniĂšre fois la horde[203].

Postérité

Voir aussi la section « Classements et listes ».

Documentaire

La Horde Sauvage a fait l'objet d'un documentaire : The Wild Bunch: An Album in Montage (1996, 32 min 23 s) réalisé par Paul Seydor[Note 27]. L'origine de ce documentaire est la découverte de 72 minutes d'un film muet, en noir et blanc, montrant Peckinpah, ses acteurs et ses techniciens, dans le nord du Mexique, pendant le tournage de La Horde Sauvage. Ces images sont illustrées par la musique de Jerry Fielding. Elles sont commentées par Nick Redman, qui est le narrateur, et Ed Harris, qui parle pour Sam Peckinpah. Le documentaire alterne les séquences extraites du film et celles qui correspondent au tournage de la scÚne, en commençant par la fin, lorsque la horde veut récupérer Angel. Il dévoile le maquillage de Jaime Sånchez, la direction des acteurs et la mise en place improvisée de la marche par Peckinpah. Est aussi montré, entre autres, le tournage de l'explosion du pont, avec la logistique de cette scÚne dangereuse à réaliser[42]. Ce documentaire a été nommé en 1997 aux Oscars du cinéma dans la catégorie du meilleur court métrage documentaire (Paul Seydor, Nick Redman) et aux American Cinema Editors dans la catégorie « Meilleur montage pour un film documentaire » (Paul Seydor). Toujours en 1997, il a gagné le prix du meilleur court métrage documentaire au festival international du film de Chicago (Paul Seydor)[205].

Culture populaire

  • Dans le film Mon nom est Personne (1973) de Tonino Valerii, Jack Beauregard doit affronter Ă  lui tout seul « la horde sauvage ». Le nom de Sam Peckinpah apparaĂźt sur une croix dans la scĂšne du cimetiĂšre entre Personne et Jack Beauregard[206].
  • Dans la comĂ©die de John Landis Trois amigos ! (1986), Alfonso Arau parodie son personnage de mĂ©chant de La Horde sauvage[207].
  • Dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Buffy contre les vampires, diffusĂ©e Ă  partir de 1997, de nombreux personnages portent des noms en rĂ©fĂ©rence au film. Ainsi on peut y voir Angel, mais aussi, dans un Ă©pisode appelĂ© ƒufs surprises, les frĂšres Lyle et Tector Gorch. Dans le film Buffy, tueuse de vampires se trouve aussi un personnage appelĂ© Pike[208].
  • En 1997, le groupe Primal Scream rend hommage Ă  La Horde sauvage et Ă  Sam Peckinpah (auquel le disque est dĂ©diĂ©) sur l'album Vanishing Point, Ă  travers un morceau nommĂ© If they Move
 Kill'Em (« s'ils bougent, tuez-les »), qui est la phrase prononcĂ©e par Pike Bishop lorsqu'il rentre dans les bureaux de la Compagnie de chemins de fer[209] - [210].
  • En 2001, l'artiste amĂ©ricain Cameron McNall installe Ă  Hollywood, sur le toit d'un immeuble de Cahuenga Boulevard, quatre silhouettes gĂ©antes en mĂ©tal reprĂ©sentant Pike, Dutch, Lyle et Tector dans leur derniĂšre marche pour rĂ©clamer Angel[211] - [212].
  • La sociĂ©tĂ© française de production et de distribution de films Wild Bunch, crĂ©Ă©e en 2002, tire son nom du western de Sam Peckinpah[213].
  • Le dessinateur Blutch, dans sa bande dessinĂ©e Pour en finir avec le cinĂ©ma (parue en 2011), cite La Horde sauvage et Ă©numĂšre les noms de tous les acteurs principaux du film[214] - [215].
  • Le dessinateur Jean Giraud dit s'ĂȘtre inspirĂ© de La Horde sauvage pour sa sĂ©rie Blueberry[216].
  • L'affiche la plus cĂ©lĂšbre du film, reprĂ©sentant les hommes s'avançant vers le soleil couchant, est rĂ©guliĂšrement parodiĂ©e et dĂ©tournĂ©e[217] - [218] - [219] - [220].

Influence

La Horde sauvage a inspirĂ© nombre de rĂ©alisateurs, dont Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola et John Woo[221], en modifiant radicalement la reprĂ©sentation de la violence Ă  l'Ă©cran[222], reprĂ©sentant, telles les images de la guerre du ViĂȘt Nam diffusĂ©es alors Ă  la tĂ©lĂ©vision[36], des corps mourants tombant dans les flots de sang crĂ©Ă©s par les impacts de balles[116].

  • John Woo loue Sam Peckinpah et La Horde sauvage : « c'est de lui [
] que me vient toute l'esthĂ©tique des ralentis. Ses films sont trĂšs visuels ; il ne se servait pas beaucoup des dialogues pour raconter ses histoires. Nous partageons la mĂȘme approche, la mĂȘme solitude. Nous sommes incompris par la majoritĂ© des gens[223] ».
Gravure de Goya représentant un amoncellement de cadavres.
Kathryn Bigelow compare Sam Peckinpah à Goya dans sa série des Désastres de la guerre.
  • Kathryn Bigelow cite La Horde sauvage comme l'inspiration majeure de son Ɠuvre : « En regardant les jeux de lumiĂšre du projecteur sur l'Ă©cran, j’ai eu le souffle coupĂ©, j’ai Ă©tĂ© transformĂ©e. Comme Goya dans sa sĂ©rie des DĂ©sastres de la guerre employait la gravure pour dĂ©voiler les aspects les plus sombres de la nature humaine, Peckinpah grave l’écran, l’inonde de sang pour Ă©clairer son sujet. Son sujet, c’est l’honneur, ce n’est pas la violence[224] ».
  • Joel et Ethan Coen Ă©voquent La Horde sauvage comme source d'inspiration pour leur western True Grit : « On l'aime comme tous les autres films de Sam Peckinpah. On n'est pas forcĂ©ment fan de ses ralentis, mais on adore son esthĂ©tique et ses choix d'acteurs, Warren Oates en tĂȘte. Notre chef opĂ©rateur, Roger Deakins, est Ă©galement un dingue de Peckinpah. Sur No Country for Old Men, on a pensĂ© Ă  lui du dĂ©but Ă  la fin. Et s'il avait rĂ©alisĂ© Cent dollars pour un shĂ©rif Ă  la place de La Horde sauvage (les deux sont sortis la mĂȘme annĂ©e), sa version aurait Ă©tĂ© beaucoup plus Ăąpre, plus proche du roman. Et nous n'aurions pas eu grand-chose Ă  apporter de nouveau[225] ».
  • Le film ExtrĂȘme prĂ©judice de Walter Hill (qui collabora avec Peckinpah pour Guet-apens), s'inspire de La Horde Sauvage par son dĂ©cor de western, le thĂšme des anciens amis devenus rivaux, son utilisation de ralentis et sa mise en scĂšne de la violence[226].
  • En France le film La Horde, de Yannick Dahan et de Benjamin Rocher, dont le titre fait rĂ©fĂ©rence Ă  La Horde sauvage, comporte des scĂšnes filmĂ©es dans l'esprit de Peckinpah[227].
  • Le jeu vidĂ©o Red Dead Redemption se dĂ©roule dans une ambiance de western crĂ©pusculaire. Son personnage principal est un ancien hors-la-loi qui doit arrĂȘter les anciens membres de son gang[228]. Le colonel Agustin Allende rappelle aussi, graphiquement et par ses mƓurs, Mapache[229].

Projet de remake

En , la compagnie Warner Bros. proclame la mise en chantier d'un remake de La Horde Sauvage, mais le projet est suspendu par la mort en 2012 de Tony Scott, qui devait initialement le réaliser. En 2013, Will Smith annonce reprendre le projet, qu'il réalisera, produira et dans lequel il jouera, sans qu'aucune date de sortie ne soit précisée. L'action du film se situera à l'époque contemporaine[230]. En 2018, Mel Gibson est cette fois évoqué pour mettre en scÚne ce projet[231].

Notes et références

Notes

  1. La date n'apparait que dans le scénario original. Aucune date précise n'est donnée dans le film, la période étant définie uniquement par les évÚnements.
  2. David Weddle (p. 326) explique que Peckinpah voulait que l'identitĂ© de la ville ne soit pas clairement dĂ©finie, certains panneaux indiquant « San Rafael » et d'autres « Starbuck », comme c'Ă©tait le cas pour beaucoup de villes de la frontiĂšre nouvellement acquises lors de la guerre entre les États-Unis et le Mexique.
  3. En VO, lorsque Deke s'apprĂȘte Ă  partir Ă  la poursuite de la horde, Harrigan le dĂ©signe comme Ă©tant une « chĂšvre de Judas », qui est l'animal dressĂ© Ă  mener les troupeaux Ă  l'abattoir (voir article anglophone).
  4. La phrase de Pike s'adressant aux frĂšres Gorch aprĂšs l'impasse mexicaine Ă  propos d'Angel : « À l'avenir faites attention, c'est un petit gars rapide » n'existe pas en VO, oĂč il dit seulement « calmez-vous ».
  5. Le scĂ©nario prĂ©cise qu'elle est la sƓur d'Angel.
  6. Dans le DVD « Édition collector » du film, sur la piste audio de la version originale (VO), les chasseurs de primes, aprĂšs avoir rĂ©cupĂ©rĂ© les corps de la horde, quittent Deke en chantant gaiement. Ces sons ne sont pas inclus dans la piste audio en français oĂč l'on entend uniquement la musique extradiĂ©gĂ©tique, ce qui change la tonalitĂ© de la scĂšne.
  7. En VO, Pike et Deke utilisent tous les deux l'expression « Let's go » (« allons-y »), ce qui renforce encore le lien entre les deux personnages.
  8. Crédité « Louis Lombardo » au générique.
  9. Si le film est en trĂšs grande partie en anglais, pour plus de rĂ©alisme, les Mexicains et le commandant de l'armĂ©e allemande s'expriment souvent dans leurs propres langues, parfois sans sous-titres, ce qui place le spectateur dans la mĂȘme situation que les personnages qui ne se comprennent pas toujours.
  10. Le double DVD « édition collector » et le Blu-ray sont curieusement certifiés « tous publics ».
  11. Exaspéré par les frasques du réalisateur, Charlton Heston en était venu à le menacer avec son sabre de cavalerie.
  12. D'autres ressemblances sont Ă  relever : le village d'Angel ressemble aussi comme deux gouttes d'eau Ă  celui des paysans mexicains qui accueillent Howard dans le film de John Huston. De mĂȘme, l'or, qui motivait les personnages, ne profitera Ă  personne.
  13. Paul Seydor, dans son essai The Wild Bunch script analysis (en anglais), rappelle aussi que « thorn » signifie « épine », et que Deke Thornton est littéralement « l'épine dans le pied » de Pike (p. 74).
  14. En anglais, « Pike » signifie « brochet ».
  15. Parras est la ville de naissance de Francisco Madero et celle oĂč Pancho Villa avait Ă©tabli son quartier gĂ©nĂ©ral en 1910.
  16. Il s'agit d'Un nommé Cable Hogue.
  17. Pancho Villa, figure mythique de la révolution mexicaine, n'apparait ici que sous la forme d'une silhouette lointaine dans une scÚne de bataille.
  18. Il s'agit d'une ligue anti-alcoolique. Comme le relĂšve Fabrice Revault (p. 35), Sam Peckinpah, qui Ă©tait un alcoolique notoire, rĂšgle des comptes avec ceux qui essayent de lui dicter sa conduite.
  19. Lorsqu'il s'exclame « Mexico lindo ! » d'un ton Ă©merveillĂ©, les frĂšres Gorch rĂ©pondent : « Je ne vois pas ce que ça a de joli, ça ressemble au Texas. » Il rĂ©torque alors : « vous ne savez pas regarder. » Cette scĂšne semble se rĂ©pĂ©ter lorsque Deke arrive au mĂȘme endroit et demande Ă  ses hommes ce qu'il y a Ă  Agua Verde. Coffer rĂ©pond « ben, des Mexicains ! » tandis que le reste de la bande de chasseurs de primes s'esclaffe.
  20. Lorsque les quatre hommes se retrouvent pour la derniÚre fois devant Mapache et que Pike dit : « nous voulons Angel », Mapache répÚte : « vous voulez Anjel ? », insistant ainsi sur le fait que la destinée du jeune homme se joue entre Mexicains.
  21. Angel retourne au camp de Mapache chercher l'or avec Dutch car il avait promis à Pike sa part de l'or contre la caisse d'arme pour son peuple. Son attitude physique avant sa capture (en retrait, crispé sur son cheval) montre qu'il se jette dans la gueule du loup pour tenir sa parole.
  22. François Causse remarque (p. 74) que l'emploi du mot « chef » prononcé en espagnol par Angel témoigne de sa fidélité et de son estime pour Pike.
  23. Stephen Prince signale que dans le scénario original de Walon Green, Sykes est tué par les chasseurs de primes. Les retrouvailles de Sykes et de Thornton sont une invention de Peckinpah (p. 61).
  24. Il s'agit du cantique Shall We Gather at the River?, que l'on retrouve dans de nombreux westerns de John Ford.
  25. Rien ne vient troubler cette vision édénique : la détresse des habitants n'est briÚvement suggérée que par la vision d'un chien efflanqué, et la mort violente du pÚre d'Angel est évoquée mais non montrée.
  26. Selon David Weddle, le réalisateur avait fait débarrasser les lieux de toute végétation (p. 326).
  27. Ce documentaire est disponible sur le DVD de la version director's cut du film.

Citations originales

  1. « Walon Green based the character of Freddie Sykes on Howard, the prospector played by Walter Huston in The Treasure of the Sierra Madre (1948). » (en) « The Wild Bunch », sur Tcm.com (consulté le ).
  2. Walon Green : « Thornton was named for a kid I went to grammar school with. Pike was a name I always wanted to use, it's a kind of carnivorous fish and it suggested someone who is tough and predatory. Dutch for me is a warm and comfortable-sounding name, and I wanted to indicate something of those qualities in the man. Gorch was after a real mill-trash family I knew; I don't know where I got Lyle, but Tector was a guy I cleaned swimming pools with from West Virginia. Angel is pretty obvious, he was the good guy. Mapache means raccoon in Spanish, and it seemed to me something a peasant risen to a general might call himself, after a smart but wily and devious animal. Coffer was named for a stuntman I knew named Jack Coffer who was killed. Jack was a real inspiration to me for the kind of guys who are really wild and crazy. Railroad men were often Irish. Harrigan was a hard-sounding Irish name that felt right for this kind of man. » (en) Paul Seydor, « The Wild Bunch screenplay analysis », sur Scribd (consulté le ), p. 45.
  3. Mario Adorf : « Gut zwei Jahre spĂ€ter bot mir Peckinpah eine Rolle in The Wild Bunch an. Ich las das Drehbuch und stellte fest, dass ich wieder einen Mexikaner spielen sollte, eine sehr viel kleinere, wenn auch wichtigere Rolle als in Major Dundee, nĂ€mlich einen General. Nun, das wĂ€re je eine schöne Karriere als Mexikaner gewesen, vom Sergeanten zum General! Dann aber las ich, dass ich als General einem Jungen die Kehle durchschneiden sollte. Ich las die anderen unglaublich gewalttĂ€tigen Szenen, fĂŒr die der Film dann berĂŒhmt, fĂŒr viele auch berĂŒchtigt wurde. Ich sah mich wieder vier Monate lang durch Mexiko reiten. [
] Dennoch, als ich den Film drei Jahre spĂ€ter im Kino sah, bereute ich meine Entscheidung, natĂŒrlich wegen des großen Erfolges, und ich bedauerte, dass ich Warren Oates, Ben Johnson, L. Q. Jones nicht wieder gesehen hatte und dass ich William Holden, Ernest Borgnine und Robert Ryan nicht kennen gelernt hatte, mit denen zusammen zu arbeiten ich erst viele Jahre spĂ€ter das GlĂŒck hatte ». (de) « Los wochos pistoleros » (consultĂ© le ).
  4. Ernest Borgnine : « Jaime SĂĄnchez was Angel, the youngest of the Wild Bunch. He was barely thirty at the time, and he was like a kid in a candy store. He just loved playing with his gun and he got to be a real fast draw. But it got to be irritating, having him constantly pull his six-shooter on us. One day [
] Holden stood up, took him by the neck, and said : « put the goddamn thing in your holster and keep it there ». I backed him up, but poor Jaime had no idea where that was coming from. I think we were just privately pissed that he had more energy than the rest of us. » Borgnine 2009.
  5. Ernest Borgnine : « 
Our very first scene we were shooting it out with some soldiers and if I remember correctly they had some real Mexican soldiers in there. And we're supposed to shoot
OK, ‘Boom, Bam, Bim.’ And, I hear “Pzzz, pzzz!” [Motions past both ears.] 
What the HELL?! I shout, “Hold it!” 
They were shooting real bullets ! [
] Somebody forgot to tell somebody to empty their barrel. » (en) Heidi Hutchinson, « A Wild Ride Interview : Ernest Borgnine », sur Citizen L.A (consultĂ© le ).
  6. Warren Oates : « [
] Suddenly I'm saying to myself, 'oh-oh, someting's wrong!' because the brakes are on and we're sliding and the parks are flying. And up ahead is this flatcar parked on the tracks
 I saw it approaching, and it was like slow motion. These two flatcars hit like dominos. Somebody said I looked like I was doing a ballet. I grabbed the railing on the front of the locomotive and stepped up alongside the boiler and watched it happen 'cause it was something to behold! » Weddle 1994, p. 349-350.
  7. Jaime SĂĄnchez : « Sam inspired the actors without saying hardly anything; he inspired them to give their lives for him. [
] There is an intensity that you see in people like him, like Elia Kazan. They have a fire and you see it in their face when they talk to you, they're almost scary people. Sam instilled an inspiration in all of us; we were all working on this as if it was the movie of all times. He wouldn't really let you know that you're doing well, to make you do more, to keep you on that edge: 'Am I doing good? Am I not doing very good?' Sam made everybody feel that you go for broke. Not to go for broke was an act of dishonor. » Weddle 1994, p. 327-328.
  8. Jerry Fielding : « The Wild Bunch (1969) gave me a chance to illustrate to the public, and the entertainment industry, that if a composer is given real freedom to create, he can produce a score that is unlike any other ever written. [on the film score that put him on the map]. » (en) « Jerry Fielding - Biography », sur IMDb (consulté le ).
  9. Sam Peckinpah : « you can't make violence real to audience today without rubbing their noses in it. We watch our wars and see men die, really die, every day on television, but it doesn't seem real
 I want them to see what it looks like [
] When people complain about the way I handle violence, what they're really saying is, 'please, don't show me, I don't want to know; and get me another beer out of the icebox'. » Dukore 1999, p. 73.
  10. Sam Peckinpah : « the violence [which] is reflecting on the political condition of the world today. » Hayes 2008, p. XIII.

Références

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Annexes

Bibliographie

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Liens externes

Scénario du film et analyse

Études

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