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Scandale du Watergate

Le scandale du Watergate est une affaire d'espionnage politique qui aboutit, en 1974, Ă  la dĂ©mission de Richard Nixon, alors prĂ©sident des États-Unis. L'affaire aux multiples ramifications commence en 1972 avec l'arrestation, Ă  l'intĂ©rieur de l'immeuble du Watergate, de cambrioleurs dans les locaux du Parti dĂ©mocrate Ă  Washington. Les investigations menĂ©es par des journalistes et une longue enquĂȘte du SĂ©nat amĂ©ricain lĂšvent le voile sur des pratiques illĂ©gales de grande ampleur au sein mĂȘme de l'administration prĂ©sidentielle.

Scandale du Watergate
Le complexe immobilier du Watergate, abritant appartements de luxe, bureaux et hĂŽtels.
Le complexe immobilier du Watergate, abritant appartements de luxe, bureaux et hĂŽtels.

Type Espionnage politique
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Localisation Washington D. C.
CoordonnĂ©es 38° 53â€Č 41″ nord, 77° 03â€Č 19″ ouest
Cause Élection prĂ©sidentielle amĂ©ricaine de 1972 et second mandat de R. Nixon
Date de 1972 Ă  1974
Participant(s) Richard Nixon et son administration
Résultat L'impeachment lancé contre Richard Nixon conduit à sa démission.

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Scandale du Watergate
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Scandale du Watergate

Bien que le cambriolage semble avoir Ă©tĂ© menĂ© par d'anciens employĂ©s de la Maison-Blanche, l'affaire ne fait, dans un premier temps, que trĂšs peu de bruit. En apparence, l'enquĂȘte du FBI ne va pas loin. Cependant, deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, aidĂ©s par un mystĂ©rieux informateur surnommĂ© Deep Throat (« gorge profonde »), publient de nombreuses rĂ©vĂ©lations, en particulier sur les liens des cambrioleurs avec la prĂ©sidence et sur les financements irrĂ©guliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est nĂ©anmoins confortablement rĂ©Ă©lu en novembre 1972. L'annĂ©e suivante, l'obstination du juge John Sirica et la mise en place d'une commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale resserrent de plus en plus l'Ă©tau autour des collaborateurs du prĂ©sident. Une sĂ©rie de rĂ©vĂ©lations portant sur des cas d'obstruction Ă  la justice et d'abus de pouvoir mĂšnent Ă  des inculpations. Le public amĂ©ricain s'intĂ©resse davantage Ă  l'affaire avec la retransmission Ă  la tĂ©lĂ©vision des auditions du SĂ©nat sur le Watergate. Lorsque l'existence d'un systĂšme d'Ă©coute dans la Maison-Blanche est rendue publique, un bras de fer s'engage entre Nixon et les enquĂȘteurs Ă  propos de la restitution des bandes magnĂ©tiques des enregistrements. L'implication du prĂ©sident se prĂ©cise. Quand le CongrĂšs en vient Ă  engager la procĂ©dure d'impeachment, visant Ă  la destitution du chef de l'État, Nixon se rĂ©sout Ă  dĂ©missionner.

Le suffixe « -gate » est depuis lors entrĂ© dans la culture populaire, Ă©tant accolĂ© Ă  la dĂ©nomination de toute forme d'affaire d'État ou de scandale d'ampleur.

Contexte

Politique

Richard Nixon lors de la campagne Ă©lectorale de 1968.

L'annĂ©e 1972 est une annĂ©e d'Ă©lection prĂ©sidentielle aux États-Unis. Dans le camp rĂ©publicain, Richard Nixon se prĂ©sente pour un second mandat. Élu en 1968, il avait Ă©chouĂ© en 1960 face Ă  John Kennedy aprĂšs avoir Ă©tĂ© le vice-prĂ©sident de Dwight Eisenhower pendant huit ans. Nixon peut se prĂ©valoir d'une politique Ă©trangĂšre inspirĂ©e par son conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale Henry Kissinger et menĂ©e avec succĂšs : dĂ©tente avec l'URSS (accords SALT), prĂ©paration de la « paix dans l'honneur » au ViĂȘt Nam (concrĂ©tisĂ©e par la signature des accords de paix de Paris en janvier 1973), et rĂ©tablissement des relations diplomatiques avec la Chine lors de la visite du prĂ©sident Ă  PĂ©kin en fĂ©vrier 1972[1]. Cependant, Nixon est un adepte de la mĂ©thode forte pour nĂ©gocier avec les communistes, et le coĂ»t en vies humaines dĂ» Ă  la politique menĂ©e en Asie du Sud-Est, que ce soit la poursuite des hostilitĂ©s au ViĂȘt Nam, intensĂ©ment bombardĂ© entre avril et octobre 1972, ou l'invasion du Cambodge, annoncĂ©e en 1970, suscite une agitation sans prĂ©cĂ©dent parmi la jeunesse amĂ©ricaine, s'exprimant par des manifestations parfois violemment rĂ©primĂ©es, comme lors de la fusillade mortelle de Kent State University[2].

Sur le plan intérieur, la politique de son administration se fonde sur le slogan de « la loi et l'ordre » (law and order), impliquant une justice stricte et répressive, notamment vis-à-vis des mouvements contestataires gauchistes (comme les Weathermen) ou afro-américains (comme les Black Panthers). Le Parti républicain avait subi une écrasante défaite lors de l'élection de 1964, mais son candidat d'alors, Barry Goldwater, a recentré le parti sur des valeurs plus conservatrices, qui à terme, se sont davantage ancrées dans les stratégies électorales du Parti républicain[3]. En outre, l'instauration des Droits civiques signés par le président Johnson (Civil Rights Act en 1964 et Voting Rights Act en 1965), améliorant le statut de la minorité afro-américaine, a détourné l'électorat traditionnellement démocrate du Vieux Sud (Deep South), favorable à la ségrégation, qui a basculé du cÎté républicain[4]. Ces éléments jouent en faveur du président Nixon, qui par ailleurs, à titre personnel, voue un profond mépris à l'establishment de la cÎte Est représenté par les universitaires de Harvard ou les Kennedy[5]. L'élite démocrate le lui rend bien. Depuis sa victoire à l'élection sénatoriale de Californie en 1950, au terme d'une campagne virulente contre son adversaire Helen Gahagan Douglas, le surnom « Tricky Dick » (« Dick le rusé » ou « Dick le tricheur ») lui colle à la peau[6].

En face, le camp dĂ©mocrate est affaibli par ses querelles internes. La prĂ©sidence de Lyndon Johnson (1963-1969) a Ă©tĂ© marquĂ©e par la guerre du ViĂȘt Nam ; des Ă©meutes raciales dans les ghettos noirs ; et le projet de la Great Society, dĂ©veloppant l'État-providence (Ă©ducation, sĂ©curitĂ© sociale, lutte contre la pauvretĂ©) au prix de coĂ»teuses dĂ©penses. En 1968, alors que Johnson a renoncĂ© Ă  se reprĂ©senter Ă  cause de son impopularitĂ©, quatre tendances se sont affrontĂ©es lors des primaires dĂ©mocrates. Le vice-prĂ©sident Hubert Humphrey reçoit l'appui des syndicats et de l'appareil du parti ; Robert Kennedy sĂ©duit les minoritĂ©s noire et catholique ; Eugene McCarthy porte les revendications des Ă©tudiants et des pacifistes ; et enfin George Wallace, sĂ©grĂ©gationniste du Sud, opposĂ© aux Droits civiques, se prĂ©sente comme candidat indĂ©pendant. Robert Kennedy, parti favori, est assassinĂ© en juin 1968, deux mois aprĂšs le leader noir Martin Luther King. C'est Humphrey qui est investi au cours de la convention dĂ©mocrate de Chicago en aoĂ»t 1968, au milieu d'affrontements entre la police et des Ă©meutiers anti-guerre, dont les « leaders » ont Ă©tĂ© jugĂ©s au cours du procĂšs tumultueux des Chicago Seven (mars 1969 - fĂ©vrier 1970). Lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 1968, Hubert Humphrey est battu par Nixon d'une courte tĂȘte alors que George Wallace, le troisiĂšme homme, rafle cinq États du Sud[7] - [8]. Par contre, le CongrĂšs est dominĂ© par les dĂ©mocrates, majoritaires Ă  la Chambre des reprĂ©sentants et au SĂ©nat depuis 1954.

En 1972, le candidat démocrate le plus prometteur et le plus soutenu par l'appareil du parti au début de la primaire démocrate, Edmund Muskie, s'effondre, notamment des suites de mauvais coups (dirty tricks) concoctés par les hommes du président, en particulier le scandale de la Canuck Letter provoqué par une lettre livrée à la presse, un faux qui saborde la campagne de Muskie[9]. Un autre candidat potentiel, Ted Kennedy, a quant à lui perdu toute chance de se présenter aprÚs l'accident de Chappaquiddick, en 1969, à la suite duquel il a été accusé de la responsabilité de la mort d'une collaboratrice[10]. C'est un candidat inattendu, George McGovern, qui est investi lors de la Convention démocrate en juillet 1972 peu aprÚs la tentative de cambriolage du Watergate. Il est liberal (au sens américain, c'est-à-dire de gauche), sa popularité est palpable essentiellement dans les milieux intellectuels et étudiants, ses chances de vaincre sont donc réduites. Ses adversaires le caricaturent comme le « candidat des trois A » pour amnesty, abortion and acid (amnistie, avortement et acide). De plus, sa campagne commence mal : son candidat à la vice-présidence, Thomas Eagleton, doit renoncer lorsque la presse révÚle qu'il a effectué des séjours dans des hÎpitaux psychiatriques[11].

MĂ©dias et renseignements

John Edgar Hoover, directeur du FBI, décédé quelques semaines avant le début de l'affaire.

En mai 1972, John Edgar Hoover, directeur du FBI, meurt[12]. Il occupait cette fonction, dĂ©pendant du dĂ©partement de la Justice (Ă©quivalent du ministĂšre de la Justice) depuis 1924, et a servi sous huit prĂ©sidents. C'est lui qui a dĂ©veloppĂ© cette agence gouvernementale, concentrĂ© ses moyens sur la lutte contre le communisme, notamment pendant la pĂ©riode du maccarthysme, puis au cours du programme COINTELPRO contre les dissidents, y compris les militants des droits civiques, tandis qu'il minimisait l'existence de la mafia, et gĂ©nĂ©ralisait les Ă©coutes clandestines comme moyen d'investigation ou d'espionnage[13] - [14]. Ce combat intransigeant contre le communisme Ă©tait commun Ă  Hoover et Nixon, qui a Ă©tĂ©, Ă  la fin des annĂ©es 1940, une figure de la Commission de la Chambre des reprĂ©sentants sur les activitĂ©s anti-amĂ©ricaines, et s'est Ă  ce titre distinguĂ© dans l'affaire Alger Hiss, haut fonctionnaire du dĂ©partement d'État, qui, accusĂ© d'espionnage pour les SoviĂ©tiques, n'a pu ĂȘtre condamnĂ© que pour parjure en 1950. En mai 1969 (cela sera rĂ©vĂ©lĂ© lors du scandale du Watergate), Nixon et Kissinger ont mis Ă  contribution le FBI pour enquĂȘter de façon illĂ©gale par des Ă©coutes clandestines sur les fuites dans la presse concernant les bombardements secrets sur le Cambodge qu'il a autorisĂ©s en fĂ©vrier[15].

Depuis sa crĂ©ation, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale et dans le contexte de la guerre froide, la CIA a utilisĂ© son savoir-faire dans plusieurs « coups », dont les plus retentissants sont rĂ©alisĂ©s dans les annĂ©es 1950, lorsque Allen Dulles en est le directeur (implication dans les renversements de Mossadegh en Iran en 1953, d'Arbenz au Guatemala en 1954, de Lumumba au Congo en 1961, tentatives avortĂ©es contre Castro Ă  Cuba
). En 1961, Ă  la suite de l'Ă©chec du dĂ©barquement de la baie des Cochons, planifiĂ© sous la prĂ©sidence Eisenhower, Dulles est dĂ©mis de ses fonctions par le prĂ©sident John Kennedy[16]. Son successeur est plus modĂ©rĂ©, mais avec Richard Helms Ă  partir de 1966, on en revient Ă  une motivation anticommuniste plus affirmĂ©e. Avec l'arrivĂ©e au pouvoir de Nixon, la CIA intensifie son programme de surveillance (lecture du courrier, filatures, Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques, etc.) de milliers de citoyens amĂ©ricains (Operation CHAOS), bien que toute activitĂ© de renseignement de la CIA sur le territoire amĂ©ricain soit interdite. Ces activitĂ©s seront dĂ©voilĂ©es au cours des investigations en 1975-1976 de la Commission Church mandatĂ©e par le SĂ©nat[17].

Ces activitĂ©s, quasiment inconnues du grand public amĂ©ricain, commencent Ă  peine Ă  apparaĂźtre au grand jour au dĂ©but des annĂ©es 1970, dans la presse, et au cours d'enquĂȘtes, Ă  partir de 1970, du sous-comitĂ© judiciaire des droits constitutionnels du SĂ©nat. En juin 1971, The New York Times, puis The Washington Post, publient des extraits d'un rapport secret, les Pentagon Papers, qui lui ont Ă©tĂ© remis par Daniel Ellsberg, un expert de la RAND Corporation, think tank travaillant pour le dĂ©partement de la DĂ©fense. Ces documents Ă©claircissent les prises de dĂ©cisions gouvernementales et militaires pendant la guerre du ViĂȘt Nam, informant par exemple de la volontĂ© du prĂ©sident Johnson d'intensifier le conflit alors qu'il promettait de ne pas s'y impliquer davantage[18]. Il s'ensuit un bras de fer juridique entre le gouvernement de Nixon, qui veut interdire la diffusion d'informations confidentielles, et les deux journaux, qui obtiennent finalement gain de cause, aprĂšs dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, au nom du Premier amendement de la Constitution, qui garantit la libertĂ© de la presse[19].

DĂ©roulement

Le cambriolage avorté

Gordon Liddy (photographié en 1964), l'un des responsables de l'équipe des cambrioleurs.

Le scandale du Watergate commence lorsque, dans la nuit du , cinq « cambrioleurs » dont trois cubains (Virgilio GonzĂĄlez (en), Eugenio MartĂ­nez (en), Bernard Barker, Frank Sturgis et James McCord), repĂ©rĂ©s par un agent de sĂ©curitĂ©, sont arrĂȘtĂ©s par la police dans l'immeuble du Watergate, au siĂšge du Parti dĂ©mocrate[20]. Washington Ă©tant un district fĂ©dĂ©ral, cette affaire est sous la juridiction du FBI. Les hommes arrĂȘtĂ©s transportaient du matĂ©riel d'Ă©coute ; ils ressemblent plus Ă  des agents secrets qu'Ă  des cambrioleurs. Sur des carnets d'adresses retrouvĂ©s en leur possession, on trouve des documents impliquant un certain Howard Hunt et des numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone de la Maison-Blanche[21]. L'un des cambrioleurs, James McCord, attire particuliĂšrement l'attention : c'est un colonel rĂ©serviste de l'ArmĂ©e de l'air, un ancien du FBI et de la CIA, et surtout un membre du ComitĂ© pour la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident (CRP), organisme chargĂ© de financer la campagne de rĂ©Ă©lection de Nixon[22].

Le , Larry O'Brien, prĂ©sident du ComitĂ© national dĂ©mocrate, annonce lors d'une confĂ©rence de presse qu'une action en justice est engagĂ©e contre le CRP pour violation de domicile et violation de droits civiques. Il affirme que les cambrioleurs ont des liens avec des hauts-fonctionnaires de la Maison-Blanche[23]. Un grand jury fĂ©dĂ©ral est chargĂ© d'instruire cette affaire. L'enquĂȘte dĂ©voile que les activitĂ©s de l'un des cambrioleurs sont liĂ©es Ă  des opĂ©rations de blanchiment d'argent par une filiale cubano-mexicaine menant au financement du CRP. Cependant, le directeur du FBI par intĂ©rim, Patrick Gray, dĂ©cide de ne pas pousser plus loin cette partie de l'enquĂȘte[24]. John Mitchell, ancien attorney general et prĂ©sident du CRP (dĂ©missionnaire le ) ainsi que son assistant Jeb Magruder (en) sont interrogĂ©s par les enquĂȘteurs, de mĂȘme que Gordon Liddy, un ancien agent du FBI, membre du CRP, liĂ© Ă  l'Ă©quipe des cambrioleurs. Il s'avĂšre que Liddy et Hunt ont tous deux travaillĂ© auparavant pour la Maison-Blanche sous l'administration Nixon[25]. Quant Ă  Mitchell, sa femme Martha communique auprĂšs de journalistes l'implication de membres de la prĂ©sidence dans des activitĂ©s illĂ©gales ; ses propos sont toutefois mis sur le compte d'une maladie mentale, discrĂ©ditĂ©s par Nixon et Ă©cartĂ©s[26] (les psychiatres donneront plus tard le nom « d'effet Martha Mitchell » Ă  ce syndrome lĂ©gitime d'erreur de diagnostic psychiatrique dont Martha Mitchell fut victime)[27].

Le , lors d'une confĂ©rence de presse, le prĂ©sident Nixon Ă©voque pour la premiĂšre fois l'affaire en dĂ©clarant : « La Maison-Blanche n'est impliquĂ©e en aucune maniĂšre dans cet incident-lĂ  » (« The White House had no involvement whatever in this particular incident »)[28]. Fin aoĂ»t, il signale qu'une enquĂȘte interne menĂ©e par John Dean, conseiller juridique du prĂ©sident, a dĂ©montrĂ© qu'aucun employĂ© de la Maison-Blanche n'est impliquĂ© dans la tentative de cambriolage, mais cette dĂ©claration, comme la prĂ©cĂ©dente, est une invention mensongĂšre[29]. Bien que le Parti dĂ©mocrate essaie d'en faire un argument de campagne, l'affaire intĂ©resse trĂšs peu l'opinion publique pendant les mois qui suivent, et seuls quelques journaux en font le compte-rendu. Lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de , Richard Nixon, qui se pose en homme d'État au-dessus de la mĂȘlĂ©e et sur le point de conclure la paix au ViĂȘt Nam, remporte contre le dĂ©mocrate George McGovern la deuxiĂšme plus Ă©crasante victoire Ă©lectorale de toute l'histoire des États-Unis, remportant 47 millions de voix contre 29[30]. Toutefois, les rĂ©publicains ne remportent pas les Ă©lections lĂ©gislatives, et les dĂ©mocrates sont toujours majoritaires au SĂ©nat et Ă  la Chambre des reprĂ©sentants[31].

L'enquĂȘte du Washington Post

Le Washington Post est l'un des rares journaux Ă  suivre le dĂ©roulement de l'enquĂȘte sur le cambriolage. Au cours de l'enquĂȘte, The New York Times lui emboĂźte le pas. Le rĂ©dacteur en chef du Washington Post, Benjamin Bradlee, met sur cette affaire deux jeunes journalistes Ă  temps plein : Bob Woodward, ancien officier de l'US Navy jusqu'en 1970[32], et Carl Bernstein, qui a nĂ©anmoins dĂ©jĂ  douze ans de journalisme dans la presse Ă©crite derriĂšre lui[33]. IntriguĂ©s par de nombreux Ă©lĂ©ments, ces derniers dĂ©mĂȘlent un Ă©cheveau compliquĂ© dont tous les fils conduisent Ă  la Maison-Blanche Ă  travers le ComitĂ© pour la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident. Ils utilisent beaucoup le tĂ©lĂ©phone, n'hĂ©sitent pas Ă  contacter des centaines d'interlocuteurs pour recouper leurs informations, suivant des pistes apparemment non explorĂ©es par la justice. DĂšs le dĂ©but de l'affaire, Woodward reçoit des informations essentielles de la part de son informateur au FBI, surnommĂ© « Gorge profonde » (Deep throat), Mark Felt. Prenant des prĂ©cautions extrĂȘmes pour rencontrer Woodward, il l'aide Ă  dĂ©crypter les rĂŽles des protagonistes et les enjeux, d'une façon parfois sibylline. Gorge profonde indique les Ă©lĂ©ments Ă  creuser, mais oriente les journalistes plus qu'il ne les guide, par exemple sur la piste de l'argent, rĂ©sumĂ© par cette formule : « Suivez l'argent » (« Follow the money »)[34]. Ce n'est qu'en 2005, un peu avant sa mort, que Mark Felt, no 2 du FBI au moment des faits, rĂ©vĂšlera ĂȘtre ce mystĂ©rieux informateur[35].

Rapidement, des sources policiĂšres les informent que les hommes arrĂȘtĂ©s au Watergate venaient de Miami, Ă©taient Ă©quipĂ©s pour mener une opĂ©ration d'espionnage et disposaient de milliers de dollars en cash. Les journalistes ne se contentent donc pas des explications de la Maison-Blanche, selon laquelle cet incident est « une tentative de cambriolage de troisiĂšme catĂ©gorie ». DĂšs le lendemain de l'arrestation, Woodward dĂ©couvre les liens entre les cambrioleurs, Hunt, la CIA et l'administration Nixon : un coup de fil Ă  la Maison-Blanche lui apprend que Hunt a travaillĂ© pour Charles Colson, conseiller spĂ©cial du prĂ©sident[36]. Dans les jours qui suivent, Woodward et Bernstein apprennent que trois des hommes arrĂȘtĂ©s Ă©taient Ă  Washington trois semaines plus tĂŽt lorsque les bureaux d'avocats dĂ©mocrates de renom ont Ă©tĂ© cambriolĂ©s, que McCord avait fait une demande de carte de presse universitaire donnant accĂšs Ă  la convention dĂ©mocrate, que Hunt a crĂ©Ă© 150 comitĂ©s Ă©lectoraux fantĂŽmes pour canaliser des millions de dollars de contributions secrĂštes, et d'autres faits troublants[37].

Bob Woodward en 2007.

Alors que l'enquĂȘte semble piĂ©tiner courant juillet, le New York Times publie un article affirmant que l'un des cambrioleurs, Bernard Barker, a tĂ©lĂ©phonĂ© plusieurs fois Ă  Gordon Liddy la veille de l'effraction au Watergate. Bernstein se fait confirmer cette information par un de ses contacts Ă  la compagnie de tĂ©lĂ©phone Bell, qui lui indique que le registre des appels a Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ© par le procureur local de Miami, qui mĂšne son enquĂȘte pour savoir si les cambrioleurs ont contrevenu aux lois de l'État de Floride. En appelant ce dernier, il apprend que plus de 100 000 dollars provenant d'une banque mexicaine ont transitĂ© par le compte bancaire de Barker Ă  Miami. Le Times publie cette information alors que Bernstein se rend Ă  Miami pour approfondir son investigation. Les Ă©lĂ©ments qu'il recueille lui permettent de savoir que l'un des chĂšques dĂ©posĂ©s sur le compte de Barker a Ă©tĂ© signĂ© par l'un des dirigeants de l'Ă©quipe de campagne de Nixon en 1968[38]. Le Washington Post fait part de ces dĂ©couvertes dans son Ă©dition du en ajoutant, aprĂšs avoir appelĂ© l'Ă©metteur du chĂšque, que celui-ci a Ă©tĂ© remis Ă  Maurice Stans, ancien secrĂ©taire du Commerce, et directeur financier du CRP[39].

Peu aprÚs l'inculpation, le , des cambrioleurs, de Hunt et de Liddy, le Washington Post soutient dans un article : « En dépit de tous les efforts de l'administration et du comité de campagne de Nixon pour accumuler les couvercles sur ce tas de saletés, toute cette affaire pue[40]. » Woodward et Bernstein essaient d'en savoir plus notamment auprÚs de divers employés du CRP, malgré leurs réticences à parler. Les deux journalistes ont élargi l'angle de leurs recherches en considérant que le Watergate n'est qu'une opération clandestine parmi d'autres[41]. Le , ils écrivent que Mitchell, lorsqu'il était attorney general, contrÎlait un fond secret dédié au financement d'opérations contre les démocrates[42]. Le , ils citent un rapport du FBI, selon lequel le Watergate fait partie « d'une campagne massive d'espionnage et de sabotage politique dirigée par des hauts-fonctionnaires de la Maison-Blanche et du CRP ». En outre, les journalistes indiquent que le budget de ces opérations était contrÎlé par Mitchell et ses subordonnés[43].

Six jours plus tard, le Washington Post poursuit ses rĂ©vĂ©lations en affirmant que Herb Kalmbach, l'avocat personnel de Richard Nixon, a financĂ© plusieurs opĂ©rations d'espionnage et de sabotage contre des candidats dĂ©mocrates. Par ailleurs, Ă©crivent les journalistes, Donald Segretti, un jeune avocat californien qui a participĂ© Ă  ces opĂ©rations, a avouĂ© aux enquĂȘteurs qu'il en faisait le rapport aux assistants de Bob Haldeman, chef de cabinet de la Maison-Blanche. Bernstein a appris que Segretti menait entre 1971 et 1972 des actions consistant Ă  infiltrer et dĂ©sorganiser le camp dĂ©mocrate en diffusant de fausses nouvelles, et qu'il est Ă  l'origine de la Canuck Letter qui a coĂ»tĂ© Ă  Edmund Muskie l'investiture dĂ©mocrate[44].

Le , c'est au tour de Haldeman d'ĂȘtre citĂ© comme utilisateur de fonds secrets au nom du prĂ©sident pour organiser des activitĂ©s illĂ©gales[45]. Toutefois, bien que cette assertion soit confirmĂ©e plus tard, elle est prĂ©maturĂ©e Ă  ce moment-lĂ , aucune dĂ©position dans l'enquĂȘte en cours n'ayant formellement mis en cause Haldeman. Le Washington Post essuie une avalanche d'attaques verbales fĂ©roces de la part des partisans de Nixon. Le porte-parole de la Maison-Blanche Ron Ziegler qualifie les enquĂȘtes de Woodward et Bernstein de « journalisme de camelote », et accuse le journal de « tentative d'assassinat politique »[46].

MalgrĂ© tout, Woodward et Bernstein (surnommĂ©s Woodstein), Ă  force d'opiniĂątretĂ©, suivis par d'autres confrĂšres, parviennent Ă  Ă©clairer l'affaire, avant qu'elle soit traitĂ©e par la justice amĂ©ricaine, puis par une commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale indĂ©pendante. C'est l'un des cas les plus Ă©vidents, dans l'histoire amĂ©ricaine, de l'influence du « quatriĂšme pouvoir », et une rĂ©fĂ©rence pour le journalisme d'investigation. En 1973, Woodward et Bernstein reçoivent le prix Pulitzer pour leurs investigations sur l'affaire du Watergate[47]. Mais pour l'heure, en cette fin d'annĂ©e 1972, ces rĂ©vĂ©lations n'ont pas ou peu d'Ă©cho, et n'empĂȘchent nullement la rĂ©Ă©lection triomphale de Nixon en novembre. Cependant, la presse nationale est bien plus critique envers Nixon lorsque, peu aprĂšs son Ă©lection, des fuites indiquent que ce dernier a pour projet de rĂ©former radicalement l'administration et le fonctionnement du CongrĂšs, ce qui aurait pour consĂ©quence un affermissement du pouvoir de l'exĂ©cutif aux dĂ©pens du lĂ©gislatif. En dĂ©cembre, alors que les nĂ©gociations Ă  Paris avec les Nord-Vietnamiens piĂ©tinent, les bombardements massifs de Hanoi et Haiphong, qualifiĂ©s de « tactique de l'Ăąge de pierre », suscitent Ă©galement de vives rĂ©probations[48].

Influence du Washington Post

L'historien expert de l'affaire du Watergate, Stanley Kutler, estime que sur plus de 430 journalistes prĂ©sents Ă  Washington Ă  cette Ă©poque, seulement quinze ont travaillĂ© exclusivement sur le scandale du Watergate [49]. Une analyse conduite par le professeur Liebovich de l'universitĂ© de l'Illinois souligne que six mois aprĂšs l'entrĂ©e par effraction dans les bureaux dĂ©mocrates, le Washington Post avait publiĂ© plus de 200 articles sur le scandale du Watergate[49], contre une centaine pour le New York Times, l'un de ses principaux rivaux. Liebovich note Ă©galement que cette affaire fait souvent la une du Post alors que les autres journaux la traitent trĂšs peu. Le manque de couverture mĂ©diatique du Watergate par les autres journaux peut s'expliquer ainsi : Ă  l'Ă©poque, les articles du Post sont plus souvent de nature inquisitrice, ce qui permet de rĂ©vĂ©ler les affaires secrĂštes de l'administration prĂ©sidentielle. Les articles publiĂ©s montrent une plus grande[49] indĂ©pendance vis-Ă -vis du pouvoir politique : n'ayant Ă  cette Ă©poque pas peur des rĂ©actions des entitĂ©s politiques telles que l'administration Nixon[49], le Post jouit d'une plus grande autonomie et d'une plus grande libertĂ© par rapport ses concurrents. Le New York Times prĂ©fĂšre Ă  l'inverse se concentrer sur des faits divers et ainsi se protĂ©ger des rĂ©percussions que peut engendrer une attaque contre un personnage influent comme le prĂ©sident[49], lequel exerce d'importantes pressions sur les mĂ©dias, ayant entre autres le pouvoir de retarder le renouvellement des licences de station de tĂ©lĂ©vision. Aussi, si des journaux moins diffusĂ©s comme le Los Angeles Times tentent de relayer des informations relatives au scandale naissant du Watergate, ceux-ci n'ont pas la mĂȘme influence que le Washington Post et ne captivent pas autant le lectorat[49]. Marvin Kalb, correspondant pour CBC News pendant trente ans Ă  Washington, ajoute que le Post est Ă  l'Ă©poque le cƓur et l'Ăąme du journalisme pour plusieurs millions de citoyens amĂ©ricains. Le journal est ainsi considĂ©rĂ© comme un trĂ©sor national pour ces individus attachĂ©s Ă  une information libre et objective[49].

Influence de Nixon

L'administration de Nixon aurait menacĂ© les journalistes du Washington Post[49], ces attaques allant jusqu'Ă  viser la vie personnelle de ces journalistes : en effet, certaines intimidations faisaient allusion Ă  leur orientation sexuelle. Un an aprĂšs la dĂ©mission du prĂ©sident Nixon, il a Ă©tĂ© confirmĂ© qu'il avait ordonnĂ© Ă  l'un de ses employĂ©s de faire passer le journaliste Jack Anderson pour homosexuel[49] et que deux employĂ©s dans son administration avaient cherchĂ© un moyen d'emprisonner un autre journaliste. Nixon a donc employĂ© des techniques d'intimidation dans le but de contrĂŽler la presse et ainsi conserver une image mĂ©diatique positive. Il a de plus mis sur Ă©coute plusieurs journalistes et fait vĂ©rifier leurs dĂ©clarations de revenus afin de les dĂ©stabiliser. Plus de cinquante journalistes, dont Marvin Kalb, correspondant pour CBC News pendant 30 ans Ă  Washington, Ă©taient sur une liste noire qui les dĂ©clarait ennemis de la Maison-Blanche. La fonction de cette liste, selon les experts en science politique, Ă©tait pour Nixon d'utiliser le gouvernement fĂ©dĂ©ral afin de ruiner la crĂ©dibilitĂ© des personnes qui y figuraient et de rendre leur vie plus difficile. Ces personnes Ă©taient souvent, outre des adversaires politiques, des critiques virulents du prĂ©sident Nixon. Cette liste confirme que l'administration Nixon a utilisĂ© la prĂ©sidence Ă  des fins malhonnĂȘtes et politiques. Par exemple, le prĂ©sident pouvait exercer des pressions sur des mĂ©dias qui lui Ă©taient dĂ©favorables. Il pouvait ainsi retarder le renouvellement des licences de station de tĂ©lĂ©vision afin d'obtenir leur conformitĂ© et contrĂŽler l'image de son administration[50].

Influence du Watergate sur le journalisme

Quinze journalistes se sont consacrĂ©s exclusivement au scandale du Watergate entre 1972 et 1974. De nombreux journaux ont commencĂ© Ă  traiter de l'affaire une fois les premiĂšres preuves de l'effraction dans les bureaux dĂ©mocrates dĂ©celĂ©es par le CongrĂšs amĂ©ricain. Plusieurs journalistes dĂ©clarent regretter ne pas avoir Ă©crit ou fait allusion Ă  l'affaire plus tĂŽt. AprĂšs le scandale, on assiste ainsi Ă  une transformation de la couverture mĂ©diatique de la Maison-Blanche, qui se fait beaucoup plus agressive. La relation entre les acteurs politiques et les mĂ©dias Ă©volue, et dĂ©sormais les journalistes sont moins hĂ©sitants Ă  se lancer dans des investigations approfondies, ne voulant pas rĂ©pĂ©ter les erreurs de leurs prĂ©decesseurs lors du Watergate. Ainsi, aprĂšs la dĂ©mission de Nixon, l'organisation Ă  but non lucratif Investigative Reporters and Editors (en), fondĂ©e un an aprĂšs la dĂ©mission de Nixon, fĂ©dĂšre 5 000 membres qui reçoivent rĂ©guliĂšrement des formations aux techniques d'enquĂȘte et utilisent des bases de donnĂ©es informatiques pour travailler sous couverture[49], engendrant de la dĂ©fiance de la part des politiciens envers les mĂ©dias. L'affaire du Watergate aurait donc permis le dĂ©veloppement d'une approche plus critique dans le journalisme d'enquĂȘte, mais aurait aussi contribuĂ© Ă  dĂ©grader les relations entre les mĂ©dias et les hommes politiques.

Le procĂšs des cambrioleurs

L'ouverture du procÚs des sept inculpés est fixée au . Entre-temps, en décembre, Hugh Sloan, trésorier du Comité pour la réélection du président, confirme le lien entre les contributions illégales et la tentative de cambriolage du Watergate, tandis que le Washington Post publie l'interview d'une ancienne secrétaire de la Maison-Blanche révélant l'existence de ce que l'on appellera plus tard le « groupe des plombiers » (leur rÎle étant de « colmater les fuites »), une unité chargée d'opérations clandestines pour le compte de la présidence, et auxquels appartiennent Howard Hunt et Gordon Liddy[51].

Le juge du district de Columbia, John Sirica, rĂ©putĂ© rĂ©publicain et sĂ©vĂšre, prĂ©side le procĂšs des cinq cambrioleurs, ainsi que celui de leurs chefs, Hunt et Liddy. Ce que ne savent pas le jury et la presse, c'est qu'ils ont convenu, avec John Dean et Charles Colson, conseillers de Nixon, de plaider coupables, afin de couper court Ă  un procĂšs potentiellement explosif. En contrepartie, ils reçoivent la promesse de compensations financiĂšres et d'une amnistie. NĂ©anmoins, Hunt et McCord montrent des signes de fĂ©brilitĂ©, le premier reprochant Ă  Colson de ne pas procurer un soutien financier suffisant, et le second supportant mal l'idĂ©e d'aller en prison alors que les vrais responsables ne sont pas inquiĂ©tĂ©s[52]. Hunt, Barker, Sturgis, GonzĂĄlez et MartĂ­nez plaident coupables et sont libĂ©rĂ©s sous caution. Le procĂšs se poursuit avec Liddy et McCord, mais ceux-ci restent rigoureusement mutiques. Le 30 janvier, le jury les reconnaĂźt coupables et ils sont Ă  leur tour libĂ©rĂ©s sous caution en attendant l'audience de condamnation fixĂ©e au 23 mars. IrritĂ© par l'attitude des inculpĂ©s, le juge Sirica commente : « Je n'ai toujours pas la conviction que les faits pertinents qui auraient pu ĂȘtre rassemblĂ©s ont Ă©tĂ© soumis au jury. »[53].

Une semaine auparavant, l'accord de cessez-le-feu au ViĂȘt Nam Ă©tait enfin signĂ© Ă  Paris. Nixon est alors au faĂźte de sa popularitĂ©. Mais bientĂŽt, un coup de tonnerre va marquer un tournant dans l'affaire, la transformant en scandale national. L'un des accusĂ©s, James McCord, Ă©crit au juge Sirica une lettre dans laquelle il affirme s'ĂȘtre parjurĂ© devant le tribunal Ă  cause de pressions Ă©manant de la Maison-Blanche, et indique que de hauts responsables sont impliquĂ©s. Sirica rend publique cette lettre le jour de l'audience du 23 mars[54]. Le juge disjoint son cas de celui des autres inculpĂ©s auxquels il inflige des peines trĂšs lourdes (mais non dĂ©finitives) : 35 ans de prison pour Hunt, 20 ans pour Liddy, 4 ans pour les autres. Il s'agit clairement de les inciter Ă  parler en Ă©change de condamnations plus lĂ©gĂšres. « Si vous dĂ©cidez de parler librement, j'en tiendrai compte en fixant la peine qui sera finalement imposĂ©e Ă  chacun de vous », leur dit-il[55].

La commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale

Sam Ervin, président de la commission sénatoriale.

DĂšs la mi-, sur proposition de Ted Kennedy, la majoritĂ© dĂ©mocrate du SĂ©nat dĂ©cide de crĂ©er une commission d'enquĂȘte parlementaire sur les abus commis par les rĂ©publicains lors de la campagne Ă©lectorale de 1972 (une loi rĂšglementant ces financements avait Ă©tĂ© adoptĂ©e en 1971). La commission sĂ©natoriale, dirigĂ©e par Sam Ervin, sĂ©nateur dĂ©mocrate de Caroline du Nord, est mise en place le sous le nom de Select Committee on Presidential Campaign Activities, avec les dĂ©mocrates Herman Talmadge (GĂ©orgie), Joseph Montoya (Nouveau-Mexique), Daniel Inouye (HawaĂŻ), et les rĂ©publicains Howard Baker (Tennessee), Edward Gurney (Floride), et Lowell Weicker (Connecticut). Ils sont assistĂ©s par les conseillers Sam Dash (dĂ©mocrate) et Fred Thompson (rĂ©publicain). La commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale peut mettre en Ɠuvre des subpoena, c'est-Ă -dire des citations Ă  comparaĂźtre, qui peuvent Ă©ventuellement dĂ©boucher sur des poursuites par une juridiction en cas de parjure devant la commission d'enquĂȘte, ou si un quelconque acte illĂ©gal est rĂ©vĂ©lĂ©. Elle peut Ă©galement exercer un droit de rĂ©quisition pour obtenir des dossiers et des documents. Les premiĂšres audiences commencent le [56].

Bien qu'il se dise prĂȘt Ă  coopĂ©rer, Nixon ne tarde pas, au nom de la sĂ©paration des pouvoirs et de la protection de la sĂ©curitĂ© nationale, Ă  opposer Ă  la commission sĂ©natoriale le « privilĂšge de l'exĂ©cutif ». En clair, il se rĂ©serve le droit de refuser l'autorisation d'interroger tel ou tel membre de la Maison-Blanche. Cette conception des principes constitutionnels annonce un bras de fer entre la prĂ©sidence et le CongrĂšs. Le , Nixon dĂ©clare qu'il n'a pas d'explication Ă  donner quant Ă  l'utilisation de ce privilĂšge. Sam Ervin rĂ©torque aussitĂŽt qu'il n'hĂ©sitera pas Ă  demander l'arrestation pour outrage au CongrĂšs de tout membre de la Maison-Blanche qui refuserait de comparaĂźtre devant la commission, et il ajoute : « Je maintiens que ce privilĂšge ne peut ĂȘtre invoquĂ© pour couvrir des mĂ©faits ». Les grands mĂ©dias abondent dans son sens. Lors de la confĂ©rence de presse du 15 mars, pour la premiĂšre fois, Nixon est assailli de questions sur le Watergate, mais il campe sur ses positions[57].

ParallĂšlement, Ă  partir du , le SĂ©nat auditionne le directeur du FBI Patrick Gray, qui depuis le dĂ©cĂšs d'Edgar Hoover en , n'a pas Ă©tĂ© confirmĂ© dĂ©finitivement Ă  son poste comme le souhaite Nixon. Pour cela, son passage devant la commission judiciaire du SĂ©nat (distincte de celle qui enquĂȘte sur le Watergate) est obligatoire, et les sĂ©nateurs prĂ©voient agir avec fermetĂ© Ă  propos de la façon dont le FBI a menĂ© l'enquĂȘte sur le Watergate. DĂšs la premiĂšre audition, Gray admet avoir transmis 82 procĂšs-verbaux d'enquĂȘte Ă  John Dean, le conseiller juridique du prĂ©sident. Par ailleurs, le , Gray fournit aux sĂ©nateurs des documents qui confirment les thĂšses du Washington Post sur la rĂ©munĂ©ration par Herb Kalmbach des opĂ©rations de sabotage politique de Donald Segretti[58]. Au cours des quatre semaines d'audition, Gray transmet d'autres informations embarrassantes, comme le fait que Dean a Ă©tĂ© prĂ©sent lors des interrogatoires de membres du CRP, ou encore qu'il a probablement menti au FBI en affirmant qu'Hunt n'avait jamais eu de bureau Ă  la Maison-Blanche. Les sĂ©nateurs dĂ©mocrates s'inquiĂštent de l'indĂ©pendance du FBI, et le dĂ©mocrate Robert Byrd va jusqu'Ă  dĂ©clarer : « La politisation du FBI Ă©quivaut Ă  organiser une Gestapo amĂ©ricaine ». La commission sĂ©natoriale souhaite en consĂ©quence interroger John Dean, mais Nixon s'y oppose au nom du privilĂšge de l'exĂ©cutif. En rĂ©ponse, les sĂ©nateurs refusent de se prononcer sur la nomination de Gray tant que Dean n'a pas comparu devant eux. Nixon renonce alors Ă  la nomination de Gray[59].

Le , James McCord est auditionné à huis clos par la commission sénatoriale sur le Watergate. Elle obtient la confirmation que le Watergate n'était qu'un élément d'une vaste opération d'espionnage politique dirigée depuis la Maison-Blanche. Quelques jours plus tard, Bob Haldeman est mis en cause. Des leaders républicains, comme Barry Goldwater, George H. W. Bush ou Gerald Ford, commencent à exprimer publiquement leur inquiétude[60].

Révélations et démissions en cascade

La commission sĂ©natoriale conclut, au cours d'une instruction qui dure prĂšs d'un an et demi (mars 1973-juillet 1974), que certains proches de Richard Nixon ont Ă©tĂ© coupables entre autres d'obstructions Ă  la justice, de faux tĂ©moignages, d'Ă©coutes clandestines (dont le but est d'espionner des adversaires politiques ou de connaĂźtre l'origine et le contenu d'Ă©ventuelles fuites) et de dĂ©tournements de fonds. L'enquĂȘte dĂ©montre que ce type de pratiques, qualifiĂ©es de dirty tricks (« coups bas ») ou de mindfucking (« retournement de cerveau »), n'est pas isolĂ© mais organisĂ© en systĂšme. Au cours de l'enquĂȘte, trois tĂ©moignages successifs marquent de grands tournants dans le scandale. Le premier a Ă©tĂ© celui de James McCord, le cambrioleur et ancien de la CIA, qui a rĂ©vĂ©lĂ© l'existence d'une Ă©quipe d'espions au service de la Maison-Blanche. Le deuxiĂšme est celui de John Dean, le conseiller juridique de la prĂ©sidence, qui rĂ©vĂšle en juin que les conspirations se sont tramĂ©es dans le Bureau ovale. Le troisiĂšme est celui d'Alexander Butterfield, haut fonctionnaire de la Maison-Blanche, qui rĂ©vĂšle en juillet qu'un systĂšme d'Ă©coute secret pourrait permettre d'en savoir plus.

Les responsables avouent

Le 14 avril, John Dean et Jeb Magruder (en) commencent Ă  parler devant le grand jury fĂ©dĂ©ral, dans le cadre du procĂšs des cambrioleurs. Leurs dĂ©clarations sont compromettantes pour John Mitchell (ancien prĂ©sident du CRP), Bob Haldeman (chef de cabinet de Nixon) et John Ehrlichman (conseiller aux affaires intĂ©rieures de Nixon). L'Ă©tau se resserre et la tension ne cesse de monter Ă  la Maison-Blanche, oĂč les informations sur le procĂšs remontent via l’attorney general Richard Kleindienst. Nixon hĂ©site sur la stratĂ©gie Ă  adopter et sur les personnes qu'il convient de sacrifier pour Ă©viter que la situation n'empire ; il s'empĂȘtre de plus en plus dans les contradictions de ses mensonges. Le 17 avril, il consent enfin Ă  ce que ses conseillers puissent ĂȘtre auditionnĂ©s par la commission sĂ©natoriale sur le Watergate. Dean envoie alors un communiquĂ© de presse de son propre chef : « Je ne veux pas devenir le bouc Ă©missaire de l'affaire du Watergate », Ă©crit-il. Dans les coulisses, Nixon a tentĂ© de faire rĂ©diger par Dean un pseudo-rapport de l'enquĂȘte interne que le prĂ©sident a Ă©voquĂ© mais qui n'avait jamais existĂ©, ce qui aurait compromis plus gravement son conseiller juridique[61].

Howard Hunt se met lui aussi Ă  parler. Il raconte ainsi que la premiĂšre « Ă©quipe de plombiers » de la Maison-Blanche (dirigĂ©e par Egil Krogh, un ancien assistant d'Ehrlichman), a cambriolĂ©, en septembre 1971, le bureau du psychiatre de Daniel Ellsberg. Ce dernier est alors en cours de jugement Ă  Los Angeles, accusĂ© par le gouvernement de vol et de conspiration dans l'affaire des Pentagon Papers. Ces Ă©lĂ©ments sont portĂ©s Ă  la connaissance de la dĂ©fense d'Ellsberg le 26 avril[62]. Plus tard, le FBI admet que l'inculpation d'Ellsberg a pu ĂȘtre obtenue grĂące Ă  des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques illĂ©gales. Le juge de Los Angeles estime que la violation des droits du prĂ©venu rend impossible la poursuite du procĂšs, et toutes les charges contre Ellsberg sont abandonnĂ©es le 11 mai[63]. Les enquĂȘteurs dĂ©terminent par ailleurs que la premiĂšre « Ă©quipe des plombiers » a Ă©tĂ©, lors de l'accident de Chappaquiddick en 1969, immĂ©diatement dĂ©pĂȘchĂ©e sur place pour enquĂȘter sur les dĂ©boires de Ted Kennedy[64].

Le 27 avril, le directeur du FBI par intĂ©rim Patrick Gray dĂ©missionne, aprĂšs avoir admis qu'il a dĂ©truit des documents compromettants provenant du coffre-fort de Howard Hunt Ă  la Maison-Blanche, qui lui ont Ă©tĂ© remis par John Dean peu aprĂšs l'arrestation du Watergate. D'aprĂšs lui, ces documents comprenaient de faux cĂąbles diplomatiques fabriquĂ©s par le conseiller spĂ©cial Charles Colson, destinĂ©s Ă  faire croire Ă  la complicitĂ© de John Kennedy dans l'assassinat en 1963 du prĂ©sident sud-vietnamien NgĂŽ ĐÏnh Diệm[65].

La garde rapprochée tombe

Ehrlichman et Haldeman, peu avant leur démission en avril 1973.

Le 30 avril, Bob Haldeman et John Ehrlichman dĂ©missionnent, Ă  la demande du prĂ©sident. Ils Ă©taient surnommĂ©s ensemble « le mur de Berlin », Ă  cause de leur tendance Ă  faire barrage autour du prĂ©sident en Ă©cartant des collaborateurs ou visiteurs. Ils Ă©taient les deux principaux conseillers de Nixon ; Haldeman Ă©tait son collaborateur depuis 1952 et aime Ă  dire de lui-mĂȘme qu'il est « le salopard du prĂ©sident » (« the President's son of a bitch »)[66] - [67].

Le mĂȘme jour, l’attorney general Richard Kleindienst dĂ©missionne Ă©galement, Ă  cause de ses liens personnels avec certains acteurs impliquĂ©s dans l'affaire, et est remplacĂ© par le secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense Elliot Richardson. Le soir-mĂȘme, dans un discours Ă  la tĂ©lĂ©vision, Nixon assure que toute la lumiĂšre sera faite sur l'affaire du Watergate, et que la loi sera modifiĂ©e pour prĂ©venir tout abus dans le financement des campagnes Ă©lectorales. Il fait l'Ă©loge de Haldeman et Ehrlichman, mais n'en dit pas autant sur John Dean, dont il annonce la dĂ©mission sans que l'intĂ©ressĂ© ne soit au courant[68].

Le lendemain, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ron Ziegler, présente ses excuses au Washington Post, à Woodward et à Bernstein, en reconnaissant ses « emportements dans [ses] commentaires » à leur égard les mois précédents[69]. En dépit de ces gestes de contrition, l'intervention télévisée du président n'a pas eu l'effet escompté. Pour la premiÚre fois, des voix commencent à évoquer l'éventualité de l'impeachment, la procédure de destitution du président, qui depuis janvier a perdu 20 points dans les sondages[70].

Dans les jours qui suivent, les rĂ©vĂ©lations s'enchaĂźnent devant la commission sĂ©natoriale sur le Watergate. Richard Helms, ancien directeur de la CIA jusqu'en fĂ©vrier 1973, raconte comment Haldeman et Ehrlichman ont exercĂ© des pressions en juin 1972 pour que la CIA incite le FBI Ă  arrĂȘter l'enquĂȘte sur la tentative de cambriolage, ce Ă  quoi Helms s'est montrĂ© rĂ©ticent. D'autres dirigeants de la CIA expliquent qu'Ehrlichman a demandĂ© l'assistance technique de la CIA pour certains coups de l'« Ă©quipe des plombiers »[71].

Herb Kalmbach, l'avocat de Nixon, reconnaĂźt avoir dĂ©truit toute trace de contributions de campagne irrĂ©guliĂšres pour un montant de 20 millions de dollars. Hugh Sloan (en), l'ancien trĂ©sorier du ComitĂ© pour la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident, avoue pour sa part avoir effacĂ© les preuves de 2 millions de dollars de contributions en liquide destinĂ©s Ă  financer des opĂ©rations clandestines. Pendant ce temps, Ă  New York, John Mitchell et Maurice Stans, le principal collecteur de fonds pour Nixon, sont inculpĂ©s devant un jury fĂ©dĂ©ral, accusĂ©s de fausses dĂ©clarations dans une enquĂȘte sur les relations financiĂšres du CRP avec Robert Vesco (en), homme d'affaires vĂ©reux et fugitif au Costa Rica[72].

De son cÎté, John Dean remet au juge John Sirica des documents confidentiels, dont une copie du plan Huston. Ce plan a été conçu en 1970 par Tom Huston, jeune militant conservateur chargé, par Haldeman et Ehrlichman, d'animer, à la Maison-Blanche, un Comité de coordination de la Sécurité. Huston a proposé un plan de lutte contre les mouvements dissidents à l'aide de pratiques d'espionnage intérieur qui ne s'encombraient pas de mandats de la Justice. Ces méthodes incluent la surveillance électronique, l'ouverture du courrier, les effractions, le vol de documents, etc. Face aux objections du FBI, et en particulier de John Edgar Hoover, le plan n'a pas été adopté officiellement mais néanmoins appliqué en pratique. Cette coopération de Dean avec la Justice est considérée à la Maison-Blanche comme une trahison[73].

Les dispositifs de l'accusation prennent de l'ampleur

À partir du 17 mai, les audiences de la commission sĂ©natoriale sur le Watergate se dĂ©roulent en public, et sont retransmises par la tĂ©lĂ©vision en direct dans des dizaines de millions de foyers amĂ©ricains sous l'appellation de Watergate Hearings. L'opinion publique commence alors Ă  se passionner pour les multiples rebondissements qui se succĂšdent et qui rĂ©vĂšlent un aspect inconnu des pratiques de l'institution suprĂȘme considĂ©rĂ©e jusqu'alors avec une certaine rĂ©vĂ©rence[74]. Le prĂ©sident de la commission Sam Ervin devient rapidement un personnage populaire par sa façon rusĂ©e de pousser les tĂ©moins dans leurs retranchements, et de dĂ©jouer les manƓuvres de leurs avocats[75].

Le 18 mai, le procureur gĂ©nĂ©ral des États-Unis fraĂźchement promu Elliot Richardson, malgrĂ© les rĂ©ticences de Nixon, nomme un procureur spĂ©cial indĂ©pendant pour enquĂȘter sur le Watergate. Archibald Cox, ancien no 3 du dĂ©partement de la Justice sous Kennedy, accepte ce poste le 18 mai 1973[76]. Sa mission inclut les enquĂȘtes sur l'affaire du Watergate et les tentatives pour l'Ă©touffer (le cover up (en)), sur l'ensemble des activitĂ©s de l'« Ă©quipe des plombiers », et sur le financement du ComitĂ© pour la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident[75].

Nixon tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de redorer son image par une campagne de communication. Le 22 mai, il fait distribuer une dĂ©claration dans laquelle il tente de justifier les activitĂ©s illĂ©gales qui ont Ă©tĂ© commises en son nom, en affirmant qu'elles l'ont Ă©tĂ© Ă  son insu, qu'il s'agissait de lutter contre le climat insurrectionnel et contre les fuites menaçant la sĂ©curitĂ© nationale. Deux jours plus tard, il prĂ©side une gigantesque cĂ©rĂ©monie en l'honneur des prisonniers de guerre rentrĂ©s du Nord-ViĂȘt Nam. Il souhaite Ă©galement se dĂ©fendre en accusant les dĂ©mocrates d'avoir fait pire quand ils Ă©taient au pouvoir, mais ses nouveaux conseillers sont moins rĂ©ceptifs que leurs prĂ©dĂ©cesseurs Ă  ce type de mĂ©thode[77].

John Dean charge le président

John Dean en mai 1972.

Le 3 juin, le Washington Post rapporte que John Dean a l'intention de tĂ©moigner sous serment devant la commission Ervin. Outre les membres de l'administration Nixon (Mitchell, Haldeman, Ehrlichman, Colson), il mettra directement en cause le prĂ©sident[78]. Effectivement, les jours suivants, Dean dit devant les camĂ©ras des Watergate Hearings que plusieurs rĂ©unions ont eu lieu entre Nixon, Haldeman et Ehrlichman, pour gĂ©rer l'Ă©touffement de l'affaire du Watergate. Ils ont ainsi discutĂ© des sommes devant ĂȘtre payĂ©es pour inciter au silence les « plombiers » arrĂȘtĂ©s, et de la possibilitĂ© de leur promettre un pardon prĂ©sidentiel aprĂšs leur condamnation. De plus, Dean affirme que le prĂ©sident a voulu lui faire signer une lettre de dĂ©mission dans laquelle il aurait reconnu sa responsabilitĂ© dans ces agissements[79].

John Dean transmet Ă©galement la copie d'une liste noire d'ennemis, compilĂ©e par Charles Colson, conseiller spĂ©cial du prĂ©sident, qui a dĂ©jĂ  dĂ©missionnĂ©, plus discrĂštement, le 10 mars. Cette liste informelle mise Ă  jour rĂ©guliĂšrement regroupait le nom de plus de 200 personnalitĂ©s et organisations amĂ©ricaines considĂ©rĂ©es comme des adversaires politiques auxquels un traitement particulier devait ĂȘtre rĂ©servĂ©. MĂȘme si aucun cas concret de persĂ©cution n'a Ă©tĂ© confirmĂ©, cette liste a donnĂ© lieu Ă  des soupçons d'utilisation irrĂ©guliĂšres des services fiscaux et des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques dans le but d'exercer une rĂ©torsion[80].

PubliĂ©e par The New York Times le 28 juin, la liste d'ennemis comprend les noms d'hommes politiques tels que les sĂ©nateurs Ted Kennedy, Edmund Muskie, George McGovern, Walter Mondale, J. William Fulbright, William Proxmire, les douze membres afro-amĂ©ricains de la Chambre des reprĂ©sentants, les anciens ministres Robert McNamara et Ramsey Clark, ou encore Eugene McCarthy, Sargent Shriver, Ted Sorensen, George Wallace, le maire de New York John Lindsay
 On y trouve Ă©galement plusieurs dizaines de journalistes, des hommes d'affaires et contributeurs financiers importants du Parti dĂ©mocrate, des dirigeants syndicaux, des militants des droits civiques (Ralph Abernathy, Bayard Rustin), plusieurs intellectuels et universitaires (Noam Chomsky, John Kenneth Galbraith, Arthur Schlesinger, McGeorge Bundy), des cĂ©lĂ©britĂ©s du monde du spectacle (Bill Cosby, Jane Fonda, Steve McQueen, Paul Newman, Gregory Peck, Barbra Streisand), et mĂȘme un joueur de football amĂ©ricain (Joe Namath)[81].

L'auteur de la liste, Charles Colson, est aussi accusé par John Dean d'avoir proposé le projet de placer une bombe incendiaire dans les locaux de la Brookings Institution, un think tank proche des démocrates cité dans la liste noire, pour camoufler le vol de documents sensibles[79].

Le 13 juin, le Washington Post révÚle que la commission sénatoriale est en possession d'un mémo daté de 1971, envoyé par l'ex-employé de la Maison-Blanche Egil Krogh (en) à John Ehrlichman, prouvant que ce dernier était le commanditaire du cambriolage du psychiatre de Daniel Ellsberg[82].

À la suite des confessions de John Dean, la commission sĂ©natoriale rĂ©clame l'audition du prĂ©sident, et que des documents de la Maison-Blanche lui soient transmis, ce que refuse Nixon le 6 juillet. Faute de preuves sur l'implication directe de ce dernier, les sĂ©nateurs doivent se contenter, provisoirement, de la parole de Dean contre celle du prĂ©sident[83].

Les enregistrements de la Maison-Blanche

Le 16 juillet 1973, Alexander Butterfield, directeur de la Federal Aviation Administration et ancien adjoint de Bob Haldeman, confesse Ă  huis clos aux sĂ©nateurs, qui le pressent de questions sur la mĂ©thode de prise de notes Ă  la Maison-Blanche, qu'un systĂšme d'Ă©coute sophistiquĂ© permet d'enregistrer et d'archiver toutes les conversations Ă  l'insu des interlocuteurs de Nixon (Haldeman Ă©tait l'un des rares au courant). La mĂ©thode Ă©tait dĂ©jĂ  pratiquĂ©e sous les administrations prĂ©cĂ©dentes, mais Ă  une Ă©chelle beaucoup plus rĂ©duite. Nixon se justifiera en disant vouloir lĂ©guer une importante documentation sur sa prĂ©sidence en ayant en tĂȘte la trace qu'il laissera dans l'Histoire[84].

Cette information permet d'envisager la confirmation ou l'infirmation des allĂ©gations de John Dean, et donc de l'implication du prĂ©sident et de ses collaborateurs dans l'affaire du Watergate, voire la divulgation d'autres secrets. Butterfield rĂ©pĂšte sa dĂ©claration devant les camĂ©ras des Watergate Hearings trois jours plus tard[85]. L'enjeu central est dĂ©sormais la restitution des bandes magnĂ©tiques de ces enregistrements aux enquĂȘteurs, ce Ă  quoi va s'opposer opiniĂątrement le prĂ©sident, qui ne rĂ©agit pas immĂ©diatement puisqu'il est Ă  ce moment-lĂ  hospitalisĂ© pour une pneumonie[84].

Le bras de fer et le massacre du samedi soir

Archibald Cox, procureur spécial indépendant.

Dans les jours qui suivent le témoignage de Butterfield, le président de la commission Sam Ervin, le procureur spécial indépendant Archibald Cox, et le juge fédéral John Sirica demandent tour à tour à Nixon de donner des instructions pour que les enregistrements leur soient remis. Nixon refuse, en invoquant de nouveau le « privilÚge de l'exécutif ». Il fait savoir que les bandes sont sous son contrÎle personnel et y resteront, et proclame qu'il « n'a de comptes à rendre qu'à la nation et non aux tribunaux ». Les procédures judiciaires d'injonctions à remettre les bandes et les appels des avocats du président se multiplient dans la confusion pendant des mois. Cependant, Nixon continue de dégringoler dans les sondages et les relations avec les journalistes sont de plus en plus tendues lors des conférences de presse[86].

En octobre, la cour d'appel de Washington finit par ordonner Ă  Nixon, sous peine de poursuites, de remettre les bandes au juge Sirica. Il revient Ă  ce dernier de dĂ©terminer quelles bandes peuvent ĂȘtre couvertes par le « privilĂšge de l'exĂ©cutif » et lesquelles doivent ĂȘtre remises au procureur Archibald Cox, qui est devenu la bĂȘte noire de Nixon[87]. ConfortĂ© par ses collaborateurs et avocats dans l'idĂ©e que la divulgation du contenu des bandes serait dĂ©vastateur, Nixon cherche toujours un moyen de se soustraire Ă  ses obligations, prĂ©textant que des secrets d'État internationaux sont mĂȘlĂ©s aux conversations ou que cela serait prĂ©judiciable Ă  la fonction prĂ©sidentielle. Le 19 octobre, il propose que John C. Stennis, un sĂ©nateur dĂ©mocrate qui pourrait avoir accĂšs aux enregistrements, rĂ©dige et remette des rĂ©sumĂ©s, mais Cox rejette ce compromis[88].

Le prĂ©sident, qui au mĂȘme moment doit gĂ©rer la position des États-Unis dans la guerre du Kippour, dĂ©cide de rĂ©pondre par la dĂ©monstration de son autoritĂ©. Il demande au procureur gĂ©nĂ©ral Elliot Richardson de destituer Cox. Richardson refuse, de mĂȘme que son second, le procureur gĂ©nĂ©ral adjoint William Ruckelshaus. Ils sont tous deux forcĂ©s Ă  dĂ©missionner le , et c'est le no 3 du dĂ©partement de la Justice, l'avocat gĂ©nĂ©ral Robert Bork, qui destitue Cox et interrompt les travaux de son Ă©quipe[89]. Cet Ă©pisode, connu sous le nom de « massacre du samedi soir », provoque une profonde indignation dans l'opinion publique amĂ©ricaine. Certains commentateurs parlent alors de « dictature » et de « tyrannie », voire de « folie ». Au mĂȘme moment se dĂ©roule la premiĂšre manƓuvre parlementaire visant Ă  destituer le prĂ©sident : 80 membres de la Chambre des reprĂ©sentants dĂ©posent plusieurs rĂ©solutions dans ce sens[90].

ConfrontĂ© Ă  cette rĂ©probation gĂ©nĂ©rale, Nixon recule. D'abord, il se dit prĂȘt Ă  transmettre Ă  Sirica les enregistrements qu'il avait rĂ©clamĂ©s. Ensuite, il annonce la nomination d'un nouveau procureur spĂ©cial indĂ©pendant, assurant que celui-ci bĂ©nĂ©ficiera de la coopĂ©ration de la prĂ©sidence[91]. Ce sera Leon Jaworski, avocat texan reconnu et proche de l'ancien prĂ©sident Johnson. Dans la foulĂ©e, Nixon fait enfin remettre Ă  Sirica sept enregistrements demandĂ©s[92].

Le trou de 18 minutes

Les enregistrements demandĂ©s par Sirica correspondent, selon les tĂ©moignages prĂ©cĂ©demment recueillis, Ă  des conversations qui se sont dĂ©roulĂ©es Ă  des moments importants dans la chronologie de l'affaire. Seulement, le juge signale, le 21 novembre, que, dans l'une des bandes magnĂ©tiques remise par l'administration prĂ©sidentielle, il y a un trou d'un peu plus de 18 minutes et demie. Cette partie a apparemment Ă©tĂ© effacĂ©e. Or, elle est datĂ©e du 20 juin 1972, soit trois jours aprĂšs la tentative de cambriolage au Watergate, et concerne une conversation entre le prĂ©sident et son chef de cabinet Bob Haldeman. Le juge dĂ©cide de nommer un comitĂ© de six experts pour « Ă©tudier l'authenticitĂ© et l'intĂ©gritĂ© des bandes »[93]. La secrĂ©taire de Nixon, Rose Mary Woods, a tĂ©moignĂ© qu'il s'agissait d'une erreur de manipulation[94]. Mais le comitĂ© d'experts conclut le 10 janvier 1974 Ă  un effacement dĂ©libĂ©rĂ© Ă  quatre ou cinq reprises[95]. Selon John Dean, la bande contenait les preuves que Nixon Ă©tait impliquĂ© dans la couverture du cambriolage, en rajoutant qu'il est probable que la teneur de la conversation effacĂ©e Ă©tait la mĂȘme que sur d'autres bandes recouvrĂ©es[96]. La bande est toujours stockĂ©e dans l'espoir que le progrĂšs technologique permette de reconstituer le contenu[97].

L'obstination de Jaworski

En février, la commission sénatoriale sur le Watergate en a terminé avec les auditions publiques, et se consacre désormais à la rédaction de son rapport final. Le relais est pris par la commission judiciaire de la Chambre des Représentants. La premiÚre étape vers la destitution du président a en effet été franchie le 30 octobre 1973 : la Chambre a conféré au président de cette commission, le démocrate Peter Rodino, la mission d'instruire l'affaire en vue du procÚs devant se dérouler devant le Sénat, comme le veut la procédure d'impeachment. Celle-ci prévoit un partage des rÎles entre les deux composantes du CongrÚs. DÚs lors, le camp démocrate a accentué son offensive politique et médiatique contre Nixon. Ainsi, Ted Kennedy ne se prive pas de mettre publiquement en cause la santé mentale du président, et des rumeurs sur son alcoolisme prennent de l'ampleur[98].

Par ailleurs, contrariant les calculs de Nixon, le nouveau procureur spĂ©cial indĂ©pendant Leon Jaworski, qui, prĂ©voyant, avait obtenu de ne pouvoir ĂȘtre destituĂ© qu'avec l'accord du CongrĂšs, s'avĂšre aussi opiniĂątre que son prĂ©dĂ©cesseur[99]. Il rĂ©clame Ă  son tour les bandes, 64 d'entre elles prĂ©cisĂ©ment[100]. Le nouveau chef de cabinet du prĂ©sident, Alexander Haig, persuade Nixon de ne pas les dĂ©truire, car cela serait considĂ©rĂ© comme un aveu de culpabilitĂ©[101]. Dans un discours tĂ©lĂ©visĂ© le 3 fĂ©vrier, Jaworski dĂ©nonce l'attitude de Nixon, qui lui a signifiĂ© qu'il ne remettrait pas de nouvelles bandes[102].

Dans l'ancien entourage du prĂ©sident, les condamnations et les nouvelles inculpations s'enchaĂźnent, et si les peines ne sont pas plus lourdes, c'est parce que plusieurs inculpĂ©s ont nĂ©gociĂ© afin d'allĂ©ger leur peine en Ă©change de nouvelles informations, qui ont suscitĂ© Ă  leur tour de nouvelles inculpations. Fin janvier, Egil Krogh (en), ancien assistant de John Ehrlichman, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  6 mois de prison ferme pour son rĂŽle dans le cambriolage du psychiatre de Daniel Ellsberg. En fĂ©vrier, Herb Kalmbach, l'ancien avocat de Nixon, a lui aussi Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  6 mois, pour deux affaires de contributions Ă©lectorales illĂ©gales, dont l'une l'avait vu recevoir 100 000 dollars de la part d'un diplomate en Ă©change d'une ambassade prestigieuse. En avril, un autre assistant du prĂ©sident, Dwight Chapin, qui avait recrutĂ© Donald Segretti, est Ă  son tour inculpĂ© pour parjure[103].

Mais surtout, le 1er mars, John Mitchell, Bob Haldeman, John Ehrlichman et Charles Colson sont poursuivis par le grand jury de Washington pour obstruction à la justice, faux témoignage, subornation de témoins et destruction de preuves. Or, les charges retenues contre ses anciens collaborateurs, en particulier celles pesant sur son ex-chef de cabinet Haldeman, impliquent directement Nixon. Ne pouvant inculper le président car cela est la prérogative du CongrÚs, le juge Sirica fait ostensiblement remettre à la commission judiciaire de la Chambre des Représentants des éléments compromettants pour Nixon[104].

La retranscription des bandes

Nixon lors de son discours télévisé du .

En avril, la commission judiciaire finit par adresser un ultimatum au prĂ©sident, et menace de le poursuivre pour outrage au CongrĂšs s'il ne remet pas les bandes magnĂ©tiques qui lui sont rĂ©clamĂ©es. Nixon essaie alors de ne transmettre que des retranscriptions Ă©crites de 42 enregistrements de conversations sur le Watergate. Certains passages sont absents ou censurĂ©s, soi-disant parce qu'ils ne concernent pas l'affaire, ou parce qu'ils seraient inaudibles. Ce verbatim sĂ©lectif, reliĂ© dans un livre de 1 254 pages dont le prĂ©sident promet qu'il va faire la lumiĂšre sur toute l'affaire, est rendu public le 30 avril[105].

De nombreux passages oĂč l'on entend le prĂ©sident sont trĂšs ambigus, moralement compromettants, voire rĂ©vĂ©lateurs. L'extrait le plus accablant est datĂ© du 21 mars 1973, au moment du procĂšs des cambrioleurs devant le grand jury de Washington, et alors que Nixon avait niĂ© quelques jours auparavant que l'« Ă©quipe des plombiers » de Howard Hunt avait reçu des contributions illĂ©gales de son Ă©quipe de campagne. La conversation que le prĂ©sident (P) a avec son conseiller juridique John Dean (D) est retranscrite ainsi :

« D : It will cost money. It is dangerous. People around here are not pros at this sort of thing. This is the sort of thing Mafia people can do: washing money, getting clean money and things like that. We just don't know about those things, because we are not criminals and not used to dealing in that business.

- P : That's right.
- D : It is a tough thing to know how to do.
- P : Maybe it takes a gang to do that.
- D : That's right. There is a real problem as to whether we could even do it. Plus there is a real problem in raising money
 But there is no denying the fact that the White House, in Ehrlichman, Haldeman and Dean are involved in some of the early money decisions.
- P : How much money do you need?
- D : I would say that these people are going to cost a million dollars over the next two years.
- P : We could get that
 You could get a million dollars. You could get it in cash. I know where it could be gotten. It is not easy but it could be done. But the question is who the hell would handle it? Any ideas on that?
- D: That's right. Well, I think that is something that Mitchell ought to be charged with.

- P : I would think so too. »

« D : Cela va coûter de l'argent. C'est dangereux. Les gens autour de nous ne sont pas des pros de ce genre de chose. C'est le genre de chose que les gens de la Mafia peuvent faire : blanchir de l'argent, sortir de l'argent propre, etc. Nous ne connaissons pas ces choses, car nous ne sommes pas des criminels et nous n'avons pas l'habitude de ce genre d'affaires.

– P : C'est vrai.
– D : C'est difficile de savoir comment faire.
– P : Peut-ĂȘtre qu'il faut une Ă©quipe pour faire ça.
– D : C'est exact. Il y a un vrai problĂšme quant Ă  savoir si nous pourrions mĂȘme le faire. De plus, il y a un rĂ©el problĂšme avec la collecte de fonds
 Mais on ne peut nier le fait que la Maison-Blanche, avec Ehrlichman, Haldeman et Dean sont impliquĂ©s dans certaines dĂ©cisions initiales concernant l'argent.
– P : De combien d'argent avez-vous besoin ?
– D : Je dirais que ces gens vont coĂ»ter un million de dollars dans les deux prochaines annĂ©es.
– P : Nous pourrions avoir ça
 Vous pourriez avoir un million de dollars. Vous pourriez l'avoir en liquide. Je sais oĂč cela pourrait ĂȘtre pris. Ce n'est pas facile, mais ça pourrait ĂȘtre fait. Mais la question est : qui diable s'en chargerait ? Une idĂ©e lĂ -dessus ?
– D : C'est vrai. Eh bien, je pense que c'est quelque‑chose dont Mitchell devrait se charger.

– P : Je le pense aussi. »

— Bande du 21 mars 1973

Bien que Nixon s'en défende, cette conversation semble indiquer qu'il a participé à une opération dont le but était de donner de l'argent aux cambrioleurs inculpés pour qu'ils se taisent, ce qui constituerait une subornation de témoins et une obstruction à la justice[106] - [107].

Selon des sondages, une trÚs large majorité d'Américains ne croit pas aux explications présidentielles. L'ensemble des médias et la classe politique, y compris de nombreux républicains, expriment leur indignation. Toutefois, la retranscription ne contient pas suffisamment d'éléments solides pour envisager des poursuites judiciaires. Le président de la commission judiciaire Peter Rodino signifie à Nixon qu'il n'a pas répondu à l'injonction qui lui a été faite et continue de réclamer les bandes[108]. Mais échaudé par les réactions qu'ont suscitées les retranscriptions, Nixon campe à nouveau dans son refus de céder la moindre bande[109].

D'autres affaires, d'autres accusations

Nixon ne cesse de plaider son innocence, plaidĂ©e jusqu'au bout par son porte-parole et conseiller en communication Ron Ziegler[110]. Le 17 novembre 1973, le prĂ©sident avait prononcĂ© un discours cĂ©lĂšbre, dĂ©clarant : « Je ne suis pas un escroc » (« I am not a crook »)[111]. En 1952, alors qu'il figurait sur le ticket Ă©lectoral du futur prĂ©sident Eisenhower, Nixon avait dĂ©jĂ  dĂ» se dĂ©fendre dans un discours tĂ©lĂ©visĂ© d'accusations de malversations financiĂšres et de pot-de-vin. En 1973, le prĂ©sident faisait cette fois rĂ©fĂ©rence Ă  la publication dans la presse peu auparavant de ses feuilles d'imposition, ce qui avait rĂ©vĂ©lĂ© qu'il ne payait quasiment aucun impĂŽt sur le revenu. Cela pouvait ĂȘtre lĂ©gal compte tenu du jeu des dĂ©ductions fiscales, mais ternissait encore davantage son image[112]. Cependant, entre la fin de 1973 et l'Ă©tĂ© 1974, plusieurs affaires, liĂ©es ou non au Watergate, concernant Nixon lui-mĂȘme ou son entourage, brossent par mĂ©dias interposĂ©s le tableau d'une corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et donnent de la prĂ©sidence une image dĂ©vastatrice.

Nixon avec Rebozo et Hoover dans le Bureau ovale.

Le 10 octobre 1973, le vice-prĂ©sident Spiro Agnew, ancien gouverneur du Maryland, a Ă©tĂ© obligĂ© de dĂ©missionner. Une affaire de corruption locale l'a rattrapĂ© ; il est accusĂ© d'avoir touchĂ© des pots-de-vin lors de sa carriĂšre politique dans cet État. Le chef de la minoritĂ© rĂ©publicaine Ă  la Chambre des reprĂ©sentants, Gerald Ford, a Ă©tĂ© choisi pour le remplacer, et confirmĂ© par le CongrĂšs[113].

La presse et les commissions d'enquĂȘtes du CongrĂšs s'intĂ©ressent aussi de prĂšs, depuis le printemps 1973, aux conditions d'acquisition des luxueuses propriĂ©tĂ©s de Nixon Ă  San Clemente en Californie, et Ă  Key Biscayne en Floride. Pour obtenir le prĂȘt nĂ©cessaire Ă  ces achats, le prĂ©sident s'est endettĂ© auprĂšs d'amis intimes, les hommes d'affaires Charles "Bebe" Rebozo (en) et Robert Abplanalp (en). Il est aussi question des travaux que Nixon a fait rĂ©aliser pour plusieurs millions de dollars aux frais du contribuable dans ces propriĂ©tĂ©s, en grande partie pour les systĂšmes de sĂ©curitĂ© et de communications[114]. DĂ©but avril 1974, l'administration des impĂŽts et une commission du CongrĂšs terminent leurs examens des dĂ©clarations de revenu du prĂ©sident, et concluent qu'il doit prĂšs de 470 000 dollars au fisc[115].

D'autres affaires compliquent la situation du prĂ©sident. Une enquĂȘte, ouverte en 1972, sur une contribution Ă©lectorale de l'industrie laitiĂšre de 2 millions de dollars en Ă©change d'une politique de soutien des prix du lait, n'est toujours pas terminĂ©e. Une autre contribution Ă  la campagne de 1972 est examinĂ©e, celle de l'International Telephone and Telegraph (400 000 dollars), en Ă©change du soutien du DĂ©partement de la Justice sur une affaire dans laquelle la compagnie tombait sous le coup de la loi antitrust. Dans l'affaire Robert Vesco (en), pour laquelle John Mitchell et Maurice Stans ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© inculpĂ©s, Nixon est de plus en plus mis en cause, du fait des relations de ses frĂšres, Donald et Edward, avec ce contributeur financier poursuivi par la justice pour fraude. Plusieurs grosses entreprises sont encore Ă©pinglĂ©es pour leurs contributions illĂ©gales au ComitĂ© pour la rĂ©Ă©lection du prĂ©sident : American Airlines, Braniff International, Gulf Oil, Goodyear, 3M, etc.[116].

Son ami Bebe Rebozo est quant Ă  lui convoquĂ© Ă  de nombreuses reprises par les diffĂ©rentes instances enquĂȘtant sur le Watergate et le financement de la campagne Ă©lectorale de 1972. Les enquĂȘteurs s'intĂ©ressent au versement de 100 000 dollars en liquide Ă  Rebozo, pour la rĂ©Ă©lection de Nixon, par un collaborateur du milliardaire Howard Hughes. Les relations financiĂšres entre Nixon et Hughes Ă©taient anciennes, et lui avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© reprochĂ©es en 1960. Cette enquĂȘte ne sera pas menĂ©e Ă  son terme. Plusieurs anciens collaborateurs de Nixon Ă©criront plus tard que l'origine du cambriolage du Watergate Ă©tait la crainte de Nixon que le dirigeant dĂ©mocrate Larry O'Brien soit en possession de documents compromettants sur ses liens avec Hughes[117]. NĂ©anmoins, les raisons expliquant l'espionnage du Parti dĂ©mocrate n'ont jamais Ă©tĂ© clairement Ă©tablies, d'autant plus que l'Ă©lection de Nixon, largement assurĂ©e (il remportera 49 des 50 États), semblait Ă  l'abri de tous les coups bas de la campagne et ne justifiait ainsi aucun espionnage. Selon Georges Ayache, historien spĂ©cialiste des États-Unis, c'est sa dĂ©faite Ă  l'Ă©lection prĂ©sidentielle amĂ©ricaine de 1960 qui a fait naĂźtre en lui un complexe envers les Kennedy et une paranoĂŻa qui le fait espionner aussi bien ses adversaires politiques que des journalistes[118].

Bien qu'Ă©tant le membre du gouvernement le plus apprĂ©ciĂ© des mĂ©dias et de la classe politique, Henry Kissinger, qui a ajoutĂ© la fonction de secrĂ©taire d'État Ă  celle de conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale, n'Ă©chappe pas aux accusations. Depuis mai 1974, il est directement mis en cause pour avoir commanditĂ© des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques illĂ©gales (notamment Ă  la suite des fuites sur les bombardements secrets au Cambodge en 1969), et aussi Ă  propos de la mise en place de l'« Ă©quipe des plombiers ». Il est menacĂ© d'ĂȘtre inculpĂ© pour faux tĂ©moignages lors de son audition de confirmation devant le SĂ©nat en 1973. Le 11 juin, au cours d'un voyage diplomatique avec le prĂ©sident en Autriche, il dĂ©ment catĂ©goriquement et menace de dĂ©missionner. Peu aprĂšs, le SĂ©nat vote une rĂ©solution garantissant son intĂ©gritĂ©[119].

Le 12 juillet, la commission sĂ©natoriale sur le Watergate publie enfin son rapport d'enquĂȘte. Plus de 2 000 pages dĂ©crivent la responsabilitĂ© de Nixon, dans le cambriolage du Watergate et les obstructions Ă  la justice consĂ©cutives, le plan Huston, la constitution de l'« Ă©quipe des plombiers », la liste d'ennemis, les financements irrĂ©guliers de la campagne de 1972, les liens avec Hughes et Rebozo, les dirty tricks de l'Ă©quipe de Segretti. Ce rapport rĂ©capitulatif et accablant n'offre pas de nouvelles rĂ©vĂ©lations, mais permet au prĂ©sident de la commission Sam Ervin de fustiger la « soif de pouvoir » qui a incitĂ© l'Ă©quipe de Nixon Ă  recourir Ă  des « moyens malĂ©fiques »[120].

Le verdict de la Cour suprĂȘme et l'impeachment

Jaworski a fini par demander Ă  la Cour suprĂȘme de se prononcer sur la lĂ©gitimitĂ© du prĂ©sident Nixon Ă  s'opposer Ă  la restitution des bandes magnĂ©tiques. Le 24 juillet 1974, bien que quatre juges sur neuf doivent leur nomination Ă  Nixon, elle se prononce Ă  l'unanimitĂ© (moins une abstention) pour la restitution des bandes. La Cour, prĂ©sidĂ©e par Warren Burger, a estimĂ© que le « privilĂšge de l'exĂ©cutif » a un fondement, mais ne saurait ĂȘtre une entrave Ă  une enquĂȘte sur des activitĂ©s criminelles[121]. Nixon est alors complĂštement et irrĂ©mĂ©diablement isolĂ© politiquement. Le dos au mur et sans autre recours lĂ©gal, la Maison-Blanche n'a pas d'autre choix que de remettre les bandes au juge Sirica[122].

En juillet 1974, la commission judiciaire de la Chambre des ReprĂ©sentants a bouclĂ© son instruction. Elle a accumulĂ© 7 000 pages de dĂ©positions en vue de l'Ă©ventuel procĂšs de l'impeachment. Le contenu confirmant la culpabilitĂ© de Nixon fuite petit Ă  petit dans la presse[123]. La commission judiciaire doit alors adopter par un vote Ă  la majoritĂ© des deux tiers les rĂ©solutions de l'impeachment du prĂ©sident. Elle est composĂ©e d'une forte minoritĂ© de rĂ©publicains, mais ces derniers, songeant Ă  leur rĂ©Ă©lection, se sont peu Ă  peu dĂ©solidarisĂ©s de Nixon. Les 27, 29 et 30 juillet, la commission judiciaire adopte trois rĂ©solutions, retenant les charges d'obstruction Ă  la justice, abus de pouvoir et outrage au CongrĂšs. C'est dĂ©sormais Ă  la Chambre des ReprĂ©sentants de voter la mise en accusation Ă  la majoritĂ© simple puis au SĂ©nat de juger le prĂ©sident. Il faudra un vote des sĂ©nateurs, Ă  la majoritĂ© des deux tiers, pour qu'il soit destituĂ©[124].

The Smoking Gun Tape

Alors, Nixon dĂ©cide de rendre public, le 5 aoĂ»t, le texte intĂ©gral de l'une des bandes les plus compromettantes, celle qui contient une conversation avec son chef de cabinet Bob Haldeman, le 23 juin 1972, soit six jours aprĂšs le cambriolage du Watergate. Il attend de voir les rĂ©actions pour savoir s'il a une chance de rester en place en continuant le combat. Mais ce sera le coup de grĂące[125]. Cette bande est surnommĂ©e « The Smoking Gun Tape », littĂ©ralement, la « bande pistolet fumant », allusion Ă  la preuve flagrante que constitue un pistolet fumant sur les lieux d'un crime. On y entend le prĂ©sident autoriser explicitement ses collaborateurs Ă  approcher le directeur de la CIA, Richard Helms, afin qu'il demande au directeur du FBI, Patrick Gray, d'enterrer l'enquĂȘte fĂ©dĂ©rale sur le cambriolage, prĂ©tendument pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale[126].

D'aprÚs le texte de la retranscription, Nixon dit de façon sibylline à Haldeman de glisser au directeur de la CIA : « Le problÚme est que ça pourrait rouvrir tout le truc de la baie des Cochons ». Haldeman prétendra en 1978 que cela avait rendu Helms furieux, car il s'agissait d'une allusion au rÎle de la CIA dans les tentatives d'assassinat de Fidel Castro[128].

Cet enregistrement est la preuve irréfutable, non seulement que Nixon a menti pendant deux ans, mais aussi de sa culpabilité dans une conspiration criminelle ayant pour but de faire obstruction à la justice, motif justifiant amplement la procédure d'impeachment. Il fait donc peu de doute que le Sénat, qui sera amené à le juger, le condamnera si la procédure de destitution est menée à son terme. Les principaux dirigeants de son propre parti, dont Barry Goldwater, le pressent de démissionner[129].

La démission

Nixon quitte la Maison-Blanche (photo prise depuis l'hélicoptÚre présidentiel Army One).

Fin juillet, dĂ©but aoĂ»t, les rumeurs les plus folles courent Ă  Washington : le prĂ©sident aurait perdu la tĂȘte, il prĂ©parerait un coup d'État militaire, etc. Nixon ne cesse de tergiverser, mais il sait pertinemment depuis le verdict de la Cour suprĂȘme que la seule alternative est la dĂ©mission ou la destitution. Le prĂ©sident tente jusqu'au bout d'agir comme s'il se situait au-dessus de la mĂȘlĂ©e, en traitant le dialogue avec les SoviĂ©tiques, la crise pĂ©troliĂšre, le problĂšme grandissant de l'inflation, etc. Au fur et Ă  mesure des rĂ©vĂ©lations, des foules de plus en plus nombreuses se sont prĂ©sentĂ©es devant les grilles de la Maison-Blanche ou au cours des dĂ©placements du prĂ©sident, pour rĂ©clamer son dĂ©part. Des considĂ©rations matĂ©rielles non avouĂ©es entrent aussi en ligne de compte. En cas de destitution, il perdra les pensions et les divers privilĂšges accordĂ©s aux anciens prĂ©sidents, et il sera exposĂ© aux poursuites judiciaires sans possibilitĂ© de pardon[130].

AprĂšs s'ĂȘtre farouchement dĂ©fendu, Nixon prĂ©fĂšre donc donner sa dĂ©mission. Il l'annonce par un discours tĂ©lĂ©visĂ© le soir du 8 aoĂ»t. AprĂšs un discours devant le personnel de la Maison-Blanche et les journalistes, il quitte en direct la Maison-Blanche Ă  bord d'Army One, l'hĂ©licoptĂšre prĂ©sidentiel de l'US Army[131] - [132]. Nixon est le seul prĂ©sident de l'histoire des États-Unis Ă  avoir dĂ©missionnĂ©. Il quitte officiellement ses fonctions le , une semaine aprĂšs le dĂ©clenchement de la procĂ©dure d'impeachment.

Gerald Ford annonçant sa décision de gracier Nixon (8 septembre 1974).

Le vice-président, Gerald Ford, nommé par Nixon (et non élu) lui succÚde immédiatement. Sa premiÚre action officielle, trÚs controversée, est de gracier Richard Nixon, ce qui a pour effet de stopper toute procédure[133]. Quant aux enregistrements qui ont suscité d'interminables batailles juridiques, le président Ford en donne le contrÎle à Nixon, qui est le seul habilité à donner les autorisations pour leurs consultations[134].

Les suites du Watergate

Suites judiciaires

À l'issue du procĂšs des cambrioleurs lors duquel il a plaidĂ© coupable, Howard Hunt passe 33 mois en dĂ©tention[135]. Bernard Barker et Frank Sturgis sont sortis de prison au bout de 13 mois[136] - [137]. Gordon Liddy, lui, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  20 ans, mais est amnistiĂ© 4 ans plus tard par le prĂ©sident Jimmy Carter[138].

En novembre 1973, John Dean a plaidĂ© coupable, devant le juge Sirica, d'obstruction Ă  la justice. En tĂ©moignant contre Mitchell, Haldeman et Ehrlichman, il a pu rĂ©duire considĂ©rablement sa peine et ne passe que quatre mois en prison. Il travaillera par la suite dans le secteur bancaire, Ă©crira plusieurs livres, dont certains reprochant Ă  l'administration Bush les mĂȘmes travers que ceux de l'administration Nixon[139]. En juin 1974 Charles Colson plaide coupable d'obstruction Ă  la justice dans l'affaire Ellsberg. Il Ă©vite ainsi d'autres poursuites, et ne passe que 7 mois en prison. Colson est par la suite devenu une figure majeure de la droite chrĂ©tienne et du mouvement Ă©vangĂ©lique[140]. En janvier 1975, John Ehrlichman et Bob Haldeman sont reconnus coupables de conspiration, obstruction Ă  la justice et parjure. Ils passeront 18 mois en prison[141] - [142].

En fĂ©vrier 1975, John Mitchell est reconnu coupable des mĂȘmes crimes. CondamnĂ© Ă  30 mois, il en passe 19 en prison avant d'ĂȘtre libĂ©rĂ© pour raisons mĂ©dicales[143]. Son assistant au CRP, Jeb Stuart Magruder (en), qui a plaidĂ© coupable en aoĂ»t 1973, est restĂ© 7 mois derriĂšre les barreaux[144]. L'ancien attorney general Richard Kleindienst Ă©cope d'un mois de prison pour « refus de rĂ©pondre » dans l'affaire ITT[145]. Egil Krogh (en), l'assistant de Haldeman, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  6 mois de prison[146]. L'avocat de Nixon Herb Kalmbach a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  6 mois de dĂ©tention. Le conseiller Dwight Chapin Ă  10 mois. Le verdict pour son acolyte Donald Segretti a Ă©tĂ© 6 mois[146]. Le directeur financier du CRP, Maurice Stans, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  une amende de 5 000 dollars pour des infractions Ă  la rĂ©glementation du financement Ă©lectoral et acquittĂ© pour les charges les plus sĂ©rieuses[147]. En tout, plus de 70 personnes ont Ă©tĂ© poursuivies en justice dans le cadre de ce scandale[148].

Quant Ă  Nixon, s'il est Ă  l'abri des poursuites grĂące au pardon prĂ©sidentiel de Gerald Ford, il n'en sera pas moins, Ă©tant avocat, radiĂ© du barreau de l'État de New York en 1976[149].

Les commissions sur les agences de renseignement

Les rĂ©vĂ©lations du Watergate ont poussĂ© Ă  remettre en cause l'intĂ©gritĂ© de l'administration et notamment des agences gouvernementales de renseignement. En dĂ©cembre 1974, le journaliste du New York Times Seymour Hersh rĂ©vĂšle une partie du rapport intitulĂ© Family Jewels (« Les Bijoux de Famille ») commandĂ© par le directeur de la CIA Ă  la suite de l'implication de la Centrale dans le scandale. Hersh rapporte que la CIA, bien qu'interdite d'action sur le sol amĂ©ricain, a menĂ© d'importantes campagnes contre les dissidents et les militants opposĂ©s Ă  la guerre du ViĂȘt Nam. L'ensemble du rapport a Ă©tĂ© rendu public en 2007[150].

Ce climat aboutit Ă  la crĂ©ation, en 1975-1976, des commissions d'enquĂȘte au CongrĂšs, la Commission Pike (Chambre des reprĂ©sentants) et la Commission Church (SĂ©nat), dans la continuitĂ© de la commission sĂ©natoriale sur le Watergate[151] - [152]. Les travaux de ces commissions rĂ©vĂšlent certaines activitĂ©s clandestines et illĂ©gales, comme le plan Huston[153], l'utilisation abusive des services fiscaux[154], l'ouverture du courrier[155], le programme COINTELPRO du FBI[156], les opĂ©rations clandestines Ă  l'Ă©tranger notamment au Chili[157], etc. AuditionnĂ© par la Commission Church, l'ancien directeur de la CIA Richard Helms, est condamnĂ© Ă  deux ans de prison avec sursis en 1977 pour de fausses dĂ©clarations sur le soutien de la Centrale Ă  l'opposition contre Salvador Allende, avant le coup d'État au Chili de 1973[158]. Le Senate Select Committee on Intelligence, qui succĂšde directement Ă  la Commission Church, remet en 1977 un rapport sur le Projet MK-Ultra, un programme de la CIA sur les manipulations mentales[159].

Le prĂ©sident Gerald Ford mandate lui-mĂȘme en 1975 une commission prĂ©sidĂ©e par son vice-prĂ©sident Nelson Rockefeller pour enquĂȘter sur les agissements de la CIA, et notamment sur son Ă©ventuelle implication dans l'assassinat de John Kennedy et les tentatives d'assassinat de Fidel Castro. AprĂšs la remise du rapport de la Commission Rockefeller, Ford interdit officiellement les assassinats Ă  l'Ă©tranger par la CIA[160].

Le mystÚre de l'identité de « Gorge profonde »

L'identité de « Gorge profonde », Mark Felt, ex-no 2 du FBI, a été révélée en 2005.

L'identitĂ© de l'informateur surnommĂ© « Gorge profonde » (surnom donnĂ© par Woodward en rĂ©fĂ©rence au film pornographique du mĂȘme nom ayant connu un grand succĂšs en 1972) est un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre. Au cours de l'affaire, plusieurs personnalitĂ©s politiques notoires, dont Henry Kissinger, Alexander Haig[161], George H. W. Bush[162], Ron Ziegler[163], John Dean et Pat Buchanan[164], ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es comme Ă©tant cet informateur secret. Certains spĂ©cialistes du renseignement ont Ă©galement Ă©voquĂ© l'hypothĂšse de John Paisley, agent de liaison de la CIA avec les « plombiers », mystĂ©rieusement disparu en 1978[165].

Les seules personnes connaissant l'identitĂ© du lanceur d'alerte sont les deux journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein, et leur rĂ©dacteur en chef de l'Ă©poque, Benjamin Bradlee. L'identitĂ© de Gorge profonde est rĂ©vĂ©lĂ©e par le magazine amĂ©ricain Vanity Fair du . Il s'agit de Mark Felt, directeur adjoint du FBI sous Richard Nixon. ÂgĂ© de 91 ans, il dĂ©clare souhaiter « libĂ©rer sa conscience »[166]. Le Washington Post confirme aussitĂŽt l'information[167]. Bob Woodward raconte qu'il connaĂźt Mark Felt depuis 1970, et que les relations entre le FBI et la Maison-Blanche s'Ă©taient sĂ©rieusement dĂ©gradĂ©es. Il mentionne aussi sa rĂ©probation des mĂ©thodes de l'administration Nixon et son dĂ©pit de ne pas avoir Ă©tĂ© nommĂ© Ă  la tĂȘte du FBI Ă  la mort de Hoover, ce que Felt confirme dans ses Ă©crits[168] - [169]. Patrick Gray, directeur du FBI quand Mark Felt informe le Washington Post, dĂ©cĂšde un mois plus tard, aprĂšs avoir exprimĂ© son « Ă©norme surprise »[170]. NĂ©anmoins, comme le confirme un enregistrement de la Maison-Blanche, d'une conversation du entre Richard Nixon et Bob Haldeman, ce dernier soupçonne Mark Felt d'ĂȘtre Gorge Profonde, mais aucune mesure de rĂ©torsion n'a Ă©tĂ© prise contre lui de crainte qu'il ne dĂ©voile des informations inavouables dans les mĂ©dias. Devant Gray qui l'a informĂ© de ces soupçons en 1973, Felt a niĂ© catĂ©goriquement[171].

HĂ©ritage

Morale et politique

Le scandale du Watergate est devenu l'une des plus cĂ©lĂšbres affaires de l'histoire des États-Unis et est irrĂ©mĂ©diablement attachĂ© au nom de Nixon, qui est ainsi souvent comparĂ© Ă  d'autres prĂ©sidents des États-Unis dont les mandats ont Ă©tĂ© marquĂ©s par des scandales, tels que Andrew Johnson, Ulysses Grant ou Warren Harding[172]. Il a durablement terni l'image de la fonction prĂ©sidentielle et accru la mĂ©fiance des AmĂ©ricains envers leurs dirigeants, d'autant plus que l'administration Nixon se rĂ©clamait de « la loi et l'ordre ». Le scandale du Watergate en lui-mĂȘme a en fait mis au jour toute une sĂ©rie de pratiques de l'administration Nixon, qualifiĂ©es de White House horrors (« horreurs de la Maison-Blanche »). Le mode de fonctionnement est ainsi devenu, au fil des rĂ©vĂ©lations, « le » grand scandale. Ainsi, selon l'historien amĂ©ricain Melvin Small, « les scandales de Nixon ont rĂ©vĂ©lĂ© une tentative pour subvertir tout le systĂšme politique amĂ©ricain »[173]. Pour d'autres commentateurs de la gauche amĂ©ricaine, comme Noam Chomsky, l'impeachment ne fut prononcĂ© contre Nixon que parce qu'il s'Ă©tait attaquĂ© Ă  aussi puissant que lui et non pour avoir utilisĂ© des mĂ©thodes illĂ©gales largement utilisĂ©es contre d'autres Ă©lĂ©ments de la sociĂ©tĂ© jugĂ©s trop subversifs pour l'ordre Ă©tabli[174] - [175].

Journalisme et contre-pouvoirs

Cette affaire a redonnĂ© un souffle au journalisme d'enquĂȘte, dont Woodward et Bernstein sont devenus les symboles[176]. Elle a aussi contribuĂ© significativement Ă  l'expression du cynisme dans les commentaires et les pratiques politiques[177]. La mĂ©fiance des AmĂ©ricains envers leurs dirigeants s'est considĂ©rablement gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Selon l'entreprise de sondages Louis-Harris, le taux de confiance accordĂ© Ă  la Maison-Blanche est passĂ© de 41 % en 1966 Ă  13 % en 1975, mais une telle Ă©rosion se constate vis-Ă -vis des autres institutions sociales ou politiques[178]. Des annĂ©es aprĂšs, les intellectuels et universitaires amĂ©ricains ne cessent de s'interroger sur les consĂ©quences nĂ©gatives ou positives du scandale[179].

Pour le sociologue GĂ©rard SpitĂ©ri, le scandale du Watergate est le « couronnement du pouvoir journalistique »[180] et « moment fondateur de l'aprĂšs-guerre » du ViĂȘt Nam[180] pensĂ© comme un acte de base de la dĂ©mocratie. Il est ressenti « comme une voie de salut dans la profession »[180], pas seulement aux États-Unis mais aussi en France[180] Ă  un moment oĂč la diffusion des journaux français diminue[180]. Au mĂȘme moment, Le Canard enchaĂźnĂ©, alors en position d'une « sorte de monopole sur la rĂ©vĂ©lation d’affaires »[180], se fait connaĂźtre par la publication de dĂ©claration d'impĂŽts du premier ministre Jacques Chaban-Delmas[180], puis sept ans plus tard par la rĂ©vĂ©lation de l'affaire des diamants de Bokassa[180]. Ce monopole, mis en cause Ă  partir des annĂ©es 1980, a Ă©tĂ© remplacĂ© peu Ă  peu par un pluralisme de la presse se livrant Ă  des enquĂȘtes approfondies, jugĂ© comme un progrĂšs par SpitĂ©ri, car en dĂ©mocratie selon lui, la libertĂ© d'opinion implique « l’indĂ©pendante restitution des faits rapportĂ©s par l’informateur », dans la logique philosophique de Kant, selon qui il « n’est pas de plus sĂ»r critĂšre pour Ă©valuer la vigueur d’une dĂ©mocratie que celui du pluralisme de la presse »[180].

Le scandale, et en particulier les leçons de l'Ă©pisode du « massacre du Samedi soir » et ses consĂ©quences sur l'opinion publique, ont accru de facto l'importance du rĂŽle du Procureur indĂ©pendant. Un aspect en est le renforcement de l'indĂ©pendance du pouvoir judiciaire. Mais cette Ă©volution a parfois Ă©tĂ© jugĂ©e excessive, notamment lors de l'instrumentalisation politique de la fonction, avec par exemple l'enquĂȘte menĂ©e par le procureur Kenneth Starr contre Bill Clinton, lors du Monicagate[181].

Changements politiques

Dans un premier temps, le discrĂ©dit du camp rĂ©publicain profite Ă©lectoralement aux dĂ©mocrates. Les Ă©lections intermĂ©diaires de 1974 voient une nouvelle gĂ©nĂ©ration d'Ă©lus dĂ©mocrates (surnommĂ©e « Watergate babies ») s'emparer de nombreux siĂšges au CongrĂšs[182]. En 1976, c'est un candidat inattendu, Jimmy Carter, gouverneur de la GĂ©orgie, qui, parce qu'il incarne une image de rĂ©novation et d'intĂ©gritĂ©, remporte les primaires dĂ©mocrates, puis l'Ă©lection prĂ©sidentielle contre Gerald Ford[183]. Le courant conservateur du Parti rĂ©publicain profite Ă©galement du scandale pour gagner plus d'influence au sein du parti. Cela s'est vĂ©rifiĂ© notamment lors de l'Ă©pisode du « massacre d'Halloween », le 4 novembre 1975. Il s'agit d'un remaniement qui voit l'arrivĂ©e dans l'administration Ford de personnalitĂ©s moins modĂ©rĂ©es que leurs prĂ©dĂ©cesseurs : Donald Rumsfeld au dĂ©partement de la DĂ©fense, Dick Cheney comme chef de cabinet de la Maison-Blanche, George H. W. Bush Ă  la tĂȘte de la CIA, Brent Scowcroft au Conseil Ă  la sĂ©curitĂ© nationale[184]. Nelson Rockefeller, vice-prĂ©sident en exercice, ancien gouverneur de New York et figure de proue de l'aile libĂ©rale du Parti rĂ©publicain, renonce quant Ă  lui Ă  l'investiture rĂ©publicaine pour la prĂ©sidentielle de 1976. Le courant conservateur porte finalement l'un des siens, Ronald Reagan, au pouvoir en 1980.

Le financement Ă©lectoral a Ă©tĂ© dans le viseur de la Justice tout le long de l'affaire. Le coĂ»t des campagnes Ă©lectorales n'avait cessĂ© d'augmenter : 140 millions de dollars de dĂ©penses totales en 1952, 300 millions en 1968, 425 millions en 1972. Cette augmentation s'explique par le recours de plus en plus frĂ©quent aux sondages, aux spĂ©cialistes des relations publiques, aux rĂ©dacteurs de discours, aux publicitaires, aux temps d'antenne achetĂ©s aux radios et aux tĂ©lĂ©visions, et aux Ă©lections primaires. Le Federal Election Campaign Act de 1971 vise Ă  mettre un frein Ă  ces dĂ©rives. Il est complĂ©tĂ© par des amendements en 1974, 1976 et 1979. DĂšs lors, les contributions financiĂšres sont plafonnĂ©es, elles doivent ĂȘtre dĂ©clarĂ©es, le financement sur des fonds publics est instaurĂ©, et une commission de contrĂŽle est instaurĂ©e pour veiller au respect de ces rĂšgles. NĂ©anmoins, cela n'empĂȘche pas la continuelle augmentation des coĂ»ts des campagnes Ă©lectorales[185].

À l'issue de l'affaire, le CongrĂšs a accru son pouvoir aux dĂ©pens de la prĂ©sidence. Ainsi, la War Powers Resolution adoptĂ© en 1973 limite l'initiative prĂ©sidentielle dans un cas de conflit militaire, et l'oblige Ă  obtenir l'autorisation du CongrĂšs pour une intervention de plus de 60 jours. De mĂȘme, les exportations d'armes et les aides Ă  l'Ă©tranger sont davantage examinĂ©s par la branche lĂ©gislative. Pour compenser ce dĂ©sĂ©quilibre, le prĂ©sident mise davantage sur son image mĂ©diatique et la personnalisation de sa fonction. Pour autant, le CongrĂšs n'est pas devenu plus efficace, Ă  cause de la multiplication des commissions et sous-commissions, qui souvent font doublon ou ne sont pas prĂ©sidĂ©es par des hommes politiques compĂ©tents sur le sujet[186]. L'aprĂšs-Watergate se caractĂ©rise par un dĂ©clin durable des partis traditionnels au profit des groupes de pression. La vie politique amĂ©ricaine se balkanise, se rĂ©sumant souvent Ă  la dĂ©fense d'intĂ©rĂȘts particuliers, et favorise les comportements Ă©goĂŻstes. NĂ©anmoins, cette situation fait naĂźtre un nouveau type de militantisme, qui remplit le vide idĂ©ologique des partis devenus des machines Ă©lectorales attrape-tout et sans cohĂ©rence[187].

Plusieurs commentateurs ont avancĂ© que ce scandale a affaibli non seulement la prĂ©sidence amĂ©ricaine, mais la puissance amĂ©ricaine dans les annĂ©es qui suivent. La chute de SaĂŻgon, en 1975, en serait une illustration. L'indĂ©pendance du Sud ViĂȘt Nam a Ă©tĂ© garantie par le traitĂ© de Paris signĂ© en 1973 pour le retrait des troupes amĂ©ricaines, et Gerald Ford n'a pas donnĂ© l'ordre Ă  l'armĂ©e amĂ©ricaine d'intervenir contre les troupes du Nord ViĂȘt Nam lorsque celles-ci ont envahi le Sud. Nixon n'a pas hĂ©sitĂ© Ă  ordonner des bombardements trĂšs destructeurs lors d'une offensive du Nord au printemps 1972, pendant les nĂ©gociations de paix[188]. D'autres Ă©vĂ©nements, entre 1975 et 1980 soulignent le recul stratĂ©gique des États-Unis sur la scĂšne internationale : les interventions cubaines en Angola et dans la Corne de l'Afrique, rĂ©volution islamique en Iran, insurrection sandiniste au Nicaragua, et invasion de l'Afghanistan. Cette paralysie s'explique avant tout par la crainte d'un nouveau ViĂȘt Nam et des bouleversements institutionnels qui ont commencĂ© dĂšs les annĂ©es 1960[189]. Quoi qu'il en soit, malgrĂ© les points de vue trĂšs nĂ©gatifs sur la prĂ©sidence de Nixon, ce dernier a Ă©tĂ© quelque peu rĂ©habilitĂ© dans les annĂ©es 1980, notamment grĂące Ă  sa politique internationale. Il a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme un « sage » dans ce domaine, invitĂ© par les autoritĂ©s de plusieurs pays (Chine, Russie, pays arabes), et a conseillĂ© des prĂ©sidents, y compris Bill Clinton, peu de temps avant sa mort en 1994, qui donne lieu Ă  des funĂ©railles nationales auxquelles assistent tous les prĂ©sidents amĂ©ricains vivants[190].

Cinéma

  • Le film d'Alan J. Pakula, Les Hommes du prĂ©sident (All the President's Men), tirĂ© du livre Ă©ponyme paru peu avant la dĂ©mission de Nixon, et sorti deux ans seulement aprĂšs la fin du scandale, raconte l'histoire des journalistes qui ont dĂ©voilĂ© le scandale. Le rĂŽle de Bob Woodward est tenu par Robert Redford, et celui de Carl Bernstein par Dustin Hoffman.
  • Le film de Robert Zemeckis, Forrest Gump, fait un clin d'Ɠil Ă  cet Ă©vĂ©nement, lorsque Forrest Gump, de la fenĂȘtre de sa chambre Ă  Washington, surprend en pleine nuit « des lumiĂšres » dans l'immeuble du Watergate.
  • Le film biographique d'Oliver Stone, Nixon, octroie une large place aux Ă©pisodes du Watergate vus de l'intĂ©rieur de la Maison-Blanche, en reprenant implicitement les thĂšses selon lesquelles les bandes auraient dĂ©voilĂ© le langage grossier du prĂ©sident et contenaient des rĂ©fĂ©rences Ă  des opĂ©rations occultes de la CIA. Nixon est jouĂ© par Anthony Hopkins.
  • Le film historique Frost/Nixon, l'heure de vĂ©ritĂ© de Ron Howard dĂ©crit le face-Ă -face entre Richard Nixon et l'animateur britannique David Frost, qui rĂ©alise une sĂ©rie d'entretiens en 1977 avec le 37e prĂ©sident des États-Unis, lors desquels ce dernier admet finalement le caractĂšre immoral de ses actions, mais dĂ©clare que, quoi que fasse le prĂ©sident, cela est lĂ©gal.
  • Le film rĂ©alisĂ© par Steven Spielberg, sorti en 2017, Pentagon Papers, se termine sur la scĂšne finale d'une intrusion de nuit dans l'immeuble du Watergate.
  • Le film rĂ©alisĂ© par Peter Landesman, sorti en 2017, The Secret Man: Mark Felt, raconte les pressions exercĂ©es par le pouvoir sur le FBI et s'intĂ©resse prĂ©cisĂ©ment Ă  Mark Felt, jouĂ© par Liam Neeson.

Télévision

Littérature

  • Dans le roman francophone Un dieu dans la poitrine, Ă©crit par Philippe Krhajac et publiĂ© en 2019 chez Gallimard, figure un chapitre intitulĂ© "Le Watergate". L'auteur fait rĂ©fĂ©rence Ă  ce scandale politique pour relier la petite histoire de son personnage Ă  la grande histoire de l'humanitĂ©[191].
  • L'expression « Une fois le dentifrice sorti du tube, il sera trĂšs difficile de l'y faire entrer Ă  nouveau » restera associĂ©e Ă  l'Ă©change tĂ©lĂ©phonique qu'eurent H. R. Haldeman et John Dean, le [192] - [193].

Journalisme « gonzo »

Un reporter, « l'inventeur » du journalisme gonzo Hunter S. Thompson, qui ne cache pas son mĂ©pris envers Nixon et ses hommes, qualifiĂ©s tantĂŽt de maquereaux, de fascistes ou d'incapables, donne une analyse dĂ©calĂ©e et non moins passionnĂ©e des auditions du Watergate pour le magazine Rolling Stone. Toutefois, l'affaire du Watergate ne correspondait pas Ă  son style de reportage, car « il Ă©tait inutile de chercher l'histoire, elle prenait soin d'elle-mĂȘme, elle se dĂ©ployait au long d'heures entiĂšres de tĂ©moignages dessĂ©chĂ©s »[194]. Thompson se contente donc de donner son opinion, avec son style singulier :

« Il me faut reconnaĂźtre que j'Ă©prouve une vague sympathie irrationnelle pour le salopard. Non le prĂ©sident, petite brute brisĂ©e qui nous sacrifierait tous pour sauver sa peau — s'il en avait encore le choix —, mais le genre de sympathie que je pourrais ressentir, sur le coup, pour un dĂ©fenseur fĂ©roce et arrogant dont la longue carriĂšre connaĂźt une fin brutale, par un dimanche aprĂšs-midi, quand un petit nouveau lui brise les deux genoux lors d'un blocage Ă  fond les potards[195]. »

Ces articles ont été rassemblés dans le second volume de La Grande Chasse au requin : Le Nouveau Testament Gonzo (réédité sous le nom Dernier Tango à las Vegas).

Postérité du suffixe « gate »

Cette affaire a Ă©tĂ© Ă  ce point marquante qu'Ă  la suite de ce scandale, les mĂ©dias amĂ©ricains ont pris l'habitude d'utiliser le suffixe « -gate » (qui signifie « portail » en anglais) pour dĂ©signer des affaires d'État, ou d'autres scandales politico-financiers, par exemple l'Irangate (vente d'armes Ă  l'Iran pour financer les Contras au Nicaragua), ou le Monicagate. Cette habitude est Ă©galement parvenue en France oĂč une affaire des ventes d'armes Ă  l'Angola a Ă©tĂ© nommĂ©e « Angolagate » (terme crĂ©Ă© par Le Monde en janvier 2001)[196]. Cette habitude sĂ©mantique s'est propagĂ©e dans des rubriques trĂšs hĂ©tĂ©roclites, Ă  propos d'affaires n'ayant en commun que la mĂ©diatisation du scandale. On peut Ă©galement citer le Plamegate, le Coingate, le Crashgate, le Nipplegate, le Climategate, le Foreclosuregate, le Rubygate, le Cablegate, l'Antennagate, le Penelopegate[197], Fillongate ou encore le Tweetgate. En 2022, l'affaire impliquant le premier ministre britannique Boris Johnson qui a organisĂ© des fĂȘtes Ă  Downing Street en pleine pĂ©riode de confinement liĂ© Ă  la pandĂ©mie de Covid-19, violant des rĂšgles Ă©dictĂ©es par son propre gouvernement, est appelĂ©e Partygate[198].

Un autre terme lexical de l'affaire du Watergate a été repris en France par Le Canard enchaßné, lorsque des agents de la DST ont tenté, en 1973, de poser des micros dans la rédaction du journal satirique. Cette affaire est passée à la postérité sous le nom de l'affaire des plombiers ou Watergaffe[199].

Les acteurs de l'affaire

Chronologie des événements

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Voir aussi

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