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Le Livre de la jungle (film, 1967)

Le Livre de la jungle (The Jungle Book) est le 24e long-m√©trage d'animation et le 19e ¬ę classique d'animation ¬Ľ des studios Disney. Sorti en 1967, il est inspir√© du livre du m√™me nom √©crit par Rudyard Kipling et paru en 1894. Le film pr√©sente le jeune Mowgli √©lev√© par des loups dans une for√™t indienne et qui, accompagn√© de la panth√®re noire Bagheera, doit retourner dans un village aupr√®s des hommes pour √©chapper au tigre mangeur d'hommes et terreur de la jungle Shere Khan. Durant son voyage initiatique, Mowgli rencontre √† tour de r√īle l'ours bon vivant Baloo qui contraste avec Bagheera par son temp√©rament, une troupe militaire d'√©l√©phants, un groupe de singes men√© par son roi Louie qui voudrait devenir un homme ou encore le serpent hypnotiseur Kaa.

Le Livre de la jungle
Description de l'image Le Livre de la jungle (film, 1967) Logo.png.
Titre original The Jungle Book
Réalisation Wolfgang Reitherman
Scénario Larry Clemmons
Ralph Wright
Vance Gerry
Ken Anderson
Sociétés de production Walt Disney Pictures
Pays de production Drapeau des √Čtats-Unis √Čtats-Unis
Durée 78 minutes
Sortie 1967

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le film est marqu√© par une qualit√© graphique √©lev√©e, mais surtout par l'utilisation d'acteurs vocaux c√©l√®bres ayant fortement influenc√© voire inspir√© les personnages comme Phil Harris (Baloo), Louis Prima (Roi Louie) et George Sanders (Shere Khan). Pour plusieurs auteurs, la pr√©sence de fortes personnalit√©s vocales et un sc√©nario assez simple sans vrais m√©chants font du Livre de la jungle une succession de sc√®nes musicales divertissantes, mais o√Ļ il manque un petit quelque chose. Le film est aussi marqu√© par la mort de Walt Disney quelques mois avant sa sortie. Pour le studio Disney, l'ensemble marque le d√©but d'une p√©riode d√©sign√©e √† la fois comme une forme de d√©clin, de l√©thargie, mais aussi de perp√©tuelle r√©utilisation d'une m√™me formule, justement utilis√©e pour Le Livre de la jungle. Ce n'est que gr√Ęce √† un programme de formation de nouveaux talents et une nouvelle direction au milieu des ann√©es 1980 que le studio Disney retrouve des productions √©galant le ¬ę Premier √āge d'or ¬Ľ.

Malgr√© les critiques, Le Livre de la jungle est un succ√®s commercial et sert de base √† de nombreux produits d√©riv√©s. Deux s√©ries anim√©es d√©riv√©es ont √©t√© cr√©√©es : Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance (1996-1998), qui raconte l'enfance des personnages, et Super Baloo (1990-1994), o√Ļ Baloo travaille comme pilote d'avion. Un remake en prise de vue r√©elle a √©t√© produit en 1994 avec le m√™me titre Le Livre de la jungle ainsi qu'une pr√©quelle avec acteurs intitul√©e The Jungle Book: Mowgli's Story. Une suite au film d'animation est r√©alis√©e en 2003 avec Le Livre de la jungle 2.

Synopsis

Un jour, la panth√®re noire Bagheera trouve un b√©b√© abandonn√© dans un panier au fin fond de la jungle indienne. Bagheera s'empresse d'apporter le b√©b√© √† une louve qui vient d'avoir des petits et qui accepte de l'√©lever. Pendant dix ans, le ¬ę petit d'homme ¬Ľ baptis√© Mowgli grandit paisiblement parmi ses fr√®res louveteaux. Mais une nuit, la meute de loups apprend le retour dans la jungle du tigre mangeur d'hommes Shere Khan. Pour prot√©ger Mowgli, le conseil de la meute d√©cide de le renvoyer au village humain le plus proche, Bagheera acceptant de l'escorter. La panth√®re et l'enfant quittent les loups le soir m√™me, mais l'enfant refuse de partir de la jungle. Le chemin restant √† parcourir √©tant long, ils s'endorment dans un arbre pour le reste de la nuit. Durant leur sommeil, un python affam√©, nomm√© Kaa surgit, hypnotise Mowgli et l'enserre dans ses anneaux. Le serpent tente de d√©vorer l'enfant mais Bagheera intervient et le sauve.

Le lendemain, les deux amis sont r√©veill√©s par un troupeau d'√©l√©phants men√© par le colonel Hathi. Mowgli s'ins√®re dans la patrouille des √©l√©phants √† la suite de Winifred, la femme de Hathi, et de Junior, leur fils. Bagheera retrouve le petit d'homme et ils en viennent aux mots, au point qu'ils partent chacun de leur c√īt√©.

Mowgli rencontre alors un ours, Baloo, qui prend la vie comme elle vient. Cet épicurien promet de prendre soin de Mowgli et de ne pas l'emmener dans un village humain, ce qui réjouit l'enfant. Baloo est cependant trompé par une bande de singes rusés qui kidnappent Mowgli. Il est emmené auprès de leur chef, un orang-outan appelé le Roi Louie. Ce dernier, tout en dansant et chantant, propose un marché à l'enfant : si ce dernier consent à lui apprendre le secret du feu détenu par les hommes, il promet à Mowgli de le laisser rester dans la jungle. Mais comme le petit d'homme a été élevé par des loups et non des humains, il ne connait pas ce secret. Bagheera et Baloo se mêlent à la danse pour sauver Mowgli et s'ensuit un chaos qui s'achève avec la destruction du palais des singes.

La nuit venue, Bagheera explique √† Baloo que la jungle ne sera jamais s√Ľre pour Mowgli tant que Shere Khan sera pr√©sent. Au matin, Baloo tente √† contrecŇďur de convaincre l'enfant que le village des hommes est le meilleur endroit pour lui, mais Mowgli l'accuse d'avoir rompu sa promesse et s'enfuit en courant. Baloo part √† la recherche du petit d'homme tandis que la panth√®re se met en qu√™te du colonel Hathi et de sa patrouille d'√©l√©phants pour les aider dans leur recherche. Mais Shere Khan, qui a entendu la conversation entre Bagheera et Hathi, est d√©cid√© √† chercher et tuer Mowgli. Entre-temps, l'enfant rencontre √† nouveau le python Kaa qui l'hypnotise de nouveau, mais est interrompu par Shere Khan. Mowgli en profite pour nouer la queue du serpent et pour s'enfuir.

Une tempête approche tandis que Mowgli rencontre un groupe de vautours malicieux qui s’efforcent de lier amitié avec l'enfant, arguant qu'ils sont tous des bannis et que tout le monde doit avoir des amis. Shere Khan surgit, disperse les vautours et fait face à Mowgli. Baloo arrive alors, tente d'éloigner le tigre de l'enfant mais est blessé dans l'affrontement. Un éclair frappe un arbre proche qui s'enflamme. Les vautours essayent de distraire Shere Khan pendant que Mowgli ramasse une branche enflammée et l'attache à la queue du tigre. Terrifié par le feu, Shere Khan panique et s'enfuit.

Mowgli tente en vain de r√©veiller Baloo. Bagheera, arriv√© sur les lieux, craint le pire, et prononce une √©pitaphe √©mouvante, au moment m√™me o√Ļ l'ours revient √† lui, √† la grande joie du petit d'homme.

Les trois amis finissent par arriver aux abords du village des hommes. L'attention de Mowgli se porte sur une jeune fille du village, venue prendre de l'eau dans la rivière. Elle aperçoit Mowgli, et fait tomber sa jarre pour attirer son attention. Il la ramasse, la rapporte à la jeune fille, et suit cette dernière dans le village. Bagheera et Baloo se félicitent que l'enfant ait choisi de rester en sécurité avec les hommes. Ils décident de repartir dans la jungle, contents que Mowgli ait la possibilité d'être heureux parmi les siens, tel un enfant sauvage néanmoins.

Fiche technique

Sauf mention contraire, les informations proviennent des sources suivantes : Leonard Maltin[1], John Grant[2], Pierre Lambert[3] et IMDb[4].

Distribution

Version originale

Sauf mention contraire, les informations proviennent des sources suivantes : Leonard Maltin[1] et John Grant[2].

Version française

  • Distributeur Fran√ßais : Buena Vista Pictures International
  • Maison de Doublage : S.P.S (Soci√©t√© Parisienne de Sonorisation)
  • Direction Artistique : Henri Allegrier-Ebstein
  • Direction Chant : Georges Tzipinie & Jean Cussac
  • Adaptation : Louis Sauvat & Christian Jollet
  • Supervision : W.J. Hardouin
  • Voix :

Sources : Carton DVD et Pierre Lambert[3].

Distinctions

Sorties cinéma

Sauf mention contraire, les informations suivantes sont issues de l'Internet Movie Database[5].

Premières nationales

Ressorties principales

  • Italie : ,
  • Japon :
  • Finlande :
  • √Čtats-Unis : , ,
  • France : , ,
  • Allemagne de l'ouest : ,
  • Pays-Bas :
  • Australie : , ,
  • Royaume-Uni : ,
  • Su√®de :
  • Irlande :
  • Allemagne : ,
  • Norv√®ge :
  • Autriche :

Sorties vidéo

  • - VHS avec recadrage 4/3 (Qu√©bec)
  • (France) - VHS avec recadrage 4/3
  • - VHS (Plein √©cran) avec recadrage 4/3 et LaserDisc avec format 1,66:1.
  • - VHS avec recadrage 4/3
  • - VHS et DVD (zone 1) avec recadrage 4/3
  • - DVD (zone 2) avec recadrage 4/3
  • - DVD Platinium
  • - Blu-ray avec nouvelle restauration audio (7.1 m√™mes interpr√®tes) et vid√©o HD ratio 1,78:1

Origine et production

Après la sortie de Merlin l'Enchanteur (1963), le scénariste Bill Peet demande à Walt Disney que le département animation fasse des personnages animaliers plus intéressants et propose d'adapter Le Livre de la jungle (1894) de Rudyard Kipling[6] - [7]. Disney avait déjà envisagé d'utiliser les histoires de Kipling à la fin des années 1930[8]. Le mauvais résultat de Merlin l'Enchanteur le pousse à offrir à ses animateurs une seconde chance[9]. Disney accepte la proposition et, pour la seconde fois consécutive, d'adapter un succès de la littérature enfantine[1] - [6].

Un premier scénario trop sombre

Walt Disney confie à Peet le soin d'adapter le scénario et d'entamer la supervision du film comme il l'a fait pour les précédentes productions (Les 101 Dalmatiens et Merlin l'Enchanteur)[7]. Selon Bob Thomas, ce dernier film étant simplement décevant, Walt Disney s'investit donc un peu plus[9] au regard des comptes rendus de réunions de développement[10]. Roy Edward Disney, neveu de Walt, explique que son oncle a certainement été pris par la jungle et les personnages qui y vivent[11].

Peet prend comme base les deux tomes des histoires √©crites par Kipling[12]. Le studio fait toutefois l'acquisition en 1962 des droits d‚Äôadaptation des treize histoires contenues dans ces deux tomes mais se concentre uniquement sur celles avec Mowgli[13] - [14]. Peet d√©cide de suivre au plus pr√®s le ton sinistre, sombre et dramatique du livre de Kipling qui a pour sujet les luttes entre humains et animaux[15]. Toutefois, il d√©cide d'avoir une ligne directrice plus simple et plus forte car le roman est tr√®s √©pisodique, Mowgli faisant des allers et retours entre la jungle et le village[15]. Peet pense que le retour au village doit √™tre √† la fin du film et, √† la suite de suggestions qui lui sont faites, il cr√©e deux nouveaux personnages : la jeune fille nomm√©e Shanti dont Mowgli tombe amoureux, seule raison valable selon les animateurs pour qu'il quitte la jungle, et l'orang-outan, le roi des singes, le Roi Louie[15]. Louie est, dans cette version, un personnage peu comique car il emprisonne Mowgli pour accaparer la connaissance du feu[15]. Louie rappelle aussi un point de sc√©nario repris du Second livre de la jungle dans lequel des bijoux et de l'or seraient cach√©s sous les ruines et o√Ļ un villageois braconnier demande √† Mowgli de le conduire pour y d√©rober les tr√©sors[9] - [15]. Dans le premier sc√©nario, le braconnier Buldeo ordonne √† Mowgli de le conduire au palais du Roi Louie pour y d√©rober le tr√©sor mais celui-ci se fait tuer par Shere Khan, Mowgli finit par tuer le tigre avec le fusil du braconnier. Peet int√®gre aussi les personnages du chasseur Buldeo et du busard Ishtar[16]. Il travaille huit mois sur le sc√©nario et illustre une douzaine de storyboards[6].

Disney n'est pas convaincu par cette adaptation, la trouvant trop sombre pour un public familial et demande plusieurs changements[7]. Elle est ¬ę trop proche de l'Ňďuvre de Kipling, morose, d√©primante, effrayante, myst√©rieuse avec plein de vilaines choses arrivant √† un enfant[17] ¬Ľ. De plus, Peet et Disney ne sont pas d'accord sur la voix de Bagheera[17]. Peet refuse de changer son sc√©nario et, apr√®s un long entretien avec Disney, il quitte le studio en janvier 1964 durant la production du film[6] - [7] - [18]. Son d√©part est aussi motiv√© par le succ√®s de ses publications jeunesse en dehors du studio Disney[17], information connue par Walt[6].

En parallèle des travaux de Peet, Walt Disney confie la composition de la musique à Terry Gilkyson[7] - [13]. À la demande de Walt Disney, Gilkyson reprend le style musical de Bambi (1942) qui soutient un style graphique proche, réaliste[13]. La première chanson, prévue pour le générique, s'intitulait Brothers All et comprenait Mowgli et des loups[13]. La seconde, The Song of the Seeonee, proposait un quartet de barbiers avec des loups ponctué de ululements[13]. Une troisième chanson devait soutenir la scène après la capture de Mowgli par les singes, intitulée Monkey See, Monkey Do dans un style d'opérette proche de Gilbert et Sullivan[17]. Elle devait être suivie par une musique plus solennelle, Hate Song, durant laquelle Shere Khan et le personnage supprimé de Buldeo évoquaient leurs plans maléfiques[17]. Une chanson plus douce interprétée par Bagheera et Baloo, In a Day's Work, servait à expliquer à Mowgli que même le petit oisillon doit attraper des vers pour son repas[17]. Le film s'achevait par une chanson sentimentale, I Knew I Belonged to Her, durant laquelle Mowgli chantait à Bagheera le souvenir du village de sa mère[17].

Nouvelle approche pour le scénario

Apr√®s le d√©part de Peet, Walt Disney assigne alors Larry Clemmons au sc√©nario en lui tendant un exemplaire du Livre de la jungle de Kipling mais en lui demandant de ne pas le lire[2] - [19], et confie la partie graphique √† Ken Anderson[6]. Clemmons consulte quand m√™me le livre et le trouve trop hach√©, sans jointure, demandant une adaptation pour en faire un film[20]. Il pr√©conise d'utiliser la technique narrative in medias res avec des retours en arri√®re, mais Walt lui demande de se recentrer sur une histoire plus directe en pr√©sentant les personnages[20] : ¬ę Faisons vivre le film. Construisons les personnages. Amusons-nous avec eux. ¬Ľ La majeure partie du travail de Peet est perdue, mais les personnalit√©s des personnages sont rest√©es dans le film final. Walt Disney est persuad√© que l'histoire se doit d'√™tre simple et que les personnages conduisent l'histoire. Disney participe alors activement aux r√©unions de sc√©nario, jouant chaque r√īle, aidant √† explorer les √©motions de chaque personnage, aidant √† la cr√©ation d'effets comiques et au d√©veloppement des s√©quences √† √©motion[9]. Clemmons √©crit un sc√©nario brut avec simplement quelques sc√®nes plus d√©taill√©es.

Patricia O'Rourke et Sabu dans Le Livre de la jungle de 1942
Patricia O'Rourke et Sabu, dans Le Livre de la jungle (1942).

Finalement, quatre scénaristes ont été assignés au développement du film[9]. Trois rejoignent Clemmons et entament le travail de compléter les scènes, ajoutant les gags[21] - [22]. Ils ajoutent aussi des indications pour aider les acteurs à modeler la voix de leur personnage et comment ils interagissent[23]. La conception du scénario s'étale du au , d'après les comptes-rendus de réunions stockés aux Walt Disney Archives[24]. L'histoire finale est centrée sur les personnages de Kipling mais élimine la plupart des situations et faits présents dans l'adaptation Le Livre de la jungle de 1942 avec Sabu en Mowgli[19]. Toutefois durant l'été 1966, Walt Disney n'est pas satisfait de la production, il trouve que l'histoire est trop épisodique et n'a pas d'échine, que le public ne parviendra pas à s'identifier à Mowgli, que le méchant fait trop cliché mais que les acteurs peuvent sauver le film[25].

Mort de Walt Disney et poursuite du projet

Walt Disney participe à ce film bien plus qu'aux précédentes productions, choisissant les acteurs donnant leur voix aux personnages ou incarnant les personnages lors des réunions de travail[19], comme il le faisait quelques années auparavant. Pour rappel, la production de La Belle au bois dormant (1959) entamée en 1952 est émaillée d'absences de Walt Disney accaparé par plusieurs projets dont le parc Disneyland[26] - [27] et de la production de plusieurs émissions télévisuelles[28] comme Disneyland, The Mickey Mouse Club et la série Zorro[27] (Cf. le paragraphe dédié). De même Rebecca et Samuel Umland constatent que Bob Thomas passe sous silence la participation de Walt à Merlin l'Enchanteur[29] et David Koenig écrit qu'il n'était guère enthousiaste vis-à-vis de ce projet[30]. Walt Disney déclare ainsi lors d'une de ces réunions qu'il est l'inventeur de gags le moins bien payé du studio[19]. En , il regarde les derniers rushs du Livre de la jungle et se demande si un tigre peut grimper aux arbres[31]. Il demande aussi à Harry Tytle de réduire les dépenses du département animation[31]. La dernière réunion pour le film a lieu mi- et concerne la scène finale avec la jeune fille[32]. À la fin de l'année 1966, l'animation est en cours d'achèvement[32] mais Walt Disney ne verra jamais le film terminé[33].

√Ä l'automne 1966, un bilan m√©dical √©tablit que Walt Disney souffre d'un cancer du poumon √† un stade avanc√©[34]. Il subit l'ablation d'un de ses poumons mais meurt six semaines plus tard au Saint Joseph's Hospital situ√© juste de l'autre c√īt√© de la Buena Vista Street, la rue s√©parant l'h√īpital des Studios Disney[34].

L'équipe du studio responsable du Livre de la jungle doit achever le film. Malgré la douleur de la perte de Walt Disney, l'équipe est fière de cette production[34]. Le scénario prend des libertés avec l'histoire originale de Kipling mais le résultat justifie, selon Christopher Finch, ces libertés[34].

Animation

La conception des personnages est principalement confi√©e √† Ken Anderson qui d√©veloppe un style plus bris√© que les animaux plus ronds de Dumbo (1941)[20]. Il fut envoy√© en Afrique avec quelques coll√®gues pour esquisser des √©l√©phants[35]. Le Livre de la jungle est le premier long m√©trage de Disney qui utilise fortement des animaux non domestiqu√©s[36]. Il fait suite √† Bambi (1942), situ√© dans l'Am√©rique sauvage et dont le succ√®s avait inspir√© une s√©rie de documentaires animaliers, les True-Life Adventures, ainsi que de nombreuses productions de fiction sur des animaux[36]. L'animateur Milt Kahl se base sur des productions Disney pour reproduire au mieux les mouvements des f√©lins Bagheera et Shere Khan, comme Les Pas du tigre (1964) ou le documentaire Le Jaguar, seigneur de l'Amazone (1959) de la s√©rie True-Life Adventures[20]. Pour le Roi Louie, le studio utilise des graphiques de comparaison anatomiques et des documentaires sur les orang-outans[37]. C'est Frank Thomas et Ollie Johnston qui se chargent du duo Baloo-Mowgli, r√©alisant ainsi l'exploit d'animer pr√®s de la moiti√© du film[32]. Johnston anime aussi les sc√®nes avec Bagheera[32]. Pour Baloo, le studio utilise de plus des extraits de films avec des ours d'o√Ļ sa propension √† se gratter[38]. Pour Kaa en raison de son absence de l√®vres et de mains, l'effort d'animation est recentr√© sur ses yeux, tr√®s expressifs mais aussi sur le reste du corps[38].

Le Livre de la jungle est le premier long métrage de Disney ayant pour décor un environnement tropical[39]. Supervisé par Albert Dempster[32], le studio utilise l'ensemble de ses techniques pour les décors, que ce soit des nuances de couleurs renforçant la désolation lorsque Mowgli rencontre les vautours, des fonds simples et apaisant sans conflit avec les personnages ou l’atmosphère quand Bagheera discute avec Mowgli la nuit[40], ou la caméra multiplane pour la profondeur des décors[32]. Graphiquement, le style de Dempster est classique et convient à l'esprit du Livre de la Jungle et à l'instar d'Eyvind Earle sur La Belle au Bois dormant[32]. Dempster a réalisé la plus grande partie des 700 décors du film[32]. Certains décors comme la jungle éclairée par la lune rappellent la palette de couleurs de Paul Gauguin, le style de Gustave Doré[41] ou du Douanier Rousseau[42] - [43].

La production du film est confront√©e, comme souvent au cin√©ma, √† des probl√®mes de mise en sc√®ne. L'un des premiers probl√®mes √©tant que le spectateur doit √©prouver de la sympathie envers Mowgli et cela en passant au travers de sc√®nes avec d'autres personnages[44]. Baloo est choisi comme premier partenaire pour tester leur relation, mais cette premi√®re version comportant d√©j√† la voix d'un acteur √©tait trop ¬ę vieille √©cole ¬Ľ, semblable aux pr√©c√©dents ours de Disney[44]. La production d√©cide de revoir sa copie et d'en faire un Ed Wynn, m√™lant autorit√© et comique[44]. C'est ensuite que Walt propose Phil Harris pour Baloo[44].

Mowgli doit exprimer son d√©sespoir apr√®s avoir cru √™tre tromp√© par Baloo, puis courir dans la jungle mais pas trop vite[45]. Malheureusement, il n'est pas facile de rendre compte de ce sentiment[45]. La solution est trouv√©e par un des animateurs charg√©s de la sc√®ne qui s'est rem√©mor√© un film d'action o√Ļ un jeune enfant court vers un fourr√© et √©carte une branche[45]. Ce geste permet de s'attarder sur les expressions faciales de Mowgli et permet de bien montrer ses sentiments[45]. Cette sc√®ne est devenue un myst√®re qui explique bien le long chemin avant le film final[45]. Lors des esquisses, l'animation est simple, les animateurs d'effets sp√©ciaux, dans ce cas pr√©cis des intervallistes, conservent le m√™me niveau de d√©tail mais ils agrandissent les feuilles et ajoutent quelques branches pour respecter un nouveau sch√©ma graphique, puis l'artiste de cadrage r√©agit en pensant √† une jungle dense, ajoutant et grossissant les branches et feuilles, enfin le d√©corateur voyant les dessins de ses confr√®res pour la sc√®ne a ajout√© des broussailles pour densifier la for√™t[46]. Finalement, le jeune Mowgli traverse une jungle dense sans encombre et l'action est totalement transform√©e[46].

Pour la marche des √©l√©phants, l'animation en partie r√©alis√©e par Eric Cleworth est con√ßue comme un cycle r√©p√©titif de sorte qu'au d√©but du cycle suivant, l'image est diminu√©e pour cr√©er la perspective et l'√©loignement[47]. Bill Peet cr√©e le personnage d'Ishtar le busard, un vautour fauve, afin de r√©soudre le probl√®me de la collecte d'information dans la jungle sur les carnassiers, tigres, panth√®res et loups[48]. Les vautours √©tant des charognards, ces personnages peuvent servir de lien entre pr√©dateur et proie √† la fois pour communiquer et les localiser[48]. Mais il pr√©f√®re stopper cette piste pour d√©velopper la relation entre Bagheera et Mowgli[49]. Pour exprimer les relations entre les diff√©rentes personnes, Johnston et Thomas expliquent dans leur bible de l'animation qu'elles n'apparaissent qu'apr√®s les avoir construites sur une sc√®ne clef ou souvent sur plusieurs sc√®nes gr√Ęce √† des actions, des expressions et des √©motions[50].

Musique

Au début du projet, Walt Disney confie la composition de la musique à Terry Gilkyson, mais elle est jugée trop sinistre pour le film[7] - [13]. La seule chanson de Gilkyson conservée dans la version finale est Il en faut peu pour être heureux tandis que Disney demande aux frères Sherman d'écrire de nouvelles chansons[7] - [32]. Les Sherman connaissent le livre original et l'adaptation Le Livre de la jungle de 1942, mais Walt Disney leur conseille d'oublier ces versions assez sombres pour des choses plus joyeuses, plus légères, avec la touche Disney[51] - [52]. Il les convie aussi aux sessions de développement du scénario afin que les chansons participent à l'action sans l'interrompre[7].

La premi√®re des cinq chansons √©crites par les fr√®res Sherman doit soutenir la sc√®ne du kidnapping de Mowgli par les singes et, √† la demande de Walt Disney, de ¬ę Disneyifier ¬Ľ la musique ; les deux compositeurs la transforment en une version swing avec un roi du Swing et une bande de singes digne d'un Dixieland[52]. George Bruns se voit confier la musique instrumentale[32] et r√©utilise deux chansons de productions pr√©c√©dentes[20] : un th√®me de La Belle au bois dormant (1959) compos√© par Bruns pour le r√©veil de Mowgli apr√®s avoir √©chapp√© aux singes et un extrait √† l'orgue de Blanche-Neige et les Sept Nains compos√© par Paul J. Smith pour l'eulogie de Bagheera pensant que Baloo a √©t√© tu√© par Shere Khan[20].

Pour la sc√®ne de Baloo expliquant sa philosophie, l'ours ressent √† un moment le besoin de se gratter et atteint une forme d'extase en se frottant √† un palmier[53]. Wolfgang Reitherman souhaite ajouter de la musique pour soutenir la sc√®ne et engage quatre musiciens dont le trompettiste Cappy Lewis[53]. Reitherman lui demande de reproduire la fr√©n√©sie de Baloo en musique, ce qu'il parvient avec une improvisation qui pla√ģt tellement √† la production qu'elle d√©cide de l'ajouter √† la fin du film dans le g√©n√©rique ¬ę pour que le public parte de bonne humeur[53] ¬Ľ. L'assistant r√©alisateur Danny Alguire fait retranscrire la prestation note par note et Bruns l‚Äôint√®gre √† la partition[53]. Lors de l'enregistrement final, Cappy Lewis en lisant la partition de sa propre improvisation d√©clare que ¬ę personne ne peut jouer cela ¬Ľ, mais y parvient finalement[53].

Bande originale

The Jungle Book
Bande originale
Sortie 1967
Enregistr√© F√©vrier 1964 ‚Äď Juin 1967
Genre Bande originale
Compositeur Terry Gilkyson, Robert B. Sherman et Richard M. Sherman
Producteur Larry Blakely
Label Disneyland, Walt Disney

En dehors de la chanson Il en faut peu pour être heureux, écrite par Terry Gilkyson, toutes les autres chansons ont été composées par les frères Sherman[54].

  • La Patrouille des √©l√©phants (Colonel Hathi's March) - Colonel Hathi et les √©l√©phants
  • Il en faut peu pour √™tre heureux (The Bare Necessities) - Baloo et Mowgli
  • √ätre un homme comme vous (I Wanna Be Like You) - Roi Louie, Baloo et les Singes
  • Il en faut peu pour √™tre heureux - Mowgli
  • La Marche des √©l√©phants (reprise) - Colonel Hathi et les √©l√©phants
  • Aie confiance (Trust In Me) - Kaa
  • C'est √ßa l'amiti√© (That's What Friends Are For) - Les Vautours, Mowgli et Shere Khan
  • Ma maison sous le chaume (My Own Home) - Shanti
  • Il en faut peu pour √™tre heureux (reprise finale) - Baloo et Bagheera

En raison des multiples éditions, les autres bandes originales sont présentées dans la section sur les produits dérivés.

Choix des interprètes

Dans la tradition Disney, les animaux présentés du point de vue humain doivent être réalistes, c'est le cas de La Belle et le Clochard (1955), Les 101 Dalmatiens (1961) et du Livre de la jungle[55]. Toutefois, les personnages du Livre de la jungle doivent beaucoup aux acteurs qui leur prêtent leurs voix[34]. Le studio tente de recruter des étudiants indiens pour avoir un accent plus local mais sans résultat[44]. C'est principalement à partir des voix originales que les personnalités des personnages sont façonnées[34]. Leonard Maltin, ainsi que Thomas et Johnston évoquent une difficulté pour le public adulte de faire abstraction des acteurs[56] - [57]. Avant Le Livre de la jungle, il est rare qu'un acteur donne sa personnalité à un personnage, c'est le cas ici avec Phil Harris (Baloo), Louis Prima (Roi Louie) et George Sanders (Shere Khan)[56].

Harris est choisi par Walt Disney pour donner sa voix à l'ours Baloo après l'avoir entendu lors d'un gala caritatif à Palm Springs[19]. Les animateurs sont surpris par ce choix, Harris étant plus connu dans le monde des clubs de nuit que pour la jungle[44]. Harris enregistre un dialogue, en grande partie improvisé car il considère le script comme peu naturel[7]. À la fin de la session, il demande une copie de l'enregistrement pour que sa femme Alice Faye et ses amis puissent le croire[57]. Les animateurs réalisent alors 35 ou 40 pieds de film avec Mowgli et Baloo puis ce test est visualisé par Walt Disney[58]. Ce dernier accepte et valide l'utilisation de cet ours Baloo dans le film tandis que Phil Harris est convié à une seconde session d'enregistrement[58]. Le développement du personnage de Baloo avec Phil Harris permet de résoudre les problèmes rencontrés avec Bagheera[58], comme le manque d'émotion avec Mowgli[44], et de poursuivre la production.

Confiant avec la bonne prestation de Harris, Jimmy Johnson, président de Disneyland Records, propose que Louis Prima donne sa voix au Roi Louie[59]. Harris contacte Prima pour une audition. Enthousiaste, ce dernier se fait accompagner à ses frais par son orchestre[59]. Walt accepte Prima et choisit d'autres acteurs célèbres pour les personnages comme George Sanders pour Shere Khan et Sebastian Cabot pour Bagheera[20].

Sterling Holloway, un habitu√© des studios Disney donne sa voix au serpent Kaa et, gr√Ęce √† une chanson ing√©nieuse des fr√®res Sherman, le cheveu sur la langue de Kaa est mis en valeur[56]. La chanson Aie confiance est bas√©e sur Land of Sand, une m√©lodie non utilis√©e de Mary Poppins (1964)[16] - [60] - [61].

Pour Mowgli, le premier acteur choisi est David Bailey mais sa voix mue durant la production et perd ainsi l'innocence recherch√©e par les producteurs[20]. Wolfgang Reitherman propose alors l'un de ses fils, Bruce, qui vient d'enregistrer la voix de Christopher Robin pour Winnie l'ourson et l'Arbre √† miel (1966)[20]. Il obtient le r√īle et est utilis√© pour le film en prise de vue r√©elle servant de guide aux animateurs[7] - [20]. La jeune actrice Darlene Carr, qui chantonne dans le studio durant la production de Rentrez chez vous, les singes ! (1967), est remarqu√©e par les fr√®res Sherman qui lui proposent d'enregistrer une version de d√©monstration de la chanson My Own Home de Shanti[62]. Sa prestation impressionne Walt Disney qui la prend pour le r√īle de la jeune fille[62].

Mowgli, Baloo et Bagheera

Une panthère noire
Bagheera est une panthère noire.

Le personnage de Mowgli est un enfant diff√©rent de ceux des pr√©c√©dentes productions de Disney, il est acteur et non suiveur ou adjuvant[63]. Il est con√ßu par le studio comme un jeune enfant d√©termin√©, au point de r√©ussir √† survivre dans la jungle, mais qui se lie d'amiti√© trop facilement et n'arrive pas √† savoir √† quelle esp√®ce il appartient[63]. C'est un jeune gar√ßon tenace √Ęg√© de 7 √† 12 ans, un jeune Tarzan s'il parvient √† survivre[44]. Durant le film, il est successivement un loup, une panth√®re, un √©l√©phant, un ours, un singe et un vautour, liste √† laquelle on doit ajouter le serpent de par l'action hypnotique de Kaa, chacune des esp√®ces √©tant honorablement cr√©dible selon Grant[63]. Mowgli est principalement anim√© par Ollie Johnston qui en a fait l'√©pitom√© du jeune gar√ßon de cet √Ęge sauf √† la fin du film o√Ļ il semble entamer le passage vers l'adolescence, subjugu√© par une jeune fille[63]. Cette jeune fille est pr√©sente uniquement √† la fin du film et porte une marque rouge sur le front[64], un bindi ce qui l'apparente aux hindou[65]. Elle poss√®de de larges pupilles entour√©es d'un iris mat et sombre afin de lui donner l'aspect des yeux de l'Inde et un trait de s√©duction[66].

Bagheera est, selon Grant, le personnage central du film, servant de narrateur, pr√©sentateur et apparaissant le plus souvent au long du film[67]. C'est une panth√®re noir-mauve sophistiqu√©e, ¬ę vieille √©cole ¬Ľ ou ¬ę tr√®s British ¬Ľ malgr√© un accent am√©ricain en version originale[67]. Pour Thomas et Johnston, le personnage de Bagheera est sage, m√©thodique, pointilleux au point d'en √™tre ennuyeux, insipide[44]. Grant consid√®re l'animation de Bagheera comme brillante. Il cite cependant Mickael Barrier qui trouve lui aussi les mouvements de la panth√®re tr√®s r√©alistes mais ajoute que, comme aucune sc√®ne ne requiert ce type de mouvements, ils donnent l'impression d'√™tre des exercices acad√©miques[67]. Grant r√©pond √† Barrier qu'il est √©trange de critiquer Disney sur le fait de dessiner une panth√®re comme une vraie panth√®re[67]. La principale relation qu'entretient l'animal est avec Mowgli[44]. Bagheera pr√©sente un bon fond, sauvant Mowgli √† plusieurs reprises mais se plaint de devoir le faire celui-ci d'ailleurs peut se montrer irresponsable comme par exemple quand il abandonne Mowgli dans la jungle apr√®s une dispute, et le pousse √† grandir, √† vivre sa propre vie, comme dans la sc√®ne finale[67]. Patrick Murphy va plus loin et fait de Bagheera la force sauvant la vie de Mowgli[68].

Baloo ne doit √† l'origine faire qu'une br√®ve apparition dans le film mais l'animateur Ollie Johnston responsable du personnage consid√®re le travail de doublage de Phil Harris si fascinant qu'il d√©veloppe le personnage[67]. D'apr√®s Wolfgang Reitherman, il est initialement con√ßu en prenant pour mod√®le l'acteur Wallace Beery[69]. Le r√©sultat est que Baloo est devenu la vedette du film d√©passant Bagheera dont le r√īle est plus essentiel √† l'histoire[67]. Baloo est un ours gris-bleu bien en chair ayant adopt√© la vie facile comme credo[70]. Malgr√© ce caract√®re critiqu√© par la panth√®re, Baloo prouve qu'il est un vrai ami de Mowgli en prenant la d√©fense de l'enfant face au tigre Shere Khan[70]. La sc√®ne principale de Baloo est sa premi√®re apparition, sur la chanson Il en faut peu pour √™tre heureux, dans laquelle son credo est √† la fois expliqu√© mais aussi mis en Ňďuvre[70]. La ga√ģt√© et la spontan√©it√© de la s√©quence en font, selon Grant, un moment de joie √† regarder[70]. La s√©quence √ätre un homme comme vous, avec le Roi Louie, Mowgli et de la musique jazzy, s'en approche mais d√©montre, pour Grant, qu'il n'est pas possible de reproduire une alchimie deux fois dans le m√™me film[70].

Les noms de Baloo, Bagheera et Hathi signifient respectivement ours, panth√®re et √©l√©phant en hindi[14] - [71]. Pour Robert Tienman, le trio Mowgli, Baloo et Bagheera est l'utilisation d'un sch√©ma classique du genre cin√©matographique, la relation entre trois amis, √† l'instar de Mickey Mouse, Donald Duck et Dingo ou Bambi, Panpan et Fleur dans Bambi (1942)[72]. La sc√®ne o√Ļ Baloo inculque √† Mowgli ses pr√©ceptes dans la vie en chanson est une technique r√©guli√®rement utilis√©e par le studio Disney pour raconter de mani√®re non visuelle, graphique, des histoires parfois complexes[73]. On la retrouve par exemple dans M√©lodie du Sud (1946)[73].

Loups et éléphants

Statue sombre de Romulus et Rémus, enfants, qui se dressent, nus, pour se nourrir aux pis de la louve
L'enfance de Mowgli parmi les loups est inspirée par la légende romaine de Romulus et Rémus, nourris par une louve.

Les loups apparaissent au début de l'histoire pour expliquer l'enfance de Mowgli mais ne participent pas vraiment à la suite[74]. Grant rattache leur présence au mythe romain de Romulus et Rémus[74]. Seulement deux loups sont nommés, Rama père adoptif de Mowgli et Akela, le chef de meute[74].

Les √©l√©phants, anim√©s par John Lounsbery[32] sont eux plus d√©velopp√©s, √† l'image de leur chef[74]. Hathi est cr√©dit√© du grade de ¬ę colonel ¬Ľ de la ¬ę 5e brigade de pachyderme de sa majest√©[74] ¬Ľ. Les √©l√©phants sont une satire de l'Empire britannique[74]. Hathi est accompagn√© de sa femme Winifred et de leur fils Junior[74]. Hathi, un bavard pr√©tentieux selon une id√©e de Ken Anderson[35], se targue d'√™tre un √©l√©phant qui n'oublie jamais rien, mais il d√©montre avoir des pertes de m√©moire r√©guli√®res[74]. Pour Thomas et Johnston, c'est un oubli√© de l'empire colonial[75]. Verna Felton qui donne sa voix √† Winifred fait aussi celle de la plus vieille √©l√©phante dans Dumbo[74]. Pour Junior, l'√©quipe de Disney √©vite le pi√®ge de reproduire Dumbo et, √† la place, cr√©e un personnage √† part, joyeux, adul√© par son p√®re et qui souhaite devenir comme lui, un colonel[74]. Les autres √©l√©phants sont presque tous anonymes √† part le lieutenant √† la chevelure non conforme, Bugler le clairon, Slob le plus gourmand et le plus d√©braill√©[64]. Graphiquement les √©l√©phants reprennent les travaux d'Heinrich Kley d√©j√† utilis√©s comme support pour Dumbo (1941) et la s√©quence Danse des heures de Fantasia (1940)[76]. Koenig note que, durant l'inspection des troupes, un √©l√©phant gris encore jamais vu appara√ģt plusieurs fois, en d√©but de rang√©e, puis au milieu et vers la fin sans qu'on le voie bouger[16]. On note √©galement que sur les premiers plans de la patrouille, les √©l√©phants marchent l'amble, qui est leur fa√ßon naturelle de marcher, mais que dans les plans suivants, ce n'est plus le cas.

Roi Louie

Un orang-outan
Le Roi Louie est un orang-outan qui rêve d'être un homme.

Le Roi Louie n'existe pas dans l'Ňďuvre originale de Rudyard Kipling (les singes, les Bandar-Log, n'ont pas de chef, et lorsqu'ils enl√®vent Mowgli, ils le nomment roi). Dans les premi√®res versions, le chef des singes est bourru, morose, grossier et incapable de discuter[75]. Durant le d√©veloppement, il s'av√®re qu'une s√©quence musicale serait mieux pour pr√©senter les singes et leur chef[75]. La d√©cision de choisir Louis Prima comme voix du Roi Louie √©tant prise, l'ensemble de la sc√®ne musicale s'inspire alors directement de Prima et de son orchestre qui ¬ę bougent sur sc√®ne comme les singes de la sc√®ne du film[77] ¬Ľ. Le groupe enregistre ainsi un morceau pour convaincre Walt Disney : on peut parler, selon Grant, d'une audition, et c'est √† partir de cela que les animateurs dessinent la sc√®ne avec les singes[7]. Hollis et Ehrbar √©voquent qu'un extrait du spectacle de Prima √† Vegas se jouait dans un des studios de tournages[59].

Durant cette p√©riode de d√©veloppement, Prima appelle r√©guli√®rement depuis le lac Tahoe o√Ļ il joue avec son orchestre pour s'enqu√©rir de l'√©volution du personnage[75]. Prima propose aussi une sc√®ne o√Ļ le Roi Louie meurt persuad√© de pouvoir la jouer de fa√ßon exceptionnelle[78]. L'animation de la s√©quence musicale avec les singes est supervis√©e par Kahl et Thomas tandis que la sc√®ne de danse avec Baloo est confi√©e √† John Lounsbery[32]. Le personnage con√ßu par Disney est un orang-outan au ventre rebondi et un chef motiv√© par l'ambition de devenir un homme, ce qui passe, selon lui, par la ma√ģtrise du feu, dont il est persuad√© que Mowgli conna√ģt le secret[67]. Un autre trait de son personnage est le scat, forme vocale du jazz, fournie par Louis Prima en version originale[67]. Pour Grant, le Roi Louie serait un humain distribuant des cigares comme signe d'amiti√©, ce qu'il fait en tant que singe avec des bananes mais son caract√®re et ses motivations n'en font pas un r√©el m√©chant[67]. Les autres singes ne sont pas nomm√©s bien que quelques-uns aient des personnalit√©s distinctes[67].

Kaa

un python réticulé
Kaa est un python réticulé qui tente d'hypnotiser et d'étouffer Mowgli.

Le studio Disney fait rarement usage de serpents hormis dans le documentaire Le D√©sert vivant (1953)[79]. Thomas et Johnston recensent aussi L'Arche de No√© (1959) et Birds in the Spring (1933)[79]. Durant la conception du sc√©nario du Livre de la jungle, il appara√ģt que c'est la relation entre Mowgli et les animaux qui peut √™tre le moteur de l'animation[80]. Le sc√©nario de Bill Peet √©voque Kaa comme un serpent profitant de sa discussion avec Mowgli pour l'enserrer dans ses anneaux[80]. Ce n'est qu'apr√®s plusieurs r√©unions de d√©veloppement de l'histoire que le concept d'une attaque de Kaa sur Mowgli pendant la discussion entre Bagheera et Mowgli √©merge[81]. En raison de la longueur du serpent, d√©finie par Peet, Kaa est un python r√©ticul√©[70]. Le personnage, qui ne devait appara√ģtre que dans une seule sc√®ne, a √©t√© repris pour une seconde[32]. L'animation du reptile est supervis√©e par Johnston et Kahl[32].

Le choix de cette sc√®ne effectu√©, une partie des animateurs s'att√®le √† dessiner le serpent plus pr√©cis√©ment et se confronte √† plusieurs points difficiles[82]. Thomas et Johnston √©num√®rent les points suivants : la t√™te du serpent est le prolongement du corps, les yeux ne clignent pas, les mouvements sont glissants et la langue est fourchue[82]. Les animateurs craignent alors que le personnage soit trop fou, pas assez mena√ßant tout en √©tant moins repoussant[83]. Ils prennent la d√©cision de chercher une voix pour orienter et peut-√™tre corriger le personnage[83]. Huit acteurs s'essayent au r√īle sans succ√®s et c'est la tentative suivante qui est la bonne[83].

La voix originale est celle de Sterling Holloway[70] - [83], acteur plus habitu√© √† des personnages de souris[78]. Grant consid√®re le choix d'Holloway comme un coup de g√©nie et l'acteur, dont c'est l'un des premiers r√īles de m√©chant, se surpasse dans le doublage[70]. Pour Thomas et Johnston, Holloway permet de donner vie au personnage con√ßu par le studio[84]. Le personnage est sinistre, hypnotique et hypocondriaque, se plaignant de ses sinus, mais sa voix est l'√©l√©ment le plus effrayant de sa personnalit√©[70]. L'hypnose est sa principale arme et, d'apr√®s l'histoire originale, il est √Ęg√© de plus de 100 ans et encore jeune[85]. Il est aussi sinistre que divertissant avec une incapacit√© √† garder la bouche close[78]. L'aspect physique du serpent est m√™me l'objet de plusieurs gags avec, par exemple, le nŇďud √† sa queue ou sa t√™te percutant chaque branche lors d'une chute[70]. Cette id√©e de serpent bloqu√© par un nŇďud avait d√©j√† √©t√© utilis√©e dans le court m√©trage Birds in the Spring (1933) des Silly Symphonies[80], de m√™me que l'hypnose. D'apr√®s Thomas et Johnston, l'utilisation de Sterling Holloway a permis de transformer une sc√®ne de rencontre avec un personnage mineur en une sc√®ne de plus en plus dr√īle[86]. La sc√®ne aurait pu √™tre plus longue car les fr√®res Sherman avaient compos√© un chorus avec des paroles de menace plus explicites[87]. Reitherman pr√©f√®re ne pas l'inclure pour ne pas ralentir le film[87].

Un autre point difficile est le choix de la peau de Kaa, rayures ou larges taches[88] et comment gérer les anneaux se serrant à des vitesses différentes sans trop dépasser le budget[89]. Thomas et Johnston notent que les animateurs dont ils font partie ont raté la bouche du serpent car aucun n'a un intérieur de bouche rose, une erreur dans le choix des couleurs due à l'habitude d'utiliser cette couleur pour les autres personnages[82].

Thomas et Johnston évoquent une anecdote durant la production du film[86]. L'assistante chargée de leur donner leur salaire hebdomadaire avait peur des serpents et refusait de venir les payer tant que des esquisses de Kaa étaient affichées aux murs[86]. Elle restait dans le couloir le plus loin possible de la porte et, bien que les animateurs aient envisagé de l'utiliser pour vérifier les effets de leurs dessins sur les personnes souffrant de phobie des reptiles, elle refusa même d'aller voir le film une fois achevé[88]. L'assistant réalisateur Danny Alguire propose à la place une de ses amies du Texas qui a peur des serpents pour passer le test[89]. Sans être informée, elle regarde un extrait du film avec Kaa et n'a pas peur, permettant aux animateurs de poursuivre leur travail[89].

Shere Khan

un tigre du Bengale
Shere Khan, principal ennemi du film, est un tigre du Bengale craint dans toute la jungle.

John Grant indique qu'il y a une p√©nurie de tigres chez Disney, dans les plus anciennes productions, en raison de la difficult√© √† animer leurs rayures[90]. Mais, apr√®s la r√©alisation des 101 Dalmatiens (1961) et des 6 469 952 taches de dalmatiens qu'il compte, gr√Ęce √† la x√©rographie[90], l'animation d'un tigre est devenue une t√Ęche moins insurmontable. Milt Kahl est l'animateur qui se charge de Shere Khan[33] - [91] - [92] tandis que Bill Peet con√ßoit le personnage comme physiquement fort, agile et dou√© mais sans √™tre mauvais gar√ßon[33]. Milt Kahl, fort de son exp√©rience dans l'animation d'animaux, r√©ussit √† utiliser les rayures du tigre comme base de son mouvement et non comme simple d√©coration[93].

Le nom original de l'animal est celui d'un prince pachtoune rencontr√© par Kipling en Afghanistan, Shere Khan Nasher[94]. La personnalit√© du tigre est essentiellement bas√©e sur la suavit√© de George Sanders qui lui pr√™te sa voix[91], selon une d√©cision de Ken Anderson[7]. Pour John Grant, Shere Khan n'est pas un m√©chant absolu, c'est un Lord Peter Wimsey suspect√© de meurtre par la population locale mais que l'on sait innocent et il s'√©tonne que la m√©chancet√© du personnage n'ait pas √©t√© plus d√©velopp√©e par Disney[91]. Pour Thomas et Johnston, il poss√®de une intelligence rappelant Basil Rathbone et une forme d'arrogance ajout√©es par Ken Anderson[6] - [33] - [95]. √Ä la demande de Walt Disney, les animateurs √©vitent de cr√©er un nouveau tigre mena√ßant[75] - [95], un m√©chant comme le studio avait toujours fait auparavant, grognant et bavant[95]. C'est en regardant l'adaptation d'une Ňďuvre d'Ernest Hemingway, √Ä bout portant (1964), qu'ils trouvent la solution[75]. Ils cr√©ent un tigre avec une confiance en lui, une assurance terrifiante[75], un personnage fort et puissant craint dans toute la jungle[95]. Il ressemble √† un empereur romain ou un roi m√©di√©val qui re√ßoit comme un d√Ľ son autorit√© mais, dans le cas de Shere Khan, il n'a pas peur des assassins ou des complots[33].

Thomas et Johnston notent qu'il est rare que des méchants se rencontrent, comme c'est le cas ici entre Shere Khan et Kaa et leur affrontement se termine par un statu quo[33].

Les vautours

Le duo Chad et Jeremy en 1966
Chad Stuart et Jeremy Clyde en 1966.

Pierre Lambert considère que les quatre vautours animés par Eric Larson[32] sont les proches cousins des corbeaux créés par Ward Kimball pour Dumbo (1941)[96]. Pinsky les trouve semblables, exception faite de l'accent anglais[97]. Mais Grant trouve leur comparaison difficile, même si ce sont tous des charognards, qu'ils apparaissent vers la fin du film pour se moquer du héros et qu'ils sont caractérisés par leur accent, américain pour les corbeaux et anglais pour les vautours[91].

Le groupe britannique The Beatles a √©t√© approch√© pour pr√™ter leurs voix aux vautours[98]. John Lennon aurait refus√© en mettant en avant un conflit d'agenda pour expliquer ce refus[98]. D'apr√®s une interview du r√©alisateur, les Beatles auraient donn√© leurs voix aux quatre oiseaux n√©crophages et possiblement chant√©s la chanson That's What Friends Are For dans un style Rock 'n' roll au lieu du Barbershop finalement retenu[98]. Dans la version finale, deux des oiseaux ont conserv√©s l'accent anglais et la coiffure des musiciens[98]. Grant ne parvient pas √† identifier pr√©cis√©ment les accents anglais des vautours inspir√©s par les Beatles[16] - [91] - [97] - [99]. Buzzie est londonien tandis que Dizzy poss√®de un accent plus international fourni par Lord Tim Hudson et non Ringo Starr[91]. Ziggy et Flaps sont moins caract√©ris√©s que les deux autres vautours mais ils contribuent tous √† la d√©finition d'un groupe qui, comme les corbeaux de Dumbo, ne peut √™tre dissoci√©[91]. La ressemblance avec les Beatles est √† la fois vocale et physique mais r√©side aussi dans le texte qui rappelle un dialogue de leurs films o√Ļ l'on assiste, selon Grant, √† une conversation d'√©tudiants non mari√©s[91], possiblement A Hard Day's Night (1964). Grant ajoute que ce type de jeunes est souvent consid√©r√© comme ind√©sirable et qu'on ne s'arr√™te pas pour leur parler[74]. La voix originale de Flaps est celle de Chad Stuart du duo Chad & Jeremy[7], l'un des nombreux groupes de la British Invasion.

Un rhinocéros nommé Rocky devait accompagner les vautours et sa voix devait être celle de Frank Fontaine mais le personnage est supprimé à la demande de Walt Disney en raison de l'action très chargée entre les singes et les vautours[100].

Sortie et accueil

Le film Le Livre de la jungle sort en [9], presque exactement 30 ans apr√®s le premier long m√©trage de Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) et 10 mois apr√®s la mort de Walt Disney[101]. La premi√®re a lieu au Grauman's Chinese Theatre le [102]. Il est diffus√© dans certaines salles conjointement avec le documentaire animalier Charlie, le couguar[103] - [104]. Il r√©colte 13 millions d'USD √† sa sortie aux √Čtats-Unis[101] et, √† la fin de l'ann√©e 1967, il atteint la quatri√®me position des films les plus rentables de l'ann√©e[105].

Les critiques √† la sortie du film sont frappantes et souvent hautes en couleur, car comme le rappelle Leonard Maltin, le film est sorti 10 mois apr√®s le d√©c√®s de Walt Disney[56]. Le magazine Time, √† l'enthousiasme souvent r√©serv√© vis-√†-vis des projets de Disney, √©crit que le film n'a que peu √† voir avec le livre de Kipling mais que le r√©sultat est tr√®s agr√©able en raison des animaux pr√©sent√©s sans entrave et l'habilit√© de Disney √† √™tre enfantin sans √™tre pu√©ril[56]. Pour le magazine, ce film est la plus plaisante fa√ßon de se rem√©morer Walt Disney[56]. Howard Thompson du New York Times conseille le film aux dandies car c'est un plaisir pour tous les √Ęges[101] - [104]. Pour Richard Schickel du magazine Life, c'est le meilleur film depuis Dumbo (1941)[101].

Variety, souvent favorable à Disney, indique que le développement du scénario est modéré, les dangers potentiels ne sont que suggérés et qu'il y a un optimiste prédominant dès le début au point que le public suivra comme une marionnette au moment voulu[101]. Les résultats du film le classent sixième dans le classement de Variety[101]. Judith Crist du New York Herald Tribune écrit que le film est complètement dénué d'atmosphère et le classe parmi les dessins animés médiocres et de qualité moyenne[101].

Le succès du film et la mort de Walt Disney font envisager aux responsables du studio un projet de suite, idée toujours rejetée par Walt[106]. Plusieurs chansons sont composées par, entre autres Terry Gilkyson, Floyd Huddleston et les frères Sherman, et enregistrées par Phil Harris et Louis Prima[106]. Elles ont été éditées sur un disque intitulé More Jungle Book[106] - [107] publié en 1968[108]. Ce succès a aussi permis de relancer d'autres productions comme Les Aristochats (1970) en utilisant le même principe de personnages inspirés des acteurs vocaux[109].

Eric Smoodin indique que Le Livre de la jungle, au m√™me titre que Fantasia (1940), fait partie des films Disney ayant une programmation r√©guli√®re de ressorties au cin√©ma[110]. Dans les ann√©es 1980, avec l'√©mergence du support vid√©o, le planning Disney √©volue vers un syst√®me de ressorties r√©guli√®res programm√©es sur de courtes fen√™tres espac√©es de p√©riodes de p√©nurie artificielle, la ressortie permettant de combler le manque[110]. Le film ressort au cin√©ma aux √Čtats-Unis en 1979, 1984 et 1990 ainsi qu'en Europe durant les ann√©es 1980[111].

Les sommes r√©colt√©es par ces sorties, ajust√©es selon l'inflation seraient de 141 millions d'USD aux √Čtats-Unis et 205 millions d'USD √† l'international, pla√ßant le film en 2011 √† la 29e position des films am√©ricains les plus rentables[112]. La ressortie en Allemagne en 1979 √©tablit un record r√©coltant plus que Star Wars[113].

En 1991, Le Livre de la jungle est √©dit√© sur support VHS aux √Čtats-Unis dans la collection Walt Disney Classics et, √† nouveau en 1997, pour le 30e anniversaire du film dans la collection Walt Disney Masterpiece[111]. En 1999, Buena Vista Home Entertainment √©dite une version sur support DVD[114]. En octobre 2007, pour le 40e anniversaire, une √©dition collector sur 2 DVD est publi√©e par Disney[115]. Cette sortie est accompagn√©e d'une exposition de 18 jours au El Capitan Theatre √† Los Angeles du 7 au , une salle d√©tenue par Disney[116]. La veille, une soir√©e de gala avait lieu avec, entre autres, les fr√®res Sherman ou les acteurs Bruce Reitherman, Darlene Carr et Chad Stuart[116].

Analyse

Les productions cin√©matographiques Disney des ann√©es 1960 sont un commerce rentable avec de nombreux films en prise de vue r√©elle[117] et occasionnellement des films d'animation impressionnants et agr√©ables[118]. √Ä l'image des 101 Dalmatiens (1961), le film semble proposer un point de vue narratif √† partir des animaux mais est en r√©alit√© centr√© sur les humains, du moins l'humain Mowgli[68]. J. P. Telotte classe le film parmi les succ√®s en animation des ann√©es 1960 pour le studio Disney qui devient l'une des majors gr√Ęce √† ses productions en prise de vue r√©elle et t√©l√©visuelles[119]. John Grant √©crit que le film de Disney n'est certainement pas pour les fans de Kipling n'ayant que peu √† voir avec les livres originaux hormis les noms des personnages[2]. Les critiques britanniques se sont plaints du traitement de l'Ňďuvre de Kipling, comme ils le font plus tard pour Winnie l'ourson[120]. L'Ňďuvre de Disney est en r√©sum√© ¬ę le Jazz qui rencontre la jungle[2] ¬Ľ.

Un film de qualité avec quelques défauts

Pour David Whitley, le film Le Livre de la jungle est diff√©rent des pr√©c√©dentes productions de Disney mais reprend des traits communs[121], ce que d'autres auteurs nomment la recette des Classiques Disney[122] - [123]. Whitley donne, comme exemple, le fait de prendre pour base un classique de la litt√©rature enfantine, d'utiliser la tradition r√©aliste europ√©enne du XIXe si√®cle ou l'image d'un livre qui s'ouvre au g√©n√©rique[121]. L'avis de Leonard Maltin est que le film est ¬ę bien avec des chansons m√©morables ¬Ľ mais ¬ę qu'il manque un petit quelque chose qui le rendrait sp√©cial[56] ¬Ľ. Maltin ajoute que le film est ¬ę sympathique, tranquille m√™me trop d√©contract√©[56] ¬Ľ. Richard Schickel semble appr√©cier le grand nombre de gags, la gaiet√© et la simplicit√© du film ainsi que la pr√©sence d'animaux indiens bien que transform√©s pour avoir un aspect et un comportement compr√©hensible, voire familier pour les Am√©ricains[124]. Patrick Murphy va jusqu'√† √©crire que les loups et les ours sont am√©ricains car ils ne sont pas pr√©sents en Inde[125] mais Whitley rappelle qu'ils ont √©t√© extermin√©s durant la colonisation britannique[126], p√©riode durant laquelle se d√©roule l'histoire.

Jeff Kurtti consid√®re que le succ√®s du film est d√Ľ √† la combinaison gagnante de personnages captivants, d'humour, de sentiments et de musique qui en font l'un des films d'animation de Disney les plus appr√©ci√©s[127]. Watts donne le film en exemple du ¬ę style Disney[128] ¬Ľ. Pour Robin Allan, le film poss√®de des personnages animaliers fortement anthropomorphes[129] ; c'est un divertissement familial qui √©voque le glorieux pass√© des studios Disney mais traduit aussi les qualit√©s d'anthropomorphistes des artistes[130]. L'√©nergie du film doit peu √† l'Ňďuvre originale et le spectateur retrouve en partie l'ancienne exub√©rance et le sens comique de Disney[130] - [131]. Grant pense que le probl√®me vient de l'absence de vrais m√©chants dans le film : Kaa et le Roi Louie sont mauvais mais des bouffons, tandis que Shere Khan n'est pas assez pr√©sent pour devenir m√©chant[67]. Allan d√©crit l'adaptation du film comme une saucisse dont on aurait conserv√© la peau et remplac√© le contenu[42] - [121]. Brode √©crit que le g√©n√©rique r√©v√®le l'√©quilibre pr√©caire entre fid√©lit√© √† l'Ňďuvre originale et enthousiasme pour divertir le public[132]. Pour Whitley, l'adaptation de Disney, motiv√©e par un sentimentalisme populiste, est une r√©action au style de Kipling, dont les histoires expriment les nombreuses vertus d'une sup√©riorit√© assum√©e et d√©termin√©e de l'Empire britannique mais aussi une profonde anxi√©t√© face √† la nature et √† sa loi sous-jacente[121]. Par rapport √† l'Ňďuvre originale, le film se situe dans un monde plus imaginaire, sans racine ni r√©f√©rence √† un pass√© r√©el et aucun lieu n'a de nom[126].

Pierre Lambert écrit que le film manque d'unité au niveau du scénario[6] et Schickel que c'est une collection de scènes tirées de l'histoire originale[133]. Whitley écrit que le moteur du film est le problème de la survie de Mowgli et que ce thème dirige le scénario sous la forme d'une succession épisodique presque picaresque de problèmes de survie[134]. Franklin Thomas et Ollie Johnston considèrent Le Livre de la jungle comme un nouveau film basé sur une série d'événements avec des anecdotes et des personnages mais sans trame complète[75]. Thomas et Johnston ajoutent que c'est essentiellement l'histoire de la panthère Bagheera et de déboires avec le jeune Mowgli sur le chemin de retour au village des hommes[44]. Les deux auteurs utilisent le film comme base pour expliquer dans leur bible de l'animation les concepts liés à l'expression des personnages comme la frénésie de Baloo pour se gratter[53] ou sa nervosité quand Bagheera lui demande de conduire Mowgli au village des humains[135].

Pour Maltin, le film se rattrape gr√Ęce √† l'animation avec des effets impressionnants dans la jungle comme les reflets sur l'eau ou le scintillement de la lune[56]. Grant indique que l'animation dans Le Livre de la jungle est tout bonnement √©poustouflante mais que le point faible du film, ce qu'il trouve √©trange quand on sait que Walt a particip√© √† sa conception, est le sc√©nario[2]. Maltin consid√®re que le film se rattrape aussi avec un excellent travail de conception des personnages d√©montrant l'essence de l'animation[56]. Sur le plan graphique, le film poss√®de, pour Allan, la vitalit√© pr√©sente dans les premiers courts m√©trages de Disney[130]. Pour Grant, le spectateur est toujours en attente d'un √©l√©ment devant survenir, et de nombreuses sc√®nes semblent n'avoir pour but que de faire danser et chanter les personnages[2]. Barrier compare les effets pyrotechniques et l'impact √©motionnel de plusieurs productions Disney. Pour lui, la qualit√© technique est pr√©sente dans le film, mais l'√©motion semble absente, tout le contraire de La Belle au bois dormant (1959)[91]. Pour Allan, le film, par sa succession de gags et aussi sa r√©utilisation du fond litt√©raire europ√©en, est un retour aux sources pour le studio, le dernier √©l√©ment qui ferme la boucle[136]. Pour Koenig, la version finale du film a transform√© le vieil ours s√©rieux de Kipling en un tuteur ni vieux ni s√©rieux et les rois de la jungle Hathi et Kaa en bouffons[17]. Maltin remarque que la combinaison de l'Ňďuvre de Kipling et du travail de Disney a fait venir les parents et les enfants au cin√©ma[101].

Des personnages fortement liés aux acteurs vocaux

Pour Thomas et Johnston, Le Livre de la jungle est ¬ę le second film de Disney, apr√®s Blanche-Neige, √† avoir des personnalit√©s et des sentiments si dominants[137]. ¬Ľ Sebastian Cabot et Phil Harris ont ainsi offert une grande √©paisseur aux personnages[138]. Allan ajoute que les personnages sont bien camp√©s et tr√®s habilement anim√©s, ils √©voluent et interagissent de mani√®re √† la fois dramatique et comique[130]. Eric Larson, animateur des vautours, explique ¬ę qu'une bonne voix est souvent un point de d√©part id√©al pour cr√©er un personnage[32]. ¬Ľ Maltin, qui trouve que le film manque de quelque chose, √©crit qu'il se rattrape par un beau travail sur la voix des personnages (Maltin √©voque la version originale) qui gr√Ęce aux chanteurs et aux acteurs donne vie aux personnages[56]. Pour Johnston et Thomas, la prestation d'Harris a ajout√© de la sinc√©rit√© √† un personnage haut en couleur, de la chaleur, quelque chose dont le film avait besoin[57]. Allan d√©taille les accents rencontr√©s qui vont de l'anglais parfait de George Sanders en Shere Khan, √† celui de Liverpool des vautours ou l'am√©ricain de Phil Harris[42]. Le film fait montre d'une internationalisation avec une pr√©f√©rence pour l'orient[42].

Maltin √©voque certains critiques qui ont argu√© que le studio n'avait pas cherch√© des acteurs proches du caract√®re des personnages mais avait utilis√© la personnalit√© des acteurs pour modeler les personnages[56]. D'apr√®s John Grant, les personnages ont √©t√© con√ßus avec comme base la personnalit√© des acteurs, premier film Disney dans ce cas mais ¬ę courant dans les autres studios o√Ļ l'animation est moins sophistiqu√©e[2] ¬Ľ. Grant cite le r√©alisateur Wolfgang Reitherman : ¬ę Dans Le Livre de la jungle, nous avons essay√© d'int√©grer la personnalit√© des acteurs aux personnages, et nous sommes parvenus √† quelque chose de totalement diff√©rent [du travail de personnalisation des pr√©c√©dentes productions Disney][2]. ¬Ľ Grant √©voque ces m√™mes critiques ind√©termin√©es qui ont critiqu√© le studio pour la fain√©antise des animateurs en usant d'un proc√©d√© cr√©atif plus ¬ę reposant[2] ¬Ľ. Thomas et Johnston rappellent que d√®s Pinocchio en 1940, l'acteur donnant sa voix √† Jiminy Crickett est Cliff Edwards, une vedette des ann√©es 1930, pour Grand Coquin c'est Walter Catlett et pour le Cocher c'est Charles Judels, deux importants acteurs de l'√©poque[57].

Selon Maltin, le probl√®me concerne surtout Phil Harris interpr√©tant Baloo et qui reprend plus ou moins le m√™me jeu d'acteur avec Thomas O'Malley dans Les Aristochats (1970) puis Petit Jean dans Robin des Bois (1973)[56]. Pour Charles Salomon, ce point d√©montre que l'√©quipe Disney sans la pr√©sence de Walt r√©utilise les formules qui ont fonctionn√©[139]. Salomon √©crit aussi que Harris r√©p√®te le m√™me type de personnage[140]. Michael Barrier remarque que ¬ę l'usage d'acteurs c√©l√®bres pour la voix des personnages a parfois abouti √† des r√©sultats riches et satisfaisants (par exemple Sanders en Shere Khan) mais souvent cela apporte une ressemblance involontaire entre le long m√©trage de Disney et les s√©ries t√©l√©vis√©es dont sont issues les acteurs la plupart du temps[2]. ¬Ľ John Grant √©voque aussi la lev√©e de critiques √† l'encontre de Baloo-Phil Harris n√©e principalement apr√®s la sortie de Robin des Bois et la consid√®re sans int√©r√™t car le personnage est une importante cr√©ation cin√©matographique agr√©able √† regarder[70]. Grant ajoute en 1993 que le studio a fait machine arri√®re dans ces derni√®res productions (√† l'√©poque) hormis quelques exceptions comme Ratigan dans Basil, d√©tective priv√© (1989) bas√© sur Vincent Price[2]. Toutefois, les propos de Grant sont nuanc√©s par l'utilisation de vedettes chez Disney pour le graphisme ou la personnalit√© des r√īles-titres d‚ÄôAladdin (1992) ou de Pocahontas (1995) ainsi que les productions de Pixar comme Toy Story (1995). Robin Williams a ainsi interpr√©t√© le G√©nie d'Aladdin et influenc√© son caract√®re[141], Mel Gibson a servi de mod√®le physique et donn√© sa voix √† Jon Smith dans Pocahontas[142] tandis que Tom Hanks et Tim Allen donnent respectivement leurs voix et leurs personnalit√©s √† Woody et Buzz l'√©clair dans Toy Story[143].

Véhicule de stéréotypes

Douglas Brode √©num√®re de nombreux th√®mes et r√©f√©rences utilis√©s par Disney dans cette adaptation de l'histoire de Kipling, beaucoup ajout√©s par le studio[132]. Whitley note que le film est beaucoup plus ludique que le livre plus philosophique de Kipling[134]. Brode liste ces √©l√©ments mais ne d√©veloppe pas de critique sp√©cifique √† l'encontre du studio. Le premier th√®me √©voqu√© est celui du jeune enfant √©lev√© par des loups, r√©current chez Disney qui l'avait d√©j√† trait√© dans sa version am√©ricaine avec Pecos Bill (1948)[132]. Brode voit ainsi une r√©f√©rence √† Mo√Įse et donc √† la religion dans la d√©couverte de Mowgli dans les buissons[132]. Un autre th√®me est le fait que ce soit une louve qui accepte en premier le jeune enfant, une preuve de l'adoration de Disney pour les m√®res[132]. Brode consid√®re aussi que Disney d√©veloppe un refus de simplification des esp√®ces dans le fait que le mentor Bagheera et le m√©chant Shere Khan soient des f√©lins[132]. Pinsky trouve une autre r√©f√©rence √† la Bible quand Bagheera console Mowgli, citant J√©sus parlant √† Jean (√Čvangile selon Jean 15:13)[97] : ¬ę Il n‚Äôy a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. ¬Ľ

Brode ajoute que la repr√©sentation des loups est plus positive chez Disney que dans l'acceptation populaire, comme souvent dans les documentaires du studio[144]. Les loups fonctionnent presque d√©mocratiquement, un aspect de la communaut√© appr√©ci√© par Disney[144]. Un autre th√®me souvent abord√© par Disney est l'acceptation identitaire aussi pr√©sent dans Le Vilain Petit Canard (1931) ou Lueur dans la for√™t (1958)[144]. De m√™me que le retour dans la for√™t ou la nature pour accepter son r√īle dans la soci√©t√© comme dans Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) ou Rox et Rouky (1981)[144]. Whitley indique que le sc√©nario avec un enfant seul dans la nature est tr√®s pris√© par les Occidentaux, par exemple Tarzan ou Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett[134].

Le film fait m√™me un clin d'Ňďil au darwinisme quand Louie appelle Mowgli son cousin[145]. Darwin avait aussi √©t√© utilis√© dans Fantasia (1940)[146]. Pour Whitley le film est proche d'une fable[147] car il ne montre aucun des √©l√©ments de la survie comme la chasse avec les loups[148] et se concentre au contraire sur la recherche identitaire du jeune gar√ßon[147]. Whitley poursuit en √©crivant que le film r√©pond √† la demande du public de pouvoir s'identifier aux animaux, un effet miroir du d√©sir de l'homme d'√™tre √† l'unisson avec la nature[149]. Mowgli se comporte avec les animaux comme avec d'√©normes peluches[148].

Brode √©voque aussi les th√®mes du f√©minisme avec la femme du Colonel Hathi, l'√©cart de g√©n√©ration avec le fils du m√™me colonel[99]. Marc Pinsky rappelle que Kipling est le chantre de l'imp√©rialisme britannique et h√©raut du colonialisme[150], mais note que cette facette de l'Ňďuvre a √©t√© excis√©e par Disney[150].

Miller et Rode écrivent que Le Livre de la Jungle, principalement en raison du texte original de Kipling, est un conte initiatique occidental, une histoire de rite de passage, rappelant Romulus et Rémus avec les loups[151] - [152] ou la relation Prince Hal - Falstaff dans Henri IV de Shakespeare pour la relation entre Mowgli et Shere Khan[99] - [151]. Pinsky évoque Shickel qui déclare qu'à la fin des années 1960, les valeurs traditionnelles sont chamboulées et que les Américains cherchent chez Disney une forme de réconfort[145]. Le film fait aussi une critique de l'Empire britannique avec la patrouille des éléphants ou de la classe moyenne britannique des années 1960 avec les vautours[153].

Mais à l'inverse de Brode, de nombreux auteurs associent ces thèmes ou éléments à des stéréotypes. Brode cite Jacqueline Maloney qui place Mowgli, pour elle un jeune anglo-américain, dans une foule d'orangs-outans qui ressemblent à des Afro-Américains[154]. Brode conteste en rappelant que Mowgli est indien mais qu'il est assez anglicisé pour que les jeunes Américains puissent voir en lui le premier héros de couleur[154].

Critiques raciales

Patrick Murphy indique que la conceptualisation du film est domin√©e par la dichotomie Homme/Nature[125]. Elle est soulign√©e dans le film par plusieurs personnages comme Bagheera, le conseil des Loups, les √©l√©phants ou les singes[125]. Pour David Whitley, Mowgli est un animal d'une esp√®ce ind√©termin√©e[155]. Murphy √©crit aussi que les singes expriment une forme de racisme envers les hommes et Mowgli en particulier, ce qui les m√®ne √† le kidnapper[125]. Les √©l√©phants ne sont pas en reste et la plupart refusent de charger l'enfant[125]. Dans la version originale Baloo est qualifi√© de ¬ę jungle Bum ¬Ľ, un ¬ę clochard de la jungle ¬Ľ, un terme qui √©voque selon Miller et Rode les pr√©jug√©s racistes et de lutte des classes[153]. Pinsky pr√©cise que si Disney avait utilis√© un acteur noir pour Baloo et non Phil Harris, un Am√©ricain du sud des √Čtats-Unis, les propos de Bagheera √† son encontre auraient √©t√© censur√©s[156].

La majorit√© des critiques sur les st√©r√©otypes raciaux est pr√©sente dans la biographie de Walt Disney par Marc Eliot publi√©e en 1993 et de nombreux auteurs reprennent ces propos dont Susan Miller et Greg Rode. Eliot associe les films M√©lodie du Sud (1946) et Le Livre de la jungle pour d√©noncer ¬ę les notions de genre, race et classe propag√©es au-del√† des st√©r√©otypes ¬Ľ par Walt Disney[145] - [157]. Whitley indique que Le Livre de la jungle, et plus tard Le Roi lion (1994) et Tarzan (1999), utilisent des lieux exotiques et des timbres vocaux pour avoir des accents culturels et raciaux fortement diff√©renti√©s[158]. Eliott liste aussi plusieurs films dont Le Livre de la jungle et Les 101 Dalmatiens pour leur pr√©sentation st√©r√©otyp√©e de la femme[159]. Miller et Rode rebondissent sur les propos d'Eliot pour analyser l'impact de ces films[160]. Cette analyse rh√©torique est culturellement orient√©e et offre plusieurs r√©sultats plausibles dont l'un est que le public est multiple et partag√© avec souvent, non pas des adultes ou des enfants, mais la notion ¬ę d'enfant en soi[160] ¬Ľ. Miller et Rode constatent que l'interpr√©tation st√©r√©otyp√©e de M√©lodie du Sud et du Livre de la jungle est avant tout une question de culture, centr√©e autour des formations culturelles, d'organisations sociales partageant des valeurs, une compr√©hension et un d√©veloppement communs du langage[160].

Le st√©r√©otype racial est essentiellement pr√©sent dans la sc√®ne du royaume des singes b√Ęti sur les ruines d'une soci√©t√© primitive d√©sormais disparue[151]. Miller et Rode font un parall√®le entre le Roi Louie ¬ę voulant √™tre comme vous ¬Ľ chant√© par un chanteur de jazz et la condition des Afro-Am√©ricains[151]. Dans cette optique, la phrase ¬ę un singe peut aussi apprendre √† √™tre humain ¬Ľ prend donc un autre sens[151]. Jay Bogar du Orlando Sentinel confirme que les singes peuvent √™tre des Afro-Am√©ricains dans une p√©riode troubl√©e mais ne voit aucun racisme dans cette repr√©sentation[145]. Brode rappelle que, malgr√© cette association entre Jazz et personnes de couleur, Louis Prima est un chanteur italo-am√©ricain[154] de la Nouvelle-Orl√©ans[145]. Pinsky ajoute qu'aucun enfant ne songera √† une dimension raciale en voyant le personnage du Roi Louie[145]. Elizabeth Bell associe quant √† elle l'image du Roi Louie au standard Disney pour les rois ; petits, gros, chauves et comiques ; comme le roi Hubert de La Belle au bois dormant (1959)[161].

Place de la femme

Pour certains critiques, la femme est aussi pr√©sent√©e selon des st√©r√©otypes misogynes comme l'instinct maternel de la louve qui prend soin de Mowgli ou le charme de la jeune fille dans la sc√®ne finale, Miller et Rode mettant en cause le c√īt√© accidentel de la chute de la jarre[153]. La figure de la femme est r√©sum√©e √† celle de la civilisation, par opposition au monde sauvage, √† l'aspect maternel de la femme[125]. Toutefois √† l'inverse de M√©lodie du Sud critiqu√© pour son racisme, Le Livre de la jungle avec ses nombreuses rencontres d'animaux est per√ßu comme une acceptation de la diversit√© et une succession de d√©couvertes des comp√©tences requises par un jeune gar√ßon[162]. Pour Lynda Haas, Elizabeth Bell et Laura Sells dans From Mouse to Mermaid, le film Le Livre de la jungle fait partie des six films de Disney dans lesquels la domination des femmes par l'homme et des humains sur la nature sont apparents, en lien avec les propos sur l'√©cof√©minisme d√©velopp√©s par Karen J. Warren[159]. Les autres films sont Les 101 Dalmatiens (1961), Les Aventures de Bernard et Bianca (1977) et sa suite Bernard et Bianca au pays des kangourous (1990), La Petite Sir√®ne (1989) et La Belle et la B√™te (1991)[159].

Sean Griffin va plus loin et, dans son √©tude de l'homosexualit√© chez Disney, √©voque Shere Khan comme un √™tre trop civilis√© s'attaquant √† un jeune enfant, apr√®s avoir √©voqu√© le dandysme du Capitaine Crochet dans Peter Pan (1953) et du Prince Jean dans Robin des Bois (1973) et leur possible homosexualit√©[163]. Griffin consid√®re normal d'avoir un pr√©dateur m√Ęle avec un accent britannique saccad√© dans le film car, pour lui, l'ensemble du film est une pr√©sentation de l'effondrement des conventions sociales √† la fin des ann√©es 1960[164], l'homosexualit√© √©tant une fa√ßon de vivre diff√©rente de celle des ann√©es 1930[165]. Whitley √©voque aussi la pr√©dation, mais celle par instinct des animaux sauvages les uns envers les autres[166].

Des messages toujours diffusés

Le Livre de la jungle et M√©lodie du Sud ont tous deux √©t√© ressortis plusieurs fois au cin√©ma durant ce que Miller et Rode nomment l'√®re post-Seconde Guerre mondiale et pr√©-vid√©o[167]. Pour eux, cette p√©riode aux √Čtats-Unis a permis √† de nombreux parents d'aller voir des films au cin√©ma avec leurs enfants ou de les abandonner sans supervision dans le cin√©ma[167]. Pinsky relativise l'impact des messages distill√©s par le film et √©crit qu'avec l'histoire originale comme source et les ann√©es 1960, le film aurait pu √™tre bien plus offensant et que gr√Ęce √† la musique et aux acteurs il devient un divertissement mais aussi une r√©flexion sur la place de l'homme dans la nature[65].

Le Livre de la jungle a, par la suite, √©t√© √©dit√© sur support vid√©o au contraire de M√©lodie du Sud, ce qui permet de le voir √† la maison[167]. Les deux auteurs s'inqui√®tent du message contenu dans ces films que les enfants regardent sans surveillance et surtout sans explication[168]. Pour eux, Le Livre de la jungle disperse des le√ßons non sollicit√©es et au jugement biais√© favorisant la division entre direction et employ√©s, entre experts et ignorants des codes de classes[73]. Ils associent la chanson Il en faut peu pour √™tre heureux √† un √©loge de la ¬ę culture interm√©diaire[73] ¬Ľ.

Au d√©but des ann√©es 1990, la sortie en vid√©o cassette du film donne lieu √† une campagne de publicit√© dans laquelle Disney annonce la sortie du film sur ce support et des extraits du film La Belle et la B√™te (1991) alors en production[169]. Pour Patrick Murphy, la politique men√©e par Jeffrey Katzenberg intervient alors que les films d'animation Disney doivent r√©pondre au credo ¬ę plus le monde change, plus Disney reste le m√™me[169] ¬Ľ.

Dernier film d'animation de Walt Disney

De nombreux auteurs rappellent que Le Livre de la jungle est le dernier long m√©trage d'animation auquel participe Walt Disney, chacun avec ses mots. Pour Bob Thomas c'est le dernier auquel il prend part[9], pour Douglas Brode et Pierre Lambert, le dernier supervis√© avant sa mort[132] - [6], pour John Grant et Jeff Kurtti, c'est le dernier supervis√© en personne[2] - [127], pour Leonard Maltin, il est le dernier marqu√© par l'empreinte personnelle de Walt[1] et pour Richard Schickel, le dernier dans lequel Disney prend part personnellement √† la supervision[133]. Marc Pinsky cite Roy Edward Disney, neveu de Walt, dans une interview sur le DVD du film Le Livre de la jungle 2 (2003) : ¬ę Parce qu'il √©tait pr√©sent presque jusqu'√† la fin. Il a certainement influenc√© la majeure partie du film[150]. ¬Ľ

Le Livre de la jungle est donc le dernier film supervis√© par Walt Disney avant sa mort, le [170] - [130]. Pour Pierre Lambert, avec la sortie du film et la mort de Walt Disney, ¬ę l'√āge d'or de l'animation Disney ¬Ľ prend fin[32]. C'est √©galement la derni√®re prestation de Verna Felton, qui avait pr√™t√© sa voix √† de nombreux personnages depuis Cendrillon (1950). Schickel √©crit que, durant la production du Livre de la jungle, Walt aurait d√©clar√© en ne pas √™tre satisfait et se sentir trop vieux pour l'animation[NB 1] - [31] - [171]. Patrick Murphy consid√®re le film comme un hommage appropri√© √† l'homme Walt Disney et une preuve de la poursuite des valeurs et techniques qui ont d√©fini sa grandeur[68]. En raison des animateurs et autres artistes, pour la plupart des v√©t√©rans du studio, Allan √©crit que c'est un film familial dans tous les sens du terme[42].

Pour Maltin, sans Walt Disney et une fois le champ de l'animation conquis, le studio ne savait plus vers o√Ļ aller[101]. Charles Salomon √©voque une production inachev√©e de la fin des ann√©es 1970, intitul√©e Scruffy et dirig√©e pendant deux ans par Ken Anderson bas√©e sur un macaque berb√®re de Gibraltar durant la Seconde Guerre mondiale[172]. Mais le sc√©nario √©tait trop proche des pr√©c√©dentes productions avec un chef de macaque chantant parfait pour Phil Harris, une femelle macaque apprivois√©e et choy√©e par ses ma√ģtres pr√©nomm√©e Am√©lia qui se joint √† la bande de Scruffy et menace de dissoudre le groupe, ressort de sc√©nario d√©j√† pr√©sent dans La Belle et le Clochard (1955) et Les Aristochats (1970)[172]. Le couple Scruffy et Am√©lia devait, apr√®s maintes p√©rip√©ties avec un espion allemand et un g√©n√©ral et son chien, devenir les parents adoptifs de jumeaux, ressort √©motionnel pr√©sent dans Les 101 Dalmatiens (1961)[172].

Pour Lambert, le studio entre dans une phase o√Ļ les anciens films ressortent r√©guli√®rement jusqu'√† l'√©mergence du support vid√©o dans les ann√©es 1980 et de nouvelles productions[32]. √Ä l'inverse, pour Thomas et Johnston, la mort de Walt Disney et la sortie du Livre de jungle ont renouvel√© l'int√©r√™t pour l'animation chez de jeunes artistes et avec la cr√©ation d'un programme de formation en raison de leurs nombreuses candidatures, l'avenir du studio et des personnages, h√©ros et m√©chants, fut assur√©[33]. Comme l'√©crit Salomon, le projet de Scruffy ne vit pas le jour mais la nouvelle g√©n√©ration d'artistes commen√ßait √† influencer le studio[172].

Adaptations et produits dérivés

Exploitation musicale

La musique du film a √©t√© √©dit√©e aux √Čtats-Unis sous plusieurs versions.

  • En 1967, Disneyland Records √©dite Walt Disney Presents the Story and Songs of The Jungle Book, dans la collection Storyteller avec une narration par Dal McKennon (Bagheera) le reste provenant d'extraits du film[173] - [174]. Elle comprend en plus des dialogues des musiques d'ambiance (instrumentales)[175]. Cette √©dition sortie la m√™me ann√©e que le film est certifi√©e Or par la RIAA[173] et un Grammy Awards de la meilleure musique pour enfants[176].
  • Une version ¬ę seconde distribution ¬Ľ a √©t√© √©dit√©e par Disneyland Records avec Sally Stevens[177].
  • Une autre version plus courte avec moins de dialogues et avec des textes devant √™tre racont√©s par les adultes a √©t√© √©dit√©e par Buena Vista Records[173]. C'est cette version qui a √©t√© r√©√©dit√©e en 1990 en CD par Walt Disney Records[173].
  • Une troisi√®me version intitul√©e Songs from Walt Disney‚Äôs The Jungle Book and other Jungle Favorites propose des versions plus jazz dont deux interpr√©t√©es par Louis Prima[173].

D'autres chanteurs reprendront par la suite les chansons du film, dont Louis Armstrong qui enregistre The Bare Necessities à plusieurs reprises à partir de [178].

En 1990, après le succès de l'édition sur CD de la bande originale du film La Petite Sirène (1989), Walt Disney Records a entamé plusieurs ressorties de bandes originales en commençant par celle du Livre de la jungle[179].

En 1997, pour les trente ans du film en parallèle à une édition collector en DVD, la musique du film a fait l'objet d'une édition spéciale sortie le 17 octobre[180]. Cette version reprend l'édition originale Walt Disney Presents the Story and Songs of The Jungle Book avec les chansons des frères Sherman, ajoute les compositions instrumentales de George Bruns, deux des chansons non utilisées de Gilkyson et un commentaire audio des frères Sherman[180].

Différentes éditions

Cinéma et télévision

Les studios Disney produisent un court métrage éducatif intitulé The Jungle Book : A Lesson in Accepting Change, édité en septembre 1981, et expliquant les façons de faire face aux changements d'amis ou d'environnements[181].

Un remake du film en prise de vue réelle a été réalisé par Stephen Sommers en 1994 et produit par Walt Disney Pictures Le Livre de la jungle[54]. Il a été suivi en 1998 par une préquelle intitulée The Jungle Book: Mowgli's Story sortie directement en vidéo et réalisée par Nick Marck[182].

En animation t√©l√©vis√©e, une s√©rie intitul√©e Super Baloo (TaleSpin) a √©t√© produite par le studio Disney et diffus√©e aux √Čtats-Unis sur Disney Channel entre le et le [183]. Cette s√©rie ne fait que reprendre le personnage de Baloo et quelques personnages comme le Roi Louie et Shere Khan en les transposant dans un univers anthropomorphe. Baloo y est selon Grant une version plus urbanis√©e par rapport au film[70] tandis que Shere Khan navigue dans la jungle du crime organis√©[91].

Une seconde série d'animation Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance (Jungle Cubs, 1996-1998)[184] est beaucoup plus proche du film mais se concentre sur la jeunesse des personnages animaliers du film.

Une suite au film d'animation, intitulée Le Livre de la jungle 2, a été produite par DisneyToon Studios en Australie et sortie en 2003[185].

Le , Walt Disney Pictures annonce une adaptation en prise de vue réelle du film Le Livre de la jungle (1967) en plus d'une comédie musicale présentée au Goodman Theatre de Chicago depuis [186].

Autres

En 1968, Gold Key Comics publie des one-shots inspiré du Livre de la Jungle, Baloo and the Little Britches et King Louie and Mowgli[108]. Une adaptation en bande dessinée a été publié en dans le magazine Walt Disney Showcase[187].

Une scène du spectacle Fantasmic!, dans la version de Disneyland en Californie débuté en 1992[188], comporte les animaux du film Le Livre de la jungle dont le serpent Kaa. La version des Disney's Hollywood Studios en Floride ne comporte pas cette scène remplacée par des personnages du film Le Roi lion (1994).

En 1994, Virgin Interactive édite un jeu vidéo inspiré du film sous la forme d'un jeu de plateforme 2D classique, Le Livre de la jungle pour Super Nintendo[189].

Les Harris and Selwyn Theaters du complexe Goodman Theatre à Chicago.

Le , la première d'une adaptation en comédie musicale du Livre de la jungle (1967) est annoncée pour le par le Goodman Theatre de Chicago[190]. Cette adaptation dirigée par Mary Zimmerman et autorisée par Walt Disney Theatrical Productions doit se jouer à Chicago jusqu'au puis du au à Boston[190].

Titre en différentes langues

  • Allemand : Das Dschungelbuch
  • Anglais : The Jungle Book
  • Bosnien : Knjiga o dŇĺungli
  • Bulgare : –ö–Ĺ–ł–≥–į –∑–į –Ē–∂—É–Ĺ–≥–Ľ–į—ā–į (Kniga za DŇĺunglata)
  • Cantonais : ŚįŹś≥įŚĪĪ (Xi«éo T√†i ShńĀn)
  • Croate : Knjiga o dŇĺungli
  • Danois : Junglebogen
  • Espagnol : El libro de la selva
  • Esp√©ranto : La ńúangala Libro
  • Finnois : Viidakkokirja
  • Grec : ő§őŅ őíőĻő≤őĽőĮőŅ ŌĄő∑Ōā őĖőŅŌćő≥őļőĽőĪŌā (To Vivl√≠o tis Z√ļnglas)
  • H√©breu : ◊°◊§◊® ◊Ē◊í'◊ē◊†◊í◊ú (Sapar Adjangle)
  • Hongrois : A Dzsungel K√∂nyve
  • Islandais : Sk√≥garl√≠f
  • Italien : Il libro della giungla
  • Japonais : „āł„É£„É≥„āį„Éę„ÉĽ„ÉĖ„ÉÉ„āĮ (Jangaru„ÉĽBukku : ¬ę Le Livre de la jungle ¬Ľ)
  • Lituanien : DŇĺiungliŇ≥ knyga
  • Mandarin : ś£ģśěóÁéčŚ≠ź (Sńďnl√≠n W√°ngz«ź)
  • N√©erlandais : Jungle Boek
  • Norv√©gien : Jungelboken
  • Polonais : Ksińôga DŇľungli
  • Portugais : O Livro da Selva (Portugal)/Mogli - O Menino Lobo (Br√©sil)
  • Russe : –ö–Ĺ–ł–≥–į –ī–∂—É–Ĺ–≥–Ľ–Ķ–Ļ (Kniga djoungle√Į)
  • Serbe : –ö—ö–ł–≥–į –ĺ —ü—É–Ĺ–≥–Ľ–ł (Knjiga o dŇĺungli)
  • Su√©dois : Djungelboken
  • Tch√®que : Kniha DŇĺungl√≠
  • Vietnamien : CŠļ≠u B√© RŠĽęng Xanh (¬ę Le Gar√ßon de la jungle ¬Ľ)

Notes et références

Notes
  1. ¬ę I don't know, fellows, I guess I'm getting too old for animation ¬Ľ
    trad: ¬ę Je ne sais pas, les amis, je pense que je deviens trop vieux pour l'animation ¬Ľ
Références
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Annexes

Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes

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