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La Belle et le Clochard

La Belle et le Clochard (Lady and the Tramp) est le 19e long-m√©trage d'animation et le 15e ¬ę Classique d'animation ¬Ľ des studios Disney. Sorti en 1955, il est adapt√© d'une histoire de Ward Greene, Happy Dan, the Whistling Dog, parue en 1937.

La Belle et le Clochard
Description de l'image La Belle et le Clochard Logo.png.
Titre original Lady and the Tramp
Réalisation Clyde Geronimi
Wilfred Jackson
Hamilton Luske
Scénario Erdman Penner
Joe Rinaldi
Ralph Wright
Don DaGradi
Sociétés de production Walt Disney Productions
Pays de production Drapeau des √Čtats-Unis √Čtats-Unis
Durée 75 minutes
Sortie 1955

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Belle et le Clochard marque une √©tape importante dans l'histoire des studios Disney √† plusieurs titres : c'est le premier de leurs longs m√©trages d'animation √† utiliser le format d'image CinemaScope (2,55:1), utilis√© √† partir de 1953, et √† b√©n√©ficier du son st√©r√©o (quatre voies), si l'on excepte la tentative de Fantasia (1940) en ¬ę Fantasound ¬Ľ. Cependant, peu de salles √©tant encore √©quip√©es √† cette √©poque pour le CinemaScope, il fut enti√®rement retourn√© au format 1,37:1. C'est √©galement le premier film distribu√© par Buena Vista Pictures Distribution, une soci√©t√© cr√©√©e en 1954 par Walt Disney afin de ne plus √™tre d√©pendant d'autres groupes cin√©matographiques (Disney √©tait jusqu'alors distribu√© par RKO Radio Pictures).

L'histoire du film est aussi marquée par la présence de la chanteuse Peggy Lee, qui, à la fin des années 1980, assigna le studio en justice avec succès pour obtenir des dédommagements sur la vente de cassettes vidéo du film, support non prévu dans son contrat initial. La chanteuse fut suivie par d'autres professionnels, et les contrats ont, par la suite, été modifiés pour éviter ce type de procès.

Une suite intitul√©e La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la rue est sortie directement en vid√©o en 2000. Une version en prise de vues r√©elles, r√©alis√©e par Charlie Bean (La Belle et le Clochard), est sortie en exclusivit√© sur le service Disney+ en novembre 2019 (√Čtats-Unis) [1].

Synopsis

Jim Ch√©ri (Dear dans la version originale) et sa femme, Darling, vivent dans une maison d'une petite ville tranquille de la Nouvelle-Angleterre. Une nuit de No√ęl, Jim offre une jeune chienne Cocker Spaniel Am√©ricain √† sa femme qui la baptise Lady. Jim cherche √† √©duquer le chiot, mais ses pleurs et sa pers√©v√©rance font que Lady arrive √† dormir au pied du lit de ses ma√ģtres, ce qui devient une habitude. √Ä l'√Ęge de six mois, elle re√ßoit un collier avec une plaque grav√©e. Le voisinage comprend plusieurs autres chiens, Jock, un terrier √©cossais, et C√©sar, un vieux limier de Saint-Hubert[2], ce dernier ayant, selon Jock, perdu son odorat. Un peu plus loin, un chien errant surnomm√© ¬ę Clochard ¬Ľ, passe son temps √† chercher √† manger dans les √©choppes et √† aider ses amis attrap√©s par la fourri√®re.

Un jour d'automne, Lady s'interroge sur les changements de comportement de ses ma√ģtres. Jock et C√©sar √©voquent comme cause probable la naissance d'un b√©b√©. Clochard, qui passait par l√†, r√©v√®le alors √† Lady que lorsque ses ma√ģtres auront un b√©b√©, la belle vie qu'elle m√®ne touchera √† sa fin. Si Jock et C√©sar choisissent d'ignorer le b√Ętard, Lady s'interroge sur son avenir et sa place dans la maison. Le b√©b√© na√ģt au printemps et d'autres changements surviennent : Lady passe d√©sormais au second plan malgr√© quelques attentions.

Lorsque la Tante Sarah, propriétaire de deux siamois (Si et Am), vient s'occuper de la maisonnée et du bébé pendant que le couple part en voyage, c'est Lady qui est accusée des méfaits des deux chats. Tante Sarah emmène Lady dans une boutique pour acheter une muselière. Lady s'enfuit alors et, après avoir erré dans la ville, trouve de l'aide et du réconfort auprès de Clochard. Celui-ci la défend de trois chiens qui la poursuivaient. Afin d'aider Lady à se libérer de sa muselière, il l'emmène au zoo. Clochard feint alors d'appartenir à un passant polyglotte pour distraire le gardien du zoo. Une fois entrés dans le parc, les deux chiens cherchent un moyen de libérer Lady. Les singes ne sont d'aucun secours, l'alligator cherche à la dévorer, les hyènes rigolent. La solution vient avec le castor qui coupe la muselière que Clochard vient de lui vendre comme un harnais.

Lady lib√©r√©e, Clochard lui vante alors sa vie de libert√© avec une famille chaque soir. Il lui propose de d√ģner chez Tony, le restaurant italien dont le chef s'appelle Joe. Tony, qui l'appelle Bandito, lui installe une table pour deux et sert au couple un plat de spaghettis aux boulettes de viande. Tony et Joe se lancent alors dans l'interpr√©tation de Bella Note √† l'accord√©on et √† la mandoline. Les deux chiens mangent alors le m√™me spaghetti et s'embrassent. Ils se baladent dans un parc comme des amoureux et inscrivent leurs pattes dans un cŇďur au pied d'une fontaine. Les deux chiens passent la nuit au bord du parc surplombant la ville. Le lendemain, Lady et Clochard repartent en ville et jouent √† faire peur √† des poules, mais Lady est attrap√©e et mise en cage √† la fourri√®re. Elle y d√©couvre entre autres Pedro, Boris et Peg qui lui apprennent le point faible du Clochard, connu pour √™tre un insouciant coureur de chiennes, mais aussi le funeste destin des chiens de la fourri√®re. Gr√Ęce √† son collier, le gardien rend Lady √† ses ma√ģtres. Revenue chez elle, Lady se retrouve attach√©e √† sa niche dans le jardin. Jock et C√©sar cherchent √† la r√©conforter. Clochard arrive alors, mais son humour et sa bonne humeur importunent les trois autres chiens. Jock et C√©sar partent, mais Lady, furieuse, le chasse.

L'orage √©clate et c'est alors qu'un rat entre dans le jardin des Ch√©ri puis dans la maison, directement dans la chambre du b√©b√©. Les aboiements de Lady r√©veillent Tante Sarah qui la somme de se taire, mais font aussi revenir Clochard. Averti du danger pour le b√©b√©, Clochard entre dans la maison, monte √† l'√©tage et se bat contre le rat. Lady parvient √† d√©tacher sa cha√ģne et √† suivre Clochard. Le rat monte sur le berceau qui, renvers√© par Clochard, provoque les pleurs du b√©b√©. La chambre est sens dessus dessous, mais le rat est mort, tu√© par Clochard derri√®re un rideau. Tante Sarah entre alors dans la chambre et surprend Clochard et Lady, ainsi que le berceau renvers√©. Elle enferme Clochard dans le placard et appelle la fourri√®re apr√®s avoir mis Lady √† la cave.

C'est au moment o√Ļ l'agent de la fourri√®re part avec Clochard que les Ch√©ri rentrent chez eux, affol√©s. Lady court dans la chambre et montre le rat sous le rideau. Jock et C√©sar, honteux d'avoir mal jug√© le b√Ętard, d√©cident d'aller sauver Clochard avant qu'il ne soit tu√© et courent vers la fourri√®re, mais le manque de flair de C√©sar semble un handicap surtout lorsqu‚Äôil doit traverser plusieurs flaques. Ils parviennent quand m√™me √† la fourri√®re avant l'arriv√©e de la charrette emportant Clochard et provoquent un accident, renversant le v√©hicule. Juste apr√®s, la voiture √† moteur des Ch√©ri arrive avec √† son bord Lady. Mais la charrette renvers√©e a bless√© C√©sar. L'histoire se conclut au No√ęl suivant, o√Ļ Lady et Clochard, recueilli chez Jim et Darling Ch√©ri, accueillent Jock et C√©sar pour r√©veillonner avec leurs quatre chiots, trois femelles comme Lady et un m√Ęle comme Clochard. √Ä la demande des plus jeunes, C√©sar tente de raconter une histoire, mais ne parvient plus √† se souvenir de ce que lui disait son grand-p√®re.

Fiche technique

Sauf mention contraire, les informations proviennent des sources concordantes suivantes : Leonard Maltin[5], Pierre Lambert[6] - [7], John Grant[8] et Jerry Beck[9]

Distribution

Voix originales

1er doublage (1955)

Source : lesgrandsclassiques.fr[10]

2e doublage (1989)

Le second doublage date de 1989[11] et est inclus sur les supports édités après 1990.

3e doublage (1997)

Le troisième doublage date de 1997[11] et est inclus dans la réédition en VHS de 1997 et les DVD et Blu-ray. C’est le doublage disponible sur le service Disney+.

Sources : Pierre Lambert[7] et carton DVD

Distinctions

Récompenses
  • David di Donatello 1956 - Prix √† Walt Disney pour la ¬ę meilleure production √©trang√®re ¬Ľ
Nominations

Sorties cinéma

Sauf mention contraire, les informations suivantes sont issues de l'Internet Movie Database[13].

Premières nationales

Ressorties principales

Sorties vidéo

  • - VHS (Qu√©bec et √Čtats-Unis) 4/3 (plein √©cran) et 1er doublage fran√ßais
  • 1989 - VHS avec format 4/3 (plein √©cran) et 2e doublage fran√ßais
  • 1989 - LaserDisc avec format CinemaScope 2.35 et 2e doublage fran√ßais
  • - VHS avec format 4/3, image restaur√©e et 3e doublage fran√ßais
  • 1997 - Laserdisc avec format Cin√©mascope 3e doublage fran√ßais
  • - VHS (Qu√©bec et √Čtats-Unis) avec format 4/3, image restaur√©e et 3e doublage fran√ßais
  • - DVD avec format 4/3 et image restaur√©e et 3e doublage fran√ßais
  • - DVD avec format cin√©ma et restauration num√©rique et 3e doublage fran√ßais
  • - Double DVD Collector avec format cin√©ma et restauration num√©rique et 3e doublage fran√ßais
  • - Coffret 3 DVD (La Belle et le Clochard I et II) avec format cin√©ma et restauration num√©rique et 3e doublage fran√ßais
  • - Coffret 2 DVD avec Les Aristochats avec format cin√©ma et 3e doublage fran√ßais
  • - Coffret 2 DVD avec Fr√®re des ours avec format cin√©ma et 3e doublage fran√ßais
  • - Combo Blu ray + DVD
  • - Coffret Prestige Digibook 2 Blu ray avec "La Belle et le Clochard 2 - L'appel de la rue"

Origine et production

Durant la production de son premier long m√©trage au milieu des ann√©es 1930, Walt Disney est tellement convaincu par les films de cette dur√©e qu'il ach√®te les droits d'adaptation de nombreuses histoires[15]. L'histoire du film est bas√©e sur une courte nouvelle de Ward Greene intitul√©e Happy Dan, the Whistling Dog[14] ; Greene √©tait le responsable √©ditorial de King Features Syndicate[16]. L'usage d'une nouvelle encore non publi√©e comme base pour un long m√©trage d'animation est une premi√®re pour Disney[15] - [17] - [18]. Le sc√©nario offre aussi, pour Walt Disney, un parall√®le avec son histoire d'amour avec Lillian Bounds, quand en 1925, oubliant un diner de premier rendez-vous et le cadeau qui devait √™tre offert durant le repas, il cacha un chiot dans une bo√ģte √† chapeau et l'offrit √† sa future femme[19] - [20] - [21] - [22].

Plusieurs scénarios pour une histoire

L'origine du sc√©nario du film d√©bute en 1937 avec une histoire de Joe Grant et Dick Huemer pour une romance canine[18] d'apr√®s un concept d'histoire imagin√© par Grant et sa femme Jenny et bas√© sur leur chienne Lady, une jeune cocker am√©ricaine[23] - [24]. Grant √©voque lui l'ann√©e 1936 pour la premi√®re version[17]. Il est possible de rapprocher ce sc√©nario du court m√©trage Casanova canin avec Pluto et Dinah le teckel sorti en 1945. Koenig indique que l'histoire du cadeau de Walt et celle de Grant et Huemer ont √©t√© associ√©es en 1943[21]. Lors de la sortie du film, Walt Disney d√©clare au magazine Theater and Cinema que les premi√®res versions ne le satisfaisaient pas et le projet a √©t√© mis en suspens[17]. Cette version de Grant et Huemer, finalis√©e en 1943, se d√©roulait essentiellement en int√©rieur et Clochard n'en faisait pas partie[15]. Toutefois on retrouve l'arriv√©e du b√©b√© √©cartant Lady de ses ma√ģtres et une m√©chante belle-m√®re venant avec deux chats[15].

En parallèle de ces développements internes, Disney découvre une courte nouvelle écrite par l'auteur Ward Greene, d'abord intitulée Happy Dan, the Whistling Dog and Miss Patsy, the Beautiful Spaniel et qui évolue après plusieurs réunions entre les deux hommes[15] - [17]. Disney contacte Green pour développer l'histoire[18] et en achète les droits[25]. L'histoire résultante a été intitulée Happy Dan, the Whistling Dog et publiée en 1943 dans Cosmopolitan[24] - [21] - [26]. Mais la production du film a pris encore quelques années[17]. En 1944, une autre histoire parue dans le Cosmopolitan nommée Imperfect Lady, est adaptée à la radio pour une émission écoutée par Walt[21]. Celui-ci engage l'auteur Cap Palmer pour intégrer cette romance au film en production[21]. Sa participation tient à des idées pour les points principaux de l'histoire et pour des éléments musicaux[21]. La scène de la fourrière est, elle, attribuée à Ted Sears[16].

Avec le succ√®s de Cendrillon en 1950, le studio reprend des projets de longs m√©trages, toutefois Joe Grant avait quitt√© le studio l'ann√©e pr√©c√©dente[15]. D'apr√®s les propos de Marc Davis, √† partir de 1952, donc durant la production de La Belle et le Clochard, Walt Disney s'√©loigne petit √† petit de l'animation au point qu'il est ¬ę difficile de l'avoir sous la main ¬Ľ lors des r√©unions de travail des longs m√©trages auxquelles il participe r√©guli√®rement jusqu'√† celles du film Les 101 Dalmatiens (1961)[27].

Le m√©lange entre Happy Dan de Greene et le sc√©nario de Grant et Huemer devient le sc√©nario de La Belle et le Clochard[18] en 1953[25], version un peu plus romanc√©e r√©√©crite par Greene[15]. Ce sc√©nario a √©t√© novellis√© par Greene et publi√© en 1953 selon la volont√© de Walt Disney, ce qui a permis de familiariser le public √† l'histoire[28]. David Koenig note aussi le fait que c'est la premi√®re fois que le studio d√©veloppe une histoire originale au lieu d'adapter une Ňďuvre pr√©existante[21]. Maltin ajoute que ce choix a permis √† Disney d'√™tre libre de d√©velopper l'histoire selon leurs besoins, ce qui n'est pas le cas en adaptant un classique[29]. L'adaptation d'un classique ou d'une histoire connue doit en effet adh√©rer aux s√©quences con√ßues par leurs auteurs pour ne pas heurter le public qui en est familier[29].

Pré-production

Au sein du studio, une équipe de sept scénaristes reprend et développe l'histoire tandis que trois réalisateurs expérimentés assurent la mise en scène[15]. Dans les premiers scénarios, différents éléments se déroulaient autrement :

  • Clochard avait √©t√© nomm√© ¬ę Homer ¬Ľ, ¬ę Rags ¬Ľ (Guenilles) puis ¬ę Bozo ¬Ľ [14] - [26] - [30] - [31] ; Jim Ch√©ri s'appelait ¬ę Jim Brown ¬Ľ et Darling s'appelait ¬ę √Člisabeth ¬Ľ. Quant aux deux chats siamois, ils devaient se nommer ¬ę Nip ¬Ľ et ¬ę Tuck[30] - [32] ¬Ľ, d'apr√®s un sc√©nario de 1940[33], noms qui furent repris cinquante ans plus tard par une s√©rie √† succ√®s ;
  • Lady n'avait qu'un unique voisin pr√©nomm√© ¬ę Hubert ¬Ľ ;
  • en attendant l'arriv√©e du b√©b√©, Lady devait faire un cauchemar bas√© sur une s√©quence - finalement supprim√©e - intitul√©e Parade of the Shoes (Parade des chaussures), similaire √† La Marche des √©l√©phants de Dumbo (1941)[32] ;
  • d'apr√®s les souvenirs de Peggy Lee, le vieux chien C√©sar devait mourir, tu√© par le rat mais √† sa demande et pour ne pas reproduire la mort de la m√®re de Bambi, C√©sar reste vivant[34].

Entre le printemps et l'automne 1952, les archives du studio démontrent un intérêt de Walt Disney pour La Belle et le Clochard plus important que pour Alice au pays des merveilles et Peter Pan[35]. La sortie du film était alors prévue pour 1954[36].

Choix du format CinemaScope

En 1953, Disney engage Richard Fleischer pour aider à résoudre la complexité technique du tournage de Vingt mille lieues sous les mers (1954)[37]. Il utilise alors le format CinemaScope pour les scènes de mouvements du sous-marin Nautilus afin de renforcer l'effet dynamique[37]. Ce format est une innovation lancée par le studio 20th Century Fox avec la sortie du film La Tunique[38]. La majorité des studios d'Hollywood l'adoptent à partir de 1953 sauf Paramount Pictures[39] - [40].

Le principe est d'anamorphoser l'image sur un écran plus large[41]. Ayant réussi avec Vingt Mille Lieues sous les mers, Fleischer aurait encouragé le studio à utiliser le format CinemaScope sur les longs métrages d'animation, La Belle et le Clochard, alors en production, bénéficie d'un tournage dans ce format[37]. Mais ce choix technique a forcé les équipes à élargir les décors déjà réalisés[15]. De plus, le faible nombre de salles équipées en projecteur au format CinemaScope a forcé le studio à produire deux versions du film[42]. En parallèle, le scénario prend forme et le choix de placer l'action au début des années 1910 convainc Walt Disney[24].

Solutions narratives

Le film débute par une vue panoramique d'une petite ville de Nouvelle-Angleterre sous la neige[43]. Il se poursuit en présentant un monde du point de vue des chiens et les hommes ne sont présentés en détail que dans quelques scènes clefs[43]. Michael Barrier indique que les équipes de Disney ont utilisé deux approches dans le film, une vision animalière, mais aussi l'anthropomorphisme[43] : des gags sont ainsi présentés avec un angle purement canin, mais d'autres apposent au chien des caractéristiques humaines. Ollie Johnston et Frank Thomas évoquent le fait que Walt Disney était plus occupé par le parc Disneyland et la télévision que le film, mais ses intérêts sont à l'origine d'une recherche approfondie du réalisme principalement dans la scène de combat entre Clochard et le rat, une recherche d'intensité émotionnelle[44].

Au d√©but du film, l'√©quipe a r√©solu le probl√®me du ¬ę temps qui passe ¬Ľ avec un minimum d'efforts en utilisant la sc√®ne o√Ļ Jim Ch√©ri autorise Lady √† dormir sur leur lit ¬ę seulement pour cette nuit ¬Ľ puis celle o√Ļ on la voit adulte toujours endormie sur le lit[45]. Une solution similaire a √©t√© utilis√©e lorsque Lady s'imagine l'arriv√©e de l'enfant des Dear et qu'elle marche au travers des pages d'un calendrier transparent[45].

Un autre problème est de rendre les chiens expressifs. Ainsi pour montrer l'irritation de César pour la musique, différentes positions ont été testées pour finir par le fait qu'il se couche en tournant le dos et se bouchant les oreilles avec ses pattes[46].

Une autre difficult√© a √©t√© pour Erdman Penner de savoir o√Ļ stopper la repr√©sentation principalement dans la sc√®ne de la fourri√®re[47]. L'√©quipe assume la repr√©sentation de la m√©lancolie et du pathos des chiens emprisonn√©s, mais devait-elle repr√©senter l'euthanasie alors pratiqu√©e dans des chambres √† gaz[47] ? La solution envisag√©e a consist√© √† reprendre plusieurs √©l√©ments connus du public comme les clich√©s des dialogues et attitudes, d√©j√† vus dans des films comme Big House (1930) ou The Last mile (1953)[47]. Ensuite, l'√©quipe a repr√©sent√© l'action au travers de silhouettes pour minimiser l'identification, donn√© un nom absurde, Nutsy, √† la victime et demand√© √† Cliff Nordberg d'animer la sc√®ne de mani√®re humoristique, du moins d√©cal√©e[47].

Autres choix techniques

Techniquement, le film reprend des techniques utilisées auparavant dans les longs métrages de Disney. Les scènes douces profitent de couleurs pastel et de décors méticuleux[45]. La scène plus violente du combat avec le rat est placée durant un orage et les traits de cet opposant ont été exagérés pour le rendre plus horrifiant[45]. Ce combat pendant un orage avec des éclairs n'est pas sans rappeler Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Le Sacre du printemps dans Fantasia (1940) voire Vingt Mille Lieues sous les mers (1954).

A Red Cross Man in the Making (1914) de Norman Rockwell.

Les d√©cors ont √©t√© en partie r√©alis√©s par Claude Coats qui avait la consigne de reproduire le style d√©taill√© des √©vocations du d√©but du XXe si√®cle √† l'image des Ňďuvres de Norman Rockwell[15]. Pour r√©aliser au mieux ce travail, il fit r√©aliser des maquettes de l'int√©rieur de la maison de Lady et des photographies en contre-plong√©e sous diff√©rents angles pour retranscrire la vision canine[15]. Les d√©cors comportent des zones tr√®s fournies afin de renforcer l'aspect nostalgique, par exemple avec des bibelots aux ar√™tes et couleurs douces, mais ce style n√©cessite la cr√©ation d'autres zones vides r√©serv√©es aux actions des personnages[48]. Il suffit parfois de tr√®s peu pour rendre une sc√®ne forte en √©motion, comme l'entr√©e de la fourri√®re, une simple porte en bois d√©labr√©e avec hors champ des aboiements plaintifs[49].

Le film a aussi nécessité le développement de nouveaux jeux de couleurs afin de résoudre des problèmes simples comme la couleur noire de Scotty qui devait ne pas être trop sombre ce qui aurait éclairci le décor par contraste[50]. De plus, pour les personnages évoluant à la fois le jour ou sous une lumière vive et la nuit ou dans l'obscurité, différents jeux de couleurs pour chaque personnage ont été utilisés[50].

Durant la production du film, le partage des t√Ęches entre animateurs est essentiellement bas√© sur les personnages, comme dans les pr√©c√©dentes productions, mais plusieurs animateurs sont assign√©s sur les personnages principaux[35]. Neal Gabler indique que les animateurs du studio ont travaill√© six jours par semaine pour finaliser le film[16]. Il mentionne aussi que la production du film a √©t√© suspendue temporairement, car l'√©quipe √©tait trop concentr√©e sur des d√©tails[16]. Ils ont donc travaill√© pendant six mois sur La Belle au bois dormant (1959) ce qui leur aurait permis d'√™tre plus efficaces et plus productifs pour finir La Belle et le Clochard[51]. L'essentiel de l'animation a √©t√© r√©alis√© en 1953 et 1954[35].

Incohérences

Malgré cela, David Koeing note quelques incohérences dont :

  • l'absence de trou pour respirer dans la boite-cadeau contenant Lady[52] ;
  • la pr√©sence dans le zoo d'un panneau ¬ę Le barrage des castors ¬Ľ avant que le barrage soit cr√©√© par l'un des castors ; de plus cette zone est la plus grande du zoo, fait assez rare dans ce type de lieu[52] ;
  • lors de la sc√®ne derri√®re le restaurant, Tony commande deux plats, mais un seul est servi, plat de spaghetti cuisin√© par Joe qui semble un expert, car il met les p√Ętes et les boulettes de viandes dans la m√™me casserole[52] ;
  • le chien Pedro est assez petit pour passer entre les barreaux des cages, mais ne le fait pas[52] ;
  • lorsque Tante Sarah emprisonne Clochard puis Lady, apr√®s les avoir chass√©s √† coup de balai, aucune sc√®ne ne montre o√Ļ le b√©b√© a pu √™tre plac√©[53] ;
  • le carrosse des amoureux dans le parc n'a pas de cheval[53] ;
  • le fusil du fermier est plus que mal calibr√©, car le premier coup et le second coup se font √† chaque fois plus √† droite alors qu'il se d√©place √† gauche[53].

Les personnages

Parmi les personnages, une grande partie est constituée de chiens, de différences races. Lady est une chienne cocker spaniel anglais, Jock un terrier écossais, César un chien de chasse Saint-Hubert et Clochard un croisé sans plus de précision[2]. Dachsie est un teckel allemand.

Lady et Clochard

Lady est inspir√©e du cocker am√©ricain de l'animateur Joe Grant, une chienne portant √©galement ce nom. Ce serait apr√®s avoir admir√© sa fourrure que Walt Disney aurait d√©cid√© d'en faire l'h√©ro√Įne du film[54] mais graphiquement Lady est inspir√©e du cocker spaniel anglais d'Hamilton Luske[19]. Le personnage a √©t√© anim√© par Eric Larson et sa voix originale est celle de Barbara Luddy. Jerry Beck mentionne la chanteuse Peggy Lee[55] mais il commet une erreur, car elle donne sa voix √† Miss Darling. John Grant indique qu'il y a deux Lady dans le film ayant chacune ses caract√©ristiques, le chiot au d√©but du film puis la jeune femelle[19]. La seconde poss√®de des traits sexuels alors que la premi√®re en est d√©pourvue, mais les deux partagent une base commune, celle d'√™tre ¬ę adorable, confiante, bien intentionn√©e[19]. ¬Ľ

Clochard est un chien errant, un b√Ętard dont les races crois√©es ne sont pas identifi√©es, mais inspir√© par un animal r√©el qui a √©t√© recueilli par le studio puis plac√© apr√®s la sortie du film dans la ferme du parc Disneyland[56]. Ollie Johnston et Frank Thomas √©crivent ¬ę [qu']une nuit, le sc√©nariste Erdman Penner croise ce chien errant, mod√®le parfait pour le h√©ros du film, mais qui dispara√ģt dans des buissons. Plusieurs jours passent et les employ√©s du studio parviennent √† localiser le chien dans une fourri√®re quelques heures seulement avant qu'il soit euthanasi√© dans une chambre √† gaz. Penner adopte imm√©diatement le chien et l'am√®ne au studio o√Ļ l'on d√©couvre que c'est une femelle √Ęg√©e d'un an, malgr√© cela l'animal a servi de mod√®le[57]. ¬Ľ Il a √©t√© anim√© par Milt Kahl[42]. Le personnage de Clochard poss√®de un phras√© et un langage, interpr√©t√© par Larry Roberts en version originale, qui font de lui un ¬ę r√©aliste assez cynique ¬Ľ tandis que ses actions d√©montrent qu'il est extr√™mement rus√©[19]. Toutefois, il vit dans la peur constante d'√™tre envoy√© √† la fourri√®re et ex√©cut√©[56]. Cette peur rejoint le traitement habituel chez Disney de la notion de fourri√®re animale, comme celui jou√© par Pat Hibulaire dans plusieurs courts m√©trages dont Chien enrag√© (The Mad Dog, 1932) ou Un enl√®vement de chien (The Dognapper, 1934), notion qui √©tablit que ¬ę les gentils chiens sont attrap√©s par d'inf√Ęmes agents de la fourri√®re qui les exterminent imm√©diatement[56]. ¬Ľ

Ollie Johnston et Frank Thomas ont anim√© des sc√®nes m√™lant Lady, Jock, C√©sar et Clochard[42]. La sc√®ne d'amour au-dessus d'un plat de spaghettis a √©t√© anim√©e enti√®rement par Frank Thomas[42] - [58] - [35], du moins les chiens et la table, car Tony et Joe ont √©t√© anim√©s par John Lounsbery[42] - [35]. La partie coup de foudre aurait √©t√© dessin√©e en secret par Thomas car Walt doutait de sa cr√©dibilit√©[42]. Parmi les chiots n√©s de l'union entre Lady et Clochard, seul le jeune m√Ęle poss√®de un nom Scamp et un caract√®re aventureux[59].

Les autres chiens

Le chien Jock est, pour John Grant, l'√©pitom√© du terrier √©cossais avec ses mouvements d√©sordonn√©s, mais aussi d'un √Čcossais avec son caract√®re bourru et la voix de Bill Thompson[56] - [60]. Dans le film, Jock mentionne que son vrai nom est en r√©alit√© Heather Lad O' Glencairn et qu'il r√©pond √† celui de Jock uniquement pour le plaisir de ses ma√ģtres[56]. Il autorise Lady √† l'appeler ainsi en raison de sa forte humanit√©[56]. C√©sar, Trusty en version originale, est quant √† lui un chien de chasse Saint-Hubert au pass√© glorieux, mais qui a perdu le sens de l'odorat[56] - [60], inspir√© de l'acteur Ralph Bellamy[32]. Avec son grand-p√®re Vieux Fid√®le, ils ont particip√© √† la chasse de plusieurs criminels √† travers le pays, le jeune C√©sar √©coutant les assertions de son a√ģn√©[56]. C√©sar tente r√©guli√®rement d'√©voquer son pass√© ou les paroles de son a√Įeul mais Jock intervient pour √©viter la radoterie[56], source de sc√®nes comiques. Jock n'est pas tr√®s li√© d'amiti√© avec Clochard mais participe √† son sauvetage, tout comme C√©sar qui le voit d'abord comme un ennemi mais risque sa vie pour lui, √† moins que ce ne soit par amiti√© pour Lady, ce qui n'est pas clairement √©tabli dans le film selon Grant[56]. Les deux comp√®res ne sont pas des personnages principaux selon les canons de Disney, mais ont √©t√© parfaitement cern√©s et sont tr√®s convaincants, ce qui d√©montre selon Grant la qualit√© du travail du studio[56].

La t√™te fine et cisel√©e du barzo√Į ou l√©vrier russe.

√Ä la fourri√®re, Lady rencontre de nombreux chiens dont un quatuor chantant ironiquement Home! Sweet Home!, le corniaud am√©ricain Toughty, le l√©vrier russe Boris, le chihuahua mexicain Pedro et le bouledogue am√©ricain Bull[30]. Ce quatuor est interpr√©t√© par le groupe vocal The Mellomen[30], d√©j√† √† l‚ÄôŇďuvre - entre autres - dans Alice au pays des merveilles et Peter Pan. Ces quatre chiens perturbent le teckel Dachsie qui tente de creuser un tunnel pour s'√©vader, mais aussi Peg, une chienne vedette de la fourri√®re bas√©e sur la chanteuse Peggy Lee[30], anim√©e par Eric Larson[42] - [61]. C'est une Lhassa Apso. Ce personnage devait s'appeler ¬ę Mamie ¬Ľ mais le nom a √©t√© chang√© en raison du pr√©nom de la femme du pr√©sident Eisenhower, Mamie Eisenhower[34]. Peg serait l'ancienne vedette d'une √©mission nomm√©e Dog and Pony Show en plus d'√™tre, selon Johnston et Thomas, l'exemple d'un personnage acceptable, mais non r√©aliste[61]. Le bouledogue a √©t√© anim√© par John Lounsbery[62]. Bill Thompson donne sa voix √† Bull et Dachsie en plus de Jock ; Dallas McKenon interpr√®te Toughy, Pedro, le professeur et une hy√®ne du zoo tandis qu'Alan Reed fait Boris[30].

Finch indique que les chiens ont été aussi difficiles à animer que les biches et faons dans Bambi car ils devaient être des animaux réalistes[24]. John Grant note un traitement étrange, incohérent, des nombreux chiens. Ainsi, la meute de chiens errants qui poursuit Lady semble constituée de monstres, mais les chiens errants emprisonnés à la fourrière donnent une image plus adorable[56]. Bob Thomas évoque qu'une subtile différence dans l'animation provient de l'usage du CinemaScope, les animateurs pouvant désormais déplacer les personnages dans le décor (le cadre étant plus large) alors qu'auparavant, ils devaient déplacer le décor derrière les personnages[38].

Humains et autres animaux

Un √©l√©ment important du film est la diff√©rence de traitement lorsque les chiens parlent entre eux ou qu'ils s'expriment aux humains, les aboiements dans le second cas indiquent clairement que ce sont les chiens les h√©ros de leur monde[63]. Ainsi les humains sont rel√©gu√©s √† des r√īles mineurs √† la fois √† l'√©cran et dans leurs actions[63]. Le couple Ch√©ri est issu de la classe moyenne avec Darling moins √©lev√©e que son mari Jim[63]. Les habits de Darling toujours impeccables et son visage en font l'arch√©type de la jeune femme parfaite ma√ģtresse de maison des ann√©es 1950 bien que le film se d√©roule dans les ann√©es 1910[63] - [64]. Le costume trois-pi√®ces et les horaires de Jim font penser √† un m√©tier li√© √† la finance, mais ses traits tr√®s stricts et sobres sont compens√©s par des sc√®nes de joie et de d√©tente chez lui en particulier provoqu√©es par la chienne Lady[63].

Tony et Joe, respectivement le propri√©taire et le chef du restaurant italien[62] - [63], ont √©t√© anim√©s par John Lounsbery[42] - [62]. Tony est imposant, grand et gros, mais aussi en pr√©sence et g√©n√©reux, avec un visage marqu√© par sa dentition, sa moustache ayant s√Ľrement hum√© un millier de minestrones, ses yeux tr√®s mobiles, d'√©pais sourcils et une calvitie[63]. Le chef Joe est lui deux fois plus maigre et rev√™tu d'une panoplie de chef dont une grande toque[63]. Il poss√®de lui aussi d'√©pais sourcils et une moustache, mais plus dans le style de Groucho Marx[63]. Le duo interpr√®te la c√©l√®bre chanson Belle nuit (Bella Notte), Tony jouant de l'accord√©on et Joe de la mandoline[63].

La tante Sarah rejoint la longue liste de m√©chants f√©minins du studio Disney mais sa m√©chancet√© r√©side surtout dans son amour des chats et son incompr√©hension des chiens[63]. Elle est une vieille dame bien en chair persuad√©e que les chiens sont tous antisociaux, sales et couverts de germes de maladie, mais qui se propose de garder le b√©b√©[63]. La tante Sarah poss√®de deux chats, nomm√©s Si et Am, d√©composition du nom Siam, le pays d'origine de cette race de chat, les siamois, de plus les deux animaux sont siamois dans sens qu'ils sont jumeaux[56]. Ces deux chats sont quasi identiques en raison de leur voix tr√®s aigu√ę fournie par Peggy Lee en version originale et leur caract√®re fourbe et destructeur[56]. Ils ont √©t√© anim√©s par Bill Justice, John Sibley et Bob Carlson[42]. La tante Sarah reste persuad√©e que ses chats sont de parfaits innocents[63]. Cependant, il n'y a pas vraiment de m√©chant dans ce film seulement des situations difficiles confrontant diff√©rents personnages[65]. Ainsi Tante Sarah fait simplement passer sa passion pour les chats au-devant d'un quelconque int√©r√™t pour les chiens[65]. Toutefois elle provoque des situations comme le fait de museler Lady ou la course poursuite entre les chiens et les chats[65]. Les deux siamois sont m√™me des sources de rires pour les possesseurs de chats habitu√©s √† leurs comportements parfois √©tranges parfois agressifs, mais toujours √©gocentr√©s[33] - [65].

Parmi les autres humains, John Grant note le vendeur de la boutique animalière qui vend une muselière à la tante Sarah, le policier et le professeur aux prises avec Clochard dans le zoo, l'agent de la fourrière et Bill le gardien de cette dernière[59]. Koenig indique que le vendeur de la boutique serait inspiré de Franklin Pangborn[66]. Grant évoque aussi le castor qui aide avec sa monomanie pour la coupe des arbres les héros en retirant la muselière de Lady[59].

Le seul m√©chant monstrueux semble √™tre le rat[67] en raison de la peur qu'il provoque et des blessures potentielles qu'il peut infliger √† Clochard l'obligeant √† se battre[65]. Pour la sc√®ne de combat entre Clochard et le rat, l'animateur Wolfgang Reitherman garda un rat en cage pour √©tudier ses mouvements[42] - [55] - [68], pour animer le personnage nomm√© Hermann[32]. √Ä la suite d'une frustration de ne pas pouvoir travailler sur des mod√®les vivants durant la s√©quence Le Sacre du printemps de Fantasia (1940), il a ainsi demand√© √† l'√©quipe de charpentiers du studio de fabriquer la cage qu'il a conserv√©e √† c√īt√© de son bureau plusieurs semaines avant le d√©but de la production du film[68]. La sc√®ne utilise les m√™mes techniques, flashs lumineux et tonnerre, que la sc√®ne du combat entre un tyrannosaure et un st√©gosaure de Fantasia[55], dans la s√©quence Le Sacre du printemps, aussi anim√©e par Reitherman.

Bande originale

La Belle et le Clochard

La musique du film a été composée par Oliver Wallace, dernière collaboration pour un long métrage d'animation Disney. Les chansons ont été composées et écrites par Sonny Burke et Peggy Lee. La bande originale n'a été publiée qu'en 1997, après plusieurs années de bataille judiciaire avec Peggy Lee entamée pour les droits associés aux supports vidéos[69], qu'elle a gagné en 1991[70].

  • Belle nuit (Bella Notte) - ChŇďur
  • La Paix sur Terre (Peace on Earth) - Soliste et chŇďur
  • Trois pas par-ci, deux par-l√† (Bonybank in the Backyard) - Jock
  • Qu'est-ce qu'un b√©b√© ? (What is a Baby?) - Lady
  • La La Lou - Darling
  • La Chanson des Siamois (The Siamese Cat Song) - Si et Am
  • Belle nuit (Bella Notte) (reprise) - Tony, Joe et chŇďur
  • Home Sweet Home - Les chiens
  • Il se tra√ģne (He's a Tramp) - Peggy
  • La Paix sur Terre (Peace on Earth) (reprise) - ChŇďur

Sortie et accueil

Comme la plupart des productions de Disney à partir des années 1950, le film a été présenté dans l'émission Disneyland avec une interview de Peggy Lee et une démonstration de Sonny Burke et des Mellomen[4] pour assurer sa promotion[71]. L'émission intitulée A Story of Dogs a été diffusée sur ABC le [72]. La Belle et le Clochard est le premier long métrage d'animation distribué par Buena Vista Pictures Distribution, le studio ayant stoppé son contrat avec RKO Pictures l'année précédente[73].

Finalement, le film a co√Ľt√© pr√®s de 4 millions d'USD[4]. La sortie du film √©tait importante pour Walt Disney, affect√© par les mauvais r√©sultats des films Alice au pays des merveilles (1951) et Peter Pan (1953)[17]. √Ä sa sortie, le film est le premier long m√©trage d'animation √† √™tre projet√© au format CinemaScope[15] - [74] - [75] - [76] - [77]. Le long m√©trage a √©t√© souvent accompagn√© par le court m√©trage documentaire Switzerland (1955) r√©alis√© par Ben Sharpsteen dans la s√©rie People and Places[4]. Le premier dessin anim√© utilisant le proc√©d√© CinemaScope √©tait le court m√©trage de Disney Les Instruments de musique (Toot Whistle Plunk and Boom, 1953)[78]. La sortie du film a pr√©c√©d√© de quelques semaines l'ouverture du parc de Disneyland[42]. Le film r√©colte 8,3 millions d'USD en cumulant la sortie de 1955 et la ressortie de 1962[79], mais la premi√®re exploitation a suffi √† rentabiliser la production du film[42].

La plupart des critiques ont √©t√© n√©gatives malgr√© la qualit√© technique du film. Albert Payson Terhune du New Yorker se plaint du ¬ę sentimentalisme excessif ¬Ľ du film, mais aussi du recours au CinemaScope donnant aux chiens la forme d'hippopotames[4]. Bosley Crowther du New York Times ajoute que ce format rend plus visible les d√©fauts[4]. Le magazine Variety est moins critique, mais s'√©tonne de la sc√®ne de combat avec le rat qu'il rapproche de la sc√®ne de la chauve-souris dans le film Le Poison (1945) et demande si le dessin anim√© est d√©conseill√© aux enfants[4].

Rapidement, le personnage de Scamp, fils de Lady et Clochard, présenté tout à la fin du film fait l'objet d'une série en bande dessinée[59], lancée le par King Features Syndicate d'abord en strip devenue un gag quotidien publié jusqu'en , mais aussi une série régulière de 1958 à 1961[80]. Lors de sa ressortie en 1962, La Belle et le Clochard était présenté avec un autre film : Presque des anges (Almost Angels)[81].

Le film ressort aux √Čtats-Unis en mars 1980[82].

En octobre 1987, le studio d√©cide d'√©diter en cassette vid√©o le film La Belle et la Clochard et re√ßoit plus de 2 millions de pr√©-commandes avant la date de sortie[83]. Rapidement le studio vend aux √Čtats-Unis 3,2 millions de cassettes du film[84]. Mais en 1988, Peggy Lee a poursuivi Disney pour obtenir l'argent des droits sur les cassettes vid√©o, non pr√©vues dans son contrat initial, et la cour lui a accord√© 3,83 millions USD en d√©dommagement[4]. La chanteuse n'est pas la seule dans ce cas car Mary Costa, voix d'Aurore dans La Belle au bois dormant (1959), en 1990, ainsi que les musiciens de Cendrillon (1950) et l'orchestre de Fantasia (1940) firent de m√™me[53]. Le proc√®s a dur√© plusieurs ann√©es comme le confirme un article du Los Angeles Times du dans lequel Peggy Lee, √Ęg√©e de 70 ans, arrive en fauteuil roulant au tribunal r√©clamant 50 millions d'USD[85]. Le jugement final a √©t√© prononc√© d√©but et accorde seulement 2,3 millions d'USD √† Peggy Lee[86] - [87] - [88].

Analyse

John Grant écrit que La Belle et le Clochard se différencie des précédents longs métrages d'animation du studio par deux points, l'usage du CinemaScope et l'utilisation d'un scénario encore jamais publié[17]. Il ajoute qu'il est souvent vu comme l'un des plus charmants films de Disney même si l'avis des critiques contemporains est un peu moins enthousiaste[17].

Disney retrouve son public

Pour S√©bastien Roffat, La Belle et le Clochard fait partie des longs m√©trages d'animation du d√©but des ann√©es 1950 avec lesquels Disney retrouve son public[89]. Le film n'est pas un important succ√®s pour le studio, mais poss√®de un c√īt√© charmant qui le classe dans les films de Disney les plus appr√©ci√©s par les spectateurs[55]. Leonard Maltin √©crit que c'est un film bien √©labor√©, moins irr√©sistible que certaines Ňďuvres plus anciennes, mais plus agr√©able que d'autres[43]. Pour Steven Watts, ce film est une fable fantastique sur une romance canine soutenue par un r√©alisme visuel de chaque d√©tail, une musique entra√ģnante et une forte histoire d'amour[77]. Mais l'histoire est moins mythique que les contes de f√©es avec le recours √† la vie domestique moderne[90]. Maltin ajoute que l'histoire est assez simple, mais l'ajout de sc√®nes fortes, de chansons et de certaines images rend le film ¬ę assez proche d'une sympathique peluche[43]. ¬Ľ Christopher Finch indique que le film est le premier √† traiter d'une √©poque peu √©loign√©e du contemporain des spectateurs[75]. √Ä la diff√©rence de Dumbo (1941) qui se situe dans le pr√©sent, mais dans un environnement sp√©cial, le monde clos du cirque, les personnages de La Belle et le Clochard √©voluent dans une banlieue d'une ville moyenne am√©ricaine au d√©but du XXe si√®cle, √©l√©ments proches et familiers des spectateurs am√©ricains des ann√©es 1950[75]. De plus, la fin du film reprend l'image de la soir√©e de No√ęl, √©l√©ment familial r√©current chez Disney[66]. Jimmy Johnson donne Alice au pays des merveilles (1951) comme exemple d'un film d'animation sans succ√®s ni en salle ni musical qu'il oppose √† Peter Pan (1953) et La Belle et le Clochard (1955) ayant eu, tous les deux, du succ√®s en salle mais sans titre musical d'envergure[91].

Pour Jerry Beck, hormis le rat, tous les personnages sont sympathiques ou divertissants, y compris les chats siamois en raison de leurs vilenies[55]. Leur pr√©sence est, selon Brode, uniquement motiv√©e par le besoin dramatique d'avoir une esp√®ce animale opposable aux chiens[92]. Le film fait partie des longs m√©trages d'animation de Disney utilisant des animaux domestiques comme base, l'un des deux principaux th√®mes avec les contes de f√©es[93]. En cherchant un point de critique, Maltin trouve que l'animation du film est trop ¬ę litt√©raire ¬Ľ, moins √©labor√©e que dans Cendrillon (1950), le conte de f√©es offrant plus d'opportunit√© √† l'invention visuelle[45]. Le film est une merveille de r√©alisme, mais il n'√©gale pas ¬ę l'hyperbole visuelle de Dumbo, l'imagination sans fronti√®re de Fantasia, le surr√©alisme des Trois Caballeros ou m√™me la vision stylis√©e de la r√©alit√© de Bambi[45]. ¬Ľ Grant consid√®re le film comme ayant un d√©roulement authentique et des personnages surtout tr√®s attendrissants, mais il ne fait pas partie des films joyeux o√Ļ l'humour domine, car les situations font au mieux sourire, mais pas rire, le sc√©nario ne le permettant pas[17].

Grant consid√®re que Lady est une h√©ro√Įne de Disney avec son c√īt√© romantique, le fait d'√™tre terrifi√©e et confuse, et le trait de r√©bellion avec sa fugue et la sc√®ne dans la fourri√®re[19], √©l√©ments qui peuvent √™tre rapproch√©s de Blanche-Neige, Cendrillon ou Aurore. Mais elle n'est pas une h√©ro√Įne na√Įve et innocente, au contraire elle poss√®de une forme de d√©cence[19]. Finalement elle n'est pas un personnage central fort comme peut l'√™tre Clochard[19].

Usage du CinemaScope

Maltin relie la qualit√© du film au choix technologique fait par Walt Disney de tourner le film en CinemaScope ce qui offre une plus grande importance aux d√©partements des layout et des d√©cors[43]. Ces deux services ont ainsi cr√©√© une succession de d√©cors devant lesquels l'histoire peut se d√©rouler[43]. Allan √©voque aussi ce premier usage du Cin√©maScope et la beaut√© des d√©cors[94] en partie dessin√©s par Eyvind Earle[95]. Michael Barrier, cit√© par Maltin, consid√®re que les deux approches utilis√©es dans le film, vision animali√®re et anthropomorphisme, bien qu'elles fonctionnent assez bien ensemble, provoquent un conflit chez le spectateur[43]. Maltin note qu'une fois de plus, les meilleures s√©quences ont √©t√© construites autour d'une musique, les paroles rejoignant les images comme la sc√®ne des √©toiles dans les yeux de Lady chez Tony[43]. Bob Thomas indique que cet usage permet un plus grand r√©alisme, mais moins de sc√®nes rapproch√©es[38]. Mais pour Neal Gabler, cet usage a fait doubler les co√Ľts des d√©cors et monter le budget √† plus de 3 millions d'USD, ce qui a r√©duit les b√©n√©fices du film[16]. Il note aussi que le style graphique du film n'est pas celui habituel du studio, mais plut√īt le style √©conomique d'UPA[16], l'animation limit√©e.

Maltin et Grant citent un article de Ward Kimball paru dans Films in Review au sujet de l'utilisation du CinemaScope[17] - [45] :

¬ę Nos artistes de layout, dont le travail est analogue aux concepteurs de d√©cors, devaient recr√©er la mise en sc√®ne de toutes les actions pour l'associer aux d√©cors deux fois plus longs qu'avant. En faisant cela, ils ont fait une d√©couverte : avec le CinemaScope, les personnages d'animation bougent, mais pas les d√©cors. Gr√Ęce √† la place suppl√©mentaire, les personnages peuvent se d√©placer sans sortir de l'angle de vue. Ils peuvent aussi bouger plus en relation avec les autres. Avec le CinemaScope, [...] les personnages peuvent se d√©placer √† travers la sc√®ne. Le film n√©cessite moins de sc√®nes s√©par√©es, moins de coupures et comme les actions se d√©roulent de mani√®re plus continue, les mouvements non bris√©s traversent de grandes sc√®nes... ¬Ľ

Finch qualifie le travail des animateurs de bon sur la personnalité des personnages humains tout en conservant les nuances des comportements des chiens[75].

Histoire d'amour et rêve américain

Le film est avant tout une histoire d'amour, entre un vagabond et un membre de l'√©lite sociale. Lady est une chienne de compagnie dans une famille ais√©e motiv√©e par l'√©thique malgr√© une vie dans le luxe[96] tandis que Clochard est un chien vagabond qui utilise les humains et s√©duit les femelles[97]. En cherchant √† fuir l'autorit√© locale, il se r√©fugie √† contre-cŇďur dans le quartier de Snob Hill[97]. C'est alors qu'il rencontre Lady qui fugue de chez elle de peur d'√™tre abandonn√©e. Mais √† l'oppos√© de nombreux films d'amour, la romance dans La Belle et le Clochard prend du temps √† se d√©velopper et culmine par la c√©l√®bre sc√®ne du baiser avec les spaghettis[55]. Pour Robin Allan, le film est une histoire d'amour nostalgique au d√©but du XXe si√®cle[94]. Olliver Johnston et Frank Thomas s'interrogent sur le r√©sultat obtenu en m√©langeant √† l'√©cran diff√©rents √©l√©ments[98]. Les √©l√©ments, si on les √©num√®re, sont loin de d√©finir le romantisme ou le fait de tomber amoureux, encore moins l'amour : deux chiens venus chercher des os mangent √† la place une assiette de spaghettis pr√©par√©e comme pour des humains et pr√©sent√©e sur une table avec sa nappe et une bougie dans la ruelle √† l'arri√®re d'un restaurant italien au son de l'accord√©on et de la mandoline d'un chef et de son patron, tous deux romantiques[98]. De plus, de nombreuses questions sont apparues au point que Walt n'√©tait plus s√Ľr que la sc√®ne apporte grand-chose au film[98]. Parmi les questions, Johnston et Thomas notent[98] : Les personnages humains rendent-ils la sc√®ne convaincante ? Le plat de spaghetti est-il un √©l√©ment divertissant ? Le caract√®re adorable de Lady est-il renforc√© par sa fa√ßon de manger un long spaghetti ? Ils pointent ainsi le fait que Clochard devient un h√©ros terrassant un monstrueux rat montrant ainsi un aspect chevaleresque allant plus loin dans le sentimental que le vagabond individualiste[44].

La famille am√©ricaine d√©peinte dans La Belle et le Clochard diff√®re de la famille britannique de Peter Pan (1953). Le film pr√©sente une image id√©alis√©e de la famille am√©ricaine avec les Dear[96] - [64]. Toutefois, dans la relation inter-classe entre Clochard et Lady, Disney ne prend pas partie, et offre un message d'acceptation fort des symboles de civilisation[97]. Aucun des deux h√©ros n'abandonne totalement sa classe sociale pour celle de l'autre, mais les deux effectuent la moiti√© du chemin, Lady apprenant la vie de vagabond tandis que Clochard apprend les valeurs de la famille[97]. La d√©couverte par Lady de la fourri√®re, √©quivalent de la prison par anthropomorphisme, est similaire aux emprisonnements des aristocrates ou de leur d√©ch√©ance chez Dickens[97]. Watts √©crit que le film est rempli de st√©r√©otypes que ce soit pour les noms, les situations ou l'image de la femme ; toutefois Lady parvient, apr√®s une s√©rie d'aventures, √† revenir chez ses ma√ģtres en ayant domestiqu√© son compagnon, ancien chien errant, et √† avoir avec lui quatre rejetons[64]. Lynda Haas, Elizabeth Bell et Laura Sells consid√®rent que La Belle et le Clochard fait partie d'un groupe de films Disney dans lequel la m√®re n'est pas absente comme dans Pinocchio, Cendrillon, etc. mais qu'elle n'est pr√©sente que pour encourager ses enfants de mani√®re b√©n√©vole, se sacrifiant pour atteindre ce but au c√īt√© de [99]. John Grant attribue au studio un triomphe oubli√©, celui d'avoir fait accepter que les chiens pouvaient non pas seulement s'accoupler, mais aussi former des couples comme dans un mariage[19]. Il note aussi qu'√† l'inverse des conventions, Lady porte un collier bleu tandis que ceux de Jock et Clochard sont d'un rouge ros√©[19].

Le film est aussi un hommage au d√©but du XXe si√®cle avec la coexistence des lampes √† gaz, du t√©l√©phone, des charrettes √† chevaux et des premi√®res automobiles[100]. Le durant une r√©union de travail pour ce film, Walt Disney d√©crit cette √©poque : ¬ę √Ä cette p√©riode, je me souviens de ce temps-l√† vous savez, je vivais dans une petite ville du Missouri et il n'y avait que deux automobiles. C'√©tait l'ann√©e 1908[101]. ¬Ľ Johnston et Thomas r√©sument le film √† la nostalgie, comme une vieille carte postale avec des couleurs vives et ensoleill√©es et des contours doux[102]. Cette nostalgie empreinte de patriotisme est associ√©e √† la culture am√©ricaine[103]. Il est possible de relier cela √† diff√©rents √©l√©ments qui ont amen√© √† la gen√®se du parc Disneyland avec, depuis la fin des ann√©es 1940, le Carolwood Pacific Railroad achev√© fin 1950 et le film Danny, le petit mouton noir (1948)[104] empreint de nostalgie (Cf Nostalgie et importance pour Disney). Le projet de parc √† th√®me germe petit √† petit dans l'esprit de Walt Disney jusqu'en , ann√©e o√Ļ il lance un vrai d√©veloppement en cr√©ant une soci√©t√© dans ce but, WED Enterprises[105]. Et l'un des √©l√©ments importants de ce parc est Main Street, USA, une rue au d√©but du XXe si√®cle.

Acceptation sociale

Brode consid√®re que l'un des th√®mes r√©currents des longs m√©trages d'animation de Disney est la suppression, du moins le franchissement, des barri√®res des classes sociales[106]. Robin Allan indique que c'est le premier film de Disney affichant ouvertement une repr√©sentation de l'Am√©rique multiculturelle avec des assertions ou des accents des immigr√©s italiens, allemands et russes[94]. Mais la na√Įvet√© affich√©e de Disney devient l'une des raisons d'un sentiment europ√©en anti-Disney[94]. Un exemple de cette na√Įvet√© est le recours √† des clich√©s pour d√©finir un peuple comme le temp√©rament √©conome de Jock, un √Čcossais[107]. Mark Pinsky ajoute que ¬ę cette romance est une fable sur les classes sociales, la reproduction animale, l'autorit√©, l'immigration et la mobilit√© sociale, mais aussi sur l'histoire de l'Am√©rique moderne[100]. ¬Ľ Douglas Brode indique que cette p√©riode est marqu√©e par ¬ę une forte sensibilit√© aux attitudes √©litistes mettant en sc√®ne l'√©galitarisme ¬Ľ et la vision am√©ricaine de la d√©mocratie[96]. Pour Brode, la notion de classe dans les ann√©es 1950, tr√®s sensible, est ainsi minimis√©e ¬ę par Disney en situant l'histoire dans sa p√©riode favorite, le d√©but du XXe si√®cle, avant que la Premi√®re Guerre mondiale bouleverse le paysage g√©opolitique[96]. ¬Ľ Brode mentionne la r√©ponse faite par Disney en au magazine Fortune ¬ę qu'il n'a jamais d√©sir√© et ne souhaite pas amasser une fortune personnelle. ¬Ľ De plus √† l'√©poque de la production du film, Disney cherche √† financer le parc Disneyland, qui totalise en un budget de 17 millions d'USD[108]. Brode consid√®re que malgr√© l'histoire qui semble se jouer dans une seule et m√™me ville, c'est en r√©alit√© l'histoire de deux villes, l'un des quartiers ais√©s et l'autre de la classe d√©favoris√©e[97]. Neal Gabler √©voque la notion de darwinisme social[109].

Mark I. Pinsky, citant Susan Lochrie Graham, fait un parall√®le entre les actions de Clochard et l'Ňďuvre salvatrice de J√©sus-Christ[110]. Clochard prot√®ge les pauvres, les lib√®re des cachots, les sauve, mais √† la diff√©rence de J√©sus ne les absout pas[111]. Pinsky pr√©f√®re une vision ¬ę plus terrestre ¬Ľ, moins religieuse, et consid√®re que Clochard repr√©sente les bons c√īt√©s du peuple am√©ricain, rattachant cela au r√™ve am√©ricain[111]. Il pense que Walt Disney avait d√©couvert une importante part de Clochard en lui, le personnage devenant ses meilleurs c√īt√©s[111].

Un autre √©l√©ment est l'int√©gration des Italiens. Walt, avec sa culture am√©ricaine du middle-west, ne connait pas les probl√®mes des Italo-am√©ricains mais il utilise des st√©r√©otypes pour humaniser les personnages[112]. La sc√®ne du repas montre les Italiens chaleureux et besogneux avec des st√©r√©otypes comme les spaghettis et les boulettes de viande mais sans les stigmates qui poursuivent les immigrants italiens depuis les d√©buts du cin√©ma am√©ricain[113]. Rosina Lippi-Green indique dans une √©tude des parlers anglophones dans les films d'animation Disney, que le personnage de Clochard[NB 1], avec un argot am√©ricain socialement marqu√©, et Lady, avec un am√©ricain plus courant, sont des st√©r√©otypes des amants potentiels du cin√©ma, le m√Ęle romantique ayant souvent l'accent diff√©rent, voire √©tranger[114]. Un sch√©ma similaire est pr√©sent dans Les Aristochats (1970) avec Thomas O'Malley et Duchesse[114]. Douglas Brode fait lui un parall√®le entre La Rose et l'√Čp√©e (1953) et La Belle et le Clochard alors en production dans lesquels deux personnages f√©minins de noble lign√©e s'√©prennent d'un personnage masculin pauvre[106], relation similaire √† celle de Zorro et de la Se√Īorita Elena Torres dans Zorro[115]. Maltin note une prise de position assez √©trange dans le film, celle d'une comparaison entre l'euthanasie animali√®re dans les chenils et les ¬ę chambres √† gaz ¬Ľ, avec un commentaire d'un des chiens ¬ę Le pauvre empruntant le couloir de la mort[45]. ¬Ľ

Adaptations et produits dérivés

Poursuivant le principe entamé avec Blanche-Neige, le studio a publié l'histoire du film sous la forme de bandes dessinées. Le site INDUCKS recense deux histoires de La Belle et le Clochard publiées toutes deux au moment de la sortie du film. La première publication se présente sous la forme d'un comic strip dominical publié entre janvier et sur des crayonnés de Manuel Gonzales et un encrage de Dick Moores[116]. La seconde publication est un comic publié en , d'après un scénario de Del Connell et des dessins d'Al Hubbard[117].

Un spin-off du film fut cr√©√© √† travers une bande dessin√©e titr√©e Scamp (en l'honneur d'un des chiots de Lady et de Clochard)[118]. Le personnage de Scamp est, lui, apparu sous ce nom le dans la version bande-dessin√©e du film, mais n'est pas nomm√© dans l'Ňďuvre originale[118]. √Čcrite par Ward Greene et publi√©e √† partir du en couleurs, le dimanche, √† partir du [118], celle-ci a inspir√© le film La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la rue (2001).

Sur la place de Town Square, √† l'entr√©e de Main Street, USA, au parc Magic Kingdom, il existe un restaurant nomm√© Tony's Town Square d'apr√®s le personnage de Tony, le restaurateur italien, restaurant qui poss√®de un hommage √† la sc√®ne du film entre Lady et Clochard grav√© dans le ciment au pied d'un escalier[119] (un cŇďur transperc√© d'une fl√®che avec deux paires d'empreintes de pattes). Un autre restaurant de type pizzeria nomm√© Bella Notte existe au parc Disneyland fran√ßais[53].

À la fin des années 1960, un livre-disque comprenant un disque 33 tours et un livret de 24 pages a été publié dans la série Little Golden Books[120].

Un court métrage éducatif intitulé Lady and the Tramp : A Lesson in Sharing Attention traitant de l'importance de partager l'attention par exemple à l'arrivée d'un nourrisson, a été édité en [121].

Une statue de La Belle et le Clochard appara√ģt dans le 3e district de la Ville de Traverse, un monde du jeu vid√©o Kingdom Hearts.

La sc√®ne avec Lady et Clochard au restaurant italien a √©t√© parodi√©e plusieurs fois par la s√©rie Les Simpson avec les √©pisodes[122] : La Derni√®re Tentation d'Homer (saison 5, √©pisode 9) dans lequel Homer et Mindy partagent un hot-dog, Une port√©e qui rapporte (Saison 6, √©pisode 20) et Aphrodite Burns (Saison 13, √©pisode 4) dans lequel M. Burns et Gloria mangent des spaghettis. Enfin, dans un quatri√®me √©pisode, L'Amour √† la springfieldienne (Saison 19, √©pisode 12), Marge joue le r√īle de Lady et Homer celui de Clochard dans une reconstitution parodique du film[123].

Titre en différentes langues

  • Allemand : Susi und Strolch (Susi et Vagabond)
  • Anglais : Lady and the Tramp
  • Arabe : ōßŔĄŔÜō®ŔäŔĄō© ŔąōßŔĄōīōßōĪōĮ (Noble et Waif)
  • Bosnien : Maza i Lunjo/Dama i skitnica
  • Chinois : ŚįŹŚßźšłéśĶĀśįď (Xi«éojińõ y«Ē Li√ļm√°ng)
  • Cor√©en : Ž†ąžĚīŽĒĒžôÄ Ū䳎ě®ŪĒĄ (Ledi wa Tramp : ¬ę Dame et Vagabond ¬Ľ)
  • Croate : Dama i skitnica
  • Danois : Lady og Vagabonden
  • Espagnol : La Dama y el Vagabundo (La Dame et le Vagabond)
  • Esp√©ranto : Ledi kaj la Senhejmulo
  • Finnois : Kaunotar ja Kulkuri (La Belle et le Vagabond)
  • Grec : őó őõőĪőĮőīő∑ őļőĪőĻ őŅ őĎőĽőģŌĄő∑Ōā (I L√©dhi ke o Al√≠tis : ¬ę La Belle et le Va-nu-pieds ¬Ľ)
  • H√©breu : ◊Ē◊ô◊§◊Ē◊§◊ô◊Ē ◊ē◊Ē◊ô◊ó◊§◊ü (Eipeip ie Reihpan : ¬ę La Belle et le Va-nu-pieds ¬Ľ)
  • N√©erlandais : Lady en de Vagebond (Lady et le Vagabond)
  • Islandais : Hef√įarfr√ļin og umrenningurinn
  • Italien : Lilli e il Vagabondo (Lilli et le Vagabond)
  • Japonais : „āŹ„āď„āŹ„āďÁČ©Ť™ě (Wanwan monogatari : ¬ę Une histoire d'aboiements ¬Ľ)
  • Norv√©gien : Lady og Landstrykeren
  • Polonais : Zakochany kundel
  • Portugais : A Dama e o Vagabundo (La Dame et le Vagabond)
  • Russe : –õ–Ķ–ī–ł –ł –Ď—Ä–ĺ–ī—Ź–≥–į (Ledi i Brodiaga)
  • Serbe : –ú–į–∑–į –ł –õ—É—ö–į (Maza i Lunja)
  • Slov√®ne : Dama in Potepuh
  • Su√©dois : Lady och Lufsen
  • Tha√Į : ŗłóŗł£ŗł≤ŗł°ŗłßŗłĪŗłĘŗłĀŗłĪŗłöŗĻĄŗł≠ŗĻČŗłēŗłĻŗłö (La Fille et le Chien)
  • Turc : Leydi ve Sokak K√∂peńüi (Leydi ile Serseri)
  • Vietnamien : TiŠĽÉu Th∆į v√† KŠļĽ Lang Thang

Notes et références

Notes

  1. Confondu par l’auteur avec Jock qui a un accent écossais

Références

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Liens externes

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