Accueilūüáęūüá∑Chercher

Dynastie Ming

La dynastie Ming (chinois : śėéśúĚ ; pinyin : m√≠ng ch√°o[1]) est une lign√©e d'empereurs qui a r√©gn√© sur la Chine de 1368 √† 1644. La dynastie Ming fut la derni√®re dynastie chinoise domin√©e par les Han. Elle parvint au pouvoir apr√®s l'effondrement de la dynastie Yuan domin√©e par les Mongols, et dura jusqu'√† la prise de sa capitale P√©kin en 1644 lors de la r√©bellion men√©e par Li Zicheng, qui fut rapidement supplant√© par la dynastie Qing mandchoue. Des r√©gimes loyaux au tr√īne Ming (collectivement appel√©s Ming du Sud) exist√®rent jusqu'en 1662, ann√©e de leur soumission d√©finitive aux Qing.

Grand Ming
(zh) Ś§ßśėé

1368‚Äď1644

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
L'empire Ming (en jaune) sous le règne de Yongle.
Histoire et événements
1368 Fondation de la dynastie Ming à Nankin
1644 Li Zicheng prend la capitale : fin de la dynastie
1662 Fin des Ming du Sud

Entités précédentes :

La Grande Muraille, section d'époque Ming à Mutianyu, province de Pékin.
Plat en porcelaine de type ¬ę bleu et blanc ¬Ľ de l'√©poque Ming, √† d√©cor central constitu√© d'un dragon. Mus√©e d'art asiatique de Berlin.

Le fondateur de la dynastie, l'empereur Hongwu (1368-1398), tenta d'établir une société de communautés rurales auto-suffisantes au sein d'un système rigide et immobile qui n'aurait aucun besoin de s'associer à la vie commerciale des centres urbains. Sa reconstruction de la base agricole chinoise et le renforcement des voies de communication participèrent à l'essor agricole de l'empire qui déboucha sur la création d'importants surplus céréaliers pouvant être vendus dans des marchés bourgeonnant le long des axes de communication. Les villes connurent une importante phase de croissance démographique et commerciale, et également artisanale avec la multiplication des grands ateliers employant des milliers de travailleurs. Les catégories supérieures de la société rassemblées au sein de la basse noblesse furent également affectées par cette nouvelle culture centrée sur la consommation. S'éloignant des traditions, les familles marchandes commencèrent à s'intégrer au sein de l'administration et de la bureaucratie et adoptèrent les traits culturels et les pratiques de la noblesse.

Les Ming pr√©sid√®rent √† la construction d'une puissante marine de guerre et d'une arm√©e de m√©tier d'un million d'hommes[2]. Bien que des missions commerciales et diplomatiques eussent exist√© durant les dynasties pr√©c√©dentes, la taille de la flotte menant les diff√©rentes exp√©ditions de l'amiral Zheng He √©tait largement sup√©rieure et alla faire la d√©monstration de la puissance de l'empire jusqu'au Moyen-Orient. Il y eut d'√©normes projets de construction dont la restauration du Grand Canal et de la Grande Muraille ainsi que la fondation de P√©kin avec sa Cit√© interdite durant le premier quart du XVe si√®cle. La population de la fin de la dynastie Ming est estim√©e √† quelque 160 √† 200 millions d'individus[3].

La p√©riode Ming fut remarquable du point de vue de la cr√©ation litt√©raire. Stimul√©e par l'essor de l'impression qui entra√ģna celui du march√© du livre, la production d'ouvrages explosa en quantit√©. C'est de cette √©poque que datent les ¬ę quatre livres extraordinaires ¬Ľ (Les Trois Royaumes, Au bord de l'eau, La P√©r√©grination vers l'Ouest, Jin Ping Mei) et certaines des plus grandes pi√®ces de th√©√Ętre chinoises (Le Pavillon aux pivoines). Plus largement, les esth√®tes collectionneurs s'int√©ress√®rent √† diverses formes d'arts (peinture, calligraphie, c√©ramique, mobilier), ce qui eut un impact consid√©rable sur la production artistique et artisanale. Si la classe de lettr√©s resta largement influenc√©e par la tradition confuc√©enne, qui restait la r√©f√©rence des programmes des concours imp√©riaux, plusieurs personnalit√©s critiques eurent un √©cho important, en premier lieu Wang Yangming. La critique de la politique gouvernementale, et donc la politisation des r√©flexions et des d√©bats intellectuels, furent par ailleurs des ph√©nom√®nes marquants de la fin de la p√©riode Ming.

√Ä partir du XVIe si√®cle, l'√©conomie Ming fut stimul√©e par le commerce international avec les Portugais, les Espagnols et les Hollandais. La Chine fut impliqu√©e dans l'√©change colombien qui vit d'importants transferts r√©ciproques de biens, de plantes et d'animaux entre l'Ancien et le Nouveau Monde. Le commerce avec les puissances europ√©ennes et le Japon entra√ģna un afflux massif d'argent qui devint le m√©tal √©talon de la monnaie en Chine. Durant le dernier si√®cle de la dynastie, les effets du petit √Ęge glaciaire se firent sentir sur l'agriculture, les catastrophes naturelles et les √©pid√©mies, tandis que la vie politique √† la cour puis dans l'empire devenait de plus en plus instable. L'effondrement de l'administration qui s'ensuivit fut un pr√©lude √† la chute d√©finitive de la dynastie.

Histoire

La conquête du pouvoir

La dynastie mongole des Yuan commen√ßa √† perdre le contr√īle de la Chine un peu moins d'un si√®cle apr√®s l'avoir unifi√©e. Des insurrections populaires √©clat√®rent d√®s 1351, en particulier celle des Turbans rouges dans la plaine Centrale et il suffit de quelques ann√©es pour que l'empire se fragmente. Ce fut un chef de guerre originaire du Sud, dominant une partie de l'actuel Anhui et alli√© des Turbans rouges, Zhu Yuanzhang, qui tira son √©pingle du jeu. Il domina d'abord la riche r√©gion du Bas Yangzi et fonda en 1368 la dynastie des Ming √† Nankin. La m√™me ann√©e ses troupes firent tomber P√©kin, la capitale des Yuan, puis dans les ann√©es qui suivirent elles se d√©barrass√®rent de ce qui restait des arm√©es mongoles, ainsi que des autres chefs de guerre dominant d'importantes provinces excentr√©es, comme le Sichuan et le Yunnan. En 1387, Zhu Yuanzhang, qui prit le nom de r√®gne de Hongwu (1368-1399), dominait toute la Chine[4]. Son empire √©tait cependant moins √©tendu que celui des Yuan, laissant notamment √©chapper √† son emprise une grande partie des contr√©es steppiques septentrionales qui avaient constitu√© le foyer de la puissance mongole[5].

Hongwu, le fondateur

Portrait assis de l'empereur Hongwu.

S'il avait √©tabli son empire en utilisant une rh√©torique anti-mongole, invoquant le patriotisme chinois contre un occupant d'origine √©trang√®re et pr√©sentant son d√©sir de suivre le mod√®le de la derni√®re dynastie proprement chinoise, celle des Song, Hongwu reprit en fait une bonne partie de l'h√©ritage politique des Yuan. Reflet d'une personnalit√© particuli√®rement dure, le r√©gime qu'il mit en place a pu √™tre qualifi√© par les historiens de ¬ę despotique ¬Ľ ou ¬ę autocratique ¬Ľ, sans doute de mani√®re exag√©r√©e[6]. Insatisfait des lois courantes, proclam√©es dans le Code Ming d√®s les d√©buts de son r√®gne, dont il jugeait les peines trop douces, il instaura un recueil de textes juridiques, les Grandes D√©clarations (Dagao). Il √©tait le seul √† pouvoir prononcer les condamnations tr√®s brutales (excessives aux yeux de bien de ses serviteurs) pr√©vues par ce texte, tout en souhaitant qu'elles inspirent les juges qui le servaient[7].

Statue d'un soldat gardien de tombe, Xiaoling, nécropole de Hongwu à Nankin.

Son temp√©rament s'illustra lors de la plus grande crise interne que connut son r√®gne, l'accusation de complot qui toucha son premier ministre et compagnon de la premi√®re heure Hu Weiyong (en), soup√ßonn√© d'avoir cherch√© l'appui de forces √©trang√®res (japonaises, vietnamiennes, voire mongoles). Celui-ci fut ex√©cut√© en 1380 en m√™me temps que ses proches (15 000 personnes selon les sources). Les s√©quelles de cette crise se manifest√®rent pendant les ann√©es suivantes, qui virent une v√©ritable purge dans la fonction publique entra√ģnant au total la mort de quelque 40 000 personnes[8]. L'empereur r√©organisa alors la haute administration, privil√©giant une concentration plus forte de son pouvoir : il supprima le poste de premier ministre avec le bureau du Grand secr√©tariat (Zhongshu Sheng (en)), pla√ßa sous son contr√īle direct les six principaux minist√®res (Fonction publique, Finances, Rites, Arm√©es, Justice et Travaux) ainsi que le bureau du censorat et le haut-commandement militaire, et cr√©a une police militaire, les ¬ę Gardes aux v√™tements de brocart ¬Ľ (jinyiwei (en)), charg√©s de surveiller les hauts dignitaires. Cela explique pourquoi Hongwu a h√©rit√© d'une r√©putation d√©testable dans la tradition lettr√©e chinoise. De fait, il avait mis en place un syst√®me faisant r√©gner un climat de suspicion parmi la haute fonction publique[9]. Il ne put n√©anmoins jamais vraiment r√©gner tout seul, et dut mettre en place un nouvel ordre dans l'administration centrale, se reposant sur le bureau des lettr√©s de l'Acad√©mie Hanlin, charg√©s de r√©diger ses √©dits, qui devinrent de fait un cabinet imp√©rial. Le Grand secr√©taire de cette institution jouait le r√īle de premier ministre sans avoir toutes les pr√©rogatives dont avait dispos√© Hu Weiyong[10].

Mise en ordre, taxation et contr√īle des populations

D'autres mesures furent prises pour r√©tablir l'ordre dans l'empire, restaurer l'√©conomie et assurer le contr√īle des populations par les institutions imp√©riales. De nombreux projets de remise en √©tat de l'agriculture fleurirent : restauration des syst√®mes d'irrigation, mise en culture de terres d√©sert√©es par des d√©placements de populations paysannes. Cela √©tait d'autant plus crucial que le syst√®me fiscal des Ming reposait sur les pr√©l√®vements grevant la production agricole et les paysans, rel√©guant au second plan les taxes commerciales, qui avaient √©t√© pr√©pond√©rantes √† la fin des Song et √©taient encore importantes sous les Yuan[11]. Ces mesures r√©pondaient √† la vision de la soci√©t√© qu'avait Hongwu, qui voulait que les familles paysannes vivent dans un mode de production autarcique, dans le syst√®me appel√© lijia qui les organisait en groupes de familles charg√©es de r√©partir entre elles les imp√īts et corv√©es et plus largement d'organiser collectivement la vie locale. L'empereur d√©sirait mettre en place une organisation fonctionnelle de la population qui devait aboutir √† cr√©er des classes h√©r√©ditaires d'agriculteurs, d'artisans et de soldats, encadr√©s par l'administration, devant travailler pour le compte de l'empire et d√©gager d'importants revenus fiscaux. Ce syst√®me ne fonctionna jamais r√©ellement car les institutions administratives n'√©taient pas en mesure de le contr√īler, notamment en raison du faible nombre de fonctionnaires provinciaux. De plus, la vision d'une soci√©t√© statique et autarcique se heurtait aux r√©alit√©s du temps, marqu√© par d'importants mouvements de population et une √©conomie marchande dans laquelle les √©changes commerciaux √©taient essentiels. Il faudrait pr√®s de deux si√®cles pour adapter le syst√®me fiscal √† l'√©conomie r√©elle[12].

Yongle

Portrait assis de l'empereur Yongle.

Hongwu avait d√©sign√© pour lui succ√©der son petit-fils Zhu Yunwen (le fils a√ģn√© de son d√©funt fils a√ģn√©) qui r√©gna sous le nom de Jianwen jusqu'√† sa mort en 1399. Or, Jianwen n'√©tait qu'un enfant lorsqu'il monta sur le tr√īne. C'est pourquoi il s'appuya grandement sur ses ministres, qui lui conseill√®rent de d√©sarmer ses oncles, l√©s√©s et irrit√©s par la d√©signation de leur d√©funt p√®re. En particulier le Prince de Yan, Zhu Di, qui avait sous lui une arm√©e consid√©rable. Bien entendu, lorsque Jianwen le somma de d√©poser les armes, l'ancien commandant des troupes du Nord se r√©volta. Le conflit dura trois ans et se solda par la prise de Nankin par les troupes du rebelle. C'est que, et on se le rappelle, Hongwu avait d√©capit√© le haut commandement militaire avec la grande purge de 1380. Le jeune Jianwen se retrouvait alors √† court de g√©n√©raux comp√©tents, et son arm√©e fut bris√©e par celle de Zhu Di. Encore aujourd'hui, le sort de Jianwen n'est pas clair. Certains pensent qu'il aurait √©vit√© la mort en s'exilant, d'autres pensent qu'il aurait √©t√© ex√©cut√© par son oncle. Quoi qu'il en soit, Zhu Di monta sur le tr√īne sous le nom de Yongle (1403-1424). Il mit quelques ann√©es √† mettre au pas la haute administration, originaire majoritairement du Sud et hostile √† l'autorit√© de celui qui √©tait souvent vu comme un usurpateur, qui plus est √©tabli dans les lointaines terres du Nord. Cette ¬ę pacification du Sud ¬Ľ co√Ľta la vie √† des dizaines de milliers de fonctionnaires, puis Yongle pr√©f√©ra retourner au Nord, faisant de P√©kin sa capitale en 1420[13].

Carte des provinces de l'empire des Ming sous Yongle, lors de son expansion maximale (le contr√īle de la province m√©ridionale du Jiaozhi fut bref).

Son r√®gne, comme celui du fondateur de la dynastie, fut globalement √©pargn√© par les accidents climatiques et les √©pid√©mies, si l'on excepte celle de 1411, cr√©ant ainsi des conditions favorables √† la stabilisation de l'empire et √† son expansion √©conomique[14]. Pour mieux affirmer sa puissance et s√©curiser son pouvoir, Yongle mena des offensives au Nord contre les Mongols et en Mandchourie, ainsi qu'au Sud contre le ńźŠļ°i ViŠĽát o√Ļ une nouvelle province fut fond√©e, avant que la domination chinoise ne commence √† s'y effriter d√®s la fin de son r√®gne face √† l'insoumission des populations locales qui men√®rent une guerre de r√©sistance tr√®s efficace[15]. L'affirmation de la puissance de l'empire des Ming qui eut lieu √† l'instigation de Yongle s'exprima enfin lors des exp√©ditions maritimes de Zheng He en Asie du Sud, dont le but premier √©tait diplomatique et politique (voir plus bas) ; elles furent brutalement stopp√©es en 1433, sans doute parce qu'elles furent jug√©es trop on√©reuses[16].

La période de la crise de Tumu, le retour des difficultés

À Yongle succédèrent son fils Hongxi (1424-1425) puis son petit-fils Xuande (1425-1435), et enfin le fils de ce dernier, Zhengtong (1435-1449) qui n'avait que huit ans quand il fut intronisé. Si les Grands secrétaires assurèrent la régence pendant sa minorité, ils perdirent ensuite leur autorité qui passa entre les mains des eunuques qui faisaient partie du Bureau du cérémonial.

Portrait assis de l'empereur Xuande.

Les années 1430 connurent plusieurs catastrophes naturelles qui déstabilisèrent l'empire, surtout quand elles furent conjuguées : les chroniques indiquent une vague de froid suivie d'une famine et d'épidémies en 1433, puis des inondations et d'autres épisodes très froids dans les années suivantes[17]. Les choix politiques furent tout aussi malheureux.

En 1449, Zhengtong d√©sira mener des exp√©ditions contre les O√Įrats, qui mena√ßaient la fronti√®re nord de l'empire sous la direction de leur khan Esen. Cette campagne fut conclue par une d√©b√Ęcle, et la capture de l'empereur √† la forteresse de Tumu. √Ä la cour, il fut alors d√©cid√© de ne pas laisser l'empire sans monarque et le fr√®re de Zhengtong fut intronis√© sous le nom de Jingtai.

Cavalier mongol. Miniature du XVe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVIe si√®cle.

Son r√®gne fut catastrophique, marqu√© par une terrible s√©cheresse, tandis que Zhengtong, rel√Ęch√© par Esen car il avait perdu toute sa valeur en tant qu'otage, fut assign√© √† r√©sidence par son fr√®re qui refusait de rendre le pouvoir. Mais Jingtai voyait sa l√©gitimit√© encore plus fragilis√©e. Il tomba malade en 1457 et fut d√©pos√© juste avant son d√©c√®s par Zhengtong, qui monta une seconde fois sur le tr√īne, changeant son nom de r√®gne pour celui de Tianshun (1457-1464)[18]. L'√©chec militaire face aux peuples du Nord s'√©tait sold√© par la perte de plusieurs provinces. On se refusa √† tenter de les reprendre, pr√©f√©rant renforcer le syst√®me d√©fensif de la Grande muraille en cr√©ant une seconde ligne de d√©fense, notamment √† proximit√© de la capitale, dans la seconde moiti√© du XVe si√®cle[19].

L'affirmation des eunuques

√Ä la cour, le pouvoir des eunuques s'√©tait consid√©rablement accru. D√®s le r√®gne de Xuande, en 1426, avait √©t√© cr√©√© le ¬ę Pavillon de l'int√©rieur ¬Ľ (neige) qui devint de fait le conseil priv√© de l'empereur, donnant aux eunuques qui le constituaient le contr√īle sur toute l'administration. Ceux-ci plac√®rent √©galement sous leur autorit√© les diff√©rents organes de la police secr√®te imp√©riale. S'occupant en principe des affaires touchant √† la personne de l'empereur, ils avaient √©tendu leur pouvoir militaire √† partir de leur contr√īle de la Garde imp√©riale, pour diriger √©galement l'arm√©e de campagne. Ils g√©raient √©galement les ateliers imp√©riaux ainsi que les √©changes diplomatiques et tributaires avec les cours √©trang√®res, ce qui renfor√ßa leur puissance √©conomique[20].

La toute puissance des eunuques ne fit qu'accro√ģtre la d√©fiance qu'√©prouvaient traditionnellement face √† eux les fonctionnaires lettr√©s, d'autant plus que les premiers √©taient des Nordistes d'extraction basse, donc oppos√©s par leurs origines sociales et g√©ographiques √† la majorit√© des lettr√©s qui √©taient pour la plupart issus des milieux des √©lites m√©ridionales[21].

Sous le r√®gne de Zhengde (1505-1521), le pouvoir des eunuques √©tait tr√®s affirm√©, et leur chef, Liu Jin, dirigea de fait l'empire, s'attirant par ses mesures brutales les rancŇďurs des fonctionnaires. Lorsqu'un des parents de l'empereur, le prince d'Anhua, se r√©volta en 1510 et fut vaincu, Liu Jin prit des mesures autoritaires dont profit√®rent ses adversaires pour l'accuser de vouloir se d√©barrasser de l'empereur, qui le fit alors ex√©cuter. La fin du r√®gne de Zhengde se passa aussi mal que ses d√©buts, avec notamment la r√©volte du prince de Ning en 1519[22].

Le règne de Jiajing

Si apr√®s le d√©c√®s de Zhengtong/Tianshun en 1464, les empereurs s'√©taient succ√©d√© sans difficult√© de p√®re en fils a√ģn√©, Zhengde ne laissa aucun h√©ritier quand il mourut en 1521. Le plus puissant des hauts fonctionnaires proches de l'empereur, Yang Tinghe, parvint √† faire monter sur le tr√īne l'un des jeunes cousins du monarque d√©funt, Zhu Houcong, qui r√©gna sous le nom de Jiajing (1521-1567). Son intronisation fut l'occasion d'une querelle sur la l√©gitimation de cette succession inhabituelle : fallait-il proclamer de fa√ßon posthume le nouvel empereur, fils adoptif du p√®re du pr√©c√©dent, donc le fr√®re de ce dernier et son successeur l√©gitime, comme beaucoup le pensaient, ou, comme le souhaitait le nouvel empereur, √©lever son propre p√®re √† la dignit√© imp√©riale de fa√ßon posthume. Cette controverse suscita des protestations virulentes de plusieurs lettr√©s, oppos√©s √† la volont√© du nouvel empereur, car elle offrait une plus grande marge de manŇďuvre aux futurs candidats au pouvoir en cas de crise successorale, ce qui √©tait particuli√®rement p√©rilleux alors que l'empire se remettait de deux r√©voltes princi√®res. Apr√®s dix ann√©es et plusieurs condamnations √† l'exil de ses opposants les plus virulents (dont Yang Tinghe), Jiajing et ses partisans firent triompher leur position[23]. Le long r√®gne de Jiajing fut une p√©riode faste sur le plan √©conomique, en l'absence de catastrophes climatiques ou √©pid√©miques, surtout apr√®s le milieu du si√®cle[24]. Ces ann√©es-l√† virent n√©anmoins l'arriv√©e de nouvelles menaces aux fronti√®res septentrionale et orientale. Au Nord d'abord, les troupes du chef mongol Altan Khan firent plusieurs raids dans la r√©gion de P√©kin, emportant un lourd butin, assi√©geant P√©kin quelques jours en 1550 puis enlevant une partie de l'actuel Shanxi aux Ming deux ans plus tard[25]. Sur le littoral de l'Est ensuite, les attaques de pirates ‚ÄĒ d√©sign√©s sous le terme de wakŇć ‚ÄĒ furent virulentes dans les ann√©es 1540-1565, touchant s√©v√®rement les riches r√©gions du Sud (Nankin, Anhui, Zhejiang, Fujian). La r√©plique des Ming fut poussive : elle d√©buta seulement en 1555-1556, r√©tablissant l'ordre sans √™tre pour autant en mesure de juguler compl√®tement les attaques de pirates[26].

Le règne de Wanli et l'aggravation des difficultés

Longqing (1567-1572) et Wanli (1572-1620) mont√®rent sur le tr√īne sans heurts. Du point de vue des affaires militaires, les ann√©es 1570-1580 virent la conclusion de la paix avec les Mongols au Nord, et l'arr√™t des attaques de pirates √† l'Est. Longqing avait amorc√© une mod√©ration de la politique autoritaire du pouvoir central. Cela fut poursuivi au d√©but du r√®gne de Wanli, sous la r√©gence du Grand secr√©taire Zhang Juzheng. Celui-ci chercha √† r√©duire les d√©penses du pouvoir central et √† r√©former le syst√®me fiscal, en initiant un nouveau recensement des terres et en acc√©l√©rant le processus de mon√©tisation de l'imp√īt, ce qui √©tait plus en accord avec le poids croissant de la monnaie en argent dans l'√©conomie. C'est la r√©forme dite du ¬ę coup de fouet unique ¬Ľ (Yi Tiao Bian Fa). Audacieuses et sans doute favorables √† un r√©tablissement de l'√Čtat, ces mesures furent impopulaires parce que vues comme brutales, et jamais men√©es √† leur terme[27].

Portrait assis de l'empereur Wanli.

La mort de Zhang Juzheng en 1582 et la majorit√© de Wanli furent favorables √† un retour des eunuques au premier plan, ainsi qu'√† une croissance des d√©penses somptuaires de la cour et des princes imp√©riaux. Pour rajouter aux probl√®mes financiers des Ming, ceux-ci furent entra√ģn√©s entre 1595 et 1598 dans un conflit en Cor√©e contre les troupes japonaises de Toyotomi Hideyoshi, dont ils sortirent p√©niblement victorieux[28].

Dragon, détail d'une robe de l'empereur Wanli retrouvée dans son tombeau à Dingling. Le motif du dragon (à cinq griffes), symbole du pouvoir impérial, est réservé à l'empereur et à sa famille.

Devant ses difficult√©s financi√®res, le pouvoir imp√©rial augmenta les impositions grevant les activit√©s commerciales mais aussi l'agriculture, et proc√©da √† d'importantes r√©ductions d'effectifs dans les ateliers imp√©riaux. Cela, cumul√© √† des crises agraires, cr√©a un m√©contentement g√©n√©ral et plusieurs foyers d'insurrection[29]. La fin du r√®gne de Wanli fut une p√©riode de crise grave, marqu√©e dans les ann√©es 1615-1617 par une importante famine dans l'empire, qui ne fut pas suivie d'un r√©tablissement en raison des troubles √† la cour et aux fronti√®res qui lui succ√©d√®rent[30]. Dans les m√™mes ann√©es, les conflits reprirent sur la fronti√®re Nord, √† l'instigation d'un chef de tribu J√ľrchen, Nurhachi, qui avait √©t√© alli√© des Ming durant les guerres en Cor√©e mais qui, en 1615, cessa de leur verser un tribut. Il attaqua le Liaodong en 1618, et les Ming ne purent r√©agir efficacement, n'ayant pas un financement suffisant. Cet adversaire de grande valeur leur fit subir plusieurs d√©faites (dont une particuli√®rement d√©sastreuse lors de la s√©rie d'affrontements de la bataille de Sarhu en 1619) et ils durent lui abandonner tous les territoires situ√©s au Nord de la Grande Muraille[31].

Depuis les ann√©es 1604, l'opposition au pouvoir s'√©tait regroup√©e autour de l'Acad√©mie Donglin, cr√©√©e par des intellectuels m√©ridionaux et oppos√©s au parti des eunuques[32]. Avec eux se mit en place une vie politique dynamique, marqu√©e par des √©pisodes de critique particuli√®rement libre du pouvoir et de ses inclinations autocratiques, plusieurs des contestataires se pr√©sentant comme la voix du ¬ę peuple ¬Ľ (ce qui a pu √™tre consid√©r√© comme une forme embryonnaire de d√©mocratie)[33]. La question de la succession de Wanli cristallisa les tensions √† la cour : n'appr√©ciant pas son fils a√ģn√©, il voulait nommer h√©ritier pr√©somptif le fils de sa concubine favorite. Il ne put y parvenir, car les partisans de la l√©gitimit√© rituelle avaient trop de poids pour que ses pr√©f√©rences personnelles les fassent fl√©chir[34].

Les crises des années 1620-1630

Le principe successoral fut respect√©, mais la tournure que prirent les √©v√©nements se r√©v√©la cruelle pour la stabilit√© de la dynastie : aussit√īt mont√© sur le tr√īne en 1620, le fils a√ģn√© de Wanli, Taichang, mourut. Son propre fils a√ģn√© Tianqi, reconnu unanimement comme un incapable, lui succ√©da[35].

Le pouvoir √©chut de fait √† l'eunuque Wei Zhongxian, √† qui certains imputaient la mort de Taichang. Pour ce faire, il avait √©cart√© les lettr√©s de Donglin, qui furent victimes de sa vindicte durant tout le r√®gne de Tianqi, et noyaut√© la haute administration en y pla√ßant des personnes √† sa solde. Il ne surv√©cut pas √† la mort de Tianqi en 1628[36]. Chongzhen (1628-1644), fr√®re de l'empereur pr√©c√©dent, monta sur le tr√īne imp√©rial en devant affronter des probl√®mes extr√™mement difficiles, sans doute impossibles √† r√©soudre en raison de leur diversit√© et de leur ampleur. Les ann√©es 1627-1628 furent marqu√©es par une s√©cheresse d'une ampleur terrible qui entra√ģna une famine d√©vastatrice, et la situation ne se r√©tablit pas dans les ann√©es 1630, tant s'en faut (vagues de froid, invasions de criquets, s√©cheresses, √©pid√©mie de variole). Cette p√©riode de crise sans pr√©c√©dent pour la p√©riode Ming laissa certaines r√©gions d√©peupl√©es au d√©but des ann√©es 1640, l'empire d√©sorganis√©, faisant chuter dramatiquement les rentr√©es fiscales d'un Tr√©sor d√©j√† aux abois[37]. Cette situation n'avait pas tard√© √† d√©g√©n√©rer en r√©voltes dans plusieurs provinces, d'o√Ļ sortirent des chefs de guerre soustrayant d'importantes r√©gions du contr√īle de P√©kin : Li Zicheng au Nord, Zhang Xianzhong au Sud[38].

Shanhaiguan le long de la Grande Muraille, la porte o√Ļ les Mandchous furent repouss√©s √† de nombreuses reprises avant que Wu Sangui ne les laisse entrer en 1644.

La conquête de la Chine par les Mandchous

Territoire de Koxinga.

Au Nord, les J√ľrchen avaient pris le nom de Mandchous en 1635 sous le r√®gne de Huang Taiji, successeur de Nurhaci, qui construisit un √Čtat √† l'imitation de celui des Chinois (il int√©gra d'ailleurs de nombreux Chinois originaires des territoires conquis dans son administration et m√™me son arm√©e), prenant le nom dynastique de Qing en 1636. Les entreprises militaires des Mandchous se d√©roul√®rent avec une tr√®s grande r√©gularit√©, leur permettant de faire passer sous leur contr√īle le territoire qu'on devait par la suite d√©signer d'apr√®s eux, la Mandchourie, et les r√©gions adjacentes, y compris la p√©ninsule cor√©enne qui reconnut leur autorit√©[39].

La chute de la dynastie Ming se déroula en plusieurs étapes, impliquant les principales forces militaires qui avaient émergé au début des années 1640. Ce fut Li Zicheng, seigneur de guerre du Nord, qui s'empara de Pékin en avril 1644, l'empereur Chongzhen se suicidant avant la prise de son palais. Apprenant la nouvelle, Wu Sangui, un des généraux luttant contre les Mandchous, fit appel à leur aide. Ceux-ci, menés par leur général Dorgon, prirent Pékin sans coup férir et la dynastie Qing proclama son intention de dominer la Chine[40].

Il fallut encore quelques ann√©es aux Qing pour √©liminer les derni√®res r√©sistances qui avaient fait souche dans le Sud. Ils soumirent Zhang Xianzhong d'abord, puis plusieurs princes de la dynastie Ming, les ¬ę Ming du Sud ¬Ľ, qui leur oppos√®rent une longue r√©sistance, notamment Zhu Youlang qui se proclama empereur sous le nom de Yongli (1647-1662). Les Qing durent ensuite mater la r√©bellion des ¬ę Trois feudataires ¬Ľ (dont le g√©n√©ral Wu Sangui, qui s'√©tait ralli√© √† eux dans la lutte contre les Ming du Sud avant de chercher √† constituer sa propre dynastie) avant de dominer fermement le Sud au d√©but des ann√©es 1680, puis soumettre dans la foul√©e l'√ģle de Ta√Įwan o√Ļ avait √©t√© fond√© un royaume thalassocratique par Zheng Chenggong (Koxinga pour les Occidentaux, 1624-1662), dont les successeurs r√©gn√®rent jusqu'en 1683[41]. Ils avaient alors repris compl√®tement et √©tendu l'empire des Ming, et le si√®cle qui devait succ√©der √† ces tourments serait l'un des plus prosp√®res de l'histoire chinoise.

Le cŇďur de l'empire

Pékin, capitale des Ming

Plan général de Pékin sous les Ming et les Qing.
La tour du tambour de Pékin, édifice érigé sous le règne de Yongle, restauré sous les Qing.

La premi√®re capitale des Ming fut la m√©tropole m√©ridionale de Nankin (la ¬ę Capitale du Sud ¬Ľ, Nanjing), sous le r√®gne de Hongwu, qui y avait entrepris d'importants travaux (extension des murailles, construction d'un palais imp√©rial qui pr√©figure la Cit√© interdite). Apr√®s avoir √©limin√© une partie des √©lites du Sud cons√©cutivement √† sa prise de pouvoir, Yongle d√©cida de transf√©rer la capitale dans le Nord, dans l'ancienne capitale des Yuan, Dadu, qui devint alors la ¬ę Capitale du Nord ¬Ľ, P√©kin (Beijing). De fa√ßon √† faire de cette ville une capitale digne de l'empire des Ming, ce changement, d√©cid√© en 1405, n√©cessita d'abord d'importants travaux qui dur√®rent jusqu'en 1421. Le choix d'une localisation aussi septentrionale comme capitale d'un empire chinois √©tait in√©dite (la ville n'avait servi de capitale qu'√† des dynasties d'origine non-chinoise) et pourrait proc√©der d'une volont√© de se rapprocher des terres du Nord que Yongle tentait alors d'int√©grer dans son √Čtat. Si telle √©tait sa motivation, elle se retourna contre les Ming qui lui succ√©d√®rent puisque la ville fut expos√©e aux menaces des peuples du Nord quand ces derniers devinrent plus forts. Ce transfert eut √©galement pour effet d'√©loigner la capitale des r√©gions les plus riches et dynamiques du Sud, mais il s'av√©ra durable puisque depuis le statut de capitale de P√©kin n'a pas vraiment √©t√© contest√©[42].

Les travaux de construction furent une des grandes affaires du r√®gne de Yongle, mobilisant des ressources d'une ampleur exceptionnelle. D√®s les d√©buts des travaux, pr√®s de 100 000 foyers furent d√©plac√©s √† P√©kin depuis le Shanxi voisin, puis ils furent rejoints par des familles riches de l'ancienne capitale de Sud, des dizaines de milliers de familles de militaires et d'artisans. Le Grand Canal fut restaur√© afin d'assurer l'approvisionnement de la capitale, construction artificielle dont les besoins exc√©daient largement ce que pouvaient produire les r√©gions proches. D'importants travaux furent √©galement accomplis dans la cit√© sous le r√®gne de Zhengtong, et enfin, au milieu du XVIe si√®cle, avec l'√©rection des murailles autour de la partie Sud de la ville[43]. Cette derni√®re comprenait le principal lieu de culte de la capitale, d√©di√© √† l'origine au Ciel et √† la Terre, puis √† partir du r√®gne de Jiajing au Ciel seul (temple du Ciel), alors qu'√©taient √©rig√©s √† l'ext√©rieur de la ville Nord des sanctuaires d√©di√©s aux autres entit√©s cosmiques majeures : la Terre (au nord), le Soleil (√† l'est) et la Lune (√† l'ouest)[44].

Le pavillon de l'Harmonie supr√™me de la Cit√© interdite de P√©kin. Les b√Ętiments actuels du complexe palatial sont issus des restaurations de l'√©poque Qing, qui n'ont pas modifi√© substantiellement l'aspect des constructions des Ming.

Durant le dernier si√®cle de la p√©riode Ming, P√©kin √©tait une ville immense, d√©fendue par pr√®s de 24 kilom√®tres de murailles √©maill√©es de bastions et perc√©es de plusieurs portes monumentales[45]. L'enceinte d√©limitait en fait deux villes dans la ville : la cit√© principale au Nord, de forme grossi√®rement carr√©e, et la cit√© du Sud qui fut d√©limit√©e plus tardivement. Le secteur officiel, la ville imp√©riale, se trouvait au centre de la ville Nord. C'est l√† qu'avait √©t√© √©rig√© le palais imp√©rial qui dominait le paysage de la capitale. Les avenues principales √©taient dispos√©es suivant un sch√©ma r√©gulier en forme de grille. Les r√©sidences des √©lites √©taient r√©parties dans toute la cit√©, avec une pr√©dilection pour le secteur situ√© √† l'Est de la ville imp√©riale. De nombreux temples et monast√®res bouddhistes, avec leurs pagodes, marquaient √©galement le paysage urbain. Les march√©s principaux √©taient situ√©s aux c√īt√©s des portes et √©galement des sanctuaires. P√©kin √©tait √©galement tr√®s marqu√©e par les activit√©s artisanales. C'√©tait une ville tr√®s cosmopolite en raison des nombreuses migrations forc√©es ou voulues de familles venant de divers horizons qui l'avaient peupl√©e, surtout √† ses d√©buts. Elle comprenait peut-√™tre 1 million d'habitants, dont les r√©sidences s'√©talaient bien au-del√† des enceintes[46].

L'empereur et la cour

Un portrait imp√©rial : Jiajing (1521-1567) v√™tu d'une robe d√©cor√©e de douze dragons. Le soleil et la lune dessin√©s sur les √©paules composent le caract√®re ming (¬ę lumineux ¬Ľ), nom de la dynastie[47]. Mus√©e national du Palais, Taipei.
Peinture de l'époque Ming représentant la Cité pourpre interdite. De bas en haut : la porte du Midi, le pont principal, la porte et le palais de l'Harmonie suprême, le palais de la Pureté céleste et le palais de la Tranquillité terrestre.

Le palais de l'empereur avait √©t√© √©rig√© au cŇďur de la cit√© imp√©riale, sur un espace rectangulaire d'environ 1 kilom√®tre du Nord au Sud et 760 m√®tres de l'Est √† l'Ouest, d√©fendu par de larges murailles et des douves remplies d'eau. C'√©tait la ¬ę Cit√© pourpre interdite ¬Ľ (Zijincheng). Son entr√©e principale, la porte de la Paix c√©leste (Tiananmen) est situ√©e au sud. Elle ouvre sur une vaste cour int√©rieure, dont le c√īt√© nord est flanqu√© de la Porte du Midi (Wumen). Derri√®re se trouvait la r√©sidence imp√©riale √† proprement parler, domin√©e par le pavillon de l'Harmonie supr√™me (Taihedian) o√Ļ se tenaient les r√©ceptions et c√©r√©monies les plus importantes. D'autres pavillons de moindre ampleur servaient d'espaces de r√©ception et d'ex√©cution de rituels. Une derni√®re enceinte int√©rieure isolait la r√©sidence priv√©e de l'empereur, le palais de la Puret√© c√©leste (Qianqingsong) et les r√©sidences des √©pouses et concubines imp√©riales et des eunuques, entour√©es de jardins[48].

L'empereur, ¬ę Fils du Ciel ¬Ľ, passait la plupart de sa vie entre les murs de la Cit√© interdite. Con√ßu comme le pivot des relations entre les humains et le Ciel, il √©tait astreint √† l'ex√©cution de nombreux rituels envers les divinit√©s supr√™mes assurant la protection de l'empire (le Ciel donc, mais aussi la Terre, les anc√™tres imp√©riaux) et participait √† de nombreuses c√©r√©monies marquant les √©v√©nements importants de sa vie et de celle de l'empire (promotion d'un fils h√©ritier, d'une concubine, octroi de fiefs, r√©ception d'ambassadeurs, examens m√©tropolitains, etc.). Il devait tenir des audiences, en principe quotidiennes, au cours desquelles ses sujets devaient manifester leur soumission en se prosternant devant lui. Mais dans les faits la plupart des d√©cisions √©taient r√©gl√©es par le Grand secr√©tariat et les minist√®res. Quand il se d√©pla√ßait, il √©tait accompagn√© d'un impressionnant cort√®ge, d√©fendu par sa garde imp√©riale[49].

La Cit√© interdite abritait une population importante. L'imp√©ratrice en titre (il ne devait y en avoir qu'une) disposait d'un vaste pavillon, et participait √† plusieurs rituels majeurs. √Ä c√īt√© d'elle, l'empereur avait de nombreuses concubines, qui avaient des rangs inf√©rieurs. L'h√©ritier du tr√īne √©tait en principe le fils de l'√©pouse principale, et si elle n'en avait pas c'√©tait le fils d'une concubine. L'h√©ritier devait √™tre form√© √† sa future fonction d√®s sa jeunesse. Ses fr√®res recevaient des titres importants et √©taient g√©n√©ralement envoy√©s dans des fiefs √©loign√©s de la capitale, ne pouvant exercer une carri√®re officielle pour √©viter qu'ils ne constituent une menace pour l'empereur. En √©change ils √©taient entretenus par le Tr√©sor, et √† la fin de la dynastie la famille imp√©riale √©tait tellement nombreuse qu'elle constituait un poste budg√©taire de premier ordre. Le service quotidien de l'empereur et de ses √©pouses et concubines √©tait assur√© par des eunuques, qui pouvaient d√©velopper des relations tr√®s proches avec la famille imp√©riale et ainsi disposer d'un pouvoir politique important. Sous les empereurs les plus faibles, des eunuques accumul√®rent des pouvoirs et des fortunes qui firent scandale. Certains, comme Wei Zhongxian et Liu Jin, devinrent m√™me les dirigeants de fait de l'empire[50].

La cour √©tait par ailleurs un centre artistique important, comme en t√©moignent plusieurs remarquables peintures commandit√©es par des empereurs. Les tourn√©es imp√©riales de Xuande furent ainsi comm√©mor√©es par des peintures r√©alis√©es √† plusieurs mains, dont la qualit√© d'ex√©cution est remarquable en d√©pit de leur style tr√®s conventionnel : il s'agit de deux impressionnants rouleaux de 26 et 30 m√®tres de long pr√©sentant un de ses voyages puis son d√©placement aux tombeaux imp√©riaux pour accomplir des rituels fun√©raires[51]. Les peintres de cour, en plus d'immortaliser les diff√©rentes grandes figures de celle-ci dans des portraits (en premier lieu empereurs et imp√©ratrices), ont √©galement laiss√© plusieurs rouleaux d'une grande qualit√© d'ex√©cution repr√©sentant des sc√®nes de la vie du palais. Shang Xi a ainsi repr√©sent√© Xuande en homme d'action √† cheval, ou jouant √† un sport s'apparentant au golf[52].

  • Peintures sur la vie de la cour de l'√©poque Ming.
  • D√©tail du rouleau du ¬ę D√©part solennel ¬Ľ de la tourn√©e d'inspection de Xuande. L'attelage de l'empereur est tir√© par des √©l√©phants et escort√© par des cavaliers (le panorama complet est disponible ici). Mus√©e national du Palais, Taipei.
    D√©tail du rouleau du ¬ę D√©part solennel ¬Ľ de la tourn√©e d'inspection de Xuande. L'attelage de l'empereur est tir√© par des √©l√©phants et escort√© par des cavaliers (le panorama complet est disponible ici). Mus√©e national du Palais, Taipei.
  • Autre d√©tail du rouleau du ¬ę D√©part solennel ¬Ľ de la tourn√©e d'inspection de Xuande. Mus√©e national du Palais, Taipei.
    Autre d√©tail du rouleau du ¬ę D√©part solennel ¬Ľ de la tourn√©e d'inspection de Xuande. Mus√©e national du Palais, Taipei.
  • L'empereur Xuande jouant au chuiwan, sorte de golf, avec des eunuques. Attribu√© √† Shang Xi. Mus√©e du Palais, P√©kin.
    L'empereur Xuande jouant au chuiwan, sorte de golf, avec des eunuques. Attribué à Shang Xi. Musée du Palais, Pékin.
  • La flotte de l'empereur Jiajing lors d'une tourn√©e dans son empire, v. 1538. Mus√©e national du Palais, Taipei.
    La flotte de l'empereur Jiajing lors d'une tournée dans son empire, v. 1538. Musée national du Palais, Taipei.

Les tombes impériales

Le d√©c√®s d'un empereur √©tait un √©v√©nement de premi√®re importance dans la vie politique de l'empire, mais √©galement dans sa vie rituelle. Les empereurs Ming poursuivirent la tradition de construction de complexes fun√©raires monumentaux pour les empereurs et leur famille. Hongwu fut enterr√© sur le site de Xiaoling, pr√®s de Nankin, et Jianwen n'eut pas de s√©pulture officielle. √Ä la suite du d√©placement de la capitale sous Yongle, les autres empereurs furent enterr√©s sur le site montagneux de Sishanling, au nord-ouest de P√©kin (√† l'exception de Jingtai, qui fut consid√©r√© comme un usurpateur et inhum√© ailleurs). L'organisation du site, planifi√©e d√®s les d√©buts, reprit celle des anciens complexes fun√©raires imp√©riaux. L'entr√©e principale √©tait dispos√©e entre deux grandes collines, et marqu√©e par une premi√®re grande porte rouge. Une seconde porte sous laquelle se trouvait une st√®le ouvrait sur le ¬ę chemin des esprits ¬Ľ (shendao) bord√© de sculptures monumentales de cr√©atures et √™tres protecteurs, et ferm√© par la porte du dragon et le pavillon des √Ęmes o√Ļ avaient lieu les rites majeurs du culte fun√©raire imp√©rial. √Ä partir de l√† commence le parc fun√©raire √† proprement parler, comprenant les diff√©rentes s√©pultures des treize empereurs qui y furent inhum√©s. Celle de Yongle, Changling, occupe une position centrale. Le tombeau est situ√© sous un grand tumulus, dont le complexe sacr√© est constitu√© de trois cours successives dispos√©es au Sud. Le tombeau de Wanli, Dingling, a √©t√© mis au jour et comprenait cinq grandes chambres fun√©raires, la plus importante, au nord, comprenant la s√©pulture de l'empereur et de ses deux imp√©ratrices. Environ 3 000 objets en ont √©t√© exhum√©s, dispos√©s lors de leur d√©couverte dans une vingtaine de coffres en laque d'une facture remarquable ; parmi les plus splendides se trouve une couronne d'imp√©ratrice comprenant plus de 5 000 perles[53].

  • Tombes imp√©riales des Ming dans la r√©gion de P√©kin.
  • La porte √† la st√®le √† l'entr√©e du parc fun√©raire imp√©rial.
    La porte à la stèle à l'entrée du parc funéraire impérial.
  • Statue de lion le long de la voie des esprits.
    Statue de lion le long de la voie des esprits.
  • Le parc fun√©raire des Ming.
    Le parc funéraire des Ming.
  • Le complexe de Changling, tombe de Yongle.
    Le complexe de Changling, tombe de Yongle.
  • L'entr√©e du complexe de Dingling, la tombe de Wanli.
    L'entrée du complexe de Dingling, la tombe de Wanli.
  • Int√©rieur de la tombe de Dingling.
    Intérieur de la tombe de Dingling.
  • Couronne imp√©riale de Wanli exhum√©e √† Dingling.
    Couronne impériale de Wanli exhumée à Dingling.
  • Couronne d'imp√©ratrice exhum√©e √† Dingling.
    Couronne d'impératrice exhumée à Dingling.

La société chinoise sous les Ming

Des chiffres incertains, une croissance indéniable

Les sinologues d√©battent sur les v√©ritables chiffres de la population chinoise sous la dynastie Ming. Timothy Brook note que les informations donn√©es par les recensements r√©alis√©s par le gouvernement sont douteuses car les obligations fiscales pouss√®rent de nombreuses familles √† sous-d√©clarer le nombre de personnes du foyer et de nombreux fonctionnaires ne d√©claraient pas le nombre exact de foyers dans leur juridiction[54]. Les enfants, et particuli√®rement les filles, √©taient souvent non-d√©clar√©s comme le montrent les statistiques de population biais√©es tout au long de la p√©riode Ming[55]. M√™me les chiffres sur la population adulte sont douteux[56] ; par exemple la pr√©fecture de Daming dans la province du Nord Zhili (actuel Hebei) rapporta une population de 378 167 hommes et 226 982 femmes en 1502[57]. Le gouvernement tenta de r√©viser les chiffres du recensement en utilisant des estimations du nombre attendu de personnes dans chaque foyer mais cela ne r√©solvait pas le probl√®me des taxes[58]. Certaines parties du d√©s√©quilibre entre les sexes peuvent √™tre attribu√©es √† la pratique de l'infanticide des filles. La pratique est bien document√©e en Chine et remonte √† plus de 2 000 ans ; elle a √©t√© d√©crite comme ¬ę end√©mique ¬Ľ et ¬ę pratiqu√©e par presque toutes les familles ¬Ľ par les auteurs contemporains[59]. Cependant, le d√©s√©quilibre qui exc√©dait les 2 pour 1 dans certains comt√©s en 1586 ne peut probablement pas s'expliquer uniquement par l'infanticide[56].

Le nombre de personnes rapport√© dans le recensement de 1381 √©tait de 59 873 305, mais le gouvernement d√©couvrit qu'environ 3 millions de personnes manquaient dans le recensement pour les taxes de 1391[60]. M√™me si le fait de rapporter des chiffres sous-d√©clar√©s devint un crime punissable de la peine de mort en 1381, le besoin de survivre amena de nombreuses personnes √† ne pas se faire recenser et √† quitter leur r√©gion ; cela poussa l'empereur √† introduire de fortes mesures pour emp√™cher ces d√©placements. Le gouvernement tenta de r√©viser ses chiffres en r√©alisant une estimation de 60 545 812 habitants en 1393[61]. Ho Ping-ti sugg√®re de r√©viser les chiffres de 1393 √† 65 millions car de vastes zones du Nord de la Chine et des fronti√®res n'√©taient pas compt√©es dans le recensement[62], Brook avance que les chiffres de population dans les recensements d'apr√®s 1393 √©taient compris entre 51 et 62 millions alors que la population augmentait[61] tandis que d'autres avancent le chiffre approximatif de 90 millions autour de 1400[63].

Les historiens s'int√©ressent aux monographies locales (concernant une ville ou un district et fournissant des informations diverses, notamment l'histoire ancienne et les √©v√©nements r√©cents, et g√©n√©ralement actualis√©s apr√®s une soixantaine d'ann√©es) pour obtenir des indices sur l'accroissement de la population[64]. Avec cette m√©thode, Brook estime que la population globale sous l'empereur Chenghua (r√®gne de 1464 √† 1487) √©tait d'environ 75 millions de personnes[55] m√™me si les recensements de l'√©poque donnaient des chiffres autour de 62 millions[65]. Alors que les pr√©fectures de l'empire au milieu de la p√©riode Ming rapportaient soit une baisse de population soit une stagnation, les monographies locales indiquaient qu'il existait de tr√®s nombreux ouvriers itin√©rants sans terres qui cherchaient √† s'installer[66]. Les empereurs Hongzhi et Zhengde r√©duisirent les peines contre ceux qui avaient fui leurs r√©gions d'origine et l'empereur Jiajing demanda le recensement des immigrants pour accroitre les revenus[57]. Mais m√™me avec ces r√©formes pour documenter les ouvriers et les marchands itin√©rants, les recensements gouvernementaux de la fin de la dynastie ne refl√©taient toujours pas l'√©norme augmentation de la population. Les monographies locales de l'empire not√®rent cela et firent leurs propres estimations qui indiquaient que la population avait doubl√©, tripl√© voire quintupl√© depuis 1368[67]. Fairbank estime que la population √©tait peut-√™tre de 160 millions √† la fin de la dynastie Ming[68] tandis que Brook avance le chiffre de 175 millions[67] et Ebrey √©voque 200 millions d'habitants[69].

Catastrophes et accidents démographiques

On estime que la population connut une croissance globale sur la p√©riode, mais de nombreux accidents d√©mographiques ont perturb√© cette tendance de long terme. Les catastrophes naturelles comme les inondations, les s√©ismes, les gels forts, les chutes de gr√™le, ou les invasions de sauterelles furent courantes[70] ainsi que d'autres plus directement li√©es aux activit√©s humaines tout en √©tant d√©pendantes du climat comme les disettes, famines, √©pid√©mies[71]. Les premi√®res d√©cennies de la dynastie Ming furent relativement √©pargn√©es par ces probl√®mes, qui devinrent de plus en plus courants avec le temps, en particulier les crises frumentaires. Cela s'explique sans doute par le fait que le climat devenait de plus en plus rude (le ¬ę petit √Ęge glaciaire ¬Ľ) et fut marqu√© par l'alternance de p√©riodes tr√®s s√®ches et d'autres plus humides, ainsi que des √©pisodes de grand froid[72]. Pour prendre un exemple parmi ces d√©sastres, une grande √©pid√©mie qui commen√ßa en 1641 se propagea dans les r√©gions dens√©ment peupl√©es le long du Grand Canal ; une monographie du nord du Zhejiang nota que plus de la moiti√© de la population √©tait tomb√©e malade cette ann√©e-l√† et que 90 % des habitants d'une zone √©taient morts en 1642, ce qui est peut-√™tre exag√©r√© mais en dit long sur l'ampleur des pertes[73]. Quand les catastrophes se combinaient, cela donnait des p√©riodes de crises tr√®s graves, qui correspondaient souvent √† des p√©riodes de tensions sociales et politiques. T. Brook a qualifi√© ces crises de ¬ę bourbiers ¬Ľ (sloughs), car elles donnent l'impression que la soci√©t√© est embourb√©e dans un cycle de catastrophes (en gros sur trois √† cinq ans) dont elle ne se sort que tr√®s difficilement, au prix de lourdes pertes d√©mographiques et √©conomiques. La plus grave fut celle qui frappa durant le r√®gne de Chongzhen entre 1637 et 1643 et qui eut un r√īle d√©terminant dans la chute des Ming[74].

Le poids des lignages

Appr√©ciant les prunes de Chen Hongshou (1598‚Äď652).

Les habitants de la Chine des Ming r√©sidaient en principe avec leur famille √©largie, comprenant le noyau familial (p√®re, m√®re et enfants) ainsi que les a√Įeux (grands parents paternels)[75]. Et, dans un cadre plus large, le lignage √©tait une composante primordiale de la soci√©t√©, dans laquelle chaque personne avait un rang pr√©cis en fonction d'une hi√©rarchie tr√®s subtile d√©termin√©e par la g√©n√©ration √† laquelle on appartenait et la position de ses anc√™tres (a√ģn√©s ou cadets)[76]. Chacun devait ensuite une marque de respect pr√©cise √† chacun des autres membres du lignage en fonction de cette position[77]. Suivant les principes patriarcaux qui r√©gissaient la soci√©t√© des Ming, le chef de la famille √©tait le p√®re, auquel les enfants devaient le respect, suivant le principe antique de pi√©t√© filiale (xiao). La succession se faisait suivant le principe de patrilin√©arit√©, le fils a√ģn√© devant succ√©der au p√®re au rang de chef de famille. Dans le lignage, c'√©tait donc le chef de famille de la branche a√ģn√©e la plus ancienne qui jouait le r√īle d'autorit√© sup√©rieure, venant en aide aux plus d√©munis du groupe : il les employait dans ses affaires, entretenait les sanctuaires et les cimeti√®res du lignage, finan√ßait les √©tudes des jeunes hommes les plus brillants des branches moins riches de sa parent√®le[78]. La m√©taphore de la parent√© s'√©tendait √©galement aux relations entre fonctionnaires et administr√©s, les premiers √©tant con√ßus comme les p√®res des seconds[75], et elle se prolongeait √† l'√©chelle de tout l'empire, la loyaut√© des sujets envers l'empereur r√©pondant √† celle qu'un enfant devait √† son p√®re.

L'importance des lignages dans la soci√©t√© alla en croissant durant l'√©poque Ming, dans la droite ligne des pr√©c√©dentes, en bonne partie sous l'influence des principes n√©o-confuc√©ens qui valorisaient l'appartenance √† un groupe de parent√©. Ce mouvement fut confort√© par le pouvoir central, qui incita √† la construction de temples ancestraux, lesquels supplant√®rent souvent les temples des divinit√©s locales, devenant les points focaux des cultes locaux. Cela accompagna un autre ph√©nom√®ne marquant de la p√©riode, celui de la constitution de villages peupl√©s de gens appartenant √† un m√™me lignage. Le lignage g√©rait des biens indivis et inali√©nables (ce qui a √©t√© compar√© √† des ¬ę trusts ¬Ľ), √† commencer par le temple ancestral, mais aussi dans bien des cas les terres qui en d√©pendaient et des fonds destin√©s au financement des mariages et enterrements dans le lignage, √† des d√©penses caritatives, √† des pr√™ts aux membres du lignage. Ce ph√©nom√®ne fut plus affirm√© dans les r√©gions m√©ridionales, o√Ļ ces organisations lignag√®res devinrent des institutions √©conomiques puissantes, g√©rant de vastes domaines agricoles ou forestiers, des ateliers, et des activit√©s commerciales et financi√®res. Il convient de relever que ces organisations lignag√®res n'√©taient pas forc√©ment tr√®s exclusives, certaines int√©grant des membres qui n'avaient pas de liens de sang avec le groupe[79].

Le mariage

Les familles √©tendaient et consolidaient leurs relations sociales par le biais de mariages. Ceux-ci √©taient arrang√©s, et les n√©cessit√©s sociales primaient sur les int√©r√™ts des futurs conjoints, dont l'avis n'√©tait pas requis. Le r√īle du mariage en tant que lien social √©tait √† ce point prononc√© que certaines familles organisaient des mariages posthumes entre deux jeunes d√©funts afin d'√©tablir des relations de parent√© entre elles[80].

Afin de nouer ces liens, les parents faisaient appel à des entremetteurs devant trouver un conjoint ou une conjointe idéal(e) pour leur progéniture, occupant un rang et ayant des moyens financiers similaires voire supérieurs aux leurs, une bonne réputation, et n'ayant pas de lien familial trop proche. On faisait également appel à des présages pour déterminer l'opportunité de l'alliance, ainsi que la date du mariage quand celui-ci était conclu. La cérémonie nuptiale se marquait par plusieurs cérémonies et banquets, au cours desquels l'épouse était intégrée dans la famille de son mari, dans la maison de laquelle elle devait résider. Seul l'époux pouvait en principe décider de la dissolution du mariage, notamment si sa conjointe se comportait mal, le trompait, ou ne lui donnait pas d'enfants, mais elle avait tout de même des garanties contre une répudiation expéditive. Le mari pouvait prendre une ou plusieurs concubines, à condition d'en avoir les moyens car l'union se négociait dans ce cas-là suivant des principes uniquement financiers, prenant donc la forme d'une transaction ; l'achat était donc possible pour les plus aisés, tandis que les femmes vendues ainsi venaient des couches sociales moins favorisées[81].

L'asym√©trie des relations entre hommes et femmes dans le mariage se voyait √©galement quand un des deux d√©c√©dait : l'homme devait se remarier, tandis qu'en principe il √©tait attendu que la veuve ne le fasse pas, et celles qui suivaient cette ligne de conduite √©taient valoris√©es (et pouvaient recevoir des avantages fiscaux). Un moraliste de l'√©poque conseillait m√™me le suicide pour une veuve qui n'√©tait pas rest√©e chaste. Cependant il s'av√®re que le remariage des veuves √©tait courant, sans doute parce que la pratique de l'infanticide f√©minin entra√ģnait un manque de femmes en √Ęge de se marier qu'il fallait compenser quitte √† faire une entorse √† la morale[82].

Le r√īle social des femmes

La premi√®re chose qui √©tait attendue d'une √©pouse √©tait qu'elle enfante. Son infertilit√© √©tait d'ailleurs un motif pour la r√©pudier et la frapper d'opprobre. Si on acceptait qu'elle reste, on pouvait lui imposer la pr√©sence de concubines[83]. La mortalit√© infantile √©tait √©lev√©e : un enfant sur deux environ n'atteignait pas l'√Ęge adulte. Les morts en couches faisaient √©galement de l'enfantement un moment p√©rilleux pour les m√®res et les nouveau-n√©s[84]. Suivant le principe patriarcal, l'√©pouse devait avant tout enfanter un fils, et apr√®s avoir accompli ce devoir sa position dans sa famille √©tait incontest√©e. La pratique de l'infanticide f√©minin d√©j√† √©voqu√©e indique clairement la position inf√©rieure des filles, de m√™me que l'habitude chez les familles pauvres de vendre des filles comme concubines √† des nantis[85]. Les femmes √©taient √©galement soumises √† des obligations de pudeur assez restrictives, surtout dans la classe privil√©gi√©e, devant limiter leurs contacts avec les hommes au strict minimum, en dehors de leur mari et de ceux de leur famille de naissance. Leurs pieds √©taient en particulier une partie de leur corps attirant l'attention, car charg√©e d'un attrait √©rotique ; la pratique des pieds band√©s se diffusa sous les Ming, jusque dans les cat√©gories populaires, les femmes aux petits pieds √©tant jug√©es plus attirantes[86].

Les activités étaient en principe organisées au sein de la famille en prenant en compte le genre : aux hommes les activités extérieures, aux femmes celles exercées dans la maison. Dans les faits, ce n'était pas toujours le cas : il arrivait que les femmes participent aux travaux des champs, tandis qu'avec le développement de l'artisanat urbain des hommes furent de plus en plus employés dans des ateliers de tissage, activité traditionnellement féminine[87]. Parmi les femmes échappant au cadre traditionnel de la famille se trouvaient celles entrant dans les ordres monastiques bouddhistes, ou encore les prostituées[88].

Certains penseurs iconoclastes contest√®rent l'asym√©trie des relations hommes-femmes, √† l'encontre de l'opinion dominante. Li Zhi (1527-1602) enseigna ainsi que les femmes √©taient les √©gales des hommes et m√©ritaient une meilleure √©ducation[89]. Ces propos furent qualifi√©s d'¬ę id√©es dangereuses ¬Ľ. L'√©ducation des femmes existait sous certaines formes, notamment via certaines m√®res qui donnaient une √©ducation de base √† leurs filles[90], ainsi que dans le milieu des courtisanes lettr√©es qui pouvaient √™tre autant vers√©es en calligraphie, peinture et po√©sie que leurs h√ītes masculins[91].

Une société très mobile

La vision traditionnelle, statique, de la soci√©t√© regroupait les gens suivant leur activit√© en ¬ę quatre peuples ¬Ľ (simin) : lettr√©s, paysans, artisans et marchands. Chacune de ces composantes devait assurer la satisfaction des besoins de l'empire. La classification n'√©tait pas plus d√©taill√©e, √† part pour quelques cat√©gories sp√©cifiques comme les mineurs charg√©s d'extraire le sel, les soldats organis√©s en colonies agricoles afin d'assurer leur entretien, les ¬ę nobles ¬Ľ (disposant d'un titre de duc, marquis ou comte) et le clan imp√©rial (tout de m√™me quelque 40 000 personnes √† la fin de l'√©poque Ming) qui dominait la soci√©t√©. Les d√©class√©s formaient une population bigarr√©e regroupant des personnes que la vision traditionnelle de la soci√©t√© consid√©rait comme inf√©rieures, certaines exer√ßant des activit√©s vues comme immorales : danseuses, chanteuses, prostitu√©es, vagabonds, esclaves, etc.[92]

Dans les faits, la soci√©t√© √©tait tr√®s fluide, travers√©e par des dynamiques d'ascension et de descension sociales. Elle ne peut √™tre comprise comme un ensemble compartiment√© en cat√©gories sociales √©tanches[93] - [92]. Les migrations √©taient courantes, motiv√©es avant tout par des besoins √©conomiques. De fait, il n'√©tait pas rare de trouver dans certains lieux des populations venant de divers horizons sociaux et g√©ographiques[94]. L'incapacit√© des fonctionnaires √† produire des recensements fiables r√©sultait pour une bonne partie de cette fluidit√©. L'√Čtat √©tait par ailleurs responsable d'une fraction de ces d√©placements : les mesures prises en faveur du r√©tablissement de l'agriculture et du repeuplement de r√©gions agricoles d√©sert√©es (notamment en contrepartie d'exemptions fiscales) initi√®rent de nombreux d√©placements[95], l'√©l√©vation de P√©kin au rang de capitale entra√ģna le d√©placement forc√© de dizaines de milliers de familles[96].

Agriculture et campagnes

Registre cadastral de l'ère de Wanli (1573-1620), musée de Wuxi (Jiangsu).

La premi√®re partie de la dynastie Ming, marqu√©e par un volontarisme √©tatique en faveur du d√©veloppement de l'agriculture et rarement perturb√©e par des incidents climatiques, fut favorable √† une expansion de l'agriculture[97]. Cet essor fut notamment port√© par la commercialisation croissante des productions, dans la droite ligne de la dynastie Song, et encore une fois accompagn√© par l'action de l'√Čtat, avec le r√©tablissement des axes de communication, en particulier le Grand Canal[98]. Les cultures commerciales se d√©velopp√®rent : coton, canne √† sucre, huiles v√©g√©tales, etc. La concentration des terres s'aggrava, d'autant plus que la lourde fiscalit√© agraire touchait en premier lieu les plus d√©munis, ainsi que les paysans des colonies agricoles militaires, et que les tentatives de r√©formes fiscales visant √† am√©liorer la situation ne port√®rent pas leurs fruits. De nombreux paysans pauvres furent priv√©s de la surface agricole n√©cessaire √† assurer leur subsistance ; dans le Zhejiang, environ un dixi√®me de la population poss√©dait ainsi la totalit√© des terres. Pour r√©pondre √† cette situation beaucoup migr√®rent, adopt√®rent d'autres activit√©s[99]. Un magistrat put observer en 1566 que les anciens registres fiscaux ne correspondaient plus √† la r√©alit√© de son district en raison des regroupements de terres, et beaucoup parmi les grands propri√©taires s'√©taient vraisemblablement enrichis en profitant du flou qui r√©gnait pour se soustraire √† l'imposition[100].

Pour les fonctionnaires, une autre t√Ęche principale en plus de la taxation consistait √† s'assurer que l'approvisionnement en grains de leurs administr√©s soit efficace. Des greniers publics existaient pour stocker des r√©serves n√©cessaires en cas de disette. Mais, de plus en plus, le commerce libre servit √† pallier les manques d'une r√©gion par les surplus d'une autre. Cela se fit au prix d'une sp√©culation parfois importante, contre laquelle l'√Čtat chercha √† lutter en imposant un ¬ę juste prix ¬Ľ : un profit √©tait certes permis pour inciter les marchands √† approvisionner les localit√©s d√©ficitaires, mais il √©tait limit√©[101]. La capacit√© productive agricole reposait sur les riches r√©gions rizicoles du bas Yangzi, de la vall√©e de la Huai et du Zhejiang. Le XVIe si√®cle vit √©galement la diversification appr√©ciable des plantes de subsistance avec l'introduction de cultures venues d'Am√©rique, comme la patate douce ‚ÄĒvite adopt√©e dans le Sud car elle pouvait pousser dans des terroirs peu propices aux c√©r√©ales‚ÄĒ ainsi que l'arachide et le ma√Įs[102].

Essor industriel, commercial et urbain

Le processus de fusion du minerai de fer pour transformer la fonte brute en fer forgé, avec l'illustration de droite affichant les hommes qui travaillent sur un haut fourneau, provenant de l'encyclopédie Tiangong kaiwu, 1637.

Le d√©veloppement du commerce et de l'artisanat fut particuli√®rement marqu√© √† partir du XVIe si√®cle, m√™me si la tendance s'√©tait manifest√©e pr√©c√©demment. Beaucoup de paysans d√©racin√©s all√®rent vers les petits m√©tiers urbains. Les capitaux semblent √©galement s'√™tre dirig√©s des campagnes vers les activit√©s commerciales et artisanales. Les ateliers les plus dynamiques devinrent de grandes entreprises comprenant des centaines d'ouvriers, pour la plupart des mis√©reux pay√©s chichement √† la journ√©e, formant un prol√©tariat urbain. Seuls les plus qualifi√©s pouvaient esp√©rer tirer des revenus appr√©ciables. Certaines activit√©s plus rentables prirent un v√©ritable aspect industriel dans les localit√©s dont elles repr√©sentaient le socle de la prosp√©rit√©. Les cas les plus fameux sont ceux des ateliers de porcelaine de Jingdezhen et de Dehua, mais on peut √©galement citer les ateliers de tissage du coton √† Songjiang (o√Ļ pr√®s de 200 000 ouvriers √©taient employ√©s vers 1600[103]), les soieries de Suzhou, les fonderies de Cixian, etc.[104] Cela accompagna l'apparition de riches marchands, banquiers, armateurs et entrepreneurs dont les initiatives priv√©es particip√®rent grandement √† l'essor √©conomique de la seconde partie de la p√©riode Ming[105]. Cette opposition entre ¬ę capitalistes ¬Ľ de plus en plus riches et organis√©s et ¬ę prol√©taires ¬Ľ formant une main-d'Ňďuvre salari√©e vivant dans des conditions pr√©caires a pu √™tre lue dans une veine marxiste comme un r√©v√©lateur des ¬ę bourgeons du capitalisme ¬Ľ sur le point d'√©clore en Chine √† partir du XVIIe si√®cle[106].

Pi√®ces de la dynastie Ming, XIVe‚ÄČ‚Äď‚ÄČXVIIe si√®cles.

Les moyens de transaction employ√©s pour les √©changes courants rest√®rent les pi√®ces de cuivre perc√©es en leur centre (les ¬ę sap√®ques ¬Ľ). La monnaie-papier √©mise par l'√Čtat au d√©but de la dynastie n'ayant jamais suscit√© la confiance fut abandonn√©e apr√®s 1520. Du reste, la politique mon√©taire des Ming fut chaotique : ils furent incapables d'imposer une valeur unique dans tout l'empire et les faux monnayages circulaient abondamment (jusqu'aux trois quarts des pi√®ces en circulation vers 1600). Malgr√© le fait que la qualit√© des monnaies s'accordait rarement avec leur valeur faciale, la mon√©tisation forte des √©changes √† la suite de l'obligation de verser ses imp√īts en monnaie, de l'essor du salariat et des transactions diverses les rendait indispensables √† la bonne marche du syst√®me √©conomique. Avec l'expansion des √©changes internationaux √† partir du XVIe si√®cle, l'argent (le m√©tal) afflua en Chine et prit une place importante dans les transactions ; il circulait sous la forme de lingots grossi√®rement taill√©s qui √©taient pes√©s[107].

L'artisanat puis surtout le commerce finirent par devenir les facteurs majeurs de d√©veloppement des villes, rel√©guant les fonctions administratives √† un r√īle secondaire dans ce processus. Suzhou devint par son industrie et son commerce une m√©tropole de premi√®re importance, avec vraisemblablement un million d'habitants, ce qui en faisait la plus grande ville de l'empire, devant P√©kin et Nankin. La p√©riode Ming vit √©galement le d√©veloppement du port de Shanghai. Partout les √©changes stimul√®rent le d√©veloppement de villes moyennes[108]. Il ne reste cependant que tr√®s peu de traces de l'architecture urbaine de la p√©riode qui permettraient de se faire une meilleure id√©e de l'aspect de ces villes. L'ensemble le mieux pr√©serv√© d'√©difices de cette p√©riode se trouve dans la ville de Pingyao (Shanxi), sp√©cialis√©e √† l'√©poque dans les activit√©s bancaires, qui a notamment gard√© ses murailles de l'√©poque Ming[109]. D'autres villes ont √©galement conserv√© des sections de remparts des d√©buts de l'√®re Ming, comme Nankin et Xi'an, ainsi que des tours du tambour et de la cloche similaires √† celles de P√©kin.

Les élites

Portrait du haut fonctionnaire Liu Daxia. Il porte l'habit caractéristique du lettré, avec sa toque ; les deux grues sur sa poitrine indiquent qu'il est un fonctionnaire de première classe. Musée de la Cité interdite.
Cour intérieure de la résidence de la famille Lu à Dongyang (Zhejiang), dont le plus ancien état date du milieu du XIVe siècle.

Les fonctionnaires lettr√©s, ceux que les Europ√©ens d√©sign√®rent sous le terme ¬ę mandarins ¬Ľ, √©taient la classe la plus valoris√©e socialement. Pour fournir les cadres de l'administration, le syst√®me des examens imp√©riaux avait √©t√© r√©tabli d√®s les d√©buts de la dynastie apr√®s avoir √©t√© affaibli sous les Yuan. C'√©tait un syst√®me rigoureusement encadr√© par l'administration, qui s'organisait en plusieurs √©chelons successifs : d'abord locaux, puis au niveau pr√©fectoral et enfin au niveau imp√©rial. Seuls les plus ais√©s pouvaient financer les co√Ľts √©lev√©s de formation permettant d'atteindre les √©chelons sup√©rieurs qui donnaient acc√®s aux postes administratifs les plus √©lev√©s, mais dans l'ensemble les examens √©taient √©quitables, malgr√© quelques cas de fraude et de corruption av√©r√©s, et offraient de r√©elles possibilit√©s d'ascension sociale[110]. Ce syst√®me se caract√©risait par la r√©ussite insolente des lettr√©s du Sud aux examens m√©tropolitains, ceux de ¬ę lettr√© accompli ¬Ľ, jinshi, dont 80 % des ¬ę majors ¬Ľ √† l'√®re des Ming venaient des principales provinces m√©ridionales en d√©pit de mesures visant √† r√©√©quilibrer l'origine g√©ographique des laur√©ats. Les M√©ridionaux b√©n√©ficiaient en effet d'un environnement culturel plus riche et raffin√© que les autres parties de l'empire (nombreuses √©coles, r√©seaux intellectuels plus denses)[111].

Les titulaires des concours imp√©riaux les plus √©lev√©s constituaient en gros la cat√©gorie de ceux que l'on peut consid√©rer comme riches. Leur fonction leur octroyait des √©moluments significatifs, ainsi que des exemptions fiscales (qui concernaient tous les lettr√©s) et d'autres types de gratifications, en plus de possibilit√©s d'enrichissement ill√©gales (pots-de-vin, d√©tournement de fonds publics, etc.)[112]. Profitant en g√©n√©ral des acquis de leurs anc√™tres ayant occup√© des postes prestigieux, au point qu'il n'√©tait pas n√©cessaire que chaque g√©n√©ration de la famille passe des examens pour pr√©server sa position[113], ils √©taient par ailleurs en g√©n√©ral des propri√©taires terriens ais√©s, des chefs de lignage ayant des r√©seaux sociaux importants. La majorit√© des lettr√©s √©tait moins ais√©e, occupant des emplois subalternes dans la fonction publique locale, mais jouait un r√īle social important √† la charni√®re entre cat√©gories populaires et ais√©es de la population[114].

Les relations entre l'√©lite lettr√©e et les riches marchands √©taient ambigu√ęs, en raison du m√©pris social dont √©taient frapp√©s les seconds, qui contrastait avec leur enrichissement progressif qui leur faisait int√©grer l'√©lite √©conomique de l'empire. De fait, beaucoup de marchands ais√©s choisissaient pour au moins un de leurs fils une carri√®re de lettr√© (vu que dans l'id√©al il fallait √©galement qu'un autre fils assure la continuit√© des affaires familiales), au point que nombre de fonctionnaires √©taient issus de familles commer√ßantes. Plus largement, certains marchands cherchaient √† √©pouser les valeurs de l'id√©ologie confuc√©enne des √©lites lettr√©es et leurs activit√©s intellectuelles[115]. Une m√©thode plus directe pour se rapprocher des lettr√©s √©tait de contracter une alliance matrimoniale avec une famille de fonctionnaires bien √©tablie, de pr√©f√©rence une rencontrant des difficult√©s financi√®res et √©tant de ce fait moins r√©ticente √† s'allier avec une famille moins prestigieuse[116].

Tensions et troubles sociaux

Les dynamiques économiques et sociales de l'époque Ming furent génératrices d'incertitudes et de troubles sociaux. Si beaucoup de déracinés des couches pauvres de la population cherchèrent meilleure fortune dans des métiers urbains, nombreux également furent ceux qui se tournèrent vers la contrebande, la piraterie et le brigandage. Les périodes de crises économiques, marquées par des disettes, voire des famines et des épidémies, furent de nature à créer des foyers d'instabilité et même d'insurrections. Une rébellion importante enflamma ainsi le Zhejiang et le Fujian en 1448-1449, sous la direction de Deng Maoqi qui regroupa des démunis issus des campagnes pourtant très productives mais fortement inégalitaires de ces provinces, et rejoignant la révolte des mineurs (souvent clandestins) de ces mêmes contrées, coutumiers des épisodes insurrectionnels[117]. D'autres épisodes de ce type se répétèrent jusqu'à la fin de la dynastie, certains impliquant apparemment des mouvements sectaires comme la secte du lotus blanc, jusqu'à ceux participant à sa chute[118].

Trois enseignements, une unité ?

Le Temple des Nuages blancs (Zixiagong) du mont Wudang (Hubei), construit au XVe siècle.
Stèle commémorant la restauration du temple de Confucius à Qufu (Shandong) par l'empereur Hongzhi en 1504.
C√©ramique vernie en gr√®s d'une divinit√© tao√Įste, XVIe si√®cle. British Museum.

Depuis l'√©poque m√©di√©vale, les croyances religieuses des Chinois √©taient partag√©es entre les ¬ę trois enseignements ¬Ľ (sanjiao) : confucianisme, tao√Įsme et bouddhisme. Cette situation rel√®ve plut√īt de la cohabitation : la majeure partie de la population m√™lait croyances et pratiques issues de ces trois traditions, qui avaient du reste depuis longtemps √©t√© rapproch√©es par syncr√©tisme. Chez les √©lites lettr√©es, dont la majorit√© √©tait plut√īt d'inclination confucianiste, on tendait √† consid√©rer qu'il ne s'agissait que de trois voies pour d√©crire une m√™me chose, qu'il fallait donc chercher √† concilier[119].

Mais cette conciliation ne voulait pas dire chez ces lettr√©s qu'il fallait pour autant consid√©rer Bouddha ou Laozi avec la m√™me d√©f√©rence que l'on accordait √† Confucius[120]. Les tensions entre les diff√©rents courants n'√©taient en effet pas absentes, en particulier dans les cercles du pouvoir et plus largement chez les √©lites provinciales. L'empereur Hongwu, plut√īt marqu√© par les traditions populaires bouddhistes, moqua ainsi les croyances des lettr√©s confuc√©ens sur le devenir des esprits dans l'au-del√†, parce qu'elles excluaient notamment la possibilit√© pour ceux-ci de revenir hanter les vivants[121]. La faveur de l'empereur envers le bouddhisme s'estompa cependant au cours de son r√®gne, sans pour autant √™tre contrebalanc√©e par l'influence d'un autre courant. Le pouvoir imp√©rial, appuy√© par les lettr√©s confuc√©ens, chercha surtout √† r√©guler le nombre de moines, avant tout pour √©viter qu'il n'y ait trop de gens b√©n√©ficiant des exemptions de corv√©e accord√©es aux sanctuaires. Le bouddhisme garda cependant toujours un fort pouvoir d'attraction, y compris chez les √©lites du Sud[122].

Pratiques religieuses

Statue en bois laqu√© de Guanyin (AvalokiteŇõvara), le bodhisattva de la compassion. Fin XIVe -d√©but XVe si√®cle, Walters Art Museum.

L'univers religieux chinois m√™le un ensemble de divinit√©s, les esprits, et un culte √©tait rendu aussi bien aux figures tut√©laires que sont Confucius et Laozi, qu'√† des esprits de la nature, des Immortels tao√Įstes et des Bouddhas et Bodhisattvas. Chacun des trois enseignements avait ses propres lieux de culte. Les temples d√©di√©s √† Confucius √©taient ainsi privil√©gi√©s par les lettr√©s, qui s'y rendaient r√©guli√®rement pour prier, notamment pour la r√©ussite aux examens, et √©galement pour √©tudier puisqu'ils abritaient des √©coles. Le plus important √©tait le temple de la ville natale du sage, Qufu, que les empereurs Ming honor√®rent. Seuls les temples bouddhistes et tao√Įstes disposaient de moines (lesquels prisaient par ailleurs les ermitages √† l'√©cart des espaces habit√©s), car il n'y avait pas de clerg√© confucianiste, les acteurs de ce culte, du reste rarement public, √©tant les lettr√©s. Dans leur ensemble, tous les temples pr√©sentaient en gros les m√™mes caract√©ristiques architecturales, avec leurs toits √† forte pente plus √©lev√©s que ceux des r√©sidences, et la forte pr√©sence de la couleur rouge, vue comme honorifique. Les sanctuaires bouddhistes se singularisaient par la pr√©sence des imposantes pagodes, variante chinoise du stupa indien (en particulier la ¬ę pagode de porcelaine ¬Ľ de Nankin qui frappa les visiteurs Europ√©ens)[123]. Certains lieux de culte non urbains avaient atteint une grande popularit√©, en particularit√© les cinq montagnes sacr√©es, faisant l'objet d'une grande v√©n√©ration depuis la plus haute antiquit√©, et sous l'influence du bouddhisme ils √©taient d'importants lieux de p√®lerinage[124].

Les f√™tes religieuses √©taient de grands moments de la vie urbaine, marqu√©es par des processions, des spectacles, ainsi que des foires. √Ä l'oppos√©, le culte quotidien observ√© par les croyants prenait plut√īt place dans de petites chapelles ouvertes en permanence, ou bien devant les autels domestiques o√Ļ l'on rendait aussi bien un culte √† des divinit√©s qu'aux esprits des anc√™tres de la famille[125]. Le culte ancestral √©tait en effet un √©l√©ment essentiel de l'univers religieux chinois, qu'on le rende pour s'attirer les bonnes gr√Ęces des esprits ancestraux ou bien, dans une optique bouddhiste, pour leur assurer une bonne r√©incarnation. Les √©v√©nements importants de la vie familiale (naissance, mariage, r√©ussite √† un examen, etc.) devaient √™tre accompagn√©s par des offrandes √† l'autel familial, de fa√ßon √† convier les a√Įeux √† la c√©l√©bration. La ¬ę F√™te de la Pure lumi√®re ¬Ľ (Qingmingjie), √©tait d√©di√©e aux anc√™tres ; elle √©tait marqu√©e par des banquets au cours desquels on mange froid, et le nettoyage des tombes familiales[126]. Le culte des temples tao√Įstes et bouddhistes √©tait anim√© conjointement par les moines et des associations de la√Įcs, qui finan√ßaient r√©guli√®rement la r√©novation des √©difices et de leur d√©cor, ainsi que des Ňďuvres de charit√© pour ce qui concerne plus sp√©cifiquement les Bouddhistes. Certains de ces regroupements avaient fini par devenir tr√®s importants et avaient un grand poids dans la soci√©t√©, comme la secte du lotus blanc qui fomenta plusieurs r√©voltes populaires en p√©riode de crise grave[127].

La religion populaire impliquait √©galement des pratiques magiques m√™lant les diverses traditions, notamment l'usage de talismans protecteurs visant √† √©loigner les maux (les maladies dont on imputait l'origine √† des d√©mons), le respect des jours fastes et n√©fastes, ainsi que la divination qui pouvait prendre diverses formes[128]. Les pratiques de culture de soi relevant des traditions bouddhiste et tao√Įste consistant en des exercices gymnastiques visant √† assurer une bonne circulation du souffle vital (qi - il s'agit des ant√©c√©dents du qigong), √©taient √©galement r√©pandues chez les moines et la√Įcs, bien que d√©daign√©es par les lettr√©s confuc√©ens. Elles rencontr√®rent parfois les traditions des arts martiaux (wushu), par exemple chez les moines du monast√®re Shaolin qui d√©velopp√®rent leur c√©l√®bre art de combat au XVIe si√®cle[129].

Religions étrangères

La fin de la dynastie Ming vit l'arriv√©e des premiers missionnaires j√©suites europ√©ens : apr√®s une premi√®re tentative de Fran√ßois Xavier au milieu du XVIe si√®cle, Matteo Ricci parvint √† susciter plus de conversions, et son effort fut poursuivi par d'autres (Nicolas Trigault, Johann Adam Schall von Bell). D'autres ordres chr√©tiens comme les dominicains et les franciscains s'implant√®rent √©galement en Chine. Mais les convertis n'√©taient que quelques milliers dans la premi√®re moiti√© du XVIIe si√®cle, et ce fut surtout gr√Ęce √† leurs connaissances scientifiques que les J√©suites suscit√®rent de l'int√©r√™t de la part des lettr√©s chinois √† cette p√©riode[130].

En plus du christianisme, les Juifs de Kaifeng avaient une longue histoire en Chine qui remontait au VIIe siècle[131]. De même l'islam existait en Chine depuis l'époque de la dynastie Tang au VIIe siècle. D'importants personnages de l'époque étaient musulmans comme l'amiral Zheng He ou les généraux Chang Yuqun, Lan Yu, Ding Dexing et Mu Ying[132].

Loisirs

Feux d'artifice, illustration d'une édition du Jin Ping Mei de la fin des Ming.

Les activités récréatives avaient pris une dimension de plus en plus importante avec le développement de la vie urbaine, en particulier depuis l'époque des Song. Les Chinois avaient accès à une gamme variée de loisirs dans ce milieu, mais également à la campagne. Les modes suivaient avant tout une dynamique de diffusion par le haut : les élites, et en particulier la cour impériale, donnèrent à plusieurs reprises le ton. Mais à l'inverse des loisirs populaires, comme les spectacles de rue, attirèrent l'attention des lettrés, en particulier ceux marqués par les courants moins conformistes qui valorisaient les arts en langue vulgaire.

Traditionnellement, les banquets √©taient un moment de d√©tente important, charg√©s de nombreuses significations sociales, permettant de manifester son prestige et d'entretenir ses relations, tout en √©tant soumis √† un protocole parfois assez lourd. Les repas imp√©riaux, auxquels des sujets pouvaient √™tre convi√©s (notamment les laur√©ats des concours m√©tropolitains, mais aussi les ambassadeurs des pays tributaires), se devaient d'√™tre les plus munificents, prenant place dans les grandes salles des palais imp√©riaux ou bien leurs jardins. √Ä leur √©chelle, les fonctionnaires provinciaux reproduisaient cette pratique de repas officiels, dans lesquels la place des convives et les mets pr√©sent√©s √©taient fonction de leur rang. Chaque lignage se devait de tenir des banquets lors d'√©v√©nements particuliers, comme les mariages, les enterrements, le Nouvel An, la r√©ussite au concours d'un de ses membres, et les corps de m√©tiers ainsi que les groupements religieux de la√Įcs proc√©daient de m√™me. Les banquets √©taient accompagn√©s de chants et de musique, parfois de spectacles d'acrobates, et chez les √©lites on y conviait des courtisanes pour √©gayer les convives, car les femmes mari√©es en √©taient en g√©n√©ral exclues[133]. Les r√©jouissances collectives battaient √©videmment leur plein lors de grandes f√™tes religieuses, qui √©taient l'occasion de nombreux √©v√©nements r√©cr√©atifs. Ainsi les f√™tes du Nouvel An √©taient marqu√©es par l'offrande de pr√©sents aux proches, de grands feux d'artifice, puis la c√©r√©monie de l'allumage des feux lors de la f√™te des lanternes[134].

Yang Jijin jouant du guqin (cithare), peinture de Wen Boren (v. 1502-1575), musée national du Palais, Taipei.

La musique, le chant et la danse occupaient une place importante dans les activit√©s de divertissement. La musique √©tait certes un art que tout bon lettr√© se devait de ma√ģtriser pour manifester son savoir et son bon go√Ľt. Mais quand il s'agissait de divertir on faisait appel √† des troupes moins valoris√©es socialement et ceux qui faisaient de la musique et de la danse leur gagne-pain n'√©taient pas bien consid√©r√©s. Il en allait de m√™me pour les acteurs des spectacles de rue et repr√©sentations th√©√Ętrales, tr√®s courantes en milieu urbain, dont l'art m√™lait danse, chants, musique et acrobaties. Des r√©cits pouvaient √©galement √™tre d√©clam√©s par des conteurs, ou repr√©sent√©s par des marionnettistes et des th√©√Ętres d'ombres. Des troupes itin√©rantes parcouraient les villes pour donner des repr√©sentations de pi√®ces populaires relatant des histoires romantiques, fantastiques ou h√©ro√Įques[135]. Les pi√®ces de th√©√Ętre ne furent jamais d√©daign√©es par les temples (lors des f√™tes religieuses) ou les √©lites sociales (qui disposaient de th√©√Ętres priv√©s) qui participaient souvent au financement des troupes d'acteurs et influenc√®rent de fa√ßon croissante le contenu des Ňďuvres. Cela se traduisit par des contenus de plus en plus expurg√©s de leurs aspects subversifs, avec l'apparition des pi√®ces de th√©√Ętre √©litistes r√©dig√©es par des lettr√©s de renom (voir plus bas)[136].

L'empereur Yongle regardant les eunuques du palais impérial jouant au cuju (jeu de ballon au pied).

Au quotidien, les Chinois pratiquaient diff√©rentes activit√©s de loisirs, dont beaucoup m√™laient leur go√Ľt pour le jeu d'argent. C'√©tait le cas des jeux de hasard comme les d√©s, les cartes ou les diverses sortes de jeux de dominos qui √©taient alors en vogue, ainsi que des jeux d'adresse. Ces activit√©s se pratiquaient dans les r√©sidences, mais √©galement sur les march√©s, chez les courtisanes, dans des sortes de tripots, etc., et les sommes en jeu √©taient telles que certains se retrouvaient ruin√©s apr√®s plusieurs √©checs, allant jusqu'√† parier leurs concubines ou m√™me leurs femmes dans des cas extr√™mes. La loi r√©primait en principe ces paris d'argent, mais ils √©taient √† ce point pris√©s que les autorit√©s n'√©taient pas en mesure de les emp√™cher[137]. D'autres jeux de r√©flexion comme le mah-jong, le weiqi (connu en Europe par son nom japonais go) ou le xiangqi (les ¬ę √©checs chinois ¬Ľ) √©taient √©galement tr√®s pratiqu√©s[138].

Parmi les activit√©s sportives, le jeu de ballon, cuju, fut tr√®s appr√©ci√© de plusieurs empereurs Ming. Les jeux de force, de tir-√†-l'arc ou les comp√©titions de lutte et autres arts martiaux √©taient courants lors des festivit√©s[139]. Dans un autre registre, l'empereur Xuande se d√©lectait des combats de grillons, et sa passion envahit toute la soci√©t√©, donnant naissance √† un artisanat remarquable des cages √† grillons, ainsi qu'√† la r√©daction de trait√©s relatifs √† cet insecte, en particulier celui du grand √©crivain Yuan Hongdao. Les combats de coqs √©taient √©galement tr√®s r√©pandus, parmi la vari√©t√© de combats d'animaux qui existaient alors, et donnaient lieu √† de nombreux paris et √† des investissements importants dans l'entra√ģnement des b√™tes. Des spectacles moins violents de dompteurs √©taient tout aussi r√©pandus ; parmi les plus originaux se trouvaient notamment des spectacles d'oiseaux dress√©s √† reconna√ģtre des caract√®res d'√©criture, ou de crapauds capables de scander des sutras bouddhistes, ainsi que des th√©√Ętres de singes[140].

Vie intellectuelle et artistique

Les synthèses de l'époque de Yongle et la pensée des débuts des Ming

Les candidats aux examens imp√©riaux se pressent pour voir les r√©sultats affich√©s sur le mur ; d√©tail d'un rouleau de Qiu Ying (1494‚Äď1552)[141].

Le r√®gne de Yongle vit la r√©daction d'une vaste compilation commandit√©e par l'empereur et dirig√©e entre 1403 et 1408 par son Grand secr√©taire Xie Jin, l'Encyclop√©die de l'√®re Yongle (Yongle dadian). Devant comprendre tous les ouvrages r√©dig√©s en chinois, elle comportait la bagatelle de 22 877 chapitres, organis√©s par mati√®res. Manuscrite et jamais imprim√©e en raison de son ampleur qui emp√™chait toute tentative en ce sens, il ne reste aujourd'hui qu'une faible partie de son contenu original[142]. D'autres anthologies furent publi√©es au d√©but des Ming, regroupant des textes des penseurs de la tradition n√©o-confuc√©enne de l'√©poque Song (celle issue de Cheng Yi et de Zhu Xi, le courant ¬ę Cheng-Zhu ¬Ľ), dont des commentaires des classiques qui fournissaient les id√©es essentielles de la pens√©e officielle qui devait faire partie du bagage des candidats aux concours imp√©riaux[143].

Ces travaux pos√®rent les bases de la vie intellectuelle de l'√©poque Ming, et marqu√®rent de leur empreinte les examens imp√©riaux, qui se caract√©risaient par des √©preuves rigides valorisant l'id√©al confuc√©en et un style plut√īt ¬ę antiquisant ¬Ľ, comme la ¬ę composition √† huit jambes ¬Ľ, baguwen (en), dans lequel tous les lettr√©s tent√®rent d'exceller, et qui devait faire l'objet de vigoureuses critiques aux d√©buts des Qing[144]. Mais certains ne tard√®rent pas √† prendre leurs distances par rapport aux √©crits ¬ę orthodoxes ¬Ľ. Survit ainsi d√®s le premier si√®cle de la dynastie l'id√©al de retrait du monde manifest√© par certains esprits brillants comme Wu Yubi (1392-1469), Hu Juren (1434-1484) puis Chen Xianzhang (1428-1500), refusant les fonctions officielles pour se consacrer notamment au travail manuel et √† la recherche spirituelle, sous l'influence du bouddhisme[145].

Wang Yangming

Wang Yangming (1472‚Äď1529) √©tait consid√©r√© comme le penseur confuc√©en le plus influent depuis Zhu Xi.

Wang Yangming (ou Wang Shouren, 1472‚Äď1529) fut la personnalit√© chez qui la critique du courant dominant fut la plus forte durant la premi√®re partie de la dynastie, et son influence sur les penseurs post√©rieurs fut consid√©rable, car ils furent pour ainsi dire forc√©s de se positionner en fonction de sa pens√©e. Wang fut assur√©ment une figure marquante en son temps, car en plus d'√™tre un fonctionnaire √©rudit qui r√©ussit avec succ√®s les examens imp√©riaux, il fut √©galement un g√©n√©ral √† la carri√®re remarquable. Sa pens√©e fut marqu√©e par l'h√©ritage confuc√©en, mais √©galement bouddhiste, ainsi que les techniques de long√©vit√© tao√Įstes. On retient g√©n√©ralement celle-ci comme faisant partie de l'¬ę √©cole de l'esprit ¬Ľ remontant √† Lu Xiangshan, grand penseur de l'√©poque Song dont les vues sont oppos√©es √† celles de Zhu Xi[146]. Wang reprit √† son tour l'id√©e de la bont√© inn√©e de l'√Ęme humaine, issue des r√©flexions de Mencius. Afin d'atteindre la saintet√© permise par cet √©tat naturel, il faudrait selon lui proc√©der √† un travail sur son esprit, qui pr√©side √† toutes choses (¬ę l'esprit est le principe ¬Ľ), pour atteindre l'extension de la connaissance morale inn√©e (l'influence de la pens√©e bouddhiste chan est manifeste sur ce point)[147]. Contrairement au dogme dominant, Wang avan√ßait que toute personne, peu importe ses origines et sa richesse mat√©rielle, pouvait devenir aussi sage que les anciens penseurs Confucius et Mencius et que les √©crits de ces derniers n'√©taient pas la v√©rit√© mais des guides pouvant comporter des erreurs[148]. Homme d'action, Wang professait que la pratique est n√©cessaire, et permet la r√©v√©lation du savoir (¬ę connaissance et action ne font qu'un ¬Ľ). Il formulait ainsi une pens√©e plus engag√©e dans le monde que celle de l'√©cole Cheng-Zhu[149]. Dans l'esprit de Wang, un paysan ayant eu de nombreuses exp√©riences et en ayant tir√© les enseignements √©tait plus sage que le penseur qui avait soigneusement √©tudi√© les classiques mais qui n'avait aucune exp√©rience du monde r√©el et n'avait pas observ√© ce qui √©tait vrai[148].

Les courants anticonformistes

√Čmerg√®rent √©galement des pens√©es plus contestataires de l'ordre √©tabli. Wang Gen (1483-1541), un saunier du Bas Yangzi marqu√© par les enseignements de Wang Yangming, chercha √† √©laborer une forme populaire du n√©o-confucianisme (l'¬ę √©cole de Taizhou ¬Ľ), destin√©e √† tous, gr√Ęce √† des groupes de discussion portant sur les textes confuc√©ens et la valorisation de l'exp√©rience pratique[150]. Un de ses √©pigones, Li Zhi (1527-1602) fut un des plus importants critiques de l'ordre mandarinal, ce qui lui valut finalement d'√™tre mis en d√©tention, o√Ļ il se suicida. Il traitait avec irr√©v√©rence les √©crits des grands ma√ģtres du confucianisme, et poussa √† l'extr√™me l'id√©e de Wang Yangming selon laquelle chacun pouvait devenir un saint, et qu'il fallait pour cela rejeter les r√®gles et la morale traditionnelles. Il exer√ßa une influence importante sur plusieurs √©crivains critiques de son √©poque, comme Yang Shen ou Yuan Hongdao[151].

La politisation des débats intellectuels à la fin des Ming

En g√©n√©ral, la contestation de l'id√©ologie officielle fut moins radicale. Certains penseurs tent√®rent ainsi de remettre au centre des r√©flexions sur l'√©nergie (qi) comme source de vie et d'unit√©, tandis que d'autres tent√®rent d'√©laborer des pens√©es syncr√©tiques m√™lant le confucianisme dominant au bouddhisme et au tao√Įsme, consid√©rant que ces trois enseignements ne faisaient qu'un[152]. En opposition aux id√©es ¬ę lib√©rales ¬Ľ de Wang Yangming se trouvaient les conservateurs du censorat, une institution gouvernementale ayant le droit et la responsabilit√© de se prononcer contre les malfaisances et les abus de pouvoir, ainsi que les lettr√©s confuc√©ens certes contestataires mais toujours marqu√©s par les courants orthodoxes, rattach√©s √† l'acad√©mie Donglin (voir ci-dessous)[153], ou le penseur Liu Zongzhou (1578-1645) qui resta dans le cadre orthodoxe mais tenta d'y int√©grer des √©l√©ments de la pens√©e de Wang en les remodelant, tout en √©tant un critique de la politique gouvernementale[154]. De fait, d√®s la seconde moiti√© du XVIe si√®cle, les r√©flexions et discussions philosophiques √©taient devenues tr√®s libres et politis√©es, donnant naissance √† une p√©riode d'intenses r√©flexions sur l'exercice du pouvoir[33].

Cette effusion de critiques inqui√©ta le pouvoir d√®s 1579 : le Grand secr√©taire Zhang Juzheng ordonna alors la fermeture des acad√©mies priv√©es afin de mieux contr√īler les esprits ind√©pendants (il fit m√™me ex√©cuter l'un des plus virulents d'entre eux, He Xinyin). Cela n'emp√™cha pas l'activit√© des groupes de r√©flexion (certes les moins extr√©mistes) de reprendre de plus belle au d√©but du XVIIe si√®cle, comme en t√©moigne le r√©tablissement par Gu Xiancheng (1550-1612) de la vieille acad√©mie Donglin (¬ę For√™t de l'Est ¬Ľ, originaire du Jiangsu) en 1604, pour devenir un instrument de critique de la politique gouvernementale. Les lettr√©s m√©ridionaux faisant partie de ce cercle avaient souvent √©t√© placardis√©s ou r√©voqu√©s par le pouvoir central, √† l'instigation notamment des eunuques. Ils se d√©marquaient des courants les plus critiques en rejetant l'id√©al de retrait du monde, insistant au contraire sur la n√©cessit√© de rester dans l'appareil politique pour agir sur le monde. Ce faisant, ils renvoyaient √† la morale et au ritualisme traditionnels du confucianisme. Le second chef de l'acad√©mie Donglin, Gao Panlong, fut arr√™t√© en 1626 √† l'instigation de l'eunuque Wei Zhongxian, et pr√©f√©ra se suicider. L'acad√©mie put rena√ģtre peu apr√®s sous le nom de ¬ę Soci√©t√© du Renouveau ¬Ľ (Fushe) √† Suzhou, participant d'abord √† la r√©sistance contre les eunuques, puis √† celle dirig√©e contre les Mandchous apr√®s 1644. Certains de ses membres furent proches de lettr√©s convertis au christianisme, comme Xu Guangqi. C'est √©galement de ces cercles que devaient √©merger les futurs grands intellectuels des d√©buts de la dynastie Qing : Gu Yanwu et Huang Zongxi, membres de la Soci√©t√© du Renouveau, Wang Fuzhi qui fonda sa propre soci√©t√©[155].

Esthètes et collectionneurs

Une boite décorée à la laque rouge montrant des personnages à la campagne entourés d'un motif floral.
Vue d'un lac de Nankin, impression sur bois du Jinling Tuyong, monographie sur la région de Nankin, 1624.
D√©tail d'un √©crit en style cursif (caoshu) de Dong Qichang, consid√©r√© comme un ma√ģtre de cette forme de calligraphie, dont les Ňďuvres originales sont tr√®s pris√©es par les collectionneurs. D√©but XVIIe si√®cle, mus√©e national de Tokyo.

La p√©riode des Ming vit le d√©veloppement chez les √©lites du go√Ľt pour la recherche d'objets de valeur, dont on ne prisait pas seulement l'utilit√© premi√®re mais aussi l'aspect symbolique et le prestige que leur possession conf√©rait. Cela n'√©tait certes pas une innovation de l'√©poque, loin de l√†, mais la recherche de ces objets se d√©veloppa comme jamais auparavant, se diffusant √† une large partie de la population ais√©e et conduisant √† la fin de la dynastie √† l'apparition d'un important march√© d'objets de collection. Il √©tait anim√© par de nombreux amateurs qui ¬ę s'en servaient pour exprimer les id√©es les plus sublimes de leur culture : la contemplation m√©ditative, le discernement esth√©tique et le bon go√Ľt ¬Ľ (Brook)[156].

Au d√©but de la p√©riode, les collectionneurs se concentraient sur ce qui √©tait depuis longtemps valoris√© par les lettr√©s, √† savoir les peintures et les calligraphies, ou des pi√®ces anciennes comme des objets en jade, des sceaux, des bronzes antiques. Puis le champ des objets recherch√©s s'√©tendit progressivement aux porcelaines, au mobilier, aux laques, ainsi qu'aux livres imprim√©s de qualit√©. Les pi√®ces anciennes √©taient les plus rares donc les plus ch√®res, mais les travaux des artisans sp√©cialis√©s des √©poques r√©centes √©taient √©galement tr√®s demand√©s[157]. Les r√©sidences des personnages les plus riches et raffin√©s se devaient donc d'avoir de beaux meubles dans les diff√©rentes pi√®ces, peintures, biblioth√®ques disposant de nombreux livres, vases de qualit√© contenant des bouquets de fleurs, tout cela devant manifester le go√Ľt et le sens du style assur√©s du ma√ģtre de maison[158].

La demande vers la fin des Ming fournissait du travail √† des marchands d'art et m√™me √† des faussaires qui r√©alisaient des imitations. Cela fut remarqu√© par le j√©suite Matteo Ricci alors qu'il se trouvait √† Nankin et √©crivit que les faussaires chinois pouvaient r√©aliser de tr√®s belles Ňďuvres d'art pour en tirer un profit important[159]. Il existait n√©anmoins des guides pour aider les connaisseurs prudents et le livre de Liu Tong (?-1637) imprim√© en 1635 offrait au lecteur des m√©thodes pour d√©terminer non seulement la qualit√© mais aussi l'authenticit√© d'un objet[160].

Livres et littérature

Volumes du Livre des Han xylographiés à l'époque Ming, collection du pavillon Tianyi de Ningbo (Zhejiang), la plus ancienne bibliothèque encore existante en Chine, fondée en 1561.
Grenades et sauterelle, impression sur bois en couleur du début du XVIIe siècle. British Museum.
Xylographie en couleurs provenant d'une √©dition imprim√©e par Min Qiji en 1640 de l'Histoire du pavillon d'Occident (Xixiang ji) de Wang Shifu, pi√®ce du th√©√Ętre du Nord (zaju) de l'√©poque Yuan : Zhang Junrui jouant de la musique la nuit.

Les lettrés étaient logiquement de grands amateurs de livres. Beaucoup d'entre eux étaient de véritables bibliophiles, collectionnant de nombreux ouvrages, prisant en particulier les plus originaux, les plus beaux ou les plus anciens, qu'ils traitaient alors avec une précaution extrême (et souvent dans la crainte d'un incendie qui ravagerait leur précieuse collection)[161].

L'offre de livres devint plus importante sous la dynastie Ming, avec la diffusion de l'imprimerie qui ne fut d√©sormais plus limit√©e aux √©ditions officielles surveill√©es par le pouvoir imp√©rial. Les √©ditions se faisaient alors par le proc√©d√© de la xylographie (le principe des caract√®res mobiles √©tait connu mais peu r√©pandu), qui peut √™tre fait √† bas co√Ľt[162]. Ce moyen d'impression permettait √©galement de reproduire ais√©ment des images, qui devinrent courantes dans les ouvrages, ce qui √©tait tr√®s appr√©ci√© par les bibliophiles de l'√©poque surtout quand il s'agissait d'estampes en couleur (plus on√©reuses). Gr√Ęce √† ces progr√®s et √† l'importance de la demande dans une soci√©t√© dont les √©lites √©taient de plus en plus riches, un march√© du livre dynamique se d√©veloppa. Certains lettr√©s purent accumuler des milliers de livres : il n'√©tait pas rare de trouver autour de 1600 des biblioth√®ques priv√©es comprenant dans les 10 000 ouvrages, ce qui aurait √©t√© inenvisageable auparavant[163]. Si l'essor de la production et de la diffusion de livres concerna les Ňďuvres anciennes, il incita √©galement les √©diteurs √† diffuser des cr√©ations r√©centes dans des quantit√©s importantes, et √©galement une plus grande vari√©t√© de genres, allant du roman de faible qualit√© litt√©raire √©dit√© dans un but ¬ę commercial ¬Ľ jusqu'aux Ňďuvres scientifiques et techniques, et d'autres plus √©rudites ayant une diffusion plus confidentielle. L'offre ne fut pas seulement consid√©rablement plus importante, elle fut fortement diversifi√©e[164].

Les fictions narratives connurent un essor sous les Ming, continuant dans l'√©crit l'int√©r√™t qui √©tait port√© dans les milieux urbains aux conteurs et aux repr√©sentations th√©√Ętrales, dans la m√™me optique r√©cr√©ative. Les r√©cits courts en langue vulgaire, notamment les huaben, traitant de sujets fantastiques, romantiques, parfois avec burlesque et √©rotisme, √©taient tr√®s pris√©s. Ils gagn√®rent progressivement plus de respectabilit√© √† la fin de la p√©riode gr√Ęce √† des compilations et √©ditions qui visaient √† valoriser leur registre de langue, comme les Contes de la Montagne sereine (Qingpingshantang huaben) √©dit√©s en 1550[165], et surtout les travaux de Feng Menglong (1574-1646)[166] et Ling Mengchu (1580-1644)[167], deux auteurs dont les contes ont √©t√© ensuite repris dans les Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois (Jingu qiguan) vers 1640[168]. Les r√©cits plus longs furent √©galement d√©velopp√©s, atteignant parfois la centaine de chapitres qui en faisaient de v√©ritables romans-fleuves[169]. C'est le cas des romans les plus c√©l√©br√©s de la p√©riode Ming, vus comme des chefs-d'Ňďuvre de la litt√©rature chinoise, les ¬ę quatre livres extraordinaires ¬Ľ : Les Trois Royaumes (Sanguozhi yanyi) un roman historique[170], Au bord de l'eau (Shuihu zhuan) sorte de roman de cape et d'√©p√©e mettant en sc√®ne des brigands au grand cŇďur[171], La P√©r√©grination vers l'Ouest (Xi Youji) relatant le voyage fantastique d'un moine bouddhiste vers l'Inde[172], et le Jin Ping Mei, un roman de mŇďurs[173] ; un autre c√©l√®bre roman fantastique de cette p√©riode est L'Investiture des dieux (Fengshen Yanyi ou Fengshen Bang)[174].

L'autre forme litt√©raire, ayant les m√™mes origines, qui s'√©panouit et attira plus l'int√©r√™t des lettr√©s fut le th√©√Ętre, que l'on peut √©galement qualifier d'¬ę op√©ra ¬Ľ en raison des nombreux passages chant√©s que contenaient les pi√®ces (leurs auteurs devant donc avoir des talents de po√®tes et de musiciens). Cela fut accompagn√© par la r√©daction d'ouvrages critiques sur cet art (l'Introduction au th√©√Ętre du Sud de Xu Wei, par ailleurs un remarquable dramaturge[175]), et de pi√®ces reconnues comme des Ňďuvres majeures, en premier lieu Le Pavillon aux pivoines (Mudanting) de Tang Xianzu (1550‚Äď1616), l'une des plus c√©l√®bres de l'histoire chinoise[176]. On distinguait plus g√©n√©ralement le th√©√Ętre du Nord en quatre actes, zaju[177], et le th√©√Ętre du Sud aux formes plus libres, le chuanqi[178] - [179], d'o√Ļ d√©rivent les pi√®ces d'op√©ra plus raffin√©es et √©litistes, les kunqu[180]. Cette affirmation d'un th√©√Ętre/op√©ra des √©lites lettr√©s s'est traduite par la r√©daction de pi√®ces refl√©tant leur id√©al, plus ¬ę conservatrices ¬Ľ[136].

Parmi les grands hommes de lettres de la p√©riode des Ming, il convient √©galement de mentionner Yuan Hongdao (1568-1610)[181]. Marqu√© par l'anticonformisme de Li Zhi dont il √©tait proche, il m√©prisait la litt√©rature dans des styles classiques et pr√©f√©rait celle en langue vulgaire, comme les contes, ballades, romans et pi√®ces de th√©√Ętre. Avec ses fr√®res Yuan Zongdao et Yuan Zhongdao, il mit ainsi au point un style po√©tique proche de la langue parl√©e, le ¬ę style de Gong'an ¬Ľ. Grand voyageur, il a laiss√© de remarquables essais relevant de la cat√©gorie des relations de voyage, alors tr√®s en vogue, d√©crivant les sites qu'il d√©couvrait et les √©motions qu'ils √©veillaient chez lui. Il est √©galement reconnu pour sa ma√ģtrise des √©crits po√©tiques en prose, √©pistolaires et biographiques. La litt√©rature de voyage connut √† la fin des Ming un autre de ses plus remarquables repr√©sentants, l'infatigable voyageur et g√©ographe Xu Xiake (1586-1641)[182].

Peinture

Il y eut de nombreux peintres de talent durant la p√©riode Ming comme Shen Zhou, Dai Jin, Tang Yin, Wen Zhengming, Qiu Ying et Dong Qichang. Ce dernier, un des chefs de file de l'¬ę √©cole de Wu ¬Ľ (le pays de Suzhou), fut √©galement un grand critique de la peinture, dont l'influence sur les p√©riodes post√©rieures a √©t√© majeure[183]. Ces peintres reprirent, en y ajoutant de nouveaux √©l√©ments, les techniques et les styles des ma√ģtres des dynasties Song (Mi Fu) et Yuan (Ni Zan et Wang Meng), dont les Ňďuvres √©taient alors tr√®s recherch√©es par les amateurs d'art m√™me s'ils devaient g√©n√©ralement se contenter de copies[184]. La peinture narrative se d√©ploie √† l'horizontale et le regard suit la narration de droite √† gauche. Cette √©poque est particuli√®rement riche en peinture de ce genre, dont celles produites par des peintres de l'¬ę √©cole de Wu ¬Ľ, sous l'impulsion de Wen Zhengming (1470-1559) et de Qiu Ying (v. 1494-1552) d√®s les ann√©es 1520[185]. Shen Zhou, autre peintre repr√©sentatif de l'√©cole de Suzhou, s'illustra dans les principaux styles de peinture lettr√©e, alliant √©l√©gamment peinture, po√©sie et calligraphie : la peinture de paysage (La grandeur du mont Lu) et la peinture de type ¬ę oiseau et fleurs ¬Ľ. Autre artiste de premier ordre, Dai Jin repr√©sentant remarquable de l'¬ę √©cole du Zhe ¬Ľ (Zhejiang), plus ¬ę romantique ¬Ľ, eut une influence notable au Japon, mais pas en Chine o√Ļ les critiques les plus reconnus (dont Dong Qichang) ne lui accordaient gu√®re d'estime[186]. Plusieurs peintres excell√®rent √©galement dans la repr√©sentation de personnages, qu'il s'agisse de portraits priv√©s, forme de peinture qui se diffusa √† partir du XVIe si√®cle dans les hautes couches de la soci√©t√©, alors qu'elle √©tait jusqu'alors limit√©e au cercle de la famille imp√©riale[187], de sc√®nes illustrant des po√®mes, de repr√©sentations de lettr√©s[188], de moments de la vie imp√©riale pr√©sente et pass√©e (la Matin√©e printani√®re au palais des Han de Qiu Ying[189]), de sc√®nes religieuses repr√©sentant des divinit√©s bouddhistes et tao√Įstes[190]. En raison de l'importance de la demande, les artistes renomm√©s pouvaient vivre de leur art et √©taient tr√®s sollicit√©s. Ce fut le cas de Qiu Ying, reconnu comme l'un des plus remarquables copistes de son temps et dont la qualit√© du trait et de la mise en couleur √©tait jug√©e in√©galable, qui fut pay√© 2,8 kg d'argent pour peindre un long parchemin √† l'occasion du 80e anniversaire de la m√®re d'un riche m√©c√®ne[191].

Porcelaine

La porcelaine de qualit√© √©tait tr√®s appr√©ci√©e par les consommateurs chinois et √©galement √† l'√©tranger[193]. Les principaux centres de production sous la dynastie Ming √©taient Jingdezhen dans le Jiangxi et Dehua dans le Fujian o√Ļ les ateliers contr√īl√©s par l'√Čtat devaient r√©pondre √† l'importante demande de la cour et des autres amateurs de ces pi√®ces. La plus c√©l√©br√©e fut la porcelaine dite ¬ę bleu et blanc ¬Ľ (qinghua), blanche √† d√©cor au bleu de cobalt, provenant de Jingdezhen[194]. D'autres pi√®ces de vaisselle √† fond jaune et √† d√©cor de couleurs vives, comme les ¬ę couleurs contrast√©es ¬Ľ (doucai)[195], furent √©galement tr√®s populaires, de m√™me que les statues ¬ę blanc de Chine ¬Ľ √† couverture onctueuse de Dehua et la vaisselle color√©e en rouge vif[195]. De la m√™me mani√®re que des peintres renomm√©s, certains potiers devinrent connus pour leurs Ňďuvres comme He Chaozong au d√©but du XVIIe si√®cle pour ses porcelaines en blanc de Chine repr√©sentant des divinit√©s bouddhistes. Les manufactures de porcelaines r√©pondirent √† la demande europ√©enne en cr√©ant des articles suivant les gouts des consommateurs en Europe. Chuimei Ho a estim√© qu'environ 16 % des exportations de c√©ramiques de la fin de la p√©riode Ming √©taient destin√©es √† l'Europe et le reste √©tait divis√© entre le Japon et le Sud-Est asiatique[196].

  • Porcelaines de l'√©poque Ming.
  • Plat en porcelaine bleu et blanc d√©cor√© de motifs floraux. Brooklyn Museum.
    Plat en porcelaine bleu et blanc décoré de motifs floraux. Brooklyn Museum.
  • Bol en porcelaine bleu et blanc, d√©cor central repr√©sentant un faon, v. 1600-1610. Walters Art Museum.
    Bol en porcelaine bleu et blanc, décor central représentant un faon, v. 1600-1610. Walters Art Museum.
  • Vase de type meiping en porcelaine √† fond blanc et d√©cor rouge cuivre
    Vase de type meiping en porcelaine à fond blanc et décor rouge cuivre
  • Porcelaine √† fond blanc √† d√©cor color√© repr√©sentant un cavalier. Mus√©e Guimet, Paris.
    Porcelaine à fond blanc à décor coloré représentant un cavalier. Musée Guimet, Paris.
  • Jarre √† fond rouge et d√©cor jaune, dragon au-dessus de la mer, √®re de Jiajing (1521-1567). Mus√©e du palais de P√©kin.
    Jarre à fond rouge et décor jaune, dragon au-dessus de la mer, ère de Jiajing (1521-1567). Musée du palais de Pékin.
  • Calice en porcelaine bleu turquoise, √®re de Zhengde (1505-1521). mus√©e de Nankin.
    Calice en porcelaine bleu turquoise, ère de Zhengde (1505-1521). musée de Nankin.
  • Porcelaine rouge de cuivre, √®re de Yongle (1403-1424).
    Porcelaine rouge de cuivre, ère de Yongle (1403-1424).
  • Statue en porcelaine ¬ę blanc de Chine ¬Ľ repr√©sentant Guan Yin probablement r√©alis√©e √† Dehua.
    Statue en porcelaine ¬ę blanc de Chine ¬Ľ repr√©sentant Guan Yin probablement r√©alis√©e √† Dehua.

Mobilier

La conception de meubles est un autre des domaines qui a fait la r√©putation artistique de l'√©poque des Ming (m√™me si les √©b√©nistes sont rest√©s des artisans anonymes), par la qualit√© des Ňďuvres m√™lant une esth√©tique simple √† la recherche de la fonctionnalit√©[186] : fauteuils, tables, lits √† baldaquin, meubles de rangement, coffres. Les bois durs et bois pr√©cieux √©taient pris√©s pour ces r√©alisations, en particulier le Dalbergia odorifera, une vari√©t√© de bois de rose connue en Chine sous le nom huanghuali. Non seulement l'ex√©cution gagna alors en finesse, mais elle t√©moigne d'une volont√© d'adaptation aux formes des corps. Les formes furent plus √©pur√©es, gr√Ęce au progr√®s des techniques de menuiserie permettant d'√©liminer les √©l√©ments assurant la coh√©sion du mobilier, notamment les clous, se contentant d'un assemblage discret par tenon et mortaises ou joints. Ce mobilier raffin√© fut tr√®s recherch√© par les hommes de go√Ľt, qui en poss√©daient une grande quantit√© dans leurs r√©sidences, comme en t√©moignent les quelques inventaires de l'√©poque qui nous sont parvenus[197] - [158].

  • Mobilier de l'√©poque Ming.
  • Chaise (XVIIe si√®cle) et table (fin XVIe -d√©but XVIIe si√®cle) en bois huanghuali. Metropolitan Museum of Art.
    Chaise (XVIIe siècle) et table (fin XVIe -début XVIIe siècle) en bois huanghuali. Metropolitan Museum of Art.
  • Chaise guanmaoyi en bois huanghuali, d√©but XVIIe si√®cle. Mus√©e Guimet.
    Chaise guanmaoyi en bois huanghuali, début XVIIe siècle. Musée Guimet.
  • Lit √† baldaquin en bois huanghuali, XVIe si√®cle. Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City.
    Lit à baldaquin en bois huanghuali, XVIe siècle. Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City.
  • Deux commodes hautes en bois huanghuali, XVIIe si√®cle. Honolulu Academy of Arts.
    Deux commodes hautes en bois huanghuali, XVIIe siècle. Honolulu Academy of Arts.
  • Deux meubles garde-robe √† d√©cor incrust√©, fin XVIe -d√©but XVIIe si√®cle. Metropolitan Museum of Art.
    Deux meubles garde-robe à décor incrusté, fin XVIe -début XVIIe siècle. Metropolitan Museum of Art.
  • Coffret en bois laqu√©, d√©cor incrust√© en nacre. XVIIe si√®cle, Mus√©e royal de l'Ontario (Toronto).
    Coffret en bois laqué, décor incrusté en nacre. XVIIe siècle, Musée royal de l'Ontario (Toronto).

Jardins

Pavillon de bambou du Jardin du Modeste administrateur de Suzhou, créé au début du XVIe siècle.
Joueuse de harpe (konghou) dans un pavillon, Qiu Ying, début XVIe siècle, scène idéalisée de la vie d'un lettré dans un jardin chinois.

Le soin apport√© au d√©cor des r√©sidences cossues se manifestait √©galement √† l'ext√©rieur de celles-ci, dans les jardins qui formaient dans la plus pure tradition esth√©tique chinoise un univers √† part, √©labor√© dans une optique artistique et m√©ditative. Le Trait√© de l'art des jardins (Yuanye) de Ji Cheng, ma√ģtre jardinier de renom, √©dit√© en 1634, t√©moigne de la complexit√© de cet art. Le jardin devait laisser une impression de nature id√©alis√©e, paradisiaque, s'inspirant de la peinture paysag√®re et de celle associant animaux et fleurs : il comprenait donc des rochers recr√©ant un semblant de relief, des sources et points d'eau, des arbres, des plantes choisies de fa√ßon √† √©veiller les sens, aussi bien la vue que l'odorat, aux diff√©rents moments de la journ√©e et aux diff√©rentes saisons de l'ann√©e. Pour mieux admirer ces lieux, on y disposait des kiosques, pavillons, cabinets d'√©tude, terrasses, etc. et m√™me les balcons et fen√™tres de la maison √©taient pens√©s pour permettre cette contemplation[198].

Sciences et techniques

Apr√®s le foisonnement scientifique et technologique de la dynastie Song, le rythme des d√©couvertes sous la dynastie Ming fut moins soutenu, m√™me si le niveau g√©n√©ral resta √©lev√©. Il suffit pour en juger de prendre en compte l'importante production litt√©raire scientifique de la fin de la p√©riode, qui avait avant tout un aspect pratique, reprenant donc les avanc√©es des p√©riodes pr√©c√©dentes pour amplifier leur diffusion gr√Ęce √† l'imprimerie[199]. Cependant, en comparaison l'Europe commen√ßa √† effectuer un rapide rattrapage technologique, m√™me si on ne peut pas vraiment parler d'avance avant le XVIIIe si√®cle. Quelques avanc√©es importantes de la fin de la p√©riode Ming furent d'ailleurs accomplies gr√Ęce aux contacts avec l'Europe, par l'interm√©diaire des J√©suites qui furent en contacts avanc√©s avec plusieurs intellectuels chinois.

Le calendrier chinois avait un besoin de r√©forme car il comptait l'ann√©e tropique comme valant 365 jours et demi, ce qui donnait une erreur de 10 min et 14 s tous les ans ou environ un jour tous les 128 ans[200]. M√™me si les Ming avaient adopt√© le calendrier Shoushi de Guo Shoujing datant de 1281 qui √©tait aussi pr√©cis que le calendrier gr√©gorien, les astronomes Ming ne parvinrent pas √† le r√©ajuster p√©riodiquement[201]. Un descendant de l'empereur Hongxi, le prince Zhu Zaiyu (1536‚Äď1611), pr√©senta une solution pour corriger le calendrier en 1595 mais le comit√© astronomique conservateur rejeta sa proposition[200] - [201]. Ce fut le m√™me Zhu Zaiyu qui d√©couvrit un syst√®me d'accord appel√© gamme temp√©r√©e qui fut simultan√©ment d√©couvert en Europe par Simon Stevin (1548‚Äď1620)[202].

Lorsque le premier empereur Hongwu d√©couvrit les syst√®mes m√©caniques de la dynastie Yuan dans le palais de Khanbaliq comme des fontaines avec des balles dansant sur leurs jets, un automate en forme de tigre, des m√©canismes soufflant des nuages de parfums et des horloges de la tradition de Yi Xing (683‚Äď727) et de Su Song (1020‚Äď1101), il les associa avec la d√©cadence mongole et les fit d√©truire[203]. Plus tard, les J√©suites europ√©ens comme Matteo Ricci et Nicolas Trigault mentionn√®rent bri√®vement les horloges chinoises fonctionnant avec des engrenages[204]. Cependant, les deux hommes savaient que les horloges europ√©ennes du XVIe si√®cle √©taient bien plus perfectionn√©es que les syst√®mes de mesure du temps couramment utilis√©s en Chine comme les clepsydres, les horloges √† feu et les ¬ę autres instruments‚Ķ avec des roues entrain√©es par du sable comme si cela √©tait de l'eau[205]. ¬Ľ

Un ensemble de martinets tournant autour d'un axe activé par un moulin à eau et utilisé pour décortiquer les grains de céréales. Xilographie de l'encyclopédie Tiangong kaiwu, 1637.

De nombreux ouvrages pr√©sentant les techniques agricoles, hydrauliques, artisanales ou militaires furent publi√©s, associant textes et illustrations afin d'am√©liorer leur efficacit√© p√©dagogique[206]. Song Yingxing (1587‚Äď1666) documenta ainsi un grand nombre de technologies et de processus m√©tallurgiques et industriels dans une encyclop√©die accompagn√©e de nombreuses images xylographi√©es, le Tiangong kaiwu, √©dit√©e en 1637. Celle-ci pr√©sentait des syst√®mes m√©caniques et hydrauliques destin√©s √† l'agriculture[207], des technologies maritimes et des √©quipements de snorkeling pour la p√™che perli√®re[208] - [209] - [210], le processus annuel de s√©riciculture et de tissage avec les m√©tiers √† tisser[211], des techniques m√©tallurgiques comme la trempe ou le creuset[212], des processus de fabrication de poudre √† canon en chauffant la pyrite pour en extraire le soufre et son usage militaire comme dans des mines marines d√©clench√©es par un cordon d√©tonant et un rouet[213]. L'un des principaux auteurs d'ouvrages sur les machines de la fin des Ming, Wang Zheng (1571-1644), r√©digea en collaboration avec le J√©suite Johann Schreck les Explications illustr√©es sur les √©tranges machines de l'Extr√™me-Occident (Yuanxi qiqi tushuo), pr√©sentation de la technologie europ√©ennes au public chinois[206]. Le converti Xu Guangqi fut lui aussi un important r√©dacteur d'ouvrages techniques, comme le Nonzheng quanshu (1639) d√©crivant les techniques agricoles chinoises, mais aussi des donn√©es sur les connaissances hydrauliques europ√©ennes[206]. Ironiquement, certaines technologies ayant √©t√© invent√©es en Chine mais oubli√©es par la suite furent r√©introduites par les Europ√©ens √† la fin de la p√©riode Ming comme le moulin mobile[214].

Extrait des Méthodes de calcul des boules et du plateau (1573), traité expliquant le fonctionnement du boulier, avec une illustration montrant un fonctionnaire employant cet instrument pour sa comptabilité.

Dans un autre registre mais avec une finalit√© pratique similaire, des manuels de calcul et de math√©matiques pratiques furent √©dit√©s, expliquant le fonctionnement du boulier (suanpan), auquel les fonctionnaires charg√©s des finances publiques et les marchands avaient de plus en plus recours avec le d√©veloppement des transactions, ainsi que la mani√®re de r√©soudre diff√©rents probl√®mes financiers courants[107]. Dans un registre plus th√©orique, bien que Shen Kuo (1031‚Äď1095) et Guo Shoujing (1231‚Äď1316) eurent pos√©s les bases de la trigonom√©trie en Chine, ce ne fut pas avant 1607 qu'un autre travail d'envergure dans ce domaine fut publi√©, gr√Ęce aux traductions de Xu Guangqi et de Matteo Ricci, en particulier celle des √Čl√©ments d'Euclide en 1611[215] - [216].

¬ę Proto-canon ¬Ľ de l'√©poque Ming, illustration du Huolongjing.

La dynastie Ming vit la diversification des armes à poudre mais à partir du milieu de la période, les Chinois commencèrent à utiliser fréquemment les armes à feu de type européen[217]. Le Huolongjing, compilé par Jiao Yu et Liu Ji[218] et publié en 1412 présentait diverses technologies d'artillerie à la pointe de la technologie de l'époque. On peut par exemple citer des boulets explosifs[219], des mines terrestres qui utilisaient un mécanisme complexe de poids et de goupilles[220], des mines navales[221], des fusées dont certaines avaient plusieurs étages[222] - [223]. Un autre traité militaire majeur de la période fut le Wubeizi de Mao Yuanyi (1621), comprenant également des développements sur les armes à feu[224]. Les techniques européennes dans ce domaine suscitèrent beaucoup d'intérêt à partir des années 1590, quand plusieurs fonctionnaires furent favorables au développement des relations avec les Européens afin d'acquérir leurs canons.

Li Shizhen (1518‚Äď1593), l'un des pharmacologues et m√©decins les plus r√©put√©s de la m√©decine chinoise traditionnelle, v√©cut √† la fin de la p√©riode Ming. Entre 1552 et 1578, il √©crivit le Bencao gangmu, imprim√© avec des illustrations en 1596, qui d√©taillait l'usage de centaines de plantes et produits animaux √† des fins m√©dicinales, ainsi que le proc√©d√© de variolisation[206]. Selon la l√©gende, c'est un ermite tao√Įste du mont Emei qui inventa le processus d'inoculation pour la variole vers la fin du Xe si√®cle et cette technique se r√©pandit en Chine √† partir de la seconde moiti√© du XVIe si√®cle, bien avant qu'elle ne soit d√©velopp√©e en Europe[225]. Si les anciens √Čgyptiens avaient invent√© une brosse √† dents primitive sous la forme d'une brindille effiloch√©e √† son extr√©mit√©, ce furent les Chinois qui invent√®rent la brosse moderne en 1498 m√™me si elle utilisait des poils de cochon[226].

Dans le domaine de la cartographie et de l'astronomie, l'influence des J√©suites fut importante √† la fin de la p√©riode. Les ouvrages de Ricci aid√®rent √©galement √† faire progresser la cartographie chinoise, participant √† la popularisation de la repr√©sentation de la Terre comme √©tant une sph√®re[227]. En 1626, Johann Adam Schall von Bell √©crivit le premier trait√© chinois sur le t√©lescope, le Yuanjingshuo et en 1634, le dernier empereur Ming, Chongzhen acheta le t√©lescope du d√©funt Johann Schreck (1576‚Äď1630)[228]. Le mod√®le h√©liocentrique du syst√®me solaire fut rejet√© par les missionnaires catholiques en Chine mais les id√©es de Johannes Kepler et de Galil√©e s'infiltr√®rent lentement en Chine gr√Ęce au j√©suite polonais MichaŇā Piotr Boym (1612‚Äď1659) en 1627 et au trait√© d'Adam Schall von Bell en 1640[229]. Les J√©suites en Chine d√©fendaient la th√©orie de Copernic mais embrassaient les id√©es de Ptol√©m√©e dans leurs √©crits et il faudra attendre 1865 pour que les missionnaires catholiques promeuvent le mod√®le h√©liocentrique comme leurs confr√®res protestants[230].

La Chine des Ming et le reste du monde

Les dirigeants de l'¬ę empire du Milieu ¬Ľ se percevaient comme une puissance sans √©gale dans le Monde, la plus civilis√©e, et consid√©raient chacun des pays √©trangers comme situ√© dans une position p√©riph√©rique et subalterne par rapport √† lui. La Chine ne rentrait en principe en relations avec ces pays que si ceux-ci lui versaient un tribut en √©change duquel √©taient donn√©s des pr√©sents honorifiques, ce qui permettait √©ventuellement la mise en place d'√©changes strictement contr√īl√©s. Les espaces frontaliers √©taient tr√®s surveill√©s afin de r√©guler les relations avec l'ext√©rieur et de limiter strictement le nombre d'√©trangers pouvant p√©n√©trer dans l'empire, que ce soit par les bureaux douaniers des ports ouverts aux trafics avec l'ext√©rieur ou par les garnisons tenant les fronti√®res terrestres. C'est incontestablement le long de la Grande Muraille que cette volont√© de contr√īle trouvait son expression la plus √©loquente.

Mais dans les faits, les fronti√®res √©taient poreuses et les vell√©it√©s de limitation voire d'interdiction totale des √©changes en certains endroits furent toujours contrecarr√©es par l'existence d'un fructueux commerce de contrebande, parfois li√© √† des actes de brigandage et de piraterie qui contrebalancent la r√©putation de ¬ę fermeture ¬Ľ traditionnellement mise au d√©bit de la dynastie Ming. Cette p√©riode vit en effet une expansion des √©changes internationaux, en particulier sur la fa√ßade maritime de l'empire, et les incitations au d√©veloppement du commerce ext√©rieur prirent le pas sur l'id√©al de restriction. La Chine fut en particulier tr√®s demandeuse de l'argent extrait dans les mines du Japon et de Bolivie, dont l'importation massive eut des effets importants sur son √©conomie int√©rieure, tandis que ses ateliers produisaient des √©toffes et des porcelaines qui s'exportaient jusqu'en Europe. Vers la fin de la p√©riode, la pr√©sence croissante des Europ√©ens en Asie commen√ßa en effet √† se faire sentir en Chine m√™me, annon√ßant les bouleversements de l'√©poque Qing.

La défense de la frontière du Nord et la Grande Muraille

Carte de la Chine des Ming avec l'implantation des principales garnisons et le tracé des sections de la Grande Muraille au Nord.

L'arm√©e des Ming √©tait organis√©e autour de r√©gions militaires correspondant en gros aux provinces administratives, qui disposaient de garnisons o√Ļ √©taient stationn√©s les soldats charg√©s de la d√©fense de l'empire. Ceux-ci √©taient en principe recrut√©s au sein des familles enregistr√©es comme militaires, qui devaient fournir √† chaque g√©n√©ration des combattants. En √©change elles b√©n√©ficiaient d'exemptions de corv√©es et de la mise √† disposition de colonies agricoles militaires dont la production devait leur permettre de subsister. Ces garnisons √©taient en particulier concentr√©es le long de la fronti√®re Nord et dans les environs de P√©kin, les espaces les plus susceptibles d'√™tre l'objet d'attaques de la part des populations du Nord (Mongols, puis Oirats et Mandchous), et √©galement au Sud-Ouest, autre r√©gion frontali√®re o√Ļ les activit√©s militaires furent importantes[231]. Ce syst√®me tomba progressivement en d√©cadence en raison de disparitions de familles militaires, notamment √† la suite de d√©sertions. Cela fut de plus en plus compens√© par l'engagement de mercenaires, mieux pay√©s, ce qui greva de plus en plus le Tr√©sor, mais n'√©tant pas astreints √† un service permanent. √Ä la fin de la dynastie, les garnisons de la fronti√®re Nord de l'empire √©taient ainsi constitu√©es √† peu pr√®s √† parts √©gales de soldats issus des familles militaires h√©r√©ditaires et de mercenaires[232]. Cet espace frontalier n'√©tait pas seulement un espace militaris√©, mais √©galement une zone d'√©changes entre la Chine et les peuples de la steppe, qui pouvaient prendre la forme d'un commerce officiel sur des march√©s d'√Čtat ou de contrebande. Les Chinois importaient avant tout des chevaux depuis le Nord, ou bien des fourrures et du ginseng de Mandchourie ; pour les peuples nordiques le commerce avec la Chine pr√©sentait un caract√®re plus vital (denr√©es alimentaires, th√©) ou concernait des objets utilitaires et de prestige (√©toffes, porcelaine, outils)[233].

Section de la Grande Muraille à Jinshanling (Hebei).

Le r√©seau de garnisons de la fronti√®re Nord de la Chine fut compl√©t√© d√®s le d√©but du XVe si√®cle par l'√©rection de longues murailles. Les Ming n'√©taient pas novateurs en cela, puisque ce genre de construction avait des ant√©c√©dents remontant jusqu'√† la p√©riode antique. Le premier syst√®me d√©fensif qu'ils remirent en ordre suivait d'ailleurs le trac√© de fortifications du VIe si√®cle √©rig√©es dans le Hebei et le Shanxi. Mais ils √©tendirent progressivement ces barri√®res pour constituer un syst√®me de Grandes Murailles comme il n'en avait jamais exist√© auparavant. C'√©tait une r√©ponse √† la menace que faisaient peser les Mongols sur le Nord de l'empire et en particulier sa capitale dans la seconde moiti√© du XVe si√®cle. Une seconde ligne de d√©fenses fut √©rig√©e sous Zhengtong entre le nord du Shanxi et P√©kin, puis le syst√®me fut √©tendu vers l'Ouest (jusque dans le Gansu) sous Chenghua[19]. Dans la seconde moiti√© du XVIe si√®cle les Grandes Murailles firent √† nouveau l'objet de chantiers de grande ampleur √† partir de 1567, sous le r√®gne de Longqing qui confia la t√Ęche √† un de ses principaux g√©n√©raux, Qi Jiguang (1528-1588). Les murailles construites alors atteignaient la mer √† l'Est, de fa√ßon √† prot√©ger la r√©gion de la capitale contre toute attaque venue du Nord, et ce sont de nos jours l√† que se trouvent les portions les mieux pr√©serv√©es. Les murs en briques pouvaient s'√©lever jusqu'√† 6 √† 8 m√®tres de hauteur, et suivaient g√©n√©ralement les lignes de cr√™tes des reliefs escarp√©s qu'ils traversaient. Des tours de guet √©taient dispos√©es √† des intervalles r√©guliers, ainsi que des arsenaux et des fortins abritant les garnisons plus importantes. En d√©pit des efforts consid√©rables qui furent d√©ploy√©s et de ses qualit√©s d√©fensives, ce syst√®me √©tait un ouvrage de trop grande ampleur pour pouvoir √™tre correctement s√©curis√© et entretenu (plusieurs sections √©taient en mauvais √©tat)[234].

Expéditions maritimes et relations avec les pays de l'Est et du Sud

Maquette proposant une reconstitution d'un des ¬ę bateaux-tr√©sors ¬Ľ de la flotte de Zheng He, Hong Kong Science Museum.

Une des sp√©cificit√©s de la p√©riode des Ming dans l'histoire chinoise fut l'organisation d'exp√©ditions maritimes sous le r√®gne de Yongle, conduites par l'eunuque Zheng He, musulman originaire du Yunnan. Plut√īt que d'une entreprise d'exploration similaire √† celles que les pays europ√©ens initi√®rent quelques d√©cennies plus tard, il s'agissait plut√īt en premier lieu d'op√©rations politiques, diplomatiques, visant √† se rendre dans des √Čtats √©trangers, qui √©taient d√©j√† connus (il ne s'agit pas de ¬ę d√©couvertes ¬Ľ) et consid√©r√©s comme des vassaux de Yongle, pour leur faire reconna√ģtre ce statut et leur r√īle de tributaire. Les objectifs commerciaux ne furent pas forc√©ment absents de ces entreprises. Elles furent finalement stopp√©es, dans le contexte d'arr√™t de la phase ¬ę expansionniste ¬Ľ du r√®gne de Yongle, peut-√™tre aussi parce que ces entreprises sont jug√©es trop dispendieuses par l'administration centrale[235].

L'amiral Zheng He dirigea sept exp√©ditions entre 1405 et 1433, qui dur√®rent chacune environ deux ann√©es. La flotte chinoise visita de nombreux pays : Champa (Sud du Vietnam), Majapahit (Java), Palembang (Sumatra), Siam, Ceylan, les cit√©s de l'actuel Kerala, dont Calicut, et plus loin Ormuz, plusieurs cit√©s du sud de la p√©ninsule Arabique, et des flottes secondaires all√®rent m√™me √† Djeddah et La Mecque, et sur la c√īte de Somalie. La flotte, constitu√©e de vastes jonques (les ¬ę bateaux-tr√©sors ¬Ľ, baochuan), pouvait transporter √† chaque reprise quelque 20 000 hommes. Fort de cela, Zheng He intervint dans des affaires politiques (une affaire de succession au tr√īne de Majapahit) et s'engagea m√™me militairement √† Ceylan o√Ļ il d√©fit le souverain local. Des objets de luxe et exotiques furent ramen√©s des diff√©rents pays parcourus, r√©v√©lant que ces exp√©ditions √©taient aussi motiv√©es par le but d'apporter des biens de prestige √† la cour imp√©riale[236]. Ces voyages furent comm√©mor√©s dans plusieurs ouvrages g√©ographiques, notamment ceux de l'eunuque Ma Huan qui avait particip√© √† certaines exp√©ditions. Zheng He et son impressionnante flotte ont laiss√© un souvenir marquant dans plusieurs des pays o√Ļ ils se sont rendus ; l'amiral est m√™me v√©n√©r√© comme une divinit√© dans certains de ces pays[237].

Si ce sont les exp√©ditions de Zheng He qui ont le plus retenu l'attention des historiens occidentaux, √† juste titre en raison de leur ampleur, elles prenaient place dans un ensemble de voyages officiels marquant la suzerainet√© des Ming sur plusieurs royaumes d'Asie du Sud-Est et de l'Est : sous le r√®gne de Hongwu, des ambassadeurs des principaux √Čtats de ces r√©gions avaient rendu hommage √† l'empereur √† Nankin, et sous celui de Yongle il en fut de m√™me, jusqu'√† un roi de Born√©o qui mourut lors de sa visite √† Nankin et y fut inhum√©. Le d√©but du r√®gne de Yongle vit les premi√®res exp√©ditions d'eunuques repr√©sentant l'empereur, d√®s 1403[238]. Depuis l'√©poque des Tang au moins, des r√©seaux commerciaux avaient √©t√© tiss√©s allant de la Chine jusqu'au Moyen-Orient, en passant par les riches cit√©s de l'Asie du Sud-Est et de l'Inde, la Chine exportant en particulier ces c√©ramiques qui √©taient consid√©r√©es comme √©tant d'une qualit√© largement sup√©rieure √† celle des pays occidentaux. Les marchands musulmans (Arabes et Iraniens) et chinois √©taient partie prenante de ces √©changes. Les autorit√©s chinoises tentaient plus ou moins de r√©guler les arriv√©es de bateaux dans leurs ports, en imposant une limitation des ambassades (ainsi une d√©l√©gation de deux navires et 200 personnes maximum tous les 10 ans pour le Japon sous Yongle), et des ports d'arriv√©es uniques pour les bateaux en provenance des pays √©trangers o√Ļ les bureaux douaniers devaient contr√īler strictement les venues des √©trangers et leur assigner des logements officiels (Ningbo pour le Japon, Quanzhou puis Fuzhou pour les Philippines, Canton pour l'Asie du Sud-Est)[239] - [233]. En d√©pit de ces restrictions, les ambassades √©taient l'occasion d'√©changes de nombreux objets, et aussi d'entretenir des relations culturelles permettant √† la Chine d'affirmer son influence sur ses voisins : les moines bouddhistes japonais qui prenaient part aux ambassades de ce pays furent ainsi d'importants passeurs de l'influence religieuse, artistique et intellectuelle de la Chine sur leur contr√©e d'origine √† cette p√©riode[240].

Essor des échanges internationaux et commerce de l'argent

Jonque chinoise √† deux m√Ęts, impression de l'encyclop√©die Tiangong kaiwu, 1637.

√Ä partir du d√©but du XVIe si√®cle, les r√©seaux maritimes entr√®rent dans une nouvelle √®re. Ils furent anim√©s par une nouvelle dynamique li√©e √† l'arriv√©e dans l'oc√©an Indien et la mer de Chine m√©ridionale des Europ√©ens, d'abord Portugais puis Espagnols (install√©s √† Manille en 1571) et Hollandais de la Compagnie des Indes orientales (implant√©s √† Java puis Ta√Įwan au d√©but du XVIIe si√®cle). Se constitua alors ce qu'on appelle √† la suite de F. Braudel une ¬ę √©conomie-monde ¬Ľ dans la vaste r√©gion du Sud-Est asiatique, o√Ļ les r√©seaux d'√©change √©taient intenses et entrain√®rent une forme d'int√©gration √©conomique. Dans un ouvrage g√©ographique relatif √† cet espace, l'Enqu√™te sur les oc√©ans de l'est et de l'ouest (Donxi yang kao), Zhang Xie, un Chinois originaire de la province maritime du Fujian, distinguait alors deux grandes routes : celle de la mer Orientale, reliant sa r√©gion d'origine √† Ta√Įwan, puis par l√† les Philippines et √©galement le Japon ; la route de la mer Occidentale, longeant la c√īte du Viet-Nam pour rejoindre le d√©troit de Malacca, puis l'oc√©an Indien ou Java[241].

¬ę Lingot ¬Ľ d'argent du d√©but du XVe si√®cle, issu de la tombe du prince Liang Zhuang, mus√©e de la province du Hubei.

En raison de sa prosp√©rit√© √©conomique et de la popularit√© √† l'√©tranger des produits qui sortaient de ses ateliers (avant tout la porcelaine, les soieries et autres √©toffes de qualit√©, des outils en fer, mais aussi de plus en plus du th√©[233]), la Chine devint un p√īle dominant dans ces r√©seaux d'√©changes. En revanche, si l'empire Ming fit partie de l'¬ę √©change colombien ¬Ľ en adoptant la culture de plantes am√©ricaines (patate douce, ma√Įs, arachide)[102], les produits manufactur√©s venant de l'√©tranger y √©taient en g√©n√©ral peu pris√©s, surtout ceux venus d'Europe, √† quelques exceptions pr√®s (armes √† feu). Ce qui √©tait alors le plus d√©sir√©, c'√©tait l'argent dont l'√©conomie de l'empire √©tait de plus en plus demandeuse en raison de son essor d√©mographique et √©conomique. Traditionnellement, les Chinois importaient ce m√©tal depuis les mines du Japon, mais avec l'arriv√©e des Europ√©ens l'argent des mines am√©ricaines du Mexique et de Bolivie fut introduit en Asie, et devint progressivement majoritaire. Il √©tait introduit indirectement apr√®s avoir transit√© par l'Europe ou bien directement depuis l'Am√©rique gr√Ęce au galion de Manille, qui organisait le commerce maritime entre Acapulco en Nouvelle-Espagne et les Philippines espagnoles. Dans cette √ģle, une forte communaut√© chinoise √©tait d√©j√† implant√©e, et grossit avec le d√©veloppement de Manille. En raison de l'interdit fait aux Europ√©ens de commercer en Chine, ce furent les marchands du Fujian qui assur√®rent les √©changes : ils organis√®rent des exp√©ditions devant co√Įncider avec les arriv√©es d'argent am√©ricain. Ce commerce √©tait profitable pour les deux parties : les produits artisanaux chinois, avant tout la porcelaine, √©taient vendus sur les march√©s asiatiques √† un prix largement inf√©rieur √† celui auquel ils l'√©taient en Europe, tandis que l'argent √©tait plus cher en Chine qu'en Europe. Il y eut certes des troubles lorsque les galions venus d'Am√©rique coul√®rent avant leur arriv√©e √† Manille, ce qui entra√ģna deux √©pisodes de violence conclus par la mort de milliers de Chinois. Mais en g√©n√©ral les profits √©taient tels que les tensions √©taient oubli√©es, et la Chine de l'√©poque de Wanli vit affluer l'argent, qui y √©tait alors devenu le m√©tal de transaction principal (au d√©triment du cuivre ou de la monnaie-papier), et les marchands des ports du Sud chinois purent g√©n√©rer des profits consid√©rables[242].

Contrebande et piraterie dans les régions littorales

Carte des principales attaques des WakŇć en Chine au XVIe si√®cle.

L'essor du commerce maritime posa divers probl√®mes d'ordre s√©curitaire et √©conomique dans les r√©gions c√īti√®res. Au XVe si√®cle encore, les tributaires fournissaient une bonne part des bateaux qui accostaient, mais nombreux √©taient ceux qui usurpaient ce statut pour venir profiter du fructueux commerce avec la Chine. Le pouvoir imp√©rial laissa faire, consid√©rant d'abord que le commerce √©tait trop profitable pour que des mesures plus strictes ne s'imposent[243]. Le contr√īle du littoral posait d'autres probl√®mes plus aigus. D√®s avant l'√©poque des Ming, les actes de piraterie √©taient courants sur les c√ītes chinoises, notamment ceux initi√©s par des pirates d'origine japonaise, les WakŇć (Wokou en chinois). En fait assez vite cette n√©buleuse int√©gra des gens de divers horizons, y compris de nombreux Chinois, des Cor√©ens, des Malais, puis des Portugais, etc. Au-del√† du brigandage et des maraudages, ces groupes se livraient √† la contrebande, et avaient tiss√© des r√©seaux commerciaux int√©grant des marchands bien √©tablis ainsi que des fonctionnaires corrompus, ce qui permettait de contourner les restrictions impos√©es par l'√Čtat[244].

Face √† la recrudescence des attaques au d√©but du XVIe si√®cle, l'empereur Jiajing d√©cida la fermeture compl√®te de la fronti√®re maritime (politique dite haijin, ¬ę interdiction maritime ¬Ľ), autorisant seulement les navires de p√™che √† prendre la mer ; en particulier fut vis√© le Japon dont les ressortissants √©taient accus√©s d'√™tre l'origine des maux, assez souvent avec raison m√™me s'ils ne l'√©taient pas compl√®tement[245]. La mesure fut certes efficace dans un premier temps pour limiter les actes violents, mais le commerce maritime √©tait devenu √† ce point indispensable que la contrebande se d√©veloppa amplement, et avec elle la piraterie qui reprit de plus belle pour conna√ģtre sa p√©riode la plus florissante dans les ann√©es 1550-1560[246]. L'un des principaux chefs pirates de cette √©poque √©tait un ancien marchand chinois du nom de Wang Zhi, √©tabli dans les √ģles m√©ridionales de l'archipel japonais, qui √©tait devenu un acteur majeur de la contrebande c√īti√®re, avant d'√™tre √©limin√© en 1557[244]. Le d√©veloppement de la piraterie et du commerce illicite √©tait indissociable de l'essor des √©changes maritimes √† cette p√©riode, et r√©pondait √©galement aux difficult√©s des populations paysannes et urbaines d√©class√©es, qui venaient grossir les rangs des pirates et contrebandiers[247]. √Ä la mort de Jiajing en 1567, l'interdit commercial fut rapidement abandonn√© sans que les restrictions ne cessent pour autant. Cela et la vigoureuse r√©action des autorit√©s chinoises contre les pirates mit fin √† cette grande √®re de piraterie, sans toutefois √©liminer totalement le probl√®me[248]. √Ä la charni√®re entre les p√©riodes Ming et Qing, Zheng Zhilong, mit ainsi en place un vaste syst√®me de contrebande et de piraterie, en particulier entre le Fujian et le Japon, qu'il dirigeait depuis Ta√Įwan et qui devint une sorte d'empire maritime sous son fils Zheng Chenggong (Koxinga).

Les Européens en Chine

Portraits de Matteo Ricci et de Xu Guangqi. Illustration de l'ouvrage d'Athanasius Kircher, China monumentis illustrata, 1670.

Parmi les √©trangers qui entr√®rent en contact avec la Chine durant la p√©riode Ming, les Europ√©ens √©taient ceux qui y √©taient les moins connus et qui y suscit√®rent le plus de curiosit√©. Les premiers arriv√©s furent les Portugais, qui se signal√®rent √† Canton d√®s 1514-1517, se faisant difficilement accepter par le pouvoir chinois. √Ä force de pers√©v√©rance, ils r√©ussirent √† s'installer √† Macao en 1557 et devinrent des acteurs majeurs du commerce r√©gional. Les Espagnols se content√®rent de leur implantation √† Manille et du fructueux commerce qui s'y d√©veloppa avec le concours de marchands chinois. Les Hollandais, ne pouvant acc√©der aux c√ītes chinoises, s'implant√®rent √† Ta√Įwan au XVIIe si√®cle[249]. Les Chinois reconnurent les qualit√©s de marchands et de navigateurs de ceux qu'ils qualifiaient de ¬ę Francs ¬Ľ (Folanji, les Portugais et Espagnols) et de ¬ę Barbares aux poils rouges ¬Ľ (Hongmaoyi, les Hollandais) et furent en particulier int√©ress√©s par leur ma√ģtrise de l'artillerie, qui d√©passait la leur[250].

Ce fut cependant aux J√©suites et non pas aux marchands, qui se limitaient g√©n√©ralement aux ports, qu'il incomba de donner aux Chinois une id√©e plus pr√©cise de l'Europe. Leur √©lan missionnaire atteint la Chine d√®s 1549, et ne se tarit pas par la suite, avec la protection des Portugais qui y voyaient un moyen de mieux p√©n√©trer ce pays, notamment par le biais des convertis au christianisme. Les Italiens Michele Ruggieri (1543-1607) et surtout Matteo Ricci (1552-1610)[251] parvinrent √† s'implanter dans l'empire, le second obtenant l'autorisation d'√©riger une √©glise √† P√©kin, la Cath√©drale de l'Immacul√©e-Conception de P√©kin, en profitant de la m√©connaissance de sa religion par les autorit√©s locales pour les duper (il se fit tant√īt passer pour un bouddhiste, tant√īt pour un confucianiste, ou pour un tributaire portugais). Il n'en parvint pas pour autant √† rencontrer l'empereur Wanli comme il le d√©sirait. Les premi√®res tentatives de conversion furent un √©chec, les missionnaires et leur religion tr√®s √©trang√®re aux traditions chinoises suscitant incompr√©hension et m√©fiance, quand ce n'√©tait pas une franche hostilit√©[252] - [130]. On reconna√ģt surtout √† Ricci et aux autres qui le suivirent (Johann Adam Schall von Bell, Johann Schreck) d'avoir ouvert la voie aux √©changes intellectuels entre la Chine et l'Europe. C'est que leurs savoirs int√©ressaient beaucoup les premiers, et les J√©suites, de par leur solide formation scientifique, purent r√©pondre √† leurs attentes. Ricci travailla ainsi avec l'un des plus √©minents lettr√©s qui se soit alors converti au christianisme, Xu Guangqi (Paolo de son nom de bapt√™me) pour traduire en chinois des travaux scientifiques, comme √©voqu√© pr√©c√©demment. Dans l'autre sens, les J√©suites traduisirent des ouvrages chinois et publi√®rent des comptes rendus et des dictionnaires, posant les jalons d'une meilleure connaissance de la Chine par l'Europe.

Notes et références

  1. Ming s'√©crit en chinois avec le caract√®re śėé, signifiant ¬ę brillant, clart√© ¬Ľ.
  2. Ebrey 2006, p. 271.
  3. L'estimation basse est donnée par Fairbank et Goldman 2006, p. 128 et la haute par Ebrey 1999, p. 197.
  4. Gernet 2005, p. 128-129.
  5. Brook 2012, p. 40-42.
  6. Brook 2012, p. 116-117.
  7. Brook 2012, p. 117-118.
  8. Gernet 2005, p. 134 ; Brook 2012, p. 120-121.
  9. Gernet 2005, p. 134-135 ; Brook 2012, p. 121.
  10. Brook 2012, p. 122.
  11. Gernet 2005, p. 130-131.
  12. Gernet 2005, p. 132-133 ; Brook 2012, p. 146 et 159-160.
  13. Brook 2012, p. 122-125.
  14. Brook 2012, p. 104.
  15. Gernet 2005, p. 136-137.
  16. Gernet 2005, p. 139-143 ; Brook 2012, p. 125-127.
  17. Brook 2012, p. 97.
  18. Gernet 2005, p. 144 ; Brook 2012, p. 128-131.
  19. Gernet 2005, p. 144-145.
  20. Gernet 2005, p. 148-149.
  21. Gernet 2005, p. 150.
  22. Brook 2012, p. 97 et 132.
  23. Brook 2012, p. 132-135.
  24. Brook 2012, p. 104-105.
  25. Gernet 2005, p. 161.
  26. Gernet 2005, p. 162 et 167.
  27. Brook 2012, p. 160-162.
  28. Gernet 2005, p. 173-175.
  29. Gernet 2005, p. 175-176.
  30. Brook 2012, p. 104 et 325-327.
  31. Brook 2012, p. 327-328.
  32. Gernet 2005, p. 176-177 ; Brook 2012, p. 138.
  33. Voir à ce sujet Will 2007.
  34. Brook 2012, p. 136-137.
  35. Brook 2012, p. 137.
  36. Gernet 2005, p. 177.
  37. Brook 2012, p. 333-337.
  38. Gernet 2005, p. 178-180 ; Brook 2012, p. 337-339.
  39. Gernet 2005, p. 218-219.
  40. Brook 2012, p. 340-342.
  41. Gernet 2005, p. 222-227.
  42. Gernet 2005, p. 150-151.
  43. (en) L. M. Li, A. Dray-Novey et H. Kong, Beijing: From Imperial Capital to Olympic City, New York, 2007, p. 22-27.
  44. Elisseeff 2010, p. 253.
  45. Baud-Berthier et al. 2003, p. 40.
  46. (en) L. M. Li, A. Dray-Novey et H. Kong, op. cit., p. 26-34.
  47. Brook 2012, p. 18.
  48. Baud-Berthier et al. 2003, p. 36-37 ; Elisseeff 2010, p. 251.
  49. Baud-Berthier et al. 2003, p. 84-85.
  50. Baud-Berthier et al. 2003, p. 24-25.
  51. Elisseeff 2010, p. 200-203.
  52. Elisseeff 2010, p. 198-199.
  53. Elisseeff 2010, p. 230-233.
  54. Brook 1998, p. 27.
  55. Brook 1998, p. 267.
  56. Brook 1998, p. 97-99.
  57. Brook 1998, p. 97.
  58. Brook 1998, p. 27, 267.
  59. (en) Anne Behnke Kinney, Chinese views of childhood, Honolulu, , p. 200‚Äď201.
  60. Brook 1998, p. 27-28.
  61. Brook 1998, p. 28.
  62. Ho 1959, p. 8-9, 22, 259.
  63. Atwell 2002, p. 86.
  64. Brook 1998, p. 4-5.
  65. Brook 1998, p. 95.
  66. Brook 1998, p. 94-96.
  67. Brook 1998, p. 162.
  68. Fairbank et Goldman 2006, p. 128.
  69. Ebrey 1999, p. 195.
  70. Baud-Berthier et al. 2003, p. 152.
  71. Baud-Berthier et al. 2003, p. 57.
  72. Brook 2012, p. 73-95.
  73. Brook 1998, p. 163.
  74. Brook 2012, p. 95-98.
  75. Baud-Berthier et al. 2003, p. 10.
  76. Brook 2012, p. 185-186.
  77. Baud-Berthier et al. 2003, p. 11.
  78. Brook 2012, p. 184-185.
  79. Von Glahn 2016, p. 301-303
  80. Brook 2012, p. 183-184.
  81. Baud-Berthier et al. 2003, p. 12-14.
  82. Brook 2012, p. 189-190 ; Baud-Berthier et al. 2003, p. 19.
  83. Baud-Berthier et al. 2003, p. 18.
  84. Brook 2012, p. 190-191.
  85. Brook 2012, p. 194.
  86. Baud-Berthier et al. 2003, p. 54.
  87. Brook 2012, p. 187.
  88. Brook 2012, p. 191-193.
  89. Ebrey 2006, p. 283.
  90. Ebrey 1999, p. 158.
  91. Brook 1998, p. 230.
  92. Baud-Berthier et al. 2003, p. 80.
  93. Brook 2012, p. 199.
  94. Brook 2012, p. 63-65.
  95. Gernet 2005, p. 130.
  96. Brook 2012, p. 63-64.
  97. Lombard 1997, p. 107-108.
  98. Brook 2012, p. 149-150.
  99. Lombard 1997, p. 110-11 ; Gernet 2005, p. 156 et 169.
  100. Brook 2012, p. 160-161.
  101. Brook 2012, p. 164-169.
  102. Ebrey 1999, p. 211 ; Gernet 2005, p. 171-172.
  103. Baud-Berthier et al. 2003, p. 138.
  104. Gernet 2005, p. 169-170.
  105. Gernet 2005, p. 172-173.
  106. Lombard 1995, p. 102-104.
  107. Baud-Berthier et al. 2003, p. 142.
  108. Brook 2012, p. 152-153.
  109. Elisseeff 2010, p. 226-227.
  110. Baud-Berthier et al. 2003, p. 88-89.
  111. Brook 2012, p. 51-53.
  112. Baud-Berthier et al. 2003, p. 87.
  113. Brook 2012, p. 206.
  114. Baud-Berthier et al. 2003, p. 81.
  115. Baud-Berthier et al. 2003, p. 140.
  116. Brook 2012, p. 207-209.
  117. Gernet 2005, p. 156-158.
  118. Lombard 1997, p. 111.
  119. Cheng 2002, p. 543-545 ; Baud-Berthier et al. 2003, p. 116-117 ; Brook 2012, p. 215-217.
  120. Brook 2012, p. 243-244.
  121. Brook 2012, p. 222-224.
  122. Brook 2012, p. 227-229.
  123. Baud-Berthier et al. 2003, p. 118-119.
  124. Baud-Berthier et al. 2003, p. 122-123.
  125. Baud-Berthier et al. 2003, p. 120.
  126. Baud-Berthier et al. 2003, p. 125.
  127. Baud-Berthier et al. 2003, p. 119.
  128. Baud-Berthier et al. 2003, p. 126-127.
  129. Baud-Berthier et al. 2003, p. 110.
  130. J.-P. Duteil, ¬ę Le christianisme en Chine, du Moyen √āge √† l'√©poque moderne ¬Ľ, sur Clio.fr, (consult√© le ).
  131. White 1966, p. 31-38.
  132. Lipman 1998, p. 39.
  133. Baud-Berthier et al. 2003, p. 76-77.
  134. Baud-Berthier et al. 2003, p. 107.
  135. Baud-Berthier et al. 2003, p. 104-106.
  136. Les aspects sociaux du th√©√Ętre de l'√©poque Ming ont fait l'objet de nombreux travaux, par exemple : (en) I. Tanaka, ¬ę The Social and Historical Context of Ming-Ch'ing Local Drama ¬Ľ, dans D. Johnson, A. J. Nathan, et E. S. Rawski (dir.), Popular Culture in Late Imperial China, Berkeley, 1985, p. 143-160 ; (en) C. Birch, Scenes for Mandarins: The Elite Theater of the Ming, New York, 1995 ; (en) G. Shen, Elite theatre in Ming China, 1368-1644, Londres et New York, 2004.
  137. Baud-Berthier et al. 2003, p. 108.
  138. Baud-Berthier et al. 2003, p. 109.
  139. Baud-Berthier et al. 2003, p. 110-111.
  140. Baud-Berthier et al. 2003, p. 112-113.
  141. Ebrey 1999, p. 200.
  142. Gernet 2005, p. 183-184 ; Elisseeff 2010, p. 62-63. J. Kerlou√©gan, ¬ę La Grande Encyclop√©die de Yongle ¬Ľ, dans P. Boucheron (dir.), Histoire du monde au XVe si√®cle, Paris, 2009, p. 482-487.
  143. Cheng 2002, p. 528-529 ; Gernet 2005, p. 184.
  144. P.-H. Durand dans Lévy (dir.) 2000, p. 6-7.
  145. Cheng 2002, p. 529-530.
  146. Cheng 2002, p. 530-531.
  147. Cheng 2002, p. 531-539.
  148. Ebrey 2006, p. 281-282.
  149. Cheng 2002, p. 539-541.
  150. Cheng 2002, p. 545-546.
  151. Cheng 2002, p. 546-548 ; Gernet 2005, p. 187-188.
  152. Cheng 2002, p. 541-545.
  153. Ebrey 1999, p. 213.
  154. Cheng 2002, p. 548-551.
  155. Cheng 2002, p. 551-554.
  156. Brook 2012, p. 257-258.
  157. Brook 2012, p. 258-262 ; Baud-Berthier et al. 2003, p. 101.
  158. Baud-Berthier et al. 2003, p. 30-31.
  159. Brook 1998, p. 224-225.
  160. Brook 1998, p. 225.
  161. Baud-Berthier et al. 2003, p. 101.
  162. Elisseeff 2010, p. 65.
  163. Brook 2012, p. 266.
  164. Brook 2012, p. 268-269.
  165. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 252-253.
  166. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 78-81.
  167. A. Lévy dans Lévy (dir.) 2000, p. 188-190.
  168. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 140.
  169. Gernet 2005, p. 193-195.
  170. R. Darrobers dans Lévy (dir.) 2000, p. 259-261.
  171. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 277-280.
  172. A. Lévy dans Lévy (dir.) 2000, p. 351-355.
  173. A. Lévy dans Lévy (dir.) 2000, p. 141-144.
  174. D. Eliasberg dans Lévy (dir.) 2000, p. 84-85.
  175. R. Darrobers dans Lévy (dir.) 2000, p. 355-356.
  176. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 293-295.
  177. R. Lanselle dans Lévy (dir.) 2000, p. 391-392.
  178. A. Lévy dans Lévy (dir.) 2000, p. 44.
  179. Baud-Berthier et al. 2003, p. 106 ; Gernet 2005, p. 195-197.
  180. J.-M. Fegly dans Lévy (dir.) 2000, p. 152-154.
  181. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 380-382.
  182. J. Dars dans Lévy (dir.) 2000, p. 373 ; Gernet 2005, p. 193.
  183. Elisseeff 2010, p. 66-67 ; Brook 2012, p. 280-281.
  184. Brook 2012, p. 279-280.
  185. C. Laurent, Voyages immobiles dans la prose ancienne : Les peintures narratives des XVIe et XVIIe siècles en Chine, Paris, Les Belles Lettres, .
  186. Elisseeff 2010, p. 67.
  187. Elisseeff 2010, p. 193 ; (en) ¬ę Zude: Portrait of the Artist's Great Grand Uncle Yizhai at the Age of Eighty‚ÄďFive ¬Ľ, sur Heilbrunn Timeline of Art History - Metropolitan Museum of Art, (consult√© le ).
  188. Elisseeff 2010, p. 197 et 207.
  189. Elisseeff 2010, p. 210.
  190. Elisseeff 2010, p. 210-213.
  191. Ebrey 1999, p. 201.
  192. Peinture narrative en sept scènes :Laurent 2017, p. 87-92. Paysage dans le style bleu et vert.
  193. Brook 2012, p. 276-278.
  194. Elisseeff 2010, p. 237.
  195. Elisseeff 2010, p. 239.
  196. Brook 1998, p. 206.
  197. Brook 2012, p. 272-274.
  198. Baud-Berthier et al. 2003, p. 34-35.
  199. Gernet 2005, p. 189-190.
  200. Kuttner 1975, p. 166.
  201. Engelfriet 1998, p. 78.
  202. Kuttner 1975, p. 166-167.
  203. Needham 1986, p. 133, 508.
  204. Needham 1986, p. 438.
  205. Needham 1986, p. 509.
  206. Gernet 2005, p. 190.
  207. Song 1966, p. 7-30, 84-103.
  208. Song 1966, p. 171-172, 189, 196.
  209. Needham 1986, p. 668.
  210. Needham 1986, p. 634, 649-650, 668-669.
  211. Song 1966, p. 36.
  212. Song 1966, p. 237, 190.
  213. Needham 1986, p. 205, 339.
  214. Needham 1986, p. 255-257.
  215. Gernet 2005, p. 204-205.
  216. Needham 1986, p. 110.
  217. Needham 1986, p. 372.
  218. Needham 1986, p. 24-25.
  219. Needham 1986, p. 264.
  220. Needham 1986, p. 203-205.
  221. Needham 1986, p. 205.
  222. Needham 1986, p. 498-502.
  223. Needham 1986, p. 508.
  224. Gernet 2005, p. 191.
  225. Temple 1987, p. 135-137.
  226. (en) ¬ę Who invented the toothbrush and when was it invented? ¬Ľ, The Library of Congress, (consult√© le ).
  227. Brook 2012, p. 233-237.
  228. Needham 1986, p. 444-445.
  229. Needham 1986, p. 444-447.
  230. Wong 1963, p. 31, note 1.
  231. Gernet 2005, p. 152-153.
  232. Gernet 2005, p. 154 ; Baud-Berthier et al. 2003, p. 168-169.
  233. Baud-Berthier et al. 2003, p. 144.
  234. Elisseeff 2010, p. 228-229.
  235. Elisseeff 2010, p. 63-64 ; Brook 2012, p. 125-127.
  236. Gernet 2005, p. 138-142.
  237. Gernet 2005, p. 143.
  238. Gernet 2005, p. 138-139.
  239. Gernet 2005, p. 164.
  240. Gernet 2005, p. 164-166.
  241. Brook 2012, p. 302-306.
  242. Brook 2012, p. 307-310.
  243. Brook 2012, p. 297-298.
  244. Gernet 2005, p. 162.
  245. Gernet 2005, p. 165-167.
  246. Brook 2012, p. 298-299.
  247. Gernet 2005, p. 163-164.
  248. Gernet 2005, p. 167 ; Brook 2012, p. 299-301.
  249. Brook 2012, p. 304-306.
  250. Gernet 2005, p. 198-199 ; Brook 2012, p. 312-313.
  251. I. Landry-Deron (dir.), La Chine des Ming et de Matteo Ricci (1552-1610) : Le premier dialogue des savoirs avec l'Europe, Paris, 2013.
  252. Brook 2012, p. 315-317 ; Gernet 2005, p. 200-204.

(en) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en anglais intitul√© ¬ę Ming Dynasty ¬Ľ (voir la liste des auteurs).
(en) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en anglais intitul√© ¬ę History of the Ming Dynasty ¬Ľ (voir la liste des auteurs).

Bibliographie

Histoire de la Chine

  • (en) Patricia Buckley Ebrey, Anne Walthall et James B. Palais, East Asia : A Cultural, Social, and Political History, Boston, Houghton Mifflin Company, , 652 p. (ISBN 0-618-13384-4).
  • (en) Patricia Buckley Ebrey, The Cambridge Illustrated History of China, Cambridge, Cambridge University Press, , 352 p. (ISBN 0-521-66991-X, lire en ligne).
  • (en) John King Fairbank et Merle Goldman, China : A New History; Second Enlarged Edition, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, , 560 p. (ISBN 0-674-01828-1, lire en ligne).
  • Jacques Gernet, Le Monde chinois, t. 2 : L‚Äô√©poque moderne Xe ‚Äď XIXe si√®cles, Paris, Armand Colin, coll. ¬ę Pocket ¬Ľ, , 378 p. (ISBN 2-266-16133-4).
  • Denys Lombard, La Chine imp√©riale, Paris, Presses universitaires de France, coll. ¬ę Que-sais-je ? ¬Ľ, , 127 p. (ISBN 2-13-044438-5)
  • (en) Jonathan D. Spence, The Search For Modern China; Second Edition, New York, W. W. Norton & Company, , 728 p. (ISBN 0-393-97351-4).

Dynastie Ming

  • Timothy Brook (trad. de l'anglais par Odile Demange), Sous l‚ÄôŇďil des dragons : La Chine des dynasties Yuan et Ming, Paris, Payot, , 421 p. (ISBN 978-2-228-90804-7).
  • (en) Denis Twitchett et Frederick W. Mote (dir.), The Cambridge History of China; Volume 7‚Äď8, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-24333-5).
  • Gilles Baud-Berthier, Michel Cartier, Didier Gauthier, J√©r√īme Kerlou√©gan et Fran√ßoise Wang, La vie des Chinois au temps des Ming, Paris, Larousse, coll. ¬ę L'histoire au quotidien ¬Ľ, , 191 p. (ISBN 2-03-505376-5).
  • (en) John Dardess, Ming China, 1368‚Äď1644 : A Concise History of a Resilient Empire, Lanham, Rowman and Littlefield, , 155 p. (ISBN 978-1-4422-0491-1, lire en ligne)

Société et économie

  • (en) Timothy Brook, The Confusions of Pleasure : Commerce and Culture in Ming China, Berkeley, University of California Press, , 320 p. (ISBN 0-520-22154-0, lire en ligne).
  • Timothy Brook (trad. de l'anglais par Odile Demange), Le chapeau de Vermeer : Le XVIIe si√®cle √† l'aube de la mondialisation, Paris, Payot & Rivages, coll. ¬ę Petite biblioth√®que Payot ¬Ľ, , 421 p. (ISBN 978-2-228-90804-7).
  • (en) William S. Atwell, ¬ę Time, Money, and the Weather: Ming China and the ‚ÄúGreat Depression‚ÄĚ of the Mid-Fifteenth Century ¬Ľ, The Journal of Asian Studies, vol. 61, no 1,‚Äé , p. 83-113.
  • (en) Ping-ti Ho, Studies on the Population of China : 1368‚Äď1953, Cambdrige, Harvard University Press, (ISBN 0-231-03801-1).
  • (en) Jonathan Lipman, Familiar Strangers : A History of Muslims in Northwest China, Seattle, University of Washington Press, .
  • (en) William Charles White, The Chinese Jews (Vol. 1‚Äď3), New York, Paragon Book Reprint Corporation, .
  • Pierre-√Čtienne Will, ¬ę Le contr√īle de l‚Äôexc√®s de pouvoir sous la dynastie des Ming ¬Ľ, dans Mireille Delmas-Marty et Pierre-√Čtienne Will (dir.), La Chine et la d√©mocratie. Tradition, droit, institutions, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-63148-6), p. 111-156
  • J√©r√īme Kerlou√©gan, ¬ę De l'expansion au recentrement : la Chine et son monde ¬Ľ, dans Patrick Boucheron (dir.), Histoire du monde au XVe si√®cle, Paris, Fayard, , p. 619-635
  • (en) Richard von Glahn, The Economic History of China : From Antiquity to the Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge University Press,

Vie intellectuelle et artistique

  • Anne Cheng, Histoire de la pens√©e chinoise, Paris, √©ditions du Seuil, coll. ¬ę Points Essais ¬Ľ, (1re √©d. 1997).
  • Danielle Elisseeff, Histoire de l'art : De la Chine des Song (960) √† la fin de l'Empire (1912), Paris, √Čcole du Louvre, √Čditions de la R√©union des Mus√©es Nationaux (Manuels de l'√Čcole Louvre), , 381 p. (ISBN 978-2-7118-5520-9).
  • Jacques Gernet, Soci√©t√© et pens√©e chinoises aux XVIe et XVIIe si√®cles : r√©sum√©s des cours et s√©minaires au Coll√®ge de France, Chaire d'histoire intellectuelle et sociale de la Chine, 1975-1992, Paris, Fayard - Coll√®ge de France, , 201 p. (ISBN 978-2-213-63424-1)
  • Andr√© L√©vy (dir.), Dictionnaire de litt√©rature chinoise, Paris, Presses universitaires de France, coll. ¬ę Quadrige ¬Ľ, (1re √©d. 1994)
  • (en) Kang-I Chang, ¬ę Literature of the early Ming to mid-Ming (1375‚Äď1572) ¬Ľ, dans Kang-i Sun Chang et Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume II: From 1375, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 1-62
  • (en) Tina Lu, ¬ę The literary culture of the late Ming (1573‚Äď1644) ¬Ľ, dans Kang-i Sun Chang et Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume II: From 1375, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 63-151
  • (en) Craig Clunas et Jessica Harrison-Hall (dir.), Ming : 50 Years that Changed China, Londres, British Museum,

Sciences et techniques

  • (en) Peter M. Engelfriet, Euclid in China : The Genesis of the First Translation of Euclid's Elements in 1607 & Its Reception Up to 1723, Leiden, √Čditions Brill, , 488 p. (ISBN 90-04-10944-7, lire en ligne).
  • (en) Fritz A. Kuttner, ¬ę Prince Chu Tsai-Y√ľ's Life and Work: A Re-Evaluation of His Contribution to Equal Temperament Theory ¬Ľ, Ethnomusicology, vol. 19, no 2,‚Äé , p. 163‚Äď206.
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 3, Mathematics and the Sciences of the Heavens and the Earth, Taipei, Caves Books, Ltd, .
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 4, Physics and Physical Technology, Part 2, Mechanical Engineering, Taipei, Caves Books, Ltd, .
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 4, Physics and Physical Technology, Part 3, Civil Engineering and Nautics, Taipei, Caves Books, Ltd, .
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 5, Chemistry and Chemical Technology, Part 7, Military Technology; the Gunpowder Epic, Taipei, Caves Books, Ltd, .
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 6, Biology and Biological Technology, Part 2 : Agriculture, Taipei, Caves Books, Ltd, .
  • (en) Yingxing Song (trad. E-Tu Zen Sun et Shiou-Chuan Sun), T'ien-Kung K'ai-Wu : Chinese Technology in the Seventeenth Century, University Park, Pennsylvania State University Press, (ISBN 0-231-03801-1).
  • Robert K.G. Temple (trad. de l'anglais), Quand la Chine nous pr√©c√©dait : 3000 ans de d√©couvertes et d'inventions chinoises, Paris, Bordas, , 254 p. (ISBN 2-04-012948-0)
  • (en) H.C. Wong, ¬ę China's Opposition to Western Science during Late Ming and Early Ch'ing ¬Ľ, Isis, vol. 54, no 1,‚Äé , p. 29‚Äď49.

Voir aussi

Liens externes

Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplémentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimédias.