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Occupation japonaise de Nauru

L'occupation japonaise de Nauru est la p√©riode de trois ans ( ‚Äď ) durant laquelle Nauru, petite √ģle isol√©e de l'oc√©an Pacifique central administr√©e par l'Australie, est occup√©e par l'arm√©e imp√©riale japonaise dans le cadre plus g√©n√©ral de la guerre du Pacifique et de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion r√©pond √† un double objectif : le contr√īle des ressources en phosphate de l'√ģle et la construction d'une base renfor√ßant la pr√©sence militaire japonaise dans la r√©gion. S'ils ne parviennent pas √† relancer l'exploitation du phosphate, les Japonais r√©ussissent en revanche √† faire de ce territoire un retranchement inexpugnable o√Ļ les Am√©ricains renonceront √† d√©barquer durant leur reconqu√™te du Pacifique. La plus importante infrastructure qu'ils construisent est un a√©rodrome dont l'existence sera la cause de nombreux raids alli√©s. La guerre touche durement la population de l'√ģle. Isol√©e par la reconqu√™te am√©ricaine du Pacifique et surpeupl√©e en raison de la pr√©sence d'un important contingent de soldats japonais et de travailleurs forc√©s, l'√ģle conna√ģt un √©tat de disette. Les occupants instaurent un r√©gime tr√®s dur, particuli√®rement √† l'√©gard des Chinois de Nauru qu'ils consid√®rent comme des sous-hommes ; le travail forc√© est g√©n√©ralis√©. Ils d√©cident de d√©porter la majeure partie de la population nauruane dans les √ģles Truk o√Ļ elle conna√ģt un taux de mortalit√© tr√®s important. Neutralis√©e par les bombardements am√©ricains, la garnison ne se rend cependant que onze jours apr√®s la capitulation du Japon. Au lendemain de la guerre, les Australiens reprennent en main l'administration de l'√ģle, le bilan est lourd pour la population nauruane qui conna√ģt l'un des plus importants d√©clins d√©mographiques de son histoire.

Situation avant-guerre

Carte de Nauru en 1940 montrant les zones o√Ļ le phosphate est exploit√©.

Le phosphate est exploit√© √† Nauru √† partir de 1906 et l'√ģle, alors colonie de l'Empire allemand, devient d√®s lors convoit√©e pour cette ressource strat√©gique utilis√©e comme engrais. √Ä l'occasion de la Premi√®re Guerre mondiale, Nauru passe sous la domination de la couronne britannique dans le cadre d'un mandat de la Soci√©t√© des Nations et sous le contr√īle effectif du dominion australien[1]. La British Phosphate Commission (BPC) charg√©e d'exploiter les ressources min√©rales de l'√ģle assure en coordination avec l'administration et les missions chr√©tiennes une gestion paternaliste de la population indig√®ne. Ces derniers restent √† l'√©cart de l'√©conomie mini√®re ; ils poursuivent leurs activit√©s de subsistance traditionnelles, la p√™che et l'agriculture vivri√®re, ne montrant qu'un int√©r√™t limit√© pour le travail √† la mine. La BPC fait donc venir un nombre consid√©rable de travailleurs sous contrat, depuis la Chine et plusieurs archipels de l'oc√©an Pacifique.

La modernit√© fait son entr√©e √† Nauru sous la forme de biens de consommation import√©s dont l'usage tend √† rendre de plus en plus d√©pendants les Nauruans de la m√©tropole australienne. √Ä partir des ann√©es 1920, ils touchent des royalties sur l'exploitation du phosphate qui servent √† couvrir leurs besoins mais restent minimes par rapport aux b√©n√©fices d√©gag√©s gr√Ęce √† la vente de leur richesse naturelle[2]. La population est d√©cim√©e par plusieurs maladies contre lesquelles elle n'a pas de d√©fenses immunitaires. En 1932, elle atteint le seuil d√©mographique de 1 500 personnes jug√© n√©cessaire pour sa survie, ce jour est c√©l√©br√© par l'Angam Day[3].

Malgr√© l'importance √©conomique pour la Nouvelle-Z√©lande et l'Australie de Nauru, l'√ģle est laiss√©e sans protection, une clause du mandat octroy√© par la Soci√©t√© des Nations emp√™chant la construction de d√©fenses c√īti√®res. Ce territoire, tr√®s isol√© g√©ographiquement, n'est pas plac√© sous une surveillance constante de la marine australienne et est hors de port√©e des patrouilles a√©riennes. Avant le d√©clenchement des hostilit√©s dans le th√©√Ętre du Pacifique, elle ne semble pas √™tre directement menac√©e[4].

L'empire du Japon est quant √† lui solidement implant√© au Nord de Nauru dans le vaste mandat des √ģles du Pacifique et se fournit aussi √† Nauru en phosphate aupr√®s de la BPC[5].

Démographie de Nauru en 1940
Chinois Occidentaux Océaniens Total immigrants Nauruans Population totale
135019249159117613552
Source : Viviani 1970, p. 181

Menaces sur Nauru

Attaques allemandes

Attaques allemandes sur Nauru les 7,8 et 27 décembre 1940.

Les Nauruans connaissent leur premi√®re exp√©rience de la Seconde Guerre mondiale en lorsque deux croiseurs auxiliaires de l'Allemagne nazie, des navires de commerce reconvertis en b√Ętiments de guerre par l'adjonction d'armement et maquill√©s en b√Ętiments civils, se lancent dans des raids contre l'√ģle. Leurs attaques visent √† porter un coup d'arr√™t √† l'exportation du phosphate de Nauru et donc √† toucher l'agriculture n√©o-z√©landaise et australienne fortement d√©pendante de ce produit. La flottille allemande compos√©e de l‚ÄôOrion, du Komet et du Kulmerland a pour intention d'op√©rer un d√©barquement sur l'√ģle et d'y d√©truire les infrastructures essentielles. En raison des mauvaises conditions climatiques, ils ne peuvent cependant pas d√©barquer sur l'√ģle. Les attaques se d√©roulent en deux temps : entre le 6 et le 8 d√©cembre les b√Ętiments allemands coulent cinq cargos √©voluant autour de Nauru, puis le 27 d√©cembre l'un des croiseurs revient bombarder le port d'Aiwo et les structures attenantes[4]. Les d√©g√Ęts provoqu√©s conduisent √† l'arr√™t des exportations du phosphate de Nauru pendant dix semaines et ont pour cons√©quence d'accro√ģtre les mesures de surveillance maritime dans toute la r√©gion, les autorit√©s australiennes d√©cident aussi d'envoyer sur place un petit d√©tachement de 50 soldats australiens √©quip√©s de deux canons de campagne afin d'√©viter une r√©p√©tition du raid allemand[6].

La d√©cision d'√©vacuer les femmes et les enfants √©trangers pr√©sents sur l'√ģle est prise en . Le 27 juillet, ils sont emmen√©s en Australie sous la protection du HMAS Westralia[6]. Le 3 novembre, le dernier min√©ralier charg√© de phosphate quitte l'√ģle[7].

Entrée en guerre du Japon

Pour l'empire du Japon, l'importance de Nauru est double : d'une part ils convoitent les gisements de phosphate de l'√ģle, d'autre part Nauru constitue une bonne base pour mener des attaques a√©riennes contre les √ģles Gilbert et couper la route maritime entre l'Australie et l'Am√©rique du Nord[8].

Le a lieu l'attaque de Pearl Harbor qui marque l'entr√©e en guerre de l'empire du Japon contre les √Čtats-Unis. Le 8 (ce qui correspond en fait au m√™me jour, la ligne de changement de date s√©parant les deux territoires), un avion de reconnaissance japonais est aper√ßu au-dessus de l'√ģle[9]. Le a lieu la premi√®re offensive : trois avions venus des √ģles Marshall bombardent la station TSF de l'√ģle[10] sans pour autant parvenir √† faire de d√©g√Ęts[8]. Les Nauruans pr√©venus par Ocean Island situ√©e √† 350 kilom√®tres √† l'est ont le temps de se mettre √† l'abri[8]. Le jour suivant, un autre avion revient, toujours avec le m√™me objectif. Le troisi√®me jour, quatre avions japonais apparaissent dans le ciel nauruan volant √† tr√®s faible altitude et parviennent enfin √† d√©truire la station radio[8]. En trois jours, 51 bombes tombent √† proximit√© ou sur la station[8]. √Ä la suite de cette op√©ration, le gouverneur Chamlers envoie un message √† Canberra indiquant que selon lui, les Japonais n'ont pas cherch√© √† d√©truire les installations d'extraction de phosphate parce qu'ils ont des vis√©es sur Nauru[8]. Apr√®s ces premiers bombardements, tous les contacts maritimes entre Nauru et le reste du monde sont interrompus. Le navire Trienza de la BPC charg√© de ravitailler l'√ģle est rappel√©. Jusqu'√† fin , Nauru recevra la visite journali√®re d'avions de reconnaissance japonais[8].

Dans le reste de l'oc√©an Pacifique, l'avanc√©e japonaise se poursuit, ils occupent les √ģles Gilbert au nord-est de Nauru √† No√ęl 1941, en , ils prennent Rabaul au sud de Nauru et y √©tablissent une importante base[8]. L'√ģle est alors prise en tenaille entre les deux fronts japonais. Le a lieu le bombardement de Darwin : pour la premi√®re fois de son histoire, l'Australie est attaqu√©e sur son sol par une puissance √©trang√®re. L'annonce de cette op√©ration laisse la population de l'√ģle en √©tat de choc[8].

√Čvacuation des Occidentaux et des Chinois

Le Triomphant, le bateau des forces navales françaises libres qui évacue partiellement Nauru en février 1942.

Apr√®s l'entr√©e en guerre de l'empire du Japon, les dirigeants de la British Phosphate Commission pressent le gouvernement australien de l'aider √† √©vacuer son personnel[8]. Cependant les autorit√©s tardent √† r√©agir. Des rapports estiment l'invasion de l'√ģle par la puissance ennemie peu probable en raison de l'absence de port en eaux profondes et d'a√©rodrome. Leur r√©ticence vient aussi du fait qu'ils estiment que le retrait de tous les Europ√©ens entra√ģnera une perte de prestige de l'Australie aupr√®s des Nauruans au lendemain de la guerre. La d√©cision est enfin arr√™t√©e fin [8]. Le plan initial pr√©voit l'√©vacuation de tous les Occidentaux ainsi que des Chinois. En raison de la pr√©sence croissante de b√Ętiments japonais dans la zone, l'√©vacuation est confi√©e au Triomphant des Forces navales fran√ßaises libres, l'un des navires les plus rapides de l'√©poque[8]. Il rejoint le 21 f√©vrier le Trienza de la BPC qui l'attend camoufl√© dans une baie de l'√ģle de Malekula dans les Nouvelles-H√©brides et charge 50 tonnes de vivres √† destination de Nauru[8]. Puis, il fait cap √† toute vapeur vers l'√ģle qu'il atteint le 23. Le d√©chargement des denr√©es et la mont√©e des civils se font au plus vite. Contrairement au plan initial, il est d√©cid√© de ne pas embarquer tous les Chinois en raison de l'exigu√Įt√© du navire[8]. 61 Europ√©ens, 391 Chinois et 49 membres de la garnison britannique prennent place √† bord, 191 Chinois de Nauru sont laiss√©s sur place[11] apr√®s qu'on leur a promis de revenir les chercher, ce qui ne sera pas fait en raison des op√©rations militaires[12]. Avant de partir, les dirigeants de la BPC font saboter les infrastructures d'exploitation du phosphate[13].

Occupation

Débarquement

Une tentative d'invasion de Nauru et d'Ocean Island, baptisée opération RY, est planifiée pour . Une flotte japonaise prend le départ de Rabaul. Les Américains, prévenus du raid par l'interception de communications ennemies, envoient vers Nauru les porte-avions USS Hornet et USS Enterprise, un déploiement de force qui fait renoncer la marine japonaise[14] - [15].

Le r√©pit n'est que de courte dur√©e. Les 17 et , les Am√©ricains attaquent Makin, ce raid audacieux met en relief la faiblesse de la d√©fense japonaise dans les √ģles Gilbert[16]. Les Japonais d√©cident en cons√©quence de consolider leur pr√©sence dans la r√©gion en implantant des bases dans les √ģles abandonn√©es par les Alli√©s[16]. C'est dans cette optique qu'ils planifient la prise de Nauru. Le 23 ao√Ľt, neuf avions bombardent en trois vagues l'√ģle durant le jour puis le croiseur Ariake ach√®ve la besogne la nuit[17] - [18]. Chalmers, le gouverneur de l'√ģle, fait hisser le drapeau blanc dans le port et sur le b√Ętiment du gouvernement √† 2 h 30 le 24 ao√Ľt[18].

Le navire de guerre japonais r√©appara√ģt le lendemain au soir √† 21 h 30 ; Chalmers signale alors sa volont√© de se rendre[18]. Quelques instants plus tard, il envoie √† bord du navire des √©missaires afin de n√©gocier la reddition[18]. √Ä minuit, les premiers douze soldats accompagn√©s de leurs officiers d√©barquent[18]. Leur premi√®re action consiste √† se rendre √† la station radio et d'en d√©truire les r√©cepteurs √† l'exception d'un. Puis, √† une heure du matin le , ils hissent pour la premi√®re fois le drapeau japonais, cette date marque officiellement le d√©but de l'occupation japonaise de Nauru[18].

Un corps exp√©ditionnaire de deux compagnies de la 43e force des √ģles Carolines constitu√© de 300 soldats japonais dirig√©s par le lieutenant Nakayama Hiromi d√©barque un jour apr√®s la prise de possession de l'√ģle[10] - [19] - [17]. La premi√®re mesure des occupants consiste √† placer imm√©diatement les cinq Occidentaux travaillant pour l'administration ou la BPC en r√©sidence surveill√©e[18]. Une partie de la population nauruane fuit le sud-ouest de l'√ģle dens√©ment peupl√© pour se r√©fugier dans le bush du nord-est[18]. Les soldats japonais sont envoy√©s faire des tourn√©es d'inspection autour de l'√ģle et c'est alors qu'ont lieu les premiers contacts avec la population locale. Ils n'h√©sitent pas √† gifler ceux qui n'inclinent pas la t√™te √† leur passage[18].

Nouvel ordre

Les Japonais placent peu apr√®s leur arriv√©e les Nauruans sous les ordres de Timothy Detudamo auxquels ils sont somm√©s d'ob√©ir sous peine d'√™tre ¬ę √©corch√©s et trait√©s comme des porcs ¬Ľ[19]. Il s'agit d'un chef respect√© des Nauruans ayant exerc√© des responsabilit√©s avant-guerre[19]. Sous le r√©gime japonais, il ne dispose d'aucune autonomie, son r√īle est uniquement d'appliquer les ordres des occupants[20]. Les incartades sont ch√®rement pay√©es, les Nauruans sont t√©moins de la d√©capitation de plusieurs Chinois, Gilbertins et Cor√©ens n'ayant pas suivi les ordres. L'occupant r√©quisitionne plusieurs maisons abandonn√©es par leurs habitants lors de leur d√©barquement ainsi que tous les v√©hicules que poss√®dent les Nauruans[20]. Ils √©tablissent un syst√®me de rationnement[19]. Les Nauruans et les travailleurs cor√©ens ont droit √† 900 grammes de riz et 45 grammes de bŇďuf par jour, les Chinois ont des rations moindres. Tous les hommes sont astreints au travail obligatoire. Ils sont charg√©s aux c√īt√©s des travailleurs cor√©ens d'√©difier un a√©rodrome √† un rythme infernal et sont battus lorsque les occupants les estiment trop lents[20]. Cependant, le r√©gime auquel sont soumis les indig√®nes, bien que s√©v√®re et contrastant avec l'attitude paternaliste des anciens colonisateurs australiens, n'atteint pas le degr√© de cruaut√© qui existe dans d'autres zones occup√©es par le Japon[21]. Les occupants essaient de gagner les habitants √† leur cause en m√™lant propagande, mesures √©ducatives et divertissements[20]. Ils ouvrent une √©cole en japonais, une langue que beaucoup de Nauruans apprennent durant la guerre[21], font venir des danseurs nauruans lors des c√©l√©brations qu'ils organisent, ce qui assure des revenus √† ces derniers et invitent les √ģliens √† assister √† des s√©ances o√Ļ sont diffus√©es les actualit√©s japonaises[20]. Ils d√©cident aussi de laisser les deux pr√™tres europ√©ens libres de leurs mouvements[21], autorisent la tenue de services religieux et reconduisent le contrat de certains anciens employ√©s de l'administration coloniale[19]. En revanche, les Japonais placent les Chinois en bas de leur hi√©rarchie raciale et les traitent tr√®s durement. Ils sont sous-aliment√©s et sont battus plus souvent et plus s√©v√®rement que les autres habitants[19].

Grands travaux

L'aéroport international de Nauru au XXIe siècle, un héritage de l'occupation japonaise.

L'organisation de la d√©fense de l'√ģle est la premi√®re tache des occupants, ils mettent en place des canons de 152 millim√®tres sur la c√īte ainsi que des mitrailleuses antia√©riennes de 12,7 millim√®tres sur le sommet de l'√ģle, le Command Ridge. Des blockhaus sont construits sur les plages, des bunkers dans l'int√©rieur des terres ainsi qu'un h√īpital souterrain. Leur plus importante r√©alisation reste la construction d'une piste d'atterrissage qui est √† l'origine de l'actuel a√©roport international de Nauru. Afin d'effectuer ce travail, ils font venir 1 500 Japonais et Cor√©ens auxquels sont adjoints 300 travailleurs forc√©s nauruans et gilbertins. Sa construction sur l'√©troite bande c√īti√®re conduit √† l'expulsion de nombreux Nauruans des districts de Boe et Yaren o√Ļ sont situ√©es les meilleures terres de l'√ģle[20]. La piste devient op√©rationnelle en [12]. Deux autres pistes sont √©bauch√©es √† Meneng et Anabar mais restent inachev√©es[20].

Les Japonais ont aussi pour objectif de relancer la production de phosphate[19]. Le , quelques jours apr√®s l'invasion japonaise, 72 employ√©s japonais de la Compagnie de d√©veloppement des mers du Sud (en japonais :Śćóśī荹ąÁôļś†™ŚľŹšľöÁ§ĺ, Nan'yo KŇćhatsu Kabushiki Kaisha)[Note 1] d√©barquent pour √©valuer l'√©tat des installations de production de phosphate[19]. Ils r√©cup√®rent certaines pi√®ces des machines et donnent l'ordre √† quelques Chinois de rassembler du phosphate. En , les envoy√©s de la compagnie quittent les lieux √† la suite de frictions avec les militaires. Il semblerait qu'aucun chargement de phosphate n'ait √©t√© export√© durant toute la dur√©e de l'occupation japonaise[19].

Nauru est donc uniquement utilisée comme maillon de ligne de défense des Japonais dans l'océan Pacifique central[22].

Offensive américaine

Nauru et Banaba sont en des r√©duits japonais isol√©s entre les √ģles Salomon et les √ģles Gilbert conquises par les Alli√©s.

Les Alliés commencent à reprendre l'avantage dans l'océan Pacifique courant 1942 lors de la bataille de la mer de Corail en mai. Pour faire face à cette menace, le Japon renforce ses forces dans la région en réorganisant sa 4e flotte chargée de la défense du Pacifique Sud. À Nauru, la force d'occupation est dissoute et remplacée par la 67e garde des forces navales commandée par le capitaine Takenouchi Takenao et dont un élément est stationné à Ocean Island[17]. Le lieutenant Nakayama chargé de la première force d'occupation devient second dans la hiérarchie du commandement mais détient la réalité du pouvoir en raison de la santé dégradée du capitaine Takenouchi qui sera remplacé quatre mois plus tard par le captaine Soeda Hisayuki[17].

Le premier bombardement d'importance sur Nauru a lieu le [12], d√©truisant quinze avions japonais stationn√©s sur l'a√©rodrome et endommageant les installations a√©roportuaires. En repr√©sailles, les Japonais d√©capitent les cinq prisonniers australiens dont l'administrateur de l'√ģle Frederick Royden Chalmers[17]. Le 20 avril, un groupe de 22 bombardiers B-24 de la 7th USAAF fond sur l'√ģle lors d'un raid de plus de 1 000 milles marins depuis Funafuti dans les √ģles Gilbert et Ellice causant, malgr√© une d√©fense antia√©rienne japonaise active, de nombreux d√©g√Ęts √† la piste et aux installations de traitement du phosphate[23].

Dans le cadre de la pr√©paration de l'op√©ration Galvanic () visant √† prendre le contr√īle des √ģles Gilbert, il est d√©cid√© de proc√©der √† un d√©barquement √† Tarawa, √† Apamama et √† Nauru. Cette cible est jug√©e importante par les Am√©ricains car elle constitue un lien strat√©gique de la d√©fense ext√©rieure du Japon. Depuis ce point, les bombardiers japonais peuvent patrouiller dans un rayon de 1 000 kilom√®tres[24]. Les forces de la 27e division d'infanterie am√©ricaine s'entra√ģnent pendant deux mois pour cette mission[25]. Cependant, apr√®s avoir √©tudi√© de plus pr√®s la topographie de l'√ģle, le commandement am√©ricain r√©alise que l'invasion de Nauru repr√©senterait un co√Ľt tr√®s important. Le g√©n√©ral Holland Smith, principal strat√®ge de l'op√©ration, convainc l'amiral Ernest King de changer d'objectif apr√®s lui avoir pr√©sent√© une maquette de l'objectif[24]. Il souligne que l'√ģle ne contenant pas de baie, les troupes devraient passer la barri√®re de corail puis prendre d'assaut Nauru sous le feu nourri des positions japonaises dissimul√©es le long des falaises c√īti√®res et devraient d√©loger les Japonais embusqu√©s dans les nombreuses crevasses et grottes du centre de l'√ģle[24]. Il estime qu'une division au moins serait n√©cessaire pour op√©rer un tel d√©barquement. La d√©cision est finalement prise, six semaines avant l'op√©ration de changer d'objectif, l'archipel de Makin au nord des √ģles Gilbert √©tant choisi en remplacement de Nauru[25] - [24].

Des bombardements massifs sur Nauru sont n√©anmoins effectu√©s en pr√©paration de l'op√©ration en , l'√ģle √©tant la base japonaise la plus proche de Tarawa, les bombardiers am√©ricains l'utilisent comme cible pour s'entra√ģner[25] - [24]. Le 19 novembre, √† la veille de l'attaque, Nauru est touch√©e par un bombardement a√©rien massif visant √† emp√™cher que les avions de l'√ģle n'attaquent les forces am√©ricaines lors de la phase de d√©barquement o√Ļ elles se trouvent en situation de vuln√©rabilit√©. Quatre vagues de 90 bombardiers am√©ricains fondent sur l'√ģle, y semant la destruction. Des raids de moindre ampleur continuent jusqu'√† ce que Tarawa soit s√©curis√©e par les Am√©ricains[24]. Apr√®s la fin de l'op√©ration, les navires am√©ricains venus du Sud Pacifique pour participer √† la bataille de Tarawa retournent vers leurs bases et Nauru se trouve sur leur route. Pensant que des avions de cette base ont attaqu√© leurs forces durant l'op√©ration, le commandement am√©ricain d√©cide de cibler une nouvelle fois Nauru[24]. Un groupe a√©ronaval comprenant cinq cuirass√©s et douze destroyers arrive au large de l'√ģle le 9 d√©cembre. Les navires canonnent la c√īte tandis que l'aviation y l√Ęche 51 tonnes de bombes. L'attaque cause la mort de six Nauruans et d'un nombre encore plus important de Gilbertins. Une douzaine d'avions sont d√©truits au sol. Les Japonais r√©pliquent avec leur artillerie lourde plac√©e sur les falaises de l'√ģle, endommageant un destroyer et abattant quatre avions[24].

Nauru est ainsi l'une des premi√®res terres du Pacifique central √† laquelle les Am√©ricains appliquent la strat√©gie du saute-mouton visant √† contourner et isoler une √ģle dont le co√Ľt de la prise est estim√© trop important tout en neutralisant sa garnison par le biais de bombardements et d'attaques sous-marines bloquant le r√©approvisionnement[24].

Les mois de mai √† vont s'av√©rer particuli√®rement √©prouvants, les Am√©ricains lan√ßant des attaques presque quotidiennement. Les Nauruans quittent leurs habitations chaque soir pour passer la nuit √† l'abri des formations coralliennes du centre de l'√ģle. L'a√©roport finit par ne plus √™tre utilis√© que comme √©tape pour les avions de reconnaissance japonais, ne pouvant pas assurer de fonction d√©fensive[26].

Mouvements de population

Mouvements de population en : plus de 2 000 soldats et travailleurs japonais et cor√©ens arrivent sur l'√ģle (fl√®che rouge) ainsi que 600 habitants d'Ocean Island qui sont d√©plac√©s √† Nauru (fl√®che bleue). Durant la m√™me p√©riode, 1 200 Nauruans sont envoy√©s en exil dans les √ģles Truk (fl√®che verte).

Les Japonais installent sur Nauru une garnison tr√®s importante par rapport √† la taille de l'√ģle. En s'y trouvent 5 187 personnes soit 2 000 de plus qu'en 1940. Ce chiffre inclut 1 388 militaires et 1 500 travailleurs japonais et cor√©ens ainsi qu'un peu moins de 400 Oc√©aniens et Chinois anciens employ√©s de la BPC. Les 1 848 Nauruans sont alors minoritaires sur leur √ģle[19]. √Ä la fin du mois, 1 000 autres militaires arrivent √† Nauru[19].

Les autorit√©s, redoutant une famine sur l'√ģle surpeupl√©e et soumise √† un blocus efficace, d√©cident de d√©placer la population nauruane. Peu apr√®s l'arriv√©e de ce dernier convoi de militaires, le commandement japonais r√©unit dans l'urgence un conseil de Nauruans et fait l'annonce de la d√©portation d'une partie des √ģliens sous la conduite de Timothy Detudamo. Ils refusent d'indiquer leur destination aux Nauruans, ce qui accro√ģt l'inqui√©tude de la population. Les familles s√©lectionn√©es sont celles qui ne peuvent subvenir √† leurs besoins √† Nauru et on leur explique que l'√ģle o√Ļ on les envoie regorge de nourriture[19]. Juste avant le d√©part, Nakayama, second dans la hi√©rarchie militaire de l'√ģle, donne √† Timothy Detudamo une lettre portant le sceau de l'empereur Hirohito, indiquant que les Nauruans sont plac√©s sous la protection de celui-ci[27]. Ce document servira durant la poursuite de la guerre de sauf-conduit aux exil√©s[27].

Le , 600 Nauruans et 7 Chinois[19] sont regroup√©s dans le port d'Aiwo puis embarqu√©s, de nuit afin d'√©viter les attaques alli√©es, sur le cargo Akibasan Maru pour une destination inconnue. Le navire prend le d√©part le jour suivant escort√© par un petit navire de guerre[27] en direction des √ģles Truk, √† 1 600 kilom√®tres au Nord-Ouest de Nauru dans les Carolines, l√† o√Ļ est bas√© le centre de commandement des forces navales japonaises du Pacifique central[19].

À la suite de ce départ, les Japonais commettent ce qui est considéré comme leur plus important crime de guerre à Nauru ; le massacre des lépreux[27]. Ces derniers vivent regroupés dans une léproserie située à Meneng, construite du temps de l'administration australienne. Avant l'arrivée des Japonais, ils peuvent recevoir la visite de leur famille et dans certains cas, leurs enfants vivent avec eux[27]. Les occupants qui ont une peur panique de la contagion les isolent complètement dès leur arrivée et prennent soin d'inclure leurs proches dans le convoi à destination de Truk. Le , ils ordonnent aux 49 lépreux de nager en direction d'une embarcation vétuste qu'ils remorquent en pleine mer à l'abri des regards puis bombardent jusqu'à ce qu'elle coule[27] - [19].

Le mois suivant, 659 Banabans[19] √©maci√©s sont achemin√©s depuis leur √ģle voisine, Ocean Island, elle aussi sous domination japonaise, en quatre vagues successives. Ils relatent aux Nauruans l'√©tat de disette r√©gnant sur leur terre devenue d√©sertique en raison de la surpopulation japonaise, les for√ßant pour survivre √† manger de l'herbe et l'√©corce des arbres[27].

Un nouveau contingent de 1 200 militaires[27] arrive le et le m√™me jour, un second groupe de 601 Nauruans, majoritairement des femmes et des enfants accompagn√©s des pr√™tres catholiques Alois Kayser et Pierre Clivaz, est envoy√© en exil alors qu'aucune nouvelle du premier groupe n'est parvenue √† Nauru[19] - [27]. Sur les navires emmenant les Nauruans vers les √ģles Truk, les conditions de vie sont relativement supportables malgr√© l'exigu√Įt√©. Pour la grande majorit√© des exil√©s, c'est la premi√®re fois qu'ils quittent leur √ģle isol√©e au milieu de l'oc√©an et, malgr√© l'inqui√©tude g√©n√©rale, ce fait provoque une certaine excitation parmi les jeunes Nauruans[27].

Le , le navire charg√© de d√©porter le reste des Nauruans arrive en vue de l'√ģle quand soudain, les Nauruans le voient prendre feu, touch√© par une torpille tir√©e depuis un sous-marin am√©ricain. Cela emp√™chera les Japonais de mener √† bien leur projet de d√©porter toute la population nauruane et de n'y laisser que des populations oc√©aniennes d√©racin√©es sans droits sp√©cifiques sur l'√ģle[27].

1943 est donc marqu√©e par d'importants mouvements de population. Les d√©parts et les arriv√©es sur l'√ģle se succ√®dent, 1 200 Nauruans partent[28] mais ils sont remplac√©s par une population encore plus importante de Japonais et d'exil√©s banabans[19].

Survie en autarcie

La survie est pr√©caire dans l'√ģle soumise aux bombardements, ici en avril 1943.

Nauru se trouve en fin de cha√ģne de la longue ligne d'approvisionnement reliant les √ģles du Pacifique au Japon. L'efficacit√© croissante des sous-marins am√©ricains et leur avance vers l'ouest rend de plus en plus difficile le ravitaillement de Nauru[24]. Ainsi, en , un cargo d'un tonnage de 6 000 tonnes envoy√© pour approvisionner la garnison est coul√© au large de l'√ģle ; il n'y a que 21 rescap√©s parmi les 450 personnes √† bord[24]. Fin 1943, les habituelles pr√©cipitations ne sont pas tomb√©es; ce qui entra√ģne une s√©cheresse accentu√©e. D√©but , deux navires de ravitaillement japonais parviennent p√©niblement √† se frayer un chemin jusqu'√† Nauru. Le second navire arriv√© le 10 janvier est le dernier b√Ętiment de surface √† ravitailler la base[24].

La situation conduit les habitants à chercher des palliatifs à leur isolement en développant leur autosuffisance. Leur préoccupation première est de compenser le manque de ravitaillement en denrées alimentaires, en premier lieu le riz, aliment de base durant l'occupation, dont les réserves s'amenuisent[29] - [24].

L'une des strat√©gies suivies est la transformation de l'√ģle en un immense potager afin d'augmenter la production locale. Les Nauruans font pousser tout ce qu'ils peuvent dans leur jardin et sont rapidement imit√©s par les Japonais qui plantent chaque espace disponible. Ils cultivent l'aubergine, le ma√Įs, la citrouille et la patate douce[30]. N'obtenant pas assez de r√©sultats, ils d√©cident de construire des plantations de citrouille poussant dans des demi-bidons d'essence remplis d'excr√©ments humains[29] qu'ils chargent les Chinois de collecter aupr√®s de toute la population[30]. Cette m√©thode s'av√®re tr√®s productive sous le climat tropical de Nauru mais provoque l'apparition de la dysenterie qui fait plusieurs victimes. Des nu√©es de mouches se forment autour des plantations, l'odeur est intenable[30]. Le toddy, s√®ve r√©colt√©e par incision sur les nombreux cocotiers de l'√ģle, constitue aussi un compl√©ment alimentaire essentiel et √† certaines √©poques l'unique nourriture disponible[31]. Tous les arbres servant √† la collecte du toddy sont recens√©s et allou√©s √† la population, trois pour chaque Japonais, deux pour les Oc√©aniens et un pour les Chinois. Ils sont tellement mis √† contribution qu'ils finissent par ne plus produire de fruits[31].

La chasse, la p√™che et la cueillette traditionnellement pratiqu√©es par les Nauruans connaissent une recrudescence. Les hommes chassent sur les falaises le noddi noir, un petit oiseau, les femmes collectent des fruits de mer dans les r√©cifs et la p√™che est pratiqu√©e autant que possible[31]. Apr√®s avoir d√©couvert que le fruit de l'h√©v√©a est comestible, les Japonais interdisent aux √ģliens de les r√©colter sur leurs terres et commencent √† les consommer[31].

La population nauruane renoue aussi avec l'artisanat traditionnel tomb√© en d√©su√©tude durant la colonisation. Ainsi, les Japonais sollicitent les femmes nauruanes qui disposent d'un savoir-faire pour la confection de ficelle √† partir de fibres de cocotier[24]. Ces cordelettes sont utilis√©es en remplacement des clous dans la construction, pour assembler des cano√ęs et pour la p√™che. Elles fabriquent aussi tapis et paniers √† partir de feuilles de Pandanus[24]. Les feuilles qui sont r√©colt√©es sur le plateau nauruan sont tremp√©es, bouillies puis s√©ch√©es et tiss√©es. Les pi√®ces ainsi cr√©√©es peuvent servir d'abris et de tapis de sol et sont m√™me utilis√©es par les Gilbertins pour confectionner des voiles pour leurs bateaux[24].

Le vol devient aussi une pratique de survie généralisée, les Nauruans tout comme les soldats japonais et les Gilbertins se servent dans les réserves des autres communautés, et ce malgré le régime de sanctions très sévère imposé par le commandement japonais[31]. Les soldats n'hésitent pas à prendre de force aux Nauruans le produit de leur collecte, ces derniers s'introduisent dans leurs potagers pour voler des légumes et tentent aussi de piller les réserves de riz. Le voleur pris sur le fait subit au mieux une violente bastonnade, au pire il est tué. Ainsi, un soldat surpris en train de voler du toddy est abattu sur-le-champ[31].

En , le gruau de riz constituant le petit d√©jeuner des soldats est remplac√© par une soupe de courge. La destruction ce m√™me mois d'une importante r√©serve de nourriture par une bombe incendiaire am√©ricaine fait empirer la situation, le nombre de morts par malnutrition augmente[26]. Cependant, les Nauruans, forts de leur connaissance aigu√ę de leur milieu, parviennent bien mieux que les Japonais √† se nourrir au point que le commandement japonais finit par convoquer quatre hommes nauruans de bonne constitution afin qu'ils expliquent √† leurs docteurs comment ils arrivent √† s'alimenter mieux que les soldats[26].

Le , l'arriv√©e de deux sous-marins de transport permet d'am√©liorer la situation ; ils d√©livrent √† la garnison de l'√ģle du mat√©riel militaire mais aussi 2 000 sacs de riz et √©vacuent 600 Japonais, ce qui r√©duit l'√©tat de disette[26]. Les Am√©ricains, lors de leurs passages sur l'√ģle, commencent √† partir de juin √† larguer des feuillets de propagande accompagn√©s de bo√ģtes de conserve de saumon et de corned-beef. Les Japonais qui pensent qu'elles sont empoisonn√©es interdisent leur consommation mais apr√®s qu'un groupe d'habitants en eut mang√© sans dommage, ils finissent par les utiliser[26]. Les derniers mois de 1944 voient le retour des pluies, mettant fin √† une longue p√©riode de s√©cheresse[26].

1945 : dernière année de guerre

Carte am√©ricaine d' montrant les positions japonaises juste avant l'armistice. Nauru et Ocean Island (fl√®che) √† l'ouest des √ģles Gilbert sont des r√©duits isol√©s contourn√©s par les Am√©ricains qui suivent la strat√©gie du saute-mouton.

Les bombardements am√©ricains cessent fin . En effet, √† cette date les √Čtats-Unis pr√©parent leurs assauts sur Iwo Jima et Okinawa et rapprochent de ce fait leurs avions de la ligne de front[32]. Malgr√© ce r√©pit, la situation des habitants de l'√ģle empire en raison de l'√©tat de disette. Les Chinois victimes du racisme de l'occupant sont les plus touch√©s par la malnutrition[32]. La population nauruane est en revanche moins atteinte que la garnison car elle parvient mieux √† tirer parti des ressources naturelles de l'√ģle[32].

Apr√®s le d√©part de Timothy Detudamo en d√©portation, Paul Harris est choisi √† sa place en tant que Kaicho, chef de la population oc√©anienne de l'√ģle charg√© de servir d'interm√©diaire avec les autorit√©s japonaises. Bien qu'il soit aim√© de la population nauruane, il n'a pas la stature de son pr√©d√©cesseur qui a occup√© des postes dans l'administration avant-guerre, voyag√© √† l'√©tranger et a √©t√© √† m√™me de prot√©ger la population nauruane tout en m√©nageant l'occupant gr√Ęce √† ses talents de n√©gociateur[32]. Il rencontre des difficult√©s √† faire respecter son autorit√© et finit par avoir comme l'occupant japonais une approche extr√™mement autoritaire, promettant ainsi d'attacher nue √† un arbre toute fille surprise en compagnie d'un Japonais[32]. Il adopte aussi un ton particuli√®rement projaponais, proclamant √† la foule rassembl√©e lors d'un mariage que les Japonais sont destin√©s √† dominer le monde car ils donnent aux peuples libert√© et √©galit√© dans tous les aspects de la vie. Il se f√©licite que l'administration soit domin√©e par des Nauruans ayant des liens familiaux avec les √ģles Marshall et ajoute que cette situation doit perdurer[32]. Sous son instigation, des danses ont lieu au si√®ge du gouvernement o√Ļ l'alcool coule √† flots, ce qui a selon un t√©moin de l'√©poque ¬ę mauvaise influence ¬Ľ sur les jeunes filles nauruanes. Il est finalement mis de c√īt√© par les Japonais pour son incomp√©tence apr√®s avoir organis√© un club pour officiers aux activit√©s douteuses[32].

Le , deux Japonais, ne supportant plus la situation de famine r√©gnant sur l'√ģle, d√©cident de s'√©chapper. Ils d√©robent une embarcation et des vivres et partent en mer. Ils sont r√©cup√©r√©s apr√®s avoir d√©riv√© plusieurs jours par un navire am√©ricain √† 450 km √† l'ouest de Nauru, √©maci√©s, d√©shydrat√©s et ayant √©puis√© presque toutes leurs r√©serves[33]. Ils donnent aux Alli√©s le premier t√©moignage direct des conditions de vie √† Nauru depuis les d√©buts de l'occupation en 1942[33].

En juillet, Nakayama, l'officier charg√© de l'administration des Nauruans et, chose rare parmi les Japonais, chr√©tien, commence √† assister aux services religieux[33]. Il organise un service de pri√®re pour le Japon √† l'occasion duquel il donne un sermon enjoignant aux Nauruans de s'unir et de former une nation apr√®s la guerre. Malgr√© son implication dans le meurtre des cinq Occidentaux dont le gouverneur de l'√ģle au d√©but de la guerre et la discipline s√©v√®re qu'il a impos√©e, les Nauruans le tiennent pour un homme juste et voient sa participation aux offices comme un signe d'espoir[33]. Ils estiment qu'il a √©t√© garant de leur survie lors d'un √©pisode o√Ļ la loyaut√© des Nauruans a √©t√© test√©e. Rassembl√©s devant une vaste fosse commune dans le cimeti√®re, ils sont questionn√©s et menac√©s puis finalement renvoy√©s chez eux. Nakayama, charg√© des communications radio avec le Japon, aurait chang√© la signification d'un ordre envoy√© par Tokyo en ajoutant un ¬ę ne pas ¬Ľ √† l'ordre de liquider la communaut√©[33]. Sur l'√ģle voisine d'Ocean Island, les habitants n'ont pas cette chance, les 150 Oc√©aniens pr√©sents sur place sont massacr√©s par la garnison japonaise en lors d'une mise en sc√®ne similaire, il n'y a qu'un rescap√©[34].

Les Nauruans coup√©s du monde n'ont pas d'informations pr√©cises sur le d√©roulement de la guerre. Cependant, √† partir de mai des bruits circulent sur la fin de la guerre en Europe et la mort d'Hitler[33]. Le jour du bombardement d'Hiroshima, le , une rumeur se r√©pand sur la conclusion des hostilit√©s dans le Pacifique. Ils ont confirmation de la fin du conflit le lors d'une comp√©tition sportive, un jour apr√®s le Gyokuon-hŇćsŇć, l'allocution radiophonique de l'empereur du Japon annon√ßant la reddition. Un avion am√©ricain survole l'√ģle et les participants se dispersent pour se mettre √† couvert[33]. Ils sont cependant rappel√©s par les Japonais qui leur indiquent qu'un message a √©t√© envoy√© aux Alli√©s, demandant que les bombardements cessent. Les notables nauruans sont convoqu√©s dans l'apr√®s-midi et il leur est signifi√© que l'empereur Hirohito a d√©clar√© la paix et que la guerre a cess√© partout dans le monde[33].

Deux jours plus tard, l'√©cole japonaise est ferm√©e. Dans son discours de d√©part, l'officier responsable enjoint aux Nauruans de se souvenir des Japonais et de ne pas oublier ce qu'ils ont appris. Le jour suivant, un soldat ne pouvant accepter la d√©faite se tire une balle dans la t√™te. Craignant les repr√©sailles japonaises, les habitants essaient, dans la mesure du possible, de cacher leur joie[33]. Ils sont avertis le par le commandement que toute tentative de provoquer les soldats lors de leur d√©part sera s√©v√®rement punie. Le jour suivant, deux avions am√©ricains volent en cercle au-dessus de l'√ģle, larguant des messages demandant que le drapeau blanc soit hiss√©, ce qui est fait sur-le-champ[33]. Les Japonais pr√©parent ensuite l'arriv√©e des Alli√©s, rassemblant leurs munitions et enterrant leurs mines. Jusqu'√† la fin, ils gardent solidement en main le contr√īle de l'√ģle, masquant toute √©motion. Le , une comp√©tition sportive est ainsi organis√©e afin de marquer le troisi√®me anniversaire de la pr√©sence japonaise[35].

Reddition des Japonais

Reddition à bord du HMAS Diamantina, le commandant japonais Hisayuki Soeda tend son sabre à J. R. Stevenson, le commandant australien.
D√©part des Japonais pour l'√ģle Bougainville peu apr√®s leur reddition.

Des concertations ont lieu pour pr√©parer la reddition de Nauru et de sa voisine Ocean Island[36]. Les Australiens et N√©o-Z√©landais font valoir l'importance √©conomique que repr√©sentent pour eux ces deux √ģles √† phosphate et la n√©cessit√© de reprendre au plus vite l'extraction de ce minerai[36]. Bien que la zone soit sous commandement am√©ricain et qu'il ait √©t√© pr√©vu que les √ģles seraient lib√©r√©es par les troupes de ce pays, les √Čtats-Unis acceptent que la marine australienne s'en charge afin d'acc√©l√©rer le retour √† la normale sur place. La reddition de l'ennemi doit toutefois √™tre accept√©e au nom du commandant en chef de la flotte du Pacifique[36]. Le commandant australien appose ainsi deux fois sa signature sur le document, la premi√®re en tant que repr√©sentant du Royaume-Uni, la seconde au nom du commandement am√©ricain[36].

Le 8 septembre, des avions australiens larguent des tracts indiquant la venue de trois navires charg√©s d'accepter la reddition des occupants[35]. Cependant, ce n'est que cinq jours plus tard, le , que la fr√©gate HMAS Diamantina accompagn√©e de deux navires de transport, le HMAS Burdekin et le HMAS Glenelg, arrive au large de l'√ģle[35]. √Ä son bord se trouvent des personnalit√©s bien connues des Nauruans : Albert Fuller Ellis, √† qui l'on doit la d√©couverte du phosphate local, William Bot, administrateur de l'antenne locale de la BPC, et Thomas Cude, chef de la police de l'√ģle[35]. Ils sont accompagn√©s de cinq jeunes Nauruans partis √©tudier en Australie et y ayant pass√© toute la p√©riode de la guerre[35]. Alors que le bateau s'approche, les passagers observent constern√©s la d√©vastation affectant l'√ģle[35]. Par le moyen de signaux, ils s'accordent avec les Japonais pour fixer la c√©r√©monie √† 14 h[35]. L'Australien J. R. Stevenson, commandant de la flotte, accompagn√© de P. Phipps, de la Royal New Zealand Navy et repr√©sentant le gouvernement n√©o-z√©landais, ainsi que d'Albert Ellis et Bissett, respectivement repr√©sentant et directeur n√©o-z√©landais de la British Phosphate Commission, re√ßoivent la reddition de Hisayuki Soeda, commandant des forces japonaises de Nauru[36] - [10]. En signe de soumission, le Japonais tend son katana √† Stevenson[35]. L'arme est plac√©e au centre de la table de n√©gociations puis le document de reddition est lu en anglais et en japonais[35]. Le commandant Hisayuki Soeda marque son assentiment d'un signe de t√™te, paraphe le document puis rejoint rapidement l'√ģle, laissant ses officiers √† bord afin qu'ils puissent √™tre interrog√©s par les Alli√©s[35] - [37].

Le lendemain, un contingent de 500 soldats australiens d√©barque. Ils sont accueillis par une foule en liesse, tandis que les Japonais restent cantonn√©s dans leurs baraquements. Pour la premi√®re fois depuis le d√©but de l'occupation japonaise, l'Union Jack est hiss√© dans l'apr√®s-midi lors d'une c√©r√©monie militaire[35]. Les responsables de la British Phosphate Commission qui inspectent l'√ģle ne peuvent que constater l'√©tendue des d√©g√Ęts caus√©s par la guerre sur les installations de la compagnie, dont il ne reste qu'un amas de d√©bris fondus[38]. Cependant, ils trouvent une population en bien meilleure sant√© que ne le laissaient entrevoir les t√©moignages des deux Japonais ayant fui l'√ģle en [35].

Du 1er au , les 3 745 Japonais pr√©sents sur l'√ģle sont rassembl√©s et embarqu√©s dans les navires alli√©s en partance pour l'√ģle Bougainville, dans l'archipel des Salomon[36]. Lors de leur transfert sur les navires, les anciens occupants sont molest√©s par les Nauruans charg√©s d'aider les Australiens √† les transborder[35]. Ils sont aussi violemment attaqu√©s par un groupe de Chinois arm√©s de b√Ętons qui d√©sirent se venger de leurs anciens bourreaux. Ces derniers sont repouss√©s sans m√©nagement par les Australiens[35].

Démographie de Nauru à la libération
soldats japonais travailleurs japonais et coréens Gilbertins et Banabans Chinois Nauruans population totale
268110548371665915329
Source : Tanaka 2010

Reconstruction

Le red√©marrage de l'industrie du phosphate est un objectif prioritaire pour la British Phosphate Commission, mais des op√©rations de nettoyage des stigmates de la guerre doivent √™tre men√©es en pr√©alable. L'une des premi√®res t√Ęches de l'arm√©e consiste √† d√©verser de l'essence et √† br√Ľler les plantations de citrouille amend√©es gr√Ęce √† des excr√©ments humains mises en place par les Japonais sur tout le pourtour de l'√ģle et √† r√©pandre du DDT pour √©liminer les mouches. Il faudra plusieurs mois pour juguler compl√®tement leur population[39]. Les d√©fenses militaires japonaises doivent √™tre d√©mantel√©es pour permettre la circulation et les amas de d√©bris d√©blay√©s[40]. Pour pallier la p√©nurie de main-d'Ňďuvre, il est d√©cid√© de laisser √† Nauru 500 hommes cor√©ens amen√©s sur l'√ģle par les Japonais durant l'occupation afin qu'ils aident aux travaux les plus urgents. Les √ģliens pr√©sents sont quant √† eux rapatri√©s. D√©but , l'arm√©e, √† l'exception d'une compagnie, quitte l'√ģle et l'administration civile australienne reprend le contr√īle de Nauru[19].

Les travaux de r√©fection de l'infrastructure mini√®re d√©butent en 1946. Une nouvelle √©quipe de 750 Gilbertins est recrut√©e et envoy√©e √† Nauru. La BPC rach√®te √† bas prix du mat√©riel am√©ricain pour la reconstruction laiss√© en Nouvelle-Guin√©e par les troupes am√©ricaines apr√®s l'armistice et l'achemine √† Nauru sur ses deux navires rescap√©s, le Trienza et le Triona qui sont aussi utilis√©s pour rapatrier les populations[41]. Les structures en cantilever permettant de charger directement les min√©raliers ancr√©s au large ayant √©t√© d√©truites, le transbordement du minerai doit s'effectuer dans les premiers temps par barge. Par cette technique, l'entreprise n'arrive √† transborder que 1 700 tonnes de phosphate par jour contre mille par heure avant la guerre[40]. La BPC devra attendre l'ann√©e 1950 pour parvenir √† atteindre et d√©passer son niveau de production d'avant-guerre[42].

M√™me si le processus de reconstruction avance bien, les relations entre les Blancs et les √ģliens sont diff√©rentes de celles avant-guerre. Comme ailleurs en Asie et dans l'oc√©an Pacifique, les victoires japonaises ont mis √† mal le mythe de la toute-puissance et de l'omniscience de l'homme blanc entretenu durant la colonisation. Les jeunes Nauruans ayant √©tudi√© en Australie, connus sous le nom de ¬ę groupe de Geelong ¬Ľ, vont amorcer la contestation. Alors que la BPC attend d'eux qu'ils l'aident √† remettre sur pied l'industrie phosphati√®re, ils entendent quant √† eux contribuer prioritairement √† la construction de logements pour les Nauruans d√©plac√©s[41]. Le mouvement de d√©colonisation a le vent en poupe apr√®s-guerre et les √©lites nauruanes vont y prendre part, avec le soutien de l'Organisation des Nations unies cr√©√©e en 1945. Par l'interm√©diaire de son conseil de tutelle, elle va faire pression sur les administrateurs de Nauru pour qu'ils donnent plus d'autonomie aux Nauruans, un processus qui conduira les √ģliens sous l'√©gide de Hammer DeRoburt, l'une des figures de la guerre, √† proclamer leur ind√©pendance en 1968.

Rapatriement des exilés

Fin , la British Phosphate Commission, l'administration de l'√ģle et les autorit√©s britanniques √©laborent un plan complexe visant √† rapatrier les √ģliens exil√©s[43]. Il est d√©cid√© que les Banabans dont les villages ont √©t√© ras√©s doivent √™tre collect√©s depuis les archipels o√Ļ ils ont √©t√© diss√©min√©s par les Japonais, les √ģles Carolines, les √ģles Gilbert et Nauru, puis install√©s sur l'√ģle de Rabi, dans les Fidji √† des milliers de kilom√®tres de leur terre natale[43]. Les Gilbertins doivent √™tre rapatri√©s depuis les √ģles Carolines et Nauru vers leur archipel et les Nauruans doivent √™tre achemin√©s depuis les √ģles Truk vers leur √ģle[43]. Le , 777 Gilbertins et Banabans quittent Nauru √† bord du navire Trienza appartenant √† la BPC. Le m√™me bateau servira plus tard au rapatriement des Nauruans.

Le , Thomas Cude, chef de la police de Nauru avant-guerre, d√©barque aux √ģles Truk et se rend sur l'√ģle de Sioto o√Ļ les Nauruans ont √©t√© rassembl√©s en pr√©vision de leur rapatriement[44]. Soumis au travail forc√©, √† la disette, aux mauvais traitements des Japonais, aux maladies et aux bombardements am√©ricains, ils ont beaucoup souffert de la guerre ; 460 d'entre eux, soit 40 % du groupe de d√©part, sont morts en d√©portation[41]. Cude peut constater que leurs conditions de vie sont bien pires que celles des Nauruans rest√©s sur place[44]. Il s'acquitte de la t√Ęche de retrouver les membres du groupe diss√©min√©s sur d'autres √ģles de l'archipel Truk et de les regrouper √† Sioto[44]. Puis, durant une semaine, il enqu√™te sur les crimes de guerre commis √† l'encontre des Nauruans, ce qui lui permet de recueillir de nouveaux t√©moignages en sus de ceux d√©j√† collect√©s par les Am√©ricains[44].

Le 26 janvier, les 759 rescap√©s sont rassembl√©s et rejoignent gr√Ęce √† des barges le Trienza ancr√© √† 32 kilom√®tres de Sioto au large de l'√ģle de Weno[44]. Apr√®s que le navire a d√©pass√© la grande barri√®re de corail marquant l'entr√©e de l'atoll de Truk, la liesse s'empare des exil√©s et ne les quittera plus jusqu'√† leur arriv√©e[44]. Il a √©t√© pr√©vu de donner, une fois parvenus √† destination, une d√©monstration des chants et danses compos√©s durant leur long exil, une forme de narration importante dans la culture nauruane. Tous s'att√®lent avec assiduit√© √† les r√©p√©ter avant l'arriv√©e. L'une des chansons a pour th√®me Nauru ituga pouvant se traduire par ¬ę comme Nauru mais encore mieux ¬Ľ, des mots r√©p√©t√©s par les Japonais alors qu'ils menaient les Nauruans en exil[44]. D'autres ont pour sujet l'amour pour la terre patrie ou les proches disparus[44].

Le , ils arrivent enfin √† destination[19]. Cette date reste symboliquement importante puisqu'elle est choisie pour la proclamation de l'ind√©pendance en 1968[13]. √Ä mesure que le navire se rapproche de l'√ģle, il est rejoint par une noria de cano√ęs et de barges venus √† sa rencontre[43]. Depuis le navire o√Ļ l'excitation est √† son comble, les rescap√©s aper√ßoivent une foule agit√©e amass√©e sur les quais. Les √ģliens hurlent le nom de leurs proches afin de savoir s'ils sont de ceux qui ont surv√©cu[43]. Lorsque le navire est enfin ancr√© au large, la cohue s'installe, les exil√©s jouent des coudes pour obtenir les premi√®res places dans les barges charg√©es de les amener √† terre ferme[43]. Les √ģliens ont la curieuse impression d'assister √† l'arriv√©e d'une petite arm√©e, en effet les exil√©s sont v√™tus d'√©toffes provenant des stocks de l'arm√©e am√©ricaine[43]. De longues effusions suivent, apr√®s plusieurs ann√©es de s√©paration et d'√©preuves, les Nauruans sont enfin rassembl√©s. La joie est cependant teint√©e de tristesse, beaucoup de Nauruans ont perdu leurs proches au cours du conflit. Certains des exil√©s sont h√©berg√©s dans leur famille, d'autres trouvent un abri dans des baraquements construits de bric et de broc avec des mat√©riaux tir√©s des ruines de la guerre en pr√©vision de leur arriv√©e[43]. Le soir m√™me, une f√™te regroupant tous les Nauruans est organis√©e, l'occasion pour les exil√©s de faire la d√©monstration des chants et danses compos√©s pendant l'exil[43].

Procès des crimes de guerre

√Ä la fin de la guerre, les exactions commises par les Japonais lors de l'occupation sont l'objet d'enqu√™tes judiciaires. L'instruction se fait avec difficult√© en raison de la disparition des archives japonaises relatant les crimes de guerre et, pour certains faits, de l'absence de t√©moins. Les accus√©s sont envoy√©s √† Rabaul, dans les √ģles Bismarck, et jug√©s par une cour martiale australienne[35].

La d√©capitation de cinq Australiens en dont le gouverneur de l'√ģle, Frederick Royden Chalmers, entra√ģne en 1946 la condamnation √† mort de Hirrumi Nakayama, l'officier charg√© de l'op√©ration. Il est aussi condamn√© √† perp√©tuit√© en 1948 pour le massacre des l√©preux en pleine mer commis en , de m√™me que le sous-officier charg√© de superviser l'op√©ration en mer, et le marin ayant fait feu sur les victimes √† quatre ans d'emprisonnement mais sa peine n'est pas confirm√©e par le tribunal[45]. Pour les tortures inflig√©es en √† un Nauruan accus√© d'avoir fourni aux Japonais du toddy dilu√© √† l'eau, l'officier responsable √©cope de 20 ans de prison, deux de ses subordonn√©s sont condamn√©s √† mort, un √† 20 ans et le dernier √† 15 ans d'emprisonnement[45].

Quant aux cas de collaboration de Nauruans avec les Japonais, ils ne sont que faiblement sanctionnés. Sur le conseil du chef Timothy Detudamo, les Nauruans font le choix de l'oubli afin de préserver la paix au sein de leur communauté et de ne pas réveiller les démons de la guerre. Seuls deux hommes sont désignés comme collaborateurs et l'unique sanction qui est prise est de les renvoyer de leur travail[35].

Vestiges japonais

Mitrailleuses japonaises antiaériennes de 12,7 millimètres rouillées sur le Command Ridge.

Le départ des Japonais laisse de nombreux vestiges sur place sous forme de canons, bunkers et souterrains[46]. Dans les années de l'après-guerre, la BPC qui s'attache à faire redémarrer la production de phosphate se livre à la démolition de nombreuses infrastructures militaires[46]. Puis, dans les années folles suivant l'indépendance de Nauru en 1968 et alors que l'argent provenant des royalties du phosphate coule à flots, on ne se préoccupe guère de la sauvegarde de ces traces du passé[46]. En commémoration de cette période noire pour Nauru, la Nauru Phosphate Corporation a financé la construction d'un musée consacré à la Seconde Guerre mondiale[47].

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) Nancy Viviani, Nauru, Phosphate and Political Progress, Australian National University Press, (ISBN 0-7081-0765-6)
  • (en) Jemima Garrett, Island exiles, Sydney, ABC books, , 200 p. (ISBN 0-7333-0485-0)
  • (en) Maslyn Williams et Barrie Macdonald, The Phosphateers : A History of the British Phosphate Commissioners and the Christmas Island Phosphate Commission, , 586 p. (ISBN 0-522-84302-6)
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  • (en) Yuki Tanaka, Japanese Atrocities on Nauru during the Pacific War : The murder of Australians, the massacre of lepers and the ethnocide of Nauruans, Japan focus, (lire en ligne)

Références

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  47. (en) Nauru Military Museum consacré à la Seconde Guerre mondiale à Nauru.

Notes

  1. En anglais : South Sea Development Company.
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