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Expédition Terra Nova

L‚Äôexp√©dition Terra Nova, officiellement la British Antarctic Expedition 1910, est la troisi√®me exp√©dition britannique en Antarctique au XXe si√®cle, et une des plus marquantes de l'√Ęge h√©ro√Įque de l'exploration en Antarctique (1895-1922). Men√©e entre 1910 et 1913 par Robert Falcon Scott aux fins de recherches scientifiques et d'explorations g√©ographiques, et surtout d'offrir le p√īle √† la couronne d'Angleterre, elle se termine tragiquement.

Expédition polaire de Scott sur le Terra Nova.

Scott a men√© auparavant l'exp√©dition Discovery en Antarctique de 1901 √† 1904. Cette fois, l'objectif principal, tel que l'exprime initialement Scott, est ¬ę d'atteindre le p√īle Sud et de garantir √† l'Empire britannique l'honneur de cette premi√®re[1] ¬Ľ. Bien qu'il s'agisse d'une initiative priv√©e, elle jouit de la b√©n√©diction officieuse du gouvernement britannique ‚ÄĒ qui a particip√© pour moiti√© aux frais ‚ÄĒ, de l'Amiraut√© et de la Royal Geographical Society.

L'exp√©dition tire son nom du navire Terra Nova charg√© de la transporter. Elle r√©alise son programme scientifique, explore la terre Victoria et la cha√ģne Transantarctique, mais √©choue dans sa tentative d'exploration de la terre du Roi-√Čdouard-VII.

Le Norv√©gien Roald Amundsen menant de son c√īt√© une autre exp√©dition d'exploration, celle de Scott prend l'allure d'une course pour atteindre le p√īle Sud. L'exp√©dition de 65 hommes permet √† une √©quipe r√©duite de cinq personnes d'atteindre le p√īle le , mais ceux-ci constatent que l'√©quipe d'Amundsen les a pr√©c√©d√©s de plusieurs semaines. Tout le reste, y compris la performance d'Amundsen, est ensuite √©clips√© par la mort de Scott et de ses compagnons lors de leur retour[Note 1]. Leurs notes et journaux, retrouv√©s huit mois plus tard par une √©quipe de recherche, permettront de comprendre les d√©tails de leur histoire. Diff√©rentes hypoth√®ses seront envisag√©es sur les causes de la trag√©die, et des controverses se feront jour sur la personnalit√© de Scott.

  • L'exp√©dition Terra Nova de Robert Falcon Scott (Royaume-Uni)
  • L'exp√©dition Amundsen de Roald Amundsen (Norv√®ge)

Contexte

L'exp√©dition Erebus et Terror posa les bases des explorations britanniques en Antarctique, notamment par la d√©couverte de l'√ģle de Ross.

√Ä Londres en 1895, le VIe Congr√®s international de g√©ographie fixe comme priorit√© la conqu√™te de l'Antarctique et du p√īle Sud[2]. Cette partie du globe est d√©laiss√©e depuis l'exp√©dition Erebus et Terror de James Clark Ross entre 1839 et 1843[2] ; la conqu√™te du p√īle Nord attire davantage les explorateurs.

√ätre la premi√®re nation √† atteindre des lieux aussi lointains et symboliques, quand le public demande des exploits[3], motive les √Čtats √† subventionner ce genre de missions. Cependant, l'imminence d'un conflit contraint les gouvernements et leurs marines √† r√©duire ces subsides au profit du financement de l'armement, et de la construction de navires de guerre. Ce contexte explique qu'une proportion notable des explorateurs polaires soient des militaires, anim√©s d'un fort sentiment patriotique.

Expédition Discovery

La pr√©c√©dente mission de Scott, l'exp√©dition Discovery de 1901 √† 1904, a contribu√© de fa√ßon consid√©rable √† la connaissance de l'Antarctique. Elle a atteint un ¬ę Farthest South ¬Ľ de 82¬į 17' S, mais Scott en garde un sentiment d'inachev√©, ainsi qu'en t√©moigne sa conviction que le d√©troit de McMurdo, lieu d'attache du RRS Discovery et acc√®s direct √† la base de l'exp√©dition sur l'√ģle de Ross, est son ¬ę terrain de travail ¬Ľ, o√Ļ ¬ę lui et lui seul ¬Ľ a le droit de retourner[4]. Il pers√©v√®re par cons√©quent en vue d'un retour en Antarctique avec, pour but ultime, la conqu√™te du p√īle Sud.

Expédition Nimrod

Entre 1907 et 1909, l'exp√©dition Nimrod d'Ernest Shackleton tente d'atteindre le p√īle Sud depuis la base de Scott, en passant par le glacier Beardmore mais ne d√©passe pas 88¬į 23' S, approchant quand m√™me ainsi √† moins de 180 km du but. L'utilisation du camp de base de Scott, reniement d'un engagement √† s'en abstenir[Note 2], entra√ģne un conflit entre les deux hommes et stimule la volont√© de Scott de surpasser l'exploit de Shackleton.

Scott voit en Shackleton un rival pour sa popularit√©[5]. En effet, Shackleton est re√ßu en h√©ros √† son retour en 1909. Il est encens√© par la presse[5] et m√™me anobli par √Čdouard VII[5].

Préparations

Course au p√īle Sud

Pendant ses pr√©paratifs, Scott n'a aucune raison d'estimer que son voyage polaire deviendra une ¬ę course au p√īle ¬Ľ. Douglas Mawson, qui dirige une exp√©dition australasienne, a clairement annonc√© qu'il cartographiait la c√īte de l'Antarctique, quasiment inexplor√©e, situ√©e au sud de l'Australie, entre le cap Adare et Gauss Berg[6]. Scott lui propose d'int√©grer son exp√©dition o√Ļ son exp√©rience d'ancien de l'exp√©dition Nimrod serait appr√©ciable[7], mais Mawson d√©cline l'offre, qui bouleverserait trop ses plans, le programme de l'exp√©dition de Scott √©tant d√©j√† tr√®s charg√©[6].

L'exp√©dition de Roald Amundsen, rival potentiel, est annonc√©e pour l'Arctique[8]. Amundsen, √† la suite des annonces en de la conqu√™te du p√īle Nord par Frederick Cook et Robert Peary, et par ailleurs l√Ęch√© par certains de ses sponsors, a d√©cid√© de revoir ses projets[3]. Officiellement, il poursuit une partie du dessein initial en Arctique ; mais il passe par l'Antarctique[3]. Ceci n'√©tonne pas, √† l'√©poque. Le canal de Panam√° n'est pas encore perc√© et le passage du Nord-Ouest est fort p√©rilleux. La route du cap Horn est la plus raisonnable pour atteindre le d√©troit de B√©ring[3]. Pourtant, il est clair qu'Amundsen vise le p√īle Sud mais il soutiendra longtemps la version officielle d'une exp√©dition vers la c√īte Ouest de l'Am√©rique du Nord[3]. Seul l'√©quipage, le roi de Norv√®ge et Fridtjof Nansen sont avertis du changement de cap[9].

Financement, matériel et hommes

Publicité OXO avec pour cadre l'expédition de Scott.

Contrairement √† l'exp√©dition Discovery, financ√©e conjointement par la Royal Society et la Royal Geographical Society, l'exp√©dition Terra Nova est une initiative priv√©e. Robert Falcon Scott, manquant de fonds pour son exp√©dition, publie ses plans et objectifs dans le Times en lan√ßant une souscription nationale[3], compl√©t√©e par des emprunts. Il obtient √©galement des subventions gouvernementales, mais le budget reste faible[3] : le co√Ľt total estim√© de l'exp√©dition est de 40 000 ¬£.

Scott est également aidé par de nombreuses entreprises qui fournissent gratuitement de l'équipement[10]. La collecte de fonds est en grande partie réalisée par Scott. Elle est une ponction considérable sur son temps et son énergie, puisqu'il la poursuit jusqu'en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande avec le Terra Nova alors même que l'expédition est déjà lancée.

Le Terra Nova

Le Terra Nova dans le pack.

La charge r√©ellement la plus on√©reuse est l'achat du baleinier Terra Nova, pour 12 500 ¬£, le co√Ľt de son r√©am√©nagement non compris. Le Terra Nova est d√©j√† all√© en Antarctique dans le cadre de la deuxi√®me op√©ration de secours de l'exp√©dition Discovery. Scott d√©sirant un statut de navire de la marine sous le White Ensign, il adh√®re √† la Royal Yacht Squadron ; pour cette raison, le Terra Nova √©chappe aux contraintes de la r√©glementation de la Commission du Commerce qui l'aurait jug√© inapte √† naviguer[11]. Il peut √©galement imposer sur le navire une discipline calqu√©e sur celle de la marine.

Les hommes

Sur les 65 hommes choisis parmi 8 000 candidats[12] - [7], qui constituent l'exp√©dition √† proprement parler et l'√©quipe de soutien, cinquante sont militaires[3], six des anciens de l'exp√©dition Discovery et cinq des membres de l'exp√©dition Nimrod d'Ernest Shackleton. Le lieutenant Edward ¬ę Teddy ¬Ľ Evans, commandant en second de Scott pour cette mission, a √©t√© l'officier de navigation du SY Morning, le navire qui avait port√© assistance √† Scott durant l'exp√©dition Discovery. Evans abandonne son id√©e de monter sa propre exp√©dition et fait b√©n√©ficier Scott de ses soutiens financiers.

L'Amiraut√© est g√©n√©reuse en fournissant √† Scott des officiers et des hommes. Parmi les membres du personnel recrut√©s √† la Royal Navy, en plus de Scott et Teddy Evans, il y a le lieutenant Harry Pennell qui va prendre la rel√®ve au commandement quand l'√©quipe d'exploration aura √©t√© d√©pos√©e, et deux lieutenants-chirurgiens, George Murray Levick et Edward Atkinson. Les circonstances vont forcer Atkinson √† prendre le commandement de l'√©quipe d'exploration pendant une grande partie de 1912 pendant une p√©riode difficile. L'ancien officier de la Royal Navy, Victor ¬ę The Wicked Mate ¬Ľ Campbell, l'un des rares hommes de l'√©quipe d'exploration ayant des comp√©tences en ski, doit conduire la partie Nord de l'√©quipe[13]. Les v√©t√©rans de l'Antarctique Edgar Evans, Thomas Crean et William Lashly sont √©galement choisis.

Robert Falcon Scott, le chef de l'expédition.

Deux autres officiers de marine sont nomm√©s : Henry Robertson ¬ę Birdie ¬Ľ Bowers, un lieutenant de la marine indienne[Note 3] et Lawrence ¬ę Titus ¬Ľ Oates, un capitaine de dragons. Oates, relativement riche, se porte volontaire pour l'exp√©dition et paie 1 000 ¬£ de ses propres fonds.

Sur les conseils de Fridtjof Nansen, Scott recrute Tryggve Gran, un jeune Norvégien expert en ski. Dans la poursuite de sa stratégie de transport mixte, il charge Cecil Meares des équipes de chiens, et recrute Bernard Day, l'ancien mécanicien de Shackleton, pour gérer les véhicules à chenilles. Oates est chargé des chevaux, bien que, de façon assez inexplicable, Scott ait confié à Meares, incompétent en matière de chevaux, le soin de les acheter, avec des résultats malheureux sur le plan de la qualité et donc de la performance[14] - [Note 4].

Pour mener √† bien son programme scientifique, Scott s√©lectionne un personnel plus exp√©riment√© que celui qui a servi l'exp√©dition Discovery, notamment le directeur scientifique et zoologiste Edward Adrian Wilson, l'un des plus proches confidents de Scott dans l'√©quipe, qui s'est r√©v√©l√© lors de l'exp√©dition Discovery, non seulement excellent scientifique mais aussi brillant illustrateur et explorateur polaire de qualit√©. Il s'entoure de scientifiques dont certains conna√ģtront une grande carri√®re, comme le m√©t√©orologue George Simpson, le physicien canadien C. S. Wright et les g√©ologues Frank Debenham et Raymond Priestley. Thomas Griffith Taylor, le plus exp√©riment√©s des g√©ologues, et le biologiste Edward Nelson compl√®tent l'√©quipe. Apsley Cherry-Garrard est nomm√© assistant zoologiste alors qu'il n'a aucune formation scientifique. Prot√©g√© de Wilson, il propose une participation au financement √† hauteur de 1 000 ¬£, comme Oates. Malgr√© le refus initial de Scott de l'engager, il confirme son soutien financier. Scott impressionn√©, mais aussi press√© d'accepter par Wilson, finit par c√©der. Cherry-Garrard se fera remarquer comme un bon √©crivain par son livre sur l'exp√©dition : Le Pire Voyage au monde. Herbert Ponting est le photographe de la mission.

Poneys, chiens et véhicules motorisés

Les chiens de tra√ģneau.
Les poneys de Sibérie.
Lawrence Oates et les poneys.

Trente-quatre chiens et dix-neuf poneys sont achet√©s. Meares se d√©place jusqu'en Sib√©rie dans ce but[3]. Il conna√ģt les chiens, excellemment, mais pas les chevaux, et il les choisit mal[3]. Oates, seul comp√©tent en cette mati√®re, ne s'en aper√ßoit qu'√† l'escale de Nouvelle-Z√©lande, trop tard pour en changer[3]. Les chiens, les poneys, les tentes, les tra√ģneaux et m√™me les sacs de couchage sont parrain√©s et nomm√©s par des √©coles[15].

Les chiens sont pr√©f√©r√©s depuis longtemps par Fridtjof Nansen, car si un chien tire une charge plus faible qu'un poney (50 kg pour un chien, 800 kg pour un poney), la quantit√© de nourriture qui leur est n√©cessaire est moindre (0,75 kg pour un chien et kg pour un poney) et le rapport est plus int√©ressant[16]. Les chiens r√©sistent √©galement mieux au froid, car les poneys transpirent beaucoup, la transpiration gelant √† m√™me le corps, et leur poids les fait moins s'enfoncer dans la neige.

Il acquiert également trois véhicules motorisés à chenilles après avoir essayé ce mode de propulsion au col du Lautaret avec Jean-Baptiste Charcot[3].

Le programme de l'expédition

Scott prévoit de répartir sur trois saisons australes l'ensemble des explorations et des études scientifiques projetées :

  • lors de la premi√®re saison (1910-1911), les hommes doivent tout d'abord installer un camp de base et lieu d'exp√©rimentation scientifique sur la c√īte de l'√ģle de Ross ou de sa r√©gion. Un groupe s'aventurera sur la terre du Roi-√Čdouard-VII et/ou la Terre Victoria, pendant qu'une √©quipe de g√©ologues travaillera dans l'ouest de la cha√ģne Transantarctique, mais le plus grand nombre concentrera son attention √† l'√©tablissement de d√©p√īts de vivres sur la barri√®re de Ross, en vue de la saison suivante ;
  • la conqu√™te du p√īle Sud sera l'activit√© principale de la deuxi√®me saison (1911-1912). Tout le personnel disponible participera, pour la plupart sur des parties limit√©es du trajet. Celui-ci suivra le chemin de Shackleton lors de l'exp√©dition Nimrod √† travers la barri√®re de Ross, par le glacier Beardmore, puis √† travers le plateau Antarctique et, de l√†, au p√īle proprement dit. Les travaux scientifiques et g√©ologiques se poursuivront, √† la base et sur le trajet ;
  • une troisi√®me saison (1912-1913) verra l'ach√®vement du programme scientifique. Si le premier voyage vers le p√īle a √©chou√©, les explorateurs tenteront √©ventuellement un second essai.

Le Terra Nova ne doit pas hiverner dans l'Antarctique. Après le débarquement des hommes et des équipements au camp de base, l'équipe de soutien explorera le secteur du camp, puis rentrera en Nouvelle-Zélande. Le navire reviendra en janvier-février 1912 pour apporter des fournitures, des vivres et du personnel de relève. Enfin, il reviendra une dernière fois en janvier 1913 pour rapatrier l'expédition.

La condition du succ√®s de ce programme repose sur la capacit√© de Scott √† combiner les diff√©rents modes de transport. Les poneys et les v√©hicules √† moteur ont d√©j√† √©t√© utilis√©s en Antarctique par Shackleton lors de l'exp√©dition Nimrod. Scott a remarqu√© d'ailleurs que les poneys avaient beaucoup servi √† Shackleton. Il est √©galement impressionn√© par la puissance des v√©hicules √† moteurs. Cependant, Scott compte sur des tra√ģneaux tir√©s par les hommes pour la majeure partie du voyage polaire[17], mais avec les autres m√©thodes de transports des charges √† travers la barri√®re de glace, ce qui permettra aux explorateurs de pr√©server leurs forces pour les √©tapes suivantes : le glacier et le plateau. Dans la pratique, les tra√ģneaux √† moteur ont √©t√© utiles peu de temps, et la prestation des poneys a √©t√© entrav√©e pendant les premi√®res √©tapes √† cause de leur √Ęge et de leur m√©diocre condition[18].

Alors que sa propre expérience sur le RRS Discovery avait fait douter Scott de l'efficacité des chiens d'attelage[19], il admet qu'ils peuvent être très fiables[20], et durant l'expédition, leurs performances l'impressionnent de plus en plus[Note 5].

Première saison (1910-1911)

L'√©quipe de l'exp√©dition au p√īle Sud, le .
Debout : Lawrence Oates, Robert Falcon Scott, Edward Adrian Wilson
Assis : Henry Robertson Bowers, Edgar Evans.
Carte de l'√ģle de Ross, point de d√©part choisi par Scott pour le p√īle Sud.

Le départ

Le Terra Nova appareille de Cardiff, au pays de Galles, le . Scott ne rejoint le navire qu'en Afrique du Sud et l'emm√®ne √† Melbourne, en Australie, o√Ļ il continue sa collecte de fonds. Le Terra Nova prend ensuite la direction de la Nouvelle-Z√©lande, o√Ļ il arrive le 28 octobre.

√Ä Melbourne, un t√©l√©gramme de Roald Amundsen attend Scott, l'informant qu'il se dirige vers le sud : ¬ę Prends libert√© vous informer Fram fait route vers l'Antarctique ¬Ľ (¬ę Beg to inform you Fram proceeding Antarctica ¬Ľ)[Note 6]. Amundsen devait initialement aller en Arctique, si bien que ce message envoy√© depuis Mad√®re est un indice de son engagement dans une ¬ę course au p√īle Sud ¬Ľ[Note 7]. La r√©action de Scott est rageuse[9], mais ni lui ni son √©pouse ne mentionnent cet √©pisode dans leurs journaux, et il continue sa collecte de fonds en Australie[21]. Il rejoint le navire en Nouvelle-Z√©lande, o√Ļ l'accastillage est compl√©t√©, notamment 34 chiens, 19 poneys sib√©riens et trois v√©hicules motoris√©s. Le Terra Nova appareille de Lyttelton pour l'Antarctique le .

Durant les premiers jours de d√©cembre, une forte temp√™te manque de faire √©chouer l'exp√©dition : les pompes ne parvenant plus √† rejeter l'eau embarqu√©e, l'√©quipage doit √©coper avec des seaux[22]. Deux poneys, un chien, deux tonnes imp√©riales de charbon et 65 litres d'essence sont perdus, mais le bateau s'en sort[23]. Le 8 d√©cembre, le navire rencontre le premier iceberg et entre dans le pack √† 65¬į8'S[7]. Il est frein√© puis immobilis√© pendant vingt jours avant qu'une br√®che dans la glace ne permette de continuer vers le sud[Note 8]. Ces impr√©vus entrainent une consommation accrue de charbon[7], mais surtout un retard √† l'arriv√©e √† l'√ģle de Ross dont les cons√©quences se r√©percuteront par la suite.

Cap Evans

Photographie moderne de l'abri de la mission au cap Evans.

En arrivant au large de l'√ģle de Ross, le , le Terra Nova recherche des sites d'amarrage au cap Crozier, avant d'aller vers le d√©troit de McMurdo situ√© √† l'ouest, d√©j√† utilis√© par les exp√©ditions Discovery et Nimrod. Le Terra Nova se dirige vers un cap que Scott a appel√© ¬ę Skuary ¬Ľ lors de son exp√©dition pr√©c√©dente[24], √† environ 21 km au nord de l'ancienne base de 1902 de Scott sur la p√©ninsule de Hut Point. Scott esp√®re que cet endroit, plus tard rebaptis√© cap Evans, sera accessible par la mer pendant une p√©riode plus longue que celle de Hut Point o√Ļ les navires peuvent √™tre facilement pi√©g√©s par la glace, comme cela s'est produit avec le RRS Discovery.

Au cap Evans, l'√©quipe de la mission d√©barque avec dix-sept poneys, trente-deux chiens, trois v√©hicules motoris√©s (dont l'un est perdu pendant le d√©chargement), environ trente tonnes de vivres et une cabane de logement pr√©fabriqu√© en bois mesurant 15 m sur 7,7 m. Le , cet abri est utilisable. Au d√©but du XXIe si√®cle, il existe toujours, le site √©tant d√©sormais prot√©g√©. Il est parfois confondu avec l'abri ant√©rieur de Scott √† Hut Point qui a aussi √©t√© utilis√© par l'exp√©dition comme point de d√©part et abri pour les trajets vers la barri√®re de Ross.

La construction des d√©p√īts

Le but de la premi√®re saison est de mettre en place une s√©rie de d√©p√īts sur la barri√®re de Ross, de sa limite nord (Safety Camp) au 80¬į de latitude, qui seront utilis√©s lors du voyage au p√īle qui commencera au printemps suivant. Le dernier d√©p√īt, identifi√© sous le nom de One Ton Depot[25], est le plus important. Le travail doit √™tre effectu√© par douze hommes, les huit poneys les plus forts et deux √©quipes avec des chiens d'attelage. L'√©tat de la glace a emp√™ch√© l'utilisation de v√©hicules √† moteur.

L'abri de l'expédition Discovery à Hut Point.

En raison de l'arriv√©e tardive du Terra Nova, la saison est d√©j√† bien avanc√©e et les pr√©paratifs doivent √™tre acc√©l√©r√©s. Le d√©part est pr√©cipit√©, sans prendre le temps de s'entra√ģner ou d'acclimater les animaux, qui ont d√©j√† gravement souffert de la navigation. La progression est plus lente que pr√©vu, et la performance des poneys est r√©duite par le manque de chaussures-raquettes dont ils ont besoin pour marcher sur la barri√®re de glace et qui ont √©t√© oubli√©es √† cap Evans. Le blizzard arr√™te la progression des √©quipes au Corner Camp √©tabli √† 64 km de Hut Point. Scott renvoie au camp les trois poneys les plus faibles (deux meurent en route) pour compter enti√®rement sur les cinq autres poneys et les chiens dont les performances l'impressionnent de plus en plus[26]. Comme ils approchent de la latitude recherch√©e, Scott se soucie du sort des poneys qui ne survivraient pas si l'√©quipe rentrait imm√©diatement. Contre l'avis de Lawrence Oates qui veut continuer, en achevant les poneys pour leur viande au fur et √† mesure qu'ils tomberont[27], Scott d√©cide de cr√©er le One Ton Depot √† 79¬į29' S, soit √† plus de 56 km au nord de son emplacement pr√©vu (80¬į S). Cette distance s'av√®rera capitale lors du retour du p√īle, un an plus tard.

Scott retourne au Safety Camp avec les √©quipes des chiens[Note 9] - [28] et attend l'√©quipe des poneys, plus lente. Un poney meurt d'√©puisement, peu apr√®s leur arriv√©e. Les survivants franchissent la banquise pr√®s de Hut Point au moment de sa d√©sint√©gration ; malgr√© une tentative de sauvetage, trois autres poneys p√©rissent dans l'eau glac√©e[29], servant de repas aux orques[7]. Sur les huit poneys qui ont entrepris le voyage d'installation des d√©p√īts, deux seulement rentrent au camp de base.

Activités de l'hiver (1911)

L'installation des d√©p√īts est termin√©e √† la mi-avril 1911, la premi√®re exp√©dition g√©ologique dans l'ouest de la cha√ģne Transantarctique a donc lieu. L'√©quipe de Campbell quitte le camp pour la Terre Victoria et une √©quipe de vingt-sept hommes s'installe au cap Evans dans l'attente de l'hiver polaire. Les principales activit√©s sont li√©es √† la poursuite du programme scientifique, la planification du prochain voyage polaire, l'entretien du mat√©riel, la pr√©paration des rations, des conf√©rences sur diff√©rents th√®mes, des spectacles, la production du South Polar Times et un voyage au cap Crozier.

Voyages principaux (1911-1912)

L'¬ę √©quipe Nord ¬Ľ

Le programme de l'exp√©dition comprend une exploration et des travaux scientifiques dans la Terre du Roi-√Čdouard-VII, √† l'est de la barri√®re de Ross. Elle est command√©e par Victor Campbell et compos√©e de Raymond Priestley, George Murray Levick, George P. Abbott, Harry Dickason et Frank V. Browning. L'¬ę √©quipe Est ¬Ľ (Eastern Party) est en mesure d'explorer la Terre Victoria vers le nord-ouest, si la Terre du Roi-√Čdouard-VII s'av√®re inaccessible[30].

Le , le Terra Nova part de l'√ģle de Ross en direction de l'est. N'ayant pu trouver un site pour d√©barquer l'√©quipe sur la terre du Roi-√Čdouard-VII, Campbell d√©cide de naviguer vers la terre Victoria. √Ä son retour vers l'ouest, le Terra Nova voit que l'exp√©dition Amundsen a install√© un camp dans la baie des Baleines, une baie de la barri√®re de glace. Roald Amundsen est hospitalier, il propose √† Campbell de s'installer √† proximit√© de son camp, Framheim, et m√™me lui offre son aide et celle de ses chiens[31], mais Campbell d√©cline l'offre et retourne avec son √©quipe au cap Evans pour avertir Scott. Le groupe de Campbell devient alors l'¬ę √©quipe Nord ¬Ľ et navigue vers le nord pour s'installer dans la baie de Robertson, pr√®s du cap Adare, o√Ļ ils construisent un abri pr√®s des anciens quartiers de l'explorateur norv√©gien Carsten Borchgrevink[32].

Le zoologiste George Murray Levick réalise au cap Adare une étude de référence sur les comportements sexuels des manchots Adélie basée pour la première fois sur un cycle complet de reproduction en 1911-1912[33]. Il juge ses découvertes si choquantes (cas de nécrophilie, pédophilie et viol) qu'il censure ces points de son étude[33] - [Note 10].

L'√©quipe Nord passe l'hiver 1911 dans la cabane. Lors de l'√©t√© 1912, leur plan d'exploration en luge n'a pas pu √™tre enti√®rement suivi en raison de l'√©tat de la glace de mer et de leur incapacit√© √† d√©couvrir un itin√©raire int√©rieur. Le Terra Nova revient en Nouvelle-Z√©lande le , et transf√®re l'√©quipe √† Evans Cove, un emplacement situ√© √† environ 400 km au sud du cap Adare et √† environ 322 km au nord-ouest du cap Evans. Ils doivent √™tre r√©cup√©r√©s le 18 f√©vrier apr√®s l'ach√®vement de travaux g√©ologiques, mais en raison d'un pack tr√®s robuste, le navire n'est pas en mesure de les atteindre. Le groupe, malgr√© les maigres rations, passe les mois d'hiver de 1912 dans une grotte de neige qu'il a lui-m√™me creus√©e sur l'√ģle Inexpressible[34], p√™chant du poisson et chassant le phoque. Ils √©prouvent de grandes difficult√©s ‚ÄĒ gelures, malnutrition et dysenterie ‚ÄĒ, aggrav√©es par des vents forts et des temp√©ratures basses ainsi que l'inconfort du confinement dans une pi√®ce avec une fournaise √† blanc de baleine.

Au d√©but d'avril 1912, Edward Atkinson, commandant l'√©quipe du cap Evans lors de l'absence de l'√©quipe en route vers le p√īle Sud, tente d'envoyer quatre hommes jusqu'√† la c√īte de la Terre Victoria pour soulager l'√©quipe de Campbell. Le groupe part le , mais la tentative √©choue √† cause du mauvais temps[35]. L'√©quipe Nord survit √† l'hiver glacial dans une habitation de fortune, et part pour le cap Evans le 30 septembre 1912 dans un p√©riple qui comprend le passage de la difficile langue de glace Drygalski. Browning est tr√®s malade, et Dickason presque paralys√© par la dysenterie, mais l'ensemble du groupe r√©ussi √† atteindre le cap Evans, apr√®s un voyage p√©rilleux, le [36]. Les travaux g√©ologiques et les sp√©cimens recueillis par l'√©quipe sont r√©cup√©r√©s au cap Adare et d'Evans Coves par le Terra Nova en janvier 1913.

Travaux géologiques à l'ouest

Le mont Erebus, volcan rouge en activité.

Entre et , une premi√®re exp√©dition g√©ologique a pour objectif de faire de la prospection g√©ologique dans la zone c√īti√®re ouest du d√©troit de McMurdo, dans une r√©gion situ√©e entre les vall√©es s√®ches de McMurdo et le glacier Koettlitz[37]. Ce travail est entrepris par une √©quipe compos√©e de Taylor, Debenham, Wright et Evans. Ils sont d√©barqu√©s du Terra Nova le √† Butter Point[Note 11], en face du cap Evans sur la rive de la terre Victoria. Le , le groupe √©tabli son principal d√©p√īt dans la r√©gion du glacier Ferrar, et effectue ensuite des explorations et des √©tudes dans les zones de la vall√©e s√®che et du glacier Taylor avant de d√©m√©nager vers le sud jusqu'au glacier Koettlitz. Apr√®s d'autres travaux, ils quittent l'endroit le , en prenant une route vers le sud pour arriver √† la p√©ninsule de Hut Point le .

Entre et , une seconde exp√©dition g√©ologique prolonge le travail effectu√© auparavant, plus localement, sur la r√©gion de Granite Harbour √† environ 80 km au nord de Butter Point[38]. Les hommes de Taylor sont cette fois-ci Debenham, Gran et Forde. Le principal voyage commence le ; il est plus difficile en raison du trajet sur le pack. Granite Harbour est atteint le . L'√©quipe s'installe sur un site baptis√© Geology Point au cap Geology et un abri en pierres est construit. Durant les semaines suivantes, des explorations et des travaux ont lieu sur le glacier Mackay et, au nord ; une ou plusieurs cha√ģnes montagneuses sont identifi√©es et nomm√©es. L'√©quipe doit √™tre rembarqu√©e par le Terra Nova le , mais le navire ne peut les atteindre. Ils attendent jusqu'au avant de partir vers le sud et d'√™tre finalement rep√©r√©s le par le navire.

Les √©chantillons g√©ologiques des deux exp√©ditions sont r√©cup√©r√©s par le Terra Nova en janvier 1913. D'autres travaux de g√©ologie sont men√©s par l'√©quipe Nord, par l'√©quipe partie au p√īle sur le glacier Beardmore, et par un autre groupe qui a gravi le mont Erebus pendant les derni√®res semaines de l'exp√©dition, en d√©cembre 1912[39]. Le camp du sommet (Summit Camp) et le camp E, utilis√©s par les √©quipes de recherche g√©ologique en d√©cembre 1912, sont class√©s comme sites historiques de l'Antarctique.

Voyage au cap Crozier

Ce voyage au cap Crozier est planifi√© par Edward Adrian Wilson. Il d√©fend l'utilit√© de poursuivre ces travaux zoologiques en prolongement des premiers rapports datant de l'exp√©dition Discovery. Les membres de l'exp√©dition Erebus et Terror avaient rapport√© sept sp√©cimens de manchot empereur, qui ont permis √† George Robert Gray de r√©aliser la description de r√©f√©rence de cet oiseau, publi√©e dans le livre de l'exp√©dition[40] (¬ę La Zoologie du voyage antarctique des navires Erebus et Terror ¬Ľ), publi√© en 1843 par J.E. Gray et John Richardson.

Le voyage consiste donc √† obtenir des sp√©cimens d'embryons tir√©s d'Ňďufs de manchots empereurs au cap Crozier, lieu important de reproduction de l'esp√®ce. L'objectif est de pouvoir observer ¬ę des points particuliers dans le d√©veloppement de l'oiseau ¬Ľ, notamment de rechercher d'√©ventuels caract√®res reptiliens ancestraux[41] - [42]. Il a donc fallu faire un voyage en plein hiver afin d'obtenir des Ňďufs. Un deuxi√®me objectif est d'exp√©rimenter les rations alimentaires et le mat√©riel en pr√©paration de l'imminent voyage vers le p√īle Sud[43]. Le 22 juin 1911, Bowers et Apsley Cherry-Garrard accompagnent Wilson pour cette mission[42].

Aucune autre exp√©dition n'avait encore tent√© un si long voyage en Antarctique durant l'hiver. Cherry-Garrard d√©crit les dix-neuf jours et les 96 km jusqu'au cap Crozier comme une ¬ę horreur ¬Ľ, dans laquelle les v√™tements et les sacs de couchage sont constamment glac√©s. Le , la temp√©rature tombe √† ‚ąí60 ¬įC et est d√©crite comme ¬ę aussi froid que personne ne pourrait endurer dans le noir, portant des v√™tements glac√©s[44] ¬Ľ. Certains jours, la distance parcourue n'a pas d√©pass√© un mille.

Au cap Crozier, l'√©quipe construit un igloo avec des blocs de neige, des pierres et une mince planche de bois qu'ils ont apport√©e pour la toiture. Ils sont arriv√©s assez t√īt pour collecter plusieurs Ňďufs de manchot empereur, mais les conditions climatiques sont √©pouvantables. Leur igloo est presque d√©truit dans un blizzard avec des vents de force 11, obligeant l'√©quipe √† rester dans les sacs de couchage pendant trois jours. La temp√™te emporte la tente qu'ils devaient utiliser pour le retour, mais elle est heureusement r√©cup√©r√©e √† une distance d'environ 800 m√®tres de l'igloo. Refusant d'abandonner ses sp√©cimens, malgr√© les difficult√©s et les dangers auxquels il fait face, le groupe est rentr√© au cap Evans, le . Les trois Ňďufs ont surv√©cu au voyage. Ils sont d'abord envoy√©s au Mus√©e d'histoire naturelle de Londres[45] et par la suite font l'objet d'un rapport de M. Cossar Stewart √† l'Universit√© d'√Čdimbourg[46]. Ils n'ont pas, toutefois, confirm√© la th√©orie de Wilson[47].

Apsley Cherry-Garrard d√©crit ensuite ce voyage comme ¬ę Le pire voyage au monde ¬Ľ[48] et utilise cette r√©flexion comme le titre du livre qu'il a √©crit en 1922 sur l'ensemble de l'exp√©dition Terra Nova. Scott d√©crit ce voyage comme ¬ę un merveilleux exploit ¬Ľ[49] ; il est tr√®s satisfait des exp√©rimentations, des rations et du mat√©riel : ¬ę Nous sommes aussi pr√®s de la perfection que possible vues nos connaissances actuelles ¬Ľ[50].

La barrière de Ross

Le , Robert Falcon Scott r√©v√®le ses plans pour le voyage vers le p√īle Sud, un aller-retour d'une distance d'environ 2 842 km (1 766 milles) depuis la p√©ninsule de Hut Point[51], avec une dur√©e estim√©e √† 144 jours. Seize hommes entameront le voyage, en utilisant les v√©hicules chenill√©s, les poneys et les chiens, de la barri√®re de Ross au glacier Beardmore. √Ä cette √©tape, les chiens retourneront vers le camp de base et les poneys seront tu√©s pour servir de nourriture. Par la suite, douze hommes en trois groupes monteront sur le glacier, hissant et tirant leur mat√©riel eux-m√™mes. Un seul de ces groupes tentera la conqu√™te du p√īle, les autres √©tant des groupes de soutien qui seront renvoy√©s au fur et √† mesure selon les latitudes atteintes, la composition du groupe polaire √©tant d√©cid√© par Scott au cours du voyage. Il s'agit d'un plan complexe, o√Ļ les calculs de vitesse, de distance et de consommation de rations ne sont pas simples.

L'¬ę √©quipe motoris√©e ¬Ľ (Edward Evans, Bernard Day, William Lashly et F. J. Hooper) part du cap Evans le avec deux v√©hicules afin de transporter des charges √† la latitude 80¬į30' S et d'attendre les autres √©quipes. Avant le , les deux v√©hicules √† moteur tombent en panne, le second apr√®s seulement 87 km[52], et les hommes transportent les 336 kg de fournitures restantes sur 241 km, √† l'emplacement qui leur a √©t√© assign√©, avec deux semaines de retard. Les autres √©quipes qui ont quitt√© cap Evans le ne les rejoignent pas avant le . Les mauvaises conditions m√©t√©orologiques avec une temp√©rature ne d√©passant jamais ‚ąí18 ¬įC et les performances variables des poneys, obligeant r√©guli√®rement √† se d√©placer de nuit, ralentissent leur progression[53].

Le , Bernard Day et F. J. Hooper rentrent √† la base. Les chiens doivent normalement faire demi-tour, mais √† cause du retard, Scott d√©cide de les faire continuer le trajet, informant George Simpson, responsable du camp du cap Evans lors de l'absence de Scott. Le , l'exp√©dition campe pr√®s de la ¬ę passerelle ¬Ľ (le passage entre la barri√®re de Ross et le glacier Beardmore) lorsqu'ils rencontrent un blizzard, for√ßant les hommes √† rester au camp jusqu'au en les obligeant √† consommer des rations destin√©es au voyage sur le glacier. Lorsque le blizzard se l√®ve, les poneys restant sont abattus (quatre avaient √©t√© tu√©s plus t√īt) et leur viande stock√©e dans des d√©p√īts ou ajout√©e aux rations transport√©es. Le , Cecil Meares, Demetri Gerof et les chiens repartent. Ils devaient initialement faire demi tour √† la latitude 81¬į15' S mais en raison de leurs excellentes performances et du retard accumul√©, Scott d√©cida de les garder jusqu'√† 83¬į35' S. Ils arrivent le √† Hut Point[54].

Le glacier Beardmore

À l'heure du déjeuner : de gauche à droite, Evans, Bowers, Wilson et Scott.

Les douze autres hommes gravissent le glacier Beardmore et installent le le Upper Glacier Depot. Scott n'a encore aucune id√©e des personnes qui l'accompagneront dans le voyage final au p√īle. Le 22 d√©cembre, √† une latitude de 85¬į20' S, il renvoie Edward Atkinson, Apsley Cherry-Garrard, C. S. Wright et Patrick Keohane en tant que premi√®re √©quipe de soutien. Scott donne √† Atkinson des ordres concernant les chiens, en lui demandant de veiller √† ce que le One Ton Depot ‚ÄĒ un des d√©p√īts principaux de la barri√®re de Ross ‚ÄĒ soit r√©aliment√© et d'emmener les chiens plus au sud pour aider le retour des √©quipes qui continuent.

Les deux autres √©quipes poursuivent plus au sud dans de bonnes conditions et compensent une partie du temps perdu sur la barri√®re de glace. Le , √† une latitude de 87¬į32'S, Scott fixe la composition de la derni√®re √©quipe : cinq hommes ‚ÄĒ lui-m√™me, Edward Adrian Wilson, Lawrence Oates, Henry Robertson Bowers et Edgar Evans ‚ÄĒ continueront alors que le lieutenant Edward Evans, William Lashly et Thomas Crean retourneront en tant qu'√©quipe de soutien. La d√©cision est r√©fl√©chie mais surprenante : tout avait √©t√© fond√© sur des √©quipes de quatre hommes. Avant le d√©part, Edward Evans re√ßoit des instructions plus pr√©cises concernant les chiens. Au cours du retour de cette √©quipe de soutien, Evans tombe gravement malade du scorbut. Au One Ton Depot, il ne peut plus marcher et est transport√© sur le tra√ģneau par ses camarades jusqu'√† environ km au sud de la p√©ninsule de Hut Point[55]. De l√†, le , Crean marche seul jusqu'au Hut Point et, par chance, trouve Atkinson et Demetri pr√©parant les chiens pour r√©approvisionner le One Ton Depot. Une √©quipe de secours est alors form√©e et Evans est transport√© moribond √† Hut Point le . Lashly et Crean (mais pas Atkinson[Note 12]) ont par la suite re√ßu des M√©dailles Albert pour leurs efforts[56].

Le p√īle Sud

Le groupe du p√īle continue plus au sud, d√©passant le le point le plus extr√™me de l'exp√©dition Nimrod d'Ernest Shackleton (88¬į 23' S). Sept jours plus tard, √† environ 24 km de leur but, le drapeau noir de Roald Amundsen est rep√©r√© et les membres de l'√©quipe comprennent qu'ils sont devanc√©s.

¬ę Le pire est arriv√©. Un simple coup d'Ňďil nous r√©v√®le tout. Les Norv√©giens nous ont devanc√©s... Demain nous irons jusqu'au p√īle, puis nous rentrerons √† la base le plus vite possible ¬Ľ

‚ÄĒ Journal de Scott, 16 janvier 1912[57].

Ils atteignent le p√īle le lendemain, le , et d√©couvrent qu'Amundsen est arriv√© le . Les Norv√©giens ont laiss√© une tente, quelques fournitures, un court message pour Scott et une lettre pour le roi Haakon VII afin d'authentifier l'exploit, qu'ils demandent poliment √† Scott de faire parvenir √† son destinataire.

Scott et ses hommes √† la base de Roald Amundsen, Polheim, au p√īle Sud. De gauche √† droite : Scott, Bowers, Wilson et PO Evans. La photo est prise par Lawrence Oates.

L'arriv√©e pr√®s d'un mois plus t√īt d'Amundsen entra√ģne une vive d√©ception mais elle n'est pas totalement inattendue. L'installation d'Amundsen dans la baie des Baleines en √©tait un signe notable. Le Norv√©gien se basait exclusivement sur les chiens dans lesquels lui et ses compatriotes avaient une grande expertise. La strat√©gie mixte de Scott a √©t√© plus dure pour les hommes et n√©cessitait un d√©part retard√© afin que les poneys aient un temps plus cl√©ment. En comparaison, le voyage d'Amundsen au p√īle a dur√© 57 jours contre 79 pour Scott, Amundsen √©tant parti 12 jours plus t√īt.

Apr√®s avoir confirm√© leur position et plant√© leur drapeau, Scott et ses hommes retournent vers le camp de base d√®s le lendemain et progressent raisonnablement pendant trois semaines avec une moyenne de 23 km par jour. Cependant, la saison avance et les temp√©ratures descendent jusqu'√† ‚ąí29 ¬įC. La neige devient de plus en plus dure et √©paisse. Elle augmente l'adh√©rence des skis et rend la traction du tra√ģneau de plus en plus difficile. Le , ils commencent leur descente du glacier Beardmore mais le voyage et la localisation des d√©p√īts sont difficiles. Malgr√© cela, Scott ordonne une demi-journ√©e de travaux g√©ologiques et 14 kg d'√©chantillons sont ajout√©s au chargement. La sant√© d'Edgar Evans se d√©t√©riore rapidement, une blessure √† la main ne gu√©rissant pas. Il est gravement touch√© par le froid et il se pourrait qu'il ait √©t√© bless√© √† la t√™te apr√®s plusieurs chutes sur la glace. Tous les membres de l'√©quipe sont victimes de malnutrition mais, comme Evans est le plus grand, la plupart estiment que c'est pour cette raison qu'il est le plus touch√©. Pr√®s du pied du glacier, il tombe et meurt le [57].

Le retour du p√īle.

Au retour sur la barri√®re de glace, l'√©quipe subit des conditions m√©t√©orologiques extr√™mes, jamais enregistr√©es dans cet environnement hostile[58]. Cela, alli√© √† leur faiblesse due √† la d√©shydratation, la malnutrition et de vraisemblables probl√®mes de scorbut, scelle leur sort. La marche progresse √† un rythme ralenti et il devient de plus en plus difficile de survivre avec les rations r√©cup√©r√©es aux d√©p√īts. Lawrence Oates, qui souffre d'une vieille blessure de guerre au pied, paralys√© par des gelures, √©prouve de plus en plus de difficult√©s √† suivre. Le , le jour de son 32e anniversaire, se sachant condamn√© par la gangr√®ne[57] et devinant que ses compagnons refuseront de l‚Äôabandonner, il pr√©f√®re se sacrifier pour le bien de l'√©quipe. Il quitte la tente avec des paroles devenues c√©l√®bres ‚ÄĒ ¬ę Je vais sortir et j'y resterai peut-√™tre longtemps ¬Ľ (¬ę I am just going outside and I may be some time ¬Ľ) ‚ÄĒ avant de dispara√ģtre dans le blizzard. La peinture A Very Gallant Gentleman du peintre britannique John Charles Dollman est un hommage bien connu √† ce courage[57].

Ce sacrifice d√©lib√©r√©[59] n'est pas suffisant pour sauver les autres. Scott, Wilson et Bowers luttent jusqu'√† 18 km au sud du One Ton Depot mais sont bloqu√©s le par un violent blizzard ; il leur est impossible d'avancer, m√™me si chaque jour, ils tentent de le faire. Leurs stocks arrivent donc √† expiration. Le journal de Scott au , la date pr√©sum√©e de leur mort, se termine par ces mots :

¬ę Chaque jour nous sommes pr√™ts √† nous rendre √† notre d√©p√īt √† 11 milles d'ici, mais devant l'entr√©e de la tente persiste un paysage de cong√®res se d√©pla√ßant au gr√© du vent. Je ne pense pas qu'on puisse esp√©rer mieux maintenant. Nous lutterons jusqu'√† la fin, mais nous nous affaiblissons, √©videmment, et la fin est proche. C'est regrettable mais je ne pense pas que je puisse √©crire davantage. R. Scott. Derni√®re entr√©e. Pour l'amour de Dieu, prenez soin de nos familles[60]. ¬Ľ

L'assistance à l'équipe polaire (1912)

Ravitaillement du One Ton Depot

Les membres de l'exp√©dition tirant leur tra√ģneau.

Scott a ordonn√© le ravitaillement du One Ton Depot √† Meares, puis r√©p√©t√© ses directives √† Simpson, juste avant de s'engager sur la route du p√īle. Le d√©p√īt doit contenir ¬ę cinq rations XS (Extra Summit)[Note 13], ou au minimum trois, et autant de nourriture pour les chiens, le d√©p√īt devant √™tre construit au 10 janvier 1912 ¬Ľ[61]. Lorsque Atkinson retourne au cap Evans, le , il apprend que les trois rations minimums ont √©t√© entrepos√©es mais que le d√©p√īt et la nourriture pour chien demand√©s n'ont pas √©t√© plac√©s[Note 14]. Il d√©cide de prendre lui-m√™me les deux rations √† One Ton, mais apparemment ne trouve rien pour la nourriture des chiens[Note 15].

L'urgence du sauvetage du lieutenant Evans, sur la barri√®re de glace, force Atkinson √† changer ses plans et √† confier la mission de ravitaillement du d√©p√īt √† Cherry-Garrard[Note 16]. Il est accompagn√© par le musher Demetri Gerof. Atkinson n'a pas encore de crainte concernant l'√©quipe polaire car, quand Evans a vu l'√©quipe pour la derni√®re fois sur le plateau Antarctique, elle se d√©pla√ßait en bon ordre et dans les d√©lais pr√©vus. Atkinson donne des ordres √† Cherry-Garrard qui √©crira plus tard qu'ils √©taient ¬ę de se rendre au One Ton Depot le plus rapidement possible et de laisser de la nourriture l√†-bas. Si Scott et son √©quipe ne sont pas arriv√©s avant moi, je devrai juger moi-m√™me de ce qu'il faut faire ¬Ľ et ¬ę Rappelez-vous que Scott ne d√©pend pas des chiens pour son retour et qu'ils n'allaient pas tenter leur chance avec les chiens[62] - [Note 17] ¬Ľ. Le compte-rendu d'Atkinson va √©galement dans ce sens[63].

Le camp temporaire.

Le , Apsley Cherry-Garrard part de la p√©ninsule de Hut Point avec Gerof et deux meutes de chiens. Ils arrivent au One Ton Depot le et d√©posent les rations suppl√©mentaires. Scott n'est pas l√†. Avec des stocks pour eux-m√™mes et les chiens pour vingt-quatre jours, ils ont environ huit jours d'attente avant de devoir revenir √† Hut Point. Alternative √† l'attente, le d√©part vers le sud, en l'absence de d√©p√īt de nourriture pour les chiens, revient √† les condamner et √† enfreindre l'ordre de Scott. Cherry-Garrard d√©cide donc d'attendre Scott. Le , avec l'aggravation des conditions m√©t√©orologiques, devant la baisse de ses propres vivres et ignorant que l'√©quipe de Scott se bat pour survivre √† moins de 113 km[64], Cherry-Garrard retourne au camp, atteignant Hut Point le . Atkinson √©crit plus tard : ¬ę Je suis convaincu qu'aucun autre officier de l'exp√©dition n'aurait pu mieux faire[65] ¬Ľ, mais Cherry-Garrard s'est senti responsable de la mort de l'√©quipe de Scott le reste de sa vie, se demandant s'il aurait pu faire un choix qui aurait pu les sauver[66].

Dernier effort

Apr√®s le retour de Cherry-Garrard du One Ton Depot sans nouvelles de Scott, l'anxi√©t√© augmente lentement. Atkinson d√©cide de faire un voyage de plus pour essayer d'atteindre l'√©quipe polaire, et le il part avec Keohane avec un tra√ģneau qu'ils tirent eux-m√™mes avec dix-huit jours de provisions. Dans de tr√®s basses temp√©ratures (‚ąí40 ¬įC), ils atteignent le Corner Camp le , quand, selon l'avis d'Atkinson, les conditions m√©t√©orologiques, le froid et la p√©riode de l'ann√©e rendent la progression vers le sud impossible. Atkinson note, ¬ę Dans ma t√™te, j'√©tais certain que l'√©quipe (polaire) avait p√©ri ¬Ľ[67] et il retourne alors avec Keohane √† Hut Point.

L'équipe de recherche

La croix de bois érigée au sommet d'Observation Hill à la mémoire des morts de l'expédition.

Les autres membres de l'exp√©dition[Note 18] attendent tout l'hiver, poursuivant leurs travaux scientifiques. Le , Atkinson conduit une √©quipe de recherche avec des mules[Note 19] pour conna√ģtre, si possible, le sort de l'√©quipe polaire. Le , les corps gel√©s de Scott, Wilson et Bowers sont d√©couverts dans une tente √† 18 km au sud du One Ton Depot.

Atkinson lit les principales pages du journal de Scott r√©v√©lant les conditions de la trag√©die. Apr√®s avoir recueilli les journaux, des effets personnels et des dossiers, la tente est abattue sur les corps et un cairn en neige est √©rig√©, surmont√© d'une croix fabriqu√©e √† partir des skis de Gran. L'√©quipe recherche le corps de Lawrence Oates plus au sud, mais elle ne retrouve que son sac de couchage. Le , elle √©l√®ve un autre cairn pr√®s de l'endroit o√Ļ elle estime qu'il est mort.

De retour √† Hut Point, le , l'√©quipe de recherche constate que l'√©quipe Nord de Campbell a r√©ussi √† revenir √† la base, le . En tant qu'officier le plus √Ęg√©, Campbell prend le commandement de l'exp√©dition les derni√®res semaines, avant l'arriv√©e du Terra Nova le . Avant le d√©part d√©finitif, une grande croix de bois est √©rig√©e au sommet d'Observation Hill, la colline surplombant Hut Point. Les noms des disparus y sont inscrits, ainsi qu'une courte citation du po√®me Ulysse d'Alfred Tennyson : ¬ę To strive, to seek, to find, and not to yield ¬Ľ[Note 20].

Bilan

Le mythe du héros

A Very Gallant Gentleman de John Charles Dollman, reprenant la mort de Lawrence Oates.

La mort de Scott et de son √©quipe √©clipse tout le reste dans l'esprit du public, y compris l'exploit de l'√©quipe de Roald Amundsen comme les premiers hommes au p√īle[68]. Pendant de nombreuses ann√©es, l'image de h√©ros tragique pour Scott, au-del√† de tout reproche, est rest√©e pratiquement incontest√©e, car bien qu'il y e√Ľt des dissensions parmi ceux qui √©taient proches de l'exp√©dition, y compris les proches des disparus[69], cette m√©sentente ne fut pas publique. La l√©gende a grandi au fil du temps et a √©t√© renouvel√©e par le film L'√Čpop√©e du capitaine Scott de 1948 et par la conqu√™te de l'Everest en 1953. Il n'y a pas eu de v√©ritable changement dans la perception du public jusque dans les ann√©es 1970, √©poque √† laquelle la quasi-totalit√© des personnes directement impliqu√©es dans l'exp√©dition √©taient d√©c√©d√©es.

La controverse √©clate avec la publication de l'ouvrage de Roland Huntford Scott and Amundsen en 1979 (r√©√©dit√© et adapt√© en 1985 √† la t√©l√©vision sous le nom de The Last Place on Earth). Ce livre, tr√®s critique sur Scott et lui reprochant tout ce qui s'est mal pass√©, trouve l'approbation d'une g√©n√©ration moins sensibles aux r√©cits h√©ro√Įques. La critique porte principalement sur le style autoritaire pr√™t√© √† Scott, son manque de jugement des hommes et sur une s√©rie de dysfonctionnements organisationnels tels que le transport combin√©. Il a fallu de nombreuses ann√©es avant qu'une r√©plique, conduite par des √©crivains, historiens et scientifiques tels que Ranulph Fiennes et Susan Solomon[Note 21], am√®ne une r√©habilitation, et dans une certaine mesure r√©tablisse la r√©putation de Scott.

Les historiens polaires s'accordent g√©n√©ralement √† penser que les techniques de Roald Amundsen, soutenu par ses exp√©riences ant√©rieures en Arctique et sa familiarit√© avec les conditions m√©t√©orologiques, lui ont donn√© d'√©normes avantages dans la course au p√īle Sud[70], mais cela ne donne pas vraiment les raisons de l'√©chec tragique.

La dernière lettre de Scott

Dernière page du journal de Scott.

Le journal de Scott retrouvé par Atkinson fut édité et fut la base des premières parutions sur l'expédition, contribuant à mieux comprendre les conditions de la tragédie. Incluses dans ce journal se trouvent des lettres écrites aux femmes de ses compagnons d'infortune (Edward Adrian Wilson et Henry Robertson Bowers) et à quelques amis, comme le parrain de son fils Peter J. M. Barrie[Note 22] ou encore son dernier commandant Francis Charles Bridgeman[71].

Sa derni√®re lettre, la plus notoire et marquante, est expos√©e au British Museum de Londres. Scott √©crit √† destination du public, pr√®s de sa fin, pour donner sa version de l'√©chec de l'exp√©dition[72]. Pour lui, c'est une accumulation de malchances plut√īt qu'une mauvaise organisation. Ses d√©tracteurs comme Roland Huntford y voient une justification[73] et Diana Preston l'analyse comme un m√©lange de causes, d√©faillances logistiques et pure malchance[74].

Le régime alimentaire

La cause probable de la mort de l'√©quipe polaire √©tant li√©e √† la d√©nutrition et/ou scorbut, la question du r√©gime alimentaire est importante. Les rations √©taient fond√©es sur la science nutritionnelle de 1910, avant la pleine connaissance de la vitamine C et de l'origine du scorbut. La priorit√© avait √©t√© donn√©e √† une haute teneur en prot√©ines consid√©r√©e comme n√©cessaire √† la combustion des calories durant le d√©placement des lourdes charges, en particulier les tra√ģneaux tir√©s par les hommes eux-m√™mes. En fait, la valeur calorique des rations utilis√©es a √©t√© gravement surestim√©e, m√™me si cela ne fut √©vident que beaucoup plus tard[75]. La ration quotidienne de base pour un homme √©tait de 450 g de biscuits, 336 g de pemmican, 84 g de sucre, 56 g de beurre, 20 g de th√© et de 16 g de cacao[76]. Ce r√©gime sera compl√©t√© par la viande des poneys, mais ces suppl√©ments n'auraient pas combl√© le d√©ficit calorique sur de longues p√©riodes.

Le r√īle d'Edward Evans

Selon une d√©claration en 2017 du professeur Chris Turney de l'universit√© de Nouvelle-Galles du Sud, Edward Evans aurait contribu√© au d√©sastre d'apr√®s des recherches r√©centes[77]. En particulier, il aurait fait croire qu'il √©tait atteint du scorbut avant de l'√™tre vraiment afin de pouvoir consommer des rations suppl√©mentaires, ce qui se justifiait plus pour un homme malade[77]. De plus, lorsque Evans est renvoy√© √† la base, il ne transmet pas des instructions de Scott pour qu'une nouvelle √©quipe soit envoy√©e √† leur rencontre avec des vivres, soit par ¬ę incomp√©tence ¬Ľ, soit pour ¬ę se venger de Scott ¬Ľ pour son retrait de l'√©quipe menant la conqu√™te du p√īle[77].

Le carnet du photographe de l'expédition de 1911, retrouvé en 2013

En 2013, la fonte des neiges de l'Antarctique a mis au jour le carnet du photographe officiel de l'expédition du capitaine Robert Scott. Les chercheurs ont trouvé le journal de George Levick à l'extérieur de la base Terra Nova de 1911. C'est la première fois que des vestiges importants réapparaissent depuis plus d'un siècle.

Ce carnet appartenait √† un chirurgien, zoologiste et photographe George Murray Levick, n√© en 1876 et mort en 1956. Son nom appara√ģt clairement au d√©but du carnet. Levick faisait partie de l'exp√©dition du capitaine Robert Scott de 1910 √† 1913. Le carnet contient les notes de Levick indiquant la date, les sujets et les d√©tails des photos prises en 1911.

Ce sont les chercheurs de l'Antarctic Heritage Trust, de Nouvelle-Zélande, qui l'ont découvert. L'institution est responsable de la conservation de cinq sites historiques de la région de la mer de Ross, en Antarctique. La conservatrice française Aline Leclercq a été chargée de la restauration et de la numérisation des données du carnet[78] - [79].

Hommage

Des chansons comme Héroes de la Antártida du groupe espagnol Mecano et Terra Nova du groupe anglais I Like Trains relatent le destin de Scott et ses compagnons. De nombreuses références sont également faites au sacrifice de Lawrence Oates, en peinture ou littérature[Note 23].

En 2012, une expédition commémorative privée, l'International Scott Centenary Expedition 2012 (ISCE 2012), est prévue pour le centenaire de l'expédition initiale[80].

Notes et références

Notes

  1. La base antarctique Amundsen-Scott qui sera cr√©√©e en 1956 au p√īle Sud porte par exemple le nom conjoint des deux explorateurs, et non du premier homme.
  2. ¬ę Je vous laisse McMurdo ¬Ľ (¬ę I am leaving McMurdo sound to you ¬Ľ) avait √©crit Shackleton √† Scott le . Il avait √©galement pr√©cis√© les diff√©rentes alternatives qu'il se proposait de suivre.
  3. le Raj britannique (Inde) est à l'époque une colonie du Royaume-Uni et un certain nombre de ses officiers sont donc britanniques.
  4. Diana Preston sugg√®re que Edward Evans est √† bl√Ęmer pour avoir laiss√© Meares faire cette commission.
  5. Si durant la pose des d√©p√īts, le journal de Scott contenait des commentaires g√©n√©ralement n√©gatifs sur les chiens, par exemple le 27 janvier et le 17 mars, dans ces notes durant le voyage vers le p√īle, leurs performances sont d√©crites comme ¬ę splendides ¬Ľ.
  6. Il y a diff√©rentes versions des mots de ce t√©l√©gramme. Apsley Cherry-Garrard (p. 82), David Crane (p. 423) et Diana Preston (p. 127) le reportent tous comme tr√®s succinct : ¬ę Je vais au Sud ¬Ľ (¬ę Am going south ¬Ľ). Le lieutenant Evans, cit√© par Susan Solomon (p. 64), donne la version la plus courtoise, formulation que Ranulph Fiennes et Roland Huntford utilisent √©galement.
  7. Dans le film L'√Čpop√©e du capitaine Scott, Scott re√ßoit le t√©l√©gramme en Nouvelle-Z√©lande lorsqu'il charge son navire, il le garde sans l'ouvrir et prend connaissance de son contenu une fois en mer, mais c'est faux.
  8. En 1901-1902, seize jours furent nécessaires au RRS Discovery entre Lyttelton et le cap Adare ; en 1908, le Nimrod mis vingt-quatre jours ; aussi les quarante jours du Terra Nova est de loin le plus long voyage.
  9. Ce fut lors de ce voyage qu'il effectue son célèbre sauvetage avec les chiens lorsqu'une des équipes tomba dans une crevasse
  10. Le Mus√©e d'histoire naturelle de Londres rend finalement publique cette √©tude en 2012 apr√®s l'avoir √©gar√©e[33]. Les mŇďurs sexuelles de ces oiseaux seront expliqu√©es par le peu de temps que dure leur cycle de reproduction et le fait que les jeunes adultes n'ont tout simplement ¬ę aucune exp√©rience de la mani√®re de se comporter d'o√Ļ l'apparente d√©pravation de leur comportement ¬Ľ[33].
  11. Butter Point a √©t√© nomm√© ainsi apr√®s qu'un d√©p√īt contenant du beurre a √©t√© laiss√© durant l'exp√©dition Discovery.
  12. Atkinson a cependant reçu une Médaille Albert durant la Première Guerre mondiale.
  13. Une ration XS était de la nourriture pour quatre hommes pour une semaine
  14. Il n'est pas certain qu'il savait pour l'absence de nourriture pour les chiens, mais il √©crit dans Scott's Last Expedition, vol. II, p. 300 : ¬ę [...] il n'y avait pas de nourriture pour chiens dans les d√©p√īts hormis √† corner Camp ou le long du chemin ¬Ľ.
  15. L'absence de nourriture pour chiens au One Ton depot a emp√™ch√© Atkinson de suivre les instructions de Scott ¬ę d'amener les chiens au Sud ¬Ľ, ou les ordres plus sp√©cifiques qu'Evans a re√ßu, d'amener les chiens √† 82¬į ou √† 83¬į S.
  16. Meares √©tait sur le point de partir avec le navire, C. S. Wright (le premier choix d'Atkinson) √©tait d√©j√† bien impliqu√© dans les travaux scientifiques, donc Cherry-Garrard √©tait le seul ¬ę officier ¬Ľ disponible.
  17. Auparavant, Scott a expliqué qu'il souhaitait conserver les chiens pour les travaux scientifiques de la troisième saison.
  18. Soit treize personnes au cap Evans ; l'équipe de six personnes de Campbell manquant toujours à l'appel.
  19. Ces cadeaux du gouvernement indien ont débarqué du Terra Nova en février. Elles sont de meilleure qualité que leurs prédécesseurs
  20. ¬ę Travailler, chercher, trouver, et ne pas c√©der. ¬Ľ
  21. Dans The Coldest March, basée sur de vastes recherches météorologiques, Solomon attribut l'échec de l'équipe à la seule cause du temps extrême sur la barrière de glace
  22. J. M. Barrie, l'auteur de Peter Pan et l'officier supérieur Clements Markham étaient tous deux parrains de Peter.
  23. Pour plus d'informations, se référer à l'article consacré à Lawrence Oates.

Références

  1. David Crane, Scott of the Antarctic, p. 397
  2. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 75
  3. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 85
  4. Lettre de Scott à Ernest Shackleton (David Crane, Scott of the Antarctic, p. 335-336).
  5. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 83
  6. (en) Biographie de Douglas Mawson, south-pole.com
  7. (en) The Terra Nova Expedition 1910-13, coolantarctica.com
  8. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 157
  9. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 86
  10. Voir la note du lieutenant Edgar Evans, Scott's Last Expedition, vol II, p. 489.
  11. David Crane, Scott of the Antarctic, p. 406
  12. Edgar Evans, Scott's Last Expedition, vol II p. 498.
  13. Roland Huntford, Scott and Amundsen, p. 267
  14. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 113 et 217
  15. Robert Falcon Scott, Journals: Captain Scott's Last Expedition, p. 423‚ÄĒ424 et 434‚ÄĒ438
  16. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 80
  17. Susan Solomon, The Coldest March: Scott's Fatal Antarctic Expedition, p. 22.
  18. David Crane, Scott of the Antarctic, p. 462-464
  19. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 50
  20. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 432.
  21. David Crane, Scott of the Antarctic, p. 427
  22. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 13-14.
  23. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 16.
  24. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 89.
  25. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 206
  26. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 143
  27. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 212
  28. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 167-170
  29. Note d'Henry Robertson Bowers sur le d√©sastre (Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 182‚Äď196)
  30. Ordre de Scott à Campbell, Scott's Last Expedition, vol. II, p. 79-82.
  31. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 144
  32. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 89-90.
  33. ¬ę La "d√©pravation sexuelle" des manchots scandalise un explorateur du XXe si√®cle ¬Ľ,
  34. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 130.
  35. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 312-316.
  36. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 155-179.
  37. Voir les instructions de Scott, Scott's Last Expedition, vol. II, p. 184-85.
  38. Instructions de Scott, Scott's Last Expedition, vol. II, p. 222-223.
  39. Rapport Priestley, Scott's Last Expedition, vol. II, p. 350.
  40. (en) Sir John Richardson et John Edward Gray, The zoology of the voyage of H.M.S. Erebus and Terror, under the command of Capt. Sir J. C. Ross during 1839-1843, vol. 1, Londres, E. W. Janson, 1844-1875, 324 p. (lire en ligne), p. 39 du paragraphe Birds (118e page)
  41. Edward Adrian Wilson, Scott's Last Expedition, vol. II, p. 1.
  42. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 89
  43. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 305
  44. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 296
  45. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 351‚Äď352
  46. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 353-356
  47. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 260
  48. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 350
  49. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 361.
  50. Scott's Last Expedition, vol. I, p. 368.
  51. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 373
  52. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 269
  53. (en) The Journey to the Pole, coolantarctica.com
  54. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 394-397
  55. Journal de William Lashly (Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 442‚Äď462).
  56. Sara Wheelern, Cherry, p. 178.
  57. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 95
  58. Voir l'analyse dans Susan Solomon, The Coldest March: Scott's Fatal Antarctic Expedition.
  59. Voir la note de Scott du , Scott's Last Expedition, vol I, p. 592
  60. Derni√®re note du journal de Scott le : ¬ę Every day we have been ready to start for our depot 11 miles away, but outside the door of the tent it remains a scene of whirling drift. I do not think we can hope for any better things now. We shall stick it out to the end, but we are getting weaker, of course, and the end cannot be far. It seems a pity but I do not think I can write more. R. Scott. For God's sake look after our people. ¬Ľ (Robert Falcon Scott, Journals: Captain Scott's Last Expedition, p. 412)
  61. Préface de l'édition de 1965 par George Seaver (Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 30)
  62. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 472-473
  63. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 298-306.
  64. Table des distances (Robert Falcon Scott, Journals: Captain Scott's Last Expedition, p. 443‚ÄĒ445)
  65. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 306.
  66. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 210
  67. Scott's Last Expedition, vol. II, p. 309.
  68. Roland Huntford, Scott and Amundsen, p. 526
  69. Ranulph Fiennes, Captain Scott, p. 410-422
  70. Voir par exemple Scott of the Antarctic de David Crane, p. 426 ou A First Rate Tragedy de Diana Preston, p. 221.
  71. Robert Falcon Scott, Journals: Captain Scott's Last Expedition, p. 415‚ÄĒ420
  72. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand d√©fi des p√īles, p. 130-131
  73. Roland Huntford, Scott and Amundsen, p. 509
  74. ¬ę The Reason Why ¬Ľ (Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 214-228)
  75. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 218-219
  76. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 181
  77. ¬ę New Evidence Reveals Treachery May Have Doomed Scott's Antarctic Expedition ¬Ľ, sur IFLScience (consult√© le )
  78. (en)Notebook lost 100 years discovered Antartic snow, sur le site dailymail.co.uk, consulté le 25 octobre 2014.
  79. (en)Antarctic Heritage Trust - George Murray Levick's Notebook, sur le site nzaht.org, consulté le 25 octobre 2014.
  80. (en) ¬ę International Scott Centenary Expedition 2012 ¬Ľ (consult√© le ).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

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  • (en) Diana Preston, A First Rate Tragedy : Robert Falcon Scott and the Race to the South Pole, Boston, Houghton Mifflin Company, , 269 p. (ISBN 978-0-395-93349-7)
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  • Pierre Marc, Le Tombeau des glaces, duel mortel pour le p√īle, Dorval √Čditions, coll. ¬ę Grandes aventures polaires ¬Ľ, , 226 p. (ISBN 978-2-35107-102-1)

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