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Abou el Kacem Chebbi

Abou el Kacem Chebbi (arabe : ō£ō®Ŕą ōßŔĄŔāōßō≥ŔÖ ōßŔĄōīōßō®Ŕä), √©galement orthographi√© Aboul Kacem Chabbi ou Aboul-Qacem Echebbi, n√© probablement le √† Tozeur et mort le √† Tunis, est un po√®te tunisien d'expression arabe consid√©r√© par Abderrazak Chera√Įt comme le po√®te national de Tunisie[1].

Abou el Kacem Chebbi
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Description de cette image, également commentée ci-après
Abou el Kacem Chebbi portant une ch√©chia √† l'√Ęge de 17 ans.
Naissance
Tozeur, Tunisie
Décès
Tunis, Tunisie
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Arabe
Genres

Ňíuvres principales

  • L'Imagination po√©tique chez les Arabes (1929)
  • La Volont√© de vivre (1933)
  • Ela Toghat Al Alaam (1934)
  • Les Chants de la vie (1955)
  • Journal (1965)

Tr√®s jeune, Chebbi voyage √† travers toute la Tunisie. En 1920, il entre √† l'universit√© Zitouna o√Ļ il conna√ģt de difficiles conditions de vie. En parall√®le √† l'√©criture de ses po√®mes, il participe aux manifestations anti-zitouniennes qui agitent alors Tunis. Ayant termin√© ses √©tudes, il commence √† fr√©quenter des cercles litt√©raires et, le , tient une conf√©rence √† la Khaldounia avec pour sujet l'imagination po√©tique chez les Arabes. Il y critique la production po√©tique arabe ancienne et cette conf√©rence, bien qu'elle d√©clenche dans tout le Proche-Orient des r√©actions violentes √† son encontre, participe au renouvellement de la po√©sie arabe. Mais son p√®re meurt en septembre de la m√™me ann√©e et, en janvier 1930, Chebbi veut donner √† nouveau une conf√©rence qui soit √† la hauteur de celle de la Khaldounia. Toutefois, celle-ci est boycott√©e par ses adversaires, ce qu'il ressent comme un v√©ritable √©chec. Sa sant√©, d√©j√† fragile, se d√©grade encore consid√©rablement et il meurt subitement √† l'√Ęge de 25 ans.

Abderrazak Chera√Įt consid√®re Abou el Kacem Chebbi comme ¬ę l'un des premiers po√®tes modernes de Tunisie ¬Ľ[2]. Ses po√®mes apparaissent dans les plus prestigieuses revues de Tunisie et du Moyen-Orient. Fortement influenc√© par le romantisme europ√©en des XVIIIe et XIXe si√®cles, Chebbi, qu'on a pu surnommer ¬ę le Voltaire arabe ¬Ľ[3], se penche sur des th√®mes comme la libert√©, l'amour et la r√©sistance, notamment dans son fameux Ela Toghat Al Alaam qui s'adresse ¬ę aux tyrans du monde ¬Ľ et qu'il √©crit en plein protectorat fran√ßais de Tunisie.

Biographie

Famille

Chebbi na√ģt au sein d'une noble famille lettr√©e et intellectuelle en (sans doute le 24[4], soit le 3 Safar 1327 dans le calendrier h√©girien[5]) dans le hameau familial de Ch√Ębbiya (devenu aujourd'hui l'un des quartiers de Tozeur correspondant au lieu-dit Ras El A√Įn[6])[7]. Ch√Ębbiya est √† l'origine le nom d'une confr√©rie mystique fond√©e par l'anc√™tre des Chebbi, Ahmed Ibn Makhlouf Chebbi (1431-1492)[8]. Hatem Bourial s'exprime ainsi sur la date de naissance exacte de Chebbi :

¬ę Est-il v√©ritablement n√© un ? Nul ne le sait vraiment : seule certitude, l'ann√©e 1909 fut celle de sa naissance et, de son vivant, il n'apporta aucun d√©menti √† cette date du [9]. ¬Ľ

Son p√®re, le cheikh Mohamed Ben Belgacem Ben Brahim Chebbi[10], n√© en 1879, amateur de po√©sie et de litt√©rature[8], a acquis une formation traditionnelle √† l'universit√© Zitouna[11] ; il part en 1901 √©tudier √† l'universit√© al-Azhar du Caire[5]. √Ä son retour, apr√®s sept ans, il se marie √† la m√®re de Chebbi[5]. On ne sait rien de celle-ci √† l'exception de quelques apparitions en filigrane dans certains de ses po√®mes comme celui intitul√© CŇďur maternel[12]. Chebbi est l'a√ģn√© de ses fr√®res Abdelhamid et Mohamed Lamine, ou plus simplement Lamine[5]. Ce dernier devient secr√©taire d'√Čtat (√©quivalent de ministre) de l'√Čducation nationale, du au , dans le premier gouvernement form√© apr√®s l'ind√©pendance de la Tunisie[5] - [13]. Abderrazak Chera√Įt indique qu'il a aussi un troisi√®me fr√®re[14]. Chebbi a √©galement une cousine po√©tesse, Fadhila[15].

√Ä peine est-il circoncis que la famille Chebbi quitte Tozeur[7]. En effet, le p√®re de Chebbi √©tant devenu cadi le [16], cette fonction conduit la famille √† parcourir la Tunisie selon les villes o√Ļ il est nomm√©[5]. Ils arrivent √† Siliana en 1910, √† Gafsa en 1911, √† Gab√®s en 1914, √† Thala en 1917, √† Medjez el-Bab en 1918, √† Ras Jebel en octobre 1924[17] et √† Zaghouan en 1927[5]. Chebbi re√ßoit une √©ducation traditionnelle √† l'√©cole primaire coranique de ces diverses localit√©s[18]. Sa po√©sie garde la trace de la vari√©t√© des paysages de ces villes, d'autant plus que le jeune gar√ßon m√®ne une vie plus contemplative que ses camarades, notamment √† cause de la fragilit√© de son cŇďur dont il souffre tr√®s t√īt[7].

Jeunesse

Chebbi doit suivre la voie trac√©e par son p√®re[19] : il entre donc le √† l'universit√© Zitouna de Tunis[11] o√Ļ il apprend le Coran, la tradition de la religion et quelques aspects de po√©sie mystique[7]. Il habite ainsi dans des m√©dersas pendant dix ans ‚ÄĒ soit toute son adolescence ‚ÄĒ, dans des conditions difficiles compte tenu de sa sant√© pr√©caire[19]. Mohamed Farid Ghazi rapporte que ¬ę plus tard dans son Journal, il juge avec s√©v√©rit√© et m√©pris cet enseignement scl√©ros√© ¬Ľ[19]. Alors que ses deux fr√®res sont inscrits dans des √©coles franco-arabes, Chebbi suit une formation dans un arabe pur et classique[7]. Il d√©couvre des auteurs occidentaux, notamment les romantiques, √† travers des traductions en arabe[7] qu'il trouve dans la fr√©quentation assidue, d√®s 1927, des biblioth√®ques de la Khaldounia (institut fond√© par les nationalistes tunisiens)[19], du club litt√©raire de l'Association des anciens √©l√®ves du coll√®ge Sadiki[18] ou du club litt√©raire An-N√Ędi Al Arabi (Foyer arabe)[20].

√Ä la Khaldounia, il lit Alphonse de Lamartine dont Rapha√ęl (1849) est l'une de ses Ňďuvres pr√©f√©r√©es[21], Johann Wolfgang von Goethe et ses Souffrances du jeune Werther (1774), Ossian mais aussi des auteurs arabes, comme l'√©crivain √©gyptien Taha Hussein et son essai De la litt√©rature ant√©islamique (1926), Abbas Mahmoud Al-Akkad et Muhammad Husayn Haykal et son c√©l√®bre roman Zaynab (1914)[11]. Il y lit aussi les Ňďuvres des auteurs de l'√©cole syro-libanaise du Mahjar (diaspora), √©tablie principalement aux √Čtats-Unis, dont le po√®te libanais Gibran Khalil Gibran, Elia Abu Madi et Mikhail Naimy[22] - [11]. Il a appr√©ci√© toute la production de Gibran et notamment ses po√®mes en prose intitul√©s Al-Awasif (Les Temp√™tes, 1920)[11]. Au sein du club litt√©raire de l'Association des anciens √©l√®ves du coll√®ge Sadiki, il acc√®de √† la traduction en arabe de Paul et Virginie (1787) de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Les Martyrs (1809) de Fran√ßois-Ren√© de Chateaubriand, Pour la couronne (1895) de Fran√ßois Copp√©e et Sous les tilleuls (1832) d'Alphonse Karr[11]. Il y lit √©galement certaines Ňďuvres de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, mais aussi des nouvelles de Colette, de Claude Farr√®re et de Paul Hervieu[11]. Il y lit aussi l'ouvrage √Ä quoi tient la sup√©riorit√© des Anglo-Saxons ? (1897) d'Edmond Demolins, traduit en arabe par Fathi Zaghloul[11]. Sa curiosit√© l'am√®ne enfin √† lire le po√®te anglais John Keats, le po√®te Al-Mutanabbi[23] et probablement le Prom√©th√©e (1789) de Goethe ou le Prom√©th√©e mal encha√ģn√© (1899) d'Andr√© Gide[3].

Abou el Kacem Chebbi durant sa jeunesse.

√Ä partir de quatorze ans, Chebbi √©crit ses premiers po√®mes[19]. En 1924, son p√®re est nomm√© √† Ras Jebel puis √† Zaghouan[24] trois ans plus tard. Pendant cette p√©riode, Chebbi √©crit successivement : √Ē Amour (1924), Tounis al-Jamila (La Belle Tunisie, 1925), La Guerre, La Complainte de l'orphelin et Le Chant du tonnerre (1926), Po√©sie, Rivi√®re d'amour, D'hier √† aujourd'hui et L'√Čclat de la v√©rit√© (1927)[24]. Cette m√™me ann√©e, sa concubine √† Zaghouan meurt[10]. √Ä 18 ans, Chebbi fait une rencontre importante avec l'√©diteur tunisois Zine el-Abidine Snoussi, animateur d'une sorte de c√©nacle litt√©raire dans son imprimerie Dar al-Arab (rue Sa√Įda Ajoula dans la m√©dina de Tunis[9]) qui √©dite des √©crivains comme Mahmoud Messadi, Mustapha Khra√Įef, Ali Douagi ou Tahar Haddad[25]. Snoussi publie l'ann√©e suivante son Anthologie de la litt√©rature tunisienne contemporaine en arabe (1928) o√Ļ il consacre pas moins de trente pages √† Chebbi qui y r√©dige 27 po√®mes[26].

Les po√®mes de Chebbi sont √©galement publi√©s dans le suppl√©ment litt√©raire du journal En Nahda[26]. Il milite au sein de l'Association des jeunes musulmans et est √©lu pr√©sident du r√©cent comit√© des √©tudiants, dans un climat de contestation de l'enseignement zitounien qui agite alors la capitale et qui va jusqu'√† des menaces de gr√®ve[26]. En tant que membre du conseil de r√©formes, conseil compos√© d'√©tudiants, il insiste ¬ę sur la n√©cessit√© de r√©nover et de moderniser l'enseignement scolastique zitounien ¬Ľ[19]. Il r√©dige alors un Cahier des revendications des √©tudiants zaytouniens[27]. Ayant termin√© avec succ√®s ses √©tudes secondaires √† la Zitouna en 1928, il s'installe √† l'h√ītel et s'inscrit en cours de droit[26] √† l'√Čcole de droit tunisien[18].

Il fr√©quente d√©sormais les r√©unions et les cercles litt√©raires, et commence √† int√©resser les milieux intellectuels et artistiques[26]. Il arbore des tenues plut√īt dandy : Chebbi ne met g√©n√©ralement pas de ch√©chia et se rase la barbe ‚ÄĒ choses que les Zitouniens n'osent faire qu'apr√®s l'ind√©pendance ‚ÄĒ, il s'habille avec √©l√©gance et ne porte pas les insignes obligatoires des bacheliers √®s sciences th√©ologiques zitouniens[28].

Conférence retentissante à la Khaldounia

Le , √† la Khaldounia, Chebbi, avec l'appui du club litt√©raire de l'Association des anciens √©l√®ves du coll√®ge Sadiki[11], tient une conf√©rence retentissante de deux heures sur le th√®me de ¬ę l'imaginaire po√©tique et la mythologie arabe ¬Ľ et s'indigne que ¬ę l'histoire n'a[it] retenu de la mythologie arabe que peu de choses[29] ¬Ľ, manque qu'il explique en ces termes :

¬ę Contrairement √† d'autres civilisations, les l√©gendes ou contes ne se trouvent dans aucun recueil, aucun manuscrit. Ils restent dispers√©s dans diff√©rents ouvrages ou sont transmis par la tradition orale, au point que les rassembler serait tr√®s difficile[29]. ¬Ľ

Son expos√© consiste en fait en une rude critique litt√©raire de la production po√©tique arabe depuis le premier si√®cle de l'h√©gire (VIIe si√®cle)[30] qui fait √† l'√©poque scandale[31]. Le jeune homme de vingt ans, ¬ę qui ne conna√ģt aucune langue √©trang√®re et [...] n'a jamais quitt√© son pays[32] ¬Ľ, surprend par l'originalit√© de ses id√©es et l'audace de ses jugements :

¬ę Les po√®tes arabes n'ont jamais exprim√© de sentiments profonds, car ils ne consid√©raient pas la nature avec un sentiment vivant et m√©ditatif, comme quelque chose de sublime, mais plut√īt comme on regarde d'un Ňďil satisfait un v√™tement bien tiss√© et color√© ou un beau tapis, rien de plus[30]. ¬Ľ

De plus, il pense que les Arabes ¬ę n'avaient comme expression de la beaut√© que celle de la femme ¬Ľ[33], mais il leur reproche qu'au lieu ¬ę de la placer sur un pi√©destal et de la voir d'un regard noble et sacr√©, √† l'exemple des artistes grecs qui en firent leurs muses, le po√®te arabe ne l'√©voque qu'en tant qu'objet de son d√©sir et de sa convoitise charnelle[33] ¬Ľ. Chebbi choque par des propos tels que ¬ę la vision de la femme dans la litt√©rature arabe est une vision m√©diocre, tr√®s basse et compl√®tement d√©grad√©e ¬Ľ[33]. ¬Ľ Comme l'indique Ameur Ghedira, cette conf√©rence ¬ę [d√©clenche] d'abord en Tunisie, puis au Proche-Orient, une s√©rie de r√©actions violentes contre son auteur ¬Ľ[12], surtout de la part des conservateurs et des po√®tes salafistes[32]. Jean Fontaine remarque quant √† lui que ¬ę Chebbi voit surtout les aspects n√©gatifs de la po√©sie arabe ancienne ¬Ľ[12]. Il ajoute que le po√®te Abou el Kacem Chebbi ¬ę adopte la m√™me d√©marche que les romantiques voulant une litt√©rature qui corresponde √† la vie ¬Ľ[12]. Le professeur Mongi Chemli d√©crit la conf√©rence comme ayant ¬ę [sanctionn√©] l'in√©vitable : le divorce in√©luctable avec l'ancien, la rupture irr√©versible avec le traditionnel ¬Ľ[11]. Chebbi rappelle n√©anmoins : ¬ę Si j'appelle de mes vŇďux le renouveau [...] ce n'est point pour d√©nigrer la litt√©rature de nos anc√™tres ¬Ľ[34]. Muhyi al-d√ģn Klibi, ami de Chebbi, fait le compte-rendu de la conf√©rence en ces termes :

¬ę Cette conf√©rence avait soulev√© un grand √©cho dans les cercles litt√©raires de telle sorte qu'on peut dire qu'elle constitue le d√©but de la querelle des Anciens et des Modernes, qu'elle a pouss√© √† une s√®che pol√©mique entre les partisans du pass√© et ceux du renouveau[12]. ¬Ľ

Le jour m√™me de cette conf√©rence ‚ÄĒ qui a lieu pendant le ramadan ‚ÄĒ, Abou el Kacem Chebbi doit retourner √† Zaghouan o√Ļ son p√®re est gravement malade[30]. Apr√®s l'A√Įd el-Fitr, il revient √† l'imprimerie v√©rifier l'√©dition par souscription du texte de sa conf√©rence[30], qui devient effective en avril[35]. Le livre para√ģt donc finalement et tous les exemplaires disponibles sont vendus[36]. Fier du succ√®s qu'il obtient, Chebbi compte √©diter un recueil de po√©sie avec 83 po√®mes[30]. Il l'intitule Aghani al-Hayat ‚ÄĒ plus tard traduit par Les Chants de la vie, Odes √† la vie, Cantiques √† la vie ou encore Hymnes √† la vie[37] ‚ÄĒ et le propose par souscription √† quinze francs[30]. Toutefois, ce diwan n'est pas publi√© de son vivant[38].

Mariage et début de la décadence

En , il √©crit C'en est trop mon cŇďur. Vers la fin du mois, son p√®re, mourant, retourne √† Tozeur o√Ļ la famille Chebbi lui rend visite[5]. On suppose que c'est √† ce moment-l√† qu'il promet la main de son fils √† l'une de ses cousines[12], Shahla Ben Amara Ben Ibrahim Chebbi[35], avec qui Chebbi a deux enfants : Mohamed Sadok, n√© le , qui devient colonel dans l'arm√©e, et Jalal, n√© le [39], futur ing√©nieur[37]. Son p√®re meurt finalement le [5]. Cette disparition le touche profond√©ment et, le 29 octobre[35], Abou el Kacem Chebbi lui rend hommage par son po√®me Il√Ę Allah (1929), qui se traduit par √Ä Dieu[12]. Chebbi dit de lui : ¬ę Il m'a fait saisir le sens de la bont√© et de la tendresse, et m'a appris que la v√©rit√© est la chose la meilleure dans ce bas monde, et la chose la plus sacr√©e dans l'existence ¬Ľ[11].

Portrait du docteur Mahmoud El Materi.

En , un foyer de peste √©clate dans le sud de la Tunisie[40]. Cette m√™me ann√©e, il √©crit Ya Ibn Ommi (que l'on peut traduire par √Ē mon fr√®re et qui signifie litt√©ralement √Ē fils de ma m√®re), notamment connu pour une phrase c√©l√®bre : ¬ę La vie n'attendra pas celui qui dort ¬Ľ[6]. Cette ann√©e 1929 marque aussi le d√©but des v√©ritables complications de sa sant√©[5] qui se d√©grade encore consid√©rablement pendant le premier hiver de 1930[41]. Son ami Zine el-Abidine Snoussi le pr√©sente au m√©decin Mahmoud El Materi qui diagnostique une asth√©nie physique et morale[5]. Le 1er janvier, Chebbi d√©cide de commencer son Journal[12].

Le 13 janvier, il tient une conf√©rence √† la m√©dersa Slimania sur le th√®me de la litt√©rature maghr√©bine[41]. Boycott√©e par ses adversaires, les oul√©mas zitouniens et les conservateurs, cette conf√©rence s'av√®re un v√©ritable √©chec pour Chebbi[41], la salle, quasiment vide, n'√©tant compos√©e que de ses proches amis[32]. Magnin pense qu'¬ę une conspiration [...] fut organis√©e autour de lui par certains tenants de la tradition litt√©raire ¬Ľ[41]. Chebbi √©crit le jour m√™me, semble-t-il, Le Proph√®te m√©connu, long po√®me publi√© en petit nombre d'exemplaires dans une plaquette de luxe aux √©ditions L'Art au service des Lettres[9] - [41]. Il s'y compare √† un ¬ę proph√®te m√©connu ¬Ľ et analyse l'√©tat malheureux d'un ¬ę po√®te-philosophe ¬Ľ jug√© fou par son peuple ¬ę idiot ¬Ľ[40].

Sans doute au cours de l'√©t√© 1930, son mariage, dont on ne sait pas grand-chose, est enfin c√©l√©br√©[11]. Il participe alors √† la nouvelle revue de Snoussi, Al-√Ęlam al-adabi (Le Monde litt√©raire), et au suppl√©ment litt√©raire d'En Nahda ; la revue cairote Apollo publie quelques-uns de ses po√®mes[39] - [32]. Il refait une nouvelle version de son diwan mais, toujours par manque de souscripteurs, ne r√©ussit pas √† le faire publier[39]. Il n'a alors que vingt ans[12].

Dernières années

Alors qu'il ressent de plus en plus d'indiff√©rence de la part de ses compatriotes, le po√®te est en proie √† des crises d'√©touffement. On parle alors de myocardite et de tuberculose[41]. Selon Mohamed Farid Ghazi, la maladie dont serait atteint Chebbi touche surtout les enfants et les jeunes entre dix et trente ans, principalement les personnes √† l'√Ęge de la pubert√©[5].

Ayant termin√© ses √©tudes et re√ßu son dipl√īme en 1930[18], il effectue un stage de jeune avocat au tribunal de la Driba, mais, en 1931, par d√©ception ou par obligation, il retourne s'installer √† Tozeur[41]. Chebbi va alors s'occuper de sa famille, sa m√®re et ses fr√®res, dont il a d√©sormais la charge[14]. Le 13 octobre, il √©crit Pri√®res au temple de l'amour (Salawat fi hakel al-Hob, 1931), inspir√©, selon l'homme de lettres kairouanais Mohamed Hlioui, par la beaut√© d'une jeune touriste europ√©enne de vingt ans se promenant au milieu des palmiers d'une oasis de Tozeur, non loin du village natal du po√®te[6]. Le texte s'ouvre ainsi :

Exquise tu es comme l'enfance, comme les rêves,
Comme la musique, comme le matin nouveau,
Comme le ciel rieur, comme la nuit de pleine lune,
Comme les fleurs, comme le sourire d'un enfant.

Le 17 octobre, sa maladie l'emp√™che de participer √† la r√©ception organis√©e au casino du parc du Belv√©d√®re √† l'occasion de la parution de l'ouvrage de Tahar Haddad, Notre femme dans la l√©gislation islamique et la soci√©t√©[42]. Son premier fils, Mohamed Sadok, na√ģt le 29 novembre[14]. L'ann√©e suivante, Chebbi cr√©e l'association de l'amicale du J√©rid et l'inaugure par une conf√©rence sur l'h√©gire le [14]. Ce m√™me √©t√©, il part √† A√Įn Draham avec son fr√®re Lamine et tous deux font un passage √† Tobrouk (Libye), malgr√© la douleur ressentie par Abou el Kacem en raison de sa mauvaise sant√©[5].

Pour Chebbi, 1933 est une ann√©e f√©conde : il √©crit Pastorale en f√©vrier[14]. En avril, la revue Apollo publie √† nouveau ses po√®mes[43]. Durant l'√©t√©, il se rend successivement √† Souk Ahras (Alg√©rie) puis √† Tabarka o√Ļ il r√©dige le la qasida La Volont√© de vivre[6], puis Mes chansons ivres et Sous les branches[44] - [14]. √Ä l'automne, il rentre √† Tozeur[43] et en d√©cembre, il compose La Chanson de Prom√©th√©e[39]. Ce po√®me de 36 vers, √©crit selon la prosodie arabe classique, a pour titre original Nachid al-jabbar aw hakaza ghanna Promithious, ce qui signifie Le Chant du g√©ant ou Ainsi chantait Prom√©th√©e[3]. Quoique non autobiographique, le po√®me rec√®le en filigrane les souffrances physiques et morales de son auteur[3]. La Chanson de Prom√©th√©e, √©crit √† la premi√®re personne du singulier s'exprimant au temps du futur, commence par ce distique :

Je vivrai malgré la maladie qui me ronge
Et les ennemis qui m'assaillent[3].

Alors que son second fils Jalal voit le jour en janvier 1934, Chebbi compose durant le mois de f√©vrier L'Aveu, puis Le CŇďur du po√®te en mars, et son c√©l√®bre Ela Toghat Al Alaam (ō•ŔĄŔČ ō∑ōļōßō© ōßŔĄōĻōßŔĄŔÖ) ‚ÄĒ en fran√ßais Aux tyrans du monde[39] ‚ÄĒ en avril. Au printemps, il se repose √† El Hamma du J√©rid, oasis situ√©e √† proximit√© de Tozeur[5].

Mais la maladie continue √† peser sur lui[45]. Le , Chebbi part se soigner √† l'Ariana o√Ļ l'on ne parvient pas √† identifier la nature de son mal[45]. Il a encore la force de retrouver ses amis, puisqu'une photo de lui prise √† Hammam Lif peu avant sa mort para√ģtra en couverture d'Al-√Ęlam al-adabi au mois de d√©cembre suivant[45]. Le 3 octobre, il est admis √† l'h√īpital italien de Tunis ‚ÄĒ actuel h√īpital Habib Thameur ‚ÄĒ pour une myocardite et y meurt au matin du 9 octobre, √† 4 heures, soit le 1er rajab 1353 du calendrier h√©girien[5], alors qu'il est √† peine √Ęg√© de 25 ans[45]. Sa mort suspend le projet qu'il a eu durant l'√©t√© de publier son diwan[46].

Caract√©ristiques de son Ňďuvre

Thèmes

Les th√®mes de pr√©dilection d'Abou el Kacem Chebbi sont la vie, la mort, la nature, la libert√©, l'amour, la m√©lancolie, l'√©vasion, l'isolement, l'exil, la r√©volte, etc[47] - [21]. Ces th√®mes, fortement influenc√©s par le romantisme[31], font que les critiques et les chercheurs qui se sont pench√©s sur son travail le consid√®rent lui-m√™me comme un romantique ; Abderrazak Chera√Įt le juge m√™me comme √©tant ¬ę le po√®te romantique par excellence, le r√©volt√© ¬Ľ[2].

Avec Chebbi, la po√©sie tunisienne se modernise car, pour lui, la po√©sie arabe s'est auparavant calcin√©e √† des finalit√©s (aghrad) qui lui font perdre de sa fra√ģcheur[32]. Ainsi, Chebbi donne dans Po√©sie un certain nombre de d√©finitions de la po√©sie qui rompent avec les conceptions de l'√©poque[47]. Il y d√©finit notamment la po√©sie comme √©tant ¬ę un cri de l'√Ęme triste ¬Ľ, ¬ę l'√©cho d'un cŇďur en pleurs ¬Ľ, ¬ę la beaut√© des lumi√®res cr√©pusculaires ¬Ľ et ¬ę l'inspiration de la vie et le langage des anges ¬Ľ[47]. Le , il d√©bute ainsi son Journal : ¬ę Je suis un po√®te. Or le po√®te a sa mani√®re propre d'appr√©hender la vie, qui diff√®re peu ou prou de celle des autres ¬Ľ[48].

Le regard novateur de Chebbi motive un ¬ę r√™ve de changement, de reconsid√©ration de la condition humaine, par le combat envers tout ce qui pourrait ¬Ľ priver l'homme d'√©volution[32]. En outre, m√™me si la po√©sie de Chebbi reste elle-m√™me assez classique sur la forme ‚ÄĒ il garde ainsi la m√©trique classique[31] ‚ÄĒ le fond est d'une grande nouveaut√© pour l'√©poque[49]. Ainsi, dans des po√®mes comme Ela Toghat Al Alaam o√Ļ, en plein protectorat, il d√©nonce le colonialisme fran√ßais, il fait preuve d'humanisme : ¬ę Il est [...] le po√®te de la libert√© qui appelle [...] √† la r√©bellion contre les tyrans ¬Ľ[2]. Le texte de ce po√®me s'ouvre ainsi :

√Ē tyran oppresseur...
Ami de la nuit, ennemi de la vie...
Tu t'es moqué d'un peuple impuissant
Alors que ta main est maculée de son sang.

L'√©crivain Jalal El Mokh consid√®re d'ailleurs que la conf√©rence L'Imagination po√©tique chez les Arabes √† la Khaldounia constitue la ¬ę ligne directrice ¬Ľ de l'Ňďuvre du po√®te dans le sens o√Ļ elle guide ses aspirations et ses objectifs[47]. Le journaliste Foued Allani, quant √† lui, en vante le texte comme √©tant ¬ę le premier texte arabe ayant formul√© de violentes critiques √† l'√©gard d'un art sacr√© dans la litt√©rature arabe ¬Ľ[50].

La po√©sie de Chebbi est enfin cens√©e exprimer ses sentiments, ses soucis et ses souffrances avec sinc√©rit√©[21]. Il est en ce sens d√©crit comme le ¬ę po√®te de la douleur et des sentiments exacerb√©s ¬Ľ[22] et Jacques Berque voit ainsi en lui ¬ę le meilleur exemple de l'inqui√©tude arabe des Temps modernes ¬Ľ[3]. Toutefois, selon Mongi Chemli, la po√©sie de Chebbi n'offre pas une vision pessimiste du monde ; celui-ci a en effet rappel√© que ¬ę la vie pr√©vaut sur la douleur ¬Ľ[11].

Langue

La po√©sie est le genre litt√©raire le plus r√©pandu en Tunisie[31] et c'est dans ce contexte que son classicisme se trouve boulevers√© par Chebbi qui, bien qu'√©lev√© dans un arabe litt√©ral, appr√©cie le ¬ę parler populaire ¬Ľ tunisien[51]. Il d√©clare √† propos des √©crivains tunisiens partisans de l'arabe classique :

¬ę [Ils] sont prisonniers d'un grand nombre de clich√©s et de contraintes po√©tiques qui les forcent √† imiter les anciens, ils √©crivent une langue qui n'est pas la leur[52]. ¬Ľ

La particularit√© linguistique de l'Ňďuvre de Chebbi est qu'il s'exprime ¬ę dans un langage nouveau, rompant avec une tradition s√©culaire ¬Ľ[31].

Prose

La production littéraire de Chebbi ne s'arrête pas à la poésie en vers ; ses écrits en prose présentent également un certain intérêt littéraire[53]. Pourtant, lors d'une rencontre organisée le à la Maison de la culture Ibn-Khaldoun à Tunis, le poète Souf Abid note que les poèmes en prose de Chebbi sont méconnus et que même lui, en tant que chercheur, a eu des difficultés à les trouver. Il souligne cependant qu'ils sont au nombre de quinze, traitent de différents thèmes et ont été écrits entre 1925 et 1930[54].

De plus, le travail de Chebbi ne s'arr√™te pas √† la po√©sie ; comme le montre le texte de sa conf√©rence sur L'Imagination po√©tique chez les Arabes, et aussi son Journal o√Ļ, par de courts extraits, il exprime une opinion sur lui-m√™me et sur son travail po√©tique[53]. La part autobiographique y est assez r√©duite, bien qu'il y livre quelques indications sur son caract√®re, son √©ducation et ses go√Ľts[55]. Ce Journal constitue en fait une sorte de journal intime compos√© de 22 textes r√©dig√©s du 1er janvier au [50] - [56]. Tous ont √©t√© rassembl√©s en un recueil √©dit√© pour la premi√®re fois √† Tunis en 1966, bien que bon nombre d'entre eux aient √©t√© publi√©s dans des journaux du vivant de leur auteur[50].

Enfin, Chebbi a √©galement entretenu une correspondance, notamment avec Mohamed Hlioui[57], Mikhail Naimy, Slimane A√Įssa, l'√Čgyptien Salama Moussa, son ami l'instituteur Mohamed Bachrouch (1911-1944) originaire de Dar Cha√Ębane ainsi que son √©diteur Zine el-Abidine Snoussi[58].

Mise en musique

La poésie de Chebbi offrant une mélodie rythmée, elle a souvent intéressé les chanteurs et les compositeurs qui l'ont mise en musique[6].

La Volont√© de vivre a ainsi √©t√© interpr√©t√© par la chanteuse arabe Souad Mohamed sur une musique compos√©e par Halim el-Roumi[6]. Une autre version a √©t√© compos√©e par Riad Al Sunbati pour √™tre chant√©e par la m√™me Souad Mohamed[6]. Le po√®me a √©galement √©t√© interpr√©t√© par Leila Hjaiej et Oum Kalthoum[3]. Pri√®res au temple de l'amour a √©t√© chant√© par le Libyen Kadhem Nadim mais aussi par Thameur Abdeljaoued ; La Complainte de l'orphelin l'a √©t√© par Houyem Younes sur une musique compos√©e par le Libanais Chafiq Abou Chaqra, selon Abdelhafidh Guelmami[6]. Ce dernier po√®me a √©galement √©t√© chant√© par Adn√®ne Chaouachi et Sonia M'Barek[6]. Son po√®me Ya Ibn Ommi (√Ē mon fr√®re, 1929) a aussi √©t√© mis en musique sous le titre Khoulikta Talikan ! (ōģŔĄŔāō™ ō∑ŔĄŔäŔāōß) et chant√© par Fethia Kha√Įri, Ahmed Hamza et enfin Majida El Roumi[6] - [59]. En 2002, alors que la seconde intifada touche le Proche-Orient, la chanteuse Latifa Arfaoui d√©cide de mettre en musique le po√®me Ela Toghat Al Alaam, en faisant clairement allusion au conflit isra√©lo-arabe dans son clip[60]. Ce po√®me avait d√©j√† √©t√© mis en musique auparavant par H√©di Guella en 1978.

Enfin, les po√®mes de Chebbi ont √©galement √©t√© chant√©s par Mohamed Ahmed, Lotfi Bouchnak, Safia Chamia, Mustapha Charfi, Lilia Dahmani, Ezzeddine Idir, H√©dia Jouira, Mohamed Lahmar, Slah Mosbah, Walid Mzoughi, Oulaya, Salma Sa√Ęda (femme de Mohamed Sa√Ęda) et Abdelkrim Shabou[6].

Influences

Influences littéraires du romantisme européen

Les premiers po√®mes de Chebbi, r√©dig√©s entre 1924 et 1927, restent assez ordinaires et leurs th√®mes (la femme comme source de plaisir, le vin, les fanfaronnades, l'√©loge fun√®bre, etc.) sont plut√īt communs pour cette √©poque[21]. Il en ressort une inspiration omeyyade, abbasside et andalouse[21].

Toutefois, impr√©gn√© d'une mani√®re tr√®s forte des courants litt√©raires et po√©tiques arabes[47], Chebbi repr√©sente surtout l'h√©ritage tardif du romantisme qui a domin√© l'Europe de la fin du XVIIIe si√®cle au milieu du XIXe si√®cle[61]. Lord Byron, mort en h√©ros lors de la guerre d'ind√©pendance grecque, l'a certainement inspir√© pour son po√®me La Volont√© de vivre (1933), tout comme John Keats, po√®te du sensualisme esth√©tique, et Percy Bysshe Shelley[22]. La Chanson de Prom√©th√©e rappelle ainsi √† Sobhi Habchi le po√®me Prometheus Unbound (1920) de Shelley, tandis que son titre original (Le Chant du g√©ant ou Ainsi chantait Prom√©th√©e) √©voque au m√™me Habchi le titre de l'Ňďuvre philosophique de Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883)[3]. Ce po√®me, reprenant la m√©taphore de l'aigle li√©e √† Prom√©th√©e, √©voque de ce fait L'Albatros (1861) de Charles Baudelaire[3].

Mais, à la différence des poètes romantiques français tels que Alfred de Vigny, Alfred de Musset, François-René de Chateaubriand, Lamartine ou encore Victor Hugo, Chebbi n'a pas fait prévaloir le sentiment sur la raison et l'imagination sur l'analyse critique[22]. L'écrivaine et poétesse tunisienne Saloua Rachdi fait remarquer une autre différence entre Chebbi et les romantiques européens : pour eux, le romantisme est un courant antirévolutionnaire tandis que pour Chebbi, il est justement un moyen de révolte contre les poètes arabes[21].

Pourtant, on peut remarquer une certaine similitude entre Chebbi et Arthur Rimbaud dans la pr√©cocit√© du g√©nie[22], le premier √©tant souvent pr√©sent√© comme le ¬ę Rimbaud de l'Afrique du Nord ¬Ľ[62]. La journaliste Faouzia Mezzi op√®re aussi une comparaison avec G√©rard de Nerval pour les th√®mes communs de l'ombre et du r√™ve[32]. Chebbi se plaint quant √† lui par la m√©taphore de ne pas pouvoir comprendre le fran√ßais : ¬ę Je suis comme un oiseau n'ayant qu'une seule aile. Une aile aux plumes arrach√©es ¬Ľ[36] ou ¬ę Je ne peux planer dans le monde de la litt√©rature avec une seule aile emplum√©e ¬Ľ[21]. Ameur Ghedira va m√™me jusqu'√† √©crire que ¬ę l'attrait de l'Eldorado sur le plan de la post√©rit√© √©conomique pour les travailleurs immigr√©s est de la m√™me nature que la fascination exerc√©e par la culture fran√ßaise sur [Chebbi] ¬Ľ[36].

Influence du christianisme, de l'école du Mahjar et du romantisme

Gibran Khalil Gibran en avril 1913.

Chebbi a √©galement √©t√© influenc√© par les auteurs du Mahjar dont les principaux po√®tes sont Gibran Khalil Gibran (dont Chebbi admire ¬ę le g√©nie et l'art √©ternel ¬Ľ) et Elia Abu Madi[21]. Selon l'analyse de Jalal El Mokh, l'influence conjugu√©e de Gibran et du romantisme sur Chebbi ont amen√© ce dernier √† √™tre impr√©gn√© des principes du christianisme[21]. En effet, c'est ainsi que l'on peut expliquer, selon El Mokh, l'utilisation par Chebbi de termes li√©s √† cette religion, tels que haykal (temple), taranim (chŇďur ou chants religieux), tajdif (blasph√®me), ajras (cloches), raheb (moine), keddis (saint), etc[21]. El Mokh indique que certains concepts et id√©es se rattachant √† cette religion sont repris par Chebbi, tels que la d√©ification de la femme, la sacralisation de la maternit√©, la glorification de l'enfance et de la souffrance, etc[21]. Pour El Mokh, il n'est d'ailleurs pas √† exclure que Chebbi ait pris connaissance de la Bible et des √Čvangiles[21]. El Mokh temp√®re toutefois l'inspiration qu'a pu en tirer Chebbi en ces termes :

¬ę Si Chebbi a √©t√© profond√©ment influenc√© par les romantiques chr√©tiens inspir√©s par les principes de la pens√©e biblique et par la vie de J√©sus, il n'en reste pas moins vrai que notre po√®te a su forger sa propre personnalit√© loin de toute imitation aveugle[21]. ¬Ľ

Contexte de la Tunisie des années 1930

Les connaissances et le savoir de Chebbi se sont d√©velopp√©s gr√Ęce au contact avec les milieux universitaires et les artistes du groupe Taht Essour (¬ę sous les remparts ¬Ľ) dont il faisait partie[63] - [32]. La po√©sie de Chebbi doit d√®s lors √™tre √©galement replac√©e dans le contexte socio-culturel de la Tunisie des ann√©es 1930, alors sous protectorat fran√ßais, marqu√© par l'√©mergence d'un mouvement d'id√©es, comme le d√©sir de r√©formes de l'enseignement, et des concepts culturels tels que l'√©galitarisme, le mouvement national, le rapport avec l'autre, l'interpr√©tation et l'analyse du patrimoine, la libert√© d'expression ou le syndicalisme[32].

Chebbi reprend ces id√©es dans ses conf√©rences et son Journal[32]. Le long m√©trage Thalathoun (Trente, sorti en 2008) de Fadhel Jaziri t√©moigne de cette appartenance de Chebbi √† ce contexte historique particulier[64]. Faouzia Mezzi le compare par ailleurs √† un ¬ę Tahar Haddad de la po√©sie ¬Ľ[32], Haddad appartenant √©galement √† cette g√©n√©ration pr√©sent√©e dans Thalathoun.

Influences exercées par Chebbi

Chebbi n'a que peu influencé ses contemporains[65]. Dans les années 1930, le monde arabe totalement sous domination coloniale n'est pas inscrit, à quelques exceptions près, dans les courants poétiques modernes comme le surréalisme, le futurisme et Dada[49]. Jusqu'à cette période, il existe un décalage entre la poésie arabe et la poésie occidentale moderne et ce n'est que durant les années 1940 que la poésie arabe est totalement imprégnée des nouveaux courants poétiques[49].

Il faut attendre les ann√©es 1970 pour qu'un mouvement litt√©raire, Fi ghayr al-amoudi wal-hurr (Po√©sie autre que m√©trique et libre), soit lanc√© par de jeunes po√®tes comme Habib Zannad, Tahar Hammami[38] et Fadhila Chebbi[66], cousine d'Abou el Kacem et premi√®re po√©tesse √† sortir de la m√©trique classique[15]. Ils se lib√®rent de la m√©trique po√©tique arabe, voire du vers libre et s'impr√®gnent de la po√©sie libre de Jacques Pr√©vert pour √©voquer des exp√©riences du quotidien dans un langage imag√© et accessible[38] - [67] - [68]. Au-del√† de ce mouvement, d'autres po√®tes comme Salah Garmadi dans Al-lahma al-hayya (Chair vive, 1970) √©crivent avec des mots typiquement tunisiens, gardent le vers libre et cherchent des th√®mes plus universels[68], d√©stabilisant ainsi une ¬ę √©criture trop conformiste ¬Ľ[38].

Chebbi reste jusqu'au XXIe si√®cle l'un des po√®tes arabes les plus lus par les arabophones[69]. Il est aussi le po√®te tunisien le plus connu dans le monde arabe[65], l'un des plus grands po√®tes arabes du XXe si√®cle[70], le plus grand Nord-Africain de ce m√™me si√®cle[71] et une figure importante de la litt√©rature arabe moderne[11]. Ses Chants de la vie sont devenus un v√©ritable ¬ę br√©viaire pour les po√®tes tunisiens et arabes ¬Ľ[67]. Sa po√©sie est par ailleurs incluse dans les programmes scolaires et universitaires[70] et on lui consacre r√©guli√®rement des th√®ses[72].

Héritage

Reconnaissance tardive

Chebbi laisse un total de 132 po√®mes et des articles parus dans diff√©rentes revues[51] d'√Čgypte et de Tunisie[18] - [73]. Mais il ne parvient pas, malgr√© trois tentatives, √† faire √©diter son diwan, recueil de po√®mes qu'il a s√©lectionn√©s peu de temps avant sa mort[53] et qui n'est publi√© qu'en 1955[30] au Caire[18] ‚ÄĒ soit 21 ans apr√®s. C'est fait gr√Ęce √† son fr√®re Lamine, aid√© par le po√®te √©gyptien Ahmed Zaki Abou Chadi, alors animateur de la revue Apollo[46]. Traduit dans plusieurs langues, son diwan est r√©√©dit√© √† plusieurs reprises[53], notamment √† l'occasion du trenti√®me anniversaire de sa mort, avec une introduction r√©dig√©e par Lamine Chebbi[74]. Cette comm√©moration donne lieu √† un festival international qui dure du 24 au et au cours duquel Chedli Klibi, alors ministre de la Culture, d√©clare :

¬ę C'est un t√©moignage de fid√©lit√© que de penser [...] √† √©largir le cercle des participants de cet anniversaire, pour que ce festival soit √† l'unisson de la volont√© du po√®te [...] : il a voulu en effet qu'elle soit √† l'√©chelle du monde arabe[74]. ¬Ľ

Buste de Chebbi au lieu-dit Ras El A√Įn √† Tozeur.

Un colloque est organis√© √† l'occasion du cinquantenaire de sa mort : Chebbi y est regard√© comme √©tant un ¬ę po√®te mystique, nationaliste, r√©volutionnaire et philosophe ¬Ľ[75]. Mikhail Naimy qualifie √©galement Chebbi de ¬ę po√®te unique en son genre ¬Ľ[76]. Jean Fontaine note n√©anmoins que, bien que ¬ę pas moins de 2 000 livres et 600 articles parlent de lui [...], le lecteur n'a pas encore √† sa disposition ses Ňďuvres compl√®tes. Celles qui ont √©t√© publi√©es par la Maison tunisienne de l'√©dition, √† l'occasion du cinquanti√®me anniversaire de sa mort en 1984 (deux tomes sans m√™me une pagination continue dans chaque volume), ne le sont pas [compl√®tes] ¬Ľ[77].

La reconnaissance du g√©nie de Chebbi est en effet aussi bien marquante que tardive. Si sa sant√© avait √©t√© moins fragile, Chebbi aurait sans doute laiss√© un h√©ritage beaucoup plus important[51]. Najla Arfaoui regrette que Chebbi soit ¬ę un mortel que la nature n'a pas favoris√© ¬Ľ[51] et r√©sume sa capacit√© √† allier maladie et po√©sie en ces termes : ¬ę Dans sa lutte contre la maladie, [...] la po√©sie √©tait pour lui l'expression de cet affrontement douloureux ¬Ľ[78].

L'ann√©e 2009 est celle de la c√©l√©bration du centenaire de la naissance du po√®te. Elle est donc jalonn√©e de tout un programme culturel et litt√©raire, destin√© √† enrichir la vie culturelle tunisienne[79]. Il est ainsi mis √† l'honneur le 9 juillet √† l'occasion du Festival international de Carthage, lors d'une op√©rette du nom d'Al Sabah Al Jadid (¬ę Le Matin nouveau ¬Ľ), mont√©e par Wahida Saghir Baltaji et mise en sc√®ne par Hatem Derbal avec une musique du compositeur Rachid Yeddes[70] et un sc√©nario de Mohsen Ben Nefissa[80], et o√Ļ le po√®te est jou√© par l'acteur Mehdi Ayach[81]. En outre, la Banque de Tunisie (BT) √©dite un recueil d'une trentaine de ses po√®mes, avec une nouvelle pr√©face de son PDG Alya Abdallah. Cet ouvrage est en fait la r√©√©dition d'un recueil publi√© initialement en 1984 √† l'occasion du centenaire de la banque et qui contenait une pr√©face d'Ezzeddine Madani et une introduction de Boubaker Mabrouk, ancien PDG de la BT[82]. Dans l'√©dition de 2009, le texte est agr√©ment√© de tableaux d'Abdelaziz Gorgi, Mahmoud Sehili, Hatem El Mekki et Zoubeir Turki[82].

Le , le film tunisien Abou El Kacem Chebbi, le poète de l'amour et de la liberté (2009) remporte le Grand prix du Festival international du film documentaire de Khouribga[83]. Ce documentaire de quarante minutes réalisé et produit par Hajer Ben Nasr remporte également le prix du jury de la critique Noureddine-Kachti[83].

Le po√®me Ela Toghat Al Alaam devient en 2011 un slogan populaire dans le cadre de la r√©volution tunisienne, puis de celle √©gyptienne[84]. Dans cette optique, le Marocain R√©da Allali, leader du groupe Hoba Hoba Spirit, sort en 2011 une chanson intitul√©e La Volont√© de vivre o√Ļ il m√™le citations du po√®me √©ponyme et slogans des manifestants du mouvement du 20 F√©vrier[85].

Hommages

Tombeau du poète à Tozeur.

En 1953, la collection Autour du monde des éditions Seghers à Paris publie certains de ses poèmes traduits en français[72]. En juin 1955, à l'occasion du retour de Habib Bourguiba en Tunisie[86] les deux premiers vers de son poème La Volonté de vivre[11] sont intégrés à la fin de l'hymne national tunisien Humat Al-Hima, sans doute par le nationaliste Mongi Slim :

Lorsqu'un jour le peuple veut vivre, force est pour le destin de répondre,
Force est pour les t√©n√®bres de se dissiper, force est pour les cha√ģnes de se briser[1].

Un prix litt√©raire, cr√©√© √† son nom, par Boubaker Mabrouk, en 1984[87] ou 1986 selon les sources, r√©compense chaque ann√©e un manuscrit d'un auteur tunisien, et, depuis 1994, celui d'un auteur arabe en g√©n√©ral[88] - [89]. Plac√© sous l'√©gide du minist√®re de la Culture, le prix a une valeur de 10 000 dinars tunisiens en 2010[87].

Billet de trente dinars à l'effigie du poète (1997-2013).

On trouve √©galement √† Tozeur, sa ville natale, de nombreuses traces de Chebbi : son tombeau, transform√© ensuite en mausol√©e, est inaugur√© le [72], un m√©daillon de bronze est scell√© au mur de Bab El Hawa en 1995, une statue le repr√©sentant est √©rig√©e dans la zone touristique en 2000 et son buste est √©lev√© aux environs de Tozeur, en 2002, face √† un aigle. La galerie de peinture du mus√©e Dar Chera√Įt, fond√© en 1990 par Abderrazak Chera√Įt √† Tozeur, lui rend √©galement hommage[90].

Le portrait de Chebbi figure sur quatre timbres de la Poste tunisienne[91] basés sur des dessins de Hatem El Mekki[92] - [93], Yosr Jamoussi[94] et Skander Gader[95], ainsi que sur le billet de trente dinars[96] émis le [97] par la Banque centrale de Tunisie[72] puis sur le billet de dix dinars émis le [98]. Enfin, des rues, des places, le lycée de Kasserine[72], un club littéraire situé à El Ouardia[49] et une salle du palais présidentiel de Carthage portent son nom[99].

Publications

  • √Ē Amour (1924)
  • Tounis al-Jamila (La Belle Tunisie, 1925)
  • La Guerre (1926)
  • Chakwat Yatim (La Complainte de l'orphelin, 1926)
  • Le Chant du tonnerre (1926)
  • Po√©sie (1927)
  • Rivi√®re d'amour (1927)
  • D'hier √† aujourd'hui (1927)
  • L'√Čclat de la v√©rit√© (1927)
  • L'Imagination po√©tique chez les Arabes, essai-conf√©rence (1929)
  • C'en est trop mon cŇďur (1929)
  • Il√Ę Allah (√Ä Dieu, 1929)
  • Ya Ibna Ommi (√Ē mon fr√®re, 1929)
  • Le Proph√®te m√©connu (1930)
  • Salawat fi hakel al-Hob (Pri√®res au temple de l'amour, 1931)
  • Pastorale (1933)
  • Iradat al-Hayet (La volont√© de vivre, 1933)
  • Mes chansons (1933)
  • Sous les branches (1933)
  • La Chanson de Prom√©th√©e (1933)
  • L'Aveu (1934)
  • Le CŇďur du po√®te (1934)
  • Ela Toghat Al Alaam (Aux tyrans du monde, 1934)
  • Aghani al-Hayat (Les chants de la vie, 1955)
  • Journal (1965[100] - [101])
  • Correspondances (1965)

La plupart des po√®mes de Chebbi ont √©t√© traduits en fran√ßais par Ameur Gh√©dira[102]. Lors d'un colloque sur le th√®me de ¬ę La traduction de la litt√©rature tunisienne en langues √©trang√®res ¬Ľ, Rafiq Ben Ouennes est le seul √† √©mettre un avis favorable sur la traduction qu'il a examin√©e lors de la deuxi√®me s√©ance scientifique[102]. En l'occurrence, cette traduction est celle des po√®mes de Chebbi qui est, selon Ben Ouennes, la seule √† avoir atteint un degr√© de perfection[102]. Lors de la troisi√®me s√©ance scientifique, Ahmed Remadi rel√®ve ¬ę quelques incoh√©rences sans gravit√© ¬Ľ dans la traduction en fran√ßais du Journal de Chebbi par Mongi Chemli et Mohamed Ben Isma√Įl[102]. Il estime tout de m√™me qu'elle d√©voile ¬ę un grand effort de transmission des id√©es de Chebbi dans un style purement fran√ßais ¬Ľ[102].

En 2019, LCM √Čditions publie un recueil de textes choisis d'Abou el Kacem Chebbi, traduits par In√®s Horchani sous le titre Si seulement ma po√©sie, qui reprend l'expression arabe Layta chi'r√ģ ; cette anthologie met en lumi√®re la solitude du po√®te et son besoin de justice et de beaut√©.

Notes et références

  1. Abderrazak Chera√Įt, Abou el Kacem Chebbi, √©d. Appolonia, Tunis, 2002, p. 19.
  2. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 9.
  3. Sobhi Habchi, ¬ę Y a-t-il un Prom√©th√©e oriental ? Le cas d'Abou-l-Qasim Ach-Chabbi ¬Ľ, Communications, n¬į78, 2005, p. 221-234.
  4. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi indique le 4 février dans La Philosophie du poète. L'exemple d'un poète tunisien de langue arabe - Abul Qacem Chabbi, éd. L'Harmattan, Paris, 2005, p. 14.
  5. (ar) Biographie d'Abou el Kacem Chebbi (Khayma).
  6. Ali Ouertani, ¬ę La po√©sie chant√©e de Chebbi ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 1er mars 2009.
  7. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 23.
  8. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 25.
  9. Hatem Bourial, ¬ę Il s'appelait Aboul Kacem... ¬Ľ, Le Renouveau, 16 janvier 2009.
  10. Foued Allani, ¬ę Dans l'antichambre de l'√Ęme du po√®te (II) ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 26 janvier 2009.
  11. Mongi Chemli, ¬ę Un po√®te romantique tunisien : Abou-l-Qasim Chabbi ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 21 octobre 2009.
  12. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 32.
  13. ¬ę Entretien avec Mr Chedli Klibi : Puiser en nous-m√™mes les accents qui forcent les portes de l'universel ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 28 mars 2006.
  14. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 35.
  15. Jeune Afrique l'intelligent, n¬į2137-2145, √©d. Jeune Afrique, Paris, 2002, p. 57.
  16. Slimane Zéghidour, La poésie arabe moderne entre l'Islam et l'Occident, éd. Karthala, Paris, 1982, p. 337 (ISBN 978-2-86537-047-4).
  17. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 125.
  18. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 14.
  19. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 25.
  20. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 27.
  21. Saloua Rachdi, ¬ę Le po√®te dans la voie du proph√®te ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 16 d√©cembre 2009.
  22. Adel Latrech, ¬ę L'universalit√© de Abou el Kacem Chebbi. L'alchimie du verbe ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 17 mars 2008.
  23. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 94.
  24. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 27.
  25. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 28.
  26. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 29.
  27. Collectif, Le r√īle des mouvements d'√©tudiants africains dans l'√©volution politique et sociale de l'Afrique de 1900 √† 1975, √©d. Organisation des Nations unies pour l'√©ducation, la science et la culture/L'Harmattan, Paris, 1993, p. 151 (ISBN 978-2-7384-2427-3).
  28. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 30.
  29. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 95.
  30. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 31.
  31. Tahar Bekri, Littératures de Tunisie et du Maghreb. Suivi de Réflexions et propos sur la poésie et la littérature, éd. L'Harmattan, Paris, 1994, p. 15 (ISBN 978-2-7384-2816-5).
  32. Faouzia Mezzi, ¬ę Centenaire de la naissance d'Aboulkacem Chebbi, le po√®te de la vie, de la volont√© de la vie ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 18 d√©cembre 2008.
  33. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 99.
  34. Abou el Kacem Chebbi, ¬ę Pour un renouveau litt√©raire ¬Ľ, Apollo, n¬į10, juin 1993.
  35. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 127.
  36. Adel Latrech, ¬ę Un po√®te qu'on dit rebelle et √©gar√© ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 11 janvier 2010.
  37. Biographie d'Abou el Kacem Chebbi (AfkarNet).
  38. Tahar Bekri, op. cit., p. 16.
  39. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 37.
  40. Foued Allani, ¬ę Dans l'antichambre de l'√Ęme du po√®te (III) ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 2 f√©vrier 2009.
  41. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 33.
  42. Souad Bakalti, La femme tunisienne au temps de la colonisation (1881-1956), éd. L'Harmattan, Paris, 1996, p. 49 (ISBN 978-2-7384-4549-0).
  43. [PDF] ¬ę Regards sur une vie ¬Ľ, Le Renouveau, 9 octobre 2009.
  44. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 48.
  45. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 38.
  46. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 50.
  47. Hechmi Khalladi, ¬ę La vie dans tous ses √©tats ¬Ľ, Le Temps, 27 d√©cembre 2009.
  48. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 90.
  49. Tahar Bekri et Olivier Apert, op. cit., p. 43.
  50. Foued Allani, ¬ę Dans l'antichambre de l'√Ęme du po√®te (I) ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 19 janvier 2009.
  51. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 39.
  52. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 39-40.
  53. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 15.
  54. ¬ę Rencontre, √† la Maison de la culture Ibn-Khaldoun, dans le cadre de la c√©l√©bration du centenaire de Abou El Kacem Chebbi ¬Ľ, Tunis Afrique Presse, 4 avril 2009.
  55. Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, op. cit., p. 16.
  56. Chebbi rédige tous les jours un texte dans son Journal du 1er janvier au 6 février 1930, excepté les 10, 11, 15, 17, 19, 22, 23, 24, 29, 30 et 31 janvier mais aussi les 1er, 2, 3 et 4 février.
  57. Fatma Zaghouani, ¬ę C√©l√©bration du centenaire de l'homme de lettres Mohamed Hlioui ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 23 d√©cembre 2007.
  58. Abdelmajid Sahli, ¬ę Chebbi par Kerrou ¬Ľ, Le Renouveau, 21 mars 2010.
  59. (en) Clip de Majida El Roumi chantant Ya Ibn Ommi (Tunisie 7).
  60. (ar) Clip d'Ela Toghat Al Alaam interprété par Latifa Arfaoui (Latifa OnLine).
  61. Tahar Bekri et Olivier Apert, Marcher sur l'oubli (entretiens), éd. L'Harmattan, Paris, 2000, p. 51 (ISBN 978-2-7384-9180-0).
  62. Marc Kober [sous la dir. de], Poésies des Suds et des Orients, éd. L'Harmattan, Paris, 2008, p. 69 (ISBN 978-2-296-05967-2).
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  68. (en) √Čric Sellin et H√©di Abdel-Jaouad, op. cit., p. 6.
  69. Tahar Bekri et Olivier Apert, op. cit., p. 50.
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  71. Slimane Zéghidour, op. cit., p. 130.
  72. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 117.
  73. Ainsi, en 1937, Brahim Bourouga√Ę publie certains de ses textes dans la revue Bonne moralit√© paraissant √† Sfax.
  74. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 111.
  75. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 115.
  76. ¬ę Ach Chebbi : Hayetouhou - Chi'irouhou (Chebbi : sa vie, sa po√©sie), de Aboul Qacem Mohamed Kerrou ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 5 mars 2009.
  77. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 40.
  78. Abderrazak Chera√Įt, op. cit., p. 109.
  79. ¬ę Pr√©paratifs de la c√©l√©bration du centenaire de la naissance du po√®te Abou el Kacem Chebbi ¬Ľ, Info Tunisie, 26 janvier 2009.
  80. Imen Abderrahmani, ¬ę Ouverture du Festival international de Carthage 2009 : Chebbi, ce ¬ę proph√®te ¬Ľ inconnu ¬Ľ, Le Quotidien, date inconnue.
  81. Mona Yahia, ¬ę Carthage rend hommage au po√®te tunisien Chebbi ¬Ľ, Magharebia, 13 juillet 2009.
  82. Raouf Seddik, ¬ę Un floril√®ge pour le centenaire de Chebbi ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 21 janvier 2010.
  83. ¬ę Festival international du film documentaire de Khouribga : le film tunisien Abou El Kacem Chebbi remporte le Grand prix ¬Ľ, Maghreb Arabe Presse, 24 octobre 2010.
  84. (en) ¬ę Tunisian Poet's Verses Inspire Arab Protesters ¬Ľ, National Public Radio, 30 janvier 2011.
  85. Le√Įla Slimani, ¬ę Maroc : rappeurs et sans reproches ¬Ľ, Jeune Afrique, 30 janvier 2012.
  86. Symboles de la Tunisie (Students of the World).
  87. ¬ę Prix Aboulkacem Chebbi de la Banque de Tunisie ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 24 mai 2010.
  88. Hatem Bourial, ¬ę Prix litt√©raires : la reconnaissance des √©crivains ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 8 janvier 2007.
  89. ¬ę Des plumes d'ici et d'ailleurs ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 20 mai 2009.
  90. Galerie de peinture (Mus√©e Dar Chera√Įt).
  91. Liste des timbres représentant Abou el Kacem Chebbi (Poste tunisienne).
  92. Timbre n¬į768 dessin√© par Hatem El Mekki et √©mis le 20 novembre 1962 (Poste tunisienne).
  93. Timbre n¬į1241 dessin√© par Hatem El Mekki et √©mis le 9 octobre 1984 √† l'occasion du cinquantenaire de la mort de Abou el Kacem Chebbi (Poste tunisienne).
  94. Timbre n¬į1471 dessin√© par Yosr Jamoussi et √©mis le 12 ao√Ľt 1995 (Poste tunisienne).
  95. Timbre n¬į1841 dessin√© par Skander Gader et √©mis le 24 f√©vrier 2009 (Poste tunisienne).
  96. Driss Abbassi, Entre Bourguiba et Hannibal. Identité tunisienne et histoire depuis l'indépendance, éd. Karthala, Paris, 2005, p. 227 (ISBN 978-2-84586-640-9).
  97. (en) Billet de trente dinars représentant Abou el Kacem Chebbi (Collection de billets de banque de Tunisie).
  98. ¬ę Tunisie ‚Äď Un nouveau billet de 10 dinars mis en circulation, √† partir du 28 novembre 2013 ¬Ľ, Business News, 27 novembre 2013.
  99. Image de la salle Abou el Kacem Chebbi (Présidence de la République tunisienne).
  100. Traduit de l'arabe par Mongi Chemli et Mohamed Ben Isma√Įl, √©d. Fondation nationale, Carthage, 1988 (ISBN 978-9973-911-03-2).
  101. Voir Foued Allani, ¬ę Dans l'antichambre de l'√Ęme du po√®te (II) ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 26 janvier 2009 pour la traduction du texte dat√© du 1er janvier 1930 et Foued Allani, ¬ę Dans l'antichambre de l'√Ęme du po√®te (III) ¬Ľ, La Presse de Tunisie, 2 f√©vrier 2009 pour la traduction du texte dat√© du 2 janvier 1930.
  102. [PDF] Mohamed Salah Ben Amor, ¬ę La traduction de la litt√©rature tunisienne en langues √©trang√®res (Be√Įt Al-Hikma : 17 et 18 avril 1998) ¬Ľ, Meta, vol. 45, n¬į3, septembre 2000, p. 565-567.

Bibliographie

Français

  • Abderrazak Chera√Įt, Abou el Kacem Chebbi, √©d. Appolonia, Tunis, 2002 (lire en ligne) (ISBN 978-9973-827-12-8)
  • Mohamed Farid Ghazi, ¬ę Le milieu zitounien de 1920 √† 1933 et la formation d'Abu-l-Qacim ach-Chabbi, po√®te tunisien (1909-1934) ¬Ľ, Les Cahiers de Tunisie, VII, 1959
  • Ameur Ghedira, Chabbi ou le Mal de vivre, √©d. du Centenaire, Tunis, 2009
  • In√®s Horchani, Si seulement ma po√©sie..., √©d. LCM √Čditions, Le Mans, 2019 (ISBN 978-2-490-78012-9)
  • Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, La Philosophie du po√®te. L'exemple d'un po√®te tunisien de langue arabe - Abul Qacem Chabbi, √©d. L'Harmattan, Paris, 2005 (lire en ligne) (ISBN 978-2-7475-9252-9)

Arabe

  • Abou El Kacem Mohamed Kerrou, Chebbi : sa vie, sa po√©sie, coll. Livre d'Al Horria, √©d. Al Horria, Tunis, 2009

Italien

  • Salvatore Mugno, Il difficile mestiere di ¬ę Poeta nazionale ¬Ľ dans Abu'l-Qasim Ash-Shabbi, I canti della vita, √©dition bilingue arabo-italienne, traduit de l'arabe par Imed Mehadheb, r√©interpr√©tation po√©tique de G√ęzim Hajdari (it), essai introductif de Salvatore Mugno, pr√©face d'Abderrazak Bannou et postface d'Aldo Nicosia, √©d. Di Girolamo Editore, Trapani, 2008, p. 15-44 (ISBN 978-88-87778-20-5)

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