Accueilūüáęūüá∑Chercher

Royaume des Beni Abbès

Le royaume des A√Įt Abb√®s, en tamazight : ‚Ķú‚īį‚ī≥‚Ķć‚ī∑‚īį ‚ĶŹ ‚īį‚ĶĚ ‚ĶĄ‚īĪ‚īĪ‚īį‚Ķô (Tagelda n At ∆źebbas), en arabe : ō≥ŔĄō∑ŔÜō© ō®ŔÜŔä ōĻō®ōßō≥ (salŠĻ≠anat Beni ∆źabbas), est un ancien √Čtat d'Afrique du Nord, puis un fief et une principaut√©, contr√īlant du XVIe si√®cle au XIXe si√®cle la petite Kabylie et ses alentours, dans l'actuelle Alg√©rie. Il est d√©sign√© dans l'historiographie espagnole comme ¬ę reino de Labes ¬Ľ[3] ; parfois plus commun√©ment d√©sign√© par sa famille r√©gnante, les Mokrani, en kabyle ‚īį‚Ķú ‚Ķé‚Ķď‚Ķá‚ĶĒ‚īį‚ĶŹ At Muqran, en arabe ō£ŔąŔĄōßōĮ ŔÖŔāōĪōßŔÜ (Ouled Moqrane). Sa capitale est la Kal√Ęa des Beni Abb√®s, une citadelle imprenable de la cha√ģne montagneuse des Bibans.

Royaume de Beni Abbes
(ber) ‚Ķú‚īį‚ī≥‚Ķć‚ī∑‚īį ‚ĶŹ ‚īį‚ĶĚ ‚ĶĄ‚īĪ‚īĪ‚īį‚Ķô
(ar) ō≥ŔĄō∑ŔÜō© ō®ŔÜŔä ōĻō®ōßō≥

1510‚Äď1872

Description de cette image, également commentée ci-après
Carte du royaume des Beni Abbès (en jaune), du royaume de Koukou et de la régence d'Alger aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Informations générales
Statut ‚ÄĘ Monarchique et tribus f√©d√©r√©es
‚ÄĘ Grand cheikhat h√©r√©ditaire - Principaut√© vassale de la r√©gence d'Alger
Capitale Kal√Ęa des Beni Abb√®s, Medjana
Langue(s) Berbère, Arabe[note 1].
Religion ‚ÄĘ Islam
‚ÄĘ Minorit√©s citadines : Christianisme et Juda√Įsme[1] - [2]
Histoire et événements
1510 Abderahmane, √©mir de B√©ja√Įa se replie sur l'arri√®re-pays bougiote et fonde la tribu des A√Įt Abbas autour de la Kal√Ęa de l'Ouannougha[note 2].
1547 Abdelaziz El Abb√®s prend le pouvoir ; sous son r√®gne la Kal√Ęa prend de l'importance et son royaume s'oppose √† la r√©gence d'Alger.
Fin du XVIe si√®cle Apog√©e du royaume qui s'√©tend jusqu'aux Zibans et aux Ouled Na√Įl.
Fin du XVIIIe siècle Divisions des Mokrani entre différents partis et vassalisation par le beylik de l'Est.
1872 Fin de la r√©volte des Mokrani et an√©antissement du r√īle politique des Mokrani.

Entités précédentes :

Le royaume est longtemps un bastion de r√©sistance aux Espagnols, puis √† la r√©gence d'Alger avec laquelle toutefois elle conclus un pacte d√®s 1550 pour mener des exp√©ditions conjointes. B√©n√©ficiant d'une position strat√©gique, sur la route d'Alger √† Constantine et sur celle de la mer M√©diterran√©e au Sahara, sa capitale la Kal√Ęa des Beni Abb√®s attire au XVIe si√®cle des Andalous, des chr√©tiens et des Juifs, fuyant l'Espagne ou Alger. Leur savoir-faire enrichit un tissu industriel local dont l'artisanat de la tribu des A√Įt Abbas est l'h√©ritage. Les tribus aux alentours sont aussi le si√®ge d'une intense activit√© intellectuelle et d'une tradition lettr√©e rivalisant avec celles d'autres villes du Maghreb.

√Ä son apog√©e, l'influence du royaume des Beni Abb√®s s'√©tend de la vall√©e de la Soummam au Sahara et sa capitale la Kal√Ęa rivalise avec les plus grandes villes. Au XVIIe si√®cle, ses chefs prennent le titre de cheikh de la Medjana, mais sont encore d√©crits comme sultans ou rois des Beni Abb√®s[note 3]. √Ä la fin du XVIIIe si√®cle, le royaume dirig√© par la famille Mokrani (Amokrane) s'√©miette en plusieurs clans dont certains sont vassalis√©s par la r√©gence d'Alger. Cependant, le cheikh de la Medjana se maintient √† la t√™te de sa principaut√© comme tributaire du bey de Constantine et g√®re ses affaires en toute ind√©pendance.

√Ä l'arriv√©e des Fran√ßais, certains Mokrani prennent le parti de la colonisation, d'autres de la r√©sistance. Les Fran√ßais, pour favoriser leur implantation dans la r√©gion, s‚Äôappuient sur les seigneurs locaux, maintenant une apparence d'autonomie de la r√©gion sous ses chefs traditionnels jusqu'en 1871. Ses souverains prennent divers titres, successivement sultan, amokrane[note 4], cheikh de la Medjana, puis s'int√©grant provisoirement √† l'administration militaire fran√ßaise avant la r√©volte de 1871, khalifa et bachagha. La d√©faite de 1871 marquera la fin du r√īle politique des Mokrani avec la reddition de la Kal√Ęa face aux Fran√ßais.

Histoire

Espace politique maghrébin au XIVe et XVe siècles

Monnaie ornée d'écriture coufique.
Pi√®ce de monnaie hafside de B√©ja√Įa (1249-1276).

L'Ifriqiya, qui correspond globalement √† l'est du Maghreb actuel, fait partie du royaume des Hafsides. Dans ce royaume, la ville de B√©ja√Įa, ancienne capitale des Hammadides au XIe si√®cle, est une ville de premier plan. En effet, sa richesse et son emplacement de port strat√©gique en font un objet de convoitise pour les Zianides et M√©rinides ; de plus, elle entre souvent en dissidence au sein du sultanat hafside, et jouit d'une certaine autonomie en temps normal. La ville est vue comme capitale des r√©gions occidentales du sultanat hafside et ¬ę place-fronti√®re ¬Ľ du sultanat. Au XIIIe si√®cle et XIVe si√®cle, elle devient √† diverses occasions le si√®ge du pouvoir d'√©mirs-gouverneurs ind√©pendants[note 5], ou de dissidents de la dynastie hafside. Ces ¬ę souverains de B√©ja√Įa ¬Ľ[note 6] √©tendent leur autorit√© ‚ÄĒ qui va souvent de pair avec une dissidence politique ‚ÄĒ √† l'ensemble du domaine de l'ancien royaume des Hammadides : Alger, Dellys, M√©d√©a, Miliana, Constantine, Annaba et les oasis du Zab. Ibn Khaldoun les d√©crit comme gouvernant ¬ę BińüńĀya wa al-ŠĻĮagr al-garbńę min Ifriqiya ¬Ľ (la ville de B√©ja√Įa et la marche occidentale de l‚ÄôIfrńęqiya). Ibn Khaldoun sera d'ailleurs le vizir de l'administration ind√©pendante d'un prince hafside de B√©ja√Įa, en 1365[4]. Le XVe si√®cle voit globalement un retour √† la centralisation de l‚Äô√Čtat hafside. Mais √† la fin du XVe si√®cle et au d√©but du XVIe si√®cle, L√©on l'Africain et Al-Marini d√©crivent un prince de B√©ja√Įa, s√©par√© de celui de Tunis, avec une situation similaire √† Constantine et Annaba, ce qui traduit un morc√®lement du territoire hafside[5].

Fondation au début du XVIe siècle

En 1510, sur la lanc√©e de la Reconquista, les Espagnols s'emparent de B√©ja√Įa. Ils organisent √† partir de cette position des razzias dans l'arri√®re-pays. Les Berb√®res de la r√©gion cherchent protection √† l'int√©rieur des terres et prennent pour nouvelle capitale la Kal√Ęa des Beni Abb√®s, au cŇďur de la cha√ģne des Bibans. Cette ville est une ancienne place fortifi√©e de l'√©poque hammadide et une √©tape du triq sultan la route commerciale allant des Hauts Plateaux √† B√©ja√Įa. Dans la seconde moiti√© du XVe si√®cle, l'√©mir Abderahmane, qui choisit le site pour des raisons s√©curitaires. Ce dernier est originaire du Djebel Ayad et son fils Ahmed commence √† √™tre renomm√©, notamment pour le statut religieux aupr√®s des populations kabyles et arabes aux alentours qui viennent se fixer √† la Kal√Ęa, fuyant le chaos relatif dans le pays. B√©n√©ficiant d'un soutien croissant parmi les tribus aux alentours, il se proclame ¬ę sultan de la Kal√Ęa ¬Ľ. Il est enterr√© √† Takorabt, village aux alentours de la Kal√Ęa[6] - [7]. Selon la tradition locale l‚Äôorigine des Mokrani remonte aux √©mir de la Kal√Ęa des Beni Hammad des monts des Ma√Ędid (aussi d√©sign√©s comme Djebel Kiana ou Ayad). Les Mokranis eux-m√™mes poss√®dent des parchemins qui les font descendre du proph√®te, par sa fille Fatima et la tradition les rattache, non sans raisons, aux √©mir hammadides. Les noms Ouled-Abdesselem et des Ouled-Gandouz port√©s par des factions de Mokrani, sont originaires du Djebel Ayad, nom h√©rit√© des Ayad-Athbedj, une faction hilalienne arriv√© au XIe si√®cle[8].

Le r√®gne de son petit-fils Abdelaziz El Abb√®s fait sortir le nom de la Kal√Ęa de l'anonymat : √† son apog√©e, la cit√© compte 80 000 habitants[9]. La Kal√Ęa se dote de fabriques d‚Äôarmes avec l‚Äôaide de ren√©gats chr√©tiens ainsi que d'une partie des habitants de B√©ja√Įa chass√©s par l'occupation espagnole, dont des Andalous, musulmans, ainsi qu'une communaut√© juive qu‚Äôelle accueille en grand nombre et qui apportent leur savoir-faire[10].

Du fait d'annexions successives de territoires, le royaume d'Abdelaziz s'√©tend au sud et aux montagnes environnantes. Les Espagnols repli√©s dans B√©ja√Įa lui offrent leur alliance et il ignore provisoirement l'entreprise d'√©tablissement de la r√©gence d'Alger men√©e par les fr√®res Arudj et Khayr ad-Din Barberousse car son royaume n'est pas tourn√© vers la mer. Les fr√®res Barberousse, voulant isoler les Espagnols, attaquent Abdelaziz et le rencontrent aux alentours de B√©ja√Įa en 1516. Devant la sup√©riorit√© technique de leurs armes √† feu, Abdelaziz se soumet √† leur demande et pr√©f√®re rompre l'alliance avec les Espagnols, plut√īt que d'affronter tout de suite les Turcs avec des moyens insuffisants[11]. En 1542, la r√©gence d'Alger fait du seigneur de la Kal√Ęa, son khalifa (repr√©sentant) dans la Medjana[12].

Abdelaziz emploie son r√®gne et les p√©riodes de paix avec la R√©gence √† fortifier la Kal√Ęa et √† √©tendre son influence toujours plus au sud. Son infanterie devient un corps r√©gulier de 10 000 hommes et il acquiert deux corps de cavalerie r√©guliers[note 7]. Il √©difie deux borjs aux alentours de la Kal√Ęa, avec chacun √† sa t√™te un khalifa (repr√©sentant), charg√© d‚Äôeffectuer des tourn√©es √† travers son territoire[13].

Cette puissance croissante du sultan de la Kal√Ęa inqui√®te les Turcs de la r√©gence d'Alger qui envoient en 1550 √† deux reprises des corps de troupes qu'Abdelaziz repousse. Hassan Pacha conclut donc avec lui un trait√© et obtient son aide dans son exp√©dition contre Tlemcen (1551), alors occup√©e par un ch√©rif Saadien. Selon le chroniqueur espagnol contemporain des √©v√®nements Luis del M√°rmol Carvajal, Abdelaziz prend la t√™te d'un corps d'infanterie de 6 000 hommes pour l'exp√©dition de Tlemcen. Selon l'historien Hugh Roberts, le contingent kabyle s'√©l√®ve √† 2 000 hommes[14] - [15]. Le beylerbey d'Alger et le sultan des Beni Abb√®s scellent √† cette occasion une alliance √† la suite de la conclusion du ¬ę pacte d'Aguemoun Ath Khiar ¬Ľ. Le royaume des Beni Abb√®s s'engagera alors aux c√īt√©s des forces du beylerbey et les milliers de soldats d‚ÄôAbdelaziz permettent la victoire de la R√©gence[16]. Cette victoire sera exploit√©e par les Turcs et jouera un r√īle dans la formation de l‚ÄôAlg√©rie[16].

L'arriv√©e de Salah Ra√Įs √† la t√™te de la r√©gence d'Alger confirme l'alliance avec Abdelaziz. Ils m√®nent ensemble l'exp√©dition contre Touggourt et Ouargla en octobre 1552. Abdelaziz envoie 180 arquebusiers arquebusiers et 1 600 cavaliers, qui s'ajoutent aux 3 000 arquebusiers de Salah Ra√Įs. Les Berb√®res d'Abdelaziz tra√ģnent les canons pour esp√©rer apprendre √† les manŇďuvrer et plus tard savoir les hisser sur leur forteresse de la Kal√Ęa[14].

Cependant cette alliance finit par se rompre. Deux hypoth√®ses expliquent cette rupture selon l'historiographie espagnole. La premi√®re est que Salah Ra√Įs tente de faire arr√™ter Abdelaziz lors de sa pr√©sence √† Alger, le soup√ßonnant de vouloir soulever le pays contre la r√©gence d'Alger. La seconde veut qu'Abdelaziz se m√©fie des Turcs et de leur capacit√© √† attaquer des villes lointaines comme Touggourt. Il craint que leur ambition √† contr√īler le pays finisse par faire de son royaume une cible et consid√®re comme une faute politique le fait de les avoir favoris√©s √† travers les deux exp√©ditions. Les r√©cits des A√Įt Abbas rapportent quant √† eux que la rupture est li√©e √† une tentative de la r√©gence d'Alger de faire assassiner Abdelaziz par des auxiliaires zouaouas. Ceux-ci refusent d'assassiner un chef de la m√™me r√©gion qu'eux et l'avertissent. Alli√©e avec les Zouaoua, la troupe du sultan Abdelaziz d√©fait les janissaires qui doivent se replier √† Alger[17].

Salah Ra√Įs, de crainte que la r√©putation du sultan Abdelaziz ne s'accroisse, lance une exp√©dition vers la fin 1552 et parvient √† l'hiver sur les monts de Boni √† proximit√© de la Kal√Ęa. Le fr√®re de Abdelaziz, Sidi Fadel, meurt au combat mais la neige emp√™che les Turcs d'avancer davantage et de profiter de leur victoire[18] - [19].

En 1553, le fils de Salah Ra√Įs, Mohamed-bey, conduit une offensive sur la Kal√Ęa des Beni Abb√®s qui se solde par un √©chec et de nombreuses pertes parmi les Turcs. Leur r√©putation est ternie par cette bataille car ils √©vitent un d√©sastre gr√Ęce √† l'appui des tribus arabes. Abdelaziz repousse aussi une exp√©dition command√©e par Sinan Reis et Ramdan Pacha √† proximit√© de l'Oued el Hammam, vers M'sila. La prise de B√©ja√Įa par Salah Ra√Įs en 1555 confirme les craintes de Abdelaziz sur la puissance de la r√©gence d'Alger et il continue √† fortifier ses positions dans les montagnes. Cependant, Salah Ra√Įs meurt et le retour de Hassan Pacha permet le retour √† la paix pour un an. Hassan Pacha livre la ville de M'sila et ses d√©fenses comprenant 3 pi√®ces d'artillerie √† Abdelaziz, tout y en gardant le contr√īle sur les contributions fiscales[20] - [21] - [22].

Abdelaziz est donc en possession de la ville de M'sila et fait lever une arm√©e de 6 000 hommes parmi les tribus environnantes, afin de pr√©lever l'imp√īt normalement destin√© aux Turcs de la R√©gence. Hassan Pacha lui d√©clare la guerre en 1559, reprend M'sila sans difficult√© et √©l√®ve le Bordj de la Medjana et le Bordj Zemoura. Ces deux forts et leurs garnisons sont imm√©diatement d√©truits par une contre-attaque de Abdelaziz qui y prend √©galement les pi√®ces d'artilleries pour am√©liorer les d√©fense de la Kal√Ęa. Hassan Pacha, qui est mari√© avec la fille du Roi de Koukou, forme une coalition avec ce dernier pour en finir avec le sultan de la Kal√Ęa. Il m√®ne bataille devant la Kal√Ęa en 1559, sans arriver √† la prendre et √©prouvant de nombreuses pertes. Cependant, son rival le sultan Abdelaziz meurt au deuxi√®me jour des combats et son fr√®re le sultan Ahmed Amokrane est d√©sign√© pour lui succ√©der et repousse la coalition. Cette victoire d√©cisive de la Kal√Ęa fait abandonner pour un temps les ambitions de Hassan Pacha qui emporte la t√™te d'Abdelaziz √† Alger comme troph√©e[23] - [20] - [24].

Apogée du royaume à la fin du XVIe siècle

Carte historique avec le territoire des Beni Abbès indiqué.
Les conquêtes d'Ahmed Amokrane à la fin du XVIe siècle.

D√®s 1559, le sultan Ahmed Amokrane organise son arm√©e et fait appel √† des ren√©gats de la r√©gence d'Alger et des chr√©tiens, autoris√©s √† vivre selon leur mŇďurs et leur religion. Ahmed Amokrane lance une campagne dans le sud √† la t√™te d'une arm√©e forte de 8 000 soldats d'infanterie et de 3 000 chevaux. Il traverse les oasis du Zab, soumet Tolga et Biskra et va jusqu‚Äô√† Touggourt o√Ļ il nomme cheikh El Hadj Khichan el Merba√Į, un membre d'une tribu qui lui est fid√®le : les Hachem. Un proche parent de ce dernier, El Hadj Amar, est investi cheikh des oasis de Tolga et Biskra. Enfin, il nomme un khalifa dans le Sahara, Abd el-Kader ben Dia, qui met ensuite beaucoup d'√©nergie √† d√©fendre les int√©r√™ts du sultan de la Kal√Ęa. Ahmed Amokrane met en place sur les points culminants un syst√®me de poste-signaux, communiquant par feux la nuit et par fum√©es le jour, qui relaient les informations du Sud √† la Kal√Ęa[25].

Ahmed Amokrane se tourne ensuite vers le territoire de Ouled Na√Įls qu'il soumet de Bousaada √† Djelfa. La date de ces exp√©ditions est g√©n√©ralement situ√©e vers 1573[26]. Cette p√©riode constitue l'apog√©e du royaume des Beni Abb√®s, y compris au niveau de la gouvernance et de l'administration du territoire. Ahmed Amokrane ne craint pas en 1580, d'envoyer son propre fils √† Alger souhaiter la bienvenue et offrir un pr√©sent √† Djaffar Pacha[27]. Cependant, en 1590, son influence est telle que des tribus enti√®res lui payent l‚Äôimp√īt, ce qui constitue des rentr√©es fiscales moindres pour la r√©gence d'Alger. Khizr Pacha entre en guerre et assi√®ge la Kal√Ęa Beni Abbes durant deux mois sans pouvoir la prendre et essuyant les assauts de la cavalerie de Ahmed Amokrane. Khizr Pacha organise le pillage aux alentours de la Kal√Ęa, dont les villages environnants sont compl√®tement ruin√©s durant le si√®ge. Les hostilit√©s s'ach√®vent gr√Ęce √† la m√©diation d'un marabout, avec d'une part le paiement par Ahmed Amokrane d'un tribut de 30 000 douros et d'autre part le retrait de Khizr Pacha et le maintien de l'ind√©pendance de la Kal√Ęa[8].

En 1598, ce sont les A√Įt Abbas d'Ahmed Amokrane qui partent en exp√©dition et finissent par assi√©ger Alger : avec l'aide des Alg√©rois, ils parviennent √† forcer la porte Bab Azzoun et √† entrer dans la ville mais pas √† l'occuper durablement. Le si√®ge dure 11 jours[28].

Du XVIIe siècle au début du XVIIIe siècle

Arbre généalogique ancien
Arbre généalogique des Amokrane ou Mokrani selon Louis Rinn (v.1891).

Vers 1600, le sultan de la Kal√Ęa Ahmed Amokrane marche contre les troupes de Soliman Veneziano, pacha d'Alger, qui veut p√©n√©trer en Kabylie. Il bat celui-ci et fait d√©truire le Borj Hamza √©difi√© en 1595 √† l'emplacement de Bouira, mais meurt au cours des combats. Il laisse le patronyme d'Amokrane (en kabyle : grand, chef), plus tard arabis√© en Mokrani, √† toute sa lign√©e[29] - [30].

Son successeur est Sidi Naceur Mokrani, un homme tourn√© vers la religion. Il s'entoure de tolbas et de religieux, laissant p√©ricliter les affaires de son royaume. Ce d√©sint√©ressement provoque la col√®re des chefs de l'arm√©e et des commer√ßants des A√Įt Abbas. Ils organisent un guet-apens et l'assassinent vers 1620. Ses enfants sont sauv√©s et l'a√ģn√©, Si Betka Mokrani, est recueilli par la tribu des Hachem et √©lev√© parmi eux. Il l'aident √† retrouver son rang princier en le mariant avec la fille du chef de la tribu des Ouled Madi[31].

Si Betka participe le √† la grande bataille de Guidjel qui oppose les tribus et les grands chefs f√©odaux du Beylik de Constantine √† la r√©gence d'Alger et au bey Mourad lui-m√™me. Cette bataille entra√ģne dans le Beylik de Constantine une ind√©pendance accrue vis-√†-vis des Turcs d'Alger. Si Betka Mokrani, pour sa part, ne va jamais reconna√ģtre leur autorit√©. Il r√©ussit √† reconstituer le royaume de son grand-p√®re, mais ne veut plus du titre de Sultan de la Kal√Ęa et prend celui de Cheikh de la Medjana. Il bat √† plusieurs reprises la tribu des A√Įt Abbas, mais refuse de retourner s'implanter √† la Kal√Ęa. Il meurt en 1680, dans sa forteresse de Borj Medjana et laisse quatre fils : Bouzid, Abdallah, Aziz et Mohammed-el-Gandouz[8] - [32].

Dessin d'un canon ancien
Croquis d'un canon d'√©poque Louis XIV -probablement issu de la bataille de Jijel (1664)- retrouv√© √† la Kal√Ęa des Beni Abb√®s[33].

C'est l‚Äôa√ģn√© Bouzid Mokrani, d√©crit comme le sultan Bouzid[note 8], qui exerce le pouvoir de 1680 √† 1735, dans les m√™mes conditions que son p√®re en toute souverainet√© vis-√†-vis de la r√©gence d'Alger. Par ailleurs, il maintient l'√©quilibre dans sa famille, dont ses fr√®res sont entr√©s momentan√©ment en dissidence. Il remporte deux conflits contre les Turcs de la r√©gence d'Alger, qui veulent faire traverser son territoire √† leur colonne militaire pour relier Alger et Constantine. S'appuyant sur ces succ√®s militaires, il institue un droit de passage appel√© l'ouadia qui lui permet de monnayer le transit √† travers son territoire √† la r√©gence d'Alger, et notamment gr√Ęce √† son contr√īle sur le passage strat√©gique des portes de fer. Ce droit de passage reste en vigueur jusqu'√† la chute de la r√©gence d'Alger en 1830[20]. Ce droit de passage appliqu√© aux Turcs de la r√©gence d'Alger serait en fait une r√®gle g√©n√©rale appliqu√©e √† tout passage sur le territoire du seigneur de la Kal√Ęa victorieux des Turcs en 1553 et 1554, cette victoire faisant de lui de facto le ma√ģtre du Hodna et des Bibans[34].

Les Mokrani des Beni Abb√®s participent √† la bataille de Jijel en 1664. Comme Ali, roi de Koukou, ils refusent d'abord au bey le passage de troupes de renforts de la r√©gence d'Alger sur leurs territoires[35]. Cependant, ne pouvant venir √† bout des Fran√ßais, ils font alliance, dans une optique de guerre sainte, avec le bey de Constantine et le dey d'Alger face aux arm√©es du duc de Beaufort, commandant de l'exp√©dition de Louis XIV[36]. Les Berb√®res tentent de n√©gocier avec le duc de Beaufort retranch√© dans la place de Jijel, mais celui-ci refuse leurs offres de paix[37]. L'exp√©dition se termine par une victoire berb√®re et turque et par un √©chec lourd pour l'arm√©e de Louis XIV qui subit de nombreuses pertes, doit abandonner son artillerie sur place et faire face au naufrage du navire la Lune √† son retour[38]. Les Mokrani emportent comme troph√©es 4 canons frapp√©s de fleurs de lys √† la Kal√Ęa[39]. D'autres canons de type fran√ßais sont plus tard retrouv√©s √† la Kal√Ęa : selon l'hypoth√®se la plus probable, ces canons datent de l'√©poque de Louis XII, offerts par Fran√ßois Ier √† Tunis dans le cadre de son alliance aux Ottomans ; ils sont enlev√©s par Charles Quint et transport√©s √† B√©ja√Įa au d√©but du XVIe si√®cle quand elle est possession espagnole puis fournis √† leur alli√©, le royaume des Beni Abb√®s [40]. Enfin, un canon plus petit t√©moignerait de l'existence d'une fonderie locale de canons de petits calibres dirig√©e par un ren√©gat espagnol[41].

Dissidences et relation au Beylik de l'Est (fin XVIIIe siècle au début XIXe siècle)

portraits de Si Mohammed Belkassem, marabout et de Mohammed Srir, fils du cadi de Biskra, en 1884.

Après la mort de Bouzid Mokrani en 1734, son fils El hadj Bouzid Mokrani prend le pouvoir après renonciation de l'ainé Aderrebou Mokrani. Il doit faire face à l'opposition entre deux autres de ses frères Bourenane et Abdesselam Mokrani et son cousin Aziz ben Gandouz Mokrani[note 9] crée un soff[note 10] dissident qui s'allie aux Turcs : les Ouled Gandouz[42] - [43].

Les Turcs de la r√©gence d'Alger voulaient venger le massacre en 1737, par le cheikh de la Medjana, de toute une colonne turque et de son dignitaire en repr√©sailles d'un crime d'honneur. Fort de l'alliance avec les Ouled Gandouz et exploitant les divergences entre les fr√®res alli√©s Bourenane et Abdesselam Mokrani, les Turcs infligent une d√©faire aux diff√©rents Mokrani vers 1740. Ils doivent abandonner la Medjana et se r√©fugier dans les montagnes, El hadj Bouzid se r√©fugie √† la Kal√Ęa des Beni Abb√®s. Cette p√©riode constitue le deuxi√®me √©pisode de domination de la r√©gence d'Alger sur la Medjana apr√®s celui de 1559. Les Turcs rel√®vent le fort de Bordj Bou Arreridj, y installent une garnison de 300 janissaires et investissent leur alli√© Aziz ben Gandouz Mokrani comme ca√Įd, √† la t√™te de la tribu des Ouled Madi[42] - [44].

Les Mokrani voient d'un mauvais Ňďil cet abaissement de leur puissance et un moqaddem de la confr√©rie de la Chadhiliyya va r√©concilier les fr√®res entre eux pour faire front commun face aux Turcs. Les Turcs sont d√©faits, le fort d√©moli et les janissaires survivants renvoy√©s au dey d'Alger avec une lettre r√©affirmant l'ind√©pendance des Mokrani. El hadj Bouzid Mokrani reprend la gestion de la plaine de la Medjana et la r√©gence d'Alger reconnait son ind√©pendance, abandonnant les pr√©tentions √† faire payer l‚Äôimp√īt aux tribus qui constituent le Makhzen des Mokrani. Cependant, tous les ans le Cheikh de la Medjana re√ßoit un caftan d'honneur de la r√©gence d'Alger et des cadeaux comme signe d'une certaine suzerainet√©. Cette diplomatie permet aux Turcs de trouver des pr√©textes pour intervenir dans les affaires des Mokrani ou r√©clamer l'appui de leur contingent[45]. La principaut√© dirig√©e par El Hadj Bouzid constitue un ¬ę √Čtat dans l‚Äô√Čtat ¬Ľ[46].

El hadj Bouzid Mokrani marie sa fille Da√Įkra au bey de Constantine Ahmed el Kolli et meurt en 1783. Son fr√®re Abdessalam Mokrani lui succ√®de et son fils a√ģn√© devient son khalifa (repr√©sentant). Les Ouled Bourenane et Ouled Gandouz vont entrer en dissidence. Cette dissidence est √† nouveau un pr√©texte pour le bey d'intervenir dans les affaires des Mokrani. Il les entretient pour affaiblir l'ensemble des Mokrani et ce sans intervenir militairement. En effet, il se contente de faire √©liminer les uns par les autres et de reconna√ģtre, par des pr√©sents, comme chef de la principaut√© (cheikh) celui qui est capable de verser un tribut[45].

Les Mokrani deviennent donc vassaux du bey, mais de manière singulière, car le bey leur paye un tribut pour le passage sur leur territoire (l'ouadia instauré par le sultan Bouzid). Le cheikh de la Medjana possède le droit régalien de rendre la justice et ne permet pas la reconstruction du fort de Bordj Bou Arreridj. Les Mokrani doivent faire face en 1806 à une révolte paysanne des tribus Ouled Derradj, Madid, Ayad, Ouled Khelouf, Ouled-Brahim et Ouled Teben, menée par un certain cheikh Ben el Harche[47]. Ben el Harche, un religieux défait l'armée du bey Osmane qui meurt dans les combats 1803[48]. Il s'implante au Djebel Megris, mais meurt au combat en 1806, après deux batailles contre les Mokranis, appuyé par une colonne turque du bey[47].

Après diverses luttes fratricides, il ne reste en 1825 que deux soff Mokrani ayant un poids politique réel : les Ouled el Hadj et les Ouled Abdesselem. Ces deux groupes sont conduits par Ben Abdallah Mokrani, alors cheikh de la Medjana. La nomination de Ahmed Bey à Constantine en 1825, lui-même parent des Mokrani, va encore réveiller certaines querelles de clan dans la Medjana ; Ahmed bey fait éliminer certains Mokrani avant d'être défait par ceux qui restent des soff dissidents des Ouled Bourenane et Ouled Gandouz[49].

Ben Abdallah Mokrani avait deux lieutenants, Ahmed Mokrani et son cousin Abdesselem Mokrani. Il confie aux deuxième la charge de collecter les impots dans l'Ouannougha. Cette charge lucrative est convoitée par Ahmed Mokrani ce qui sera le point de départ d'une rivalité qui se prolonge jusqu'à l'arrivée des Français. Les deux lieutenants du cheikh de la Medjana font partie des contingents de Ahmed bey pour aider le dey d'Alger en 1830[50].

Après la prise d'Alger

Marabout Kabyle Algerian par Antonio Zeno Shindler

La nouvelle de la chute du dey Hussein se propage rapidement à travers tout le pays, à travers le retour des contingents vaincus dans les tribus. L'oligarchie turque ne bénéficiant d'aucune sympathie, une série de soulèvements et de troubles menacent les fondements de la société algérienne. Dans cette période de trouble, des personnalités politiques s'activent et reconstituent les fiefs héréditaires et confédérations tribales que la politique de la Régence avait amoindrie. En dehors des confédérations tribales établies surtout dans les montagnes, dans les plaines l’élément maraboutique et la noblesse d'épée (djouad - dont les Mokrani font partie) vont s'affronter pour s'assurer l'hégémonie sur les masses[47].

Dans l'ouest, l'√©l√©ment maraboutique triomphe et voit l'√©mergence de la figure de l‚Äô√©mir Abd el Kader. Dans l'est, les djouad mieux ancr√©s face aux √©l√©ments religieux et maraboutiques, se maintiennent et avec eux le beylik de Constantine. Le maintien du beylik est en grande partie d√Ľ √† l'habilet√© politique de Ahmed Bey et de ses conseillers, qui s'appuient sur les principaux chefs f√©odaux du beylik. Cependant, dans cette p√©riode de troubles, il ne peut emp√™cher une fronde de tribu et de soff de se constituer contre lui. Abdesselem Mokrani prend le parti de la fronde, au nom de Ben Abdallah Mokrani, cheikh de la Medjana alors que son cousin et rival Ahmed Mokrani va rester fid√®le √† Ahmed bey. Les chefs tribaux alli√©s du bey, dont le cheikh Bengana, r√©ussissent √† retourner ou corrompre certaines tribus rebelles, ce qui entra√ģne une d√©route de ces derniers[51].

En 1831, Abdesselem Mokrani et ses alliés, vont alors proposer aux Français une reconnaissance de leur autorité contre un appui militaire qui puisse les débarrasser de Ahmed Bey. Mais les Français ne donnent pas suite à cette demande. Une lettre similaire envoyée au bey de Tunis est interceptée par Ahmed Bey. Abdesselem Mokrani finit par être capturé par surprise et emprisonné à Constantine. Ahmed Mokrani est investi cheikh de la Medjana par Ahmed Bey, à la place de Ben Abdallah Mokrani qui meurt. Il participe à la défense de Constantine en 1836 et lors de sa chute en 1837. Abdesselem Mokrani, son rival, profite de la confusion pour s'échapper lors de la prise de Constantine en 1837[52].

Période des khalifas : entre Abd el Kader et la France

Un groupe traversant un étroit passage montagneux
La traversée des Portes de Fer en 1839. C'est pour emprunter ce passage que depuis le XVIIe siècle, la régence d'Alger payait un droit de passage : l'ouadia.

Ahmed Mokrani suit momentan√©ment Ahmed Bey vers le sud ; son rival Abdesselem Mokrani en profite pour prendre possession de la Medjana. Ahmed Mokrani se replie alors sur la Kal√Ęa des Beni Abb√®s fid√®le √† son camp. En , Abd el-Kader se rend dans l'Ouannougha pour organiser sa pr√©sence dans la r√©gion qu'il consid√®re comme partie de son royaume. Les deux cousins rivaux Abdesselem et Ahmed offrent chacun de reconna√ģtre sa suzerainet√© √† leurs conditions. Abdesselem Mokrani √©tant en position plus favorable, c'est lui qui est nomm√© khalifa de la Medjana (repr√©sentant, seigneur de la Medjana)[53]. Ahmed Mokrani cherche √† renverser son cousin mais celui-ci est soutenu par Hachem, les Ouled Madi de Msila et les marabouts. M√™me la tribu des A√Įt Abbas, pourtant favorable √† Ahmed Mokrani, voit na√ģtre une contestation √† partir d'Ighil Ali, Tazaert et Azrou. Pour ne pas √™tre assi√©g√© dans sa Kal√Ęa, il doit se r√©fugier chez la tribu voisine des Beni Yadel √† El Main[54].

Il finit captur√© par Abdesselem Mokrani qui se contente de l'exiler dans le Hodna. Ahmed Mokrani se pr√©sente fin aux autorit√©s fran√ßaises de Constantine. Apr√®s avoir re√ßu une investiture de ca√Įd, il re√ßoit le le titre de khalifa de la Medjana pour le compte des Fran√ßais qui occupent d√©sormais S√©tif[55]. Le titre de khalifa est r√©serv√© pour les territoires dont la France n'exerce pas d'administration directe et poss√®de les m√™mes avantages que sous le gouvernement du bey. Ils per√ßoivent notamment l‚Äôimp√īt traditionnel pour le compte de l‚Äô√Čtat, poss√®dent une garde de spahis sold√©e par la France et gouvernent leurs sujets selon les lois musulmanes. Ces alli√©s sont pr√©cieux pour appuyer la pr√©sence fran√ßaise dans un pays qui lui est inconnu[56]. En 1838, Abdesselem Mokrani est destitu√© par Abd el-Kader et remplac√© par son khodja (secr√©taire) d'origine maraboutique. Ce qui est consid√©r√© comme un affront pour un djouad est pourtant accept√© par Abdesselem Mokrani pour faire barrage √† son cousin Ahmed Mokrani qui √©tend ses alliances et son influence. Le khalifa pousse les Fran√ßais √† monter l'exp√©dition des Portes de Fer, le point de passage strat√©gique des Bibans, en [57]. Ahmed Mokrani r√®gle √† ses vassaux le droit de passage que payent traditionnellement les colonnes turques de la r√©gence d'Alger pour que les tribus laissent passer l'arm√©e fran√ßaise. Cette travers√©e des portes de fer permet √† la France de mieux s'implanter dans la r√©gion et de relier Alger √† Constantine[58]. Abdesselem Mokrani est sans r√©el soutien et victime des raids de Ahmed Mokrani qui a reconstitu√© son fief avec l'aide des Fran√ßais. L‚Äô√©mir Abd el-Kader, consid√©rant les Portes de Fer comme partie de son territoire, d√©clare, √† la suite de ces √©v√©nements, la guerre √† la France et aux chefs f√©odaux appuyant son action. Les cons√©quences de la guerre avec l'√©mir sont r√©elles dans la Medjana et Ahmed Mokrani, alli√© aux Fran√ßais, doit se replier dans la Kal√Ęa des Beni Abb√®s. Les partisans de l'√©mir sont finalement repouss√©s en 1841. Ahmed Mokrani g√®re son fief sans tenir compte de la tutelle des autorit√©s fran√ßaises et en restant en contact avec le capitaine Dargent bas√© √† S√©tif[59] - [60].

Cependant son statut de grand seigneur alli√© de la France √©volue. L‚Äôordonnance royale du abroge les arr√™t√©s de 1838 et en fait un haut fonctionnaire. Certaines tribus des Ouled Na√Įl, des A√Įt Yaala, Qsar, Sebkra, Beni Mansour, Beni Mellikech et de l'Ouannougha sont d√©tach√©es de son commandement et mises sous tutelle de notables ou ca√Įd plus dociles. En 1849, ce sont les tribus du Hodna qui sont regroup√©es sous un autre commandement[61]. Ces mesures m√©contentent Ahmed Mokrani. C'est dans ce contexte qu'intervient une des figures de la r√©sistance kabyle √† la conqu√™te fran√ßaise : le Ch√©rif Boubaghla[62]. M√©connu, en 1851, il sillonne la Medjana et la Kal√Ęa des Beni Abb√®s, puis les Beni Mellikech encore insoumis. Il fait remettre √† Ahmed Mokrani par le biais de son intendant de la Kal√Ęa, un certain Djeraba ben Bouda, une lettre. Boubaghla pr√īne ouvertement la guerre avec les Fran√ßais, mais le khalifa ne le prend pas au s√©rieux. Le khalifa Ahmed Mokrani appuie mollement les colonnes fran√ßaises pour d√©faire le Ch√©rif Boubaghla en 1854. Il en profite pour ch√Ętier certains villages des A√Įt Abbas autrefois fid√®les √† son ancien rival Abdesselem, en les accusant de soutenir Boubaghla. Il meurt en 1854 √† Marseille au retour d'une visite en France et son fils Mohamed Mokrani est nomm√© Bachagha[63].

Effondrement de l'autorité des Mokrani et la révolte

Carte montrant les régions d'Algérie révoltées
Extension géographique de la révolte des Mokrani.

Le titre de bachagha est une cr√©ation des autorit√©s fran√ßaises et un statut interm√©diaire entre les ca√Įds et les khalifa ; le statut de ces derniers, encore trop important, est destin√© √† √™tre supprim√©. La nomination par les autorit√©s fran√ßaises de ca√Įds et de commandants sur des tribus relevant de l'autorit√© du khalifa Ahmed Mokrani continue. En 1858, les amendes qu'il percevait en son nom et pour son compte, doivent √™tre revers√©es au tr√©sor fran√ßais. L‚Äôimp√īt de la zekkat est institu√© dans la r√©gion de Bordj Bou Arreridj alors qu'il √©tait d√©j√† vers√© en nature (nourriture, biens...) aux Mokranis. La tribu makhzen des Hachem doit √©galement verser les imp√īts de l'achour et la zekkat, puis les Mokrani eux-m√™mes y sont soumis par g√©n√©ralisation de la r√®gle. Cependant en 1858 et 1859, ils en sont exempt√©s sous pr√©texte de mauvaises r√©coltes, en fait pour les m√©nager politiquement[64].

Portrait de Mokrani
Portrait du bachagha Mohamed Mokrani.

Enfin, les oukil, qui sont les pr√©pos√©s et intendants des Mokrani, sont remplac√©s par des ca√Įds ou des cheikhs relevant directement de l'administration coloniale. En 1859 et 1860, les droits de justice des chefs f√©odaux et le droit de khedma sont supprim√©s. Ce dernier consistait depuis l'√©poque du bey √† un droit de gratification de la part d'un particulier quelconque au profit d'un porteur d'une lettre ou d'un ordre de service de l'√Čtat makhzen. Ces mesures provoquent un m√©contentement g√©n√©ral parmi les chefs traditionnels alli√©s de la France, mais ils veulent √©viter un conflit arm√© d√©savantageux et esp√®rent encore que les autorit√©s fran√ßaises finiront pas compter avec eux pour l'administration du territoire. Le discours officiel rassurant du gouvernement fran√ßais et de Napol√©on III sur le r√īle de la f√©odalit√© alg√©rienne ne convainc pas, car il n'est pas suivi dans les faits. Le passage de l'administration militaire vers l'administration civile d√©cide le bachagha √† quitter ses fonctions. Vers 1870, l'id√©e de r√©volte a fait son chemin chez Mohamed Mokrani, qui fait pr√©venir les diff√©rents ca√Įd sous son autorit√©[65].

Parall√®lement √† la situation politique, sur le plan social, les ann√©es 1865 et 1866 sont un v√©ritable d√©sastre pour les Alg√©riens qui d√©signent ces ann√©es en arabe comme ¬ę 'am ech cher ¬Ľ : ¬ę les ann√©es de la mis√®re ¬Ľ. En effet, √† une invasion de criquets sur le Tell, puis une s√©cheresse qui plonge le pays dans la famine, suivent des √©pid√©mies de chol√©ra, puis de typhus. Les f√©odaux d√©voilent alors leur r√īle de soutien de la population, en vidant leurs silos personnels puis, une fois ceux-ci √©puis√©s, en empruntant[66]. Ces emprunts vont mettre en difficult√© Mohamed Mokrani[67].

Gravure représentant une ville en pleine bataille
Siège de Bordj Bou Arreridj en 1871.

Le Mohamed Mokrani se joint √† la r√©volte des spahis de l'est alg√©rien[68]. Il lance 6 000 hommes sur Bordj Bou Arreridj, village de colon qu'il assi√®ge et incendie. Le , c'est la confr√©rie de la Rahmaniya par le biais de son chef Cheikh Aheddad qui entre dans la r√©volte. L'est de l'Alg√©rie, des environs d'Alger √† Collo se soul√®ve, avec 150 000 kabyles au plus fort de l‚Äôinsurrection. Les divisions entre f√©odaux et religieux, mais aussi entre tribus, entravent l‚Äôefficacit√© du mouvement. L'arm√©e fran√ßaise s'organise, face √† des insurg√©s certes nombreux, mais souvent mal arm√©s, elle parvient √† d√©gager les nombreuses places assi√©g√©es[60]. Mohamed Mokrani meurt le √† Oued Soufflat (vers Bouira) au cours d'une bataille face √† l'arm√©e fran√ßaise et son corps est imm√©diatement transf√©r√© √† la Kal√Ęa[69]. La reddition de la Kal√Ęa, fief imprenable des Mokrani depuis le XVIe si√®cle, a lieu le . Boumezrag Mokrani, successeur et fr√®re de Mohamed Mokrani, peine √† poursuivre la lutte en Kabylie puis dans le Hodna. Cherchant √† s'√©chapper avec les siens vers la Tunisie, il est finalement arr√™t√© √† Ouargla le [68]. La r√©pression, confiscation de terres ainsi que les biens des Mokrani, marque l'an√©antissement d√©finitif de leur r√īle politique et de leur contr√īle sur la r√©gion[70].

Relations et diplomatie

Relations avec le royaume de Koukou et l'Espagne

Le royaume des Beni Abb√®s doit sa fondation au repli de l'√©mir hafside de B√©ja√Įa, Abderrahmane, en 1510 √† la suite de la prise de la ville par les Espagnols command√©s par Pedro Navarro. Abderrahmane se replie vers les Hauts Plateaux, terre d‚Äô√©mergence des dynasties Zirides puis Hammadides au Moyen √āge. Ces positions lui permettent aussi de se mettre √† l‚Äôabri des raids espagnols et d'organiser la r√©sistance pour les emp√™cher de p√©n√©trer dans le pays[71] - [72]. Cependant, avec l'arriv√©e puis l'influence grandissante des Turcs d'Alger, il √©tablit progressivement des relations avec les Espagnols cantonn√©s dans B√©ja√Įa, puis une alliance. Cette alliance provoquera l'hostilit√© de la r√©gence d'Alger, qui envoie en 1516 une exp√©dition contre le sultan de la Kal√Ęa qui provoquera une rupture avec les Espagnols[11]. Apr√®s la prise de B√©ja√Įa par Salah Ra√Įs en 1555, Abdelaziz acquiert de l'artillerie et accueille une milice de 1 000 Espagnols pour renforcer son arm√©e, notamment pour la bataille de la Kal√Ęa des Beni Abb√®s en 1559[24] - [73].

Le royaume de Koukou implant√© en Kabylie de l'autre c√īt√© de la vall√©e de la Soummam, sera rival du royaume des Beni Abb√®s dans le contr√īle de la r√©gion. Cette division profitera aux Turcs de la r√©gence d'Alger[74]. En effet, le royaume de Koukou dirig√© par Belkadi fut alli√© des Turcs dans l'entreprise d‚Äô√©tablissement de la r√©gence d'Alger, avant la date de 1519. √Ä cette date, Belkadi pour contrer l'influence de la r√©gence d'Alger, va s'allier au sultan Hafside de Tunis et il inflige une s√©v√®re d√©faite √† Khayr ad-Din Barberousse[75]. Cette victoire lui ouvre les portes d'Alger de 1519 √† 1527[76]. Ces √©v√®nements ne contribuent pas √† un rapprochement durable entre les deux royaumes kabyles. En 1559, le royaume de Koukou et la r√©gence d'Alger, forment m√™me une coalition pour contrer l'influence grandissante du sultan de la Kal√Ęa[24]. Le royaume des Beni Abb√®s poss√®de des ambassadeurs √† la cour d'Espagne[77], mais aussi aupr√®s de la cour ottomane, faisant du kabyle une langue pr√©sente √† l'√©tranger[78].

Régence d'Alger

Gravure ancienne représentant une armée en marche.
Les troupes de la régence d'Alger alliées au royaume des Beni Abbès marchant vers l'Oranie.

Au XVIe si√®cle, le sultan de la Kal√Ęa a toujours suscit√© l'inqui√©tude de la r√©gence d'Alger, compte tenu de son influence importante dans la Kabylie, les Hauts Plateaux et le Sahara. Au d√©but du XVIe si√®cle, ils sont alli√©s face au royaume de Koukou qui occupera Alger (1520-1527), mais aussi dans les exp√©ditions de Tlemcen puis Touggourt (1551 et 1552). Cependant, en d√©pit de ces alliances entre les pachas d'Alger et les sultans de la Kal√Ęa, les conflits militaires furent nombreux √† la fin du XVIe si√®cle et se prolong√®rent au XVIIe si√®cle. La r√©gence d'Alger n'arrivant pas √† prendre la Kal√Ęa se contentera de faire reconnaitre sa pr√©dominance souvent par le paiement d'un tribu[24] - [79].

Au XVIIe si√®cle, le sultan Bouzid, fort de ses succ√®s militaires, impose √† la R√©gence le paiement du droit de passage de l'ouadia et r√©affirme au dey d'Alger son ind√©pendance. Le royaume contr√īle le passage strat√©gique des Portes de Fer - appel√©es tiggoura en kabyle et Bibans en arabe - qui est un point de passage obligatoire sur la route reliant Alger √† Constantine. La r√©gence d'Alger devait payer un tribut pour le passage de ses troupes, dignitaires et commer√ßants. C'est d'ailleurs dans l'Alg√©rie de l'√©poque le seul endroit o√Ļ le pouvoir Makhzen de la r√©gence payait un tribut √† des populations locales insoumises[80]. Laurent-Charles F√©raud (1872) cite le voyageur fran√ßais Jean-Andr√© Peyssonnel, qui de voyage en Alg√©rie en 1725 notait[81]:

¬ę Ces troupes [la milice turque], si redoutables dans tout le royaume, sont oblig√©es de baisser leurs √©tendards et leurs armes, en passant par un d√©troit f√Ęcheux appel√© la Porte de fer, entre des montagnes escarp√©es. La nation dite Benia-Be√Įd [Beni-Abbas], qui habite ces montagnes, les force √† la soumission.[‚Ķ] et ils s'estiment encore heureux d'√™tre en paix avec eux, sans quoi il faudrait aller passer dans le Sahara pour aller d'Alger √† Constantine. ¬Ľ

Photo d'un ancien fusils richement orné
Fusil kabyle de type moukhala du XIXe siècle.

Cette relative ind√©pendance vis-√†-vis de la R√©gence se maintient jusqu'√† la fin du XVIIIe si√®cle o√Ļ les divisions et luttes internes entre Mokrani font que la plupart d'entre eux sont vassalis√©s par le Bey de Constantine, qui leur d√©cernera des titres de ca√Įds pour r√©gner sur certaines tribus des Hauts Plateaux pour le compte du Beylik de Constantine. Le cheikh de la Medjana lui-m√™me est consid√©r√© comme un grand vassal du bey de Constantine et re√ßoit des pr√©sents de reconnaissance s'il peut verser un tribut. Cependant il administre son domaine comme il l'entend et exerce les droits r√©galiens de haute et de basse justice. La R√©gence continue de lui verser le droit de passage de l'ouadia et il emp√™che la reconstruction par la R√©gence du fort de Bordj Bou Arreridj[79]. Le bey de Constantine, loin d'ignorer les branches mineures ou √©vinc√©es des Mokrani, les soutient pour entretenir les divisions de la Medjana et emp√™cher ainsi le cheikh de constituer un danger pour son autorit√© dans le beylik.

L'alliance matrimoniale entre les Mokrani et la famille de Ahmed Bey (lui-m√™me descendant de Mokrani), plonge un peu plus la Medjana dans la confusion. La nomination de Ahmed Bey en 1825 √† Constantine, r√©veille des querelles internes aux Mokrani, desquelles Ahmed bey esp√®re tirer parti. Cependant Ben Abdallah Mokrani, se maintient cheikh de la Medjana et pr√©l√®ve l‚Äôimp√īt dans l'Ouannougha[82].

Relation avec le Sahara

D√®s le XVIe si√®cle, le sultan Ahmed Amokrane pousse ses troupes dans le Sahara o√Ļ il va se heurter √† la conf√©d√©ration des Douaouidas et r√©duire leur domaine[83]. Il r√©ussit √† fid√©liser un certain nombre de tribus et nomme un khalifa[84] - [25]. Cependant le contr√īle sur les Zibans, Ouargla et Touggourt s'estompa d√®s la mort de Ahmed Amokrane et son successeur Sidi Naceur d√©laisse les r√©gions sahariennes. C'est donc le chef des Douaouidas, Ahmed Ben Ali, dit Bou Okkaz, cheikh el arab[note 11] qui contr√īle la r√©gion √† la faveur du d√©clin des Mokrani. Il accordera sa fille en mariage √† Sidi Naceur et son petit-fils Ben Sakheri, avec le concours des Mokrani, est vainqueur √† la bataille de Guidjel opposant le bey de Constantine aux tribus sous son commandement[84] - [20].

Au cours des si√®cles suivants, les relations commerciales restent soutenues entre les A√Įt Abbas et les A√Įt Yaala et les oasis du sud notamment Bousaada[85].

Société et culture

Société tribale et villageoise

Carte de la r√©gion de B√©ja√Įa avec des territoires et noms de lieux
Le territoire et les principales tribus sous l'autorité des Mokrani, dont les tribus makhzen en orange (XVIIe et XVIIIe siècles).

La soci√©t√© kabyle ancienne est un ensemble de ¬ę r√©publiques villageoises ¬Ľ, g√©rant leur affaires autour d‚Äôassembl√©es villageoises (tajam√Ęat), le tout rassembl√© en tribus[71]. Ces tribus entretenait des liens avec les dynasties locales m√©di√©vales, Zirides, Hammadides puis Hafsides. La prise de B√©ja√Įa par les Espagnols n'√©teint pas les liens entre tribus, du fait de la fondation de seigneuries d√©sign√©es par les Espagnols comme les ¬ę royaumes ¬Ľ des A√Įt Abbas, de Koukou et d'Abdeldjebbar[note 12]. Les liens entre celles-ci et Tunis - alors ville hafside - sont av√©r√©s durant le XVIe si√®cle. La question de l'existence du royaume de Koukou et du royaume Beni Abb√®s se pose dans une soci√©t√© o√Ļ l‚Äô√©miettement en plusieurs r√©publiques jalouses de leur ind√©pendance est la r√®gle jusqu'au XIXe si√®cle. La soci√©t√© kabyle a connu d'autres chefferies avant ces royaumes. Durant l'√©poque hafside en 1340, une femme exerce le pouvoir second√© par ses fils chez les A√Įt Iraten[71].

En effet, la question des royaumes kabyles, pose la question de leur relation aux autres ¬ę √Čtats ¬Ľ et ¬ę Cit√©s ¬Ľ d'une part et celle de leur relation √† la structure tribale d'autre part. Les kabyles sont structur√©s en communaut√©s rurales qui doivent assurer leur autonomie face √† l'h√©g√©monie des seigneuries, notamment sur le plan fiscal et de la ma√ģtrise des ressources (les for√™ts et leurs richesses). Sur un autre plan, ces communaut√©s doivent √©galement apporter leur soutien aux seigneuries face √† la pression d'un ¬ę √Čtat central ¬Ľ, celui de la r√©gence d'Alger[71]. Les tribus des Beni Abbas, Hachem et Ayad sont r√©put√©s tribu makhzen des Mokrani et les deys reconnaissant tacitement l'ind√©pendance des Mokrani, ne r√©clament pas d‚Äôimp√īts √† ces tribus[86].

Le r√īle et la structure des ¬ę r√©publiques villageoises ¬Ľ kabyles, autour de la tajm√Ęat, sans √™tre un particularisme kabyle ou une structure immuable de la soci√©t√© kabyle, serait d√Ľ √† la chute de l‚Äô√Čtat hafside dans cette r√©gion. Ce r√īle des tajm√Ęat conditionne la relation de Kabylie aux √©tats centraux. Son existence doit √™tre replac√©e dans son contexte maghr√©bin pour plus de coh√©rence et √™tre vu non comme une particularit√©, sinon une structure commune au Maghreb ayant, dans le contexte historique de la Kabylie, prit un r√īle important[71] - [87].

Les Mokrani (d√©sign√©s en kabyle sous le nom d'A√Įt Mokrane) constituent une aristocratie guerri√®re, qui socialement va conna√ģtre la concurrence de mouvements religieux : c'est le cas notamment de la famille Ben Ali Ch√©rif dans la vall√©e de la Soummam[70]. Il faut aussi noter le r√īle important des confr√©ries et marabouts, dont la Rahmaniya, fond√©e en 1774, qui va gagner en influence en Kabylie. C'est avec l'appui de cette confr√©rie que Mohamed Mokrani lance la r√©volte de 1871[88], dont l'√©chec marque d√©finitivement la fin du r√īle politique des Mokrani sur la r√©gion[70].

Hocine El Wartilani, un savant du XVIIIe si√®cle, issu de la tribu des A√Įt Ourtilane, donne son opinion en 1765 qui devait √™tre partag√©e parmi les kabyles sur le pouvoir des Mokrani, selon laquelle ces derniers ¬ę tyrannisent ¬Ľ pour se venger de la perte de leur supr√©matie dans la r√©gion (tributaire de la R√©gence) et depuis l'assassinat de leur anc√™tre Sidi Naceur Mokrani[note 13], vers 1600, ses descendants exercerait sur la r√©gion une forme de vengeance[89].

D'autre part les Mokrani, s'appuyant sur l'usage de leurs anc√™tres (imgharen Na√Įt Abbas), aident les populations en fournissant un minimum √† ceux qui se pr√©sentent √† la Kal√Ęa. Cette tradition remonterait aux premiers princes des A√Įt Abbas[90]. Il semblerait √©galement que la tribu des A√Įt Abbas fut fond√©e en m√™me temps que le royaume de la Kal√Ęa, peu apr√®s la prise de B√©ja√Įa en 1510. En effet, les √©mirs hafsides de B√©ja√Įa, anc√™tres des Mokrani, s'installant √† la Kal√Ęa, ont rassembl√© une nouvelle tribu autour de leur centre de pouvoir[91]. Le royaume de Beni Abb√®s repr√©sente dans la r√©gion l'absence de rupture totale du lien √† l‚Äô√Čtat, √©tabli depuis longtemps notamment avec les Hafsides (1230-1510), les Almohades (1152-1230) et les Hammadides (1065-1152)[71]. Les invasions hilaliennes au XIe si√®cle ravivant le nomadisme, puis plus tard la politique administrative et de guerre de la r√©gence d'Alger, vont avoir pour effet tardif et indirect de ¬ę retribaliser ¬Ľ la Kabylie o√Ļ sous le rev√™tement pseudo-√©tatique les structures traditionnelles se sont maintenues. Au XVIIe si√®cle, la soci√©t√© kabyle va √™tre profond√©ment marqu√©e par un afflux de populations fuyant l'autorit√© de la R√©gence et qui vont lui donner le caract√®re de montagne surpeupl√© qu'elle gardera jusqu'√† l'ind√©pendance alg√©rienne[87]. Louis Rinn, d√©taille l'√©clatement des Mokrani en diff√©rents camps rivaux, chefferies et commandements tribaux d√®s le XVIIe si√®cle r√©duisant l'aire d'influence r√©elle des chefs des Beni Abb√®s et de la Medjana et les rendant dans une moindre mesure tributaire de la r√©gence d'Alger √† partir de la fin du XVIIIe si√®cle et surtout au XIXe si√®cle[42].

Culture savante

Vieux manuscrit enluminé avec inscriptions en lettres arabes
Copie d'un ancien manuscrit sur la généalogie du saint Sidi Yahia El Aidli.

La Kabylie est constitu√©e d'un r√©seau de zaou√Įas, si√®ge d'une v√©ritable connaissance √©crite dans une soci√©t√© marqu√©e par l'oralit√© berb√®re. Cette ¬ę Kabylie √©crivant ¬Ľ est une v√©ritable ¬ę montagne savante ¬Ľ[92]. Le cas le plus marquant est celui des A√Įt Yaala dont la r√©putation est vant√©e par un proverbe local : ¬ę Au pays des Beni Yaala, poussent les oul√©mas, comme pousse l‚Äôherbe au printemps ¬Ľ. Certains n'h√©sitent pas √† comparer le niveau d'√©rudition des A√Įt Yaala √† celui des universit√©s de la Zitouna (Tunis) ou de la Qaraouiyine (F√®s). Sur le plan politique, la tribu des A√Įt Yaala √©tait rattach√©e au cheikh de la Medjana qui nommaient les ca√Įds de la r√©gion[93].

Cette tradition lettr√©e de l'√©poque doit √™tre replac√©e dans son contexte g√©ographique. En effet, la montagne a toujours jou√© un r√īle important pour la plaine (export des surplus de production, migration saisonni√®re etc.) et la Kabylie est √† l'interface de grandes villes c√īti√®res (B√©ja√Įa, Alger, Dellys...). Le contexte historique est aussi important. En effet, l'implantation de l'√©crit savant, dans un lieu o√Ļ il n'est pas forc√©ment attendu (arri√®re-pays montagneux) serait li√© √† des facteurs historiques : l'intense relation √† cette √©poque entre la montagne et les cit√©s proches et l‚Äôusage des montagnes kabyles comme refuges par des √©lites de tout ordre durant les p√©riodes de crises ou de guerres. En effet, il faut noter le r√īle capital de B√©ja√Įa, comme place intellectuelle du Maghreb central et les liens avec l'Andalousie puis l'afflux de r√©fugi√©s andalous. Ce statut d'utilisation de l'√©crit dans l'interaction de l'arri√®re-pays avec les cit√©s serait donc ant√©rieur √† la p√©riode ottomane[94].

L'usage de l'√©crit en pays kabyle d√©passe le cadre de l'usage savant. Lors de la colonisation, au XIXe si√®cle la quasi-totalit√© des A√Įt Yaala poss√©dait d√©j√† des actes de propri√©t√©, ou des contrats r√©dig√©s par des cadis ou des lettr√©s locaux. F√©raud rapporte √©galement que des actes de propri√©t√© √©dit√©s par l'administration Ahmed Amokrane aux fellahs, √©taient retrouv√©s chez quelques individus au XIXe si√®cle[26]. L'exhumation de la biblioth√®que du Cheikh El Mouhoub datant du XIXe si√®cle confirme cette implantation de l'√©crit en pays berb√®re ; avec un fonds de plus de 500 manuscrits, d'origines et d'√©poques vari√©s traitant de divers sujets : fiqh, adab, astronomie, math√©matiques, botanique, m√©decine.

Au niveau de la tribu des A√Įt Yaala, les biblioth√®ques sont d√©sign√©es en kabyle sous le nom de tarma, mot qui est surement d'origine m√©diterran√©enne (car commun de l'Irak au P√©rou pour d√©signer les biblioth√®ques) et t√©moignerait de l'apport de r√©fugi√©s andalous ou de lettr√©s b√©jaouis, mais aussi du d√©placement des lettr√©s locaux. Ces √©l√©ments indiquent que les villages, loin d'√™tre renferm√©s sur eux-m√™mes, sont en lien avec le monde[94]. Ces apports et interactions avec les savoir-faire du monde m√©diterran√©en (b√©jaoui, andalous, juifs, etc.) se retrouvent √©galement dans l'artisanat du Guergour (tapis, orf√®vrerie...). Cependant loin d'√™tre uniquement un r√©ceptacle du savoir m√©diterran√©en, la montagne kabyle est en interaction avec d'autres r√©gions[95].

La Kal√Ęa des Beni Abb√®s surnomm√©e en kabyle ¬ę l'qel√Ęa ta∆źassamt ¬Ľ, ¬ę Kal√Ęa la merveilleuse ¬Ľ, est aussi une cit√© prestigieuse dans cette r√©gion[96]. En effet, la Kal√Ęa et le massif montagneux des Bibans sont √©galement le si√®ge d'un milieu intellectuel actif[97].

Architecture

Vue sur l'intérieur d'une mosquée avec des arcades
√Čl√©ments d'architecture andalous du Mausol√©e du sultan Ahmed.
Gravure ancienne représentant un patio
Cour int√©rieure d'une maison de la Kal√Ęa (v.1865).

Les villages des A√Įt Abbas pr√©sentent une architecture et un certain raffinement citadin qui tranche avec leur statut de village kabyle. Ce raffinement serait d√Ľ essentiellement √† leur pass√© florissant de l'√©poque du royaume des Beni Abb√®s. Les maisons d'Ighil Ali sont similaires √† celles de la casbah de Constantine ; les maisons sont √©tag√©es avec balcons et arcades. Sur le plan urbain, les ruelles sont √©troites et pav√©es, contrastant avec l'aisance des demeures. Les portails sont en bois dur, taill√© avec des rosaces et divers motifs[98]. Les maisons de la Kal√Ęa sont d√©crites comme en pierre et couvertes de tuiles[99]. Selon Charles Farine qui a visit√© la Kal√Ęa au XIXe si√®cle, les maisons de la Kal√Ęa sont spacieuses, avec cours int√©rieures, ombrag√©es d'arbres et de plantes qui grimpent aux galeries. Les murs sont recouverts de chaux. La Kal√Ęa reprend l'architecture des villages kabyles, tr√®s agrandie et compl√©t√©e de fortifications, de postes d'artillerie et de guet, de casernes, d'armureries et d'√©curies pour les unit√©s de cavalerie[100]. La Kal√Ęa poss√®de aussi une mosqu√©e d'architecture berb√®ro-andalouse encore conserv√©e[101]. Les travaux d'ouvrages militaires sont men√©s essentiellement par Abdelaziz El Abb√®s au XVIe si√®cle, comme la casbah surmont√©e de quatre canons de gros calibres[41] et le mur d'enceinte √©difi√© √† la suite de la premi√®re exp√©dition ottomane en 1553[102]. Cependant, de nos jours, la Kal√Ęa est dans un √©tat d√©labr√© √† cause des bombardements durant les conflits avec l'arm√©e fran√ßaise et les 3/5 des √©difices sont en ruines[103].

√Čconomie

Ressources naturelles et agriculture

Berger kabyle, par Eugène Fromentin.

L'économie kabyle ancienne[note 14] combine une pauvreté des ressources naturelles et une forte densité de populations. Cet équilibre est connu dès l'époque d'Ibn Khaldoun. Antérieurement à la présence française, la production est essentiellement vivrière dans un espace montagneux et limité. Ce mode productif est sujet aux catastrophes naturelles (sécheresse) ou aux événements politiques (conflits). La viabilité du système ne peut être comprise qu'à la lumière de l’organisation sociale, lignagère et liée à la terre[104].

L'√©conomie des A√Įt Abbas et l'√©conomie kabyle en g√©n√©ral donne une place importante √† l'arboriculture et l‚Äôhorticulture qui n'offrent que peu de ressources d'o√Ļ une intense activit√© commerciale et manufacturi√®re[105] - [106]. Au d√©part implant√©s dans les environs de la Kal√Ęa au XVIe si√®cle, les Mokrani vont se rendre ma√ģtres de la Medjana (d√©sign√©e en kabyle comme Tamejjant)[96] au sud dont les √©tendues sont fertiles[107]. Les A√Įt Abbas cultivent en abondance l'olivier, pour son huile, utile au commerce et √† l'artisanat. Les c√©r√©ales, le figuier et la vigne sont aussi cultiv√©s et s√©ch√©s. Leur territoire produit en outre un grand nombre de figues de barbarie. L'√©levage est √©galement pratiqu√© et fournit une quantit√© importante de laine[108]. L'√©conomie kabyle ancienne repose sur une sorte de division du travail et un flux d'√©change entre la montagne et la plaine, notamment les villes. En temps de paix, ces √©changes profitent largement aux Kabyles. Le travail agricole mobilisait une famille, sans recours √† une main d‚ÄôŇďuvre ext√©rieure except√© dans des cas n√©cessitant l'entraide entre diff√©rentes familles : c'est la pratique de tiwizi. La raret√© des terres agricoles force les paysans √† mettre en valeur la moindre parcelle de terrain gr√Ęce √† des combinaisons culturales. Les arbres et les herbes y jouaient un r√īle important ce qui leur permettait de produire des fruits, de l'huile d'olive et pratiquer l'√©levage (ovin, caprin et bovin). Des associations avec des propri√©taires fonciers des plaines permettaient de s'approvisionner en bl√© et en orge qui constituent la base de l'alimentation[109]. La Kal√Ęa, elle, trouvait ses ressources agricoles dans la plaine de la Medjana r√©put√©e pour sa fertilit√©[110]. Une branche mineure et maraboutique des Mokrani, des environs de B√©ja√Įa, r√®gne √©galement sur l'exploitation locale du bois pour le compte de la flotte ottomane : la karasta[92].

Commerce

Photo en noir et blanc d'un vieux b√Ętiment de style mauresque sur une place de arch√©
Fondouk des A√Įt Abbas √† Constantine (fin XIXe si√®cle).

Le royaume des Beni Abb√®s contr√īle le passage strat√©gique des portes de fer sur la route reliant Alger et Constantine. Depuis le XVIIe si√®cle, la R√©gence verse un droit de passage : l'ouadia, ce qui constitue une source de revenu pour les Ait Abbas et les Mokrani[111] - [20]. La Kal√Ęa se situe √©galement sur le triq sultan, route royale reliant le sud √† la ville de B√©ja√Įa, depuis le Moyen √āge, celle de la mehalla[note 15] - [112]. Les conqu√™tes de Ahmed Amokrane vers la fin du XVIe si√®cle ont ouvert de nombreux d√©bouch√©s vers le sud (Ziban, Touggourt‚Ķ). Cependant, en raison de l'inaction politique de Sidi Naceur arriv√© au pouvoir en 1600, les liens avec les tribus du sud tributaires se rel√Ęchent et elles retrouvent leurs habitudes d'ind√©pendance. Les conqu√™tes d'Ahmed Amokrane ainsi perdues sont autant de d√©bouch√©s commerciaux en moins pour les A√Įt Abbas et les tribus sahariennes encore sous l'autorit√© de la Kal√Ęa, chez qui le commerce occupe une position tr√®s importante. Ces mauvaises affaires les poussent √† faire assassiner le sultan Sidi Naceur[113].

La place du commerce dans l'√©conomie locale fait que les marchands (ijelladen) sillonnent tout l'espace alg√©rien. D√®s le d√©but du XVIe si√®cle, le commerce de grains avec les Espagnols, enclav√©s dans B√©ja√Įa est attest√©[111]. Le royaume s'√©tendant au sud, une des voies de commerce concernait √©galement cette r√©gion, relais du commerce transsaharien. Une des principales villes concern√©es est Bousaada et M'sila une √©tape sur sa route, fr√©quent√©e par les marchands des A√Įt Abbas, A√Įt Yaala et A√Įt Ourtilane, mais aussi en dehors du domaine des Mokrani, par des commer√ßants Zouaouas. Les tribus kabyles y exportent de l'huile, des armes, des burnous, du savon et des ustensiles en bois pour en importer de la laine, du henn√© et des dattes[114]. Le commerce est aussi effectu√© avec les villes relevant de la r√©gence d'Alger, notamment Constantine qui voit arriver les marchands des A√Įt Yaala, A√Įt Yadel et A√Įt Ourtilane. Les artisans armuriers des A√Įt Abbas fournissaient Ahmed Bey[115]. Comme les tribus de A√Įt Yaala et de A√Įt Ourtilane, les A√Įt Abbas poss√®dent un fondouk √† Constantine. Les A√Įt Yaala en poss√®dent √©galement un √† Mascara[112]. Cependant les marchands pr√©f√®rent le port de B√©ja√Įa qui est leur march√© naturel et d√©bouch√© vers la mer. Enfin, au-del√† de la r√©gence d'Alger, les A√Įt Abbas et A√Įt Ourtilane vont commercer vers Tunis et les burnous produits, dont le burnous ray√© des A√Įt Abbas sont pris√©s jusqu'au Maroc[116] - [107] - [117]. Les A√Įt Abbas sont les plus r√©put√©s pour le commerce et pr√©sents dans de nombreuses villes. Le commerce peut aussi servir √† apporter des mat√©riaux de qualit√© sup√©rieure comme les fers d'Europe, import√© par la r√©gence d'Alger et pr√©f√©r√© aux fers locaux de qualit√© moindre[118]. Sur le plan interne aux tribus, il faut aussi noter l'existence sur leurs territoires de souks (au pluriel leswaq) hebdomadaires, jouant un r√īle dans les √©changes internes. Pour les A√Įt Abbas, il y en a quatre dont un le jeudi √† la Kal√Ęa. Les A√Įt Abbas et les tribus lointaines, ext√©rieures √† la Kabylie, fr√©quentent le souk de la Medjana, √† proximit√© de Bordj Bou Arreridj le dimanche[119].

Artisanat

Porte en bois artisanale taillée
Porte de la région d'Ighil Ali.

En plus de cultiver la terre, les tribus kabyles ont toujours fabriqu√© localement ce qui leur √©tait n√©cessaire, tout en alimentant leur commerce ext√©rieur par ces productions manufacturi√®res. La transformation des m√©taux, dont le fer, existe dans plusieurs tribus, dont certaines sont sp√©cialis√©es comme les A√Įt Abbas. Tr√®s r√©pandue, cette activit√© r√©pondait aux besoins agricoles, n√©cessitant des outils et instruments au quotidien. Les iŠł•eddaden (forgerons) faisaient preuve d'une grande habilet√© et leur production √©tait vari√©e. La pr√©sence de for√™ts en Kabylie a permis des activit√©s li√©es √† l'exploitation du bois. Comme pour les m√©taux, les usages agricoles et domestiques (m√©tier √† tisser, etc.) concernent de nombreux produits. Il existe aussi une confection d'objets de menuiserie et d'arts (portes, toitures, coffres et meubles sculpt√©s). Il faut aussi noter l'exportation de certaines essences pour les chantiers navals ottomans, ou vers la Tunisie et l'√Čgypte. Le tissage de la laine est √©galement pr√©sent dans toutes les maisons, o√Ļ il est majoritairement exerc√© par les femmes. Il en ressort une production de v√™tement (burnous), tapis et couvertures. Enfin d'autres activit√©s comme la poterie, la vannerie et la sellerie sont au moins aussi importantes et il existe une fabrication locale de savon, tamis, tuile, pl√Ętre et une exploitation du palmier nain[120].

La tribu des A√Įt Abbas est connue comme riche et commer√ßante, mais aussi industrieuse. Les richesses des Mokrani sont gard√©es √† la Kal√Ęa, mais il est probable qu'elles sont investies dans le commerce et l'artisanat o√Ļ elles sont susceptibles de produire des richesses[121]. D'apr√®s Ernest Carette, elle est au Tell ce que les Mzab sont au Sahara. La principale activit√© est la fabrication de burnous ray√©s, tr√®s pris√©s, tiss√©s par les femmes et cousus par les hommes avec le plus grand soin et propret√©[note 16]. Le Savon noir lui-m√™me n'est pas rare et fabriqu√© en quantit√© dans tous les villages des A√Įt Abbas, d'une part gr√Ęce √† la pr√©sence abondante de l'olivier et donc de l'huile d'olive et de la soude obtenue √† partir des cendres de myrte. En outre, les A√Įt Abbas poss√®dent aussi des industries d'armes √† feu[108].

Notes et références

Notes

  1. Selon Nedjma Abdelfettah Lalmi l'arabe fut employé, notamment, dans les usages savants.
  2. La Kal√Ęa des Beni Abb√®s avant l'installation du royaume √©tait une √©tape du triq sultan, connue sous le nom de ¬ę Kal√Ęa de l'Ouannougha ¬Ľ, litt√©ralement la ¬ę citadelle de l'Ouannougha ¬Ľ du nom du massif montagneux o√Ļ elle se situe.
  3. Bouzid Mokrani, cheikh de la Medjana, est décrit par Jean-André Peyssonnel comme sultan des Beni Abbès.
  4. Amokrane signifie en kabyle chef, grand.
  5. Le premier est un certain Abu Zakariya vers 1285, à ne pas confondre avec le sultan hafside du même nom, puis Abou el Baqa' en 1301 et Abu Bakr, lui-même émir de Constantine, en 1312.
  6. Souvent émirs de l'administration hafside ou princes hafsides eux-mêmes.
  7. Selon Laurent-Charles F√©raud, la cavalerie est ¬ę √©galement tr√®s-nombreuse ¬Ľ, indiquant que le nombre doit √™tre du m√™me ordre de grandeur que celui de l'infanterie.
  8. Selon Jean-André Peyssonnel qui voyagea à travers les portes de fer en 1725 à l'époque de Bouzid.
  9. Fils de Mohammed-el-Gandouz, frère cadet du sultan Bouzid ayant exercé le pouvoir de 1680 à 1734.
  10. Louis Rinn définit le mot soff au sens premier comme ligne, rang, file ; et au sens figuré de ligue, parti, clientèle politique.
  11. titre donn√© au cheikh contr√īlant le Zab
  12. Selon Nedjma Abdelfettah Lalmi, ce royaume aurait √©t√© fond√© dans la vall√©e de la Soummam √† environ 30 km de B√©ja√Įa.
  13. Ce sultan fut victime d'un complot des A√Įt Abbas notamment, √† cause de sa mauvaise gestion.
  14. On désigne par économie kabyle ancienne le système en vigueur jusqu'au XIXe siècle.
  15. Exp√©dition charg√©e de collecter l'imp√īt
  16. Selon Ernest Carette, qui a visit√© les A√Įt Abbas au d√©but du XIXe si√®cle, les artisans, hommes ou femme, ne se mettent jamais √† l'ouvrage sans s'√™tre lav√© les mains.

Références

  1. Benoudjit 1997, p. 88
  2. Benoudjit 1997, p. 324
  3. Guy Turbet-Delof, Afrique barbaresque dans la littérature française aux XVIe et XVIIe siècles (l'), page 25
  4. Goumeziane 2006, p. 19
  5. Val√©rian 2006 - Chapitre 1 : Bougie, un p√īle majeur de l‚Äôespace politique maghr√©bin, p. 35-101
  6. Benoudjit 1997, p. 85
  7. Féraud 1872, p. 208-211
  8. Rinn 1891, p. 9-11
  9. Morizot 1985, p. 57
  10. Allioui 2006, p. 205
  11. Féraud 1872, p. 214
  12. Ga√Įd 1978, p. 9
  13. Féraud 1872, p. 217
  14. Féraud 1872, p. 219
  15. Roberts 2014, p. 195
  16. Djamil A√Įssani & Djamel Seddik, Encyclop√©die berb√®re, √Čditions Peeters, (ISBN 2744905380, lire en ligne), ¬ę Kalaa des Beni Abb√®s ¬Ľ, p. 4112
  17. Féraud 1872, p. 220-221
  18. Féraud 1872, p. 221
  19. Benoudjit 1997, p. 4
  20. Rinn 1891, p. 13
  21. Féraud 1872, p. 222-223
  22. Benoudjit 1997, p. 243
  23. Féraud 1872, p. 226
  24. Roberts 2014, p. 192
  25. Féraud 1872, p. 229
  26. Féraud 1872, p. 232
  27. Ga√Įd 1978, p. 14
  28. Benoudjit 1997, p. 289
  29. Rinn 1891, p. 14
  30. Féraud 1872, p. 259
  31. Féraud 1872, p. 261
  32. Féraud 1872, p. 269
  33. Société Constantine 1910, p. 155
  34. Ga√Įd 1978, p. 10
  35. Bachelot 2003, p. 304
  36. Bachelot 2003, p. 276
  37. Bachelot 2003, p. 228
  38. Bachelot 2003, p. 427
  39. Bachelot 2003, p. 371
  40. Société Constantine 1910, p. 180-182
  41. Société Constantine 1910, p. 151
  42. Rinn 1891, p. 15
  43. Féraud 1872, p. 250
  44. Féraud 1872, p. 277
  45. Rinn 1891, p. 16-17
  46. Féraud 1872, p. 262
  47. Rinn 1891, p. 17
  48. Féraud 1872, p. 273
  49. Féraud 1872, p. 301-303
  50. Rinn 1891, p. 17-19
  51. Rinn 1891, p. 19-20
  52. Rinn 1891, p. 20
  53. Ga√Įd 1978, p. 114
  54. Rinn 1891, p. 21
  55. Montagnon 1997, p. 250
  56. Rinn 1891, p. 22
  57. Rinn 1891, p. 24
  58. Rinn 1891, p. 25
  59. Rinn 1891, p. 26-27
  60. Montagnon 1997, p. 251-253
  61. Rinn 1891, p. 29
  62. Rinn 1891, p. 31
  63. Rinn 1891, p. 32
  64. Rinn 1891, p. 35-36
  65. Rinn 1891, p. 37
  66. Rinn 1891, p. 50
  67. Montagnon 1997, p. 415
  68. Rinn 1891, p. 647
  69. Rinn 1891, p. 350
  70. Abrous 2011, p. 2
  71. Lalmi 2004, p. 515-516
  72. Benoudjit 1997, p. 104
  73. Rinn 1891, p. 11
  74. Benoudjit 1997, p. 171
  75. Féraud 1872, p. 216
  76. Roberts 2014, p. 152
  77. Allioui 2006, p. 79
  78. Allioui 2013, p. 18
  79. Rinn 1891, p. 10-13
  80. Rinn 1891, p. 13
  81. Féraud 1872, p. 249
  82. Rinn 1891, p. 18
  83. Mercier 1891, p. 206
  84. Mercier 1891, p. 207
  85. Carette 1849, p. 406-407
  86. Rinn 1891, p. 16
  87. Yacine-Titouh 2006, p. 12-13
  88. Lalmi 2004, p. 517
  89. Féraud 1872, p. 239
  90. Allioui 2006, p. 97
  91. Roberts 2014, p. 167
  92. Lalmi 2004, p. 521
  93. Ga√Įd 1990, p. 59
  94. Lalmi 2004, p. 524
  95. Lalmi 2004, p. 525
  96. Allioui 2006, p. 113
  97. A√Įssani 2008
  98. Ighil Ali 2011
  99. Piesse 1862, p. 388
  100. Benoudjit 1997, p. 139
  101. Géo 2006, p. 108
  102. Benoudjit 1997, p. 244
  103. Kaddache 2003, p. 54
  104. Doumane 2004, p. 2
  105. Roberts 2014, p. 34
  106. Benoudjit 1997, p. 330
  107. Morizot 1985, p. 59
  108. Carette 1849, p. 357
  109. Doumane 2004, p. 3
  110. Morizot 1985, p. 58
  111. Benoudjit 1997, p. 86
  112. Lalmi 2004, p. 520
  113. Féraud 1872, p. 236
  114. Carette 1849, p. 406
  115. Ighil Ali 2014
  116. Carette 1849, p. 407
  117. Morizot 1985, p. 122
  118. Benoudjit 1997, p. 336
  119. Carette 1849, p. 358
  120. Doumane 2004, p. 4
  121. Benoudjit 1997, p. 334

Annexes

Contributions à une publication périodique

  • Dahbia Abrous, ¬ę Kabylie : Anthropologie sociale ¬Ľ, Encyclop√©die berb√®re, vol. 26,‚Äé , p. 4027-4033 (lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Djamel A√Įssani, ¬ę √Čcrits de langue berb√®re de la collection de manuscrits Oulahbib (B√©ja√Įa) ¬Ľ, √Čtudes et documents berb√®res, nos 15-16,‚Äé , p. 81-99 (lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Dehbia Akkache-Maacha, ¬ę Art et Artisanat traditionnels de Kabylie ¬Ľ, Campus, Universit√© Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, facult√© des sciences √©conomiques et de gestion, no 12,‚Äé , p. 4-21 (ISSN 1112-783X, lire en ligne [PDF]) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Nedjma Abdelfettah Lalmi, ¬ę Du mythe de l'isolat kabyle ¬Ľ, Cahiers d'√©tudes africaines, no 175,‚Äé , p. 507-531 (lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • ¬ę Ighil-Ali ¬Ľ, Encyclop√©die berb√®re, no 24,‚Äé , p. 3675-3677 (lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Djamil A√Įssani, ¬ę Le Milieu Intellectuel des Bibans √† l‚Äô√©poque de la Qal`a des Beni Abbes ¬Ľ, Extrait de conf√©rence √† l‚Äôoccasion du 137e anniversaire de la mort d‚ÄôEl Mokrani,‚Äé Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Ghania Moufok, ¬ę Kabylie, sur les sentiers de la belle rebelle ¬Ľ, G√©o ¬ę Alg√©rie La renaissance ¬Ľ, no 332,‚Äé , p. 100-108 Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Sa√Įd Doumane, ¬ę Kabylie : √Čconomie ancienne ou traditionnelle ¬Ľ, Encyclop√©die berb√®re, no 26,‚Äé , p. 4034-4038 (lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle

Ouvrages

  • Charles-Andr√© Julien, Histoire de l'Alg√©rie contemporaine : La conqu√™te et les d√©buts de la colonisation (1827-1871), vol. 1, Paris, Presses universitaires de France, Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Youssef Benoudjit, La Kalaa des B√©ni Abb√®s : au XVIe si√®cle, Alger, Dahlab, , 350 p. (ISBN 9961611322)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Youcef Allioui, Les Archs, tribus berb√®res de Kabylie : histoire, r√©sistance, culture et d√©mocratie, Paris, L'Harmattan, , 406 p. (ISBN 2-296-01363-5)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Youcef Allioui, Histoire d'amour de Sheshonq 1er : Roi berb√®re et pharaon d'Egypte - Contes et comptines kabyles, Paris, L'Harmattan, , 798 p. (ISBN 2-296-53739-1)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • (en) Hugh Roberts, Berber Government: The Kabyle Polity in Pre-colonial Algeria, Boston, I.B.Tauris, , 352 p. (ISBN 1845112512)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Alain Mah√©, Histoire de la Grande Kabylie XIXe XXe si√®cles : Anthropologie historique du lien social dans les communaut√©s villageoises, Paris, Bouch√™ne, (ISBN 2-912-94612-3) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Tahar Oussedik, Le Royaume de Koukou, Alger, ENAG √©dition, , 91 p. (ISBN 9789961624081) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Dominique Val√©rian, Bougie, port maghr√©bin, 1067-1510, Rome, Publications de l‚Äô√Čcole fran√ßaise de Rome, , 795 p. (ISBN 9782728307487, lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Sma√Įn Goumeziane, Ibn Khaldoun, 1332-1406: un g√©nie maghr√©bin, Alger, EDIF 2000, , 189 p. (ISBN 2352700019) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Mouloud Ga√Įd, Les Beni-Yala, Alger, Office des publications universitaires, , 180 p.Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Tassadit Yacine-Titouh, √Čtudes d‚Äôethnologie des affects en Kabylie, Paris, Maison des Sciences de l'Homme, , 177 p. (ISBN 978-2735110865)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Bernard Bachelot, Louis XIV en Alg√©rie : Gigeri 1664, Monaco, Rocher, , 460 p. (ISBN 2268048322)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Jean Morizot, Les Kabyles : Propos d'un t√©moin, Paris, Centre des hautes √©tudes sur l'Afrique et l'Asie modernes (diff. Documentation fran√ßaise), coll. ¬ę Publications du CHEAM ¬Ľ, , 279 p. (ISBN 2-903-18212-4 et 2-747-51027-1, lire en ligne) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Pierre Montagnon, La conqu√™te de l'Alg√©rie : 1830-1871, Paris, Pygmalion Editions, coll. ¬ę Blanche et rouge ¬Ľ, , 450 p. (ISBN 978-2857042044) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Mahfoud Kaddache, Et l'Alg√©rie se lib√©ra, Paris, Paris-M√©diterran√©e, , 235 p. (ISBN 2842721799) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Mouloud Ga√Įd, Chroniques des Beys de Constantine, Alger, Office des publications universitaires, , 160 p. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
Sources secondaires anciennes
  • Louis Rinn, Histoire de l‚ÄôInsurrection de 1871 en Alg√©rie, Alger, Librairie Adolphe Jourdan, , 672 p. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Laurent-Charles F√©raud, Histoire Des Villes de la Province de Constantine : S√©tif, Bordj-Bou-Arreridj, Msila, Boussa√Ęda, vol. 5, Constantine, Arnolet, (r√©impr. 2011), 456 p. (ISBN 978-2-296-54115-3) Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
Sources primaires
  • Louis Piesse, Itin√©raire historique et descriptif de l'Alg√©rie, comprenant le Tell et le Sahara : 1830-1871, Paris, Hachette, , 511 p. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Ernest Carette, √Čtudes sur la Kabilie, Alger, Impr. nationale, , 508 p. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Charles Farine, √Ä travers la Kabylie, Paris, Ducrocq, , 419 p. (lire en ligne)Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Ernest Mercier, Histoire de l'Afrique septentrionale (Berb√©rie) : depuis les temps les plus recul√©s jusqu'√† la conqu√™te fran√ßaise (1830), vol. 3, Paris, Leroux, , 636 p.Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • Recueil des notices et m√©moires de la Soci√©t√© arch√©ologique de Constantine, vol. 44, Constantine, Arnolet, , 407 p. Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
Sources d'époque
  • (es) Luis Del M√°rmol, Descripci√īn General de Africa : sus guerras y vicisitudes, desde la Fundaci√≥n del mahometismo hasta el a√Īo 1571, Venise, , 582 p. (lire en ligne)
  • (es) Diego De Ha√ędo, Topographia e historia general de Argel : repartida en cinco tratados, do se veran casos estra√Īos, muertes espantosas, y tormentos exquisitos, Diego Fernandez de Cordoua y Ouiedo - impressor de libros, , 420 p. (lire en ligne)
  • (ar) Hocine El Wartilani, Rihla : Nuzhat al-andhar fi fadhl ‚ÄėIlm at-Tarikh wal akhbar,
  • Jean Andr√© Peyssonnel, Voyages dans les r√©gences de Tunis et d'Alger, vol. 1, Librairie de Gide, , 435 p. (lire en ligne)

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexes

Liens externes

Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplémentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimédias.