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Affaire de l'Ange blond

L’affaire de « l'Ange blond », ou de la petite Maria, a pour point de dĂ©part la recherche des parents biologiques d'une fillette blonde repĂ©rĂ©e par la police grecque dans un camp de Roms, le . Huit jours plus tard, aprĂšs avoir pris une dimension internationale avec la mise Ă  contribution d'Interpol et l'appel Ă  tĂ©moins lancĂ© par l'association de protection infantile « Le Sourire de l'enfant », l'enquĂȘte dĂ©bouchait sur l'identification des parents, Atanas et Sacha Roussev, dans un camp rom de Bulgarie. Tous deux confirmaient avoir confiĂ© leur fille peu aprĂšs sa naissance Ă  Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou, le couple auprĂšs duquel elle avait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le , ces derniers Ă©taient acquittĂ©s de l'accusation d'enlĂšvement, faute de preuves. La petite Maria Roussev restait en GrĂšce, Ă  la garde de l'association.

L'affaire a entrainĂ© des mesures de contrĂŽle dans l'administration grecque, les lacunes de l'Ă©tat civil ayant Ă©tĂ© pointĂ©es comme l'un des facteurs de la situation de l'enfant. Elle fit surtout l'objet, dans le monde et en particulier en Europe, d'une dizaine de jours de mĂ©diatisation intense, avant de disparaitre de l'actualitĂ© une fois les parents biologiques retrouvĂ©s. Sa couverture mĂ©diatique a suscitĂ© l'apparition de plusieurs cas similaires Ă  travers le continent, notamment en Irlande oĂč deux autres « anges blonds » furent enlevĂ©s Ă  leurs parents roms par les autoritĂ©s. Elle a Ă©tĂ© suivie de rĂ©actions officielles et associatives visant le plus souvent, Ă  l'instar de celle du commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Ă  dĂ©noncer les risques de stigmatisation attachĂ©s Ă  la diffusion de prĂ©jugĂ©s fondĂ©s sur des stĂ©rĂ©otypes.

Fait divers qui vit une enquĂȘte policiĂšre provoquer un emballement mĂ©diatique aussi intense que fugace, l'affaire a donnĂ© lieu Ă  des analyses multiples. Celles qui visent Ă  en Ă©clairer le contexte mettent en valeur, selon l'angle choisi, la vulnĂ©rabilitĂ© des minoritĂ©s roms devant le trafic d'enfants, le poids particulier des discriminations qu'elles subissent en GrĂšce, « l'invisibilitĂ© officielle » qui les entoure dans l'ensemble de l'Europe ou un climat politique marquĂ© par le durcissement, Ă  l'Ă©chelle du continent, des politiques nationales dont elles sont l'objet. Du point de vue du travail social et au regard des intentions policiĂšres et associatives en matiĂšre de protection de l'enfance, l'affaire apparait comme emblĂ©matique des effets pervers inhĂ©rents au dĂ©clenchement et Ă  l'exploitation d'une « panique morale ». L'analyse de son traitement par les mĂ©dias fait notamment ressortir la place qu'y ont occupĂ©e les reprĂ©sentations sur les Roms, que ce soit dans les facteurs explicatifs de l'engouement mĂ©diatique, dans la dramatisation initiale de l'affaire par la presse grecque ou dans les dĂ©faillances qualitatives de sa couverture europĂ©enne, et Ă  travers la diversitĂ© des situations nationales. L'examen de ces reprĂ©sentations conduit Ă  mettre en avant les prĂ©supposĂ©s raciaux auxquels renvoie l'image de « l'Ange blond » et la nature fantasmatique de celle du Rom voleur d'enfants, qui contraste avec les atteintes concrĂštes subies par les familles et les communautĂ©s roms.

DĂ©roulement

En GrĂšce

Le [1], dans un camp rom proche de Pharsale, au centre de la GrÚce[2], des policiers qui effectuaient une perquisition de routine[1] à la recherche de drogue et d'armes[2] sont frappés par l'apparence d'une fillette de quatre à six ans : ses cheveux blonds, sa peau trÚs pùle et ses yeux verts la distinguent tant des quatre enfants au teint mat avec lesquels elle joue[1] que du couple de bruns à la peau foncée[3] qui loge à proximité[1]. Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou, alors ùgés de respectivement 39 et 40 ans[2], se présentent comme les parents adoptifs de la petite Maria[1], sans qu'aucun des deux ne puisse en apporter de preuve[4]. La police retire la fillette du camp[5] et la confie à la garde de l'association « Le Sourire de l'enfant »[1].

Des tests ADN confirment que les deux Roms ne sont pas les parents biologiques de l'enfant. Interrogés, ils fournissent successivement plusieurs explications : selon l'une, elle leur aurait été confiée en CrÚte par son pÚre, ressortissant canadien ; selon une autre, ils l'auraient trouvée à l'entrée d'un supermarché[1] ; pour finir, ils déclarent en avoir reçu la garde de sa mÚre, une Rom bulgare qui ne pouvait s'en occuper, peu aprÚs la naissance[6]. Suspectés d'avoir kidnappé ou acheté la fillette pour tirer profit des aides sociales et, à terme, d'un mariage forcé[4], ils sont inculpés le pour enlÚvement, ainsi que pour constitution de faux documents lors de la déclaration de naissance faite en 2009 à la mairie d'AthÚnes. Le couple est placé en détention provisoire dans l'attente de son procÚs[6].

Internationalisation

Photographie de la façade de verre d'un bùtiment, en légÚre contre-plongée.
Le siĂšge d'Interpol Ă  Lyon (France).

En saisissant Interpol, les autoritĂ©s grecques internationalisent l'affaire[1]. Le directeur de la police pour la rĂ©gion de Larissa, Vassilis Halatsis, dĂ©clare Ă  la presse : « Les informations que nous recevons de toute l'Europe montrent que ce problĂšme, celui des enfants qui disparaissent et qui tombent entre les mains de gitans, est un problĂšme qui se pose Ă  l'Ă©chelle du continent[n 1]. »[7] Pour dĂ©terminer si la fillette a Ă©tĂ© victime d'enlĂšvement ou de trafic d'enfant[8], l'organisation de coopĂ©ration policiĂšre internationale compare d'abord son profil gĂ©nĂ©tique Ă  ceux enregistrĂ©s dans sa base de donnĂ©es mondiale. Faute d'obtenir une correspondance, elle demande Ă  ses 190 pays membres de procĂ©der Ă  la mĂȘme vĂ©rification dans leurs bases nationales[9]. Maria n'est retrouvĂ©e dans aucune des listes d'enfants recherchĂ©s[10].

De son cĂŽtĂ©, l'association « Le Sourire de l'enfant » lance un appel Ă  tĂ©moins qui reçoit quelque 8 000 Ă  9 000 rĂ©ponses[1]. De celles-ci sont extraits huit cas d'enfants disparus[10], originaires de plusieurs pays dont les États-Unis, la SuĂšde, la Pologne et la France, et qui font l'objet d'un examen approfondi[6]. Parmi eux figurent celui d'une petite Lisa, portĂ©e disparue en 2011 Ă  l'Ăąge de 11 mois[1] par un couple du Kansas, qui tĂ©moigne de ses souffrances Ă  la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine ; ainsi que celui de parents grecs, dont l'un d'origine scandinave, ayant perdu Ă  la naissance, en 2009, une fille dont le corps ne leur a jamais Ă©tĂ© remis, et qui aprĂšs en avoir obtenu l'exhumation ont trouvĂ© son cercueil vide[10].

En Bulgarie

La derniĂšre version donnĂ©e par les deux suspects permet aux recherches de remonter jusqu'Ă  un camp rom de Bulgarie, Ă  Nikolaevo. De nombreux habitants y prĂ©sentent les mĂȘmes caractĂ©ristiques physiques que la fillette. Aux dires d'un voisin, une nommĂ©e Sacha Roussev s'est montrĂ©e Ă©mue en voyant l'enfant trouvĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©vision. InterrogĂ©e le , elle reconnait sur photo le couple auquel elle a confiĂ© sa fille en 2009. Des tests ADN confirment que son mari Atanas Roussev et elle sont bien les parents biologiques de Maria[1]. Une vĂ©rification Ă  l'hĂŽpital de LamĂ­a permet de retrouver le certificat de naissance, en date du [11].

La justice bulgare ouvre une enquĂȘte pour abandon d'enfant[1]. Les autoritĂ©s envisagent de retirer aux Roussev sept de leurs enfants pour les placer dans diffĂ©rentes structures d'accueil[12]. Le tĂ©moignage d'Anton Kolev[3], un cousin, Ă©claire leur comportement au moment de la naissance de leur fille : ils Ă©taient alors en GrĂšce pour la cueillette des poivrons, en situation illĂ©gale et sans les moyens nĂ©cessaires Ă  l'obtention des papiers permettant de la ramener en Bulgarie avec eux[r 1]. Ils affirment n'avoir reçu aucune contrepartie financiĂšre, invoquant Ă  l'appui la prĂ©caritĂ© de leurs conditions de vie depuis lors ; selon un proche, ils auraient nĂ©anmoins touchĂ© les 300 euros nĂ©cessaires Ă  leur propre retour en Bulgarie[1]. Le couple explique qu’il n’était pas, Ă  l’époque, en mesure de prendre soin de la fillette, mais qu'il souhaite dĂ©sormais en reprendre la responsabilitĂ©[2].

En parallĂšle, Maria Roussev, prise en charge par l'association « Le Sourire de l'enfant », passe plusieurs jours Ă  l'hĂŽpital oĂč elle subit une sĂ©rie de tests mĂ©dicaux. Il est alors question qu'elle soit accueillie en Bulgarie dans un centre d'assistance sociale, pour quelques semaines ou quelques mois, avant d'ĂȘtre placĂ©e dans une famille d'accueil bulgare[1].

Conclusions judiciaires

Le , le tribunal de Larissa décide de laisser la petite Maria aux soins de l'association grecque « Le Sourire de l'enfant ». Son président, Kostas Giannopoulos, précise n'avoir pas effectué de demande en ce sens, pas plus que les parents biologiques, la seule réclamation ayant été formulée par l'agence bulgare de protection de l'enfance. La décision de justice est motivée notamment par le souci d'épargner « un nouveau changement d'environnement » à la fillette[13], qui vit dans un foyer avec une vingtaine d'autres enfants, roms ou de langue grecque[14]. Alors qu'elle ne s'exprimait qu'en romani[r 2], elle a appris, selon l'association, à parler couramment les deux langues[14]. Les deux accusés ont, entretemps, été remis en liberté, en attente de leur jugement[13].

Le , la cour d'appel de Larissa acquitte Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou de l'accusation d'enlĂšvement, faute de preuves. Pour utilisation de faux documents, ils sont condamnĂ©s respectivement Ă  18 mois et Ă  deux ans de prison, avec sursis. Maria Roussev, Ă  la mĂȘme Ă©poque, toujours prise en charge en GrĂšce par « Le Sourire de l'enfant »[2], a entamĂ© sa scolaritĂ©. Selon les psychologues qui la suivent, elle se remet progressivement des traumatismes subis[15].

RĂ©percussions

Dans l'administration grecque

Photographie d'un homme souriant avec en arriÚre-plan le drapeau européen.
Le maire d'AthÚnes, Geórgios Kamínis (ici en février 2013), lance un audit du registre local d'état civil.

L'arrestation du couple de suspects a mis en lumiĂšre les failles du systĂšme d'enregistrement des naissances[16], pointĂ©es comme l'une des causes de l'affaire[8]. Au moment des faits, le registre centralisĂ© n'existe que depuis cinq mois[10]. Eleftheria Dimopoulou a enregistrĂ© six enfants Ă  l'Ă©tat civil de Larissa depuis 1993 et quatre autres, sous une autre identitĂ©, Ă  Trikala, Ă©galement en Thessalie. Christos Salis, de son cĂŽtĂ©, a fait inscrire quatre enfants Ă  Pharsale. Sur les quatorze enfants dĂ©clarĂ©s par le couple (dont dix s'avĂšrent par ailleurs introuvables[10]), six sont prĂ©tendument nĂ©s en moins de dix mois. Maria a pu ĂȘtre enregistrĂ©e au-delĂ  du dĂ©lai lĂ©gal de cent jours aprĂšs la naissance et sa mĂšre adoptive a utilisĂ© une fausse identitĂ© pour l'un des deux tĂ©moignages nĂ©cessaires. Au total, le couple perçoit ainsi 2 790 euros d'allocations familiales par mois[16].

Le procureur chargĂ© du dossier souligne que le cas n'est pas nĂ©cessairement unique, qu'une affaire semblable aurait pu arriver ailleurs dans le pays[8]. Le maire d'AthĂšnes lance un audit du registre local d'Ă©tat civil ; plusieurs des employĂ©s chargĂ©s des naissances sont suspendus[16] et leur directeur limogĂ©[6]. Au niveau national, la Cour de cassation ordonne une enquĂȘte sur tous les certificats de naissance Ă©tablis depuis 2008[8], hormis pour celles dĂ©clarĂ©es par les hĂŽpitaux[16]. À la suite de cette mesure, plusieurs cas de dĂ©clarations de naissance considĂ©rĂ©es comme suspectes par les autoritĂ©s sont examinĂ©s par la justice[17].

Dans les médias

L'affaire connait, sur le moment, une mĂ©diatisation d'une ampleur inhabituelle. En GrĂšce, la dĂ©couverte et les caractĂ©ristiques physiques de la petite Maria alimentent une intense activitĂ© mĂ©diatique[18]. Les mĂ©dias du pays diffusent largement des photos de la fillette, qu'ils baptisent « l'Ange blond ». Le surnom est repris par la presse mondiale[1] quand elle s'empare, trois jours plus tard, du sujet[10] rĂ©percutĂ© par les agences de presse (AFP, AP et Reuters notamment) : le , le visage de l'enfant est visible dans une grande partie des mĂ©dias, en Europe et au-delĂ [5]. À cĂŽtĂ© des rĂ©ponses Ă  son appel Ă  tĂ©moins, l'association « Le Sourire de l'enfant » enregistre 200 000 visites sur son site web, et un demi-million sur sa page Facebook[1].

L'emballement mĂ©diatique dure une dizaine de jours. Une grande partie de la presse europĂ©enne souscrit Ă  l'hypothĂšse policiĂšre de l'enlĂšvement[5] et reprend le thĂšme des Roms voleurs d'enfants[18]. Dans les journaux britanniques, en particulier dans les tabloĂŻds comme The Sun, The Daily Mail, The Daily Mirror ou The Daily Telegraph, qui publient chacun des dizaines d'articles en une semaine, la thĂšse de l'enfant volĂ© est mise en relation avec les dossiers d'enfants disparus qui y sont rĂ©guliĂšrement suivis[5]. L'intĂ©rĂȘt pour la petite Maria se nourrit, en particulier, de la disparition fortement mĂ©diatisĂ©e de deux enfants britanniques blonds : Madeleine McCann au Portugal, en 2007, et en GrĂšce Ben Needham, en 1991[8]. Pour « Maddie » McCann, la justice portugaise est au mĂȘme moment sur le point de rouvrir le dossier classĂ© cinq ans auparavant[10].

À la reprise massive des dĂ©pĂȘches d'agence, les mĂ©dias et en particulier la presse Ă©crite, en Europe et ailleurs, ajoutent souvent un contenu rĂ©dactionnel propre. Des envoyĂ©s spĂ©ciaux comme celui du Sun dĂ©crivent le cadre de vie qu'offrent les camps de Roms[5]. Le portrait de la petite Maria connait des variations. Alors qu'initialement elle est le plus souvent dĂ©crite comme une blonde aux yeux verts, parfois gris-vert, des articles les dĂ©clarent bientĂŽt de couleur bleue. D'autres complĂštent son histoire : la fillette a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e « pour ĂȘtre donnĂ©e en mariage Ă  ses 12 ans », ou enlevĂ©e « pour ĂȘtre vendue » ; elle a Ă©tĂ© forcĂ©e de mendier dans les rues ou de danser devant les familles du camp ; une vidĂ©o de mauvaise qualitĂ©, oĂč une enfant blonde fait quelques pas de danse avec un couple d'adultes, est censĂ©e montrer « Maria, en train de se trĂ©mousser le teint pĂąle, les yeux hagards »[10].

Certains journaux mettent l'accent sur les clichĂ©s auxquels les Roms sont en butte et dĂ©noncent, dans le traitement tant policier que mĂ©diatique de l'affaire, une dimension raciale ou raciste. The Guardian critique l'emballement des mĂ©dias et leur recours aux stĂ©rĂ©otypes. Le Monde et LibĂ©ration, aprĂšs avoir relayĂ© les dĂ©pĂȘches initiales, s'attachent Ă  dĂ©construire les prĂ©jugĂ©s qui sous-tendent le thĂšme de « l'Ange blond » et la thĂšse de l'enfant volĂ©[5].

Quand les soupçons d'enlĂšvement largement partagĂ©s par la police grecque et les mĂ©dias sont dĂ©mentis, l'intĂ©rĂȘt s'Ă©teint. Maria Roussev disparait de l'actualitĂ© dĂ©but novembre[5].

Autres « anges blonds »

Lieux principaux de l'enquĂȘte (en rouge) et des autres cas d'« anges blonds » (en noir).

Le est annoncĂ©e la dĂ©couverte, la veille, dans un camp rom d'Irlande, d'un deuxiĂšme « ange blond »[10] : Ă  Tallaght, dans la grande banlieue de Dublin[19], aprĂšs une dĂ©nonciation anonyme faite sur Facebook[4], la police retient pendant deux jours une fillette de sept ans[19], malgrĂ© le certificat de naissance et le passeport produits par la famille[8]. Un scĂ©nario similaire se produit pour un garçon de deux ans retenu pendant cette mĂȘme journĂ©e, Ă  Athlone, dans le centre du pays[19]. Dans les deux cas, les autoritĂ©s irlandaises retirent un enfant Ă  une famille rom parce qu'il est blond aux yeux bleus, Ă  la diffĂ©rence de ses frĂšres et sƓurs ; jusqu'Ă  ce que des tests ADN concluent qu'il est bien l'enfant de ses parents[1].

Ces nouveaux cas d'« anges blonds » ont Ă©tĂ© suscitĂ©s par la couverture mĂ©diatique de l'affaire grecque, Ă  propos de laquelle les mĂ©dias irlandais avaient commencĂ©, comme ailleurs, par suivre le mouvement impulsĂ© par leurs homologues grecs. En leur emboitant le pas, la police dĂ©clenche un renversement d'orientation. À partir du , les quotidiens consacrent des dizaines d'articles Ă  dĂ©noncer les prĂ©jugĂ©s contre les Roms et les drames familiaux qu'ils entrainent, ainsi que le dĂ©rapage de services officiels accusĂ©s de se livrer au profilage racial. Ces critiques suscitent un retour sur l'affaire grecque, oĂč sont dĂ©noncĂ©s les mĂȘmes travers[5].

Dans des communautĂ©s marginalisĂ©es comme en Serbie, des Roms relĂšvent une recrudescence de la discrimination raciale[8]. À Novi Sad, des skinheads tentent d'enlever un enfant devant son domicile parce que son pĂšre rom, Stefan Nikolic, a le teint moins clair que lui[r 3] ; cependant les agresseurs prennent la fuite quand le pĂšre menace d'appeler la police[20].

Deux autres cas, qui apparaissent pendant la mĂȘme semaine, constituent en mĂȘme temps des relances de l'affaire Ben Needham. Dans le nord de la GrĂšce, Ă  Thessalonique, un jeune Rom aux cheveux clairs est soupçonnĂ© d'ĂȘtre l'enfant blond disparu le sur l'ile de Kos : il est soumis Ă  des tests ADN. ParallĂšlement, la police de Kos reçoit la vidĂ©o d'une cĂ©rĂ©monie religieuse filmĂ©e prĂšs de Limassol, dans le sud de Chypre : au milieu d'un groupe de Roms, apparait un jeune homme aux cheveux chĂątain clair et aux yeux bleus, ressemblant au portrait-robot du disparu[21]. AlertĂ©e par Interpol, la police chypriote publie des avis de recherche illustrĂ©s d'images de la vidĂ©o. Le , un jeune homme qui y a reconnu sa photo se prĂ©sente aux policiers de Limassol et accepte de se prĂȘter Ă  un prĂ©lĂšvement ADN. Comme dans le cas prĂ©cĂ©dent, le rĂ©sultat des tests est nĂ©gatif[22].

RĂ©actions

Photographie d'un homme ceint d'une Ă©charpe comprenant trois bandes aux couleurs du drapeau italien.
Au nom de la Ligue du Nord, Gianluca Buonanno (ici en 2009) appelle à un contrÎle général des camps roms d'Italie.

En Italie, la Ligue du Nord réagit aux soupçons d'enlÚvement portés sur le couple qui a élevé Maria en réclamant l'inspection de toutes les communautés roms du pays, pour y vérifier la présence d'enfants perdus. Gianluca Buonanno, député de la Ligue, annonce l'envoi au ministÚre de l'Intérieur d'une pétition exigeant un contrÎle d'identité des habitants des camps[r 3].

Photographie en buste et de face d'un homme assis.
En tant que commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Nils MuiĆŸnieks (ici en 2012) dĂ©nonce l'attitude des mĂ©dias.

Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Nils MuiĆŸnieks dĂ©clare : « Dans le cas des enfants trouvĂ©s dans des familles roms en GrĂšce et en Irlande, la plupart des mĂ©dias, et pas seulement en Europe, ont insistĂ© sur l’appartenance ethnique des personnes incriminĂ©es, diffusant le vieux mythe qui fait passer les Roms pour des ravisseurs d’enfants »[23] ; il dĂ©nonce dans cette attitude une « couverture irresponsable », susceptible de consĂ©quences importantes sur la vie de millions de Roms[18]. Son rapport d'activitĂ© annuel 2013 reprend cette position, tout en resituant les affaires en cause dans le contexte de « l’hystĂ©rie suscitĂ©e par le prĂ©tendu mouvement de masse imminent des Roms de Roumanie et de Bulgarie vers d’autres pays de l’Union europĂ©enne dĂ» Ă  la fin toute proche des restrictions Ă  la libre circulation des citoyens de ces pays[r 4]. »

Plusieurs organisations non gouvernementales attentives aux problÚmes des Roms utilisent l'affaire pour montrer la présence dans la société européenne de stéréotypes et de préjugés négatifs à leur égard[r 5]. Soulignant le risque que les affaires d'« anges blonds » réveillent les haines ancestrales, Dezideriu Gergely, responsable du Centre européen pour les droits des Roms (CEDR), basé à Budapest, rappelle que tous les Roms n'ont pas la peau sombre, que certains ont la peau claire et les yeux verts[8] ; il déplore dans les cas irlandais l'effet de la propagation de préjugés hostiles. Le Centre dénonce les généralisations qui alimentent la stigmatisation dont la communauté est victime dans beaucoup de pays d'Europe[1].

Kondylia Gogou, chargĂ©e de la GrĂšce et de Chypre Ă  Amnesty International, accuse les mĂ©dias grecs de favoriser la dĂ©sinformation et les discriminations en affirmant que les Roms ne peuvent pas s'intĂ©grer[23]. À l'occasion de son rapport de 2014 sur les violences racistes que subissent les Roms en Europe, l'organisation revient sur l'affaire qu'elle crĂ©dite d'avoir mis au premier plan le traitement qui leur est rĂ©servĂ© en GrĂšce. Le dĂ©sintĂ©rĂȘt des mĂ©dias, une fois Ă©tabli que l'enfant Ă©tait rom, y est pris comme « signe emblĂ©matique de l'hostilitĂ© et du rejet Ă  l'Ă©gard d'une communautĂ© dĂ©jĂ  marginalisĂ©e[r 6]. »

À propos des deux « anges blonds Â» irlandais, dans un rapport publiĂ© en , l'Ombudsman des enfants, Emily Logan, conclut qu'il y a bien eu profilage racial, que les soupçons d'enlĂšvement n'avaient pas d'autre fondement que les idĂ©es prĂ©conçues avalisĂ©es sous l'influence de l'hystĂ©rie mĂ©diatique autour de l'affaire grecque et qu'aucune urgence immĂ©diate ne justifiait les actions entreprises. Les deux familles reçoivent des excuses officielles des autoritĂ©s concernĂ©es[24]. Par la suite, une formation visant Ă  prĂ©venir toute forme de discrimination ou de profilage ethnique est introduite dans la police nationale, la Garda[25] ; en , les parents du garçon d'Athlone, qui ont intentĂ© une action en justice contre le ministĂšre de la Justice, le commissaire de la Garda et l'État, obtiennent 60 000 euros de dommages et intĂ©rĂȘts pour faits de nĂ©gligence, emprisonnement arbitraire et prĂ©judice affectif[26].

Analyses

Trafic d'enfants et communautés roms

Sur le site de BBC News, Paul Kirby reprend les donnĂ©es gĂ©nĂ©rales concernant les activitĂ©s de trafic d'enfants autour des communautĂ©s roms : l'Unicef Ă©value Ă  3 000 au moins le nombre d'enfants qui, en GrĂšce, sont aux mains de rĂ©seaux originaires de Bulgarie, de Roumanie et des autres pays balkaniques ; la plupart des cas ne sont probablement pas le rĂ©sultat d'enlĂšvements, mais plutĂŽt d'achats et de ventes conclus pour quelques milliers d'euros. Pour l'organisation internationale, les communautĂ©s roms sont souvent utilisĂ©es par les trafiquants parce qu'elles sont pour eux « en dessous du radar de la sociĂ©tĂ© ». De mĂȘme, le Centre europĂ©en pour les droits des Roms (CEDR), tout en refusant de lier le fait Ă  des facteurs culturels ou communautaires, reconnait que les Roms constituent un groupe vulnĂ©rable, en raison de leur extrĂȘme pauvretĂ© et de la faiblesse de leur revenu et de leur Ă©ducation[8].

Vincent Vantighem, sur le site de l'Ă©dition française du quotidien gratuit 20 minutes, rappelle les prĂ©cĂ©dents qui ont orientĂ© les dĂ©buts de l'enquĂȘte : en 2011, en pleine croissance du trafic d'enfants entre la Bulgarie et la GrĂšce, la coopĂ©ration policiĂšre des deux pays avait permis l'arrestation de dix Bulgares et deux Grecs, accusĂ©s d'avoir conduit en GrĂšce 17 femmes bulgares enceintes pour vendre ensuite leurs nouveau-nĂ©s. Aux dires d'experts, les opĂ©rations de ce type sont facilitĂ©es par les lacunes de la lĂ©gislation grecque sur l'adoption, concernant les enfants Ă©trangers en particulier. De source policiĂšre, elles rapportent aux intermĂ©diaires de 15 000 Ă  20 000 euros par enfant[6]. En , alors que les parents de Maria Roussev sont toujours soupçonnĂ©s d'avoir vendu leur fille, ClĂ©mentine Fitaire, sur le site Aufeminin, fait le rapprochement avec un nouveau cas de trafic d'enfants dont la police grecque vient d'annoncer le dĂ©mantĂšlement : six individus, dont un pĂ©diatre et un notaire, faisaient venir de Bulgarie en GrĂšce des femmes enceintes en situation de prĂ©caritĂ©, pour y accoucher ; les bĂ©bĂ©s Ă©taient ensuite revendus Ă  des couples candidats Ă  l'adoption, pour environ 10 000 euros[27]. En , quand Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou sont acquittĂ©s des accusations d'enlĂšvement, le site grec Ekathimerini.com rappelle que selon le ministĂšre de la Justice, des douzaines de cas de trafic d'enfants et d'adoptions illĂ©gales sont en cours d'instruction, dont certains impliquent des mĂ©decins et des cliniques privĂ©es ; parmi les facteurs explicatifs, sont citĂ©es la faiblesse de la natalitĂ© et la lourdeur des procĂ©dures d'adoption[28].

Situation des Roms dans la société grecque

Ermal Bubullima, du Courrier des Balkans, relĂšve que l'affaire a conduit les mĂ©dias grecs Ă  poser la question, habituellement passĂ©e sous silence, de la situation Ă©conomique et sociale des Roms dans le pays, qu'il prĂ©sente Ă  grands traits : apparus au XIe siĂšcle dans l'histoire de la GrĂšce, les Roms, de nos jours environ 300 000, y vivent dans des conditions souvent dĂ©plorables et subissent des discriminations multiples ; l'ONG grecque RĂ©seau Rom estime ainsi Ă  83 % les camps de Roms dĂ©nuĂ©s d'accĂšs Ă  l'Ă©lectricitĂ© ; l'eau courante et l'assainissement y sont Ă©galement rares et l'implantation frĂ©quemment situĂ©e sur des emplacements nocifs, prĂšs d'abattoirs ou de dĂ©charges. En , la GrĂšce, qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© sanctionnĂ©e pour sĂ©grĂ©gation scolaire en 2008, a Ă©tĂ© condamnĂ©e (en mĂȘme temps que la RĂ©publique tchĂšque, la Hongrie, et la Slovaquie) par la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH) pour avoir laissĂ© exclure des enfants roms de certaines Ă©coles primaires, et mis en place pour eux des Ă©coles sĂ©parĂ©es[23].

Sur le site d'actualitĂ© et d'opinion Equal Times, Katerina Penna rappelle combien la crise Ă©conomique grecque et ses consĂ©quences ont avivĂ© les rĂ©actions hostiles Ă  l'Ă©gard des minoritĂ©s et des migrants. ConfrontĂ©s Ă  des niveaux de chĂŽmage dĂ©mesurĂ©s et Ă  une discrimination croissante, les Roms sont facilement tenus pour responsables de la criminalitĂ©, du sous-emploi et de l'instabilitĂ©. Leur situation s'est encore empirĂ©e avec les progrĂšs du parti d'extrĂȘme-droite Aube dorĂ©e, qui les a souvent violemment attaquĂ©s[29].

En , un an aprÚs l'éclatement de l'affaire, Nikolia Apostolou, écrivaine et cinéaste athénienne s'exprimant sur le site des Open Society Foundations, ne relÚve pas d'amélioration significative mais plutÎt un renforcement des préjugés. Il existe ici ou là des signes de progrÚs : ainsi à Examilia, prÚs de Corinthe, aprÚs des années d'effort, les jeunes joueurs de l'équipe de football rom ont perçu un changement dans le regard des habitants de la ville voisine, qui viennent maintenant assister à leurs matchs. Mais le programme décennal de coopération avec les communautés roms, censé s'attaquer aux problÚmes de scolarisation, de santé, de logement et de travail, peine à entrer dans la réalité nationale et locale[30].

Aspects et incidences de la situation administrative des Roms en Europe

S'exprimant dans The Guardian, Zeljko Jovanovic, lui-mĂȘme d'origine rom et directeur du programme Roma Initiative (une association du rĂ©seau Open Society Foundations[r 1]), souligne que, du fait de la malnutrition et des conditions de logement et d'hygiĂšne, les quelque 12 millions de Roms qui vivent en Europe ont une espĂ©rance de vie de 10 ans infĂ©rieure en moyenne Ă  celle du reste de la population[31]. Une Ă©tude menĂ©e en 2012 dans onze États europĂ©ens prĂ©cise, en outre, que 90 % des familles roms vivent sous le seuil de pauvretĂ© de leurs pays respectifs et que 15 % d'entre eux ont atteint l'Ă©cole secondaire[30]. Aux yeux du dirigeant associatif, l'absence de certificat de naissance valide et de papiers pour Maria illustre une cause majeure de cette situation d'exclusion : le dĂ©faut de documents officiels. « L'invisibilitĂ© officielle » qui en rĂ©sulte exclut les Roms de la protection de la loi, mais aussi des soins mĂ©dicaux, de l'Ă©cole, de la recherche d'emploi ou de la participation aux Ă©lections[31].

Comme le rappelle Paul Kirby, depuis le milieu des années 1990, l'Union européenne cherche à obtenir l'enregistrement complet de tous les Roms à travers l'Europe. 95 % d'entre eux étant sédentarisés, l'opération ne soulÚve en principe pas de problÚme administratif particulier. Cependant, malgré tous les efforts déployés pour les enregistrer dans les bases nationales, de nombreuses familles roms restent en dehors du systÚme[8].

D'aprĂšs le tableau que brosse Zeljko Jovanovic, aucun pays d'Europe ne dispose dans ses statistiques de donnĂ©es officielles prĂ©cises sur la population rom ; de nombreux Roms n'ont pas de certificat de naissance, par dĂ©faut de dĂ©claration, le cout du document Ă©tant parfois prohibitif ; certains Ă©vitent de signaler leur identitĂ© par crainte des discriminations : les centaines de milliers de victimes du nazisme restent un souvenir vivant dans la communautĂ© et les craintes prĂ©sentes ne sont pas toujours imaginaires (par exemple, la police suĂ©doise a entretenu une liste illĂ©gale de 4 000 Roms). S'ajoutent Ă  cela les difficultĂ©s juridiques et procĂ©durales qui, selon le dirigeant associatif, empĂȘchent souvent et dĂ©libĂ©rĂ©ment l'obtention des documents d'identitĂ© : elles montrent Ă  ses yeux que l'invisibilitĂ© des Roms est politiquement et Ă©conomiquement commode pour les gouvernements qui devraient, sinon, garantir leur accĂšs Ă  l'Ă©ducation, la santĂ©, la justice, leur reprĂ©sentation dans la fonction publique, leur participation aux Ă©lections, etc. Le dĂ©faut d'identitĂ© officielle en fait des victimes plus faciles du trafic d'ĂȘtres humains ou des dysfonctionnements judiciaires et les soumet souvent au risque d'ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme apatrides[31].

Orientation des mesures et des discours politiques portant sur les Roms dans les pays européens

Pour Daniel Bonvoisin, membre de l'équipe du site associatif Média Animation[32], l'affaire et surtout l'écho médiatique qu'elle a rencontré sont à resituer dans le climat politique qui entoure, à cette époque, les minorités roms d'Europe : depuis les années 2000, ces populations font l'objet de mesures nationales contraignantes visant leurs camps ou, quand elles sont étrangÚres, leur rapatriement dans leur pays d'origine, la plupart du temps en Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie ou Kosovo) ; la France, l'Allemagne et l'Italie s'illustrent particuliÚrement dans ces politiques qui s'accentuent à partir de 2010, avec la multiplication des expulsions pratiquées par le gouvernement français[5].

L'origine de cette situation rĂ©side, selon cette analyse, dans l'adhĂ©sion Ă  l'Union europĂ©enne des pays de la partie centrale et orientale du continent : cela a fait de leurs ressortissants roms des citoyens europĂ©ens Ă  part entiĂšre, censĂ©s pouvoir jouir sur le territoire de l'Union de la libertĂ© de circulation qui en est au principe. En 2013, les tensions s'avivent Ă  l'approche de la fin, prĂ©vue pour 2014, des restrictions imposĂ©es Ă  la Roumanie et Ă  la Bulgarie dans leur intĂ©gration Ă  l'espace Schengen. À la mĂ©fiance gĂ©nĂ©rale qui pĂšse sur la capacitĂ© de ces pays Ă  contrĂŽler leurs flux migratoires, s'ajoute l'inquiĂ©tude vis-Ă -vis des Roms[5].

De nombreux discours, note Daniel Bonvoisin, dĂ©fendent un renforcement des politiques de contrĂŽle, sans toujours Ă©viter les clichĂ©s. L'extrĂȘme-droite en est coutumiĂšre[5] : en Hongrie, en 2011, le journaliste Ferenc Szaniszlo compare les Roms Ă  des singes, sans que cela l'empĂȘche d'ĂȘtre ensuite dĂ©corĂ© par le gouvernement de Viktor OrbĂĄn[33] ; en France, en , Jean-Marie Le Pen prĂ©dit le dĂ©ferlement de 12 millions de Roms, qu'il voit tous « dans les starting-blocks »[34]. Mais le thĂšme atteint un Ă©ventail politique plus large. En , Ă  propos du dĂ©mantĂšlement de camps, le ministre de l'IntĂ©rieur français, le socialiste Manuel Valls, dĂ©clare : « Ces populations ont des modes de vie extrĂȘmement diffĂ©rents des nĂŽtres, et qui sont Ă©videmment en confrontation, il faut tenir compte de cela, cela veut bien dire que les Roms ont vocation Ă  revenir en Roumanie ou en Bulgarie. » Le mois suivant, Ă  propos de l'ouverture des frontiĂšres aux travailleurs bulgares et roumains, David Cameron, Premier ministre britannique, conservateur, avertit : « si les gens ne sont pas ici pour travailler — s'ils mendient ou dorment dans la rue — ils seront expulsĂ©s[n 2]. » Aux yeux du spĂ©cialiste des relations interculturelles, bien que portant sur des mesures diffĂ©rentes, les deux discours relaient le mĂȘme message sur l'incompatibilitĂ© des modes de vie entre les minoritĂ©s roms et ce qu'il devient dĂ©licat d'appeler des « sociĂ©tĂ©s d'accueil »[5].

Au-delĂ  de la conjoncture immĂ©diate, l'Ă©crivain Patrick McGuinness voit dans cette attitude d'hostilitĂ© rentrĂ©e, dans cette « logique passive-agressive », l'expression d'un point commun Ă  tous les pays, de l'Ouest ou de l'Est du continent, oĂč les Roms constituent une minoritĂ© significative : faute de s'identifier Ă  un territoire, ceux-ci semblent mettre en cause l'idĂ©e mĂȘme d'identitĂ© nationale, enclenchant un jeu d'exclusion mutuelle oĂč les cultures majoritaires, pour se justifier de les rejeter, se supposent rejetĂ©es par eux[35].

Protection de l'enfance et « panique morale »

S'agissant de protection de l'enfance, Jana Hainsworth, du rĂ©seau associatif Eurochild, voit surtout dans l'affaire l'illustration d'une tendance trop rĂ©pandue : la diabolisation des « mauvais » parents, au dĂ©triment d'une approche plus attentive Ă  la complexitĂ© des situations des familles[12]. Pour elle comme pour Huus Dijksterhuis, du rĂ©seau europĂ©en de dĂ©fense des Roms ERGO, sĂ©parer l'enfant de sa famille est une solution qui ne devrait ĂȘtre envisagĂ©e qu'en dernier recours ; elle ne saurait dispenser des efforts Ă  dĂ©ployer en direction des communautĂ©s marginalisĂ©es, fondĂ©s sur une analyse systĂ©mique des causes de leur exclusion. Tous deux se fĂ©licitent Ă  cet Ă©gard des dispositions prises en Irlande en application des recommandations du rapport d'Emily Logan[36].

Pour Viviene Cree, universitaire spécialiste du travail social, qui développe cette analyse avec Gary Clapton et Mark Smith[r 7], l'affaire présente toutes les caractéristiques de la « panique morale » :

  • des acteurs sociaux perçus comme une menace pour la sociĂ©tĂ© : en l'occurrence, les Roms « voleurs d'enfants » ;
  • des mĂ©dias qui en donnent une reprĂ©sentation stylisĂ©e et stĂ©rĂ©otypĂ©e : de fait, le traitement mĂ©diatique de l'affaire s'est placĂ© dans un registre trĂšs Ă©motionnel, laissant transparaitre un racisme sous-jacent dans l'Ă©vocation de « l'Ange blond » ;
  • l'Ă©dification de « barricades morales » et la production de diagnostics et de solutions par des experts socialement reconnus : ici, ce sont les mĂ©dias qui ont rempli ce rĂŽle, les associations et les spĂ©cialistes de l'enfance se gardant gĂ©nĂ©ralement de toute implication directe ;
  • des modes de traitement qui Ă©voluent et des rĂ©percussions difficiles Ă  maitriser : d'ores et dĂ©jĂ , mĂȘme avant de pouvoir Ă©valuer les rĂ©sultats Ă  long terme de l'affaire, il est possible d'en faire ressortir qu'en matiĂšre de travail social, « l'enfer est pavĂ© de bonnes intentions »[4].

En effet, selon Viviene Cree, on ne peut pas contester que le souci du bien-ĂȘtre et de la protection de l'enfant faisait partie des mobiles des policiers. Pourtant, dĂšs les premiers jours qui ont suivi la dĂ©couverte de Maria, il apparaissait dĂ©jĂ  qu'elle n'Ă©tait ni une inconnue, ni une mal aimĂ©e dans le camp de Pharsale. D'aprĂšs les tĂ©moignages des rĂ©sidents, sa situation ne rĂ©sultait ni d'un enlĂšvement, ni d'un trafic d'ĂȘtre humain, mais plutĂŽt d'une forme d'adoption informelle ; de plus, son pĂšre biologique continuait de lui rendre visite, la derniĂšre fois cinq jours seulement avant l'intervention des enquĂȘteurs, alors que sa mĂšre se trouvait Ă  SofĂĄdes, un village situĂ© Ă  quelques dizaines de kilomĂštres. La vidĂ©o oĂč la fillette apparait en train de danser, les tĂ©moignages de la communautĂ© et les photos de famille montrent une enfant heureuse et choyĂ©e, non seulement par le couple rom, mais plus largement par la famille Ă©tendue au sein de laquelle elle vivait. Ensuite, Maria a Ă©tĂ© placĂ©e en centre d'accueil et y est restĂ©e. S'il est possible qu'elle fasse un jour l'objet d'une adoption en bonne et due forme, il est peu probable que ce soit par la famille rom dans laquelle elle a passĂ© les cinq premiĂšres annĂ©es de sa vie. Un tel rĂ©sultat laisse la spĂ©cialiste sceptique quant Ă  sa cohĂ©rence avec les bonnes intentions initiales[4].

De façon plus générale, l'affaire illustre dans cette analyse les risques du maniement des paniques morales. Les acteurs associatifs ou institutionnels sont enclins à créer ou à entretenir ces phénomÚnes, pour susciter la prise de conscience et le soutien à leur propre compréhension des problÚmes sociaux. Elles ont pourtant souvent des conséquences négatives, intentionnelles ou non, qui renforcent les stéréotypes et les comportements de repli au lieu d'aller vers plus de justice et d'égalité. Pour les travailleurs sociaux, il est donc nécessaire d'affronter la complexité de ces situations, en étant conscients du rÎle qu'ils y jouent de par leur profession[r 7].

Ressorts de l'emballement médiatique

Du traitement mĂ©diatique de l'affaire, Daniel Bonvoisin estime qu'il est moins remarquable par son contenu que par son ampleur : susciter l'intĂ©rĂȘt presque unanime des mĂ©dias du continent est exceptionnel pour un fait divers concernant des Roms[5]. Cherchant Ă  recenser les raisons de cet emballement, le site d'actualitĂ© français Le Huffington Post note d'abord le mystĂšre dans lequel l'enquĂȘte commence. Le , devant la presse, le porte-parole de la police rĂ©gionale Ă©voque plusieurs possibilitĂ©s : enlĂšvement dans un hĂŽpital, par suite d'un acte isolĂ© ou dans le cadre d'un trafic, abandon par une mĂšre cĂ©libataire. À la multiplicitĂ© des hypothĂšses des enquĂȘteurs s'ajoutent la multiplicitĂ© et l'obscuritĂ© des versions successivement fournies par le couple de suspects. L'une d'entre elles, en attribuant Ă  l'enfant une origine canadienne, a en outre pour consĂ©quence l'implication des mĂ©dias nord-amĂ©ricains[1].

Pour Jean-Laurent Van Lint, de l'hebdomadaire Moustique, la fascination Ă©prouvĂ©e pour l'affaire se nourrit aussi de l'image de « puretĂ© menacĂ©e » portĂ©e par la figure de « l'ange blond », image derriĂšre laquelle se dĂ©veloppe « en filigrane l'histoire d'une petite Aryenne dans les griffes d'une race barbare ». Selon le journaliste, cette dĂ©rive, consciente ou non, se combine parfois, pour instruire le procĂšs fait aux Roms, avec un misĂ©rabilisme qui donne Ă  l'affaire des allures de « roman dickensien »[10]. Daniel Bonvoisin voit dans ces images et, plus gĂ©nĂ©ralement, dans « l'imaginaire sur les Roms », le moteur du discours mĂ©diatique. Comme il le note, les clichĂ©s, mĂȘme dans les textes qui visent Ă  les dĂ©construire et en dĂ©noncent la dimension stigmatisante, restent au centre du propos. À ses yeux, le traitement mĂ©diatique se rĂ©vĂšle ici conditionnĂ© par un discours europĂ©en largement soupçonneux Ă  l'Ă©gard des Roms, et l'ampleur donnĂ©e Ă  l'affaire montre combien les reprĂ©sentations qui ont cours sur une minoritĂ©, couplĂ©es Ă  un climat politique spĂ©cifique Ă  son Ă©gard, peuvent animer puissamment les mĂ©dias[5].

Les analyses se rejoignent pour souligner l'efficacitĂ© Ă©motionnelle du thĂšme de l'enfant perdu. Parmi les appels Ă  l'association « Le Sourire de l'enfant », il y a ceux de parents qui ont perdu le leur et pour qui c'est un moment d'espoir[1]. Chaque enfant trouvĂ© laisse escompter une progression dans les autres affaires de disparus[10] : ainsi, les dĂ©buts de l'enquĂȘte rĂ©activent pour la famille de Ben Needham la piste d'un enlĂšvement par des Roms, Ă  laquelle la mĂšre du garçon dĂ©clare n'avoir jamais cessĂ© de croire[37]. Plus gĂ©nĂ©ralement, pour tout parent, perdre son enfant est la pire des craintes[10]. Et quand, comme dans le retournement de la presse irlandaise, la dialectique du clichĂ© et de sa dĂ©construction montre ses limites en tant que facteur de dramatisation, la dĂ©fense de l'unitĂ© familiale menacĂ©e reste un recours, fĂ»t-ce au bĂ©nĂ©fice de Roms admis pour cette fois-lĂ  au statut de citoyens et de parents[5].

La baisse de l'intĂ©rĂȘt du public, une fois identifiĂ©s les parents roms de la fillette[31], marque l'Ă©puisement de ces ressorts. La conclusion de l'article de Moustique l'exprime en ces termes : « Depuis qu'on sait qu'il s'agit d'une enfant trĂšs pauvre confiĂ©e Ă  des gens qui l'Ă©taient un peu moins, Maria s'est fait oublier des gros titres. »[10]

Attitude des médias grecs

Sur le site du magazine participatif européen Cafébabel, Giannis Mavris dresse un bilan de la couverture de l'affaire par les médias grecs, dont il rappelle qu'ils font l'objet dans ce pays d'une défiance particuliÚre, notamment pour n'avoir joué aucun rÎle d'alerte avant la crise économique. AprÚs la découverte de la fillette et les tests ADN prouvant qu'elle n'était pas l'enfant biologique du couple qui l'élevait, la plupart des journaux n'ont pas hésité à lancer l'hypothÚse d'un enlÚvement, seuls quelques-uns d'entre eux mettant en garde contre les conclusions hùtives. De plus, le biais médiatique et l'exaltation des préjugés selon lesquels les Roms « ne sont pas des gens civilisés » n'ont pas épargné, sous une forme à peine atténuée, certains des organes de presse les plus réputés[38].

Sur le site de l'Institute of Race Relations, Ryan Erfani-Ghettani rappelle comment les envoyés des télévisions grecques (Alpha et Skai) à Pharsale ont exploité les vidéos familiales et les témoignages d'affection du voisinage : pour montrer que la fillette était élevée par l'ensemble de la communauté dans le but de faire de l'argent, d'abord par la mendicité, ensuite par le commerce sexuel. Par la suite, du fait d'une réaction de défiance des habitants du camp, les caméras de la BBC ont été refoulées, laissant par contrecoup penser que le camp cherchait à protéger une vie parallÚle secrÚte[39].

Pour Giannis Mavris, le dĂ©nouement de l'affaire — l'absence d'activitĂ© criminelle avĂ©rĂ©e et l'ascendance rom de la petite Maria — a mis au jour la puissance des stĂ©rĂ©otypes xĂ©nophobes. Il n'a cependant donnĂ© lieu, de la part de la presse, Ă  aucun retour sur elle-mĂȘme. La plupart des journaux ont choisi la solution du silence et l'issue de l'affaire a Ă©tĂ© traitĂ©e avec une grande sobriĂ©tĂ©. Cette absence d'auto-critique laisse l'observateur pessimiste sur la possibilitĂ© de rĂ©tablir la confiance envers les mĂ©dias en GrĂšce[38].

Qualité de la couverture journalistique internationale

Quant aux mĂ©dias internationaux, d'aprĂšs l'analyse qu'en donne Natasha Dukach sur le site Fair Observer, ils n'ont pas suffisamment vĂ©rifiĂ© les informations produites par la presse grecque et ont repris une prĂ©sentation biaisĂ©e de l'affaire, contribuant Ă  la promotion de stĂ©rĂ©otypes. Elle relĂšve ainsi leur silence sur le fait que l'origine ethnique de la petite Maria avait Ă©tĂ© Ă©noncĂ©e dĂšs les dĂ©buts de l'enquĂȘte par le couple qui l'a Ă©levĂ©e ; ou la propagation d'informations fausses, comme l'affirmation selon laquelle la mĂšre biologique de l'enfant avait pris l'initiative d'en revendiquer la maternitĂ©, alors qu'elle n'a Ă©tĂ© identifiĂ©e qu'Ă  l'issue d'une recherche et aprĂšs que les tests ADN eurent Ă©cartĂ© tous les parents putatifs[40]. Krystal Thomas, auteur d'un travail universitaire sur la situation des Roms dans l'Union europĂ©enne, souligne comment le « mystĂšre » de Maria, en occupant les gros titres, a mis ces populations sous les regards du reste de la communautĂ© internationale[r 8] : sa disparition instantanĂ©e, sans que soient analysĂ©s les stĂ©rĂ©otypes nĂ©gatifs qui avaient Ă©tĂ© diffusĂ©s, a en dĂ©finitive suscitĂ© un mĂ©contentement accru[r 9].

Estrella Israël-Garzón et Ricardo Ángel Pomares-Pastor, respectivement professeur[41] et chercheur[42] en sciences de la communication, ont pour leur part étudié comment l'affaire a été couverte par les journaux télévisés de plusieurs chaines publiques européennes (BBC, France 2, Rai 1 et La 1), du 19 au . Il en ressort principalement que la présentation de l'information a contribué à la stigmatisation des populations impliquées, notamment par une ethnicisation des faits contraire aux normes de qualité en usage[r 10].

La stigmatisation est sensible d'abord dans les images prĂ©sentĂ©es[r 11]. Les vues du campement de Pharsale dĂ©notent la marginalitĂ© du groupe[r 12]. Sur les photographies oĂč Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou apparaissent avec la fillette, ils sont montrĂ©s cĂŽte Ă  cĂŽte, regards parallĂšles, comme s'ils ne se connaissaient pas. Les portraits diffusĂ©s des deux parents, de face et de profil, manifestement de facture policiĂšre, les criminalisent d'emblĂ©e. Les clichĂ©s de l'enfant sont presque tous graves et empreints de tristesse[r 13]. Deux d'entre eux, commente Isabelle Ligner sur le site associatif DĂ©pĂȘches tsiganes, fonctionnent sur un mode « avant/aprĂšs » : tandis que le premier la montre en survĂȘtement froissĂ©, tĂȘte Ă©bouriffĂ©e et visage sale, le second, oĂč un sourire se dessine sur un visage propre surmontĂ© d'une chevelure bien coiffĂ©e, suggĂšre combien les bons traitements prodiguĂ©s par les autoritĂ©s contrastent avec la nĂ©gligence du couple de Roms[3].

Selon les deux universitaires, c'est le primat donnĂ© Ă  l'Ă©motionnel sur le contenu informatif qui conduit Ă  mettre en avant les Ă©lĂ©ments nĂ©gatifs, le spectaculaire et l'incertitude concernant l'identitĂ© de la fillette, « ange blond » entourĂ© de suspects Ă  la peau sombre[r 12]. L'apparence de l'enfant est supposĂ©e suffire Ă  exclure que ses parents puissent ĂȘtre roms[r 11]. Quant Ă  l'ethnicisation qui rĂ©sulte de l'insistance mise sur l'assignation des personnes Ă  une identitĂ© ethnique, trait commun et constant du traitement de l'affaire[r 12], elle contredit, par son caractĂšre systĂ©matique, les codes de dĂ©ontologie journalistique Ă©tablis par les tĂ©lĂ©visions elles-mĂȘmes[r 11]. « À travers la gĂ©nĂ©ralisation », notent-ils, « s'Ă©tablit un fossĂ© entre « nous » — les « blancs » lancĂ©s Ă  la recherche des vĂ©ritables parents — et « eux » — marginaux, ravisseurs, trafiquants d'enfants et de drogue —[n 3] - [r 11]. »

Bien que nourrie principalement de sources policiĂšres, l'information donne aussi la parole Ă  des reprĂ©sentants de la communautĂ© rom. Un effort manifeste est fait pour donner toutes les versions des Ă©vĂšnements, ce qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un progrĂšs dans la couverture de ce type d'affaire. Est ainsi prĂ©sentĂ© le point de vue d'une ONG (« Le Sourire de l'enfant »[r 14]) et rĂ©fĂ©rence est faite aux groupes de dĂ©fense des droits de l'homme. Cependant, dans la majoritĂ© des cas, l'information de contexte nĂ©cessaire Ă  la comprĂ©hension fait dĂ©faut. L'affaire est prĂ©sentĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de l'actualitĂ© mondiale, selon des critĂšres de prĂ©sentation qui ne diffĂšrent pas significativement entre mĂ©dias publics et privĂ©s[r 11]. Au fil des jours, l'attention se dĂ©place des ravisseurs vers la recherche de la mĂšre biologique ; aprĂšs l'identification de celle-ci en Bulgarie, annoncĂ©e le , l'intĂ©rĂȘt des mĂ©dias, sensiblement rĂ©duit[r 15], passe de la recherche des gĂ©niteurs authentiques Ă  la question ethnique[r 11].

En dĂ©finitive, pour les deux universitaires, la couverture de l'affaire, qui s'est Ă©loignĂ©e des normes de qualitĂ© applicables, montre combien « est nĂ©cessaire un traitement plus rigoureux et pluriel de l'information, oĂč les critĂšres interculturels et Ă©thiques aideraient Ă  surmonter la barriĂšre de la diffĂ©rence excluante[n 4]. »[r 16]

Unité et diversité des médias européens

Daniel Bonvoisin part d'un constat qualitatif analogue : la plupart des organes de presse europĂ©ens se sont contentĂ©s d'un traitement simpliste, Ă  base de dĂ©pĂȘches d'agence et de stĂ©rĂ©otypes. Leur convergence autour d'un propos relativement uniforme est pour lui l'indice de la gĂ©nĂ©ralisation Ă  tout le continent d'une mĂȘme image des Roms, devenus des repoussoirs Ă  l'Ă©chelle europĂ©enne. Une telle tendance est, Ă  ses yeux, en cohĂ©rence avec le durcissement du discours politique sur ces minoritĂ©s : un climat sans nuance a encouragĂ© la presse Ă  relayer d'une mĂȘme voix la diffusion de rumeurs[5].

L'analyste conduit sur cette base une comparaison des organes de presse britanniques, français et irlandais, qui illustre comment l'utilisation des représentations sur les Roms a varié selon les contextes nationaux :

  • au Royaume-Uni, les Roms, quoique relativement peu nombreux, sont rĂ©guliĂšrement Ă©voquĂ©s et en gĂ©nĂ©ral nĂ©gativement : en 2013, l'imminence de l'intĂ©gration complĂšte de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'espace Schengen avait dĂ©jĂ  donnĂ© lieu Ă  de nombreux articles et discours politiques alarmistes, parfois ouvertement xĂ©nophobes ; un reportage du Daily Mail avait ainsi anticipĂ© le dĂ©mĂ©nagement en Grande-Bretagne de la moitiĂ© d'un village roumain au . Le traitement peu nuancĂ© qu'Ă  quelques exceptions prĂšs les mĂ©dias du pays ont rĂ©servĂ© Ă  l'affaire et qu'illustrent, entre autres, leurs descriptions du camp de Pharsale, Ă©tait en phase avec les discours politiques hostiles aux immigrants de l'Est ; il permettait surtout d'exploiter le ressort d'audience traditionnel que constituent les affaires d'enfants disparus, Ă©lĂ©ment Ă©conomique important en particulier pour les tabloĂŻds ;
  • en France, la question rom est un thĂšme rĂ©current du dĂ©bat public ; aux expulsions en nombre et dĂ©mantĂšlements de camps qui ont Ă©maillĂ© les prĂ©sidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande, se sont ajoutĂ©s les faits divers : en , la dĂ©claration de Gilles Bourdouleix, « Hitler n’en a peut-ĂȘtre pas tuĂ© assez », qui fit vite exclure cet Ă©lu centriste de son parti ; celles, le mĂȘme mois, du dĂ©putĂ© de droite Christian Estrosi, se faisant fort de « mater » les Roms en situation irrĂ©guliĂšre ; l'affaire Leonarda, en ; ultĂ©rieurement, en , celle du lynchage de Darius, un jeune Rom. Le cas de « l'Ange blond » s'inscrivait lĂ  dans un contexte dĂ©jĂ  polarisĂ©, entre des mĂ©dias avant tout soucieux de rĂ©soudre le « problĂšme rom » et d'autres qui privilĂ©giaient une approche antiraciste et critique. Cette polarisation s'est retrouvĂ©e dans le traitement de l'affaire, qui a vu d'un cĂŽtĂ© Le Figaro donner la parole Ă  un Ă©lu grec pour des propos trĂšs proches de ceux de certains maires de France, de l'autre des anthropologues dĂ©velopper dans LibĂ©ration de quoi nourrir un « anti-mythe » capable de faire piĂšce aux stĂ©rĂ©otypes ;
  • en Irlande, les Roms sont relativement peu prĂ©sents, non seulement dĂ©mographiquement, mais aussi mĂ©diatiquement. Les mĂ©dias n'y Ă©taient pas dĂ©jĂ  formĂ©s Ă  l'idĂ©e d'un « problĂšme rom ». Ils sont en revanche particuliĂšrement sensibles Ă  celui de la maltraitance des enfants dans le cadre d'institutions publiques, qui a rĂ©guliĂšrement fait l'objet de rĂ©vĂ©lations depuis les annĂ©es 1990. Ces circonstances peuvent expliquer leur retournement, Ă  propos des « anges blonds » irlandais, en faveur de la dĂ©fense des familles roms contre les abus de la police et des services sociaux[5].

S'agissant du cas irlandais, Ryan Erfani-Ghettani rappelle pour sa part qu'avant cette inflexion, la presse influencée par l'affaire grecque était bel et bien parvenue à créer une hystérie auto-alimentée, les actions des autorités suscitées par la rumeur devenant des preuves de la réalité des enlÚvements ; et que le rapport d'Emily Logan avait aussi rappelé les médias à leurs obligations, notamment en matiÚre de protection de la vie privée (la fillette relùchée n'avait pas pu regagner sa maison assiégée par les journalistes)[39].

ArriÚre-plan racial de l'image de « l'Ange blond »

Huile sur panneau. Portrait d'une jeune fille aux yeux clairs.  Un voile laisse paraitre des mĂšches aux reflets blonds.
La Petite Bohémienne (vers 1505), tableau de Boccaccio Boccaccino (musée des Offices).

Pour l'historien et politologue Henri Deleersnijder, l'affaire est exemplaire des gĂ©nĂ©ralisations particuliĂšrement abusives qui alimentent l'hostilitĂ© Ă  l'Ă©gard des Roms[r 17]. Par l'ampleur qui lui a Ă©tĂ© donnĂ©e, elle constitue en mĂȘme temps, aux yeux de Daniel Bonvoisin, un moment privilĂ©giĂ© pour analyser le discours mĂ©diatique sur ces populations. Il note qu'elle prend sa source dans une rumeur qui, comme celle d'OrlĂ©ans, mĂȘle le thĂšme de l'enlĂšvement et l'orientation raciste : des enfants non-roms, comme le prouverait la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux, auraient Ă©tĂ© enlevĂ©s par des Roms, chez qui ce serait une activitĂ© habituelle. Ainsi, en souscrivant Ă  l'hypothĂšse policiĂšre de l'enlĂšvement, une grande part de la presse europĂ©enne souscrit aux prĂ©jugĂ©s qui la fondent, et le battage mĂ©diatique rĂ©vĂšle d'abord l'arriĂšre-fond racial qui structure l'imaginaire sur les Roms[5]. Selon les termes de Zeljko Jovanovic, le traitement de l'affaire montre « Ă  quelle vitesse l'Europe peut basculer dans l'hystĂ©rie raciste »[31].

Patrick McGuinness souligne dans LibĂ©ration le racisme Ă  peine voilĂ© que vĂ©hicule le surnom de « l'Ange blond » donnĂ© Ă  la fillette, le non-dit Ă©tant qu'elle est entourĂ©e de « dĂ©mons noirs »[35]. Pour la palĂ©o-anthropologue Silvana Condemi, qui s'exprime dans le mĂȘme journal, laisser entendre, sur sa simple apparence physique, qu'une petite fille ne peut pas appartenir Ă  sa population, ou qualifier ensuite sa blondeur de « dĂ©faut des gĂšnes provenant des parents », c'est encore entretenir l'idĂ©e de populations homogĂšnes, « pures », non mĂ©tissĂ©es, installĂ©es sur leur sol depuis la nuit des temps. Conception qu'elle rapproche de celle que mettaient en Ɠuvre les nazis lorsque, systĂ©matisant les recensements antĂ©rieurs, et soutenus par les travaux Ă  prĂ©tention scientifique de Robert Ritter et Eva Justin, ils utilisaient des mesures anthropomĂ©triques du crĂąne et de la face pour distinguer « purs tsiganes » et « mĂ©tis tsiganes ». Paradoxalement, leurs rĂ©sultats, qui allaient justifier les pires persĂ©cutions, mirent en Ă©vidence un trĂšs fort « mĂ©tissage » de la population tsigane allemande. C'est qu'aucune population n'est exempte d'une variabilitĂ© biologique qui est le produit de son histoire, de ses dĂ©placements, de ses relations avec d'autres et avec son environnement. Ce qui fait, entre autres, qu'on peut parfaitement ĂȘtre rom et blonde[r 18].

Réveil du préjugé du Rom voleur d'enfants

Affiche montrant un couple emmenant une fillette Ă  bord d'une roulotte, poursuivis par un homme tenant une bĂšche.
Enfant enlevée par des nomades, illustration publiée dans un supplément illustré du Petit Journal, en 1902.

« L'anomalie » que constituerait la blondeur de la fillette est, selon les termes de Daniel Bonvoisin, « exorcisĂ©e » par un autre clichĂ©, celui du Rom voleur d'enfants[5]. Sur le site Atlantico, Emanuela Ignatoiu-Sora, qui travaille Ă  l'universitĂ© de Florence sur la protection juridique des Roms, rappelle que ce prĂ©jugĂ© fait depuis longtemps partie des fantasmes europĂ©ens[43]. Comme le prĂ©cise Isabelle Ligner, il Ă©tait trĂšs rĂ©pandu au XIXe siĂšcle et au dĂ©but du XXe siĂšcle, Ă©poques oĂč il fut aussi propagĂ© par la presse dans un contexte de rĂ©pression des populations « nomades », considĂ©rĂ©es comme partie intĂ©grante des « classes dangereuses ». « Ne traine pas dans la rue, ou les camps volants t’emporteront ! », pouvait-on encore entendre dans la France provinciale des annĂ©es 1970[3].

Emanuela Ignatoiu-Sora rapproche ce préjugé de celui qui accusait les juifs de tuer des enfants chrétiens pour disposer de sang humain à Pùques. Elle regrette que de nos jours, alors qu'on assiste à une criminalisation croissante de tous les Roms, les médias alimentent ce processus en nourrissant les stéréotypes. Pourtant, souligne-t-elle, selon les anthropologues qui se sont intéressés à eux, la famille représente l'une des valeurs cardinales des Roms, et l'enfant un élément vital ; classiquement, les parents roms s'attachent à transmettre leur métier aux garçons et à marier les filles un peu plus tÎt que dans la moyenne européenne, bien que ceci ne soit pas vérifié dans toutes les communautés. Elle conclut en ces termes : « Toutes ces questions de la criminalisation, des stéréotypes alimentés par les médias, renvoient finalement aux problÚmes économiques et aux solutions auxquelles quelques-uns des Roms recourent afin de gagner leur vie. »[43]

Dans The Guardian, Thomas Acton, spĂ©cialiste des Roms, affirme qu'il n'existe aucun cas avĂ©rĂ© d'enfant enlevĂ© par des gens du voyage[44] - [10]. Les anthropologues Marc Bordigoni et Leonardo Piasere relĂšvent dans LibĂ©ration que, dans cette affaire, la pratique de l'enlĂšvement d'enfant par les Roms, dĂ©veloppĂ©e en littĂ©rature par CervantĂšs avec le personnage de La Petite Gitane, s'avĂšre une fois de plus une lĂ©gende, comme, depuis un siĂšcle, dans tous les cas pour lesquels il existe des archives. Pour eux, confier son enfant Ă  d'autres, parents, alliĂ©s ou Ă©trangers, comme l'ont fait les parents biologiques de Maria, est une constante dans l'histoire de toutes les populations connues des ethnologues, en Europe ou ailleurs[r 19]. Selon Isabelle Ligner, dans la conception large de la famille qui est celle des Roms, l'enfant peut facilement ĂȘtre confiĂ© de façon informelle Ă  un oncle ou Ă  un « alliĂ© » de ses parents biologiques, et il est frĂ©quent qu'un mĂȘme couple Ă©lĂšve Ă  la fois de nombreux enfants biologiques et un ou plusieurs enfants dans le cadre d'adoptions non formalisĂ©es[3]. Le CEDR insiste pour sa part sur le caractĂšre exceptionnel du cas de Maria : s'il peut arriver que les enfants soient Ă©levĂ©s dans la famille Ă©tendue, par exemple par les grands-parents, il est rare qu'ils le soient complĂštement en dehors de leur famille biologique[8].

Mise en cause des familles et des communautés roms

Huile sur toile. Une femme assise Ă  mĂȘme le sol tient sur ses genoux, devant une tente, un enfant aux cheveux clairs.
Famille tzigane, tableau d'Antoni Kozakiewicz (1841–1929).

Pour le politologue Huub van Baar, l'affaire illustre, aprĂšs bien d'autres, les dommages que des allĂ©gations infondĂ©es peuvent causer, surtout quand la police, les mĂ©dias et les politiques s'abstiennent de dĂ©noncer l'abus d'images stĂ©rĂ©otypĂ©es, quand ils ne s'y adonnent pas eux-mĂȘmes. En revanche, peu d'attention a Ă©tĂ© donnĂ©e, sinon aucune, aux pratiques de profilage ethnique et aux atteintes aux droits des enfants auxquelles elle a donnĂ© lieu. La tolĂ©rance gĂ©nĂ©rale et tacite accordĂ©e Ă  ces comportements est pour l'universitaire le signe de l'Ă©mergence contemporaine d'un « anti-gitanisme raisonnable »[r 20].

Aux yeux de Marc Bordigoni et Leonardo Piasere, le sort de la petite fille, placĂ©e en institution, comme celui de ses frĂšres et sƓurs d'adoption, Ă©galement placĂ©s, ou encore celui, semblable, qui est alors envisagĂ© pour ses frĂšres et sƓurs biologiques, illustrent tous une mĂȘme rĂ©alitĂ© : dans les faits, c'est le contrĂŽle institutionnel renforcĂ© de la vie des familles, instaurĂ© en Europe Ă  partir du XIXe siĂšcle, qui se traduit par l'enlĂšvement d'enfants Ă  leur milieu familial, « pour leur bien ». Les cas des RĂ©unionnais de la Creuse, de 1963 Ă  1982 en France, ou des « enfants de la grand-route », de 1926 Ă  1973 en Suisse, en fournissent deux exemples[r 19]. Dans The New York Times, Dan Bilefsky exprime la crainte qui se rĂ©pand parmi les Roms dispersĂ©s Ă  travers l'Europe, de se voir enlever leurs enfants sans autre raison que leur identitĂ© culturelle ou la couleur de leur peau[r 3].

Dans le mĂȘme sens, la sociologue Ethel Brooks[45] souligne l'ironie de la situation de la petite Maria, retirĂ©e Ă  sa famille parce qu'on craignait qu'elle n'ait Ă©tĂ© enlevĂ©e, alors que le siĂšcle dernier a Ă©tĂ© marquĂ©, « des iles Britanniques aux AmĂ©riques, de la France Ă  l’Espagne, de la Roumanie Ă  la Russie, de l’Australie Ă  l’Afrique du Sud », par l'enlĂšvement forcĂ© des enfants roms Ă  leurs familles. L'affaire montre une fois encore que la maternitĂ© rom n'est jamais sure, toujours susceptible d'ĂȘtre contestĂ©e[r 21]. Comme celui des autres anges blonds, le traitement du cas de Maria exprime pour l'auteur un refus de la maternitĂ© rom qui renvoie Ă  un projet plus vaste, « impliquant la critique des mĂšres roms, le dĂ©mantĂšlement des structures familiales roms, la dĂ©stabilisation des enfants roms ». La stĂ©rilisation forcĂ©e en RĂ©publique tchĂšque, la sĂ©grĂ©gation scolaire en Hongrie, les opĂ©rations de police — expulsions, raids, dĂ©mantĂšlement — menĂ©es dans les quartiers roms de GrĂšce, d'Allemagne ou de France mettent les Roms, leurs familles et leurs communautĂ©s en situation d'insĂ©curitĂ© permanente[r 22].

La fĂ©minitĂ©, les formes de maternitĂ© et les mĂšres roms elles-mĂȘmes sont dĂ©lĂ©gitimĂ©es, alors que c’est par elles que passe l'apprentissage de la langue, que les enfants deviennent des personnes et des membres de la communautĂ© rom[r 21]. Face Ă  ces menaces, l'auteur en appelle Ă  un fĂ©minisme rom qui, Ă  la diffĂ©rence des conceptions libĂ©rales, ne peut Ă  son avis que s'ancrer dans la rĂ©sistance de la communautĂ©[r 22].

Notes et références

Notes

  1. En anglais : « We are getting information from all over Europe which shows that this problem, of children going missing and falling into gypsy hands, is a problem throughout the continent[7]. »
  2. En anglais : « if people are not here to work — if they are begging or sleeping rough — they will be removed[5]. »
  3. En espagnol : « A travĂ©s de la generalizaciĂłn se establece una brecha entre “nosotros” — los buscadores ‘blancos’ de los verdaderos padres — y “ellos” — marginales, secuestradores, traficantes de niños y de drogas —[r 11]. »
  4. En espagnol : « se hace necesario un tratamiento mås riguroso y plural de la información, donde los criterios interculturales y éticos ayuden a superar la frontera de la diferencia excluyente[r 16]. »

Références en ligne

  1. « « Ange blond » : pourquoi cette affaire a-t-elle autant fait parler ? », sur Le Huffington Post, .
  2. M. D., « GrÚce - Les parents de « l'ange blond » blanchis », sur Paris Match.com, .
  3. Isabelle Ligner, « « L'Ange blond » : la violence du racisme Ă  l’égard des Roms », sur DĂ©pĂȘches tsiganes, .
  4. (en) Viviene E. Cree, « How do you solve a problem like Maria? », sur ESRC Moral Panic Seminar Series Wordpress.com, .
  5. Daniel Bonvoisin, « Ange blond : les médias et les stéréotypes sur les Roms », sur Média Animation, .
  6. Vincent Vantighem, « Tout comprendre sur l’affaire de « l’Ange blond » », sur 20 minutes.fr, 22 octobre 2013 et 29 janvier 2014.
  7. (en) Tom Pettifor, « Kate and Gerry's "great hope": Mystery blonde girl found living with gypsies gives boost to Madeleine McCann's parents », sur Mirror Online, .
  8. (en) Paul Kirby, « Roma case in Greece raises child concerns », sur BBC News, .
  9. Interpol, « Les autoritĂ©s grecques demandent l’aide d’Interpol pour identifier une fillette inconnue par comparaison d’ADN », sur www.interpol.int, .
  10. Jean-Laurent Van Lint, « La story : l'ange blond », sur Moustique.be, .
  11. (en) Anastasia Balezdrova, « Maria will remain in custody of "The Smile of the Child" as decided by the court in Larissa », sur GR Reporter, .
  12. (en) Jana Hainsworth, « ‘Blonde angel’ case: Don’t demonise ‘bad’ parents, look at the system », sur EurActiv.com, 13-14 novembre 2013.
  13. AFP/NXP, « L'«ange blond» sera confié à une association », sur TDG.ch, .
  14. (en) John Hall, « Court rules that blonde girl taken from Roma family in Greece last year will be raised by children's charity », sur Mail Online, .
  15. (en) Africa News Agency via Xinhua, « Greek Roma couple found not guilty of abduction of girl », sur www.enca.com, .
  16. Gilles Trequesser, RenĂ©e Maltezou et ClĂ©mence Apetogbor (source Reuters), « L'affaire de « l'ange blond » rĂ©vĂšle les failles de l'État grec », sur Capital.fr, .
  17. Le Figaro.fr (avec AFP), « GrÚce : une enfant retirée à des Roms », sur Le Figaro.fr, .
  18. Le Parisien.fr (avec AFP), « Maria, « l'ange blond » : le couple rom accusé d'enlÚvement blanchi en GrÚce », sur Le Parisien.fr, .
  19. L'Express.fr (avec AFP), « Pas d'« ange blond » en Irlande : deux enfants roms ont été rendus à leurs parents », sur L'Express.fr, .
  20. « Serbie : « l'ange blond » de Novi Sad était bien rom », sur Le Courrier des Balkans, .
  21. Avec AFP, « La police chypriote recherche un jeune Anglais kidnappé dans son enfance », sur 20 minutes.fr, .
  22. Avec AFP, « L'homme filmé à Chypre n'est pas le petit Anglais kidnappé en 1991 », sur 20 minutes.fr, .
  23. Ermal Bubullima, « GrÚce : Les Roms, les « anges blonds » et le racisme de tous les jours », sur Le Courrier des Balkans, .
  24. (en) Daragh Brophy, « “Ethnic profiling” a factor in removal of Roma children, report finds », sur The Journal.ie, .
  25. (en) Colin Gleeson, « Garda ‘challenging attitudes’ in force after Roma controversy », sur Irish Times.ie, .
  26. (en) Mary Carolan, « €60,000 for Roma family whose blonde son (2) was removed by gardaĂ­ », sur Irish Times.ie, .
  27. Clémentine Fitaire, « Un trafic de bébés démantelé en GrÚce », sur Aufeminin, .
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  29. Katerina Penna, « « La petite Maria Â» et la discrimination envers les Roms en GrĂšce », sur Equal Times, .
  30. Nikolia Apostolou, « Ce n'est plus une Breaking News : la vie des Roms en GrĂšce un an aprĂšs l’épisode « Maria » », sur Okeanews.fr, ;
    traduit de (en) « Breaking News No More: Life for Roma in Greece a Year after “Maria” », sur Open Society Foundations.org, .
  31. Zlejko Jovanovic, « Maria est rom, elle va donc redevenir invisible », sur Courrier international.com, ;
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  38. Giannis Mavris (trad. Julien Rochard), « GrÚce : la petite Maria et les grands méchants médias », sur Cafébabel, ;
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  39. (en) Ryan Erfani-Ghettani, « A global witch hunt! Media narratives, racial profiling and the Roma », sur Institute of Race Relations.org.uk, .
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  45. (en) « Brooks, Ethel », sur womens-studies.rutgers.edu, université Rutgers (consulté le ).

Renvois bibliographiques

Annexes

Bibliographie

Ouvrages

Articles et contributions

  • Marc Bordigoni et Leonardo Piasere, « Qui sont les voleurs d’enfants ? », LibĂ©ration,‎ , p. 22 (lire en ligne)
  • Ethel Brooks, « FĂ©minisme, communautĂ©, rĂ©sistance », ChimĂšres, no 87,‎ , p. 114-122 (ISSN 0986-6035, lire en ligne Inscription nĂ©cessaire, consultĂ© le )
  • Silvana Condemi, « Ange blond et noirs dĂ©mons », LibĂ©ration,‎ , p. 22 (lire en ligne)
  • (en) Huub van Baar, « The Emergence of a Reasonable Anti-Gypsyism in Europe », dans Timofey Agarin (directeur), When Stereotype Meets Prejudice: Antiziganism in European Societies, Columbia University Press, , 280 p. (ISBN 9783838266886, lire en ligne), p. 27-44 (extrait en ligne)
  • (en) Dan Bilefsky, « Roma, Feared as Kidnappers, See Their Own Children at Risk », The New York Times,‎ , A1 (lire en ligne)
  • (en) Viviene E. Cree, Gary Clapton et Mark Smith, « Standing up to complexity: researching moral panics in social work », European Journal of Social Work, vol. 19,‎ , p. 354-367 (ISSN 1369-1457, DOI 10.1080/13691457.2015.1084271, lire en ligne, consultĂ© le )
  • (en) Damian Le Bas, « Gypsies, Roma and Travellers – and Jews Too? », Jewish Quarterly, vol. 62,‎ , p. 28-31 (ISSN 0449-010X, DOI 10.1080/0449010X.2015.1010390, lire en ligne, consultĂ© le )
  • (es) Estrella Israel-GarzĂłn et Ricardo Ángel Pomares-Pastor, « Indicadores de calidad para analizar la informaciĂłn televisiva sobre grupos minoritarios. El caso de “El ĂĄngel rubio” », Contratexto, no 24,‎ , p. 249-269 (ISSN 1993-4904, lire en ligne, consultĂ© le )

Articles connexes

Liens externes

MĂ©dias externes
Images
Portraits accolés de « l'Ange blond », sur le site du Times
Vidéos
(en) « 'Maria' dancing in Greek gypsy camp in September », , sur le site du Daily Mail
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