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Thomas Cochrane (10e comte de Dundonald)

Thomas Cochrane (n√© le √† Annesfield, Hamilton (√Čcosse) et d√©c√©d√© le √† Londres), 10e comte de Dundonald, est un amiral et homme politique britannique, √† la carri√®re √©maill√©e de controverses. Il est le mod√®le de nombreux h√©ros de romans sur la Royal Navy, parmi lesquels Horatio Hornblower, cr√©√© par C. S. Forester, et Jack Aubrey, personnage principal des romans de Patrick O'Brian et du film qui en a √©t√© tir√© en 2003, Master and Commander : De l'autre c√īt√© du monde.

Fils d'un comte √©cossais ruin√©, Thomas Cochrane entra tr√®s jeune dans la marine britannique. Tr√®s dou√©, il monta rapidement en grade et s'illustra aussi bien comme navigateur que comme tacticien. Cependant, sa nature hautaine lui valut des difficult√©s. Son premier vrai commandement, en 1800-1801, sur le brick HMS Speedy, lui permit de capturer plus de cinquante navires ennemis en un peu plus d'un an, dont une fr√©gate espagnole trois fois plus puissante, la Gamo. Il s'illustra ensuite en 1804-1806 avec la fr√©gate HMS Pallas. Son navire endommag√©, il s'engagea en politique, se pr√©sentant au parlement britannique sous l'√©tiquette ¬ę radical ¬Ľ. √Člu, il tenta de s'attaquer √† la corruption au Parlement et √† l'Amiraut√©. Il retrouva tr√®s vite un commandement en M√©diterran√©e, o√Ļ il ravagea les c√ītes fran√ßaises et espagnoles, en 1807-1808, √† bord de sa fr√©gate HMS Imperieuse. En , son utilisation des br√Ľlots √† la bataille de l'√ģle d'Aix aurait pu √™tre destructrice pour l'escadre fran√ßaise si son amiral avait r√©alis√© sa part du plan. Cochrane ne r√©ussit pas √† le faire condamner en cour martiale. Il revint alors au parlement pour tenter de r√©former le fonctionnement de l'Amiraut√©. Sa campagne porta ses fruits au cours des d√©cennies qui suivirent.

M√™l√© √† son insu √† une fraude boursi√®re organis√©e en 1814 par un de ses oncles, il fut chass√© de la Navy et du Parlement, condamn√© √† une amende et √† la prison. R√©√©lu alors qu'il √©tait emprisonn√©, il tenta de poursuivre sa carri√®re politique mais souffrit de plus en plus d'attaques et de rumeurs. Il accepta alors la proposition que lui firent les ¬ę patriotes chiliens ¬Ľ d'organiser et commander leur marine. Arriv√© √† Valpara√≠so en , il reprit la guerre de c√ītes √† laquelle il excellait. Ainsi, en , avec le militaire fran√ßais Jorge Beauchef, il attaqua et captura Valdivia. Il participa ensuite √† l'exp√©dition pour lib√©rer le P√©rou de 1820-1821. Il permit ainsi √† Jos√© de San Mart√≠n d'en proclamer l'ind√©pendance. √Ä nouveau, comme au Royaume-Uni, sa personnalit√© se heurta √† celles des hommes politiques. Il pr√©f√©ra partir plut√īt que de prendre parti dans la guerre civile qui s'annon√ßait au Chili. Il se mit alors dix-huit mois au service de Pierre Ier et de la marine br√©silienne.

À l'automne 1825, alors qu'il était de retour en Grande-Bretagne, il fut contacté par la Grèce insurgée. Il se fit payer très cher son engagement. Il fut essentiel dans la construction et la livraison du premier navire de guerre à vapeur de Méditerranée, la Kartería, qui rendit de grands services à la Grèce. Après avoir supervisé les constructions des navires qu'il avait commandés pour la Grèce, il arriva dans ce pays en . Sa réputation eut cependant plus d'efficacité que ses actions militaires. Il fut ainsi rendu responsable du désastre de Phalère. Il resta un peu plus d'un an en Grèce pour la quitter définitivement en .

De retour au Royaume-Uni, il réussit à obtenir du nouveau roi Guillaume IV et du gouvernement whig son pardon et sa réintégration dans la Royal Navy le . Il se lança alors dans la recherche scientifique et son application à la marine, principalement à vapeur. Il ne servit plus que rarement à bord d'un navire. De son commandement de l'escadre des Antilles à la fin des années 1840, il ramena l'idée d'utiliser l'asphalte pour recouvrir les rues. Il mourut chez lui en 1860 et est enterré dans l'abbaye de Westminster.

Biographie

Famille et éducation

Archibald Cochrane, le neuvième comte de Dundonald, père de Thomas Cochrane.

Thomas Cochrane √©tait le fils a√ģn√© d'Archibald Cochrane, le neuvi√®me comte de Dundonald (1748‚Äď1831), et de son √©pouse Anne Gilchrist (1755‚Äď1784). Il √©tait le neveu de l'amiral Alexander Forrester Inglis Cochrane et du membre du Parlement Andrew Cochrane-Johnstone. Archibald Cochrane, h√©rita surtout des dettes familiales. Il d√©pensa aussi beaucoup dans ses recherches chimiques. Il inventa pratiquement en m√™me temps que Nicolas Leblanc un proc√©d√© de fabrication de carbonate de sodium √† partir de sel. Finalement, ses associ√©s pr√©f√©r√®rent le proc√©d√© Leblanc et firent fortune sans lui. Il inventa aussi une catalyse facilitant la distillation de goudron de houille dont il d√©posa le brevet en 1781. Hormis l'√©clairage urbain, il envisagea d'utiliser son invention pour prot√©ger les coques des navires de bois. L'entreprise qu'il avait cr√©√©e ne fit la fortune de ses associ√©s qu'apr√®s sa mort. Il en fut de m√™me pour ses d√©couvertes chimiques pouvant servir √† l'industrie textile : il n'avait pas les moyens financiers de les appliquer. Thomas Cochrane avait au moins trois fr√®res : William Erskine Cochrane qui servit dans l'arm√©e britannique, Archibald Cochrane qui servit dans la Navy, et Basil Cochrane[1] - [2] - [3] - [4].

Les finances paternelles ne permettaient pas d'envoyer les fils dans un quelconque établissement scolaire. De même, Archibald Cochrane était trop occupé par ses recherches pour se soucier de l'éducation de ses fils. Ce fut donc la grand-mère maternelle de Thomas Cochrane, Mrs Gilchrist, qui finança le recrutement de toute une série de précepteurs, dont aucun ne fut apparemment très satisfaisant. Au-delà de quelques connaissances de base acquises de cette façon, il semble surtout que les fils Cochrane se fussent élevés seuls au grand air[4] - [5].

D√®s son plus jeune √Ęge, Thomas Cochrane √©tait destin√© √† l'arm√©e par son p√®re qui l'avait inscrit d√®s 1788 √† l'acad√©mie militaire Chauvet de Londres, o√Ļ il put rattraper les ann√©es d'√©ducation qu'il n'avait pas eues. Dans le m√™me temps, une charge d'officier au 104e r√©giment d'infanterie lui fut achet√©e, par l'interm√©diaire d'Andrew Cochrane-Johnstone. Par ailleurs, d√®s 1780, son autre oncle, Alexander Cochrane, l'inscrivit parmi les membres d'√©quipage du navire de guerre qu'il commandait, afin qu'il p√Ľt, le cas √©ch√©ant, se pr√©valoir des six ans de pr√©sence √† bord d'un navire n√©cessaires √† l'obtention d'un brevet d'officier de marine. Apr√®s avoir commenc√© son entra√ģnement militaire au 104e r√©giment, Thomas Cochrane d√©clara qu'il pr√©f√©rerait servir dans la marine et son p√®re finit par c√©der. Il semblerait que les probl√®mes financiers familiaux aient jou√© un r√īle dans cette d√©cision. Archibald Cochrane se rendit en effet compte qu'il ne pourrait acheter de brevet d'officier pour tous ses fils. On sait peu de choses de la vie du jeune Thomas dans les trois ans qui suivirent. Il semble qu'il soit retourn√© dans la maison familiale en √Čcosse o√Ļ il aurait avidement lu tous les livres lui tombant sous la main[1] - [4] - [6].

Thomas Cochrane avait donc tenu tête victorieusement à son père, un homme ruiné financièrement. Il acquit ainsi ses principaux traits de caractère : une très grande confiance en lui, un manque de respect pour toute autorité et une obsession pour l'argent afin de ne jamais en manquer[1].

Le , √† Annan, en √Čcosse, Thomas Cochrane √©pousa secr√®tement et civilement Katherine Corbett Barnes (1796 ? ‚Äď 1865), une jeune orpheline de seize ou dix-sept ans. Ils s'√©taient enfuis car la famille Cochrane esp√©rait faire faire un riche mariage √† l'h√©ritier du titre. Ce mariage secret et civil fut entach√© de doutes, tout comme la l√©gitimit√© de leur fils a√ģn√© Thomas Barnes Cochrane, lorsqu'il s'agit pour lui d'h√©riter du titre et de la fortune familiale. Les √©poux firent deux autres c√©r√©monies de mariage : l'une anglicane en et l'autre presbyt√©rienne en 1825. Katherine Cochrane accompagna plus tard son mari en Am√©rique latine, mais pas en Gr√®ce. Pendant qu'il combattait pour la Gr√®ce insurg√©e, Thomas Cochrane confia la gestion de ses affaires √† Lord Auckland. Celui-ci eut alors une liaison avec Katherine Cochrane. Le couple eut six enfants dont cinq survivants, quatre gar√ßons et une fille : Thomas Barnes Cochrane, capitaine de l'arm√©e britannique puis membre du Parlement (1814-1885), William Horatio Barnado Cochrane, officier du 92e Gordon Highlanders (1818-1900), Elizabeth Katherine Cochrane (-), Katherine Elizabeth Cochrane (1822?-1869), Sir Arthur Auckland Leopold Pedro Cochrane, amiral de la Royal Navy KCB (1824-1905), Ernest Gray Lambton Cochrane, capitaine de la Royal Navy et High Sheriff du comt√© de Donegal (1834-1911)[1] - [7] - [8] - [9].

Formation navale et guerres révolutionnaires

Thomas Cochrane rejoignit la Royal Navy le , √† bord de la fr√©gate de 6e rang HMS Hind que commandait son oncle. Il y fut l'√©l√®ve du premier lieutenant, sorti des rangs, John Larmour, surnomm√© Jack, gr√Ęce √† qui il devint un excellent marin, ayant fait le tour de tous les postes √† bord d'un navire. Ma√ģtre et √©l√®ve pass√®rent en octobre sur la fr√©gate de 5e rang HMS Thetis stationn√©e d'abord en mer du Nord puis en Atlantique Nord. Thomas Cochrane fut promu ¬ę acting-lieutenant ¬Ľ en , mais n'eut officiellement le grade de lieutenant que le , quand il eut ¬ę accompli ¬Ľ ses six ans r√©glementaires de service √† bord d'un navire pour devenir officier et eut r√©ussi l'examen requis. Il participa √† la capture de trois navires fran√ßais le long des c√ītes am√©ricaines durant l'√©t√© 1795. Il passa sur le vaisseau amiral en Atlantique nord HMS Resolution √† l'√©t√© 1796. Thomas Cochrane trouvait qu'il voyait peu d'action : les navires √©taient souvent √† l'ancre soit √† Halifax soit dans la baie de Chesapeake. Descendant parfois √† terre, il fut horrifi√© par la fa√ßon dont les esclaves noirs √©taient trait√©s dans les plantations am√©ricaines. Il fut ensuite nomm√© () sur les deux vaisseaux amiraux successifs de George Keith Elphinstone (¬ę Lord Keith ¬Ľ), la HMS Foudroyant puis la HMS Barfleur. L'escadre √©tait stationn√©e en M√©diterran√©e[1] - [10] - [11].

D√©j√† conscient de ses capacit√©s et peu respectueux de la discipline exigeante √† bord d'un navire de guerre, Thomas Cochrane se querella en avec le premier lieutenant Philip Beaver et fut traduit en cour martiale le pour irrespect. L'amiral Elphinstone, √©cossais comme lui et d√©sireux d'appareiller au plus vite, l'acquitta en lui conseillant d'√©viter √† l'avenir de se montrer trop ¬ę d√©sinvolte ¬Ľ. Il semble que l'influence familiale l'ait prot√©g√© √† ce moment-l√† comme tout au long du d√©but de sa carri√®re : on lui assura que la cour martiale n'aurait aucune cons√©quence pour lui. Cochrane continua √† servir sous les ordres d'Elphinstone en M√©diterran√©e (dont lors d'un blocus de Cadix emp√™chant la flotte fran√ßaise de Bruix de rejoindre une flotte espagnole). En , il passa √† bord de la HMS Queen Charlotte, le deuxi√®me plus grand navire de guerre britannique[1] - [12] - [13].

Thomas Cochrane participa alors √† la bataille du convoi de Malte du et √† la capture du vaisseau de ligne fran√ßais le G√©n√©reux qu'il fut charg√© de convoyer jusqu'√† la base britannique de Mah√≥n, avec son jeune fr√®re Archibald sous ses ordres. Il s'illustra lors de cette mission, r√©ussissant √† amener √† bon port un navire tr√®s endommag√© par gros temps avec un √©quipage compos√© de malades et des bless√©s lors de la bataille. Cela lui valut son propre commandement, le , pour lequel Lord Keith le recommanda d√®s le , celui du brick HMS Speedy (158 tonneaux, quatorze canons de quatre livres et 90 hommes d'√©quipage), avec le grade de ¬ę commander ¬Ľ[1] - [14] - [15].

Le commandement de la Speedy √©tait crucial pour Thomas Cochrane s'il voulait obtenir le grade de captain ou, au moins, de ¬ę post-captain ¬Ľ qui le pla√ßait dans le ¬ę tableau d'avancement ¬Ľ des capitaines o√Ļ sa carri√®re se ferait automatiquement, √† l'anciennet√©. Sa premi√®re capture fut un petit corsaire fran√ßais de six canons au large de Montecristo le alors qu'il escortait un convoi de Malte √† Livourne. Le , Lord Keith lui donna carte blanche pour harceler tout navire ennemi. La marine espagnole envoya une fr√©gate √† la poursuite du navire de Cochrane. Il r√©ussit longtemps √† lui √©chapper, ayant transform√© la Speedy pour la faire ressembler √† un navire marchand danois. Finalement rejoint en , il √©vita d'√™tre abord√© en montant le pavillon signalant une peste √† bord. La Speedy fit ensuite rel√Ęche √† Malte le . Cochrane en profita pour causer un scandale lors d'un bal costum√© et pour se battre en duel avec un officier √©migr√© fran√ßais avant de reprendre la mer d√®s le lendemain. Le , la Speedy rencontra la fr√©gate de type ch√©bec espagnole El Gamo (600 tonneaux, 32 canons, 319 hommes d'√©quipage). Bien que son √©quipage ait √©t√© r√©duit √† 54 hommes, Cochrane ne pouvait √† nouveau avoir recours √† ses ruses de l'ann√©e pr√©c√©dente, qui lui avaient d'ailleurs √©t√© reproch√©es. Ses capacit√©s de manŇďuvre et de commandement lui permirent de remporter un combat naval disproportionn√© et de s'emparer du Gamo. Il ramena sa prise √† Mah√≥n o√Ļ il ne put cependant se faire reconna√ģtre ses parts de prise √† leur juste valeur[1] - [16] - [17].

Le , la brillante carri√®re de la Speedy (en treize mois : capture de 53 navires, 122 canons et 534 prisonniers) se termina quand elle rencontra trois vaisseaux de ligne fran√ßais command√©s par l'amiral Charles Alexandre L√©on Durand de Linois. Thomas Cochrane les attaqua, croyant avoir affaire √† des navires espagnols de transport revenant d'Am√©rique latine. Lorsqu'il comprit son erreur, il √©tait trop tard : de chasseur, il √©tait devenu proie. Apr√®s un combat o√Ļ il fit √† nouveau preuve de ses capacit√©s, Cochrane dut finalement se rendre. Sa bravoure lui valut le droit de conserver son √©p√©e, une fois prisonnier. Ce fut donc √† bord du Desaix qu'il assista √† la victoire de James Saumarez lors de la Bataille d'Alg√©siras. Cochrane fut √©chang√© le contre un prisonnier fran√ßais. Il fut alors traduit en cour martiale pour la perte de la Speedy. Il fut acquitt√© avec les honneurs et promu au grade de ¬ę post-captain ¬Ľ (capitaine) le . Il demanda alors la promotion de son premier lieutenant William Parker. John Jervis, comte de St Vincent, First Lord of the Admiralty, la lui refusa, pr√©textant le peu de pertes de la Speedy. Comme √† son habitude, Cochrane r√©pondit de fa√ßon brusque et sans respect pour la hi√©rarchie, que les pertes sur le vaisseau amiral lors de la bataille du cap Saint-Vincent, qui avait valu son titre de comte √† Jervis, avaient √©t√© inf√©rieures √† celle de la Speedy, ce qui n'avait pas emp√™ch√© que de grandes r√©compenses aient √©t√© distribu√©es. Par ailleurs, Thomas Cochrane avait √©t√© promu jeune. Il voyait alors d'autres officiers acc√©der au grade de ¬ę post-captain ¬Ľ. Or, plus anciens que lui, ils lui passaient devant dans la liste d'avancement. Tant qu'il √©tait sans navire, il √©tait en demi-solde. Il commen√ßa √† croire que l'Amiraut√©, ou des personnes influentes √† l'Amiraut√©, lui en voulaient personnellement. Apr√®s s'en √™tre pris publiquement √† Lord St Vincent, il s'attaqua √† toute l'institution[1] - [18] - [19].

Guerres napoléoniennes et débuts politiques

Thomas Cochrane en 1807.

Thomas Cochrane ne pouvait donc pas rapidement retrouver de commandement, pour deux raisons : d'abord la paix d'Amiens et surtout le fait qu'il se retrouv√Ęt en bas de la liste d'attente. Il d√©cida d'entrer en politique, en se pr√©sentant pour devenir membre du Parlement britannique pour l'√Čcosse. Conscient des limitations de son √©ducation, il s'inscrivit √† l'universit√© d'√Čdimbourg, en chimie et en philosophie morale, o√Ļ il suivit entre autres les cours de Dugald Stewart. Ce dernier pourrait avoir eu une influence quant au choix du radicalisme que fit Cochrane lorsqu'il entra finalement en politique. Plus vieux que ses condisciples, il les fr√©quenta peu[1] - [20] - [21].

De l’Arab à la Pallas

Lorsque la guerre reprit, Thomas Cochrane demanda un navire √† St Vincent qui n'avait pas oubli√© son insubordination r√©cente. Le First Lord of the Admiralty lui accorda finalement en un ancien navire corsaire fran√ßais captur√©, la HMS Arab. Il patrouilla d'abord en mer d'Irlande. En , il eut pour ordre de rejoindre Lord Keith qui faisait le blocus de Boulogne-sur-Mer pour emp√™cher le d√©part de l'arm√©e des c√ītes de l'Oc√©an du camp de Boulogne. Cochrane ne cessait de se plaindre de la mauvaise qualit√© et du mauvais √©tat de son navire qu'il disait naviguer comme une botte de foin. Ainsi, le , elle entra en collision avec le brick Bloodhound et trois jours plus tard avec l‚ÄôAbundance. Cochrane demanda une cour martiale pour se justifier mais elle lui fut refus√©e. Il arraisonna en f√©vrier le navire am√©ricain Chatham entra√ģnant une protestation de l'ambassadeur James Monroe et donc un incident diplomatique. Lord Keith l'envoya alors patrouiller les Orcades pour y prot√©ger les p√™cheurs[1] - [22] - [23].

En 1804, Lord Melville, un √Čcossais, lointain parent de Cochrane, devint First Lord of the Admiralty du gouvernement Pitt. Cochrane obtint le commandement de la HMS Pallas, une fr√©gate flambant neuve de trente-huit canons, stationn√©e dans les A√ßores, sur la route des navires espagnols revenant d'Am√©rique latine charg√©s d'or. Cependant, l'app√Ęt du gain en parts de prise ne suffit pas pour recruter un √©quipage et en , Cochrane eut recours √† la presse, malgr√© l'interdiction formul√©e par le maire de Plymouth. Le lieutenant de Cochrane fut arr√™t√© et mis √† l'amende tandis que le capitaine lui-m√™me fut poursuivi pour violences aggrav√©es. Il n'√©chappa √† l'arrestation que parce qu'il appareilla le . Les avocats de l'Amiraut√© r√©gl√®rent le probl√®me judiciaire[1] - [24] - [25].

Thomas Cochrane s'illustra √† nouveau, capturant de f√©vrier √† de nombreux et riches navires espagnols ou d√©jouant par la ruse une escadre fran√ßaise, puis escortant des convois dans l‚ÄôAtlantique. Cette ann√©e 1805, sa part personnelle des captures de la Pallas s'√©leva √† 75 000 ¬£[N 1]. Le montant total de ses parts de prise, au cours de sa courte carri√®re, fut le plus √©lev√© de toute l'histoire de la Navy. Au printemps 1806, il patrouilla le golfe de Gascogne sous les ordres de l'amiral Edward Thornbrough. Le , √† l'entr√©e de l'estuaire de la Gironde, la Pallas affronta quatre corvettes fran√ßaises, en for√ßant trois √† s'√©chouer et capturant la quatri√®me, la Tapageuse. √Ä nouveau, les parts de prise ne lui furent pas reconnues, Thornbrough √©tant un proche de St Vincent qui avait quant √† lui retrouv√© son poste √† l'Amiraut√©. √Ä la fin du mois, Cochrane fut envoy√© en reconnaissance le long de la c√īte fran√ßaise, principalement autour du Pertuis d'Antioche o√Ļ se prot√©geait une partie de la flotte fran√ßaise. La facilit√© avec laquelle il put s'approcher la nuit lui fit sugg√©rer √† l'Amiraut√© le plan qu'il proposa √† nouveau en 1809 pour la bataille de l'√ģle d'Aix. Il commen√ßa aussi √† mettre sur pied sa technique de ¬ę guerre de c√ītes ¬Ľ : succession de raids ou de bombardements contre des installations terrestres ennemies (phares, s√©maphores ou batteries c√īti√®res). Le , il affronta et d√©fit la fr√©gate Minerve et ses trois bricks de soutien. Il ne put effectuer la capture quand deux autres fr√©gates fran√ßaises vinrent au secours de la Minerve. Endommag√©e, la Pallas fut remorqu√©e jusqu'√† Plymouth[1] - [26] - [27] - [28].

Au Parlement britannique

√Ä terre, Thomas Cochrane en profita pour se pr√©senter au parlement britannique en . Il choisit de se pr√©senter √† une l√©gislative partielle dans la circonscription de Honiton dans le Devon, un des ¬ę rotten boroughs ¬Ľ les plus pourris. Son but √©tait d'assister le radical William Cobbett dans sa lutte contre la corruption √©lectorale. Cependant, pour les √©v√©nements qui suivirent, la r√©alit√© politique diff√®re de ce que Cochrane raconta plus tard dans ses M√©moires. Selon lui, il refusa de payer pour acheter son √©lection, comme c'√©tait la r√®gle dans un rotten borough. Il perdit donc les √©lections. Pour r√©compenser ses √©lecteurs, il leur offrit √† chacun la somme de dix guin√©es[N 2]. En octobre, lors des √©lections suivantes dues √† la d√©mission du gouvernement, il fut donc √©lu sans aucune difficult√©, les √©lecteurs s'attendant √† recevoir chacun dix guin√©es. Il se refusa aussi √† offrir les divers ¬ę cadeaux ¬Ľ habituels aux √©lecteurs dont le co√Ľt total s'√©levait √† ¬£1 200. En r√©alit√©, lors de l'√©lection de juin (perdue 124 voix contre 259 voix), il se contenta d'offrir un festin aux habitants. Mais, en octobre, lors de la campagne √©lectorale, conduite par son √©quipage, il acheta chaque vote pour lui dix guin√©es. En fait, il n'en aurait pas eu besoin car il s'av√©ra qu'il n'y avait que deux candidats pour deux si√®ges[1] - [29] - [30] - [31].

Frederick Marryat.

√Člu, Thomas Cochrane ne put si√©ger imm√©diatement, car d√®s le , il appareilla avec la HMS Imperieuse, une fr√©gate de trente-huit canons, plus grande et plus rapide que la Pallas, captur√©e √† la marine espagnole o√Ļ elle portait le nom de Medea. Il y avait √©t√© transf√©r√© avec une bonne partie de son ancien √©quipage. Parmi les nouveaux marins se trouvait le fils de William Cobbett ou, avec le grade d'aspirant, Frederick Marryat qui, plus tard dans ses romans, s'inspira de Cochrane pour certains personnages. L'ordre d'appareiller avait √©t√© donn√© alors que le navire n'√©tait pas tout √† fait pr√™t et r√©p√©t√© si fortement que Cochrane ne put qu'ob√©ir. Il consid√©ra que l'amiral Young qui commandait Plymouth lui en voulait personnellement. En fait, l'amiral avait des ordres pour faire sortir le plus de navires possible. La fr√©gate participa avec l'escadre de l'amiral Keats √† la surveillance du golfe de Gascogne jusqu'en . Marryat raconta divers √©pisodes de cette mission : l'√©chouage sur un r√©cif d√Ľ √† du fer laiss√© pr√®s du compas lors du d√©part pr√©cipit√© ou l'abandon en pleine mer d'un marine tomb√© par-dessus bord, Cochrane consid√©rant qu'une tentative de sauvetage mettrait en danger plus d'hommes. L'action la plus importante, hormis les captures et destructions de navires ennemis, fut l'attaque de Fort Roquette qui prot√©geait l'entr√©e du bassin d'Arcachon, mais il avait √©t√© abandonn√© par ses d√©fenseurs. Il fut d√©truit. L‚ÄôImperieuse avait cependant des probl√®mes de gouvernail li√©s au fait qu'elle n'√©tait pas tout √† fait pr√™te √† appareiller quand elle dut quitter Plymouth. Elle rentra pour r√©parations[1] - [32] - [33].

De retour en Grande-Bretagne, Cochrane demanda √† √™tre remplac√© pour des raisons de sant√© √† bord de l‚ÄôImperieuse. Celle-ci repartit donc sans lui mi-avril. √Ä la fin du mois, le gouvernement d√©missionna et de nouvelles l√©gislatives furent organis√©es. Plut√īt que de rester √† Honinton, Cochrane, sur les conseils de Cobbett, se pr√©senta, sans √©tiquette bien qu'il ait √©t√© tr√®s vite consid√©r√© comme un radical, aux l√©gislatives pour la circonscription de Westminster, tr√®s d√©mocrate et d√©mocratique avec ses 11 000 √©lecteurs et tr√®s symbolique car au cŇďur de Londres. Pendant la campagne, il d√©non√ßa les pratiques frauduleuses de l'amiraut√©, accusant par exemple St Vincent d'√©changer des brevets d'officier contre des votes ainsi que de favoritisme dans l'attribution des parts de prise. Il d√©non√ßa aussi les d√©penses inutiles de l'amiraut√©. Il appela aussi √† une r√©forme du syst√®me √©lectoral, bas√©e sur son exp√©rience √† Honinton. Il fut √©lu avec 3 708 voix, ainsi que l'autre candidat radical Francis Burdett avec 5 134 voix. Les deux hommes qui avaient √©t√© d'√Ępres rivaux pendant la campagne devinrent rapidement amis. La session parlementaire commen√ßa le . D√®s le , Cochrane demanda une enqu√™te parlementaire sur le poids des pensionn√©s du gouvernement √† la chambre des Communes, un autre de ses th√®mes de campagne. L'enqu√™te fut refus√©e. Il demanda trois jours plus tard une enqu√™te sur les d√©penses de l'Amiraut√©, en visant principalement St Vincent ainsi que Young, mais aussi sur les conditions de vie des marins √† bord, des bless√©s et des malades. Elle fut √† nouveau refus√©e. Avant la fin du mois de juillet, Cochrane qui s'√©tait fait de tr√®s nombreux ennemis fut renvoy√© √† bord de l‚ÄôImp√©rieuse et se vit ordonner d'escorter un convoi jusqu'√† Malte puis de rejoindre l'amiral Cuthbert Collingwood en M√©diterran√©e. Le scandale politique fut tel que ses √©lecteurs organis√®rent une immense manifestation et lui accord√®rent un cong√© politique illimit√©. Il put ainsi conserver son si√®ge[1] - [27] - [34] - [35].

L‚ÄôImperieuse et la bataille de l'√ģle d'Aix

Cuthbert Collingwood, tableau de Henry Howard au Greenwich Hospital.

En route, l‚ÄôImperieuse arraisonna une polacre corsaire maltaise. Une m√©sentente des deux c√īt√©s d√©g√©n√©ra et fit trois morts et une trentaine de bless√©s. Jug√© √† Malte en , Cochrane fut consid√©r√© responsable. Cet √©pisode renfor√ßa sa conviction que la justice de l'Amiraut√© √©tait corrompue. Collingwood envoya Thomas Cochrane surveiller l'entr√©e de l'Adriatique depuis Corfou. Cependant, son attitude tr√®s stricte, principalement vis-√†-vis du commerce et de la contrebande le fit se heurter √† ses coll√®gues. Ainsi, le capitaine Campbell vendait des laissez-passer √† des navires marchands qui sinon auraient constitu√© de belles prises. Cochrane consid√®re dans ses M√©moires que Campbell √©tait responsable du fait qu'il n'ait pas eu le commandement de l'escadre de l'Adriatique. Il fut rappel√© par son amiral[1] - [27] - [36] - [37].

Collingwood l'envoya en ¬ę harceler les c√ītes espagnoles et fran√ßaises d√®s que l'occasion se pr√©sentait[N 3] ¬Ľ. C'√©tait une chose dans laquelle Cochrane excellait. L'amiral utilisait l√† son commandant au mieux de ses capacit√©s. Il arraisonna ou coula des navires fran√ßais et espagnols. Marryat raconte ainsi la prise d'un corsaire et des bricks marchands fran√ßais, en plein jour, en huit minutes dans le port d'Almer√≠a, suivi du bombardement des batteries c√īti√®res. Dans un rapport de Collingwood sont d√©taill√©es les prises de son escadre entre le et le : la majorit√© de ses navires avaient captur√© deux ou trois vaisseaux ennemis ; un capitaine en avait captur√© dix, un autre onze. Cochrane en avait captur√© vingt-neuf. Cochrane attaqua aussi et d√©truisit des petits garde-c√ītes, des d√©fenses portuaires, des phares, etc. L'id√©e √©tait de d√©truire les installations √† terre qui soutenaient les mouvements ennemis en mer. √Ä partir de , en raison du soul√®vement espagnol contre Napol√©on, les ordres chang√®rent. Cochrane avait pour mission de soutenir de toutes les fa√ßons possibles les Espagnols contre les Fran√ßais. Le long des c√ītes fran√ßaises et catalanes, la fr√©gate d√©truisit ponts, routes, d√©p√īts et surtout tout le syst√®me de s√©maphores. Il transporta aussi des troupes espagnoles. En juillet, il aida √† la prise du ch√Ęteau de Mongat sur la route de Barcelone √† G√©rone, tout en sauvant la garnison fran√ßaise du massacre par les insurg√©s espagnols. En ao√Ľt, la capture du s√©maphore d'Aigues-Mortes lui permit de s'emparer des livres de code. Les Britanniques purent d√®s lors d√©coder les messages fran√ßais. En septembre, l‚ÄôImperieuse re√ßut six caisses de fus√©es Congreve que Collingwood voulait tester en mer. Cochrane avait rencontr√© William Congreve qui l'avait aid√© √† am√©liorer son artillerie. Il s'√©tait montr√© int√©ress√© par les fus√©es qui, sans recul, lui semblaient √™tre id√©ales pour attaquer des installations terrestres depuis un navire. Il les testa, sans grande r√©ussite d√®s le contre La Ciotat puis contre S√®te le . En novembre, avec la HMS Meteor et la HMS Fame, l‚ÄôHMS Imperieuse de Cochrane apporta son soutien au fort de Trinidad qui prot√©geait la ville de Roses assi√©g√©e par l'arm√©e fran√ßaise. Quand le fort allait tomber, il √©vacua la garnison espagnole et le d√©truisit avant que les Fran√ßais s'en emparent[1] - [27] - [38] - [39].

Carte de la rade des Basques.

Au printemps 1809, √† peine rentr√© √† Plymouth, Thomas Cochrane fut imm√©diatement convoqu√© √† l'Amiraut√© √† la demande de Lord Mulgrave, le nouveau First Lord of the Admiralty, pour mettre sur pied un plan pour attaquer une escadre fran√ßaise assembl√©e dans la Rade des Basques. Cochrane connaissait la baie et avait d√©j√† conseill√© d'y attaquer la flotte fran√ßaise. Il sugg√©ra comme en 1806 l'utilisation de br√Ľlots contre l'avis de l'amiral Gambier qui refusa aussi d'accepter l'estimation de Cochrane des d√©fenses fran√ßaises. Cochrane affirmait, avec raison, que les batteries c√īti√®res √©taient en mauvais √©tat et incapables de d√©fendre l'escadre √† l'ancre. Gambier pr√©tendait, √† tort, qu'elles √©taient formidables. L'id√©e de Cochrane √©tait de cr√©er le chaos dans la flotte fran√ßaise pour l'obliger √† s'√©chouer ; elle constituerait alors une cible facile. Il consid√©rait aussi qu'elle ne pourrait s'enfuir en remontant la Charente alors que Gambier l'affirmait. Le plan de Cochrane fut approuv√© et Lord Mulgrave lui demanda, √©tant √† ses yeux son commandant le plus exp√©riment√©, de le r√©aliser. Le jeune commander refusa d'abord, √† la surprise g√©n√©rale, et fit remarquer que cela cr√©erait des probl√®mes, ce qui fut le cas. Il savait aussi qu'en cas d'√©chec, ce serait le jeune officier qui serait bl√Ęm√© et pas les amiraux. Il √©tait enfin √©puis√© par sa campagne pr√©c√©dente. L'ordre de l'Amiraut√© fut r√©it√©r√© et Cochrane ne put refuser. Il partit, suivi de douze br√Ľlots, cinq bombardes et deux transports charg√©s de fus√©es Congreve et d'artillerie de marine, sous la supervision de William Congreve lui-m√™me[1] - [40] - [41].

Gambier : ¬ę Moab my wash pot, my shoe, o'er Edom I will throw ¬Ľ (parodie du psaume 60 (59) : ¬ę Moab est le bassin o√Ļ je me lave ! / sur √Čdom, je jette ma sandale ¬Ľ)Marin : ¬ę Your shoe won't do for the French Fleet. I think we had better throw some shells your Honor ¬Ľ (¬ę Votre chaussure ne fera rien √† la flotte fran√ßaise. Je crois qu'on ferait mieux de leur lancer quelques boulets, votre Honneur ¬Ľ)Cochrane : ¬ę Why Admiral? Damn their Eyes they'll escape if we don't make haste. ¬Ľ (¬ę Pourquoi, Amiral ? Ces maudits vont s'√©chapper si on ne se d√©p√™che pas. ¬Ľ)Chapelain : ¬ę Oh the wicked Dog he has put us quite out, he is insensible of the beauties of Divine Poetry) ¬Ľ (¬ę Oh, le m√©chant chien, il est insensible √† la beaut√© de la Po√©sie Divine ¬Ľ)Sur le sol, aux pieds de Gambier, se trouvent des fus√©es Congreve inusit√©es.
Caricature symbolisant l'inaction de Gambier √† la bataille de l'√ģle d'Aix.

Le , Thomas Cochrane fit p√©n√©trer son Imperieuse dans la rade pour une reconnaissance. Il tira sur les batteries c√īti√®res sans qu'elles ripostent, puis sur l'escadre fran√ßaise qui riposta lentement et mal. Il fut alors persuad√© que son plan fonctionnerait. Il d√©cida Gambier √† avancer l'attaque : plut√īt que d'attendre les br√Ľlots encore en route, sept transports furent convertis sur place en br√Ľlots et quatre en navires explosifs (des bombes flottantes). Les br√Ľlots arriv√®rent finalement le . Cochrane disposait donc de dix-neuf br√Ľlots, quatre navires explosifs et des bombardes. La bataille de l'√ģle d'Aix commen√ßa au soir du , avec une houle et un vent forts. Cochrane r√©ussit √† mener ses br√Ľlots au cŇďur de la flotte fran√ßaise et √† y semer le d√©sordre, m√™me si, √† cause du vent, les m√®ches br√Ľl√®rent tr√®s vite et les navires explosifs explos√®rent trop t√īt ou les br√Ľlots s'enflamm√®rent trop t√īt pour √™tre tout √† fait aussi efficaces que pr√©vu. La flotte fran√ßaise s'√©tait aussi pr√©par√©e √† ce type d'attaque et s'√©tait amarr√©e en cons√©quence, mais elle ne croyait pas que l'attaque aurait lieu par un aussi gros temps. Navires explosifs et br√Ľlots firent moins de d√©g√Ęts que pr√©vu, mais ils sem√®rent le chaos dans l'escadre fran√ßaise. Pouss√©s par le vent et la mar√©e, les navires fran√ßais, apr√®s avoir coup√© leurs amarres, all√®rent s'√©chouer comme pr√©vu. Cependant, au matin du , l'amiral Gambier ne r√©alisa pas sa partie du plan et n'attaqua pas les vaisseaux fran√ßais vuln√©rables. Revenu √† bord de son Imperieuse, Cochrane tenta de le faire seul, avant que Gambier consent√ģt √† lui envoyer quelques navires : une bombarde, quatre bricks puis, au compte-gouttes deux vaisseaux de ligne de 74 canons et cinq fr√©gates. En fin de journ√©e, deux autres vaisseaux de ligne arriv√®rent quand Gambier fut d√©finitivement convaincu que sa flotte ne risquait rien. Le , une douzaine de navires britanniques, dont le plus grand √©tait l‚ÄôImperieuse poursuivaient le duel d'artillerie avec les navires fran√ßais dans la baie. Le , il ne restait plus que l‚ÄôImperieuse qui se retira quand les navires fran√ßais √©chou√©s se renflou√®rent gr√Ęce √† la mar√©e. Au total, cinq navires fran√ßais ¬ę seulement ¬Ľ furent d√©truits, dont deux par leur √©quipage car ils ne pouvaient √™tre renflou√©s. Les Fran√ßais avaient eu 200 tu√©s et 650 prisonniers, les Britanniques dix morts et trente-sept bless√©s. Malgr√© tout, la bataille de l'√ģle d'Aix est consid√©r√©e comme l'apog√©e de la carri√®re de Cochrane dans la Royal Navy. De retour avec la flotte, Cochrane fit entendre sa fa√ßon de penser √† son amiral. Il fut renvoy√© en Grande-Bretagne[1] - [42] - [43].

Retour au Parlement et engagement radical

Thomas Cochrane fut r√©compens√© de sa victoire en √©tant fait Chevalier grand-croix de l'ordre du Bain, le second capitaine, apr√®s Lord St Vincent, √† obtenir cet honneur. Il informa imm√©diatement Lord Mulgrave que si un vote de remerciements √©tait propos√© pour Lord Gambier √† la Chambre des Communes, il voterait contre. Gambier contre-attaqua en demandant une cour martiale. Cochrane fit alors diverses erreurs tactiques qui permirent √† Gambier d'√™tre acquitt√© avec les honneurs en ao√Ľt 1809 puis d'obtenir un vote de remerciements des Communes en . Inversement, la cour martiale reconnut Cochrane coupable de diffamation d'un officier sup√©rieur. Sa r√©putation en souffrit. Les autres amiraux furent satisfaits de cette le√ßon donn√©e √† un jeune capitaine ayant manqu√© de respect √† un sup√©rieur. Ses id√©es et ses amis politiques radicaux furent aussi inclus dans les critiques[1] - [27] - [44] - [45].

Thomas Cochrane soumit √† l'automne 1809 un plan pour d√©truire, plus ou moins comme pour la rade des Basques, la flotte fran√ßaise dans l'estuaire de l'Escaut. Devant le refus de l'Amiraut√©, il demanda √† regagner son commandement. Cela lui fut √† nouveau refus√©. Il recommen√ßa alors ses activit√©s politiques aux Communes et redevint vite embarrassant. D√©but , il se fit encore remarquer lorsqu'il vint pr√™ter main-forte √† son coll√®gue d√©put√© de Westminster, Francis Burdett. Celui-ci, accus√© d'outrage √† la Chambre des Communes, devait √™tre arr√™t√© et conduit √† la Tour de Londres. Les deux hommes se barricad√®rent au domicile de Burdett et r√©sist√®rent pendant deux jours aux assauts de l'arm√©e. Il lui fut donc ordonn√© de rejoindre son poste en M√©diterran√©e. Cochrane refusa, se mit en demi-solde et poursuivit ses attaques politiques au Parlement. Sur le long terme, elles port√®rent leurs fruits, faisant dispara√ģtre la plus grande partie de la corruption de l'Amiraut√©. Cependant, sur le court terme, elles furent plus probl√©matiques. Cochrane √©tait tr√®s (trop ?) virulent et agressif dans ses discours et il se faisait beaucoup d'ennemis parmi ceux qu'il attaquait ou ceux qui subissaient les cons√©quences de ses d√©nonciations, comme les pensionn√©s de l'Amiraut√©. Ainsi, alors qu'il √©tait √† Malte en pour y enqu√™ter sur les malversations de l'Amiraut√©, il y fut arr√™t√© et emprisonn√© au pr√©texte qu'il aurait vol√© un document officiel. Les autorit√©s locales organis√®rent son d√©part discret lorsque les marins aupr√®s de qui il √©tait tr√®s populaire se firent mena√ßants. Son √©vasion, telle que racont√©e dans ses M√©moires, fut rocambolesque : ge√īliers saoul√©s, barreaux sci√©s et corde pour descendre le long du mur[1] - [27] - [46] - [47].

Thomas Cochrane profita de son temps √† terre, ainsi que des connaissances qu'il avait acquises aupr√®s de son p√®re, excellent chimiste, pour mettre au point un plan pour d√©truire les flottes fran√ßaises. En effet, celles-ci ne sortaient plus de l'abri de leurs ports, n'√©tant pas de taille √† affronter les flottes britanniques. Cependant, les Britanniques ne pouvaient pas non plus les attaquer. Le plan fut √©tudi√© et approuv√© par une commission constitu√©e du Prince-R√©gent, du duc d'York, de Lord Keith, de Lord Exmouth et de William Congreve, mais elle refusa qu'il f√Ľt r√©alis√©, pour des raisons humanitaires. L'id√©e de Cochrane √©tait de bombarder les ports avec du soufre enflamm√©[1] - [48] - [49].

Scandale et disgr√Ęce

La r√©putation de Thomas Cochrane √©tait alors telle qu'il √©tait consid√©r√© comme un ¬ę nouveau Nelson ¬Ľ dont la seule pr√©sence permettrait une rapide victoire. Diverses rumeurs coururent en 1812 et 1813 sur son retour au service actif. Fin 1813, Thomas Cochrane fut nomm√© flag captain du HMS Tonnant, le navire amiral de la flotte que commandait son oncle Alexander Cochrane dans l'Atlantique nord dans le cadre de la guerre anglo-am√©ricaine. Son exp√©rience de guerre navale c√īti√®re allait √™tre √† nouveau mise √† profit. En et , il se partageait entre les chantiers navals de Chatham o√Ļ son navire √©tait en pr√©paration et une manufacture de l‚ÄôEast End de Londres o√Ļ il faisait fabriquer une ¬ę lampe de convoi ¬Ľ qu'il venait d'inventer[N 4] - [1] - [50] - [51].

Cependant, il ne put rejoindre son poste √† cause des manŇďuvres frauduleuses d'un autre de ses oncles, Andrew Cochrane-Johnstone. Ce dernier, ruin√©, se livra le √† une sp√©culation boursi√®re frauduleuse avec son complice Charles Random de B√©renger, un √©migr√© fran√ßais[N 5]. Celui-ci, d√©guis√© en aide de camp de William Cathcart, ambassadeur en Russie, parcourut la route entre Douvres et Londres, en annon√ßant partout la d√©faite et la mort de Napol√©on Ier. Les bons du Tr√©sor britanniques flamb√®rent dans la journ√©e, avant de s'effondrer quand la rumeur fut d√©mentie. Dans l'intervalle, Andrew Cochrane-Johnstone avait r√©alis√© un b√©n√©fice de 4 931 ¬£[N 6]. Thomas Cochrane se retrouva m√™l√© au scandale sur plusieurs plans[1] - [52] - [53] - [54].

Caricature du : ¬ę Things as they have been. Things as they now are. ¬Ľ : ¬ę Les choses telles qu'elles √©taient. Les choses telles qu'elles sont d√©sormais. ¬Ľ.
√Ä gauche, l'h√©ro√Įque capitaine en uniforme de la Navy, son navire au fond, la liste de ses victoires √† ses pieds.
À droite, le civil disgracié, entouré des murs de sa prison, son épée brisée, son Ordre du Bain et son grade perdus à ses pieds.

Il semblerait que Thomas Cochrane et son agent de change (qui √©tait aussi celui de son oncle) aient profit√© financi√®rement de la sp√©culation frauduleuse (le b√©n√©fice de Thomas Cochrane s'√©levait √† 2 000 ¬£), mais sans forc√©ment en avoir √©t√© inform√©s. Par ailleurs, arriv√© √† Londres, Charles Random de B√©renger se rendit chez Thomas Cochrane, absent, pour se changer. Les deux hommes se connaissaient : B√©renger, tireur d'√©lite, √©tait instructeur de l'infanterie de marine de la flotte d'Alexander Cochrane ; il aidait aussi Thomas Cochrane √† la mise au point de sa ¬ę lampe de convoi ¬Ľ. B√©renger enleva l'uniforme rouge qu'il avait usurp√© pour reprendre son uniforme vert puis quitta la maison de Thomas Cochrane en empruntant √† ce dernier des habits civils. D√©couvrant la fraude, celui-ci en informa les autorit√©s. Random de B√©renger fut arr√™t√©, Thomas Cochrane aussi, ainsi que divers autres. Les accus√©s furent traduits en justice les 8 et [1] - [52] - [53] - [54].

Les circonstances √©taient contre Thomas Cochrane. Sa r√©putation et son caract√®re le desservirent. Ses partisans ajoutent que le proc√®s ne fut pas juste. Le juge et Lord Chief Justice Lord Ellenborough √©tait aussi un membre du parlement tory, tr√®s oppos√© aux radicaux (il avait d√©j√† envoy√© Cobbett en prison). L'avocat de l'Amiraut√© √©tait celui qui avait d√©fendu Gambier lors de sa cour martiale. Tous les accus√©s furent reconnus coupable. Andrew Cochrane-Johnstone n'attendit pas, il s'enfuit avec la somme qu'il avait gagn√©e. Le , Thomas Cochrane fut condamn√© √† 1 000 ¬£ d'amende[N 7], √† une heure de pilori et √† un an de prison. Il fut imm√©diatement emprisonn√©. Il fut en plus ray√© des cadres de la marine le et exclu de l'Ordre du Bain le . Plus t√īt, le , il avait √©t√© d√©mis de son si√®ge de d√©put√©[N 8]. Il fut r√©√©lu par acclamation dans sa circonscription de Westminster d√®s le . Ses √©lecteurs le consid√©raient innocent et annonc√®rent leur intention de lui apporter leur soutien lors de son heure de pilori. Il en fut graci√© afin d'√©viter une √©meute[1] - [55] - [56] - [57].

Thomas Cochrane poursuivit Ellenborough de sa vindicte tout le reste de sa vie, m√™me apr√®s la mort du juge. D√®s le , il proposa au parlement une motion demandant sa r√©vocation. Elle ne fut pas accept√©e. Il la proposa √† nouveau, tous les ans, tout au long de sa carri√®re parlementaire. Dans ses M√©moires, il revient sur le proc√®s qu'il consid√©rait comme ¬ę politique ¬Ľ. La controverse se poursuivit aussi apr√®s la mort de Cochrane. Les descendants du juge publi√®rent plusieurs ouvrages pour r√©habiliter la m√©moire de leur anc√™tre, face aux attaques de celui qui √©tait devenu un immense h√©ros dans la vraie vie et dans la litt√©rature, face aussi aux attaques des premiers biographes de Cochrane qui prirent tous son parti. Le cas fut r√©guli√®rement √©tudi√© tout au long du XIXe si√®cle par de nombreux hommes de loi ainsi que par trois lords chanceliers. La plupart du temps[N 9], il a √©t√© conclu que Cochrane n'aurait pas d√Ľ √™tre condamn√© car aucune preuve de son implication, autre que circonstancielle, ni m√™me de sa connaissance de la fraude, n'avait pu √™tre apport√©e. Cependant, son attitude fut, √† chaque fois, critiqu√©e. Persuad√© de son innocence, imbu de lui-m√™me, il s'√©tait cru intouchable et n'avait pas pris le proc√®s s√©rieusement. La mise en cause √©tait collective ; le verdict fut collectif. Cochrane devait d√©fendre ses coaccus√©s s'il ne voulait pas tomber avec eux. S√Ľr de lui, il ne le fit pas[58] - [59].

La prison de King's Bench o√Ļ fut enferm√© Cochrane.

Thomas Cochrane fut tr√®s fortement atteint par la sentence. La prison n'√©tait pas le plus important, d'autant que ses amis radicaux y √©taient d√©j√† tous pass√©s. Il avait surtout √©t√© ruin√© et avait perdu le m√©tier o√Ļ il excellait, sa solde et bien entendu la possibilit√© de s'enrichir gr√Ęce aux parts de prise. Il perdit aussi sa cr√©dibilit√© politique dans ses campagnes de r√©forme. S'il avait un certain poids auparavant en tant qu'h√©ritier noble et h√©ros naval, il √©tait devenu un paria politique. En prison, Cochrane continua ses recherches scientifiques : sur les ¬ę lampes de convoi ¬Ľ, mais aussi sur la possibilit√© d'√©clairage des rues au gaz. Ses conditions d'emprisonnement n'√©taient pas tr√®s strictes puisqu'il pouvait recevoir sa famille et qu'il dut convaincre sa femme de ne pas emm√©nager avec lui. Il occupait deux pi√®ces (pour lesquelles il devait payer un loyer) et avait le droit de se promener dans un rayon d'un demi-mile autour de la prison (mais il refusa ce privil√®ge). Malgr√© tout, le , il s'√©vada, √† nouveau de fa√ßon rocambolesque, et rentra chez lui. Des affiches furent placard√©es promettant trois cents guin√©es[N 10] de r√©compense. Il fut signal√© un peu partout en Grande-Bretagne, dans les √ģles Anglo-Normandes ou en France. Le , il rejoignit, comme si de rien n'√©tait, la Chambre des Communes o√Ļ il signifia son intention de faire un discours. Quand on vint l'arr√™ter, il r√©sista mais fut finalement ma√ģtris√©. Il fut renvoy√© dans sa prison o√Ļ son r√©gime carc√©ral fut plus s√©v√®re. Il n'avait plus son appartement au rez-de-chauss√©e. Il √©tait au cachot, sans feu, ni lumi√®re ni lit. Il y passa trois semaines avant d'√™tre d√©plac√© pour des raisons de sant√©. Il aurait d√Ľ √™tre lib√©r√© le , mais comme il refusa jusqu'au de payer son amende, il ne fut lib√©r√© qu'√† cette date[1] - [60] - [61].

D√®s sa lib√©ration, Thomas Cochrane reprit ses activit√©s d'opposant au gouvernement √† la Chambre des Communes, continuant sa campagne de d√©nonciation de la corruption. En , il perturba une r√©union publique o√Ļ divers membres de la famille royale, du gouvernement et du haut-clerg√© discutaient des secours √† apporter aux pauvres du pays, principalement en raison des effets des corn laws. Il demanda si toutes ces charitables personnalit√©s √©taient pr√™tes √† abandonner leur liste civile ou leur sin√©cure car l√† serait le vrai sacrifice. La r√©union se termina dans un complet d√©sordre. Tout cela lui valut d'√™tre d√©f√©r√© en ao√Ľt devant la justice pour son √©vasion. Il se d√©fendit en arguant du fait qu'il √©tait parlementaire au moment de son incarc√©ration et que celle-ci √©tait ill√©gale en raison de son immunit√© parlementaire. Il fut malgr√© tout condamn√© √† nouveau, √† (selon les sources) 100 ou 1 000 livres d'amende. Il refusa de payer et fut donc emprisonn√© en . Finalement, son amende fut pay√©e par une souscription populaire, qui couvrit aussi l'amende de l'ann√©e pr√©c√©dente et ses frais de justice. En 1817, il cr√©a avec Cobbett un journal √† destination du public ouvrier et populaire. Vendu deux pennies, il atteignit un tirage de 200 000 exemplaires. La ligne √©ditoriale, radicale, soutenait la r√©forme parlementaire afin de pouvoir am√©liorer les conditions de vie des classes populaires. Des signatures furent rassembl√©es sur une p√©tition en ce sens, en vue de la pr√©senter au parlement en d√©but de session 1817. Une manifestation, porteuse de la p√©tition, passa chez Thomas Cochrane et le porta en triomphe jusqu'au palais de Westminster. Mais un manifestant lan√ßa une pierre sur le carrosse du Prince-r√©gent. Le gouvernement d√©cida l'√©tat d'urgence, suspendit l‚ÄôHabeas corpus et mena√ßa les chefs radicaux. Cobbett eut juste le temps de s'enfuir en Am√©rique[1] - [62] - [63].

Dans les mois qui suivirent l'activit√© politique de Cochrane fut r√©duite : ses r√©unions √©taient perturb√©es par ses adversaires qui l'insultaient (principalement en le traitant de ¬ę jacobin ¬Ľ), lui crachaient dessus avant d'en venir aux mains. Ses propositions au parlement recueillaient deux voix : la sienne et celle de Burdett. L'hostilit√© gouvernementale √† son √©gard augmenta. Quand la rumeur, apparemment fond√©e, qu'il complotait pour faire s'√©vader Napol√©on Bonaparte de Sainte-H√©l√®ne commen√ßa √† courir, il pr√©f√©ra s'exiler. La proposition chilienne arriva donc √† point[1] - [64] - [65].

Chili

En , Antonio √Ālvarez Jonte, envoy√© par les insurg√©s sud-am√©ricains arriva en Grande-Bretagne avec 100 000 $[N 11] pour recruter des marins et des officiers pour la marine chilienne. Il n'y a pas de certitude quant au moment o√Ļ Thomas Cochrane fut approch√© et recrut√©, mais, en , √Ālvarez annon√ßa qu'il avait accept√© l'offre. Quant √† Cochrane, il pr√©nomma son deuxi√®me enfant, n√© en William Horatio Bernardo, en hommage √† Nelson mais aussi au Director Supremo chilien Bernardo O'Higgins. Cette offre convenait parfaitement √† Cochrane : d'un point de vue politique, elle correspondait √† ses id√©es radicales, d'un point de vue financier, elle lui offrait de belles perspectives et d'un point de vue imm√©diat, elle lui permettait d'avoir une bonne raison de partir. Cependant, il resta pour le d√©but de la session parlementaire de 1818 afin de soutenir une nouvelle proposition de r√©forme √©lectorale introduite par Francis Burdett, √† nouveau rejet√©e. Il voulait aussi suivre la construction d'un navire de guerre √† vapeur, la Rising Star qui devait donner la sup√©riorit√© √† la flotte chilienne. Il le finan√ßa sur le reste de sa fortune, √† hauteur de 3 000 ¬£. Il laissa son fr√®re William en superviser l'ach√®vement et s'embarqua en avec femme et enfants pour l'Am√©rique latine. Thomas Cochrane arriva √† Valpara√≠so le puis √† Santiago du Chili le pour une semaine de f√™te. Le , Thomas Cochrane fut fait citoyen chilien ainsi que vice-amiral et commandant en chef de la flotte du pays pour une solde de 1 200 ¬£ par an. Il semblerait qu'alors qu'il √©tait en route pour l'Am√©rique latine, les Espagnols avaient essay√© de le recruter dans leur propre camp, sans succ√®s, ce qui nuance son aspect mercenaire, tout comme sa modique solde[1] - [65] - [66] - [67].

La frégate O'Higgins.

La marine √† la disposition du nouveau vice-amiral √©tait sommaire : sept navires, dont le plus puissant √©tait une fr√©gate de quarante-quatre canons, captur√©e √† l'Espagne et renomm√©e la O'Higgins. Les autres √©taient des marchands reconvertis ou des navires que la Royal Navy avait envoy√©s √† l'encan. Cochrane avait cependant anticip√© ce fait et il avait recrut√© des marins britanniques et am√©ricains exp√©riment√©s[N 12] pour son navire amiral ainsi que pour encadrer les marins chiliens sur les autres vaisseaux. Il semblerait qu'avant l'arriv√©e de Cochrane, une escadre espagnole ait menac√© le port de Valparaiso et que l'annonce de son arriv√©e ait suffi √† la faire renoncer. Le premier objectif fix√© au commandant en chef √©tait d'attaquer le port de Callao, centre op√©rationnel de la flotte espagnole. Celle-ci est mal connue et les estimations de sa force sont contradictoires. La marine britannique en 1817 l'estimait limit√©e √† deux fr√©gates de trente-six canons et trois corvettes (huit √† seize canons). D'autres estimations donnent trois fr√©gates, quatre bricks, neuf autres ¬ę navires de guerre ¬Ľ, six navires marchands arm√©s et vingt-sept canonni√®res (pour la d√©fense des ports). Le seul √©l√©ment certain √©tait sa dispersion g√©ographique le long de la c√īte pacifique[1] - [68] - [69].

Thomas Cochrane appareilla avec la O'Higgins et trois autres navires le , avec √† bord son fils Thomas, √Ęg√© de cinq ans, qui aurait embarqu√© √† l'insu de tous. D√©couvert trop tard pour √™tre d√©barqu√©, il fut fait aspirant. Callao fut atteint fin f√©vrier. Cochrane ne put attaquer √† cause du brouillard puis il fut repouss√© par les batteries c√īti√®res. Un second raid le , avec un navire explosif, √©choua aussi. Il changea donc de tactique et se livra alors √† la guerre de c√ītes √† laquelle il excellait. Il obtint deux r√©sultats principaux : il limita les d√©placements des soldats ennemis et captura suffisamment de butin pour financer sa marine. La capture d'un brick fran√ßais rapporta 60 000 $[N 13] ; un raid sur Pativilca 67 000 $ ; un convoi de mules transportant de l'or attaqu√© √† Supe Puerto 120 000 $[N 14]. Certaines de ces actions pouvaient √™tre consid√©r√©es comme de la piraterie. Cochrane les justifiait en arguant de la n√©cessit√© de payer ses hommes et de trouver de l'argent pour le tr√©sor chilien. Les Chiliens furent enchant√©s. Cochrane trouva cependant que le butin √©tait maigre. Il r√©ussit √† faire passer sa solde √† 2 000 ¬£[1] - [70] - [71].

L'attaque de Valdivia (février 1820).

Apr√®s une nouvelle tentative manqu√©e sur Callao d√©but , avec le militaire fran√ßais Jorge Beauchef, Thomas Cochrane s'attaqua √† Valdivia. Arriv√© le , arborant un pavillon espagnol pour ne pas √©veiller les soup√ßons, il fit une reconnaissance de la baie puis captura trois jours plus tard le brick amenant la solde de la garnison pour un butin de 40 000 $. Dans la nuit du 3 au , il d√©barqua avec un commando de 250 hommes et prit d'assaut les forts de la ville, consid√©r√©s comme les plus puissants du continent. Il employa une tactique similaire √† celle d'Henry Morgan lorsqu'il captura Portobelo en 1668. La garnison, forte de 2 000 hommes, r√©sista d'abord mais paniqua √† l'arriv√©e de la O'Higgins et s'enfuit, laissant derri√®re elle une centaine de morts tandis que Cochrane ne perdit que sept hommes. Le raid s'empara de cent-vingt-huit canons et 10 000 boulets, cinquante tonnes de poudre et 170 000 cartouches. Le gouvernement chilien en apprenant la nouvelle de la prise de la ville consid√©ra que Cochrane et ses hommes avaient bien m√©rit√© de la patrie. Tous re√ßurent une m√©daille. La solde de Cochrane fut √† nouveau doubl√©e et une propri√©t√© de 8 000 hectares lui fut offerte[1] - [72] - [73].

De retour à Valparaíso, il se heurta, comme lorsqu'il servait dans la Navy, à la jalousie des politiques. Il se persuada aussi rapidement que certains, comme José Ignacio Zenteno, lui en voulaient personnellement. Il crut aussi que le capitaine Martin Guisse était son ennemi. Il le fit arrêter en , mais ne réussit pas à le faire passer en cour martiale. De plus, comme cela avait été le cas régulièrement en Grande-Bretagne, les parts de prise de la capture de Valdivia ne lui furent pas entièrement reconnues. Enfin, les soldes de ses équipages n'avaient pas été versées et ils commençaient à déserter. Il menaça donc de démissionner mais il finit par rester quand on lui promit que lui et ses marins seraient à l'avenir mieux traités[1] - [74] - [75].

Pérou

Le , Thomas Cochrane commanda l'escadre de vingt-cinq navires qui transport√®rent √† Pisco les 4 200 hommes, 800 chevaux, canons, munitions et provisions de l'exp√©dition qui partit du Chili pour lib√©rer le P√©rou sous le commandement de Jos√© de San Mart√≠n. Des dissensions apparurent tr√®s vite entre Cochrane et San Mart√≠n. Le premier √©tait favorable √† une attaque frontale et rapide, persuad√© depuis Valdivia de la faiblesse espagnole. Le second d√©sirait une victoire des troupes terrestres qui ne devraient rien √† personne d'autre qu'elles-m√™mes, assurant ainsi une totale ind√©pendance du P√©rou. Il pensait aussi que les Espagnols √©taient trop forts pour √™tre affront√©s. Il pr√©f√©rait soulever la population pour s'en faire une alli√©e d√©cisive. Aussi, les troupes rest√®rent six semaines √† Pisco avant de rembarquer fin octobre pour Anc√≥n. Impatient, Cochrane d√©cida d'attaquer de son c√īt√© sans consulter San Mart√≠n. Il r√©solut de s'emparer de la fr√©gate espagnole Esmeralda, le plus puissant navire de guerre en Am√©rique latine alors. Elle √©tait ancr√©e dans le port de Callao, prot√©g√©e par les canons des forts[1] - [76] - [77].

Dans la nuit du , Cochrane avec trois de ses navires r√©ussit √† entrer dans le port de Callao sans se faire rep√©rer. L'amiral et ses hommes mont√®rent √† bord de l‚ÄôEsmeralda. Dans le combat qui suivit, l'√©quipage espagnol fut vaincu, non sans avoir inflig√© de lourdes pertes aux ¬ę Chiliens ¬Ľ : onze morts et trente bless√©s dont Cochrane, s√©rieusement touch√© √† la cuisse ainsi qu'√† c√īt√© de la colonne vert√©brale (il devait souffrir de cette blessure tout le reste de sa vie). D√®s le d√©but du combat, l'alarme fut donn√©e. Les canons des forts se mirent √† tirer sur la fr√©gate, sans chercher √† savoir s'ils tiraient sur un navire encore espagnol ou d√©j√† ¬ę chilien ¬Ľ, tuant d'ailleurs le capitaine espagnol. Cochrane remarqua alors que les navires ¬ę neutres ¬Ľ dans le port avaient une configuration pr√©cise de lampes dans leurs gr√©ements. Il ordonna qu'il f√Ľt copi√© sur l'Esmeralda. Il r√©ussit donc √† capturer la fr√©gate, sans qu'elle sub√ģt trop de dommages. Cependant, il ne put, √† cause de sa blessure, mener √† bien la seconde partie de la mission qu'il s'√©tait fix√©e : d√©truire le reste des navires et installations espagnols dans le port[1] - [78] - [79].

Pendant l'absence de son époux, Katherine Cochrane fut à deux reprises ( et ) attaquée par des loyalistes espagnols qui cherchaient à atteindre Thomas Cochrane à travers elle. Les déplacements et les dangers eurent raison du troisième enfant du couple, Elizabeth Katherine, qui décéda d'une fièvre à moins d'un an. Embarquée à bord de la O' Higgins, l'épouse de Cochrane ne fut pas plus en sécurité. Finalement, en , il fut décidé qu'elle rentrerait en Europe à bord du navire qui ramenait aussi la femme du vice-roi espagnol du Pérou[80] - [81].

Proclamation de l'indépendance du Pérou.

Les troupes espagnoles en Am√©rique latine furent r√©duites √† une quasi-impuissance √† la suite de cette action : elles ne pouvaient plus recevoir de renforts ou op√©rer le long des c√ītes. Thomas Cochrane obtint de San Mart√≠n six cents hommes avec lesquels il recommen√ßa, en 1821, une campagne de guerre de c√ītes. Ses actions aid√®rent √† la victoire finale et la proclamation de l'ind√©pendance le . San Mart√≠n se proclama ¬ę Protecteur du P√©rou ¬Ľ. Il exigea que Cochrane et ses hommes pr√™tent serment d'all√©geance √† la nouvelle R√©publique s'ils voulaient toucher leurs parts de prise. Cochrane refusa et quitta le P√©rou. En partant, il s'empara du tr√©sor de guerre (283 000 $[N 15]) de San Mart√≠n avec lequel il paya ses hommes et r√©para sa flotte. En , il fut accueilli √† Valpara√≠so en h√©ros par la population et avec de plus en plus de m√©fiance de la part du gouvernement. Son image commen√ßait aussi √† changer en Grande-Bretagne. Le Times se faisait l'√©cho (exag√©r√©) de ses ¬ę exploits ¬Ľ et de sa popularit√©. Ce fut √† ce moment-l√† qu'il rencontra Maria Graham, la tr√®s belle veuve d'un officier de marine britannique avec qui Cochrane avait servi, Thomas Graham, qui venait de mourir en passant le Cap Horn. Maria Graham allait √™tre une amie tr√®s proche de Cochrane au cours des mois qui suivirent[1] - [82] - [83].

En octobre, San Mart√≠n fut √† son tour accueilli en h√©ros au Chili, malgr√© les r√©serves que Cochrane √©mit √† haute voix, rappelant que les soldes de ses marins n'avaient toujours pas √©t√© pay√©es. Il estimait les sommes dues √† 420 000 $[N 16]. Par ailleurs, il ne faisait rien pour all√©ger l'atmosph√®re. Au printemps 1821, il avait enfin r√©ussi √† d√©f√©rer le capitaine Guisse en cour martiale entra√ģnant sa d√©mission et celle d'une demi-douzaine d'autres officiers. Il d√©cida de s'installer sur les terres qu'il poss√©dait au Chili et d'y faire de l'√©levage. Cependant, la guerre civile mena√ßant au Chili et Cochrane ne voulait pas y √™tre m√™l√©. De plus, le Chili, ind√©pendant, d√©cida qu'il n'avait plus besoin de marine et commen√ßa √† licencier les officiers. Enfin, la maison de Cochrane, comme celle de Maria Graham, fut d√©truite, comme la majorit√© des b√Ętiments du pays, dans la s√©rie de grands tremblements de terre de . √Ä la fin du mois, il demanda son cong√© et quitta le pays, accompagn√© de Maria Graham, mi-. Il venait d'√™tre approch√© par le Br√©sil qui lui proposait le commandement de sa marine[1] - [84] - [85].

Brésil

José Bonifácio de Andrada e Silva.

La renomm√©e de Thomas Cochrane √©tait alors telle que divers pays engag√©s dans la lutte pour leur ind√©pendance l'avaient d√©j√† contact√© : le Mexique, la Gr√®ce et le Br√©sil. Le Premier ministre br√©silien Jos√© Bonif√°cio de Andrada e Silva avait fait confisquer les navires de guerre portugais qui se trouvaient dans le port de Rio de Janeiro : un vaisseau de ligne de soixante-quatre canons, le Pedro Primeiro, trois fr√©gates, deux corvettes, trois bricks et quelques go√©lettes, le tout dans un assez mauvais √©tat. Les √©quipages avaient √©t√© recrut√©s, comme pour le Chili, parmi des marins britanniques et am√©ricains. En , bien que, semble-t-il, Cochrane pr√©f√©r√Ęt la Gr√®ce, il avait accept√© la proposition br√©silienne. Il arriva √† Rio de Janeiro le . Il commen√ßa imm√©diatement les n√©gociations financi√®res. Il √©tait en position de force et il en profita. Il exigea de l'empereur Pierre Ier d'√™tre nomm√© Premier Amiral. Cette fonction n'existait pas, mais comme le Br√©sil avait d√©j√† deux amiraux, Cochrane √©tait ainsi plac√© au-dessus d'eux. Il refusa la solde propos√©e et exigea d'√™tre pay√© autant qu'au Chili. Le Br√©sil accepta donc de lui verser 17 960 $ par an[N 17]. Cette somme correspondait en r√©alit√© √† trois fois sa solde chilienne et √©tait plus √©lev√©e que la solde de n'importe quel amiral britannique. Diverses interpr√©tations ont √©t√© avanc√©es pour expliquer l'attitude de Cochrane : l'app√Ęt du gain ou le sentiment de sa propre valeur en tant que mercenaire[1] - [86] - [87].

Portrait de Maria Graham par Sir Thomas Lawrence (1819).

Thomas Cochrane appareilla d√®s le , avec une escadre de cinq navires pour une exp√©dition de sept mois, laissant sur le quai une Maria Graham √©plor√©e. √Ä la bataille du 4 mai, il rencontra une flotte portugaise de treize navires (dont cinq fr√©gates et un vaisseau de ligne de 74 canons). Il attaqua de front, passa √† travers la ligne ennemie sans faire de d√©g√Ęts mais le reste de son escadre refusa de suivre son exemple. Il battit en retraite. Il semblerait que les derniers marins portugais de la flotte br√©silienne n'aient pas √©t√© fiables. Cochrane d√©cida alors de se contenter de trois navires sur lesquels il rassembla les meilleurs hommes. Son objectif √©tait Salvador, d√©j√† assi√©g√©e par la terre depuis plus d'un an. Le blocus maritime commen√ßa mi-mai et affama la ville. Une attaque manqu√©e dans la nuit du poussa la population locale √† demander le d√©part des troupes portugaises qui embarqu√®rent le sur dix-sept navires de guerre et 75 transports. Imm√©diatement, les troupes br√©siliennes ¬ę lib√©r√®rent ¬Ľ la ville. Quant √† Cochrane, il multiplia les attaques rapides sur le convoi, jusqu'√† son entr√©e dans le Tage. Son navire attaquait de nuit les navires de guerre et le reste de son escadre se concentrait sur les transports. En une semaine, seize vaisseaux furent captur√©s[88] - [89].

Le , Thomas Cochrane entra avec son Pedro Primeiro dans le port de S√£o Lu√≠s. Arborant le pavillon portugais, il ne rencontra aucune opposition. Une fois en position, il se fit reconna√ģtre et annon√ßa qu'il √©tait l'avant-garde de la flotte venue lib√©rer le Maranh√£o. Il demanda et obtint la reddition des troupes portugaises. Deux jours plus tard, elles avaient embarqu√© pour rentrer au Portugal. Thomas Cochrane entreprit alors de litt√©ralement piller la ville : tr√©sor, navires, armes, canons et poudre furent confisqu√©s ainsi surtout que tous les biens des Portugais, consid√©r√©s comme des ennemis. La nouvelle administration br√©silienne protesta, il accepta donc de laisser de l'argent pour payer les soldats. Le , un brick envoy√© √† Bel√©m par Cochrane demanda et obtint, comme √† S√£o Lu√≠s la reddition des troupes portugaises. Le Par√° fut ainsi lui aussi rattach√© au Br√©sil, sans effusion de sang[90] - [91].

Lors d'une escale √† Rio le , alors qu'elle allait rejoindre son √©poux √† Valpara√≠so, Lady Cochrane apprit qu'il √©tait au service du Br√©sil. Elle s'installa donc dans ce qui √©tait alors la capitale br√©silienne pour l'attendre, en compagnie de Maria Graham qui, dans son journal, parle d'elle en ces termes : ¬ę ma mignonne petite compatriote ¬Ľ. Il revint le et fut accueilli triomphalement. L'empereur le fit Marquis de Maranh√£o, Grand-croix de l'Ordre de la Croix du Sud et membre du conseil priv√©. Trois semaines avant l'arriv√©e de Cochrane, Maria Graham, √† qui on venait de proposer le poste de gouvernante des enfants du couple imp√©rial, pr√©f√©ra rentrer en Grande-Bretagne o√Ļ elle passa plusieurs mois avant de revenir au Br√©sil prendre son poste, apr√®s que Lady Cochrane fut repartie de son c√īt√©. Cela lui permit d'avertir Cochrane des dangers politiques qui le mena√ßaient[92] - [93].

Les armes de marquis de Maranh√£o de Cochrane.

Quelques jours √† peine apr√®s son retour, Thomas Cochrane se retrouva dans les difficult√©s politiques qu'il avait d√©j√† connues ailleurs. Les instances gouvernementales se divis√®rent entre ceux qui voulaient se r√©concilier avec le Portugal et ceux qui le refusaient. De plus, √† nouveau, une des deux principales obsessions de Cochrane, les parts de prise, lui firent des ennemis. Il r√©clamait sa part (un huiti√®me) des 252 000 ¬£[N 18] mais les partisans de la r√©conciliation d√©siraient rendre ces biens aux Portugais. Cochrane passa alors son temps √† essayer de faire valoir ¬ę ses ¬Ľ droits et √† imaginer des ennemis agissant dans l'ombre contre lui. En , Cochrane et ses officiers se virent reprocher de n'avoir pas ob√©i correctement √† leurs ordres et leurs biens commenc√®rent √† √™tre confisqu√©s. La r√©bellion du Pernambouc r√©solut un temps le conflit. En ao√Ľt, le gouvernement dut √† nouveau faire appel √† la marine de Cochrane. Il en profita pour ramener l'ordre dans le Maranh√£o au bord de la guerre civile afin de se faire payer ses parts de prise. Finalement, en , il finit par renoncer. Une lettre de Maria Graham lui apprit que le gouvernement envisageait de licencier tous les officiers √©trangers. Il envoya sa d√©mission qui fut refus√©e. Il prit la mer avec son nouveau navire amiral, la fr√©gate Piranga. Il la trouva si bonne, surtout par gros temps, qu'il l'emmena jusqu'au Spithead o√Ļ il arriva le [1] - [94] - [95].

Son entr√©e dans le port de Portsmouth fut grandiose. Il arbora le drapeau br√©silien et son propre pavillon d'amiral br√©silien. Il salua l'amiral commandant Portsmouth de quinze coups de canons et les forts de la ville lui rendirent son salut de quinze coups de canons. Ce fut la premi√®re fois qu'un pays europ√©en saluait (et donc reconnaissait) le Br√©sil ind√©pendant. Ce fut aussi une reconnaissance officielle du rang d'amiral de Cochrane. Sir George Martin, l'amiral commandant Portsmouth se fit admonester par l'Amiraut√© trois jours plus tard pour des raisons de relations internationales, mais aussi parce que Cochrane √©tait recherch√© par la justice britannique. Ses nombreuses attaques de navires britanniques lui √©taient reproch√©es, ainsi que le fait qu'il f√Ľt en infraction avec le Foreign Enlistment Act de 1819. Celui-ci, dont il √©tait en partie la cause, avait interdit √† tout sujet britannique de s'enr√īler dans une arm√©e √©trang√®re. Une foule compacte sur les quais acclama Cochrane lorsqu'il d√©barqua. Les officiers de marine se pr√©cipit√®rent pour lui rendre visite. Dans les mois suivants, le charg√© d'affaires br√©silien √† Londres refusa de financer le ravitaillement du navire. En r√©ponse, Thomas Cochrane, qui s'√©tait install√© dans le manoir familial en √Čcosse, refusa de reprendre la mer. Il venait d'√™tre contact√© par le comit√© philhell√®ne de Londres. Finalement, lorsque la paix entre Portugal et Br√©sil fut sign√©e le , il d√©missionna de son poste d'amiral du Br√©sil. D'autres sources disent qu'il aurait plut√īt √©t√© d√©mis de ses fonctions puisqu'il ne reprenait pas son poste[1] - [96] - [97] - [98].

Guerre d'indépendance grecque

La Kartería, premier navire de guerre à vapeur de Méditerranée.
(Archives historiques Hydra).

D√®s son retour en Grande-Bretagne, Thomas Cochrane fut contact√© par Frank Abney Hastings qui √©tait revenu quant √† lui de Gr√®ce pour n√©gocier l'achat de navires √† vapeur. Hastings souhaitait que Cochrane le rejoign√ģt pour lutter pour la cause grecque. L'id√©e relativement nouvelle d'utiliser des vapeurs plut √† Cochrane. Par ailleurs, en , une d√©l√©gation grecque men√©e par Dim√≠trios Miao√ļlis avait remis au gouvernement britannique un ¬ę Acte de Soumission ¬Ľ par lequel la Gr√®ce se pla√ßait sous la protection du Royaume-Uni, sur le mod√®le des √Čtats-Unis des √éles Ioniennes. Cet ¬ę Acte de Soumission ¬Ľ aurait pour effet d'annuler pour Cochrane les cons√©quences du Foreign Enlistment Act de 1819[N 19]. Malgr√© tout, l'opposition restait forte au gouvernement contre l'envoi de Cochrane en Gr√®ce. Finalement, George Canning, le Premier ministre britannique et philhell√®ne en triompha. Cochrane fut aussi contact√© par le comit√© philhell√®ne de Londres et principalement par Francis Burdett mais aussi John Cam Hobhouse, John Bowring et Joseph Hume. Il posa cependant un certain nombre de conditions afin d'√©viter d'avoir √† souffrir des m√™mes difficult√©s que celles qu'il avait rencontr√©es en Am√©rique latine. Le , il signa avec le comit√© un contrat √©crit fixant les modalit√©s de son engagement. Il exigea d'√™tre le seul et unique ma√ģtre √† bord de la marine grecque. Il demanda √† √™tre pay√© d'avance. Il exigea enfin six navires de guerre √† vapeur de fabrication britannique (dont la Karteria) et deux fr√©gates de fabrication am√©ricaine, avec des √©quipages britanniques et am√©ricains. Les d√©lais servaient Cochrane dont la valeur augmentait √† mesure que le temps passait. Il fit donc lui aussi tra√ģner les choses. Le comit√© philhell√®ne de Londres finit par d√©bloquer la quasi-totalit√© de ses fonds pour le satisfaire, soit 150 000 ¬£ en tout dont 57 000 ¬£ rien que pour Cochrane (37 000 ¬£ d'avance et 20 000 ¬£ √† l'ind√©pendance grecque), le reste allant aux commandes de navires[1] - [99] - [100] - [101] - [102].

Les d√©sirs de Cochrane avaient des cons√©quences financi√®res importantes. Malgr√© les probl√®mes rencontr√©s, il continua cependant √† exiger qu'ils soient r√©alis√©s, bl√Ęmant l'incapacit√© du comit√© philhell√®ne et de ses membres. Les travaux de construction des navires, pr√©vus au d√©part pour durer quelques mois, s'av√©r√®rent en effet catastrophiques : les chaudi√®res furent command√©es aupr√®s de la firme Galloway (en contrat par ailleurs avec le gouvernement √©gyptien, en guerre contre les Grecs), alors que celle-ci s'√©tait d√©j√† montr√©e d√©faillante et avait accumul√© les retards dans le chantier de la Karteria ; selon le d√©sir de Cochrane, des essais furent effectu√©s avec des chaudi√®res √† haute pression, entra√ģnant des retards. Des cinq nouveaux navires command√©s √† Londres, seuls deux furent finalement lanc√©s. Les choses se pass√®rent aussi mal de l'autre c√īt√© de l'Atlantique : √† la suite de malversations, il fallut finalement vendre une des deux fr√©gates en vue de financer la construction de l'autre, qui arriva en Gr√®ce en [103] - [104] - [105] - [106].

Lui-même dut quitter l'Angleterre le , devant les menaces de poursuite à son encontre pour avoir enfreint le Foreign Enlistment Act au Brésil ; il s'installa alors à Boulogne, puis déménagea fin décembre à Bruxelles, craignant d'être arrêté par le gouvernement français. Il quitta finalement les Pays-Bas le , à bord d'une goélette[107].

Apr√®s une dizaine de jours pass√©s √† Londres, il alla vainement attendre ses navires dans un port du sud de l'Irlande ; ayant eu vent du d√©part de la Karter√≠a, qui arriva √† Nauplie en , il quitta finalement l'Irlande le pour la M√©diterran√©e, ayant fix√© un rendez-vous √† Messine o√Ļ il arriva le . Les navires promis n'arrivant toujours pas, il se dirigea en septembre vers Malte puis Marseille. L√†, il acheta et arma, gr√Ęce √† des fonds du comit√© philhell√®ne de Gen√®ve, un brick de 18 canons, le Sauveur. Il s√©journa dans cette ville en . Ne voyant toujours pas arriver le reste de la flotte, il quitta le port de Saint-Tropez le et arriva √† Poros le , avec ses deux navires, la go√©lette Unicorn et le Sauveur[108]. De la flotte pr√©vue, seules la Karteria et la fr√©gate am√©ricaine, rebaptis√©e Hellas, √©taient donc disponibles. Des cinq vapeurs restant, le premier arriva en et le second en , les trois derniers restant √† pourrir sur la Tamise[109]. Une vingtaine de mois s'√©taient d√©j√† √©coul√©s depuis qu'il avait accept√© la proposition grecque.

Par ailleurs, si lui avait été payé d'avance, ce n'était pas le cas de ses marins grecs qui préféraient bien souvent se livrer à de la piraterie plus rémunératrice qu'à des actions militaires. En , il fut nommé officiellement commandant en chef de la flotte grecque par l'Assemblée nationale de Trézène, tandis que Richard Church devenait commandant en chef des forces terrestres. L'idée des Grecs en nommant des commandants en chef étrangers était de transcender les oppositions de clans et de créer une unité nationale. D'ailleurs, les deux (futurs) commandants en chef refusèrent de débarquer tant que les membres de l'Assemblée ne siégeaient pas ensemble et ne s'accordaient pas[1] - [110] - [103] - [104] - [111] - [105] - [106].

Combat pour l'Acropole d'Athènes.
Panagiotis Zografos pour Y√°nnis Makriy√°nnis.

Thomas Cochrane participa au d√©sastre de la bataille de Phal√®re, dont ses d√©tracteurs le rendirent en grande partie responsable. D√®s son arriv√©e sur le sol grec, dans un discours lyrique, il annon√ßa qu'il avait h√Ęte de d√ģner sur l'Acropole d'Ath√®nes, assi√©g√©e par les forces ottomanes depuis et d√©finitivement coup√©e de toute possibilit√© de renforts depuis d√©cembre de la m√™me ann√©e. Cochrane promit aussi de faire tr√®s vite flotter le drapeau grec sur Sainte-Sophie et donc de lib√©rer Constantinople. Il exigea donc que les forces grecques marchent directement sur l'Acropole, s√©par√©e de la t√™te du pont du Pir√©e par une rase campagne[N 20]. La mort de Ye√≥ryios Kara√Įsk√°kis fit dispara√ģtre toute opposition au plan de Cochrane. Le d√©barquement des troupes dans la nuit du 5 au se passa mal et la cavalerie de Mehmet Rechid Pacha les dispersa d√®s le matin, faisant au moins 1 500 morts. Les deux commandants, Church et Cochrane, furent bl√Ęm√©s pour √™tre rest√©s √† bord des navires et pour la strat√©gie d'un assaut direct[112] - [113] - [114] - [115] - [116].

Il tenta au cours des mois suivant divers coup-de-main audacieux, mais finalement infructueux[N 21].

Ayant appris en mai qu'Ibrahim Pacha dirigeait des opérations depuis un petit navire au large de Glaréntza, il monta une expédition pour tenter de le capturer par surprise. Ayant embarqué sur son navire amiral, la toute neuve frégate de construction américaine Hellas, et seulement accompagné de la Karteria, il fut gêné par une tempête dans la mer ionienne et l'attaque prévue échoua le ; il perdit le contact avec la Karteria qui dut rentrer à sa base, et ne captura les jours suivants qu'un navire de transport[117].

Le , il fit sa jonction avec une petite flotte grecque (dont des br√Ľlots), et attaqua, le 16, le port d'Alexandrie o√Ļ M√©h√©met Ali assemblait une flotte qu'il devait envoyer en Gr√®ce soutenir son fils Ibrahim Pacha. L'exp√©dition fut un √©chec alors qu'il avait esp√©r√© renouveler ses exploits de Valdivia, Callao ou Salvador de Bahia : seuls deux des huit br√Ľlots ob√©irent √† l'ordre d'attaquer, d√©truisant un navire √©gyptien, et selon lui, seul Kanaris se montra courageux ; la flotte fut ensuite immobilis√©e par le manque de vent, et les navires grecs insuffisamment approvisionn√©s se dispers√®rent les jours suivants sans engager la flotte √©gyptienne, l'√©quipage de son propre navire refusant lui-m√™me le combat. Pendant les trois mois qui suivirent, il patrouilla avec l'Hellas, arraisonnant quelques navires mais √©chouant r√©guli√®rement dans ses op√©rations terrestres. Il n'eut par ailleurs rien √† voir avec la grande bataille navale qui d√©cida quasiment de l'issue du conflit, celle de Navarin du , alors qu'il se trouvait √† Poros. Il y pr√©parait l'exp√©dition de reconqu√™te de Chios. Devant l'√ģle, le , il re√ßut une lettre de l'amiral britannique Edward Codrington lui rappelant les termes du trait√© de Londres de 1827 obligeant les bellig√©rants √† l'armistice. Si la flotte grecque entreprenait une op√©ration militaire, elle risquait le m√™me sort que la flotte ottomane √† Navarin. Cochrane √©tait r√©duit √† l'inaction, mais pas ses marins qui se remirent √† la piraterie[1] - [118] - [119] - [120] - [121] - [122].

En , il retourna en Grande-Bretagne surveiller l'avancement de la construction des navires command√©s. Thomas Cochrane ne fut donc pas d'un grand secours √† la Gr√®ce insurg√©e. Il ne lui apporta que sa r√©putation et donc la crainte qu'il pouvait susciter chez ses adversaires. En √©change, il ne retira pas autant qu'il l'esp√©rait de la Gr√®ce. Il ne fut jamais int√©gralement pay√© : son retour en Grande-Bretagne fut consid√©r√© comme une rupture de contrat. On lui demanda le remboursement de l'avance des 37 000 ¬£, ce qu'il refusa, tout en lui annon√ßant qu'il ne toucherait jamais le compl√©ment de 20 000 ¬£[N 22]. Il fut aussi soup√ßonn√© d'avoir particip√© aux malversations financi√®res autour du pr√™t britannique √† la Gr√®ce. Il y avait investi son avance et en avait tir√© un b√©n√©fice final de 100 000 ¬£. Selon certaines sources, il aurait alors, d√®s f√©vrier, d√©missionn√© de son commandement. Cependant, il revint trois mois en Gr√®ce, de septembre √† novembre ou et aurait alors seulement, selon d'autres sources, d√©missionn√©, quelques jours avant No√ęl. Il se rendit compte qu'il n'√©tait plus d'aucune utilit√© √† la cause grecque et quitta d√©finitivement le pays √† bord d'un navire de guerre russe et rejoignit sa famille √† Paris[1] - [123] - [124] - [125] - [126] - [127].

Retour en gr√Ęce

Le roi Guillaume IV en 1833.

D√®s son premier retour de Gr√®ce, en 1828, Thomas Cochrane chercha √† se faire r√©habiliter et √† retrouver sa place dans la Royal Navy. Il prit contact en ce sens avec le duc de Clarence Guillaume, alors Lord High Admiral, mais, le gouvernement tory s'y opposa. En 1830, Guillaume devint roi et la majorit√© passa aux whigs. Cochrane pr√©senta un m√©moire plaidant sa cause. Les d√©bats autour de la r√©forme √©lectorale en retard√®rent l'examen. La mort de son p√®re en et son accession au titre de comte n√©cessitaient cependant une d√©cision. Le , Cochrane fut graci√© par le souverain, mais sa condamnation ne fut pas annul√©e comme il le d√©sirait. Il obtint aussi le grade dans la Navy qu'il aurait d√Ľ avoir s'il y avait continu√© sa carri√®re : il devint contre-amiral. Son ordre du Bain ne lui fut restitu√© qu'en 1847 par la reine Victoria. Il se retrouvait dans une situation ambigu√ę, qui servait les int√©r√™ts de l'Amiraut√© : il restait coupable, mais √©tait pardonn√©. La Navy pouvait alors se contenter de l'utiliser quand ses capacit√©s et sa r√©putation √©taient vraiment n√©cessaires, c'est-√†-dire en temps de guerre, mais pouvait, en raison de son pass√© ¬ę criminel ¬Ľ, se passer de lui en temps de paix[1] - [128] - [129].

Thomas Cochrane avait succ√©d√© √† son p√®re au titre de comte de Dundonald. Il prit aussi la suite de celui-ci dans les recherches scientifiques. Marc Brunel rencontrait des difficult√©s pour creuser un tunnel sous la Tamise au d√©but des ann√©es 1830. Cochrane inventa une pompe √† air comprim√© qui facilita les travaux. Les deux hommes correspondirent longuement, principalement autour de l'utilisation de la vapeur. Cochrane s'int√©ressait surtout √† l'am√©lioration de la marine de guerre √† vapeur. Il proposa une machine rotative, plut√īt qu'√† piston. La compagnie Liverpool and Manchester Railway lui pr√™ta m√™me la Rocket en 1834 pour ses exp√©riences avec le moteur rotatif, sans succ√®s. Pour le navire exp√©rimental HMS Janus lanc√© en 1848, il proposa une nouvelle forme de coque, une nouvelle chaudi√®re et une nouvelle propulsion rotative. Le navire fut un semi-√©chec, mais cela ne d√©rangea pas la Navy malgr√© les sommes qu'elle avait engag√©es. Pendant que Cochrane se passionnait pour ce genre de choses, il posait moins de probl√®mes[1] - [130] - [131].

√Ä la fin des ann√©es 1830, Lord et Lady Cochrane se s√©par√®rent d√©finitivement. Elle partit s'installer √† Boulogne-sur-Mer puis Paris, apparemment principalement exasp√©r√©e par l'obsession de son √©poux pour les machines √† vapeur qui √©tait un gouffre financier. Elle aurait aussi un temps esp√©r√© reprendre sa liaison avec Lord Auckland, alors gouverneur de l'Inde. Le fils a√ģn√©, Thomas, posait lui aussi de graves probl√®mes financiers. Son p√®re accepta de payer ses dettes et l'envoya en poste √† Hong Kong. Il se r√©forma au d√©but des ann√©es 1850, √©pousa une h√©riti√®re et devint membre du Parlement pour la circonscription ¬ę appartenant ¬Ľ au clan √©cossais de son √©pouse, les Mackinnon. Le second fils, Horatio, √©tait quant √† lui cribl√© de dettes de jeu. Il avait d√Ľ quitter l'arm√©e et vivait sous un nom d'emprunt pour √©chapper √† ses cr√©anciers. Son p√®re le d√©clara irr√©m√©diablement perdu dans les ann√©es 1850, tout comme leur sŇďur, Katherine Elizabeth. Celle-ci, apr√®s avoir fait en 1840 ce que la famille consid√©ra comme un ¬ę mauvais mariage ¬Ľ, s'enfuit quelques ann√©es plus tard avec son amant en France puis, dans les ann√©es 1850, partit pour Florence o√Ļ elle vivait, d'apr√®s son p√®re, en compagnie de nombreux jeunes gens. En revanche, il √©tait tr√®s fier de ses fils Arthur et Ernest ainsi que de leurs carri√®res dans l'arm√©e et la marine[132] - [133].

Lord Cochrane, dans les années 1850.

Lorsque, apr√®s une alternance politique, les whigs revinrent au pouvoir, Lord Auckland, devenu First Lord of the Admiralty offrit √† Thomas Cochrane un commandement en mer en 1848. Il commanda une escadre dans les Antilles. L'id√©e d'Auckland √©tait qu'il p√Ľt garder un minimum d'exp√©rience de commandement en temps de paix, puisqu'on envisageait de l'utiliser en temps de guerre. Il resta trois ans √† son poste qu'il utilisa surtout √† √©valuer les capacit√©s √©conomiques de la r√©gion. Sur Trinidad, il d√©couvrit l'asphalte qu'il ramena en Grande-Bretagne et sugg√©ra d'utiliser pour recouvrir les rues de Westminster. Il retrouvait l√† aussi un int√©r√™t paternel pour le goudron ainsi qu'un d√©faut paternel : avoir des id√©es innovantes trop t√īt[1] - [134] - [135] - [136].

Le , Thomas Cochrane fut promu au grade d'amiral puis le au grade honorifique de Contre-Amiral du Royaume-Uni. La m√™me ann√©e, il fut √©lu ¬ę Elder Brother ¬Ľ, un autre titre honorifique, de Trinity House. Il ne servit plus en mer. Cependant, pendant la guerre de Crim√©e, il proposa √† nouveau son plan d'attaque chimique de ports ennemis. Il sugg√©ra de l'utiliser contre Kronstadt et bien s√Ľr S√©bastopol. Un comit√© d'experts de la Navy, dirig√© par Michael Faraday, rejeta le plan principalement car il donnait un r√īle subalterne √† la Navy. Lord Palmerston d√©cida finalement de le mettre en application en 1855 √† un moment o√Ļ le si√®ge de S√©bastopol s'enlisait. La ville fut cependant prise avant l'attaque chimique[1] - [135] - [137] - [138].

Pendant ses derni√®res ann√©es, Thomas Cochrane entreprit la r√©daction de ses m√©moires avec, comme objectifs, comme √† chaque fois avec une autobiographie, de chanter ses propres louanges, mais aussi d'√©tayer ses r√©clamations financi√®res aupr√®s des divers gouvernements qu'il avait servis. S'il est cr√©dit√© en tant qu'auteur, il fournit surtout le mat√©riau brut et se fit aider pour la r√©daction par un √©crivain professionnel, George Butler Earp, qui utilisa aussi les lettres que l'Amiral avaient √©crites ainsi que les autobiographies (ou biographies) des personnes qui l'avaient rencontr√©. Les diff√©rents pays qui lui devaient de l'argent finirent par transiger. Le Chili lui versa seulement 6 000 ¬£[N 23], le Br√©sil 34 000 ¬£[1] - [139] - [140].

Décès, sépulture et succession

L'hommage du Brésil à Lord Cochrane.

La r√©daction de ses m√©moires fit remonter des souvenirs douloureux qui d√©prim√®rent le vieil homme, √Ęg√© de quatre-vingt-quatre ans. On lui diagnostiqua en des calculs r√©naux dont il fut op√©r√© sous anesth√©sie. Il fut op√©r√© √† nouveau d'urgence fin octobre. Il ne se remit pas de cette op√©ration. Il mourut √† son domicile de Kensington, √† Londres, le . Il fut inhum√©, parmi les autres grands hommes du Royaume-Uni, dans l'abbaye de Westminster, le suivant. Il fut observ√© que contrairement aux fun√©railles de Wellington en 1852, aucun membre du gouvernement ou de la famille royale n'assista √† la c√©r√©monie o√Ļ il n'y eut pas non plus d'hommage militaire. Son √©pouse non plus n'assista pas √† l'enterrement, pr√©textant sa mauvaise sant√©[1] - [141] - [140].

En 1878, une commission parlementaire accepta de verser √† son fils Thomas Barnes Cochrane la somme de 5 000 ¬£ en arri√©r√©s de solde (en fait, la moiti√© de la solde qu'il aurait d√Ľ toucher entre 1814 et 1832). La bataille juridique se poursuivit donc jusqu'au d√©but du XXe si√®cle[1] - [140].

Thomas Cochrane dans la culture populaire

Apr√®s sa victoire lors de la bataille de l'√ģle d'Aix, Cochrane fut f√™t√© comme un h√©ros. Il fut l'objet de chansons populaires c√©l√©brant son exploit. Un th√©√Ętre[N 24] (l‚ÄôAmphitheatre √† Westminster) monta une pi√®ce √† ¬ę grand spectacle ¬Ľ repr√©sentant le combat de l‚ÄôImperieuse contre la flotte fran√ßaise √† grand renfort d'effets sp√©ciaux et d'explosions, avec une repr√©sentation tous les soirs pendant plusieurs semaines[142].

Les romans d'aventures maritimes de Frederick Marryat qui pos√®rent la forme de ce type de litt√©rature parurent d√®s le d√©but des ann√©es 1830. Ils s'inspirent de l'exp√©rience de Marryat en mer, sous le commandement de Thomas Cochrane. Certains des personnages ont ce dernier pour mod√®le. Les r√©cits de voyage publi√©s par Maria Graham √©taient aussi de grands succ√®s de librairie. Elle y pr√©sentait Cochrane comme un h√©ros et un lib√©rateur injustement trait√© par son pays. Ces ouvrages jou√®rent un grand r√īle dans la r√©habilitation populaire de Cochrane[1] - [143].

Thomas Cochrane est le mod√®le de deux marins de fiction : Horatio Hornblower, le personnage principal des romans de C. S. Forester et donc du film Capitaine sans peur[144] et Jack Aubrey, le personnage principal des romans de Patrick O'Brian et donc du film Master and Commander : De l'autre c√īt√© du monde[145].

Notes et références

Notes

Pour toutes les consid√©rations de conversion des sommes donn√©es depuis les livres (ou les dollars) du d√©but du XIXe si√®cle en euros du d√©but du XXIe si√®cle, voir cette discussion. Le site Measuringworth.com offre divers ordres de grandeur en fonction de divers facteurs : salaires, co√Ľt de la vie, produit national, etc.

  1. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme de l'ordre d'une dizaine de millions d'euros.
  2. Toutes proportions gard√©es, cela √©quivaudrait en 2010 √† une somme aux alentours de 1 500 euros.
  3. ¬ę to harass the Spanish and French coast as opportunity served ¬Ľ.
  4. Apr√®s sa disgr√Ęce, elle fut propos√©e sous un nom d'emprunt √† la Royal Navy qui l'accepta et accorda 50 ¬£ de r√©compense √† l'inventeur. (Cordingly 2008, p. 337).
  5. D'autres sources le disent Prussien (Cordingly 2008, p. 238), mais les deux ne s'excluent pas.
  6. Toutes proportions gard√©es, cela √©quivaudrait en 2010 √† une somme aux alentours de 750 000 euros.
  7. Toutes proportions gard√©es, cela √©quivaudrait en 2010 √† une somme aux alentours de 150 000 euros.
  8. Libéré pour pouvoir participer au débat à la chambre des Communes, Cochrane aggrava son cas en multipliant les bordées d'injures (Cordingly 2008, p. 250).
  9. Une étude de 1897, faite par J. B. Atlay, enseignant le droit à l'université d'Oxford a conclu à la culpabilité de Cochrane.
  10. Toutes proportions gard√©es, cela √©quivaudrait en 2010 √† un peu moins de 50 000 euros.
  11. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours de trois millions d'euros.
  12. En 1819, ils √©taient 1 400. (Cordingly 2008, p. 274).
  13. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme un peu en dessous de deux millions d'euros.
  14. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours de quatre millions d'euros.
  15. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours de huit millions d'euros.
  16. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours d'une douzaine de millions d'euros.
  17. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours d'un demi-million d'euros.
  18. Toutes proportions gardées, cela équivaudrait en 2010 à une somme aux alentours d'une quarantaine de millions d'euros, soit près de cinq millions pour lui seul.
  19. L'¬ę Acte de Soumission ¬Ľ ne fut finalement pas accept√© par le Royaume-Uni, mais sa pr√©sentation en 1825 facilita les n√©gociations entre Cochrane et la Gr√®ce insurg√©e. (Brewer 2001, p. 298).
  20. Depuis, la ville s'étend sans interruption de la mer à l'Acropole. Athènes alors était une toute petite ville, réduite au quartier actuel de Pláka tandis que Le Pirée ne comptait que quelques maisons.
  21. Selon le g√©n√©ral Gordon, ¬ę son temp√©rament imaginatif le poussait √† repousser les m√©thodes ordinaires de faire la guerre, et √† rechercher des succ√®s √©tranges et romantiques. ¬Ľ.
  22. Dans ses M√©moires, Cochrane raconte qu'il renon√ßa ¬ę g√©n√©reusement ¬Ľ √† r√©clamer cette somme (Harvey 2000, p. 298).
  23. De plus, dès son départ, ses propriétés lui avaient été confisquées. (Harvey 2000, p. 283).
  24. Le th√©√Ętre √©tait alors un loisir tr√®s populaire. (Muriel P√©castaing-Boissi√®re, Les Actrices victoriennes : Entre marginalit√© et conformisme, Paris, L'Harmattan, , 270 p. (ISBN 978-2-7475-5431-2, lire en ligne)).

Références

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Compléments

Bibliographie

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Liens externes

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