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Beno√ģt de Boigne

Beno√ģt Leborgne (n√© ¬ę Benoist Le Borgne ¬Ľ)[1], plus connu sous le nom de Beno√ģt de Boigne, comte de Boigne ou encore g√©n√©ral-comte de Boigne, n√© le [1] √† Chamb√©ry (alors duch√© de Savoie du Royaume de Sardaigne) et mort dans la m√™me ville, le , est un aventurier savoyard qui fit fortune aux Indes. Il fut √©galement nomm√© pr√©sident du conseil g√©n√©ral du d√©partement du Mont-Blanc par l'empereur Napol√©on Ier.

Beno√ģt de Boigne
Beno√ģt de Boigne
Portrait du général de Boigne représenté en uniforme de lieutenant-général, peinture de Pierre Emmanuel Moreau datant de 1830

Naissance
Chambéry (Royaume de Sardaigne)
D√©c√®s (√† 79 ans)
Chambéry (Royaume de Sardaigne)
Origine Royaume de Sardaigne Royaume de Sardaigne
(Drapeau de la Savoie Duché de Savoie)
Allégeance 1768-73 Drapeau du Royaume de France Royaume de France
1773-74 Drapeau de l'Empire russe Empire russe
1784-95 Drapeau de l'Empire marathe Empire marathe
1824-30 Royaume de Sardaigne Royaume de Sardaigne
Grade Général
Ann√©es de service 1768 ‚Äď 1796
Conflits Guerre russo-turque 1768-1774
Guerres Mahrattes 1784-1795
Distinctions 1814 - Croix de Saint-Louis
1815 - Légion d'Honneur
1816 - Titre comtal
1824 - Grand croix de l'ordre des Saints-Maurice et Lazare
1827 - Président honoraire et perpétuel de la Société Royale Académique
Hommages Fontaine des éléphants
Maison de Boigne
Rue de Boigne
Autres fonctions Titulaire d'un jaghir - Président du conseil général du département du Mont-Blanc
Famille Famille de Boigne
1788 - 1798
Premier mariage, 2 enfants
1798 - 1830
Second mariage, pas d'enfant

Fils de commer√ßants bien √©tablis, il fit une carri√®re militaire. Form√© au sein de r√©giments europ√©ens, il rencontra le succ√®s en Inde en se mettant au service de Mah√Ęd√Ęj√ģ Sindhia, qui r√©gnait sur l'empire marathe, en Inde. Celui-ci lui confia la cr√©ation et l'organisation d'une arm√©e. Devenu g√©n√©ral, il entra√ģna et commanda une force de pr√®s de cent mille hommes organis√©e sur le mod√®le europ√©en qui permit √† la Conf√©d√©ration marathe de dominer l'Inde du nord et de rester le dernier √Čtat autochtone de l'Hindoustan √† r√©sister aux Anglais[2]. Parall√®lement au m√©tier des armes, Beno√ģt de Boigne exer√ßa √©galement des activit√©s commerciales et administratives. Il fut, entre autres, titulaire d'un jaghir.

Apr√®s une vie mouvement√©e, Beno√ģt de Boigne revint en Europe, d'abord en Angleterre, o√Ļ il se remaria avec une √©migr√©e fran√ßaise Ad√®le d'Osmond, fille du 4e marquis d'Osmond, d'une antique et illustre famille normande (apr√®s avoir r√©pudi√© sa premi√®re √©pouse d'origine persane), puis en France, √† Paris durant le Consulat, et enfin en Savoie, sa terre d'origine. Devenu notable, il consacra la fin de sa vie √† des Ňďuvres de bienfaisance au profit de Chamb√©ry, sa ville natale. Le roi de Sardaigne lui attribua le titre de comte.

Biographie

Ses racines savoyardes

Les parents du général-comte de Boigne furent marchands de pelleteries à Chambéry en Savoie.
Portrait de Beno√ģt de Boigne r√©alis√© par Boilly en 1823.

N√© le , Beno√ģt Leborgne est le fils d'un marchand de pelleteries de Chamb√©ry. Son grand-p√®re paternel, n√© √† Burneuil en Picardie, s'√©tait install√© √† Chamb√©ry, dans le duch√© de Savoie, au d√©but du XVIIIe si√®cle. En 1709 il √©pousa Claudine Latoud[3]. Ils eurent treize enfants, dont seulement quatre atteignirent l'√Ęge de vingt ans, et √©tablirent un n√©goce de fourrures rue Tupin √† Chamb√©ry.

Cette boutique marqua le jeune Beno√ģt Leborgne. Dans ses M√©moires, il raconte comment il √©tait fascin√© par l'enseigne exotique de ce magasin[3] : celle-ci repr√©sentait, avec des couleurs vives, des animaux sauvages parmi lesquels figuraient des lions, des √©l√©phants, des panth√®res et des tigres, avec en dessous pour devise : ¬ę Vous aurez beau tout faire, vous aurez beau crier, vous viendrez tous chez Leborgne, le pelletier ¬Ľ[3]. L'imagination de l'enfant est alors galopante, il interroge r√©guli√®rement ses parents et grands-parents sur ces animaux. Il veut savoir o√Ļ ils vivent, les voir et conna√ģtre ces contr√©es lointaines qui accueillent une faune si diff√©rente et singuli√®re[3].

Son p√®re, Jean-Baptiste Leborgne, est contraint par son m√©tier √† de fr√©quents voyages. Il parcourt toutes les foires √† sauvagine d'o√Ļ il rapporte des fourrures d'ours, de renards, de castors, de martres et de bien d'autres esp√®ces d'animaux[3]. Le commerce le pousse parfois jusqu'en √Čcosse. Il songe √† plusieurs reprises √† se rendre aux Indes, projet auquel sa femme s'oppose mais qui marque son fils[3].

Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents dont Claude, le fr√®re de Beno√ģt de Boigne, fut membre.

L'enfant est n√© d'un mariage d'amour. Sa m√®re, H√©l√®ne Gabet, est issue d'une lign√©e de notaires tr√®s proches du S√©nat de Savoie. Bien que sa famille soit peu enthousiasm√©e par son alliance avec un petit commer√ßant de fourrures, ils consentent √† l'union[4]. Ce mariage heureux donne naissance √† sept enfants dont le troisi√®me est Beno√ģt. Parmi ses trois fr√®res et ses trois sŇďurs, certains ont eu un parcours remarquable. Ainsi, Antoine-Fran√ßois entre √† la Chartreuse avant de perdre sa vocation[4] : influenc√© par les id√©es r√©volutionnaires fran√ßaises, il quitte sa condition et se marie. Son fr√®re Joseph est, quant √† lui, un brillant avocat √† Turin. Beno√ģt, qui est destin√© au barreau[5], n'est pas le seul √† √™tre un aventurier attir√© par les horizons lointains. Son fr√®re Claude se rend √† Saint-Domingue. Emprisonn√© √† Paris durant la Terreur[3], il devient quelque temps plus tard d√©put√© de l'√ģle de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents pendant le Directoire[4]. Sous le Premier Empire, il est nomm√© fonctionnaire √† Paris. Il prend le titre de baron de Boigne. Ce titre fut donn√©, comme cela fut le cas pour le titre de Beno√ģt accord√© par le roi de Sardaigne, en 1816[4]. √Ä l'√Ęge de dix-sept ans, Beno√ģt Leborgne blesse un officier sarde lors d'un duel. Cette m√©saventure l'emp√™che d'int√©grer la Brigade de Savoie[4]. Il s'engage alors dans l'arm√©e fran√ßaise.

Début de sa carrière militaire au sein d'un régiment irlandais

Sa carri√®re militaire d√©bute dans le nord de la France. Il est simple soldat[6] au sein du r√©giment irlandais de Louis XV[7] dirig√© par lord Clare et cantonn√© en Flandre. Ce r√©giment est form√© essentiellement d'√©migr√©s irlandais ne souhaitant pas servir les Anglais[8]. √Ä l'√©poque les Irlandais qui quittaient leur terre natale, se rendaient g√©n√©ralement soit en France soit dans les treize colonies d'Am√©rique du Nord, l√† o√Ļ leur haine pour la tutelle anglaise trouvait un √©cho. Il y apprend peu √† peu les rudiments du m√©tier et l'anglais[8]. Il √©coute les r√©cits militaires de ses sup√©rieurs et plus particuli√®rement ceux du major Daniel-Charles O'Connel qui raconte ses faits d'armes aux Indes. Il retrouve bien plus tard en Angleterre ce major qui lui permet de faire la rencontre de sa future femme Ad√®le[8]. Au sein de ce r√©giment, il participe √† de nombreuses campagnes militaires qui le font voyager √† travers l'Europe mais qui l'emm√®nent √©galement dans les √ģles de l'oc√©an Indien et notamment √† l'√ģle Bourbon[8]. En 1773, √† 22 ans, Beno√ģt Leborgne donne sa d√©mission. L'Europe est alors en paix et en cons√©quence ses chances d'avancement sont devenues minces. De plus les d√©c√®s de lord Clare et du colonel Meade qui entra√ģnent de nombreux changements, le confortent dans sa d√©cision de quitter le r√©giment[8].

Le régiment du comte Orlov et la guerre russo-turque

Portrait du g√©n√©ral de Boigne en costume de ¬ę Chevalier-Tireur ¬Ľ peint par Pierre Emmanuel Moreau

En quittant le r√©giment irlandais, le jeune Beno√ģt Leborgne apprend par les gazettes que le comte Orlov l√®ve, au nom de la tsarine Catherine II[9], un r√©giment grec pour pr√©parer une attaque contre l'Empire ottoman. √Ä l'√©poque la Russie en pleine expansion tente d'obtenir un d√©bouch√© sur la mer Noire et utilise √† cette fin les sentiments anti-turcs des peuples sous domination ottomane[10]. Beno√ģt Leborgne voit dans cette entreprise une opportunit√© pour assouvir ses d√©sirs d'aventure, de conqu√™tes militaires et de voyages exotiques[10]. Il fait un bref s√©jour √† Chamb√©ry, au cours duquel il obtient une lettre de recommandation d'une des clientes de sa m√®re aupr√®s d'un cousin, connaissance intime d'Orlov[9]. Il se rend d'abord √† Turin, capitale du royaume de Sardaigne, o√Ļ il obtient gr√Ęce √† sa lettre un appui du cousin du comte Orlov . Il prend ensuite la direction de la V√©n√©tie puis effectue la travers√©e jusqu'en mer √Čg√©e[11]. Il d√©barque √† Paros, o√Ļ le comte Orlov est en train de former son r√©giment gr√©co-russe. Celui-ci accepte sa candidature et l'int√®gre √† ses effectifs[11].

Il constate tr√®s vite que cet engagement, r√©sultat d'un coup de t√™te, est une erreur[11]. Le comte lui a confi√© ses doutes sur la future campagne militaire et sur les chances de victoires. Ces pr√©visions pessimistes sont tr√®s vite confirm√©es. Les Turcs l'emportent sur l'√ģle de T√©n√©dos[12] et la guerre russo-turque de 1768-1774 prend fin pour le jeune Chamb√©rien[13] : si une partie des soldats du r√©giment r√©ussissent √† rembarquer et √† s'√©chapper, Leborgne fait partie de ceux qui sont captur√©s. Emmen√© √† Constantinople, il devient esclave[5] et doit effectuer de basses besognes durant de nombreuses semaines[2]. Son calvaire prend fin lorsque son propri√©taire turc a recours √† sa connaissance de l'anglais, acquise au sein du r√©giment irlandais, pour commercer avec un anglais, lord Algernon Percy[13]. Ce dernier, surpris de voir un Europ√©en esclave d'un Turc, fait en sorte de le faire lib√©rer par l'interm√©diaire de l'ambassade anglaise[13].

L'appel des Indes

Vue de la ville de Smyrne.

Les Turcs lib√®rent le futur Beno√ģt de Boigne apr√®s une semaine de n√©gociations avec l'ambassade anglaise[14]. Lord Algernon Percy prend alors le Savoyard comme guide dans l'archipel grec jusqu'√† ce que celui-ci se rende √† Paros pour se faire licencier de son r√©giment[14]. D√©sormais, il est libre de toute contrainte mais il a pour unique ressource sa derni√®re solde re√ßue avant son licenciement[14]. Il d√©cide de se rendre √† Smyrne, qui conna√ģt √† l'√©poque une p√©riode de prosp√©rit√©. Le centre portuaire de la ville est en plein essor[15]. Sur place, Leborgne rencontre plusieurs marchands venus de tous horizons, en particulier des Indes[14]. Ces derniers lui font le r√©cit de leurs voyages. √Ä l'√©poque les terres indiennes √©taient cr√©dit√©es de fabuleuses richesses et beaucoup d'aventuriers s'y rendaient en vue d'y faire fortune. On citait notamment les nombreuses mines de diamants de Golconde, les saphirs de Ceylan. Certains de ces marchands lui exposent √©galement leurs th√©ories sur l'existence de voies commerciales passant par le nord des Indes. Il est question d'exploration du Haut-Cachemire ou de passage le long des glaciers du Karakoram[14]. Enfin, les marchands expliquent au Savoyard que beaucoup de rajahs recherchent r√©guli√®rement des officiers europ√©ens afin d'y organiser et d'y commander leurs arm√©es[14].

Ces r√©cits d√©cident Leborgne √† tenter sa chance aux Indes. Il lui reste √† trouver un moyen de transport et quelques finances pour cette entreprise. Gr√Ęce √† son ami lord Algernon, il poss√®de des lettres d'accr√©ditation aupr√®s de Warren Hastings et George Macartney aux Indes[14]. Il demande √©galement des lettres d'accr√©ditation russes. Il fait appel au comte Orlov √† Saint-P√©tersbourg[14] qui lui obtient une audience aupr√®s de la tsarine Catherine II. Leborgne lui explique qu'il veut d√©couvrir de nouvelles voies d'acc√®s aux Indes en passant par l'Afghanistan ou le Cachemire. La tsarine d√©sireuse d'√©tendre son influence jusqu'aux terres afghanes apporte son soutien √† ce projet[16]. En cette fin de d'ann√©e 1777, Leborgne entame un voyage fertile en p√©rip√©ties. Apr√®s avoir tent√© de passer par la voie terrestre il renonce et d√©cide de rejoindre sa destination par la voie maritime. Durant son trajet vers l'√Čgypte, ses affaires, dont les pr√©cieuses lettres d'accr√©ditation, sont emport√©es par la mer au cours d'une temp√™te[16]. Ne pouvant revenir en arri√®re, il se r√©sout √† se rendre au consulat d'Angleterre o√Ļ il parvient √† rencontrer George Baldwin. Apr√®s de nombreuses discussions, on lui conseille de prendre du service √† la Compagnie anglaise des Indes orientales, et on lui remet une lettre de recommandation √† cet effet[16].

La conquête européenne des Indes

L'unit√© territoriale et politique de l'Empire moghol, s'effrite progressivement √† partir de la cr√©ation de Goa par les Portugais en 1510. L'arriv√©e des commer√ßants fran√ßais, n√©erlandais, anglais (puis britanniques) pr√©cipite le d√©clin de l'empire, tant ces derniers tirent profit de la division politique du sous-continent en installant des comptoirs, avant de les coloniser. Les Britanniques triomphent successivement de leurs rivaux europ√©ens puis des pouvoirs princiers locaux gr√Ęce √† la force militaire et l'√©conomie de comptoirs florissante de la Compagnie des Indes orientales, et parviennent √† asseoir leur domination sur l'Inde d√®s la moiti√© du XIXe si√®cle. Ils √©tablissent alors une puissante administration coloniale plac√©e sous la responsabilit√© directe de la Couronne britannique. Beno√ģt Leborgne fait partie de ces Europ√©ens qui b√©n√©fici√®rent de la confusion politique r√©gnante au sein de cet empire indien, en offrant ses services de mercenaire √† des princes indiens et en exer√ßant des activit√©s marchandes tr√®s lucratives. De nombreux contemporains europ√©ens comme lui font fortune. L'exp√©rience militaire europ√©enne, leur savoir en mati√®re de production d'armement notamment dans la canonnerie, ainsi que dans la mise en place de plans strat√©giques nouveaux, permet aux mercenaires europ√©ens, pour les plus opportunistes, d'acc√©der plus facilement √† des postes d'officier.

Son arrivée aux Indes et ses désillusions

Gravure représentant Warren Hastings d'après un tableau de Joshua Reynolds

En 1778, Beno√ģt Leborgne d√©barque aux Indes dans le port de Madras. Bien qu'√©merveill√© et enchant√© par ce pays si diff√©rent, le futur comte de Boigne conna√ģt des jours difficiles. Pour survivre, il donne des cours d'escrime[17], qui lui permettent de rencontrer un neveu du gouverneur Rumbold. On lui propose d'√™tre enseigne au 6e bataillon de cipayes, une troupe compos√©e d'indig√®nes lev√©e par la Compagnie Anglaise[17]. Il accepte l'offre afin d'assurer sa subsistance. Durant cette p√©riode de garnison, il s'initie aux mŇďurs locales et forme les troupes cipayes. Durant quatre ans, sa vie √† Madras se d√©roule sans gloire militaire, ce qui bient√īt lasse le Savoyard qui a de plus grandes ambitions. On lui explique qu'il pourrait trouver ce qu'il recherche en se rendant √† Delhi dans le nord du pays[17], o√Ļ l'empereur moghol Shah Alam tient sa cour. En effet, les seigneurs mahrattes et r√Ęjputs s'entourent d'Europ√©ens et leur confient le commandement de leurs arm√©es. Le nouveau gouverneur, lord Mac Cartney, lui remet des lettres le recommandant aupr√®s du gouverneur de la province du Bengale √† Calcutta[18]. Leborgne s'y rend par voie maritime.

Il y découvre un pays accablé par une chaleur insupportable dont les habitants vivent dans un dénuement extrême. Dès son arrivée, il est suivi par une nuée de mendiants. Il rencontre le gouverneur Warren Hastings[2] qui approuve le projet d'exploration du Savoyard[18]. Une nouvelle fois des lettres lui sont remises à destination d'Asaf-ud-Daulah, le rajah d'Aoudh dont la capitale est Lucknow et qui est un vassal des Anglais. En janvier 1783, il se met en route. Sur le trajet, il traverse de nombreux villages d'une extrême pauvreté tout en se familiarisant avec la vie culturelle et religieuse indienne. Il constate la présence de quartiers musulmans et hindouistes distincts[18].

Arrivée à Lucknow, Leborgne devient de Boigne

Peinture représentant Antoine-Louis Polier, Johann Zoffany, Claude Martin et John Wombwell.

Arriv√© √† Lucknow, une ville riche et commer√ßante, le Savoyard est accueilli favorablement par le nabab Asaf-ud-Daulah. Il est invit√© √† r√©sider chez le colonel Pollier, au service de la Compagnie Anglaise[19]. Comme lui explique par la suite Middleton, un Anglais pr√©sent lors sa rencontre avec le nabab, cette invitation est en fait un ordre, et en cas de refus le Savoyard aurait √©t√© jet√© en prison. Le colonel Pollier, de nationalit√© suisse[19], le re√ßoit chaleureusement. Apprenant que la ville abrite de nombreux Europ√©ens ; il rencontre deux d'entre eux parlant le fran√ßais, sa langue natale. Le premier, Claude Martin, est un Lyonnais qui a fait fortune aux Indes et le second, Drugeon, un Savoyard comme lui[20]. Beno√ģt Leborgne re√ßoit du nabab un k√©lat, richement d√©cor√© d'or et de diamants, accompagn√© de lettres de change pour Kandahar et Kaboul ainsi que de douze mille roupies[20]. Le nabab fait cinq mois durant du Savoyard, comme beaucoup d'autres, un captif volontaire. Pollier explique √† Leborgne que bien que les lettres de change lui aient √©t√© donn√©es, il doit encore patienter. En attendant, le Savoyard qui est d√©j√† bilingue, se consacre √† l'apprentissage du persan et de l'hind√ģ[20].

Il en profite √©galement pour changer de nom. Il se fait d√©sormais appeler de Boigne transcription inspir√©e de la prononciation des Anglo-Saxons (ceux-ci ont du mal √† prononcer le R de Le Borgne) qu'il fr√©quente depuis le r√©giment irlandais[21]. Avec son ami lyonnais[22], Beno√ģt de Boigne s'occupe en marchandant quelques bijoux d'argent, des tapis de soie ou encore des armes niell√©es d'or. Cependant cette activit√© n'est qu'un passe temps, en attendant son d√©part pour le nord du pays. Il va √©galement √† la chasse au tigre √† dos d'√©l√©phant en compagnie de Pollier et du nabab[21].

Départ de Lucknow pour Delhi, l'empereur Shah Alam face aux Mahrattes

Portrait du comte de Boigne, réalisé par Goutière, de 1835

En ao√Ľt 1783, il obtient l'autorisation de quitter Aoudh et sa capitale pour se diriger vers le nord √† la recherche de nouveaux passages[23]. Son voyage, effectu√© √† cheval, l'am√®ne dans la ville de Delhi en compagnie de Pollier qui doit lui aussi s'y rendre pour affaire. Au cours du trajet, il d√©couvre le Taj Mahal mais aussi des hauts lieux de la vie indienne, des petits royaumes, des tribus[23]. Arriv√© √† Delhi, Anderson, un r√©sident anglais, propose au Savoyard de lui obtenir une audience aupr√®s de l'empereur Shah Alam qui tient sa cour au Fort Rouge. Tr√®s rapidement, de Boigne et son ami sont convoqu√©s en audience[23]. Lors de cette rencontre, il expose √† l'empereur Shah Alam II son projet d'exploration. L'empereur repousse sa d√©cision (¬ę Nous verrons ¬Ľ). De Boigne s√©journe dans la ville en attendant une r√©ponse favorable. Au m√™me moment la situation de l'empereur se trouve radicalement modifi√©e[23]. En effet, le lendemain de l'audience, un √©dit imp√©rial attribue √† Madahaji Sindhia le gouvernement des provinces de Delhi et d'√āgr√Ę. En d'autres termes, le Mahratte devient r√©gent imp√©rial et le r√©el d√©tenteur du pouvoir temporel alors que l'empereur Shah Alam, sans √™tre d√©chu, n'a plus aucun pouvoir politique et n'est plus qu'un souverain d'apparat[24]. En 1790, il r√©sume la politique indienne de l'√©poque en affirmant :

¬ę Le respect envers la maison de Timour (la dynastie moghole) r√©gnait √† tel point que, quoique toute la p√©ninsule se fut successivement soustraite √† son autorit√©, aucun prince de l'Inde ne s'√©tait arrog√© le titre de souverain. Sindhia partageait le respect, et Shah Alam (Sh√Ęh √ālam II) √©tait toujours assis sur le Tr√īne Mogol, et tout se faisait en son nom. ¬Ľ

‚ÄĒ Beno√ģt de Boigne

Au milieu de ces bouleversements politiques, de Boigne rencontre un Européen, ami de Pollier, Pierre Antoine Le Vassoult. Ce dernier est au service de la bégum. Durant cette il rencontra Begum Samru Joana, une femme influente respectée par l'empereur mais également par ses adversaires mahrattes[24]. Pendant quelques jours, il demeure à Delhi sans pouvoir partir vers le nord, l'administration locale ne lui en donnant pas l'autorisation. Cependant, il rencontre une nouvelle fois Le Vassoult qui l'invite à se rendre au camp de Sindhia en sa compagnie[24].

Beno√ģt de Boigne vol√© par les Mahrattes et trahi par les Rajpoutes

Vue de la citadelle Gwalior

Les Mahrattes avaient √©tabli un camp pour assi√©ger la citadelle Gw√Ęlior, dans laquelle l'√Čcossais Sangster, rencontr√© par de Boigne lors de son s√©jour √† Lucknow, tenait garnison[25]. Arriv√© au camp, leur accueil est cordial. Le Vassoult pr√©sente son ami comme un militaire des plus valeureux[25]. Une tente est attribu√©e √† de Boigne. Cependant alors qu'il est de sortie, ses bagages sont d√©rob√©s et avec eux les pr√©cieuses lettres de change d'Hastings mais aussi celle sur Kaboul-Peshawar. Tr√®s vite, il apprend que ce vol est commandit√© par Sindhia qui veut se renseigner sur cet Europ√©en qui lui semble suspect[25]. D√©sireux de se venger, il entreprend de rejoindre discr√®tement la citadelle assi√©g√©e et l'√Čcossais Sangster afin de lui proposer d'attaquer le camp mahratte[25]. Alors qu'il attend une r√©ponse positive, il est appel√© par le mahratte Sindhia √† qui ses plans ont √©t√© r√©v√©l√©s : le Savoyard doit expliquer que ses actes sont une r√©ponse √† l'affront occasionn√© par le vol de ses bagages et de ses lettres de change[25].

Le Mahratte lui explique ses craintes de voir le projet d'exp√©dition dans le nord de l'Inde √™tre le pr√©lude √† une invasion des Afghans[26]. Apr√®s ces explications, Sindhia propose cependant au Savoyard le commandement de la garde du camp que celui-ci refuse. Vex√©, le Mahratte lui donne cong√© sans pour autant lui rendre ses pr√©cieux papiers[26]. Cette m√©saventure lui permet de prendre conscience que son projet d'exp√©dition d√©pla√ģt fortement aux Indiens. Il se r√©sout √† abandonner son projet. Son accrochage avec Sindhia parvient aux oreilles des ennemis de celui-ci et, en premier lieu, √† celles du rajah de Jaipur qui cherchait un officier europ√©en capable de former deux bataillons[26]. Le Savoyard accepte l'offre et s'en retourne √† Lucknow pour y lever et y former des hommes. M√©fiant, les Anglais demandent √† de Boigne de venir s'expliquer aupr√®s de Hastings qui, rassur√© sur ses intentions, ne met pas de veto √† l'entreprise. Une fois les bataillons recrut√©s et op√©rationnels, de Boigne et ses hommes prennent le chemin de Jaipur[26]. Cependant, en cours de route, ils sont stopp√©s √† Dholpur par un petit seigneur local dont la forteresse bloque l'unique passage. En √©change d'une ran√ßon, il accepte de les laisser passer. Cet √©pisode d√©pla√ģt au rajah de Jaipur qui cong√©die de Boigne, sans aucune indemnit√©, tout en conservant ses deux nouveaux bataillons[27].

Au service de l'empire mahratte et la conquête des Indes

L'empire marathe à son apogée vers le milieu du XVIIIe siècle.

Apr√®s un temps d'errance, le futur comte de Boigne retrouve encore son ami Le Vassoult[28]. Ce dernier lui permet de faire la connaissance de la b√©gum Samru Joana[27]. Cette chef d'arm√©e confie √† de Boigne que Sindhia, le chef mahratte, le regrette beaucoup. Bien que celui-ci se m√©fie de ses projets d'exploration, et malgr√© leur diff√©rend cons√©cutif √† la confiscation des bagages du Savoyard, Sindhia a √©t√© impressionn√© par les capacit√©s des deux bataillons qu'il a form√©s par sur le mod√®le europ√©en qui contrastent avec ses propres troupes mal organis√©es. De Boigne finit par accepter d'entrer au service des Mahrattes[27]. Il est charg√© d'organiser une fonderie de canons √† √āgr√Ę ainsi que d'√©quiper et armer mille sept cents hommes en deux bataillons[29]. Il vit d√®s lors une vie de grand officier et devient tr√®s vite un homme influent. L'un des premiers faits d'armes sous son commandement est, en octobre 1784, la prise de la citadelle Kallingarh dans la r√©gion du Bundelkund[29]. Le rajah de cette r√©gion finit par traiter avec de Boigne, ce qui permet √† Sindhia d'entrer en ma√ģtre √† Delhi. Le chef mahratte se nomme lui-m√™me Colonel de l'empire et premier ministre. Cette prise de pouvoir engendre de nombreux conflits et de nombreuses trahisons[29].

Plusieurs batailles ont lieu entre Mahrattes, Moghols, Rajpoutes et Rathors (Rajpoutes de Marwar/Jodhpur et Bikaner), au cours des ann√©es suivantes. L'ann√©e 1788 est particuli√®rement mouvement√©e[30]. Le 10 ao√Ľt, Gholam Kadir, un des principaux protagonistes, fait arracher les yeux de l'empereur Shah Alam[30]. Le 14 ao√Ľt, l'arm√©e mahratte alli√©e √† celle de la b√©gum Samru Joana et √† celle de son ancien ennemi Isma√ęl Beg entrent dans Delhi pour reprendre la ville qu'ils avaient perdue un temps. Kadir s'√©chappe mais est captur√©. Les Mahrattes le tuent, en lui arrachant, entre autres, les yeux, en lui coupant les oreilles et le nez[30]. Ses d√©pouilles sont par la suite remises √† l'empereur. Une nouvelle fois Mahadaji Sindhia triomphe et redevient le v√©ritable d√©tenteur du pouvoir politique du pays. De Boigne √† cette p√©riode propose √† Sindhia la cr√©ation d'une brigade de dix mille hommes afin de consolider l'assise politique et militaire du nouveau ma√ģtre des Indes[30]. Celui-ci refuse par manque de tr√©sorerie mais √©galement parce qu'il a des doutes sur la sup√©riorit√© de la combinaison artillerie-infanterie par rapport √† la cavalerie qui constitue la force des arm√©es mahrattes. Ce refus entra√ģne un nouveau diff√©rend entre les deux hommes. L'officier europ√©en donne alors sa d√©mission. √Ä nouveau sans emploi, il retourne √† Lucknow[31].

Démission de l'armée mahratte, vie commerçante et premier mariage

De retour √† Lucknow, de Boigne retrouve ses amis Antoine-Louis Polier et surtout le lyonnais Claude Martin[31]. Ce dernier r√©ussit √† convaincre le Savoyard de participer √† ses activit√©s commerciales. Bien que ce dernier ne se sente pas l'√Ęme d'un commer√ßant, il peut en revanche utiliser ses qualit√©s militaires. √Ä l'√©poque, les routes des Indes sont peu s√Ľres et m√™me certains comptoirs de commerce en ville sont parfois d√©valis√©s[31]. Claude Martin, aid√© de de Boigne, cr√©e un d√©p√īt dans un ancien fort[32]. Sa r√©alisation est confi√©e √† de Boigne : des salles fortes sont construites, des gardes arm√©s et incorruptibles sont engag√©s et form√©s. Tr√®s vite cette entreprise remporte un grand succ√®s. Parall√®lement, le Savoyard exerce une activit√© de n√©gociant en pierreries, cuivres, or, argent, indigo, ch√Ęles cachemires, soieries et d'√©pices[32]. Le futur comte de Boigne, devenu un homme riche, poss√®de une r√©sidence luxueuse avec de nombreux serviteurs, une cave et des chevaux de grande valeur[32]. Durant cette p√©riode, Il tombe √† Delhi sous le charme d'une jeune fille pr√©nomm√©e Nour (lumi√®re en persan). Celle-ci est la fille d'un colonel de la garde persane du Grand Moghol qu'il a rencontr√© pour r√©gler un simple litige. Il sollicite le jour m√™me, aupr√®s du colonel, la main de sa fille[32]. Apr√®s une longue discussion, le p√®re accepte bien que de Boigne ait refus√© de se convertir √† l'Islam[32]. Il fait la cour √† Nour, celle-ci s'exprime parfaitement en anglais. La c√©r√©monie du mariage qui dure plusieurs jours a lieu d'abord √† Delhi, avec de fastueux repas puis plus simplement √† Lucknow (1788). Sa femme lui donne deux enfants, une fille en 1790 et un fils en 1791[33].

Un général au service de l'Empire mahratte et titulaire d'un jaghir

Beno√ģt de Boigne fut pourvu d'un √©l√©phant de parade appel√© Bhopal.

En 1788, Sindhia prend discr√®tement contact avec de Boigne[34]. Le Mahratte a de grandes ambitions. Il souhaite unir l'Inde du nord et l'Inde du nord-ouest. √Ä l'√©poque, les Rajpoutes ont des relations tendues avec les Mahrattes. Les paysans sont de plus en plus hostiles aux Mahrattes qui les √©crasent d'imp√īts. Sindhia r√©ussit √† convaincre de Boigne de revenir √† son service[35]. Il lui demande d'organiser une brigade de douze mille hommes en un an (de janvier 1789 √† janvier 1790). Le Savoyard en obtient ensuite le commandement en chef[36], et le grade de g√©n√©ral : il ne rel√®ve d√®s lors plus que du rajah. Pour pouvoir r√©gler la solde de ses hommes, Sindhia propose √† son nouveau g√©n√©ral un jaghir, c'est-√†-dire un fief accord√© √† titre viager avec pour seule contrepartie le versement d'une redevance au tr√©sor imp√©rial[37]. √Ä la mort du titulaire, le jaghir est remis √† un autre officier m√©ritant. Dans les faits, ces fiefs devenaient des biens h√©r√©ditaires. Les revenus tir√©s du jaghir doivent permettre √† l'officier de payer ses hommes[37]. Il se voit attribuer le DońĀb, qui est une r√©gion de plaine dont la superficie est √©quivalente en taille √† trois ou quatre d√©partements fran√ßais et qui se situe entre Delhi et Lucknow dans le nord de l'Inde. Cette plaine √©tait recouverte de jungles et comporte plusieurs villes telles que Meerut, Ko√ęl et Aligarh[37]. La venue et l'√©tablissement d'une brigade sur ces terres redonne courage aux paysans locaux. Il doit investir une part de ses √©conomies dans la r√©novation de ce nouveau territoire. Il construit une citadelle ainsi que des magasins ce qui favorise l'essor du commerce et de l'industrie[37].

Le camp militaire cr√©√© par de Boigne est tr√®s europ√©anis√©. Pour encadrer la nouvelle brigade, il engage Drugeon, un Savoyard, Sangster, un √Čcossais, Hessing, un Hollandais, mais √©galement Fr√©mont et Pierre Cuillier-Perron[38], tous deux Fran√ßais, ainsi qu'un Allemand, Anton (Anthony) Pohlmann, et un Italien, Filoze[37]. La langue administrative et militaire devint le fran√ßais. Le drapeau de la Savoie (rouge avec une croix blanche) sert d'insigne √† la nouvelle brigade[39]. En raison de son grade militaire √©lev√©, Sindhia oblige de Boigne √† se constituer une garde personnelle. Celui-ci choisit cinq cents Sikhs et Persans[39]. La brigade qu'il organis√© est constitu√©e de neuf bataillons d'infanterie disposant chacune de son artillerie et son train des √©quipages. L'artillerie de la brigade est constitu√©e d'environ cinquante canons en bronze dont la moiti√© sont de gros calibre et transport√©s par des bŇďufs, les autres pi√®ces √©tant transport√©es par des √©l√©phants et des chameaux[39]. La brigade de Boigne invente √©galement une arme compos√©e de six tubes de mousquets joints entre eux. La brigade est soutenue par trois mille cavaliers d'√©lite, cinq mille serviteurs, conducteurs d'attelages, charpentiers, forgerons... En outre, Beno√ģt de Boigne forme, nouveaut√© pour les Indes, un corps d'ambulance[40], charg√© de recueillir les bless√©s amis comme ennemis ce qui d√©pla√ģt √† Sindhia. Beno√ģt argumente que les ennemis soign√©s correctement et non d√©laiss√©s comme c'√©tait coutume de le faire aux Indes, accepteraient volontiers de rentrer au service de la brigade et donc de changer de camp. S'ils n'acceptent pas d'int√©grer la brigade, les ennemis seraient lib√©r√©s sans √™tre tu√©s[41]. Le chef mahratte finit par accepter cette innovation dans la mesure o√Ļ Beno√ģt en assume la charge financi√®re. Le Savoyard acquiert un √©l√©phant de parade surnomm√© Bhopal. La pr√©paration de la brigade est achev√©e en 1790[40].

Succession des campagnes militaires et des victoires

Portait de Beno√ģt de Boigne apr√®s la bataille de Patan.

D√®s 1790, la brigade doit affronter les Rajpoutes, Isma√Įl Beg ainsi que les rajahs de B√ģk√Ęner et Jaipur, les Rathors. De Boigne d√©cide de frapper cette coalition par surprise le 23 mai. Il peut d√©sormais exprimer pleinement ses talents militaires[40]. Il encha√ģne les victoires. Il devient un strat√®ge reconnu et craint par tous. La compagnie des Indes, elle-m√™me, voit d'un tr√®s mauvais Ňďil cette nouvelle arm√©e mahratte d√©sormais dangereuse pour leur domination. En six mois au cours de l'ann√©e 1790, dans un terrain hostile au relief accident√©, sa brigade d√©fait cent mille hommes, confisque deux cents chameaux ainsi que deux cents canons, plusieurs bazars, cinquante √©l√©phants[42]. L'arm√©e mahratte prend d'assaut dix-sept forteresses. Elle remporte plusieurs batailles d√©cisives dont les plus disput√©es sont Patoun, Mairtah et Ajmer. Les Rajpoutes reconnaissent l'autorit√© de Sindhia en tant que premier ministre[42]. Les Mahrattes sont d√©sormais les ma√ģtres de l'Inde du nord et du nord-ouest. Durant ces campagnes militaires, Beno√ģt continue √† distance son association commerciale avec Claude Martin. Sindhia, plus puissant que jamais, demande √† Beno√ģt de lever deux brigades suppl√©mentaires. Celles-ci sont form√©es et leur commandement est confi√© par Beno√ģt √† Fr√©mont et Perron assist√©s de Drugeon[42].

Beno√ģt de Boigne restaurera le Taj Mahal qui mena√ßait de s‚Äôeffondrer durant sa pr√©sence aux Indes.

Pendant un certain temps, Beno√ģt de Boigne peut jouir de sa nouvelle position sociale et du respect que lui valent ses victoires ainsi que les r√©formes qu'il a entreprises au sein de son jaghir. Il fait restaurer le Taj Mahal, menac√© par la ruine[7]. Il se fait b√Ętir une maison √† colonnes entour√©e d'un vaste jardin. Sa table est ouverte √† toutes les personnalit√©s en vue du moment[43]. Sa popularit√© est immense. Mais le calme est de courte dur√©e, et les campagnes militaires reprennent bient√īt. Les Mahrattes de l'Inde centrale jaloux de leurs cousins du nord se font mena√ßants[43]. Aid√© par le Peshw√Ę de Pune et pouvant compter sur l'appui de l'ennemi traditionnel de Sindhia, Isma√Įl Beg, cette nouvelle coalition menace le jeune empire mahratte du nord de l'Inde. Le . Les n√©gociations diplomatiques et les promesses de titres imp√©riaux ne parviennent pas √† stopper cette coalition[43]. Isma√Įl Beg et le Holkar d'Indore, un autre protagoniste marathe hostile √† Sindhia, engagent leurs troupes. Les hommes de Beno√ģt de Boigne remportent rapidement la victoire. Les brigades de Sindhia sont d√©sormais redout√©es. Isma√Įl Beg est fait prisonnier mais sa vie est √©pargn√©e car Beno√ģt de Boigne admire son adversaire qui a su se montrer t√©m√©raire et combatif[43]. Beno√ģt affronte ensuite Holkar et remporte une quatri√®me victoire in extremis, la plus √©clatante selon Beno√ģt. Le Savoyard prend √† cette √©poque conscience de la folie que repr√©sente la guerre[44]. Le rajah de Jaipur, qui se sent d√©sormais en position de faiblesse, pr√©f√®re faire la paix. Beno√ģt est r√©compens√© par Sindhia qui agrandit son jaghir et donne √©galement un jaghir au fils de Beno√ģt alors que celui-ci n'est √† l'√©poque qu'un enfant[44].

L'homme de confiance des chefs mahrattes et les évènements européens

Statue de Beno√ģt de Boigne au sommet de la fontaine des √©l√©phants √† Chamb√©ry.

Sindhia, le chef mahratte est devenu un homme puissant. Il d√©tient le r√©el pouvoir politique en Inde. Ses ennemis sont nombreux et envient son pouvoir[44]. Comme ils ne peuvent rivaliser sur le plan militaire, le chef mahratte doit faire face aux conspirations, aux intrigues et aux trahisons. Beno√ģt de Boigne demeure fid√®le √† Sindhia et ce dernier en fait son homme de confiance. Beno√ģt se trouve alors diriger non seulement son jaghir mais √©galement √† pr√©sent toutes les affaires imp√©riales du nord et du nord-ouest de l'Inde[44]. Son autorit√© politique et morale est incontest√©e. Le ministre Gopal Rao, notamment, se rend √† Algarth chez le g√©n√©ral europ√©en afin de d√©montrer sa loyaut√© √† Sindhia[45], son fr√®re √©tant connu pour comploter avec Nana Farnavis (en) √† Poona. Alors que les Indes sont f√©d√©r√©es politiquement sous l'autorit√© des Mahrattes, la situation politique en Europe subit de profonds changements. La R√©volution fran√ßaise de 1789 a boulevers√© l'√©quilibre europ√©en et par ricochet les empires coloniaux[45]. Le , une assembl√©e savoyarde proclame l'union √† la France, Beno√ģt de Boigne devient jusqu'en 1815 fran√ßais √† part enti√®re. Les brigades de l'arm√©e mahratte organis√©es par Beno√ģt sont command√©es par des officiers europ√©ens divis√©s par la situation politique en Europe : les deux Fran√ßais sont l'un, royaliste, l'autre, r√©publicain. Dans ce contexte, Beno√ģt de Boigne reste prudent et tente de pr√©server son arm√©e de ces passions politiques[45]. Il s'inqui√®te davantage de la situation de Sindhia rest√© √† Poona. Le chef mahratte lui demande de lui envoyer du secours car il doit lutter contre les intrigues anglaises, mais √©galement contre celles orchestr√©es par d'Holkar et Nana Farnavis. Beno√ģt lui exp√©die dix mille hommes avec √† leur t√™te l'officier Perron[45].

Perron ne peut arriver √† temps et le , Mah√Ęd√Ęj√ģ Sindhia succombe dans une embuscade organis√©e par Nana Farnavis. √Ä la mort de Sindhia, de Boigne aurait pu s'emparer du pouvoir et devenir le ma√ģtre de l'Hindoustan, du nord et du nord-ouest de l'Inde s'il l'avait voulu[45]. Shah Alam propose √† Beno√ģt de devenir le r√©gent imp√©rial. Cependant, le g√©n√©ral savoyard reste loyal √† Daulat R√Ęo Sindhia[46], le neveu et successeur l√©gitime de Sindhia[47]. Beno√ģt de Boigne se rend vite compte que la situation politique a chang√©. Son ambition de voir un jour les Indes f√©d√©r√©es et ind√©pendantes des autres nations, ne pourrait jamais se r√©aliser. Le successeur de Sindhia est un homme faible et versatile[47]. Les enjeux locaux sont √©galement boulevers√©s par les √©v√©nements europ√©ens. En 1795, apr√®s vingt ans de s√©jour aux Indes, sa sant√© se d√©gradant, il abandonne son commandement, installe √† sa place son homme de confiance Pierre Cuillier-Perron[38] et organise son d√©part pour l'Europe[48]. √Ä la fin de sa carri√®re aux Indes, il est √† la t√™te d'une arm√©e de pr√®s de cent mille hommes organis√©e sur le mod√®le europ√©en. La Conf√©d√©ration mahratte est ainsi le dernier √Čtat autochtone de l'Hindoustan √† r√©sister aux Anglais[2]. En novembre 1796, le g√©n√©ral savoyard quitte les Indes, accompagn√© de sa famille et de certains de ses serviteurs indig√®nes les plus fid√®les. Il vend sa garde personnelle aux Anglais avec l'accord de ses hommes pour un prix √©quivalent √† 900 000 francs-or germinal[49].

Retour en Europe et second mariage

Portrait d'Ad√©la√Įde d'Osmond, comtesse de Boigne, par Isabey.

Beno√ģt de Boigne part pour l‚ÄôAngleterre d‚Äôo√Ļ il suit les p√©rip√©ties de la R√©volution fran√ßaise ainsi que les √©v√®nements indiens[50]. Il se fait une raison et installe son m√©nage dans les environs de Londres. Beno√ģt a beau √™tre n√© savoyard, la R√©volution a fait de lui un Fran√ßais, et donc un ennemi potentiel des Anglais. Sa richesse et ses avoirs sont s√©questr√©s √† la banque. Cependant, l'√©pop√©e militaire de ce g√©n√©ral est connue de beaucoup de Britanniques qui ont fait campagne aux Indes[46]. Certains d'entre eux sont m√™me re√ßus √† sa table. Cette sympathie permet, au Savoyard devenu Fran√ßais, d'acqu√©rir la nationalit√© anglaise le . Cette nationalit√© est cependant conditionn√©e. Beno√ģt serait Anglais tant qu'il demeurerait en Angleterre ou dans l'une de ses colonies[51]. D√©sireux de quitter Londres, Beno√ģt acquiert une maison dans la campagne anglaise dans le Dorsetshire. √Ä pr√©sent au calme, le g√©n√©ral peut songer √† son avenir. Il souhaite rejoindre Chamb√©ry sa ville natale, mais la situation politique reste incertaine pour l'heure[51]. Il songe √† faire une carri√®re politique mais sa position n'est pas jug√©e suffisamment convenable par l'aristocratie anglaise qui exige d'un candidat qu'il dispose de nombreux soutiens, qu'il ait suivi des √©tudes dans une des prestigieuses √©coles du pays, mais √©galement qu'il ait une femme capable de tenir une conversation polic√©e et d'organiser des r√©ceptions[51].

Beno√ģt de Boigne fait baptiser sa famille et sa femme Nour devient H√©l√®ne[52]. Bien qu'√©tabli √† la campagne, il est proche de Londres et s'y rend r√©guli√®rement. Il y rencontre de nombreux √©migr√©s fran√ßais qui attendent de pouvoir revenir en France. En 1798, Beno√ģt de Boigne fait la rencontre de mademoiselle d‚ÄôOsmond[53] √Ęg√©e de seize ans[54]. Il r√©pudie sa premi√®re femme qui n'a pu s'adapter aux mŇďurs anglaises et est devenue de plus en plus distante en reprenant ses habitudes indiennes[53]. Le Savoyard ne vit alors que pour son nouvel amour. N'√©tant pas l√©galement mari√© √† H√©l√®ne, il s'accorde avec elle pour lui verser une rente et emploie un pr√©cepteur pour ses enfants. Il peut ainsi √©pouser le Ad√®le d'Osmond[53].

Second mariage malheureux et découverte de la France sous le Consulat

Bonaparte, Premier Consul
Ňíuvre du peintre Ingres.

Sa seconde femme, n√©e en 1781, est une √©migr√©e issue d'une ancienne famille noble, d√©sargent√©e, originaire de Normandie[53]. Pour conclure ce mariage avantageux, Beno√ģt de Boigne n'a pas r√©v√©l√© ses origines. Son d√©sir semble √™tre alors, apr√®s avoir men√© une vie aventureuse, de fonder une famille et de s'√©tablir en Europe gr√Ęce aux relations mondaines de sa femme. Le mariage est d'embl√©e un √©chec[55]. En Angleterre, Beno√ģt de Boigne a du mal √† se r√©adapter aux mŇďurs europ√©ennes. La diff√©rence d'√Ęge vient ajouter aux difficult√©s √† la vie de couple. Le g√©n√©ral savoyard est jaloux. Il doit √©galement prendre de l'opium pour calmer ses douleurs car il est atteint de dysenterie[55], ce que sa femme et sa belle famille lui reprochent bien qu'il se d√©fende d'en abuser. Durant cette p√©riode, la France entre dans la p√©riode du Consulat. Beaucoup d'√©migr√©s retournent sur le territoire fran√ßais[55]. De Boigne d√©cide de s'y rendre √©galement. En 1802, il s'installe √† Paris et sa femme s'√©tablit chez ses parents. Beno√ģt d√©couvre la capitale en pleine transformation sous l'√©gide du consul Bonaparte qui jouit alors d'une grande popularit√©[55]. Le , il apprend de Drugeon rest√© aux Indes que Perron a pris une importance consid√©rable, mais l'officier fran√ßais qui a succ√©d√© √† de Boigne, avide d'argent, s'est empar√© de l'Ňďuvre de son pr√©d√©cesseur savoyard pour en r√©colter les fruits et en acc√©l√©rer la d√©ch√©ance[50].

Beno√ģt de Boigne se lie d'amiti√© avec le g√©n√©ral Paul Thi√©bault. Ce dernier lui propose √† plusieurs reprises de rencontrer Napol√©on Bonaparte afin de devenir officier de l'arm√©e fran√ßaise. Cependant le Savoyard qui a atteint la cinquantaine ne souhaite pas devenir colonel et se retrouver sous les ordres d'officiers plus jeunes que lui. Malgr√© ce refus, l'offre est renouvel√©e[55]. En effet en 1803, le consul Bonaparte envoie une proposition √† Beno√ģt de Boigne √† laquelle celui-ci ne donne pas suite. Il lui demande de prendre le commandement d'un corps exp√©ditionnaire aux Indes[2]. Napol√©on propose au Savoyard le commandement de troupes franco-russes qui auraient acc√©d√© au nord de l'Inde en passant par l'Afghanistan en vue d'en chasser les Anglais[56]. Beno√ģt de Boigne ach√®te pour sa femme le ch√Ęteau de Beauregard. Elle y emm√©nage le . La propri√©t√© est c√©d√©e le √† Fran√ßois Borgh√®se, prince Aldobrandini, en √©change d'une maison situ√©e √† Ch√Ętenay[57].

Retour définitif en Savoie

Le ch√Ęteau de Lucey fut l'une des propri√©t√©s du comte de Boigne.

Beno√ģt de Boigne finit par rentrer d√©finitivement en 1807, en Savoie. L√†-bas il se fait appeler le ¬ę g√©n√©ral de Boigne ¬Ľ. Il habite seul le ch√Ęteau de Buisson-Rond sur la commune de Chamb√©ry[58], domaine qu'il avait acquis d√®s 1802 et qu'il avait fait luxueusement am√©nager pour son √©pouse[59]. Sa femme continue √† r√©sider en r√©gion parisienne o√Ļ elle occupe successivement les ch√Ęteaux de Beauregard puis de Ch√Ętenay. De cette vie parisienne, elle tire la mati√®re de ses c√©l√®bres M√©moires, qui sont publi√©s en 1907. La comtesse de Boigne vient rarement s√©journer au domaine de Buisson-Rond. Il lui arrive de donner quelques r√©ceptions mondaines durant les p√©riodes estivales lors de son retour des eaux d'Aix en compagnie de ses amis madame R√©camier, madame de Sta√ęl, Adrien de Montmorency et Benjamin Constant[60].

S√©pulture de Beno√ģt de Boigne √† l'√©glise Saint-Pierre de L√©menc de Chamb√©ry.
Statue de Beno√ģt de Boigne expos√©e √† la maison de retraite Saint-Beno√ģt de Chamb√©ry

Au retour des Bourbons, Beno√ģt de Boigne re√ßoit un brevet de mar√©chal de camp, dat√© du et la croix de Saint-Louis le 6 d√©cembre[61]. On honore ainsi l'√©poux d'Ad√®le d'Osmond et les Tuileries font plaisir √† la comtesse. Cependant Louis XVIII lui octroie, le , la L√©gion d'honneur pour les services qu'il a rendus comme pr√©sident du conseil g√©n√©ral du d√©partement du Mont-Blanc[61]. Tr√®s attach√© aux doctrines royalistes, de Boigne est un ardent partisan du gouvernement sarde. Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne et duc de Savoie, lui octroie en 1816 le titre de comte, puis Charles-F√©lix le fait grand-croix de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare[61]. Successivement en 1814 et 1816, il est nomm√© g√©n√©ral[60].

Beno√ģt de Boigne exerce de nombreuses activit√©s durant les derni√®res ann√©es de sa vie. Il g√®re son immense fortune. Il fait l‚Äôacquisition de nombreuses propri√©t√©s aux alentours de Chamb√©ry mais √©galement dans le Genevois par l'interm√©diaire de ses agents locaux, et dans l'ouest de l'actuel d√©partement de la Savoie[61] comme, en 1816 ou en 1817[62], le ch√Ęteau de Lucey ou encore le ch√Ęteau de La Mar. Il consacre beaucoup de son temps au d√©veloppement de sa ville natale. Il est ainsi membre du conseil de la ville de Chamb√©ry en 1816. Bien que n'exer√ßant plus d'activit√©s militaires, il re√ßoit cependant le titre de lieutenant-g√©n√©ral dans les arm√©es du roi de Sardaigne, en 1822[61]. Le , Beno√ģt de Boigne est √©lu membre de l'Acad√©mie des sciences, des belles-lettres et des arts de Savoie[6] - [63].. D√®s 1814 et jusqu'√† sa mort, Beno√ģt de Boigne fait de nombreuses donations √† la ville de Chamb√©ry afin que celle-ci puisse se d√©velopper sur les plans mat√©riel, spirituel et social. Ces dons financent des fondations d'int√©r√™t public ou religieuses, l'Assistance publique ainsi que des travaux publics et l'instruction publique[64]. Devenu un notable savoyard, il se penche sur la question de sa succession. De son second mariage avec Ad√®le d'Osmond, il n'a aucun enfant. Il prend alors la d√©cision de faire venir son fils Charles-Alexandre issu de son premier mariage avec H√©l√®ne. Il fait l√©gitimer et naturaliser son fils[61]. Le , Beno√ģt de Boigne s'√©teint √† Chamb√©ry, la ville qui l'avait vu na√ģtre. Il est inhum√© dans l'√©glise Saint-Pierre de L√©menc[61]. L'oraison fun√©raire de Beno√ģt de Boigne est prononc√©e le dans l'√©glise m√©tropolitaine de Chamb√©ry, au service solennel du g√©n√©ral, c√©l√©br√© par les soins de l'administration de la ville, par M. le chanoine Vibert, pro-vicaire-g√©n√©ral du dioc√®se, membre de la soci√©t√© royale acad√©mique de Savoie[65].

Les descendants de Beno√ģt de Boigne

N√© en Inde √† Delhi en 1791, Charles-Alexandre est le fils de Beno√ģt, enfant issu du premier mariage de son p√®re, √©pouse C√©sarine Viallet de Montbel. Le mariage a lieu en 1816[61]. Le mariage a √©t√© encourag√© par son p√®re qui souhaite assurer sa succession. Son fils est mari√© avec une femme issue d'une grande famille de parlementaires savoyards ayant √©t√© anoblis par la suite. De ce mariage treize enfants voient le jour. Charles-Alexandre, √©duqu√© en Angleterre, et ayant suivi un cursus juridique, n'exerce que des activit√©s modestes aupr√®s de la cour de Sardaigne. Il se consacre √† la gestion de son h√©ritage[66]. Il est assist√© par Thomas Morand, un charg√© d'affaires choisi par son p√®re, notaire chamb√©rien. Charles-Alexandre doit √©galement se charger de la liquidation des fondations et donations faites par son p√®re de son vivant. De 1837 √† 1842, il est pr√©sident de l'Acad√©mie de Savoie. Il d√©c√®de le , transmettant le titre de comte √† son fils Ernest[61]. Contrairement √† son p√®re, Ernest de Boigne exerce de hautes fonctions publiques. N√© en 1829, il √©pouse Delphine de Sabran-Pontev√®s. Il est capitaine des sapeurs-pompiers de la ville de Chamb√©ry. Cependant, tr√®s vite, il s'engage dans la vie politique[61]. Il est d'abord √©lu d√©put√© au parlement sarde puis d√©put√© au corps l√©gislatif en 1860. Il est par la suite r√©√©lu d√©put√© (conservateur) √† deux reprises en 1863 puis en 1869. Il est d√©cor√© durant sa vie d'homme politique de la L√©gion d'honneur. √Ä la suite de la chute du Second Empire, il perd son mandat et ne parvient pas √† le r√©cup√©rer lors des √©lections de 1877. Toutefois, il continue de s'investir localement. Il devient notamment le maire de Lucey, petite commune savoyarde o√Ļ sa famille dispose d'un important domaine. Il d√©c√®de en 1895 √† Buisson-Rond[61].

Le bienfaiteur de Chambéry

La fortune que laisse √† son d√©c√®s Beno√ģt de Boigne est √©valu√©e √† 20 millions de francs de l'√©poque. De retour des Indes, le g√©n√©ral comte utilise sa fortune pour financer de nombreuses Ňďuvres de bienfaisance dans sa ville natale de Chamb√©ry. Le comte fait donation, toutes sommes confondues, d'environ 3 484 850 francs[64].

Fondations d'intérêt public ou religieuses

Le comte de Boigne verse une rente perp√©tuelle de 6 500 livres √† l'√©glise m√©tropolitaine de Chamb√©ry pour, entre autres, la ma√ģtrise. Il remet une seconde rente perp√©tuelle √† la Compagnie des nobles Chevaliers-Tireurs-√†-l'Arc. Celle-ci s'√©l√®ve, quant √† elle, √† 1 250 livres[64].

Assistance publique

De Boigne effectue de nombreux dons pour l'assistance publique, en particulier pour la fondation de plusieurs lits. Il en fonde trois, √† l'H√ītel-Dieu, pour les malades pauvres, ce qui lui co√Ľte 22 400 francs. Il fait, plus tard, une autre fondation de quatre lits √† l'H√ītel-Dieu pour les voyageurs √©trangers, pauvres et malades, de quelque religion ou nation qu'ils soient, pour une somme de 24 000 francs. Il acquitte les frais de construction de divers b√Ętiments √† l'H√ītel-Dieu de Chamb√©ry qui s'√©levent √† 63 000 francs[64]. Il dote le d√©p√īt de mendicit√© de la ville d'une somme de 649 150 francs puis fonde l'Asile de la vieillesse ou maison de Saint-Beno√ģt, ce qui lui co√Ľte 900 000 francs. Il fait fondation d'une place pour les orphelins pour environ 7 300 francs et une autre fondation d'une succursale de dix lits, √† la Charit√©, pour les maladies contagieuses non admises √† l'H√ītel-Dieu. Le comte accorde une rente perp√©tuelle de 1 650 livres, soit environ 33 000 francs, pour des secours √† distribuer chaque semaine, en linge blanc et en vivres, aux prisonniers pauvres. Il verse une rente perp√©tuelle pour les pauvres honteux de la ville, √† distribuer √† domicile et discr√®tement pour une somme de 1 200 livres, soit 24 000 francs. Enfin, il remet une rente perp√©tuelle de 1 200 livres aux pompiers de Chamb√©ry, pour secours aux malades et bless√©s[64].

Travaux publics et instruction publique

En mati√®re de travaux publics, le comte de Boigne fait don de 30 000 francs pour la construction de l'√©glise des Capucins, puis de 60 000 francs pour faire b√Ętir un th√©√Ętre. Par ailleurs, parmi ses nombreux dons, deux ont √©t√© importants. Le premier repr√©sente une somme de 320 000 francs pour divers travaux, la nue-propri√©t√© du domaine de Ch√Ętenay ainsi que d'autres valeurs. Le second don, d'un montant de 300 000 francs, √©tait destin√© √† la d√©molition des cabornes de la rue couverte et √† l'assainissement de la ville par l'ouverture d'une grande avenue transversale. Il verse √©galement 30 000 francs pour la r√©paration de l'H√ītel de Ville et encore 5 000 francs pour le clocher de Barberaz[64].

En mati√®re d'instruction publique, on peut compter, pour l'essentiel, quatre donations significatives. Il remet 270 000 francs pour la r√©organisation du coll√®ge de Chamb√©ry. Il verse 1 000 livres de rente perp√©tuelle, soit 20 000 francs, √† la Soci√©t√© royale acad√©mique de Chamb√©ry, pour l'encouragement de l'agriculture, les arts et les lettres. Enfin, il verse deux rentes perp√©tuelles de 150 livres chacune, soit 3 000 francs, d'une part aux Fr√®res des √©coles chr√©tiennes, et d'autre part aux sŇďurs de Saint-Joseph, qui d√©livraient une instruction gratuite, les uns aux enfants d√©favoris√©s et les autres aux jeunes filles[64].

Hommages

Distinctions

Lieux et monuments

La Fontaine des éléphants du sculpteur Pierre-Victor Sappey, monument présent en France à Chambéry.
La rue de Boigne présente dans le centre-ville de Chambéry.

Plusieurs monuments et lieux ont √©t√© √©difi√©s √† Chamb√©ry et aux environs, soit par Beno√ģt de Boigne soit pour le comm√©morer.

La fontaine des √©l√©phants - Apr√®s la mort de Beno√ģt de Boigne en 1831, la ville de Chamb√©ry d√©cide d‚Äô√©lever un monument pour perp√©tuer le souvenir et les bienfaits de l‚Äôillustre personnage[68]. Le Conseil de ville porte son choix sur le projet du sculpteur grenoblois Victor Sappey, pour son originalit√© et son faible co√Ľt. Ce monument est inaugur√© le . Il est haut de 17,65 m√®tres. La fontaine pr√©sente dans son plan la croix de Savoie[68]. Quatre √©l√©phants r√©unis par la croupe, r√©alis√©s en fonte de fer, jettent l‚Äôeau par la trompe dans un bassin de forme octogonale. Ils portent chacun une tour de combat surmont√©e d‚Äôun bas-relief ou d‚Äôune inscription. Au-dessus se trouvent une grande vari√©t√© de troph√©es, des armes persanes, mogholes ou encore indoues. La grande colonne est symbolis√©e par un tronc de palmier, elle porte en son sommet la statue du g√©n√©ral[69].

La rue de Boigne - Cette rue se trouve dans le centre-ville de Chamb√©ry. Elle est bord√©e de portiques √† la mode turinoise. Elle a √©t√© perc√©e entre 1824 et 1830 gr√Ęce aux subsides du g√©n√©ral-comte de Boigne. Cette art√®re, ¬ę perc√©e en coup de sabre ¬Ľ, apporte dans le Chamb√©ry romantique d'alors une salutaire a√©ration de l'espace urbain, malgr√© la disparition de b√Ętiments historiques sans doute du plus haut int√©r√™t, comme les anciens h√ītels de Buttet, la Chavanne et Lescheraine. Cette nouvelle voie devient tr√®s vite le centre mondain de la ville o√Ļ s'installent les familles de notables, mais aussi les commerces de luxe, les salons de th√©. La fontaine des √©l√©phants tr√īne dans la perspective de la rue de Boigne et du ch√Ęteau des ducs de Savoie[58].

¬ę Un lieu aussi commode devient bient√īt le rendez-vous de tout ce qui s'ennuie et veut se distraire un jour de pluie ; il s'y √©tablit des caf√©s, des boutiques de luxe, des cabinets litt√©raires, o√Ļ l'on va passer une heure ou deux quand il fait une bise noire et qu'on s'ennuie chez soi... Il pleuvait aujourd'hui. J'ai pass√© toute ma journ√©e sous les portiques de la belle rue (de Boigne) de Chamb√©ry. Je pensais √† la douce Italie ¬Ľ

‚ÄĒ Stendhal dans les M√©moires d‚Äôun touriste, en 1837[70]

La maison de Boigne - Ce b√Ętiment, o√Ļ se loge actuellement la mairie de la commune de Chanaz, est inscrite √† l‚Äôinventaire des monuments historiques pour sa toiture, ses encadrements de fen√™tres, ses chemin√©es et son escalier en pierre[71]. Cette maison porte le nom du comte car elle est une de ses anciennes propri√©t√©s.

La Maison de retraite Saint-Beno√ģt fond√©e, le , par le g√©n√©ral-comte de Boigne[72] fut autoris√©e successivement par lettres patentes de 1820 et 1830[73]. Toujours √† Chamb√©ry, dans le quartier du Laurier, depuis 2008, une plaque a √©t√© appos√©e sur la face pignon de la murette longeant la maison du handicap rue Sainte-Rose. La municipalit√© y a fait inscrire ¬ę Croix de mission de la Garatte (1802) restaur√©e par le comte de Boigne ¬Ľ[74]. Il existe aussi le ¬ę Coll√®ge de Boigne ¬Ľ √† La Motte-Servolex dans le d√©partement de la Savoie ainsi que la ¬ę Place Beno√ģt de Boigne ¬Ľ √† Quincy-Voisins dans le d√©partement de Seine-et-Marne.

Exposition

  • 1996 - Beno√ģt de Boigne, Un aventurier du XVIIIe si√®cle dans l‚ÄôInde des Maharajas, par la Mona Bismarck Foundation √† Paris[75].

Notes et références

  1. Acte de naissance de "Benoist Le Borgne" de la page 187/399 (en haut de la page de gauche) de la cote 4E 178. Né le 8 mars 1751 et baptisé le 9..., en ligne sur le site des archives départementales de Savoie.
  2. Site officiel de la Mairie de Chambéry - Le général de Boigne
  3. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 11 et 12
  4. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 13
  5. Collectif, Biographie nouvelle des contemporains (1787-1820), Tome XXI, Ledentu libraire, 1827, p. 475
  6. Site du Comité des travaux historiques et scientifiques - Fiche De Boigne
  7. Site officiel de la mairie de Chambéry - Le général de Boigne
  8. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 14
  9. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 18
  10. Georges Castellan, Histoire des Balkans, XIV-XXe siècle, Fayard, Paris, 1991, (ISBN 2-70283-492-2)
  11. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 19
  12. Lucien B√©ly, Les relations internationales en Europe -XVIIe et XVIIIe si√®cles, PUF, coll. ¬ę Th√©mis/Histoire ¬Ľ, Paris, 1992, (ISBN 2-13051-755-2)
  13. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 20 et 21
  14. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 22
  15. Site dédié aux Cercles du Levant et aux familles levantines
  16. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 27
  17. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 32
  18. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 36
  19. J-M. Quérard, La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants..., Tome XII, Paris chez Firmin Didot Frères, libraires, M DCCC XXXV, p. 248
  20. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 49
  21. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 52
  22. Site officiel du lycée La Martinière Diderot - Biographie de Claude Martin
  23. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 54
  24. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 61
  25. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 64
  26. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 65
  27. Gabrielle Sentis, Un nabab Savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 67
  28. Société asiatique (Paris, France), Centre national de la recherche scientifique (France), Publié par Société asiatique, 1826, Journal asiatique, p. 163, aspects biographiques du militaire français Le Vassoult (Levassoult)
  29. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 70
  30. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 74
  31. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 75
  32. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 76
  33. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 82
  34. Maurice Besson, Le général de Boigne, éd. Dardel, 1930, p. 12
  35. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 83
  36. Mich√®le et Edmond Brocard, Les ch√Ęteaux de Savoie, √©d. Cabedita, 1995, p. 80 (ISBN 2882951426)
  37. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 84
  38. Guy Deleury, Le gardien du Gange, éd. Pocket (ISBN 2-266-06853-9)
  39. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 87
  40. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 88
  41. Maurice Besson, Le général de Boigne, éd. Dardel, 1930, p. 24
  42. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 93
  43. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 96
  44. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 98
  45. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 100
  46. Collectif, Biographie nouvelle des contemporains (1787-1820), Tome XXI, Ledentu libraire, 1827, p. 477
  47. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 102
  48. Maurice Besson, Le général de Boigne, éd. Dardel, 1930, p. 72
  49. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 110
  50. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 115
  51. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 119
  52. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 121
  53. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 123
  54. Site de la mairie de Chamb√©ry - Portrait d'Ad√©la√Įde d'Osmond, comtesse de Boigne
  55. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 126
  56. Gabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, p. 131
  57. La Celle-Saint-Cloud, cellule d'histoire, par Philippe Loiseleur Des Longchamps. ¬ę Beauregard (...) fut mis en vente, achet√© par le prince Aldobrandini Borgh√®se et je transportai mes p√©nates dans un petit manoir situ√© dans le village de Ch√Ętenay, pr√®s de Sceaux. ¬Ľ, Ad√®le d'Osmond, comtesse de Boigne, M√©moires, vol. I, Du r√®gne de Louis XVI √† 1820, Paris, Mercure de France, coll. ¬ę Le Temps retrouv√© ¬Ľ, 1971 (r√©√©d. 1999), 765 p. (ISBN 978-2-7152-2178-9), p. 239.
  58. Site officiel du conseil général de la Savoie - Sites, monuments et personnages célèbres Chambéry
  59. Il acquiert le ch√Ęteau, vendu comme bien national en 1794, et indemnise Joseph Milliet d'Arvillard, l'ancien propri√©taire. in Chap.1, p. 42, Andr√© Palluel-Guillard, Christian Sorrel, Fleury (A), Loup (J), La Savoie de la R√©volution √† nos jours, XIX-XXe si√®cle, 1986, Tome IV, coll. Histoire de la Savoie, Leguay (J.-P.) (sous la dir.), Ed. Ouest France. Voir aussi [PDF] Archives d√©partementales de la savoie en 2001, p. 2 - Fond 8J Famille de Boigne (1744-1996)
  60. Mich√®le et Edmond Brocard, Les ch√Ęteaux de Savoie, √©d. Cabedita, 1995, p. 80 (ISBN 2882951426)
  61. [PDF] Archives départementales de la Savoie en 2001, p. 3 - Fond 8J Famille de Boigne (1744-1996)
  62. Jean L√©tanche, Les vieux ch√Ęteaux, maisons fortes et ruines f√©odales du canton d'Yenne en Savoie, Le livre d'Histoire-Lorisse, 1907 (ISBN 9782843738135) p. 11.
  63. ¬ę Etat des Membres de l'Acad√©mie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie depuis sa fondation (1820) jusqu'√† 1909 ¬Ľ, sur le site de l'Acad√©mie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie et ¬ę Acad√©mie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie ¬Ľ, sur le site du Comit√© des travaux historiques et scientifiques - cths.fr.
  64. Victor de Saint-Genis, Le général de Boigne, ouvrage rédigé en 1873
  65. Armand Jean du Plessis de Richelieu, Mémoires de la société royale académique de Savoie, Tome V, éd. Puthod, imprimeur-libraire de la société, 1831
  66. (en) Y.Hervouet, G.M.Moore, O.Knowles, J.H.Stape, Conrad: Intertexts & Appropriations : Essays in Memory of Yves Hervouet, Publié par Rodopi, 1997, p. 154, (ISBN 9-04200-218-2)
  67. Article issue du site Quelques histoires du 02/05/2007 -Des aventuriers français aux Indes
  68. Collectif, Alpes, éd. Petit Futé, p. 318, (ISBN 2-74691-957-5)
  69. ¬ę Fontaine de Boigne, ou Fontaine des √©l√©phants ‚Äď Chamb√©ry ¬Ľ, sur https://e-monumen.net.
  70. Stendhal, Mémoires d'un touriste, 1854
  71. Site officiel de la mairie de Chanaz - Traditions et patrimoine
  72. Raoul Naz, Les Origines de la Maison Saint-Beno√ģt : Fond√©e √† Chamb√©ry par le G√©n√©ral Comte de Boigne, le 12 mars 1818, √©dit√© par l'Impr. du Bugey, 1964, (ASIN B0014RCFVA)
  73. Site officiel du conseil g√©n√©ral de la Savoie - Fonds de la maison de retraite Saint-Beno√ģt
  74. Article du journal le Dauphiné libéré du 13 octobre 2008 p. 9
  75. Site de la fondation Mona Bismarck - Exposition Beno√ģt de Boigne

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Christopher Rollason, ¬ę From Savoy to Agra: The Cross-cultural Narrative of Beno√ģt de Boigne ¬Ľ, Pegasus : a journal of literary and critical studies, vol. VI,‚Äé , p. 57-66.
  • J√©r√īme Boy√©, Jean Batbedat et al., L'Extraordinaire aventure de Beno√ģt de Boigne aux Indes, Paris, Edition C & D, , 152 p. (ISBN 978-2-950-69852-0).
  • Reine Edighoffer, L'odyss√©e du g√©n√©ral de Boigne : des Indes √† la Savoie, Challes-les-Eaux, Curandera, coll. ¬ę Savoisiennes ¬Ľ, , 159 p. (BNF 35012517).
  • Michel Larneuil, Le mercenaire du Gange : roman, Paris, A. Michel, , 534 p. (ISBN 978-2-226-07973-2).
  • Gabrielle Sentis et J. Hillen et G. Gobert (dessins originaux), Un Nabab savoyard : le g√©n√©ral de Boigne, 1751-1830, Grenoble, Didier-Richard, , 163 p. (ISBN 978-2-703-80058-3).
  • Louise-El√©onore-Charlotte-Ad√©laide d'Osmond Boigne, M√©moires de la comtesse de Boigne, n√©e d'Osmond : r√©cits d'une tante, Paris, Mercure de France, coll. ¬ę Temps retrouv√© ¬Ľ (no 23-24), , 2 vol 1. Du r√®gne de Louis XVI √† 1820 -- 2. De 1820 √† 1848.pppp. (ISBN 978-2-715-21401-9 et 978-2-715-21402-6).
  • (en) Desmond Young, Fountain of the elephants, New York, Harper, , 319 p. (OCLC 684696292).
  • Henry Bordeaux, Le comte de Boigne g√©n√©ral des Mahrattes, 1751-1830., Hachette, , 223 p. (OCLC 610361016, lire en ligne).
  • Jules Taulier et Jean Baradez, Une famille de Savoie : Les Leborgne (de Boigne), Chamb√©ry, Soci√©t√© savoisienne d'histoire et d'arch√©ologie, , 120 p., 23 x 15 cm (OCLC 39474938).
  • Zenobia Bamboat et A. Martineau (introduction), Les voyageurs fran√ßais dans l'Inde aux XVIIe et XVIIIe si√®cles, Paris, Soci√©t√© de l'histoire des colonies fran√ßaises, coll. ¬ę Biblioth√®que d'histoire coloniale ¬Ľ, , 197 p. (OCLC 3986077).
  • Maurice Besson, Le G√©n√©ral comte de Boigne, Dardel, , 74 p. (OCLC 250160162).
  • Victor de Saint-Genis, Le G√©n√©ral de Boigne, 1751-1830, Poitiers, , 438 p. (OCLC 246870928).
  • George-Marie Raymond, M√©moire sur la carri√®re militaire et politique de M. le g√©n√©ral comte de Boigne, suivi de notes historiques, Puthod, , Seconde √©dition, augment√©e √©d. (1re √©d. 1828), 178 p. (lire en ligne).
  • Philippe R√©gniez, Le G√©n√©ral comte de Boigne, Asuncion, √Čditions de La Reconqu√™te, .
  • Am√©d√©e de Foras, continu√© par le comte F.-C. de Mareschal, Armorial et nobiliaire de l'ancien duch√© de Savoie, vol. 1, Grenoble, Allier Fr√®res, 1863-1910 (lire en ligne), p. 239-241, ¬ę Boigne (Comte de) ¬Ľ.

Articles connexes

Liens externes

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