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Tortue peinte

Chrysemys picta

Chrysemys picta
Description de cette image, également commentée ci-aprÚs
Chrysemys picta picta

Genre

Chrysemys
Gray, 1844

Synonymes

  • Hydrochelys Wagler, 1821

EspĂšce

Chrysemys picta
(Schneider, 1783)

Synonymes

  • Testudo picta Schneider, 1783
  • Testudo cinerea Bonnaterre, 1789
  • Hydrochelys picta (Schneider, 1783)
  • Emys bellii Gray, 1830
  • Emys oregoniensis Harlan, 1837
  • Chrysemys dorsalis Agassiz, 1857
  • Chrysemys marginata Agassiz, 1857
  • Chrysemys nuttalii Agassiz, 1857
  • Chrysemys pulchra Gray, 1873
  • Chrysemys treleasei Hurter, 1911

Statut de conservation UICN

( LC )
LC : Préoccupation mineure

La Tortue peinte (Chrysemys picta) est l'une des espĂšces de tortues les plus rĂ©pandues d'AmĂ©rique du Nord. Elle vit dans les points d'eau stagnante, du sud du Canada Ă  la Louisiane et le Nord du Mexique, et de l'Atlantique au Pacifique. C'est la principale tortue prĂ©sente sur cette aire de rĂ©partition. C'est l'unique reprĂ©sentante du genre Chrysemys, appartenant Ă  la famille des Emydidae. Des fossiles prouvent son existence depuis au moins 15 millions d'annĂ©es. Elle comporte quatre sous-espĂšces — C. p. picta, C. p. dorsalis, C. p. marginata et C. p. belli — qui ont divergĂ© au cours de la derniĂšre glaciation.

La femelle Tortue peinte adulte mesure entre 10 et 25 cm de long, le mĂąle est un peu plus petit. La carapace de cette tortue est lisse et ovale sans arĂȘte Ă  son sommet. Sa peau est vert olive Ă  noir avec des rayures rouges, orange ou jaunes aux extrĂ©mitĂ©s. Les sous-espĂšces se diffĂ©rencient Ă  leurs carapaces : celle de C. p. picta a des segments alignĂ©s Ă  son sommet, C. p. marginata a une grande marque grise sur le plastron, C. p. dorsalis a une ligne rouge sur la carapace et C. p. belli a un motif rouge sur le plastron.

La Tortue peinte se nourrit de vĂ©gĂ©tation aquatique, d'algues et de petits animaux aquatiques comme des insectes, des crustacĂ©s et des poissons. La carapace de la Tortue peinte la protĂšge de la plupart des prĂ©dateurs, Ă  l'exception des alligators et des ratons laveurs. Les jeunes et les Ɠufs sont en revanche des proies faciles pour les rongeurs, les chiens et les serpents. Comptant sur la tempĂ©rature de son environnement pour conserver une bonne tempĂ©rature interne, la Tortue peinte est essentiellement diurne, et passe des heures Ă  se rĂ©chauffer au soleil sur des rochers. L'hiver, elle hiberne, souvent dans le fond envasĂ© d'un point d'eau. Elle se reproduit au printemps et Ă  l'automne. Entre la fin du printemps et le milieu de l'Ă©tĂ©, la femelle creuse un nid Ă  terre pour y pondre ses Ɠufs. Les petites tortues atteignent la maturitĂ© sexuelle entre l'Ăąge de 2 et 9 ans pour les mĂąles et de 6 Ă  16 ans pour les femelles. Les adultes peuvent vivre jusqu'Ă  plus de 55 ans Ă  l'Ă©tat sauvage.

Dans les contes traditionnels des peuples algonquiens, la Tortue peinte a souvent le rĂŽle de l'escroc. Aujourd'hui c'est la seconde tortue la plus frĂ©quemment adoptĂ©e comme animal de compagnie, bien que la capture d'animaux sauvages soit strictement rĂ©glementĂ©e. La rĂ©duction de son habitat et les pertes importantes par collision avec des vĂ©hicules ont amputĂ© la population de Tortues peintes, mais sa capacitĂ© Ă  vivre dans des milieux proches des activitĂ©s humaines l'aide Ă  rester la seconde tortue la plus abondante des États-Unis. Seules les populations d'Oregon et de Colombie-Britannique risquent de disparaĂźtre. Quatre États amĂ©ricains ont dĂ©signĂ© la Tortue peinte comme leur reptile officiel.

Description

Aspect général et dimorphismes

Une Tortue peinte en train de nager, apparemment dans un aquarium, vue de face et levant une de ses pattes palmées
Une Tortue peinte vue de face.

La carapace de la Tortue peinte mesure entre 10 et 25 cm de long et a une forme ovale. Sa surface est lisse[1] - [2] - [3] - [nb 1]. La couleur de la carapace varie du vert olive au noir, ce qui permet Ă  l'animal de se confondre facilement dans son environnement. Le plastron est jaune, parfois rouge, pouvant avoir des marques noires en son centre. À l'image de la carapace, la peau de la Tortue peinte est vert olive Ă  noire, mais avec des lignes rouges et jaunes sur le cou, les pattes et la queue[4] - [5] - [6]. Comme d'autres tortues d'eau douce telles que la Tortue de Muhlenberg, les pattes de la Tortue peinte sont palmĂ©es, afin de faciliter la nage[7] - [8] - [9].

La tĂȘte de cette tortue est caractĂ©ristique. La figure ne comporte que des rayures jaunes, avec un gros point jaune et une traĂźnĂ©e de la mĂȘme couleur partant derriĂšre chaque Ɠil et se poursuivant postĂ©rieurement, et sur le menton deux grands traits qui se rencontrent Ă  l'extrĂ©mitĂ© de la mĂąchoire[1] - [3] - [4] - [6]. La mĂąchoire supĂ©rieure de la tortue est en forme de V inversĂ© (philtrum), avec de chaque cĂŽtĂ© une petite excroissance en forme de dent[10].

La petite tortue juste Ă©close Ă  une tĂȘte, des yeux et une queue proportionnellement plus petits que ceux de l'adulte, et une carapace plus circulaire[11] - [12]. La femelle adulte est gĂ©nĂ©ralement plus longue que le mĂąle, mesurant entre 10 et 25 cm contre 7 Ă  15 cm[4] - [13]. Pour une mĂȘme longueur la femelle a une carapace plus haute, c'est-Ă -dire que celle-ci est plus bombĂ©e[14]. Le volume plus important de la femelle se justifie par la production de ses Ɠufs[15]. Le mĂąle a des griffes plus longues et une queue lĂ©gĂšrement plus longue et plus fine, avec le cloaque situĂ© plus loin sur la queue[1] - [2] - [3] - [16].

Sous-espĂšces

Bien que les sous-espĂšces puissent s'hybrider entre elles, ce qui est frĂ©quent lĂ  oĂč plusieurs d'entre elles cohabitent[17], elles prĂ©sentent des caractĂ©ristiques bien distinctes quand on les observe au cƓur de leur aire de rĂ©partition[18].

  • La Tortue peinte de l'est (Chrysemys picta picta) est la sous-espĂšce type. Le mĂąle mesure entre 13 et 17 cm de long, tandis que la femelle mesure entre 14 et 17 cm. La carapace est vert olive Ă  noire, et peut prĂ©senter une raie plus pĂąle en son milieu et des marques rouges Ă  sa pĂ©riphĂ©rie. Les segments de la carapace ont des bords plus pĂąles et forment des rangs, Ă  la diffĂ©rence des autres tortues amĂ©ricaines, et des autres sous-espĂšces de Tortue peinte, qui ont des Ă©cailles alternes[18]. Le plastron est entiĂšrement jaune, ou lĂ©gĂšrement mouchetĂ©[19].
  • La Tortue peinte du centre (Chrysemys picta marginata) mesure entre 10 et 25 cm de long[20]. Cette sous-espĂšce qui a une rĂ©partition centrale par rapport aux autres sous-espĂšces est la plus difficile Ă  distinguer[18]. Son plastron a une marque noire symĂ©trique caractĂ©ristique en son centre dont la taille peut varier[21].
  • La Tortue peinte du sud (Chrysemys picta dorsalis), la plus petite des quatre sous-espĂšces, mesure entre 10 et 14 cm de long[22]. Sa carapace est traversĂ©e par une rayure rouge bien visible[18] et son plastron est mat et presque sans aucune marque[23].
  • La Tortue peinte de l'ouest (Chrysemys picta bellii) est la plus grande des sous-espĂšces et atteint facilement 25 cm de long[24] - [25]. Sa carapace prĂ©sente un motif maillĂ© de lignes fines[26] et aucune rayure centrale ne la traverse. Son plastron a une large marque colorĂ©e en son centre s'Ă©tendant vers les bords, avec souvent des motifs rouges[26].
Tortue peinte de l'est
Chrysemys picta picta
Tortue peinte du centre
Chrysemys picta marginata
Tortue peinte du sud
Chrysemys picta dorsalis
Tortue peinte de l'ouest
Chrysemys picta bellii
Vue complĂšte de C. p. picta. C. p. marginata sur un rocher, la tĂȘte regardant Ă  gauche et lĂ©gĂšrement rentrĂ©e sous sa carapace. C. p. dorsalis vue du dessus, la rayure centrale bien visible. C. p. bellii dans l'herbe, le cou Ă©tendu.
Une main tenant la tortue sur le dos, exposant son plastron jaune orange. Une tortue retournĂ©e sur un rocher, le plastron est mat avec une marque noire en son centre C. p. dorsalis retournĂ©e sur le dos prĂ©sentant son plastron jaune mat sans taches. La tortue est posĂ©e sur un fond blanc C. p. bellii retournĂ©e dans l'herbe : le plastron prĂ©sente un motif rouge vif marquĂ© de noir et de blanc.

EspĂšces ressemblantes

La Tortue peinte peut ĂȘtre confondue avec Trachemys scripta. Celle-ci prĂ©sente une dossiĂšre brun-vert et un plastron jaune orangĂ©, marquĂ© de taches verdĂątres. Mais la principale diffĂ©rence est une tache ou bande jaune (Trachemys scripta scripta et Trachemys scripta troostii) ou rouge orangĂ© (Trachemys scripta elegans) situĂ©e derriĂšre l'Ɠil. Cette marque disparaĂźt toutefois avec l'Ăąge et n'est plus visible chez les trĂšs vieux spĂ©cimens[6].

Trachemys scripta scripta Trachemys scripta troostii Trachemys scripta elegans
Vue complĂšte de Trachemys scripta scripta. Vue complĂšte de Trachemys scripta troostii. Vue complĂšte de Trachemys scripta elegans.

Écologie et comportement

Alimentation

Une larve de libellule
Les larves de libellules sont des proies privilégiées pour la Tortue peinte.

La Tortue peinte chasse le long des points d'eau, se nourrissant principalement de poissons et d'insectes. Elle remue rapidement sa tĂȘte dans la vĂ©gĂ©tation pour en faire sortir les Ă©ventuelles proies qu'elle poursuit dans l'eau[27]. Elle tient les proies les plus grosses dans sa bouche et les dĂ©chire avec ses pattes antĂ©rieures. Elle consomme Ă©galement des plantes et Ă©cume la surface de l'eau la bouche ouverte pour attraper de petites particules de nourriture[27].

Bien que toutes les sous-espĂšces de la Tortue peinte soient omnivores, leurs prĂ©fĂ©rences varient[27] - [28]. La Tortue peinte de l'est a l'alimentation la moins bien Ă©tudiĂ©e. Elle prĂ©fĂšre se nourrir dans l'eau, mais a Ă©galement Ă©tĂ© vue s'alimentant sur la terre ferme. Elle se nourrit principalement de poissons morts ou blessĂ©s[28]. La Tortue peinte du centre mange essentiellement des insectes aquatiques et des plantes[29]. La Tortue peinte du sud a un rĂ©gime alimentaire qui varie avec l'Ăąge. Les jeunes sont Ă  13 % vĂ©gĂ©tariens, quand les adultes ont un rĂ©gime composĂ© Ă  88 % de plantes. Cela pourrait signifier que la tortue prĂ©fĂšre la viande, mais qu'elle ne peut s'approvisionner Ă  hauteur de ses besoins que lorsqu'elle est jeune en mangeant des petites larves[30]. Le changement de rĂ©gime alimentaire est Ă©galement observĂ© chez Graptemys pseudogeographica, qui partage la mĂȘme aire de rĂ©partition que cette sous-espĂšce de Tortue peinte. Les plantes les plus couramment consommĂ©es par les tortues sont les Lemnaceae et les algues, et les proies attrapĂ©es sont principalement des larves de libellules et des Ă©crevisses[31]. La Tortue peinte de l'ouest adapte son alimentation Ă  la saison. Au dĂ©but de l'Ă©tĂ©, 60 % de son rĂ©gime est constituĂ© d'insectes. À la fin de l'Ă©tĂ©, elle consomme 55 % de plantes[32]. Par ailleurs, elle consomme souvent des graines de Nymphaea odorata. Ces graines, protĂ©gĂ©s par une Ă©paisse coquille, sortent indemnes du tractus digestif de l'animal, qui participe ainsi Ă  leur dispersion[32].

Prédateurs

Un raton laveur sur la rive d'un petit Ă©tang
Les ratons laveurs sont des prédateurs de la Tortue peinte.

Les Tortues peintes craignent surtout les prĂ©dateurs lorsqu'elles sont jeunes[33]. Leurs nids sont frĂ©quemment dĂ©truits par des animaux se nourrissant des Ɠufs comme la couleuvre des Plaines (Thamnophis radix), les corbeaux, les tamias, le spermophile rayĂ©, l'Ă©cureuil gris, la mouffette, la marmotte commune, le raton laveur, le blaireau, les renards roux et gris et mĂȘme l'homme[33]. Les petites tortues juste Ă©closes sont ensuite des proies faciles pour les nĂšpes, les achigans, les poissons-chats, la grenouille-taureau, les Chelydridae, certains serpents (des genres Agkistrodon, Coluber ou Nerodia), les hĂ©rons, les rats du riz, les fouines, les rats musquĂ©s, les visons. Une fois adultes, les tortues sont protĂ©gĂ©es de la plupart de leurs prĂ©dateurs potentiels par leur carapace, mais elles peuvent encore ĂȘtre mangĂ©es par les alligators, le Balbuzard pĂȘcheur, les corbeaux, la Buse Ă  Ă©paulettes, le Pygargue Ă  tĂȘte blanche et surtout les ratons laveurs[33].

Les Tortues peintes se dĂ©fendent en fonçant sur leur ennemi, grattant, mordant ou urinant[33]. À la diffĂ©rence des tortues terrestres, elles peuvent se retourner si elles sont mises sur le dos[34].

Habitude de vie

Une Tortue peinte se tenant sur un bout de bois flottant
Une Tortue peinte se réchauffant au soleil.

La Tortue peinte est un reptile poĂŻkilotherme, et sa tempĂ©rature dĂ©pend beaucoup de celle de son environnement. Pour la rĂ©guler, elle doit notamment passer de longues heures au soleil pour se rĂ©chauffer. Parfois plus de 50 individus de diffĂ©rentes espĂšces se regroupent dans un mĂȘme lieu pour profiter du Soleil[35]. Les tortues s'installent sur divers objets pour se rĂ©chauffer, souvent des bĂ»ches[36].

La Tortue peinte est un animal diurne qui sort de l'eau à l'aube pour se réchauffer au soleil durant plusieurs heures. Une fois que sa température est suffisamment remontée, elle peut réellement entrer en activité, et part se nourrir dans un point d'eau proche[37]. Lorsque sa température est redescendue, la tortue repart pour un à deux nouveaux cycles de pause au soleil et de recherche de nourriture[38]. La nuit, la tortue va dormir au fond de l'eau[37].

Pour ĂȘtre active, la tortue doit maintenir sa tempĂ©rature entre 17 et 23 °C. Lorsqu'elle doit lutter contre une infection, elle s'arrange pour que sa tempĂ©rature soit environ 5 °C au-dessus de la normale[35].

Cycle saisonnier et hibernation

Amas de bous de bois dans l'eau Ă  quelques mĂštres de la rive
Les terriers de rats musqués peuvent servir d'abri pour les Tortues peintes en hibernation.

Au printemps, quand la tempĂ©rature de l'eau atteint 15 Ă  18 °C, la tortue commence Ă  rechercher activement de la nourriture. Toutefois, si la tempĂ©rature de l'eau dĂ©passe 30 °C elle cesse de s'alimenter. À l'automne, les tortues arrĂȘtent de s'alimenter lorsque les tempĂ©ratures repassent en dessous du seuil de 15 Ă  18 °C[27].

Pendant l'hiver, la tortue hiberne. Dans le nord, cette pĂ©riode d'inactivitĂ© peut s'Ă©taler d'octobre Ă  mars, tandis qu'elle est quasi inexistante chez les populations situĂ©es les plus au sud[39]. Durant leur hibernation, la tempĂ©rature corporelle de ces animaux est de 6 °C en moyenne[40]. DĂšs que les tempĂ©ratures remontent, les tortues peuvent sortir momentanĂ©ment de leur lĂ©thargie, et il n'est pas rare de voir des tortues se rĂ©chauffant au soleil en fĂ©vrier, mĂȘme au nord de l'aire de rĂ©partition de l'espĂšce[41].

La Tortue peinte hiberne en s'enterrant, soit au fond de l'eau, sur la rive, dans le terrier d'un rat musquĂ© ou dans les bois ou les prĂ©s. Quand elle hiberne sous l'eau, elle choisit gĂ©nĂ©ralement des eaux peu profondes, ne descendant pas en dessous de m de profondeur. Dans la boue, elle peut creuser jusqu'Ă  m pour s'abriter[40]. Dans cet Ă©tat, la tortue ne peut pas respirer, et s'approvisionne en oxygĂšne Ă  travers sa peau[42]. On a trĂšs bien Ă©tudiĂ© la capacitĂ© Ă  survivre Ă  de longues pĂ©riodes sans oxygĂšne chez cette espĂšce. La composition de son sang, son cerveau, son cƓur et sa carapace lui permet de survivre Ă  des concentrations extrĂȘmes en acide lactique qu'elle produit lorsqu'elle ne respire pas[43].

Accouplement

La Tortue peinte s'accouple au printemps et à l'automne dans des eaux entre 10 et 25 °C[44]. La spermatogenÚse débute chez les mùles au début du printemps, quand ils peuvent atteindre une température interne de 17 °C[45] - [46]. Les femelles commencent leur cycle de reproduction au milieu de l'été et l'ovulation a lieu au printemps suivant[47].

La parade nuptiale dĂ©bute lorsqu'un mĂąle poursuit une femelle jusqu'Ă  ce qu'ils se retrouvent face Ă  face[48]. Le mĂąle donne alors des coups sur la tĂȘte et le cou de la femelle, puis celle-ci fait de mĂȘme si elle est rĂ©ceptive. Le couple rĂ©pĂšte ce rituel plusieurs fois, le mĂąle prenant parfois du recul et retournant vers la femelle jusqu'Ă  ce que celle-ci nage sur le dos, signalant ainsi le dĂ©but de la copulation[48] - [47]. Le mĂąle Ă©tant plus petit que la femelle, il n'est pas dominant[48]. La femelle stocke le sperme du mĂąle dans son oviducte et peut l'utiliser pour jusqu'Ă  trois pontes. Le sperme peut rester viable pendant trois ans[49]. Pour une mĂȘme ponte le sperme de diffĂ©rents mĂąles peut fertiliser les Ɠufs[49].

Ponte

Une femelle creusant son nid avec ses pattes arriĂšres.
Une femelle creusant un nid.

Ce sont les femelles qui creusent le nid entre fin mai et mi-juillet[47]. Le nid est creusĂ© dans un sol sableux et a la forme d'un vase. Il est gĂ©nĂ©ralement exposĂ© au sud[50]. Les nids sont gĂ©nĂ©ralement situĂ©s Ă  moins de 200 m d'un point d'eau, bien que dans certains cas cette distance puisse atteindre 600 m, les femelles les plus ĂągĂ©es ayant tendance Ă  nicher plus loin Ă  l'intĂ©rieur des terres. La taille des nids varie suivant celle des femelles et le lieu, mais ils font gĂ©nĂ©ralement 5 Ă  11 cm de profondeur[50]. Les femelles peuvent retourner pondre au mĂȘme endroit plusieurs annĂ©es de suite, mais si plusieurs femelles font leur nid Ă  proximitĂ© les unes des autres, les Ɠufs sont plus vulnĂ©rables aux prĂ©dateurs[50].

Les Tortues peintes pondent leurs Ɠufs la nuit. La tempĂ©rature corporelle optimale pour que les femelles creusent leur nid est de 29 Ă  30 °C[50]. Si le climat n'est pas favorable, par exemple si les nuits sont trop chaudes dans le sud-est, elles reportent la ponte Ă  plus tard[50] ; en pĂ©riode de canicule les Tortues peintes de Virginie peuvent par exemple attendre trois semaines pour pondre[51].

Quand elle se prĂ©pare Ă  creuser son nid, la femelle prĂ©sente parfois un comportement prĂ©liminaire mystĂ©rieux. Elle presse sa gorge contre le sol Ă  diffĂ©rents endroits de ponte potentiels, peut-ĂȘtre pour ressentir l'humiditĂ©, la chaleur, la texture ou l'odeur, mais leur vĂ©ritable motivation reste inconnue. Elle peut ensuite creuser plusieurs faux-nids dans lesquels elle ne pond pas[50], comme le fait la Tortue des bois[52].

La femelle se sert de ses pattes postĂ©rieures pour creuser son nid. Elle peut alors accumuler tellement de sable et de boue sur ses pattes que sa mobilitĂ© en est rĂ©duite et qu'elle devient vulnĂ©rable aux prĂ©dateurs. Pour faciliter son travail, elle lubrifie la zone creusĂ©e avec l'eau contenue dans sa vessie[50]. Une fois le nid creusĂ©, la femelle dĂ©pose ses Ɠufs au fond de ce trou. Les Ɠufs fraĂźchement pondus sont blancs, de forme elliptique, poreux et souples[53]. Du dĂ©but Ă  la fin, le travail de la femelle peut prendre quatre heures. Parfois elle passe le restant de la nuit Ă  cĂŽtĂ© de son nid, avant de retourner Ă  l'eau[50].

Les femelles peuvent pondre jusqu'Ă  cinq fois par an, mais en gĂ©nĂ©ral on compte deux pontes dans l'annĂ©e, avec 30 Ă  50 % des femelles qui ne pondent pas du tout une annĂ©e donnĂ©e[50]. Dans certaines populations septentrionales, aucune femelle ne pond plusieurs fois par an[50]. Les femelles les plus grosses pondent gĂ©nĂ©ralement des Ɠufs plus gros et en plus grand nombre[54]. Le nombre d'Ɠufs varie suivant la sous-espĂšce, bien que cela soit peut-ĂȘtre rĂ©vĂ©lateur des diffĂ©rences environnementales de leurs milieux respectifs plutĂŽt que d'Ă©ventuelles diffĂ©rences gĂ©nĂ©tiques. Les deux espĂšces les plus septentrionales, celles de l'ouest et du centre, sont plus grosses et ont plus d'Ɠufs par ponte, avec respectivement 11,9 et 7,6 Ɠufs en moyenne, que les sous-espĂšces du sud (4,2 Ɠufs par ponte) et de l'est (4,9 Ɠufs par ponte). Au sein des sous-espĂšces, on s'aperçoit Ă©galement que ce sont les individus qui vivent le plus au nord qui pondent le plus d'Ɠufs[50].

Croissance

L'incubation des Ɠufs dure 72 Ă  80 jours dans la nature[47] comme en conditions artificielles[51]. En aoĂ»t et septembre, les jeunes tortues sortent de leur Ɠuf aprĂšs avoir cassĂ© leur coquille Ă  l'aide du diamant placĂ© sur leur mĂąchoire[55]. À leur Ă©closion certaines tortues restent au nid[47]. Ainsi, on a observĂ© qu'au nord d'une ligne allant du Nebraska au Nord de l'Illinois en passant par le New Jersey[56], les jeunes tortues se plaçaient en quinconce[57] dans le nid pour y rester durant l'hiver et en sortir au printemps suivant[47].

Plusieurs jeunes Tortues peintes sur de la mousse sur une table lumineuse.
Tortues peintes juste Ă©closes.

La capacitĂ© des jeunes tortues Ă  survivre Ă  l'hiver en restant au nid a permis Ă  la Tortue peinte Ă  coloniser des territoires situĂ©s plus au nord que les autres tortues amĂ©ricaines. La Tortue peinte est par ailleurs capable de survivre Ă  des pĂ©riodes de gel prolongĂ©es grĂące Ă  son sang qui peut rester en Ă©tat de surfusion et sa peau qui rĂ©siste Ă  la pĂ©nĂ©tration de cristaux de glace du sol environnant[56]. Les gelĂ©es les plus sĂ©vĂšres entraĂźnent tout de mĂȘme la mort de nombreux petits[47].

ImmĂ©diatement aprĂšs l'Ă©closion, les tortues dĂ©pendent encore du vitellus de l'Ɠuf pour survivre[57]. Une dizaine de jours aprĂšs ĂȘtre sorties de l'Ɠuf (ou le printemps suivant si la sortie du nid est diffĂ©rĂ©e), les jeunes tortues commencent Ă  se nourrir par elles-mĂȘmes. Les jeunes tortues grossissent trĂšs rapidement les premiers temps, et peuvent doubler leur taille la premiĂšre annĂ©e. La croissance se ralentit trĂšs fortement Ă  partir de la maturitĂ© sexuelle et peut mĂȘme s'arrĂȘter complĂštement[58]. La vitesse de croissance dĂ©pend fortement de l'habitat et de la disponibilitĂ© en nourriture, et l'on observe parfois de grandes diffĂ©rences d'une population Ă  l'autre dans une mĂȘme zone. La sous-espĂšce de l'ouest grossit un peu plus rapidement que les autres[59].

Les femelles grossissent plus vite que les mĂąles, et atteignent leur maturitĂ© sexuelle Ă  une taille supĂ©rieure[58]. Dans la plupart des populations, les mĂąles atteignent la maturitĂ© sexuelle entre 2 et 4 ans, et les femelles entre 6 et 10 ans[46]. La taille et l'Ăąge Ă  la maturitĂ© augmentent avec la latitude[13]. À l'extrĂ©mitĂ© nord de leur aire de rĂ©partition, les mĂąles atteignent la maturitĂ© sexuelle entre 7 et 9 ans et les femelles entre 11 et 16 ans[48].

Distribution et habitat

Répartition géographique

La Tortue peinte est la tortue qui Ă  l'aire de rĂ©partition la plus Ă©tendue des États-Unis[60], et c'est la seule que l'on retrouve de la cĂŽte Atlantique Ă  la cĂŽte Pacifique[nb 2]. Elle est indigĂšne dans huit des 10 provinces canadiennes, 44 des 50 États des États-Unis et l'un des 30 États du Mexique. Sur la cĂŽte Est, on la trouve des Provinces maritimes Ă  l'État amĂ©ricain de GĂ©orgie. Sur la cĂŽte Ouest, elle est prĂ©sente en Colombie-Britannique, dans l'État de Washington, dans l'Oregon et au sud-est de l'Ăźle de Vancouver[nb 3]. Son aire de rĂ©partition inclut une bonne partie du sud du Canada, ce qui en fait la tortue la plus septentrionale d'AmĂ©rique[55]. Le Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada (COSEWIC) a reportĂ© la prĂ©sence de C. p. bellii en Colombie-Britannique[62] - [63]. Les populations du Sud-Ouest de la Colombie-Britannique sont considĂ©rĂ©es comme menacĂ©es, principalement Ă  cause de la disparition de leur habitat, et sont surveillĂ©es dans le reste de la province[62] - [63]. Au sud, son aire de rĂ©partition s'Ă©tale jusqu'au golfe du Mexique en Louisiane et en Alabama. Au sud-ouest des États-Unis on ne trouve que quelques populations dispersĂ©es. On la trouve dans une riviĂšre du Nord du Mexique. Elle est absente dans le sud-ouest de la Virginie et des États adjacents, ainsi que de la partie centre-nord de l'Alabama[26] - [61] - [64].

Carte d'Amérique du Nord montrant les aires de répartition de chacune des sous-espÚces en différentes couleurs
Aire de répartition de la Tortue peinte (C. picta)
En gris foncé les frontiÚres nationales
En blanc les frontiùres d'États et de provinces
En bleu foncé les riviÚres mentionnées dans l'article
  • Est (C. p. picta)
  • Centre (C. p. marginata)
  • Sud (C. p. dorsalis)
  • Ouest (C. p. bellii)
Grandes zones d'intergradation
  • MĂ©lange entre les sous-espĂšces de l'est et du centre
  • MĂ©lange entre les sous-espĂšces de l'est et du sud
  • MĂ©lange entre les sous-espĂšces du centre et de l'ouest

Les limites entre les aires de rĂ©partition des diffĂ©rentes sous-espĂšces ne sont pas trĂšs prĂ©cises, car elles s'hybrident localement. Plusieurs Ă©tudes ont Ă©tĂ© menĂ©es dans ces zones limites entre deux sous-espĂšces et ont montrĂ© la prĂ©sence de tortues hybrides, aux caractĂ©ristiques intermĂ©diaires[nb 4]. En dĂ©pit de ces quelques imprĂ©cisions, on peut tout de mĂȘme attribuer une aire Ă  chacune des sous-espĂšces.

Tortue peinte de l'est

L'aire de rĂ©partition de la Tortue peinte de l'est s'Ă©tale du sud-est du Canada Ă  la GĂ©orgie, avec une limite ouest formĂ©e par les Appalaches. À l'extrĂȘme nord de son aire de rĂ©partition, la tortue se cantonne aux zones les plus chaudes Ă  proximitĂ© de la cĂŽte Atlantique. Elle est rare dans le New Hampshire et dans le Maine on ne la trouve que dans une bande de 80 km de large le long de la cĂŽte[69] - [70] - [71]. Au Canada, on la trouve au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse mais pas au QuĂ©bec ou sur l'Ăźle-du-Prince-Édouard. Au sud on ne la rencontre pas dans les zones cĂŽtiĂšres de Caroline du Nord, Caroline du Sud, et de GĂ©orgie. Elle est Ă©galement absente de tout le Sud de la GĂ©orgie et n'est pas observĂ©e en Floride[26] - [61] - [72] - [73] - [74].

L'aire de rĂ©partition de la sous-espĂšce de l'est s'Ă©tend lĂ©gĂšrement dans le centre-est de l'Alabama, oĂč elle s'hybride avec la sous-espĂšce du sud[61]. Au nord-est, elle s'hybride frĂ©quemment avec la sous-espĂšce du centre, et certains auteurs qualifient ces tortues d'hybrid swarm[75] - [76] - [77]. Dans le sud-est, la limite entre les aires des sous-espĂšces de l'est et du centre est plus nette puisqu'elle est dĂ©limitĂ©e par une chaĂźne de montagne sĂ©parant deux bassins versants[61] - [78].

Tortue peinte du centre

La Tortue peinte du centre vit du Sud de l'Ontario au QuĂ©bec, Ă  travers les États du centre-est des États-Unis au Kentucky, Tennessee et le Nord-Ouest de l'Alabama, qui se mĂȘle ici avec la Tortue peinte du sud[79]. On la trouve Ă©galement jusque dans la Virginie occidentale, l'Ouest du Maryland et de la Pennsylvanie. La Tortue peinte du centre semble Ă©taler son aire de rĂ©partition vers l'est, notamment en Pennsylvanie[80]. Dans le nord-est on la trouve Ă  l'ouest de New York et dans le Vermont oĂč elle se mĂȘle Ă  la sous-espĂšce de l'est[23] - [61].

Tortue peinte du sud

L'aire de rĂ©partition de la Tortue peinte du sud s'Ă©tend au nord jusque dans le sud de l'Illinois et du Missouri, principalement le long de la vallĂ©e du Mississippi. On la trouve en Arkansas ainsi que dans l'extrĂȘme nord-est du Texas, dans la rĂ©gion du lac Caddo[81] et dans l'extrĂȘme sud-est de l'Oklahoma (comtĂ© de McCurtain)[82]. Elle est Ă©galement prĂ©sente dans la majeure partie de la Louisiane, jusque dans le golfe du Mexique. À l'est elle est prĂ©sente dans l'ouest du Tennessee, le nord du Mississippi et la majeure partie de l'Alabama, dont la ville cĂŽtiĂšre de Mobile[26] - [61] - [73]. Une population isolĂ©e du centre du Texas a Ă©tĂ© observĂ©e mais ne semble pas indigĂšne[83].

Tortue peinte de l'ouest

Western painted turtle (Aquarelle par Gordon)

La Tortue peinte de l'ouest est prĂ©sente au nord jusque dans le sud des provinces canadiennes de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique. En Ontario, la sous-espĂšce occidentale peut ĂȘtre observĂ©e au Nord du Minnesota et directement au nord du lac SupĂ©rieur, mais il y a une zone de 130 km Ă  l'est de ce lac, au climat hivernal rude, oĂč aucune sous-espĂšce n'est reprĂ©sentĂ©e. Ainsi, il n'y a pas d'hybridation entre la sous-espĂšce de l'ouest qui occupe l'Ouest de l'Ontario et celle du centre qui vit dans le sud-est de cet État[66]. En Manitoba, les Tortues peintes sont trĂšs nombreuses jusqu'au lac Manitoba et au lac Winnipeg au nord. La tortue est Ă©galement courante dans le sud de la Saskatchewan, mais en Alberta on ne compte que cent individus, principalement le long de la frontiĂšre avec les États-Unis. En Colombie-Britannique, on trouve des Tortues peintes Ă  proximitĂ© des vallĂ©es de Kootenay, Columbia, Okanagen et Thompson. Sur la cĂŽte de cette province, elles sont prĂ©sentes prĂšs de l'embouchure du Fraser et un peu plus au nord aux alentours de l'Ăźle de Vancouver. Son habitat n'est pas continu dans cette province, la tortue l'ayant vraisemblablement colonisĂ©e en provenance des États-Unis. Les hautes montagnes reprĂ©sentent des barriĂšres Ă  son avancĂ©e vers l'est ou l'ouest. Des animaux ont Ă©tĂ© observĂ©s plus au nord dans l'Alberta et la Colombie-Britannique, mais il s'agit certainement d'individus relĂąchĂ©s dans la nature[26] - [61] - [84] - [85] - [86].

Aux États-Unis, la sous-espĂšce de l'ouest se mĂȘle sur une vaste zone Ă  celle du centre, comprenant la majeure partie de l'Illinois et une partie du Wisconsin aux abords du lac Michigan et de la pĂ©ninsule supĂ©rieure du Michigan. Plus Ă  l'ouest, c'est la seule sous-espĂšce reprĂ©sentĂ©e dans le reste de l'Illinois, le Wisconsin, ainsi que dans l'intĂ©gralitĂ© du Minnesota, de l'Iowa et du Missouri, Ă  l'exception d'une petite bande dans le sud de l'État. On la trouve dans tout le Dakota du Nord Ă  l'exception d'une petite zone Ă  l'ouest, et dans tout le Nebraska, ainsi que dans tout le Kansas, la frontiĂšre de cet État avec l'Oklahoma formant la limite de son aire de rĂ©partition, bien qu'elle soit occasionnellement observĂ©e dans trois comtĂ©s du Nord de cet État[26] - [61] - [82] - [84].

Au nord-ouest, son aire de rĂ©partition comprend presque tout le Montana. Seule une petite bande de cet État, vers la frontiĂšre avec l'Idaho, ne compte pas cette tortue[87]. Elle est rare dans le Wyoming, seulement visible dans les zones plus Ă©levĂ©es de l'Est et du Nord de l'État[88]. Dans l'Idaho, les tortues ne sont prĂ©sentes que dans la moitiĂ© nord de l'Idaho Panhandle[89]. Dans l'État de Washington, les tortues sont communes dans les vallĂ©es de faible altitude[90] - [91]. Dans l'Oregon, la tortue est indigĂšne dans la partie nord de l'État dans la vallĂ©e du fleuve Columbia et dans celle de la Willamette au nord de Salem[26] - [84] - [92].

Au sud-ouest, l'aire de rĂ©partition de la Tortue peinte est fragmentĂ©e. Au Colorado, elle est prĂ©sente dans les plaines de l'Est de l'État mais absente dans la plupart des montagnes de l'Ouest. Toutefois, on a confirmĂ© la prĂ©sence de cette tortue dans certaines parties des comtĂ©s d'Archuleta et de La Plata, une population s'Ă©tant mĂȘme Ă©tablie au Nord du Nouveau-Mexique dans le bassin de la San Juan (riviĂšre). Des observations non confirmĂ©es ont Ă©galement Ă©tĂ© reportĂ©es Ă  l'extrĂȘme ouest de cet État, dans le comtĂ© de Mesa[93]. Au Nouveau-Mexique, les animaux sont groupĂ©s le long du Rio Grande et du Pecos, deux cours d'eau s'Ă©coulant du nord au sud Ă  travers cet État[94]. Au sein des riviĂšres mentionnĂ©es, on la trouve Ă©galement dans la partie nord du Trans-Pecos[81]. En Utah, la Tortue peinte vit dans une aire au sud, dans le comtĂ© de Kane, dans des ruisseaux se jetant dans le Colorado, bien que l'on ne soit pas sĂ»r qu'elle en soit indigĂšne[84] - [95] - [96]. En Arizona, la Tortue peinte est indigĂšne d'une zone Ă  l'est, le lac Lyman[97] - [98]. La Tortue peinte n'est pas prĂ©sente dans le Nevada ou la Californie[26] - [84].

Au Mexique[94], les Tortues peintes sont prĂ©sentes un peu moins de 100 km au sud du Nouveau-Mexique prĂšs de Galeana dans l'État de Chihuahua. Deux expĂ©ditions[99] - [100] ont reportĂ© cette tortue dans le rio Santa Maria qui forme un exemple d'endorĂ©isme[26] - [84].

Aire d'introduction

Parfois, les Tortues peintes détenues comme animal de compagnie sont relùchées en dehors de leur aire de répartition d'origine. En Californie, elle est considérée comme une espÚce invasive qui menace la Tortue de l'ouest, native de la région, également menacée plus dangereusement par la Tortue de Floride[101]. Elle a également été introduite dans les eaux aux alentours de Phoenix en Arizona[97], et de Miami en Floride[102], mais également en Allemagne, en Indonésie, aux Philippines ainsi qu'en Espagne[103].

Habitat

Une mare ouverte
Une mare ouverte, habitat des Tortues peintes.

Pour vivre dans de bonnes conditions, la Tortue peinte a besoin d'eau douce, d'une végétation aquatique abondante et de zones appropriées pour pouvoir se réchauffer au soleil. Elle se plait dans les eaux peu profondes sans courant, comme les criques, les marais, les étangs et les rives des lacs.

Les diffĂ©rentes sous-espĂšces ont parfois un milieu de vie privilĂ©giĂ©[44]. La Tortue peinte de l'est affectionne particuliĂšrement l'eau, quittant le point d'eau dans lequel elle vit uniquement si elle est forcĂ©e Ă  migrer Ă  cause de la sĂ©cheresse[39]. Le long de l'Atlantique, elle vit dans les eaux saumĂątres[44]. Les Tortues peintes du centre et du sud recherchent les eaux calmes, gĂ©nĂ©ralement les rives et les criques. Elles vivent dans des eaux peu profondes Ă  la vĂ©gĂ©tation dense et supportent assez bien la pollution[22] - [104]. La Tortue peinte de l'ouest enfin, vit dans les fleuves et les lacs, comme les autres sous-espĂšces, mais peut Ă©galement s'installer dans les Ă©tangs et les points d'eau sur le bord des routes[25]. On la trouve Ă  une altitude pouvant aller jusqu'Ă  1 800 m[24].

Populations

Dans la plus grande partie de son aire de rĂ©partition, c'est la tortue la plus abondante. On compte entre 10 et 840 tortues par hectare d'eau douce. La densitĂ© est d'autant plus importante que le climat est doux et que l'habitat corresponde Ă  celui qu'affectionnent les tortues. Ainsi, dans les riviĂšres et les lacs la densitĂ© est faible car les tortues ne vivent que sur les rives. Par ailleurs les tortues des lacs et des riviĂšres doivent faire plus de chemin pour explorer la mĂȘme surface de terrain quand elles cherchent leur nourriture[33].

Deux diagrammes montrant des nombres sur les segments extérieurs de la carapace de la tortue. Il y a des entailles auxquelles correspond le code chiffré.
Code utilisé pour marquer les carapaces.

La population est assez ĂągĂ©e, avec plus d'animaux adultes que de jeunes, mais les ratios sont difficiles Ă  Ă©tablir car les jeunes sont difficiles Ă  attraper, et avec la mĂ©thode couramment employĂ©e pour Ă©chantillonner la population, on observe de grandes variations dans les pyramides des Ăąges suivant les estimations[105]. La mortalitĂ© des Tortues peintes diminue avec l'Ăąge. La probabilitĂ© qu'une Tortue peinte atteigne sa premiĂšre annĂ©e est de seulement 19 %. Chez les femelles, le taux de survie est de 45 % pour les jeunes et 95 % pour les adultes. Chez les mĂąles, ces taux sont lĂ©gĂšrement plus faibles, mais suivent la mĂȘme Ă©volution avec l'Ăąge[106]. Les catastrophes naturelles peuvent bouleverser la pyramide des Ăąges. Ainsi, un ouragan peut dĂ©truire plusieurs nids dans une rĂ©gion, d'oĂč un nombre d'Ă©closions nettement moins important l'annĂ©e suivante[106]. La pyramide des Ăąges peut Ă©galement ĂȘtre perturbĂ©e par les migrations d'adultes si les conditions sont difficiles (sĂ©cheresse)[105].

Pour Ă©valuer l'Ăąge de la population des tortues, les scientifiques ont besoin de mĂ©thodes fiables[107]. On peut facilement dĂ©terminer l'Ăąge des tortues de moins de 4 ans (jusqu'Ă  douze ans dans certaines populations) en s'appuyant sur les anneaux de croissance de leurs carapaces[108]. Pour les spĂ©cimens les plus ĂągĂ©s, certaines mĂ©thodes ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es pour estimer l'Ăąge Ă  partir de la taille et la forme de leur carapace ou de leurs membres grĂące Ă  des modĂšles mathĂ©matiques, mais cette mĂ©thode reste largement imprĂ©cise[108] - [109]. La mĂ©thode la plus fiable pour Ă©tudier les tortues les plus ĂągĂ©es consiste Ă  marquer leur carapace par une encoche, les relĂącher et les capturer de nouveau plus tard[110] - [111] - [112]. L'Ă©tude en place depuis le plus longtemps, dans le Michigan, a montrĂ© que ces tortues pouvaient vivre plus de 55 ans[108] - [113].

Les populations de Tortues peintes adultes ont un sexe-ratio de 50/50 en moyenne[114]. Cette moyenne cache une grande diversitĂ© d'une population Ă  l'autre, certaines Ă©tant lĂ©gĂšrement excĂ©dentaires en mĂąles, mais d'autres pouvant ĂȘtre trĂšs largement excĂ©dentaires en femelles. Ainsi, une population de l'Ontario compte quatre femelles pour un seul mĂąle[48]. Le sexe-ratio des jeunes juste Ă©clos dĂ©pend de la tempĂ©rature lors de la pĂ©riode d'incubation des Ɠufs. Au cours du second tiers de l'incubation, des tempĂ©ratures de 23 Ă  27 °C vont engendrer des mĂąles, et des tempĂ©ratures supĂ©rieures ou infĂ©rieures Ă  ce crĂ©neau favoriseront le sexe femelle[47]. Les femelles ne semblent pas choisir l'emplacement de leur nid pour influencer le sexe des petits[11], et dans une population les emplacements des nids sont suffisamment variĂ©s pour que l'on trouve suffisamment de mĂąles et de femelles[105].

Taxonomie et Ă©volution

Portrait de Schneider de trois-quart face dessiné au crayon. Il a l'air résolu et a des cheveux longs.
Le naturaliste allemand Johann Gottlob Schneider a le premier décrit la Tortue peinte.

La Tortue peinte (C. picta) est l'unique espÚce du genre Chrysemys[115]. Ce genre appartient à la famille des Emydidae, qui regroupe des tortues d'eau douce. Les Emydidae sont divisés en deux sous-familles ; Chrysemys appartient à celle des Deirochelyinae[116]. Les quatre sous-espÚces reconnues sont celle de l'est (C. p. picta), du centre (C. p. marginata), du sud (C. p. dorsalis), et de l'ouest (C. p. bellii)[117].

La Tortue peinte doit son nom gĂ©nĂ©rique, Chrysemys, au grec χρυσός, khrysόs, « or », et ጐΌύς, emĂœs, dĂ©signant les « tortues d'eau douce ». Son nom spĂ©cifique, picta vient du latin pictus pour « colorĂ© »[118]. Pour ce qui est des noms des sous-espĂšces, marginata vient du latin et signifie « bord », se rĂ©fĂ©rant aux marques rouges qu'elle prĂ©sente sur les bords extĂ©rieurs de la carapace, dorsalis signifie « dos » en latin, en rĂ©fĂ©rence Ă  la rayure proĂ©minente que l'on trouve sur son dos, et bellii rend hommage au zoologiste Thomas Bell, un collaborateur de Charles Darwin[119]. Sur la cĂŽte Est des États-Unis, on appelle couramment la Tortue peinte « skilpot », mot dĂ©rivĂ© du terme hollandais schildpad signifiant tortue[120].

Classification

Décrite pour la premiÚre fois en 1783 par Johann Gottlob Schneider sous le nom de Testudo picta[115] - [121], la Tortue peinte a été nommée Chrysemys picta par John Edward Gray en 1844[122]. La sous-espÚce type C. p. picta est attribuée à Schneider en 1783[121], C. p. bellii est décrite par Gray en 1831[121] - [123] et C. p. marginata et C. p. dorsalis par Louis Agassiz en 1857[124] - [125].

Jusque dans les années 1930, les biologistes ont considéré certaines sous-espÚces de la Tortue peinte comme des espÚces à part entiÚre. Ainsi, les Tortues peintes de la région en bordure des aires de répartition étaient couramment désignées comme une espÚce à part entiÚre sous la dénomination de C. treleasei. En 1931, Bishop et Schmidt ont défini la classification actuelle avec une espÚce comprenant quatre sous-espÚces. En s'appuyant sur des mesures prises sur des tortues dans l'intégralité de l'aire de répartition de l'espÚce, ils ont subordonné les quatre types rencontrés au rang de sous-espÚce et éliminé treleasei[126].

Au moins depuis 1958, on considĂšre que les sous-espĂšces ont Ă©voluĂ© du fait de leur isolement gĂ©ographique au cours de la derniĂšre glaciation il y a de cela entre 100 000 et 11 000 ans[75] - [26] - [nb 5]. À ce moment les Tortues peintes Ă©taient divisĂ©es en trois populations distinctes, les Tortues peintes de l'est vivaient le long de la cĂŽte atlantique, les Tortues peintes du sud se rencontraient au sud du Mississippi et les Tortues peintes de l'ouest peuplaient le sud-ouest du pays[21]. Les populations n'ont pas Ă©tĂ© isolĂ©es suffisamment longtemps pour que l'on voie apparaĂźtre de nouvelles espĂšces Ă  part entiĂšre. Quand les glaciers se retirĂšrent il y a environ 11 000 ans, ces trois sous-espĂšces se dirigĂšrent vers le nord. Les sous-espĂšces du sud et de l'ouest se rencontrĂšrent aux alentours du Missouri et de leur hybridation apparut C. p. marginata, qui s'installa ensuite un peu plus Ă  l'est et au nord dans les bassins de l'Ohio et du Tennessee[75] - [21].

Les biologistes ont longtemps dĂ©battu du statut des autres genres proches qui partagent la sous-famille de Chrysemys, comme Pseudemys, et Trachemys. AprĂšs 1952, certains regroupent Pseudemys et Chrysemys du fait de leur forte ressemblance morphologique[127]. En 1964, en se fondant sur des mesures du crĂąne et du pied de ces tortues, Samuel Booker McDowell propose de regrouper les trois genres en un seul. Toutefois, des Ă©tudes plus poussĂ©es en 1967 contredisent ce classement. Cette mĂȘme annĂ©e, J. Alan Holman, palĂ©ontologue et herpĂ©tologiste, dĂ©montre que bien que ces trois genres de tortues partagent souvent le mĂȘme habitat et ont un mode de reproduction identique, ils ne s'hybrident pas[128]. Dans les annĂ©es 1980, des Ă©tudes sur la structure cellulaire et les parasites ont confirmĂ© la sĂ©paration de Chrysemys, Pseudemys et Trachemys en trois genres diffĂ©rents[129].

Fossiles dans un bac, avec des étiquettes en papier à cÎté
Fossiles de carapaces datant d'il y a environ 5 millions d'années, trouvés dans une doline du Tennessee[130].

David E. Starkey et al. avancent en 2003 une nouvelle thĂ©orie sur la divergence des sous-espĂšces. En s'appuyant, sur des Ă©tudes de l'ADN mitochondrial de ces animaux, ils rejettent la thĂ©orie du dĂ©veloppement des sous-espĂšces durant la derniĂšre glaciation et estiment que la Tortue peinte du sud devrait ĂȘtre Ă©levĂ©e au rang d'espĂšce Ă  part entiĂšre, tandis que les autres sous-espĂšces ne doivent pas ĂȘtre diffĂ©renciĂ©es[131]. Cette thĂ©orie reste toutefois trĂšs mal connue car les croisements rĂ©ussis entre toutes ces sous-espĂšces ont Ă©tĂ© observĂ©s partout oĂč leurs aires de rĂ©partition se chevauchent[121] - [132]. NĂ©anmoins, en 2010, l'UICN reconnaĂźt Ă  la fois C. dorsalis et C. p. dorsalis comme des noms valables pour dĂ©signer la Tortue peinte du sud[133].

Chromosomes

Le caryotype de cette tortue, l'ADN nuclĂ©aire et non le mitochondrial, est composĂ© de 50 chromosomes, soit le mĂȘme nombre que les autres tortues de la sous-famille et le nombre le plus frĂ©quemment rencontrĂ© pour les tortues de la famille des Emydidae en gĂ©nĂ©ral[3] - [134] - [135]. Chez les autres tortues, on compte entre 26 et 66 chromosomes[136]. TrĂšs peu d'Ă©tudes ont Ă©tĂ© menĂ©es sur les variations du caryotype de la Tortue peinte suivant les populations[137]. Toutefois une Ă©tude de 1967 sur la structure des protĂ©ines de la population insulaire de Nouvelle-Angleterre a rĂ©vĂ©lĂ© des diffĂ©rences par rapport aux tortues continentales[138]. Des comparaisons de l'ADN chromosomique des diffĂ©rentes sous-espĂšces sont discutĂ©es, afin notamment de les confronter Ă  la thĂ©orie de Starkey, mais elles n'Ă©taient pas publiĂ©es en 2009[137] - [139]. Le sĂ©quençage complet du gĂ©nome de la Tortue peinte est en cours en 2010, cette tortue Ă©tant l'un des deux reptiles choisis pour ĂȘtre sĂ©quencĂ©s les premiers[140].

Fossiles

Bien que l'on connaisse assez mal l'histoire Ă©volutive de cette espĂšce, on retrouve rĂ©guliĂšrement des fossiles de Tortues peintes[141]. Les plus vieux spĂ©cimens, trouvĂ©s dans le Nebraska, datent d'il y a environ 15 millions d'annĂ©es. Les fossiles datant de 15 Ă  5 millions d'annĂ©es avant notre Ăšre n'ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s que dans le Nebraska et le Kansas, mais des fossiles plus rĂ©cents ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans une aire gĂ©ographique plus Ă©tendue. Des fossiles datant d'il y a moins de 300 000 ans sont dĂ©couverts rĂ©guliĂšrement dans l'ensemble des États-Unis et du sud du Canada[142].

La Tortue peinte et l'Homme

Menaces et protection

Un panneau orange, en forme de losange, sur la droite de la route indiquant en anglais ralentir : saison de traversée avec une image de tortue.
Panneau routier en Colombie-Britannique.

Le déclin des populations de Tortues peintes n'est pas simplement un cas de réduction rapide de son aire de répartition comme ce fut autrefois le cas pour le bison. La Tortue peinte est considérée comme trÚs répandue (catégorie G5) dans l'évaluation de NatureServe[60], et l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) la classe parmi les espÚces de préoccupation mineure (LC) dans sa liste rouge[133]. La capacité de la Tortue peinte à survivre dans des milieux pollués ou artificiels et son cycle de vie assez rapide lui ont permis de conserver son aire de répartition[1] - [143], mais la colonisation progressive de l'Amérique du Nord a considérablement réduit ses effectifs[30] - [144].

Son aire de rĂ©partition est en recul uniquement sur la cĂŽte Pacifique, au nord-ouest du continent. Dans l'État de Washington elle demeure considĂ©rĂ©e comme S5 (trĂšs rĂ©pandue), mais en Oregon on la classe dans la catĂ©gorie S2 (en pĂ©ril)[145], et en Colombie-Britannique les populations de tortues de la cĂŽte et de l'intĂ©rieur des terres sont considĂ©rĂ©es respectivement comme menacĂ©es[62] et of special concern[63] - [nb 6].

Beaucoup de travaux ont été écrits sur les diverses menaces qui pÚsent sur la Tortue peinte, mais il est trÚs difficile de réellement quantifier leur impact[33] - [106] - [30]. L'une des principales menaces pour cette tortue est la disparition progressive de son habitat pour diverses raisons. Concernant son habitat aquatique, l'assÚchement des marais entraßne la disparition de la végétation au bord de l'eau et prive les tortues de certains de leurs points pour se réchauffer. Les prédateurs ont également un accÚs plus facile aux berges et les promeneurs sont plus fréquents[151] - [152] - [153]. Concernant les sites de nidification, l'urbanisation et la mise en culture de certaines terres limitent les sols bien exposés nécessaires pour que l'incubation se déroule dans de bonnes conditions[154].

Les humains ont un Ă©galement un impact important sur cette tortue Ă  travers la circulation routiĂšre. Des tortues mortes, surtout des femelles, sont rĂ©guliĂšrement vues sur les routes durant l'Ă©tĂ©[156]. L'impact des routes est Ă©galement indirect puisqu'elles isolent gĂ©nĂ©tiquement certaines populations[156] - [157]. On leur construit localement des passages souterrains[158], des barriĂšres pour empĂȘcher leur accĂšs Ă  la route[34], et leur passage est parfois mentionnĂ© sur des panneaux routiers[159]. Dans l'Oregon, les enfants sont sensibilisĂ©s Ă  l'Ă©cole sur les dangers qu'encourent les tortues et comment Ă©viter d'en Ă©craser et leur permettre de traverser la route sans prendre de risque[160].

Dans l'ouest, diverses espĂšces introduites par l'homme comme l'Achigan Ă  grande bouche, le Ouaouaron et surtout les tortues de la famille des Chelydridae se nourrissent des petites Tortues peintes[34] - [161]. À part le sud-est oĂč le genre Trachemys est indigĂšne, la Tortue de Floride, une sous-espĂšce appartenant Ă  ce ggenre, entre en compĂ©tition avec la Tortue peinte dans les endroits oĂč elle a Ă©tĂ© relĂąchĂ©e par l'homme[162]. Dans les villes, certains prĂ©dateurs des milieux urbains comme les ratons laveurs, les chiens et les chats peuvent causer des pertes importantes dans les populations de tortues, notamment en mangeant les Ɠufs[163].

D'autres inquiĂ©tudes entourant la Tortue peinte sont liĂ©es aux captures trop importantes dans la nature[164], aux maladies introduites par les animaux de compagnie relĂąchĂ©s dans la nature[165], Ă  la diminution de la variabilitĂ© gĂ©nĂ©tique au sein de l'espĂšce[162], la pollution[166], le trafic fluvial, les hameçons des pĂȘcheurs — les tortues sont des voleurs d'appĂąts notables —, les tirs injustifiĂ©s et les collisions avec des machines agricoles ou des vĂ©hicules tout-terrain[167] - [168] - [169]. Gervais et ses collĂšgues ont notĂ© que la recherche en elle-mĂȘme pouvait affecter la population, car les Ă©tudes s'appuient sur des captures d'animaux sauvages et ne sont pas forcĂ©ment suivies d'une publication de rĂ©sultats. Il demande que toutes ces Ă©tudes soient plus ciblĂ©es, et qu'une sĂ©lection soit faite pour que moins de tortues ne se retrouvent dans les piĂšges des scientifiques[170]. Le rĂ©chauffement climatique reprĂ©sente Ă©galement une menace future pour ces animaux[144] - [171].

Animaux de compagnie

« 
 nous n'encourageons pas les gens Ă  capturer ces tortues. Les tortues maintenues en tant qu'animaux de compagnie tombent gĂ©nĂ©ralement rapidement malades
 La meilleure façon de profiter de nos tortues est de les observer dans leur milieu naturel
 Il vaut mieux prendre une « picture » (photo) qu'une picta ! »

Pennsylvania Fish and Boat Commission[80]

Au dĂ©but des annĂ©es 1990, les Tortues peintes se rĂ©vĂšlent ĂȘtre les tortues les plus souvent adoptĂ©es comme animaux de compagnie aprĂšs la Tortue de Floride[172]. En 2010, la plupart des États amĂ©ricains autorisent mais dĂ©conseillent sa dĂ©tention. L'Oregon l'interdit formellement[173] et l'Indiana interdit sa vente[165]. La loi fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine interdit la vente et le transport de toute tortue mesurant moins de 10 cm qui peuvent ĂȘtre porteuses de salmonelles[174]. Toutefois, une exception peut ĂȘtre faite dans le cas de recherches scientifiques, et le braconnage est important[161] - [175].

En captivitĂ©, la Tortue peinte se comporte comme la Tortue de Floride. Les dĂ©tenteurs doivent lui fournir un espace suffisant, un endroit oĂč elles peut se rĂ©chauffer Ă  la lumiĂšre et une eau rĂ©guliĂšrement changĂ©e. Cet animal est mal adaptĂ© pour les enfants car il ne peut pas ĂȘtre tenu dans les mains. Certains passionnĂ©s parviennent Ă  garder de telles tortues en captivitĂ© pendant des dizaines d'annĂ©es[176] - [177] - [178].

Autres utilisations

La Tortue peinte est parfois consommĂ©e, mais elle n'est toutefois pas considĂ©rĂ©e comme une rĂ©elle source de nourriture[30] - [179] - [180]. MĂȘme la sous-espĂšce la plus grande, la Tortue peinte de l'ouest, est trop petite pour ĂȘtre raisonnablement consommĂ©e, par rapport aux autres espĂšces Ă  disposition[181]. La Tortue peinte est couramment dissĂ©quĂ©e dans les Ă©coles. Les animaux utilisĂ©s sont issus d'entreprises spĂ©cialisĂ©es dans la fourniture de matĂ©riel biologique[182], certains spĂ©cimens pouvant venir de la nature, mais ayant souvent Ă©tĂ© Ă©levĂ©s en captivitĂ©[183]. Dans le centre-ouest des États-Unis, les courses de tortues sont populaires lors des fĂȘtes estivales[182] - [184] - [185].

Piégeage

La collecte de Tortues peintes dans la nature Ă  des fins commerciales est trĂšs controversĂ©e, et de plus en plus rĂ©glementĂ©e[186] - [187] - [164]. Par exemple, dans le Wisconsin oĂč les captures n'Ă©taient pas formellement limitĂ©es, les collectes Ă  but commerciales ont Ă©tĂ© interdites en 1997, Ă  la suite d'observations du dĂ©clin des populations[188]. Dans le Minnesota, les piĂ©geurs attrapent plus de 300 000 Tortues peintes au cours des annĂ©es 1990[156].

InquiĂ©tĂ© par le cas du Wisconsin, le Minnesota commissionna Gamble et Simon pour mener une Ă©tude sur l'impact de la capture de tortues sur la population locale[182]. Les scientifiques montrĂšrent que la densitĂ© de tortues Ă©taient deux fois moins importante dans les lacs oĂč la capture Ă©tait pratiquĂ©e par rapport Ă  ceux oĂč elle ne l'Ă©tait pas. Des modĂšles mathĂ©matiques des populations ont par ailleurs indiquĂ© que des captures non rĂ©glementĂ©es pouvaient engendrer Ă  terme un lourd dĂ©clin des populations de tortues[164]. Ainsi le Minnesota interdit les nouveaux piĂ©geurs et limite le nombre de piĂšges en 2002. Bien que les captures se poursuivent[164], elles sont moitiĂ© moins importantes que dans les annĂ©es 1990[189].

Un piÚge à tortue flottant sur l'eau. Il forme une boßte en partie immergée, avec une planche au milieu mais donnant sur un espace vide au milieu. Trois tortues se réchauffent sur les bords du piÚge et une nage à proximité. les cÎtés extérieurs du piÚge sont en pente douce et une tortue commence à monter.
Un « piÚge à insolation », sur lequel les tortues viennent prendre le soleil.

En 2009, les Tortues peintes pouvaient toujours ĂȘtre piĂ©gĂ©es sans aucune restriction en Arkansas, dans l'Iowa, dans le Missouri, dans l'Ohio, et en Oklahoma[190]. Depuis, le Missouri a interdit leur capture[191].

Les piégeurs de Tortues peintes sont généralement des pluri-actifs qui s'assurent de cette maniÚre un revenu supplémentaire[164] - [186], en vendant quelques centaines de ces animaux pour 1 ou $ chacune[182]. Certains piégeurs sont dans ce commerce depuis des générations, et en font une activité familiale, ou critiquent la limitation des captures, déclarant que les populations ne diminuent pas[188].

Les Fish and Game Departments de plusieurs États amĂ©ricains autorisent la capture non-commerciale de Tortues peintes avec un nombre de prises limitĂ©es, Ă  condition de possĂ©der un permis de pĂȘche (ou de chasse dans certains États)[nb 8]. D'autres interdisent formellement cette pratique. Le piĂ©geage n'est pas autorisĂ© dans l'Oregon, oĂč la Tortue peinte de l'ouest voit sa population fortement dĂ©cliner[196] et dans le Missouri, oĂč l'on trouve les sous-espĂšces de l'ouest et du sud[191]. Au Canada, la province de l'Ontario protĂšge les deux sous-espĂšces qu'elle hĂ©berge, celle de l'ouest et celle du centre[197] et la Colombie-Britannique protĂšge la Tortue peinte de l'ouest[55].

Les mĂ©thodes de capture sont elles aussi rĂ©glementĂ©es localement. GĂ©nĂ©ralement les piĂ©geurs utilisent des « piĂšges Ă  insolation » flottant ou partiellement submergĂ©s, ou des nasses avec des appĂąts[198]. Les tĂ©moignages des piĂ©geurs[198], les donnĂ©es commerciales[189] et les Ă©tudes scientifiques[198] - [199] - [200] sont unanimes pour dire que les piĂšges Ă  insolation sont les plus efficaces pour capturer les Tortues peintes, tandis que les nasses sont mieux adaptĂ©es Ă  la capture de Tortues serpentines et de Trionychidae. La pĂȘche Ă  l'aide de filets ou de lignes Ă  plusieurs hameçons et la collecte Ă  la main sont autorisĂ©es, mais la chasse, l'empoisonnement oĂč la pĂȘche Ă  l'explosif sont formellement interdits[73] - [168] - [169] - [193] - [194] - [195].

Tortue peinte dans la culture

« Étant donnĂ© que la Tortue peinte est acharnĂ©e au travail et peut supporter les tempĂ©ratures basses comme les citoyens de Vermont, et Ă©tant donnĂ© que les couleurs de la Tortue peinte rappelle la beautĂ© de notre État en automne... l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale reconnaĂźt la Tortue peinte comme le reptile officiel de l'État... »

Vermont J.R.S. 57[201]

Les tribus indiennes d'Amérique du Nord connaissaient bien la Tortue peinte, les jeunes braves étant entraßnés à reconnaßtre son plongeon dans l'eau comme un signe de danger. Bien présente dans leur folklore[202], un mythe Potawatomi raconte comment les tortues parlantes Painted Turtle et ses alliées Snapping Turtle et Box Turtle se montrent plus malignes que les squaws du village. La Tortue peinte est le héros de cette légende et elle utilise sa coloration caractéristique pour duper une femme et ainsi pouvoir la mordre[203] - [204]. Un mythe Illini raconte comment la Tortue peinte s'est enduit de peinture pour séduire la fille du chef dans l'eau[205].

En 2010, quatre États amĂ©ricains avaient dĂ©signĂ© la Tortue peinte comme reptile officiel de l'État. Le Vermont a mis ce reptile Ă  l'honneur dĂšs 1994, suivant la suggestion des Ă©lĂšves de la Cornwall Elementary School[201]. En 1995, le Michigan suit, s'appuyant sur les recommandations de cinquiĂšme grade de Niles, qui ont dĂ©couvert l'absence officielle de reptile pour cet État[206]. Les citoyens de l'Illinois, en 2004, ont votĂ© pour choisir la Tortue peinte comme reptile de l'État, un choix rendu officiel par la lĂ©gislation en 2005[207]. Le Colorado choisit la Tortue peinte de l'ouest en 2008, Ă  la suite des efforts en ce sens des classes de quatriĂšme grade de Jay Biachi pendant deux ans[208]. Dans l'État de New York, la Tortue peinte a perdu de peu face Ă  la snapping turtle, la tortue serpentine (5 005 voix contre 5 048) lors d'une Ă©lection de 2006 visant Ă  dĂ©finir le reptile officiel de l'État[209].

Une grande statue représentation une tortue en position bipÚde, tenant un drapeau canadien dans une main et un drapeau américain dans l'autre.
Tommy the Turtle.

À Boissevain, dans le Manitoba, une ville frontaliĂšre entre le Canada et les États-Unis, une Tortue peinte de l'ouest de 4 500 kg, Tommy the Turtle, constitue une curiositĂ© bien connue au bord de la route. La statue a Ă©tĂ© construite en 1974 pour cĂ©lĂ©brer le Canadian Turtle Derby, un festival comprenant notamment des courses de tortues et qui s'est perpĂ©tuĂ© entre 1972 et 2001[210].

Le Canadien Jon Montgomery, qui remporta en 2010 la médaille d'or de skeleton aux Jeux Olympiques, portait alors une Tortue peinte dessinée sur son casque. Montgomery, qui porte également sur sa poitrine un tatouage représentant une feuille d'érable[211] expliqua qu'il avait un jour aidé une Tortue peinte à traverser la route. BC Hydro se référa à l'action de Montgomery quand ils décrivirent leur plan de sauvegarde de la tortue en Colombie-Britannique[212] - [213].

Diverses entitĂ©s privĂ©es ont pris la Tortue peinte comme symbole. Wayne State University Press Ă©dite par exemple une sĂ©rie d'ouvrages « nommĂ©e d'aprĂšs le reptile officiel du Michigan » qui comprend des livres portant sur des sujets rĂ©gionaux d'intĂ©rĂȘt culturel et historique[214]. En Californie, The Painted Turtle est un camp pour enfants malades fondĂ© par Paul Newman. La Painted Turtle Winery en Colombie-Britannique vend des vins en utilisant l'image de cette tortue qui, selon le marketing de la boĂźte, a « un style de vie dĂ©contractĂ© »[215]. On compte Ă©galement deux entreprises liĂ©es Ă  Internet dans le Michigan[216] - [217], une pension en Colombie-Britannique[218], et un cafĂ© dans le Maine qui utilise commercialement l'image de la Tortue peinte[219].

La Tortue peinte est un sujet récurrent dans les livres pour enfants[220] - [221] - [222] - [223] - [224] - [225] - [226]. Enfin, Painted turtle: state reptile of Michigan est une courte chanson pour enfants[227] - [228].

Annexes

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Références taxinomiques

Liens externes

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu de l’article de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Painted turtle » (voir la liste des auteurs).

Notes

  1. Les longueurs données pour les tortues dans cet article correspondent à chaque fois à des longueurs de carapace, et non pas à la longueur de l'animal entier.
  2. La carte et la description des répartitions s'appuie principalement sur les travaux de Conant et Collins (1998)[61], Ernst et Lovich ayant proposé une carte similaire[26].
  3. Les populations de Tortues peintes de l'Ăźle de Vancouver sont peut-ĂȘtre issues d'animaux de compagnie relĂąchĂ©s[55].
  4. Voir les sources suivantes[17] - [65] - [66] - [67] - [68].
  5. Bishop et Schmidt avait mĂȘme fait allusion Ă  la sĂ©paration au moment de la derniĂšre glaciation avant cela[126].
  6. La Tortue peinte est un animal trÚs populaire en Colombie-Britannique, et la province fait de grands efforts pour préserver les quelques milliers de tortues qu'il y reste[146] - [147] - [148] - [149] - [150].
  7. En cas de difficultés pour lire la vidéo, voir ce lien alternatif.
  8. Limites fixĂ©es par les Fish and Game Departments de divers États[73] - [168] - [169] - [192] - [193] - [194] - [195].

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