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√ěingvellir

√ěingvellir (parfois retranscrit Thingvellir), toponyme islandais signifiant litt√©ralement ¬ę plaines du Parlement ¬Ľ, est un site historique et un parc national du sud-ouest de l'Islande, non loin de la capitale, Reykjavik.

√ěingvellir
Vue de la partie septentrionale des √ěingvellir depuis le rebord sud-ouest du horst avec au premier plan la √Ėxar√°, domin√©s √† droite par la Hrafnabj√∂rg, √† gauche par l'√Ārmannsfell ; au dernier plan au centre se trouve le Skjaldbrei√įur.
Vue de la partie septentrionale des √ěingvellir depuis le rebord sud-ouest du horst avec au premier plan la √Ėxar√°, domin√©s √† droite par la Hrafnabj√∂rg, √† gauche par l'√Ārmannsfell ; au dernier plan au centre se trouve le Skjaldbrei√įur.
Massif
Pays Drapeau de l'Islande Islande
R√©gion Su√įurland
Municipalit√©s Bl√°sk√≥gabygg√į, Gr√≠msnes- og Grafningshreppur
Coordonn√©es g√©ographiques 64¬į 15‚Ä≤ 29‚Ä≥ nord, 21¬į 02‚Ä≤ 12‚Ä≥ ouest
Géolocalisation sur la carte : Islande
(Voir situation sur carte : Islande)
√ěingvellir
Orientation aval nord-est-sud-ouest
Longueur
Type Graben
√Čcoulement √Ėxar√° et √ěingvallavatn
Voie d'acc√®s principale Route 36 (√ěingvallavegur)

Le nom d√©signe une plaine entour√©e des volcans des Hautes Terres. Cette plaine est une d√©pression correspondant √† un graben r√©sultant de l'ouverture de la lithosph√®re oc√©anique le long de la dorsale m√©dio-atlantique, √† la fronti√®re entre les plaques tectoniques nord-am√©ricaine et eurasienne. Les failles de ce graben sont particuli√®rement visibles dans le paysage, dont en particulier Almannagj√°, la plus connue. Une grande partie de la plaine est couverte par les for√™ts appel√©es √ěingvallask√≥gar, l'une des plus vastes zones bois√©es du pays. Au sud de la plaine s'√©tend le √ěingvallavatn, plus grand lac d'Islande, c√©l√®bre pour ses eaux limpides.

Ces paysages ont √©t√© le th√©√Ętre d'√©v√©nements qui constituent le cŇďur de l'histoire de la nation islandaise. En effet, la plaine, et en particulier la zone √† proximit√© de la faille Almannagj√°, est le lieu originel de rassemblement d'un des plus vieux parlements du monde, l'Al√ĺing, qui y fut fond√© d√®s 930, moins d'un si√®cle apr√®s le d√©but de la colonisation de l'Islande. Ce site est ainsi le t√©moin des grands changements qui ont affect√© l'√ģle, dont en particulier la christianisation du pays en l'an 1000, mais aussi les conflits politiques √† partir de la fin du XIIe si√®cle conduisant √† un transfert progressif du pouvoir vers les grands royaumes scandinaves (Norv√®ge puis Danemark) jusqu'√† la dissolution totale de l'assembl√©e √† la fin du XVIIIe si√®cle. Si l'assembl√©e ne fut jamais restaur√©e √† √ěingvellir, le site reprit rapidement de l'importance comme symbole du nationalisme islandais lors du mouvement ind√©pendantiste du XIXe si√®cle. En 1930, lors des c√©l√©brations du mill√©naire du parlement, ce site historique est d√©clar√© premier parc national du pays et le , c'est ici que la r√©publique et la fin de l'union dano-islandaise sont proclam√©es. Le parc national est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004.

√ěingvellir est aujourd'hui l'un des sites touristiques majeurs du pays, les visiteurs venant observer les vestiges du parlement ainsi que la nature singuli√®re de la r√©gion. Le site est souvent combin√© √† la visite de la cascade Gullfoss et du champ g√©othermique de Geysir, dans un circuit appel√© le Cercle d'or.

Géographie

Localisation

Carte du parc national de √ěingvellir.

√ěingvellir est situ√© dans le Sud-Ouest de l'Islande, dans la municipalit√© de Bl√°sk√≥gabygg√į de la r√©gion Su√įurland, √† environ 50 km au nord-est de Reykjavik[M 1] et donc de la majorit√© de la population islandaise. La principale route d'acc√®s est la Route 36 qui relie le site √† la capitale Reykjavik[M 2]. √ěingvellir est prot√©g√© par le parc national de √ěingvellir, d'une superficie de 237 km2[M 1] ainsi qu'en tant que site du patrimoine mondial pour une superficie de 92,7 km2[U 1], correspondant √† la taille du parc national au moment de la nomination. Le site de l'ancien parlement se trouve √† proximit√© de la faille d'Almannagj√°, au sud-ouest de la plaine[U 2].

Relief

Les plaines de √ěingvellir sont une d√©pression d'origine tectonique d'une altitude d'environ une centaine de m√®tres. Cette cuvette est entour√©e de toutes parts par des sommets allant jusqu'√† un peu plus de 1 000 m d'altitude. Certains sommets sont situ√©s dans le parc national, tels que le B√ļrfell (783 m), le Sy√įstas√ļla (1 093 m, le massif de Botnss√ļlur), l'√Ārmannsfell (764 m) et la Hrafnabj√∂rg (763 m)[1]. La principale caract√©ristique du site est qu'il est parcouru de nombreuses failles saillantes, comme de larges cicatrices dans le paysage. Elles sont parall√®les et orient√©es essentiellement selon un axe sud-ouest-nord-est. Elles sont principalement r√©parties en deux groupes, de part et d'autre de la plaine, de pendage oppos√©[2]. La faille la plus connue est l'Almannagj√°, qui est la plus marqu√©e √† l'ouest de la plaine. Elle est longue de 7,7 km et d'une profondeur maximale de 40 m[2]. Sa correspondante √† l'est de la plaine est la Hrafnagj√°, d'une longueur de 11 km et d'une profondeur maximale de 30 m[2].

  • La faille Almannagj√° et √Ārmannsfell √† l'arri√®re-plan.
    La faille Almannagj√° et √Ārmannsfell √† l'arri√®re-plan.
  • Massif de Botnss√ļlur derri√®re Almannagj√°
    Massif de Botnss√ļlur derri√®re Almannagj√°

Climat

La zone de √ěingvellir est dans un climat temp√©r√© humide (Cfc selon la classification de K√∂ppen)[3]. Les temp√©ratures y sont sensiblement inf√©rieures √† celles de la c√īte (par exemple Reykjavik) du fait de l'altitude (un peu plus de 100 m) et de l'√©loignement des c√ītes. Elles sont souvent tr√®s variables, particuli√®rement en hiver, ce qui est li√© au fait que l'Islande se situe au point de rencontre des masses chaudes du Gulf Stream et des masses froides du courant du Groenland oriental[3]. La r√©gion de √ěingvellir est entour√©e de plusieurs montagnes qui, du fait de l'effet de foehn, re√ßoivent d'importantes quantit√©s de pr√©cipitations annuelles (allant jusqu'√† 3 000 mm)[3]. Elles sont moins importantes √† √ěingvellir m√™me, mais restent n√©anmoins sup√©rieures √† celles des c√ītes. En hiver, les pr√©cipitations ont souvent lieu sous forme neigeuse, mais les importantes variations de temp√©rature induisent parfois des d√©gels m√™me en plein hiver[3].

Relev√© m√©t√©orologique de √ěingvellir
Mois jan. f√©v. mars avril mai juin jui. ao√Ľt sep. oct. nov. d√©c. ann√©e
Temp√©rature moyenne (¬įC) ‚ąí2,4 ‚ąí1,8 ‚ąí0,9 2 5,5 8,2 10,1 9,5 6,3 3,1 ‚ąí1 ‚ąí2,4 3
Pr√©cipitations (mm) 129 110 116 92 74 72 77 102 125 162 146 135 1 340
Source : Climatic conditions of the Thingvallavatn area[3]

Hydrographie

La principale rivi√®re du site est la rivi√®re √Ėxar√° (¬ę la rivi√®re de la hache ¬Ľ), dont la majeure partie du cours se situe √† l'int√©rieur des fronti√®res du parc national. Cette rivi√®re poss√®de un d√©bit mod√©r√© (environ m3/s)[4] et est principalement connue gr√Ęce √† la √Ėxar√°rfoss, une cascade qu'elle forme en entrant dans la faille d'Almannagj√°. Elle se jette ensuite dans le lac √ěingvallavatn, juste au sud de √ěingvellir, qui, avec une superficie de 83 km2, est le plus grand lac naturel d'Islande[M 3]. Ce lac, d'une profondeur maximale de 114 m, est principalement aliment√© par des sources souterraines (environ 90 % des 100 m3/s qui alimentent le lac)[5]. En effet, le sol islandais √©tant majoritairement un champ de lave, l'eau parvient facilement √† s'y infiltrer. Des √©tudes isotopiques ont montr√© que l'eau de ces sources provient du glacier Langj√∂kull, √† 50 km au nord du lac, tout comme l'eau alimentant les sources chaudes de Nesjavellir, au sud du lac[5]. Les eaux, en traversant la lave, sont filtr√©es par celle-ci, ce qui explique l'exceptionnelle limpidit√© de l'eau du lac[5].

Géologie

Volcanisme

Carte montrant les principaux systèmes volcaniques de l'Islande.
Carte du système volcanique de l'Islande.

Comme le reste de l'Islande, le substratum de la r√©gion est compos√© de roches volcaniques. Dans le cas de √ěingvellir, le volcanisme est toujours actif, √©tant situ√© au cŇďur de la zone ouest du syst√®me volcanique islandais (cf. carte ci-contre), sur plusieurs syst√®mes volcaniques en activit√© : le Hengill au sud-ouest, Hr√≥mundartindur au sud et un troisi√®me √† l'est autour des K√°lfstindar[G 1]. Les plus anciennes laves au sein du parc national se trouvent autour des monts B√ļrfell et Sy√įstas√ļla, datant de 1,8 Ma[G 2]. Ensuite, les monts B√ļrfell et Sy√įstas√ļla eux-m√™mes ont √©t√© form√©s alors que la r√©gion √©tait couverte de glace, ce qui est indiqu√© par la formation de hyaloclastite en superficie[G 3]. Seul Sy√įstas√ļla parvint √† percer l'√©paisseur de glace, formant un tuya, m√™me si l'√©rosion glaciaire en a depuis alt√©r√© l'apparence[G 3]. Durant la glaciation de Weichsel apparurent √† leur tour l'√Ārmannsfell et la Hrafnabj√∂rg, formant tous deux des tuyas, mais ceux-ci ont pu garder leur profil caract√©ristique[G 4]. Cette derni√®re glaciation a aussi laiss√© des moraines, qui ont √©t√© initialement responsables de la formation du lac √ěingvallavatn[G 4].

Drapeau Islandais, avec une montagne au sommet plat en arrière-plan.
La Hrafnabjörg, à l'arrière-plan, avec sa forme caractéristique de tuya.

Mais la majeure partie des roches affleurant actuellement datent de la p√©riode post-glaciaire (Holoc√®ne). Ainsi, la plaine de √ěingvellir est constitu√©e de laves provenant de trois crat√®res[G 5]. La plus ancienne √©ruption est celle du volcan bouclier Skjaldbrei√įur, situ√© au nord-est du site et qui a recouvert de ses laves une superficie de 200 km2[G 5]. C'est cette √©ruption qui a bloqu√© les rivi√®res de surface et qui est responsable de l'approvisionnement quasi-exclusif par voie souterraine du lac[G 5]. Peu de temps apr√®s l'√©ruption du Skjaldbrei√įur, il y a environ 9 100 ans, celle d'Eldborgir, au sud de la Hrafnabj√∂rg, commen√ßa, couvrant elle aussi une superficie de l'ordre de 200 km2 de lave pńĀhoehoe[G 6] - [U 3]. Cette √©ruption a cr√©√© un barrage pour le lac √† son extr√©mit√© sud-est, r√©duisant sa superficie et √©levant son niveau de 25 m[G 6]. La lave du site du parlement proviendrait de cette √©ruption, m√™me s'il existe certains doutes concernant cette affirmation, les deux √©ruptions susnomm√©es ayant un √Ęge tr√®s proche[G 6]. Enfin, il y a environ 5 000 ans, √ěj√≥fahraun, une fissure volcanique de km de long, entra en √©ruption, couvrant 55 km2, dont une partie au nord-est du parc national[G 7]. La plus r√©cente √©ruption date d'il y a 2 000 ans, au sud du lac, dans une section non incluse dans le parc national[A 1].

Tectonique

Une faille dans un terrain rocheux avec de l'eau en son cŇďur.
Faille Nikul√°sargj√°.

√ěingvellir est une plaine d'effondrement, ou graben, situ√©e √† la divergence des plaques tectoniques nord-am√©ricaine et eurasienne. La zone s'√©tend selon une direction est-ouest √† une vitesse moyenne de mm/an, et, en m√™me temps, le sol s'affaisse de 0,4 mm/an[2]. Ainsi, depuis l'√©ruption d'Eldborgir (9 100 ans), la subsidence du sol a atteint 40 m et probablement m depuis la fondation de l'Al√ĺing en 930[A 2]. Ceci a par exemple entra√ģn√© une augmentation de la profondeur du lac, malgr√© le fait que le barrage de lave ait √©t√© √©rod√© de 11 m depuis son apparition[G 8]. Ces mouvements ont induit l'apparition de fissures et failles normales, clairement visibles dans le paysage, cr√©ant des gradins naturels dans la roche basaltique. Peu de sites laissent appara√ģtre aussi clairement ces failles, la lave recouvrant en g√©n√©ral progressivement le paysage, mais il n'y a pas eu d'√©ruptions ici depuis celle d'Eldborgir[U 3]. Ces mouvements sont aussi la source de tremblements de terre assez fr√©quents. Bien que le mouvement soit relativement continu, le d√©placement des failles se fait souvent par √†-coups, lib√©rant la tension accumul√©e pr√©c√©demment[G 9]. Ainsi, plusieurs √©pisodes sismiques importants de ce type ont √©t√© enregistr√©s, par exemple en 1789 √† la suite de l'√©ruption des Lakag√≠gar[G 10].

Du fait de sa facilit√© d'acc√®s et de l'amplitude de ses failles, √ěingvellir a longtemps √©t√© un mod√®le dans l'√©tude de la tectonique des plaques. En effet, lorsque la th√©orie a √©t√© √©nonc√©e pour la premi√®re fois au d√©but du XXe si√®cle, elle re√ßut peu de cr√©dit dans la communaut√© scientifique[G 1]. Pourtant, d√©j√† √† cette √©poque, les premiers g√©ologues expliqu√®rent les failles de √ěingvellir √† l'aide de cette th√©orie[G 1]. Par la suite, lorsqu'elle commen√ßa √† se d√©mocratiser √† partir de 1962, √ěingvellir fut l'un des principaux sites d'√©tude du processus de rifting[G 1].

Faune et flore

Un renard polaire allongé sur une roche.
Renard polaire.

L'Islande est tr√®s pauvre en mammif√®res sauvages et la r√©gion de √ěingvellir n'√©chappe pas √† ce constat. Le renard polaire (Vulpes lagopus) est la seule esp√®ce de mammif√®re pr√©sente naturellement en Islande et ces renards sont assez nombreux √† √ěingvellir[6]. Le vison d'Am√©rique (Neovison vison), introduit en 1931 en Islande et ayant r√©ussi √† s'√©chapper des fermes √† fourrure, se rencontre de nos jours autour de √ěingvellir[6]. La souris sylvestre (Apodemus sylvaticus), import√©e d√®s la colonisation de l'Islande par les Vikings, est aussi tr√®s commune dans la r√©gion[6].

Un oiseau à gorge rouge sur l'eau.
Un plongeon catmarin en Islande.

Le lac √ěingvallavatn est tr√®s profond et attire donc moins les oiseaux que d'autres comme le lac M√Ĺvatn, dans le nord du pays[A 3]. Cependant, on peut rencontrer 52 esp√®ces d'oiseaux, telles que le harle hupp√© (Mergus serrator), l'oie cendr√©e (Anser anser), le garrot d'Islande (Bucephala islandica), le plongeon huard (Gavia immer), le cygne chanteur (Cygnus cygnus), la harelde kakawi (Clangula hyemalis), le canard colvert (Anas platyrhynchos) et le fuligule morillon (Aythya fuligula)[7]. Le plongeon catmarin (Gavia stellata) et le gr√®be esclavon (Podiceps auritus) sont aussi observ√©s, bien que plus rares[7]. On trouve enfin quelques oiseaux non aquatiques tels que le faucon gerfaut (Falco rusticolus), le faucon √©merillon (Falco columbarius), le lagop√®de alpin (Lagopus muta), le pluvier dor√© (Pluvialis apricaria), la b√©cassine des marais (Gallinago gallinago), le courlis corlieu (Numenius phaeopus), le chevalier gambette (Tringa totanus), le phalarope √† bec √©troit (Phalaropus lobatus), ainsi que quelques barges √† queue noire (Limosa limosa), hu√ģtriers pie (Haematopus ostralegus), pluviers grand-gravelot (Charadrius hiaticula) et hiboux des marais (Asio flammeus)[7].

Le lac abrite trois esp√®ces de poissons sur les cinq esp√®ces de poissons d'eau douce d'Islande[A 4]. Ces esp√®ces sont l'omble chevalier (Salvelinus alpinus), la truite (Salmo trutta) et l'√©pinoche (Gasterosteus aculeatus)[A 4]. Ces esp√®ces ont √©volu√© depuis 10 000 ans en s'adaptant √† l'environnement du lac et montrent maintenant un degr√© de polymorphisme unique[5]. Ainsi, l'omble chevalier existe maintenant dans le lac sous quatre morphotypes diff√©rents : piscivore, planctonivore et deux morphotypes benthivores[5]. Une autre sp√©cificit√© du lac est la d√©couverte en 2004 et 2006 de deux esp√®ces d'amphipodes d'eau douce end√©miques : Crymostygius thingvallensis, unique repr√©sentant des Crymostygiidae et Crangonyx islandicus, tous deux appartenant au sous-ordre des Gammaridea[8]. Ces esp√®ces, probablement d'origine tr√®s ancienne, auraient r√©ussi √† survivre durant les glaciations dans des refuges sous-glaciaires[8].

Petites fleurs mauves entourées de verdure.
G√©ranium des bois √† √ěingvellir.

La limite entre le climat froid temp√©r√© et le climat arctique est autour de 300-400 m d'altitude dans cette partie du pays, ce qui correspond aussi √† la limite pour le d√©veloppement des bouleaux (Betula pubescens principalement)[9]. Avant la colonisation de l'Islande, les zones en dessous de cette limite √©taient couvertes de for√™ts de bouleau, avec des sous-bois riches[9]. Les activit√©s humaines ainsi que le p√Ęturage ont rapidement et fortement affect√© cet √©cosyst√®me tr√®s fragile[9]. Ceci a favoris√© une √©rosion des sols qui a aussi contribu√© √† fragiliser la v√©g√©tation et emp√™cher sa reprise[9]. La cr√©ation du parc national au d√©but du si√®cle a permis √† la for√™t comme celle des √ěingvallask√≥gar de se d√©velopper √† nouveau et maintenant, l'essentiel de la surface initiale du parc est recouvert d'arbres[9]. Ceci est aussi li√© √† un plan d'afforestation d'esp√®ces non end√©miques, telles que des conif√®res, commenc√© en 1899, ce qui marquait aussi le d√©but de l'afforestation en Islande[M 4]. L'afforestation dans le parc a maintenant cess√©, √©tant consid√©r√©e comme une alt√©ration non justifi√©e du paysage et de l'√©cosyst√®me de la r√©gion[M 4]. Les bouleaux atteignent en moyenne une taille de m[9]. Les sous-bois sont assez riches, avec principalement du g√©ranium des bois (Geranium sylvaticum), diverses fleurs de la famille des Hieracium et Taraxacum, de la renoncule √Ęcre (Ranunculus acris), de la ronce des rochers (Rubus saxatilis) et de l'alch√©mille commune (Alchemilla vulgaris)[9].

Les zones incluses lors de l'extension du parc en 2004, quant √† elles, sont majoritairement recouvertes d'une lande o√Ļ les mousses dominent. Les mousses sont des plantes pionni√®res, colonisant les champs de lave r√©cents, mais sont aussi majoritaires sur les hauteurs du parc[9]. Le genre Racomitrium est le plus repr√©sent√©[9].

Histoire

Fondation de l'Al√ĺing

Selon le Landn√°mab√≥k, la colonisation de l'Islande commence en 874 lorsque Ing√≥lfr Arnarson devient le premier colon permanent en Islande[H 1]. Durant les ann√©es qui suivent, l'√ģle se peuple peu √† peu. Initialement, plusieurs assembl√©es locales sont organis√©es autour d'un chef (go√įi)[H 2]. Mais les colons viennent d'horizons diff√©rents (tels que la Norv√®ge, l'√Čcosse, l'Irlande) et ont donc des coutumes diff√©rentes[U 4]. De plus, les assembl√©es n'ont pas forc√©ment de lien familial pour en assurer la coh√©sion et, au contraire, des familles pouvaient √™tre dispers√©es √† travers le pays[U 4]. Enfin, les descendants de Ing√≥lfr Arnarson dominent le Sud-Ouest de l'Islande et sont devenus la famille la plus puissante d'Islande, de sorte que les autres chefs ressentent le besoin de limiter l'expansion de la puissance de cette famille. Ainsi, √† mesure de la croissance de la population, il devient √©vident que l'√ģle a besoin d'une assembl√©e g√©n√©rale[A 5]. L'√Čtat libre islandais est fond√©.

Peu avant 930, les chefs islandais envoient un homme nomm√© √ölflj√≥tr en Norv√®ge, dans le but d'√©tudier la loi du Gula√ĺing. Il revient en Islande avec la loi qui portera son nom : √ölflj√≥tsl√∂g (¬ę loi d'√ölflj√≥tr ¬Ľ)[A 5]. Son fr√®re adoptif Gr√≠mr Geitsk√≥r est d√©sign√© pour trouver un endroit convenable o√Ļ tenir l'assembl√©e[A 5]. Au m√™me moment, un fermier qui habitait √† Bl√°sk√≥gar (qui √©tait alors le nom de la r√©gion de √ěingvellir) est d√©clar√© coupable de meurtre[A 5]. Sa condamnation consiste au paiement d‚Äôune amende et √† l‚Äôabandon de ses terres. C‚Äôest sur ces terres, qui deviennent propri√©t√© publique, qu‚Äôon d√©cide d‚Äô√©tablir l‚ÄôAl√ĺing, assembl√©e compos√©e de 36 chefs locaux, qui se r√©unit pour la premi√®re fois en 930[10]. Cette r√©gion rassemble tout ce dont l'assembl√©e a besoin (du bois pour le feu et une prairie pour les chevaux) et est facilement accessible des r√©gions les plus peupl√©es[A 5]. Le go√įi le plus √©loign√©, dirigeant l'est du pays, doit voyager durant 17 jours, les montagnes et rivi√®res formant d'importants obstacles[A 6]. Le seul am√©nagement n√©cessaire est le d√©tournement de la rivi√®re √Ėxar√° vers la plaine, afin d'approvisionner le site de l'assembl√©e en eau[U 4].

L'Al√ĺing pendant l‚Äô√Čtat libre islandais

Une peinture montrant de nombreuses personnes réunies sur des gradins rocheux naturels.
Reconstitution d'une r√©union de l'Al√ĺing au rocher de la loi.

Le parlement se r√©unit pendant environ deux semaines, autour du solstice d'√©t√©[H 3]. La place centrale de ces √©v√©nements est le rocher de la loi (L√∂gberg)[H 4]. La localisation exacte du rocher en question est soumise √† d√©bat, un possible site √©tant Hallurinn, mais il est aussi possible que cela soit la faille d'Almannagj√°[A 7]. Chaque assembl√©e commence avec une procession vers ce lieu et c'est l√† que sont faites les annonces publiques[U 5]. C'est aussi l√† que le diseur de loi (L√∂gs√∂guma√įr) r√©cite chaque ann√©e un tiers de la loi, afin de les garder en m√©moire[H 5]. Il faut en effet attendre 1117-1118 pour que ces lois soient mises √† l'√©crit, dans un texte appel√© Gr√°g√°s[U 6]. Un autre site important est le conseil des lois (L√∂gr√©tta), qui au XIIIe si√®cle est devant le rocher de la loi, mais qui √©tait probablement ailleurs auparavant[U 4]. Ce conseil est constitu√© probablement d'autour de 150 hommes, dont une quarantaine de go√įi[H 5]. C'est le conseil qui doit √©tablir les lois, mais aussi r√©gler les disputes[U 6]. Enfin, la derni√®re institution de l'Al√ĺing est les cinq cours, une pour chacune des quatre divisions du pays (ouest, nord, est et sud[U 4]) et une pour le pays entier[U 6]. Le r√īle des cours est aussi de r√©gler les conflits : dans les quatre cours locales, il faut un accord des 36 juges pour prendre une d√©cision, et en cas d'absence de consensus, c'est la cour nationale qui juge √† la majorit√©[U 6].

C'est donc en ce lieu que sont prises toutes les d√©cisions importantes. C'est en particulier le cas pour la christianisation de l'Islande. Ainsi Gissur le blanc et Hjalti Skeggjason, deux go√įar convertis et ayant promis au roi norv√©gien Olaf Tryggvason d'√©vang√©liser le pays, s'expriment en l'an 999 ou 1000 lors de la session de l'Al√ĺing[H 6]. Le diseur de loi pa√Įen √ěorgeir √ěorkelsson est charg√© de prendre la d√©cision, et, le lendemain, il annonce au rocher de la loi que l'Islande devient chr√©tienne, mais que les anciennes traditions sont conserv√©es et que le culte pa√Įen peut √™tre exerc√© en priv√©[H 7]. La premi√®re √©glise de √ěingvellir est construite peu de temps apr√®s[U 7]. Elle est, semble-t-il, assez grande et richement orn√©e, gage de son importance[U 7]. D√®s lors, c'est ici que se tient le conseil en cas de mauvais temps[U 4]. Juste √† c√īt√© de l'√©glise se trouve la demeure de l'√©v√™que de Sk√°lholt, qui dirige le conseil √† partir de la christianisation[U 7].

En p√©riph√©rie des sessions de l'Al√ĺing, √ěingvellir devient un lieu plein de vie pendant ces deux semaines, avec probablement 500 fermiers sur les 4 000 que compte l'√ģle[A 6]. Il y a aussi des tanneurs, des brasseurs, des marchands, des clowns[A 6]. Durant ces deux semaines, √ěingvellir devient une sorte de capitale[A 6]. En particulier, le site tient une place tr√®s importante dans la culture m√©di√©vale islandaise[U 8]. Les habitations de l'√©poque sont construites avec des murs en pierre et tourbe, typiquement dans un style de maisons longues vikings[U 9].

La domination étrangère

√Ä partir du XIIe si√®cle, mais surtout dans la premi√®re moiti√© du XIIIe si√®cle ‚ÄĒ connue sous le nom d'√āge des Sturlungar ‚ÄĒ, l'Al√ĺing commence √† perdre son influence √† cause d'importants conflits entre les diff√©rents chefs[U 6]. En parall√®le, la puissance du royaume norv√©gien s'accro√ģt consid√©rablement et les Norv√©giens consid√®rent que l'Islande tombe d'une fa√ßon ou d'une autre sous leur autorit√©, √©tant les principaux colonisateurs[U 6]. Ainsi, en 1262, les principaux chefs pr√™tent all√©geance au roi norv√©gien et signent le Vieux Pacte (Gamli s√°ttm√°li) : l'Islande doit donc payer des taxes √† la Norv√®ge en √©change de sa protection, mais reste ma√ģtresse de ses lois[U 6]. En 1281, apr√®s de longs d√©bats √† l'Al√ĺing, le texte de loi final, le J√≥nsb√≥k, liant les deux pays, est accept√©, puis modifi√© en 1294[U 8]. Bien que l'Al√ĺing continue √† √™tre tenu, une partie de ses anciens pouvoirs est maintenant dans les mains du roi norv√©gien, en particulier le pouvoir judiciaire et ex√©cutif[U 8]. De plus, progressivement, la structure administrative change, et en particulier une grande partie des participants de l'Al√ĺing est maintenant nomm√©e par le roi, tels que l'homme de loi (l√∂gma√įur), rempla√ßant le diseur de loi[U 8].

Une petite mare dans un torrent, dans un paysage rocheux.
La mare des noy√©es, dans l'√Ėxar√°.

√Ä partir de la fin du XIVe si√®cle, la Norv√®ge rejoint la Su√®de et le Danemark dans l'Union de Kalmar et le pouvoir se concentre officieusement entre les mains du Danemark[U 8]. Ceci r√©duit de nouveau consid√©rablement le pouvoir de l'Al√ĺing, m√™me si ce dernier peut encore cr√©er quelques lois[U 8]. En 1564, la loi dite du grand jugement (St√≥rid√≥mur) est adopt√©e en Islande, qui en particulier augmente les sanctions pour diff√©rents crimes moraux[A 8]. Si le passage sous le gouvernement norv√©gien et le J√≥nsb√≥k avaient d√©j√† introduit les ch√Ętiments corporels √† √ěingvellir, cette nouvelle loi les rend bien plus fr√©quents[A 8]. Plusieurs toponymes du parc t√©moignent de cette violence, tels que ¬ę la mare des noy√©es ¬Ľ (Drekkingarhylur), dans la rivi√®re √Ėxar√° pr√®s du site du parlement, o√Ļ les femmes adult√®res √©taient noy√©es (pour un crime similaire, les hommes √©taient d√©capit√©s)[U 10] - [A 8] - [11].

Finalement, en 1662, les quelques pouvoirs restants √† l'Al√ĺing disparaissent √† leur tour, l'√Čtat libre islandais √©tant soumis √† l'absolutisme danois[U 8]. Les lois sont alors seulement annonc√©es aux Islandais √† √ěingvellir et quelques jugements y sont prononc√©s[U 8]. Parachevant le d√©clin, d'importants s√©ismes d√©truisent en partie le site de l'assembl√©e en 1798 ; l'Al√ĺing est transf√©r√© √† Reykjavik, puis dissout 2 ans plus tard[U 8].

√ěingvellir, symbole du nationalisme islandais

Peinture de la ferme de √ěingvellir dans le paysage de la plaine.
Peinture de √ěingvellir par √ě√≥rarinn √ěorl√°ksson.

√ěingvellir reste un lieu calme, loin des chemins battus pour quelque temps[A 9]. Mais, au XIXe si√®cle, le site devient un symbole pour le mouvement national romantique et ind√©pendantiste islandais[U 7]. Un des h√©ros nationaux de ce mouvement est le po√®te J√≥nas Hallgr√≠msson, qui, dans un po√®me publi√© en 1835, raconte que l'√Ęme et l'esprit de l'Islande reposent √† √ěingvellir[U 7]. Un grand nombre d'artistes peignent les paysages de la plaine, tels le Fran√ßais Auguste Mayer en 1836, le Danois Emanuel Larsen en 1846 et l'Anglais William Gershom Collingwood en 1897[U 7]. Certains nationalistes militent pour r√©tablir l'Al√ĺing dans la plaine, qui est, selon eux, le seul site o√Ļ les dirigeants pourraient √™tre investis de la conscience nationale[U 7]. En 1843, par d√©cret, le roi danois r√©tablit l'Al√ĺing, mais √† Reykjavik, et sans aucun pouvoir[A 9]. Dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle, des repr√©sentants politiques de tout le pays se r√©unissent r√©guli√®rement √† √ěingvellir pour organiser le mouvement d'ind√©pendance[A 9]. Lors de la premi√®re r√©union en 1848, une p√©tition est sign√©e demandant au roi de restaurer les droits de l'Assembl√©e nationale islandaise[A 9]. Il y a au total 25 r√©unions de ce type jusqu'en 1907[U 11] et elles contribuent √† imposer √† nouveau la plaine comme lieu de rassemblement des Islandais[A 9]. Ainsi en 1874 est organis√© le festival national, comm√©morant le mill√©naire de la colonisation de l'√ģle[U 12]. √Ä cette occasion, le roi danois accorde √† l'Islande sa propre constitution, redonnant le pouvoir √† l'Al√ĺing[U 12]. Ceci marque un des premiers pas vers l'ind√©pendance islandaise.

D√®s les premi√®res discussions sur la conservation de la nature en Islande, √ěingvellir est mentionn√© comme l'un des sites m√©ritant protection[A 10]. En particulier, en 1907, Matthias √ě√≥r√įarson, antiquaire national, mentionne le site et les d√©g√Ęts qui avaient d√©j√† √©t√© caus√©s par la construction de la route dans la faille Almannagj√°[A 10]. En 1913, l'enseignant Gu√įmundur Dav√≠√įsson publie un article o√Ļ il demande √† son tour une protection du site sur le mod√®le des parcs nationaux am√©ricains[A 10]. Cet article lance le d√©bat officiel[A 10] et en 1928, l'Al√ĺing d√©clare √ěingvellir ¬ę sanctuaire national ¬Ľ[M 5]. Cette d√©cision prend effet en 1930, pour comm√©morer le mill√©naire de la cr√©ation de l'Al√ĺing, et le site devient donc le premier parc national d'Islande[M 5] - [U 12]. Un grand festival est tenu dans la plaine : entre 30 000 et 40 000 personnes sont r√©unies, ce qui repr√©sente une proportion consid√©rable de la population islandaise[A 11].

Le , le jour d'anniversaire de la naissance de J√≥n Sigur√įsson, h√©ros du mouvement ind√©pendantiste islandais[A 10], un nouveau festival est organis√© √† √ěingvellir, au cours duquel est d√©clar√©e la fin de l'union de l'Islande avec le Danemark et la fondation de la r√©publique islandaise[U 12]. L'Al√ĺing se r√©unit alors au rocher de la loi et d√©clara la nouvelle constitution islandaise[U 12]. Depuis, √ěingvellir est rest√© un symbole pour l'Islande et des manifestations s'y tiennent r√©guli√®rement. En 1974, les Islandais y comm√©morent les 1 100 ans de la colonisation de l'√ģle[A 11]. Puis le , le cinquantenaire de la r√©publique islandaise est c√©l√©br√© √† √ěingvellir[A 11]. Enfin, en 1999-2000, √ěingvellir voit se d√©rouler un festival √† l'occasion des mille ans de l'adoption du christianisme par l'Islande[A 11]. En parall√®le, la taille du parc est augment√©e √† plusieurs reprises, tout d'abord dans les ann√©es 1950, puis une petite extension en 1998 pour atteindre 92,7 km2[U 13]. En 2004, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO avec ces dimensions[12]. Cependant, la m√™me ann√©e, le parc est √©tendu √† 237 km2[M 1] et l'extension du site du patrimoine mondial afin de correspondre aux fronti√®res du nouveau parc est propos√©e en 2011 √† l'UNESCO[13].

Héritage culturel

Toponymie

Si la plaine n'accueille plus le parlement depuis la fin du XVIIIe si√®cle, la toponymie a conserv√© cet h√©ritage historique, donnant ainsi des informations pr√©cieuses sur la vie et les activit√©s dans √ěingvellir. Le nom de nombreux lieux rappelle la pr√©sence de l'assembl√©e, √† commencer par le nom m√™me de la plaine √ěingvellir qui signifie ¬ę plaines du parlement ¬Ľ (thing d√©signant une assembl√©e)[U 10]. Le nom √©tait initialement au singulier ¬ę plaine du parlement ¬Ľ (√ěingv√∂llur ou √ěingv«ęllr en vieux norrois) et cette forme existe encore bien que moins courante que la forme plurielle[U 10] - [14]. Ce nom n'est pas unique, et de nombreux sites vikings √† travers le monde ont un nom similaire, tels que Tingvoll en Norv√®ge, Tynwald dans l'√ģle de Man, et Dingwall ou Tingwall qui apparaissent dans plusieurs √ģles Britanniques et en √Čcosse[14]. Plusieurs autres noms se r√©f√®rent √† l'assembl√©e, tels que L√∂gberg (¬ę rocher de la loi ¬Ľ), Almannagj√° (¬ę la gorge/faille de tous les hommes ¬Ľ)[U 10]. Plusieurs noms r√©v√®lent aussi les ch√Ętiments corporels inflig√©s sous la domination danoise, tels que Drekkingarhylur (¬ę mare des noy√©s ¬Ľ), G√°lgi (¬ę gibet ¬Ľ), Kagah√≥lmi (¬ę √ģlots aux fouets ¬Ľ)[U 10]. Plusieurs points √©taient aussi utilis√©s pour indiquer l'heure selon la position du Soleil vu depuis le b√Ętiment de ferme de √ěingvellir, tels que Dagm√°ladalur (¬ę la vall√©e de 9h ¬Ľ) ou Mi√įaftansdrangur (¬ę le rocher de 18h ¬Ľ)[U 10]. Enfin, beaucoup de noms de lieux d√©signent les cabanes et le nom ou le r√īle de leur occupant tels que Nj√°lsb√ļ√į (¬ę la cabane de Nj√°ll ¬Ľ), Mosfellingab√ļ√į (¬ę la cabane des gens de Mosfell ¬Ľ) ou encore Stiftamtmannsb√ļ√į (¬ę la cabane du gouverneur ¬Ľ)[U 10].

Site de l'assemblée

Carte détaillée du site.
Carte du site de l'ancienne assembl√©e de √ěingvellir.

√ěingvellir compte de nombreuses reliques de son histoire, en particulier en lien avec les rassemblements annuels lors de la tenue de l'assembl√©e.

Une grande partie des traces historiques sont sous la forme de cabanes, qui sont environ une cinquantaine sur le site de l'Al√ĺing[M 3]. Cependant la plupart des structures sont en ruines, et leur quantit√© refl√®te mal la taille de ces rassemblements du fait que la plupart des participants s√©journaient dans des tentes et ne laissaient donc que peu de traces dans le paysage[M 3]. Ces cabanes √©taient des abris les personnes de haut rang, mais aussi des b√Ętiments pour les tanneurs, les brasseurs et les cuisines[M 3]. Elles √©taient construites avec des murs en tourbe et en pierres et le toit √©tait en toile, et selon le Gr√°g√°s, les participants devaient ramener leur propre toile[U 9]. La tourbe r√©sistait mal √† l'√©preuve du temps, et les cabanes devaient donc √™tre reconstruites fr√©quemment[U 9]. Souvent, les mat√©riaux √©taient disponibles aux alentours, mais surtout, il y avait √©norm√©ment de recyclage, les mat√©riaux de la cabane pr√©c√©dente √©tant utilis√©s pour la reconstruction[M 3]. Les sites les plus populaires finissaient donc par former des petits monticules, avec parfois trois ou quatre couches de ruines sous le b√Ętiment actuel[U 9]. Les fouilles de ces couches souterraines ne sont pas compl√®tes, mais les r√©sultats semblent indiquer que certaines remontent au Xe si√®cle[U 9]. Les ruines que l'on observe aujourd'hui datent pour la plupart de la p√©riode finale de l'assembl√©e √† √ěingvellir, c'est-√†-dire des XVIIe et XVIIIe si√®cles[M 3].

Ruine avec un panneau explicatif près d'une faille.
Ruines de la cabane de Snorri à proximité du Lögberg.

La majeure partie des ruines de cabanes se situe sur la plaine sous Hallurinn (la pente), √† l'est de la faille Almannagj√°, o√Ļ elles sont concentr√©es dans une zone d'environ 200 m √ó 300 m[M 6]. On peut distinguer la pr√©sence de couches avec des ruines plus anciennes sous les ruines actuelles[M 6]. C'est en particulier dans cette zone que se trouvent les ruines du L√∂gr√©tta (conseil des lois)[M 6]. Au sommet de la pente se trouve une structure artificielle, que les historiens supposent √™tre le L√∂gberg[M 6]. Au sein m√™me de la faille Almannagj√° se trouve un deuxi√®me groupe de ruines de cabanes, plus r√©centes[M 6]. Pr√®s de l'√©glise se trouvent quelques ruines de cabanes, appel√©es Biskupab√ļ√įir (les cabanes de l'√©v√™que), utilis√©es par les membres du clerg√©[M 6]. La cabane de l'√©v√™que est la plus grande des ruines du site, mesurant 33 m √ó m, et aussi l'une des plus anciennes, datant de l'√©poque de l'√Čtat libre[U 5] - [A 12]. Enfin, sur Sp√∂ngin (le cou), le d√©troit rocheux entre Flosagj√° et Nikul√°sargj√°, se trouvent d'autres structures artificielles qui correspondent peut-√™tre au L√∂gberg initial[U 9].

Paysage agricole

Petit b√Ętiment blanc √† toit vert avec cinq pignons, et une √©glise aux couleurs similaires plus en arri√®re.
La ferme et l'√©glise de √ěingvellir.

En plus des sites directement li√©s √† l'assembl√©e, √ěingvellir pr√©serve un paysage agricole islandais des XVIIIe et XIXe si√®cles, c'est-√†-dire ant√©rieur √† la m√©canisation[M 6]. Dispers√©s sur la surface du site, on trouve des maisons, des annexes et des enclos √† moutons, entour√©s par de petits terrains agricoles[U 14]. Les terrains √† l'ext√©rieur de la ferme √©taient utilis√©s pour la p√Ęture[U 14].

La ferme de √ěingvellir (√ěingvallab√¶r), situ√©e pr√®s de l'√©glise, non loin du site du parlement, a probablement toujours √©t√© situ√©e √† l'emplacement actuel, et la plus ancienne mention historique date de 1678[U 9]. Le b√Ętiment √©tait initialement en pierre et tourbe, comme la plupart des constructions islandaises de l'√©poque, mais fut reconstruit en bois en 1880[U 9]. Le b√Ętiment actuel en b√©ton date de 1928, pour les c√©l√©brations du mill√©naire du parlement, et fut √©tendu en 1974[U 9]. Il fut construit par Gu√įj√≥n Sam√ļelsson, et se veut une adaptation aux mat√©riaux contemporains du style traditionnel de fermes √† pignons[U 9]. De nos jours, le b√Ętiment est une maison de campagne pour le premier ministre du pays[U 14]. L'√©glise elle-m√™me fut construite d√®s l'adoption de la religion chr√©tienne[U 9]. L‚ÄôHeimskringla d√©crit comment le roi Olaf II de Norv√®ge fit envoyer du bois en Islande pour permettre la construction du premier √©difice[U 9]. Le b√Ętiment actuel, vraisemblablement plus petit que les b√Ętiments initiaux[U 14] et tr√®s sobrement d√©cor√©, date de 1858-59 et la tour fut ajout√©e en 1907[U 9].

Outre la ferme de √ěingvellir, on compte, sur l'ensemble du site class√© au patrimoine mondial, les fermes de Arnarfell, B√∂√įvarsh√≥ll, Gr√≠mssta√įir, Hraunt√ļn, Sk√≥garkot et Vatnskot ainsi que la ferme d'estive de Fornasel, la chapelle de Hrafnabj√∂rg et le b√Ętiment √ě√≥rhallssta√įir, la maison du brasseur de √ěingvellir[U 9]. Si la plupart datent du XVIIIe ou XIXe si√®cle, plusieurs ont des origines plus anciennes, en particulier Gr√≠mssta√įir qui est mentionn√©e dans la saga Har√įar saga ok H√≥lmverja, celle-ci racontant des √©v√©nements cens√©s s'√™tre d√©roul√©s au Xe si√®cle[U 9]. Comme pour l'assembl√©e, les b√Ętiments √©taient probablement construits sur les ruines des pr√©c√©dents, et dans l'ensemble, le sch√©ma d'occupation des sols remonte probablement √† l'√©poque de la colonisation[U 14]. La ferme de Vatnskot, pr√®s du lac, fut la derni√®re ferme du site UNESCO √† avoir √©t√© abandonn√©e, ayant √©t√© occup√©e jusqu'aux ann√©es 1960[U 9]. Les ressources terrestres y √©taient tr√®s limit√©es, mais la p√™che constituait une ressource compl√©mentaire importante[U 9].

Historique des recherches archéologiques

Dessin d'un petit b√Ętiment.
Dessin de Snorrab√ļ√į par Sigur√įur Gu√įmundsson (1878).

Il existe plusieurs descriptions du site de √ěingvellir alors qu'il √©tait encore utilis√©, l'un d'elles datant du d√©but du XVIIIe si√®cle, d√©crivant le conseil des lois et 18 cabanes, et plusieurs cartes du site datant de la fin du si√®cle[U 5]. Les recherches arch√©ologiques quant √† elles d√©but√®rent dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle, avec Sigur√įur Gu√įmundsson[14], artiste et passionn√© d'arch√©ologie, puis en 1880 avec les premi√®res fouilles men√©es par Sigur√įur Vigf√ļsson, pionnier de l'arch√©ologie en Islande[U 5]. Ce dernier s'int√©ressa en particulier aux structures de Sp√∂ngin, d√©couvrant une structure circulaire √† proximit√© de ce qu'il interpr√©tait comme le L√∂gberg historique, et un mur en tourbe[U 5]. Il fit quelques fouilles dans les ruines de plusieurs cabanes dont la cabane de l'√©v√™que (Biskupab√ļ√į), qui avait une structure tr√®s similaire aux maisons longues vikings, ainsi que Nj√°lsb√ļ√į et Snorrab√ļ√į[U 5]. Enfin, il √©tudia la structure de L√∂gberg, au sommet de Hallurinn, et trouva en particulier une √©paisse couche de cendres sous la structure artificielle, r√©v√©lant que le site √©tait utilis√© avant la construction de cette plateforme[U 5]. Une seconde s√©rie de fouilles, plus extensive, commen√ßa en 1920 et s'√©tala jusqu'en 1945, sous la direction de Matth√≠as √ě√≥r√įarson[U 5]. En 1957, alors qu'un c√Ęble √©lectrique √©tait install√© √† travers le champ de lave, un objet d√©crit comme l'extr√©mit√© d'une crosse √©piscopale en T fut d√©couvert, ce qui motiva une fouille locale[U 5].

Mais l'arch√©ologie moderne ne commence qu'entre 1986 et 1992 avec un recensement total de tous les vestiges visibles sur le site, r√©v√©lant un site beaucoup plus √©tendu et complexe qu'envisag√© pr√©c√©demment[14]. Ces recherches montrent aussi que les changements du paysage du site dans le pass√©, en particulier le cours de la rivi√®re, peuvent potentiellement compliquer la t√Ęche des arch√©ologues[14]. Ces travaux forment la base du rapport envoy√© √† l'UNESCO pour l'inscription au patrimoine mondial[14]. Plusieurs recherches ont eu lieu depuis, en particulier entre 1998 et 2005 par l'Institut d'arch√©ologie (Fornleifastofnun √ćslands) et le mus√©e national d'Islande (√ěj√≥√įminjasafn √ćslands)[14]. Ces recherches mettent au jour des structures plus anciennes souvent bien plus vastes que les structures plus r√©centes qui les ont remplac√©es, cons√©quence de la diminution historique de l'influence de l'Al√ĺing[14].

Gestion et protection

Vue de la partie centrale du parc national de √ěingvellir depuis le rebord sud-ouest du horst : au premier plan, le graben des √ěingvellir et la √Ėxar√° domin√©s √† droite par la Hrafnabj√∂rg, √† gauche par l'√Ārmannsfell ; au dernier plan √† gauche se trouve le Skjaldbrei√įur.
Parc national de √ěingvellir
Logo du parc national.
Administration
Type
Catégorie UICN
II
WDPA
Création
1930
Patrimonialité
Administration
Commission √ěingvellir (√ěingvallanefnd)
Site web
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial
Date d'entrée
Identifiant
Critères
Parc national de √ěingvellir *
Pays Drapeau de l'Islande Islande
Subdivision Bl√°sk√≥gabygg√į, √Ārness√Ĺsla, Su√įurland
Type Culturel
Critères (iii) (vi)
Superficie 9 270 ha
Numéro
d’identification
1152
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 2004 (28e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification UNESCO

Le parc national de √ěingvellir est g√©r√© par la commission √ěingvellir (√ěingvallanefnd), un organisme d√©pendant du gouvernement islandais[M 1].

La gestion du parc est fond√©e sur une division en zones, permettant de concilier la protection de la nature et du patrimoine historique avec le tourisme[M 7]. Le champ de lave couvert de bouleaux constitue la plus vaste zone du parc[M 7]. Aucune infrastructure n'y est autoris√©e, sauf les sentiers qui sont entretenus, et certains doivent √™tre modifi√©s pour permettre l'acc√®s aux personnes √† mobilit√© r√©duite[M 8]. Les for√™ts de conif√®res sont confin√©es et la v√©g√©tation de bouleaux √©ventuellement encourag√©e pour reconstituer l'√©cosyst√®me originel[M 8]. √Ä Arnarfell, un effort est fait pour limiter les effets de l'√©rosion des sols, en particulier par la restauration de la v√©g√©tation originelle[M 9]. Les rives du lac constituent une autre zone consid√©r√©e sensible ; des infrastructures (parking et sentiers) peuvent y √™tre am√©nag√©es dans l'objectif d'accueillir les touristes et donc minimiser les alt√©rations du paysage[M 8]. Sur le lac, la p√™che est autoris√©e tout comme la navigation avec des bateaux non motoris√©s[M 9]. La zone de Leirar, regroupant les principales infrastructures touristiques, est consid√©r√©e comme un site non fragile et d'√©ventuelles extensions de ces infrastructures sont donc possibles[M 8]. Il en va de m√™me pour le site de Haki√į, situ√© en haut de la faille, √† la condition qu'aucune infrastructure ne puisse √™tre visible depuis le site du parlement[M 10]. Au niveau du site du parlement, les b√Ętiments historiques sont entretenus afin de conserver leur aspect d'origine[M 11]. Les activit√©s agricoles des quelques fermes en activit√© subsistant au sud-ouest du parc sont permises, mais leur impact sur la nature est surveill√©[M 12].

Le parc national de √ěingvellir a √©t√© cr√©√© en 1930 par une loi adopt√©e par l'Al√ěing deux ans plus t√īt[A 13]. En 2004, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO selon les crit√®res (iii) et (vi)[12] :

  • (iii) : ¬ę L‚ÄôAl√ĺing et son arri√®re-pays, le parc national de √ěingvellir, repr√©sentent, par les vestiges du lieu de l‚Äôassembl√©e, par les cabanes des participants et les preuves dans le paysage d‚Äôun peuplement remontant peut-√™tre √† l‚Äô√©poque de la constitution de cette assembl√©e, une illustration unique de la culture nordique/germanique m√©di√©vale, dont l‚Äôessence a perdur√© depuis sa fondation en 980 jusqu‚Äôau XVIIIe si√®cle. ¬Ľ
  • (vi) : ¬ę La fiert√© de l‚Äôassociation profonde entre l‚ÄôAl√ĺing et le syst√®me de gouvernement nordique/germanique m√©di√©val, connue par les sagas islandaises du XIIe si√®cle, renforc√©e pendant la lutte pour l‚Äôind√©pendance au XIXe si√®cle et associ√©e √† la puissance de l‚Äôenvironnement naturel de l‚Äôassembl√©e, a conf√©r√© au site le statut d‚Äôune ic√īne en tant que sanctuaire de l‚Äôidentit√© national islandaise. ¬Ľ

La commission √ěingvellir travaille en collaboration avec d'autres projets : THING Project, qui regroupe les principaux things en Europe du Nord[A 14], Lake Thingvallavatn monitoring project, dans le cadre de la surveillance du lac √ěingvallavatn[A 15], et Saga Trails of Iceland pour l'aspect historique des √ěingvellir[A 16].

Tourisme

Plongeur dans des eaux bleues au cŇďur d'une faille.
Plongée dans les eaux transparentes de Silfra.

√ěingvellir est l'un des sites les plus visit√©s d'Islande[M 13]. Avec la chute Gullfoss et le champ g√©othermique de Geysir dans la vall√©e Haukadalur, ils forment le Cercle d'or, le circuit le plus populaire du pays[15]. Ainsi, environ deux tiers des touristes √©trangers qui viennent en Islande visitent √ěingvellir[M 13], et au total, en 2014 environ 588 000 personnes ont visit√© le parc national, principalement durant les mois estivaux[M 2] avec tout de m√™me 71 000 en hiver[16]. Ceci repr√©sente une augmentation de 77 % par rapport √† 2004[16].

Le site est accessible par la route 36, et est reli√© √† Gullfoss et Geysir par la route 365[M 2]. Quatre parkings permettent de se garer et de joindre le r√©seau extensif de sentiers[M 2]. Plusieurs longs sentiers permettent aussi d'acc√©der √† la plaine directement √† pied, le plus connu √©tant Leggjabrj√≥tur qui lie le site au Hvalfj√∂r√įur[M 2] et en particulier la cascade de Glymur. Plusieurs possibilit√©s sont disponibles pour passer la nuit. Pr√®s du site du parlement se situe le principal terrain de camping, un plus petit se situe √† Vatnskot pr√®s du lac et un autre √† Sk√≥garh√≥lar principalement pour les visiteurs √† cheval[M 2] - [M 3]. Enfin, le site disposait d'un h√ītel, appel√© Valh√∂ll, fond√© en 1899 et d√©plac√© √† sa position actuelle en 1929[M 3], mais il est d√©truit par un incendie en 2009[17]. Deux centres d'information sont disponibles dans le parc, le centre des visiteurs situ√© √† Haki√į pr√®s du site du parlement et le centre d'information √† Leirar plus au nord[M 2]. La plupart des touristes visitent la zone du parlement, l√† o√Ļ le r√©seau de sentiers est le plus dense[M 2]. Le paysage d'Islande √©tant tr√®s sensible, il est demand√© de ne pas sortir des sentiers[M 2].

Les activités touristiques sont très diverses[M 14]. Une partie des touristes vient sur le site principalement pour son caractère historique, visitant en particulier le site du parlement[M 14]. Mais pour beaucoup de touristes islandais ou étrangers, les activités de plein air sont un élément important de la visite du parc[M 14]. Celles-ci incluent entre autres la randonnée pédestre et équestre, le cyclotourisme, l'observation de l'avifaune, la plaisance et la pêche sur le lac ; ainsi que la plongée[M 14], en particulier à Silfra qui est l'un des sites de plongée les plus populaires d'Islande[18].

  • Centre d'information de Leirar.
    Centre d'information de Leirar.
  • Centre des visiteurs √† Haki√į.
    Centre des visiteurs √† Haki√į.
  • Aurore bor√©ale au-dessus du parc.
    Aurore boréale au-dessus du parc.
  • Flot de touristes dans la faille Almannagj√°.
    Flot de touristes dans la faille Almannagj√°.

Notes et références

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Annexes

Articles connexes

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